Recherche


Qui est en ligne

Nous avons 1182 invités et aucun membre en ligne

Flux RSS

Copyright Joomla

Copyright © 2018 PCF Bassin Arcachon - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public

Etats-Unis

Politique Internationale : Dangers de guerre à la hausse (Venezuela, Corée du nord, Syrie, Ukraine, Chine, Russie)

 

 

Politique Internationale : Dangers de guerre à la hausse (Venezuela, Corée du nord, Syrie, Ukraine, Chine, Russie). [Suite…]

1973-2017 : l’effondrement idéologique de la « gauche » française. Bruno GUIGUE. [Suite…]

Débat au PCF – « PCF tabous, renoncements et interdits » par Bernard Trannoy. [Suite…]

Pourquoi les pilotes d'easyJet tirent la sonnette d'alarme. [Suite…]

La guerre mondiale qui vient sera provoquée par les États-Unis. [Suite…]

Les dessous de la disparition de la guerre secrète de la CIA en Syrie à un milliard de dollars. les-crises.fr[Suite…]

Les néoconservateurs tirent parti de la haine anti-Trump pour pousser à de nouvelles guerres, par Robert Parry. les-crises.fr[Suite…]

Russie : croissance et menaces d’une nouvelle guerre froide. Jacques Sapir. [Suite…]

Suspension des visas US : Moscou ne passera pas ses nerfs sur les Américains

Octroi de visas US suspendu : la réponse russe ne tardera pas à venir

Les États-Unis suspendent l’octroi de visas non-immigrant en Russie

Donbass : des signes indiquent le lancement d’une nouvelle offensive de Kiev

Michel Makinsky, Moyen-Orient, Trump ou l’allumeur d’incendies. [Suite…]

Parler honnêtement du Venezuela, par Mike Gonzalez. les-crises.fr[Suite…]

Après Henri Ford, Walt Dysney, Charles Lindberg, Le grand Père Busch, le père Trump et quelques autres. [Suite…]

Peter Symonds, Trump renforce sa menace incendiaire visant la Corée. [Suite…]

Julian Assange demande pourquoi les États-Unis n’ont rien dit lorsque Obama a soutenu les néo-nazis ukrainiens. [Suite…]

Précurseurs et alliés du nazisme aux Etats-Unis. [Suite…]

Corées : la Russie appelle à s'abstenir de toute action susceptible d'empirer la situation

Moscou: si Washington met ses menaces à exécution, ce sera l’apocalypse

Le monde est menacé de feu nucléaire : par qui ? [Suite…] 

Sondage : 86% des Vénézuéliens rejettent une intervention militaire. [Suite…]

Le KKE dénonce les menaces provocatrices de Trump et exprime sa solidarité avec le peuple vénézuélien. [Suite…]

Parti communiste du Venezuela : combatif dans la mobilisation pour que l’assemblée nationale constituante mette en œuvre des mesures en faveur du peuple. [Suite…]

Le battage médiatique contre la Corée du Nord a-t-il pour but de relancer la guerre des étoiles de Reagan ? [Suite…]

La propagande américaine à travers le cinéma Hollywoodien. [Suite…]

Les sanctions US contre l’Iran visent à torpiller l'équilibre des forces dans la région

Une intervention militaire au Venezuela serait inacceptable selon Moscou

Venezuela. « Ensemble ! » s’égare. Jean Ortiz. [Suite…]

Les menaces nord-américaines et celles de leurs relais locaux s'accumulent sur le Venezuela. José Fort. [Suite…]

Missile nord-coréens sur la route de la soie ? Les VRP et les missiles à domicile. [Suite…]

Le Russie-gate, ce n’est pas le Watergate ou l’Iran-Contra, par Robert Parry. les-crises.fr[Suite…]

La Syrie ou l'erreur stratégique de trop. Karine Bechet-Golovko[Suite…]

Les preuves de la mise sur liste noire des sites de gauche et progressistes par Google s’accumulent. [Suite…]

Qu’il est beau, le monde libre ! Bruno Guigue. [Suite…]

Sur le plan international aussi les barricades n’ont que deux cotés (Venezuela, Corée, Ukraine, Syrie, répression anti communiste en Europe...). [Suite…]

Venezuela : ruptures du storytelling. [Suite…]

La Chine empêchera toute tentative de frappe préventive des USA contre la Corée du Nord - (Global Times). [Suite…]

Danger !! Docteur Trumplamort. [Suite…]

Trump à Macron : les USA prêts à des mesures militaires contre Pyongyang

La guerre avec Pékin à l’horizon ? L’Inde rassemble ses troupes à la frontière himalayenne

Trump et Macron s'engagent à faire face ensemble au « comportement déstabilisateur » nord-coréen

Venezuela : Ohé les conseilleurs en DDDDémocratie. [Suite…]

La droite vénézuélienne : cartographie d’une défaite Par Marco Teruggi. [Suite…]

Le Venezuela rejette le pseudo-rapport émis par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. [Suite…]

Bill Van Auken, Trump, déclencher « un feu et une fureur » à partir de la Corée. [Suite…]

Voilà pourquoi la Corée du Nord déteste autant les États-Unis… les-crises.fr[Suite…]

Assange : « Les Etats-Unis se préparent à faire du Venezuela un second Irak ». [Suite…]

Le Pentagone prêt à intervenir au Venezuela, mais n’a pas reçu d’ordre

Le risque de guerre USA-Corée du Nord est élevé, selon Lavrov

Venezuela: Trump évoque la possibilité d’une opération militaire

Corée du Nord: Pékin appelle Trump à éviter l’escalade verbale

Les militaires US ont entamé la construction d’une base navale US en Ukraine

Trump évoque une possible intervention militaire au Venezuela, « de la folie » selon Caracas

USA vs Corée du Nord : « Quand on est dépassé par les événements, on menace de faire tout sauter »

Les propos virulents de Donald Trump contre la Corée du Nord ne font que compliquer la situation

La sale guerre du gouvernement espagnol contre la démocratie vénézuélienne. [Suite…]

Coup de projecteur sur le VENEZUELA. [Suite…]

Venezuela : la grande manip par José Fort. [Suite…]

Venezuela : un autre regard sur les manifestations. les-crises.fr[Suite…]

Sous les tropiques, les apprentis de l’Etat Islamique, par Luis Hernandez Navarro, la Jornada. les-crises.fr[Suite…]

La pensée mi-figue mi-raisin de la gauche intellectuelle par Romain Mingus. [Suite…]

Venezuela l'impérialisme US dans ses œuvres au cœur de ce qu'il considère être sa basse-cour. [Suite…]

Lette ouverte aux Révolutionnaires insurgés de la Sierra Facebooka. [Suite…]

De l’Internationale socialiste à l’Internationale putschiste, par Maurice Lemoine. les-crises.fr[Suite…]

Caracas, qui tue qui ? Et qui organise quoi. La peste brune encore une fois qui l'arme Missing à Caracas. [Suite…]

Le chemin de la révolution est encore ouvert. Carolus Wimmer, secrétaire international du PC de Venezuela (PCV). lepcf.fr. [Suite…]

Nous sommes tous Bolivariens ! Francis Arzalier. lepcf.fr. [Suite…]

[Vidéo] Déstabilisation Chili / Venezuela : interview de Joan Garcés, conseiller du président Allende (st.fr). les-crises.fr[Suite…]

Le Président Evo Morales : La CPI doit juger les financeurs et organisateurs de la violence au Venezuela. les-crises.fr[Suite…]

Venezuela, E=MC2, suite. [Suite…]

Venezuela, E=MC2. [Suite…]

Evo Morales qualifie d'indigne la soumission aux États-Unis des Forces Armées de certains pays latino-américains. [Suite…]

(Photos :) Défaite cuisante des médias : longues files d’électeurs pour l’assemblée constituante au Venezuela. [Suite…]

Dix clefs pour comprendre et analyser la victoire du chavisme à la Constituante par Victor Hugo Majano. lepcf. [Suite…]

Venezuela : mesonges des médias et réactions de l’Amérique Latine. lepcf. [Suite…]

Salutations au Parti Communiste du Venezuela - Communiqué du Parti Communiste d'Équateur. [Suite…]

Le PCP salue le peuple vénézuélien pour la défense de la démocratie et de la paix. [Suite…]

Les 10 victoires du Président Maduro, par Ignacio Ramonet. les.crises.fr[Suite…]

23 décembre 2017

Michael Burawoy, être un travailleur américain

« Je voulais comprendre, indique Michael Burawoy, ce que c’était que d’être un travailleur américain, non pas à partir d’enquêtes quantitatives, mais sur la base d’une expérience concrète. J’ai réussi à dégoter un job dans une usine et j’ai commencé mon observation participante. Et la première chose que j’ai remarquée lorsque je suis arrivé sur les lignes de montage, c’était à quel point tout le monde travaillait dur. Alors que toute la littérature scientifique en sociologie des relations industrielles se demandait : pourquoi les gens ne travaillent-ils pas plus? Pourquoi ces travailleurs sont-ils si paresseux ? Pourquoi réduisent-ils leur cadence de production ? J’ai commencé à penser que ce n’était pas la bonne façon d’envisager ces questions. Ça coïncidait aussi avec l’interrogation marxiste classique : comment parvient-on à extraire la plus-value des travailleurs ? Pourquoi les travailleurs collaborent-ils [à leur propre exploitation] ? Et, bien entendu, il y avait une réponse marxiste : par la coercition, la peur… Or je percevais que ce n’était pas ce qui se passait dans l’usine. Donc de là est apparue l’idée de consentement, ce qui m’a conduit à Gramsci et à Poulantzas... »

Reprenons la lecture de l'interwiev de Michael Burawoy...

Michel Peyret


Mouvements des idées et des luttes

 

Grand entretien avec Michael Burawoy

20 décembre 2017

Auteurs

Grand entretien avec Michael Burawoy

Entre marxisme et ethnographie : itinéraire d’un sociologue global

 

Par Sébastien Antoine, Cécile Piret et François Rinschbergh

 

 

Grand entretien avec Michael Burawoy

 

Entre marxisme et ethnographie : itinéraire d’un sociologue global

 

En janvier 2016, Michael Burawoy était l’invité d’une journée d’étude organisée à l’Université libre de Bruxelles (ULB) par un groupe de jeunes chercheur.e.s issu.e.s d’universités belges[1]. En marge de cette journée, nous avons pu nous entretenir avec le sociologue d’origine britannique et enseignant à UC Berkeley en Californie. Au fil de l’entretien, nous revenons sur plusieurs aspects de sa trajectoire académique ainsi que sur ses nombreuses contributions aux sciences sociales. De la Zambie à Berkeley, en passant par Chicago, Michael Burawoy explique comment il s’est affirmé, souvent à contre-courant, en tant que sociologue et ethnographe marxiste. Au moment où la légitimité scientifique et le rôle de la sociologie dans l’espace public sont mis en question en France[2]comme dans de nombreux pays, il nous semble particulièrement opportun de revenir sur la pensée critique et réflexive de Michael Burawoy, et sur sa conception du rôle de la sociologie à l’échelle mondiale, au-delà des singularités nationales.

 

Q : Notre première question porte sur votre expérience à l’Université de Chicago, lieu de naissance de l’approche interactionniste et de la Grounded Theory. Comment y avez-vous survécu en tant que marxiste ?

 

J’étais à Chicago de 1972 à 1976. Je revenais tout juste d’Afrique, de Zambie, où je venais de terminer mon master en anthropologie sociale. Je suis allé à Chicago parce que je pensais que c’était le centre de la théorie du développement, une théorie envers laquelle j’avais été très hostile en Zambie[3]. A Chicago existait un groupe appelé Committee of New Nations – rassemblant des chercheurs comme Clifford Geertz, Edward Shils, Lloyd A. Fallers, Morris Janowitz – très connu à l’époque pour défendre certaines idées liées au développement ou à la modernisation. Mais lorsque je suis arrivé à Chicago, leCommittee for New Nations n’existait plus. Il s’était dissout. Et plus personne n’était intéressé par l’Afrique. J’ai donc décidé d’axer mon travail sociologique sur Chicago, qui comme vous l’avez relevé dans votre question, possède une forte tradition de travaux ethnographiques. Mais lorsque j’y suis arrivé la tradition semblait s’éteindre. Ce qui était beaucoup plus dynamique, en revanche, c’était une approche plus quantitative, avec des gens comme James Coleman, qui est arrivé environ deux ans après moi.

 

 En fait, je ne pense pas que la sociologie de Chicago n’ait jamais vraiment été significative d’un point de vue intellectuel. Elle a toujours été relativement marginale par rapport à d’autres disciplines qui étaient beaucoup plus influentes. Et donc j’arrive là, un peu abasourdi et choqué par la pauvreté intellectuelle de la sociologie de Chicago. Je savais que je n’allais pas particulièrement l’apprécier, mais je n’imaginais pas qu’elle allait être si pauvre. Les forces de Chicago à l’époque en sciences sociales, c’était le département d’anthropologie et le département de science politique. Quoi qu’il en soit, je me présentais déjà comme marxiste en Afrique, et j’ai continué à le faire lorsque je suis arrivé à Chicago. Et j’étais en fait le seul universitaire à me présenter ouvertement comme marxiste à l’époque. Comment ai-je survécu dans un tel contexte intellectuel ? C’est une question intéressante… En premier lieu, je pense que je suis arrivé avec beaucoup de confiance en moi. J’avais mené des recherches en Afrique et quand je suis arrivé aux Etats-Unis, j’avais déjà publié une petite monographie. Ceux qui avaient été mes enseignants en Afrique étaient tous marxistes : un marxiste indien, un marxiste sud-africain, et un marxiste hollandais. On m’avait vraiment “inculqué” le marxisme là-bas : il s’agissait de personnalités au matérialisme très cru. Mais le marxisme était quasiment inconnu à cette époque-là à Chicago. Excepté – et c’est vraiment ça qui m’a sauvé – que j’ai rencontré un politologue, du nom de Adam Przeworski[4], qui est arrivé au même moment que moi. Il m’a fait découvrir les structuralistes marxistes français. Je me rappelle que je me baladais dans la librairie de l’université et que je découvrais des livres comme Lire le Capital d’Althusser et Balibar[5], Poulantzas, Gramsci. Ce sont des auteurs que je n’avais pas étudiés en Afrique. Et j’ai pensé : « Wow, c’est impressionnant ! ». Przeworski organisait un séminaire fantastique où tout le monde voulait participer ! Parce que, bien entendu, il y avait quand même quelques marxistes sur le campus. Il ne permettait qu’à une quinzaine de personnes d’y assister, mais c’était des gens incroyables. Donc alors qu’au début de ma deuxième année de thèse j’étais prêt à abandonner l’université, rencontrer Adam Przeworski m’a vraiment sauvé intellectuellement.

 

Quant à la personne qui m’a protégé et défendu au sein du département, c’était William Julius Wilson, un sociologue afro-américain devenu très célèbre pour son livre The Declining Significance of Race[6]. En résumé, il soulignait l’importance croissante de la question de la classe parmi les Afro-Américains. Il l’a intitulé The Declining Significance of Race, ce qui lui a valu beaucoup de problèmes ! Mais c’est aussi ce qui l’a rendu extrêmement célèbre. On discutait beaucoup ensemble, parce que depuis mon passage en Afrique du Sud j’étudiais des objets liés aux questions de race et de classe. On avait donc beaucoup de choses en commun, et il m’a protégé de tous les universitaires trop agressifs. Ce soutien intellectuel m’a sauvé, tout comme celui des anthropologues.

 

Dès cette époque, j’ai commencé à publier dans des revues mainstream. J’ai réussi à publier des articles dans la British Journal of Sociology, sur la recherche que j’avais faite en Afrique sur les étudiants zambiens. Et puis je suis parvenu – et c’est une chose qui serait très difficile aujourd’hui – à publier une analyse marxiste sur les travailleurs immigrés dans l’American Journal of Sociology. C’était un article comparatif sur le travail des immigrés en Californie et en Afrique du Sud et, étonnamment, il a été publié ! Incroyable ! Mais, vous savez, je ne semblais pas constituer un danger. J’étais juste un marxiste isolé et la plupart des gens pensait que j’étais fou. Malgré tout, suffisamment de personnes ont tout de même considéré que j’avais quelque chose à dire. L’éditeur de la revue appréciait mon travail, parce qu’il pressentait qu’une certaine résurgence marxiste était, lentement mais sûrement, en train de se produire. Et bien entendu, Chicago était très en retard par rapport à tout ça. Dans des universités comme Berkeley, les étudiants inscrits en doctorat avaient constitué des cercles de réflexion marxistes. Tout le monde était marxiste là-bas. Après 68, dans les années 1972-1976, des gens comme Fred Block ou Erik Olin Wright étaient doctorants à Berkeley. Berkeley et Wisconsin, c’étaient vraiment les deux endroits où il y avait la plus forte concentration marxiste. Et Chicago était bien entendu plus conservatrice que ces universités-là. Bref, j’ai survécu parce que j’étais publié dans des revues mainstream. Mais avec une approche marxiste, ce qui serait un peu plus difficile aujourd’hui. Mais à l’époque, c’était novateur. C’était totalement nouveau de faire des travaux empiriques marxistes, avec un cadre d’analyse si original.

 

Q : Est-ce en découvrant tous ces marxistes structuralistes français que vous avez construit votre projet de thèse ?

