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Politique Européenne

Ce qui se passe en Espagne dans les milieux de la culture

Ce qui se passe en Espagne dans les milieux de la culture

 
22 Février 2018

Ces faits se passeraient dans les ex-pays socialistes, ils n’étonneraient pas tant la fascisation de ces pays fait partie du consensus européen de la lutte contre le communisme et de la présence de l’OTAN. Mais là nous sommes en Espagne, avec la crise, le désaveu des partis  et dans le passé celui du compromis de 1978, qui a instauré la monarchie avec l’amnistie des crimes franquistes fait éclater l’unité nationale fondée sur cette tentative d’oubli  des combats républicains sous couvert de ce qu’apporterait l’UE. Mais le fascisme de franco n’a jamais été éradiqué, il est resté là, les Basques eux n’ont pas connu l’amnistie, et une nouvelle génération d’artiste crie ce refus de l’oubli. Il y a deux cas, celui d’une photographe de performance plastique radicales très connu dans les milieux de l’art contemporain et surtout celui du rappeur de Majorque qui a déclaré que le fascisme ne se guérissait que par la mort et a été accusé de terrorisme, condamné à trois ans et demi de prison.

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photo performance: presos politiquos par santiago Sierra

 

Santiago Sierra (Madrid, 1966) est un artiste important , très politique, bien connu dans le milieu dans l’art contemporain international. Depuis hier il connait un succès qui a dépassé le milieu de l’art contemporain. Il y a eu la décision de Ifema d’exiger le retrait de son intervention photographique intitulé : « prisonnier politique dans l’Espagne contemporaine, dans l’exposition de la galería Helga de Alvear en Arco, et l’acceptation pour une part de la part de la galeriste de cette acte de censure a transformé Sierra en personnage le plus recherché et cité du jour dans les journaux télévisés de la télévision publiques comme des chaînes privées. Cette censure intervient sur un fond d’attaque généralisé contre le milieu de l’art et de la culture, ce qui a fait dire à Salio : que la régression démocratique du pays est dûe au fait que l’Etat ert « pénétré par le crime organisé ».

 

Cette affaire a lieu alors qu’un rappeur vient  d’être condamné par la Cour suprême pour les crimes de glorification du terrorisme, les insultes à la Couronne et les menaces pour le contenu de ses chansons

Le rappeur majorquin Josep Miquel Arenas, connu sous le nom de Valtonyc. - EUROPA PRESS

Le rappeur majorquin Josep Miquel Arenas, connu sous le nom de Valtonyc. – EUROPA PRESS

Le rappeur Valtonyc a été condamné par la Cour suprême à trois ans et demi de prison pour le contenu de ses chansons. De l’avis de la Haute Cour Nationale et de la Cour Suprême, une partie des paroles du chanteur glorifie les crimes de  terrorisme, des insultes à la Couronne et des menaces à Jorge Campos, président de l’association Círculo Balear.

 

Des phrases de ses chansons qui violent la loi ont été mises en exergue  par la justice . C’est, comme le souligne le texte, dix chansons de l’album Residus de un poeta,  dix autres chansons sous le titre Mallorca es Ca nostra; et, enfin,  deux autres chansons qui ont été téléchargées par le rappeur sur Youtube avec le titre de Marca España  et le fascisme est guéri par la mort.

 

Le vent se lève : L’Allemagne est le pays le plus souverainiste d’Europe – Entretien avec Coralie Delaume

Le vent se lève : L’Allemagne est le pays le plus souverainiste d’Europe – Entretien avec Coralie Delaume

 

 

18 Février 2018

 

 

L’Allemagne est le pays le plus souverainiste d’Europe – Entretien avec Coralie Delaume

Coralie Delaume est essayiste, co-auteur de La fin de l’Union européenne (Michalon, 2017) et animatrice du site L’arène nue où elle aborde régulièrement les problématiques liées à l’Allemagne.

 

Commençons par le fait marquant de l’élection. La CDU réalise son pire score depuis 1949. Le SPD tombe à 20%. Comment expliquer que leur « modèle », si parfait nous dit-on, déplaise tant aux Allemands ?

 

Je ne sais pas si c’est le « modèle » qui leur déplaît, ou la crainte que celui-ci ne finisse par être détruit qui les a mobilisés. Je pense qu’il y a des deux et que c’est difficile à démêler.

 

Le « modèle » ne convient sans doute plus à l’électorat de gauche, celui qui aurait dû voter SPD. On le sait, le pays est très inégalitaire. Il compte un nombre record de travailleurs pauvres, de personnes contraintes de cumuler plusieurs emplois, de salariés – surtout des femmes – contraints au temps partiel subi, etc. Par ailleurs, l’Allemagne souffre de sous-investissement chronique en raison d’une préférence marquée pour l’austérité budgétaire, et certaines infrastructures (routes, ponts) sont en piteux état. De nombreux articles sont récemment parus dans la presse française sur ces questions et c’est une très bonne chose. Il est temps qu’on atterisse et que l’on sorte de la fascination longtemps exercée par le « modèle allemand ». Le Monde lui même a fini par se réveiller avec un papier sur « L’envers du miracle allemand » paru au lendemain du scrutin.

 

Une partie de l’électorat social-démocrate s’est donc détournée du SPD, qui gouvernait main dans la main avec la droite depuis quatre ans, et n’a absolument rien fait pour infléchir la trajectoire. Ayant appartenu à la « Grande coalition » dirigée par Angela Merkel, le parti social-démocrate n’apparaît plus comme une alternative. D’où son score piteux et son choix d’aller se refaire une santé dans l’opposition, non sans avoir pris soin de placer à la tête de son groupe au Bundestag une représentante de l’aile gauche du parti, Andrea Nahles, ce qui semble indiquer une prise de conscience quant aux raisons de l’échec.

 

Mais si les électeurs de gauche ont jugé le SPD insuffisamment à gauche, les électeurs de droite ont vraisemblablement jugé, eux aussi, le bilan de la CDU insuffisamment à droite. Eux sont satisfaits du « modèle allemand » excédentaire, austéritaire, idéal pour préserver l’épargne d’une population qui vieillit.  Ils ne veulent en aucun cas partager les fruits de la politique actuelle avec les autres pays européens, souvent jugés dispendieux. D’où une dimension « souverainiste » marquée dans le vote de droite, qu’il s’agisse du vote AfD, ou du vote FDP. Les libéraux allemands du FDP, avec lesquels Merkel va devoir négocier (ainsi qu’avec les Verts) pour former une coalition, sont en effets devenus des souverainistes ombrageux. Ils ne veulent en aucun cas que l’Europe se transforme en « union de transferts », et militent pour que les pays déficitaires soient mis au ban de la zone euro.

 

L’autre fait majeur de cette élection, c’est la percée de l’AfD qui se situe à 13%. Elle a repris un million d’électeurs à la CDU. Pourtant, l’AfD reste un parti libéral. Pourquoi cette percée dans une Allemagne fracturée par les inégalités ?

 

Pour la même raison que je viens de donner concernant le FDP : c’est un vote de droite qui juge la CDU insuffisamment à droite. Je pense d’ailleurs qu’il faut regarder le phénomène AfD et FDP avec les mêmes lunettes. Car le second est la version fréquentable et propre sur elle de la première. En Allemagne, les partis les plus souverainistes sont extrêmement libéraux. C’est une particularité logique. Elle tient à la position de pays excédentaire de la République fédérale, à sa situation de créancier des autres pays européens.

 

L’autre raison pour laquelle l’AfD a fait un très bon score est évidemment l’importance prise par la question migratoire pendant la campagne. Et pour cause ! L’Allemagne, dont le solde migratoire était négatif jusqu’en 2010, a accueilli près de trois millions et demi de personnes en cinq ans (2011-2016), dont plus d’un million sur la seule année 2015, celle de la « crise des migrants ».

 

Ces immigrés ont d’abord été des Européens, dont l’installation en Allemagne a été favorisée par le principe de la libre circulation des personnes dans le Marché unique et qui, pour les ressortissants des pays d’Europe du Sud, se sont décidés à quitter leur pays en raison du chômage. La République fédérale, qui investit peu dans son propre avenir, aime en effet à ponctionner la main d’œuvre qualifiée disponible chez ses voisins.

 

Aux flux intra-européens se sont ensuite ajoutés les « migrants », auxquels Angela Merkel a ouvert les bras sans restriction en 2015 pour des raisons ambivalentes, que le sociologue Wolfgang Streeck décrit dans Le Débat comme nées d’un désir conjoint d’expier la « crise grecque » et de fournir des travailleurs bon marché au patronat du pays : « il appartiendra aux historiens d’expliquer les mobiles qui se cachent derrière l’ouverture des frontières allemandes à la fin de l’été 2015. Il semble y a voir eu un désir de détourner l’attention du massacre du gouvernement grec Syriza inspiré par l’Allemagne et de regagner une certaine hauteur morale (…) [En même temps] l’économie allemande souffrait d’une pénurie chronique de main d’œuvre avec la crainte, au sein du patronat, que des goulets d’étranglement ne fassent monter les salaires ». Les motivations d’Angela Merkel furent donc probablement multiples. En tout état de cause, une société ne peut absorber un tel choc démographique en un temps aussi court sans en être profondément secouée.

 

Die Linke peine à dépasser la barre des 10%. Le parti est divisé entre la ligne de Sarah Wagenknecht et celle de son aile modérée. Die Linke est marginalisé par une sociale-démocratie et des Verts alignés sur la CDU, et semble dans une impasse stratégique. Comment expliquer l’échec du Front de Gauche allemand ?

 

D’abord, dans le contexte allemand, je pense que le vieillissement de la population joue un rôle. Il n’est pas illogique que le « dégagisme » d’une population âgée se traduise par un vote protestataire de droite, davantage que par un vote révolutionnaire de gauche. En plus, les Linke n’apparaissent pas forcément toujours comme une force nouvelle, puisqu’ils exercent actuellement le pouvoir en Thuringe (où il dirigent une coalition « rouge-rouge-verte »), et dans le Brandebourg (au sein d’une coalition dirigée par le SPD).

 

Ensuite, je pense que Die Linke partage les mêmes difficultés que d’autres partis de gauche en Europe. D’une part, nombre de formations de gauche « radicale » investissent la seule question sociale, ce qui ne fait souvent que les positionner à la gauche de la social-démocratie et ne suffit pas à leur conférer un vrai statut de force alternative. Leur logiciel peut apparaître comme insuffisant au regard des questions soulevées par la mondialisation. Les électeurs potentiels des « gauches alternatives » attendent probablement un discours protecteur plus global que celui – même s’il est juste – sur les inégalités. Même leur vision de l’économie – pourtant leur point fort – relève parfois plus d’une dénonciation de l’ordre établi que de la formulation de véritable propositions. Comme le dit ici Aurélien Bernier, « la gauche radicale passe trop de temps à contrecarrer [le] modèle actuel et pas assez à promouvoir le sien (…) Quel est le modèle alternatif ? Leur contre-projet est un nouveau keynésianisme mais est-ce suffisant ? Peut-on revenir à un système de régulation de la mondialisation sans passer par des nationalisations massives, ni un protectionnisme assumé ? ». Bref, il reste à Die Linke comme à d’autres (de la France insoumise à Podemos) à formuler un projet global, qui soit à la hauteur des enjeux du moment.

 

Une alliance de la CDU d’Angela Merkel avec le FDP, de retour au Parlement, semble se profiler. Est-ce que cela ne condamne pas les velléités fédéralistes d’E.Macron et toute idée de réconciliation entre l’Allemagne et les pays du Sud ? Un autre résultat aurait-il changé la donné de ce point de vue ?

 

La coalition future (si elle voit le jour) sera une coalition tripartite, avec le FDP certes, mais également avec les Verts. Elle sera difficile à former, et rien que cela contrarie les plans d’Emmanuel Macron. Tant qu’il n’y a pas de gouvernement définitif en Allemagne, on ne peut pas faire grand chose en Europe. Or ce sera long tant sont grandes les divergences de vues entre les partis concernés.

 

Pour répondre à votre question, il est évident que la présence du FDP dans la coalition va jouer à plein. Le chef de ce parti, Christian Lindner, a d’ailleurs déclaré que les projets d’union de transfert portés par le Président français étaient pour lui une « ligne rouge ». «Un budget de la zone euro – M. Macron parle de plusieurs points de PIB et cela représenterait plus de 60 milliards d’euros pour l’Allemagne – où l’argent atterrirait en France pour les dépenses publiques ou en Italie pour réparer les erreurs de Berlusconi, serait impensable pour nous et représenterait une ligne rouge», a-t-il dit en substance. Les choses pourraient même aller plus loin qu’un simple refus des propositions d’Emmanuel Macron, et l’on pourrait s’orienter vers l’expression d’une volonté de « rigidifier » la gestion actuelle de la zone euro. Lindner a en effet invité Mario Draghi à « corriger » la politique monétaire de la Banque centrale européenne, jugée elle aussi trop souple, trop généreuse. Notons que les Libéraux briguent actuellement le ministère allemand des Finances. Or celui-ci se libère puisque Wolfgang Schäuble va diriger le Bundestag.

 

Il faut ajouter que le statut de premier parti d’opposition conquis de l’AfD va contribuer à droitiser le paysage politique du pays. L’AfD est un parti anti-immigration, libéral et eurosceptique. Si son discours porte principalement, désormais, sur les questions identitaires, cette formation s’est originellement constituée autour de l’économiste Bernd Lucke, et en tant que parti anti-euro. Or la CSU bavaroise et une partie de la CDU sont furieuses de s’être laissées dépasser à droite. Elles vont se raidir, que ce soit sur les sujets identitaires ou sur la question de l’euro.

 

En Europe de l’Est, on constate une montée des discours hostiles à l’UE et à l’Allemagne. C’est le cas en Pologne, en Hongrie et en Slovaquie. Peut-on assister à des changements géopolitiques dans une zone jusque-là cantonnée à un rôle d’Hinterland allemand ?

 

Les discours hostiles à l’UE, l’eurodivergence, les tensions centrifuges, sont à l’œuvre dans tous les États membres. Ce mélange d’identitarisme et de souverainisme que l’on appelle « populisme » par commodité progresse partout, y compris chez les gagnants de l’intégration européenne comme l’Allemagne. Les Pays d’Europe centrale et orientale sont spécialement touchés, et les gouvernements polonais ou hongrois semblent plus frondeurs que la moyenne. Mais il est possible aussi que ce soit une façon pour eux de gérer une souveraineté limitée, qui l’a d’ailleurs presque toujours été. Comme vous le dites, ils forment « l’Hinterland » de la République fédérale. Leurs économies sont des bases arrières de l’espace productif allemand, et ils ne peuvent pas tout se permettre.

 

Pour autant, sans doute faut-il commencer à questionner la manière dont on ont été « réunies» les deux Europe après la chute du mur de Berlin. Quand on analyse le scrutin législatif allemand du 24 septembre et qu’on voit comment a voté l’ancienne Allemagne de l’Est (où l’AfD est désormais le second parti), quand on voit ce qui se passe dans les « pays de l’Est », on  s’interroge. Dans son livre intitulé Le second Anschluss, le sociologue italien Vladimiro Giacché qualifie « d’annexion » la manière dont l’ex-RDA a été incluse dans « la famille occidentale », et décrit un processus particulièrement brutal, tant économiquement que politiquement. Quant à Emmanuel Todd, il note dans son tout dernier livre : « le système médiatique européen s’inquiète de la montée des forces conservatrices et xénophobes en Pologne et en Hongrie, de la persistance de la corruption en Roumanie et en Bulgarie, mais il se refuse à analyser, jour après jour, le processus de destruction sociale et humaine qu’a amorcé pour ces nations l’intégration à l’Union (…). La cruelle réalité est que loin d’être de nouveaux eldorados, la Pologne, la Hongrie et les autres pays sont les lieux d’une angoisse fondamentale face à l’avenir ». Nous en sommes là.

 

Entretien réalisé par Jan Bediat

Crédits photo : Margot l’hermite

 

L’Italie face aux pires élections de son histoire

L’Italie face aux pires élections de son histoire

 

15 Février 2018
L’Italie face aux pires élections de son histoire
  
Silvio Berlusconi

Le 4 mars 2018 auront lieu les élections législatives italiennes. Alors que le pays est fracturé par de profondes divisions sociales et 20 ans de stagnation économique, le champ politique semble toujours incapable de fournir une solution à la crise profonde que traversent nos voisins méditerréanéens.

 

Qui conserve encore un minimum de mémoire historique n’aura aucun mal à reconnaître que les prochaines élections qui auront lieu le 4 mars en Italie peuvent être légitimement considérées comme les pires que le pays ait connues. Bien que victime depuis plusieurs décennies d’une dérive oligarchique, le « Belpaese » n’avait jamais vu une campagne électorale aussi fade, rustre et dépourvue de repères. Dans les talk-shows télévisés, des marées de promesses et d’âpres saillies entre les prétendants masquent une absence d’idées déconcertante, quand ce n’est pas le relatif consensus entre eux qui trouble l’observateur.

 

Les perspectives sont désolantes. Un magnat octogénaire aux multiples casseroles – tant politiques que judiciaires – s’apprête à remporter de nouveau les élections, même s’il ne pourra pas être élu au Parlement car une loi le rend inapte à se présenter directement. Silvio Berlusconi est comme un phénix : il renaît de ses cendres à chaque fois qu’il est donné pour mort. Il est allié au lepéniste Matteo Salvini (qui hier encore voulait diviser l’Italie en deux et brocardait les méridionaux), et quelques autres excroissances post-fascistes. Pourtant, ces forces n’ont jamais eu de programmes aussi divergents, ce qui provoque des tensions dans l’alliance de « centre-droit ».

 

De l’autre côté, le centre gauche est acculé. Le Parti Démocrate paie la faible clairvoyance d’un leader qui, alors qu’il n’a même pas quarante-cinq ans, est déjà grillé à cause d’une fougue et d’une insolence qui l’ont rendu insupportable aux yeux d’une grande partie des électeurs. Si Emmanuel Macron a montré un talent hors du commun pour incorporer les critiques de ses adversaires et les retourner à son avantage, Matteo Renzi a réussi à s’aliéner tout le monde. Quant aux ramifications du PD – Piu Europa, Insieme e Civica popolare –, qui constituent de petits cartels électoraux formellement indépendants, elles ne cumulent que peu de points dans les sondages.

 

Il faut prendre au sérieux les retournements d’alliance post-électoraux, qui ont permis à l’Italie, au cours des dernières années, d’obtenir une stabilité politique à coup de trahisons et de scissions dans les groupes parlementaires. (…) Ce type de scénario pourrait se produire de nouveau, quelle que soit la coalition qui parviendra à la majorité relative.

 

Le Mouvement Cinq Étoiles, de son côté, fluctue autour de 30%. Un tel résultat lui assurerait la position de premier parti italien, mais il ne serait que deuxième par rapport au centre droit coalisé et loin de la possibilité de former un gouvernement. Le mouvement se retrouve orphelin de son fondateur : la vedette comique Beppe Grillo, désormais manifestement en retrait. Celui-ci a choisi comme figure de proue Luigi Di Maio, un jeune loup de l’aile droite du mouvement qui n’a pas manqué de diluer les rares bonnes choses que proposaient naguère les « grillini ». Il reprend désormais à son compte la rhétorique sur la nécessaire austérité et la réduction des dépenses de l’État italien.

 

Le moment de vérité sera la période post-électorale. Les bookmakers parient, au cas où le centre droit n’aurait pas la majorité, sur une grande coalition entre l’octogénaire Berlusconi et Renzi – dont l’avenir semble compromis. De façon moins probable, il pourrait y avoir une alliance entre le lepéniste Salvini et Di Maio du M5S. Il faut prendre au sérieux les retournements d’alliance post-électoraux, qui ont permis à l’Italie, au cours des dernières années, d’obtenir une stabilité politique à coup de trahisons et de scissions dans les groupes parlementaires. La classe politique est notoirement habituée à se précipiter pour soutenir le vainqueur. Ce type de scénario pourrait se produire de nouveau, quelle que soit la coalition qui parviendra à la majorité relative.

 

Et à gauche ? Son absence dans le jeu politique et les scénarios post-électoraux en disent long sur l’insignifiance des héritiers d’une page glorieuse de l’histoire italienne. Jadis la plus influente du continent, la gauche italienne est quasiment inexistante. À la gauche du PD, un cartel électoral baptisé « Libres et Égaux » s’est formé, dont l’initiateur est Massimo D’Alema. Le D’Alema des privatisations, de la flexibilité du travail et des traités européens… À force de traîner les lambeaux du Parti Communiste Italien de plus en plus vers le néolibéralisme, D’Alema et les siens ont buté sur plus habile qu’eux et, marginalisés au sein du parti, ils en sont sortis en essayant de se construire une image de progressistes.

 

Cependant, leur l’horizon demeure celui d’un centre gauche traditionnel, voué à un credo néolibéral mal déguisé : tout le monde sait qu’un PD épuré de l’influence de Renzi les ferait revenir au bercail.

 

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les LeE ont choisi comme chef de file Pietro Grasso, président du Sénat, qui a un profil hyperinstitutionnel et dépourvu de la moindre veine charismatique. Ce qui s’avère néanmoins difficilement compréhensible, si ce n’est par opportunisme, c’est l’adhésion de Sinistra Italiana (Gauche Italienne) à cette coalition, menée par Nicola Fratoianni. Bien qu’elle ne soit jamais apparue comme un objet particulièrement original, Sinistra Italiana semblait avoir acté une nette distanciation à l’égard de la pratique et de la culture politique incarnée par les ex du PD. Cette incompatibilité s’est d’ailleurs constatée avec l’apparition de tensions internes qui se sont exacerbées au moment de la présentation des candidatures. On peut légitimement anticiper une nouvelle division après les élections.

 

Le tableau est complété par un attirail de phrases velléitaires, de poings levés, de radicalisme mal pavoisé, de pureté idéologique étalée aux quatre vents.

 

Que dire alors de Potere al Popolo [Pouvoir au Peuple] ? Si l’on souhaite être objectif, tout ce qu’on peut reconnaître à cette nouvelle formation est d’avoir été mise sur pied par un groupe de jeunes napolitains à qui l’on doit de louables actions de mutualisme et de luttes sociales locales. Cependant, les mérites de cette formation s’arrêtent là. Malgré l’insertion du mot peuple dans leur nom, nous sommes bien loin de la stratégie populiste qui est à la base du succès de Podemos et de La France Insoumise. La perspective demeure celle d’une simple convergence des luttes par le bas, bien que l’Italie ne connaisse aucun mouvement digne de ce nom depuis fort longtemps. L’appel aux luttes relève donc largement de l’incantation. Potere al popolo reproduit les erreurs systématiques de la gauche italienne : à chaque timide manifestation syndicale le refrain « Nous devons redémarrer de cette place » est entonné ; sans que jamais une direction ne soit définie ni le périmètre de ces rassemblements établi. Potere al popolo est marqué par la culture minoritaire, qui affleure à chaque coin de rue : le mouvement clame qu’il n’est pas important d’atteindre les 3% nécessaires pour entrer au parlement (et on en est très loin pour le moment, puisque Potere al Popolo semblerait stagner en-dessous de 1%) ; et les actions initiées restent celles des militants traditionnels, dont le nombre est désormais plutôt clairsemé, et dont les perspectives sont faiblement séduisantes pour un électorat hétérogène. Le tableau est complété par un attirail de phrases velléitaires, de poings levés, de radicalisme mal pavoisé, de pureté idéologique étalée aux quatre vents.

 

Potere al popolo en est encore à revendiquer le monopole de la « vraie gauche » à ses concurrents. Sur les réseaux sociaux, la campagne se limite souvent à expliquer que la « vraie gauche » ce n’est pas « Libere e uguali » mais Potere al popolo ». Comme si une telle lutte pour l’étiquette pouvait intéresser qui que ce soit et mobiliser les Italiens… Potere al popolo n’est pas capable de proposer un horizon alternatif et un projet global. Le mouvement est d’ailleurs désincarné et n’admet toujours pas l’importance du fait d’avoir un leader qui exerce la fonction de tribun, et l’importance des moyens de communication modernes dans l’élaboration d’une stratégie politique : Viola Carofalo n’est ni Pablo Iglesias, ni Jean-Luc Mélenchon. Au-delà des bonnes intentions donc, le langage et l’esthétique déployés rendent le mouvement incapable d’élargir sa base. Sur le thème européen, enfin, Potere al Popolo maintient une ambiguïté de fond, puisqu’ils sont bloqués par la possibilité de l’alliance en vue avec le maire de Naples De Magistris, lequel de son côté a déjà rallié Yannis Varoufakis dans la perspective des élections européennes de 2019.

 

L’Italie ne semble donc toujours pas mure pour l’apparition d’une force politique progressiste capable de coaliser des aspirations transversales et capable de vivre hors du spectre du PCI, tout en déjouant la stratégie populiste du Mouvement Cinq Etoiles, qui a réussi à articuler un certain nombre d’aspirations et qui séduit bon nombre d’électeurs issus de la gauche. Le paradoxe est que ces élections dévoilent à quel point le champ politique italien est un cadavre à la renverse, et qu’il existe donc une fenêtre d’opportunité pour élaborer un tel projet. L’Italie en a urgemment besoin.

 

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères démissionne après avoir menti sur Poutine

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères démissionne après avoir menti sur Poutine

 

14 Février 2018 

Est-ce que chez nous où toutes les outrances sont admises en matière de russophobie et travestissement de la vérité il aurait dû démissionner; probablement pas, on aurait dit que cet homme politique- fut-il d’extrême-droite avait dit son fait à Poutine (par exemple en matière de droits de la presse) et que le dit Poutine ne l’aurait pas supporté. 

 

(note et traduction de danielle Bleitrach)


13.02.2018 • 17:16

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères démissionne après avoir menti sur Poutine

Source: AFP
Le chef de la diplomatie néerlandaise Halbe Zijlstra a démissionné. Lundi, il a admis avoir menti au sujet d’une rencontre avec Poutine. Il avait faussement prétendu que Poutine avait déclaré en 2006 son intention de créer une « Grande Russie ».
 

Zijlstra a admis que ce mensonge avait tellement endommagé sa réputation que sa position était devenue intenable pour le gouvernement. Le politicien de droite avait admis lundi au journal De Volkskrant qu’il avait inventé une citation  de Poutine. Il avait dit que le président russe a déclaré lors d’une réunion en 2006 que la Russie comprenait également la Biélorussie, l’Ukraine et les Etats baltes.

 

Demi Zijlstra

Lire la suite: Le ministre néerlandais des Affaires étrangères admet avoir menti au sujet des rencontres avec Poutine.
 

 

Ce mercredi , il aurait dû se rendre en Russie et l’ex-ministre des Affaires étrangères – Zijlstras aurait dû effectuer sa première visite officielle en Russie.

Dutch Foreign Minister in trouble after he admits lying about meeting Putin in 2006 in his dacha (holiday house). This is what FM Halbe Zijlstra said during a speech in 2016. (including English subtitles).

Zijlstra n’avait pris ses fonctions qu’en octobre 2017.

Halbe Zijlstra: symbole de la Fake politique

mercredi 14 février 2018

Halbe Zijlstra : symbole de la Fake politique

Dès qu'il s'agit de la Russie, il semblerait qu'une étrange machine à fantasmagorie se mette en marche et pousse les politiques européens, ou américains, à se jeter à plein perdu dans un monde magique, totalement reconstruit sous le pouvoir de leurs fantasmes. Ainsi, le très éphémère ministre des Affaires étrangères néerlandais, H. Zijlstra, vient de payer de son siège ses affabulations au sujet de grands plans géostratégiques de Poutine. Quand la poutinophobie sert de politique, la grandeur passée de l'Europe se fane.
 
Halbe Zijlstra fut ministre des Affaires étrangères 3 mois et 18 jours. Raison de ce passage éclair: son plaisir depuis 2016 à raconter à qui le veut une belle histoire dans l'air du temps: en 2006, alors qu'il travaillait pour la compagnie Shell, il aurait été invité dans la maison de campagne de Vladimir Poutine, où, assis au fond de la salle, il aurait très clairement entendu celui-ci affirmer vouloir rétablir une "Grande Russie":
(Poutine) aurait donc dit, d'après le récit d'Halbe Zijlstra, qu'il avait l'intention de rétablir la «Grande Russie», qui inclurait «la Russie, la Biélorussie, l'Ukraine, les Etats baltes». Et d'ajouter que «le Kazakhstan serait bien à avoir».
Tous les ingrédients du cocktail à sensation sont là: Poutine, la Grande Russie, ses velléités impériales et expansionnistes, le danger pour l'Europe.  A consommer sans modération.
 
Mais encore faut-il savoir affabuler. Lors d'une interview donnée à De Volkrant, le ministre des Affaires étrangères néerlandais reconnaît finalement n'avoir pas même participé à cette entrevue, mais répète des propos entendus par une personne qui y aurait été présente. Bref, l'ami d'un ami m'a dit, donc ce n'est pas un mensonge. Le scandale a éclaté et il a été obligé de démissionner. Cela à la veille de sa première visite officielle en Russie, qui évidemment a été annulée.
 
Une faute professionnelle particulièrement grave. Tout ce qu'il a trouvé à dire aux députés lorsqu'il a annoncé sa démission sont ces paroles creuses d'un gosse pris avec le doigt dans le pot de confiture:
«Je n’aurais vraiment pas dû faire ça. Je suis désolé»
Ce n'est vraiment pas à la hauteur de ce qui a été commis, mais en revanche cela correspond tout à fait au niveau de compétence des politiques occidentaux aujourd'hui et d'une totale inconscience. Comme le rappelle Sergueï Lavrov :
«Il s’agit de la crédibilité du ministre des Affaires étrangères du Royaume des Pays-Bas. Cette crédibilité devrait être hors de tout doute à l’intérieur, tout comme à l’extérieur du pays»
Finalement, Halbe Zijlstra n'est qu'un rejeton de la Fake politique.
 

Quand Soros finance le mouvement anti-Brexit, ce n'est pas de l'ingérence ...

mardi 13 février 2018

Quand Soros finance le mouvement anti-Brexit, ce n'est pas de l'ingérence ...

Après l'hystérie qui s'est emparée des Etats-Unis, puis évidemment de l'Europe, quant à la présupposée et tant décriée ingérence de la Russie dans les élections un peu partout dans le monde, le silence consentant qui entoure la décision de Soros de financer le mouvement anti-Brexit, remettant en cause le vote populaire, fait légèrement sourire ... La démocratie des uns n'est manifestement pas celle des autres. 
 
George Soros, qui n'a strictement aucun lien avec la Grande-Bretagne, étant citoyen américain d'origine hongroise, s'est trouvé particulièrement contrarié par la volonté insistante de T. May de conduire le pays sur la voie définitive du Brexit. Afin de remettre en cause la décision issue du référendum populaire qui a conduit à cette décision, G. Soros a décidé de financer à hauteur de 400 000 livres une ONG, Best for Britain, qui fait campagne contre le Brexit.  
 
Très fier de son action malgré les critiques dans la presse britannique, immédiatement qualifiée de nationaliste, il rajoute 100 000 livres. Cette ONG est censée faire pression sur les députés pour qu'ils bloquent le processus. 
 
