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Publié par El Diablo

Le CHIEN DE GUERRE américain veut mordre. Mais QUOI et COMMENT ?

Le CHIEN DE GUERRE américain veut mordre. Mais QUOI et COMMENT ?

Ce pourrait être vraiment drôle, si ce n’était pas si dangereux pour des millions de personnes vivant dans le monde. L’Empire, autrefois puissant, impitoyable et effrayant, saute maintenant comme un chien atteint de la rage; il salive, aboie bruyamment, sa queue est raide entre ses jambes.

 

Il happe à gauche et à droite, et périodiquement, il essaie même de mordre un morceau de Lune. Mais la Lune est loin, trop loin, même pour le pays le mieux armé et le plus agressif de la Terre.

 

L’Iran est beaucoup plus proche, de même que la Corée du Nord, la Syrie, le Venezuela, la Russie, la Chine, le Pakistan et d’autres pays qui ont réussi à se poser sur cette fameuse liste de merde de l’Ordre mondial néo-colonialiste fabriquée par l’Occident.

 

Le directeur général de ce que l’Occident aime définir comme le «monde libre» se comporte de plus en plus comme un voyou et un raciste, insultant les pays africains qui ont survécu au génocide et à la traite des esclaves et qui ont été pendant des siècles, colonisés, pillés et asservis d’abord par divers Etats européens « éclairés », puis par les efforts coordonnés des gouvernements occidentaux et des multinationales.

 

[…]

 

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Mike Pence : les États-Unis sont prêts à parler avec la Corée du Nord

 

12 Février 2018
Vous remarquerez que nos médias français qui ne pouvaient parler de la Corée du nord sans inventer une histoire totalement ubuesque et délirante sur son dirigeant ont du mal à suivre le film, mais que l’on se rassure ils sauront rapidement où est leur devoir et leur ligne et quelle que soit leur antipathie pour Trump ils suivront sa ligne erratique
 
(note et traduction de Danielle Bleitrach).


Publié: Feb 12 2018 05:32 GMT

Le vice-président des États-Unis et le président de la Corée du Sud ont convenu d’une stratégie que Pence a décrite comme « pression et engagement maximum en même temps ».

 

Mike Pence: États-Unis est prêt à parler avec la Corée du Nord

Le Vice-président américain, Mike Pence, le chef de l’État de la Corée du Nord, Kim Yong-nam, et la sœur cadette du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, Kim Yo-jong, assistent à la cérémonie d’ouverture les Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang, en Corée du Sud, le 9 février 2018.

Les Etats-Unis sont prêts à participer à des pourparlers avec la Corée du Nord sur son programme nucléaire, a déclaré le vice-président américain Mike Pence dans une interview au Washington Post .

 

Lors des rencontres dans le cadre des Jeux Olympiques d’hiver à Pyeongchang, Pence et le président sud-coréen Moon Jae-in se sont entendus sur une stratégie  après les Jeux Olympiques, que le vice-président américain qualifie de « pression maximale » et engagement en même temps.

 

« Si tu veux parler, on parlera »

 

« La pression ne sera pas diminuée jusqu’à ce qu’ils fassent vraiment quelque chose que l’alliance estime représenter un pas significatif vers la dénucléarisation », a déclaré Pence.

 

De cette façon,  « la campagne de pression maximale va continuer et s’intensifier », selon le haut responsable américain. « Mais si vous voulez parler, nous parlerons », a ajouté Pence.

 

Selon les médias, les commentaires du vice-président représentent un écart par rapport à la position antérieure de l’administration Trump selon laquelle il ne s’engagerait dans un dialogue avec la Corée du Nord que si Pyongyang acceptait l’objectif de la dénucléarisation.

 

Pence a endossé ce nouvel engagement après que Moon lui ait assuré que les Nord-Coréens n’obtiendraient pas des avantages économiques ou diplomatiques simplement en parlant, mais en prenant des mesures concrètes vers la dénucléarisation, a indiqué le journal

Quand ils lynchaient les noirs, les blancs aussi se croyaient soldats de Dieu

 

11 Février 2018

Jamelle Bouie, traduit par Bérengère Viennot — 

A l’instar des barbaries de l’Etat islamique, le lynchage et la torture des noirs américains pendant la ségrégation n’étaient pas seulement des actes de racisme mais aussi des actes empreints de signification religieuse, justifiés par le christianisme de l’époque

Carte postale du lynchage de Duluth qui a eu lieu en juin 1920 via Wikimedia / Domaine public
Carte postale du lynchage de Duluth qui a eu lieu en juin 1920 via Wikimedia / Domaine public
Si, selon un certain cliché, les Américains ont la mémoire courte, cela n’empêche pas, depuis le samedi 7 février, un bon nombre d’entre nous de débattre au sujet des guerres de religion médiévales et de l’idée que nous puissions en tirer quelques leçons sur la violence qui règne aujourd’hui au Moyen-Orient.
 
Ce qu’a dit Obama
 
Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, ce débat fait suite aux commentaires du président Obama lors du National Prayer Breakfast annuel, où –après avoir condamné le groupe radical Etat islamique et l’avoir qualifié de «culte de la mort»– il a proposé une réflexion appelant à la rationalisation.
«Avant de monter sur nos grands chevaux et de penser que le phénomène est l’apanage d’un lieu différent du nôtre, souvenons-nous que pendant les croisades et l’Inquisition, les gens ont commis des actes atroces au nom du Christ. Dans notre patrie, l’esclavage et les lois [ségrégationnistes] Jim Crow ont trop souvent été justifiés au nom du Christ (…) Par conséquent, cela n’est pas l’apanage d’un seul groupe ou d’une seule religion. Il existe une tendance en nous, une tendance immorale qui peut pervertir et déformer notre foi.»
Ce point simplissime –«aucune foi n’a le monopole de l’arrogance religieuse»– est devenu un point d’ignition partisan incitant les conservateurs à sermonner le président en l’accusant de «mettre sur le même pied» chrétiens croisés et radicaux islamiques, à l’accuser d’entretenir des croyances anti-chrétiennes et à se demander pourquoi il évoque un conflit vieux de plusieurs siècles, quand bien même on relèverait quelques analogies entre celui-ci et l’époque actuelle.
 
Ce qui nous manque dans l’argument sur les croisades cependant, c’est la mention par Obama de l’esclavage et de Jim Crow. Dans The Atlantic, Ta-Nehisi Coates choisit de souligner les justifications religieuses de l’esclavage américain, et il vaut la peine d’en faire autant pour son successeur d’après la guerre de Sécession. Et puisque nous en sommes à réfléchir en termes de violence religieuse, nous nous devons de nous pencher sur le spectacle le plus brutal du règne de Jim Crow: le lynchage.
 
Pendant pratiquement tout le siècle entre les deux Reconstructions américaines, la plus grande partie du Sud blanc a fermé les yeux et approuvé la violence terroriste exercée contre les noirs. Un nouveau rapport de l’Equal Justice Initiative, basée en Alabama, signale presque 4.000 lynchages de noirs dans 12 Etats du Sud –en Alabama, en Arkansas, en Floride, en Géorgie, dans le Kentucky, en Louisiane, dans le Mississippi, en Caroline du Nord et du Sud, au Tennessee, au Texas et en Virginie– entre 1877 et 1950, ce qui, note l’organisation, représente «au moins 700 lynchages de plus dans ces Etats que ce qui avait été signalé auparavant».
Il serait inconcevable qu’ils aient pu infliger douleurs et tourments aux corps des hommes noirs sans imaginer cette violence en tant qu’acte religieux 
 
Amy Louise Wood, historienne
 
« Le Juge Lynch » –nom donné par la journaliste et militante antiségrégationniste Ida B. Wells aux foules de lyncheurs– se montrait capricieux, impitoyable et barbare à l’égard de ses victimes. C.J. Miller, accusé à tort du meurtre de deux sœurs adolescentes blanches dans l’ouest du Kentucky, fut « traîné dans les rues jusqu’à un échafaud de fortune fait de vieilles douves de tonneau et autre petit bois», écrit l’historien Philip Dray dans At the Hands of Persons Unknown: The Lynching of Black America. Ses agresseurs le pendirent à un poteau téléphonique, et tandis que «la première chute lui brisa le cou (…) le corps fut soulevé et abaissé à maintes reprises pendant que la foule le criblait de balles avec des armes de poing ». Son corps resta pendu dans la rue pendant deux heures, au cours desquelles il fut photographié et mutilé par des badauds. Puis il fut décroché et brûlé.
Plus sauvage encore fut le lynchage de Mary Turner, tuée pour avoir protesté contre le meurtre de son mari, et de l’enfant qu’elle portait.
«Devant une foule où se trouvaient des femmes et des enfants, écrit Philip Dray, Mary fut déshabillée, pendue par les chevilles, aspergée d’essence et brûlée à mort. Au milieu de son supplice, un homme blanc lui ouvrit le ventre avec un couteau de chasse et son bébé tomba à terre, poussa un cri et fut piétiné à mort.»

Des rituels de l’évangélisme sudiste et de son dogme

 

Ces lynchages n’étaient pas seulement des punitions infligées par des groupes d’autodéfense, ou, comme le note l’Equal Justice Initiative, « des actes de célébration du contrôle et de la domination d’une race sur l’autre ». C’était des rituels. Et plus spécifiquement, des rituels de l’évangélisme sudiste et de son dogme d’alors prônant la pureté, le littéralisme et la suprématie blanche.
 
« Le christianisme était le principal prisme par lequel la plupart des Sudistes conceptualisaient et donnaient un sens à la souffrance et à la mort, quelle que soit leur forme », écrit l’historienne Amy Louise Wood dans Lynching and Spectacle: Witnessing Racial Violence in America, 1890–1940.
«Il serait inconcevable qu’ils aient pu infliger douleurs et tourments aux corps des hommes noirs sans imaginer cette violence en tant qu’acte religieux, chargé de symbolisme et de signification chrétienne.»
Le Dieu du Sud blanc exigeait de la pureté –pureté incarnée par la femme blanche. Les Sudistes blancs construisirent une frontière à l’aide de la ségrégation. Mais quand celle-ci était violée, c’est avec le lynchage qu’ils réparaient la brèche et affirmaient qu’ils étaient libres de toute contamination morale, représentée par les noirs, par les hommes noirs en particulier –même si elle ne se limitait pas à eux. Leo Frank, lynché en 1915, était juif.
 
La brèche imaginée était souvent d’ordre sexuel, définie par le mythe du violeur noir, un «démon» et une «bête» décidée à profaner la pureté chrétienne de la féminité blanche. Dans son récit du lynchage d’Henry Smith –tué à la suite d’accusations de viol et de meurtre d’une fillette de 3 ans, Myrtle Vance– P.L. James raconte comment l’énergie d’une ville et d’un pays entier s’était tournée vers «l’arrestation du démon qui avait dévasté un foyer et souillé une vie innocente».
 
La « volonté de Dieu »

James n’était pas un cas isolé. De nombreux autres défenseurs du lynchage interprétaient leurs actes comme un devoir chrétien, consacré comme étant la volonté de Dieu contre la transgression raciale.
«Après le lynchage de Smith, note Amy Louise Wood, un autre de ses défenseurs écrivit: “ce ne fut rien d’autre que la vengeance d’un Dieu outragé, qui Lui fut offerte, au moyen de l’instrument que furent ceux qui provoquèrent la crémation.»
Comme l’écrit Donald G. Mathews, professeur émérite à l’UNC-Chapel Hill dans le Journal of Southern Religion:
«La religion s’insinuait dans le lynchage communautaire parce que cet acte se produisait dans le contexte d’un ordre sacré conçu pour garantir la sainteté.»
L’«ordre sacré» c’était la suprématie blanche, et la «sainteté», la vertu blanche.Je me dois de souligner que les noirs de l’époque voyaient le lynchage comme étant enraciné dans la pratique chrétienne des Sudistes blancs. «Il est extrêmement douteux que le lynchage puisse exister dans une autre religion que le christianisme», écrivit Walter White, leader de l’association de défense des droits civiques NAACP en 1929.
«Quiconque connaît bien les prédicateurs intempestifs, acrobatiques, fanatiques prêchant les feux de l’enfer dans le Sud, et a vu les orgies d’émotion qu’ils suscitent, ne peut douter un seul instant qu’ils libèrent des passions dangereuses contribuant à l’instabilité émotionnelle et jouant un rôle dans les lynchages.»
Rien de tout cela n’était intrinsèque au christianisme: c’était une question de pouvoir, et du besoin qu’avaient les puissants de sanctifier leurs actes
 
Et si certains chefs d’église ont condamné ces pratiques comme étant contraires à la parole de Dieu –« Religion et lynchage, christianisme et écrasement, feu et bénédiction, sauvagerie et raison nationale ne peuvent aller main dans la main dans ce pays », affirmait un éditorial en 1904– le consentement écrasant du Sud blanc confirmait le point de vue de Walter White.
 
Le seul christianisme sudiste uni dans son opposition au lynchage était celui des noirs américains, qui tentaient de re-contextualiser les attaques comme un genre de crucifixion et ses victimes comme des martyrs, renversant la situation et faisant des noirs les véritables héritiers du salut et de la rédemption chrétienne. Et c’est ce dernier point qui doit mettre en exergue le fait que rien de tout cela n’était intrinsèque au christianisme: c’était une question de pouvoir, et du besoin qu’avaient les puissants de sanctifier leurs actes.
 
Pourtant, il est impossible de nier que le lynchage –dans toute sa grotesque violence– était un acte empreint de signification religieuse, justifié par le christianisme de l’époque.
 
Il avait également un caractère politique: c’était un acte de terreur et de contrôle social et la chasse gardée de citoyens privés, de responsables publics et de législateurs puissants. Le sénateur Ben Tillman de Caroline du Sud défendit le lynchage devant le Congrès des Etats-Unis, et le président Woodrow Wilson applaudit un film qui célébrait le juge Lynch et ses disciples.
 
Ce qui signifie qu’Obama avait raison. Les environnements extrêmement différents de l’Amérique d’avant les droits civiques et du Moyen-Orient d’aujourd’hui cachent les similitudes conséquentes qui existent entre la violence religieuse relativement récente de nos ancêtres suprématistes blancs et celle de nos ennemis contemporains. Et le fossé actuel entre musulmans modérés et leurs opposants fanatiques trouve une analogie dans notre division passée entre christianisme nordiste et son homologue sudiste.
 
Il ne s’agit pas tant de relativisme que de vision clairvoyante de notre vulnérabilité commune, de la vérité qui est que les graines de la violence et de l’autocratie peuvent germer n’importe où, et du fait que notre position actuelle de supériorité morale n’est pas la preuve d’une quelconque supériorité intrinsèque.
 
Jamelle Bouie
Jamelle Bouie (46 articles)
Journaliste

The New York Time : Jeux Olympiques ouverts avec les Corées marchant ensemble, offrant un espoir de paix

 

09 Février 2018

Par MOTOKO RICH

L’équipe coréenne unifiée défile lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver au stade olympique de Pyeongchang. CréditJames Hill pour le New York Times
PYEONGCHANG, Corée du Sud –
 
La cérémonie d’ouverture des 23es Jeux olympiques d’hiver s’est déroulée vendredi sous des températures glaciales et dans un esprit digne, alors que les athlètes des deux Corées marchaient ensemble dans le stade à moins de 50 milles de la frontière fortifiée, il s’agissait  d’une percée dans une impasse géopolitique tendue qui avait suscité des craintes de conflit nucléaire.
 
Les festivités ont commencé pour célébrer ce que les organisateurs disent être les plus grands Jeux olympiques d’hiver, avec 92 pays participants. Les délégations nord et sud-coréennes, marchant sous un drapeau commun, incarnaient les espoirs d’une péninsule divisée par l’histoire et l’idéologie.
 
Alors que les récents Jeux Olympiques ont cherché à mettre la politique de côté, le contenu stratégique de l’événement de Pyeongchang cette année aura été inévitable.
 
Kim Yo-jong, la plus jeune sœur de Kim Jong-un, leader de la Corée du Nord, était assise à la cérémonie d’ouverture, juste derrière le vice-président Mike Pence, qui dirigeait la délégation américaine. Était également présent le père d’ Otto Warmbier, l’étudiant américain emprisonné en Corée du Nord l’année dernière, rentré dans le coma et décédé peu de temps après.
 
Plus tôt dans la semaine, les Etats-Unis ont mis en garde contre une offensive de charme nord-coréenne et ont annoncé leur intention d’imposer leurs sanctions les plus dures contre Pyongyang, qui a organisé un défilé militaire qui mettait en vedette les ICBM un jour avant l’ouverture des Jeux.
 
Le drame politique s’élevait  au-dessus d’autres histoires olympiques, y compris la participation d’athlètes russes malgré une interdiction après un scandale de dopage , et l’apparition du premier contingent nigérian aux Jeux d’hiver avec une équipe féminine de bobsleigh . Et puis, il y a les espoirs de la médaille d’or, comme Nathan Chen, le prodige américain de la patinoire qui tentera de décrocher cinq sauts quad en compétition, et Chloe Kim , le phénomène de snowboard coréen-américain chez les adolescentes.
 
Et comme s’il n’y avait déjà pas assez de distractions, une recrudescence du norovirus hautement contagieux s’est propagée du personnel de sécurité à d’autres travailleurs olympiques.
Interprètes à l’intérieur des costumes d’animaux lors de la cérémonie d’ouverture. CréditHilary Swift pour le New York Times
En prélude à la cérémonie d’ouverture, la Corée du Nord a dominé le cycle de l’information. Depuis que la Corée du Nord a accepté d’envoyer 22 athlètes et un entourage d’artistes artistiques et dignitairesaux Jeux, les médias de nouvelles ont été rivés par une visite d’avance par l’ une des stars de la pop les plus célèbres de la Corée du Nord , l’arrivée de pom – pom girls nord – coréens en manteaux de laine rouge , et les controverses pour savoir si la participation du Nord aux Jeux olympiques violerait les sanctions internationales punissant la Corée du Nord pour son développement d’armes nucléaires.
 
Et la visite de M. Pence – qui comprenait une réunion vendredi avec des transfuges nord-coréens – a révélé des tensions de plus en plus fortes entre les alliés de longue date, en suggérant que la Corée du Sud réduise ses liens avec le Nord après la fin des Jeux olympiques. M. Pence n’a pas non plus assisté à un dîner d’État près du site des Jeux olympiques, ce qui l’a empêché de passer du temps avec la délégation nord-coréenne.
 
Mais le président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, semble considérer les Jeux comme un élément central de ses efforts pour impliquer activement la Corée du Nord et persuader le pays ermite d’entamer des négociations pour réduire son programme de missiles nucléaires et balistiques.
 
« Beaucoup considéraient comme un rêve impossible d’avoir des Jeux olympiques de la paix, auxquels la Corée du Nord participerait et les deux Corées formeraient une équipe commune », a déclaré M. Moon dans une allocution devant le Comité international olympique cette semaine.
 
La cérémonie d’ouverture de vendredi, dirigée par Song Seung-whan, un acteur sud-coréen et créateur de théâtre populaire, a cherché à projeter une vision de l’unification et de la paix sur la péninsule longtemps divisée.
 
« Comme point de départ, la Corée est le seul pays divisé au monde », a déclaré M. Song dans une interview quelques heures avant le début de la cérémonie. Il a dit que même si la Corée du Nord n’était pas censée y participer quand il a commencé à planifier les thèmes de la cérémonie, « nous avons commencé avec la paix en tête ».
 
« Bien sûr, c’était une surprise », a-t-il déclaré à propos de la décision du Nord de se joindre aux Jeux. « Ce sera l’occasion pour la paix que nous pensions d’être montrée au monde d’une manière plus profonde. »
Kim Yo-jong, soeur de Kim Jong-un, saluant le président sud-coréen Moon Jae-in et son épouse Kim Jung-sook lors de la cérémonie d’ouverture. CréditDoug Mills / Le New York Times
Bien que les athlètes des deux Corées aient marché sous un drapeau unifié, un groupe de danseurs et de tambours traditionnels a dessiné la forme du Taegeuk, le modèle traditionnel qui apparaît sur le drapeau sud-coréen. Et un hymne aux développements technologiques en intelligence artificielle a mis en évidence les réalisations sud-coréennes.
 
Une réaction contre la participation de dernière minute de la Corée du Nord, en particulier l’ajout d’une douzaine de joueurs nord-coréens de hockey sur glace à la liste de l’équipe sud-coréenne, a jeté une ombre sur un moment destiné à illustrer l’ unité .
 
« Au lieu de prêter attention à tous les excellents athlètes qui viennent du monde entier, nous portons toute notre attention à l’équipe de hockey féminin inter-coréenne », a déclaré Elisa Lee, ancienne championne de tennis de table et entraîneue pour la Corée du Sud. un ancien membre de l’Assemblée nationale, a déclaré dans une interview cette semaine à Séoul. « Je pense que c’est un peu malheureux. »
 
Les critiques craignaient également que, dans la recherche de meilleurs liens avec la Corée du Nord, M. Moon se soit trop compromis.
 
« S’intéresser à un dictateur comme Kim Jong-un est un conflit avec la dignité » des Sud-Coréens, écrit Yoon Pyung-joong, professeur de philosophie politique à l’Université Hanshin, dans un éditorial publié ce mois-ci dans le quotidien sud-coréen Chosun Ilbo. « La crise de la péninsule coréenne ne sera pas résolue par un événement unique comme des jeux sportifs ou un sommet intercoréen. »
 
Mais l’émotion de voir les Corées défiler sous le même drapeau a ému quelques spectateurs. Plus de 100 Sud-Coréens en direct sur un écran dans le centre de Séoul ont applaudi  à tout rompre  en regardant ce moment.
 
Kim Tae-yoon, 21 ans, étudiant en études médiatiques à Cheonan, a déclaré qu’il avait douté de la participation des Nord-Coréens aux Jeux.
 
« Je me demandais si l’un de nos efforts serait un pas vers l’unification alors que nous pourrions très bien être utilisés pour la propagande nord-coréenne », a déclaré M. Kim. « Mais les deux Corées marchant ensemble avaient l’air bien. J’espère que les Jeux olympiques de Pyeongchang resteront dans les mémoires et que nous avons montré au monde que nous communiquions bien avec la Corée du Nord» 
Les batteurs se produisent lors de la cérémonie d’ouverture. Le président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, considère que les Jeux sont au cœur de ses efforts pour engager de manière proactive la Corée du Nord. CréditDoug Mills / Le New York Times
Peut-être le moment le plus émouvant de la soirée est-il arrivé lorsque les anté pénultièmes porteurs de la flamme se sont révélés être Chung Su-hyon, un joueur nord-coréen pour l’équipe de hockey coréenne unifiée, et Park Jong-ah, un joueur sud-coréen. La paire a porté le flambeau jusqu’au dernier étage et l’a remis à Yuna Kim, la patineuse artistique sud-coréenne qui a remporté la médaille d’or en 2010 et la médaille d’argent en 2014.
 
Ce n’était pas la première fois que des athlètes de la Corée du Nord et de la Corée du Sud marchaient ensemble sous un même drapeau. Ils l’ont fait en 2000 aux Jeux Olympiques de Sydney en Australie, en 2004 à Athènes et en 2006 à Turin en Italie. 
 
Mais en faisant cela en Corée du Sud – et dans la province de Gangwon, où la Corée du Nord est visible depuis les sommets des pistes de ski – le symbolisme cette fois-ci était particulièrement frappant. Il a également contrasté avec les Jeux Olympiques d’été de 1988 à Séoul, où les Nord-Coréens n’ont pas participé à une attaque terroriste dans laquelle des espions avaient fait exploser un avion sud-coréen 10 mois avant les Jeux, tuant tout le monde à bord.
 
Les Jeux Olympiques de Séoul ont fini par être un tournant pour la Corée du Sud qui s’est éloignée économiquement, politiquement et culturellement de la Corée du Nord.
 
C’était aussi, comme il s’est avéré, un tournant pour le monde. Après deux jeux d’été passés à Moscou et à Los Angeles, les pays qui avaient suspendu ces jeux envoyaient tous des athlètes à Séoul, ce qui en faisait l’hôte du plus grand nombre de nations participantes pendant la guerre froide.
 
Un an plus tard, le mur de Berlin est tombé. L’Union Soviétique s’est effondrée peu de temps après.
 
« Dans un sens, la guerre froide a symboliquement pris fin avec les Jeux olympiques de Séoul », a déclaré Lee O. Young, directeur artistique de la cérémonie d’ouverture de 1988, dans une interview accordée à sa bibliothèque à Séoul cette semaine.
 
M. Lee, dont le slogan pour ces cérémonies était « au-delà du mur », a dit qu’il croyait en la puissance de l’imagination pour conduire le changement.
 
« Les Jeux Olympiques de Pyeongchang, de manière très surprenante, pourraient être un autre tournant dans la façon dont les Jeux Olympiques de Séoul se sont déroulés », a déclaré M. Lee. « Après les Jeux Olympiques de Séoul, nous avons connu une nouvelle guerre froide, et les Jeux Olympiques de Pyeongchang pourraient marquer une autre étape. »
 
Su-hyun Lee a contribué au reportage de Séoul.
 

« Le rêve américain est vite en train de devenir l’illusion américaine. »

 

En décembre de l’année dernière, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, le professeur Philip Alston, a parlé de l’enquête de 15 jours qu’il a réalisée dans certains des quartiers les plus pauvres des États-Unis. Alston, l’auteur de la phrase citée dans le sous-titre de l’article, est Australien et professeur de droit à l’Université de New York. Au cours de sa mission, il est allé dans les états d’Alabama, Californie, Virginie-Occidentale, Texas, Washington et à Porto Rico.

 

Les propos d’Alston sur la pauvreté et l’inégalité aux États-Unis ont été passés sous silence par la plupart des grands médias.

 

Alston a toujours fait preuve d’impartialité, ce qui rend sa déclaration sur la pauvreté américaine incontournable.

 

Il a critiqué la Chine dans son rapport sur ce pays (le gouvernement chinois l’a plus tard accusé d’ « ingérence » dans son système judiciaire). Il souhaite que le Sri Lanka fasse l’objet d’une enquête pour crimes de guerre contre sa minorité tamoule. Selon The Guardian, Alston a également « vertement critiqué le régime saoudien pour son traitement des femmes, des mois avant que le royaume ne leur donne le droit de conduire, dénoncé le gouvernement brésilien pour avoir attaqué les pauvres sous couvert d’austérité, et même éreinté l’ONU pour avoir importé le choléra en Haïti ». Alston a également reproché à la Banque mondiale d’avoir « joué un double jeu » et engendré « un nivellement par le bas » des droits de l’homme ».

 

Alston a commencé sa déclaration sur les États-Unis en affirmant que « dans la pratique, les États-Unis sont le seul pays développé à affirmer que, si les droits de l’homme sont d’une importance fondamentale, ils n’incluent pas le droit de ne pas mourir de faim, ni de ne pas mourir d’un manque d’accès à des soins de santé abordables, ni de ne pas grandir dans un contexte de privation totale. . . en fin de compte, surtout dans un pays riche comme les Etats-Unis, la persistance de l’extrême pauvreté est le choix politique de ceux qui détiennent le pouvoir. S’il y avait une volonté politique de supprimer la pauvreté, il serait facile de le faire ».

Il a ensuite parlé de son enquête de terrain elle-même :

« J’ai rencontré beaucoup de gens qui survivent difficilement dans le quartier de Skid Row au centre de Los Angeles, j’ai vu un policier de San Francisco dire à un groupe de sans-abris de circuler, mais ne pas savoir quoi répondre quand ils ont demandé où ils pouvaient aller, j’ai entendu des gens me dire que des milliers de pauvres gens font l’objet de contraventions qui semblent intentionnellement conçues pour rapidement devenir des dettes insurmontables, des peines de prison et des amendes destinées à regarnir les coffres de la municipalité, j’ai vu des arrière-cours inondées par les eaux usées dans des États où les gouvernements ne considèrent pas qu’assurer les services publics de base soient de leur responsabilité, J’ai vu des gens qui avaient perdu toutes leurs dents parce que les soins dentaires des adultes ne sont pas couverts par la plupart des aides offertes aux plus démunis, j’ai été informé de l’augmentation des taux de mortalité et de la destruction des familles et des communautés par les médicaments addictifs et autres drogues, et j’ai rencontré des gens dans le sud de Porto Rico qui vivaient près d’une montagne de cendres de charbon qui imprègnent l’air et sont cause de maladies, de handicaps et de mort ».

Répondant à la demande d’éléments de comparaison entre les États-Unis et d’autres pays, Alston a fourni des statistiques intéressantes. (Dans plusieurs cas, j’ai complété les comparaisons d’Alston avec des données provenant d’autres sources.)

 

De nombreux indicateurs confirment que les États-Unis sont l’un des pays les plus riches du monde. Ils dépensent plus en défense nationale que la Chine, l’Arabie saoudite, la Russie, le Royaume-Uni, l’Inde, la France et le Japon réunis.

 

Les dépenses de santé américaines par habitant sont deux fois plus élevées que la moyenne de l’OCDE et beaucoup plus élevées que dans tous les autres pays. Mais il y a beaucoup moins de médecins et de lits d’hôpital par personne que la moyenne de l’OCDE.

 

Les taux de mortalité infantile aux États-Unis en 2013 étaient les plus élevés des pays développés.

 

En moyenne, les Américains ont une espérance de vie en bonne santé plus courte que les gens vivant dans d’autres démocraties riches, et le « fossé de santé » entre les États-Unis et les pays comparables continue de se creuser.

 

Les niveaux d’inégalité aux États-Unis sont beaucoup plus élevés que dans la plupart des pays européens.

 

Les maladies tropicales pas ou mal soignées, comme le Zika, sont de plus en plus fréquentes aux Etats-Unis. On estime que 12 millions d’Américains vivent avec une infection parasitaire non soignée. Un rapport datant de 2017 montre que les infections causées par l’ankylostome sont très courantes dans le comté de Lowndes, en Alabama.

 

Les États-Unis ont le plus fort taux d’obésité des pays développés.

 

En termes d’accès à l’eau et à l’assainissement, les Etats-Unis se situent au 36ème rang mondial.

 

L’Amérique a le taux d’incarcération le plus élevé au monde, devant le Turkménistan, le Salvador, Cuba, la Fédération de Russie et la Thaïlande. Son taux est près de 5 fois supérieur à la moyenne de l’OCDE.

 

Le taux de pauvreté chez les jeunes aux États-Unis est le plus élevé de l’ensemble de l’OCDE, 25 % des jeunes vivent dans la pauvreté aux Etats-Unis par rapport à moins de 14 % dans l’ensemble de l’OCDE.

 

Le Centre Stanford sur l’inégalité et la pauvreté classe les pays les plus riches en fonction du marché du travail, de la pauvreté, du filet de sécurité, de l’inégalité du niveau de vie et de la mobilité économique. Les États-Unis se classent au dernier rang des 10 pays les plus riches.

 

Dans l’OCDE, les États-Unis sont 35ième sur 37 pour ce qui concerne la pauvreté et l’inégalité. Selon Alston, 19 millions de personnes vivaient dans une grande pauvreté (un revenu familial total inférieur à la moitié du seuil de pauvreté) aux États-Unis en 2017.