 

Mon projet de doctorat était, comme je l’ai dit, de m’attaquer aux sociologues de Chicago sur leur propre terrain, c’est-à-dire l’étude de Chicago. Et à l’époque personne n’étudiait les lieux de travail. Je voulais comprendre ce que c’était que d’être un travailleur américain, non pas à partir d’enquêtes quantitatives, mais sur la base d’une expérience concrète. J’ai réussi à dégoter un job dans une usine et j’ai commencé mon observation participante. Et la première chose que j’ai remarquée lorsque je suis arrivé sur les lignes de montage, c’était à quel point tout le monde travaillait dur. Alors que toute la littérature scientifique en sociologie des relations industrielles se demandait : pourquoi les gens ne travaillent-ils pas plus? Pourquoi ces travailleurs sont-ils si paresseux ? Pourquoi réduisent-ils leur cadence de production ? J’ai commencé à penser que ce n’était pas la bonne façon d’envisager ces questions. Ça coïncidait aussi avec l’interrogation marxiste classique : comment parvient-on à extraire la plus-value des travailleurs ? Pourquoi les travailleurs collaborent-ils [à leur propre exploitation] ? Et, bien entendu, il y avait une réponse marxiste : par la coercition, la peur… Or je percevais que ce n’était pas ce qui se passait dans l’usine. Donc de là est apparue l’idée de consentement, ce qui m’a conduit à Gramsci et à Poulantzas. Au fond, j’ai mobilisé tous ces structuralistes français qui parlaient de l’État, de la société civile… Je les ai fait débarquer dans l’usine. Et c’était ça l’originalité de mon travail. C’était de voir une politique de la production ; de voir la théorie de l’État de Poulantzas opérer comme un “État interne” dans l’usine.

 

Q : Nous parlions de Michel Foucault avant de commencer l’interview : nous nous demandions pourquoi vous ne le mobilisez pas vraiment dans votre livre Manufacturing Consent[7].

 

Je n’avais pas beaucoup lu Foucault à l’époque. Si je l’avais lu, j’aurais peut-être été un peu plus subtil à propos de tout ça… Dans Politics of Production[8], il est plus présent. Mais l’essentiel c’est que Poulantzas répondait déjà à Foucault. Donc en quelque sorte, je répondais à Foucault par l’intermédiaire de Poulantzas. Dans son dernier livre, L’État, le pouvoir, le socialisme[9], il ciblait clairement Foucault, et notamment le fait qu’il y ait du politique en dehors de l’État… Je suis passé par un chemin différent, mais pour arriver à la même conclusion. En fait, j’étais inspiré par Gramsci qui défend, dans Américanisme et fordisme[10], qu’aux États-Unis le consentement est organisé dans la production. Mais il n’explique absolument pas ce que ça peut bien vouloir dire. Donc, c’était ça tout l’enjeu de ma thèse. Finalement, de mon point de vue, Gramsci avait été injustement attaqué par les structuralistes français qui l’accusaient de défendre une vision téléologique et d’être historiciste, tout en s’attribuant ses meilleures idées. Tout ça a complètement restructuré ma perspective intellectuelle. Parce que le marxisme que j’avais appris en Afrique était profondément différent. C’était un marxisme beaucoup plus matérialiste, qui s’intéressait essentiellement à l’articulation entre classe et race. Je n’avais aucune idée de tout ça… la théorie de l’État par exemple. Je n’en savais pratiquement rien. J’avais fait toute une série de remarques intéressantes sur l’État zambien lorsque je faisais ma recherche là-bas, mais je n’avais pas de théorie de l’État. C’est ce que j’ai découvert grâce à Przeworski.

 

Q : Et de Chicago vous êtes parti pour l’université de Berkeley…

 

Oui, c’est en fait le fruit d’une série d’accidents. Je me souviens qu’en 1974 le congrès annuel de l’American Sociological Association avait lieu à San Francisco. J’en ai profité pour visiter Berkeley. Je suis allé dans les librairies et je ne pouvais pas en croire mes yeux en découvrant les livres que les gens lisaient ! Je me suis demandé : « qu’est-ce que je suis en train de faire à Chicago alors que là… » Mon rêve était vraiment de venir à Berkeley. La manière dont c’est arrivé est une histoire compliquée. Je suis arrivé sur le marché [américain] de l’emploi [académique] comme un marxiste, de l’Université de Chicago. C’était – et c’est toujours – une combinaison très étrange. Et j’avais pas mal de publications ! Dans des grandes revues. À l’époque, les doctorants n’avaient pas de publications dans l’American Journal of Sociology ou dans la British Journal of Sociology. J’ai donc eu beaucoup d’entretiens d’embauche. Mais Berkeley, parce que c’était un bastion de doctorants marxistes, était fortement divisé entre la gauche et la droite. Et les gars de droite, dès qu’ils ont vu ma candidature, ils ont essayé de la détruire. J’avais postulé à un poste de sociologie comparative en m’appuyant sur mon expérience en Afrique, et pour eux, c’était des absurdités marxistes. Erik Olin Wright, qui était doctorant là-bas, m’appelle alors pour me dire : « Michael, tu as des ennuis, il y a une lettre de recommandation dans ton dossier, d’un gars nommé Edward Shils… »

 

C’est un sociologue de Chicago, très célèbre, qui avait écrit une lettre infâme[11]à propos de mon parcours, expliquant à quel point j’étais une personne sectaire et dangereuse, qui ne devait surtout jamais être embauchée [dans une université], et en particulier dans un lieu comme Berkeley. Ça a forcément attiré l’attention sur mon cas un peu partout. Lorsque je suis allé à un entretien à UCLA, à Los Angeles, Erik m’a dit : « Viens nous rendre visite ». Je ne l’avais jamais rencontré. Donc il m’a invité à Berkeley et a organisé un entretien informel avec des membres du département très favorables [à ma candidature] – la gauche – et les doctorants. J’ai eu ensuite toute une série de propositions d’embauche, et puis il y a eu une sorte d’imbroglio à Berkeley. La personne qui était pressentie pour le poste n’était pas parvenue à faire un bon speech. Ça a créé une certaine confusion et ils ont fini par avancer mon nom. Et on m’a offert le poste sans même un entretien d’embauche formel, ce qui ne pourrait jamais arriver aujourd’hui.

 

Quand je suis arrivé, j’ai dit : « Très bien, je prends le poste, mais je veux un entretien ». Je n’en avais pas eu, je voulais faire un speech. La salle était bondée : il n’y avait pas officiellement de marxistes [à Berkeley]. Il y avait des gens de gauche, mais pas de marxistes, pas de jeunes marxistes. Et je savais que la droite du département était furieuse à propos de ce qui s’était passé. C’est là que ma carrière a commencé… C’était un début très compliqué, mais j’ai eu le poste ! Et je suis toujours là ! [Rires]

 

Q : Malgré ces débuts rocambolesques, comment êtes-vous malgré tout parvenu à devenir président de l’American Sociological Association[12] puis de l’International Sociological Association ?

 

L’American Sociological Association (ASA) est probablement, du moins aux yeux des Américains, la plus prestigieuse. L’ASA est bien plus grande que l’International Sociological Association (ISA). Mes collègues n’ont jamais porté beaucoup d’intérêt à l’international… Ils pensaient que les Etats-Unis était l’international, point. Cela ne m’a jamais tellement intéressé de m’investir dans ces grandes associations professionnelles.  Mais un jour mes amis m’ont demandé de poser ma candidature à l’ASA. J’ai donc postulé pour le comité éditorial et malheureusement j’ai été élu [Rires] et donc je suis devenu membre du comité. Ensuite, j’ai été très engagé dans une autre histoire très politique. Il y a eu un mouvement au sein du comité éditorial pour renouveler les éditeurs de l’American Sociological Review dans une perspective plus critique, plus radicale. Trois candidats postulaient pour le comité de rédaction et l’un d’entre eux était un Afro-Américain. Nous pensions que c’était une bonne chose pour le comité, mais le conseil de l’ASA a rejeté la décision en affirmant que le type n’était pas suffisamment compétent. Je ne pouvais pas y croire.

 

Alors j’ai décidé d’en faire un problème public. Je n’avais rien à perdre puisque je n’étais pas plus intéressé que ça dans l’ASA. J’ai fait tout un foin de ce retournement de décision… Beaucoup de personnes ont dit que cette décision était raciste, mais ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai juste avancé que cette décision était antidémocratique. C’est devenu un conflit énorme parmi les sociologues aux Etats-Unis et je n’avais aucune idée de ce que j’étais en train de faire. Mais il y avait beaucoup d’hostilité à l’encontre du conseil. Suite à cela je suis devenu une sorte de figure symbolique d’opposition au conseil. Si bien qu’on m’a proposé le poste de président et, étonnamment, j’ai été élu. Je n’avais pas du tout envisagé cette possibilité.

 

C’est à ce moment-là que le projet de sociologie publique a vraiment démarré. Je l’ai développé dans mon département, car je pensais que beaucoup de mes collègues étaient de grands sociologues publics. Alors quand je suis devenu président de l’ASA de manière inattendue, j’ai proposé deux choses : une sociologie publique et une sociologie globale, pour provincialiser la sociologie américaine. Ils devaient reconnaître que la sociologie américaine était une sociologie particulière et non universelle.

 

Ce projet a été, je ne dirais pas fructueux, mais controversé, et donc il a généré beaucoup de débats intéressants. Les conférences qui eurent lieu ont été très suivies, car les chercheurs étaient stimulés par cette idée que la sociologie pouvait intervenir dans la sphère publique. Ce n’était pas une position conventionnelle au sein de l’ASA à l’époque.

 

Ensuite, je suis retourné en Afrique du Sud après la fin du boycott. Durant l’une de mes visites, j’ai rencontré une femme nommée Sujata Patel qui était vice-présidente de l’International Sociological Association (ISA) et qui m’a proposé de postuler. Je n’étais plus du tout actif dans l’ASA et je n’avais rien d’autre à faire ! Je suis donc devenu vice-président pour le comité National Association, lui succédant. C’est ensuite que je suis devenu président.

 

Je me suis alors intéressé à ce que pourrait signifier globaliser, internationaliser la sociologie. Et j’ai fait ça pendant 8 ans, jusqu’à la fin de mon mandat, en 2014. Et je suis toujours, bien évidemment, très impliqué pour défendre une perspective plus globale en sociologie.

 

Q : Selon vous, où en sommes-nous aujourd’hui avec le projet de « sociologie globale » que vous défendiez ?

 

Ma contribution a toujours été très minimale. En réalité, c’était un projet bien plus difficile que celui de sociologie publique. Disons les choses de cette façon : il y a eu un débat au sein de l’ISA et au-delà concernant la nature des dimensions globales de la sociologie. Il y a, d’un côté, ceux qui disent qu’il n’y a qu’une seule sociologie, une sociologie singulière à laquelle différentes zones géographiques peuvent contribuer, mais qu’au fond il n’existe qu’une seule sociologie. Le danger de cette conception, c’est que cette sociologie universelle s’avère finalement être la sociologie française ou américaine par exemple. C’est le risque d’universalisation d’une sociologie nationale.

 

D’un autre côté, il y a ceux qui s’opposent à l’idée qu’il n’y aurait qu’une seule sociologie et qui défendent l’existence de sociologies multiples ; que chaque pays possède sa propre sociologie nationale. Et ils vont avancer l’argument qu’il existe un terrain pour la sociologie globale, mais que certaines sociologies nationales dominent le monde : la sociologie française, américaine, allemande… Et il y a également une très intéressante sociologie latino-américaine, comme alternative à ces traditions là…

 

Cela me semble être un débat intéressant : est-ce qu’il y a une ou plusieurs sociologies ? Et quelles sont les caractéristiques du champ de cette sociologie globale ? Comment faudrait-il la cartographier, la présenter, l’articuler ?

 

Le fait que la sociologie soit devenue globale est dans une certaine mesure assez problématique. Son potentiel est immense en tant que discipline globale, reconnaissant ses particularités nationales, mais c’est aussi problématique parce que le monde est de plus en plus organisé de manière hiérarchique avec les grandes universités dans la plupart des pays qui cherchent à être reconnues comme des universités de rang mondial, à travers le classement de Shanghai, etc..

 

En fait, cette histoire de classement c’est une construction des Chinois ! Ils ont initié le système de classement parce qu’ils voulaient hisser leurs propres universités au rang des grandes universités. Et quelles sont les grandes universités selon eux ? Yale, Harvard, Princeton, Cornell, Columbia…. Ils ont alors développé un système d’évaluation qui a poussé ces universités en haut du classement en imposant des critères comme le nombre de prix Nobel, le nombre de publications, le nombre de médailles, etc. Et progressivement les autres pays ont commencé à utiliser le même système de classement et les mêmes indicateurs. C’est vraiment ridicule pour la plupart des pays du monde, pour la plupart des universités ! Vous savez, Harvard a une dotation de 35 milliards de dollars, soit le budget d’un pays de taille moyenne ! C’est impossible de concurrencer ça ! C’est ridicule de se situer sur ce genre d’échelle !

 

Ce système de classement est très dangereux pour la sociologie, parce que cela signifie que les Etats-Unis vont toujours dominer. Du coup, les sociologues en Indonésie vont tenter d’écrire en anglais pour des revues anglophonesCela sort ces sociologues de leur contexte local. C’est la même situation en Afrique du Sud et probablement aussi en Europe, où les gens doivent commencer à écrire [en anglais]. Vous savez, quand je suis en France, toutes les pointures de la sociologie française viennent me demander : comment vais-je parvenir à publier mes articles en anglais ? Certains des plus grands sociologues français sont préoccupés par ça. Tout ça ne va pas dans le bon sens. Et, bien entendu, nous devons lutter contre ça.

 

Il existe certains arguments pour dire que la sociologie étasunienne est plus développée, mais évaluer et orienter toutes les recherches face à ce genre de critères est extrêmement problématique. Donc il faut y résister. Mais ce que je veux dire c’est que les sociologues américains ne sont pas de mauvaises personnes, ce ne sont pas des conspirateurs, ils sont juste ignorants. Ils ne se rendent même pas compte de l’impact de leurs travaux sur le reste du monde. C’est exactement ce que Bourdieu a appelé la distinction. Ce n’est pas de l’hégémonie, dans laquelle il y a une relation négociée, c’est de la distinction. Ils se pensent supérieurs et ne comprennent pas les implications de ce dans quoi ils sont impliqués… bon mais c’est mon côté antiaméricain qui ressort ! [Rires]

 

Q : Et que pensez-vous de la tradition sociologique française et de la forte influence de la sociologie inductive ? Que diriez-vous de la situation actuelle, sachant que votre livre Manufacturing Consent n’a été traduit que 40 ans après sa publication originale en anglais[13]?

 

Ce qui est vraiment étrange avec Produire le consentement, c’est qu’il a été construit sur la base de ce marxisme structuraliste français. Quiconque connaît un peu cette tradition théorique le voit tout de suite à la lecture du livre ! C’est donc très étrange qu’il n’ait pas pénétré le monde francophone plus tôt. Mais pour moi, c’est un accident de l’histoire que mon livre ait finalement été traduit. Je ne pense vraiment pas que cela ait une quelconque signification. En fait, ce qui m’a toujours paru très étrange, au regard de mes propres travaux, c’est que les Français semblent adorer la sociologie de Chicago[14]. Howard Becker est un dieu en France ! Et pour moi c’est très étrange, car j’associe la France au marxisme structuraliste, ce qui est antithétique avec la Grounded Theory. Vous savez, quand j’ai commencé mon étude dans une usine de Chicago, il s’est avéré que j’étais en train de réaliser par hasard une revisite de l’étude menée par Donald Roy. Donald Roy est un ethnographe remarquable, mais un ethnographe de l’école de Chicago, qui avait une perspective théorique très limitée. Son travail (Un sociologue à l’usine)[15] a été traduit en français bien avant queProduire le consentement ne le soit ! C’est parce qu’il représentait cette tradition de Chicago, que j’ai explicitement rejetée et réfutée. Réfutée est sans doute trop fort, mais que j’ai rejetée. Tout le principe de « l’étude de cas élargie »[16] peut être vu comme une critique explicite de la Grounded Theory[17]. Donc pour moi, cet engouement pour la sociologie de Chicago est un mystère complet. La sociologie de Chicago est morte aux Etats-Unis. Mais elle est en train d’être revitalisée par une série de sociologues français. C’est un monde très polarisé : d’un côté vous avez des sociologues qui sont extrêmement sophistiqués d’un point de vue théorique – tout le contraire de la Grounded Theory – qui ont un impact très important intellectuellement et politiquement, comme Touraine ou Bourdieu ; et de l’autre, il y a des sociologues « normaux », comme moi, qui ont en effet une perspective plus inductiviste. Mais vous savez, Bourdieu est le théoricien de notre temps, que ça plaise ou non. Il est le point de référence, comme théoricien, et particulièrement aux Etats-Unis. Touraine l’a quant à lui peut-être été, et peut-être qu’il l’est encore en Amérique latine, mais Bourdieu surpasse tout le monde.

 

Q : Plus que Foucault ?

 

C’est une question très intéressante. Je pense que parmi les sociologues, oui. Parce ce que ce qui est intéressant avec Bourdieu, c’est qu’il a toujours mené un travail empirique et qu’il a théorisé en allant sur le terrain. Ce n’était pas un théoricien « pur ». Et le fait qu’il ait toujours fait du travail de terrain est très important pour les sociologues. Tandis que le travail empirique de Foucault est un peu plus étrange d’un point de vue sociologique. Foucault est beaucoup plus sélectif dans son travail empirique. Donc oui, je pense qu’il a eu plus d’influence que Foucault. Peut-être qu’à la rigueur Foucault a eu plus d’influence globalement, mais parmi les sociologues, Bourdieu est clairement la référence.