Selon G. Soros, les Britanniques seraient dans le déni et T. May vit ses derniers jours politiques, même si la catastrophe économique annoncée n'a pas eu lieu, personne ne disant pour autant que ce sera facile. Le Brexit est un choix politique, voire idéologique, non économique. Et c'est justement ce qui dérange Soros. 
 
Comment peut-on opposer un choix idéologique souverain à la mondialisation, garantissant le monde unipolaire? 
 
L'argumentation de Soros justifiant son ingérence est classique aujourd'hui: le choix du Brexit a été formulé par les vieux et ce sont les jeunes qui devront l'assumer. Or, le monde aujourd'hui appartient aux jeunes. A priori et sans discussion. Puisque c'est un postulat. Rappelons que Soros est né ... en 1930. L'argumentation prend ici toute sa valeur ... ridicule. 
 
Il est vrai que l'accent est toujours mis sur la jeunesse et l'Ukraine montre la voie. La jeunesse manipulée et lancée dans la rue - pour garantir l'arrivée au pouvoir d'un autre clan. L'Ukraine où les lois sont votées et revotées jusqu'à ce que le bon résultat soit atteint, par lassitude ou par la force si nécessaire. 
 
C'est ce que propose Soros. Utiliser "la jeunesse", habituée aux réseaux sociaux, à "liker" et non à réfléchir, réagissant par impulsion sur le plan émotionnel et ne se développant que peu sur le plan rationnel. Utiliser cette jeunesse reformatée et fragilisée pour remettre en cause l'expression de la souveraineté populaire tant que le "bon" résultat n'est pas obtenu. 
 
C'est la nouvelle démocratie, celle qui prédit l'avenir de l'Europe. Le modèle ukrainien. A chaque époque ses modèles... 
 

Le Vent se lève: La question macédonienne peut-elle faire tomber Tsipras ?

Le Vent se lève: La question macédonienne peut-elle faire tomber Tsipras ? 

 

12 Février 2018
Bismark disait qu’il y avait deux individus qui avaient compris quelque chose aux Balkans, lui et un autre et l’autre était devenu fou… Il reste la ressource de cet article ou de revoir le magnifique film d’Angelopoulos, le regard d’Ulysse, en attendant que la direction du PCF clarifie si faire se peut sa position à l’égard de Tsipras..
 
(note de Danielle Bleitrach)

La question macédonienne peut-elle faire tomber Tsipras ?

No 741831

Historien, spécialiste de la Grèce et des Balkans, auteur d’une oeuvre historique en trois tomes intitulée La Grèce et les Balkans (Folio Histoire), Olivier Delorme revient sur l’épineuse question macédonienne et son influence sur la politique intérieure grecque. A l’aune des manifestations de masse qui ont eu lieu à Thessalonique et à Athènes contre l’ouverture de négociations avec Skopje, on peut envisager que le nationalisme hellénique arrive à faire coaguler les mécontentements contre le gouvernement Tsipras. A moins que Tsipras n’ait l’intention de se servir de la question macédonienne pour fracturer la droite et se maintenir au pouvoir… 
 

Si l’on veut comprendre quelque chose à la « question macédonienne » et ne pas s’arrêter aux poncifs véhiculés par les médias dominants d’Europe occidentale, il faut commencer par prendre en compte les trois réalités que recouvre l’appellation de Macédoine :

 

– un royaume antique de langue et de culture helléniques dont les centres de pouvoir se trouvaient sur le territoire de la Grèce d’aujourd’hui : Pella, Verghina (Aigéai antique), Philippes sont des sites archéologiques remarquables dont les musées[1] présentent un matériel attestant le large usage d’un soleil à seize branches, que l’Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM[2]) adopta, lors de son indépendance consécutive aux guerres de sécession yougoslaves, en septembre 1991, comme symbole figurant sur son drapeau ;

 

– une région géographique appartenant aux États impériaux byzantin puis ottoman, où les Slaves et les Turcs, arrivés aux VIe-VIIe siècles de notre ère pour les premiers, au XIVe pour les seconds, se sont imbriqués aux populations plus anciennement installées – grecques, albanaises, aroumaines ;

 

– un territoire partagé à l’issue des guerres balkaniques de 1912-1913, entre les États nationaux nés au XIXesiècle – Grèce (Macédoine égéenne), Bulgarie (Macédoine du Pirin), Serbie (Macédoine du Vardar) –, lesquels ont procédé à des échanges de population, volontaires ou non, afin d’assurer à chacune de ces trois Macédoines une relative homogénéité « ethnique ».

 

Pris dans la tourmente des guerres balkaniques, le nationalisme macédonien se retrouve coincé entre les antagonismes helléno-bulgares 

 

A la fin du XIXe siècle, se développe en outre un mouvement national macédonien, revendiquant une identité slave distincte des identités bulgare et serbe, dont les membres (komitadjis) utilisent le terrorisme contre l’Empire ottoman et contre la population grecque, puis contre les États nationaux serbe et bulgare durant l’entre-deux-guerres. Ce sont des komitadjis, agissant pour le compte des oustachis croates, qui assassinent le roi de Yougoslavie Alexandre et le ministre des Affaires étrangères français Barthou, à Marseille en octobre 1934. Cette revendication nationale s’appuie sur l’existence d’une langue propre dont beaucoup considèrent qu’elle est en réalité un dialecte très proche du bulgare (du bulgare écrit sur une machine à écrire serbe si l’on veut faire un peu de mauvais esprit ; les délégations de l’ARYM en Bulgarie comprennent toujours un interprète dont la seule utilité est d’affirmer l’existence d’une langue différente du bulgare alors que Bulgares et Macédoniens de l’ARYM se comprennent parfaitement).

 

La question se complique encore après la première guerre mondiale, du fait de la position du Komintern[3]qui, dans les années 1920, considère que les Balkans devraient être réorganisés dans une fédération dont une Macédoine unifiée serait l’une des composantes – position qui, en Grèce, marginalisera durablement le Parti communiste (KKE) comme traître aux intérêts nationaux. Elle prend un tour d’autant plus passionnel en Grèce que nombre des 1,5 million de Grecs chassés d’Asie Mineure en 1922-1923 sont installés en Macédoine égéenne. Or, ces réfugiés qui ont subi, soit un génocide comparable à celui des Arméniens pour les Pontiques installés au bord de la mer Noire (le Pont Euxin des Anciens), soit une brutale purification ethnique pratiquée par la Turquie kémaliste naissante, ne peuvent supporter de voir mise en cause l’appartenance à la Grèce du refuge où ils reprennent racine.

 

Et ce qui reste inconcevable aujourd’hui pour beaucoup de leurs descendants, héritiers d’une mémoire toujours vive et douloureuse.

 

« Tout auréolé de son rôle à la tête du plus puissant mouvement de résistance d’Europe, Tito se voit alors un destin dépassant les frontières yougoslaves. Avec celui qui fut son supérieur au Komintern, le Bulgare Dimitrov, il négocie la forme que pourrait prendre la fédération balkanique mise en sourdine durant les années 1930. Pour Tito, il ne pourrait s’agir que d’un élargissement de la Yougoslavie dont il serait le leader naturel : aux six républiques s’ajouteraient l’Albanie, la Bulgarie et la Grèce. »

 

La question et la mémoire se compliquent d’autant plus que, de 1941 à 1944, une partie de la Macédoine égéenne et de la Thrace est annexée à la Bulgarie, alliée de l’Axe, qui y mène une politique de slavisation forcée, si cruelle et implacable que nombre de Grecs choisissent de fuir la zone bulgare pour la zone d’occupation allemande où l’on meurt pourtant de faim durant l’hiver 1941-1942.

 

Mais la situation n’est guère plus simple au nord. Car une fois la Yougoslavie occupée et démantelée par les États de l’Axe au printemps 1941, la Macédoine du Vardar, échue à la Serbie en 1912-1913, est elle aussi annexée à la Bulgarie et bulgarisée de force, tandis que le parti communiste de la région choisit de s’affilier à celui de Sofia – à la grande fureur d’un Tito, qui obtient de Moscou le retour de ce parti dans son giron… et l’épuration des cadres macédoniens pro-bulgares.

 

La fédération balkanique titiste bute sur la question macédonienne  

 

Aussi, parmi les six entités fédérées et les cinq peuples constitutifs de la Yougoslavie titiste d’après guerre, figurent une République de Macédoine (Macédoine du Vardar détachée de la Serbie) et un peuple macédonien. Mais tout auréolé de son rôle à la tête du plus puissant mouvement de résistance d’Europe, Tito se voit alors un destin dépassant les frontières yougoslaves. Avec celui qui fut son supérieur au Komintern, le Bulgare Dimitrov, il négocie la forme que pourrait prendre la fédération balkanique mise en sourdine durant les années 1930. Pour Tito, il ne pourrait s’agir que d’un élargissement de la Yougoslavie dont il serait le leader naturel : aux six républiques s’ajouteraient l’Albanie (qui se trouve alors très largement sous contrôle yougoslave), la Bulgarie et la Grèce. Quant à la République fédérée de Macédoine, elle se verrait annexées les Macédoines égéenne et du Pirin auxquelles la Grèce et la Bulgarie auraient dû renoncer. Pour Dimitrov au contraire, il s’agirait d’une fédération des États existants, dans laquelle la Yougoslavie disposerait d’une voix (et non de six comme dans le projet titiste) à égalité avec la Bulgarie, l’Albanie et la Grèce. C’est Staline qui, sans d’abord avoir manifesté d’opposition à ce que la Yougoslavie « avale l’Albanie[4] », sifflera brutalement la fin de la partie, jugeant inacceptable qu’à travers ce projet, largement ébauché dans son dos, Tito vise une hégémonie régionale qui ne pourrait qu’affaiblir le rôle dirigeant de l’URSS dans un bloc soviétique en cours de consolidation. Cela constituera même une des raisons majeures de l’excommunication de la direction yougoslave.

Le Maréchal Tito, ici avec Koča Popović, Chef d’état-major de l’Armée populaire yougoslave de 1948 à 1953.
Stevan Kragujević. ©Stevan Kragujević

Enfin la question macédonienne contribue largement à la défaite du KKE entré en guerre civile en 1946, et dont les approvisionnements dépendent de Tito bien plus que de Staline (lequel n’a jamais envisagé sérieusement de remettre en cause le partage d’influence dans la région négocié avec Churchill en octobre 1944). Contraint à se rallier au projet titiste de Macédoine unifiée en échange de l’aide yougoslave, le KKE perd nombre de ses soutiens en Grèce. Car si beaucoup pouvaient partager ses objectifs politiques intérieurs, beaucoup considèrent ce ralliement comme une trahison des intérêts nationaux fondamentaux de la Grèce.

« Au dernier acte de la tragédie de la guerre civile grecque, sommé par Moscou de condamner la dissidence yougoslave, le KKE se condamne à l’asphyxie en choisissant la fidélité à Staline contre Tito – lequel lui coupe les vivres. »

Le KKE voit dès lors sa base se réduire progressivement aux Grecs de langue slave qui hypothèquent un peu plus leur place dans la Grèce des lendemains de la guerre civile : on les considérait déjà comme ayant profité de l’occupation bulgare ou y ayant collaboré, ils apparaissent désormais comme faisant le jeu des communistes et du démantèlement de l’État grec. Nombre d’entre eux seront contraints au départ vers la Bulgarie, la Yougoslavie ou l’Albanie. Les autres resteront durablement suspects au pouvoir réactionnaire qui s’installe en Grèce, sous tutelle américaine, à la faveur de la guerre civile. Quant à l’électorat de Macédoine égéenne, il bascule massivement, en partie à cause de cet enjeu macédonien, de la gauche ou du progressisme incarné par Vénizélos, le grand homme d’État grec de la première moitié du siècle, vers la droite conservatrice.

 

Au dernier acte de la tragédie de la guerre civile grecque, sommé par Moscou de condamner la dissidence yougoslave, le KKE se condamne à l’asphyxie en choisissant la fidélité à Staline contre Tito – lequel lui coupe les vivres.

 

La question macédonienne est donc à la fois multiforme et éminemment passionnelle. De sorte que, face aux guerres de sécession yougoslaves des années 1990, les dirigeants titistes de la République fédérée de Macédoine ne se résolurent à l’indépendance que par défaut, une fois épuisés les espoirs de rénovation de la fédération. D’autant qu’ils redoutaient d’avoir à gérer une république qui était la plus pauvre de Yougoslavie, totalement enclavée – sans débouché maritime, ressources naturelles notables, ni économie viable. D’ailleurs, où qu’on se situe dans la région, l’indépendance de cet État soulève d’épineuses questions. Sofia a reconnu l’État macédonien, mais non le peuple macédonien qu’elle considère comme une partie du peuple bulgare. Et si Tirana reconnaît un peuple macédonien – slave –, nombre des dirigeants albanais professent que l’est de l’ARYM a vocation à rejoindre la Bulgarie et l’ouest, majoritairement albanophone, à devenir un troisième État albanais, après l’Albanie et le Kosovo, voire à rejoindre une Grande Albanie telle qu’elle exista sous protection de l’Italie fasciste puis de l’Allemagne nazie entre 1941 et 1944.

 

Dès les années 90, la question macédonienne fait chavirer les gouvernements à Athènes

 

Mais c’est à Athènes que cette indépendance suscita la plus grande inquiétude. D’abord parce qu’elle réveillait trop de spectres : guerres balkaniques et guerre mondiale de 1912 à 1918, Grande Catastrophe d’Asie Mineure de 1922-1923, bulgarisation forcée de 1941 à 1944, guerre civile de 1946 à 1949. Ensuite parce que, dans le contexte des guerres de sécession yougoslaves où s’exaltaient les passions nationales et les irrédentismes, s’approprier le nom de Macédoine, celui d’une région divisée entre trois États et qui ne peut donc être la propriété d’un seul, ainsi que du soleil de Verghina, emblème associé à une dynastie de culture hellénique dont les capitales se trouvaient sur le territoire actuel de la Grèce, faisaient redouter aux Grecs un irrédentisme latent, crainte renforcée par plusieurs articles fort ambigus de la Constitution du nouvel État. En outre, jamais les komitadjis n’avaient renoncé à revendiquer Thessalonique pour capitale de la Macédoine et, lors de l’indépendance de 1991, le principal parti d’opposition, à Skopje, se revendiquait de cet héritage en reprenant le nom du parti historique de ces terroristes macédoniens, la VMRO, ou Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne, fondée un siècle plus tôt en 1893.

Konstantinos Mitsotakis. ©Konstantinos Mitsotakis.

Les partenaires européens de la Grèce ignorant ou voulant ignorer ce contexte passionnel, les pressions et chantages financiers de l’UE se font dès lors de plus en plus appuyés afin de pousser le Premier ministre grec conservateur, Konstantinos Mitsotakis, arrivé au pouvoir laborieusement (après trois élections législatives en un an et avec deux sièges de majorité), à reconnaître sans condition le nouvel État. Et ses concessions conduisent le jeune ministre des Affaires étrangères, Antonis Samaras, à démissionner en avril 1992, à quitter le parti conservateur Nouvelle Démocratie (ND) et à fonder un nouveau mouvement « Printemps politique », sur une ligne d’intransigeance à l’égard de Skopje. Dès lors, le gouvernement Mitsotakis est en sursis – jusqu’à ce que, acceptant en avril 1993, l’admission à l’ONU (donc au FMI et à la Banque mondiale) du nouvel État sous le nom d’Ancienne République yougoslave de Macédoine et sans que son drapeau litigieux soit hissé, il se trouve obligé de provoquer de nouvelles élections lorsque les députés qui ont suivi Samaras lui retirent leur soutien.

 

Le PASOK fait son beurre en récupérant le nationalisme hellénique, accentuant les tensions avec Skopje 

 

La question macédonienne a donc fait tomber le gouvernement d’Athènes et Mitsotakis perd les élections d’octobre 1993 (Samaras obtient 4,88 % des voix et 10 députés). Face à lui, le Parti socialiste panhellénique (PASOK) a compris que se placer sur le terrain patriotique de l’intransigeance envers Skopje était son meilleur atout pour revenir au pouvoir, perdu en 1989 à la suite de retentissants scandales. Participant activement, aux côtés de l’Église, à la mobilisation de la société qui aboutit à des manifestations de masse à Thessalonique, Athènes et un peu partout dans le pays, il réalise à ces élections le deuxième meilleur score de toute son histoire (46,88 % et 170 sièges sur 300). Andréas Papandréou redevient alors Premier ministre et, dès novembre, la Grèce quitte les négociations patronnées par l’ONU, puis décide de fermer sa frontière le 16 février 1994, alors que Thessalonique est un poumon économique essentiel pour l’ARYM.

 

Parallèlement, à Skopje, la VMRO accuse le gouvernement social-démocrate de trahir les intérêts fondamentaux de la nation lorsque celui-ci reprend les négociations avec Athènes sous l’égide de l’ONU, sous forte pression américaine et sous la contrainte de la nécessité. Car le blocus grec aggrave encore une situation économique rendue catastrophique par l’embargo international contre la Serbie et le Monténégro (1992) et par l’afflux de réfugiés venus du Kosovo et de Bosnie. En 1995, le revenu par habitant, qui s’élevait à 2 200 dollars en 1990, n’est plus que de 700 dollars, et 40 % de la population active se trouve au chômage en 1996.

« Dans les années qui suivent, l’ARYM voit en outre monter les tensions entre majorité slave et minorité albanophone (faute de recensement, l’enjeu politique étant trop fort, les estimations de l’importance respective des deux communautés font l’objet d’interminables controverses). »

Le compromis auquel Athènes et Skopje parviennent en novembre 1994 prévoit l’établissement de relations diplomatiques entre les deux capitales, la réaffirmation solennelle de l’intangibilité des frontières, la libre circulation des biens et des personnes (donc la levée du blocus grec), l’abandon du soleil de Verghina comme drapeau de l’ARYM, l’engagement de la Grèce à ne pas s’opposer à son admission dans les organisations internationales dont elle est membre. En outre, il est précisé que les passages litigieux de la Constitution ne pourront être interprétés comme constituant « la base d’une revendication quelconque » de la part de Skopje « à l’égard de tout territoire qui ne se trouve pas à l’intérieur de ses frontières » et qu’ils ne pourront jamais être allégués comme « une raison d’intervenir dans les affaires intérieures d’un autre État en vue de protéger le statut et les droits de toutes personnes se trouvant dans d’autres États. »

 

Enfin, Athènes et Skopje s’engagent à négocier sur un nom du nouvel État qui soit acceptable par tous, négociation toujours au point mort vingt-trois ans plus tard alors que, dans l’intervalle, la Grèce s’est installée au rang de troisième partenaire commercial de l’ARYM et de premier investisseur dans ce pays.

 

La montée des tensions albano-slaves mène la Macédoine à multiplier les provocations à l’égard d’Athènes

 

Dans les années qui suivent, l’ARYM voit en outre monter les tensions entre majorité slave et minorité albanophone (faute de recensement, l’enjeu politique étant trop fort, les estimations de l’importance respective des deux communautés font l’objet d’interminables controverses). Au tournant des années 2000, ces tensions conduisent même le pays au bord de l’explosion sous la pression militaire d’une Armée de libération nationale de Macédoine[5], désireuse de réitérer le coup réussi par l’UÇK au Kosovo. Mais l’intervention des États-Unis et de plusieurs États européens pour garantir l’unité de l’ARYM transforme celle-ci en un État sous tutelle, un quasi-protectorat. Tandis que l’économie, largement mafieuse, ne décolle pas, et que le système politique est gangrené par un clientélisme généralisé qui prive l’État de toute efficacité. En outre, chaque alternance entre la VMRO et l’Alliance sociale-démocrate de Macédoine (SDSM), partis dominants de la communauté slave dont le dynamisme démographique des albanophones menace à terme la situation majoritaire, se traduit par un marchandage avec le parti albanophone choisi comme partenaire (indispensable) de coalition, ce qui conduit à une ethnicisation croissante de la vie politique, de l’enseignement, de l’administration, de sorte que l’ARYM ressemble de plus en plus à un État bicommunautaire dont l’unité est de plus en plus virtuelle.

 

En outre, si les gouvernements SDSM restent prudents face aux comportements pouvant donner lieu aux accusations d’irrédentisme, ceux de la VMRO (1998-2002 et 2006-2016) adoptent une attitude bien différente. C’est notamment le cas de Nikola Gruevski, Premier ministre de 2006 à 2016, né dans une famille originaire de Grèce et partie pour la Yougoslavie durant la guerre civile, qui en plus d’une pratique du pouvoir passablement tyrannique (mainmise sur les médias et la justice, atteinte aux droits de l’opposition, pressions sur les ONG, modification de la loi électorale…) se fait le champion d’une absurde volonté d’accaparement par un pays slavo-albanais de la « mémoire » du royaume macédonien antique de culture grecque, véritable chiffon rouge pour la plupart des Grecs. La statue équestre et monumentale d’Alexandre le Grand érigée au sommet d’une colonne de béton dans le cadre du kitschissime et mégalomaniaque plan « Skopje 2014 », au coût exorbitant pour ce pays pauvre, est particulièrement symptomatique de cette provocation permanente. Le nouvel aéroport de Skopje est baptisé « Alexandre-le-Grand », comme l’autoroute Skopje-Thessalonique, tandis que le stade rénové de la capitale reçoit le nom d’Arena Philippe II. Ne reculant devant aucun ridicule, Gruevski reçoit en grande pompe le prince Ghazanfar Ali Khan, chef de la tribu pakistanaise des Hunzas qui prétend descendre des soldats d’Alexandre et, cette même année 2008, Gruevski dépose une gerbe au monument à Goce Delčev, un des pères de la VMRO, monument agrémenté pour l’occasion d’une carte de la Macédoine comprenant Thessalonique et les Macédoines grecque et bulgare.

Aéroport Alexandre Le Grand ©Hristina Dojcinova

Ces innombrables provocations, contraires au moins à l’esprit de l’accord de 1994, conduisent Athènes, en avril 2008 et malgré les engagements pris dans cet accord, à bloquer l’intégration de l’ARYM à l’OTAN. En réponse, Gruevski adresse, en juillet, au président de la Commission européenne, une lettre lui demandant de faire respecter les droits linguistiques et d’expression d’une prétendue « minorité macédonienne » vivant en Grèce. Il s’attire une fin de non-recevoir (l’UE n’a pas de compétence en la matière) agrémentée d’un rappel que les relations de bon voisinage figurent parmi les conditions à une éventuelle adhésion. Skopje saisit également la Cour internationale de Justice de la question du veto grec. Dans sa décision (5 décembre 2011), la Cour écartera l’argument de la lettre à la Commission, puisque celle-ci était postérieure au veto. De manière nettement plus contestable, elle considérera que les manuels scolaires en usage dans l’ARYM, et qui véhiculent pourtant un irrédentisme flagrant, ne constituent pas un acte d’hostilité ou de propagande de nature à justifier le veto. Et elle conclura que la Grèce « a méconnu son obligation de ne pas s’opposer à l’admission » de l’ARYM à l’OTAN, tout en écartant les demandes de réparation de Skopje.

 

« Dans ces conditions, la position du Premier ministre grec Alexis Tsipras, qui profite de cette fenêtre d’opportunité pour engager des discussions sur une solution définitive à la question du nom (et de la révision de la Constitution de l’ARYM ?), peut paraître justifiée – sans que cela implique une complaisance envers sa politique de soumission aux injonctions euro-allemandes. »

 

Au demeurant, les provocations de Gruevski n’indisposent pas que les Grecs. Elles conduisent aussi Sofia à préciser que son soutien à l’intégration européenne n’est pas inconditionnel et que la Bulgarie pourrait même… rallier la position d’Athènes dans la querelle du nom. Ce que la Serbie a fait en 2009, après que Skopje, sous la pression de sa propre minorité albanaise, eut reconnu l’indépendance du Kosovo.

 

Marquée par les tensions, la décennie Gruevski s’achève dans une grave crise intérieure émaillée de violences puisque la VMRO, si elle est arrivée légèrement en tête aux élections législatives de décembre 2016, s’avère incapable de former une coalition majoritaire tout en refusant de céder le pouvoir. Il faudra plus de cinq mois et d’intenses pressions américaines et européennes pour que le leader du SDSM, Zoran Zaev, puisse constituer un gouvernement investi le 31 mai 2017 par 62 députés sur 120.

 

Ce nouveau gouvernement semble prêt à rompre avec la ligne du précédent : on évoque désormais à Skopje la possibilité de débaptiser les monuments, routes ou édifices, de remiser les statues, tous symboles qui font obstacle à une détente et à un dialogue enfin constructif. S’il mettait fin également à la circulation de cartes ou de manuels scolaires véhiculant un irrédentisme plus ou moins manifeste, on ne pourrait que se féliciter de cette évolution. Et dans ces conditions, la position du Premier ministre grec Alexis Tsipras, qui profite de cette fenêtre d’opportunité pour engager des discussions sur une solution définitive à la question du nom (et de la révision de la Constitution de l’ARYM ?), peut paraître justifiée – sans que cela implique une complaisance envers sa politique de soumission aux injonctions euro-allemandes, le Parlement grec ayant dû adopter au début de 2018, en quelques jours, un énième « mémorandum » intérimaire de 1531 pages, selon un rituel régulier depuis 2010 qui constitue une négation des principes fondamentaux de la démocratie parlementaire, puisque les députés n’ont pu ni prendre connaissance sérieusement des centaines de mesures contenues dans ce document, ni les amender.

 

La question macédonienne élude le véritable défi géopolitique de la Grèce assiégée par l’euro-germanisme : l’hydre turque

 

En effet, l’intérêt géostratégique d’Athènes n’est-il pas aujourd’hui d’avoir les meilleures relations possibles avec Skopje ? Plutôt que l’irrédentisme éventuel d’un pays pauvre de 2,1 millions d’habitants, le défi géostratégique majeur de la Grèce, 10,75 millions d’habitants, n’est-il pas celui que lui impose une Turquie de 79,5 millions d’habitants, dotée d’une armée quatre à cinq fois plus puissante que la sienne, et dont le gouvernement islamiste (largement financé par l’UE au titre de la préadhésion comme du chantage aux migrants) s’est engagé dans une dérive autoritaire et un aventurisme de plus en plus imprévisible, incontrôlable et agressif, comme le montrent les récents incidents dans les eaux territoriales du Dodécanèse, près des îlots d’Imia et l’invasion du territoire syrien ? Qui, sinon Erdoğan, remet en cause les frontières de la région en évoquant régulièrement depuis un an la caducité du traité de Lausanne (1923) qui les a fixées ? Quel État, sinon la Turquie, en plus de l’Arabie saoudite et du Qatar, s’emploie, depuis les années 1990, à convertir à un Islam rigoriste des communautés musulmanes des Balkans (Bosnie, Kosovo, Albanie, ARYM, Bulgarie, Grèce) traditionnellement acquises à un Islam tolérant, syncrétique et peu observant ? La même Turquie qui ne cesse de renforcer sa coopération militaire avec l’Albanie ainsi que sa présence économique dans ce pays comme au Kosovo, et dont l’éclatement de l’ARYM favoriserait plus encore une politique néo-ottomane de plus en plus problématique.

 

Recep Tayyip Erdogan, le président turque en visite à Moscou. ©Kremlin

En outre, si la dénomination « République de Macédoine » paraît légitimement inacceptable pour la Grèce, dans la mesure où elle peut impliquer que la Macédoine est tout entière dans cette République ou que toutes les parties de la Macédoine géographique ont vocation à y entrer, il n’en va pas de même des noms qui, depuis longtemps déjà, sont sur la table – Haute-Macédoine, qui semble aujourd’hui avoir l’avantage, Macédoine du Nord, Macédoine du Vardar, Macédoine-Skopje… (les albanophones, qui viennent d’obtenir la reconnaissance de l’albanais comme deuxième langue officielle de l’ARYM, ne pourraient bien sûr accepter Macédoine slave) – lesquels indiquent que le mot Macédoine est employé dans son sens de région géographique et que cette République ne prétend pas à être la seule Macédoine.

 

« En effet, l’intérêt géostratégique d’Athènes n’est-il pas aujourd’hui d’avoir les meilleures relations possibles avec Skopje ? Plutôt que l’irrédentisme éventuel d’un pays pauvre de 2,1 millions d’habitants, le défi géostratégique majeur de la Grèce, 10,75 millions d’habitants, n’est-il pas celui que lui impose une Turquie de 79,5 millions d’habitants, dotée d’une armée quatre à cinq fois plus puissante que la sienne, et dont le gouvernement islamiste s’est engagé dans une dérive autoritaire ? »

 

Bien sûr, un accord qui lèverait le veto grec à l’adhésion de l’ARYM à l’OTAN et à l’UE priverait à l’avenir la Grèce de ce moyen de pression sur Skopje. Or, la coalition gouvernementale de Skopje est si faible et fragile (49 sièges pour le SDSM et les partis slaves avec lesquels il a fait liste commune, 10 et 3 pour ses deux partis albanophones partenaires, sur 120 députés, alors que la VMRO en a 51, les 7 autres sièges allant à une formation slave et une albanophone) que toute révision des articles litigieux de la Constitution semble bien improbable. Quant à l’opinion, d’après les sondages, elle est très majoritairement hostile à un autre nom que celui de République de Macédoine. Et l’on peut donc craindre que, la VMRO revenant au pouvoir à plus ou moins brève échéance, elle profite de la levée des vetos grecs tout en ne respectant pas l’accord qu’aurait conclu son prédécesseur. C’est un risque. La question pour tout gouvernement est de choisir entre des risques.

 

Reste la question intérieure grecque et elle est loin d’être simple.

 

La question macédonienne pourrait conduire à la coagulation des mécontentements contre Tsipras 

 

Dans les années 1990, la mobilisation populaire était progressivement montée en puissance – jusqu’à rassembler un million de manifestants (10 % de la population grecque d’alors). Suivant les sources, ce seraient de cent mille à quatre cent mille personnes qui auraient manifesté le dimanche 21 janvier 2018 à Thessalonique, et de cent quarante mille à un million et demi qui se sont rassemblés au centre d’Athènes le dimanche 4 février, alors qu’il ne s’agit que de l’amorce d’un processus et d’une mobilisation contre une entrée en négociation, non contre le résultat de celle-ci.

 

Dans un pays martyrisé depuis bientôt dix ans par les politiques euro-allemandes, les mouvements sociaux n’ont jamais cessé, mais ils ne convergent pas, ils ne coagulent pas. Partout en Grèce, le mécontentement contre le gouvernement est palpable, mélange d’amertume d’avoir été trompé, d’humiliation née de la manière dont la Grèce a été traitée par l’UE et par les médias occidentaux, de colère à voir bradés à des acheteurs étrangers infrastructures et patrimoine publics. En fait, après les grands mouvements sociaux de 2010-2011, la trahison par Tsipras du résultat du référendum qu’il avait convoqué à l’été 2015 et la conviction que, dans le cadre européen, aucune alternance des forces politiques ne peut déboucher sur une politique alternative, l’opinion a sombré dans une profonde dépression où se conjuguent rage sourde, apathie et sentiment d’impuissance.