 

Selon les données de la Income Database (WID.world), les États-Unis ont le coefficient Gini (qui mesure l’inégalité) le plus élevé de tous les pays occidentaux.

Le Centre Stanford sur la pauvreté et l’inégalité qualifie les États-Unis d’ « exception manifeste et constante en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté des enfants ». Selon l’UNICEF (voir tableau ci-dessus), les États-Unis ont des taux de pauvreté infantile plus élevés que 15 autres pays riches. Selon l’Académie américaine des pédiatres, plus de la moitié des bébés américains risquent la malnutrition.

 

Selon le Service de recherche économique du département américain de l’agriculture, en 2016, 38,3 % des ménages dont le revenu était inférieur au seuil de pauvreté fédéral souffraient d’insécurité alimentaire.

 

Environ 55,7% de la population américaine en âge de le faire a voté lors de l’élection présidentielle de 2016 comparativement à une moyenne de 75 % dans les pays de l’OCDE. Dans les pays de l’OCDE, les États-Unis se sont classés au 28ième rang pour ce qui est de la participation électorale. Les électeurs inscrits aux États-Unis représentent une proportion beaucoup plus faible de l’électorat que dans tous autre pays de l’OCDE. Seulement 64 % environ de la population américaine en âge de voter (et 70 % des citoyens en âge de voter) était inscrite en 2016, comparativement à 91 % au Canada (2015) et au Royaume-Uni (2016), à 96 % en Suède (2014) et à près de 99 % au Japon (2014).

 

En un mot comme en cent, la plupart des pays développés font beaucoup mieux que les États-Unis en ce qui concerne les indicateurs internationalement reconnus du bien-être humain, tels que l’espérance de vie, la mortalité infantile, la mortalité des mères enceintes, les taux d’obésité, les taux d’incarcération, les taux d’homicide, les niveaux de scolarité, les disparités de revenu, les niveaux de pauvreté infantile, les normes nutritionnelles, le nombre des sans-logis, etc.

 

En fait, des données montrent que les États-Unis régressent dans tous ces domaines (contrairement à d’autres pays riches). Selon le Washington Post :

« L’espérance de vie à la naissance aux États-Unis a diminué pour la deuxième année consécutive en 2016, du fait de la hausse vertigineuse de 21 % du taux de mortalité, hausse due aux overdoses de drogues, ont déclaré jeudi les Centres de contrôle des maladies et de la prévention.

 

C’est la première fois, depuis 1962 et 1963, deux années où la grippe a causé un nombre de décès sans précédent, que les États-Unis connaissent deux années consécutives de baisse de l’espérance de vie ».

Selon Alston une grande partie de ce qui précède est la conséquence des choix politiques américains, et plus précisément de l’« importance illusoire que les États-Unis ont attaché à l’emploi  ».

 

Les propositions pour supprimer la protection sociale déjà insuffisante partent du principe que les pauvres doivent pouvoir vivre de leur travail au lieu d’être dépendants de l’aide sociale (un processus lancé par Bill Clinton avec le but de « vivre de son travail plutôt que de l’aide sociale ».)

 

Le présupposé presque risible ici est qu’il y a de nombreux emplois qui pourraient être occupés par des personnes qui ont un niveau d’éducation inférieur à la moyenne, des personnes handicapées (dont beaucoup le sont à cause d’un système de santé défaillant), des gens qui ont parfois un casier judiciaire (peut-être pour crime de vagabondage ou parce qu’elles ne sont pas en mesure de s’acquitter d’une contravention) et, tout cela, sans quasiment de formation ni d’aide pour trouver un emploi.

 

Les tentatives pour relever le salaire minimum, déjà faible par rapport aux normes d’autres pays développés, sont régulièrement contrecarrées par les Républicains.

 

Alston a dénoncé une autre assomption fallacieuse derrière ce présupposé, à savoir que les emplois que les pauvres pourraient obtenir les rendraient indépendants du système d’aide sociale. Il explique : « J’ai parlé à des travailleurs de Walmart et d’autres grands magasins qui ne pouvaient pas survivre avec leur salaire à temps plein sans bons d’alimentation. On estime que jusqu’ à 6 milliards de dollars du programme SNAP sont consacrés à ces travailleurs, ce qui constitue en fait une énorme subvention aux entreprises concernées ».

 

L’abolition des coupons alimentaires est au programme des Républicains. Il est à noter que l’endroit où les résidents dépendent le plus des bons d’alimentation est le comté d’Owsley, Kentucky, qui est blanc à 99,22 %, selon le recensement américain, et républicain à 95 %, et dont au moins 52 % des résidents ont reçu des bons d’alimentation en 2011.

 

On pourrait penser que les Américains acceptent stoïquement une telle situation parce qu’elle stimule l’économie américaine en lui fournissant des « bases » économiques saines.

 

Hélas, la plupart de ces « bases » : balance commerciale, dette publique (encore aggravée par les baisses d’impôts inconséquentes de Trump en faveur des riches), dette des ménages, déficit budgétaire, taux d’épargne négatif, dollar relativement faible, investissements et productivité médiocres depuis 2008, etc..., ne sont guère rassurants en ce qui concerne les Etats-Unis.

 

Il n’est pas nécessaire d’être un génie économique pour savoir que ce qui sauve les États-Unis, c’est le rôle du dollar en tant que principale monnaie de réserve mondiale ainsi que la taille de son économie. Un marché boursier gigantesque et omniprésent aide, mais comme cela contribue de façon significative aux booms et aux crises (87,97,2007, ??), sa contribution à l’ensemble de l’économie ne doit pas être surestimée. En termes économiques objectifs, donc, si leur économie était plus petite et que le dollar n’était pas la monnaie de réserve, les États-Unis ressembleraient vraisemblablement davantage au Brésil.

 

Après avoir fait sa déclaration sur les États-Unis, Alston a donné une interview à l’émission de radio Amy Goodman, au moment où les républicains publiaient leur projet de loi de réduction d’impôt qui fait maintenant loi. Je le cite :

« Le problème de l’élimination de la pauvreté tourne toujours autour des ressources : « Nous n’avons pas assez d’argent. » Encore une fois, les États-Unis ont de l’argent. Ils pourraient éliminer la pauvreté du jour au lendemain, s’ils le voulaient. J’en reviens à ce que je dis toujours : c’est un choix politique. Que veut-on faire de son argent ? Le donner aux riches ou créer une société décente, qui sera en fait économiquement plus productive que lorsqu’on se contente de donner de l’argent à ceux qui ont déjà beaucoup ? »

Il est impossible de ne pas être d’accord avec Philip Alston lorsqu’il dit que cet état de choses résulte d’un choix politique et non d’une nécessité économique.

 

Outre ses partisans de la ploutocratie (les Kochs, Papa John, le pizzaiolo, Sheldon Adelson, Art Pope, Robert Mercer, Robert Kraft, Robert Kraft, les époux DeVos, et bien sûr l’armée de leurs clients et émules des country clubs républicains), la base de Trump se compose de Blancs moyennement fortunés qui ont tenu le devant de la scène pendant de nombreuses décennies - ce qui leur a permis de supporter leur propre exploitation systémique – mais qui doivent maintenant la partager avec les noirs, les Latinos, les musulmans, les « gays » (comme dit l’évangéliste presque sénile, Pat Robertson) et avec un petit quota de réfugiés des guerres et des campagnes de bombardement américaines incessantes, etc...

 

Comme d’autres à CounterPunch l’ont fait remarquer, « Rendre sa grandeur à l’Amérique » est un message codé destiné à ce groupe de « victimes » blanches autoproclamées, qui s’imaginent qu’elles vont revenir sur le devant de la scène grâce à l’influence de Trump.

 

Soutenir un homme riche qui porte une casquette de baseball (fabriquée aux Etats-Unis mais à partir de tissus d’importation) et scande ce slogan, est un choix politique, au même titre que le choix de la ploutocratie de se remplir les poches déjà bien remplies en faisant des dons massifs à l’escroc à la casquette ; le terme « escroc » est le terme utilisée par ses collègues ploutocrates républicains Michael Bloomberg et Mitt Romney, qui ont des ambitions politiques personnelles qui ne s’accordent pas tout à fait avec le programme nationaliste blanc de Trump.

 

Trump, Romney ou Bloomberg ? Quel que soit celui qui l’emporte politiquement, c’est en fin de compte la ploutocratie qui gagnera.

 

Comme au temps de Bill Clinton et d’Obama.

 

Un autre choix politique dans ce contexte est celui des démocrates traditionnels, Schumer et Pelosi, de fanfaronner au Congrès dans un lamentable faux semblant d’opposition.

 

Et c’est ainsi qu’un grand nombre d’Américains se trouvent en face d’un choix résumé par un célèbre philosophe et dont il leur suffit de prendre conscience : « Vous n’avez rien à perdre à part vos chaînes ».

 

S’ils renoncent à leurs illusions, la libération des Américains les plus pauvres, qui semble impossible à atteindre, est pourtant toute proche.

 

Kenneth Surin

Kenneth Surin enseigne à l’Université Duke, de Caroline du Nord. Il vit à Blacksburg, en Virginie.

Traduction : Dominique Muselet

»» https://www.counterpunch.org/2018/02/08/poverty-american-style/
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Photo : Benghazi, Libye, 28 Février 28, 2016. © Esam Omran Al-Fetori / Reuters

L’impérialisme – terme généralement remplacé aujourd’hui par l’euphémisme « interventionnisme libéral » - a fait l’objet cette semaine d’un procès au Waterside Theatre de Derry, en Irlande du Nord.

 

Cinq orateurs passionnés et bien informés, dont l’ancien ambassadeur britannique en Syrie Peter Ford, ont décrit en détail le carnage et le chaos qui ont éclaté dans le monde entier à la suite des politiques agressives et belliqueuses des États-Unis et de leurs alliés les plus proches.

 

L’événement aurait pu s’appeler "La Guerre en procès". Ou bien "Le Changement de Régime en procès". Ou encore "Sanctions Economiques en procès". Mais son intitulé - grâce à l’organisateur Gregory Sharkey - était "L’Imperialisme en procès" et, comme le premier orateur, l’écrivain et journaliste John Wight l’a déclaré, ce fut en soi très important.

 

Car la vérité, c’est que le mot en « I » est l’éléphant dans le salon du discours contemporain. Nous ne sommes pas censés reconnaître son existence. L’impérialisme, selon le récit dominant de l’establishment, prit fin lorsque les empires européens accordèrent l’indépendance à leurs colonies dans les années 1950 et 1960. En fait, l’’ancien’ impérialisme n’a été remplacé que par une nouvelle variante encore plus destructrice et certainement plus malhonnête. L’Empire britannique, lui au moins, admettait qu’il était un empire.

 

Aujourd’hui, l’empire néolibéral dirigé par les États-Unis, dont la Grande-Bretagne est le partenaire junior, ne fait rien de tel. Des pays entiers ont été détruits, des millions tués, et le tout accompli sous une bannière « progressiste » qui clame sa préoccupation pour les « droits de l’homme » et le « renforcement des libertés ».

 

Lors de son allocution électrisante, Wight a fustigé la propagande pro-impériale à laquelle nous sommes soumis sans relâche en Occident. N’est-il pas absurde, a-t-il demandé, que les troupes de l’OTAN se trouvent aux frontières de la Russie, alors que les troupes russes combattent en Syrie les mêmes groupes terroristes de Daech/Al-Qaïda qui tuent des citoyens britanniques chez eux ? Citant Marx, Wight a rappelé à l’auditoire comment les idées de la classe dirigeante deviennent les idées dominantes, et la diabolisation de la Russie en est un exemple classique. Les Britanniques ordinaires ne considèrent pas Poutine comme une ’menace’ dans leurs activités quotidiennes, mais ils considèrent - à juste titre - les groupes terroristes que la Russie a combattu comme un danger. Mais la classe dirigeante déteste la Russie parce qu’elle a contrarié ses ambitions impériales.

 

M. Wight a déclaré que les opposants à l’impérialisme ne devraient jamais faire marche arrière lorsqu’ils sont confrontés à des partisans de guerres d’agression criminelles, comme la guerre en Irak - qui a entraîné la mort d’environ un million de personnes et la montée de Daech. Il a rappelé que ces gens-là détestent le fait qu’il existe maintenant des médias alternatifs, comme RT, qui remettent en question le récit néolibéral/néolibéral dominant.

 

« Les médias alternatifs et ceux qui y travaillent sont attaqués parce qu’ils ont l’audace de poser la question la plus subversive qui soit : Pourquoi ? Pourquoi sommes-nous allés en guerre en Irak ? Pourquoi y a-t-il des sanctions contre Cuba ? Pourquoi nous attaquons-nous à l’Iran, mais sommes-nous des amis intimes des Saoudiens ? Cette question est si puissante. Nous sommes attaqués parce que nous posons la question, pourquoi ? Je me souviens du proverbe africain selon lequel jusqu’à ce que les lions aient leurs propres historiens, les récits de la chasse glorifieront toujours le chasseur. Maintenant avec les médias alternatifs, les lions ont leurs propres historiens. Nous pouvons plaider la cause du peuple syrien ; nous pouvons plaider la cause du peuple vénézuélien ; nous pouvons plaider la cause pour laquelle la Russie ne devrait pas être notre ennemi. »

 

Ensuite, Peter Ford, ancien ambassadeur britannique en Syrie et à Bahreïn, s’est inspiré de son expérience de longue date en tant que diplomate et fonctionnaire de l’ONU basé au Moyen-Orient pour expliquer la situation géopolitique actuelle.

 

« Les gens qui ne sont pas des lecteurs réguliers du Morning Star (quotidien communiste – NdT) pourraient être pardonnés de penser que l’impérialisme a pris fin lorsque les colonies sont devenues libres. Rien n’est plus faux. Nous avons maintenant une nouvelle forme d’impérialisme, plus insidieuse mais plus puissante, qui se cache derrière les mots pour étendre son hégémonie. Des expressions comme « protéger nos alliés » , « contre les armes de destruction massive » ou « défendre les droits de l’homme » - cette dernière s’applique aussi bien à gauche qu’à droite. »

 

« A gauche, nous devons être particulièrement attentifs à l’"interventionnisme libéral" : c’est en fait la nouvelle version du "fardeau de l’homme blanc", poursuit Ford. « Dans chaque cas, nous intervenons dans des régions moins développées du monde qui ne sont généralement pas en mesure de riposter. Considérez la guerre effroyable au Yémen - l’un des pays les plus pauvres et les plus faibles du monde. C’était autrefois une colonie britannique, mais l’indépendance ne l’a pas libérée. Lorsque les Yéménites ont osé se débarrasser de leur gouvernement pro-saoudien, les Saoudiens, avec le soutien britannique et américain, ont commencé à bombarder et à imposer un blocus au Yémen. Les conditions de siège et les bombardements ont conduit à une terrible épidémie de choléra. »

 

N’importe quel véritable humaniste serait très préoccupé par la situation désastreuse au Yémen, mais devinez quoi ? Les « interventionnistes libéraux » qui ont encouragé les « interventions humanitaires » ailleurs se taisent.

 

En examinant la situation mondiale, Ford a décrit le fonctionnement de l’Empire américain.

 

«  Les Américains ont près de 800 bases militaires à travers le monde, réparties dans environ 70 pays et territoires. Montrez moi un pays avec une base américaine et je vais montrerai une colonie de facto ou un état vassal. C’en est presque médiéval : il faut rendre hommage au souverain - l’Amérique. C’est notre condition (les Britanniques) aujourd’hui. Nous sommes l’équivalent d’un état vassal », dit-il.

Lors de mon allocution, j’ai souligné à quel point il était important que les attaques, les interventions et les campagnes de déstabilisation dirigées par les États-Unis contre des États souverains au cours des 20 dernières années s’inscrivent dans le cadre de la même guerre, une guerre menée en vue d’une domination mondiale totale. Les pays indépendants, riches en ressources naturelles et généralement dotés de gouvernements et d’économies socialistes/socialisants qui n’étaient pas contrôlés par des sociétés multinationales, ont été ciblés, un par un. Dans chaque cas, les dirigeants des pays concernés ont été diabolisés sans relâche. On les appelait des dictateurs, même si, dans le cas de Hugo Chavez et Slobodan Milosevic, ils avaient remporté de nombreuses élections démocratiques et opéraient dans des pays où les partis d’opposition fonctionnaient librement.

 

Les "États cibles" ont fait l’objet de sanctions draconiennes qui ont créé des difficultés économiques et un environnement "sous pression", ce qui a généralement entraîné des manifestations de rue contre le gouvernement, encouragées par les Etats-Unis. On a ensuite dit à ces gouvernements que « le monde vous observe » et ils ont reçu l’ordre de ne pas réagir, même lorsque les manifestants recouraient à la violence. La même stratégie a été déployée en Yougoslavie en 2000, en Ukraine en 2014 et au Venezuela en 2017. En Afghanistan et en Irak, nous avons assisté à une invasion à grande échelle (basée sur la « fake news » (fausse nouvelle) que Saddam possédait des Armes de Destruction Massive) et en Libye (et en Yougoslavie) à une campagne de bombardement de l’OTAN.

 

Il y a eu une guerre sans fin au cours des vingt dernières années et elle ne s’achèvera pas tant que nous ne comprendrons pas ce qui se passe et que nous n’exigerons pas une nouvelle politique étrangère en lieu et place de l’actuelle politique raciste qui soutient que les États-Unis et leurs alliés les plus proches ont le droit de dire qui devrait ou ne devrait pas diriger d’autres pays, mais qui refuse les mêmes droits aux pays ’inférieurs’ ciblés. 

 

La journaliste courageuse Eva Bartlett, qui nous a rejoint depuis le Canada, s’est ensuite exprimée et a commencé par décrire ses expériences en RPDC (Corée du Nord), un autre pays menacé par les États-Unis.

 

« Beaucoup de gens croient que ce qui se passe en Corée du Nord, c’est l’histoire d’un fou avec une mauvaise coupe de cheveux et un doigt sur le bouton nucléaire. Mais non, je ne parle pas de Trump », dit-elle sous les rires de la salle.

 

Bartlett a expliqué comment nous sommes encouragés à considérer la Corée du Nord comme une menace, mais généralement sans aucun contexte, et sans parler de la dévastation totale provoquée par les bombardements américains dans les années 1950. Au cours des décennies, des personnalités américaines de premier plan ont régulièrement menacé d’exterminer la Corée du Nord.

 

« Ce que les Nord-Coréens font, c’est se défendre », a dit Bartlett.

 

Après avoir vu ce qui est arrivé à l’Irak, à la Libye, à l’Afghanistan et à d’autres pays ciblés par les États-Unis ces dernières années, qui peut leur en vouloir ?

En plus de visiter la RPDC en 2017, Bartlett s’est rendu sept fois en Syrie depuis le début du conflit en 2011. Elle a décrit ses expériences dans le pays et expliqué comment la situation sur le terrain était souvent très différente du discours impérialiste dominant qui tient le gouvernement syrien et le président Assad pour responsable de tous les maux. Elle a donné comme exemple la libération de l’est d’Alep des terroristes en décembre 2016, qui a été dépeinte comme une chose terrible par une grande partie des médias occidentaux et de l’establishment politique.

« Les médias privés ont parlé de la chute d’Alep alors que les Syriens eux célébraient la libération complète de la ville et que les chrétiens pouvaient célébrer Noël pour la première fois depuis des années », a-t-elle déclaré.

 

Le dernier orateur de la soirée fut le légendaire George Galloway qui nous a éblouis par son oraison, son humour et son intelligence. Galloway a cité le Dr Samuel Johnson, en disant que « la dictature la plus sinistre de toutes est celle de l’orthodoxie dominante. Et c’est celle sous laquelle nous vivons. On peut discuter de la couleur de la peinture sur les murs de Westminster, mais quand il s’agit de parler de choses qui comptent vraiment, les marges sont très étroits. L’orthodoxie dominante, c’est l’économie néolibérale et une politique impérialiste néoconservatrice à l’étranger. Donc, quiconque la conteste doit, par définition, être présentée comme un hors-la-loi. N’est-ce pas le monde dans lequel nous vivons ? »

Rappelant le rôle central joué par l’Armée rouge soviétique dans la défaite des nazis, il a déclaré : « Nous vivons à une époque où nous sommes encouragés à haïr et à craindre la Russie. Mais je ne haïrai jamais, jamais, la Russie et ne resterai jamais silencieux lorsque d’autres provoquent la haine contre elle. »

 

Au moment d’écrire ces lignes, la vidéo de l’Impérialisme en procès sur la page Facebook de RTUK a été vue 35 000 fois. L’événement a été un tel succès qu’un ’Roadshow’ est déjà en préparation. Le mot en « I » doit être discuté ouvertement. Parce que si nous ne nous prononçons pas vigoureusement et sans crainte contre l’impérialisme moderne, et si nous ne l’appelons pas par son nom, nous pourrions bien nous diriger vers Armageddon.

 

Neil Clark

 

@NeilClark66

Neil Clark est journaliste, écrivain, et blogueur. Il a écrit pour de nombreux journaux et magazines au Royaume-Uni et dans d’autres pays, notamment The Guardian, Morning Star, Daily and Sunday Express, Mail on Sunday, Daily Mail, Daily Telegraph, New Statesman, The Spectator, The Week et The American Conservative. Il est régulièrement invité en tant qu’expert sur RT et a également participé à des émissions de télévision et de radio de la BBC, Sky News, Press TV et Voice of Russia. Il est le cofondateur de la Campaign For Public Ownership @PublicOwnership. Son blogue primé se trouve à www.neilclark66.blogspot.com. Il tweet sur la politique et les affaires du monde

Traduction "on twisterait les mots s’il fallait les twister" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» https://www.rt.com/op-edge/417776-imperialism-ireland-event-liberal/
URL de cet article 32901 

COMMENTAIRE N° 465, 15 JANVIER 2018

Un effondrement capitaliste discret ? La pré-panique s’installe

Par Immanuel Wallerstein  |  1er février 2018   

LNew York Times a suggéré que les gros détenteurs d’obligations – que ce soient les banques nationales ou privées – sont en train de réduire discrètement leur détention de titres, par peur de l’inflation nominale. Jusqu’à quel point cela peut-il être discret si les colonnes du New York Times en débattent ?

Tout le monde espère que personne ne va paniquer et vendre trop rapidement. Et si quelqu’un le fait, qu’il le fasse juste un tout petit instant après mes propres retraits discrets.

Bien entendu, personne ne veut se retirer trop tôt – et pas trop tard non plus. Aussi, lorsqu’on arrive à un moment de pré-panique, personne ne peut être sûr, ce qui garantit plus ou moins l’effondrement soudain du marché obligataire.

Nous savons que nous sommes dans une période de pré-panique lorsque nous en débattons. Mais pourquoi maintenant et pas avant ? Parce que les profits gonflés du marché ne reposant sur aucun accroissement réel de la plus-value ont permis de gagner une telle quantité de monnaie fiduciaire que le marché a rattrapé le marché obligataire. Et voilà pourquoi on se retire discrètement de ce marché obligataire.

En outre, les salariés rémunérés sont en quête de salaires plus élevés, partout. Tant de salariés ont été éjectés du marché du travail qu’il y a aujourd’hui une pénurie de main-d’œuvre disponible. Ce qui fait des obligations un refuge encore sûr. Confusion, confusion !

La tendance se développe à devenir plus protecteur : de soi-même, du pays. Et le but est de se renforcer. Même les pays qui font entendre un discours fortement défavorable au protectionnisme comme le Canada le pratiquent néanmoins ou subissent des pertes en politique intérieure.

Tout cela est ce qui arrive dans une crise structurelle du système-monde, dans lequel des variations insensées de n’importe quoi constituent la réalité. Les pré-paniques sont l’une de ces variations insensées.

Traduction : Mireille Azzoug

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

30 janvier 2018

Bill Van Auken, Pentagone, le danger de perdre la domination mondiale

 

« Le document , indique Bill Van Auken, appelle à une préparation à la guerre à travers ce qu’il décrit comme « trois régions clés » : l’Indo-Pacifique, l’Europe et le Moyen-Orient. Le document fait également de brèves références à l’Amérique latine et à l’Afrique, affirmant la nécessité pour l’impérialisme américain de lutter pour l’hégémonie sur ces deux continents. Il est clair que ces continents sont des arènes pour la lutte globale « entre les grandes puissances » qui constitue le cœur de la stratégie, affirmant qu’un objectif clé en Afrique est de « limiter l’influence néfaste des puissances non-africaines ». Ce qui ressort clairement du document du Pentagone est une vision de l’impérialisme américain assiégé de toutes parts et dans le danger mortel de perdre la domination mondiale... »

 

Reprenons la lecture de l'argumentation de Bill Van Auken...

 

Michel Peyret


Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)

Le Pentagone dévoile sa stratégie militaire contre la Russie et la Chine

 

Par Bill Van Auken 


23 janvier 2018

Le secrétaire à la défense du gouvernement Trump, l’ancien général du Corps des Marines James Mattis, a dévoilé vendredi une nouvelle stratégie de défense nationale qui signale les préparatifs de l’impérialisme américain pour un affrontement militaire directe avec la Russie et la Chine.

 

Parlant à l’Université Johns Hopkins dans le Maryland, Mattis a précisé que la stratégie, le premier document de ce type publié par le Pentagone en une dizaine d’années, représentait un changement historique par rapport à la justification ostensible du militarisme mondial américain depuis près de deux décennies : la guerre contre le terrorisme.

 

« C’est la concurrence entre les grandes puissances – et non le terrorisme – qui est maintenant le principal objectif de la sécurité nationale américaine », a déclaré M. Mattis dans son discours, qui accompagnait la publication d’un document déclassifié de 11 pages décrivant la Stratégie de défense nationale en termes généraux. Une version confidentielle plus longue a été soumise au Congrès américain, qui inclut les propositions détaillées du Pentagone pour une augmentation massive des dépenses militaires.

 

Une grande partie du document faisait écho aux termes utilisés dans le document de Stratégie de sécurité nationale dévoilé le mois dernier dans un discours fascisant prononcé par le président Donald Trump. Mattis a insisté sur le fait que les États-Unis feraient face à « la menace croissante des puissances révisionnistes aussi différentes que la Chine et la Russie, des nations qui cherchent à créer un monde cohérent avec leurs modèles autoritaires ».

 

La stratégie de défense poursuit en accusant la Chine de rechercher « l’hégémonie dans la région indo-pacifique à court terme et le remplacement des États-Unis pour atteindre la prééminence mondiale dans l’avenir ».

 

La Russie, selon ce même document, tente d’obtenir le droit de veto sur les nations à sa périphérie en termes de décisions gouvernementales, économiques et diplomatiques, de briser l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et de changer les structures économiques et sécuritaires européennes et du Moyen-Orient. »

 

« La Chine est un concurrent stratégique qui utilise une politique économique prédatrice pour intimider ses voisins tout en militarisant des aspects de la mer de Chine méridionale », indique le communiqué. « La Russie a violé les frontières des pays voisins et exerce un droit de veto sur les décisions économiques, diplomatiques et sécuritaires de ses voisins ».

 

Dans ce qui semblait être une menace dirigée à la fois contre la Russie et la Chine, Mattis a prévenu : « Si vous nous défiez, ce sera votre pire et plus long jour ».

 

Moscou et Beijing ont publié des déclarations condamnant la stratégie de défense américaine. Un porte-parole chinois a dénoncé le document comme un retour à une « mentalité de guerre froide ». Le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré lors d’une conférence de presse : « Il est regrettable qu’au lieu d’avoir un dialogue normal, au lieu d’utiliser comme base la loi internationale, les États-Unis s’efforcent en effet de prouver leur autorité à travers de telles stratégies et concepts d’affrontement ». Un porte-parole du gouvernement à Moscou a qualifié le document d'« impérialiste ».

 

Comme la Stratégie de sécurité nationale publiée le mois dernier, la stratégie de défense identifie également la Corée du Nord et l’Iran comme des « régimes voyous », les accusant de déstabiliser des régions par leur « tentative d’obtenir des armes nucléaires ou leur parrainage du terrorisme ». Elle accuse Tehéran de « concurrencer ses voisins, en imposant un arc d’influence et d’instabilité tout en luttant pour l’hégémonie régionale. »

 

Le document appelle à une préparation à la guerre à travers ce qu’il décrit comme « trois régions clés » : l’Indo-Pacifique, l’Europe et le Moyen-Orient. Le document fait également de brèves références à l’Amérique latine et à l’Afrique, affirmant la nécessité pour l’impérialisme américain de lutter pour l’hégémonie sur ces deux continents. Il est clair que ces continents sont des arènes pour la lutte globale « entre les grandes puissances » qui constitue le cœur de la stratégie, affirmant qu’un objectif clé en Afrique est de « limiter l’influence néfaste des puissances non-africaines ».

 

Ce qui ressort clairement du document du Pentagone est une vision de l’impérialisme américain assiégé de toutes parts et dans le danger mortel de perdre la domination mondiale. Cela reflète la pensée de la cabale des généraux retraités et actifs qui dominent la politique étrangère du gouvernement Trump selon laquelle les 16 dernières années de guerres interminables au Moyen-Orient et en Asie centrale n’ont pas réussi à avancer les intérêts stratégiques américains, créant une série de débâcles, tout en épuisant l’armée américaine.

 

« Aujourd’hui, nous sortons d’une période d’atrophie stratégique, conscients du fait que notre avantage militaire compétitif s’est érodé », indique le document. « Nous sommes face à un désordre mondial accru, caractérisé par le déclin de l’ordre international fondé sur des règles de longue date, créant un environnement de sécurité plus complexe et plus volatil que tout ce que nous avons connu dans la mémoire récente. La concurrence stratégique entre les États, et non le terrorisme, est désormais la principale préoccupation pour la sécurité nationale des États-Unis. »

 

Le but du Pentagone, selon la stratégie de défense, est de faire en sorte que les États-Unis restent « la puissance militaire prééminente dans le monde » capable de « faire en sorte que l’équilibre des forces reste en notre faveur », de « mettre en place un ordre international qui est le plus favorable à notre sécurité et notre prospérité » et de « préserver l’accès aux marchés ».

 

L’idée maîtresse du document est une demande pour un vaste renforcement de la machine de guerre américaine, qui dépense déjà plus que les huit pays suivants, y compris presque le triple des dépenses militaires de la Chine et environ huit fois le montant dépensé par la Russie.

 

Ne pas mettre en œuvre les énormes dépenses militaires que le Pentagone exige – la Maison Blanche de Trump a demandé une augmentation de 54 milliards de dollars du budget militaire, alors que les dirigeants du Congrès ont suggéré une hausse encore plus grande – aurait comme conséquence « l’érosion de l’influence mondiale américaine, l’érosion de la cohésion entre alliés et partenaires, et l’accès réduit aux marchés qui contribueront à la baisse de notre prospérité et de notre niveau de vie », prévient le résumé publié de la stratégie de défense.

 

Alors que des milliards de dollars ont été détournés de l’économie américaine pour payer les 16 dernières années de guerre, Mattis et la stratégie de défense présentent l’armée américaine comme une institution qui a été pratiquement privée de ressources, incapable de répondre « aux exigences de préparation, d’approvisionnement, et de modernisation. »

 

L’objectif primordial en termes de modernisation est le renforcement de la « triade nucléaire » américaine – la gamme de missiles balistiques intercontinentaux de Washington, de missiles balistiques lancés par sous-marins et de bombardiers stratégiques, capables de détruire toute vie sur la planète plusieurs fois.

