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Congrès 2018 du PCF

Du bilan au besoin de regarder en avant

 

, par  Francis Velain
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Le bilan sera un enjeu important du congrès de 2018. Nous sous sommes déjà prêtés à l’exercice plusieurs fois depuis les années 90. Ce n’est manifestement pas notre point fort.

Pour faire mieux, il faut enfin prendre en compte que les premiers signes de notre affaiblissement sont très anciens. Il faut y revenir. Le constat que le salariat de 2018 n’est plus le même que celui de 1936, 68, 81, 95 est trivial ! Il en est de même pour la société, le capital...

La grande question est de reprendre pied sur ce qui depuis 1968 ne cesse de le transformer le monde. Alors le bilan sera vraiment utile car nous regarderons à nouveau devant, en toute conscience d’où nous venons et d’où nous voulons aller.
 

Comment faire bilan utile ?


La date du congrès du PCF avance. Les attentes d’un vrai et utile bilan grandissent. La réponse que le congrès y apportera sera sans doute décisive pour le maintien d’une unité du parti pouvant laisser quelque chance à un vrai sursaut. 

La manière de faire ce bilan, la manière d’en tirer la mesure en termes d’organisations, de formation, de direction sont des défis exigeants ! L’enjeu est de ne pas en revenir à la situation d’avant 1920. Et cela parce que nous avons failli collectivement depuis plus longtemps que nous le prétendons en règle générale.

Nous sommes en difficulté pour assumer l’exercice parce qu’il y a beaucoup de grilles de lecture qui se confrontent. Ces lectures font écho au temps long qui véhicule dans la société et donc dans le mouvement communiste, bien des idées, des sensibilités, des représentations différentes. Pour dresser un bilan qui reconstruise les bases d’une grille de lecture un peu mieux partagée, il faut en tout état de cause oser interroger notre culture historique et politique au regard de la société moderne et tout particulièrement des réalités du salariat.L’histoire peut permet d’éclairer sereinement les enjeux idéologiques et politiques, les approches théoriques en débat. Le bilan doit donc se faire autant que possible dans l’esprit de travail déployé par les historiens sérieux.
 
D’où venons-nous ? Quelle expérience historique avons-nous ?

Quel fut ce fameux mouvement ouvrier au temps de Marx. Qu’en reste-il ? Les canuts étaient-il des prolétaires ou des représentants des corporations de l’ancien ordre de production féodal ? Ils avaient raison de leur point de vue. Avaient-ils raison du point de vue des besoin sociaux du prolétariat et de la société ? Et pourtant faut-il considérer qu’ils ne sont pas une part significative de l’histoire des opprimés (des dominés et des exploités) contre le capital ?
 
On fait souvent du faubourg Saint-Antoine un lieu où fermenta la tourmente révolutionnaire : « C’est dans ce Faubourg que commence et que finit la Révolution française. C’est ici que se recrutent les "Vainqueurs de la Bastille". C’est là que se préparent les journées du 20 juin et du 10 août 1792. C’est ce quartier qui se hérisse de barricades lors de chaque insurrection. 29 barricades en juin 1848, rien que pour la rue du Faubourg ; 65 pour l’ensemble du quartier » .

On oublie que ce quartier avait été fait par Louis XIV zone franche, c’est-à-dire libéré du poids et du coût des réglementations du travail imposés par les corporations, en partie au nom des difficultés sociales et économiques d’alors ! 

On oublie que ce quartier si prompt à la révolution est « le Faubourg de toutes les révolutions : politiques, mais aussi technologiques. C’est là qu’a lieu le premier vol de l’histoire de l’humanité avec la Montgolfière. C’est là qu’est inventé le métier à tisser automatique par Vaucanson. C’est là que se naît la stérilisation des aliments avec Appert. C’est là que va se développer, en France, l’industrie textile avec Richard et Lenoir » . 

Mais alors, quel(s) étai(en)t le(s) projet(s) de mode de production en jeu ?
 
Pour certains, ce faubourg révolutionnaire est donc une expérience historique qui peut légitimer une fringale permanente de zones franches, de dérogations législatives, de suppression de toute contrainte réglementaire. Et, ils peuvent voir dans ceux qui appellent au retour de ces mesures les vrais révolutionnaires de leur époque. Macron et quelques autres jouent de cette ficelle... Les postures de certains zadistes, ou celle des libertaires technicistes de gauche et de droite renvoient aussi à cette histoire qui a traversé les siècles du régime féodal.
 