 

« À moins que, du fait d’une mise en œuvre graduelle des mesures imposées à la Grèce par la tutelle euro-allemande, Tsipras ne préfère tomber avant. Il pourrait faire le calcul qu’en anticipant ce scrutin plutôt que d’attendre la dégradation de la situation qui lui vaudra quelques points de moins, Syriza pourrait sauver assez de sièges pour s’imposer comme l’une des composantes obligées d’un gouvernement « d’union nationale » – une « Grosse Koalition » qui, dans le cadre européen, devient le modèle dominant et dont il a appelé de ses vœux la reconduction en Allemagne. »

 

Aussi la question aujourd’hui n’est-elle pas tant celle du bien-fondé de la position de Tsipras à l’égard de l’ARYM que celle de la coagulation sur un mode patriotique, à travers la question macédonienne et les passions qu’elle véhicule, de toutes les rancœurs que le gouvernement a accumulées contre lui du fait de sa politique depuis l’été 2015 (selon les sondages, Syriza peinerait à rassembler plus d’un électeur sur cinq ayant l’intention de voter). Et c’est là qu’on peut tenter un parallèle avec le destin du gouvernement Mitsotakis en 1992-1993 : si, depuis 1990, sa politique libérale dure n’avait pas brutalisé de larges secteurs de la société, on peut penser que la mobilisation sur la question macédonienne, alors exploitée par le PASOK, n’aurait pas pris l’ampleur qu’elle avait prise alors.

 

L’autre ressemblance entre ce moment de crise et le temps présent, c’est la majorité très étroite du gouvernement : 2 sièges à l’époque ; sur 300 députés, les élections de septembre 2015 en ont donné 145 à Syriza et 10 à son allié de droite dite souverainiste « Les Grecs indépendants » (ANEL). En 1993, Mitsotakis tomba, sur la question macédonienne, du fait de la défection de son ancien ministre des Affaires étrangères, Samaras. Et Tsipras ne peut se maintenir au pouvoir sans l’appoint de l’ANEL. Or ce petit mouvement revendique une identité orthodoxe et une résolution farouche à défendre l’hellénisme – d’où son intransigeance sur la question macédonienne. Pour l’instant, le chef de l’ANEL et ministre de la Défense, Panos Kammenos, a multiplié les déclarations contradictoires, suggérant pour l’ARYM le nom « Vardarska » (du nom du fleuve Vardar, Axios en grec) qu’on sait inacceptable par Skopje, tout en assurant son collègue des Affaires étrangères de sa confiance. Mais le 21 janvier dernier, trois députés et le vice-président de l’ANEL ont participé au rassemblement de Thessalonique dont le mot d’ordre était le refus de tout emploi du mot Macédoine dans le nom définitif de l’ARYM. Pour autant, les sondages créditant aujourd’hui l’ANEL d’un score insuffisant pour obtenir une représentation parlementaire, ses députés peuvent être tentés de conserver leurs sièges jusqu’au terme de la législature (2019). De même que, ayant quitté la ND par refus des mémorandums euro-allemands, ils les ont acceptés une fois parvenus au pouvoir avec Syriza. Mais ce serait à coup sûr se couper de ce qui reste à ce parti d’une base électorale qui l’a rallié sur la défense de l’hellénisme.

 

La tentation de Tsipras pourrait être de fracturer la droite et de s’imposer comme la plaque tournante d’une nouvelle grande coalition

 

À moins que, du fait d’une mise en œuvre graduelle des mesures imposées à la Grèce par la tutelle euro-allemande, les effets austéritaires de celles-ci devant s’aggraver notablement à partir du 1er janvier 2019, Tsipras ne préfère tomber avant. Il pourrait faire le calcul qu’en anticipant ce scrutin (le terme de la législature est en septembre 2019) plutôt que d’attendre la dégradation de la situation qui lui vaudra quelques points de moins, Syriza pourrait sauver assez de sièges pour s’imposer comme l’une des composantes obligées d’un gouvernement « d’union nationale » – une « Grosse Koalition » qui, dans le cadre européen, devient le modèle dominant et dont il a appelé de ses vœux la reconduction en Allemagne. Car l’abstention, qui atteindra sans doute des sommets inégalés en Grèce, s’ajoutant à l’effet mécanique du scrutin proportionnel et à la faible adhésion suscitée par la droite, dont le principal argument est qu’elle serait mieux en cour à Berlin, risque bien de priver la ND, créditée par les sondages d’un maigre score autour de 30 %, de majorité absolue.

 

Dans ces conditions, Tsipras pourrait donc s’être avancé sur le terrain macédonien pour pousser l’ANEL à prendre la responsabilité d’élections anticipées tout en affaiblissant, à droite, le leadership déjà contesté de Kyriakos Mitsotakis.

 

Car la question macédonienne est sans doute un excellent moyen d’activer les fractures qui traversent le parti conservateur. Samaras, qui a fait tomber le père de l’actuel chef du parti en 1993, incarne toujours la droite dure, proche de l’extrême droite, d’une ND qu’il a réintégrée et dont il a pris la présidence en 2009, avant de devenir Premier ministre de 2012 à 2015, présidence qu’il a dû abandonner après la victoire du Non au référendum de l’été 2015. Quant aux modérés, il restent profondément divisés par la haine qui « lie » les deux clans Karamanlis et Mitsotakis, à la manière des Montaigu et des Capulet : à la fin 2015, Kyriakos Mitsotakis est devenu chef de la ND à l’issue  d’un scrutin interne, à la transparence contestée, dans lequel il a battu le candidat des Karamanlis.

 

Or si Kyriakos Mitsotakis ne peut guère engager aujourd’hui le combat contre le gouvernement sur la question macédonienne, la position de Tsipras étant à peu près celle du père de Kyriakos en 1993, il ne peut non plus approuver Tsipras sans risquer d’être mis en cause, comme son père vingt-cinq ans plus tôt, par nombre de députés et d’électeurs de son parti. Ainsi, lors de la manifestation de Thessalonique de ce 21 janvier, a-t-on vu tous les députés ND de la région, au premier rang desquels les représentants du clan Karamanlis dont le berceau est à Serrès (une des sept préfectures de la région grecque de Macédoine centrale). Premier ministre de 1955 à 1963 puis de 1974 à 1980, période où il gère la transition démocratique qui suit l’effondrement de la dictature militaire, Konstantinos Karamanlis racontait que, né sujet ottoman, il avait le souvenir, dans son enfance, des armes cachées par son père pour les combattants grecs contre les Turcs et les komitadjis. Président de la République de 1980 à 1985 puis de 1990 à 1995, il se garda alors d’apporter le moindre soutien à Mitsotakis père en 1992-1993. Ce 21 janvier, Achilléas, le frère et ministre de ce « Grand » Karamanlis, et Konstantinos, son neveu qui fut aussi Premier ministre de 2004 à 2009, sont donc allés fleurir la statue du frère et de l’oncle, située à deux pas de celle… d’Alexandre le Grand.

 

Quant à Samaras, il s’interroge désormais, en off sans beaucoup de ménagement, sur les convictions d’un Kyriakos Mitsotakis dont la déclaration, au soir du 21 janvier, assurant de son respect la sensibilité qui a conduit à une mobilisation qualifiée d’impressionnante, traduisait surtout un profond embarras.

 

Le 4 février, à Athènes, a donné de surcroît une nouvelle dimension au mouvement. Par son ampleur (entre un demi-million et un million de personnes, semble une estimation plausible)  et par le lieu symbolique où il s’est déroulé : la place Syntagma (de la Constitution), devant le bâtiment d’un Parlement réduit au rôle de chambre d’enregistrement des mémorandums euro-allemands (on notera d’ailleurs l’absence du moindre drapeau européen dans la foule, alors que foisonnaient drapeaux grecs, étoiles de Verghina, drapeaux byzantins frappés de l’aigle à deux têtes, ou drapeaux de la République de Chypre, symbole d’un hellénisme menacé, puisqu’elle est en partie occupée et colonisée par la Turquie depuis 1974), est l’endroit où se sont déroulées la plupart des manifestations populaires qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays. Le rassemblement athénien s’est distingué aussi par son caractère national, avec des prises de parole de délégations et d’organisations venant de tout le pays – et des diasporas – et par son caractère transpartisan – depuis le musicien Mikis Théodorakis, icône historique de la gauche et de la résistance à la dictature militaire des années 1967-1974, mais aussi une des figures de proue des manifestations populaires du début des années 2010, qui a vertement condamné la soumission du gouvernement Syriza-ANEL aux Diktats euro-allemands, et qui a réclamé, ce 4 février, un référendum sur la question macédonienne, jusqu’à Samaras, bien sûr, et aux franges les plus réactionnaires de l’Église.  Zoé Konstantopoulou, présidente du Parlement grec pendant les premiers mois du mandat d’Alexis Tsipras qui a démissionné après que celui-ci ait ratifié le mémorandum, a salué ce rassemblement : 

 

« Aujourd’hui, les citoyens ont parlé. Avec leur présence massive, pacifique, grandiose et unique. Aujourd’hui, les citoyens ont fait ressembler les fascistes à des fourmis tristes. Au lieu de meneurs, comme s’efforcent de les présenter certains qui se disent « hommes de gauche » et qui finissent eux-mêmes en fascistes. Aujourd’hui, Mikis [Theodorakis] a parlé en patriote et en internationaliste. En véritable homme de gauche. Il aime sa patrie et reconnaît aux autres peuples le droit d’aimer leur propre patrie. Aujourd’hui, Georges Kasimatis a parlé, en défenseur constant de la Constitution, de la démocratie et de la souveraineté populaire. Il a combattu les Mémorandums pendant 8 ans. Je suis fière des combats que nous avons menés ensemble. Le peuple l’a écrit. Ce peuple fier et insoumis. Qui ne se laisse pas confondre. Aujourd’hui, seul compte le respect pour ce peuple. Qui est petit et tellement grand ».

 

En effet, le clergé orthodoxe était très présent lors du rassemblement d’Athènes ce 4 févier, tandis que celui du 21 janvier à Thessalonique a bénéficié du soutien très actif (et un peu plus…) du métropolite Anthime de Thessalonique, porte-drapeau de la fraction la plus réactionnaire du clergé et depuis longtemps farouchement opposé à toute concession à l’égard de Skopje, dans la lignée des archevêques d’Athènes Sérapheim (1974-1998) et Christodoulos (1998-2008). Leur successeur, élu en 2008, Iéronymos II, un intellectuel plein de pondération, a voulu rompre avec la ligne d’implication dans le champ politique de ses prédécesseurs et s’était gardé depuis 2015 de toute déclaration hostile au gouvernement. Mais il a en quelque sorte été obligé de suivre ses troupes, et de montrer, lui aussi, son intransigeance. Car du fait des quatre siècles de domination ottomane et des conditions de construction de l’identité et de l’État nationaux, l’Église orthodoxe de Grèce, autocéphale[6], est indissociable de cette identité et se considère comme gardienne des intérêts de l’hellénisme –singulièrement en Macédoine.

 

Les rassemblements des 21 janvier et 4 février ne constitueront-ils qu’un feu de paille ? Ou bien la résurgence de la question macédonienne peut-elle servir de catalyseur, sur le terrain national, à une réaction en chaîne qui n’a pu se produire sur le terrain social ? Va-t-elle déboucher sur une redistribution des cartes politiques ? Il est trop tôt pour se prononcer, mais lorsqu’une situation est aussi bloquée et délétère que celle qu’ont créée en Grèce les politiques euro-allemandes, c’est souvent par des voies et sur un terrain inattendus que se produisent les bouleversements.

 

[1] Notamment celui de Verghina, installé à l’intérieur du tumulus de la nécropole des rois de Macédoine, où est exposé le trésor funéraire de Philippe II, père d’Alexandre le Grand.

[2] Former Yougoslav Republic of Macedonia (FYROM) en anglais.

[3] Internationale communiste, ou IIIe Internationale.

[4] Conversation de Staline avec le Premier ministre yougoslave Milovan Đilas en janvier 1948 : « Nous ne nous intéressons pas à l’Albanie. Nous sommes d’accord pour que la Yougoslavie avale l’Albanie[4] », in Milovan Djilas, Conversations avec Staline, Gallimard, Paris, 1962, p. 157.

[5] UÇKM, Ushtria Çlirimtare Kombëtare e Maqedonise, Armée de libération nationale de Macédoine, émanation du courant le plus extrémiste de l’UÇK, Ushtria Çlirimtare e Kosovës, Armée de libération du Kosovo.

[6] L’autocéphalie est le droit pour une Église orthodoxe d’être « sa propre tête », c’est-à-dire de se gouverner elle-même, nonobstant la primauté d’honneur du siège patriarcal de Constantinople.

 

Crédits photos :©FrangiscoDer

Le débat sur la loi polonaise sur la Shoah enflamme les médias antisémites

Le débat sur la loi polonaise sur la Shoah enflamme les médias antisémites

 

09 Février 2018

Un journaliste de l’une des plus grandes radios polonaises déclare la « guerre aux Juifs » au cœur d’un regain d’antisémitisme

 
Aujourd’hui, 19:430

TVP, la chaîne de télévision publique polonaise, s'est excusée auprès d'un ambassadeur israélien pour un tweet accusant Israël de motivations inavouées en s'opposant à une nouvelle loi réglementant la manière dont les Polonais peuvent discuter de l'Holocauste. (Flickr Commons/Piotr Drabik/via JTA)

TVP, la chaîne de télévision publique polonaise, s’est excusée auprès d’un ambassadeur israélien pour un tweet accusant Israël de motivations inavouées en s’opposant à une nouvelle loi réglementant la manière dont les Polonais peuvent discuter de l’Holocauste. (Flickr Commons/Piotr Drabik/via JTA)
 

VARSOVIE, Pologne (JTA) – Le débat sur une loi polonaise qui propose d’interdire la rhétorique accusant la Pologne de crimes nazis a suscité une vague de propos antisémites dans les médias polonais.

 

RMF, l’une des plus grandes radios commerciales polonaises, a suspendu un journaliste qui parlait de la « guerre avec les Juifs ». La chaîne de télévision publique polonaise s’est excusée auprès de l’ambassadeur israélien pour un tweet prétendant que l’opposition juive à la loi faisait partie d’une tentative de saisie des biens polonais.

 

En outre, un ancien prêtre a commencé à vendre des T-shirts niant la responsabilité polonaise d’un pogrom contre les Juifs par leurs voisins non juifs pendant l’occupation nazie.

 

Ces trois événements sont survenus après l’approbation par le Sénat polonais d’un amendement à la loi nationale sur la commémoration qui prévoit une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans pour ceux qui accusent la nation polonaise des crimes commis par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Est aussi interdite l’expression « camps de la mort polonais ». Le projet de loi a été signé par le président mardi.

 

Les historiens spécialistes de l’époque, les organisations juives, le département d’État américain et le gouvernement israélien sont tous critiques à l’égard de la loi, qui, selon eux, pourrait entraver la liberté universitaire et fausser le dossier historique de la Seconde Guerre mondiale.

 

« Polonais, nous sommes en guerre ! Nous sommes en guerre avec les Juifs ! Ce n’est pas la première fois de notre histoire », a écrit Bogdan Zalewski, journaliste à RMF, sur sa page Facebook la semaine dernière.

 

« Nous pouvons nous retrouver dans un état d’isolement absolu qui nous épuise complètement jusqu’à l’anéantissement. À mon avis, il faut que les Polonais soient conscients et travaillent au renforcement de l’esprit national. »

 

Les sénateurs assistent à une séance de nuit au Sénat polonais à Varsovie, le 1er février 2018 (Crédit : PAP / Radek Pietruszka / AFP)

Sa déclaration est parue juste après que le Sénat eut approuvé l’amendement.

 

Il a ensuite accusé les Juifs pour la « poigne de fer » du pouvoir soviétique en Europe de l’Est, et a dit que les Juifs avaient fait régner la terreur contre les Britanniques et les Arabes en Israël.

 

« Les autorités américaines étaient pleines de Juifs occupant de nombreux postes clés. Beaucoup de ces Juifs ont été activement engagés dans l’espionnage en faveur des Soviétiques », a-t-il dit. Un collègue de RMF a dénoncé les propos de Zalewski.

 

« Je ne peux que condamner ces propos », a déclaré Bogdan Frymorgen, producteur et journaliste. « Je ne peux qu’éprouver du mépris pour un homme qui, au 21e siècle, avec la pleine conscience des horreurs du siècle précédent, part en guerre contre les Juifs, même s’il n’est pas une figure publique. Virtuellement, je peux lui cracher au visage. »

 

La station de radio a suspendu Zalewski, qui s’est excusé et a supprimé son post.

 

L’ambassadrice d’Israël en Pologne, Anna Azari (à droite) avec le prêtre catholique Tadeusz Rydzyk à l’ambassade, à Varsovie, le 7 septembre 2016. (Crédit : Facebook/Ambassade d’Israël en Pologne)
 

Le 2 février, l’ambassade d’Israël à Varsovie a condamné un tweet de la chaîne d’information TVP, propriété de l’Etat, affirmant que la réaction d’Israël à la nouvelle loi s’inscrivait dans le cadre d’une tentative de récupération de propriétés en Pologne.

 

« Il est difficile de trouver un exemple plus éloquent d’une fausse nouvelle antisémite », peut-on lire dans la déclaration de l’ambassade.

La chaîne de télévision publique s’est excusée auprès de l’ambassadrice israélienne Anna Azari, disant que le tweet « était une erreur » et s’est fiée à une source d’information non vérifiée.

 

« Les conséquences disciplinaires seront tirées contre cette personne », a déclaré la TVP dans un communiqué.

 

La semaine dernière, un animateur de la TVP et un invité se sont moqués des détracteurs de la loi, suggérant que les Juifs étaient en partie responsables de leur propre massacre pendant l’Holocauste et plaisantant que les camps de la mort devraient être qualifiés de « camps de la mort juifs ». L’hôte s’est excusé, mais l’invité, Rafał Ziemkiewicz, a dit qu’il ne regrettait pas d’utiliser le terme « camps de la mort juifs ».

 

Michael Schudrich, grand rabbin de Pologne, récite une prière pour les victimes du massacre de Jedwabne au cimetière juif de la ville, le 10 juillet 2016. (Crédit : JTA/Cnaan Liphshiz)
 

Ziemkiewicz, écrivain et journaliste, a également exigé la poursuite de l’exhumation des restes des victimes à Jedwabne, le lieu du massacre de centaines de Juifs perpétré en 1941 par leurs voisins polonais non juifs. Le plan contesté a été proposé en 2014 dans le but de fournir des preuves médico-légales irréfutables du massacre.

 

« Puisque nous sommes déjà en guerre, je lance un appel à l’Institut du Souvenir national pour qu’il profite de cette occasion pour enfin faire exhumer à Jedwabne, bloqué en fait il y a plus de 10 ans par la pression des organisations juives », a-t-il écrit sur Facebook.

 

Ziemkiewicz a dit que l’exhumation pourrait prouver que le crime « a été commis par les Allemands. »

 

Le chef de l’Agence de presse polonaise, Wojciech Surmacz, a également accusé les Juifs de la mort d’autres Juifs pendant l’Holocauste, partageant sur Twitter une photo de la police juive du ghetto. Il a déclaré que la police était responsable de la mort de « millions de Juifs » en Pologne.

 

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki dépose une couronne en l’honneur des Ulmas, une famille polonaise tuée par les Allemands nazis pour avoir sauvé des Juifs pendant l’Holocauste, devant un musée retraçant leur destin dans le village de Markowa, au sud-est de la Pologne, le 2 janvier 2018,. ((AFP PHOTO / JANEK SKARZYNSKI)
 

Les nazis forçaient souvent les Juifs à surveiller les ghettos, généralement sous la contrainte de la menace de mort.

 

Surmacz est l’auteur d’un article de Forbes de 2013 accusant les dirigeants juifs polonais de bénéficier personnellement de la restitution des biens d’avant-guerre. Forbes s’est excusé plus tard.

 

La semaine dernière également, un ancien prêtre, Jacek Miedlar, a commencé à produire des T-shirts et des sweatshirts portant l’inscription « Je ne suis pas désolé pour Jedwabne. »

 

Des contre-manifestants ont scandé le slogan lors d’une marche anti-raciste à Bialystock en 2011. Deux ans plus tard, un tribunal déclarait que le chant incitait à la haine et condamnait ces contre-manifestants à des peines d’emprisonnement de six à dix mois avec sursis. Leur avocat a dit que « les recherches montrent que près de 50 % des Polonais ne veulent pas s’excuser pour Jedwabne. »

 

Miedlar est associé aux nationalistes polonais et l’année dernière, il a été inculpé dans la ville de Wroclaw, dans l’ouest de la Pologne, pour « incitation publique à la haine fondée sur des différences religieuses et nationales ».

 

En 2016, il prononça un discours dans lequel il appelait à la haine contre les Juifs et les Ukrainiens.

 

Michał Szczerba, membre du Parlement du parti d’opposition Platforma Obywatelska, a déclaré qu’il allait dénoncer Miedlar au parquet pour avoir vendu les chemises.

 

« Dans mes pires cauchemars, je ne m’attendais pas à entendre des blagues sur Auschwitz, les Juifs et les chambres à gaz à la télévision publique », a dit à JTA Piotr Kadlcik, un éminent dirigeant juif de Varsovie.

Politique étrangère à vendre : la dangereuse alliance grecque avec Israël

 

Pendant un bref instant historique, Alexis Tsipras et son parti politique, Syriza, ont apporté une lueur d’espoir, celle de voir la Gauche se réveiller, en Europe, de son long sommeil.

Une nouvelle Grèce était sur le point de naître dans les douleurs de l’austérité économique, imposée par l’Union Européenne et ses écrasantes institutions économiques, une troïka impitoyable qui se souciait si peu de l’effondrement économique grec et des millions de personnes qui souffraient de la pauvreté, du chômage et du désespoir.

 

La Coalition de la gauche radicale (Syriza) est arrivée au pouvoir en Janvier 2015, c’était la conséquence directe du mécontentement populaire envers l’UE. C’est à cette période que les gens ordinaires ont pris position pour défendre, un semblant de souveraineté que les politiciens, les banquiers et les puissantes administrations bureaucratiques ne leur avaient pas arraché.

 

Toutefois, le résultat fut plutôt décevant. Tsipras, qui est aujourd’hui Premier ministre, a changé son discours politique, et progressivement, il en a adopté un autre plus conforme à la politique très néolibérale qui a mis son pays à genoux.

 

Syriza s’est vendu, non seulement politiquement et idéologiquement, mais aussi physiquement.

 

En échange des prêts que la Grèce a reçus des banques européennes pendant la période allant de 2010 à 2015 (estimés à 262 milliards de dollars), le pays se laisse démembrer. Les aéroports régionaux grecs sont maintenant exploités par les compagnies allemandes et la principale entreprise de télécommunication du pays a été privatisée, avec des parts importantes détenues par Deutsche Telekom. « Il ne manque plus qu’une chose à l’extérieur du bureau de l’agence grecque des privatisations, un panneau signalant : une nation à vendre, » a écrit le politicien et économiste grec, C.J. Polychroniou.

 

Sans surprise, la soumission économique est souvent un prélude à l’asservissement politique. Non seulement Syriza a trahi les aspirations du peuple grec qui a voté contre l’austérité et les prêts, mais le parti a trahi aussi les amitiés traditionnelles du pays.

 

Depuis son arrivée à la tête de la politique grecque, Tsipras a poussé son pays plus loin dans le camp israélien, forgeant des alliances régionales imprudentes visant à exploiter de nouvelles réserves de gaz en Méditerranée et à participer aux multiples exercices militaires menés par les israéliens.

 

Alors qu’Israël voit une opportunité de faire avancer son agenda politique à travers les problèmes économiques grecs, le gouvernement grec joue le jeu sans évaluer pleinement les répercussions possibles d’un engagement avec un État régionalement considéré comme un paria, et internationalement condamné pour son occupation militaire et ses effroyables atteintes aux droits de l’homme.

 

Israël s’est attelé à traîner Athènes dans son camp dès 2010, peu de temps après la prise de bec turco-israélienne suite à l’attaque du Mavi Marmara. Des commandos israéliens avaient attaqué le bateau turc en direction de Gaza, tuant 9 ressortissants turcs et en blessant de nombreux autres.

 

Bien que la Turquie et Israël aient, depuis, conclu une entente diplomatique, Tel-Aviv a progressé en créant des alliances alternatives dans les pays des Balkans, en exploitant les conflits historiques entre ces pays et la Turquie. Des accords bilatéraux ont été signés, d’importantes visites diplomatiques ont été échangées et des exercices militaires ont été menés sous le prétexte d’empêcher le « jihad international » et de combattre le terrorisme.

 

La Grèce et Chypre ont bénéficié d’une plus grande attention de la part des israéliens, car ils voient en ces deux pays d’une part, un contrepoids à la Turquie et d’autre part, parce qu’ils offrent un grand potentiel économique.

 

Un mois après l’attaque du Mavi Marmara, le Premier ministre grec de l’époque, George Papandrous, a effectué une visite en Israël, qui a été suivie par une visite officielle du Premier ministre Benyamin Netanyahu, en Grèce, la première du genre. Ce fut le début d’une histoire d’amour qui a gagné en profondeur.

 

La principale motivation derrière l’étroitesse de ces relations est liée aux réserves gazières du Leviathan et de Tamar, situées dans les eaux territoriales de plusieurs pays, dont le Liban. En poursuivant ses plans d’extraction du gaz à partir des sources énergétiques situées au large des côtes libanaises, Israël augmente les risques d’une nouvelle guerre régionale.

 

Quand Tsipras est arrivé au pouvoir sur les épaules d’un mouvement politique populaire, les palestiniens espéraient aussi qu’il serait différent. Ce n’était pas un vœu pieux, non plus, Syriza critiquait ouvertement Israël et « s’est engagé à couper les liens militaires avec Israël dès son arrivée au pouvoir, » écrit Patrick Strickland depuis Athènes. Au lieu de cela les « liens ont, toutefois, été approfondis »

 

En effet, peu de temps après avoir pris le pouvoir, le gouvernement grec dirigé par la Gauche radicale a signé un accord militaire majeur avec Israël, l’accord sur le « Statut des forces », avec encore plus d’exercices militaires. Tout cela a été renforcé par la campagne de propagande en Israël saluant la nouvelle alliance, associée à un changement de discours des médias en Grèce à propos d’Israël et de la Palestine.

 

Ainsi, George N. Tzogopoulos, a vigoureusement porté l’amitié israélo-grecque. Il a écrit une série d’articles dans différents médias, dont le journal israélien de droite, le Jerusalem Post, Tzogopoulos suggère que contrairement à l’ancienne génération de grecs qui s’était rangé du côté des palestiniens dans le passé, la jeune génération sera probablement pro-Israël.

 

« Ce processus [de conversion des grecs à l’amour d’Israël] prendra du temps, bien sûr, car il est principalement lié à l’éducation scolaire » écrit-il dans Algemeiner. « Mais le changement dans la médiatisation d’Israël par les journalistes grecs est un bon augure. »

 

Ce « changement de médiatisation » était également notable lors de la récente visite officielle du président israélien, Reuven Rivlin, et lors de sa rencontre avec Tsipras ainsi que d’autres officiels grecs. Lors des réunions, Rivlin se plaignit de l’obstination des palestiniens et de leur refus à revenir au « processus de paix », provoquant ainsi une « grave crise. » Le chef de la « Gauche radicale » n’a pas dit grand-chose pour contester les mensonges de Rivlin.

 

La Grèce n’a pas toujours suivi cette voie, bien sûr. Qui pourrait oublier Andreas Papandreou, le regretté dirigeant grec qui a donné un statut diplomatique à l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) en 1981, et qui a soutenu les palestiniens malgré les menaces américaines et israéliennes ? C’est cette génération que Tzogopoulos et ses semblables voudraient faire disparaître à jamais, et la remplacer par des leaders moralement flexibles comme Tsipras.

 

Néanmoins, signer pour rejoindre une alliance économique et militaire dirigée par Israël dans une zone saturée de conflits est une démarche terriblement irresponsable, même pour des politiciens politiquement inexpérimentés et opportunistes.


Pour la Grèce, être le « bras armé de l’impérialisme dans la région », comme la décrit le dirigeant du Parti révolutionnaire des travailleurs, est « complètement stupide » car cela apportera à long terme des « résultats catastrophiques pour [le] peuple grec. »

 

Mais Tsipras semble incapable de regarder aussi loin.

 

Ramzy BAROUD (traduit pas Vagabond).


Ramzy Baroud est journaliste, auteur et éditeur de Palestine Chronicle. Son prochain livre est The Last Earth : A Palestinian Story , (Pluto Press, Londres). Baroud est titulaire d’un doctorat es Études palestiniennes, à l’Université d’Exeter. Il est chercheur au Centre Orfalea pour les études mondiales et internationales, Université de Californie à Santa Barbara. Son site web est www.ramzybaroud.net.

»» http://www.palestinechronicle.com/foreign-policy-sale-greeces-dangerou...
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Oui. Tsipras est un salaud ! Démonstration. [ PARDEM ]

8 février 2018
Oui. Tsipras est un salaud ! Démonstration. [ PARDEM ]

 

Par Joël Perichaud, secrétaire national du Parti de la démondialisation chargé des relations internationales

Le 8 février 2018

Quelques-uns se sont indignés lors de la publication de notre article intitulé « Tsipras : magnifique salaud ». Ils ont eu tort… la réalité est pire que ce qu’ils semblent croire. Le qualificatif n’est pas exagéré ! Petite revue des méfaits subis par les Grecs sacrifiés sur l’autel des "valeurs de l’Union européenne" .

Le gouvernement Tsipras a déjà porté la TVA à 24 %, diminué les retraites de 40 %, augmenté les impôts (notamment fonciers), décidé de nouvelles taxes sur les voitures, les télécommunications, les télévisions, l’essence, les cigarettes, le café, la bière, amputé de 5,6 milliards les salaires publics.

 

Entre autres... Mais camé à l'UE, Tsipras en veut encore plus !

Le 15 janvier dernier, l’exécutif dirigé par Alexis Tsipras est allé encore plus loin dans la mise en œuvre de l’austérité voulue par la Troïka. Non content d’écraser son peuple, il veut le contraindre à accepter sans réagir en limitant (avant de le supprimer ?) le droit de grève. 

Les créanciers en ont rêvé: le droit de grève est un « insurmontable obstacle à l’investissement » ou même une véritable « injure à la productivité », Tsipras l’a fait : Les désirs des maîtres sont des ordres. Peu importe que le droit de grève soit constitutionnel depuis 1974, année du retour à la démocratie après la chute de la dictature des colonels.

 

Jusqu'alors (loi Papandreou de 1982) une grève pouvait être décidée suite à son approbation par un tiers de syndiqués. La loi adoptée par les 154 députés collabos grecs (sur 300), porte cette approbation à au moins 50 % de syndiqués.

 

La Grèce est, pour l’UE, un laboratoire. Les Grecs des cobayes. L’application des mesures d’austérité et des reculs antisociaux est testée par le servile Tsipras puis sera étendue ensuite aux autres pays de « l’Union... ». La disparition programmée des libertés syndicales en Grèce est le prélude à la disparition des nôtres.

 

Depuis cette date les rues grecques sont remplies de manifestants. Mais ils sont seuls. Où est la solidarité internationale ?

 

Oui, Alexis Tsipras et Syriza-Anel sont les petites mains de l’Union européenne, et du FMI mais tous les gouvernements européistes de droite comme de gauche, sont responsables de l’austérité et de son coût humain et social.