 

Selon le document, le Pentagone cherchera à améliorer tous les aspects de son appareil de guerre nucléaire, « y compris le commandement, le contrôle et les communications nucléaires et les infrastructures de soutien. Il a ajouté que « la modernisation de la force nucléaire comprend des options fondées sur la menace de l’utilisation d’attaques nucléaires ou non nucléaires stratégiques pour contrer les stratégies coercitives des concurrents. » En d’autres termes, l’armée américaine est prête à lancer une guerre nucléaire en réponse à une attaque conventionnelle ou une cyberattaque.

 

Fait révélateur, le document du Pentagone utilise les mots « létal » et « létalité » 15 fois pour décrire les objectifs de Mattis et de ses collègues généraux en ce qui concerne leur projet de renforcement militaire. Clairement, ce qui est en train d’être préparé est un niveau de tuerie de masse bien au-delà des bains de sang perpétrés en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, au Yémen et ailleurs.

 

Dans le discours de Mattis, il y avait un fort élément de ressentiment envers le gouvernement civil et son contrôle constitutionnel de l’armée. Il a déclaré que les troupes américaines étaient obligées de « porter avec stoïcisme une attitude de « succès à tout prix », alors qu’elles travaillaient sans relâche pour accomplir la mission avec des ressources inadéquates et mal réparties simplement parce que le Congrès ne pouvait pas maintenir un ordre régulier. »

 

Mattis a averti que les plans de guerre décrits dans le document exigeront « un investissement soutenu du peuple américain », notant que les « générations passées » avaient été forcées de faire des « sacrifices plus durs ».

 

Ces nouveaux « sacrifices » prendront la forme de coupes sauvages dans les services sociaux essentiels, notamment l’éviscération de la sécurité sociale, de Medicare et de Medicaid, avec le transfert de ressources à l’armée, à l’industrie de l’armement et à l’oligarchie financière.

 

La Stratégie de défense nationale publiée vendredi constitue un grave avertissement pour les travailleurs aux États-Unis et du le monde entier. Poussés par la crise de leur système, la classe dirigeante capitaliste américaine et son armée se préparent à une guerre mondiale avec des armes nucléaires.

 

(Article paru en anglais le 20 janvier 2018)

Posté par Michel Peyret

Lequel est le pire des deux ?

26 Janvier 2018
  • Le milliardaire George Soros dit qu’il va maintenant consacrer ses efforts à l’Europe et aux Etats-Unis, car il pense que leurs « sociétés ouvertes » sont en danger. Il a accusé le président américain Donald Trump de vouloir créer un « état mafieux ».
  • Cet affrontement à davos est caractéristique de la crise ouverte au sein des Etats-Unis entre le président et une élite démocrate tout aussi proche du capital, un combat entre milliardaires sur la manière dont les Etats-Unis doivent dominer le monde. Une crise d’hégémonie entre deux personnages puérils et mégalomanes ?  .Soros s’engage à consacrer ses efforts à l’Europe et aux États-Unis ce qui n’a rien de rassurant vu que c’est l’homme des révolutions de couleur qui partout ont créé désordre et misère, avec la prolifération d’organismes d’extrême-droite. Il agit déjà en Europe, ses thèses sont celles de la gauche bobo  Il soutient les réfugiés, est contre la politique de Netanayoun, bref il est officiellement démocrate et obsessionnellement contre le communisme et sa postérité, la Russie, la Chine. Qui finance-t-il déjà? Nous serions sans doute étonnés, par exemple mediapart et edwyn Plenel sont en fait très proches des thèses de Soros, comme d’ailleurs des groupuscules comme Ensemble, quelle presse relaie déjà son projet et ses analyses? . Bref les ennemis de nos ennemis n’ont rien de nos amis et tout ce que l’on peut souhaiter c’est que les Etats-Unis ne s’obstinent pas à faire notre bonheur.  cela dit le très impertinent The new Yorker fait état dans des termes très moqueurs de la rivalité entre les deux, article bien réjouissant

  • (note et traduction de Danielle Bleitrach)


Voici Comment  Soros a surclassé Trump à Davos 

Par 

25 janvier 2018

Si sévères soient-elles, les critiques de Soros à l’égard de Trump n’étaient pas vraiment surprenantes. Soros Fund Management a fait don de vingt-cinq millions de dollars à la campagne Clinton.

Photographie par Simon Dawson / Bloomberg via Getty

 

La grande nouvelle de jeudi à Davos était censée être l’arrivée de Donald Trump. Selon des informations de la station de ski suisse, une grande partie de la ville a été fermée à clé pour sa descente du ciel dans un hélicoptère entouré de sept hélicoptères. Une fois sur le terrain, le président américain a procédé à des réunions bilatérales avec Theresa May et Benjamin Netanyahu, les premiers ministres de Grande-Bretagne et d’Israël, respectivement.

 

Assez prévisiblement, Trump a rapidement fait quelques esclandres à la manière de Trump en insultant inutilement les dirigeants palestiniens et en menaçant de retenir l’aide financière américaine. Mais jeudi soir, Trump a fini par se faire distancer par un autre vieux milliardaire de Manhattan: George Soros. Alors que le président organisait un dîner pour différents chefs d’entreprise, Soros était à l’autre bout de la ville et parlait des différentes menaces qui pèsent sur les démocraties occidentales, une catégorie dans laquelle il a inclus l’administration Trump.

 

Depuis des décennies, Soros, qui a fait fortune en tant que spéculateur et gestionnaire de fonds de couverture, défend les valeurs de la démocratie, du pluralisme et des droits individuels dans le monde. Il a soutenu ses paroles en faisant don de plusieurs milliards de dollars à sa fondation Open Society. (Dix-huit milliards de dollars au cours des dernières années seulement, le Wall Street Journalrapporté à octobre.) À l’âge de quatre-vingt-sept ans, Soros a pris sa retraite de l’investissement et passe le plus clair de son temps sur la philanthropie. « Je trouve le moment actuel dans l’histoire plutôt pénible », a-t-il déclaré au début de son intervention. « Les sociétés ouvertes sont en crise, et diverses formes de dictatures et d’États mafieux, illustrés par la Russie de Poutine, sont en en train de se développer. Aux États-Unis, le président Trump aimerait établir un État mafieux, mais il ne le peut pas, parce que la Constitution, d’autres institutions et une société civile dynamique ne le permettent pas. »

 

Si la résilience du système américain était encourageante, Soros laissait entendre, il y avait encore de graves dangers à affronter, y compris la montée de l’autoritarisme dans des endroits comme la Hongrie et le fait que sous Trump « les Etats-Unis sont engagés dans une guerre nucléaire refusant d’accepter que la Corée du Nord est devenue une puissance nucléaire. « Ce refus a incité la Corée du Nord » à développer sa capacité nucléaire avec toute la rapidité possibl», a-t-il soutenu, ce qui pourrait inciter les Etats-Unis supériorité préventive « et commencer une guerre nucléaire. La seule solution, at-il ajouté, était de «se réconcilier avec la Corée du Nord en tant que puissance nucléaire ».

 

Si sévères soient-elles, les critiques de Soros à l’égard de Trump n’étaient pas vraiment surprenantes. Au cours du cycle électoral de 2016, Soros Fund Management a fait don d’environ vingt-cinq millions de dollars à la campagne de Hillary Clinton, selon un porte-parole. Cette fois l’année dernière, Soros a appelé Trump un « dictateur potentiel » et a prédit qu’il échouerait. Jeudi à Davos, il a poursuivi: « Je donne au président Trump le mérite de motiver brillamment ses principaux partisans, mais pour chaque soutien de base, il a créé un plus grand nombre d’ opposants de base  également motivés. C’est pourquoi je m’attends à un glissement de terrain démocratique en 2018 ».

 

Plus inattendu était le point sur lequel Soros a atterri ensuite . Après avoir reconnu les dangers du changement climatique, il s’est penché sur « un autre problème mondial: la montée en puissance et le comportement monopolistique des géants de la plate-forme informatique », tels que Facebook et Google. Il y avait une menace, suggéra Soros, qui risquait d’être plus durable que l’administration Trump. 

 

Comme ces énormes sociétés sont venues à dominer l’Internet, « ils ont causé une variété de problèmes dont nous commençons seulement maintenant à prendre conscience », at-il expliqué. Faisant écho à quelque chose que Rupert Murdoch a déclaré la semaine dernière, il a identifié l’un de ces problèmes comme l’échec des géants de la technologie à payer pour le contenu de leurs plates-formes. « Ils prétendent qu’ils ne font que distribuer des informations. Mais le fait qu’ils soient des distributeurs quasi-monopolistiques en fait des services publics, et devrait les soumettre à des réglementations plus strictes, visant à préserver la concurrence, l’innovation et un accès universel juste et ouvert ».

 

En termes économiques, Soros a suggéré que les géants de la technologie faisaient des profits excessifs et étouffaient l’innovation. Et leur comportement causait également de plus grands problèmes sociaux et politiques. Les sociétés de médias sociaux «conçoivent délibérément la dépendance aux services qu’elles fournissent», a-t-il noté. «En ce sens, les entreprises technologiques étaient similaires aux casinos qui ont développé des techniques pour accrocher les joueurs au point où ils jouent tout leur argent, même l’argent qu’ils n’ont pas.

 

Ce n’était pas simplement une question de « distraction » ou de « dépendance », continua Soros. Les entreprises de médias sociaux «incitent les gens à abandonner leur autonomie . . . . Il faut un effort réel pour affirmer et défendre ce que John Stuart Mill appelait « la liberté d’esprit ». Il est possible que, une fois perdues, les personnes qui grandissent à l’ère numérique auront du mal à le retrouver. Cela peut avoir de lourdes conséquences politiques. Les gens sans liberté d’esprit peuvent être facilement manipulés.

 

Soros a suggéré que ce genre de manipulation « a déjà joué un rôle important dans les élections présidentielles américaines de 2016 ». Et « il y a une perspective encore plus alarmante à l’horizon », a-t-il ajouté. « Il pourrait y avoir une alliance entre les États autoritaires et ces grands monopoles informatiques riches en données qui réuniraient des systèmes naissants de  surveillance institutionnelle et un système de surveillance déjà mis en place par l’  État . Cela pourrait bien aboutir à un réseau de contrôle totalitaire que Aldous Huxley ou George Orwell n’auraient même pas imaginé.

 

Soros a prédit que la Russie et la Chine étaient les deux pays où « de tels mariages impies sont susceptibles de se produire en premier. » Les entreprises chinoises de technologie sont « pleinement égales aux américains, «et ils jouissent du plein soutien et de la protection du régime de Xi Jinping». Une autre possibilité troublante était que les sociétés technologiques américaines «se compromettent pour accéder à ces marchés vastes et en croissance rapide. Les dirigeants dictatoriaux de ces pays ne sont peut-être que trop heureux de collaborer avec eux, car ils veulent améliorer leurs méthodes de contrôle sur leurs propres populations et étendre leur pouvoir et leur influence aux États-Unis et dans le reste du monde.

 

Comment allons-nous prendre tout cela? Comme l’avertissement prémonitoire d’un défenseur de la liberté qui voit le travail de sa vie menacé? Comme les pensées irréfléchies d’un vieil homme qui n’a pas tout à fait le nouvel âge, ou comme quelque chose entre les deux? En cette période de fermes de robots russes, d’algorithmes d’intelligence artificielle en évolution rapide et d’avertissements sur les effets potentiellement nocifs de la technologie numérique des anciens dirigeants de Facebook et d’autres entreprises de la Silicon Valley, Soros était sûrement sur quelque chose. et l’idée que  la fiscalité « pourrait défaire les monopoles en ligne semblaient quelque peu optimiste.

 

En tout cas, pendant une nuit, au moins, Soros avait réalisé l’impossible et éclipsé Donald Trump des gros titres.

ICYMI, RECORD: George Soros Spent SIXTEEN MILLION Dollars Opposing Donald Trump Last Year https://truepundit.com/record-george-soros-spent-sixteen-million-dollars-opposing-donald-trump-last-year/ …

 

RECORD: George Soros Spent SIXTEEN MILLION Dollars Opposing Donald Trump Last Year – True Pundit

George Soros spent a record sixteen million dollars trying to oppose President Donald Trump’s agenda during his first year in office, a report from The Washington Free Beacon found. It’s the most the…

truepundit.com

Soros abait  dit précédemment que sa fondation se concentrait sur le soi-disant monde en développement, mais « maintenant que la société ouverte est également en danger aux Etats-Unis et en Europe, nous dépensons plus de la moitié de notre budget plus près de chez nous. qui a un impact négatif sur le monde entier ».

 

Soros a déclaré qu’il y avait de graves dangers à affronter, y compris la montée de l’autoritarisme dans des endroits comme la Hongrie et que Trump « les Etats-Unis sont engagés dans une guerre nucléaire en refusant d’accepter que la Corée du Nord est devenue une puissance nucléaire ».

 

Ce refus a incité la Corée du Nord à « développer la capacité nucléaire avec toute la rapidité possible », a soutenu M. Soros, ce qui « pourrait inciter les États-Unis à utiliser leur supériorité nucléaire de manière préventive » et déclencher une guerre nucléaire. La seule solution qu’il a ajouté était de « se réconcilier avec la Corée du Nord en tant que puissance nucléaire ».

 

Pendant des décennies, Soros a fait fortune en tant que spéculateur de fonds spéculatifs et il a consacré ses gains à faire   campagne sur les valeurs de la démocratie, du pluralisme et des droits des individus à travers le monde à travers ses Open Society Foundations. Certains sceptiques disent cependant que son financement a incité certaines des révolutions de couleur conduisant souvent au désordre et à la confusion, quand ce n’est pas à la victoire de l’extrême droite sous toutes ses formes y compris le fascisme dit islamiste ou les néo-nazis en Ukraine.

 

M. Soros a déclaré qu’un autre de ses objectifs était de contribuer à sauver l’Union européenne, en la réinventant radicalement en revoyant  si tous les membres devaient adopter l’euro et en adoptant une approche de flexibilité multipiste avec des pays formant des coalitions pour poursuivre des objectifs particuliers plutôt que dominés par un Bureaucratie européenne

 

 

24 janvier 2018

Niles Niemuth, David North, contrer la censure sur Internet

« La discussion entre North et Hedges, rapporte Niles Niemuth, a exploré le contexte politique de la censure d'Internet et de l'abolition de la neutralité d'Internet, y compris les niveaux historiques d'inégalités sociales. North et Hedges ont souligné le lien inséparable entre la guerre et la destruction des droits démocratiques, y compris la liberté d'expression. Hedges a déclaré: «Le capitalisme des grandes entreprises, la mondialisation, le néolibéralisme, quoi que vous vouliez l'appeler, est en crise. Tout d'abord, l'idéologie elle-même a perdu sa crédibilité. Elle ne passe plus à travers la gamme politique. Elle a été révélée comme étant un mensonge ... Les élites dirigeantes sont effrayées parce qu'elles ont regardé la charade politique qu'elles avaient mise en place, à la fois dans le Parti républicain et démocrate, où les dirigeants, que ce soit la dynastie Bush ou la dynastie Clinton ou Obama, ont tous été serviteurs de l'État de la grande entreprise.» North et Hedges ont également examiné les prétextes utilisés pour justifier la suppression de la liberté d'expression et ont discuté des stratégies politiques pour défendre les droits démocratiques, y compris la nécessité pour qu'un tel mouvement soit indépendant du Parti démocrate... »

Reprenons la lecture de l'information de Niles Niemuth...

Michel Peyret


Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)

Le World Socialist Web Site appelle à une coalition de sites web socialistes et antiguerre pour contrer la censure sur Internet

Par Niles Niemuth 
19 janvier 2018

Le président du Comité de rédaction international du World Socialist Web Site, David North, a appelé le 16 janvier à la formation d'une coalition internationale de sites web et de journalistes socialistes et antiguerre pour contrer la censure sur Internet.

North a lancé l'appel lors d'un webinaire diffusé en direct avec le journaliste Chris Hedges, Organizing Resistance to Internet Censorship (Organiser la résistance à la censure sur Internet). Le webinaire a attiré un public mondial substantiel et a été visionné plus de 15.000 fois sur Facebook et YouTube dans les 24 heures qui ont suivi sa diffusion. Une déclaration du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, soutenant l'événement, a été lue lors de la diffusion.

«Une coalition doit être formée pour défendre rigoureusement la liberté d'Internet, la neutralité du net, pour organiser la défense des sites et des personnes qui sont attaqués», a déclaré M. North. Il a exhorté «tous ceux qui sont engagés dans la lutte pour le socialisme et contre la guerre» à participer à la coalition, ajoutant: «Le World Socialist Web Site et le Comité international sont disposés à travailler sur des bases de principes avec ceux qui comprennent les enjeux cruciaux de la situation.»

Full video of the webinar “Organizing resistance to Internet censorship”

La discussion entre North et Hedges a exploré le contexte politique de la censure d'Internet et de l'abolition de la neutralité d'Internet, y compris les niveaux historiques d'inégalités sociales. North et Hedges ont souligné le lien inséparable entre la guerre et la destruction des droits démocratiques, y compris la liberté d'expression.

Hedges a déclaré: «Le capitalisme des grandes entreprises, la mondialisation, le néolibéralisme, quoi que vous vouliez l'appeler, est en crise. Tout d'abord, l'idéologie elle-même a perdu sa crédibilité. Elle ne passe plus à travers la gamme politique. Elle a été révélée comme étant un mensonge ... Les élites dirigeantes sont effrayées parce qu'elles ont regardé la charade politique qu'elles avaient mise en place, à la fois dans le Parti républicain et démocrate, où les dirigeants, que ce soit la dynastie Bush ou la dynastie Clinton ou Obama, ont tous été serviteurs de l'État de la grande entreprise.»

North et Hedges ont également examiné les prétextes utilisés pour justifier la suppression de la liberté d'expression et ont discuté des stratégies politiques pour défendre les droits démocratiques, y compris la nécessité pour qu'un tel mouvement soit indépendant du Parti démocrate.

«Bien sûr, les élites cherchent, et ont assez bien réussi, à rediriger l'énergie dans un système mort, c'est-à-dire, le Parti démocrate», a déclaré Hedges. «Et c'est pourquoi, pas qu'il s'en souciait ou que cela importe, je ne soutiendrais pas Bernie Sanders parce que tout cet argent et cette énergie, rappelez-vous qu'il a même utilisé le mot "révolution", a mené finalement à des interventions partout au pays où il a dit à tout le monde de voter pour Hillary Clinton.»

David North and Chris Hedges

North a souligné l'importance d'un Internet libre et ouvert pour la construction d'un mouvement révolutionnaire international de la classe ouvrière. «Surtout, nous voulons défendre la liberté sur Internet parce que nous croyons que la nécessité de développer une compréhension de la crise du capitalisme, la lutte pour un programme révolutionnaire, est la question fondamentale.»

Au cours de l'événement, North a passé en revue la campagne du WSWS contre la censure des sites web de gauche et antiguerre, qui a commencé l'année dernière après que le WSWS avait noté une baisse importante de ses propres références venant de recherches Google.

Ce déclin n'était pas le résultat accidentel d'une mise à jour d'algorithme, a expliqué North, mais était un effort intentionnel pour bloquer l'accès à des sites web qui publiaient du contenu antiguerre et anticapitaliste. Sur les 150 principaux termes de recherche qui conduisaient auparavant les utilisateurs de Google au WSWS, y compris le «socialisme», le «trotskysme» et la «révolution russe», en juin 145 ne le faisaient plus.

«Les critiques du capitalisme, les critiques de l'impérialisme, les critiques de la structure, tels que moi-même, a dit Hedges, ont été poussés à la marge, écartés des publications grand public comme le New York Times, où j'ai travaillé pendant 15 ans. Maintenant, ce que nous voyons essentiellement, c'est qu'ils n'ont plus de contre-argument que quiconque accepte. Donc, ces critiques marginalisés – le World Socialist Web Site va publier des critiques sur le capitalisme, va rapporter les abus que subit la classe ouvrière, tout comme une poignée de sites (il n'y en a pas beaucoup); Counterpunch est très bon, et Alternet – ils sont ciblés parce que les élites dirigeantes trouvent maintenant que ces critiques sont dangereuses et puissantes.»

La discussion a attiré des messages de soutien d'Assange, du documentariste John Pilger et de l'activiste antiguerre Cindy Sheehan qui ont été lus pendant l'émission.

Assange, qui est piégé dans l'ambassade d'Équateur à Londres depuis cinq ans et demi, a dit qu'il «félicite le WSWS» pour l'événement. Il a noté le danger que pose Internet à l'élite dirigeante, tout en mettant en garde contre leurs efforts pour contrôler l'expression des idées en ligne.

«Étant donné qu'Internet a provoqué une révolution dans la capacité des gens à s'éduquer et à éduquer les autres, le phénomène démocratique qui en a résulté a profondément ébranlé les establishments existants», a déclaré M. Assange.

«Google, Facebook et leurs équivalents chinois, qui sont socialement, logistiquement et financièrement intégrés avec les élites existantes, ont entrepris de rétablir le contrôle du discours. Ce n'est pas simplement une action corrective. L'influence sociale indétectable alimentée par l'intelligence artificielle est une menace existentielle pour l'humanité.»(Lire la déclaration complète d'Assange ici)

Pilger a souligné le rôle des médias dominants dans la justification de la censure d'Internet: «La dissidence, une fois tolérée dans le courant dominant, a régressé à une sorte de résistance clandestine métaphorique à mesure que le capitalisme libéral vire vers une forme de dictature de la grande entreprise. C’est un tournant historique où les journalistes contrôlent les périmètres du nouvel ordre: regardez l’hystérie anti-russe et les chasses aux sorcières #MeToo, notamment dans les journaux libéraux tels que le Guardian et le New York Times. Dans une situation où les journalistes indépendants sont éjectés des médias principaux, Internet reste la source vitale de révélations sérieuses et de l’analyse fondée sur des preuves: le vrai journalisme.»

La déclaration de Sheehan a expliqué que la classe dirigeante essayait de faire taire les voix d'opposition en ligne afin d'inciter la population américaine à appuyer la guerre.

«L'État de sécurité nationale conçoit de plus en plus de moyens pour non seulement réprimer la dissidence, mais aussi guider les internautes sur la façon dont l'empire veut que nous pensions: le propriétaire du plus grand site de médias sociaux l'a avoué, ce qui n'a provoqué qu'une si faible réaction d'indignation (à part nous). Et si la propagande ne fonctionne pas assez vite pour nous faire marcher au rythme de la machine de guerre, un avertissement au missile balistique très pratique, mais faux, envoyé aux gens d'Hawaï pourrait bien faire l'affaire?»

Allez à endcensorship.orgpour visionner la discussion complète et rejoignez la lutte contre la censure sur Internet.

(Article paru en anglais le 18 janvier 2018)

 
Posté par Michel Peyret

La maison blanche a demandé à emprunter un Van Gogh au Guggenheim voici ce qui lui a été proposé

 

26 Janvier 2018

 Résultat de recherche d'images pour "toilettes en or au Guggenheim"

 

La Maison Blanche a demandé au musée Guggenheim si il pouvait prêter un Van Gogh pour les appartements privés de Donald Trump. Non a répondu le musée mais on peut vous prêter les WC en or dénommés America de l’artiste Maurizio Cattelan avec toutes les instructions pour leur usage… 

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23 décembre 2017

Michael Burawoy, être un travailleur américain

« Je voulais comprendre, indique Michael Burawoy, ce que c’était que d’être un travailleur américain, non pas à partir d’enquêtes quantitatives, mais sur la base d’une expérience concrète. J’ai réussi à dégoter un job dans une usine et j’ai commencé mon observation participante. Et la première chose que j’ai remarquée lorsque je suis arrivé sur les lignes de montage, c’était à quel point tout le monde travaillait dur. Alors que toute la littérature scientifique en sociologie des relations industrielles se demandait : pourquoi les gens ne travaillent-ils pas plus? Pourquoi ces travailleurs sont-ils si paresseux ? Pourquoi réduisent-ils leur cadence de production ? J’ai commencé à penser que ce n’était pas la bonne façon d’envisager ces questions. Ça coïncidait aussi avec l’interrogation marxiste classique : comment parvient-on à extraire la plus-value des travailleurs ? Pourquoi les travailleurs collaborent-ils [à leur propre exploitation] ? Et, bien entendu, il y avait une réponse marxiste : par la coercition, la peur… Or je percevais que ce n’était pas ce qui se passait dans l’usine. Donc de là est apparue l’idée de consentement, ce qui m’a conduit à Gramsci et à Poulantzas... »

Reprenons la lecture de l'interwiev de Michael Burawoy...

Michel Peyret


Mouvements des idées et des luttes

 

Grand entretien avec Michael Burawoy

20 décembre 2017

Auteurs

Grand entretien avec Michael Burawoy

Entre marxisme et ethnographie : itinéraire d’un sociologue global

 

Par Sébastien Antoine, Cécile Piret et François Rinschbergh

 

 

Grand entretien avec Michael Burawoy

 

Entre marxisme et ethnographie : itinéraire d’un sociologue global

 

En janvier 2016, Michael Burawoy était l’invité d’une journée d’étude organisée à l’Université libre de Bruxelles (ULB) par un groupe de jeunes chercheur.e.s issu.e.s d’universités belges[1]. En marge de cette journée, nous avons pu nous entretenir avec le sociologue d’origine britannique et enseignant à UC Berkeley en Californie. Au fil de l’entretien, nous revenons sur plusieurs aspects de sa trajectoire académique ainsi que sur ses nombreuses contributions aux sciences sociales. De la Zambie à Berkeley, en passant par Chicago, Michael Burawoy explique comment il s’est affirmé, souvent à contre-courant, en tant que sociologue et ethnographe marxiste. Au moment où la légitimité scientifique et le rôle de la sociologie dans l’espace public sont mis en question en France[2]comme dans de nombreux pays, il nous semble particulièrement opportun de revenir sur la pensée critique et réflexive de Michael Burawoy, et sur sa conception du rôle de la sociologie à l’échelle mondiale, au-delà des singularités nationales.

 

Q : Notre première question porte sur votre expérience à l’Université de Chicago, lieu de naissance de l’approche interactionniste et de la Grounded Theory. Comment y avez-vous survécu en tant que marxiste ?

 

J’étais à Chicago de 1972 à 1976. Je revenais tout juste d’Afrique, de Zambie, où je venais de terminer mon master en anthropologie sociale. Je suis allé à Chicago parce que je pensais que c’était le centre de la théorie du développement, une théorie envers laquelle j’avais été très hostile en Zambie[3]. A Chicago existait un groupe appelé Committee of New Nations – rassemblant des chercheurs comme Clifford Geertz, Edward Shils, Lloyd A. Fallers, Morris Janowitz – très connu à l’époque pour défendre certaines idées liées au développement ou à la modernisation. Mais lorsque je suis arrivé à Chicago, leCommittee for New Nations n’existait plus. Il s’était dissout. Et plus personne n’était intéressé par l’Afrique. J’ai donc décidé d’axer mon travail sociologique sur Chicago, qui comme vous l’avez relevé dans votre question, possède une forte tradition de travaux ethnographiques. Mais lorsque j’y suis arrivé la tradition semblait s’éteindre. Ce qui était beaucoup plus dynamique, en revanche, c’était une approche plus quantitative, avec des gens comme James Coleman, qui est arrivé environ deux ans après moi.

 

 En fait, je ne pense pas que la sociologie de Chicago n’ait jamais vraiment été significative d’un point de vue intellectuel. Elle a toujours été relativement marginale par rapport à d’autres disciplines qui étaient beaucoup plus influentes. Et donc j’arrive là, un peu abasourdi et choqué par la pauvreté intellectuelle de la sociologie de Chicago. Je savais que je n’allais pas particulièrement l’apprécier, mais je n’imaginais pas qu’elle allait être si pauvre. Les forces de Chicago à l’époque en sciences sociales, c’était le département d’anthropologie et le département de science politique. Quoi qu’il en soit, je me présentais déjà comme marxiste en Afrique, et j’ai continué à le faire lorsque je suis arrivé à Chicago. Et j’étais en fait le seul universitaire à me présenter ouvertement comme marxiste à l’époque. Comment ai-je survécu dans un tel contexte intellectuel ? C’est une question intéressante… En premier lieu, je pense que je suis arrivé avec beaucoup de confiance en moi. J’avais mené des recherches en Afrique et quand je suis arrivé aux Etats-Unis, j’avais déjà publié une petite monographie. Ceux qui avaient été mes enseignants en Afrique étaient tous marxistes : un marxiste indien, un marxiste sud-africain, et un marxiste hollandais. On m’avait vraiment “inculqué” le marxisme là-bas : il s’agissait de personnalités au matérialisme très cru. Mais le marxisme était quasiment inconnu à cette époque-là à Chicago. Excepté – et c’est vraiment ça qui m’a sauvé – que j’ai rencontré un politologue, du nom de Adam Przeworski[4], qui est arrivé au même moment que moi. Il m’a fait découvrir les structuralistes marxistes français. Je me rappelle que je me baladais dans la librairie de l’université et que je découvrais des livres comme Lire le Capital d’Althusser et Balibar[5], Poulantzas, Gramsci. Ce sont des auteurs que je n’avais pas étudiés en Afrique. Et j’ai pensé : « Wow, c’est impressionnant ! ». Przeworski organisait un séminaire fantastique où tout le monde voulait participer ! Parce que, bien entendu, il y avait quand même quelques marxistes sur le campus. Il ne permettait qu’à une quinzaine de personnes d’y assister, mais c’était des gens incroyables. Donc alors qu’au début de ma deuxième année de thèse j’étais prêt à abandonner l’université, rencontrer Adam Przeworski m’a vraiment sauvé intellectuellement.

 

Quant à la personne qui m’a protégé et défendu au sein du département, c’était William Julius Wilson, un sociologue afro-américain devenu très célèbre pour son livre The Declining Significance of Race[6]. En résumé, il soulignait l’importance croissante de la question de la classe parmi les Afro-Américains. Il l’a intitulé The Declining Significance of Race, ce qui lui a valu beaucoup de problèmes ! Mais c’est aussi ce qui l’a rendu extrêmement célèbre. On discutait beaucoup ensemble, parce que depuis mon passage en Afrique du Sud j’étudiais des objets liés aux questions de race et de classe. On avait donc beaucoup de choses en commun, et il m’a protégé de tous les universitaires trop agressifs. Ce soutien intellectuel m’a sauvé, tout comme celui des anthropologues.