Le creuset du mouvement ouvrier français est donc plus complexe que nous le laissons penser dans notre imaginaire collectif. Cela vaut aussi à l’échelle internationale. Aujourd’hui il faut beaucoup penser.
 
Nous avons tous en tête de grands évènements, de grandes dates. Ainsi 1917 ! Les idées sont parfois très partagées. Profitons-en !
 
Décidons d’en faire un thème de formation politique à la lutte des classes. Jusqu’à oser y intégrer l’échec de cette autre tentative révolutionnaire, en Allemagne ? Pas seulement pour condamner la partie sociale-démocrate du mouvement ouvrier allemand ! L’Allemagne vaincue était d’essence monarchique mais avait développé une solide base industrielle capitaliste nationale. Ce n’était pas le cas de la Russie tsariste. Est-ce le type de différence à savoir prendre en compte pour des révolutionnaires ?

Ce type de réflexion aurait un immense intérêt. Elle permettrait de renouer avec une vieille vérité. Il ne peut y avoir révolution communiste sans une immense lucidité à la fois sur les classes sociales, les couches de la population, le contexte historique et sur la réalité du développement du mode de production dominant et donc de ses forces productives.
 
1968 autre grande date. En fait il y a eu plusieurs Mai 68, certains convergents, d’autres très divergents. 

Mai 1968 fut encore plein de notre force historique (1936, CNR), difficilement et lentement construite, et aussi plein de signes prémonitoires de notre futur affaiblissement auprès du salariat et de quelques autres témoignant que nous avions tout de même quelques atouts pour mieux faire ... En dernier ressort, là encore, l’analyse de cette réalité ramène à bien des égards aux transformations des forces productives.
 
Le bilan que nous devons tirer doit donc inclure cette problématique de l’analyse des forces productives au cours de ces dernières décennies afin de repérer là où nous avons décrochés, et pourquoi.
 
Penser le cap pris par les forces productives à la sortie de la guerre.

Nous avons traversé en tout état de cause quelques 7 décennies à opposer des révolutions scientifiques et techniques  : l’automatisation, l’informatique, les médias, l’information, la communication, désormais les données ou le numérique. A nous diviser sur le devenir ouvrier, la notion de prolétariat, jusqu’à confondre les classes, les classes moyennes, les catégories ou classes populaires, les exploités et les dominés. 

Faut-il considérer que l’appel aux communs, aux formes de propriétés des socialistes utopistes sont la réponse communiste aux forces productives actuelles du capital ? L’approche par l’informationnel permet-elle d’ouvrir au sens de l’histoire des forces productives ? Ou faut-il considérer qu’il n’y rien de nouveau, que le travail demeure et demeurera celui de la machine-outil ? Qu’il faut seulement rejouer 68 ou 36, voire 1789 etc. ? Ou encore que la question des forces productives n’a pas d’importance, qu’il suffit de partager intégralement les fruits du travail, donc de mettre un quelconque revenu ou salaire universel ? Reprenons les choses par le bon bout !
 
A la sortie de la guerre, la science a mis les forces productives sur un cap inédit.

Ce changement de cap vient de loin ! Dès que Boole (1815,1864), Morgan (1806,1871), puis Moore (1925,2003), ouvrirent la voie à la logique booléenne qui commande les automates, la logique d’Aristote ne releva plus du seul philosophe mais aussi de l’algorithmie, de la technologie, de la machine mises au service d’une pensée mathématique et industrielle ! Qu’ont en commun ces deux approches, sinon de l’information, des données factuelles, à traiter de manière systématisée sur la base d’un processus soit naturel, soit artificiel ! Information rime alors avec variable.
 
A la sortie de la guerre, à partir du progrès des ordinateurs, du calcul scientifique, des progrès en asservissement et réseaux, Wiener rendit public le modèle cybernétique. 

Sa proposition généralise à plus haut niveau encore le rapprochement des mondes de la pensée et de l’industrie via les mathématiques. La seule notion d’information élargit la possibilité d’une modélisation mathématique à tous les systèmes et processus où se manifestent des formes de communications ou d’interactions. Donc à leur possible simulation, voire reproduction mécanique.

Le modèle de la cybernétique est scientifiquement sulfureux mais toutes les disciplines scientifiques et toutes les activités économiques y ont immédiatement vu quelques intérêt.
 