 

L'appétit du néolibéralisme n’a pas de limite. Croire que l’amadouer « de l’intérieur » est possible est une illusion créée de toutes pièces pour asservir les peuples et les nations. Le pire aujourd’hui est, sans doute, de constater que le piège tendu par la secte des néolibéraux fonctionne à plein régime.

Pour lire l'article en entier et réagir : 


http://pardem.org/actualite/en-bref/781-oui-tsipras-est-un-salaud-demonstration

Etre pour le service public ferroviaire, c'est être contre l'Union Européenne !

7 février 2018

Etre pour le service public ferroviaire, c'est être contre l'Union Européenne ! [PARDEM]

 

Etre pour le service public ferroviaire, c'est être contre l'Union Européenne ! [PARDEM]

 

Action Communiste partage en partie cette analyse.  Mais l'UE n'est qu'une des institutions du capitalisme mondialisé.  E Macron adhère totalement et à l'UE et au dogme capitaliste : toujours plus pour le taux de profit.  C'est pour cela qu'on ne peut combattre ce gouvernement sans combattre en même temps la gestion et la privatisation capitaliste d'un service public, le gouvernement Philippe-Macron et l'Union Européenne qui nous impose ses directives contre notre vote ! La libéralisation du rail - c'est à dire sa privatisation - faisait partie des objectifs du traité constitutionnel. Défendre le service public ferroviaire, c'est être contre l'UE !Par le Parti de la démondialisation

Le 7 février 2018

Les cheminots et les usagers du rail sont appelés à manifester le 8 février à Paris à partir de 13 h à la République pour la défense du service public ferroviaire et contre la concurrence ferroviaire.Le Pardem soutient cette initiative de la CGT et les revendications en faveur du service public du rail dont la privatisation a commencé et va s'accentuer. Mais peut-on défendre le service public sans remettre en cause l'appartenance à l'Union européenne qui impose ses directives néolibérales et détruit tous les services publics ? EDF, La Poste, les télécommunications, la SNCF...

Pour mémoire, il y a 10 ans, le 8 février 2008, les parlementaires français trahissaient le NON au Traité constitutionnel européen voté par près de 55% en 2005 et adoptaient le Traité de Lisbonne ! N'y a-t-il aucun lien de cause à effet ?
 
Etre pour le service public ferroviaire, c'est être contre l'Union Européenne ! [PARDEM]

GRÈCE : Le BILAN de 3 ANS de gouvernement SYRIZA-ANEL [KKE]

4 février 2018

GRÈCE : Le BILAN de 3 ANS de gouvernement SYRIZA-ANEL [KKE]

 

Cet article est reposté depuis Commun COMMUNE [le blog d'El Diablo].

 

GRÈCE : Le BILAN de 3 ANS de gouvernement SYRIZA-ANEL  [KKE]
 
 
La une de " Rizospastis" le 30 janvier 2018
Article issu de l'organe du Comité Central du Parti Communiste de Grèce, Rizospastis (Le Radical), en date du 30 janvier 2018 - Traduction NK pour Solidarité Internationale PCF "T out a été plus facile avec Tsipras et Tsakalotos, c'est une situation complètement différente." Cette déclaration particulière, faite il y a quelques jours par Jeroen
 

3 février 2018

Le Parti de gauche veut exclure Tsipras et Syriza du Parti de la gauche européenne - Le Président du PGE et la responsable du PCF aux questions européennes y sont farouchement opposés

 

Quand le Parti de gauche de Mélenchon veut exclure Tsipras et Syriza

 

Commentaire de B.T : Pour ma part je ne suis pas pour l'exclusion de Syriza. Mais bien plutôt pour que le PCF quitte cette structure qui participe en fait des dispositifs à disposition du capital pour intégere et asservir à ses objectifs le monde du travail. Quand à Tsipras et à Syrisa ils ont largement franchit le rubbicon qui les rend infréquentables.  Bon pour les poubelles de l'histoire. 

 Grèce : quelles différences entre les propositions de Tsipras et celles des créanciers ? 

 

Modifié le 

sur Ouest-France
  • Jean-Luc Mélenchon se sont régulièrement affichés ensemble devant les médias, mais divergent sur le fond | Reuters

Le fait d’appartenir au même parti européen que le Premier ministre grec ne plaît pas au parti fondé par Jean-Luc Mélenchon. Il a demandé mercredi son exclusion pour complaisance avec l’austérité.

Le Parti de gauche (PG) a demandé mercredi l’exclusion du parti grec d’Alexis Tsipras du Parti de la gauche européenne (PGE), afin de faire « la clarté face à la camisole libérale » contre laquelle il est censé « lutter » [...]

 

La suite sur le site de Ouest France

« Notre force est de s'organiser de la manière la plus large possible, d'admettre tous conflits, de promouvoir des débats, et non des expulsions." ( Gregor Gysi, président du PGE)

 

Une étonnante prise de position de Gregor Gysi, le président du Parti de la Gauche européenne qui fait allusion aux élections européennes de 2019 ... Pas sûr que faire campagne commune avec Syriza et Alexis Tsipras soit de nature à éclairer les enjeux politiques européens ...

 

Quant au PCF, à travers les propos de sa responsable des questions européennes, elle affirme la même ligne en mettant en avant les dangers des extrêmes-droites et de la politique européenne de Macron ...

 

Alors, au PCF, en avant vers des listes d'union large contre les extrêmes-droites et E.Macron ? Avec le mouvement européiste de Benoit Hamon et pourquoi pas le PS ? Et sur quelle politique ?  L'Europe sociale avec Tsipras ? Aux Européennes, les militants communistes risquent de se réveiller avec la gueule de bois.

 

Yvette Genestal

 

Voir ci-dessous l'article dans l'Humanité:

Le PG demande l'exclusion de Syriza du Parti de la gauche européenne

 

Mercredi, 31 Janvier, 2018
Humanite.fr
Le Parti de gauche (PG) a demandé mercredi l'exclusion de Syriza, formation politique d’Alexis Tsipras, du Parti de la gauche européenne (PGE), qui rassemble plusieurs organisations nationales du Vieux continent.
« Pour le PG, comme sans nul doute beaucoup d'autres partis du PGE, il est en effet devenu impossible de côtoyer, dans un même mouvement, Syriza d'Alexis Tsipras », a fait savoir le Parti de gauche dans un communiqué. Il déplore notamment que le Premier ministre grec pousse «sa logique austéritaire jusqu'à limiter le droit de grève, répondant ainsi toujours plus servilement au diktat de la commission européenne».
Une demande d’exclusion qui n’a pas plu au président du PGE, Gregor Gysi : « Critiquer la gouvernance de Syriza en Grèce est légitime et les opinions à ce sujet diffèrent également parmi la Gauche Européenne. Mais la politique gouvernementale de Syriza est en grande partie marquée par le chantage de la troïka et du Gouvernement Allemand », fait valoir le Président du PGE. « Notre force est de s'organiser de la manière la plus large possible, d'admettre tous conflits, de promouvoir des débats, et non des expulsions. Si cette voie était choisie, le Parti de la gauche européenne n'en sortirait pas grandi, mais au contraire, en serait nettement amoindri lors des élections européennes de 2019 », assure-t-il.
Anne Sabourin, responsable des questions européennes au PCF et membre du secrétariat PGE, a jugé la demande d’exclusion« ridicule sur la forme et sur le fond ». « On est à un moment où face au macronisme européen et à la montée des extrêmes droites, il faut unir des forces de gauche radicale qui sont différentes, ont des politiques nationales et des cultures différentes », a-t-elle expliqué. Pour la responsable communiste, « le Parti de gauche cherche un prétexte pour couper les ponts. Derrière la demande de clarté, il y a de l'enfumage pour cacher des buts autres », avance-t-elle.

Jerónimo de Sousa envoie un message à PS: « Vous ne pouvez pas avoir raison avec Dieu et avec le diable en même temps »

Jerónimo de Sousa envoie un message à PS: « Vous ne pouvez pas avoir raison avec Dieu et avec le diable en même temps »

 

03 Février 2018
  • Ce qui se passe au Portugal est tout à fait original, l’union entre les communistes et les socialistes a produit des avancées importantes pour les travailleurs et un meilleur état de l’économie, mais il semble que le PS renâcle à poursuivre dans la voie. Le secrétaire du parti communiste portuguais parle ici de la stratégie de son articulation, une articulation de l’union gouvernementale mais celle-ci n’est pas première, elle est subordonnée aux luttes, ce sont elles qui sont déterminantes et pas la stratégie électorale qui a ses limites pour les travailleurs
  • (note et traduction de danielle Bleitrach)

NUNO BOTELHO

MPORTANT
Entretien avec JERÓNIMO DE SOUSA

Jerónimo de Sousa, secrétaire général du PCP depuis 2004, parle dans cette interview des avancées réalisées dans cette législation , mais affirme également qu’elles sont insuffisantes.

 

Jusqu’en 2020 au moins, Jerónimo de Sousa est le visage du PCP. Alors seulement, il y aura un congrès qui peut ou non changer la direction du parti. Jérôme ne veut pas laisser aux autres la décision de continuer ou de partir. Il préfère le prendre lui-même, en écoutant ceux qui l’entourent.

 

Pour l’instant, tout ce que vous entendez dans la rue est: « Continue ».

 

Au PUBLIC et à la Renaissance, le secrétaire général du PCP parle de Centeno, de Rio, de la ligne qui sépare la gauche et la droite, de l’euthanasie et, bien sûr, de la lutte ouvrière. Et il met en garde: « Nous ne faisons pas taire les contradictions qui existent » et « vous ne pouvez pas avoir raison avec Dieu et avec le diable en même temps ».

 

Une priorité du PCP semble être la réforme de la législation du travail. En particulier, que veut et propose le PCP?

 

Si vous me permettez une introduction, dans cette nouvelle phase de la vie politique nationale, nous apprécions grandement que des mesures significatives aient été prises, notamment en termes de revenus et de droits des travailleurs. Ces mesures ont le mérite de contrer la thèse selon laquelle il y aurait plus de compétitivité et de développement économique avec une politique de bas salaires et peu de droits. Mais en même temps, nous ne pouvons pas oublier la nature insuffisante et limitée de ces progrès

.
Ce que nous avons eu au cours de ces deux années, c’était beaucoup de récupération des salaires dans la fonction publique. Mais récemment, les fonctionnaires du PS ont déjà dit qu’il n’est pas possible de continuer à récupérer les salaires l.

Est-ce que le PCP accepte cela ?

 

Je préfère noter et avertir de ce qui suit: nous parlons de travailleurs qui n’ont pas reçu d’augmentation de salaire depuis huit ou neuf ans. C’est ce dont il s’agit. Nous défendons l’augmentation générale des salaires, privés ou publics, de sorte que nous comprenons que cette question de l’évaluation des salaires, en particulier avec l’évolution du salaire minimum national, est une condition fondamentale. Nous parlons d’une mesure incontestable.

 

En dehors de la question salariale, que veut le PCP en ce qui concerne les droits du travail ?

 

L’une des questions clés est de résoudre la déréglementation des horaires de travail. Certains conflits de travail font face à une intention claire, notamment des multinationales, un objectif clair de la déréglementation des horaires, soit ne reconnaissant pas les deux jours de repos hebdomadaire, soit par des méthodes telles que la banque des heures, soit par le temps de groupe. On ne tient pas compte de la vie personnelle et familiale des travailleurs. C’est une question très importante et nous avons l’initiative dans ce domaine.  Nous caractérisons le PS comme un parti qui a souvent pratiqué une bonne politique.

 

Quelles autres propositions le PCP pourrait-il présenter ?

 

Il y a toute une série de propositions allant de la santé et de l’hygiène sur le lieu de travail à la lutte contre la précarité, qui est un énorme fléau. Nous notons l’augmentation de l’emploi au Portugal. C’est un fait. Mais nous devons voir la qualité de l’emploi. Les deux tiers des jeunes entrent précairement sur le marché du travail. Il faut pour chaque emploi permanent, un contrat de travail efficace. Respecter les saisons   et les problèmes exceptionnels.

 

Avez-vous trouvé une certaine réceptivité de la part du PS ? 

 

Leurs déclarations publiques n’en font pas état. Évidemment, dans le contexte des relations existantes avec le PS, nous le contestons, car la question des droits des travailleurs a toujours été une zone frontalière entre la gauche et la droite. Ceux qui se déclarent à gauche doivent avoir cette responsabilité au profit de la partie la plus faible.

 

« Vous ne pouvez pas être bon avec Dieu et avec le diable en même temps »

 

Si le PS ne reste pas avec le PCP dans les propositions de législation du travail est-ce que vous en conclurez que le PS n’est pas de gauche ?

 

Nous caractérisons le PS comme un parti qui pratique souvent une politique de droite. Cette question des droits des travailleurs n’est pas la seule chose qui définit la gauche et la droite, mais c’est une zone frontalière. Ce que nous avons vu, c’est qu’avec cette nouvelle phase de la vie politique nationale, le PS et le gouvernement PS étaient disponibles et ouverts à certaines des avancées mentionnées.  Le PS a cette responsabilité. C’est dans ce cadre d’avancées et de pas positifs que la contradiction s’accentue.

 

Ces avancées ont contribué à l’idée qu’il y a une paix sociale, moins de grèves, les unions semblent plus domestiquées.

 

Est-ce un signe que le PCP a été capable d’influencer la gouvernance ? Ou la légère augmentation de la contestation menée par la CGTP montre-t-elle que cette influence n’est plus suffisante ?

 

Personne ne le croit, il ne peut y avoir un travailleur qui estime qu’en matière de législation du travail il suffit d’avoir une initiative législative à l’Assemblée de la République pour que les choses soient résolues. C’est de l’histoire du mouvement ouvrier qui dit que l’union ne donne pas de droits, ils se conquiérent conquièrent.

 

C’est pourquoi le PCP a maintenant des affiches, dont une est juste devant le siège du PS, à Largo do Rato, qui dit. « Plus de combat, plus de puissance au PCP » ?

 

Ce n’était pas intentionnel, c’est une question géographique … Nous préférons dire directement au PS [ce qu’il y a à dire] au lieu de le faire par la poste. Nous donnons beaucoup de valeur à la lutte, en particulier à la lutte de protestation. Les droits ont été gagnés et non donnés. Chaque fois qu’il y avait une intervention et la lutte des travailleurs, il y avait des progrès significatifs. Cette action, cette lutte est indispensable.

 

Aujourd’hui, nous avons une politique que nous considérons comme dépendante des intérêts de ce que nous considérons comme le grand capital monopoliste

 

Jerónimo de Sousa. Pouvons-nous compter sur plus de lutte de la part du PCP et de la CGTP ?

 

Ce n’est pas décrété. Ce n’est pas parce que le Comité central décide qu’il doit y avoir plus de combats qu’il y aura plus de combats, n’est-ce pas ? Ce que le PCP fait, c’est attirer l’attention, mobiliser la conscience et les énergies pour le besoin de répondre à des problèmes concrets.

 

Dans quelle mesure y aura-t-il plus de lutte et plus d’activité du PCP à l’approche de 2019 ?

 

Nous allons d’abord avoir la bataille des élections au Parlement européen suivi les législatives, mais ce que nous faisons en ce moment c’est de prendre l’engagement que nous avons pris, pas avec le PS – c’est une erreur – notre engagement de base ce n’est pas avec le PS, c’est avec les travailleurs et avec les gens. Et cela n’a jamais été un résultat électoral qui nous a conditionnés ou a conduit au changement fondamental de cet engagement que nous avons avec les travailleurs et le peuple, ou qui nous conduirait à nous calmer, à nous taire ou à limiter notre action. Dans ce processus, malgré la confusion, toujours,  le PCP a pris une position indépendante, votant en faveur de ce que nous considérions positif, votant contre ce que nous avions compris comme négatif. C’était comme ça pendant ces deux années.

 

De la façon dont vous parlez, il semble que le résultat que le PCP a dans les assemblées législatives soit indifférent.

 

Nous ne disons pas cela, évidemment. Ce que je dis, c’est que cela ne nous conditionne  pas. Mais bien sûr, nous luttons pour une action plus forte, l’intervention et la représentation du PCP dans les institutions, y compris au Parlement, sur la base de cette idée: « examiner les progrès et faire une comparaison avec le programme PS, ou le programme PS gouvernement et constater que beaucoup de ces progrès dans les retraites, le dégel des carrières, les questions de l’IRS et la politique fiscale ne sont pas là.  » Cela était essentiellement dû à la persistance, à l’action et à la contribution du PCP. C’est-à-dire qu’il y a des progrès que le PS seul ne réaliserait jamais et réaliserait parce que nous avions cette position claire. Pour cette raison, pour les travailleurs et pour le peuple portugais, il est très important de donner plus de pouvoir au PCP.

 

Il a donc un solde positif de ces deux ans et demi …

 

Il y a un Bilan positif par rapport aux avancées. Mais nous ne  nous effaçons  pas, ni ne gardons le silence sur  les contradictions qui existent actuellement et qui deviendront un jour insurmontables.

 

Et peuvent-ielles  devenir insurmontables avant 2019 ?

 

Que … nous ayons un gouvernement PS seul, le gouvernement au pouvoir, nous ne déterminons pas les options et la gouvernance du PS, mais nous attirons l’attention. Nous avons aujourd’hui une politique que nous considérons comme dépendante des intérêts de ce que nous considérons comme le grand capital monopoliste, nous avons des problèmes fondamentaux à cause des privatisations, par rapport à PT / Altice …

 

Etant donné que j’ai déjà dit que cet accord ne se répète pas les circonstances ne seront plus jamais les mêmes, quel genre d’accord de gauche peut-on faire à l’avenir ?

 

Ce n’est pas reproductible pour des raisons objectives, compte tenu de la position commune [signée en 2015], mais nous ne manquerons aucune occasion de réaliser des progrès qui se traduiront par le bien-être des travailleurs et de la population. Dans le cadre de notre indépendance et de notre autonomie, nous sommes en mesure, face à une situation concrète, de trouver cette solution concrète. Autrement dit, nous pouvons être ici pour faire des dessins et des scénarios qui seraient au moins hâtifs. En 2015 il y avait une situation concrète, on y a répondu concrètement. Il y en aura une autre, en fonction bien sûr de la relation de forces créée à l’Assemblée de la République.

 

Avant, nous avons un autre budget de l’Etat à venir.

 

Certains disent que ce sera le plus facile de cette législature. Quelles avancées seront la priorité du PCP ?

 

L’une des premières et une petite chose semble être de mettre en œuvre ce qui a été approuvé dans le budget de l’État pour 2018. Il y a encore des domaines et des problèmes à résoudre pour 2016 et 2017. Le salaire minimum sera une question inévitable. Il ne suffit pas de parler des 600 euros, la vie a évolué. Je ne veux pas avancer un montant fixe, mais il sera certainement supérieur à 600 euros. Un autre problème est la longue carrière contributive. Le gouvernement et le premier ministre lui-même ont fait un premier pas, mais ils ont veillé à ce que d’autres mesures soient prises à l’égard des personnes qui bénéficient de 40 ans de droits. Nous croyons que le gouvernement est en faute. Nous sommes en janvier, l’annonce a été faite en décembre, entrée en janvier et il n’y a pas de mesure tangible. Nous considérons une profonde justice que ceux qui ont travaillé toute leur vie ne soient pas pénalisés dans leurs réformes et leurs retraites,

 

Cela a été créé par le ministre actuel, dans une autre législature …

 

Il a bien fait de s’en souvenir. C’était, en fait, un gouvernement PS qui incluait cette mesure profondément injuste. On peut dire qu’après cela le PSD et le CDS les ont aggravés, mais à chacun ce qui lui appartient.

 

SÃOIA PUBLIC SAPAGE et EUNICE LOURENÇO Radio Renascença


1er février 2018

 
Jerónimo de Sousa, secrétaire général du PCP depuis 2004, parle dans cette interview des avancées réalisées dans cette législature, mais affirme également qu’elles sont insuffisantes.
 
PUBLICO.PT

Où va le marché du pétrole?

Où va le marché du pétrole?

© Sputnik. Rosneft / Service de presse
 
POINTS DE VUE

 

 

 

 

Jacques Sapir

 

Pour la première fois depuis plus de trois ans, le prix du pétrole a dépassé les 65$ le baril (sur l’indice WTI) et les 70$ sur l’indice BRENT. Ces pics sont symboliques.

 
Ils expriment la remontée constante du prix du pétrole que l'on observe depuis la conclusion des accords entre les pays de l'OPEP et les pays du groupe « non-OPEP » à la fin de 2016 (1). Ces accords, que l'on annonçait à l'époque fragiles se sont révélés stables. Ils ont conduit à une baisse significative des stocks de pétrole, baisse qui a son tour s'est traduite par une hausse du prix. Mais, cette évolution devrait être appelée à se stabiliser d'ici les 6 prochains mois. On doit ainsi prendre avec précautions les annonces faites par certains fonds d'investissement qui pensent que le pétrole pourrait atteindre ou dépasser les 80$ le baril. Il faut dès lors revenir sur l'historique de ce phénomène pour comprendre la nature des problèmes posés. Cette historique fait alors apparaître l'un des changements majeurs de ces dernières années: le rôle de pivot incontournable de ce marché occupé désormais par la Russie.
 

1. Spéculation, politique et surproduction: la baisse de 2014-2015

 

La chute de ces prix dans le cours de 2014 doit être expliquée. Si l'on prend l'indice BRENT, les prix, supérieurs à 100 dollars le baril jusqu'en juillet 2014, baissent rapidement jusqu'à 50 dollars de la fin juillet 2014 à janvier 2015. Après un rétablissement provisoirement autour de 60 dollars de janvier à mars 2015, ils replongent pour atteindre le point le plus bas (32,18 dollars le baril) en janvier 2016. Ils remonteront entre 40-45 dollars dans le cours de l'année puis, commenceront une phase haussière en 2017, à la suite des accords de réduction de production signés par les pays de l'OPEP et les pays du groupe « non-OPEP ». Cette phase haussière les a conduit de 45 dollars en juin 2017 à, aujourd'hui, environ 70 dollars, soit une hausse de plus de 55%.

 

Prix du pétrole, indice BRENT

 

Quelles sont les causes de cette évolution?

 

1. L'offre de pétrole était largement supérieure à la demande depuis la fin de 2012. La période de prix élevés, induite par les conséquences à long terme de la crise financière de 2007-2009 avait poussé à une très forte croissance de l'exploitation du pétrole de schistes. Les prix élevés rendait la production retable, même pour de petites compagnies opérant dans des conditions d'exploitation que l'on peut qualifier de marginales.

 

2. Cette montée des Etats-Unis dans la production globale s'accompagnait d'une concurrence importante sur les marchés, dans la mesure où l'Arabie Saoudite et les pays du Golfe maintenaient des niveaux de production élevés.

 

3. Le déséquilibre offre/demande, qui aurait dû provoquer une baisse des prix dès le début de 2013 était compensé par le stockage de quantités importantes de pétrole achetées par des sociétés financières qui l'utilisaient comme garantie dans le cadre d'emprunts. Ces achats ont artificiellement gonflés la demande. Tant que les prix étaient stables, voire à la hausse, ces sociétés financières avaient intérêt à ne pas revendre les quantités de pétrole qu'elles détenaient.

 
Le tournant qui arrive en 2014 est essentiellement lié au déstockage par ces compagnies financières. Mais, le mouvement de baisse amorcé induit une spéculation à la baisse des prix. Ces compagnies financières, constatant que la baisse des prix se prolonge liquide brutalement les quantités qu'elles détiennent dans l'espoir de limiter la perte de valeur (par rapport aux emprunts souscrits). Cette liquidation accélère le déséquilibre offre/demande, et donc la baisse des prix.
 

Quant aux pays producteurs, et à l'Arabie Saoudite en particulier, ils accordent des « dessous de table » importants à leurs principaux clients pour limiter l'entrée sur le marché des producteurs américains. Le pétrole saoudien était ainsi vendu dans la réalité à des prix bien plus bas que les prix (eux-mêmes en baisse) auxquels le pétrole se négociait officiellement. La combinaison du retournement d'une spéculation purement financière et d'une concurrence importante où certains des acteurs cherchent à tout prix à maintenir leurs « parts de marché » explique tant l'ampleur de cette baisse (de 114 dollars le 20 juin 2014 à 32,18 dollars le 22 janvier 2015) que sa rapidité, voire sa violence.

 

2. La stabilisation et les bases des accords de la fin 2016

 

Ce processus a donc entraîné les acteurs bien au-delà de là où ils voulaient aller. La crise a été brutale chez les producteurs de pétrole de schistes et le nombre de têtes de puits installées s'est effondré dans le courant de l'année 2015. Certaines de ces compagnies ont été rachetées par des « grandes compagnies » dont les moyens techniques et financiers permettent d'extraire du pétrole de schistes pour des prix compris entre 40 et 55 dollars. Pour les « petites » compagnies le seuil de rentabilité est plutôt au-dessus de 70 dollars. On constate aujourd'hui que la nature de ce secteur a très largement changé par rapport à 2013/2014.

 

Les producteurs classiques ont aussi été confrontés à des problèmes importants. L'Arabie saoudite a ainsi beaucoup souffert de cette baisse. Par ailleurs, l'épuisement de certains des gisements traditionnels (d'où l'on extrayait le pétrole à des coûts compris entre 1,5 et 5 dollars) obligeait ce pays à des investissements importants. Aussi, l'Arabie saoudite a progressivement mis fin à sa politique des « rabais » et elle a aligné les prix réels sur les prix officiels. Globalement l'industrie pétrolière a été très durement touchée par l'effondrement des prix de 2014-2015 et les investissements ont chuté, ce qui devrait d'ailleurs se traduire, dans les années à venir par une production moindre en raison de la mise en service de moins de « nouveaux » champs tandis que les champs considérés comme « matures » vont voir leurs productions diminuer. Il faut comprendre que la mécanique des investissements joue sur le moyen et le log terme. La chute brutale des investissements en 2015 et 2016 aura des conséquences qui se feront sentir sur les niveaux de production au-delà de 2020.

 

D'autres facteurs sont intervenus entre 2015 et 2016, comme les troubles politiques, que ce soit en Libye ou au Moyen-Orient, conduisant à une réduction de fait de l'offre. C'est ce qui explique la phase de stabilisation autour de 45 dollars le baril (en indice BRENT) que l'on avait observé dans la seconde moitié de 2015 et le début de 2016. Mais, cette phase de stabilisation n'était pas satisfaisante pour les producteurs. Ce qui a donné naissance aux accords qui furent conclus dans la seconde moitié de 2016.

 
Ces accords ont dépendu d'un accord politique entre la Russie (qui entraîne avec elle des pays du groupe dit « non-OPEP ») et l'Arabie saoudite. Quelles que soient les frictions qui existaient, et qui existent encore, entre ces deux pays, le réalisme a prévalu. Il est clair aussi que, dans la crise syrienne, l'intervention de la Russie a changé les rapports des forces. Cela a été noté dans les capitales des pays du Golfe, même si cela n'a pas été pleinement compris par les pays occidentaux. On peut ainsi estimer que même si la nécessité d'un accord pré-datait l'intervention russe, cette dernière a construit la crédibilité de Moscou. La détermination du gouvernement russe a été saluée d'une certaine manière par le resserrement des liens diplomatiques entre les pays du Golfe et la Russie. Le rôle des autorités russes dans la conclusion de l'accord et dans le calcul des quotas de production a été important, ce qui tranche avec les accords précédents où l'Arabie saoudite jouait un rôle central. Cet accord de réduction de la production apparaît donc comme à la fois une nécessité pour tous, et donc le résultat d'un réel consensus, mais aussi une victoire spécifique pour Vladimir Poutine qui a mis la Russie au centre des négociations pétrolières et qui a fait de son pays un partenaire absolument incontournable. Les liens de la Russie avec l'Iran et avec le Venezuela lui ont permis de constituer une masse de manœuvre qui a pesée dans les négociations. En un sens, c'est bien la Russie qui émerge comme puissance dominante de la crise du marché pétrolier de 2014 à 2016, alors que l'Arabie saoudite s'enferre dans un affrontement stérile avec l'Iran (affrontement où la Russie pourrait bien jouer les médiateurs) et dans des problèmes internes qui sont aujourd'hui croissants.
 
Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

(1) Voir Sapir J., « Pétrole et diplomatie russe », billet posté sur RussEurope, le 13 décembre 2016, http://russeurope.hypotheses.org/5508

Le parti de Jean-Luc Mélenchon demande l'exclusion de Syriza du Parti de la gauche européenne

Le parti de Jean-Luc Mélenchon demande l'exclusion de Syriza du Parti de la gauche européenne

 

Le parti de Jean-Luc Mélenchon demande l'exclusion de Syriza du Parti de la gauche européenne© Gonzalo Fuentes Source: Reuters
Alexis Tsipras et Jean-Luc Mélenchon en 2012
 

Estimant que les reniements de Syriza, le parti du Premier ministre grec Alexis Tsipras dont il était jadis proche, sont trop nombreux, le Parti de gauche demande à ce que la formation politique grecque soit exclue du Parti de la gauche européenne.

 

La rupture entre les proches de Jean-Luc Mélenchon et Alexis Tsipras, qui furent jadis alliés dans leur combat politique, semble bel et bien consommée. Le Parti de gauche (PG) a demandé ce 31 janvier l'exclusion du parti grec d'Alexis Tsipras du Parti de la gauche européenne (PGE), mouvement politique fédérant plusieurs organisations nationales au Parlement de Strasbourg, afin de faire «la clarté face à la camisole libérale» contre laquelle il est censé «lutter».

 

«L'heure est à la clarté face à la camisole libérale qui étrangle les peuples et alors que la quasi totalité des partis du PGE luttent chacun dans leur pays contre de telles politiques», explique le communiqué, ajoutant que le rôle du PGE n'est pas de soutenir «cette Europe-là» mais de rassembler ses opposants. 
 

Si le gouvernement d'Alexis Tsipras, pourtant classé à gauche sur l'échiquier politique, a fait voter une loi restreignant le droit de grève, c'est avant tout pour satisfaire les créanciers de la Grèce, l'Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI). En effet, depuis 2010, la Grèce s'appuie sur des plans de subventions de l'UE et du FMI, qui exigent en contrepartie des efforts d'Athènes en matière de dé-régularisation du marché du travail

 

En France, outre le Parti de gauche, Ensemble et le Parti communiste appartiennent également au PGE. Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, appartient au Conseil des présidents, qui décide des adhésions de nouveaux partis. En froid avec le mouvement de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, celui-ci affiche toujours son soutien à Syriza en dépit des revirements politiques récents du parti grec.

The Economist : L’humanité au bord de la guerre mondiale

 

Le magazine The Economist, l’influent hebdomadaire londonien décrit par Karl Marx il y a plus de 150 ans comme « l’organe européen » de « l’aristocratie des finances », a consacré son dernier numéro à « The Next War » (la prochaine guerre) et « The Growing Threat of Great Power Conflit » (la menace grandissante de conflit entre grandes puissances). Son éditorial principal démarre sur un avertissement effrayant :

« Au cours des 25 dernières années, la guerre a coûté trop de vies. Pourtant, alors même que les luttes civiles et religieuses ont fait rage en Syrie, en Afrique centrale, en Afghanistan et en Irak, un affrontement dévastateur entre les grandes puissances mondiales est resté presque inimaginable. »

« Ce n’est plus le cas […] de changements puissants et à long terme de la géopolitique et la prolifération des nouvelles technologies érodent la domination militaire extraordinaire dont jouissent l’Amérique et ses alliés. Un conflit d’une ampleur et d’une intensité jamais vues depuis la Seconde Guerre mondiale est encore une fois plausible. Le monde n’est pas préparé. »

The Economist envisage un futur dystopique, violent, avec le déploiement de l’armée américaine pour intimider ou détruire les prétendus défis à sa domination partout.