 

Dès cette époque, j’ai commencé à publier dans des revues mainstream. J’ai réussi à publier des articles dans la British Journal of Sociology, sur la recherche que j’avais faite en Afrique sur les étudiants zambiens. Et puis je suis parvenu – et c’est une chose qui serait très difficile aujourd’hui – à publier une analyse marxiste sur les travailleurs immigrés dans l’American Journal of Sociology. C’était un article comparatif sur le travail des immigrés en Californie et en Afrique du Sud et, étonnamment, il a été publié ! Incroyable ! Mais, vous savez, je ne semblais pas constituer un danger. J’étais juste un marxiste isolé et la plupart des gens pensait que j’étais fou. Malgré tout, suffisamment de personnes ont tout de même considéré que j’avais quelque chose à dire. L’éditeur de la revue appréciait mon travail, parce qu’il pressentait qu’une certaine résurgence marxiste était, lentement mais sûrement, en train de se produire. Et bien entendu, Chicago était très en retard par rapport à tout ça. Dans des universités comme Berkeley, les étudiants inscrits en doctorat avaient constitué des cercles de réflexion marxistes. Tout le monde était marxiste là-bas. Après 68, dans les années 1972-1976, des gens comme Fred Block ou Erik Olin Wright étaient doctorants à Berkeley. Berkeley et Wisconsin, c’étaient vraiment les deux endroits où il y avait la plus forte concentration marxiste. Et Chicago était bien entendu plus conservatrice que ces universités-là. Bref, j’ai survécu parce que j’étais publié dans des revues mainstream. Mais avec une approche marxiste, ce qui serait un peu plus difficile aujourd’hui. Mais à l’époque, c’était novateur. C’était totalement nouveau de faire des travaux empiriques marxistes, avec un cadre d’analyse si original.

 

Q : Est-ce en découvrant tous ces marxistes structuralistes français que vous avez construit votre projet de thèse ?

 

Mon projet de doctorat était, comme je l’ai dit, de m’attaquer aux sociologues de Chicago sur leur propre terrain, c’est-à-dire l’étude de Chicago. Et à l’époque personne n’étudiait les lieux de travail. Je voulais comprendre ce que c’était que d’être un travailleur américain, non pas à partir d’enquêtes quantitatives, mais sur la base d’une expérience concrète. J’ai réussi à dégoter un job dans une usine et j’ai commencé mon observation participante. Et la première chose que j’ai remarquée lorsque je suis arrivé sur les lignes de montage, c’était à quel point tout le monde travaillait dur. Alors que toute la littérature scientifique en sociologie des relations industrielles se demandait : pourquoi les gens ne travaillent-ils pas plus? Pourquoi ces travailleurs sont-ils si paresseux ? Pourquoi réduisent-ils leur cadence de production ? J’ai commencé à penser que ce n’était pas la bonne façon d’envisager ces questions. Ça coïncidait aussi avec l’interrogation marxiste classique : comment parvient-on à extraire la plus-value des travailleurs ? Pourquoi les travailleurs collaborent-ils [à leur propre exploitation] ? Et, bien entendu, il y avait une réponse marxiste : par la coercition, la peur… Or je percevais que ce n’était pas ce qui se passait dans l’usine. Donc de là est apparue l’idée de consentement, ce qui m’a conduit à Gramsci et à Poulantzas. Au fond, j’ai mobilisé tous ces structuralistes français qui parlaient de l’État, de la société civile… Je les ai fait débarquer dans l’usine. Et c’était ça l’originalité de mon travail. C’était de voir une politique de la production ; de voir la théorie de l’État de Poulantzas opérer comme un “État interne” dans l’usine.

 

Q : Nous parlions de Michel Foucault avant de commencer l’interview : nous nous demandions pourquoi vous ne le mobilisez pas vraiment dans votre livre Manufacturing Consent[7].

 

Je n’avais pas beaucoup lu Foucault à l’époque. Si je l’avais lu, j’aurais peut-être été un peu plus subtil à propos de tout ça… Dans Politics of Production[8], il est plus présent. Mais l’essentiel c’est que Poulantzas répondait déjà à Foucault. Donc en quelque sorte, je répondais à Foucault par l’intermédiaire de Poulantzas. Dans son dernier livre, L’État, le pouvoir, le socialisme[9], il ciblait clairement Foucault, et notamment le fait qu’il y ait du politique en dehors de l’État… Je suis passé par un chemin différent, mais pour arriver à la même conclusion. En fait, j’étais inspiré par Gramsci qui défend, dans Américanisme et fordisme[10], qu’aux États-Unis le consentement est organisé dans la production. Mais il n’explique absolument pas ce que ça peut bien vouloir dire. Donc, c’était ça tout l’enjeu de ma thèse. Finalement, de mon point de vue, Gramsci avait été injustement attaqué par les structuralistes français qui l’accusaient de défendre une vision téléologique et d’être historiciste, tout en s’attribuant ses meilleures idées. Tout ça a complètement restructuré ma perspective intellectuelle. Parce que le marxisme que j’avais appris en Afrique était profondément différent. C’était un marxisme beaucoup plus matérialiste, qui s’intéressait essentiellement à l’articulation entre classe et race. Je n’avais aucune idée de tout ça… la théorie de l’État par exemple. Je n’en savais pratiquement rien. J’avais fait toute une série de remarques intéressantes sur l’État zambien lorsque je faisais ma recherche là-bas, mais je n’avais pas de théorie de l’État. C’est ce que j’ai découvert grâce à Przeworski.

 

Q : Et de Chicago vous êtes parti pour l’université de Berkeley…

 

Oui, c’est en fait le fruit d’une série d’accidents. Je me souviens qu’en 1974 le congrès annuel de l’American Sociological Association avait lieu à San Francisco. J’en ai profité pour visiter Berkeley. Je suis allé dans les librairies et je ne pouvais pas en croire mes yeux en découvrant les livres que les gens lisaient ! Je me suis demandé : « qu’est-ce que je suis en train de faire à Chicago alors que là… » Mon rêve était vraiment de venir à Berkeley. La manière dont c’est arrivé est une histoire compliquée. Je suis arrivé sur le marché [américain] de l’emploi [académique] comme un marxiste, de l’Université de Chicago. C’était – et c’est toujours – une combinaison très étrange. Et j’avais pas mal de publications ! Dans des grandes revues. À l’époque, les doctorants n’avaient pas de publications dans l’American Journal of Sociology ou dans la British Journal of Sociology. J’ai donc eu beaucoup d’entretiens d’embauche. Mais Berkeley, parce que c’était un bastion de doctorants marxistes, était fortement divisé entre la gauche et la droite. Et les gars de droite, dès qu’ils ont vu ma candidature, ils ont essayé de la détruire. J’avais postulé à un poste de sociologie comparative en m’appuyant sur mon expérience en Afrique, et pour eux, c’était des absurdités marxistes. Erik Olin Wright, qui était doctorant là-bas, m’appelle alors pour me dire : « Michael, tu as des ennuis, il y a une lettre de recommandation dans ton dossier, d’un gars nommé Edward Shils… »

 

C’est un sociologue de Chicago, très célèbre, qui avait écrit une lettre infâme[11]à propos de mon parcours, expliquant à quel point j’étais une personne sectaire et dangereuse, qui ne devait surtout jamais être embauchée [dans une université], et en particulier dans un lieu comme Berkeley. Ça a forcément attiré l’attention sur mon cas un peu partout. Lorsque je suis allé à un entretien à UCLA, à Los Angeles, Erik m’a dit : « Viens nous rendre visite ». Je ne l’avais jamais rencontré. Donc il m’a invité à Berkeley et a organisé un entretien informel avec des membres du département très favorables [à ma candidature] – la gauche – et les doctorants. J’ai eu ensuite toute une série de propositions d’embauche, et puis il y a eu une sorte d’imbroglio à Berkeley. La personne qui était pressentie pour le poste n’était pas parvenue à faire un bon speech. Ça a créé une certaine confusion et ils ont fini par avancer mon nom. Et on m’a offert le poste sans même un entretien d’embauche formel, ce qui ne pourrait jamais arriver aujourd’hui.

 

Quand je suis arrivé, j’ai dit : « Très bien, je prends le poste, mais je veux un entretien ». Je n’en avais pas eu, je voulais faire un speech. La salle était bondée : il n’y avait pas officiellement de marxistes [à Berkeley]. Il y avait des gens de gauche, mais pas de marxistes, pas de jeunes marxistes. Et je savais que la droite du département était furieuse à propos de ce qui s’était passé. C’est là que ma carrière a commencé… C’était un début très compliqué, mais j’ai eu le poste ! Et je suis toujours là ! [Rires]

 

Q : Malgré ces débuts rocambolesques, comment êtes-vous malgré tout parvenu à devenir président de l’American Sociological Association[12] puis de l’International Sociological Association ?

 

L’American Sociological Association (ASA) est probablement, du moins aux yeux des Américains, la plus prestigieuse. L’ASA est bien plus grande que l’International Sociological Association (ISA). Mes collègues n’ont jamais porté beaucoup d’intérêt à l’international… Ils pensaient que les Etats-Unis était l’international, point. Cela ne m’a jamais tellement intéressé de m’investir dans ces grandes associations professionnelles.  Mais un jour mes amis m’ont demandé de poser ma candidature à l’ASA. J’ai donc postulé pour le comité éditorial et malheureusement j’ai été élu [Rires] et donc je suis devenu membre du comité. Ensuite, j’ai été très engagé dans une autre histoire très politique. Il y a eu un mouvement au sein du comité éditorial pour renouveler les éditeurs de l’American Sociological Review dans une perspective plus critique, plus radicale. Trois candidats postulaient pour le comité de rédaction et l’un d’entre eux était un Afro-Américain. Nous pensions que c’était une bonne chose pour le comité, mais le conseil de l’ASA a rejeté la décision en affirmant que le type n’était pas suffisamment compétent. Je ne pouvais pas y croire.

 

Alors j’ai décidé d’en faire un problème public. Je n’avais rien à perdre puisque je n’étais pas plus intéressé que ça dans l’ASA. J’ai fait tout un foin de ce retournement de décision… Beaucoup de personnes ont dit que cette décision était raciste, mais ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai juste avancé que cette décision était antidémocratique. C’est devenu un conflit énorme parmi les sociologues aux Etats-Unis et je n’avais aucune idée de ce que j’étais en train de faire. Mais il y avait beaucoup d’hostilité à l’encontre du conseil. Suite à cela je suis devenu une sorte de figure symbolique d’opposition au conseil. Si bien qu’on m’a proposé le poste de président et, étonnamment, j’ai été élu. Je n’avais pas du tout envisagé cette possibilité.

 

C’est à ce moment-là que le projet de sociologie publique a vraiment démarré. Je l’ai développé dans mon département, car je pensais que beaucoup de mes collègues étaient de grands sociologues publics. Alors quand je suis devenu président de l’ASA de manière inattendue, j’ai proposé deux choses : une sociologie publique et une sociologie globale, pour provincialiser la sociologie américaine. Ils devaient reconnaître que la sociologie américaine était une sociologie particulière et non universelle.

 

Ce projet a été, je ne dirais pas fructueux, mais controversé, et donc il a généré beaucoup de débats intéressants. Les conférences qui eurent lieu ont été très suivies, car les chercheurs étaient stimulés par cette idée que la sociologie pouvait intervenir dans la sphère publique. Ce n’était pas une position conventionnelle au sein de l’ASA à l’époque.

 

Ensuite, je suis retourné en Afrique du Sud après la fin du boycott. Durant l’une de mes visites, j’ai rencontré une femme nommée Sujata Patel qui était vice-présidente de l’International Sociological Association (ISA) et qui m’a proposé de postuler. Je n’étais plus du tout actif dans l’ASA et je n’avais rien d’autre à faire ! Je suis donc devenu vice-président pour le comité National Association, lui succédant. C’est ensuite que je suis devenu président.

 

Je me suis alors intéressé à ce que pourrait signifier globaliser, internationaliser la sociologie. Et j’ai fait ça pendant 8 ans, jusqu’à la fin de mon mandat, en 2014. Et je suis toujours, bien évidemment, très impliqué pour défendre une perspective plus globale en sociologie.

 

Q : Selon vous, où en sommes-nous aujourd’hui avec le projet de « sociologie globale » que vous défendiez ?

 

Ma contribution a toujours été très minimale. En réalité, c’était un projet bien plus difficile que celui de sociologie publique. Disons les choses de cette façon : il y a eu un débat au sein de l’ISA et au-delà concernant la nature des dimensions globales de la sociologie. Il y a, d’un côté, ceux qui disent qu’il n’y a qu’une seule sociologie, une sociologie singulière à laquelle différentes zones géographiques peuvent contribuer, mais qu’au fond il n’existe qu’une seule sociologie. Le danger de cette conception, c’est que cette sociologie universelle s’avère finalement être la sociologie française ou américaine par exemple. C’est le risque d’universalisation d’une sociologie nationale.

 

D’un autre côté, il y a ceux qui s’opposent à l’idée qu’il n’y aurait qu’une seule sociologie et qui défendent l’existence de sociologies multiples ; que chaque pays possède sa propre sociologie nationale. Et ils vont avancer l’argument qu’il existe un terrain pour la sociologie globale, mais que certaines sociologies nationales dominent le monde : la sociologie française, américaine, allemande… Et il y a également une très intéressante sociologie latino-américaine, comme alternative à ces traditions là…

 

Cela me semble être un débat intéressant : est-ce qu’il y a une ou plusieurs sociologies ? Et quelles sont les caractéristiques du champ de cette sociologie globale ? Comment faudrait-il la cartographier, la présenter, l’articuler ?

 

Le fait que la sociologie soit devenue globale est dans une certaine mesure assez problématique. Son potentiel est immense en tant que discipline globale, reconnaissant ses particularités nationales, mais c’est aussi problématique parce que le monde est de plus en plus organisé de manière hiérarchique avec les grandes universités dans la plupart des pays qui cherchent à être reconnues comme des universités de rang mondial, à travers le classement de Shanghai, etc..

 

En fait, cette histoire de classement c’est une construction des Chinois ! Ils ont initié le système de classement parce qu’ils voulaient hisser leurs propres universités au rang des grandes universités. Et quelles sont les grandes universités selon eux ? Yale, Harvard, Princeton, Cornell, Columbia…. Ils ont alors développé un système d’évaluation qui a poussé ces universités en haut du classement en imposant des critères comme le nombre de prix Nobel, le nombre de publications, le nombre de médailles, etc. Et progressivement les autres pays ont commencé à utiliser le même système de classement et les mêmes indicateurs. C’est vraiment ridicule pour la plupart des pays du monde, pour la plupart des universités ! Vous savez, Harvard a une dotation de 35 milliards de dollars, soit le budget d’un pays de taille moyenne ! C’est impossible de concurrencer ça ! C’est ridicule de se situer sur ce genre d’échelle !

 

Ce système de classement est très dangereux pour la sociologie, parce que cela signifie que les Etats-Unis vont toujours dominer. Du coup, les sociologues en Indonésie vont tenter d’écrire en anglais pour des revues anglophonesCela sort ces sociologues de leur contexte local. C’est la même situation en Afrique du Sud et probablement aussi en Europe, où les gens doivent commencer à écrire [en anglais]. Vous savez, quand je suis en France, toutes les pointures de la sociologie française viennent me demander : comment vais-je parvenir à publier mes articles en anglais ? Certains des plus grands sociologues français sont préoccupés par ça. Tout ça ne va pas dans le bon sens. Et, bien entendu, nous devons lutter contre ça.

 

Il existe certains arguments pour dire que la sociologie étasunienne est plus développée, mais évaluer et orienter toutes les recherches face à ce genre de critères est extrêmement problématique. Donc il faut y résister. Mais ce que je veux dire c’est que les sociologues américains ne sont pas de mauvaises personnes, ce ne sont pas des conspirateurs, ils sont juste ignorants. Ils ne se rendent même pas compte de l’impact de leurs travaux sur le reste du monde. C’est exactement ce que Bourdieu a appelé la distinction. Ce n’est pas de l’hégémonie, dans laquelle il y a une relation négociée, c’est de la distinction. Ils se pensent supérieurs et ne comprennent pas les implications de ce dans quoi ils sont impliqués… bon mais c’est mon côté antiaméricain qui ressort ! [Rires]

 

Q : Et que pensez-vous de la tradition sociologique française et de la forte influence de la sociologie inductive ? Que diriez-vous de la situation actuelle, sachant que votre livre Manufacturing Consent n’a été traduit que 40 ans après sa publication originale en anglais[13]?

 

Ce qui est vraiment étrange avec Produire le consentement, c’est qu’il a été construit sur la base de ce marxisme structuraliste français. Quiconque connaît un peu cette tradition théorique le voit tout de suite à la lecture du livre ! C’est donc très étrange qu’il n’ait pas pénétré le monde francophone plus tôt. Mais pour moi, c’est un accident de l’histoire que mon livre ait finalement été traduit. Je ne pense vraiment pas que cela ait une quelconque signification. En fait, ce qui m’a toujours paru très étrange, au regard de mes propres travaux, c’est que les Français semblent adorer la sociologie de Chicago[14]. Howard Becker est un dieu en France ! Et pour moi c’est très étrange, car j’associe la France au marxisme structuraliste, ce qui est antithétique avec la Grounded Theory. Vous savez, quand j’ai commencé mon étude dans une usine de Chicago, il s’est avéré que j’étais en train de réaliser par hasard une revisite de l’étude menée par Donald Roy. Donald Roy est un ethnographe remarquable, mais un ethnographe de l’école de Chicago, qui avait une perspective théorique très limitée. Son travail (Un sociologue à l’usine)[15] a été traduit en français bien avant queProduire le consentement ne le soit ! C’est parce qu’il représentait cette tradition de Chicago, que j’ai explicitement rejetée et réfutée. Réfutée est sans doute trop fort, mais que j’ai rejetée. Tout le principe de « l’étude de cas élargie »[16] peut être vu comme une critique explicite de la Grounded Theory[17]. Donc pour moi, cet engouement pour la sociologie de Chicago est un mystère complet. La sociologie de Chicago est morte aux Etats-Unis. Mais elle est en train d’être revitalisée par une série de sociologues français. C’est un monde très polarisé : d’un côté vous avez des sociologues qui sont extrêmement sophistiqués d’un point de vue théorique – tout le contraire de la Grounded Theory – qui ont un impact très important intellectuellement et politiquement, comme Touraine ou Bourdieu ; et de l’autre, il y a des sociologues « normaux », comme moi, qui ont en effet une perspective plus inductiviste. Mais vous savez, Bourdieu est le théoricien de notre temps, que ça plaise ou non. Il est le point de référence, comme théoricien, et particulièrement aux Etats-Unis. Touraine l’a quant à lui peut-être été, et peut-être qu’il l’est encore en Amérique latine, mais Bourdieu surpasse tout le monde.

 

Q : Plus que Foucault ?

 

C’est une question très intéressante. Je pense que parmi les sociologues, oui. Parce ce que ce qui est intéressant avec Bourdieu, c’est qu’il a toujours mené un travail empirique et qu’il a théorisé en allant sur le terrain. Ce n’était pas un théoricien « pur ». Et le fait qu’il ait toujours fait du travail de terrain est très important pour les sociologues. Tandis que le travail empirique de Foucault est un peu plus étrange d’un point de vue sociologique. Foucault est beaucoup plus sélectif dans son travail empirique. Donc oui, je pense qu’il a eu plus d’influence que Foucault. Peut-être qu’à la rigueur Foucault a eu plus d’influence globalement, mais parmi les sociologues, Bourdieu est clairement la référence.

 

Aussi, ce qui est significatif à propos de Bourdieu, c’est qu’il a élaboré ses propres travaux à partir de penseurs comme Marx, Weber et Durkheim. Il n’en parle jamais vraiment, ou rarement. Mais qu’il s’en rende compte ou non, il est clairement en dialogue[18] avec chacun d’eux. Il construit une synthèse vraiment intéressante et originale à partir de leurs apports. Donc il est possible de retrouver le fil de la tradition sociologique dans son travail de théorisation.

 

Q : Ce qui est très intéressant dans votre démarche, c’est que vous valorisez fortement le travail empirique, le terrain, et que « l’étude de cas élargie » repose entièrement sur ce principe. Et en même temps, vous démarrez avec un questionnement théorique, mais dans le but de mettre votre théorie à l’épreuve d’un terrain empirique et d’actualiser votre grille de lecture. Dans la sociologie francophone, du moins dans celle qui nous a été enseignée en tant qu’anciens étudiants belges francophones, c’est plutôt un travail inductif qui est valorisé et qui prescrit d’aller dans le sens opposé : partir de l’empirie, non pas pour mettre une théorie à l’épreuve et l’enrichir, ou « la reconstruire » comme vous le dites, mais pour construire une « théorie » ou plus exactement, pour construire une généralisation à partir de cas particuliers censés être « représentatifs »[19].

 

C’est ce qui est vraiment intéressant avec ces approches si divergentes dans la sociologie française : les « grands théoriciens » d’un côté et les « empiristes » de l’autre. Bien sûr [ça ne date pas d’hier et] vous retrouvez une divergence similaire dans la sociologie étasunienne des années 1950[20]. La Grounded Theory était une réponse au structuro-fonctionnalisme, c’est-à-dire à l’idée que la théorie sort de la tête de Talcott Parsons[21]. Les partisans de la Grounded Theory disaient « non, la théorie vient du terrain ». Pour moi, ce sont deux positions tout aussi ridicules, mais ce sont des positions politiques. Il faudrait garder à l’esprit que la Grounded Theory a été, à un moment de l’histoire de la sociologie, une réaction au structuro-fonctionnalisme [la « suprême théorie » critiquée par C. W. Mills]. Mais cette réponse empiriste ne devrait plus perdurer : aujourd’hui, plus personne ne croit dans le structuro-fonctionnalisme ! La raison d’être de la Grounded Theory s’est donc évaporée. Or, cette approche continue à perdurer, et dans une certaine mesure, aux Etats-Unis aussi.

 

Quand j’ai commencé à faire de l’ethnographie, et plus tard, quand je suis arrivé à Berkeley, les doctorants, qui étaient tous marxistes, m’ont dit : « Tu ne peux pas être un ethnographe si tu es marxiste ! ». Parce qu’ils pensaient que l’ethnographie ne pouvait signifier que la Grounded Theory. « Les marxistes font de grandes études macro-historiques et ça, c’est de la foutue ethnographie ! Tu ne peux pas faire les deux, c’est impossible ! » me disaient-ils… Ils étaient très perturbés par mon approche. Mais aujourd’hui, c’est une tout autre histoire. Tout le monde accepte l’idée que l’on peut être à la fois ethnographe et marxiste et que, par la théorie, il est possible de lier l’analyse micro et macrosociologique.

 

La suite de l’histoire aux Etats-Unis, c’est quand je suis allé dans le Wisconsin. Je ne pensais pas que j’allais parvenir à obtenir ma tenure[22] à Berkeley donc j’ai pris un poste à l’Université du Wisconsin pour un an, de 1984 à 1985. Là-bas, ils faisaient de la sociologie quantitative. Ils n’avaient aucune idée de ce qu’était l’ethnographie. C’était un énorme département de 40 ou 50 personnes et aucun ne savait vraiment ce que c’était de faire de l’ethnographie ! Il y avait bien un spécialiste de l’analyse de discours, dans la veine de l’ethnométhodologie, mais nul ne prenait vraiment cette personne au sérieux. Donc j’ai donné deux cours quand j’étais là-bas : un sur l’histoire du marxisme et un autre sur l’ethnographie, et les étudiant.e.s m’ont dit « Okay, Burawoy est marxiste, donc sa méthode doit être marxiste, et dès lors, c’est que l’ethnographie doit être la méthode marxiste ! » Une perspective complètement opposée à celle de Chicago ! C’était une libération car un certain nombre d’entre elles et eux étaient fatigué.e.s de ce « marxisme de régression multiple », la méthode statistique enseignée par Erik Olin Wright. Il utilisait les méthodes de la sociologie mainstream pour développer la théorie marxiste et le concept de classe sociale[23]. Certain.e.s étudiant.e.s [doutaient de la puissance heuristique de sa méthode] et ils se sont dit « Burawoy a la réponse : l’ethnographie est la méthode marxiste ! » Mais aujourd’hui, tout le monde peut comprendre que l’on peut utiliser l’ethnographie dans un travail de comparaison macro-historique, qu’elle peut être utilisée [pour enrichir la théorie] et qu’elle n’a pas besoin de rester collée au terrain. Je pense que les choses se sont beaucoup détendues au cours des trente dernières années, en partie grâce aux étudiant.e.s qui sont sorti.e.s de Berkeley.

 

Q : Vous avez mentionné les implications politiques de la Grounded Theory ou de l’ethnographie… Donc la méthode a des implications politiques selon vous ?

 

Les méthodes se développent dans un contexte politique, dans un champ politique si vous voulez. La Grounded Theory s’est développée comme manière de faire de la recherche en réponse au structuro-fonctionnalisme de la côte Est, qui était devenu dominant au Etats-Unis dans les années 1950 et 1960. Donc oui, la méthode a une signification politique, mais dans un sens disciplinaire. Maintenant, ce que vous me demandez, c’est si elle a des implications politiques avec un grand « P » c’est ça ? Dans un sens plus large… C’est une question plus compliquée je pense… Je dirais – et je dis ça du point de vue marxiste qui est le mien – que la Grounded Theory estime que l’expérience vécue et que les théories que les gens ont spontanément dans la tête, leur sens commun, ont une part de vérité, qu’il est difficile d’aller au-delà de la vérité de l’informateur et [que la seule manière de monter en généralité] est d’inférer de la théorie à partir d’observations de terrain. Mon argument est de dire que la théorie et les concepts scientifiques sont un élément préalable essentiel pour tout projet de recherche. Les adeptes de la théorie ancrée pensent qu’il est possible d’aller sur le terrain et d’effacer de sa tête, ou du moins essayer d’effacer, toute théorie préexistante et que cela devrait vous permettre de voir le monde tel qu’il est. Je pense que c’est une conception profondément erronée de la philosophie des sciences. Je pourrais passer le reste de ma vie à décrire la pièce où l’on se trouve, mais si je n’ai pas de focale particulière, pas de focale pour lire le monde, je serais incapable de savoir par où commencer. Je pense qu’on a toujours besoin d’un cadre théorique pour faire de l’ethnographie, et ce parce que le monde est complexe. La question est bien sûr de savoir quel cadre théorique vous mobilisez. Vous pouvez avoir un cadre marxiste, wébérien, durkheimien, etc. Mais il vous faut un cadre ! Donc pour moi la méthode n’a pas de conséquence politique directe parce que l’on peut mobiliser différentes théories qui elles, ont des fondations politiques différentes. Je ne pense pas qu’il y ait nécessairement une connexion entre la méthodologie et la politique. Mais quoi qu’il en soit, la Grounded Theory est une perspective impossible. Elle suppose que tout le monde peut observer le monde et générer ses propres théories à partir de rien. Dans cette perspective, chacun de vous trois pourrait faire ce travail [d’observation de la pièce où nous sommes] et ne pas arriver à un même résultat. Il n’y a pas d’accumulation théorique, pas de d’accumulation de savoir. Tout le monde démarre de rien. Et tout le monde réinvente la roue ! Dans sa forme pure, [la Grounded Theory] ne fait aucun sens ! Mais elle a fait sens, politiquement, dans le contexte des Etats-Unis des années 1960. Nous vivons dans un monde où il existe des théories qui nous préexistent, que nous avons développées, et que nous emmenons avec nous quand nous allons sur le terrain.

 

Q : Et est-ce qu’on pourrait dire qu’en utilisant la Grounded Theory de cette manière, il devient beaucoup plus compliqué de parler des macro-forces sociales qui traversent le terrain d’enquête et par là, de pointer « les fondations macro (sociales) de la micro-sociologie »[24] à travers l’analyse ? Elles ne se « voient » pas directement sur le terrain à l’œil nu, sans lunettes théoriques…

 

C’est juste, et c’est d’ailleurs mon autre critique. Les meilleurs théoriciens ancrés – comme par exemple Erving Goffman qui est probablement le plus brillant d’entre eux – procèdent en mettant en suspension le contexte macro-social et historique. Fondamentalement, Goffman observe différentes micro-situations et développe des abstractions à partir de celles-ci, au sujet des stigmates, de la manière dont les gens se comportent dans l’espace public, ou de comment ils se comprennent eux-mêmes et comprennent les autres, etc. Mais il n’est pas capable de penser en termes macros. Quand on est dans le micro, comment parler du macro ? C’est très difficile. A moins d’avoir une perspective théorique qui permette de comprendre cette relation. Et le seul fait d’avoir une perspective théorique ne signifie pas que vous n’allez faire que renforcer celle-ci. Vous verrez le monde à travers une focale particulière, ensuite, [parce que le monde ne colle jamais tout à fait aux théories élaborées pour le comprendre,] vous serez surpris [par les « anomalies » que vous rencontrerez sur le terrain] et enfin, vous travaillerez à reconstruire cette perspective théorique. Ça, c’est la suite du job, la reconstruction théorique. Bien sûr, j’ai 30 ou 40 ans de polémique avec laGrounded Theory derrière moi et ma réponse vous semblera peut-être assez évasive… Mais franchement, plus personne ne croit vraiment encore à laGrounded Theory. Sauf peut-être quelques chercheurs francophones… Je ne sais pas (Rires). Mais peut-être que les partisans de la Grounded Theory en France sont en train de mener leur propre combat, contre les bourdieusiens… C’est une stratégie politique, mais à mes yeux, ça n’a pas beaucoup de sens sur le plan philosophique.

 

Q : Pourtant notre génération a été éduquée avec cette perspective inductiviste…

 

Mais la philosophie des sciences et la sociologie des sciences nous ont mis en garde contre ce non-sens, non ? Il faut lire les classiques de la philosophie des sciences, Popper… Lakatos est peut-être déjà un peu plus compliqué, mais Karl Popper, il est très clair ![25] Je pense que la sociologie a été trompée par une vision positiviste de la science que les philosophes ont abandonnée depuis longtemps !

 

Q : Pour conclure l’interview, nous voudrions vous demander quels sont les principaux défis auxquels les sciences sociales devraient s’attaquer selon vous ? Vous paraissez avoir toujours été aux bons endroits aux bons moments pour voir les grandes transformations du 20e siècle, et aujourd’hui, considérant le monde inégal[26] dans lequel nous vivons, quelles seraient les grandes transformations auxquelles vous vous intéresseriez ?