 

Aussi, ce qui est significatif à propos de Bourdieu, c’est qu’il a élaboré ses propres travaux à partir de penseurs comme Marx, Weber et Durkheim. Il n’en parle jamais vraiment, ou rarement. Mais qu’il s’en rende compte ou non, il est clairement en dialogue[18] avec chacun d’eux. Il construit une synthèse vraiment intéressante et originale à partir de leurs apports. Donc il est possible de retrouver le fil de la tradition sociologique dans son travail de théorisation.

 

Q : Ce qui est très intéressant dans votre démarche, c’est que vous valorisez fortement le travail empirique, le terrain, et que « l’étude de cas élargie » repose entièrement sur ce principe. Et en même temps, vous démarrez avec un questionnement théorique, mais dans le but de mettre votre théorie à l’épreuve d’un terrain empirique et d’actualiser votre grille de lecture. Dans la sociologie francophone, du moins dans celle qui nous a été enseignée en tant qu’anciens étudiants belges francophones, c’est plutôt un travail inductif qui est valorisé et qui prescrit d’aller dans le sens opposé : partir de l’empirie, non pas pour mettre une théorie à l’épreuve et l’enrichir, ou « la reconstruire » comme vous le dites, mais pour construire une « théorie » ou plus exactement, pour construire une généralisation à partir de cas particuliers censés être « représentatifs »[19].

 

C’est ce qui est vraiment intéressant avec ces approches si divergentes dans la sociologie française : les « grands théoriciens » d’un côté et les « empiristes » de l’autre. Bien sûr [ça ne date pas d’hier et] vous retrouvez une divergence similaire dans la sociologie étasunienne des années 1950[20]. La Grounded Theory était une réponse au structuro-fonctionnalisme, c’est-à-dire à l’idée que la théorie sort de la tête de Talcott Parsons[21]. Les partisans de la Grounded Theory disaient « non, la théorie vient du terrain ». Pour moi, ce sont deux positions tout aussi ridicules, mais ce sont des positions politiques. Il faudrait garder à l’esprit que la Grounded Theory a été, à un moment de l’histoire de la sociologie, une réaction au structuro-fonctionnalisme [la « suprême théorie » critiquée par C. W. Mills]. Mais cette réponse empiriste ne devrait plus perdurer : aujourd’hui, plus personne ne croit dans le structuro-fonctionnalisme ! La raison d’être de la Grounded Theory s’est donc évaporée. Or, cette approche continue à perdurer, et dans une certaine mesure, aux Etats-Unis aussi.

 

Quand j’ai commencé à faire de l’ethnographie, et plus tard, quand je suis arrivé à Berkeley, les doctorants, qui étaient tous marxistes, m’ont dit : « Tu ne peux pas être un ethnographe si tu es marxiste ! ». Parce qu’ils pensaient que l’ethnographie ne pouvait signifier que la Grounded Theory. « Les marxistes font de grandes études macro-historiques et ça, c’est de la foutue ethnographie ! Tu ne peux pas faire les deux, c’est impossible ! » me disaient-ils… Ils étaient très perturbés par mon approche. Mais aujourd’hui, c’est une tout autre histoire. Tout le monde accepte l’idée que l’on peut être à la fois ethnographe et marxiste et que, par la théorie, il est possible de lier l’analyse micro et macrosociologique.

 

La suite de l’histoire aux Etats-Unis, c’est quand je suis allé dans le Wisconsin. Je ne pensais pas que j’allais parvenir à obtenir ma tenure[22] à Berkeley donc j’ai pris un poste à l’Université du Wisconsin pour un an, de 1984 à 1985. Là-bas, ils faisaient de la sociologie quantitative. Ils n’avaient aucune idée de ce qu’était l’ethnographie. C’était un énorme département de 40 ou 50 personnes et aucun ne savait vraiment ce que c’était de faire de l’ethnographie ! Il y avait bien un spécialiste de l’analyse de discours, dans la veine de l’ethnométhodologie, mais nul ne prenait vraiment cette personne au sérieux. Donc j’ai donné deux cours quand j’étais là-bas : un sur l’histoire du marxisme et un autre sur l’ethnographie, et les étudiant.e.s m’ont dit « Okay, Burawoy est marxiste, donc sa méthode doit être marxiste, et dès lors, c’est que l’ethnographie doit être la méthode marxiste ! » Une perspective complètement opposée à celle de Chicago ! C’était une libération car un certain nombre d’entre elles et eux étaient fatigué.e.s de ce « marxisme de régression multiple », la méthode statistique enseignée par Erik Olin Wright. Il utilisait les méthodes de la sociologie mainstream pour développer la théorie marxiste et le concept de classe sociale[23]. Certain.e.s étudiant.e.s [doutaient de la puissance heuristique de sa méthode] et ils se sont dit « Burawoy a la réponse : l’ethnographie est la méthode marxiste ! » Mais aujourd’hui, tout le monde peut comprendre que l’on peut utiliser l’ethnographie dans un travail de comparaison macro-historique, qu’elle peut être utilisée [pour enrichir la théorie] et qu’elle n’a pas besoin de rester collée au terrain. Je pense que les choses se sont beaucoup détendues au cours des trente dernières années, en partie grâce aux étudiant.e.s qui sont sorti.e.s de Berkeley.

 

Q : Vous avez mentionné les implications politiques de la Grounded Theory ou de l’ethnographie… Donc la méthode a des implications politiques selon vous ?

 

Les méthodes se développent dans un contexte politique, dans un champ politique si vous voulez. La Grounded Theory s’est développée comme manière de faire de la recherche en réponse au structuro-fonctionnalisme de la côte Est, qui était devenu dominant au Etats-Unis dans les années 1950 et 1960. Donc oui, la méthode a une signification politique, mais dans un sens disciplinaire. Maintenant, ce que vous me demandez, c’est si elle a des implications politiques avec un grand « P » c’est ça ? Dans un sens plus large… C’est une question plus compliquée je pense… Je dirais – et je dis ça du point de vue marxiste qui est le mien – que la Grounded Theory estime que l’expérience vécue et que les théories que les gens ont spontanément dans la tête, leur sens commun, ont une part de vérité, qu’il est difficile d’aller au-delà de la vérité de l’informateur et [que la seule manière de monter en généralité] est d’inférer de la théorie à partir d’observations de terrain. Mon argument est de dire que la théorie et les concepts scientifiques sont un élément préalable essentiel pour tout projet de recherche. Les adeptes de la théorie ancrée pensent qu’il est possible d’aller sur le terrain et d’effacer de sa tête, ou du moins essayer d’effacer, toute théorie préexistante et que cela devrait vous permettre de voir le monde tel qu’il est. Je pense que c’est une conception profondément erronée de la philosophie des sciences. Je pourrais passer le reste de ma vie à décrire la pièce où l’on se trouve, mais si je n’ai pas de focale particulière, pas de focale pour lire le monde, je serais incapable de savoir par où commencer. Je pense qu’on a toujours besoin d’un cadre théorique pour faire de l’ethnographie, et ce parce que le monde est complexe. La question est bien sûr de savoir quel cadre théorique vous mobilisez. Vous pouvez avoir un cadre marxiste, wébérien, durkheimien, etc. Mais il vous faut un cadre ! Donc pour moi la méthode n’a pas de conséquence politique directe parce que l’on peut mobiliser différentes théories qui elles, ont des fondations politiques différentes. Je ne pense pas qu’il y ait nécessairement une connexion entre la méthodologie et la politique. Mais quoi qu’il en soit, la Grounded Theory est une perspective impossible. Elle suppose que tout le monde peut observer le monde et générer ses propres théories à partir de rien. Dans cette perspective, chacun de vous trois pourrait faire ce travail [d’observation de la pièce où nous sommes] et ne pas arriver à un même résultat. Il n’y a pas d’accumulation théorique, pas de d’accumulation de savoir. Tout le monde démarre de rien. Et tout le monde réinvente la roue ! Dans sa forme pure, [la Grounded Theory] ne fait aucun sens ! Mais elle a fait sens, politiquement, dans le contexte des Etats-Unis des années 1960. Nous vivons dans un monde où il existe des théories qui nous préexistent, que nous avons développées, et que nous emmenons avec nous quand nous allons sur le terrain.

 

Q : Et est-ce qu’on pourrait dire qu’en utilisant la Grounded Theory de cette manière, il devient beaucoup plus compliqué de parler des macro-forces sociales qui traversent le terrain d’enquête et par là, de pointer « les fondations macro (sociales) de la micro-sociologie »[24] à travers l’analyse ? Elles ne se « voient » pas directement sur le terrain à l’œil nu, sans lunettes théoriques…

 

C’est juste, et c’est d’ailleurs mon autre critique. Les meilleurs théoriciens ancrés – comme par exemple Erving Goffman qui est probablement le plus brillant d’entre eux – procèdent en mettant en suspension le contexte macro-social et historique. Fondamentalement, Goffman observe différentes micro-situations et développe des abstractions à partir de celles-ci, au sujet des stigmates, de la manière dont les gens se comportent dans l’espace public, ou de comment ils se comprennent eux-mêmes et comprennent les autres, etc. Mais il n’est pas capable de penser en termes macros. Quand on est dans le micro, comment parler du macro ? C’est très difficile. A moins d’avoir une perspective théorique qui permette de comprendre cette relation. Et le seul fait d’avoir une perspective théorique ne signifie pas que vous n’allez faire que renforcer celle-ci. Vous verrez le monde à travers une focale particulière, ensuite, [parce que le monde ne colle jamais tout à fait aux théories élaborées pour le comprendre,] vous serez surpris [par les « anomalies » que vous rencontrerez sur le terrain] et enfin, vous travaillerez à reconstruire cette perspective théorique. Ça, c’est la suite du job, la reconstruction théorique. Bien sûr, j’ai 30 ou 40 ans de polémique avec laGrounded Theory derrière moi et ma réponse vous semblera peut-être assez évasive… Mais franchement, plus personne ne croit vraiment encore à laGrounded Theory. Sauf peut-être quelques chercheurs francophones… Je ne sais pas (Rires). Mais peut-être que les partisans de la Grounded Theory en France sont en train de mener leur propre combat, contre les bourdieusiens… C’est une stratégie politique, mais à mes yeux, ça n’a pas beaucoup de sens sur le plan philosophique.

 

Q : Pourtant notre génération a été éduquée avec cette perspective inductiviste…

 

Mais la philosophie des sciences et la sociologie des sciences nous ont mis en garde contre ce non-sens, non ? Il faut lire les classiques de la philosophie des sciences, Popper… Lakatos est peut-être déjà un peu plus compliqué, mais Karl Popper, il est très clair ![25] Je pense que la sociologie a été trompée par une vision positiviste de la science que les philosophes ont abandonnée depuis longtemps !

 

Q : Pour conclure l’interview, nous voudrions vous demander quels sont les principaux défis auxquels les sciences sociales devraient s’attaquer selon vous ? Vous paraissez avoir toujours été aux bons endroits aux bons moments pour voir les grandes transformations du 20e siècle, et aujourd’hui, considérant le monde inégal[26] dans lequel nous vivons, quelles seraient les grandes transformations auxquelles vous vous intéresseriez ?

 

Vous avez sans doute raison, j’ai pu observer quelques transitions importantes… Enfin, j’étais en Zambie au moment de la transition postcoloniale[27] et ensuite, j’ai fait un travail de terrain en Hongrie et en Russie post-Union soviétique[28]. Je pense que j’ai pu faire quelque chose d’intéressant sur la transition postcoloniale, mais l’étude en Hongrie et en Russie… En réalité, au fur et à mesure que la transition s’approfondissait, je me suis rendu compte que je ne parvenais pas à comprendre ce qui était en train de se passer. J’ai dû laisser derrière moi pas mal de mon marxisme – qui avait toujours été très focalisé sur « la production » – parce que le cœur du problème n’était plus une question de production. Le monde était dirigé depuis le domaine de l’échange, et pas depuis celui de la production. Que ce soit la finance ou le commerce, c’était le domaine de l’échange qui comptait. Et c’est pour ça que j’ai commencé à m’intéresser de près au travail de Karl Polanyi, qui était déjà parvenu à cette conclusion depuis longtemps[29], et que j’avais en quelque sorte rejeté trente ou quarante ans plus tôt, parce qu’il ne cadrait pas avec ma conception du marxisme à cette époque. Mais à partir du moment où j’étais là, sur le terrain, en Russie postsoviétique, au début des années 1990 et que j’ai vu d’un côté cet incroyable déclin de l’économie [soviétique] – d’une ampleur qui n’avait jamais été observée en temps de paix – et de l’autre, la croissance de l’économie chinoise – dans une direction opposée – le marxisme que je connaissais ne collait simplement plus à ce que je voyais ! Je suis alors devenu obsédé – et je le suis toujours – par Polanyi et je pense que son idée de la « troisième vague de marchandisation » est le phénomène que – en tant que sociologues et chercheurs en sciences sociales – nous devons étudier. Bien sûr, en suivant cette perspective, l’enjeu est ce que Polanyi appelle les « contre-mouvements ». Polanyi semble supposer qu’il existe toujours un contre-mouvement, mais ce n’est pas clair… Il y a des mouvements et, [par l’analyse,] nous attirons l’attention sur ces mouvements, qui peuvent être vus comme des réponses à l’expansion de la marchandisation dans les sphères du travail, de la nature, de l’argent, et dans quelque chose dont Polanyi ne parle pas : le savoir. Il existe des mouvements contre l’expansion de la marchandisation, mais ils ne sont pas nécessairement cohérents, ils ne remettent pas nécessairement en cause la marchandisation, et peuvent même finir par approfondir la marchandisation à plus long terme. Cela me semble être la grande question de notre temps. Comment peut-on réfléchir aux contre-mouvements face à la marchandisation ? Une des grandes questions de notre temps est celle des inégalités à l’échelle globale, et vous pouvez l’aborder à travers une perspective polanyienne, à travers « la marchandisation du travail ». Un autre grand problème actuel est celui de la montée de la finance. Vous pouvez l’aborder à travers « la marchandisation de l’argent ». Un troisième grand problème est celui du changement climatique, qui a quelque chose à voir, potentiellement du moins, avec « la marchandisation de la nature ». [La question est alors de savoir] comment protéger la nature face à l’expansion de l’économie. C’est ce qui me conduit à la conférence que je vais donner aujourd’hui au sujet de l’université[30], de la marchandisation de la production et de la dissémination du savoir et, plus précisément, de la transformation de l’université au centre de ces processus. L’université a le potentiel de résoudre bon nombre de problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui dans le monde, mais elle est elle-même soumise à des processus similaires. Mon avis est que nous devons défendre l’université en tant qu’espace producteur de savoir critique et je pense que les sociologues occupent la meilleure position pour un tel travail. Le problème est que la sociologie – précisément parce que ses fondements sont antithétiques à la « troisième vague de marchandisation » – est en recul et qu’elle est elle-même dans une position assez faible. Certaines personnes disent que nous devrions passer de « la sociologie » aux « sciences sociales ». Je dis non ! Nous défendons la sociologie, contre la science politique et contre l’économie parce que, [même s’il existe bien sûr des politologues et économistes dissidents], ces disciplines sont en quelque sorte chargées de défendre l’idéologie promouvant l’expansion de la marchandisation. Je pense que nous devons défendre les fondements de la sociologie qui ont toujours été anti-utilitaristes. Pour moi, c’est le grand défi auquel font face les sociologues aujourd’hui !

 

Propos recueillis et traduits par Sébastien Antoine, Cécile Piret et François Rinschbergh[31]

 

[1] Ce workshop, qui a clôturé un séminaire de lecture centré sur différentes contributions de Burawoy, était organisé et animé par Sébastien Antoine (LAAP-UCL) ; Corentin Chanet (METICES-ULB) ; Cécile Piret (METICES-ULB) ; François Rinschbergh (CES-USL-B/Sasha-ULB) ; Allan Souza Queiroz (CST-UGent) et Fanny Vrydagh (CEVIPOL-ULB).

 

[2] Pour une approche de la controverse, voir le débat entre Gérald Bronner et Cyril Lemieux organisé par Xavier de la Porte, « La sociologie est-elle dépassée ? », L’obs, 2760, 28/09/2017.

 

[3] Voir notamment : M. Burawoy, « Another look at the mineworker », African Social Research, n°14, 1972.

 

[4] Adam Przeworski est un politologue d’origine polonaise qui a enseigné à Chicago. Il est connu pour ses travaux sur le développement de la sociale-démocratie dans la première moitié du 20e siècle. Voir notamment : A. Przeworski, Capitalism and Social Democracy, New York, Cambridge University Press, 1985.

 

[5] L. Althusser, E. Balibar, B. Brewster, and G. Cinamon, Reading ‘Capital’, Londres : NLB, 1972.

 

[6] W. J. Wilson, The Declining Significance of Race : Blacks and Changing American Institutions , Chicago, The University of Chicago Press, 1978.

 

[7] Ouvrage tiré de sa thèse de doctorat. M. Burawoy, Manufacturing Consent : changes in the labor process under monopoly capitalism, Chicago (IL) : University of Chicago Press, 1979.

 

[8] M. Burawoy, The Politics of Production, Londres, Verso, 1985.

 

[9] N. Poulantzas, L’État, le pouvoir, le socialisme, Paris, Les Prairies ordinaires, 2013.

 

[10] A. Gramsci, « Américanisme et fordisme » Cahiers de prisons n°5, 1934, disponible sur www.marxists.org/francais/gramsci/intell/intell5.htm

 

[11] Des extraits de la lettre ont été publiés dans : M. Burawoy, « Antinomian Marxist » in A. Sica, S. Turner, The Disobedient Generation, Chicago, University of Chicago Press, 2005 : p. 48-71.

 

[12] Son allocution d’entrée en fonction de la présidence de l’ASA en 2004 a été traduite en 12 langues. Le texte « Pour la sociologie publique » est disponible ici:http://burawoy.berkeley.edu/PS.Webpage/ps.papers.htm

 

[13] M. Burawoy, Produire le consentement, Paris, La Ville Brûle, 2015. (Traduction française par Q. Ravelli).