 

Au cours des 20 prochaines années, The Economist prédit que « le changement climatique, la croissance démographique et les conflits sectaires ou ethniques » sont susceptibles de faire plonger une grande partie du monde dans des « guerres intra-étatiques ou civiles ». De tels confits se dérouleront de plus en plus dans les villes entourées de « taudis » peuplées de millions d’habitants, donnant lieu à de « combats rapprochés, quartier par quartier ». L’avenir réservé à de grandes parties de l’humanité est celui du carnage qui a été observé lors des batailles meurtrières de l’an dernier contre la ville irakienne de Mossoul et la ville syrienne d’Alep.

 

Mais plus effrayant encore, c’est la série de scénarios qu’il décrit comme une escalade majeure des tensions entre les Etats-Unis et la Russie et la Chine, présentés comme ses adversaires stratégiques, qui menacent à tout moment de provoquer un holocauste nucléaire.

 

En juillet 2016, Mehring Books a publié A Quarter Century of War(Un quart de siècle deguerre)de David North,qui notait :

« Depuis le premier conflit du golfe Persique de 1990-1991, les États-Unis sont en guerre sans interruption depuis un quart de siècle. Tout en utilisant des slogans de propagande comme la défense des droits de l’Homme et la guerre contre le terrorisme pour dissimuler les véritables objectifs de leurs interventions au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Afrique, ainsi que leur confrontation avec la Russie et la Chine, les Etats-Unis se sont engagés dans une lutte pour l’hégémonie mondiale. Alors que les États-Unis tentent de compenser leur faiblesse économique et contrer les tensions sociales internes, leur escalade incessante des opérations militaires menace de déboucher sur une guerre mondiale à grande échelle, entre États dotés d’armes nucléaires. »

Moins de deux ans plus tard, une grande partie de cette évaluation a été reprise par l’un des organes politiques les plus importants du capitalisme anglo-américain. Mais les conclusions tirées par The Economist, s’exprimant en tant que représentant sans faille des oligarques financiers et du grand patronat dont la richesse est liée à la domination mondiale impérialiste américaine, sont exactement le contraire de l’objectif déclaré par David North, celui d’aider à la construction d’un « nouveau mouvement anti-guerre ».

 

Au contraire, The Economist exhorte les Etats-Unis à développer le hard power (la puissance dure) pour se défendre contre des « rivaux déterminés et capables », présentant l’argument digne d’un sociopathe selon lequel la meilleure garantie de paix est la capacité de l’Amérique à détruire complètement ses adversaires.

 

La prémisse de l’article spécial est que des mesures urgentes doivent être prises par les États-Unis pour endiguer le déclin de son hégémonie. Elle affirme que si les classes dirigeantes chinoise et russe sont autorisées à réaliser leur ambition d’influence dominante dans leurs propres régions, alors la conséquence « plausible » sera un « affrontement dévastateur entre les grandes puissances du monde » – une guerre mondiale avec des armes nucléaires.

 

La Chine et la Russie, déclare le magazine dans son éditorial du 27 janvier, « sont maintenant des États révisionnistes qui veulent remettre en cause le statu quo et considèrent leurs régions comme des sphères d’influence à dominer. Pour la Chine, cela signifie l’Asie de l’Est ; pour la Russie, l’Europe de l’Est et l’Asie centrale. »

 

La conclusion avancée par The Economist est que l’Amérique doit mettre fin à « 20 ans de dérive stratégique » sous les gouvernements successifs, qui auraient « fait le jeu de la Russie et de la Chine ». Dans une série d’articles, son rapport spécial préconise que les États-Unis dépensent des sommes vertigineuses sur les nouvelles armes nucléaires et conventionnelles, y compris les technologies d’intelligence artificielle (AI) robotique, pour s’assurer qu’ils conservent la supériorité militaire qui, jusqu’à présent, a inspiré « la peur chez leurs ennemis ».

 

Il met en garde contre : « Le danger pressant qui est la guerre dans la péninsule coréenne, peut-être cette année […] Des dizaines de milliers de personnes périraient, beaucoup plus si des armes nucléaires étaient utilisées. »

 

L’armée américaine est prête à lancer une telle guerre. Elle a déployé en position offensive des bombardiers nucléaires B-2 et B-52 à Guam, et des centaines d’avions de chasse et une armada de navires de guerre dans d’autres bases du Pacifique. Il y a de bonnes raisons de croire que le face à face que Washington a provoqué avec la Corée du Nord, en exigeant que Pyongyang abandonne son programme d’armes nucléaires, est une répétition générale massive pour un futur bras de fer nucléaire avec la Chine.

 

The Economist pense qu’une « guerre pour empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires semble être une perspective plus spéculative pour l’instant, mais pourrait devenir plus probable dans quelques années ».

 

Il affirme que les Etats-Unis sont menacés par la soi-disant « zone grise » dans laquelle la Chine, la Russie, l’Iran et d’autres pays cherchent à « exploiter » les « vulnérabilités » américaines dans certaines parties du monde sans provoquer un conflit ouvert. Il donne comme exemples les prétentions territoriales chinoises dans la mer de Chine méridionale, l’annexion de la Crimée par la Russie et l’influence politique de l’Iran en Irak, en Syrie et au Liban.

 

L’ingérence impérialiste américaine, cependant, est considérée comme entièrement légitime par The Economist. En Syrie, les États-Unis ont mené sept années d’intrigues en vue d’un changement de régime visant à renverser le gouvernement soutenu par les Russes et les Iraniens. L’annonce par Washington de son intention d’occuper de facto un tiers du pays et de rassembler une armée par procuration de 30 000 hommes des milices kurdes et islamistes a créé des conditions non seulement pour des affrontements directs avec l’Iran ou la Russie, mais aussi avec la Turquie, censée être un de ses alliés dans le cadre de l’OTAN.

 

Comme on pouvait s’y attendre, sur fond de mesures frénétiques aux États-Unis et internationalement visant à imposer un contrôle étatique et la censure sur Internet, le magazine accuse la Russie de chercher à « saper la confiance en les institutions occidentales et à encourager les mouvements populistes en se mêlant des élections et en utilisant des bots informatiques et des trolls sur les réseaux sociaux pour attiser des griefs et des préjugés. »

 

Les entreprises de technologie, insiste-il, doivent être encore plus intégrées à l’armée, tandis que les entreprises d’Internet doivent travailler avec l’appareil étatique pour supprimer l’accès aux vues oppositionnelles, sous le prétexte frauduleux de combattre les « opérations d’influence » et la « manipulation de masse de l’opinion publique ».

 

Il note en passant que pour le gouvernement américain, qui affiche déjà des déficits budgétaires annuels proches de 700 milliards de dollars, « trouver l’argent sera un autre problème ».

 

La vérité est que la subordination de tous les aspects de la société aux préparatifs de guerre sera financée par la destruction continue des niveaux de vie et conditions de vie de la classe ouvrière américaine, combinée à l’élimination de ses droits démocratiques et à la répression de l’opposition.

 

Dans un écho involontaire au Newspeak de George Orwell, The Economist conclut qu’« une Amérique forte » – armée jusqu’aux dents et menaçant de façon permanente ses rivaux d’anéantissement – est « le meilleur garant de la paix mondiale ».

 

L’aspect le plus effrayant de l’article, cependant, est qu’il est pessimiste de son propre pronostic que l’impérialisme américain peut intimider ses rivaux à la soumission. Le développement même d’une position militaire de plus en plus agressive à l’égard de la Chine et de la Russie augmente, et non diminue, la probabilité d’une guerre.

 

« Le plus grand danger », dit-il, « réside dans une erreur de calcul due à une incapacité à comprendre les intentions d’un adversaire, conduisant à une escalade imprévue qui échappe à tout contrôle ».

 

Ce dont il s’agit, c’est une escalade vers un holocauste nucléaire. L’article cite Tom Plant, analyste du groupe de réflexion RUSI : « Pour la Russie et les Etats-Unis, les armes nucléaires ont conservé leur primauté. Vous n’avez qu’à regarder comment ils dépensent leur argent. »

 

Les États-Unis vont moderniser tout leur arsenal nucléaire au cours des prochaines décennies pour un coût de 1200 milliards de dollars. La Russie modernise ses missiles, ses bombardiers et ses sous-marins nucléaires. La Chine augmente rapidement la taille et la capacité de ses forces nucléaires beaucoup plus petites, tout comme la Grande-Bretagne et la France. Des discussions sont en cours dans les cercles dirigeants en Allemagne, au Japon et même en Australie sur l’acquisition d’armes nucléaires afin que ces pays puissent “résister” aux États dotés d’armes nucléaires. »

 

La folie d’une course aux armements nucléaires au XXIᵉ siècle découle inexorablement des contradictions du système capitaliste. La lutte entre les États-nations rivaux pour la domination géostratégique et économique mondiale est le résultat inévitable de sa crise ingérable et du conflit féroce pour le contrôle des marchés et des ressources.

 

L’époque de la guerre mondiale, écrit le révolutionnaire marxiste Vladimir Lénine, est l’époque de la révolution mondiale. Le renversement du système capitaliste qui engendre le danger de guerre est une nécessité urgente pour la survie de la civilisation humaine.

 

Le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections se battent pour construire un mouvement ouvrier socialiste international anti-guerre. La discussion ouverte sur la perspective d’une guerre nucléaire dans les pages de journaux comme The Economist devrait motiver tous les travailleurs et jeunes sérieux à se joindre à notre lutte.

 

James Cogan

(Article paru en anglais le 30 janvier 2018)

»» https://www.wsws.org/fr/articles/2018/01/31/pers-j31.html
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PRÉSIDENTIELLE TCHÈQUE- Milos ZEMAN, eurosceptique et pro-russe, réélu avec 51,5% des voix : une mauvaise nouvelle pour l’U.E.

Publié par El Diablo

PRÉSIDENTIELLE TCHÈQUE- Milos ZEMAN, eurosceptique et pro-russe, réélu avec 51,5% des voix : une mauvaise nouvelle pour l’U.E.

PRÉSIDENTIELLE TCHÈQUE- Milos ZEMAN, eurosceptique et pro-russe, réélu avec 51,5% des voix : une mauvaise nouvelle pour l’U.E.

République Tchèque - Présidentielle : le candidat pro-russe Milos Zeman réélu pour 5 ans

 

Le président tchèque sortant pro-russe Milos Zeman a été réélu ce samedi, devançant l’académicien pro-européen Jiri Drahos de 3 points, après le dépouillement de 99 % des bulletins de vote.

 

Le président tchèque sortant pro-russe Milos Zeman a été réélu ce samedi[27/01/2018] pour un deuxième quinquennat, devançant l’académicien pro-européen Jiri Drahos de trois points, après le dépouillement de 99 % des bulletins de vote.

 

Milos Zeman, 73 ans, est crédité de 51,5 % des suffrages contre 48,5 % pour Jiri Drahos, 68 ans, selon la télévision publique tchèque.

 

Jiri Drahos a immédiatement reconnu le résultat, tout en soulignant qu’il était « très serré », et a félicité son adversaire. « Je félicite le vainqueur de l’élection Milos Zeman, je lui souhaite beaucoup de forces et de santé », a-t-il dit.

 

[…]

 

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Cobayes humains , ça gaze ?

Cobayes humains, ça gaze ? 

 

Publié le 29 Janvier 2018

 Pendant qu'en France Celine et Maurras

 ont la vedette,

 les vieux démons d'outre Rhin

 remontent en surface

 

Depuis Nuremberg 1945, ils ont des descendants dirait-on.

 

Depuis Nuremberg 1945, ils ont des descendants dirait-on.

 

Ce n'est pas de la science-fiction ni de la mauvaise littérature de gare, mais dans la presse européenne dont le Monde de ce 29 janvier 2018.

 

Certains constructeurs allemands semblent avoir été prêts à toutes les expériences pour prouver l’innocuité du diesel.

Le Groupe européen de recherche sur l’environnement et la santé dans les transports (EUGT), organisme financé par Volkswagen, Daimler et BMW, aurait procédé à une étude scientifique pour mesurer les effets de l’oxyde d’azote (Nox) sur des cobayes humains. 

Environ 25 jeunes adultes en bonne santé auraient été contraints d’inhaler pendant plusieurs heures du Nox à des doses variées, rapporte lundi 29 janvier la Stuttgarter Zeitung, le quotidien de Stuttgart, la capitale du Bade-Wurtemberg où Daimler a son siège. Les tests étaient effectués dans un institut lié à l’université d’Aix-la-Chapelle. Publiée en 2016, après l’affaire des moteurs truqués de Volkswagen, l’étude n’a pas pu déterminer l’impact des gaz d’échappement sur les cobayes, selon le quotidien.

Pour Rappel :

 

Cinq lettres destinées au commandant du camp d’Auschwitz rédigées par le groupe Bayer ont été retrouvées par un régiment de l’Armée soviétique au cours de la libération du camp le 27 janvier 1945. Et leur contenu fait plutôt froid dans le dos.

 

Première lettre 


" En vue d’expérimenter un soporifique, vous serait-il possible de mettre à notre disposition quelques femmes et à quelles conditions ? Toutes les formalités concernant le transfert de ces femmes seront faites par nous." 

 

Deuxième lettre


" Nous accusons réception de votre lettre. Considérant le prix de 200 marks exagéré, nous offrons 170 marks par sujet, nous aurions besoin de 150 femmes ." (170 marks 1943 allemand équivalent à environ 86€)

 

Troisième lettre


D’accord pour le prix convenu. Veuillez donc faire préparer un lot de 150 femmes saines que nous enverrons chercher très prochainement "

 

Quatrième lettre 

 

" Nous sommes en possession du lot de 150 femmes. Votre choix est satisfaisant quoique les sujets soient très amaigris et affaiblis. Nous vous tiendrons au courant du résultat des expériences.

 

Cinquième lettre


 " Les expériences n’ont pas été concluantes. Les sujets sont morts. Nous vous écrirons prochainement pour vous demander de préparer un autre lot." 

 

Lors du procès de Nuremberg de novembre 1945 où furent jugé les criminels de guerre, concernant IG Farben (un autre groupe pharmaceutique) dont Bayer était une filiale, les dirigeants ont été condamnés pour crime de guerre à des peines allant de.6 mois à 6 ans de prison,

 

Rédigé par Canaille Lerouge

IKEA : la galaxie brune en deuil

IKEA : la galaxie brune en deuil

Publié le 27 Janvier 2018

 Un major du capital,

 nazi authentique,

 a cassé sa pipe

 

 funérailles du fondateur d'Ikea, la famille n'arrive pas à monter le cercueil

Funérailles du fondateur d'Ikea, la famille n'arrive pas à monter le cercueil

 

Un livre a montré que son engagement avait été bien plus profond qu’il ne voulait l’admettre au moment de la guerre.

 

Il a 18 ans quand il fonde Ikea, ses sentiments étaient pro-allemands et antisémites. Le jeune homme, mène en cachette une vie de militant nazi.

 

Ingvar Kamprad a recruté d’autres nazis, et a gardé des contacts jusque dans les années 1950, finançant même un parti néo-nazi avec l’argent d’Ikea.

 

Les services secrets suédois avaient établi un dossier sur lui dès 1943, à l’époque même où il créait la marque.

 

Durant des années l'homme le plus riche du monde, il cachera le plus longtemps possible son passé au fond d'un jardin qu'il souhaitait secret tout comme son argent dans les paradis fiscaux. Les deux seront rendu public.
 

Varoufakis s’est entouré de tenants de l’ordre dominant comme conseillers

Le témoignage de Yanis Varoufakis : accablant pour lui-même
Varoufakis s’est entouré de tenants de l’ordre dominant comme conseillers
 
 

Commentaire de B.T : Et dire qu'il se trouve des dirigeants du PCF toute honte bue, prêt à nous embarquer avec ses tenants du système. Mais ne sont-ils pas eux aussi des fervents tenants du systéme ? Nos n'avons rien à foutre dans le prolongement politique de l'OTAN qu'est de fait l'U.E. Aux européennes ce sera pêche.


Si vous n’avez pas encore lu Conversations entre Adultes de Yanis Varoufakis, commandez-le à votre libraire. Cela se lit comme un polar politique, il y a du suspense, des rebondissements, des trahisons… L’immense intérêt de ce livre c’est que l’auteur donne sa version d’évènements qui ont influencé et influencent encore la situation internationale, en particulier en Europe mais aussi au-delà car la déception provoquée par la capitulation du gouvernement de la gauche radicale grecque marque profondément les esprits.

La série d’articles que je consacre au livre de Varoufakis constitue un guide pour des lecteurs et des lectrices de gauche qui ne souhaitent pas se contenter de la narration dominante donnée par les grands médias et les gouvernements de la Troïka ; des lecteurs et des lectrices qui ne se satisfont pas non plus de la version donnée par l’ex-ministre des Finances. En contrepoint du récit de Varoufakis j’indique des événements qu’il passe sous silence et j’exprime un avis différent du sien sur ce qu’il aurait fallu faire et sur ce qu’il a fait. Mon récit ne se substitue pas au sien, il se lit en parallèle.


Lire les autres articles de la série :


1 - Les propositions de Varoufakis qui menaient à l’échec


2 - Le récit discutable de Varoufakis des origines de la crise grecque et ses étonnantes relations avec la classe politique


3 - Comment Tsipras, avec le concours de Varoufakis, a tourné le dos au programme de Syriza


5 - Dès le début, Varoufakis-Tsipras mettent en pratique une orientation vouée à l’échec


La critique de la politique qui a été suivie par le gouvernement grec en 2015 ne consiste pas principalement à déterminer les responsabilités de Tsipras ou de Varoufakis en tant qu’individus


Il est essentiel de prendre le temps d’analyser la politique mise en pratique par Varoufakis et le gouvernement Tsipras car, pour la première fois au 21e siècle, un gouvernement de gauche radicale a été élu en Europe. Comprendre les failles et tirer les leçons de la manière dont celui-ci a affronté les problèmes qu’il rencontrait sont de la plus haute importance si on veut avoir une chance de ne pas aboutir à un nouveau fiasco. Dans d’autres pays d’Europe, une majorité d’électeurs et d’électrices pourrait porter au gouvernement des forces de gauche qui promettent de rompre avec la longue nuit néolibérale. Ces pays ne sont certes pas nombreux mais ils existent. De toute façon, même là où les chances d’arriver au gouvernement sont très limitées, il est fondamental de présenter un programme cohérent de mesures qui devraient être prises par un gouvernement aussi fidèle au peuple que le sont les gouvernants actuels à l’égard du grand capital.


La critique que je fais des choix de Varoufakis est précise et elle est dure, sans concession. Il n’en demeure pas moins que Varoufakis a pris la peine de communiquer ce qu’il considère être sa part de vérité. Il a pris des risques en le faisant. S’il n’avait pas écrit ce livre, bien des faits importants seraient restés inconnus. Il ne faut pas s’attendre à ce que Tsipras livre sérieusement sa version de ce qui s’est passé. Il lui est impossible de relater son action et de la justifier. Si un jour il lui arrive de signer un récit, il aura été écrit par quelqu’un d’autre et il sera rempli de lieux communs.


Il faut aussi faire une distinction entre Tsipras et Varoufakis : l’un a signé le 3e mémorandum et l’a fait passer au parlement grec, l’autre s’y est opposé, a quitté le gouvernement le 6 juillet et, en tant que député, a voté contre le mémorandum le 15 juillet 2015.
L’enjeu est de tirer des leçons sur ce qu’un gouvernement de gauche radicale peut faire dans la zone euro


L’enjeu de la critique de la politique qui a été suivie par le gouvernement grec en 2015 ne consiste pas principalement à déterminer les responsabilités respectives de Tsipras ou de Varoufakis en tant qu’individus. Ce qui est fondamental, c’est de réaliser une analyse de l’orientation politico-économique qui a été mise en pratique afin de déterminer les causes de l’échec, de voir ce qui aurait pu être tenté à la place et d’en tirer des leçons sur ce qu’un gouvernement de gauche radicale peut faire dans un pays de la périphérie de la zone euro.


Dans cette partie, nous présentons les conseillers dont s’est entouré Varoufakis. Force est de constater que, dès l’étape de sélection de ses principaux conseillers, Yanis Varoufakis s’est entouré de personnes peu disposées à réaliser les promesses de Syriza (c’est le moins qu’on puisse dire) et à mettre en œuvre des politiques alternatives afin de sortir la Grèce de l’emprise de la Troïka.

 

Les conseillers de Yanis Varoufakis comme ministre

 

Dans son ouvrage, Varoufakis décrit l’équipe de ses conseillers directs et lointains. La manière dont l’équipe a été composée est terrible. La logique qui a présidé aux choix des personnes explique en partie l’échec qui allait suivre. Ce n’est pas l’élément déterminant mais cela a joué un rôle.

 

Photo : Alekos Papadopoulos


Pour désigner un vice-ministre des Finances en charge de superviser le Trésor, un poste de la plus haute importance, Varoufakis raconte qu’il a consulté Alekos Papadopoulos, un ancien ministre des Finances des années 1990, issu du Pasok. Varoufakis explique qu’il avait collaboré avec Papadopoulos pour rédiger le programme économique que Georges Papandréou a présenté aux élections de 2004 remportées par les conservateurs de la Nouvelle démocratie. Syriza qui se présentait pour la première fois à des élections avait obtenu 6 députés avec 3,3 % des voix. Nouvelle démocratie de Karamanlis avait obtenu 45,4 % des voix et le Pasok conduit par Papandreou avait récolté 40,5 % des suffrages.


Varoufakis écrit : « Papadopoulos était dans l’opposition par rapport à Syriza, mais il était prêt à me soutenir personnellement et m’a promis de me trouver quelqu’un. (…) Le soir-même il m’a envoyé un sms en me donnant le nom de Dimitris Mardas » |1|. Varoufakis contacte Mardas directement et lui propose le poste de vice-ministre des Finances.

 

Photo : Dimítris Márdas


Il faut savoir que le 17 janvier 2015, huit jours avant la victoire de Syriza, Mardas a publié un article particulièrement agressif contre la députée de Syriza Rachel Makri sous le titre « Rachel Makri vs Kim Jong Un et Amin Dada ». L’article se concluait par la très éloquente question (soulignée par lui-même) « Sont-ce ceux-là qui vont nous gouverner ? ». Dix jours plus tard, ce même Mardas devenait, grâce à Varoufakis, ministre suppléant des Finances. Varoufakis explique dans son livre qu’après un mois comme ministre il s’est rendu compte qu’il avait fait un mauvais choix. Signalons que Mardas, qui a soutenu la capitulation en juillet 2015, a été élu député Syriza aux élections de septembre 2015. Papadopoulos a lui aussi soutenu le 3e mémorandum de juillet 2015 |2|.


Varoufakis explique qu’en second lieu il devait choisir le Président du Conseil des économistes. Il se rend compte que ce poste avait été pourvu en son nom par le vice-premier ministre Dragasakis. Ce dernier avait en effet choisi George Chouliarakis, un économiste d’une trentaine d’années qui avait enseigné à l’Université de Manchester avant d’être transféré à la Banque centrale de Grèce. Chouliarakis a joué un rôle néfaste dès l’entrée en fonction de Varoufakis et pourtant celui-ci l’a gardé jusqu’à la fin. Son nom reviendra plusieurs fois dans le récit des évènements.


Ensuite Varoufakis a intégré à son équipe Elena Panaritis, parce qu’elle connaissait bien le langage et le modus operandi de la Troïka. Panaritis, en tant que députée du Pasok, avait voté en faveur du premier mémorandum de 2010. Avant cela, elle avait travaillé à Washington, surtout à la Banque mondiale, où elle s’était construit, selon Varoufakis, un excellent réseau de personnalités proches des institutions basées à Washington. Notamment l’ancien Secrétaire du Trésor, Larry Summers, à qui elle a présenté Varoufakis. Panaritis, dans les années 1990, a travaillé pour la Banque mondiale au Pérou où elle a collaboré avec le régime néolibéral, corrompu et dictatorial d’Alberto Fujimori. Varoufakis raconte : « Quand je l’ai revue avant les élections, je n’ai pas hésité une seconde à lui demander de me rejoindre. Il n’y a pas mieux pour se battre contre le diable que quelqu’un qui l’a servi et qui est devenu son pire ennemi. » |3| La suite a montré que loin d’être devenue son pire ennemi, elle a continué à collaborer avec lui.

Photo : Elena Panaritis


Sa nomination comme conseillère du ministre des Finances a provoqué dès le début des remous dans Syriza et Tsipras a essayé de convaincre Varoufakis de s’en défaire. Ensuite, il s’en est très bien accommodé. Plus tard, quand Varoufakis, en mai 2015, a fait nommer, avec l’accord de Tsipras, Panaritis représentante de la Grèce au FMI, cela a provoqué une telle levée de boucliers dans Syriza et au parlement, qu’elle a finalement dû renoncer à ce poste le 1er juin 2015 |4|.


Dans son équipe, Varoufakis a également incorporé Glenn Kim, spécialiste des marchés financiers et en particulier du marché des dettes souveraines. En 2012, il avait collaboré à la mise en œuvre de la restructuration de la dette grecque notamment comme consultant des autorités allemandes. Quand Varoufakis a pris contact avec Glenn Kim, celui-ci lui a dit qu’il travaillait comme consultant pour le gouvernement islandais, qu’il aidait à mettre fin au contrôle des capitaux en vigueur depuis 2008. Cela convenait très bien à Varoufakis qui, à tort, ne voulait surtout pas recourir à un contrôle des mouvements de capitaux, alors qu’il aurait dû prendre en compte les résultats positifs obtenus en Islande.


Varoufakis écrit : « Un cynique dirait que les experts genre Glenn travaillent exclusivement pour l’argent et pour leur carrière personnelle. Peut-être. Mais être entouré de personnes comme lui, qui connaissent toutes les arcanes du pouvoir, est un atout précieux. » Précisons que Glenn Kim a continué à conseiller Tsipras après la capitulation de juillet 2015 |5|.


Des personnalités avec lesquelles il ne fallait surtout pas s’allier si on voulait réellement promouvoir une solution favorable au peuple grec.

 

Photo : Matthieu Pigasse


Varoufakis se félicite d’avoir accepté les services de la Banque Lazard et de son directeur, le Français Matthieu Pigasse |6|. La banque Lazard avait collaboré, en échange de dizaines de millions d’euros de commission, à la restructuration de la dette grecque réalisée par la Troïka en 2012. Selon Varoufakis, Matthieu Pigasse et Daniel Cohen (professeur à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris et conseiller de Lazard |7|) qui l’accompagnait « ont réussi à me convaincre en me vantant les avantages de leur complicité, en s’excusant et me proposant leurs précieux services pro bono pour remettre la Grèce debout. Avec des transfuges de cette trempe à nos côtés, notre force technique était décuplée, voire plus. » |8|


Dans l’équipe internationale dont s’est entouré Varoufakis, il faut citer James Galbraith qui lui a apporté un soutien constant et qui a fait plusieurs séjours à Athènes pendant les six premiers mois de l’année 2015. Parmi les personnes que mentionnent Varoufakis comme l’ayant aidé de très près, James Galbraith est le seul à être digne de confiance même s’il a soutenu une orientation beaucoup trop conciliatrice à l’égard des créanciers. James Galbraith est un économiste néokeynésien des États-Unis, proche du Parti démocrate, connaisseur de la politique internationale. En 2009, il avait eu des contacts étroits avec le gouvernement de Georges Papandréou. Galbraith a travaillé principalement sur le plan B et cela dans le plus grand secret. Il témoigne lui-même de cela dans l’ouvrage Crise grecque, tragédie européenne |9|. De tous les membres de l’équipe que mentionne Varoufakis, Galbraith est le seul à propos duquel on peut considérer qu’il pouvait réellement apporter une aide constructive aux autorités grecques. Il a défendu, aux côtés de Varoufakis, une orientation trop modérée qui ne correspondait pas aux défis qu’il fallait relever et il le reconnaît partiellement |10|. Daniel Munevar, un collaborateur de Galbraith, a apporté activement son soutien à Varoufakis dans la négociation avec les créanciers à partir de mars 2015 mais Varoufakis ne mentionne pas son nom |11|.

photo : James Galbraith


Varoufakis préfère mentionner des personnalités étrangères faisant partie directement de l’establishment : « Outre Norman (Lamont), mes partisans d’outremer comprenaient Jeff Sachs, économiste à l’Université de Columbia, Thomas Mayer, de la Deutsche Bank, Larry Summers, et Jamie Galbraith » |12|. Des personnalités avec lesquelles il ne fallait surtout pas s’allier, à part Galbraith, si on voulait réellement promouvoir une solution favorable au peuple grec. En voici quelques exemples.

 

Larry Summers, Jeffrey Sachs et d’autres : Varoufakis continue avec des choix incompatibles avec le programme de Syriza 


Le parcours de Lawrence ‘Larry’ Summers comporte un certain nombre de taches qui auraient dû être indélébiles… et empêcher toute collaboration. Varoufakis a pourtant cherché systématiquement celle-ci et en est très satisfait. Il déclare dans l’introduction de son livre : « Nous étions largement d’accord sur l’essentiel, et ce n’était pas rien d’avoir le soutien du formidable Larry Summers (…) » |13|.


Le passé de Summers mérite qu’on souligne quelques étapes importantes.

 

Photo : Lawrence Summers


En décembre 1991, alors économiste en chef de la Banque mondiale, Summers écrit dans une note interne : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. [...] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans |14| ». Il ajoute même, toujours en 1991 : « Il n’y a pas de [...] limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée |15| ».


Devenu vice-secrétaire au Trésor sous Clinton en 1995, Summers pèse de tout son poids avec son mentor, le secrétaire d’État, Robert Rubin, pour obtenir l’élimination en 1999 de la loi qui séparait les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement et la remplacer par une loi dictée par les banquiers |16|. En 1998, avec Alan Greenspan, directeur de la Réserve fédérale et Robert Rubin, Summers avait aussi réussi à convaincre l’autorité de contrôle des bourses des matières premières, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), d’abandonner toutes les barrières qui « entravaient » le marché des dérivés de crédits vendus de gré à gré (Over The Counter – OTC). La porte est alors grande ouverte pour une accélération de la dérèglementation bancaire et financière qui a abouti à la crise de 2007-2008 aux États-Unis et qui a eu des retombées en Grèce en 2009-2010.


Ajoutons qu’en 2000, Summers fait pression, en tant que secrétaire d’État au Trésor, sur le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, pour que celui-ci se débarrasse de Joseph Stiglitz, qui lui a succédé au poste d’économiste en chef et qui est très critique sur les orientations néolibérales que Summers et Rubin mettent en œuvre aux quatre coins de la planète où s’allument des incendies financiers. Après l’arrivée du président républicain George W. Bush, il poursuit sa carrière en devenant président de l’université de Harvard en 2001, mais se signale particulièrement en février 2005 en se mettant à dos la communauté universitaire après une discussion au Bureau national de la recherche économique (NBER) |17|. Interrogé sur les raisons pour lesquelles on retrouve peu de femmes à un poste élevé dans le domaine scientifique, il affirme que celles-ci sont intrinsèquement moins douées que les hommes pour les sciences, en écartant comme explications possibles l’origine sociale et familiale ou une volonté de discrimination. Cela provoque une grande polémique |18| tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Malgré ses excuses, les protestations d’une majorité de professeurs et d’étudiants de Harvard l’obligent à démissionner en 2006.