 

Vous avez sans doute raison, j’ai pu observer quelques transitions importantes… Enfin, j’étais en Zambie au moment de la transition postcoloniale[27] et ensuite, j’ai fait un travail de terrain en Hongrie et en Russie post-Union soviétique[28]. Je pense que j’ai pu faire quelque chose d’intéressant sur la transition postcoloniale, mais l’étude en Hongrie et en Russie… En réalité, au fur et à mesure que la transition s’approfondissait, je me suis rendu compte que je ne parvenais pas à comprendre ce qui était en train de se passer. J’ai dû laisser derrière moi pas mal de mon marxisme – qui avait toujours été très focalisé sur « la production » – parce que le cœur du problème n’était plus une question de production. Le monde était dirigé depuis le domaine de l’échange, et pas depuis celui de la production. Que ce soit la finance ou le commerce, c’était le domaine de l’échange qui comptait. Et c’est pour ça que j’ai commencé à m’intéresser de près au travail de Karl Polanyi, qui était déjà parvenu à cette conclusion depuis longtemps[29], et que j’avais en quelque sorte rejeté trente ou quarante ans plus tôt, parce qu’il ne cadrait pas avec ma conception du marxisme à cette époque. Mais à partir du moment où j’étais là, sur le terrain, en Russie postsoviétique, au début des années 1990 et que j’ai vu d’un côté cet incroyable déclin de l’économie [soviétique] – d’une ampleur qui n’avait jamais été observée en temps de paix – et de l’autre, la croissance de l’économie chinoise – dans une direction opposée – le marxisme que je connaissais ne collait simplement plus à ce que je voyais ! Je suis alors devenu obsédé – et je le suis toujours – par Polanyi et je pense que son idée de la « troisième vague de marchandisation » est le phénomène que – en tant que sociologues et chercheurs en sciences sociales – nous devons étudier. Bien sûr, en suivant cette perspective, l’enjeu est ce que Polanyi appelle les « contre-mouvements ». Polanyi semble supposer qu’il existe toujours un contre-mouvement, mais ce n’est pas clair… Il y a des mouvements et, [par l’analyse,] nous attirons l’attention sur ces mouvements, qui peuvent être vus comme des réponses à l’expansion de la marchandisation dans les sphères du travail, de la nature, de l’argent, et dans quelque chose dont Polanyi ne parle pas : le savoir. Il existe des mouvements contre l’expansion de la marchandisation, mais ils ne sont pas nécessairement cohérents, ils ne remettent pas nécessairement en cause la marchandisation, et peuvent même finir par approfondir la marchandisation à plus long terme. Cela me semble être la grande question de notre temps. Comment peut-on réfléchir aux contre-mouvements face à la marchandisation ? Une des grandes questions de notre temps est celle des inégalités à l’échelle globale, et vous pouvez l’aborder à travers une perspective polanyienne, à travers « la marchandisation du travail ». Un autre grand problème actuel est celui de la montée de la finance. Vous pouvez l’aborder à travers « la marchandisation de l’argent ». Un troisième grand problème est celui du changement climatique, qui a quelque chose à voir, potentiellement du moins, avec « la marchandisation de la nature ». [La question est alors de savoir] comment protéger la nature face à l’expansion de l’économie. C’est ce qui me conduit à la conférence que je vais donner aujourd’hui au sujet de l’université[30], de la marchandisation de la production et de la dissémination du savoir et, plus précisément, de la transformation de l’université au centre de ces processus. L’université a le potentiel de résoudre bon nombre de problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui dans le monde, mais elle est elle-même soumise à des processus similaires. Mon avis est que nous devons défendre l’université en tant qu’espace producteur de savoir critique et je pense que les sociologues occupent la meilleure position pour un tel travail. Le problème est que la sociologie – précisément parce que ses fondements sont antithétiques à la « troisième vague de marchandisation » – est en recul et qu’elle est elle-même dans une position assez faible. Certaines personnes disent que nous devrions passer de « la sociologie » aux « sciences sociales ». Je dis non ! Nous défendons la sociologie, contre la science politique et contre l’économie parce que, [même s’il existe bien sûr des politologues et économistes dissidents], ces disciplines sont en quelque sorte chargées de défendre l’idéologie promouvant l’expansion de la marchandisation. Je pense que nous devons défendre les fondements de la sociologie qui ont toujours été anti-utilitaristes. Pour moi, c’est le grand défi auquel font face les sociologues aujourd’hui !

 

Propos recueillis et traduits par Sébastien Antoine, Cécile Piret et François Rinschbergh[31]

 

[1] Ce workshop, qui a clôturé un séminaire de lecture centré sur différentes contributions de Burawoy, était organisé et animé par Sébastien Antoine (LAAP-UCL) ; Corentin Chanet (METICES-ULB) ; Cécile Piret (METICES-ULB) ; François Rinschbergh (CES-USL-B/Sasha-ULB) ; Allan Souza Queiroz (CST-UGent) et Fanny Vrydagh (CEVIPOL-ULB).

 

[2] Pour une approche de la controverse, voir le débat entre Gérald Bronner et Cyril Lemieux organisé par Xavier de la Porte, « La sociologie est-elle dépassée ? », L’obs, 2760, 28/09/2017.

 

[3] Voir notamment : M. Burawoy, « Another look at the mineworker », African Social Research, n°14, 1972.

 

[4] Adam Przeworski est un politologue d’origine polonaise qui a enseigné à Chicago. Il est connu pour ses travaux sur le développement de la sociale-démocratie dans la première moitié du 20e siècle. Voir notamment : A. Przeworski, Capitalism and Social Democracy, New York, Cambridge University Press, 1985.

 

[5] L. Althusser, E. Balibar, B. Brewster, and G. Cinamon, Reading ‘Capital’, Londres : NLB, 1972.

 

[6] W. J. Wilson, The Declining Significance of Race : Blacks and Changing American Institutions , Chicago, The University of Chicago Press, 1978.

 

[7] Ouvrage tiré de sa thèse de doctorat. M. Burawoy, Manufacturing Consent : changes in the labor process under monopoly capitalism, Chicago (IL) : University of Chicago Press, 1979.

 

[8] M. Burawoy, The Politics of Production, Londres, Verso, 1985.

 

[9] N. Poulantzas, L’État, le pouvoir, le socialisme, Paris, Les Prairies ordinaires, 2013.

 

[10] A. Gramsci, « Américanisme et fordisme » Cahiers de prisons n°5, 1934, disponible sur www.marxists.org/francais/gramsci/intell/intell5.htm

 

[11] Des extraits de la lettre ont été publiés dans : M. Burawoy, « Antinomian Marxist » in A. Sica, S. Turner, The Disobedient Generation, Chicago, University of Chicago Press, 2005 : p. 48-71.

 

[12] Son allocution d’entrée en fonction de la présidence de l’ASA en 2004 a été traduite en 12 langues. Le texte « Pour la sociologie publique » est disponible ici:http://burawoy.berkeley.edu/PS.Webpage/ps.papers.htm

 

[13] M. Burawoy, Produire le consentement, Paris, La Ville Brûle, 2015. (Traduction française par Q. Ravelli).

 

[14] Burawoy se réfère ici à la sociologie de Chicago qui développa un point de vue interactionniste sur le monde social en réaction au structuro-fonctionnalisme.

 

[15] D. Roy, Un sociologue à l’usine, Paris, La Découverte, 2006.

 

[16] Proposition méthodologique inspirée de l’école d’anthropologie sociale de Manchester élaborée par Michael Burawoy ; voir en français : M. Burawoy, « L’étude de cas élargie. Une approche réflexive, historique et comparée de l’enquête de terrain » in D. Cefaï (ed.), L’enquête de terrain, Paris : La Découverte, 2003.

 

[17] B. Glaser, A. Strauss, The Discovery of Grounded Theory. Strategies for Qualitative Research, Chicago, Aldine, 1967.

 

[18] Sur cette question du dialogue entre sociologues, voir : M. Burawoy, K. Von Holdt, Conversations with Bourdieu, Johannesburg, Wits University Press, 2012.

 

[19] Pour une critique des critères de scientificité selon l’approche positiviste de l’inductivisme analytique telle que défendue par le sociologue J. Katz (exigences de reproductibilité, fiabilité, neutralité, et représentativité des données récoltées), voir M. Burawoy, « L’étude de cas élargie », op. cit.

 

[20] Voir : C. W. Mills, L’imagination sociologique, Paris, La Découverte, 2006.

 

[21] “Suprême théoricien” par excellence. Talcott Parsons, The Social System, Glencoe, The Free Press, 1951.

 

[22] Aux Etats-Unis, la tenure est la nomination académique définitive obtenue après une période probatoire (tenure track position).

 

[23] Voir : E. O. Wright, Class Counts : Comparative Studies in Class Analysis, Cambridge, Cambridge University Press, 1997.

 

[24] M. Burawoy, « The Extended Case Method », Ethnography Unbound : Power and Resistance in the Modern Metropolis, Berkeley, University of California Press, 1991 : p. 280.

 

[25] Voir la discussion développée dans : M. Burawoy, « Marxism as Science : Historical Challenges and Theoretical Growth », American Sociological Review,vol. 55, n°6, 1990, p. 775-793.

 

[26] M. Burawoy, « Facing an unequal world », Current Sociology, vol. 63, n°1, 2015, p. 5-34.

 

[27] M. Burawoy, The Colour of Class on the Copper Mines : From African Advancement to Zambianisation, Manchester, Manchester University Press, 1972.

 

[28] M. Burawoy, J. Lukàcs, The Radiant Past : Ideology and Reality in Hungary’s Road to Capitalism, Chicago, University of Chicago Press, 1992.

 

[29] K. Polanyi, La grande transformation : aux origines politiques et économiques de notre temps, Paris, Gallimard, 2013 (1944).

 

[30] Burawoy a été invité par la Faculté de Philosophie et de Sciences Sociales de l’Université libre de Bruxelles (ULB) pour donner une conférence intitulée « The University in Crisis » le 11 janvier 2016.

 

[31] Jeunes chercheur.e.s en sociologie.

Posté par Michel Peyret

Avec la nouvelle Stratégie de sécurité nationale les Etats-Unis s’engagent dans l’isolationnisme

 

Hier, la Maison-Blanche a publié une nouvelle Stratégie de sécurité nationale (pdf). Le président en avait parlé dans un discours de campagne, ce qui est inhabituel. Le document est aussi plus long que d’habitude :

 

La Stratégie de sécurité nationale de Reagan avait 41 pages, celle de Bush (2002), 31, celle d’Obama (2015), 29. Celle de Trump comporte 55 pages : un assortiment de priorités sans réelles priorités.

La première « responsabilité fondamentale » du de la Stratégie de sécurité nationale (SSN) est :

 

... de protéger le peuple américain, la patrie et le mode de vie américain...

Micah Zenko souligne que le document ne répond pas vraiment à cet objectif :

Pratiquement rien dans le document... ne traite des menaces, des risques et des préjudices systémiques intérieurs qui empoisonnent la vie quotidienne des Américains.

...

Le SSN de Trump... mentionne les terroristes 58 fois, et s’engage à ’vaincre les terroristes djihadistes’, comme tous les documents précédents de SSN depuis le 11 septembre. Au cours des 16 dernières années et plus, les djihadistes ont tué 103 Américains aux États-Unis, tandis que les terroristes de droite en ont tué 68. Au cours de cette même période, le nombre de décès liés à la drogue a plus que triplé, avec plus de 59 000 Américains morts en 2016, tandis que le taux de suicide aux États-Unis a augmenté de 25 %, entraînant 43 000 décès chaque année.

...

Le SSN de l’administration Trump ne fait pas ce qu’il prétend faire - protéger les Américains - en grande partie parce qu’il ne répond pas aux véritables menaces et risques auxquels les Américains sont confrontés. C’est peut-être une politique étrangère ’ America First ’, comme le prétend le président, mais elle ne fait pas passer les Américains d’abord.

 

Même si elle aborde un grand nombre de questions de politique étrangère, la nouvelle NSS est plus réaliste – en tout cas sur le papier - que la version plus idéaliste de stratégie impériale d’Obama. Il y a moins de blablabla sur les « valeurs » et plus d’accent sur les « rivaux », surtout la Chine et la Russie.

 

Le fait de qualifier ces deux pays de rivaux implique que les États-Unis considèrent qu’ils sont au même niveau qu’eux-mêmes. Cela marque la fin de « l’hégémonie » dont se sont targué les Etats-Unis après l’effondrement de l’Union soviétique. Bien sûr, les États-Unis continuent de vouloir se démarquer. Ils viennent d’opposer un veto ridicule à une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies qui réaffirmait que Jérusalem était occupée. Mais voter contre tous les autres membres du Conseil de sécurité des Nations unies, y compris des alliés proches comme la Grande-Bretagne, n’est pas la marque d’un leader mondial, mais d’un État paria.

 

Que la « période hégémonique » soit terminée pourrait avoir des aspects très positifs pour le monde. Les États-Unis ont profité du fait qu’ils n’avaient plus d’opposants puissants pour faire plus de guerres :

 

Les États-Unis ont participé à 46 interventions militaires entre 1948 et 1991, mais ce nombre a quadruplé entre 1992 et 2017 pour atteindre 188.

 

Les interventions d’après 1991 ont eu lieu alors même que les Etats-Unis n’avaient plus de raison de « contrer le communisme » et que leurs chances de voir leurs intérêts attaqués militairement étaient plus faibles qu’auparavant. De plus, bon nombre de ces interventions n’ont pas été couronnées de succès. D’autres États ont trouvé des moyens de contrer leur écrasante puissance militaire.

 

Les États-Unis, à qui plus personne ne pouvait s’opposer, ont cessé de prendre en considération les réactions potentielles des autres pays. Ils n’ont même pas fait preuve du plus élémentaire « respect des opinions de l’humanité ». Ils se sont révélé un danger pour la paix mondiale. Ils sont intervenus partout où ils le pouvaient, sans même prendre en compte leur intérêt national ni les chances de vaincre. La « période d’hégémonie » a coûté aux États-Unis beaucoup d’argent et d’énergie, et elle ne leur a pas rapporté grand’ chose.

 

Si la stratégie américaine était rationnelle, elle devrait admettre que l’approche unilatérale a échoué et mettre l’accent sur d’autres méthodes. Une véritable coopération mondiale et un plus grand usage de la diplomatie seraient probablement plus fructueux que la puissance militaire. Mais la nouvelle Stratégie de sécurité nationale ne v pas dans ce sens. Tout en affirmant qu’elle « va augmenter l’influence américaine », elle ignore ou rejette le changement climatique et le « code de la route » international, comme la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS). L’Administration Trump consacre plus de ressources à l’armée et moins aux mesures de politique étrangère diplomatiques et économiques. Elle est donc fidèle à la position de Trump pendant sa campagne, elle est isolationniste.

 

On peut soit avoir un rôle hégémonique, soit exercer une influence plus fine en collaborant avec les autres. La méthode hégémonique qui a donné les interventions militaires n’a pas été couronnée de succès. L’approche de la coopération est mise en avant théoriquement dans le SSN, mais écartée dès qu’on en arrive aux choses concrètes. La troisième voie est celle de l’isolationnisme.

 

En tant que citoyens du monde, je salue cette évolution. Des États-Unis qui se ne sentent plus tout puissant y réfléchiront sans doute à deux fois avant de lancer de nouveaux conflits. Ils feront moins de tort aux autres et à eux-mêmes.

 

Moon of Alabama  

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2017/12/the-new-national-security-strateg...

URL de cet article 32723 

National interest : L’avenir de l’Asie: une conversation avec Maurice R. Greenberg

 

22 Décembre 2017
Comparer la Corée du Nord à l’Allemagne nazie est dérisoire, mais l’ensemble de l’interview témoigne sur le fond d’une tonalité pessimiste face à le décadence de l’hégémonie américaine, qu’il ne limite pas au seul Trump, mais aussi à l’incapacité internationale d’Obama et à la profonde division des Etats-Unis. Le fond de cette décadence est l’incapacité de l’Amérique à répondre à ses propres concitoyens face à une Chine qui s’autodéveloppe autant au plan interne qu’au niveau international. La même chose pourrait être dite pour la France et pour l’Europe.  Il n’y a pas de remède évident dans le système, alors le diplomate américain interviewé ne voit de solution que dans l’acceptation d’un monde multipolaire, ou plutôt le partage du pouvoir avec la Chine. L’Europe, l’inde, le Japon , l’Arabie saoudite, tous les alliés traditionnels, qu’en faire alors?
 
(note et traduction pour histoire et société de Danielle Bleitrach)
 

Un policier paramilitaire monte la garde devant le portrait géant du défunt président chinois Mao Zedong à l'entrée principale de la Cité Interdite à Beijing, le 28 octobre 2013. Cinq personnes ont été tuées et des douzaines blessées lundi, selon le gouvernement, lorsqu'une voiture enfoncé dans les piétons et a pris feu sur la place Tiananmen de Pékin, le site des manifestations pro-démocratiques de 1989 réprimées par l'armée. La voiture s'est écrasée presque directement devant l'entrée principale de la Cité Interdite, où

 

« Le président Xi, si je devais faire un pari, sera là pour plus de cinq ans. »mage: Un policier paramilitaire monte la garde devant le portrait géant du défunt président chinois Mao Zedong à l’entrée principale de la Cité Interdite à Beijing, le 28 octobre 2013.REUTERS / Kim Kyung-Hoon

 

Janvier-Février 2018

 

Jacob Heilbrunn, rédacteur en chef du National Interest , s’est entretenu avec Maurice R. Greenberg à la mi-novembre 2017 à New York. M. Greenberg est président émérite du conseil d’administration du Centre d’intérêt national et président et chef de la direction de CV Starr & Co., Inc.

 

Jacob Heilbrunn : Quelle est votre évaluation de l’approche de la Chine et de l’Amérique face  à la Corée du Nord?

 

 

Ce ne sont pas les missiles qui me préoccupent, c’est le chef, Kim Jong-un. Comment lest qu’on peut soit le changer ou s’en débarrasser ? Ça doit être l’un ou l’autre. Je peux spéculer, mais cela ne sert à rien. Tous les pays concernés savent aussi ce que je pense: ils pensent de la même manière. Cela doit être résolu, et ce sera plus tôt que plus tard.

 

Si l’Europe, la France et les États-Unis avaient réagi en temps opportun et arrêté Hitler avant qu’il ne commence vraiment, la Seconde Guerre mondiale aurait pu être évitée et des millions de personnes auraient été sauvées. Ne pas agir n’est pas une bonne stratégie.

 

Heilbrunn : Pensez-vous que la Russie va jouer un rôle dans la résolution?

 

Greenberg : Ils jouent un rôle maintenant en faisant du commerce avec la Corée du Nord. Le président Trump y  a fait allusion. Comment couper tout commerce? La Chine négocie toujours avec la Corée du Nord. Je ne sais pas s’il y a une solution facile. On ne sait pas comment le président Trump peut influencer le président Vladimir Poutine. Ils ont parlé au Vietnam et ont eu des conversations sur différents sujets – y compris la Syrie, y compris des allégations d’interférence avec nos élections.

 

Heilbrunn : Qu’est-ce que le président Trump devrait faire avec la Chine Chine? Quels seraient les avantages pour les intérêts américains?

 

Greenberg: l’important c’est de ne pas avoir l’attitude qui a été celle après la dernière réunion en Chine, comme l’ont fait le président Trump et le président Xi, qui, selon toutes les apparences, était plutôt bonnes, mais dès que le président Trump quitte la Chine il  commence à parler d’une autre manière. Vous devez être cohérent avec ce que vous faites. J’étais en Chine à l’époque où le président Trump est arrivé. Je suis membre du conseil consultatif de l’Université Tsinghua, la meilleure université de Chine. Après la réunion du comité consultatif, nous avons rencontré le président Xi. Je pense que le président Trump a eu une bien meilleure visite et une meilleure relation avec le président Xi que celle que mes gens ont vu. Beaucoup de choses que la Chine a proposées étaient négociées depuis un certain temps, mais néanmoins, il y avait des progrès certains. La Chine a accepté que les compagnies d’assurance-vie étrangères, puissent actuellement posséder jusqu’à 50 pour cent d’une opération d’assurance sur  la vie en Chine,

 

avoir si cela  s’applique à d’autres que les entreprises que celles des assurances de la vie reste quelque peu vague. Je pense que le marché de l’assurance s’ouvrira dans un délai raisonnable. C’est une bonne chose. La Chine a plus de banques et de services financiers que jamais auparavant, et c’est bien. Du point de vue des progrès réalisés dans les domaines qui ont perturbé de nombreuses entreprises américaines, certains progrès ont été réalisés, mais nous devrions continuer de négocier et à faire avancer le dossier.

 

Heilbrunn : La question du contrôle de la mer de Chine méridionale est un sujet qui a disparu.

 

Greenberg : Eh bien, qu’est-ce qu’on doit attribuer à   Chine ou à nous? Le président Obama n’a rien fait à ce sujet. Il a quitté la scène internationale. Et le vide s’est rempli tout de suite. La Chine a comblé le vide en Asie, et la Russie l’a comblé au Moyen-Orient. C’est la réalité. Maintenant vous voulez reprendre la main? Bonne chance. C’est beaucoup plus difficile à faire.

 

Heilbrunn : Donc vous pensez qu’Obama est le coupable, au fond?

 

Greenberg : Je pense qu’il a quitté la scène internationale. Vous pouvez l’appeler comme vous voulez, le définir comme vous voulez, mais le fait est qu’il l’a fait. Quand la Chine a commencé à construire ces petites pierres en îles, et a ignoré la décision de la Cour mondiale sur les Philippines, qu’avons-nous fait? Nous n’avons rien fait.

 

Heilbrunn : Que pensez-vous des onze pays asiatiques qui se sont mis d’accord sur le commerce économique, et mis  les Etats-Unis sur la touche?

 

Greenberg : Je pense que c’était faux. Je pense qu’il faut faire comme le président Trump et dire «America First» – mais pourquoi le dire de cette façon? Je ne pense pas que cela aide la relation de dire « Amérique d’abord ». Bien au contraire. C’est contre-productif. Vous pouvez le croire, mais pourquoi le faire de cette façon?

 

Heilbrunn : Avec toutes les discussions sur « America First », le libre-échange est-il en danger?

 

Greenberg : Je ne pense pas dans le reste du monde.

 

Heilbrunn : Mais qu’en est-il des États-Unis? Nous avons beaucoup de conflits avec le Mexique et le Canada sur l’ALENA. Le président Trump menace périodiquement d’abandonner l’accord commercial.

 

Greenberg : J’ai été très impliqué dans l’ALENA durant l’administration George HW Bush. Carla Hills était alors le représentant commercial américain et le négociateur en chef de l’ALENA. J’étais membre de son comité et nous avons travaillé très fort ensemble pour obtenir un accord satisfaisant avec le Mexique et le Canada.

 

La ligne fondamentale  est la suivante: vous ne pouvez pas tout avoir dans un sens. Il doit y avoir un équilibre. Les choses changent et périodiquement les accords commerciaux doivent être révisés pour s’assurer que vous obtenez les résultats que vous vouliez, et pour vérifier si un changement a eu lieu qui nécessite des modifications – si j’agis en ce sens, alors je ne suis pas fautif cette. Mais le ton que vous adoptez, comment vous le dites et comment vous y parvenez, est très important. Le bénéfice mutuel, que cela n’apparaisse pas comme une tentative futile d’extraire des concessions unilatérales et d’empocher les gains, c’est la clé.

 

Heilbrunn : Alors cédons-nous le terrain globalement, comme certains le prétendent, à la Chine?

 

Greenberg : Je pense que nous en concédons beaucoup. Les apparences sont très importantes.

 

Heilbrunn : L’ancien conseiller à la sécurité nationale, Susan Rice, a publié aujourd’hui un article dans le New York Times disant que Trump rendrait la Chine encore plus forte par inadvertance .

 

Greenberg : C’est exactement ça. Et vous savez, le Congrès du Parti a fait beaucoup pour le président Xi. Il est maintenant le leader incontesté, au niveau du statut virtuellement de Mao Zedong. Il a un deuxième mandat de cinq ans, mais personne au Comité permanent des sept n’est en train d’être préparé à devenir président –  la limite d’âge n’interviendra pas. Donc la probabilité est que le président Xi, si je devais faire un pari, s’il reste en bonne santé, sera là pour plus de cinq ans.

 

Heilbrunn : Qu’en est-il du pronostic pour la Russie? Il y a Poutine, et ensuite, que se passe-t-il?

 

Greenberg : Eh bien, il sera là jusqu’à sa mort. Il n’est pas président, il est autocrate.

 

Heilbrunn : Comment la Russie a-t-elle fini par choisir ce chemin?

 

Greenberg : Les Chinois se penchent eux aussi sur ce qui est arrivé à la Russie – ou à l’Union soviétique après 1989, quand elle s’est effondrée – et ils ne veulent pas faire la même erreur de promouvoir des politiques qui mènent à la dissolution interne. Donc, en ce sens, la Russie, du point de vue chinois, est un exemple de ce qu’il ne faut pas faire.

 

Heilbrunn : Les tensions montent dans une autre région: le Moyen-Orient. Comment voyez-vous l’avenir de la région?

 

Greenberg : Si le Liban sedégrade, l’Iran est le vainqueur. Si l’Arabie Saoudite devient alors en danger, nous serons probablement là pour les aider. La Russie a été du côté de l’Iran; nous devons neutraliser les Iraniens.

 

Heilbrunn : Prévoyez-vous une autre guerre au Moyen-Orient?

 

Greenberg : Cela peut arriver et nous serions impliqués.

 

Heilbrunn : Quelle est la probabilité que Trump parvienne à un compromis avec Moscou?

 

Greenberg : Je dirais ceci: un monde où les Etats-Unis et la Chine sont des alliés est un monde beaucoup plus sûr que si la Chine et la Russie sont des alliés. Ce devrait être notre  préoccupation. Nous devons donc éviter que cela se produise. Nous devons essayer de neutraliser la Russie, ne pas céder à la Russie, mais il ne faut  pas la traiter comme s’il s’agissait d’un pays de troisième rang.

 

Heilbrunn : Vous préférez donc qu’en matière de politique étrangère en Asie: nous devons nous rapprocher  le plus possible la Chine pour promouvoir la stabilité mondiale.

 

Greenberg : Oui, mais nous devons avoir une bonne relation avec l’Inde en même temps. La Chine va s’y opposer.

 

Heilbrunn : Pensez-vous que l’Inde est plus susceptible de réussir que la Chine dans les prochaines décennies? Il y a beaucoup de spéculations là aussi.

 

Greenberg : Cela prendra plus d’une décennie. Ils ont de sérieux problèmes. Même Apple a des problèmes en Inde; Amazon veut traiter là-bas; il y a des gens intelligents, mais sur l’ensemble en vous interrogeant sur ceux qui vont dans le bon sens et les autres. Ils ont un long chemin à parcourir. Le climat s’aggrave,  l’éducation est à la traîne.

 

Heilbrunn : Donc, vous miseriez vos jetons sur la Chine, comme on dit.

 

Greenberg : Absolument. Le changement en Chine est saisissant. Même dans le domaine de la technologie, au point où ils en sont , ils seront la première nation à avoir des voitures électriques en aussi grand nombre.

 

Heilbrunn : Quand vous regardez l’état de l’Amérique en ce moment, où le système politique, même avec la majorité républicaine, est totalement immobilisé, vous sentez-vous moins optimiste quant à l’avenir de l’Amérique, ou croyez-vous que nous allons sortir ceci en bonne forme?

 

Greenberg : Tout au long de l’histoire, il y a eu des puissances montantes et des puissances déclinantes. Vous avez eu l’Empire grec, l’Empire romain, l’Empire français et l’Empire britannique; Qu’est-il arrivé? Ils atteignent un certain point, et leur population change – le mélange de la population, le développement de la population – un pays uni devient fragmenté et devient une puissance déclinante. Que se passe-t-il ici? Au cours de ma vie, je n’ai jamais vu le pays si divisé. Deux pays totalement différents. Nous déclinerons jusqu’à ce que nous dépassions cette situation..

 

Et la Chine – dans tout ce que j’ai vu et lu, je n’ai jamais vu une nation se développer aussi rapidement. Un pays avec un milliard, quatre cent millions de personnes avec une histoire qui remonte à plusieurs millénaires, et  qui pendant des centaines d’années a été statique – regardez ce qui se passe, dans un temps relativement bref. Depuis la première fois que je suis allé en Chine, c’est comme un pays différent aujourd’hui. C’est une réalité.

 

Heilbrunn : Quelle est votre évaluation de Trump en tant que président?

 

Greenberg : Eh bien, Si l’on considère  n’importe quel président que nous avons eu, il ne ressemble à aucun d’entre eux. Son approche de l’Amérique d’abord-je peux comprendre ce qu’il veut réaliser. Je ne suis pas d’accord avec la façon dont il s’y prend. Évidemment, vous ne pouvez pas vous isoler du reste du monde. Vous devez essayer d’influencer le reste du monde sans le menacer. on donne et on prend ; vous ne pouvez pas simplement prendre et ne pas donner. Il y a beaucoup plus de politique étrangère qu’un simple accord commercial. Vous devez avoir des amis dans le monde avec lesquels vous faites des choses en plus du commerce.

 

Heilbrunn : En regardant Trump maintenant, et la rhétorique de l’Amérique d’abord, avons-nous atteint la fin de l’ère de l’internationalisme républicain qu’ils symbolisent, et avons-nous maintenant déménagé dans une nouvelle et différente phase?

 

Greenberg : J’espère que ce n’est pas le cas. Je pense qu’il y a un résidu de cette époque – plus qu’un résidu – de gens qui le  partagent. Je ne pense pas que ce temps mort pour toujours. Je n’y crois pas.

 

Heilbrunn : Beaucoup de gens s’étonnent que les républicains aient autant de problèmes alors qu’ils contrôlent les trois branches du gouvernement.

 

Greenberg : oui ils en ont. Je crains qu’ils ne perdent la Chambre et peut-être le Sénat. Vous voulez changer Obamacare? Très bien, mais vous ne pouvez pas tout enlever. Vous ne pouvez pas simplement. Il y a beaucoup à faire dans les soins de santé. Je suis membre du conseil d’administration de l’hôpital presbytérien de New York depuis des années. Je l’ai présidé pendant longtemps. Je sais ce qu’il faut faire. Une fois qu’une personne est diagnostiquée avec une maladie dans un hôpital et qu’un traitement est recommandé, sortez-le de l’hôpital. Il y a toutes sortes d’installations réduites que vous pouvez utiliser à une fraction du coût. Enlevez également la pression dans les salles d’urgence. Aujourd’hui c’est fou.

 

Heilbrunn : C’est intéressant: nous dépensons le plus et nos résultats ne sont pas bons. Tout semble plonger dans des disputes idéologiques.

 

Greenberg : C’est le cas, et chaque état a des problèmes différents.

 

Heilbrunn : Donc, sur l’échelle de l’optimisme, de un à dix, où êtes-vous?

 

Greenberg : Je ne perds pas la foi en Amérique. Je veux dire, nous avons le droit de parler, et c’est important. Certaines personnes sont écoutées au gouvernement. Espérons que cette écoute augmentera avec le  temps écoutera. Je n’ai pas perdu la foi dans notre pays.

 

Heilbrunn : Eh bien, nous avons surmonté toutes les crises que nous avons connues, mais nous sommes de nouveau en crise, n’est-ce pas?

 

Greenberg : Oui, nous le sommes.

 

Heilbrunn : Dans une certaine mesure, cela semble être une crise qui nous infligée artificiellement e. Parce que nous ne sommes pas dans une Grande Dépression. Nous ne sommes pas embourbés dans une guerre catastrophique à l’étranger.

 

Greenberg : Non, mais la qualité de vie de beaucoup de gens ne s’est pas beaucoup améliorée, et c’est important. Créer plus d’emplois, de meilleurs emplois, est important. Nous vivons à une époque où les machines vont prendre en charge des emplois humains. Nous devons changer notre système d’éducation. Ils créent plus d’emplois en Chine dans le seul secteur de la haute technologie.

 

Heilbrunn : Donc, votre inquiétude, si je vous comprends bien, c’est que les Chinois sont plus agiles et plus flexibles que nous et s’adaptent plus rapidement aux nouvelles réalités mondiales.

 

Greenberg : Maintenant, ic’est-absolument le cas

 

Heilbrunn : Et si nous ne réagissons pas, alors c’est une condamnation à mort pour l’Amérique en tant que principale puissance dans le monde?