 

[14] Burawoy se réfère ici à la sociologie de Chicago qui développa un point de vue interactionniste sur le monde social en réaction au structuro-fonctionnalisme.

 

[15] D. Roy, Un sociologue à l’usine, Paris, La Découverte, 2006.

 

[16] Proposition méthodologique inspirée de l’école d’anthropologie sociale de Manchester élaborée par Michael Burawoy ; voir en français : M. Burawoy, « L’étude de cas élargie. Une approche réflexive, historique et comparée de l’enquête de terrain » in D. Cefaï (ed.), L’enquête de terrain, Paris : La Découverte, 2003.

 

[17] B. Glaser, A. Strauss, The Discovery of Grounded Theory. Strategies for Qualitative Research, Chicago, Aldine, 1967.

 

[18] Sur cette question du dialogue entre sociologues, voir : M. Burawoy, K. Von Holdt, Conversations with Bourdieu, Johannesburg, Wits University Press, 2012.

 

[19] Pour une critique des critères de scientificité selon l’approche positiviste de l’inductivisme analytique telle que défendue par le sociologue J. Katz (exigences de reproductibilité, fiabilité, neutralité, et représentativité des données récoltées), voir M. Burawoy, « L’étude de cas élargie », op. cit.

 

[20] Voir : C. W. Mills, L’imagination sociologique, Paris, La Découverte, 2006.

 

[21] “Suprême théoricien” par excellence. Talcott Parsons, The Social System, Glencoe, The Free Press, 1951.

 

[22] Aux Etats-Unis, la tenure est la nomination académique définitive obtenue après une période probatoire (tenure track position).

 

[23] Voir : E. O. Wright, Class Counts : Comparative Studies in Class Analysis, Cambridge, Cambridge University Press, 1997.

 

[24] M. Burawoy, « The Extended Case Method », Ethnography Unbound : Power and Resistance in the Modern Metropolis, Berkeley, University of California Press, 1991 : p. 280.

 

[25] Voir la discussion développée dans : M. Burawoy, « Marxism as Science : Historical Challenges and Theoretical Growth », American Sociological Review,vol. 55, n°6, 1990, p. 775-793.

 

[26] M. Burawoy, « Facing an unequal world », Current Sociology, vol. 63, n°1, 2015, p. 5-34.

 

[27] M. Burawoy, The Colour of Class on the Copper Mines : From African Advancement to Zambianisation, Manchester, Manchester University Press, 1972.

 

[28] M. Burawoy, J. Lukàcs, The Radiant Past : Ideology and Reality in Hungary’s Road to Capitalism, Chicago, University of Chicago Press, 1992.

 

[29] K. Polanyi, La grande transformation : aux origines politiques et économiques de notre temps, Paris, Gallimard, 2013 (1944).

 

[30] Burawoy a été invité par la Faculté de Philosophie et de Sciences Sociales de l’Université libre de Bruxelles (ULB) pour donner une conférence intitulée « The University in Crisis » le 11 janvier 2016.

 

[31] Jeunes chercheur.e.s en sociologie.

Posté par Michel Peyret

Avec la nouvelle Stratégie de sécurité nationale les Etats-Unis s’engagent dans l’isolationnisme

 

Hier, la Maison-Blanche a publié une nouvelle Stratégie de sécurité nationale (pdf). Le président en avait parlé dans un discours de campagne, ce qui est inhabituel. Le document est aussi plus long que d’habitude :

 

La Stratégie de sécurité nationale de Reagan avait 41 pages, celle de Bush (2002), 31, celle d’Obama (2015), 29. Celle de Trump comporte 55 pages : un assortiment de priorités sans réelles priorités.

La première « responsabilité fondamentale » du de la Stratégie de sécurité nationale (SSN) est :

 

... de protéger le peuple américain, la patrie et le mode de vie américain...

Micah Zenko souligne que le document ne répond pas vraiment à cet objectif :

Pratiquement rien dans le document... ne traite des menaces, des risques et des préjudices systémiques intérieurs qui empoisonnent la vie quotidienne des Américains.

...

Le SSN de Trump... mentionne les terroristes 58 fois, et s’engage à ’vaincre les terroristes djihadistes’, comme tous les documents précédents de SSN depuis le 11 septembre. Au cours des 16 dernières années et plus, les djihadistes ont tué 103 Américains aux États-Unis, tandis que les terroristes de droite en ont tué 68. Au cours de cette même période, le nombre de décès liés à la drogue a plus que triplé, avec plus de 59 000 Américains morts en 2016, tandis que le taux de suicide aux États-Unis a augmenté de 25 %, entraînant 43 000 décès chaque année.

...

Le SSN de l’administration Trump ne fait pas ce qu’il prétend faire - protéger les Américains - en grande partie parce qu’il ne répond pas aux véritables menaces et risques auxquels les Américains sont confrontés. C’est peut-être une politique étrangère ’ America First ’, comme le prétend le président, mais elle ne fait pas passer les Américains d’abord.

 

Même si elle aborde un grand nombre de questions de politique étrangère, la nouvelle NSS est plus réaliste – en tout cas sur le papier - que la version plus idéaliste de stratégie impériale d’Obama. Il y a moins de blablabla sur les « valeurs » et plus d’accent sur les « rivaux », surtout la Chine et la Russie.

 

Le fait de qualifier ces deux pays de rivaux implique que les États-Unis considèrent qu’ils sont au même niveau qu’eux-mêmes. Cela marque la fin de « l’hégémonie » dont se sont targué les Etats-Unis après l’effondrement de l’Union soviétique. Bien sûr, les États-Unis continuent de vouloir se démarquer. Ils viennent d’opposer un veto ridicule à une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies qui réaffirmait que Jérusalem était occupée. Mais voter contre tous les autres membres du Conseil de sécurité des Nations unies, y compris des alliés proches comme la Grande-Bretagne, n’est pas la marque d’un leader mondial, mais d’un État paria.

 

Que la « période hégémonique » soit terminée pourrait avoir des aspects très positifs pour le monde. Les États-Unis ont profité du fait qu’ils n’avaient plus d’opposants puissants pour faire plus de guerres :

 

Les États-Unis ont participé à 46 interventions militaires entre 1948 et 1991, mais ce nombre a quadruplé entre 1992 et 2017 pour atteindre 188.

 

Les interventions d’après 1991 ont eu lieu alors même que les Etats-Unis n’avaient plus de raison de « contrer le communisme » et que leurs chances de voir leurs intérêts attaqués militairement étaient plus faibles qu’auparavant. De plus, bon nombre de ces interventions n’ont pas été couronnées de succès. D’autres États ont trouvé des moyens de contrer leur écrasante puissance militaire.

 

Les États-Unis, à qui plus personne ne pouvait s’opposer, ont cessé de prendre en considération les réactions potentielles des autres pays. Ils n’ont même pas fait preuve du plus élémentaire « respect des opinions de l’humanité ». Ils se sont révélé un danger pour la paix mondiale. Ils sont intervenus partout où ils le pouvaient, sans même prendre en compte leur intérêt national ni les chances de vaincre. La « période d’hégémonie » a coûté aux États-Unis beaucoup d’argent et d’énergie, et elle ne leur a pas rapporté grand’ chose.

 

Si la stratégie américaine était rationnelle, elle devrait admettre que l’approche unilatérale a échoué et mettre l’accent sur d’autres méthodes. Une véritable coopération mondiale et un plus grand usage de la diplomatie seraient probablement plus fructueux que la puissance militaire. Mais la nouvelle Stratégie de sécurité nationale ne v pas dans ce sens. Tout en affirmant qu’elle « va augmenter l’influence américaine », elle ignore ou rejette le changement climatique et le « code de la route » international, comme la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS). L’Administration Trump consacre plus de ressources à l’armée et moins aux mesures de politique étrangère diplomatiques et économiques. Elle est donc fidèle à la position de Trump pendant sa campagne, elle est isolationniste.

 

On peut soit avoir un rôle hégémonique, soit exercer une influence plus fine en collaborant avec les autres. La méthode hégémonique qui a donné les interventions militaires n’a pas été couronnée de succès. L’approche de la coopération est mise en avant théoriquement dans le SSN, mais écartée dès qu’on en arrive aux choses concrètes. La troisième voie est celle de l’isolationnisme.

 

En tant que citoyens du monde, je salue cette évolution. Des États-Unis qui se ne sentent plus tout puissant y réfléchiront sans doute à deux fois avant de lancer de nouveaux conflits. Ils feront moins de tort aux autres et à eux-mêmes.

 

Moon of Alabama  

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2017/12/the-new-national-security-strateg...

URL de cet article 32723 

National interest : L’avenir de l’Asie: une conversation avec Maurice R. Greenberg

 

22 Décembre 2017
Comparer la Corée du Nord à l’Allemagne nazie est dérisoire, mais l’ensemble de l’interview témoigne sur le fond d’une tonalité pessimiste face à le décadence de l’hégémonie américaine, qu’il ne limite pas au seul Trump, mais aussi à l’incapacité internationale d’Obama et à la profonde division des Etats-Unis. Le fond de cette décadence est l’incapacité de l’Amérique à répondre à ses propres concitoyens face à une Chine qui s’autodéveloppe autant au plan interne qu’au niveau international. La même chose pourrait être dite pour la France et pour l’Europe.  Il n’y a pas de remède évident dans le système, alors le diplomate américain interviewé ne voit de solution que dans l’acceptation d’un monde multipolaire, ou plutôt le partage du pouvoir avec la Chine. L’Europe, l’inde, le Japon , l’Arabie saoudite, tous les alliés traditionnels, qu’en faire alors?
 
(note et traduction pour histoire et société de Danielle Bleitrach)
 

Un policier paramilitaire monte la garde devant le portrait géant du défunt président chinois Mao Zedong à l'entrée principale de la Cité Interdite à Beijing, le 28 octobre 2013. Cinq personnes ont été tuées et des douzaines blessées lundi, selon le gouvernement, lorsqu'une voiture enfoncé dans les piétons et a pris feu sur la place Tiananmen de Pékin, le site des manifestations pro-démocratiques de 1989 réprimées par l'armée. La voiture s'est écrasée presque directement devant l'entrée principale de la Cité Interdite, où

 

« Le président Xi, si je devais faire un pari, sera là pour plus de cinq ans. »mage: Un policier paramilitaire monte la garde devant le portrait géant du défunt président chinois Mao Zedong à l’entrée principale de la Cité Interdite à Beijing, le 28 octobre 2013.REUTERS / Kim Kyung-Hoon

 

Janvier-Février 2018

 

Jacob Heilbrunn, rédacteur en chef du National Interest , s’est entretenu avec Maurice R. Greenberg à la mi-novembre 2017 à New York. M. Greenberg est président émérite du conseil d’administration du Centre d’intérêt national et président et chef de la direction de CV Starr & Co., Inc.

 

Jacob Heilbrunn : Quelle est votre évaluation de l’approche de la Chine et de l’Amérique face  à la Corée du Nord?

 

 

Ce ne sont pas les missiles qui me préoccupent, c’est le chef, Kim Jong-un. Comment lest qu’on peut soit le changer ou s’en débarrasser ? Ça doit être l’un ou l’autre. Je peux spéculer, mais cela ne sert à rien. Tous les pays concernés savent aussi ce que je pense: ils pensent de la même manière. Cela doit être résolu, et ce sera plus tôt que plus tard.

 

Si l’Europe, la France et les États-Unis avaient réagi en temps opportun et arrêté Hitler avant qu’il ne commence vraiment, la Seconde Guerre mondiale aurait pu être évitée et des millions de personnes auraient été sauvées. Ne pas agir n’est pas une bonne stratégie.

 

Heilbrunn : Pensez-vous que la Russie va jouer un rôle dans la résolution?

 

Greenberg : Ils jouent un rôle maintenant en faisant du commerce avec la Corée du Nord. Le président Trump y  a fait allusion. Comment couper tout commerce? La Chine négocie toujours avec la Corée du Nord. Je ne sais pas s’il y a une solution facile. On ne sait pas comment le président Trump peut influencer le président Vladimir Poutine. Ils ont parlé au Vietnam et ont eu des conversations sur différents sujets – y compris la Syrie, y compris des allégations d’interférence avec nos élections.

 

Heilbrunn : Qu’est-ce que le président Trump devrait faire avec la Chine Chine? Quels seraient les avantages pour les intérêts américains?

 

Greenberg: l’important c’est de ne pas avoir l’attitude qui a été celle après la dernière réunion en Chine, comme l’ont fait le président Trump et le président Xi, qui, selon toutes les apparences, était plutôt bonnes, mais dès que le président Trump quitte la Chine il  commence à parler d’une autre manière. Vous devez être cohérent avec ce que vous faites. J’étais en Chine à l’époque où le président Trump est arrivé. Je suis membre du conseil consultatif de l’Université Tsinghua, la meilleure université de Chine. Après la réunion du comité consultatif, nous avons rencontré le président Xi. Je pense que le président Trump a eu une bien meilleure visite et une meilleure relation avec le président Xi que celle que mes gens ont vu. Beaucoup de choses que la Chine a proposées étaient négociées depuis un certain temps, mais néanmoins, il y avait des progrès certains. La Chine a accepté que les compagnies d’assurance-vie étrangères, puissent actuellement posséder jusqu’à 50 pour cent d’une opération d’assurance sur  la vie en Chine,

 

avoir si cela  s’applique à d’autres que les entreprises que celles des assurances de la vie reste quelque peu vague. Je pense que le marché de l’assurance s’ouvrira dans un délai raisonnable. C’est une bonne chose. La Chine a plus de banques et de services financiers que jamais auparavant, et c’est bien. Du point de vue des progrès réalisés dans les domaines qui ont perturbé de nombreuses entreprises américaines, certains progrès ont été réalisés, mais nous devrions continuer de négocier et à faire avancer le dossier.

 

Heilbrunn : La question du contrôle de la mer de Chine méridionale est un sujet qui a disparu.

 

Greenberg : Eh bien, qu’est-ce qu’on doit attribuer à   Chine ou à nous? Le président Obama n’a rien fait à ce sujet. Il a quitté la scène internationale. Et le vide s’est rempli tout de suite. La Chine a comblé le vide en Asie, et la Russie l’a comblé au Moyen-Orient. C’est la réalité. Maintenant vous voulez reprendre la main? Bonne chance. C’est beaucoup plus difficile à faire.

 

Heilbrunn : Donc vous pensez qu’Obama est le coupable, au fond?

 

Greenberg : Je pense qu’il a quitté la scène internationale. Vous pouvez l’appeler comme vous voulez, le définir comme vous voulez, mais le fait est qu’il l’a fait. Quand la Chine a commencé à construire ces petites pierres en îles, et a ignoré la décision de la Cour mondiale sur les Philippines, qu’avons-nous fait? Nous n’avons rien fait.

 

Heilbrunn : Que pensez-vous des onze pays asiatiques qui se sont mis d’accord sur le commerce économique, et mis  les Etats-Unis sur la touche?

 

Greenberg : Je pense que c’était faux. Je pense qu’il faut faire comme le président Trump et dire «America First» – mais pourquoi le dire de cette façon? Je ne pense pas que cela aide la relation de dire « Amérique d’abord ». Bien au contraire. C’est contre-productif. Vous pouvez le croire, mais pourquoi le faire de cette façon?

 

Heilbrunn : Avec toutes les discussions sur « America First », le libre-échange est-il en danger?

 

Greenberg : Je ne pense pas dans le reste du monde.

 

Heilbrunn : Mais qu’en est-il des États-Unis? Nous avons beaucoup de conflits avec le Mexique et le Canada sur l’ALENA. Le président Trump menace périodiquement d’abandonner l’accord commercial.

 

Greenberg : J’ai été très impliqué dans l’ALENA durant l’administration George HW Bush. Carla Hills était alors le représentant commercial américain et le négociateur en chef de l’ALENA. J’étais membre de son comité et nous avons travaillé très fort ensemble pour obtenir un accord satisfaisant avec le Mexique et le Canada.

 

La ligne fondamentale  est la suivante: vous ne pouvez pas tout avoir dans un sens. Il doit y avoir un équilibre. Les choses changent et périodiquement les accords commerciaux doivent être révisés pour s’assurer que vous obtenez les résultats que vous vouliez, et pour vérifier si un changement a eu lieu qui nécessite des modifications – si j’agis en ce sens, alors je ne suis pas fautif cette. Mais le ton que vous adoptez, comment vous le dites et comment vous y parvenez, est très important. Le bénéfice mutuel, que cela n’apparaisse pas comme une tentative futile d’extraire des concessions unilatérales et d’empocher les gains, c’est la clé.

 

Heilbrunn : Alors cédons-nous le terrain globalement, comme certains le prétendent, à la Chine?

 

Greenberg : Je pense que nous en concédons beaucoup. Les apparences sont très importantes.

 

Heilbrunn : L’ancien conseiller à la sécurité nationale, Susan Rice, a publié aujourd’hui un article dans le New York Times disant que Trump rendrait la Chine encore plus forte par inadvertance .

 

Greenberg : C’est exactement ça. Et vous savez, le Congrès du Parti a fait beaucoup pour le président Xi. Il est maintenant le leader incontesté, au niveau du statut virtuellement de Mao Zedong. Il a un deuxième mandat de cinq ans, mais personne au Comité permanent des sept n’est en train d’être préparé à devenir président –  la limite d’âge n’interviendra pas. Donc la probabilité est que le président Xi, si je devais faire un pari, s’il reste en bonne santé, sera là pour plus de cinq ans.