En 2009, Summers est devenu membre de l’équipe de transition du président élu Barack Obama et a dirigé le Conseil économique national. En septembre 2010, Summers a quitté l’équipe d’Obama et a repris sa carrière à l’université d’Harvard tout en jouant un rôle dans les coulisses de la politique notamment à Washington. Varoufakis raconte qu’il a demandé à Helena Panaritis de le mettre en contact avec Summers en 2015 afin de pouvoir avoir une influence sur Obama d’une part et sur le FMI d’autre part.

Photo : Jeffrey Sachs


Varoufakis a demandé également à Jeffrey Sachs, spécialisé lui aussi dans les jeux d’influence dans les coulisses de Washington, de collaborer de manière rapprochée, ce que celui-ci a accepté en se rendant plusieurs fois à Athènes, à Bruxelles, à Londres, à Washington en 2015, afin de renforcer l’équipe de Varoufakis. Jeffrey Sachs, comme Lawrence Summers, est lié au parti démocrate, et est présenté dans les médias dominants comme favorable à une solution douce aux crises de la dette en tenant compte des intérêts des pauvres |19|. Pourtant, Jeffrey Sachs a été conseiller de gouvernements néolibéraux qui ont appliqué la politique de la thérapie du choc dans leur pays : Bolivie (1985), Pologne (1989), Russie (1991). Dans son livre La Stratégie du choc. Montée d’un capitalisme du désastre (2008), Naomi Klein a dressé un réquisitoire implacable contre Jeffrey Sachs et les politiques qu’il a recommandées en collaboration avec le FMI, la Banque mondiale et les classes dominantes locales.


Varoufakis mentionne également le soutien indéfectible qu’il a reçu de Lord Norman Lamont qui a été Chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances de Grande-Bretagne) dans le gouvernement du conservateur John Major de 1990 à 1993. « Mon amitié avec Lord Lamont of Lerwick, Tory et eurosceptique pur jus, le Chancelier qui avait permis à la Grande-Bretagne d’échapper au Système monétaire européen, s’accordait mal avec mon image d’extrême-gauchiste. » Varoufakis souligne l’importance de la collaboration avec Norman Lamont : « J’ai passé 162 jours à la tête du ministère des Finances et Norman a toujours été un soutien inébranlable, notamment pour finaliser la dernière version de mes propositions de réforme de la dette et de la fiscalité à soumettre à l’UE et au FMI » |20|.


Parmi les autres experts étrangers auxquels Varoufakis a eu recours et qui ont participé à l’élaboration des propositions qu’il a faites aux créanciers : Willem Buiter, qui a rejoint la banque Citigroup en 2010 comme économiste en chef, et Thomas Mayer, ex-économiste en chef de la Deutsche Bank.


Si l’on s’en tient au récit de Varoufakis, le rôle de ces personnalités n’a pas été anodin. Se référant au énième plan qu’il a proposé en mai 2015 aux créanciers, il écrit : « Le temps que j’atterrisse, le Plan pour la Grèce était finalisé. Jeff Sachs avait brillamment rectifié la version que je lui avais envoyée deux jours plus tôt. Norman Lamont avait effectué des ajouts importants ; l’équipe de Lazard avait affiné la proposition d’échange de dettes et Larry Summers avait avalisé l’ensemble. » |21|

 

Spyros Sagias, un autre exemple d’un défenseur de l’ordre dominant faisant partie du cercle étroit de Tsipras et de Varoufakis


Varoufakis explique qu’il a établi une relation étroite avec Spyros Sagias qui est devenu le conseiller juridique du Premier ministre Tsipras, avec qui il a fait connaissance quelques jours avant les élections. Le choix de Sagias par Tsipras en dit également long sur les priorités de Tsipras au moment de choisir son entourage en tant que chef du gouvernement. Il voulait autant que possible s’entourer de personnages pouvant établir des ponts avec l’establishment, avec le patronat, avec les créanciers. Sagias avait conseillé le gouvernement du socialiste Simitis dans les années 1990 au moment où celui-ci entamait un important programme de privatisations.

 

Photo : Spyros Sagias


Varoufakis décrit Sagias de la manière suivante : « Sagias n’était pas un homme politique mais, comme il se présenta plus ou moins en riant, un avocat systémique. (…) Pas un seul grand contrat d’affaires où étaient en jeu intérêts privés et secteur public n’échappait à sa sagacité : privatisations, vastes projets immobiliers, fusions, il dominait tout. Il avait conseillé Cosco, le conglomérat chinois qui avait acheté des parts du Pirée et rêvait d’en acquérir la totalité, une privatisation à laquelle Syriza était farouchement opposé ». Il ajoute : « Le jour où Pappas m’avait dit que Sagias serait sans doute secrétaire de cabinet, j’avais été heureusement surpris : on aurait un as du droit parmi nous, un conseiller sachant rédiger des projets de loi imparables et déterrer les secrets honteux de l’ancien régime ». « Je l’aime bien, Sagias, pensais-je. Il avait conscience de fricoter avec l’oligarchie et ne s’en cachait pas » |22|. Sagias, comme le montre Varoufakis plus loin dans son livre, a soutenu les choix successifs qui ont amené à la capitulation définitive.


Ajoutons que pendant le gouvernement Tsipras I, il a aussi aidé Cosco à acquérir les parties du Port du Pirée que l’entreprise chinoise ne possédait pas encore |23|. C’est d’ailleurs la firme de Sagias qui avait rédigé la première convention avec Cosco en 2008. Après avoir quitté ses fonctions de secrétaire du gouvernement, Sagias s’est remis encore plus activement à son cabinet d’affaires |24|. Il est redevenu le conseil attitré de grands intérêts étrangers pour favoriser de nouvelles privatisations. Il a servi les intérêts de l’Émir du Qatar en 2016 qui souhaitait acquérir une île grecque, l’île d’Oxyas à Zakinthos, appartenant à une zone Natura. Sagias a également été le conseil de Cosco en 2016-2017 dans un litige avec les travailleurs du port du Pirée, quand il s’est agi de trouver une formule de départ anticipé (ou de licenciement déguisé) pour plus d’une centaine de travailleurs proches de l’âge de la retraite.


Dans la cinquième partie nous aborderons les évènements de janvier-février 2015 : les journées qui ont précédé la victoire attendue de Syriza le 25 janvier, la création du gouvernement Tsipras, le programme de Syriza, l’entrée en fonction de Yanis Varoufakis comme ministre des Finances et les négociations qui conduisent à l’accord funeste du 20 février 2015.

 

Eric TOUSSAINT
Série. Partie 4, 18 janvier.
<Docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est l’auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

 

Notes.


|1| Y. Varoufakis, Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe, Les Liens Qui Libèrent, Paris, 2017, Chapitre 5, p. 127.


|2| Voir Vice, « The Former Finance Minister Who Tried to Warn Greece About the Crisis », publié le 15 juillet 2015, consulté le 12 novembre 2017


|3| Y. Varoufakis, op.cit., Chapitre 5, p. 129.


|4| Adea Guillot, « Grèce : l’ex-députée socialiste Elena Panaris renonce au FMI », publié le 1er juin 2015, Le Monde.


|5| Alors que, sous Varoufakis, il avait été défrayé de manière modeste, il a remis, en août 2015, une facture de 375 000 euros pour la période antérieure à juillet 2015. Cela a provoqué des remous et a alimenté la campagne de discrédit lancé par la presse dominante grecque contre Varoufakis. GRReporter, « A Korean adviser of Varoufakis claims a fee of €375,000 », publié le 9 août 2017, consulté le 12 novembre 2017


|6| La Banque Lazard est un groupe mondial de conseil financier et de gestion d’actifs. Entreprise franco-américaine à sa création en 1848, Lazard est aujourd’hui cotée à la bourse de New York et est présente dans 43 villes dans 27 pays. Son dirigeant le plus connu en France est Matthieu Pigasse. Sous sa conduite la banque a conseillé différents gouvernements en matière de dette ou de gestion d’actifs (entendez privatisations) : l’Équateur en 2008-2009 en ce qui concerne la dette, la Grèce en 2012 et en 2015, le Venezuela en 2012-2013. Matthieu Pigasse a des intérêts directs dans le quotidien Le Monde, dans Le Huffington Post et dans le magazine Les Inrockuptibles. À la fin de l’année 2017, Matthieu Pigasse et la Banque Lazard se sont rangés aux côtés du régime corrompu et répressif du président congolais Denis Sassou-Nguesso pour l’aider dans ses relations avec les créanciers.


|7| Spécialiste de la dette souveraine, il est conseiller à la banque Lazard, avec laquelle il a conseillé le Premier ministre grec Georges Papandréou et le président équatorien Rafael Correa pour la renégociation de la dette de leurs pays. Il a participé, avec la Banque mondiale, à l’« initiative de réduction de la dette des pays pauvres très endettés » (initiative PPTE). Il est éditorialiste au quotidien Le Monde. Daniel Cohen a également été conseiller de François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy de 2010 à 2012. Puis il a soutenu François Hollande, président de 2012 à 2017.


|8| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 131.


|9| James K. Galbraith, Crise grecque, tragédie européenne, Éd. du Seuil, Paris, 2016


|10| Voir l’article de Martine Orange « L’économiste James Galbraith raconte les coulisses du plan B grec »


|11| Daniel Munevar est un économiste postkeynésien originaire de Bogotá, en Colombie. De mars à juillet 2015, il a travaillé comme assistant de Yanis Varoufakis alors qu’il était ministre des Finances ; il le conseillait en matière de politique budgétaire et de soutenabilité de la dette. Auparavant, il était conseiller au Ministère des Finances de Colombie. En 2009-2010, il a été permanent du CADTM en Belgique puis de retour en Amérique latine, il a cordonné le réseau du CADTM en Amérique latine de 2011 à 2014. C’est une des figures marquantes dans l’étude de la dette publique en Amérique latine. Il a publié de nombreux articles et études. Il a participé avec Éric Toussaint, Pierre Gottiniaux et Antonio Sanabria à la rédaction des Chiffres de la dette 2015. Il travaille depuis 2017 à Genève à la CNUCED.


Daniel Munevar fait référence à sa participation à l’équipe de Varoufakis dans cet article. Dans le livre déjà mentionné, James Galbraith souligne l’importance de l’aide que lui a apportée Daniel Munevar.


|12| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 133.


|13| Y. Varoufakis, op.cit., p. 17


|14| Des extraits ont été publiés par The Economist (8 février 1992) ainsi que par The Financial Times (10 février 1992) sous le titre « Préservez la planète des économistes ».


|15| Lawrence Summers, à l’occasion de l’Assemblée annuelle de la Banque mondiale et du FMI à Bangkok en 1991, interview avec Kirsten Garrett, « Background Briefing », Australian Broadcasting Company, second programme.


|16| La loi adoptée sous la conduite de Robert Rubin et de Lawrence Summers est connue comme la loi Gramm-Leach-Bliley Act Financial Services Modernization Act de 1999. Cette loi américaine a été adoptée par le Congrès, dominé par une majorité républicaine, et promulguée par l’administration Clinton le 12 novembre 1999. Elle permet aux banques d’affaire et aux banques de dépôts de fusionner en mettant en place des services de banques universelles qui assurent aussi bien les services d’une banque de dépôt que d’une banque d’investissement et que d’une compagnie d’assurance. Le vote de cette loi a été l’objet d’un intense lobbying des banques pour permettre la fusion de Citibank avec la compagnie d’assurances Travelers Group, afin de former le conglomérat Citigroup, l’un des plus importants groupes de services financiers au monde. L’adoption de la nouvelle législation revenait à abroger la loi Glass Steagall Act, ou Banking Act, en place depuis 1933, qui a notamment déclaré incompatibles les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement et qui a permis d’éviter de grandes crises bancaires aux États-Unis jusqu’à celle de 2007-2008.


|17| The Financial Times, 26-27 février 2005.


|18| La polémique a été également alimentée par la désapprobation de l’attaque lancée par Summers contre Cornel West, un universitaire noir et progressiste, professeur de Religion et d’études afro-américaines à l’université de Princeton. Summers, prosioniste notoire, dénonça West comme antisémite parce que celui-ci soutenait l’action des étudiants qui exigeaient un boycott d’Israël tant que son gouvernement ne respecterait pas les droits des Palestiniens. Voir Le Financial Times du 26-27 février 2005. Cornel West, qui a soutenu Obama avec enthousiasme, s’est étonné que celui-ci veuille s’entourer de Summers et de Rubin.

 

Voir www.democracynow.org/2008/11...
|19| Sachs a publié en 2005 un livre intitulé La fin de la pauvreté (The End of Poverty : How We Can Make it Happen in Our Lifetime) qui a été très bien accueilli par l’establishment. En 2007-2008 le CADTM a participé à la réalisation et à la diffusion du film documentaire La fin de la pauvreté ? qui constitue la démonstration opposée à celle de Sachs. Ce film du cinéaste Philippe Diaz a été sélectionné au festival de Cannes en 2008 par la semaine de la Critique (il contient des interviews de Joseph Stiglitz, Susan George, Amartya Sen, Éric Toussaint, John Perkins). Sachs a publié un nouveau livre mainstream en 2015 sur le développement durable. Voici un exemple de commentaire promotionnel qu’on peut trouver dans la presse : « Conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU, l’économiste Jeffrey Sachs compte parmi les personnalités les plus influentes en matière de développement durable. Inspirateur des 8 objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui ont couru de 2000 à 2015, Sachs sait briller et être entendu dans tous les milieux. »


|20| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 132.


|21| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 15, p. 398


|22| Adéa Guillot et Cécile Ducourtieux du quotidien Le Monde écrivaient à propos de Sagias « Longtemps proche du PASOK, il a participé à de nombreuses négociations de contrats publics et conseille régulièrement des investisseurs étrangers souhaitant s’implanter en Grèce. »


|23| Je reviendrai plus loin sur le rôle joué par Varoufakis lui-même dans la poursuite de la privatisation du port du Pirée et sur ses relations avec Cosco.


|24| Voir le site officiel de la firme de Sagias.

»» http://www.cadtm.org/Varoufakis-s-est-entoure-de
URL de cet article 32878 

A Paris, en soutien aux communistes polonais : au nom de l’internationalisme prolétarien

A Paris, en soutien aux communistes polonais : au nom de l’internationalisme prolétarien

 

 
30 Janvier 2018

« KPP, solidarité ! » « Kaczynski fasciste, vive le Parti communiste ! » « Elle est pourrie l’Union européenne qui bénit les fascistes et traque les communistes ! » Les slogans fusent. Il est 14h 30 ce samedi 27 janvier 2018 lorsque des dizaines de personnes manifestent devant l’ambassade de Pologne à Paris leur solidarité avec le Parti communiste polonais (Komunistyczna Partia polski / KPP) dont deux militants sont poursuivis par la justice polonaise.

 

Leur procès aura lieu ce jeudi 1er février à Dąbrowa Górnicza (Haute-Silésie). Ils risquent deux ans de prison pour avoir écrit des articles… Pour avoir exprimé une opinion, dans Brzask, la revue du KPP, et sur le site internet d’une organisation pourtant légale !

 

Quel bel exemple de « démocratie » et de « respect du pluralisme » que cette Pologne offerte, depuis 1990, à la restauration capitaliste !

 

Une dizaine d’organisations se sont associés à l’appel du Comité internationaliste pour la solidarité de classe (CISC), l’association Les Amis d’Edward Gierek et le PRCF.

 

A l’ombre des drapeaux rouges marqués du marteau et de la faucille ou aux couleurs du pays de Mickiewicz, Les intervenants se succèdent (1).

 

La situation économique dans cette Pologne devenue un « réservoir de main-d’œuvre taillable et corvéable à merci ».

 

La répression anticommuniste qui affecte non seulement la Pologne, mais aussi la Hongrie, les pays baltes ou encore l’Ukraine.

 

La montée de l’autoritarisme en France même, à travers la criminalisation soutenue du mouvement social (4 300 militants poursuivis dans le cadre de la lutte contre la loi Travail).

 

La fascisation qui « accompagne la marche de l’Europe supranationale et néolibérale » et la nécessaire solidarité internationaliste de classe qui unit les communistes par-delà les frontières.

 

Le ton est à la contre-offensive.

 

 

Un premier pas vers la délégalisation du KPP ?

 

Une représentante du KPP est alors invitée à prendre la parole. Une ovation lui est réservée. « En Pologne, on se sent parfois bien seuls, envahis par l’anticommunisme et aux prises avec la démonisation de notre passé et de la Pologne populaire », commente-t-elle. Elle se dit « ravie de vous voir ici. C’est un grand espoir pour nous ». Et de rappeler que « ce procès est un élément clé des répressions contre la gauche révolutionnaire et communiste en Pologne.

 

Cette accusation est le premier instrument afin d’interdire, de délégaliser le Parti communiste polonais et de criminaliser l’idée communiste ». A ses côtés ont pris position une figure de la résistance communiste en Indonésie, un membre du conseil national du PCF et aussi des « camarades italiens ».

 

Le rassemblement se termine aux sons de La Varsovienne et de L’Internationale interprétée en polonais !

 

Manifestations en Europe

 

De Varsovie, prévenus du succès de cette mobilisation, les dirigeants du KPP se félicitent ! Des manifestations similaires ont eu lieu à Berlin, Londres, Moscou, Leningrad, Madrid et Barcelone… Une ombre au tableau cependant : Tomasz Młynarski, l’ambassadeur de Pologne à Paris, a refusé de recevoir une délégation sous prétexte d’un « agenda chargé ».

 

« La valeur d’un homme ne se mesure pas à son statut. La valeur d’un homme réside dans son courage », révèle une citation célèbre. D’aucuns en manquent assurément…

 

Note :

(1) Ont successivement pris la parole lors de ce rassemblement : Les Amis d’Edward Gierek, le Comité internationaliste pour la solidarité de classe (CISC), la Coordination communiste 59/62, le Front syndical de classe (FSC), Jeunes pour la renaissance communiste en France (JRCF), Parti communiste de la Fédération de Russie, Parti communiste révolutionnaire de France (PCRF), Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), Parti communiste polonais (KPP).

 

Source : Investig’Action

 

Un exemple d’enfumage des médias français: l’élection du président tchèque

Un exemple d’enfumage des médias français: l’élection du président tchèque

 

29 Janvier 2018

Miloš Zeman à une conférence de presse au TOP Hotel Prague après avoir été réélu pour cinq autres années, le 27 janvier 2018.

Le second tour des élections présidentielles tchèques ont donné la victoire au Président sortant, Miloš Zeman, réélu avec 51,37% des voix contre 48,63% pour Jiří Drahoš. Nos médias français quand ils ont fait état de cette réélection ont déclaré qu’il s’agissait d’un candidat ultraconservateur, voir d’extrême droite, en insistant sur sa proximité avec le président russe, Vladimir POutine. Grace à un article traduit par Nicolas Maury, nous savons que les communistes tchèques ont salué cette réélection, ce qui change nettement la donne.

 

Voici ce que dit l’article traduit par Nicolas Maury:

 

Le Parti communiste (KSČM) salue la réélection de Miloš Zeman en République Tchèque


« Je suis heureux de la réélection de Miloš Zeman comme Président de la République tchèque, c’est le choix de la stabilité, de la prospérité et la poursuite du développement dans tous les domaines de notre vie ». déclare le Président du Comité central du Parti Communiste de Bohème et de Moravie, Vojtěch Filip.

 

Kateřina Konečná, eurodéputée du KSČM estime que Miloš Zeman a « une vision claire, est à l’écoute des citoyen.ne.s et porte la stabilité de notre pays. Félicitations à Miloš Zeman pour sa réélection à la présidence de la République tchèque. Sa progression, par rapport aux élections de 2013 est un plébiscite de sa politique lors de la dernière législature ».

 

Pour le chef du groupe des député.e.s communistes au Parlement, Pavel Kováčik, « le professeur Drahos semblait mal à l’ aise lors d’un débat télévisé, des millions de citoyen.ne.s « inférieurs » ne se reconnaissent pas dans ses goûts « raffinés », et j’ai l’impression que le fauteuil présidentiel ne lui correspondait pas, donc je suis heureux que Miloš Zeman soit réélu, je le félicite et l’encourage pour les 5 autres années en tant que président ».

 

Une fois de plus les médias français ont introduit la confusion, le candidat considéré comme progressiste est en fait celui de l’Union Européenne et se choix d’austérité et de pression sur le monde du travail, alors que le candidat considéré comme un conservateur est celui que choisit le monde du travail de plus en plus eurosceptique.

 

Il est vrai que le personnage est complètement atypique, il est à la fois profondément marqué par le passé soviétique, critique par rapport à celui-ci mais encore plus face au monde occidental, à l’UE, l’Allemagne et l’Autriche en particulier mais également les Etats-Unis. Dans le même temps, il manifeste une islamophobie que l’on ne peut pas considérer seulement comme de la xénophobie tant elle est ciblée sur ce qu’il définit comme le caractère réactionnaire de la religion musulmane. Commentant les attentats du 13 novembre 2015 en France, il demande la création d’une frontière sécurisée de l’Union européenne, qui n’a selon lui, en dépit des promesses de l’UE, pas été mise en place. En août 2016, après plusieurs attaques terroristes ayant eu lieu en Europe, Jiri Ovcacek, porte-parole de la présidence, annonce qu’il « s’oppose à tout accueil des migrants sur le territoire tchèque » afin de ne pas créer « un bouillon de culture propice à des attaques terroristes. » Il conseille par ailleurs aux Israéliens d’appliquer la même méthode d’expulsion aux Palestiniens, affirmant que Yasser Arafat lui rappelle Adolf Hitler.

 

Économiste de formation, il adhère au Parti communiste tchécoslovaque en 1968, mais le quitte deux ans plus tard parce qu’il critique l’invasion par les troupes du pacte de varsovie. Il est frappé d’un interdiction de travail.

 

Il est investi président du gouvernement de la République tchèque le 17 juillet 1998. Le but inavoué de l’accord est de réduire à néant l’influence de l’Union chrétienne démocrate – Parti populaire tchécoslovaque (KDU-ČSL) et de l’Union de la liberté (US), les deux petits partis centristes soutenus par Václav Havel.

 

Il faut comprendre une donnée importante concernant la Tchéquie, ce pays n’a jamais accepté ni l’intervention des troupes du pacte de Varsovie, ni le passage au capitalisme. les communistes y ont gardé une influence dont ils reconnaissaient eux-mêmes qu’il ne leur serait jamais pardonné la dite intervention. Ce qui caractérise Zeman c’est une politique qui n’a pas beaucoup d’équivalent. Dès le départ il s’oppose à Vaclav havel à peu près sur tout ce que ce dernier, un aristocrate, a mis en place y compris le nom au départ République Tchèque. devenue la Tchèquie.

 

IL adhère à la révolution de velours, en 1992, il adhère au parti social démocrate (CSSD) et milite pour une union tchéco-slovaque. Lors des élections législatives anticipées de juin 1998 sur l’arrêt du déclin de la productivité, la réduction de l’austérité et du chômage et contre « les cols blancs » qui profitent de la privatisation d’une manière criminelle. Son parti social démocrate en liaison avec ce programme devient la principale force du pays, mais il le quittera bientôt.

 

Il est très caractéristique de ce positionnement complexe des citoyens des ex-pays socialistes, le refus du désastre qu’a été le passage au capitalisme, la colère devant ceux qui en ont bénéficié et la désillusion de plus en plus marquée face à l’Union européenne. A ce titre, il est représentatif de l’état d’esprit des citoyens les plus pauvres. A ce titre ses relations avec le parti communiste sont complexes. Il est sur leur terrain, mais ils se méfient de ses foucades.

 

Alors qu’il a été élu sur un programme favorable à l’intégration européenne, il se montre au fil de sa présidence de plus en plus critique envers l’Union européenne, préférant renforcer la coopération de la République tchèque avec la Russie et la Chine.

 

Dans le cadre de la guerre du Donbass, il critique les sanctions décidées par l’UE contre la Russie. En mai 2015, il participe à Moscou aux cérémonies de commémoration de la Seconde Guerre mondiale, boycottées par la plupart des dirigeants occidentaux ; à ce sujet, il annonce à l’ambassadeur américain, qui s’était montré critique à son égard, que les portes du château de Prague lui sont fermées. En septembre 2015, il est le seul chef d’État européen présent à Pékin au défilé militaire de commémoration de la capitulation du Japon.

 

Dans un entretien accordé au magazine autrichien Profil en janvier 2002, Miloš Zeman justifie l’expulsion des Allemands des Sudètes à la fin de la Seconde Guerre mondiale, rappelant qu’ils ont été la « cinquième colonne d’Hitler »; ces déclarations irritent ses homologues allemand et autrichien.

 

Mais ce qui permet à la presse de le ranger dans le camp des populistes d’extrême-droit, ce qui est plus qu’un raccourci est l’antipathie qu’il manifeste à l’égard des musulmans. Il s’exprime à plusieurs reprises de manière critique envers l’islam et l’immigration en provenance de pays musulmans. S’il loue l’intégration des étrangers arrivés en République tchèque, notamment les Vietnamiens et les Ukrainiens, il juge ce processus « pratiquement impossible » pour les populations musulmanes en raison de leurs différences de culture avec les pays européens. Il dénonce en particulier une religion qu’il perçoit comme « beaucoup plus agressive et intolérante » que les autres et comme discriminatoire envers les femmes.

 

28 Janvier 2018

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Hier nous avons vu les déchirements du SPD entre la manière dont il a prétendu après l’échec aller vers un Congrès qui mettrait les raisons de l’échec à plat, en particulier la rupture avec la base ouvrière et comment alléché par la participation gouvernementale aux côtés de Merckel, le Congrès au grand désarroi d’une partie de ses membres s’est prononcé pour cette grande coalition. Ce qui se passe en Italie n’est pas moins évocateur. dans le reflux que connaît la social démocratie, les passions s’exaspèrent et le dirigeant resserre autour de lui ses fidèles. Quitte à balayer le vote des militants, une tendance qui aujourd’hui va bien au-delà de la social démocratie officielle. 

 

(note et traduction résumée de danielle Bleitrach)


Le quotidien italien la Stampa consacre un long article à ce qu’est devenu « la maison du parti démocrate », celle née souvenez vous en de la mutation du Parti communiste italien, de l’eurocommunisme à « la chose », comme on appelait alors ironiquement l’ancien parti communiste à la recherche d’un nouveau nom.

 

La Stampa note comment « il y a 11 mois, lorsque l’aile gauche de Bersani et D’Alema a quitté le parti. Matteo Renzi n’a ensuite rien fait pour empêcher la scission, car il avait déjà en tête ce qu’il a mis en pratique ces dernières 48 heures: la « normalisation » des futurs groupes parlementaires du Parti démocrate. »  

 

Les chiffres parlent d’eux même ajoute la Stampa;  « Dans les Primaires de mai, qui l’avait couronné secrétaire, Matteo Renzi avait obtenu 69,2% des votes populaires, mais la nuit dernière, lorsque la direction du Parti démocrate se retrouva d’accord sur les listes, près de 90% des postes étaient « sûrs » « ils Appartenaient aux proches du chef. Les minorités du congrès (Orlando et Emiliano) ont été reléguées dans le coin: elles auront une poignée de parlementaires, tout comme les alliés les plus fous du secrétaire (Franceschini) les auront, mais ce sont des représentations fragmentées, de petits pourcentages, des groupes destinés à ne pas être pertinents, quand l’heure des grands choix arrivera. c’est une «libanisation» de la dissidence interne qui sera utile dans 40 jours. »

 

Il s’agit de resserrer autour du secrétaire le parti quitte encore à l’affaiblir un peu plus. Les notables gémissent et supplient pour avoir des miettes… 

 

« En vue des élections du 4 mars,ajoute l’article de la Stampas, des décisions décisives ont été prises qui auront leur incidences dans la vie du Parti démocrate et dans la vie personnelle de Renzi. Si le parti devait rester en dessous du minimum historique, 25,4% atteint en 2013 par Bersani, un procès pourrait être faite au leader et pour Renzi une patrouille parlementaire de haute fidélité représente une police d’assurance-vie. Et les groupes renziens seront également utiles face à des scénarios moins dramatiques mais potentiellement conflictuels: quel gouvernement? Quelle majorité? Quel président du Conseil?  » 

 

 

Naturellement, dans la confection des listes,les notables de parti se tournent vers des intérêts plus prosaïques. Et hier, les sherpas de la cordée Renzi l’ont tellement tendue qu’à un moment donné, mais les nouvelles ont filtré, Andrea Orlando était obligée d’envisager l’ idée sensationnelle: quitter le parti et se faire accepter dans la liste électorale «+ Europa» par Emma Bonino. mais l’hypothèse – qui pourrait devenir perturbatrice – a été abandonnée. Au moins pour l’instant.

 

C’était en effet un jour de passion. L’heure de début des travaux de la Direction a été reportée trois fois, depuis les 10h30 initiaux elle s’est progressivement déplacée jusqu’à 22h30: une glissade de douze heures, presque un record. Et au moyen d’ajournements, le « siège » de Matteo Renzi devint pressant: les amis, ennemis, alliés, semi-alliés. Quelqu’un qui crie (« ON nous a trompés »), quelqu’un qui pleure. Un jeune démocrate qui confie qu’il a vu Debora Serracchiani les yeux brillants, mais qui sait si ec’était elle, qui sait ce qui est vrai ou probable dans l’histoire d’un des jours les plus intenses vécue dans l’histoire du Parti démocratique.

 

Lui, Matteo Renzi, à un moment il a déconnecté le téléphone, pendant des heures il ne répondait plus aux sms, il écrivait et effaçait les noms des candidats avec son ami Luca Lotti. Un siège aussi humain, comme l’a dit la même Renzi: « C'est un désespoir de 150 sortant … l’un qui dit, j’ai une hypothèque à payer, l’autre qui vous fait savoir que le législateur est proche de la retraite, une autre qui présente une bonne raison ….  ».

 

Bien sûr, dans le grand «mattanza» qui accompagnait le projet de loi fiévreux des listes du Parti démocrate, il y avait aussi un coté pathétique. Mais le grand soupçon des « non-Renziani  » est que, avec l’excuse de devoir perdre en nombre face à ceux qui devait investir tous les « espaces » internes du Parti Démocrate, le leader en profitait pour augmenter son poids spécifique, pour donner une accélération à ce projet de transformation du Parti Démocrate en « PdR », ce « Parti de Renzi » qui est la synthèse un peu grossière mais préférée par les détracteurs du leader. Les comptes ne pourront être faits que lorsque les listes sont définitivement approuvées, mais la nuit dernière, lorsque la Direction du Parti démocrate a ouvert le feu vert, les poids internes ont été redistribués, avec une présence massive des proches de Renzi. Dans la primaire, ce groupe autour du leader   avait remporté 69,2% des voix, contre 20% d’Andrea Orlando et 10% d’Emiliano: sur les 200 places « sûres » (entre listes et collèges), près de 90% iront à des candidats proches du secrétaire. Dans cette « minorité » de la majorité, 70-72% des parlementaires seraient renziani doc, 8-10% amis de Martina et Orfini, 5-7% amis de Franceschini. Les minorités recueilleraient  les 10% restants.