 

Greenberg : C’est la fin de partie, le sujet est clair. Je ne dis pas que nous devons combattre la Chine; Ce que je dis, c’est que nous devons regarder dans le miroir ce que nous faisons, ce que nous ne faisons pas et ce que nous sommes capables de faire. La Chine apprend beaucoup de nous et elle veut acheter dans de nombreux domaines ouverts. Ils apprennent très vite. Je ne leur refuse pas le droit de faire cela – nous voulons les mêmes droits, peu importe où ils se trouvent. Et nous devons commencer à parler d’une seule voix, pas dans la cacaphonie.

 

Les USA et les souvenirs laissés en Corée…

 

17 Décembre 2017
L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein air

Le 25 juin 1950, lorsque les forces américaines ont aligné 400 400 réfugiés coréens, des hommes, des femmes et des enfants et les ont tous massacrés.

 

Les États-Unis ont d’abord nié toute implication dans ce crime de guerre, comme ils ont tendance à le faire, mais le témoignage des témoins et les vétérans américains les ont forcés à l’admettre. Leur excuse était qu’ils craignaient qu’il y ait des « espions » parmi les réfugiés. Même les enfants ?!

 

Les militaires américains peuvent jouir du respect et de l’admiration du public américain, mais les gens des États-Unis ne sont pas là quand ces garçons, qui sont plus tard remercié pour leur service , commettent le genre d’atrocités qui ne sont pas dignes des « gens civilisés ».

 

Continuité dans la médiocrité


Orlov
Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 14 décembre 2017 – Source Club Orlov

 

En regardant les commentaires de la semaine dernière, depuis que Donald Trump a fait sa déclaration en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël, on a l’impression que tout le monde est désorienté. La plupart des analystes ont essayé de trouver un sens profond à ce geste, mais leurs résultats ont été pauvres, et je suggère qu’ils abandonnent leur lecture dans le marc de café et les entrailles de chèvre et se concentrent plutôt sur ce qui est évident. Et ce qui est évident pour moi, c’est que la décision de Trump est cohérente avec un ensemble de traits qui ne sont pas spécifiquement les siens mais qui sont plus généralement américains et de plus en plus exprimés, alors que les États-Unis entrent dans la phase terminale de leur dégénérescence.


Pour rappel, Jérusalem est un site historique sacré pour trois des religions du monde – le christianisme, l’islam et le judaïsme – et qui doit être administré d’une manière qui les respecte toutes. Ce fait est reconnu en droit international, et de jure, selon le Plan de partage des Nations Unies pour la Palestine de 1947 : Jérusalem reste un corpus separatum, bien que de facto depuis 1967, il ait été illégalement occupé par Israël, qui l’a déclaré unilatéralement comme sa capitale jusqu’à maintenant. Cette décision a été condamnée par la résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations Unies en 1980. Plus récemment, des propositions ont été faites pour reconnaître Jérusalem partagée comme la capitale d’Israël et de la Palestine dans le cadre du processus de paix régional.

 

Étant donné le caractère persistant de Jérusalem en tant que poudrière des tensions religieuses et politiques, prête à exploser à tout moment dans un conflit armé, l’utiliser pour satisfaire les revendications irrédentistes sionistes est avant tout un geste stupide. Mais je crois qu’il y a une cohérence dans cette stupidité si on combine plusieurs traits clés qui se trouvent présents à peu près partout dans les États-Unis contemporains.

 

Le premier trait clé est que le droit international est ignoré,  comme le font généralement les États-Unis. En vertu de quelle autorité juridique les troupes américaines sont-elles déployées sur le territoire syrien, qui est le territoire d’une nation souveraine membre de l’ONU ? Alors ? Aucune. En vertu de quelle autorité légale Trump a-t-il décidé de bombarder de manière inefficace une base aérienne syrienne en réponse à des attaques chimiques présumées, mais non prouvées, par le gouvernement syrien dans la province d’Idlib en avril 2017 ? Encore une fois, c’est le fait du roi. Les Américains ont-ils vu cela comme un problème ? Non, pas du tout. Ce ne sont que deux exemples particulièrement flagrants, mais il y en a beaucoup d’autres.

 

Veuillez également noter au passage que le mépris américain pour le droit n’est pas spécifique au droit international. Sur le plan intérieur, si les lois étaient toujours appliquées fidèlement et impartialement, un certain nombre de grands opérateurs de Wall Street et Hillary Clinton (pour n’en nommer que quelques-uns) seraient en prison maintenant…

 

Mais revenons à Jérusalem : l’irrédentisme sioniste, qui revendique Jérusalem comme capitale israélienne en se basant sur l’idée qu’elle faisait jadis partie de la province romaine de Judée, a à peu près autant de validité en droit international que ma prétention à moi, étant un lointain descendant du Grand Khan Ögedei, de revendiquer le droit d’aller camper devant Vienne et de prendre d’assaut les portes de la ville (un événement qui aurait dû se dérouler vers 1241 de notre ère si la mort prématurée du Grand Khan n’était pas survenue fortuitement). Mais cela n’a aucune importance pour Trump qui, comme le ferait un Américain, ne se soucie nullement du droit international. De quoi se soucie-t-il alors ? Cela nous amène au…

 

Deuxième trait essentiel : aux États-Unis, toute la politique est basée sur la vente au détail de faveurs personnelles. Le voyage de Trump en Arabie saoudite était essentiellement un grand racket avec des cheikhs pour les forcer à promettre d’acheter des centaines de milliards de systèmes de défense antiaériens américains très inefficaces qui ne peuvent pas abattre les missiles Scud de l’ère soviétique lancés sur l’Arabie saoudite par les Yéménites et d’autres. Son voyage au siège de l’OTAN à Bruxelles a été l’occasion d’un autre racket sur les Européens, les obligeant à… dépenser plus d’argent pour ces mêmes armes. Trump agissait moins comme politicien que comme un représentant de commerce pour les sociétés d’armement américaines. Encore une fois, ce ne sont que deux exemples, mais il y en a beaucoup d’autres.

 

Avec Jérusalem aussi, tout était une question d’argent. Un magnat sioniste des casinos, milliardaire, a généreusement financé la campagne électorale de Trump en se basant sur sa promesse qu’il reconnaîtra Jérusalem comme étant israélienne, et il l’a fait, en tant que cadeau pour Hanoucca, juste à temps pour les vacances. « Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté » en effet ! [Luc 2:14] Il a pour ainsi dire vendu Jérusalem à ses amis sionistes, et, étant un flagorneur débauché de l’immobilier, il a enrobé le tout dans un argument de vente : il veut négocier une très bonne affaire pour « Israël et les Palestiniens » (un magnifique petit groupe de musique klezmer qui joue dans les bar mitzvahs à travers tout le pays). Et s’ils signent tout de suite, il leur offrira un kit complet de golfeur et un séjour tous frais payés dans son fabuleux Mar-a-Lago Resort en Floride. Est-ce que cela sonne comme complètement délirant ? Oui, et cela nous amène…

 

Troisième trait essentiel : aux États-Unis, la réalité n’a plus d’importance. Tout n’est plus maintenant qu’un grand reality show. Les faits sont ces choses gênantes qui peuvent contredire l’histoire préférée de quelqu’un et vous forcer à la changer. Il est donc préférable de simplement les ignorer. Au lieu d’énoncer leurs positions ou de faire des propositions, les Américains répètent simplement des mantras. Ainsi, par exemple, le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, fait des démarches et exhorte la Russie à remplir ses obligations en vertu des accords de Minsk sur l’Ukraine. Vous pourriez demander : quelles sont les obligations de la Russie en vertu des accords de Minsk  ? Eh bien, il n’y en a pas. Lisez les textes des accords ; vous ne les trouverez pas là.

 

Autre exemple : à l’heure actuelle, tout le monde sait que les États-Unis n’ont absolument aucune option militaire pour forcer la Corée du Nord à accepter un désarmement nucléaire ; tout a déjà été essayé. Les Nord-Coréens ont été intelligents et pleins de ressources, et voyant ce qui est arrivé à des pays comme l’Irak et la Libye, qui avaient volontairement désarmé, ils ont plutôt choisi de rejoindre les rangs des nations nucléaires et l’ont manifestement démontré. La réalité est qu’il n’y a qu’une voie pour avancer : négocier. Mais les Américains préfèrent vivre dans un monde imaginaire où ils pourraient complètement détruire la Corée du Nord d’un claquement de doigt. Encore une fois, ce ne sont que deux exemples, mais il y en a beaucoup d’autres.

 

Quelle est la réalité en ce qui concerne les négociations internationales sur le statut des territoires israéliens et palestiniens allègrement proposées par Trump lors de l’événement Hanoucca de la Maison Blanche ? C’est que si et quand ces négociations auront lieu, les États-Unis n’y joueront probablement aucun rôle. Regardez les récentes négociations internationales sur le règlement politique de la situation en Syrie maintenant que le califat a été vaincu. La Russie, la Turquie et l’Iran y ont participé, mais les États-Unis n’étaient même pas présents.

 

Les raisons de cette absence sont évidentes. Premièrement, pour être valables, les négociations internationales doivent avoir une base en droit international et s’appuyer sur un ensemble de faits convenus. Il est donc inutile de les conduire alors qu’un des acteurs bafoue le droit international et opère dans un espace où les faits sont de factoignorés, préférant réciter des mantras au lieu de s’engager dans un dialogue constructif. Deuxièmement, le but des négociations de paix internationales est de promouvoir la paix et non de promouvoir la guerre. La déclaration de Trump sur Jérusalem a donné lieu à des manifestations de masse qui comprenaient la destruction des drapeaux américains et des effigies de Trump et l’utilisation de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, blessant des centaines de personnes. Inutile d’inclure dans les négociations de paix des acteurs qui agissent pour exacerber et promouvoir les conflits. Ce qui nous amène au…

 

Quatrième et dernier trait essentiel : les États-Unis exacerbent et favorisent les conflits partout, tant sur leur sol qu’à l’étranger. Cette dernière confrontation entre Juifs et Palestiniens n’est qu’un symptôme d’un problème beaucoup plus vaste.

Par exemple : le Comité international olympique a récemment interdit aux athlètes russes de participer aux prochains Jeux olympiques d’hiver sous le drapeau russe. C’est basé sur de fausses preuves achetées par les Américains à un criminel russe en fuite du nom de Rodchenkov. Apparemment, le gouvernement russe était derrière une organisation de dopage à grande échelle ; cette allégation a depuis été réfutée. Les faits sont que les athlètes russes sont certainement les plus fréquemment testés, et sont donc parmi les plus propres. Mais ce ne sont que des faits, ils ont donc été ignorés. Au lieu de cela, les athlètes russes ont été dépouillés des médailles remportées lors des derniers Jeux olympiques, et sous la pression des États-Unis, toute l’équipe russe a été exclue. Cet exemple est particulièrement bon, car il combine tous les traits clés précédemment identifiés : il bafoue le droit international en donnant du poids à de fausses preuves et à des décisions fondées sur des allégations réfutées ; il ignore les faits qui contredisent le récit du « complot autour du dopage de l’État russe » ; il ignore la réalité que ces actions causent de grands dommages au mouvement olympique ; et cela exacerbe le conflit international en forçant une grande partie de la population russe à s’irriter activement de l’influence américaine.

 

Aux États-Unis, tout est fait pour opposer les hommes aux femmes (en utilisant l’hystérie du harcèlement sexuel), les Blancs contre les Noirs (en utilisant le mouvement des « Black lives matter »), les libéraux contre les conservateurs (en utilisant les Antifa), les « de souche » contre les immigrés… Tous ces conflits sont activement promus, avec un objectif unique et simple, qui est de générer un écran de fumée assez dense pour obscurcir le conflit principal entre l’oligarchie kleptocratique et la population américaine. L’objectif est de conduire la population – dont le travail n’est plus nécessaire et dont l’entretien est simplement un surcoût – à disparaître le plus rapidement possible. À cette fin, toute forme de conflit, national ou international, est très utile, tout comme les opiacés synthétiques, les fusillades de masse, les aliments bourrés de toxines, le système d’extorsion autour des médicaments et la police ultra-violente et militarisée.

 

Mais tout cela n’est qu’un écran de fumée derrière lequel on peut organiser un vol massif. Une règle fondamentale de la kleptocratie est que moins il reste à voler, plus il faut voler, et cette règle est suivie partout. Un bon exemple concerne la réforme fiscale qui passe actuellement devant le Congrès américain. C’est une manière de pousser le pays à s’endetter davantage tout en enrichissant l’oligarchie déjà bien gavée.

 

Si vous n’aimez pas cela (et pourquoi serait-ce le cas ?), soyez assuré qu’il n’y a rien que vous puissiez faire à ce sujet. Si vous êtes américain et que vous n’aimez pas Trump, peut-être voterez-vous dans quelques années pour un kleptocrate différent qui, avec tous les autres kleptocrates, continuera à vous voler aussi longtemps que vous aurez des réserves. Et rassurez-vous, ils continueront tous à montrer fidèlement les quatre traits que j’ai décrits ci-dessus : ils ignoreront fermement la loi, locale et internationale ; ils utiliseront la politique du commerce de détail pour vendre le pays par petits bouts ; ils ignoreront la réalité aussi longtemps que possible ; et ils provoqueront et exacerberont tous les conflits imaginables. La fin du règne du Léviathan américain sera assurément « méchante et brutale ». Nous devrions certainement espérer qu’elle sera également « courte ».

 

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

 

 

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie », c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

L’impérialisme cherche la guerre en Corée du nord

 

12 Décembre 2017

L‘avantage avec Nikki Haley, la représentante des USA, mais surtout de Trump, aux Nations Unies c’est qu’elle dit avec une rare brutalité ce qui est exigé des nations par l’empire.

 

Ainsi elle a poussé la Chine à imposer à la population de la République populaire démocratique de Corée un étranglement économique. Bien sûr, la Chine refuse de le faire et continue à entretenir des relations avec la République populaire démocratique de Corée sur le plan politique et économique.

 

Trump continue de déstabiliser la société américaine, il déstabilise dans le même temps l’ordre international avec ses manoeuvres élephantesques et ses déclarations à l’emporte pièce qui, s’il provoque la colère de nombreux anti-impérialistes, malgré les apparences reçoit l’assentiment des démocrates et l’aile gauche de l’impérialisme salive à la perspective de détruire la Corée.

 

Nous vivons des temps dangereux quand la guerre pourrait naître à tous moments sur de petites choses. Il serait temps que chaque front ait conscience de son imbrication dans d’autres foyers d’incendie potentiels. La sous estimation du danger coréen est très dangereuse et il serait temps pour tous les anti-impérialistes de prendre conscience de la nécessité de s’opposer à la montée de la guerre dans cette zone du monde. Les Chinois tentent d’empêcher le bellicisme de Trump qui est celui du capitalisme américain, uni derrière cette attaque.

 

Les commentaires de Haley viennent dans le sillage de ceux du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, révélant que la Corée du Nord veut s’engager directement avec les Etats-Unis d’Amérique pour protéger sa sécurité. M. Lavrov a déclaré avoir informé le secrétaire d’Etat ‘américain’ Rex Tillerson à ce sujet lors de la réunion de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) jeudi à Vienne.

 

Les Etats-Unis d’Amérique, la Corée du Sud et le Japon se préparent pour deux jours d’exercices de reconnaissance des missiles au large des côtes japonaises, prévus lundi et mardi, a annoncé la Force d’autodéfense maritime du pays. Les manœuvres succèdent aux exercices militaires à grande échelle tenus par les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud dans une démonstration de force contre Kim Jong-un.

 

Voici donc les déclarations de Haley:

 

Haley a déclaré « mais pour être clair, la Chine peut faire plus, et nous mettons autant de pression sur eux que nous le pouvons.

 

La dernière fois qu’ils ont coupé l’approvisionnement en pétrole, la Corée du nord est venue à la table de négociation. On a dit à la Chine qu’ils doivent faire plus. S’ils ne font pas plus, nous allons la prendre entre nos mains et ensuite nous allons commencer à lui faire faire face aux sanctions secondaires. »

 

« La Chine doit faire plus pour contrer la Corée du Nord ou les Etats-Unis d’Amérique prendront les choses en main », a déclaré l’ambassadeur ‘américain’ à l’ONU.


Nikky Haley a déclaré à Fox News dimanche que Pékin et le reste de la communauté internationale poursuivent les sanctions contre Pyongyang pour le développement de son programme d’armes nucléaires. Elle a ensuite félicité Washington pour avoir dirigé l’accusation.

 

Haley a expliqué que Trump et le président chinois Xi Jinping ont une « très bonne relation », mais que Trump « commence vraiment à faire pression, en disant qu’ils doivent en faire plus ».

 

« Il est temps que la Chine réponde », a-t-elle déclaré.

 

Plus tard dans l’interview, Haley a été interrogée sur sa « conversation parfois peu diplomatique pour un diplomate », en référence à sa promesse que la Corée du Nord serait « complètement détruite » dans une guerre.

 

« C’est la vérité », dit-elle. « Je veux dire la réalité est, si la Corée du Nord tente même d’essayer de menacer les États-Unis d’Amérique ou l’un de nos alliés, ils seront complètement détruits. Vous savez, la diplomatie est excellente à certains égards, mais vous devez aussi être honnête. La Corée du Nord a poussé le bouchon à un niveau extrême. »

 

« Nous savons que, par-dessus tout, la Corée du Nord veut parler aux Etats-Unis d’Amérique de ses propres assurances de sécurité » – #Lavrov

 

https://t.co/wXF3nndNFg

 

– RT (@RT_com) 8 décembre 2017

Corruption endémique dans les opérations militaires US à l’étranger

 

US Military Fraud Endemic in Overseas Operations


Wayne MadsenPar Wayne Madsen – Le 21 novembre 2017 – Source Strategic Culture

 

L’histoire nous enseigne que lorsque les empires s’étendent exagérément, les commandants militaires deviennent des chefs de guerre semi-autonomes qui introduisent des systèmes de corruption et de trafic d’influence. Ce fut le cas dans l’Empire romain en 193 après J.-C., lorsque la garde prétorienne de l’empereur Pertinax – une force de sécurité personnelle de l’empereur, unité d’élite qui se distinguait sur les champs de bataille lointains – vendit celui-ci à un aspirant empereur, Didius Julianus, en échange d’un pot-de-vin. La Garde prétorienne assassina Pertinax et jura allégeance au nouvel empereur.

 

La pourriture de la corruption assura la chute d’autres empires mondiaux. La frauduleuse Compagnie britannique des Indes orientales et ses dirigeants nababs, soutenus par la puissance militaire et navale britannique, a contribué à déclencher les rébellions coloniales en Amérique du Nord dans les années 1770 et en Inde en 1857.

 

Alors que les États-Unis ont étendu leur vaste champ d’action militaire au Moyen-Orient, en Asie du Sud, en Afrique, en Europe, en Asie-Pacifique et en Amérique latine, la corruption au sein des soi-disant zones de responsabilité devenait rampante.

 

Dans le commandement de la région Pacifique (PACOM), un important scandale de corruption et de fraude a atteint l’entreprise contractante de l’US Navy, Glenn Defense Marine Asia (GDMA), basée à Singapour et dirigée par Leonard Glenn Francis, un Malaisien de 160 kilos, surnommé Fat Leonard. En échange de cadeaux divers − argent liquide ; vacances dans des hôtels de luxe ; vols en première classe et en classe affaires ; billets de concert onéreux ; montres Rolex ; stylos Mont Blanc ; champagne Dom Pérignon ; crus de vin réputés ; cigares cubains ; cures thermales ; foie gras ; bouteilles de cognac et prostituées − les officiers de la marine américaine ont fourni à Leonard un accès pratiquement sans limite aux renseignements de la Marine et aux informations contractuelles sensibles, utilisés ensuite par GDMA pour obtenir des contrats logistiques lucratifs auprès de l’US Navy. Le scandale Fat Leonard s’est étendu à des officiers supérieurs, y compris des amiraux, attachés à la septième flotte au Japon. L’enquête de l’US Navy se poursuit et plus de 60 amiraux seraient sous le coup d’une enquête par les autorités judiciaires. Pendant des années, le scandale de l’US Navy a prospéré partout, Japon ; Philippines ; Singapour ; Indonésie ; Vietnam ; Sabah ; Corée du Sud ; Inde ; Thaïlande ; Cambodge ; Australie ; Sri Lanka ; Hawaï et Washington DC, atteignant des officiers de la marine, du personnel enrôlé, des officiers du Corps des marines et des civils du gouvernement américain, y compris des enquêteurs du Service naval d’enquête criminelle (NCIS).

 

L’une des pires fraudes ayant surgi des entrailles néocons de l’administration de George W. Bush impliquait le Commandement de l’Afrique (AFRICOM). Le 4 juin 2017, l’assassinat par strangulation, à Bamako au Mali, du béret vert de l’US Army le sergent Logan Melgar, par deux membres de l’US Navy SEAL, est maintenant lié à la découverte que ces derniers empochaient les fonds officiels utilisés par AFRICOM pour payer les informateurs dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Ce type de fraude dénote une culture de la malfaisance répandue dans les commandements des zones de responsabilité des États-Unis, notamment l’AFRICOM, le Commandement central (CENTCOM) et le Commandement du Sud (SOUTHCOM).

 

Selon des rapports parus dans le New York Times et The Daily Beast, la mort de Melgar des mains des deux voleurs des SEAL s’est produite dans une caserne de l’enceinte de l’ambassade des États-Unis au Mali. Les sous-officiers Anthony DeDolph et Adam C. Matthews auraient tué Melgar après qu’il a refusé une offre de partager leur butin mal acquis, et fait part de ses inquiétudes dans des courriels à sa femme aux États-Unis. Les SEAL ont affirmé que Melgar est mort après avoir perdu connaissance au cours d’une séance d’entraînement au combat au corps à corps. Les SEAL ont également dit aux enquêteurs militaires que Melgar était ivre lorsqu’il a perdu conscience, suite à une prise d’étranglement exécutée pendant le combat. Cependant, le Commandement des opérations spéciales et le Commandement des enquêtes criminelles de l’Armée (USACIC) ont conclu que les SEAL avaient tellement varié dans leurs explications qu’ils étaient devenus des suspects plutôt que des témoins dans l’enquête. Une autopsie a révélé qu’il n’y avait aucune trace d’alcool ou de drogue dans le corps de Melgar au moment de sa mort. De plus, des amis de Melgar et des membres de sa famille ont déclaré qu’il était abstinent et ne buvait donc pas d’alcool.

 

L’AFRICOM et l’USACIC ont essayé de dissimuler les détails de la mort de Melgar jusqu’à ce que le New York Times soit à l’origine de la révélation de l’histoire le mois dernier. L’USACIC a transféré l’enquête au NCIS (service de la marine), qui est pire que son homologue de l’armée pour couvrir des affaires pénales militaires sensibles. Aucun des deux SEAL, renvoyés aux États-Unis et placés en congé administratif, n’a été inculpé pour le meurtre de Melgar. Ce sont apparemment des officiers du Commandement des opérations spéciales des États-Unis, dont le quartier général se trouve à Tampa, en Floride, qui ont averti la presse de la dissimulation de la mort de Melgar.

 

AFRICOM a également hésité à fournir des détails complets sur l’embuscade dans laquelle est tombée une unité conjointe US-Nigéria, opérant près du village nigérien de Tongo-Tongo en octobre de cette année. Quatre membres de l’armée américaine ont été tués par une force armée qui n’a toujours pas été identifiée par AFRICOM. Tongo-Tongo se trouve sur une importante route de contrebande africaine concernant les êtres humains, la drogue, l’ivoire et les armes entre l’Afrique de l’Ouest et l’État failli de Libye. On a appris, plus tard, que les quatre soldats américains sont morts entre les mains des assaillants, après que les membres de l’armée nigérienne de l’unité ont fui les lieux pendant l’attaque. Le corps d’un des soldats américains, le sergent La David Johnson, a présenté des signes de torture avant d’être exécuté par les ravisseurs non identifiés.

 

Le cas de Melgar est semblable au meurtre du professeur d’éthique de West Point, le colonel Ted Westhusing, à Bagdad en 2005. Comme l’AFRICOM au Mali et dans d’autres pays africains, le CENTCOM s’est vu confier des centaines de millions de dollars, en argent liquide, servant à payer les informateurs et à faire des achats locaux.

 

La famille et les amis de Westhusing ont rejeté l’affirmation de l’armée selon laquelle il s’était suicidé. L’armée a basé sa décision sur une note manuscrite, laissée par Westhusing, avec le mot « suicide ». Au moment de sa mort, Westhusing enquêtait sur des violations de contrat et des violations des droits de l’homme perpétrées par l’US Investigations Services (USIS), une ancienne entité privatisée de l’US Office of Personnel Management, achetée par The Carlyle Group, une société étroitement liée à George H.W. Bush. Alors qu’il était en Irak pour former la police irakienne et superviser le contrat de l’USIS, entreprise privée chargée de former la police, dans le cadre du programme du Pentagone pour la formation de la police civile, Westhusing a reçu une lettre anonyme indiquant qu’une division de l’USIS était impliquée dans des activités frauduleuses en Irak concernant la surfacturation au gouvernement. En outre, la lettre indiquait que le personnel de sécurité de l’USIS avait assassiné des Irakiens innocents. Après avoir demandé des explications à l’USIS, Westhusing a signalé les problèmes à la chaîne de commandement. Après une enquête, l’armée n’a trouvé aucune preuve d’actes répréhensibles de la part de l’USIS.

 

Quelques jours avant son suicide par balle « auto-infligé » à camp Dublin, en Irak, dans une remorque de camion située à l’aéroport international de Bagdad, le membre d’honneur du Conseil d’administration de West Point a informé, par un e-mail aux États-Unis, que « des choses terribles se passaient en Irak ». Il a également dit qu’il espérait rentrer vivant dans son pays. Westhusing avait encore trois semaines de service à faire en Irak lorsqu’il s’est soi-disant suicidé en juin 2005.

 

Le camouflage de la mort de Westhusing impliquait le même Commandement d’enquête criminelle de l’armée que celui qui couvrait la mort de Melgar au Mali. Les meurtres de Melgar et de Westhusing ne sont pas des événements isolés concernant les incursions militaires américaines à travers le monde. Le caporal d’armée Pat Tillman, joueur vedette de la Ligue nationale de football qui s’est enrôlé dans l’armée après le 11 septembre, a été déçu par la guerre en Afghanistan. Après que Tillman a fait part à sa hiérarchie de ses sentiments personnels au sujet de la guerre afghane, Tillman a été liquidé par des membres de sa propre unité dans la province de Khost le 22 avril 2004. Le journal de Tillman, ses uniformes et autres biens ont été brûlés par son unité pour couvrir un assassinat par ses propres collègues.

 

Le 4 septembre 2006, le lieutenant-colonel de l’armée Marshall Gutierrez, le chef de la logistique du camp Arifjan, au Koweït, qui enquêtait sur les surfacturations de biens et services, et autres fraudes, s’est soi-disant suicidé dans ses quartiers, à la base, en ingérant des somnifères et de l’antigel. En décembre 2006, le major Gloria Davis, un agent sous contrat du même camp Arifjan, s’est suicidée après avoir admis le versement de 225 000 dollars en pots-de-vin de la part de Lee Dynamics, un prestataire de services logistiques pour l’armée. Davis aurait accepté de coopérer avec les enquêteurs du gouvernement dans leur enquête globale sur les fraudes contractuelles en Irak et au Koweït.

 

En 2007, un haut responsable de Blackwater a menacé de tuer Jean C. Richter, le principal enquêteur du Département d’État américain sur les opérations douteuses de Blackwateren Irak. le Département d’État a annulé l’enquête. L’incident s’est produit alors que Richter se concentrait sur des problèmes apparus dans un contrat d’un milliard de dollars entre le Département d’État et Blackwater. Le PDG de Blackwater était Erik Prince, dont la sœur, Betsy DeVos, est désormais secrétaire à l’Éducation de Donald Trump. Prince a ensuite vendu Blackwater, qui est maintenant connu sous le nom Academi. Prince aurait été impliqué dans les opérations d’AFRICOM en Libye et en Somalie via sa société Reflex Responses (R2), basée à Abu Dhabi.

 

Le 2 juillet 2007, le suicide du lieutenant-colonel Thomas Mooney, attaché de défense américain à Nicosie, Chypre, aurait été le résultat d’une « coupure auto-infligée à la gorge ». Le corps de Mooney a été trouvé à côté d’un véhicule de l’ambassade stationné dans un endroit isolé, à environ 30 miles à l’ouest de Nicosie. Il aurait quitté l’ambassade dans la Chevrolet Impala noire de l’ambassade pour aller chercher un passager à l’aéroport international de Larnaca. Bien que l’ambassade des États-Unis et le Département d’État aient jugé que la mort de Mooney était un suicide, la police chypriote n’était pas d’accord avec ces conclusions soulignant simplement que le suicide était illégal à Chypre. Mooney était, selon nos sources, en train d’enquêter sur des fraudes dans des contrats en Irak impliquant des entreprises basées à Chypre, dont certaines étaient liées à la mafia israélienne.

 

L’AFRICOM et le PACOM – tout comme le CENTCOM, qui étend la culture de la corruption par les bakchichs au Moyen-Orient et en Asie du Sud – se trouvent maintenant englués dans les mêmes proportions de fraude que celles pratiquées dans des pays comme le Mali, le Niger, le Nigeria et le Burkina Faso, où l’AFRICOM est active. Le scandale Fat Leonard et le récent meurtre de Melgar au Mali ne sont que la partie émergée de l’iceberg quand il s’agit de la malfaisance dans les opérations militaires globales américaines.

Le comportement de l’armée américaine dans ses bases outre-mer, fait penser à l’expression du poète latin Juvénal, probablement au fait de la corruption de la garde prétorienne de son temps :

 

« Sed quis custodiet ipsos custodes ? ». « Qui surveille les surveillants ? »

 

Wayne Madsen

COMMENTAIRE N° 459, 15 OCTOBRE 2017

Le supposé « mystère » du gel des salaires

 

Par Immanuel Wallerstein  | 11 décembre 2017


Sociologue, chercheur à l’université de Yale 

Dans la théorie économique néoclassique, le rapport entre salaires et emploi est simple. Quand la demande de main d’œuvre est faible, les salaires en pâtissent : les travailleurs se font concurrence pour décrocher un emploi. Quand la demande de main d’œuvre est forte, les salaires augmentent : les employeurs se font concurrence pour acheter une force de travail devenue rare. Cette alternance cyclique est censée préserver le bon fonctionnement de l’économie de marché par un mouvement permanent de réajustement à un équilibre mouvant.

 

Or ce processus cyclique a cessé d’opérer de cette façon, à la grande perplexité des experts et universitaires. Leurs explications sont multiples et variées, avec pour fil rouge, semble-t-il, l’idée qu’existerait un nouvel état normal de l’économie. Mais apparu pourquoi, et fonctionnant comment ? Le 8 octobre dernier, le New York Times titrait comme suit l’article central de son cahier économique du dimanche : « Abondance de travail, salaires trop bas : malgré un marché de l’emploi qui se tend dans les principales économies, la faiblesse du chômage n’entraîne aucune relance substantielle des salaires. »

 

L’explication qu’on nous propose repose sur un accroissement de l’intérim et des temps partiels, à quoi s’ajoute la robotisation. Il s’ensuit, nous dit-on, une moindre dépendance de l’employeur vis-à-vis des salariés à plein temps. Conséquence : des syndicats affaiblis et des travailleurs ayant plus de difficulté à s’opposer aux employeurs. Tout cela est évidemment vrai. Mais pourquoi maintenant et pas avant ?