 

Heilbrunn : Qu’en est-il du pronostic pour la Russie? Il y a Poutine, et ensuite, que se passe-t-il?

 

Greenberg : Eh bien, il sera là jusqu’à sa mort. Il n’est pas président, il est autocrate.

 

Heilbrunn : Comment la Russie a-t-elle fini par choisir ce chemin?

 

Greenberg : Les Chinois se penchent eux aussi sur ce qui est arrivé à la Russie – ou à l’Union soviétique après 1989, quand elle s’est effondrée – et ils ne veulent pas faire la même erreur de promouvoir des politiques qui mènent à la dissolution interne. Donc, en ce sens, la Russie, du point de vue chinois, est un exemple de ce qu’il ne faut pas faire.

 

Heilbrunn : Les tensions montent dans une autre région: le Moyen-Orient. Comment voyez-vous l’avenir de la région?

 

Greenberg : Si le Liban sedégrade, l’Iran est le vainqueur. Si l’Arabie Saoudite devient alors en danger, nous serons probablement là pour les aider. La Russie a été du côté de l’Iran; nous devons neutraliser les Iraniens.

 

Heilbrunn : Prévoyez-vous une autre guerre au Moyen-Orient?

 

Greenberg : Cela peut arriver et nous serions impliqués.

 

Heilbrunn : Quelle est la probabilité que Trump parvienne à un compromis avec Moscou?

 

Greenberg : Je dirais ceci: un monde où les Etats-Unis et la Chine sont des alliés est un monde beaucoup plus sûr que si la Chine et la Russie sont des alliés. Ce devrait être notre  préoccupation. Nous devons donc éviter que cela se produise. Nous devons essayer de neutraliser la Russie, ne pas céder à la Russie, mais il ne faut  pas la traiter comme s’il s’agissait d’un pays de troisième rang.

 

Heilbrunn : Vous préférez donc qu’en matière de politique étrangère en Asie: nous devons nous rapprocher  le plus possible la Chine pour promouvoir la stabilité mondiale.

 

Greenberg : Oui, mais nous devons avoir une bonne relation avec l’Inde en même temps. La Chine va s’y opposer.

 

Heilbrunn : Pensez-vous que l’Inde est plus susceptible de réussir que la Chine dans les prochaines décennies? Il y a beaucoup de spéculations là aussi.

 

Greenberg : Cela prendra plus d’une décennie. Ils ont de sérieux problèmes. Même Apple a des problèmes en Inde; Amazon veut traiter là-bas; il y a des gens intelligents, mais sur l’ensemble en vous interrogeant sur ceux qui vont dans le bon sens et les autres. Ils ont un long chemin à parcourir. Le climat s’aggrave,  l’éducation est à la traîne.

 

Heilbrunn : Donc, vous miseriez vos jetons sur la Chine, comme on dit.

 

Greenberg : Absolument. Le changement en Chine est saisissant. Même dans le domaine de la technologie, au point où ils en sont , ils seront la première nation à avoir des voitures électriques en aussi grand nombre.

 

Heilbrunn : Quand vous regardez l’état de l’Amérique en ce moment, où le système politique, même avec la majorité républicaine, est totalement immobilisé, vous sentez-vous moins optimiste quant à l’avenir de l’Amérique, ou croyez-vous que nous allons sortir ceci en bonne forme?

 

Greenberg : Tout au long de l’histoire, il y a eu des puissances montantes et des puissances déclinantes. Vous avez eu l’Empire grec, l’Empire romain, l’Empire français et l’Empire britannique; Qu’est-il arrivé? Ils atteignent un certain point, et leur population change – le mélange de la population, le développement de la population – un pays uni devient fragmenté et devient une puissance déclinante. Que se passe-t-il ici? Au cours de ma vie, je n’ai jamais vu le pays si divisé. Deux pays totalement différents. Nous déclinerons jusqu’à ce que nous dépassions cette situation..

 

Et la Chine – dans tout ce que j’ai vu et lu, je n’ai jamais vu une nation se développer aussi rapidement. Un pays avec un milliard, quatre cent millions de personnes avec une histoire qui remonte à plusieurs millénaires, et  qui pendant des centaines d’années a été statique – regardez ce qui se passe, dans un temps relativement bref. Depuis la première fois que je suis allé en Chine, c’est comme un pays différent aujourd’hui. C’est une réalité.

 

Heilbrunn : Quelle est votre évaluation de Trump en tant que président?

 

Greenberg : Eh bien, Si l’on considère  n’importe quel président que nous avons eu, il ne ressemble à aucun d’entre eux. Son approche de l’Amérique d’abord-je peux comprendre ce qu’il veut réaliser. Je ne suis pas d’accord avec la façon dont il s’y prend. Évidemment, vous ne pouvez pas vous isoler du reste du monde. Vous devez essayer d’influencer le reste du monde sans le menacer. on donne et on prend ; vous ne pouvez pas simplement prendre et ne pas donner. Il y a beaucoup plus de politique étrangère qu’un simple accord commercial. Vous devez avoir des amis dans le monde avec lesquels vous faites des choses en plus du commerce.

 

Heilbrunn : En regardant Trump maintenant, et la rhétorique de l’Amérique d’abord, avons-nous atteint la fin de l’ère de l’internationalisme républicain qu’ils symbolisent, et avons-nous maintenant déménagé dans une nouvelle et différente phase?

 

Greenberg : J’espère que ce n’est pas le cas. Je pense qu’il y a un résidu de cette époque – plus qu’un résidu – de gens qui le  partagent. Je ne pense pas que ce temps mort pour toujours. Je n’y crois pas.

 

Heilbrunn : Beaucoup de gens s’étonnent que les républicains aient autant de problèmes alors qu’ils contrôlent les trois branches du gouvernement.

 

Greenberg : oui ils en ont. Je crains qu’ils ne perdent la Chambre et peut-être le Sénat. Vous voulez changer Obamacare? Très bien, mais vous ne pouvez pas tout enlever. Vous ne pouvez pas simplement. Il y a beaucoup à faire dans les soins de santé. Je suis membre du conseil d’administration de l’hôpital presbytérien de New York depuis des années. Je l’ai présidé pendant longtemps. Je sais ce qu’il faut faire. Une fois qu’une personne est diagnostiquée avec une maladie dans un hôpital et qu’un traitement est recommandé, sortez-le de l’hôpital. Il y a toutes sortes d’installations réduites que vous pouvez utiliser à une fraction du coût. Enlevez également la pression dans les salles d’urgence. Aujourd’hui c’est fou.

 

Heilbrunn : C’est intéressant: nous dépensons le plus et nos résultats ne sont pas bons. Tout semble plonger dans des disputes idéologiques.

 

Greenberg : C’est le cas, et chaque état a des problèmes différents.

 

Heilbrunn : Donc, sur l’échelle de l’optimisme, de un à dix, où êtes-vous?

 

Greenberg : Je ne perds pas la foi en Amérique. Je veux dire, nous avons le droit de parler, et c’est important. Certaines personnes sont écoutées au gouvernement. Espérons que cette écoute augmentera avec le  temps écoutera. Je n’ai pas perdu la foi dans notre pays.

 

Heilbrunn : Eh bien, nous avons surmonté toutes les crises que nous avons connues, mais nous sommes de nouveau en crise, n’est-ce pas?

 

Greenberg : Oui, nous le sommes.

 

Heilbrunn : Dans une certaine mesure, cela semble être une crise qui nous infligée artificiellement e. Parce que nous ne sommes pas dans une Grande Dépression. Nous ne sommes pas embourbés dans une guerre catastrophique à l’étranger.

 

Greenberg : Non, mais la qualité de vie de beaucoup de gens ne s’est pas beaucoup améliorée, et c’est important. Créer plus d’emplois, de meilleurs emplois, est important. Nous vivons à une époque où les machines vont prendre en charge des emplois humains. Nous devons changer notre système d’éducation. Ils créent plus d’emplois en Chine dans le seul secteur de la haute technologie.

 

Heilbrunn : Donc, votre inquiétude, si je vous comprends bien, c’est que les Chinois sont plus agiles et plus flexibles que nous et s’adaptent plus rapidement aux nouvelles réalités mondiales.

 

Greenberg : Maintenant, ic’est-absolument le cas

 

Heilbrunn : Et si nous ne réagissons pas, alors c’est une condamnation à mort pour l’Amérique en tant que principale puissance dans le monde?

 

Greenberg : C’est la fin de partie, le sujet est clair. Je ne dis pas que nous devons combattre la Chine; Ce que je dis, c’est que nous devons regarder dans le miroir ce que nous faisons, ce que nous ne faisons pas et ce que nous sommes capables de faire. La Chine apprend beaucoup de nous et elle veut acheter dans de nombreux domaines ouverts. Ils apprennent très vite. Je ne leur refuse pas le droit de faire cela – nous voulons les mêmes droits, peu importe où ils se trouvent. Et nous devons commencer à parler d’une seule voix, pas dans la cacaphonie.

 

Les USA et les souvenirs laissés en Corée…

 

17 Décembre 2017
L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein air

Le 25 juin 1950, lorsque les forces américaines ont aligné 400 400 réfugiés coréens, des hommes, des femmes et des enfants et les ont tous massacrés.

 

Les États-Unis ont d’abord nié toute implication dans ce crime de guerre, comme ils ont tendance à le faire, mais le témoignage des témoins et les vétérans américains les ont forcés à l’admettre. Leur excuse était qu’ils craignaient qu’il y ait des « espions » parmi les réfugiés. Même les enfants ?!

 

Les militaires américains peuvent jouir du respect et de l’admiration du public américain, mais les gens des États-Unis ne sont pas là quand ces garçons, qui sont plus tard remercié pour leur service , commettent le genre d’atrocités qui ne sont pas dignes des « gens civilisés ».

 

Continuité dans la médiocrité


Orlov
Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 14 décembre 2017 – Source Club Orlov

 

En regardant les commentaires de la semaine dernière, depuis que Donald Trump a fait sa déclaration en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël, on a l’impression que tout le monde est désorienté. La plupart des analystes ont essayé de trouver un sens profond à ce geste, mais leurs résultats ont été pauvres, et je suggère qu’ils abandonnent leur lecture dans le marc de café et les entrailles de chèvre et se concentrent plutôt sur ce qui est évident. Et ce qui est évident pour moi, c’est que la décision de Trump est cohérente avec un ensemble de traits qui ne sont pas spécifiquement les siens mais qui sont plus généralement américains et de plus en plus exprimés, alors que les États-Unis entrent dans la phase terminale de leur dégénérescence.


Pour rappel, Jérusalem est un site historique sacré pour trois des religions du monde – le christianisme, l’islam et le judaïsme – et qui doit être administré d’une manière qui les respecte toutes. Ce fait est reconnu en droit international, et de jure, selon le Plan de partage des Nations Unies pour la Palestine de 1947 : Jérusalem reste un corpus separatum, bien que de facto depuis 1967, il ait été illégalement occupé par Israël, qui l’a déclaré unilatéralement comme sa capitale jusqu’à maintenant. Cette décision a été condamnée par la résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations Unies en 1980. Plus récemment, des propositions ont été faites pour reconnaître Jérusalem partagée comme la capitale d’Israël et de la Palestine dans le cadre du processus de paix régional.

 

Étant donné le caractère persistant de Jérusalem en tant que poudrière des tensions religieuses et politiques, prête à exploser à tout moment dans un conflit armé, l’utiliser pour satisfaire les revendications irrédentistes sionistes est avant tout un geste stupide. Mais je crois qu’il y a une cohérence dans cette stupidité si on combine plusieurs traits clés qui se trouvent présents à peu près partout dans les États-Unis contemporains.

 

Le premier trait clé est que le droit international est ignoré,  comme le font généralement les États-Unis. En vertu de quelle autorité juridique les troupes américaines sont-elles déployées sur le territoire syrien, qui est le territoire d’une nation souveraine membre de l’ONU ? Alors ? Aucune. En vertu de quelle autorité légale Trump a-t-il décidé de bombarder de manière inefficace une base aérienne syrienne en réponse à des attaques chimiques présumées, mais non prouvées, par le gouvernement syrien dans la province d’Idlib en avril 2017 ? Encore une fois, c’est le fait du roi. Les Américains ont-ils vu cela comme un problème ? Non, pas du tout. Ce ne sont que deux exemples particulièrement flagrants, mais il y en a beaucoup d’autres.

 

Veuillez également noter au passage que le mépris américain pour le droit n’est pas spécifique au droit international. Sur le plan intérieur, si les lois étaient toujours appliquées fidèlement et impartialement, un certain nombre de grands opérateurs de Wall Street et Hillary Clinton (pour n’en nommer que quelques-uns) seraient en prison maintenant…

 

Mais revenons à Jérusalem : l’irrédentisme sioniste, qui revendique Jérusalem comme capitale israélienne en se basant sur l’idée qu’elle faisait jadis partie de la province romaine de Judée, a à peu près autant de validité en droit international que ma prétention à moi, étant un lointain descendant du Grand Khan Ögedei, de revendiquer le droit d’aller camper devant Vienne et de prendre d’assaut les portes de la ville (un événement qui aurait dû se dérouler vers 1241 de notre ère si la mort prématurée du Grand Khan n’était pas survenue fortuitement). Mais cela n’a aucune importance pour Trump qui, comme le ferait un Américain, ne se soucie nullement du droit international. De quoi se soucie-t-il alors ? Cela nous amène au…

 

Deuxième trait essentiel : aux États-Unis, toute la politique est basée sur la vente au détail de faveurs personnelles. Le voyage de Trump en Arabie saoudite était essentiellement un grand racket avec des cheikhs pour les forcer à promettre d’acheter des centaines de milliards de systèmes de défense antiaériens américains très inefficaces qui ne peuvent pas abattre les missiles Scud de l’ère soviétique lancés sur l’Arabie saoudite par les Yéménites et d’autres. Son voyage au siège de l’OTAN à Bruxelles a été l’occasion d’un autre racket sur les Européens, les obligeant à… dépenser plus d’argent pour ces mêmes armes. Trump agissait moins comme politicien que comme un représentant de commerce pour les sociétés d’armement américaines. Encore une fois, ce ne sont que deux exemples, mais il y en a beaucoup d’autres.

 

Avec Jérusalem aussi, tout était une question d’argent. Un magnat sioniste des casinos, milliardaire, a généreusement financé la campagne électorale de Trump en se basant sur sa promesse qu’il reconnaîtra Jérusalem comme étant israélienne, et il l’a fait, en tant que cadeau pour Hanoucca, juste à temps pour les vacances. « Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté » en effet ! [Luc 2:14] Il a pour ainsi dire vendu Jérusalem à ses amis sionistes, et, étant un flagorneur débauché de l’immobilier, il a enrobé le tout dans un argument de vente : il veut négocier une très bonne affaire pour « Israël et les Palestiniens » (un magnifique petit groupe de musique klezmer qui joue dans les bar mitzvahs à travers tout le pays). Et s’ils signent tout de suite, il leur offrira un kit complet de golfeur et un séjour tous frais payés dans son fabuleux Mar-a-Lago Resort en Floride. Est-ce que cela sonne comme complètement délirant ? Oui, et cela nous amène…

 

Troisième trait essentiel : aux États-Unis, la réalité n’a plus d’importance. Tout n’est plus maintenant qu’un grand reality show. Les faits sont ces choses gênantes qui peuvent contredire l’histoire préférée de quelqu’un et vous forcer à la changer. Il est donc préférable de simplement les ignorer. Au lieu d’énoncer leurs positions ou de faire des propositions, les Américains répètent simplement des mantras. Ainsi, par exemple, le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, fait des démarches et exhorte la Russie à remplir ses obligations en vertu des accords de Minsk sur l’Ukraine. Vous pourriez demander : quelles sont les obligations de la Russie en vertu des accords de Minsk  ? Eh bien, il n’y en a pas. Lisez les textes des accords ; vous ne les trouverez pas là.

 

Autre exemple : à l’heure actuelle, tout le monde sait que les États-Unis n’ont absolument aucune option militaire pour forcer la Corée du Nord à accepter un désarmement nucléaire ; tout a déjà été essayé. Les Nord-Coréens ont été intelligents et pleins de ressources, et voyant ce qui est arrivé à des pays comme l’Irak et la Libye, qui avaient volontairement désarmé, ils ont plutôt choisi de rejoindre les rangs des nations nucléaires et l’ont manifestement démontré. La réalité est qu’il n’y a qu’une voie pour avancer : négocier. Mais les Américains préfèrent vivre dans un monde imaginaire où ils pourraient complètement détruire la Corée du Nord d’un claquement de doigt. Encore une fois, ce ne sont que deux exemples, mais il y en a beaucoup d’autres.

 

Quelle est la réalité en ce qui concerne les négociations internationales sur le statut des territoires israéliens et palestiniens allègrement proposées par Trump lors de l’événement Hanoucca de la Maison Blanche ? C’est que si et quand ces négociations auront lieu, les États-Unis n’y joueront probablement aucun rôle. Regardez les récentes négociations internationales sur le règlement politique de la situation en Syrie maintenant que le califat a été vaincu. La Russie, la Turquie et l’Iran y ont participé, mais les États-Unis n’étaient même pas présents.