 

On croit y être ! !!! Et on voit l’intérêt de ceux qui prétendent renouveler le parti communiste français en ce sens qu’ils jugent plus attractif pour les masses… 


Commentaire de B.T : La comparaison avec ce qui ce passe en France n'a rien d'absurbe, bien au contraire. Notre Matteo Renzi national s'appelle tout simplement Pierre Laurent.

 

La nature de la social démocratie, ralliement à la gestion loyale du capitalisme, fronde, etc… on s’y croirait

La nature de la social démocratie, ralliement à la gestion loyale du capitalisme, fronde, etc… on s’y croirait

 

27 Janvier 2018
 

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Il y a une logique de la social démocratie, quand elle prend une veste en général électorale parce que seule la perte de postes et d’avantages l’incite à des révisions aussi déchirantes que courtes, elle se lance dans une révision de tout ce qui a pu générer une telle débâcle.

 

Mais c’est rapidement oublié quand se présente l’occasion de partager à nouveau le gâteau ou d’espérer povoir le faire par des alliances de sommet et des transactions de couloir.

 

Ainsi après avoir perdu les élections en septembre dernier, le parti social-démocrate allemand, le spd, a déclaré qu’il ne pouvait pas « continuer comme auparavant » et qu’il était nécessaire de revenir à sa base sociale.

 

Le parti a promis de redevenir cette forte opposition en représentant enfin les intérêts de la classe ouvrière.Il a invité ses membres à cogiter sans tabou à la manière dont il pourrait renouer avec sa base.

 

Malheureusement, ce travail dans lequel certains innocents s’étaient jeté a été rapidement oublié quand il a s’agi de servir le capital dans la gestion loyale de l’Etat .

 

Par conséquent, il n’est pas surprenant qu’ après la tentative ratée de Merkel de former une coalition avec le parti libéral et le parti vert, la direction du spd se soit préparée à nouveau pour être le partenaire mineur d’une grande coalition. Une sorte de compromis à la Macron comme issue…

 

Réunis à Bonn, les délégués du SPD se sont prononcés, ce week-end, à une courte majorité (362 voix contre 279) pour la reconduction d’une grande coalition aux côtés des conservateurs de la CDU-CSU. Grâce à ce vote, les représentants des trois partis vont enfin pouvoir s’asseoir autour d’une table pour négocier, à la virgule près, chaque ligne du contrat de coalition qui détaillera le programme du  gouvernement fédéral pour les quatre prochaines années. Ce texte doit toutefois être encore soumis à l’approbation des 440 000 militants encartés au SPD lors d’un référendum interne au parti. Et il n’est pas certain qu’une majorité d’adhérents approuve le programme défini par les ténors de leur formation.

 

Le Spd à cause de sa nature social démocrate est toujours forcé, avant tout, d’agir en tant que serviteur du Reich depuis 1914, quand il lui a montré déjà sa loyauté y compris en assassinant Rosa Luxembourg et il rejoue sans cesse la même comédie…

 

La tradition veut également que les jusos, les jeunes qui frisent toujours le gauchisme tentent de s’opposer à la dérive (n’oubliez pas que Schroeder fut un jusos en son temps, opposé à la logique des abandons sociaux démocrates.

 

Pour tenter de remporter une majorité des voix lors du référendum de leur formation, les Jusos semblent aujourd’hui bien décidés à recruter de nouveaux adhérents. Sur son compte Twitterleur chef de file, Kevin Kühnert, demande ainsi aux personnes opposées à une nouvelle Große Koalition, ou GroKo, d’adhérer au SPD afin de pouvoir voter contre le contrat qui sera présenté dans quelques semaines. Cet appel semble avoir été entendu. Depuis le début de la semaine, près de 1 900 demandes d’adhésion ont été envoyées sur le site du parti social-démocrate. Plus du tiers de ces requêtes (600) proviennent d’internautes qui résident en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, un Land majoritairement « anti-GroKo ». Certaines fédérations, comme celles du Bade-Wurtemberg, de Bavière et de Berlin, ont également reçu de nombreuses demandes.

 

Sur les ondes de la radio RBB, le secrétaire général du SPD, Lars Klingbeil, s’inquiète des motivations de ces sympathisants de la dernière heure. « Il n’est pas acceptable que quelqu’un nous rejoigne, paie dix euros pour rester deux mois, vote contre la grande coalition et nous quitte ensuite », prévient l’ancien vice-président des… Jusos.

 

La fronde et les ralliements font partie d’un scénario qui se poursuit depuis 1875… avec tous les désastres que l’on connaît.

 

En attendant ils ont complètement évité de faire le bilan de l’échec, renoncé à s’interroger sur les états d’âme de leur base ouvrière…

 

Cette fronde interne risque cependant de compliquer encore un peu plus les négociations entre le SPD et la CDU-CSU qui devraient commencer sous peu. En cas d’échec, Angela Merkel pourrait se résoudre à mener un gouvernement minoritaire. Des élections législatives pourraient aussi être organisées, mais les sondages montrent qu’un nouveau scrutin risque d’affaiblir encore un peu plus les conservateurs et les sociaux-démocrates qui ont enregistré en septembre leurs plus mauvais scores dans les urnes depuis 1949.

 

On s’y croirait en france aussi …

Quand la CIA finançait la construction européenne

Quand la CIA finançait la construction européenne 

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De 1949 à 1959, en pleine guerre froide, les Américains, par l’intermédiaire de leurs services secrets et du Comité pour l’Europe unie, versent l’équivalent de 50 millions de dollars actuels à tous les mouvements pro-européens, parmi lesquels ceux du Britannique Winston Churchill ou du Français Henri Frenay. Leur but, contenir la poussée soviétique…

 

A 82 ans, Henri Frenay, le pionnier de la Résistance intérieure, fondateur du mouvement Combat, arbore une forme intellectuelle éblouissante malgré sa surdité de l’oreille droite et sa récente opération de l’estomac. Pourtant, il n’a plus que trois mois à vivre. En ces jours de mai 1988, il me parle de l’Europe dans son appartement de Boulogne-sur-Seine. De cette Europe fédérale dont il a révé en vain entre 1948-1954. De la dette aussi que, en cas de succès, le Vieux Continent aurait contracté envers les Américains, ceux notamment du ” Comité “. Et d’insister une fois, deux fois, dix fois, tandis que moi, je m’interroge : pourquoi diable ce mystérieux ” Comité ” revient-il à une telle fréquence dans nos conversations ? Pourquoi ? Mais parce que Frenay me confie, avec il est vrai d’infinies précautions de langage, son ultime secret : l’aide financière occulte de la CIA via l’American Committee for United Europe – le Comité – à l’Union européenne des fédéralistes dont il a été le président. Pour reconstituer cette filière inédite, il me faudra une quinzaine d’années. Un jeu qui en valait la chandelle puisqu’il me permet d’ouvrir, pour les lecteurs d’ Historia, la porte d’un des compartiments les plus secrets de la guerre froide…

 

Tout commence à l’automne 1948. Déjà coupée en deux, l’Europe vit sous la menace d’une invasion totale par l’armée rouge. Au ” coup de Prague ” en février, vient de succéder en juin le blocus de Berlin. Un petit cénacle de personnalités de l’ombre jette alors les bases de l’American Committee for United Europe, l’ACUE – son existence sera officialisée le 5 janvier 1949 à la maison de la Fondation Woodrow-Wilson de New York. Politiques, juristes, banquiers, syndicalistes vont se méler au sein de son conseil de direction. De hautes figures gouvernementales aussi comme Robert Paterson, le secrétaire à la Guerre ; James Webb, le directeur du budget ; Paul Hoffman, le chef de l’administration du plan Marshall ; ou Lucius Clay, le ” proconsul ” de la zone d’occupation américaine en Allemagne.

 

Bien tranquilles, ces Américains-là ? Non, car la véritable ossature de l’ACUE est constituée d’hommes des services secrets. Prenez son président, William Donovan. Né en 1883 à Buffalo, cet avocat irlando-américain au physique de bouledogue, surnommé ” Wild Bill ” par ses amis, connaît bien l’Europe. En 1915, il y remplissait déjà une mission humanitaire pour le compte de la Fondation Rockefeller. Deux ans plus tard, Donovan retrouvait le Vieux Continent pour y faire, cette fois, une Grande Guerre magnifique. Redevenu civil, ” Wild Bill ” va se muer en missus dominicus du gouvernement américain. Ses pas d’émissaire officieux le portent vers l’Europe pour des rencontres parfois imprévues. En janvier 1923, alors qu’ils goà»tent un repos bien mérité, sa femme Ruth et lui devront ainsi subir une soirée entière les vociférations d’un autre habitué de la pension Moritz de Berchtesgaden. Dix-sept ans plus tard, l’agité, un certain Adolf Hitler, s’est rendu maître de la partie continentale de l’Europe, et c’est ” Wild Bill ” que Franklin Roosevelt, inquiet, dépéche à Londres s’enquérir auprès de Winston Churchill du potentiel britannique face à l’avancée nazie.

 

En juin 1942, Donovan, homme de confiance du président démocrate pour les affaires spéciales, crée l’Office of Strategic Services (OSS), le service secret américain du temps de la Seconde Guerre mondiale dont il devient le chef et qu’il quittera à sa dissolution, en septembre 1945, sans perdre le contact avec l’univers du renseignement : ” Wild Bill ” tisse des liens privilégiés avec la Central Intelligence Agency, la CIA, créée officiellement le 15 septembre 1947 par une loi sur la sécurité nationale signée par le successeur de Roosevelt, Harry Truman.

 

Prenez le vice-président de l’ACUE Walter Bedell Smith, ancien chef d’état-major d’Eisenhower pendant la Seconde Guerre mondiale puis ambassadeur des Etats-Unis à Moscou. A partir d’octobre 1950, celui que ses amis surnomment le ” Scarabée ” ( beetle en anglais) va prendre les commandes de la CIA. 1950, c’est justement l’année o๠des universitaires comme Frederick Burkhardt et surtout William Langer, historien à Harvard, lancent la section culturelle de l’ACUE. Ces deux proches de Donovan ont servi autrefois dans les rangs de l’OSS. Langer en a dirigé le service Recherche et Analyse et, excellent connaisseur de la politique française, a méme commis après-guerre un ouvrage savant qui s’efforçait de dédouaner Le Jeu américain à Vichy (Plon, 1948).

 

Prenez surtout Allen Dulles. A l’été 1948, c’est lui qui a ” inventé ” le Comité avec Duncan Sandys, le gendre de Churchill, et George Franklin, un diplomate américain. Principal associé du cabinet de juristes Sullivan & Cromwell, Dulles n’impressionne guère de prime abord avec ses fines lunettes, ses éternelles pipes de bruyère et ses vestes en tweed. Sauf qu’avec ce quinquagénaire, un maître espion entre dans la danse.

 

Retour à la case Seconde Guerre mondiale. Chef de l’OSS à Berne, Dulles noue en février 1943 des contacts avec la délégation de Combat en Suisse. Un temps, il assurera méme le financement du mouvement clandestin. ” Coup de poignard dans le dos du général de Gaulle “, s’insurge Jean Moulin au nom de la France libre. ” Survie de la Résistance intérieure menacée d’étranglement financier “, rétorque Frenay. Pensant d’abord à ses camarades dénués de moyens, aux maquisards en danger, il ne voit pas pourquoi Combat devrait se priver d’un argent allié versé, c’est convenu, sans contrepartie politique. Cette ” affaire suisse ” va empoisonner un peu plus encore ses rapports avec Moulin.

 

En 1946, Dulles démissionne des services secrets… pour en devenir aussitôt l’éminence grise, prenant une part prépondérante à la rédaction du texte de loi présidentiel sur la sécurité nationale. Cofondateur à ce titre de la CIA (pour les initiés : l’Agence ou mieux, la Compagnie), Dulles pense qu’en matière d’action clandestine, privé et public doivent conjuguer leurs forces. C’est lui qui a déjà inspiré, par l’intermédiaire de ses amis du Brook Club de New York, le versement des subsides de grosses sociétés américaines à la démocratie chrétienne italienne menacée par un parti communiste surpuissant. En 1950, il va reprendre officiellement du service comme bras droit du Scarabée d’abord, comme son successeur à la téte de la CIA ensuite – de février 1953 à septembre 1961. Record de longévité d’autant plus impressionnant que son frère aîné John Forster Dulles, restera, lui, ministre des Affaires étrangères de 1953 à sa mort de maladie en mai 1959.

 

Etonnant creuset que l’ACUE, o๠des personnalités de la haute société et/ou de la CIA côtoient les dirigeants de la puissante centrale syndicale American Federation of Labor, l’AFL, dont ils partagent l’aversion du communisme. Exemples : David Dubinsky, né en 1892 à Brest-Litovsk, en Russie, dirige le Syndicat international de la confection pour dames (ILGWU) : 45 000 adhérents à son arrivée en 1932, 200 000 à la fin des années 1940 ! Ennemi acharné des nazis hier (les syndicalistes proches de l’ACUE sont presque tous juifs), c’est aux commies , les ” cocos “, qu’il en veut dorénavant. Jay Lovestone aussi. Conseiller politique de l’AFL, ce Lituanien d’origine sait de quoi il parle : avant sa brutale exclusion puis sa lente rupture avec le marxisme, il fut, entre 1925 et 1929, le secrétaire général du PC américain ! Autre recrue de choix du Comité, Arthur Goldberg, le meilleur juriste de l’AFL. Futur secrétaire au Travail du président Kennedy puis juge à la Cour supréme, Goldberg, né en 1908, a dirigé l’aile syndicale de l’OSS. A ce titre, il fut en son temps le supérieur hiérarchique d’Irving Brown, son cadet de deux ans. Brown, représentant de l’AFL pour l’Europe et grand dispensateur de dollars aux syndicalistes modérés du Vieux Continent. Puisant dans les fonds secrets de la toute jeune CIA, laquelle finance depuis 1946 toutes les opérations anticommunistes de l’AFL, ce dur à cuire ne ménage pas, par exemple, son soutien à Force ouvrière, la centrale syndicale née fin 1947 de la scission de la CGT (lire ” Derrière Force ouvrière, Brown, l’ami américain ” dans Historia n° 621 de décembre 1997). Pure et dure, la ligne Brown contraste d’ailleurs avec celle, plus nuancée, de la CIA. A la Compagnie, on aurait préféré que les non-communistes restent dans le giron de la CGT, méme contrôlée par le PCF…

 

C’est qu’au-delà des hommes, il y a la stratégie d’ensemble. Face à l’Union soviétique, Washington développe deux concepts clés : le containment (l’endiguement) et plan Marshall. L’idée du containment , revient à un diplomate russophone, George Kennan, qui la développe dès juillet 1947 dans un article de la revue Foreign Affairs : ” L’élément majeur de la politique des Etats-Unis en direction de l’Union soviétique doit étre celui d’un endiguement à long terme, patient mais ferme, des tendances expansionnistes russes. “

 

Le plan Marshall, lui, porte la marque de son inventeur le général George Marshall, chef d’état-major de l’US Army pendant la guerre, et désormais ministre des Affaires étrangères du président Truman. En apportant une aide massive aux pays d’Europe ruinés, les Etats-Unis doivent, selon lui, faire coup double : un, couper l’herbe sous le pied des partis communistes par une hausse rapide du niveau de vie dans les pays concernés ; deux, empécher leur propre industrie de sombrer dans la dépression en lui ouvrant de nouveaux marchés.

 

Pour le tandem Marshall-Kennan, pas de meilleur outil que la CIA (lire l’interview d’Alexis Debat, page 51). Et c’est naturellement un autre ancien de l’OSS, Franck Wisner Jr, qu’on charge de mettre sur pied un département autonome spécialisé dans la guerre psychologique, intellectuelle et idéologique, l’Office of Policy Coordination ! Si ce bon vieux ” Wiz ” ne fait pas partie du Comité, ses hommes vont lui fournir toute la logistique nécessaire. Mais chut ! c’est top secret…

 

L’ACUE allie sans complexe une certaine forme de messianisme américain avec le souci de la défense bien comprise des intéréts des Etats-Unis. Messianique, cette volonté bien ancrée de mettre le Vieux Continent à l’école du Nouveau Monde. Phare de la liberté menacée, l’Amérique a trouvé, la première, la voie d’une fédération d’Etats, succès si resplendissant que l’Europe n’a plus qu’à l’imiter… Cet européanisme made in Washington comporte sa part de sincérité : ” Ils m’appellent le père du renseignement centralisé, mais je préférerais qu’on se souvienne de moi à cause de ma contribution à l’unification de l’Europe “, soupire ainsi Donovan en octobre 1952.

 

De sa part de calcul aussi. Car en décembre 1956, trois mois avant sa mort, le méme Donovan présentera l’Europe unie comme ” un rempart contre les menées agressives du monde communiste “. En d’autres termes, un atout supplémentaire de la stratégie américaine conçue par Marshall, Kennan et leurs successeurs : construire l’Europe, c’est remplir un vide continental qui ne profite qu’à Staline, donc, en dernier ressort, protéger les Etats-Unis.

 

Ajoutons une troisième dimension. Dans l’esprit des hommes de la Compagnie, rien de plus noble qu’une action clandestine au service de la liberté. Tout officier de la CIA le sait : les Etats-Unis sont nés pour une bonne part du soutien des agents de Louis XVI, Beaumarchais en téte, aux insurgés nord-américains. Ainsi l’opération American Committee, la plus importante, et de loin menée, par l’Agence en Europe pendant la guerre froide, se trouve-t-elle justifiée par l’Histoire.

 

Pour chaleureuse qu’elle soit, l’amitié franco-américaine ne saurait toutefois distendre le ” lien spécial ” entre Grande-Bretagne et Etats-Unis. En foi de quoi, Comité et Compagnie tournent d’abord leur regard vers Londres. Hélas ! Churchill, battu aux législatives de 1945, ronge ses griffes dans l’opposition. Le nouveau secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, Ernest Bevin, a bien proclamé le 2 janvier 1948 aux Communes : ” Les nations libres d’Europe doivent maintenant se réunir. ” N’empéche que ses collègues du cabinet travailliste et lui repoussent avec horreur la perspective d’une véritable intégration continentale. Non pas que Bevin craigne de s’affronter aux communistes : deux jours après son discours de janvier, il créait un organisme clandestin de guerre idéologique, l’Information Research Department. Ce méme IRD qui, jugeant La Ferme des animaux et 1984 plus efficaces que mille brochures de propagande, va contribuer à diffuser partout dans le monde les oeuvres de George Orwell. Mais la carte Europe unie, alors là , non !

 

Cette carte, Churchill la joue-t-il de son côté par conviction profonde ou par aversion pour ses rivaux politiques de gauche ? Le fait est que le 19 septembre 1946 à Zurich, le Vieux Lion appelle à un axe anglo-franco-allemand, élément majeur selon lui d’une ” espèce d’Etats unis d’Europe “. Qu’en mai 1948, Duncan Sandys, taille aux mesures de son homme d’Etat de beau-père le Congrès européaniste de La Haye. Qu’en octobre 1948, Churchill crée l’United European Movement – le Mouvement européen. Qu’il en devient président d’honneur aux côtés de deux démocrates-chrétiens, l’Italien Alcide De Gasperi et l’Allemand Konrad Adenauer, et de deux socialistes, le Français Léon Blum et le Belge Paul-Henri Spaak. Malheureusement pour les ” amis américains “, cette tendance ” unioniste ” ne propose, à l’exception notable de Spaak, que des objectifs européens limités. Reconstruction économique et politique sur une base démocratique, d’accord, mais sans transfert, méme partiel, de souveraineté.

Le Comité et la tendance ” fédéraliste “, dont Henri Frenay émerge comme la figure emblématique, veulent, eux, aller beaucoup plus loin. Aux heures les plus noires de la Seconde Guerre mondiale, Frenay, patriote mondialiste, a conçu l’idée d’un Vieux Continent unifié sur une base supranationale. En novembre 1942, révélera quarante ans plus tard Robert Belot dans le remarquable travail sur Frenay qui vient de lui valoir l’habilitation à diriger des recherches à l’Université, le chef de Combat écrivait au général de Gaulle qu’il faudrait dépasser l’idée d’Etat-Nation, se réconcilier avec l’Allemagne après-guerre et construire une Europe fédérale. Logique avec lui-méme, Frenay se jette dès 1946 dans cette croisade européaniste aux côtés d’Alexandre Marc. Né Lipiansky à Odessa en 1904, ce théoricien du fédéralisme a croisé la trajectoire de Frenay à Lyon en 1941, puis après-guerre. A rebours de l’européanisme de droite inspiré des thèses monarchistes maurrassiennes ou du catholicisme social, les deux amis s’efforcent de gauchir le fédéralisme français alors fort de ” plusieurs dizaines de milliers d’adhérents “, ainsi que me l’assurera l’ancien chef de Combat en 1988.

 

Orientée à gauche, l’Union européenne des fédéralistes, l’UEF, est créée fin 1946. Elle va tenir son propre congrès à Rome en septembre 1948. Frenay en devient le président du bureau exécutif, flanqué de l’ex-communiste italien Altiero Spinelli, prisonnier de Mussolini entre 1927 et 1937 puis assigné à résidence, et de l’Autrichien Eugen Kogon, victime, lui, du système concentrationnaire nazi qu’il décortiquera dans L’Etat SS (Le Seuil, rééd. 1993). A ces trois dirigeants d’atténuer le profond malaise né de la participation de nombreux membres de l’UEF au congrès de La Haye, o๠Churchill et son gendre Sandys les ont littéralement roulés dans leur farine ” unioniste “.

 

Faut-il choisir entre le Vieux Lion et le pionnier de la Résistance intérieure française à l’internationalisme si radical ? Perplexité au Comité, donc à la CIA. Pour Churchill, sa stature d’homme d’Etat, d’allié de la guerre, sa préférence affichée pour le ” grand large “, les Etats-Unis ; contre, son refus acharné du modèle fédéraliste si cher aux européanistes américains et bientôt, ses violentes querelles avec le très atlantiste Spaak. En mars 1949, Churchill rencontre Donovan à Washington. En juin, il lui écrit pour solliciter le versement de fonds d’urgence (très riche à titre personnel, l’ancien Premier ministre britannique n’entend pas puiser dans sa propre bourse). Quelques jours plus tard, Sandys appuie par courrier la demande de son beau-père : de l’argent, vite, sinon le Mouvement européen de Churchill s’effondre. Comité et CIA, la principale bailleuse de fonds, débloquent alors une première tranche équivalant à un peu moins de 2 millions de nos euros. Elle permettra de ” préparer ” les premières réunions du Conseil de l’Europe de Strasbourg, qui associe une assemblée consultative sans pouvoir réel à un comité des ministres statuant, lui, à l’unanimité.

 

Pour soutenir leurs partenaires du Vieux Continent, ACUE et CIA montent dès lors des circuits financiers complexes. Les dollars de l’oncle Sam – l’équivalent de 5 millions d’euros entre 1949 et 1951, le méme montant annuel par la suite – proviennent pour l’essentiel de fonds alloués spécialement à la CIA par le Département d’Etat. Ils seront d’abord répartis sous le manteau par les chefs du Mouvement européen : Churchill, son gendre, le secrétaire général Joseph Retinger, et le trésorier Edward Beddington-Behrens. En octobre 1951, le retour de Churchill à Downing Street, résidence des premiers ministres anglais, ne tarira pas ce flot : entre 1949 et 1953, la CIA va en effet verser aux unionistes l’équivalent de plus de 15 millions d’euros, à charge pour eux d’en redistribuer une partie à leurs rivaux de la Fédération, la tendance de droite du fédéralisme français, laquelle reverse ensuite sa quote-part à l’UEF. Sommes substantielles mais sans commune mesure avec la manne que l’appareil stalinien international, le Kominform, investit au méme moment dans le financement souterrain des PC nationaux et des innombrables ” fronts de masse ” : Fédération syndicale mondiale de Prague, Mouvement de la paix, mouvements de jeunes, d’étudiants, de femmes…

 

Pour Frenay, c’est clair : l’Europe fédérale constitue désormais le seul bouclier efficace contre l’expansionnisme communiste. Mais comment aller de l’avant quand le nerf de la guerre manque si cruellement ? L’UEF n’est pas riche. Son président encore moins, dont la probité est reconnue de tous – après son passage au ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés, Frenay, ancien officier de carrière sans fortune personnelle, a quitté l’armée au titre de la loi Diethelm de dégagement des cadres. Comme au temps de ” l’affaire suisse “, le salut financier viendra-t-il de l’allié américain ? Oui, assurent dès l’été 1950 les hommes de l’ACUE à un représentant français de l’UEF en visite à New York. Conforme à la position officielle du gouvernement américain en faveur de l’intégration européenne, leur aide ne sera soumise à aucune contrepartie politique ou autre, condition sine qua non aux yeux d’Henri Frenay. Et de fait, à partir de novembre 1950, l’ACUE va financer secrètement à hauteur de 600 000 euros l’une des initiatives majeures de Frenay et des fédéralistes de gauche : la création à Strasbourg, en parallèle du très officiel Conseil de l’Europe, d’un Congrès des peuples européens, aussi appelé Comité européen de vigilance.

 

S’associeront à ce projet des socialistes (Edouard Depreux), des religieux (le père Chaillet, fondateur de Témoignage chrétien ), des syndicalistes, des militants du secteur coopératif, des représentants du patronat et méme… des gaullistes tels Michel Debré ou Jacques Chaban-Delmas. Mal conçue médiatiquement, l’affaire échoue de peu. Raison de plus pour accentuer le soutien financier, oeuvre du secrétaire général de l’ACUE, Thomas Braden. Connu pour ses opinions libérales, cet ami du peintre Jackson Pollock, n’a pas hésité quand Donovan, son ancien patron à l’OSS, lui a demandé de quitter la direction du musée d’Art moderne de New York.

 

En juillet 1951, Frenay effectue à son tour le voyage des Etats-Unis sous les auspices du Congrès pour la liberté de la culture – une organisation que nous retrouverons bientôt. L’occasion de rencontrer les dirigeants du Comité et ceux de la Fondation Ford (mais pas ceux de la CIA avec lesquels il n’entretiendra jamais de rapports directs) pour leur faire part des besoins matériels des fédéralistes. Message reçu ” 5 sur 5 ” par les Américains…

 

A cette date, Braden ne figure plus parmi les dirigeants officiels de l’ACUE. En vertu du principe des vases communicants, l’agent secret esthète vient en effet de rejoindre Dulles à la CIA. Les deux hommes partagent cette idée de bon sens : face aux communistes, ce ne sont pas les milieux conservateurs qu’il faut convaincre, mais la gauche antistalinienne européenne, dont Frenay constitue un des meilleurs représentants. Braden va plus loin : ” Comme l’adversaire rassemblé au sein du Kominform, structurons-nous au plan mondial par grands secteurs d’activité : intellectuels, jeunes, syndicalistes réformistes, gauche modérée… “, plaide-t-il. D’accord, répond Dulles. Naît ainsi la Division des organisations internationales de la CIA. Dirigée par Braden, cette direction centralise, entre autres, l’aide de la Compagnie via l’ACUE aux fédéralistes européens. En 1952, l’American Committee for United Europe finance ainsi l’éphémère Comité d’initiative pour l’assemblée constituante européenne, dont Spaak sera président et Frenay, le secrétaire général.

 

Brouillés avec la ” Fédération “, leur rivale de droite qui servait jusque-là d’intermédiaire pour le versement des fonds CIA-ACUE par le truchement du mouvement churchillien, les amis de Frenay sont très vite au bord de l’asphyxie. Pour parer à l’urgence, Braden, virtuose du financement souterrain au travers de fondations privées plus ou moins bidon, va, cette fois, mettre en place une procédure de versements directs aux fédéralistes de gauche par des antennes para-gouvernementales américaines. A Paris, plaque tournante des opérations de la CIA en Europe avec Francfort, on opérera par le biais de l’Office of Special Representative, conçu à l’origine pour servir d’interface avec la toute jeune Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca), ou de l’US Information Service (USIS). Par la suite, un bureau ACUE proprement dit sera ouvert.

 

Jean Monnet : des liens troubles avec les services américains

 

Comme Jean Monnet, président de la Ceca, Frenay caresse, en cette année 1952, l’idée d’une armée européenne, pas décisif vers l’Europe politique selon lui. L’ACUE approuve chaudement. Prévue par le traité de Londres de mars 1952, cette Communauté européenne de défense comprendrait – c’est le point le plus épineux -, des contingents allemands. Reste à faire ratifier le traité par les parlements nationaux. Frenay s’engage avec enthousiasme dans ce nouveau combat. Pour se heurter, une fois encore, à de Gaulle, qui refuse la CED au nom de la souveraineté nationale et, déjà , du projet ultrasecret de force atomique française, ainsi qu’aux communistes, hostiles par principe à tout ce qui contrarie Moscou. D’après les éléments recueillis par Robert Belot – dont la biographie du chef de Combat devrait sortir ce printemps au Seuil -, Frenay demandera méme à l’ACUE de financer l’édition d’une brochure réfutant… les thèses gaullistes sur la CED.

 

Staline meurt en mars 1953. L’année suivante, Cord Meyer Jr, un proche de la famille Kennedy, remplace Braden à la téte de la Division des organisations internationales de la CIA. Mais 1954 verra surtout cet échec cuisant des européanistes : l’enterrement définitif de la CED. Découragé, Frenay abandonne alors la présidence de l’Union européenne des fédéralistes. A partir d’octobre 1955, les ” amis américains ” reportent donc leurs espoirs sur un nouveau venu, le Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe de Jean Monnet. Lié à Donovan et surtout à l’ambassadeur américain à Paris, David Bruce, un proche de Franck Wisner, Monnet est trop fin connaisseur du monde anglo-saxon pour accepter directement les dollars de la CIA. Compte tenu de sa prudence de Sioux, l’aide américaine à son courant européaniste devra emprunter d’autres voies. En 1956, Monnet se voit ainsi proposer l’équivalent de 150 000 euros par la Fondation Ford. Une offre qu’il décline, préférant que cet argent soit versé au professeur Henri Rieben, un économiste et universitaire suisse pro-européen qui vient d’étre nommé chargé de mission aux Hautes Etudes commerciales de Lausanne. Rieben utilisera ces fonds en toute transparence financière pour créer un Centre de recherches européen.

 

En 1958, le retour du général de Gaulle, radicalement hostile aux thèses fédéralistes, annihile les derniers espoirs de l’UEF et de ses amis américains. Dissolution de l’ACUE dès mai 1960 puis cessation des financements occultes par la CIA s’ensuivent. En douze ans, la Compagnie aura quand méme versé aux européanistes de toutes tendances l’équivalent de 50 millions d’euros sans étre jamais prise la main dans le sac ! Mais pourra-t-on préserver longtemps le grand secret ?

 

La première alerte éclate dès 1962. Trop précise sur les financements américains, une thèse universitaire sur les mouvements européanistes doit étre ” enterrée ” d’urgence en Angleterre. Ce remarquable travail est l’oeuvre du fils d’un camarade de résistance de Frenay, Georges Rebattet, créateur en avril 1943 du Service national maquis. Georges Rebattet, le successeur en 1952 de Joseph Retinger comme secrétaire général d’un Mouvement européen dont il a d’ailleurs assaini pour une bonne part le financement.