 

Un autre argument relativement nouveau est celui du « travailleur qui disparaît ». Mais comment donc les travailleurs disparaissent-ils ? Que peut-on bien vouloir dire par là ? En fait, il semble que de plus en plus de gens abandonnent toute recherche d’emploi. Après avoir perdu, peut-être, leur dernier filet de sécurité, ou épuisé tout ce qu’ils avaient pu mettre de côté. Les voilà devenus SDF, ou toxicomanes, ou les deux. Mais en réalité ils n’ont pas « abandonné », au sens d’un choix assumé : ils ont été poussés dehors. Ce qui présente un double avantage pour le patronat : il n’a pas besoin d’investir (par l’impôt ou autrement) dans la protection sociale ; et cela instille dans l’esprit des travailleurs toujours en recherche d’emploi la peur d’être, à leur tour, poussés hors du marché du travail.

 

Ici encore, pourquoi maintenant et pas avant ? « Avant », peu importe précisément quand, c’était au temps du fonctionnement normal du système-monde moderne. Les capitalistes avaient besoin du bon déroulement de ces cycles pour une augmentation maximale de la plus-value à long terme. Mais supposons que les employeurs aient compris, cognitivement ou intuitivement, que le capitalisme est entré en crise structurelle et qu’il est moribond. Que vont-ils faire ?

 

S’ils n’ont plus à se préoccuper d’une demande intérieure qui permette de faire vivre le système, ils pourraient aussi bien décider d’engranger le maximum de gains tant que cela est possible. Ne visant plus que le très court terme, ils pourraient se contenter de rechercher les meilleurs rendements sur les marchés boursiers, sans aucun souci du lendemain. D’ailleurs, n’est-ce pas ce qui est en train d’arriver dans l’ensemble des pays les plus riches, et même dans quelques autres moins favorisés ?

 

Cela ne peut évidemment pas durer : c’est ce comportement qui engendre des fluctuations si marquées et un chaos si profond. Quelques capitalistes, assurément les plus avisés, préfèrent se concentrer sur le combat du moyen terme, qui décidera de la nature du futur système-monde (ou des futurs systèmes-monde) que nous allons construire. Ce que nous observons n’est pas un nouvel état normal de l’économie : nous sommes les témoins d’une réalité transitoire.

 

Que doivent donc en conclure ceux d’entre nous que préoccupe le sort des « travailleurs qui disparaissent » ? Il faut, à l’évidence, défendre les moindres protections dont ceux-ci disposent encore ; comme j’aime à le dire, travailler à atténuer les souffrances. Dans le même temps, nous devons aussi nous battre pour remporter le combat intellectuel, moral et politique du moyen terme. Seule une stratégie combinant combat de court terme et combat de moyen terme a une chance de préserver la possibilité de ce monde meilleur, bien réelle mais nullement certaine.

 

Traduction : Christophe Rendu

Illustration : Vasco Gargalo

 

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

 

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

Socialisme ou barbarie : selon Forbes, les 7 premiers métiers qui tomberont dans l’oubli à cause de l’intelligence artificielle

 

 

10 Décembre 2017
Si quelque chose me fait encore lutter pour le communisme c’est bien cette conviction que si c’est le capitalisme qui s’empare de ces nouveaux possibles scientifiques et technologiques, leur logique est de considérer l’humanité non utile pour leurs profits comme des « nuisibles » à la mode des nazis, de nous tuer directement ou de laisser les haines croître entre nous. La révolution scientifique et technique exige d’autres rapports sociaux, d’autres valeurs mais parfois je me demande d’où elles surgiront?
 
(note et traduction de danielle Bleitrach)

Face à l’évolution rapide des technologies, ces emplois seront les premiers à tomber dans l’oubli dans un proche avenir.

 

Les 7 premiers métiers qui tomberont dans l'oubli à cause de l'intelligence artificielle

Image illustrative
pixabay / geralt

Beaucoup de gens partagent un certain enthousiasme pour le confort que les algorithmes intelligents et les robots apporteront à notre vie quotidienne et restent optimistes quant à leur travail. En attendant, les  premiers emplois à partir desquels ces robots commenceront à expulser les humains  ne se limiteront pas simplement au travail pour ceux qui manquent d’expérience ou de travail manuel.

 

L’automatisation robotique sera responsable de 2020 de la perte de plus de 5 millions d’emplois dans 15 pays développés, rapporte  le magazine ‘Forbes’ citant un rapport du Forum économique mondial.

 

Une autre étude, développée par la société IDC, implique des changements dramatiques dans la main-d’œuvre et la culture du travail dus aux innovations robotiques, y compris de nouvelles lois, de nouveaux postes et de nouvelles méthodes de travail aux côtés de collègues humains.

 

Conducteurs de camions

 

Il y a environ 3,5 millions de camionneurs aux États-Unis aujourd’hui, mais si les prédictions se réalisent en  moins d’une décennie, un tiers des camions autonomes, il est temps que les conducteurs commencent à s’entraîner pour de nouveaux emplois.

 

Image Illustrative / Pexels / 500photos.com
 

Otto Motors, une société financée par Uber et fondée par d’anciens employés de Google responsables de l’intelligence artificielle, a pour objectif de rendre obsolètes les conducteurs humains.

 

Travailleurs du bâtiment

 

Le système SAM est deux à trois fois plus productif que les maçons humains. Placer 1 200 briques par jour, comparativement à 300-500 placé par les humains. Et ce n’est que le début de l’automatisation dans la construction.

 

Les opérateurs de grues et les conducteurs de bulldozers devraient se préparer à des machines intelligentes qui leur voler des emplois bientôt.

 

Illustrative Image / Pexels / Unsplash
 
Personnel de soutien juridique

 

Selon le rapport Deloitte Insight, 39% des emplois dans le secteur juridique seront automatisés d’ici 2020. L’examen de la documentation et la recherche d’informations pertinentes pour les affaires juridiques sont des tâches qui vont bien avec les capacités de l’intelligence artificielle.

 

À l’heure actuelle, l’infiltration de l’intelligence artificielle se limite aux procédures d’audit, à la recherche de données électroniques et à l’évaluation des contrats, mais son application se développera à l’avenir, sans aucun doute.

 

Médecins et autres personnels médicaux

 

Les robots sont déjà utilisés dans la médecine d’aujourd’hui et répondront à  la demande critique de services médicaux de la part de la population mondiale croissante.

 

Plusieurs organisations médicales introduisent déjà des systèmes informatisés pour la détection et le traitement du cancer. Les diagnostics et la chirurgie sont des domaines appropriés pour  l’utilisation de robots

 

Comptables

 

Le calcul des chiffres, la gestion des bilans, des comptes créditeurs et débiteurs, l’évaluation des pertes et profits et le maintien des stocks sont des tâches où les robots peuvent être plus compétents que les humains. Nous devonsdonc nous attendre à une croissance significative de la comptabilité robotique dans les années à venir.

 

Illustrative Image / Pexels / Pixabay
 

Le travail des analystes financiers comporte également des risques, puisque l’analyse de l’intelligence artificielle est capable de détecter une tendance plus rapidement et plus précisément.

 

Rapporteurs

 

Les romanciers , peut – être, garderont  leur travail mais les auteurs de rapports et journalistes financiers sont susceptibles d’ être menacé  du chômage.

 

Les machines sont préparées et sont de plus en plus compétentes dans la création de contenu lisible. donc la profession de journaliste est aussi menacée, je dois dire que quand je vois certaines têtes à claques se réjouir de la mise au chômage d’ouvriers, ils ne l’auront pas volé. Malheureusement il faut creaindre que l’objectivité de l’intelligence articificielle ne soit pas plus assurée que celle des journalistes de notre actuel système de propagande.

 

Vendeurs

 

Comme plus de gens regardent le commerce électronique et la recherche basée sur le prix, les spécifications et la disponibilité de chaque article qu’ils veulent acheter, le  vendeur est éliminé de l’équation.

 

 

« Les Etats-Unis ne se laisseront pas gouverner par des pays sans crédibilité pour résoudre le conflit israélo-palestinien »

 

10 Décembre 2017
A la condamnation universelle et à celle de l’unanimité du Conseil de sécurité, les Etats-Unis répondent par le mépris et continuent à se poser en unique médiateur.
 
(note et traduction de Danielle Bleitrach)


Publié: 10 Dec 2017 04:25 GMT | Dernière mise à jour de la fiche: 10 déc 2017 05:15 GMT

Le Conseil de sécurité de l’ONU a unanimement condamné la décision de Trump sur Jérusalem.

 

"Les Etats-Unis ne seront pas enseignés par des pays sans crédibilité pour résoudre le conflit israélo-palestinien"

La représentant permanent des États-Unis devant l’ONU, Nikki Haley
Brendan McDermid / Reuters

La représentant permanent des États-Unis à l’ONU, Nikki Haley, a déclaré que seul le pays nord – américain, et aucune des autres 14 nations qui composent le Conseil de sécurité, a la crédibilité d’être  médiateur dans le conflit israélo-palestinien. Une situation que les Palestiniens  voient différemment.

 

Haley a prononcé son discours lors d’une session d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies tenue vendredi à la demande de huit pays membres de l’organisation internationale pour répondre à la décision du président Donald Trump de transférer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. officiellement celui-ci en tant que capitale d’Israël. La décision a été unanimement condamnée par tous les membres du Conseil de sécurité, à l’exclusion des États-Unis, pour avoir sapé le processus de paix en cours.

Riyad al Maliki, ministre palestinien des Affaires étrangères
Nous chercherons un nouveau médiateur entre nos frères arabes et la communauté internationale Riyad al Maliki, ministre palestinien des Affaires étrangères

L’ONU a fait beaucoup plus pour nuire aux perspectives de paix au Moyen-Orient que pour les faire avancer, nous ne ferons pas partie de cela, les Etats-Unis ne resteront plus de côté quand Israël sera injustement attaqué aux Nations Unies. « Ils n’accepteront pas de leçons des pays qui manquent de crédibilité pour traiter les Israéliens et les Palestiniens de manière équitable », a déclaré Haley.

 

Le diplomate a rappelé que « ce n’est pas une coïncidence si les accords de paix historiques entre l’Egypte et Israël et entre la Jordanie et Israël ont été signés sur la pelouse de la Maison Blanche ». « S’il y a encore un accord de paix historique entre Israéliens et Palestiniens, il y a de fortes chances qu’il soit également signé sur la pelouse de la Maison Blanche », a déclaré Haley, qui a affirmé que Washington « avait de la crédibilité des deux côtés » .

« Israël ne sera jamais et ne devra jamais être contraint de conclure un accord par les Nations Unies ou un groupe de pays qui ont montré leur mépris pour la sécurité d’Israël », a ajouté Haley.

 

Cependant, les autorités palestiniennes ont une autre vision de l’exceptionnalisme américain supposé, mis en évidence par Haley. Samedi, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad al Maliki, a annoncé que son gouvernement ne pouvait plus accepter les Etats-Unis. en tant qu’intermédiaire dans le processus de paix parce qu’il s’est maintenant « positionné en tant que parti du différend et non en tant que médiateur ». « Les Etats-Unis sont un agresseur du peuple palestinien et du droit international », a-t-il déclaré.

 

« Nous allons chercher un nouveau médiateur entre nos frères arabes et la communauté internationale, un médiateur qui peut aider à parvenir à une solution à deux Etats » , a déclaré Al Maliki, cité par Reuters.

 

 

08 décembre 2017
Denis Sieffert, Israël, Trump et le risque d'un séisme régional

 

« Pourquoi, interroge Denis Sieffert, Trump prend-il le risque d’un séisme régional et de rendre plus difficile le rapprochement en cours entre Israël et l’Arabie saoudite dans un front contre l’Iran ? Plaire au gouvernement d’extrême droite israélien n’est certainement pas une motivation suffisante. Il faut plutôt chercher les raisons du côté de la politique intérieure des Etats-Unis. Trump flatte un électorat chrétien-sioniste qui a eu un rôle décisif dans sa campagne électorale. Les chrétiens sionistes lisent la Bible en interprétant littéralement les mentions qui y sont faites du peuple juif. Or, de nombreux versets bibliques indiquent que Dieu a donné la Terre sainte aux Juifs. Les chrétiens sionistes représentent près d’un tiers de la population, soit 90 millions de personnes. Ils forment un lobby extrêmement actif et déterminé, et pour l’instant, fidèle en toute circonstance à Donald Trump. Celui-ci a sans doute voulu les remobiliser au moment où l’affaire de la collusion avec la Russie se rapproche dangereusement de lui. Une fois de plus, les Palestiniens font les frais d’une histoire qui n’est pas la leur... »

 

Reprenons la lecture de la thèse de Denis Sieffert...

 

Michel Peyret


Publié le 6 décembre 2017 - Par Denis Sieffert

Trump terroriste

 

Le président américain vient de reconnaître Jérusalem comme capitale exclusive d’Israël. Pourquoi prend-il le risque d’un séisme régional ?

 

En annonçant mercredi soir le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et en reconnaissant de fait la ville-sainte comme capitale exclusive d’Israël, Donald Trump a non seulement pris le risque d’un embrasement de la région, mais il a sans doute également alimenté durablement le terrorisme.

 

C’est d’ailleurs une caractéristique assez générale de la politique américaine au Proche-Orient que de favoriser les causes du terrorisme tout en prétendant le combattre. Que Donald Trump se soit gardé de fixer un calendrier pour le déménagement de l'ambassade américaine qui devrait prendre des années, n'y change rien.

 

Sans trop de gêne, le Secrétaire d’État, Rex Tillerson, a assuré peu avant le discours de Trump que « le président (Trump) est très engagé en faveur du processus de paix au Proche-Orient ». « Nous continuons de croire qu'il y a une très bonne opportunité de faire la paix et le président a une équipe qui est totalement dédiée à cela », a insisté le chef de la diplomatie américaine.

 

Cette équipe censée relancer les pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens, au point mort depuis 2014, est dirigée, faut-il le rappeler, par le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, réputé ultra-sioniste. Comme souvent, l’administration américaine, à l’instar du gouvernement israélien, joue sur les mots. Car ce n’est pas « la paix » que demandent les Palestiniens, c’est le droit. La paix, alors que la colonisation continue de galoper, est évidemment une arnaque. La « paix », alors que l’un des principaux enjeux de la négociation, c’est précisément Jérusalem-est comme capitale d’un État palestinien, c’est la paix israélienne.

 

Rappelons que le partage de 1947 avait sagement proclamé la ville « corpus separatum », et l’avait placée sous régime international. Le refus arabe d’un partage qui, il est vrai, était tout sauf équitable, puis la guerre de 1948, qui a fait suite à la proclamation unilatérale d’Israël, ont rapidement mis un terme à ce statut dérogatoire. La guerre des Six-Jours de juin 1967 et l’entrée des troupes israéliennes dans la partie orientale de la ville, puis son annexion en 1980, ont été des moments décisifs du processus colonial.

 

Mais la communauté internationale n’a jamais reconnu cette annexion. Malgré les pressions israéliennes, les ambassades sont restées à Tel-Aviv. Seul le Congrès américain, en adoptant le Jerusalem Embassy Act, fait planer depuis 1995 la menace d’un transfert que Donald Trump met aujourd’hui à exécution. Cela, en dépit des multiples mises en garde des pays arabes et de la Turquie. Les 57 pays de l’Organisation de la coopération islamique ont prévu de se réunir en urgence.

 

Flatter un électorat chrétien-sioniste

 

Pourquoi Trump prend-il le risque d’un séisme régional et de rendre plus difficile le rapprochement en cours entre Israël et l’Arabie saoudite dans un front contre l’Iran ? Plaire au gouvernement d’extrême droite israélien n’est certainement pas une motivation suffisante. Il faut plutôt chercher les raisons du côté de la politique intérieure des Etats-Unis. Trump flatte un électorat chrétien-sioniste qui a eu un rôle décisif dans sa campagne électorale. Les chrétiens sionistes lisent la Bible en interprétant littéralement les mentions qui y sont faites du peuple juif. Or, de nombreux versets bibliques indiquent que Dieu a donné la Terre sainte aux Juifs. Les chrétiens sionistes représentent près d’un tiers de la population, soit 90 millions de personnes. Ils forment un lobby extrêmement actif et déterminé, et pour l’instant, fidèle en toute circonstance à Donald Trump. Celui-ci a sans doute voulu les remobiliser au moment où l’affaire de la collusion avec la Russie se rapproche dangereusement de lui. Une fois de plus, les Palestiniens font les frais d’une histoire qui n’est pas la leur.

 

Cette injustice historique, qui est aujourd’hui aggravée, ne peut que susciter un profond ressentiment dans le monde arabe, et d’abord parmi les Palestiniens. Elle ne manquera pas d’alimenter le discours des mouvements jihadistes.

 

Accessoirement, la décision de Donald Trump souligne les limites de la diplomatie de « la main dans le dos » d’Emmanuel Macron. Le Président français avait justifié l’accueil très chaleureux qu’il avait réservé à Trump au mois de juillet par l’influence qu’il pourrait avoir par la suite sur l’imprévisible locataire de la Maison Blanche. L’affaire de Jérusalem, venant après le retrait américain de l’accord sur le climat, montre ce qu’il en est.

Posté par Michel Peyret 

Etat de peur : comment la campagne de bombardement la plus meurtrière de l’histoire a créé la crise actuelle en Corée (Counterpunch)

 

Photo : bombes incendiaires sur Tokyo, 1946. Library of Congress

Alors que le monde observe avec une inquiétude grandissante les tensions croissantes et la rhétorique belliqueuse entre les États-Unis et la Corée du Nord, l’un des aspects les plus remarquables de la situation est l’absence de toute reconnaissance publique de la raison sous-jacente des craintes nord-coréennes - ou, comme l’a qualifié l’ambassadeur des Nations Unies Nikki Haley,"l’état de paranoïa" - à savoir, l’horrible campagne de bombardement incendiaire menée par les Etats-Unis pendant la guerre de Corée et le nombre sans précédent de victimes.

 

Même si l’on ne connaîtra jamais tous les faits, les preuves disponibles permettent de conclure que les bombardements perpétrés sur les villes et les villages de la Corée du Nord ont fait plus de morts parmi les civils que toute autre campagne de bombardement de l’histoire.

 

L’historien Bruce Cumings décrit la campagne de bombardement comme "probablement l’un des pires épisodes de violence américaine déchaînée contre un autre peuple, mais c’est certainement celui que les Américains connaissent le moins".

 

La campagne, menée de 1950 à 1953, a tué 2 millions de Nord-Coréens, selon le Général Curtis LeMay, chef du Commandement aérien stratégique et organisateur du bombardement de de Tokyo et d’autres villes japonaises. En 1984, LeMay a déclaré au Bureau de l’Histoire de l’Armée de l’Air que le bombardement de la Corée du Nord avait "tué 20 pour cent de la population".

 

D’autres sources citent un nombre légèrement inférieur. Selon un ensemble de données élaboré par des chercheurs du Centre for the Study of Civil War (CSCW) et de l’International Peace Research Institute, Oslo (PRIO), la "meilleure estimation" des décès de civils en Corée du Nord est de 995 000, avec une estimation basse de 645 000 et une estimation élevée de 1,5 million.

 

Bien que la moitié des estimations de LeMay, le CSCW/PRIO estime que 995 000 morts dépassent encore le nombre de victimes civiles de toute autre campagne de bombardement, y compris les bombardements alliés de villes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale, qui ont fait entre 400 000 et 600 000 morts, les bombardements incendiaires et nucléaires de villes japonaises, qui ont causé entre 330 000 et 900 000morts ; et les bombardements en Indochine entre 1964 et 1973, qui ont causé entre 121000 et 361000 morts au cours de Operation Rolling Thunder, Operation Linebacker, and Operation Linebacker II (Vietnam) ; Operation Menu and Operation Freedom Deal (Cambodia), and Operation Barrel Roll (Laos).

 

Le lourd bilan des bombardements en Corée du Nord est d’autant plus remarquable que la population du pays est relativement modeste : seulement 9,7 millions d’habitants en 1950. En comparaison, il y avait 65 millions de personnes en Allemagne et 72 millions au Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Les attaques lancées par l’armée de l’air américaine contre la Corée du Nord utilisaient les tactiques de bombardement qui avaient été mises au point pendant la Seconde Guerre mondiale pour bombarder l’Europe et le Japon : des explosifs pour détruire des bâtiments, du napalm et d’autres armes incendiaires pour allumer des incendies massifs, et des tirs nourris pour empêcher les équipes de lutte contre l’incendie d’éteindre les flammes.

 

Le recours à de telles tactiques n’allait pas de soi. Selon les politiques américaines en vigueur au début de la guerre de Corée, les bombardements incendiaires dirigés contre les populations civiles étaient interdits. Un an plus tôt, en 1949, plusieurs amiraux de la marine américaine avaient condamné ces tactiques lors de témoignages devant le Congrès. Au cours de cette "révolte des amiraux", la Marine avait contesté ses collègues de la Force aérienne, soutenant que les attaques menées contre les populations civiles étaient contre-productives du point de vue militaire et violaient les normes morales internationales.

 

Arrivant à un moment où les tribunaux de Nuremberg avaient sensibilisé le public aux crimes de guerre, les critiques des amiraux de la marine reçurent un écho auprès de l’opinion publique. Par conséquent, il était interdit d’attaquer les populations civiles dans le cadre de la politique américaine au début de la guerre de Corée. Lorsque le général George E. Stratemeyer de la Force aérienne a demandé la permission d’utiliser les mêmes méthodes de bombardement sur cinq villes nord-coréennes que celles qui avaient "mis le Japon à genoux", le général Douglas MacArthur a rejeté la demande en invoquant la "politique générale".

 

Cinq mois après le début de la guerre, alors que les forces chinoises étaient intervenues aux côtés de la Corée du Nord et les forces de l’ONU battaient en retraite, le général MacArthur changea de position et accepté la demande du général Stratemeyer, le 3 novembre 1950, d’incendier la ville nord-coréenne de Kanggye et plusieurs autres villes : « Brûlez-la si vous voulez. Mieux encore, Strat, brûlez et détruisez en guise de leçon tout ville ou village qui aurait à vos yeux un intérêt militaire pour l’ennemi. » Le même soir, le chef d’état-major de MacArthur a déclaré à Stratemeyer que le bombardement incendiaire de Sinuiju avait également été approuvé. Dans son journal, Stratemeyer résume ainsi les instructions : « Chaque bâtiment, chaque site et chaque village en Corée du Nord devient une cible militaire et tactique » Stratemeyer a donné l’ordre à la Cinquième Force aérienne et au Commandement des bombardiers de « détruire tous les moyens de communication et toutes les installations, usines, villes et villages ».

 

Bien que l’Armée de l’air ait été directe dans ses propres communications internes au sujet de la nature de la campagne de bombardement - y compris avec des cartes montrant le pourcentage exact de chaque ville qui avait été incinérée -, les communications à la presse ont décrit la campagne de bombardement comme une campagne axée uniquement sur « les concentrations de troupes ennemies, les dépôts, les bâtiments militaires et les lignes de communication. »

 

Les ordres donnés à la Cinquième armée de l’air étaient plus clairs : « Les avions sous le contrôle de la Cinquième armée de l’air détruiront toutes les autres cibles, y compris tous les bâtiments pouvant servir d’abris ».

 

En moins de trois semaines après l’assaut initial contre Kanggye, dix villes avaient été incendiées, dont Ch’osan (85 %), Hoeryong (90 %), Huich’on (75 %), Kanggye (75 %), Kointong (90 %), Manp’ochin (95 %), Namsi (90 %), Sakchu (75 %), Sinuichu (60 %) et Uichu (20 %).

 

Le 17 novembre 1950, le général MacArthur dit à l’ambassadeur US en Corée John J. Muccio, « Malheureusement, cette région sera transformée en désert ». Par "cette région", MacArthur voulait dire toute la zone comprise entre « nos positions actuelles et la frontière ».

 

Pendant que la Force aérienne continuait de brûler des villes, elle suivait attentivement les niveaux de destruction qui en résultaient :

* Anju – 15%
* Chinnampo (Namp’o)- 80%
* Chongju (Chŏngju) – 60%
* Haeju – 75%
* Hamhung (Hamhŭng) – 80%
* Hungnam (Hŭngnam) – 85%
* Hwangju (Hwangju County) – 97%
* Kanggye – 60% (reduced from previous estimate of 75%)
* Kunu-ri (Kunu-dong)- 100%
* Kyomipo (Songnim) – 80%
* Musan – 5%
* Najin (Rashin) – 5%
* Pyongyang – 75%
* Sariwon (Sariwŏn) – 95%
* Sinanju – 100%
* Sinuiju – 50%
* Songjin (Kimchaek) – 50%
* Sunan (Sunan-guyok) – 90%
* Unggi (Sonbong County) – 5%
* Wonsan (Wŏnsan)- 80%

 

En mai 1951, une équipe internationale d’enquête déclarait : « Les membres, tout au long de leur voyage, n’ont pas vu une seule ville qui n’avait pas été détruite, et il y avait très peu de villages intacts ».

 

Le 25 juin 1951, le général O’Donnell, commandant du Far Eastern Air Force Bomber Command, a témoigné en réponse à une question du sénateur Stennis (« ... La Corée du Nord a été pratiquement détruite, n’est-ce pas ? »)

 

« Oh, oui... je dirais que tout, ou presque, du nord de la péninsule coréenne, est dans un état terrible. Tout est détruit. Il n’y a plus rien debout digne de ce nom... Juste avant l’arrivée des Chinois, nos avions étaient cloués au sol. Il n’ y avait plus rien à bombarder en Corée. »

 

En août 1951, le correspondant de guerre Tibor Meray déclarait qu’il avait été témoin « d’une dévastation totale entre le fleuve Yalu et la capitale » et « qu’il n’y avait plus de villes en Corée du Nord », ajoutant que « j’avais l’impression de voyager sur la Lune parce qu’il n’ y avait que des dévastations... Chaque ville n’était plus qu’un alignement de cheminées. »

 

Plusieurs facteurs se sont combinés pour intensifier la mortalité des attaques aux bombes incendiaires. Comme on l’avait appris au cours de la Seconde Guerre mondiale, les attaques incendiaires pouvaient dévaster les villes à une vitesse incroyable : l’attaque à la bombe incendiaire de la Royal Air Force à Würzburg, en Allemagne, dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, n’avait pris que 20 minutes pour envelopper la ville dans une tempête de feu avec des températures estimées à 1500-2000°C.

 

La sévérité de l’hiver nord-coréen a également contribué au bilan macabre des attaques. A Pyongyang, la température moyenne en janvier est de -13. Les bombardements les plus importants ont eu lieu en novembre 1950, ceux qui ont échappé à la mort par le feu ont donc été exposés au de mort par le froid dans les jours et les mois qui ont suivi. Les survivants ont créé des abris de fortune dans des canyons, des grottes ou des caves abandonnées. En mai 1951, une délégation de la Fédération démocratique internationale des femmes (WIDF) s’est rendue dans la ville bombardée de Sinuiju :

 

« L’écrasante majorité des habitants vivent dans des tranchées creusées à même la terre et renforcées par du bois de récupération. Certains de ces abris ont des toits en tuiles et en bois, récupérés dans des bâtiments détruits. D’autres vivent dans des caves qui restées intactes après le bombardement et d’autres encore dans des tentes chaumées avec des charpentes récupérées des bâtiments détruits et dans des huttes faites de briques et de décombres posés sans mortier. »

 

A Pyongyang, la délégation a décrit une famille de cinq membres, dont un enfant de trois ans et un nourrisson de huit mois, qui vivaient dans un espace souterrain de deux mètres carrés, auquel on ne pouvait accéder qu’en rampant dans un tunnel de trois mètres.

 

Un troisième facteur était l’utilisation intensive du napalm. Mis au point à l’Université Harvard en 1942, la substance collante et inflammable a été utilisée pour la première fois pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est devenu une arme clé pendant la guerre de Corée, où 32 557 tonnes ont été utilisées, selon une logique que l’historien Bruce Cumings caractérisait ainsi : « Ce sont des sauvages, ce qui nous donne le droit de répandre du napalm sur des innocents ». Longtemps après la guerre, Cumings a décrit une rencontre avec un survivant âgé :

 

« Dans un coin de rue se tenait un homme (je pense que c’était un homme ou une femme avec de larges épaules) qui avait une curieuse croûte violette sur chaque partie visible de sa peau - épaisse sur ses mains, mince sur ses bras, couvrant entièrement sa tête et son visage. Il était chauve, il n’avait pas d’oreilles ni de lèvres, et ses yeux, sans paupières, étaient d’un blanc grisâtre, sans pupilles... Cette croûte violacée est le résultat d’un contact avec le napalm, puis le corps de la victime, non traitée, a été laissé pour guérir d’une façon ou d’une autre. »

 

Pendant les pourparlers d’armistice à la fin des combats, les commandants américains n’avaient plus de villes à prendre pour cible. Afin de mettre la pression sur les négociations, ils ont dirigé les bombardiers vers les grands barrages coréens. Comme l’a rapporté le New York Times, l’inondation causée par la destruction d’un barrage « a nettoyé » 40 km de la vallée et détruit des milliers d’hectares de riz récemment semé. 

 

Dans le sillage des bombardements incendiaires contre l’Allemagne et le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, un groupe de recherche du Pentagone composé de 1 000 membres a procédé à une évaluation exhaustive connue sous le nom de "United States Strategic Bombing Survey". L’USSBS a publié 208 volumes pour l’Europe et 108 volumes pour le Japon et le Pacifique, comprenant un dénombrement des victimes, des entretiens avec les survivants et des enquêtes économiques. Ces rapports rédigés industrie par industrie étaient si détaillés que General Motors a utilisé les résultats pour poursuivre avec succès le gouvernement américain pour des dommages de 32 millions de dollars causés à ses usines allemandes.

 

Après la guerre de Corée, aucun bilan des bombardements n’a été effectué, à part les cartes internes de l’armée de l’air montrant la destruction ville par ville. Ces cartes sont restées secrètes pendant vingt ans. Au moment où les cartes ont été discrètement déclassifiées en 1973, l’intérêt des États-Unis pour la guerre de Corée s’était depuis longtemps estompé. Ce n’est qu’au cours des dernières années que le tableau complet a commencé à se dessiner dans les études d’historiens tels que Taewoo Kim de l’Institut coréen d’analyse de la défense, Conrad Crane de l’Académie militaire américaine et Su-kyoung Hwang de l’Université de Pennsylvanie.

 

En Corée du Nord, le souvenir se perpétue. Selon l’historien Bruce Cumings, « C’est la première chose que mon guide a évoqué avec moi. » Cumings écrit : « La campagne sans entrave des bombardements incendiaires sur le Nord a duré trois ans, donnant lieu à un désert et à un peuple taupe survivant qui avait appris à aimer l’abri des grottes, des montagnes, des tunnels et des redoutes, un monde souterrain qui est devenu la base de la reconstruction d’un pays et un souvenir pour construire une haine féroce dans les rangs de la population ».