Le modèle cybernétique repose sur l’usage effréné d’un calcul mécanique qui nourrit l’interaction en temps réel de la machine, ou du système, à la réalité.

Le défi qu’entend relever la cybernétique est immense. Agir sur le monde quand l’homme n’en connait pas les lois ou ne peut en tout état de cause y faire face. 

Wiener utilisera l’exemple du tir de la DCA pour introduire son modèle... Impossible de prévoir toutes les trajectoires possibles des cibles et tout autant impossible à l’homme de réagir efficacement à elles...
 
La technologie des asservissements mécaniques est nécessaire mais pas suffisante. La batterie doit gérer son tir automatiquement sans que l’homme sache la préparer à tous les cas de figure.

La technologie ici n’est que le support matériel nécessaire et ne vaut que pour les performances qu’elle assure. Elle n’était pas suffisante en 1950/60. Elle l’est devenue
 
Penser les forces productives en communiste

La cybernétique a pour objet de relier l’action à un modèle du monde qui se construit empiriquement, en expérimentant.
 
A l’exemple des machines faites « apprenantes », « Intelligentes Artificiellement », en train d’envahir toutes les activités humaines. On découvre actuellement que le cœur de l’efficacité de la machine, du système, est la puissance et le type de calcul.
 
Le calcul est la force motrice de la machine moderne. La masse des données n’est utile que pour la nourrir suffisamment, comme le charbon est nécessaire à l’action de la locomotive à vapeur, le pétrole au moteur thermique... Les consommations de charbon et de pétrole furent des nécessités liées à des approches technologiques. C’est la même chose pour la donnée, l’information. Elle est vitale, recherchée, et en conséquence valorisée économiquement.
 
La machine « apprenante » se nourrit de la valeur d’usage des données, de l’informations là où la machine-outil héritière du XIXe se nourrit des propriétés d’usage de la matière.
 
Au XXIe siècle, l’homme construit une machine théorisée au milieu du XXe : potentiellement empirique, « non déterministe » , ouverte à l’inconnu puisqu’elle « apprend », ouverte de fait aux aléas, hautement adaptative donc, à l’image d’un homme qui n’a jamais besoin de tout savoir pour décider, agir, expérimenter, évaluer et s’adapter... d’un homme autonome, flexible, réactif, inventif.
 
Nous manifestons depuis trop longtemps une réticence politique à l’égard de ce modèle scientifique si dérangeant. Il faut en sortir.
 
Engels a su en son temps noter que la production et le transport d’électricité étaient révolutionnaires pour la réponse aux besoins sociaux et au développement industriel. L’histoire d’EDF service public en témoigne. La production et le transport d’électricité ont fait société au titre de la lutte des classes, d’une confrontation de projets de société et de développement. Et cela se vérifie encore.La machine cybernétique bien comprise ne sera pas moins révolutionnaire que les dispositifs de production et de transport de l’électricité bien compris d’Engels. Elle généralisera l’abstraction mathématique et l’usage de la science la plus avancée dans toutes les activités humaines, un empirisme apprenant mécanique très opérationnel, des machines tournant toutes seules dans un monde hyperconnecté, de fait socialisé, solidarisé (ou, contraire dialectique, interdépendant et concurrent).
 
Le modèle industriel, économique, social qu’elle secrète appelle en soi un équilibre nouveau de l’homme au règne de la nécessité et à l’émancipation, à lui-même ; donc à une révolution du mode de production actuel et de nombreux aspects de sa vie sociale et individuelle.

Dans le même temps, cette machine ouvre de vastes moyens pour affronter toutes les révolutions qui se présentent aux autres querelles des hommes : démographiques, énergétiques, agricoles, écologiques, géopolitiques, démocratiques, civilisationnelles. 

Elle offre à toutes les activités humaines un incroyable outil à investiguer, inventer et à produire. 

Elle appelle une immense capacité de responsabilité sociale, politique, économique. La machine cybernétique invite à révolutionner le modèle économique et démocratique. Elle interroge de fait jusqu’à la liberté individuelle d’entreprendre et donc ce qui la légitime : la propriété privée.
 
La technologie, l’information, les données ? Ce sont là des questions d’intendance qui jouent sur l’efficacité de la machine.
 