 

Les raisons de cette absence sont évidentes. Premièrement, pour être valables, les négociations internationales doivent avoir une base en droit international et s’appuyer sur un ensemble de faits convenus. Il est donc inutile de les conduire alors qu’un des acteurs bafoue le droit international et opère dans un espace où les faits sont de factoignorés, préférant réciter des mantras au lieu de s’engager dans un dialogue constructif. Deuxièmement, le but des négociations de paix internationales est de promouvoir la paix et non de promouvoir la guerre. La déclaration de Trump sur Jérusalem a donné lieu à des manifestations de masse qui comprenaient la destruction des drapeaux américains et des effigies de Trump et l’utilisation de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, blessant des centaines de personnes. Inutile d’inclure dans les négociations de paix des acteurs qui agissent pour exacerber et promouvoir les conflits. Ce qui nous amène au…

 

Quatrième et dernier trait essentiel : les États-Unis exacerbent et favorisent les conflits partout, tant sur leur sol qu’à l’étranger. Cette dernière confrontation entre Juifs et Palestiniens n’est qu’un symptôme d’un problème beaucoup plus vaste.

Par exemple : le Comité international olympique a récemment interdit aux athlètes russes de participer aux prochains Jeux olympiques d’hiver sous le drapeau russe. C’est basé sur de fausses preuves achetées par les Américains à un criminel russe en fuite du nom de Rodchenkov. Apparemment, le gouvernement russe était derrière une organisation de dopage à grande échelle ; cette allégation a depuis été réfutée. Les faits sont que les athlètes russes sont certainement les plus fréquemment testés, et sont donc parmi les plus propres. Mais ce ne sont que des faits, ils ont donc été ignorés. Au lieu de cela, les athlètes russes ont été dépouillés des médailles remportées lors des derniers Jeux olympiques, et sous la pression des États-Unis, toute l’équipe russe a été exclue. Cet exemple est particulièrement bon, car il combine tous les traits clés précédemment identifiés : il bafoue le droit international en donnant du poids à de fausses preuves et à des décisions fondées sur des allégations réfutées ; il ignore les faits qui contredisent le récit du « complot autour du dopage de l’État russe » ; il ignore la réalité que ces actions causent de grands dommages au mouvement olympique ; et cela exacerbe le conflit international en forçant une grande partie de la population russe à s’irriter activement de l’influence américaine.

 

Aux États-Unis, tout est fait pour opposer les hommes aux femmes (en utilisant l’hystérie du harcèlement sexuel), les Blancs contre les Noirs (en utilisant le mouvement des « Black lives matter »), les libéraux contre les conservateurs (en utilisant les Antifa), les « de souche » contre les immigrés… Tous ces conflits sont activement promus, avec un objectif unique et simple, qui est de générer un écran de fumée assez dense pour obscurcir le conflit principal entre l’oligarchie kleptocratique et la population américaine. L’objectif est de conduire la population – dont le travail n’est plus nécessaire et dont l’entretien est simplement un surcoût – à disparaître le plus rapidement possible. À cette fin, toute forme de conflit, national ou international, est très utile, tout comme les opiacés synthétiques, les fusillades de masse, les aliments bourrés de toxines, le système d’extorsion autour des médicaments et la police ultra-violente et militarisée.

 

Mais tout cela n’est qu’un écran de fumée derrière lequel on peut organiser un vol massif. Une règle fondamentale de la kleptocratie est que moins il reste à voler, plus il faut voler, et cette règle est suivie partout. Un bon exemple concerne la réforme fiscale qui passe actuellement devant le Congrès américain. C’est une manière de pousser le pays à s’endetter davantage tout en enrichissant l’oligarchie déjà bien gavée.

 

Si vous n’aimez pas cela (et pourquoi serait-ce le cas ?), soyez assuré qu’il n’y a rien que vous puissiez faire à ce sujet. Si vous êtes américain et que vous n’aimez pas Trump, peut-être voterez-vous dans quelques années pour un kleptocrate différent qui, avec tous les autres kleptocrates, continuera à vous voler aussi longtemps que vous aurez des réserves. Et rassurez-vous, ils continueront tous à montrer fidèlement les quatre traits que j’ai décrits ci-dessus : ils ignoreront fermement la loi, locale et internationale ; ils utiliseront la politique du commerce de détail pour vendre le pays par petits bouts ; ils ignoreront la réalité aussi longtemps que possible ; et ils provoqueront et exacerberont tous les conflits imaginables. La fin du règne du Léviathan américain sera assurément « méchante et brutale ». Nous devrions certainement espérer qu’elle sera également « courte ».

 

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

 

 

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie », c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

L’impérialisme cherche la guerre en Corée du nord

 

12 Décembre 2017

L‘avantage avec Nikki Haley, la représentante des USA, mais surtout de Trump, aux Nations Unies c’est qu’elle dit avec une rare brutalité ce qui est exigé des nations par l’empire.

 

Ainsi elle a poussé la Chine à imposer à la population de la République populaire démocratique de Corée un étranglement économique. Bien sûr, la Chine refuse de le faire et continue à entretenir des relations avec la République populaire démocratique de Corée sur le plan politique et économique.

 

Trump continue de déstabiliser la société américaine, il déstabilise dans le même temps l’ordre international avec ses manoeuvres élephantesques et ses déclarations à l’emporte pièce qui, s’il provoque la colère de nombreux anti-impérialistes, malgré les apparences reçoit l’assentiment des démocrates et l’aile gauche de l’impérialisme salive à la perspective de détruire la Corée.

 

Nous vivons des temps dangereux quand la guerre pourrait naître à tous moments sur de petites choses. Il serait temps que chaque front ait conscience de son imbrication dans d’autres foyers d’incendie potentiels. La sous estimation du danger coréen est très dangereuse et il serait temps pour tous les anti-impérialistes de prendre conscience de la nécessité de s’opposer à la montée de la guerre dans cette zone du monde. Les Chinois tentent d’empêcher le bellicisme de Trump qui est celui du capitalisme américain, uni derrière cette attaque.

 

Les commentaires de Haley viennent dans le sillage de ceux du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, révélant que la Corée du Nord veut s’engager directement avec les Etats-Unis d’Amérique pour protéger sa sécurité. M. Lavrov a déclaré avoir informé le secrétaire d’Etat ‘américain’ Rex Tillerson à ce sujet lors de la réunion de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) jeudi à Vienne.

 

Les Etats-Unis d’Amérique, la Corée du Sud et le Japon se préparent pour deux jours d’exercices de reconnaissance des missiles au large des côtes japonaises, prévus lundi et mardi, a annoncé la Force d’autodéfense maritime du pays. Les manœuvres succèdent aux exercices militaires à grande échelle tenus par les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud dans une démonstration de force contre Kim Jong-un.

 

Voici donc les déclarations de Haley:

 

Haley a déclaré « mais pour être clair, la Chine peut faire plus, et nous mettons autant de pression sur eux que nous le pouvons.

 

La dernière fois qu’ils ont coupé l’approvisionnement en pétrole, la Corée du nord est venue à la table de négociation. On a dit à la Chine qu’ils doivent faire plus. S’ils ne font pas plus, nous allons la prendre entre nos mains et ensuite nous allons commencer à lui faire faire face aux sanctions secondaires. »

 

« La Chine doit faire plus pour contrer la Corée du Nord ou les Etats-Unis d’Amérique prendront les choses en main », a déclaré l’ambassadeur ‘américain’ à l’ONU.


Nikky Haley a déclaré à Fox News dimanche que Pékin et le reste de la communauté internationale poursuivent les sanctions contre Pyongyang pour le développement de son programme d’armes nucléaires. Elle a ensuite félicité Washington pour avoir dirigé l’accusation.

 

Haley a expliqué que Trump et le président chinois Xi Jinping ont une « très bonne relation », mais que Trump « commence vraiment à faire pression, en disant qu’ils doivent en faire plus ».

 

« Il est temps que la Chine réponde », a-t-elle déclaré.

 

Plus tard dans l’interview, Haley a été interrogée sur sa « conversation parfois peu diplomatique pour un diplomate », en référence à sa promesse que la Corée du Nord serait « complètement détruite » dans une guerre.

 

« C’est la vérité », dit-elle. « Je veux dire la réalité est, si la Corée du Nord tente même d’essayer de menacer les États-Unis d’Amérique ou l’un de nos alliés, ils seront complètement détruits. Vous savez, la diplomatie est excellente à certains égards, mais vous devez aussi être honnête. La Corée du Nord a poussé le bouchon à un niveau extrême. »

 

« Nous savons que, par-dessus tout, la Corée du Nord veut parler aux Etats-Unis d’Amérique de ses propres assurances de sécurité » – #Lavrov

 

https://t.co/wXF3nndNFg

 

– RT (@RT_com) 8 décembre 2017

Corruption endémique dans les opérations militaires US à l’étranger

 

US Military Fraud Endemic in Overseas Operations


Wayne MadsenPar Wayne Madsen – Le 21 novembre 2017 – Source Strategic Culture

 

L’histoire nous enseigne que lorsque les empires s’étendent exagérément, les commandants militaires deviennent des chefs de guerre semi-autonomes qui introduisent des systèmes de corruption et de trafic d’influence. Ce fut le cas dans l’Empire romain en 193 après J.-C., lorsque la garde prétorienne de l’empereur Pertinax – une force de sécurité personnelle de l’empereur, unité d’élite qui se distinguait sur les champs de bataille lointains – vendit celui-ci à un aspirant empereur, Didius Julianus, en échange d’un pot-de-vin. La Garde prétorienne assassina Pertinax et jura allégeance au nouvel empereur.

 

La pourriture de la corruption assura la chute d’autres empires mondiaux. La frauduleuse Compagnie britannique des Indes orientales et ses dirigeants nababs, soutenus par la puissance militaire et navale britannique, a contribué à déclencher les rébellions coloniales en Amérique du Nord dans les années 1770 et en Inde en 1857.

 

Alors que les États-Unis ont étendu leur vaste champ d’action militaire au Moyen-Orient, en Asie du Sud, en Afrique, en Europe, en Asie-Pacifique et en Amérique latine, la corruption au sein des soi-disant zones de responsabilité devenait rampante.

 

Dans le commandement de la région Pacifique (PACOM), un important scandale de corruption et de fraude a atteint l’entreprise contractante de l’US Navy, Glenn Defense Marine Asia (GDMA), basée à Singapour et dirigée par Leonard Glenn Francis, un Malaisien de 160 kilos, surnommé Fat Leonard. En échange de cadeaux divers − argent liquide ; vacances dans des hôtels de luxe ; vols en première classe et en classe affaires ; billets de concert onéreux ; montres Rolex ; stylos Mont Blanc ; champagne Dom Pérignon ; crus de vin réputés ; cigares cubains ; cures thermales ; foie gras ; bouteilles de cognac et prostituées − les officiers de la marine américaine ont fourni à Leonard un accès pratiquement sans limite aux renseignements de la Marine et aux informations contractuelles sensibles, utilisés ensuite par GDMA pour obtenir des contrats logistiques lucratifs auprès de l’US Navy. Le scandale Fat Leonard s’est étendu à des officiers supérieurs, y compris des amiraux, attachés à la septième flotte au Japon. L’enquête de l’US Navy se poursuit et plus de 60 amiraux seraient sous le coup d’une enquête par les autorités judiciaires. Pendant des années, le scandale de l’US Navy a prospéré partout, Japon ; Philippines ; Singapour ; Indonésie ; Vietnam ; Sabah ; Corée du Sud ; Inde ; Thaïlande ; Cambodge ; Australie ; Sri Lanka ; Hawaï et Washington DC, atteignant des officiers de la marine, du personnel enrôlé, des officiers du Corps des marines et des civils du gouvernement américain, y compris des enquêteurs du Service naval d’enquête criminelle (NCIS).

 

L’une des pires fraudes ayant surgi des entrailles néocons de l’administration de George W. Bush impliquait le Commandement de l’Afrique (AFRICOM). Le 4 juin 2017, l’assassinat par strangulation, à Bamako au Mali, du béret vert de l’US Army le sergent Logan Melgar, par deux membres de l’US Navy SEAL, est maintenant lié à la découverte que ces derniers empochaient les fonds officiels utilisés par AFRICOM pour payer les informateurs dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Ce type de fraude dénote une culture de la malfaisance répandue dans les commandements des zones de responsabilité des États-Unis, notamment l’AFRICOM, le Commandement central (CENTCOM) et le Commandement du Sud (SOUTHCOM).

 

Selon des rapports parus dans le New York Times et The Daily Beast, la mort de Melgar des mains des deux voleurs des SEAL s’est produite dans une caserne de l’enceinte de l’ambassade des États-Unis au Mali. Les sous-officiers Anthony DeDolph et Adam C. Matthews auraient tué Melgar après qu’il a refusé une offre de partager leur butin mal acquis, et fait part de ses inquiétudes dans des courriels à sa femme aux États-Unis. Les SEAL ont affirmé que Melgar est mort après avoir perdu connaissance au cours d’une séance d’entraînement au combat au corps à corps. Les SEAL ont également dit aux enquêteurs militaires que Melgar était ivre lorsqu’il a perdu conscience, suite à une prise d’étranglement exécutée pendant le combat. Cependant, le Commandement des opérations spéciales et le Commandement des enquêtes criminelles de l’Armée (USACIC) ont conclu que les SEAL avaient tellement varié dans leurs explications qu’ils étaient devenus des suspects plutôt que des témoins dans l’enquête. Une autopsie a révélé qu’il n’y avait aucune trace d’alcool ou de drogue dans le corps de Melgar au moment de sa mort. De plus, des amis de Melgar et des membres de sa famille ont déclaré qu’il était abstinent et ne buvait donc pas d’alcool.

 

L’AFRICOM et l’USACIC ont essayé de dissimuler les détails de la mort de Melgar jusqu’à ce que le New York Times soit à l’origine de la révélation de l’histoire le mois dernier. L’USACIC a transféré l’enquête au NCIS (service de la marine), qui est pire que son homologue de l’armée pour couvrir des affaires pénales militaires sensibles. Aucun des deux SEAL, renvoyés aux États-Unis et placés en congé administratif, n’a été inculpé pour le meurtre de Melgar. Ce sont apparemment des officiers du Commandement des opérations spéciales des États-Unis, dont le quartier général se trouve à Tampa, en Floride, qui ont averti la presse de la dissimulation de la mort de Melgar.

 

AFRICOM a également hésité à fournir des détails complets sur l’embuscade dans laquelle est tombée une unité conjointe US-Nigéria, opérant près du village nigérien de Tongo-Tongo en octobre de cette année. Quatre membres de l’armée américaine ont été tués par une force armée qui n’a toujours pas été identifiée par AFRICOM. Tongo-Tongo se trouve sur une importante route de contrebande africaine concernant les êtres humains, la drogue, l’ivoire et les armes entre l’Afrique de l’Ouest et l’État failli de Libye. On a appris, plus tard, que les quatre soldats américains sont morts entre les mains des assaillants, après que les membres de l’armée nigérienne de l’unité ont fui les lieux pendant l’attaque. Le corps d’un des soldats américains, le sergent La David Johnson, a présenté des signes de torture avant d’être exécuté par les ravisseurs non identifiés.

 

Le cas de Melgar est semblable au meurtre du professeur d’éthique de West Point, le colonel Ted Westhusing, à Bagdad en 2005. Comme l’AFRICOM au Mali et dans d’autres pays africains, le CENTCOM s’est vu confier des centaines de millions de dollars, en argent liquide, servant à payer les informateurs et à faire des achats locaux.

 

La famille et les amis de Westhusing ont rejeté l’affirmation de l’armée selon laquelle il s’était suicidé. L’armée a basé sa décision sur une note manuscrite, laissée par Westhusing, avec le mot « suicide ». Au moment de sa mort, Westhusing enquêtait sur des violations de contrat et des violations des droits de l’homme perpétrées par l’US Investigations Services (USIS), une ancienne entité privatisée de l’US Office of Personnel Management, achetée par The Carlyle Group, une société étroitement liée à George H.W. Bush. Alors qu’il était en Irak pour former la police irakienne et superviser le contrat de l’USIS, entreprise privée chargée de former la police, dans le cadre du programme du Pentagone pour la formation de la police civile, Westhusing a reçu une lettre anonyme indiquant qu’une division de l’USIS était impliquée dans des activités frauduleuses en Irak concernant la surfacturation au gouvernement. En outre, la lettre indiquait que le personnel de sécurité de l’USIS avait assassiné des Irakiens innocents. Après avoir demandé des explications à l’USIS, Westhusing a signalé les problèmes à la chaîne de commandement. Après une enquête, l’armée n’a trouvé aucune preuve d’actes répréhensibles de la part de l’USIS.

 

Quelques jours avant son suicide par balle « auto-infligé » à camp Dublin, en Irak, dans une remorque de camion située à l’aéroport international de Bagdad, le membre d’honneur du Conseil d’administration de West Point a informé, par un e-mail aux États-Unis, que « des choses terribles se passaient en Irak ». Il a également dit qu’il espérait rentrer vivant dans son pays. Westhusing avait encore trois semaines de service à faire en Irak lorsqu’il s’est soi-disant suicidé en juin 2005.

 

Le camouflage de la mort de Westhusing impliquait le même Commandement d’enquête criminelle de l’armée que celui qui couvrait la mort de Melgar au Mali. Les meurtres de Melgar et de Westhusing ne sont pas des événements isolés concernant les incursions militaires américaines à travers le monde. Le caporal d’armée Pat Tillman, joueur vedette de la Ligue nationale de football qui s’est enrôlé dans l’armée après le 11 septembre, a été déçu par la guerre en Afghanistan. Après que Tillman a fait part à sa hiérarchie de ses sentiments personnels au sujet de la guerre afghane, Tillman a été liquidé par des membres de sa propre unité dans la province de Khost le 22 avril 2004. Le journal de Tillman, ses uniformes et autres biens ont été brûlés par son unité pour couvrir un assassinat par ses propres collègues.