 

Aujourd’hui encore, cette campagne de bombardements incendiaires perpétré contre les villes et les villages de la Corée du Nord demeure pratiquement inconnu du grand public et n’est pas reconnu dans les discussions médiatiques sur la crise, en dépit de son importance évidente dans la poursuite par la Corée du Nord de son programme de dissuasion nucléaire. Sans connaître et confronter ces faits, on ne peut pas comprendre la peur qui est au cœur des attitudes et des actions de la Corée du Nord.

 

Ted Nace

Traduction "aaaahhh, il me semblait bien qu’on ne nous disait pas tout" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://www.counterpunch.org/2017/12/08/state-of-fear-how-historys-dea...

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Allégeance de Washington à l’Etat-colon

Donald Trump vient d’annoncer que les USA reconnaissent Jérusalem comme la capitale d’Israël et que l’État hébreu, en tant qu’État souverain, “a le droit de déterminer sa propre capitale”. Cette décision est un camouflet infligé au droit international par la première puissance mondiale. Colonisée et annexée par Israël, Jérusalem-Est est considérée par les Palestiniens comme la capitale de leur futur Etat. Pour l’ONU, c’est un territoire occupé en violation de la légalité internationale, comme l’affirmaient déjà les résolutions 242 et 338 du conseil de sécurité.

 

Mais cette décision est-elle vraiment une surprise ? Elle date de la campagne présidentielle de 2016, et Donald Trump n’en a jamais fait mystère. Boudé par Wall Street qui lui préférait Hillary Clinton, le candidat républicain voulait à tout prix allumer des contre-feux pour rattraper son retard. Il lui fallait obtenir des appuis auprès du lobby sioniste, au risque de voir la victoire lui échapper. Flairant le danger, Donald Trump s’est alors livré à son exercice favori : il a fait de la surenchère pour damer le pion à Hillary Clinton.

 

Invité à l’assemblée annuelle de l’AIPAC, le 21 mars 2016, Donald Trump fait l’impossible pour faire oublier ses déclarations antérieures. Il refusait de prendre position sur la question palestinienne tant qu’il ne serait pas à la Maison-Blanche. Il hésitait à dire si les États-Unis devaient reconnaître ou non Jérusalem comme capitale d’Israël. Il disait que l’Etat hébreu devait payer l’aide militaire octroyée par les USA. Désormais, c’est fini. En vingt minutes, il dit à son auditoire ce qu’il voulait entendre et il obtient des salves d’applaudissements. Debout, en “standing ovation”.

 

Il affirme qu’il est un “soutien de longue date et ami réel d’Israël”. Avec lui à la présidence des États-Unis, Israël ne sera plus traité “comme un citoyen de seconde zone” ! Interrogé le jour même par CNN, il déclare qu’il est prêt à déplacer l’ambassade US à Jérusalem. Manifestement décidé à faire mieux que Clinton, il accuse l’Iran d’être “le plus grand sponsor du terrorisme mondial”, d’établir en Syrie un nouveau front dans le Golan contre Israël, de fournir des armes sophistiquées au Hezbollah libanais, et de soutenir le Hamas et le Djihad islamique.

 

Mais ce discours complaisant n’a pas suffi. Délaissé par les siens, Trump sait qu’il manque de soutiens parmi les donateurs juifs du parti républicain. Ces bailleurs de fonds à l’ancienne, sponsors traditionnels du parti conservateur, sont rebutés par la rhétorique d’un candidat hostile au libre-échange et allergique au “système”. Ils préfèrent se tourner vers une candidate qui n’a jamais lésiné dans son soutien à Israël et au complexe militaro-industriel. Après tout, l’essentiel c’est le business. Pour Donald Trump, du coup, la tâche est rude. Afin d’inverser la tendance, il faut absolument faire quelque chose.

 

A neuf semaines du scrutin, le candidat républicain se résout à abattre sa dernière carte. Elle lui permettra, espère-t-il, de surpasser Hillary Clinton, de la prendre à revers sur son propre terrain. C’est alors qu’il rencontre publiquement Benyamin Nétanyahou, le 26 septembre 2016. A l’issue de cette entrevue, à New York, Trump promet de reconnaître Jérusalem comme “la capitale indivisible d’Israël” et d’y installer l’ambassade américaine s’il est élu à la présidence. Fabuleux cadeau à l’Etat d’Israël, violation du droit international, cette concession à l’occupant serait lourde de conséquences. Trump le sait. Mais il était difficile de faire mieux pour séduire le lobby.

 

Fin septembre 2016, la “future capitale de l’Etat palestinien” passe donc à la trappe. La “solution à deux Etats” fait les frais d’une course à l’échalote entre deux candidats qui ont rivalisé d’imagination pour flatter le lobby. Habiles marionnettistes, les amis de Nétanyahou ont manipulé les deux pantins désarticulés qui se disputaient un pouvoir fantoche. Vainqueur de cette compétition acharnée, Trump a décidé de balayer les illusions entretenues par ses prédécesseurs sur le rôle des USA. Il a emporté la mise le 8 novembre 2016. Nous sommes le 6 décembre 2017. Il aura mis un an à payer l’addition.

 

En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, en y installant leur ambassade, les USA offrent au projet d’Etat palestinien un enterrement de première classe. Ils donnent eux-mêmes le coup de grâce à un “processus de paix” dont ils furent les parrains. “L’heure est venue”, a déclaré Donald Trump devant les chaînes de télévision le 6 décembre. L’heure était donc venue, pour Washington, de balayer tout espoir de paix. A la face du monde, le président américain vient de déclarer que la partie est finie. Quitte à décrédibiliser ses alliés arabes, il proclame que le fait accompli colonial en Palestine est irréversible.

 

Ruinant par avance toute perspective de négociation, ce geste spectaculaire trahit l’allégeance de Washington aux intérêts de l’Etat-colon. A quoi bon négocier si l’enjeu de la négociation (la possibilité d’un Etat palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale) est pulvérisé par Washington ? Paradoxalement, cette ultime reddition américaine aux exigences israéliennes sonne le glas d’une illusion à laquelle les autres puissances, occidentales ou arabes, feignaient de croire encore. Donald Trump vient de leur administrer une douche froide, en leur rappelant qui est le leader du “monde libre”.

 

Mais il y a plus. En validant la rhétorique israélienne sur “Jérusalem réunifiée”, le président américain restaure également la primauté du théologique sur le politique. Les prétentions sionistes sur la Ville sainte se réclament du texte biblique. En les accréditant, Trump réintroduit le sacré dans un conflit d’essence profane. Il percute le droit international avec le droit divin. Il masque d’un écran de fumée l’affrontement qui oppose l’occupant et l’occupé. Cette concession à la mythologie sioniste occulte la lutte de libération nationale du peuple palestinien. A une époque ou la manipulation du “religieux” sert l’impérialisme, ce n’est pas innocent.

 

Bruno GUIGUE

URL de cet article 32665 

 

La déclaration illégale de l’administration Trump inverse des décennies de politique étatsunienne concernant Jérusalem et contredit le droit international. Ce soutien affiché à la colonisation, à l'apartheid, à la xénophobie, souligne qu’il est plus que temps que le monde fasse concrètement pression sur Israël pour que cesse toute cette horreur. Exigeons une initiative française en ce sens !

Le Comité National BDS palestinien (BNC), la plus grande coalition de la société civile palestinienne, qui dirige le mouvement mondial de BDS pour les droits des Palestiniens, a déclaré :

 

" Le président étatsunien Donald Trump qui vient de reconnaître Jérusalem occupée comme la “capitale d’Israël” est une tentative épouvantable de la part d’une administration étatsunienne xénophobe et raciste, dont la propre légitimité est au mieux précaire, de donner une légitimité au contrôle illégal de la ville par Israël. L’initiative illégale et anti-palestinienne de l’administration Trump inverse des décennies de politique officielle étatsunienne concernant Jérusalem et contredit le consensus international.

 

Les Palestinien.ne.s, soutenu.e.s par l’absolue majorité du monde arabe et par des millions de personnes de conscience à travers le monde, n’accepteront pas cette dernière soumission au programme extrémiste d’Israël. Nous devons persister à obtenir nos droits prévus par l’ONU et à mettre fin au régime d’occupation, au colonialisme de peuplement et à l’apartheid israéliens grâce à la résistance populaire et au mouvement international de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

 

Comme Dr. Hanan Ashrawi, s’exprimant pour l’Organisation de Libération de la Palestine, l’a dit, l’administration Trump “est en train de saper l’état de droit international, ainsi que la réputation, la sécurité et les intérêts américains à travers le monde.”

 

Cette reconnaissance serait, jusqu’alors, la forme de complicité la plus grave de l’administration au renforcement du régime d’apartheid israélien à Jérusalem et à l’accélération de son nettoyage ethnique des indigènes Palestiniens de leur ville.

 

Cela encourage le gouvernement israélien et les colons illégaux à voler et à détruire davantage de maisons palestiniennes, à exproprier davantage de terre palestinienne et à révoquer les droits davantage de Palestiniens qui sont chez eux à Jérusalem.

 

Cette dernière initiative de l’administration Trump encourage également Israël à continuer d’empêcher la plupart des Palestiniens des territoires occupés d’entrer dans Jérusalem occupée, y compris pour nous rendre sur nos lieux saints musulmans et chrétiens dans la Vieille Ville, rendre visite à nos familles et amis, avoir accès à des soins médicaux, et faire des affaires. Cette initiative rend légitime la séparation de nombreux Palestiniens de l’un de leurs cœurs culturels, spirituels et politiques.

 

Cela démontre encore davantage les liens étroits et la vision fanatique du monde entre l’actuelle et irrationnelle administration étatsunienne et son homologue israélienne d’extrême droite. Les deux administrations incitent au racisme et à la xénophobie e et les exploitent et craignent pour leurs intérêts politiques. Cela alimente également la croyance des Israéliens d’extrême droite, y compris les élu.e.s du gouvernement, qu’ils peuvent continuer de régner indéfiniment sur des millions de Palestinien.ne.s sans leur accorder liberté ni droit.

 

La politique de Trump sur la Palestine souligne l’importance vitale du mouvement BDS pour obtenir la liberté, la justice et l’égalité des Palestinien.ne.s.

 

Pendant des décennies, les États-Unis ont soutenu, excusé et préservé Israël de rendre des comptes pour sa politique de nettoyage ethnique des Palestinien.ne.s, volant notre terre pour y construire des colonies réservées aux Juifs, et niant aux Palestiniens leurs droits devant le droit international à Jérusalem et ailleurs.

 

Alors qu’il s’engage à financer les agressions militaires et les crimes de guerre d’Israël à hauteur de 38 milliards de dollars sur 10 ans, le gouvernement étatsunien continue de restreindre les financements sociaux pour l’éducation, la santé, l’emploi, la protection de l’environnement et autres besoins de base aux États-Unis. Ces graves restrictions affectent les populations les plus marginalisées du pays, particulièrement les personnes de couleur. Ce qui souligne encore davantage le besoin urgent de connecter la lutte palestinienne pour la libération aux luttes pour la justice raciale, sociale, économique et environnementale aux États-Unis et au-delà.

 

Il est plus que temps que le monde fasse concrètement pression sur Israël pour qu’il respecte les droits des Palestiniens en soutenant notre lutte pour les droits et la dignité.

 

Rappels :

  • Jérusalem Est est reconnue par les Nations Unies comme une partie indissociable du territoire palestinien occupé, et aucun autre état dans le monde ne reconnait Jérusalem (Est ou Ouest) comme étant la capitale d’Israël.
  • L’annexion par Israël de Jérusalem Est est illégale selon le droit international. Lorsqu’Israël fit passer en 1980 une Loi Fondamentale qui déclarait Jérusalem, “complète et unie,” “capital d’Israël,” le Conseil de Sécurité de l’ONU adopta la Résolution 476 déclarant que les “mesures qui ont altéré le caractère géographique, démographique et historique ainsi que le statut de la Ville Sainte de Jérusalem sont nulles et non avenues et constituent une violation flagrante de la Quatrième Convention de Genève relative à la Protection des Personnes Civiles en Temps de Guerre et constitue également une obstruction grave à l’instauration d’une paix d’ensemble, juste et durable au Moyen-Orient.
  • La Résolution 181 (II) de l’Assemblée Générale de l’ONU désigne Jérusalem comme un tout et ses environs comme “un corpus separatum sous un régime international spécial,” administré par l’ONU.
  • Depuis qu’il occupe militairement Jérusalem Est en 1967, Israël a dépouillé plus de 14 000 Palestinien.ne.s jérusalémites de leur droit à vivre dans leur ville natale. Israël a réclamé la ville et annexé sa partie Est lors d’une initiative maintes fois condamnée et jugée illégale par les Nations Unies et la communauté internationale. Israël délivre rarement à des Palestiniens les permis nécessaires pour pouvoir construire dans la ville, et soumet les Palestiniens à des pratiques violentes et racistes et à une discrimination généralisée quand il s’agit d’éducation et autres services municipaux. "

Le Comité National BDS palestinien (BNC) est la plus grande coalition de la société civile palestinienne. Il dirige et soutient le mouvement mondial de Boycott, Désinvestissement et Sanctions pour les droits de Palestiniens.

 

Claire Vérilhac

»» https://blogs.mediapart.fr/register/blog/071217/jerusalem-la-reponse-p...
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07 décembre 2017

Cécile De Sèze, Trump, foncer sans écouter...

 

« Le Pape François :"Je ne peux taire ma profonde inquiétude, a déclaré quant à lui le souverain pontife. J'adresse un appel vibrant pour que tous s'engagent à respecter le statu quo de la ville, en conformité avec les résolutions pertinentes de l'ONU". Le Pape ne peut qu'accorder un intérêt tout particulier à la ville qui abrite les lieux les plus saints de trois grandes religions monothéistes, y compris le Saint-Sépulcre... »

 

Reprenons la lecture des réactions à la reconnaissance de Trump...

 

Michel Peyret


Trump reconnaît officiellement Jérusalem comme capitale d'Israël

 

Le président américain a reconnu Jérusalem comme capitale de d'Israël, contre les conseils appuyés de certains dirigeants du monde musulman, à l'instar de Recep Tayyip Erdogan, le président turc.

 

Le président américain Donald TrumpCrédit : AFP / ERIK DE CASTRO

 

PUBLIÉ LE 06/12/2017 À 19:14

 

Un électron libre incontrôlable ? Donald Trump semble une nouvelle fois foncer sans écouter les conseils venus de l'extérieur. Le 45e chef d'État américain a reconnu Jérusalem comme capitale de l'État d'Israël. Une décision accompagnée dans les faits du déménagement de l'ambassade américaine de Tel-Avive à Jérusalem, dont il a ordonné les préparatifs. Ce, malgré les nombreuses contradictions et mises en garde des dirigeants du monde entier. À commencer par les gouvernants du monde arabo-musulman. À commencer par la Palestine.

 

Suite à cette annonce, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rapidement réagi et a salué un "jour historique". Le dirigeant du pays a assuré dans la foulée le maintien du "statu quo" sur les lieux saints à Jérusalem. 

 

À lire aussiÉTATS-UNIS

 

Trump veut transférer l'ambassade américaine à Jérusalem

 

En France, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (Crif), a appelé Emmanuel Macron a reconnaître à son tour Jérusalem comme capitale d'Israël. Mais le président français a qualifié de "regrettable" la décision de Donald Trump et a quant à lui appelé à "éviter à tout prix les violences".

 

La première ministre britannique Theresa May s'est également exprimé un peu plus tard disant qu'elle n'est "pas d'accord" avec le président américain. Angela Merkel pour l'Allemagne "ne soutient pas" cette décision. Et l'Union européenne a exprimé sa "sérieuse préoccupation". L'Iran prévient que la décision de Trump provoquera une "nouvelle Intifada".

 

Les groupes palestiniens ont appelé à partir de mercredi à trois "jours de rage", expression consacrée pour rallier les manifestants devant les chekpoints israéliens ou les murs et les miradors de béton qui coupent la Cisjordanie et la bande de Gaza du territoire israélien. 

Dans les villes de Gaza et de Rafah, dans la bande de Gaza, des centaines de Palestiniens ont brûlé des drapeaux américains et israéliens et des portraits de Donald Trump, ont constaté les journalistes de l'AFP.

 

Une telle mesure ne servira qu'à faire le jeu des groupes terroristes

 

Recep Tayyip Erdogan, président turc 

 

Le président turc a également averti le président des États-Unis. Selon lui, "une telle mesure ne servira qu'à faire le jeu des groupes terroristes". "J'adresse d'ici un appel au monde entier : gardez-vous de prendre toute mesure qui viserait à modifier le statut légal de Jérusalem, a ajouté Recep Tayyip Erdogan. Personne n'a le droit de jouer avec le destin de milliards de personnes pour satisfaire ses envies personnelles".

 

"Ignorer les droits des musulmans, des Palestiniens et des chrétiens à Jérusalem ne fera que nourrir l'extrémisme et saper la guerre contre le terrorisme", a ajouté le roi Abdallah II de Jordanie, dont le pays est le gardien des lieux saints musulmans à Jérusalem. Erdogan avait invité les dirigeants des pays musulmans pour un sommet à Istanbul le 13 décembre axé sur la question de Jérusalem. 

 

Cette décision saperait la paix régionale

 

Shahid Khaqan Abbasi, premier ministre du Pakistan

 

Le Pakistan, deuxième pays musulman le plus peuplé au monde et allié des États-Unis depuis la guerre froide, s'est dit "opposé sans équivoque" à cette décision. "Le peuple et le gouvernement du Pakistan ont pris note avec grave préoccupation de la décision rapportée".

 

Un tel pas, qui "constituerait une claire violation du droit international et des résolutions onusiennes", "mettrait de côté des décennies de consensus sur la question, saperait la paix régionale et la sécurité de même qu'il empêcherait toute perspective de paix durable au Moyen-Orient", insiste le communiqué du bureau du Premier ministre. Le Pakistan s'est prononcé contre cette démarche après l'Iran, l'Arabie saoudite, l'Egypte, l'Union européenne, la France, l'Allemagne et même le pape François.

 

Je ne peux taire ma profonde inquiétude

 

En reconnaissant Jérusalem comme la capitale d'Israël et en y transférant l'ambassade américaine, actuellement à Tel-Aviv, Donald Trump romprait avec le positionnement de la communauté internationale et des décennies de politique américaine. 

 

Le statut de Jérusalem, considérée par chrétiens, juifs et musulmans comme un lieu saint, est une question majeure dans le conflit iraélo-palestinien, les deux camps revendiquant cette ville comme leur capitale.

 

La communauté internationale n'a jamais reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël ni l'annexion de sa partie orientale occupée en 1967. 

 

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Posté par Michel Peyret

Les portes du pénitencier

 

Publié le 6 Décembre 2017

 vont-elles se refermer

 sur l'irresponsable

 criminel qui vient de forcer

 les portes de l'enfer ? 

 

Les portes du pénitencier
 
Cet homme qui vient de prendre la pire mesure irresponsable prise depuis 1947 de faire de Jerusalem la capitale de l'état théocratique intégriste Israel.
 
Il vient d'allumer de façon délibérée une mèche au pied d'une poudrière capable de faire exploser la planète.
 
La décision de Trump la mort de s'affranchir de façon provocatrice du droit international pourtant taillé sur mesure pour le capital est porteur de menaces incalculables pouvant conduire rapidement à la conflagration généralisée.
 
Pour une fois et sous réserve d'examen approfondit, Canaille le Rouge note que la réponse des autorités françaises se démarque des choix du gouvernement des USA. 
 
Donald Trump "contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu". "Le statut de Jérusalem est une question de sécurité internationale qui concerne toute le communauté internationale, le statut de Jérusalem devra être déterminé par les Israéliens et les Palestiniens dans le cadre de négociations sous l'égide des Nations unies"
 
C'est bien la première fois que Canaille le Rouge ne trouverait rien à redire à une déclaration de Touthenmakron.
 
Faut-il que la provocation de Trump soit si grave ; ce qui montre aussi qu'il peut être isolé...et battu.
 
Maintenant, les condamnations ayant été prononcées, comment imposer le retrait de cette déclaration de guerre sur fond politico lobbyistes et visée impérialistes ?
 
Rédigé par Canaille le Rouge

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Donald Trump allume le feu

Donald Trump allume le feu

Le président de la libre Amérique vient de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël. De ce fait, il va déplacer l'ambassade américaine de Tel-Aviv vers la ville dont l'état israélien occupe la partie palestinienne depuis 1967. La droite et son extrême, au pouvoir en Israël, ont salué un jour"historique" après la proclamation des USA.

Par cette reconnaissance, les droits des Palestiniens sont niés et cela favorise le camp des extrémistes qui ont besoin de la guerre pour montrer qu'ils existent et défendent respectivement leurs peuples.

Nombre de pays arabes déclarent s'opposer à cette reconnaissance contraire aux résolutions de l'ONU. Mais la Jordanie et l'Egypte ont signé un traité de paix avec Israël et aucun des 3 ne compte le remettre en cause. Quant à l'Arabie Saoudite, elle reste la plus grande alliée de l'impérialisme américain dans tout l'Orient. Mais il y a bien longtemps que la majorité des gouvernements arabes se fiche de la Palestine comme de leur premier coran.

Il reste l'UE du capital. Sa ministre du business du patronat européen a appelé l'OLP "à la retenue". Tout en persévérant à commercer avec Israël, y compris en commercialisant en Europe les produits cultivés en Palestine occupée par les colons et l'armée israéliens.

Ce n'est pas une guerre entre le judaïsme et l'islam qui s'affrontent en cette partie du monde. Mais bien la vision du capitalisme qui a besoin de la guerre pour prospérer.

The newyorker : L’histoire surprenante du Ku Klux Klan, hier et aujourd’hui

 

06 Décembre 2017

Par CLAY RISEN 

 

Je me suis permis de changer le titre et d’ajouter, hier et aujourd’hui pour le lecteur français qui n’est pas habitué à ses réflexions que l’on trouve dans la presse démocrate sur la fascisation de leur pays. A partir du livre d’une historienne, Linda Gordon sur l’étude du deuxième Klan, celui qui reconnait en 1920, l’auteur analyse la manière dont celui-ci s’étend et se métamorphose pour mieux coïncider avec le présent (la haine de l’immigré, du latinos, du japonais) avec les éternels fantasmes (le juif, le noir) et bien sur la question qui surgit est celle de l’extrême droite qui a porté Trump au pouvoir. Les différences, les soubassements communs. L’alternative qui surgit : « Le monstre a déjà été vaincu, nous pourrons le vaincre ou au contraire, le monstre est en nous ».

 

Notons que ce genre d’analyse explique à la fois pourquoi comme les noirs, les juifs demeurent massivement hostiles à cette extrême-droite quels que soient les efforts de Trump, mais aussi à quel point les problèmes de classe paraissent ignorés et combien la vision est puritaine, le mal est là il est en nous.Cette vision est celle que l’on tente de nous imposer en France, en particulier « une gauche » proche du PS et de Macron qui baigne dans cette idéologie anglo-saxonne. 

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach)


Les membres du Ku Klux Klan montent une grande roue dans un champ de foire au Colorado en 1926. CréditLe Royal Gorge Regional Museum and History Centre

LA SECONDE VENUE DU KKK 

Le Ku Klux Klan des années 1920 et la tradition politique américaine


Par Linda Gordon
Illustrated. 269 ​​pp. Publication de Liveright. 27,95 $.

 

La couverture de « La Seconde Venue du KKK » de Linda Gordon montre une procession d’hommes marchant en pleine Kala regalia jusqu’à Pennsylvania Avenue, le dôme du Capitole se dressant derrière eux. Ce serait une image inquiétante à n’importe quelle époque, mais en 2017 – après l’attaque d’une église afro-américaine à Charleston, en Caroline du Sud, après les manifestations néo-nazies à Charlottesville, en Virginie , après le renversement de la droite à Washington. L’inauguration de Trump – c’est terrifiant.

 

La photographie a été prise en 1925, au cours de la décennie où l’adhésion au soi-disant deuxième Ku Klux Klan – le premier a été réprimé pendant la reconstruction – a balayé le pays. En tout, 30 000 hommes ont participé à ce défilé. Ce que la photo laisse de côté, ce sont les foules qui bordent l’avenue: le Klan n’a  pas seulement défilé dans la capitale nationale; il a reçu un accueil chaleureux. Contrairement aux premier et troisième Klas (le troisième est apparu à l’époque des droits civiques), le Klan des années 1920 était bien intégré à la vie américaine. « Le KKK pouvait en fait énoncer des valeurs avec lesquelles une majorité d’Américains des années 1920 étaient d’accord », écrit Gordon.

 

L’une des tâches de Gordon est de montrer que les années 1920, selon nous, telles que nous les connaissons – une bacchanale de clandestins, de claquements et de coups de gueule à Gatsbyan – n’étaient qu’une bulle urbaine et côtière. Pour la plupart des Américains, il semble que la décennie ressemblait plus à quelque chose de « Babbitt » ou de « Elmer Gantry »: un pays tourné vers l’intérieur contre le monde, un pays petit et cruel. Un pays dans lequel le Klan et ses valeurs – l’américanisme, la xénophobie, le nationalisme blanc et le patriarcat – étaient la norme. Une Amérique, comme le dit Gordon, qui n’est pas différente àde celle d’aujourd’hui.

 

Comme l’alt-right aujourd’hui, le Klan n’a jamais été un parti politique, mais il a exercé une influence considérable en politique. Des membres du Klan ou des hommes politiques soutenus par Klan tenaient le bureau du gouverneur dans l’Oregon, au Texas et au Colorado; Il a contrôlé les bureaux du maire de Portland, Maine, à Portland, Oregon. Et de peur que nous critiquions le président actuel pour être uniquement incapable de condamner l’alt-droite, gardons à l’esprit qu’aucun président dans l’après-Première Guerre mondiale de Woodrow Wilson Herbert Hoover n’aurait condamné aussi le Klan, de peur de perdre le soutien du public.

 

Mais le vrai pouvoir du Klan ne réside pas dans la politique mais dans sa portée dans le quotidien. Gordon peint une image qui semble tirée  d’un roman Vonnegut, une Amérique vu dans un miroir ludique: Les équipes de baseball commanditées par le Klan (on a brulé les étoiles hébraïques dans un match de 1927 à Washington, DC), foires de comté (elle comprend une photo frappante de Klansmen en tenue à capuchon sur une grande roue dans le Colorado), des fraternités universitaires et des concours de beauté, où de jeunes femmes ont concouru pour le titre de « Miss 100 Percent America ».

 

En  tant qu’ historienne de l’Université de New York, Linda Gordon a écrit des livres sur un large éventail de sujets, de l’Ukraine au 16ème siècle au contrôle des naissances, et elle est l’un des rares historiens à avoir  remporter deux fois le Prix Bancroft. Mais dans ce livre, elle rejette l’engagement de l’universitaire envers l’histoire pour l’histoire en faveur d’une perspective sur le passé qui commente explicitement le présent. « Dans ma discussion sur le Ku Klux Klan, je ne suis pas neutre », écrit-elle, ajoutant plus tard dans le même paragraphe: « Je propose une interprétation, pas une monographie savante ».

 

Gordon veut que les lecteurs considèrent le deuxième Klan à la lumière de la politique américaine récente, mais il est important d’analyser ce que cette ère fait et ne dit pas de notre situation actuelle. Aujourd’hui, j’utilise ce terme au sens large, allant de Richard Spencer et d’autres encore à sa droite, aux politiciens «mainstream», comme le candidat au Sénat Roy Moore d’Alabama et le représentant Steve King de l’Iowa,  La version de la xénophobie nationaliste et traditionaliste de Spencer – est loin d’être aussi large et omniprésente que le Klan l’était à l’époque.

 

L’alt-droite n’est pas non plus aussi bien organisé. Les mâchoires des lecteurs vont tomber d’étonnement devant  l’ampleur et la structure du Klan, de ses mots de code à son contrôle automatique sur les conseils municipaux et les assemblées législatives des États. Dans beaucoup de petites villes, appartenir au Klan était un moyen d’avancement de carrière pour les activistes politiques – parmi eux Hugo Black et, apparemment, Harry Truman. Il est difficile d’imaginer quelqu’un, n’importe où, en train de bénéficier de quelque chose de semblable de l’alt-droite aujourd’hui.

 

Mais en sous bassement  de ces différences il y a des similitudes qui indiquent une tendance récurrente dans l’histoire américaine. Il est difficile de terminer une seule page dans le livre de Gordon sans un léger frisson de familiarité craintive, de réverbérations dans la rhétorique et l’opinion publique – une reconnaissance que, peut-être, qu’il a toujours été ainsi. « Précisément parce que le deuxième Klan était si intégré aux moeurs », écrit-elle, « l’examiner révèle également des courants continus dans l’histoire américaine, des courants remontant parfois à la surface, d’autres fois restant souterrains. »

 

Comme la droite d’aujourd’hui, le second Klan envisageait un passé américain coupé du tissu mythique: une Amérique sans immigrants, une Amérique dirigée par des Blancs anglo-saxons, une Amérique qui priait à l’unisson d’un Dieu évangélique-chrétien. Le Klan a rejeté les affirmations scientifiques qui contestaient sa vision du monde. Il a raillé contre l’élite libérale cosmopolite, mais il a essayé de faire cause commune avec des intérêts financiers. Il a joué sur le sentiment de « peur, d’humiliation et de victimisation » des Blancs. Et il a répandu de la désinformation sur ses ennemis, en diffusant de fausses nouvelles sur les juifs conspirateurs et les prêtres catholiques corrompus. Ces échos du passé sur le présent  ne sont pas une simple coïncidence.

 

Le deuxième Klan est tombé aussi vite qu’il s’est levé; Avec plusieurs millions de membres à son apogée au milieu des années 1920, il s’est effondré plus tard dans la décennie pour atteindre 350 000, mis à mal par les scandales de corruption interne. Quelque chose de similaire pourrait peut-être se produire aujourd’hui. Si un scandale rendait toxiques Steve Bannon et Breitbart, est-ce que l’on peut imaginer  que leur mouvement subirait un coup de poing qui le mettrait hors course?

 

Il y a deux façons de penser à cela. On pourrait dire, génial – nous avons déjà rencontré l’ennemi et l’avons vaincu. Nous le ferons à nouveau. Ou nous pourrions réaliser que nous avons rencontré l’ennemi, et il est nous. Que le fléau de la xénophobie, du racisme et du nationalisme est toujours présent, « qu’il peut rester dormant pendant des années et des années dans les meubles et les coffres », écrivait Camus, prêt à réapparaître, dans les bonnes conditions.

 

Ils disent que le travail d’un anthropologue est de rendre familier l’étrange et l’étrange familier, et quelque chose de similaire va pour l’historien. Je peux penser à quelques livres qui accomplissent cette tâche aussi bien que ceux de Gordon: Dans son récit, le deuxième Klan est à la fois tout à fait bizarre et indéniablement américain. Les années 2010 ne sont peut-être pas les années 1920, mais pour quiconque est concerné par notre condition actuelle, « La Seconde Venue du KKK » devrait être une lecture obligatoire.

 

Clay Risen est le rédacteur en chef adjointe du Times. Il écrit un livre sur Theodore Roosevelt et les Rough Riders.

 

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Une version de cette revue est imprimée le 10 décembre 2017, sur la page BR18 du Sunday Book Review avec le titre: Americanism in Hoods and Robes