Si la cybernétique appelle à révolution à elle seule, en soi, c’est-au titre de son modèle scientifique. Les hommes ont à faire en sorte que l’intendance suive sans que cela leur nuise. 

L’essentiel se jouera ailleurs. Dans la capacité à nouer correctement les possibles et les nécessités de cette machine à partir des tensions qu’elle fait peser sur les rapports de production.
 
Penser la révolution communiste dans un monde cybernétique

Le déploiement de cette machine et son système technique sont un enjeu de classes en eux-mêmes. Autant qu’ils soient fortement teintés de communisme.

La maitrise de cette machine fait la puissance des Gafas américains ou chinois et leur donne plein pouvoir de collecter, d’user ou de produire de l’information et des données et bien d’autres choses . L’inverse n’est pas vrai : Protéger, partager les données ne donne pas le pouvoir de posséder de telles machines. Ni donc le droit et la capacité à produire les conditions d’existences et d’émancipation de demain.
 
Les communistes ont à travailler leur projet et leur révolution politique en rapport avec le modèle cybernétique à partir de ce qu’il dit d’une possible et nécessaire manière communiste de produire les conditions d’existences et d’émancipation de l’humanité.
 
Regarder en face cette révolution à construire et qui doit trouver son cheminement, c’est regarder vraiment devant nous.
 
Le chômage de masse structurel ne doit faire oublier une rude réalité ! L’usage des moyens de production est toujours un insidieux « droit » pour les exploités parce il est à l’origine de leur surtravail. D’une certaine manière, le chômage structurel de masse est le pendant capitaliste des enclosures féodales ! Les féodaux avait fait communes quelques terres de leur propriété foncière pour leurs intérêts de classes bien compris. Le droit de propriété féodal subsistait sur elles et avec lui le droit bien compris d’en user autrement à tout moment. Ce qui fut fait dans l’Angleterre de Thomas More.

Le dépassement révolutionnaire face à la menace permanente des enclosures, du point de vue des paysans, ne pouvait pas être dans les Poor Laws, ni dans la défense sans fin de leur droit d’usage. Elle était dans un changement du régime de la propriété à penser, une « réforme » agraire... 

La grande différence historique avec cette période des enclosures est que le capital est plus en difficulté d’assurer du travail que de vouloir en soi en supprimer ! Cela étant, il faut aujourd’hui une « réforme » de la propriété du « capital », non pour la redistribuer car elles se reconcentrerait rapidement, mais pour la faire bien public. Même l’agriculture familiale doit y réfléchir pour ne pas perdre et son âme et sa vie.
 
Cessons d’envisager des replis non-critiques sur la vieille propriété du libre producteur indépendant, plus ou moins associé. 

Sortons des limites des formes de propriété proposées par les socialistes utopistes !

Le capital a d’ailleurs décidé de les enrôler, avant de les exproprier, pour gérer la paix sociale et quelques nouveaux besoins sociaux (vieillissement de la population notamment) à partir des revenus et sortir ainsi des immenses avancées d’une protection et une solidarité sociale fondée sur le travail, la production des richesses.
 
Abandonnons les approches dépassées des communs où les ressources sont faites communes pour sécuriser les conditions d’existences du propriétaire privé à la libre liberté d’entreprendre. Le capital encourage, instruit ce type de communs mieux que nous ! Il sait les exigences liées au système cybernétique lui-même. Il est nourri par les évidences : les besoins de sécuriser le système et les machines, de supprimer, mutualiser les coûts obligés, donc communs, de péage technologique pour accéder à ce genre de système technique. Il est enfin toujours à l’écoute des travaux scientifiques. A l’exemple des Nobels accordant leur prix à E. Olstrom pour ses travaux sur les communs. 

En matière de révolutions scientifiques et techniques, de révolutions des forces productives, le capital est un redoutable adversaire pour le communisme !
 
Pensons en légitimes producteurs propriétaires d’un monde sans classes.
 
Inventons une copropriété publique et citoyenne des moyens de production et d’échanges à vocation mondiale. Essayons d’en poser en les 1ères pierres en France. 

Il faut toujours commencer quelque part et par un bout. Le concept de Nation est étroit du point de vue communiste, mais pas inutile. De même que la démocratie libérale. Pour Marx, le suffrage universel était un moyen de forcer la politisation de toutes les classes, couches et catégories de la société . Une idée de plus à retravailler ?
 

Dans la PJ, vous trouverez en compléments quelques notes et référence

 

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