 

Deuxième secousse au milieu des années 1960. L’étau de la  américaine (le New York Times et la revue gauchiste Ramparts ) se resserre sur une des filiales du ” trust ” Braden-Meyer, le Congrès pour la liberté de la culture o๠se côtoyaient des intellectuels antitotalitaires européens de haute volée – Denis de Rougemont, Manhès Sperber, Franz Borkenau, Ignazio Silone, Arthur Koestler ou, par éclipses, Malraux et Raymond Aron. Financé par la CIA au travers de la Fondation Fairfield, le Congrès édite en français l’une de ses revues les plus prestigieuses, Preuves . Jouant la transparence, Braden jette alors son pavé dans la mare. ” Je suis fier que la CIA soit immorale “, déclare-t-il en 1967 au journal britannique Saturday Evening Post , auquel il confie des révélations sensationnelles sur le financement occulte par la CIA du Congrès pour la liberté et sur le rôle d’Irving Brown dans les milieux syndicaux. Silence radio, en revanche, sur le soutien aux mouvements européanistes, le secret des secrets…

 

Ultime rebondissement à partir de juin 1970, quand le conservateur anglais pro-européen Edward Heath arrive à Downing Street. A sa demande, l’Information Research Department lance une vaste campagne pour populariser sous le manteau l’européanisme dans les médias et les milieux politiques britanniques. En 1973, l’Angleterre fait son entrée dans le Marché commun ; le 5 juin 1975, 67,2 % des électeurs britanniques ratifient la décision par référendum. Dans ce renversement de tendance en faveur de l’Europe, un homme s’est jeté à corps perdu : nul autre que le chef de la station de la CIA de Londres, Cord Meyer Jr. Ce bon vieux Cord qui remplaçait vingt ans plus tôt son copain Braden à la téte de la Division des organisations internationales de la Compagnie.

 

Par Rémi Kaufer  : http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=6744

L'UE au président de l'Autorité palestinienne: des paroles comme toujours et aucun acte politique comme toujours

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

L'UE au président de l'Autorité palestinienne: des paroles comme toujours et aucun acte politique comme toujours

Hier à Bruxelles, les 28 ministres des Affaires étangères du capitalisme européen recevaient le président de l'Autorité palestinienne. Fédérica Mogherini, la représentant de l'UE du capital à l'étranger, ne lui a concédé que de vaines paroles.

Certes, elle a confirmé que l'UE est favorable à deux états au Moyen-Orient avec Jérusalem comme capitale partagée. Pour autant, si Israël existe bien sur la carte des états dans le monde, les Palestiniens n'ont toujours pas le droit d'avoir le leur. Des paroles donc de la part de Bruxelles hier et aucune reconnaissance pure et simple de la Palestine.

Mais comment aurait-il pu en être autrement? Le capitalisme européen travaille main dans la main avec les marchands israéliens occupant des territoires palestiniens. Le 11 décembre dernier, le chef du gouvernement israélien de droite et d'extrême droite était reçu à bras ouverts par les 28 ministres des affaires étrangères à Bruxelles.

Quant à la France, se disant la championne de la paix au Moyen-Orient, elle n'est que la vassale des USA de Donald Trump. Emmanuel Macron a envoyé à Ramallah, siège de l'Autorité palestinienne ou de ce qu'il en reste, Aurélien Lechevalier, son conseiller spécial aux affaires étrangères. Et qu'a-t-il dit au gouvernement palestinien ou ce qu'il en reste? "Ce n'est pas le moment de se désengager." Façon claire d'ordonner la reprise des discussions avec les USA de Donald Trump.

Le vice-président de la libre Amérique, reçu avec tous les honneurs par Israël, n'a pas dit le contraire: "Il n'y a pas d'alernatives au leadership américain pour mener le processus diplomatique. Quiconque refuse de parler avec les Américains ne veut pas la paix".

Mahmoud Abbas n'a rien obtenu de plus de l'UE du capital. Mais, quitte à le répéter, comment aurait-il pu en être autrement de la part de cette organisation européenne au service exclusif du capitalisme?

Et pendant ce temps:

L'UE au président de l'Autorité palestinienne: des paroles comme toujours et aucun acte politique comme toujours

La Catalogne et l'Espagne: après ces élections régionales, on prend les mêmes et on recommence?

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

La Catalogne et l'Espagne: après ces élections régionales, on prend les mêmes et on recommence?

Le gouvernement central de Madrid, dirigé par le très réactionnaire Parti populaire, avait dissous le gouvernement régional de Catalogne démocratiquement élu mais partisan d'une république catalane. Le PS espagnol s'était aligné sur Madrid. Le gouvernement central comptait bénéficier de cette dissolution et se faire plébisciter. Le moins qu'on puisse dire est que la parti héritier de la dictature franquiste vient de subir une déroute monumentale.

La Catalogne et l'Espagne: après ces élections régionales, on prend les mêmes et on recommence?

135 députés et majorité absolue de 68 sièges

Votants: 81,94% soit + 7% sur 2015

Partis de droite:

Ciutadans: 37 députés +12

Parti populaire: 3 députés  -8

Parti socialiste, cousin de la gôche française: 17 députés  +1

CatComù-Podem dit de la gauche radicale:  8 députés  -3

Partis indépendantistes:

Ensemble pour la Catalogne (droite): 34 députés  +5

ERC (réformiste): 32 députés +11

CUP (extrême-gauche): 4 députés  -6

Rajoy, le premier ministre espagnol a déclaré ne vouloir discuter avec Cuitadans, parti de droite arrivé en tête, pour la formation du futur gouvernement catalan. Il s'aligne ainsi sur la position de l'UE du capital dont on connaît son goût pour la démocratie.

Mais dans l'arc politique issu de cette élection régionale, seule la CUP se déclare contre l'UE. Défaite du parti issu du Franquisme oui, mais émergence de Ciutadans, formation de droite et dont les dirigeants sont issus d'une scission du Parti populaire.

Ce qui reste du PC espagnol s'est aggloméré dans CatComù-Podem et agite toujours le mirage d'une Europe sociale tout comme cette composition politique électoraliste.

Ce n'est donc pas demain que des lendemains chanteront pour une république espagnole des travailleurs.

La Catalogne et l'Espagne: après ces élections régionales, on prend les mêmes et on recommence?

L’OTAN demande une conversion à l’économie de guerre

L’OTAN demande une conversion à l’économie de guerre

 


Par Wolfgang Jungmann – Le 15 novembre 2017 – Source NEOPresse

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN

Le Secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg a appelé, à l’occasion de la rencontre des ministres de la Guerre de l’OTAN, à orienter la planification de l’infrastructure civile vers les besoins de l’armée : « Il ne s’agit pas seulement de commandement. Nous devons également veiller à ce que les routes et les ponts soient assez solides pour supporter les plus massifs de nos véhicules et que les réseaux ferroviaires pour le transport rapide de blindés et de matériel lourd soient bien équipés. »

 

Les rôles clés seraient assurés par les gouvernements nationaux, le secteur privé et l’Union européenne.

 

Stoltenberg n’a laissé planer aucun doute sur la direction que prendront les mouvements de troupes : « Les routes et les voies mal adaptées pour le transport des chars rendent actuellement difficile par exemple un déplacement rapide de troupes vers les pays baltes. »

 

C’est de nouveau contre la Russie. Exactement comme le Führer avait développé le réseau d’autoroutes par tous les moyens dans les années 1930, pour déplacer le plus rapidement possible des troupes et du matériel vers l’Est (le dernier tronçon de l’A2, qui reliait Berlin à la Ruhr, a été inauguré ponctuellement le 23 septembre 1939, pour le début de la Seconde Guerre mondiale), le renforcement de l’infrastructure de transport fait partie aujourd’hui encore d’une préparation consciencieuse et responsable de la guerre.

 

L’ensemble de l’UE a immédiatement pris position, claqué des talons et promis solennellement de remettre prochainement en état le réseau de transports à l’abandon en Europe. Die Zeit rapporte : « Federica Mogherini, la représentante de l’UE pour les affaires étrangères, a annoncé à Bruxelles que la Commission européenne diffuserait, d’ici la fin de la semaine, des propositions sur la manière dont le transport de troupes à l’intérieur de l’Europe peut être amélioré»

 

Cette entrée massive de la politique en faveur d’une économie de guerre, dans laquelle toutes les activités se concentrent uniquement sur le renforcement de la capacité de faire la guerre, est le point culminant d’une propagande belliqueuse s’aggravant sans cesse. En la matière, un pas entraîne toujours l’autre. Il semble toujours que l’OTAN soit en position défensive par rapport à la Russie et qu’en plus sa force militaire doive être nettement supérieure.

 

Ainsi les agressions actuelles de l’OTAN contre la Russie sont fondées sur la situation en Ukraine, sa prétendue annexion de la Crimée et son intervention dans la guerre en Syrie. Ici, la véracité des faits et du contexte historique ne joue aucun rôle.

 

L’important est de présenter toutes les agressions par les États-Unis et l’OTAN exclusivement comme des mesures défensives. Presque toujours, au début d’une crise, d’un conflit, on peut entendre les bruits de bottes de l’OTAN.

 

Par exemple, les États-Unis ont mis le feu en Ukraine il y a plusieurs années, lorsque s’y jouait en 2004, aux yeux du public, une mise en scène convaincante.

 

« Soixante-cinq millions de dollars fournis par les contribuables ont été versés depuis 2002 par le Département d’État américain pour les élections en Ukraine, par le biais du NED et des fondations des partis Démocrate et Républicain aux États-Unis, respectivement le NDI et l’IRI », écrit Der Spiegel dans son numéro 46 de 2005. Il cite le sénateur républicain Ron Paul :

 

« Nous ne savons pas exactement combien de millions ou de douzaines de millions de dollars le gouvernement des États-Unis a dépensé pour l’élection présidentielle en Ukraine. Mais nous savons qu’une grande partie de cet argent était destinée à soutenir un candidat spécifique ». Puis il explique à ses lecteurs : « Victor Iouchtchenko ».

 

En ce moment, des faits importants, selon lesquels les élections présidentielles aux États-Unis auraient été manipulées par la Russie, constituent ainsi un levier pour continuer à stigmatiser la Russie.

 

Comme on le sait, l’affaire du changement de régime et de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN a mal tourné à l’époque. Der Spiegel a toutefois écrit ces mots prophétiques en 2005 déjà :

 

« D’un autre côté, il n’y a plus de retour en arrière possible pour les États-Unis et leurs alliés. Beaucoup d’argent, beaucoup d’efforts ont été investis. Dans les semaines précédant l’élection (de Iouchtchenko à la présidence de l’Ukraine), des valises d’argent liquide provenant des États-Unis furent livrées à l’aéroport de Kiev, raconte la comptable de l’organisation d’opposition ‘Notre Ukraine’. Un don américain privé de plus de 150 000 dollars a été temporairement mis à l’écart parce que personne ne savait plus où l’affecter. »

 

Ce qui était vrai alors l’est encore plus aujourd’hui. S’il y avait à l’époque « beaucoup de millions ou de douzaines de millions de dollars », en 2014, dix ans plus tard, selon la secrétaire d’État américaine alors en poste Victoria Nuland, c’était plus de 5 milliards de dollars que les États-Unis et leurs alliés avaient investis dans un changement de régime en Ukraine, dont l’unique but était d’encercler la Russie. Nuland a mentionné cette somme dans une conversation téléphonique interceptée par le service de renseignement ukrainien le 28 janvier 2014.

 

Tout le monde sait qu’il faut des retours sur investissement. Les retours, dans une Ukraine colonisée par l’Occident, permettraient avant tout de bloquer facilement les livraisons de pétrole et de gaz de la Russie, puisque ces sources d’énergie sont amenées dans l’UE par le système de pipeline ukrainien. Ensuite, les fournisseurs d’énergie dominés par les États-Unis se précipiteraient.

 

L’hebdomadaire Die Zeit cite le prof. John Mearsheimer, qui enseigne la science politique à l’Université de Chicago, dans un article d’Alice Bota du 17 mai 2015, dans lequel celle-ci se donne toute les peines du monde pour nier l’influence américaine en Ukraine :

 

« Selon lui (le prof. Maersheimer), Washington poursuit sa politique d’ingérence en Ukraine, dix ans après la Révolution orange. Pour lui, c’est clair : les manifestations sur le Maïdan, qui ont finalement abouti au renversement du président Victor Ianoukovitch le 22 février 2014, ont été préparées par les Américains pendant des années, avec beaucoup d’argent. Un coup d’État. L’Amérique voulait un changement de pouvoir car elle voulait gagner de l’influence sur l’Ukraine. »

 

Bien que l’on veuille absolument nous faire croire que les manifestations du Maïdan ont conduit au renversement de Ianoukovitch, les manifestants étaient, dans le meilleur des cas, des figurants dans un drame qui se déroulait devant l’opinion publique mondiale, et dont le déroulement et l’issue étaient décidés depuis longtemps. Les temps changent, de même que Serge Eisenstein a essayé en 1928, avec les moyens du cinéma muet et des milliers de figurants, de donner une image de la Révolution d’Octobre qui avait très peu à voir avec la réalité, les tireurs de ficelles aux États-Unis ont donné, avec l’aide des nouveaux médias, l’image d’une insurrection populaire en Ukraine qui n’a jamais eu lieu.

 

Le renversement du pouvoir à Kiev était décidé depuis longtemps. Le Maïdan n’a été que l’occasion bienvenue de frapper enfin. Après plusieurs semaines de manifestations contre un gouvernement corrompu, qui n’a pas hésité à « violer son propre peuple », le monde était prêt pour le « décompte final ». Le 20 février, la violence s’est intensifiée. Il y a eu des coups de feu.

 

Le soir, 70 personnes gisaient, mortes, sur le pavé. Les responsables des tirs en embuscade ne sont toujours pas identifiés, encore moins jugés. [Si, on sait aujourd’hui qui étaient les tireurs. Voir cet article, NdT]Notamment parce que le nouveau gouvernement a montré peu d’enthousiasme pour faire la lumière.

 

L’important n’était pas la vérité, mais ce qui était tenu pour la vérité dans l’opinion publique et c’était l’histoire que les médias racontaient déjà alors que les corps des morts n’étaient pas encore froids : les Berkut, les forces spéciales de Ianoukovitch, avaient tiré indistinctement dans la foule – sur ordre du président. Ainsi Ianoukovitch était définitivement discrédité et visé. Il a fui la foule excitée par le parti nazi « Secteur droit » : « Ils réclament la peine de mort, ils veulent le mettre au pilori, mais il doit au moins aller au tribunal », et Der Spiegel se réjouissait encore le 24 février de voir enfin en Russie un spectacle semblable à la pendaison publique de Saddam Hussein ou à l’ignoble assassinat de Kadhafi.

 

Les forces qui se trouvaient maintenant au pouvoir en Ukraine ne représentaient plus du tout une grande partie de la population ukrainienne. Selon le dernier recensement à peu près fiable, environ 8 334 100 Russes ethniques vivaient en Ukraine, soit 17,3% de la population totale. L’une des premières mesures du nouveau gouvernement a été la suppression du russe comme deuxième langue officielle. Cela a suscité la colère, en particulier, des habitants des oblasts de Lougansk et de Donetsk, où la proportion de la population russe est respectivement de 39% et de 38,2%, et en Crimée, où les Russes sont majoritaires. La loi existe toujours. Si elle n’est plus en vigueur actuellement, elle  pourrait à tout moment le redevenir.

 

La population a protesté, ce qui a poussé le nouveau gouvernement à envoyer des troupes [contre les régions rétives du Donbass, NdT] qui, armées jusqu’aux dents, ont même utilisé l’artillerie. En juillet, le nouveau président ukrainien, le fabricant de chocolat et oligarque Porochenko, a déclaré, tout à fait dans le style des généraux de la Wehrmacht lors de la Seconde Guerre mondiale : « Les militants paieront de centaines de vies celle de chacun de nos soldats. »

 

Die Welt écrivait le 19 décembre 2012 :

 

« Les directives du haut commandement de la Wehrmacht de septembre 1941 ordonnaient par exemple de fusiller de 40 à 100 ‘communistes, nationalistes ou démocrates’ par soldat allemand tué… Dans la Yougoslavie occupée, le général Franz Böhme avait établi que pour chaque soldat allemand tué, il fallait fusiller 100 otages, et que pour chaque blessé, il fallait en fusiller 50. »

 

Wilhelm Keitel, le commandant en chef de l’armée allemande, a été condamné à mort par pendaison le 1er octobre 1946 lors du procès de Nuremberg contre les principaux criminels de guerre, entre autres à cause de ses « ordonnances de représailles » [contre les otages civils, NdT]. La peine a été exécutée le 16 octobre 1946 à Nuremberg.

 

En Crimée, le gouvernement russe devait craindre pour le maintien de sa flotte de la mer Noire à Sébastopol. Déjà sous le président Iouchtchenko, pro-occidental, l’accord conclu en 1997 et valable jusqu’en 2017 sur l’utilisation des installations par la flotte russe à Sébastopol était utilisé par l’Ukraine comme moyen de chantage sur la Russie.

 

Au cours du conflit gazier de 2005-2006, l’Institut pour la sécurité nationale de l’Ukraine a proposé qu’« une série de compromis politiques devait être recherchée suite à l’augmentation rapide des prix de l’approvisionnement en gaz, fixés dans l’accord ukrainien [avec la Russie, NdT]. Cela comprenait l’accord sur le retrait anticipé (au 1er janvier 2012) de Crimée de la flotte russe en mer Noire et le protocole dans lequel la Russie devrait déclarer explicitement qu’elle n’aurait pas d’objections à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN dans un avenir prévisible (2008-2010) », comme l’écrit assez maladroitement Lyudmyla Synelnyk dans l’ouvrage paru en 2013 “Energieressourcen und politische Erpressung : Der Gasstreit zwischen Russland und der Ukraine” (Ressources énergétiques et chantage politique : le conflit gazier entre la Russie et l’Ukraine). En 2008, Iouchtchenko se penchait encore une fois personnellement sur la question. Lyudmyla Synelnyk écrit :

 

« C’est ainsi que le 20 mai 2008 (donc quelques mois avant la guerre en Géorgie d’août 2008) – contrairement aux affirmations de la presse occidentale selon lesquelles cette exigence était une réaction à la participation d’éléments de la flotte russe à la guerre) – le gouvernement ukrainien a été chargé par décret présidentiel de préparer un projet de loi sur l’abrogation de l’accord russo-ukrainien sur le stationnement de la flotte de la mer Noire russe après 2017. »

 

Bien que le traité ait été prolongé de 2010 à 2042, Poutine savait que l’expulsion de la flotte de Sébastopol menaçait la Russie au plus tard en 2017, les États-Unis prenant ensuite possession des installations, les forces au pouvoir à Kiev n’ont d’entrée pas reconnu la prolongation de l’accord.

 

On peut appeler cela une politique de puissance, mais la Russie devait agir, tant en Ukraine de l’Est, dont la séparation du reste du pays était planifiée et acceptée tout à fait ouvertement avec un haussement d’épaules dans les médias occidentaux dès le début du Maïdan, qu’en Crimée. La Russie avait été massivement défiée par les États-Unis, l’OTAN et l’Union européenne. Mais maintenant, elle était présentée comme l’unique agresseur.

 

On reconnaît sans peine le même schéma dans le cas de la Syrie. Des troubles intérieurs limités ont été utilisés pour amener dans le pays des mercenaires, des armes et des munitions en grand nombre sous le prétexte de protéger la population d’un dictateur massacreur de son propre peuple. Un mémorandum qui se trouvait dans les courriels piratés de Hillary Clinton démontre qu’il ne s’agit en aucun cas, pour les États-Unis, de liberté et de droits de l’homme pour la population syrienne.

 

Le document ne porte ni la date ni le nom de son auteur, d’où on peut déduire qu’il s’agit d’un proche collaborateur de Clinton, ou de la ministre américaine des Affaires étrangères de l’époque elle-même. À partir de quelques passages du texte, on peut facilement dater la rédaction du papier à mars-avril 2012, donc à un stade très précoce de la guerre en Syrie.

 

La toute première phrase dans le document de WikiLeaks dément la version américaine de l’ingérence : « La meilleure façon d’aider Israël à faire face à la menace nucléaire croissante de l’Iran est d’aider les Syriens à renverser le régime de Bachar al-Assad. »

 

Il s’agissait donc à l’évidence d’affaiblir l’Iran en le privant de son plus fidèle allié. Il s’agissait de maintenir le monopole d’Israël sur les armes nucléaires au Proche-Orient : « Ce dont l’armée israélienne s’inquiète vraiment – mais ne peut pas en parler ouvertement – c’est de la perte de son monopole nucléaire. Une capacité nucléaire iranienne ne mettrait pas seulement fin à ce monopole, mais pourrait aussi inciter d’autres adversaires, comme l’Arabie saoudite et l’Égypte, à s’équiper d’armes nucléaires. »

 

La secrétaire d’État américaine ou l’un de ses plus proches collaborateurs révèlent au printemps 2012 les vraies réflexions de l’administration Obama : « C’est la relation stratégique entre l’Iran et le régime de Bachar al-Assad en Syrie qui permet à l’Iran de saper la sécurité d’Israël (…) par ses alliés au Liban, comme le Hezbollah, qui est soutenu, armé et formé par l’Iran en Syrie. »

 

De cela, il n’y a qu’une conclusion à tirer : « La fin du régime d’Assad mettrait fin à cette alliance dangereuse. »

 

Visiblement, on ne faisait pas confiance à ses propres négociations avec l’Iran sur la limitation de son programme nucléaire, ces dernières n’avaient d’emblée qu’une fonction d’alibi : « Les négociations sur la limitation du programme nucléaire iranien ne résoudront pas le dilemme sécuritaire d’Israël. Elles n’empêcheront pas non plus l’Iran de continuer à développer la partie décisive de son programme nucléaire – la capacité d’enrichir l’uranium. »

 

Et donc, en 2012, le renversement d’Assad n’était considéré à Washington que comme la première étape d’une importante solution définitive. La petite guerre avant la très grande contre l’Iran : « Faire tomber Assad ne serait pas seulement une énorme bénédiction pour la sécurité d’Israël, cela atténuerait également la peur compréhensible d’Israël de la perte de son monopole nucléaire. Ensuite Israël et les États-Unis pourraient développer une vision commune au moment où le programme iranien serait si dangereux qu’une action militaire pourrait se justifier. »

 

On pensait procéder avec Assad et sa famille comme auparavant avec Saddam Hussein en Irak ou Mouammar Kadhafi en Libye : « Sa vie et sa famille étant en danger, seule la menace ou l’usage de la force changera l’esprit du dictateur Bachar al-Assad. »

 

On n’avait pas non plus l’intention de se laisser entraver par le droit international. Le Conseil de sécurité de l’ONU, qui devait approuver une intervention militaire contre la Syrie, a été écarté d’autorité : « La Russie ne soutiendra jamais une telle mission, donc cela n’a aucun sens de passer par le Conseil de sécurité des Nations unies. »

 

Quant à la Russie alliée de la Syrie, où se trouve sa seule base militaire en Méditerranée, elle était encore considérée comme beaucoup trop faible pour qu’on doive se préoccuper davantage de sa réaction : « Certains soutiennent que la participation des États-Unis fait courir le risque d’une autre guerre avec la Russie. Mais l’exemple du Kosovo montre autre chose. Dans ce cas, la Russie avait de vrais liens ethniques et politiques avec les Serbes, des liens qui n’existent pas entre la Russie et la Syrie, et même alors elle n’avait rien fait de plus que se plaindre. »

 

Comme on sait, tout s’est ensuite déroulé un peu différemment. Vraisemblablement aussi parce que Hillary Clinton n’était plus la ministre des Affaires étrangère des États-Unis pendant le second mandat d’Obama et qu’elle se préparait, avec son équipe de néocons et de fauteurs de guerre, à sa propre campagne présidentielle de 2016. Obama a reculé plusieurs fois devant une participation directe des États-Unis à la guerre en Syrie.

 

À la demande d’Assad, la Russie s’est activement engagée en septembre 2015 contre les terroristes islamistes avec des frappes aériennes et a mis fin à l’interminable effusion de sang du peuple syrien, à quelques exceptions près. Mais dans la propagande, la Russie était désormais l’agresseur, comme si c’était Poutine qui avait été à l’origine des nombreux morts en Syrie pour des raisons stratégiques et non les États-Unis.

 

Revenons maintenant à la demande de l’OTAN de transformer graduellement notre économie en une économie de guerre.

 

Avec la stigmatisation en tant qu’agresseur qui a attaqué d’autres pays comme l’Ukraine et la Syrie, en violation du droit international, il y a l’avertissement injustifiable que l’ours russe pourrait aussi intervenir militairement contre d’autres pays, et en premier lieu contre les États baltes. Alors la peur a été attisée et rapidement, l’appel à s’armer a retenti. La Russie ne comprend que le langage de la force, il faut la retenir, montrer sa force.

 

Aucun épouvantail, aucune comparaison avec des événements historiques catastrophiques n’a été et n’est suffisant pour retenir les applaudissements de l’industrie de l’armement et des faucons. On a cité à maintes reprises la politique d’apaisement du Premier ministre britannique Neville Chamberlain à l’égard d’Hitler en 1938. Si Chamberlain avait alors remis énergiquement Hitler à sa place, soutient-on encore et encore, la Seconde Guerre mondiale n’aurait jamais eu lieu.

 

La stupide comparaison de Poutine avec Hitler est censée faire peur aux gens. Ils doivent se préparer à la grande confrontation avec le Mal éternel. Comme dans toute économie de guerre, ils doivent mettre de côté leurs besoins personnels au profit du grand effort nécessaire pour écraser l’ennemi décrit comme hyper-puissant.

 

Adieu les nouvelles places en crèche, adieu les écoles toute la journée, la prise en charge des enfants et des jeunes, adieu les systèmes de retraite équitables, la dignité dans la vieillesse, les investissements dans le système de santé et les soins.

 

Dorénavant, chaque euro sera utilisé pour la formation à la défense. Chaque pays doit consacrer 2% du produit intérieur brut, chaque année, pour son armement. À cela s’ajoutent maintenant les coûts énormes pour élargir les routes sur lesquelles les blindés pourront rouler vers l’Est, pour renforcer des ponts qui devront supporter les énormes colosses de métal. Sans aucun égard pour l’environnement, les autoroutes devront pouvoir être utilisées en cas de guerre comme pistes d’atterrissage et de décollage pour les bombardiers meurtriers. Les lignes de chemin de fer doivent être modernisées, non pas pour se rendre mieux, plus vite et plus ponctuellement de A à B, mais pour qu’on puisse les employer, en cas de besoin, pour la victoire.

 

Mais chers concitoyens, soyez confiants et donnez volontiers pour les chars, les fusées et les bombardiers. Pour le moment, ils ne veulent que votre argent. Mais tôt ou tard, ils viendront et ils vous demanderont vos enfants et vos petits-enfants.

 

Wolfgang Jungmann

Elections en Catalogne : quelle claque pour Rajoy et l’ultra-droite !

 

Le néo-franquiste Mariano Rajoy, chef du gouvernement de Madrid, ultra-conservateur et « plus pourri que les égouts de la ville », selon un syndicaliste ami, a reçu une belle claque aux élections catalanes du 21 décembre 2017, imposées précisément par lui.

Savourons donc notre plaisir... Les trois formations « indépendantistes » obtiennent la majorité absolue : 70 sièges sur 135.

 

MAIS l’avenir d’une « République catalane » sociale, progressiste, non inféodée à Bruxelles, n’est pas assuré pour autant. La stratégie du rejeton franquiste Rajoy tenait en quelques mots ? Jeter de l’huile sur le feu de la crise aiguisée par lui et « le système », depuis des mois, refuser tout dialogue, toute remise en cause d’une « transition » obsolète... afin de ramasser la mise politicienne. Son parti, le « parti populaire », vomi par les Catalans, arrive en dernier, tout à fait en queue. C’est que « Marianito », ce triste personnage, et ses acolytes, ont réprimé, sans aucune retenue, le référendum du premier octobre 2017, et la déclaration unilatérale le 27 octobre 2017, d’une brumeuse « République catalane »... cognant sur femmes, enfants, vieillards... Tout fait matraque ! Tous des « rouges » ! M. Rajoy a fait en réalité un coup d’État qui ne dit pas son nom, et mis la Catalogne sous tutelle de Madrid, humiliation suprême, jeté des dirigeants « indépendantistes », élus démocratiquement, en prison, condamner d’autres à l’exil. L’article 155 visait à installer en Catalogne une « dictature molle », à briser les résistances, à réinstaurer l’ordre ancien : répression d’Etat et misère sociale, violation des droits de l’homme, atteinte aux libertés de base... La droite ultra a voulu appliquer aux Catalans le bâillon et le corset d’un franquisme encore présent dans les réalités et les mémoires. On le sait : l’Espagne n’a pas réellement « défranquisé ». Le franquisme fut un régime parmi les plus sanglants de l’histoire contemporaine. L’article 155 ressemble comme goutte d’eau aux oukases franquistes.

 

En 2006, alors qu’un nouveau statut d’autonomie de la Catalogne, plus large, avait fait la quasi unanimité, « Marianito » l’héritier du franquisme, le fit annuler par une justice majoritairement dépendante, provoquant en Catalogne des réactions de colère populaire, de dignité, et une montée en flèche de la revendication « indépendantiste » (elle tournait à l’époque autour des 5% à peine). La majorité des « indépendantistes » associent désormais la revendication nationale à la souveraineté, au respect par Madrid des droits historiques des Catalans, au fait national, culturel, encore brimé. L’emprise mortelle du libéralisme, de Bruxelles, a exacerbé les exigences. La tentative de reprise en mains vient de connaître un échec cinglant. Le taux de participation aux urnes a atteint une record historique : plus de 82% de votants.

 

Dans les conditions fort difficiles du moment, avec un roitelet sorti de sa réserve, outrepassant son rôle de chef d’Etat « modérateur », avec un matraquage inouï des droites « unionistes », la victoire des « indépendantistes » n’en est que plus significative des attentes démocratiques et sociales des Catalans. Avec un président légitime, Carles Puigdemont (« Démocrates », PDeCAT), contraint à l’exil et un vice-président Oriols Junqueras, gauche républicaine de Catalogne, (ERC), embastillé à Madrid, le résultat des trois formations « indépendantistes » (ajoutons le bloc CUP-Junts per Catalunya), constitue bien une victoire populaire, même si elle n’est pas dénuée d’ambigüités et de contradictions de classe. Et même si la nouvelle droite (Ciudadanos) « Ciudadans », cache-sexe de l’autre, l’ancienne, issue du franquisme, a drainé ceux qui veulent le statu quo et ont peur..., la peur, un argument électoral facile.

 

Seule une réparation, seule une libération rapide et une amnistie de tous les détenus, les poursuivis, seule une issue politique négociée, seule « une Espagne (enfin) de toutes les Espagne », plurinationale, fédérale, seul un nouveau pacte fédéral, un processus constituant, pourront éviter la rupture définitive, si cela est encore possible.

 

Jean ORTIZ

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