 

Le 4 septembre 2006, le lieutenant-colonel de l’armée Marshall Gutierrez, le chef de la logistique du camp Arifjan, au Koweït, qui enquêtait sur les surfacturations de biens et services, et autres fraudes, s’est soi-disant suicidé dans ses quartiers, à la base, en ingérant des somnifères et de l’antigel. En décembre 2006, le major Gloria Davis, un agent sous contrat du même camp Arifjan, s’est suicidée après avoir admis le versement de 225 000 dollars en pots-de-vin de la part de Lee Dynamics, un prestataire de services logistiques pour l’armée. Davis aurait accepté de coopérer avec les enquêteurs du gouvernement dans leur enquête globale sur les fraudes contractuelles en Irak et au Koweït.

 

En 2007, un haut responsable de Blackwater a menacé de tuer Jean C. Richter, le principal enquêteur du Département d’État américain sur les opérations douteuses de Blackwateren Irak. le Département d’État a annulé l’enquête. L’incident s’est produit alors que Richter se concentrait sur des problèmes apparus dans un contrat d’un milliard de dollars entre le Département d’État et Blackwater. Le PDG de Blackwater était Erik Prince, dont la sœur, Betsy DeVos, est désormais secrétaire à l’Éducation de Donald Trump. Prince a ensuite vendu Blackwater, qui est maintenant connu sous le nom Academi. Prince aurait été impliqué dans les opérations d’AFRICOM en Libye et en Somalie via sa société Reflex Responses (R2), basée à Abu Dhabi.

 

Le 2 juillet 2007, le suicide du lieutenant-colonel Thomas Mooney, attaché de défense américain à Nicosie, Chypre, aurait été le résultat d’une « coupure auto-infligée à la gorge ». Le corps de Mooney a été trouvé à côté d’un véhicule de l’ambassade stationné dans un endroit isolé, à environ 30 miles à l’ouest de Nicosie. Il aurait quitté l’ambassade dans la Chevrolet Impala noire de l’ambassade pour aller chercher un passager à l’aéroport international de Larnaca. Bien que l’ambassade des États-Unis et le Département d’État aient jugé que la mort de Mooney était un suicide, la police chypriote n’était pas d’accord avec ces conclusions soulignant simplement que le suicide était illégal à Chypre. Mooney était, selon nos sources, en train d’enquêter sur des fraudes dans des contrats en Irak impliquant des entreprises basées à Chypre, dont certaines étaient liées à la mafia israélienne.

 

L’AFRICOM et le PACOM – tout comme le CENTCOM, qui étend la culture de la corruption par les bakchichs au Moyen-Orient et en Asie du Sud – se trouvent maintenant englués dans les mêmes proportions de fraude que celles pratiquées dans des pays comme le Mali, le Niger, le Nigeria et le Burkina Faso, où l’AFRICOM est active. Le scandale Fat Leonard et le récent meurtre de Melgar au Mali ne sont que la partie émergée de l’iceberg quand il s’agit de la malfaisance dans les opérations militaires globales américaines.

Le comportement de l’armée américaine dans ses bases outre-mer, fait penser à l’expression du poète latin Juvénal, probablement au fait de la corruption de la garde prétorienne de son temps :

 

« Sed quis custodiet ipsos custodes ? ». « Qui surveille les surveillants ? »

 

Wayne Madsen

COMMENTAIRE N° 459, 15 OCTOBRE 2017

Le supposé « mystère » du gel des salaires

 

Par Immanuel Wallerstein  | 11 décembre 2017


Sociologue, chercheur à l’université de Yale 

Dans la théorie économique néoclassique, le rapport entre salaires et emploi est simple. Quand la demande de main d’œuvre est faible, les salaires en pâtissent : les travailleurs se font concurrence pour décrocher un emploi. Quand la demande de main d’œuvre est forte, les salaires augmentent : les employeurs se font concurrence pour acheter une force de travail devenue rare. Cette alternance cyclique est censée préserver le bon fonctionnement de l’économie de marché par un mouvement permanent de réajustement à un équilibre mouvant.

 

Or ce processus cyclique a cessé d’opérer de cette façon, à la grande perplexité des experts et universitaires. Leurs explications sont multiples et variées, avec pour fil rouge, semble-t-il, l’idée qu’existerait un nouvel état normal de l’économie. Mais apparu pourquoi, et fonctionnant comment ? Le 8 octobre dernier, le New York Times titrait comme suit l’article central de son cahier économique du dimanche : « Abondance de travail, salaires trop bas : malgré un marché de l’emploi qui se tend dans les principales économies, la faiblesse du chômage n’entraîne aucune relance substantielle des salaires. »

 

L’explication qu’on nous propose repose sur un accroissement de l’intérim et des temps partiels, à quoi s’ajoute la robotisation. Il s’ensuit, nous dit-on, une moindre dépendance de l’employeur vis-à-vis des salariés à plein temps. Conséquence : des syndicats affaiblis et des travailleurs ayant plus de difficulté à s’opposer aux employeurs. Tout cela est évidemment vrai. Mais pourquoi maintenant et pas avant ?

 

Un autre argument relativement nouveau est celui du « travailleur qui disparaît ». Mais comment donc les travailleurs disparaissent-ils ? Que peut-on bien vouloir dire par là ? En fait, il semble que de plus en plus de gens abandonnent toute recherche d’emploi. Après avoir perdu, peut-être, leur dernier filet de sécurité, ou épuisé tout ce qu’ils avaient pu mettre de côté. Les voilà devenus SDF, ou toxicomanes, ou les deux. Mais en réalité ils n’ont pas « abandonné », au sens d’un choix assumé : ils ont été poussés dehors. Ce qui présente un double avantage pour le patronat : il n’a pas besoin d’investir (par l’impôt ou autrement) dans la protection sociale ; et cela instille dans l’esprit des travailleurs toujours en recherche d’emploi la peur d’être, à leur tour, poussés hors du marché du travail.

 

Ici encore, pourquoi maintenant et pas avant ? « Avant », peu importe précisément quand, c’était au temps du fonctionnement normal du système-monde moderne. Les capitalistes avaient besoin du bon déroulement de ces cycles pour une augmentation maximale de la plus-value à long terme. Mais supposons que les employeurs aient compris, cognitivement ou intuitivement, que le capitalisme est entré en crise structurelle et qu’il est moribond. Que vont-ils faire ?

 

S’ils n’ont plus à se préoccuper d’une demande intérieure qui permette de faire vivre le système, ils pourraient aussi bien décider d’engranger le maximum de gains tant que cela est possible. Ne visant plus que le très court terme, ils pourraient se contenter de rechercher les meilleurs rendements sur les marchés boursiers, sans aucun souci du lendemain. D’ailleurs, n’est-ce pas ce qui est en train d’arriver dans l’ensemble des pays les plus riches, et même dans quelques autres moins favorisés ?

 

Cela ne peut évidemment pas durer : c’est ce comportement qui engendre des fluctuations si marquées et un chaos si profond. Quelques capitalistes, assurément les plus avisés, préfèrent se concentrer sur le combat du moyen terme, qui décidera de la nature du futur système-monde (ou des futurs systèmes-monde) que nous allons construire. Ce que nous observons n’est pas un nouvel état normal de l’économie : nous sommes les témoins d’une réalité transitoire.

 

Que doivent donc en conclure ceux d’entre nous que préoccupe le sort des « travailleurs qui disparaissent » ? Il faut, à l’évidence, défendre les moindres protections dont ceux-ci disposent encore ; comme j’aime à le dire, travailler à atténuer les souffrances. Dans le même temps, nous devons aussi nous battre pour remporter le combat intellectuel, moral et politique du moyen terme. Seule une stratégie combinant combat de court terme et combat de moyen terme a une chance de préserver la possibilité de ce monde meilleur, bien réelle mais nullement certaine.

 

Traduction : Christophe Rendu

Illustration : Vasco Gargalo

 

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

 

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

Socialisme ou barbarie : selon Forbes, les 7 premiers métiers qui tomberont dans l’oubli à cause de l’intelligence artificielle

 

 

10 Décembre 2017
Si quelque chose me fait encore lutter pour le communisme c’est bien cette conviction que si c’est le capitalisme qui s’empare de ces nouveaux possibles scientifiques et technologiques, leur logique est de considérer l’humanité non utile pour leurs profits comme des « nuisibles » à la mode des nazis, de nous tuer directement ou de laisser les haines croître entre nous. La révolution scientifique et technique exige d’autres rapports sociaux, d’autres valeurs mais parfois je me demande d’où elles surgiront?
 
(note et traduction de danielle Bleitrach)

Face à l’évolution rapide des technologies, ces emplois seront les premiers à tomber dans l’oubli dans un proche avenir.

 

Les 7 premiers métiers qui tomberont dans l'oubli à cause de l'intelligence artificielle

Image illustrative
pixabay / geralt

Beaucoup de gens partagent un certain enthousiasme pour le confort que les algorithmes intelligents et les robots apporteront à notre vie quotidienne et restent optimistes quant à leur travail. En attendant, les  premiers emplois à partir desquels ces robots commenceront à expulser les humains  ne se limiteront pas simplement au travail pour ceux qui manquent d’expérience ou de travail manuel.

 

L’automatisation robotique sera responsable de 2020 de la perte de plus de 5 millions d’emplois dans 15 pays développés, rapporte  le magazine ‘Forbes’ citant un rapport du Forum économique mondial.

 

Une autre étude, développée par la société IDC, implique des changements dramatiques dans la main-d’œuvre et la culture du travail dus aux innovations robotiques, y compris de nouvelles lois, de nouveaux postes et de nouvelles méthodes de travail aux côtés de collègues humains.

 

Conducteurs de camions

 

Il y a environ 3,5 millions de camionneurs aux États-Unis aujourd’hui, mais si les prédictions se réalisent en  moins d’une décennie, un tiers des camions autonomes, il est temps que les conducteurs commencent à s’entraîner pour de nouveaux emplois.

 

Image Illustrative / Pexels / 500photos.com
 

Otto Motors, une société financée par Uber et fondée par d’anciens employés de Google responsables de l’intelligence artificielle, a pour objectif de rendre obsolètes les conducteurs humains.

 

Travailleurs du bâtiment

 

Le système SAM est deux à trois fois plus productif que les maçons humains. Placer 1 200 briques par jour, comparativement à 300-500 placé par les humains. Et ce n’est que le début de l’automatisation dans la construction.

 

Les opérateurs de grues et les conducteurs de bulldozers devraient se préparer à des machines intelligentes qui leur voler des emplois bientôt.

 

Illustrative Image / Pexels / Unsplash
 
Personnel de soutien juridique

 

Selon le rapport Deloitte Insight, 39% des emplois dans le secteur juridique seront automatisés d’ici 2020. L’examen de la documentation et la recherche d’informations pertinentes pour les affaires juridiques sont des tâches qui vont bien avec les capacités de l’intelligence artificielle.

 

À l’heure actuelle, l’infiltration de l’intelligence artificielle se limite aux procédures d’audit, à la recherche de données électroniques et à l’évaluation des contrats, mais son application se développera à l’avenir, sans aucun doute.

 

Médecins et autres personnels médicaux

 

Les robots sont déjà utilisés dans la médecine d’aujourd’hui et répondront à  la demande critique de services médicaux de la part de la population mondiale croissante.

 

Plusieurs organisations médicales introduisent déjà des systèmes informatisés pour la détection et le traitement du cancer. Les diagnostics et la chirurgie sont des domaines appropriés pour  l’utilisation de robots

 

Comptables

 

Le calcul des chiffres, la gestion des bilans, des comptes créditeurs et débiteurs, l’évaluation des pertes et profits et le maintien des stocks sont des tâches où les robots peuvent être plus compétents que les humains. Nous devonsdonc nous attendre à une croissance significative de la comptabilité robotique dans les années à venir.

 

Illustrative Image / Pexels / Pixabay
 

Le travail des analystes financiers comporte également des risques, puisque l’analyse de l’intelligence artificielle est capable de détecter une tendance plus rapidement et plus précisément.

 

Rapporteurs

 

Les romanciers , peut – être, garderont  leur travail mais les auteurs de rapports et journalistes financiers sont susceptibles d’ être menacé  du chômage.

 

Les machines sont préparées et sont de plus en plus compétentes dans la création de contenu lisible. donc la profession de journaliste est aussi menacée, je dois dire que quand je vois certaines têtes à claques se réjouir de la mise au chômage d’ouvriers, ils ne l’auront pas volé. Malheureusement il faut creaindre que l’objectivité de l’intelligence articificielle ne soit pas plus assurée que celle des journalistes de notre actuel système de propagande.

 

Vendeurs

 

Comme plus de gens regardent le commerce électronique et la recherche basée sur le prix, les spécifications et la disponibilité de chaque article qu’ils veulent acheter, le  vendeur est éliminé de l’équation.

 

 

« Les Etats-Unis ne se laisseront pas gouverner par des pays sans crédibilité pour résoudre le conflit israélo-palestinien »

 

10 Décembre 2017
A la condamnation universelle et à celle de l’unanimité du Conseil de sécurité, les Etats-Unis répondent par le mépris et continuent à se poser en unique médiateur.
 
(note et traduction de Danielle Bleitrach)


Publié: 10 Dec 2017 04:25 GMT | Dernière mise à jour de la fiche: 10 déc 2017 05:15 GMT

Le Conseil de sécurité de l’ONU a unanimement condamné la décision de Trump sur Jérusalem.

 

"Les Etats-Unis ne seront pas enseignés par des pays sans crédibilité pour résoudre le conflit israélo-palestinien"

La représentant permanent des États-Unis devant l’ONU, Nikki Haley
Brendan McDermid / Reuters

La représentant permanent des États-Unis à l’ONU, Nikki Haley, a déclaré que seul le pays nord – américain, et aucune des autres 14 nations qui composent le Conseil de sécurité, a la crédibilité d’être  médiateur dans le conflit israélo-palestinien. Une situation que les Palestiniens  voient différemment.

 

Haley a prononcé son discours lors d’une session d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies tenue vendredi à la demande de huit pays membres de l’organisation internationale pour répondre à la décision du président Donald Trump de transférer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. officiellement celui-ci en tant que capitale d’Israël. La décision a été unanimement condamnée par tous les membres du Conseil de sécurité, à l’exclusion des États-Unis, pour avoir sapé le processus de paix en cours.

Riyad al Maliki, ministre palestinien des Affaires étrangères
Nous chercherons un nouveau médiateur entre nos frères arabes et la communauté internationale Riyad al Maliki, ministre palestinien des Affaires étrangères

L’ONU a fait beaucoup plus pour nuire aux perspectives de paix au Moyen-Orient que pour les faire avancer, nous ne ferons pas partie de cela, les Etats-Unis ne resteront plus de côté quand Israël sera injustement attaqué aux Nations Unies. « Ils n’accepteront pas de leçons des pays qui manquent de crédibilité pour traiter les Israéliens et les Palestiniens de manière équitable », a déclaré Haley.

 

Le diplomate a rappelé que « ce n’est pas une coïncidence si les accords de paix historiques entre l’Egypte et Israël et entre la Jordanie et Israël ont été signés sur la pelouse de la Maison Blanche ». « S’il y a encore un accord de paix historique entre Israéliens et Palestiniens, il y a de fortes chances qu’il soit également signé sur la pelouse de la Maison Blanche », a déclaré Haley, qui a affirmé que Washington « avait de la crédibilité des deux côtés » .

« Israël ne sera jamais et ne devra jamais être contraint de conclure un accord par les Nations Unies ou un groupe de pays qui ont montré leur mépris pour la sécurité d’Israël », a ajouté Haley.

 

Cependant, les autorités palestiniennes ont une autre vision de l’exceptionnalisme américain supposé, mis en évidence par Haley. Samedi, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad al Maliki, a annoncé que son gouvernement ne pouvait plus accepter les Etats-Unis. en tant qu’intermédiaire dans le processus de paix parce qu’il s’est maintenant « positionné en tant que parti du différend et non en tant que médiateur ». « Les Etats-Unis sont un agresseur du peuple palestinien et du droit international », a-t-il déclaré.

 

« Nous allons chercher un nouveau médiateur entre nos frères arabes et la communauté internationale, un médiateur qui peut aider à parvenir à une solution à deux Etats » , a déclaré Al Maliki, cité par Reuters.

 

 

08 décembre 2017
Denis Sieffert, Israël, Trump et le risque d'un séisme régional

 

« Pourquoi, interroge Denis Sieffert, Trump prend-il le risque d’un séisme régional et de rendre plus difficile le rapprochement en cours entre Israël et l’Arabie saoudite dans un front contre l’Iran ? Plaire au gouvernement d’extrême droite israélien n’est certainement pas une motivation suffisante. Il faut plutôt chercher les raisons du côté de la politique intérieure des Etats-Unis. Trump flatte un électorat chrétien-sioniste qui a eu un rôle décisif dans sa campagne électorale. Les chrétiens sionistes lisent la Bible en interprétant littéralement les mentions qui y sont faites du peuple juif. Or, de nombreux versets bibliques indiquent que Dieu a donné la Terre sainte aux Juifs. Les chrétiens sionistes représentent près d’un tiers de la population, soit 90 millions de personnes. Ils forment un lobby extrêmement actif et déterminé, et pour l’instant, fidèle en toute circonstance à Donald Trump. Celui-ci a sans doute voulu les remobiliser au moment où l’affaire de la collusion avec la Russie se rapproche dangereusement de lui. Une fois de plus, les Palestiniens font les frais d’une histoire qui n’est pas la leur... »

 

Reprenons la lecture de la thèse de Denis Sieffert...

 

Michel Peyret


Publié le 6 décembre 2017 - Par Denis Sieffert

Trump terroriste

 

Le président américain vient de reconnaître Jérusalem comme capitale exclusive d’Israël. Pourquoi prend-il le risque d’un séisme régional ?

