Ils ne savent pas rire et ignorent tout, je leur survivrai

Ils ne savent pas rire et ignorent tout, je leur survivrai

 

21 Avril 2018

Résultat de recherche d'images pour "toni morrison"

 

J’ai écouté jeudi soir Toni Morisson interviewée à la Grande Librairie. Cette femme pour laquelle j’ai toujours éprouvé beaucoup d’admiration a parlé de son oeuvre bien sur, mais le prix Nobel de littérature a aussi fait des remarques politiques. En parlant de son président elle a eu cette remarque Donald Trump a-t-elle  affirmé « c’est la personne la plus rétrograde et la plus mal informée que je connaisse. C’est douloureux. Et c’est surtout dangereux.» Et un peu plus loin, « ça m’effraie. Il ne sait pas rire – rire est une expérience profondément humaine et il en est incapable

 

Sous assistance respiratoire, l’écrivain fait preuve d’une vitalité admirable. « J’ai 87 ans, et je vais survivre à Donald Trump », dit-elle en riant.

 

Ce qu’un écrivain apporte c’est peut-être une autre manière de juger de l’univers politique, un trait, un coup de griffe mais qui touche juste, vraiment juste, d’un point de vue inusité et qui s’avère le meilleur angle d’expression du fait, comme la fiction parle parfois plus fort que l’exposé des événements. Ne pas savoir rire comme preuve d’incompréhension de l’humaine condition, voilà qui dit beaucoup, mais il y a aussi pour l’écrivaine cette manière de se situer dans le temps long de l’histoire, au-delà de l’événementiel, sa conviction de survivre à tous ces politiciens « les plus mal informés ». Elle leur survivra cette femme suprêmement élégante qui tient  du baobab et de l’éléphant , des forces telluriques. Elle écrit dit-elle les plus belles scènes de sexe et on comprend que c’est parce que ce corps lourd sait comment et de quoi,nait  et renait l’humanité. Son rire est un défi à ces assoifés de pouvoir  et aux quelques technocrates qui leur font la cour.

 

OUI! Toni MOrisson est d’une incroyable élégance malgré sa silhouette élephantesque, le tuyau qui l’aide à respirer, elle est le rire et la volonté de vivre, ses turbains et la manière dont elle s’envelope dans des tissus maliens a cette insolence de la beauté pure..Elle est afroaméricaine, jugeant de haut de très haut, et à bonne distance celle de l’écriture ceux qui condamnent à l’esclavage. Ses adversaires, les miens, sont d’une incroyable vulgarité parce qu’il ont perdu le contact avec le lieu de toutes les innovations, le peuple, celui de la rue et des champs, dans le temps long de l’histoire qui n’a jamais été que celle de la lutte des classes comme il a dit. Parce qu’ils suivent toutes les modes et ne créent rien, parce qu’ils se croient modernes et ne savent que vanter la régression. Apprendre à viser la cible que personne ne voit ça c’est le propre de l’art et de la litterature.

 

Tout cela pour vous dire que moi aussi j’ai décidé de survivre à cette bande de politiciens médiocres qui semble en proie au narcissisme le plus désespérant, le plus douloureux qui se puisse imaginer. J’ai fait mes comptes, j’ai 80 ans. Dans ma famille les femmes meurent entre 98 ans et 107 ans et demeurent en possession de tous leurs moyens jusqu’à 95 ou 96 ans et connaissent un affaiblissement intellectuel et moteur léger à ce moment mais meurent sans vraiment avoir vécu de handicap intégral. Donc il me reste 15 ans de dynamisme, mais il faut qu’ils soient bien utilisés pour moi et pour les autres, je n’ai pas de temps à perdre, ni pour rire, jouir de la vie et dans le même temps poursuivre dans ce que j’estime juste, . Macron disparaîtra et moi je serai là avec mes combats.

 

Ce que je dis est valable pour bien d’autres y compris des jeunes qui s’impliquent dans les combats et qui ont envie de vivre. Simplement, ils peuvent plus que moi se disperser, ils ont des forces et des ans en réserve.

 

Je vais continuer à voyager mais limiter les déplacements et les fatigues inutiles, beaucoup plus travailler en bibliothèque, chez moi. Ce blog est en train de connaître une moment de ralentissement lié à méditation sur le tournant que doit prendre ma vie pour survivre à Macron et à tous les autres. Pour me passionner pour ce monde en train de changer en profondeur et dont certains prétendent arrêter l’inexorable, celui du refus grandissant des être humains de continuer à vivre comme ça au profit d’une poignée qui ne savent plus rire.

 

-Comme le dit Mahmoud Darwich –

 

Le présent nous étouffe et déchire les identités. C’est pourquoi je ne trouverai mon moi véritable que demain, lorsque je pourrai dire et écrire autre chose. L’identité n’est pas un héritage, mais une création. Elle nous crée, et nous la créons constamment. Et nous ne la connaîtrons que demain. Mon identité est plurielle, diverse. Aujourd’hui, je suis absent, demain je serai présent. J’essaie d’élever l’espoir comme on élève un enfant. Pour être ce que je veux, et non ce que l’on veut que je sois.

Et cela ne s’arrête jamais…

 

Danielle Bleitrach