 

En annonçant mercredi soir le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et en reconnaissant de fait la ville-sainte comme capitale exclusive d’Israël, Donald Trump a non seulement pris le risque d’un embrasement de la région, mais il a sans doute également alimenté durablement le terrorisme.

 

C’est d’ailleurs une caractéristique assez générale de la politique américaine au Proche-Orient que de favoriser les causes du terrorisme tout en prétendant le combattre. Que Donald Trump se soit gardé de fixer un calendrier pour le déménagement de l'ambassade américaine qui devrait prendre des années, n'y change rien.

 

Sans trop de gêne, le Secrétaire d’État, Rex Tillerson, a assuré peu avant le discours de Trump que « le président (Trump) est très engagé en faveur du processus de paix au Proche-Orient ». « Nous continuons de croire qu'il y a une très bonne opportunité de faire la paix et le président a une équipe qui est totalement dédiée à cela », a insisté le chef de la diplomatie américaine.

 

Cette équipe censée relancer les pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens, au point mort depuis 2014, est dirigée, faut-il le rappeler, par le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, réputé ultra-sioniste. Comme souvent, l’administration américaine, à l’instar du gouvernement israélien, joue sur les mots. Car ce n’est pas « la paix » que demandent les Palestiniens, c’est le droit. La paix, alors que la colonisation continue de galoper, est évidemment une arnaque. La « paix », alors que l’un des principaux enjeux de la négociation, c’est précisément Jérusalem-est comme capitale d’un État palestinien, c’est la paix israélienne.

 

Rappelons que le partage de 1947 avait sagement proclamé la ville « corpus separatum », et l’avait placée sous régime international. Le refus arabe d’un partage qui, il est vrai, était tout sauf équitable, puis la guerre de 1948, qui a fait suite à la proclamation unilatérale d’Israël, ont rapidement mis un terme à ce statut dérogatoire. La guerre des Six-Jours de juin 1967 et l’entrée des troupes israéliennes dans la partie orientale de la ville, puis son annexion en 1980, ont été des moments décisifs du processus colonial.

 

Mais la communauté internationale n’a jamais reconnu cette annexion. Malgré les pressions israéliennes, les ambassades sont restées à Tel-Aviv. Seul le Congrès américain, en adoptant le Jerusalem Embassy Act, fait planer depuis 1995 la menace d’un transfert que Donald Trump met aujourd’hui à exécution. Cela, en dépit des multiples mises en garde des pays arabes et de la Turquie. Les 57 pays de l’Organisation de la coopération islamique ont prévu de se réunir en urgence.

 

Flatter un électorat chrétien-sioniste

 

Pourquoi Trump prend-il le risque d’un séisme régional et de rendre plus difficile le rapprochement en cours entre Israël et l’Arabie saoudite dans un front contre l’Iran ? Plaire au gouvernement d’extrême droite israélien n’est certainement pas une motivation suffisante. Il faut plutôt chercher les raisons du côté de la politique intérieure des Etats-Unis. Trump flatte un électorat chrétien-sioniste qui a eu un rôle décisif dans sa campagne électorale. Les chrétiens sionistes lisent la Bible en interprétant littéralement les mentions qui y sont faites du peuple juif. Or, de nombreux versets bibliques indiquent que Dieu a donné la Terre sainte aux Juifs. Les chrétiens sionistes représentent près d’un tiers de la population, soit 90 millions de personnes. Ils forment un lobby extrêmement actif et déterminé, et pour l’instant, fidèle en toute circonstance à Donald Trump. Celui-ci a sans doute voulu les remobiliser au moment où l’affaire de la collusion avec la Russie se rapproche dangereusement de lui. Une fois de plus, les Palestiniens font les frais d’une histoire qui n’est pas la leur.

 

Cette injustice historique, qui est aujourd’hui aggravée, ne peut que susciter un profond ressentiment dans le monde arabe, et d’abord parmi les Palestiniens. Elle ne manquera pas d’alimenter le discours des mouvements jihadistes.

 

Accessoirement, la décision de Donald Trump souligne les limites de la diplomatie de « la main dans le dos » d’Emmanuel Macron. Le Président français avait justifié l’accueil très chaleureux qu’il avait réservé à Trump au mois de juillet par l’influence qu’il pourrait avoir par la suite sur l’imprévisible locataire de la Maison Blanche. L’affaire de Jérusalem, venant après le retrait américain de l’accord sur le climat, montre ce qu’il en est.

Posté par Michel Peyret 

Etat de peur : comment la campagne de bombardement la plus meurtrière de l’histoire a créé la crise actuelle en Corée (Counterpunch)

 

Photo : bombes incendiaires sur Tokyo, 1946. Library of Congress

Alors que le monde observe avec une inquiétude grandissante les tensions croissantes et la rhétorique belliqueuse entre les États-Unis et la Corée du Nord, l’un des aspects les plus remarquables de la situation est l’absence de toute reconnaissance publique de la raison sous-jacente des craintes nord-coréennes - ou, comme l’a qualifié l’ambassadeur des Nations Unies Nikki Haley,"l’état de paranoïa" - à savoir, l’horrible campagne de bombardement incendiaire menée par les Etats-Unis pendant la guerre de Corée et le nombre sans précédent de victimes.

 

Même si l’on ne connaîtra jamais tous les faits, les preuves disponibles permettent de conclure que les bombardements perpétrés sur les villes et les villages de la Corée du Nord ont fait plus de morts parmi les civils que toute autre campagne de bombardement de l’histoire.

 

L’historien Bruce Cumings décrit la campagne de bombardement comme "probablement l’un des pires épisodes de violence américaine déchaînée contre un autre peuple, mais c’est certainement celui que les Américains connaissent le moins".

 

La campagne, menée de 1950 à 1953, a tué 2 millions de Nord-Coréens, selon le Général Curtis LeMay, chef du Commandement aérien stratégique et organisateur du bombardement de de Tokyo et d’autres villes japonaises. En 1984, LeMay a déclaré au Bureau de l’Histoire de l’Armée de l’Air que le bombardement de la Corée du Nord avait "tué 20 pour cent de la population".

 

D’autres sources citent un nombre légèrement inférieur. Selon un ensemble de données élaboré par des chercheurs du Centre for the Study of Civil War (CSCW) et de l’International Peace Research Institute, Oslo (PRIO), la "meilleure estimation" des décès de civils en Corée du Nord est de 995 000, avec une estimation basse de 645 000 et une estimation élevée de 1,5 million.

 

Bien que la moitié des estimations de LeMay, le CSCW/PRIO estime que 995 000 morts dépassent encore le nombre de victimes civiles de toute autre campagne de bombardement, y compris les bombardements alliés de villes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale, qui ont fait entre 400 000 et 600 000 morts, les bombardements incendiaires et nucléaires de villes japonaises, qui ont causé entre 330 000 et 900 000morts ; et les bombardements en Indochine entre 1964 et 1973, qui ont causé entre 121000 et 361000 morts au cours de Operation Rolling Thunder, Operation Linebacker, and Operation Linebacker II (Vietnam) ; Operation Menu and Operation Freedom Deal (Cambodia), and Operation Barrel Roll (Laos).

 

Le lourd bilan des bombardements en Corée du Nord est d’autant plus remarquable que la population du pays est relativement modeste : seulement 9,7 millions d’habitants en 1950. En comparaison, il y avait 65 millions de personnes en Allemagne et 72 millions au Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Les attaques lancées par l’armée de l’air américaine contre la Corée du Nord utilisaient les tactiques de bombardement qui avaient été mises au point pendant la Seconde Guerre mondiale pour bombarder l’Europe et le Japon : des explosifs pour détruire des bâtiments, du napalm et d’autres armes incendiaires pour allumer des incendies massifs, et des tirs nourris pour empêcher les équipes de lutte contre l’incendie d’éteindre les flammes.

 

Le recours à de telles tactiques n’allait pas de soi. Selon les politiques américaines en vigueur au début de la guerre de Corée, les bombardements incendiaires dirigés contre les populations civiles étaient interdits. Un an plus tôt, en 1949, plusieurs amiraux de la marine américaine avaient condamné ces tactiques lors de témoignages devant le Congrès. Au cours de cette "révolte des amiraux", la Marine avait contesté ses collègues de la Force aérienne, soutenant que les attaques menées contre les populations civiles étaient contre-productives du point de vue militaire et violaient les normes morales internationales.

 

Arrivant à un moment où les tribunaux de Nuremberg avaient sensibilisé le public aux crimes de guerre, les critiques des amiraux de la marine reçurent un écho auprès de l’opinion publique. Par conséquent, il était interdit d’attaquer les populations civiles dans le cadre de la politique américaine au début de la guerre de Corée. Lorsque le général George E. Stratemeyer de la Force aérienne a demandé la permission d’utiliser les mêmes méthodes de bombardement sur cinq villes nord-coréennes que celles qui avaient "mis le Japon à genoux", le général Douglas MacArthur a rejeté la demande en invoquant la "politique générale".

 

Cinq mois après le début de la guerre, alors que les forces chinoises étaient intervenues aux côtés de la Corée du Nord et les forces de l’ONU battaient en retraite, le général MacArthur changea de position et accepté la demande du général Stratemeyer, le 3 novembre 1950, d’incendier la ville nord-coréenne de Kanggye et plusieurs autres villes : « Brûlez-la si vous voulez. Mieux encore, Strat, brûlez et détruisez en guise de leçon tout ville ou village qui aurait à vos yeux un intérêt militaire pour l’ennemi. » Le même soir, le chef d’état-major de MacArthur a déclaré à Stratemeyer que le bombardement incendiaire de Sinuiju avait également été approuvé. Dans son journal, Stratemeyer résume ainsi les instructions : « Chaque bâtiment, chaque site et chaque village en Corée du Nord devient une cible militaire et tactique » Stratemeyer a donné l’ordre à la Cinquième Force aérienne et au Commandement des bombardiers de « détruire tous les moyens de communication et toutes les installations, usines, villes et villages ».

 

Bien que l’Armée de l’air ait été directe dans ses propres communications internes au sujet de la nature de la campagne de bombardement - y compris avec des cartes montrant le pourcentage exact de chaque ville qui avait été incinérée -, les communications à la presse ont décrit la campagne de bombardement comme une campagne axée uniquement sur « les concentrations de troupes ennemies, les dépôts, les bâtiments militaires et les lignes de communication. »

 

Les ordres donnés à la Cinquième armée de l’air étaient plus clairs : « Les avions sous le contrôle de la Cinquième armée de l’air détruiront toutes les autres cibles, y compris tous les bâtiments pouvant servir d’abris ».

 

En moins de trois semaines après l’assaut initial contre Kanggye, dix villes avaient été incendiées, dont Ch’osan (85 %), Hoeryong (90 %), Huich’on (75 %), Kanggye (75 %), Kointong (90 %), Manp’ochin (95 %), Namsi (90 %), Sakchu (75 %), Sinuichu (60 %) et Uichu (20 %).

 

Le 17 novembre 1950, le général MacArthur dit à l’ambassadeur US en Corée John J. Muccio, « Malheureusement, cette région sera transformée en désert ». Par "cette région", MacArthur voulait dire toute la zone comprise entre « nos positions actuelles et la frontière ».

 

Pendant que la Force aérienne continuait de brûler des villes, elle suivait attentivement les niveaux de destruction qui en résultaient :

* Anju – 15%
* Chinnampo (Namp’o)- 80%
* Chongju (Chŏngju) – 60%
* Haeju – 75%
* Hamhung (Hamhŭng) – 80%
* Hungnam (Hŭngnam) – 85%
* Hwangju (Hwangju County) – 97%
* Kanggye – 60% (reduced from previous estimate of 75%)
* Kunu-ri (Kunu-dong)- 100%
* Kyomipo (Songnim) – 80%
* Musan – 5%
* Najin (Rashin) – 5%
* Pyongyang – 75%
* Sariwon (Sariwŏn) – 95%
* Sinanju – 100%
* Sinuiju – 50%
* Songjin (Kimchaek) – 50%
* Sunan (Sunan-guyok) – 90%
* Unggi (Sonbong County) – 5%
* Wonsan (Wŏnsan)- 80%

 

En mai 1951, une équipe internationale d’enquête déclarait : « Les membres, tout au long de leur voyage, n’ont pas vu une seule ville qui n’avait pas été détruite, et il y avait très peu de villages intacts ».

 

Le 25 juin 1951, le général O’Donnell, commandant du Far Eastern Air Force Bomber Command, a témoigné en réponse à une question du sénateur Stennis (« ... La Corée du Nord a été pratiquement détruite, n’est-ce pas ? »)

 

« Oh, oui... je dirais que tout, ou presque, du nord de la péninsule coréenne, est dans un état terrible. Tout est détruit. Il n’y a plus rien debout digne de ce nom... Juste avant l’arrivée des Chinois, nos avions étaient cloués au sol. Il n’ y avait plus rien à bombarder en Corée. »

 

En août 1951, le correspondant de guerre Tibor Meray déclarait qu’il avait été témoin « d’une dévastation totale entre le fleuve Yalu et la capitale » et « qu’il n’y avait plus de villes en Corée du Nord », ajoutant que « j’avais l’impression de voyager sur la Lune parce qu’il n’ y avait que des dévastations... Chaque ville n’était plus qu’un alignement de cheminées. »

 

Plusieurs facteurs se sont combinés pour intensifier la mortalité des attaques aux bombes incendiaires. Comme on l’avait appris au cours de la Seconde Guerre mondiale, les attaques incendiaires pouvaient dévaster les villes à une vitesse incroyable : l’attaque à la bombe incendiaire de la Royal Air Force à Würzburg, en Allemagne, dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, n’avait pris que 20 minutes pour envelopper la ville dans une tempête de feu avec des températures estimées à 1500-2000°C.

 

La sévérité de l’hiver nord-coréen a également contribué au bilan macabre des attaques. A Pyongyang, la température moyenne en janvier est de -13. Les bombardements les plus importants ont eu lieu en novembre 1950, ceux qui ont échappé à la mort par le feu ont donc été exposés au de mort par le froid dans les jours et les mois qui ont suivi. Les survivants ont créé des abris de fortune dans des canyons, des grottes ou des caves abandonnées. En mai 1951, une délégation de la Fédération démocratique internationale des femmes (WIDF) s’est rendue dans la ville bombardée de Sinuiju :

 

« L’écrasante majorité des habitants vivent dans des tranchées creusées à même la terre et renforcées par du bois de récupération. Certains de ces abris ont des toits en tuiles et en bois, récupérés dans des bâtiments détruits. D’autres vivent dans des caves qui restées intactes après le bombardement et d’autres encore dans des tentes chaumées avec des charpentes récupérées des bâtiments détruits et dans des huttes faites de briques et de décombres posés sans mortier. »

 

A Pyongyang, la délégation a décrit une famille de cinq membres, dont un enfant de trois ans et un nourrisson de huit mois, qui vivaient dans un espace souterrain de deux mètres carrés, auquel on ne pouvait accéder qu’en rampant dans un tunnel de trois mètres.

 

Un troisième facteur était l’utilisation intensive du napalm. Mis au point à l’Université Harvard en 1942, la substance collante et inflammable a été utilisée pour la première fois pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est devenu une arme clé pendant la guerre de Corée, où 32 557 tonnes ont été utilisées, selon une logique que l’historien Bruce Cumings caractérisait ainsi : « Ce sont des sauvages, ce qui nous donne le droit de répandre du napalm sur des innocents ». Longtemps après la guerre, Cumings a décrit une rencontre avec un survivant âgé :

 

« Dans un coin de rue se tenait un homme (je pense que c’était un homme ou une femme avec de larges épaules) qui avait une curieuse croûte violette sur chaque partie visible de sa peau - épaisse sur ses mains, mince sur ses bras, couvrant entièrement sa tête et son visage. Il était chauve, il n’avait pas d’oreilles ni de lèvres, et ses yeux, sans paupières, étaient d’un blanc grisâtre, sans pupilles... Cette croûte violacée est le résultat d’un contact avec le napalm, puis le corps de la victime, non traitée, a été laissé pour guérir d’une façon ou d’une autre. »

 

Pendant les pourparlers d’armistice à la fin des combats, les commandants américains n’avaient plus de villes à prendre pour cible. Afin de mettre la pression sur les négociations, ils ont dirigé les bombardiers vers les grands barrages coréens. Comme l’a rapporté le New York Times, l’inondation causée par la destruction d’un barrage « a nettoyé » 40 km de la vallée et détruit des milliers d’hectares de riz récemment semé. 

 

Dans le sillage des bombardements incendiaires contre l’Allemagne et le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, un groupe de recherche du Pentagone composé de 1 000 membres a procédé à une évaluation exhaustive connue sous le nom de "United States Strategic Bombing Survey". L’USSBS a publié 208 volumes pour l’Europe et 108 volumes pour le Japon et le Pacifique, comprenant un dénombrement des victimes, des entretiens avec les survivants et des enquêtes économiques. Ces rapports rédigés industrie par industrie étaient si détaillés que General Motors a utilisé les résultats pour poursuivre avec succès le gouvernement américain pour des dommages de 32 millions de dollars causés à ses usines allemandes.

 

Après la guerre de Corée, aucun bilan des bombardements n’a été effectué, à part les cartes internes de l’armée de l’air montrant la destruction ville par ville. Ces cartes sont restées secrètes pendant vingt ans. Au moment où les cartes ont été discrètement déclassifiées en 1973, l’intérêt des États-Unis pour la guerre de Corée s’était depuis longtemps estompé. Ce n’est qu’au cours des dernières années que le tableau complet a commencé à se dessiner dans les études d’historiens tels que Taewoo Kim de l’Institut coréen d’analyse de la défense, Conrad Crane de l’Académie militaire américaine et Su-kyoung Hwang de l’Université de Pennsylvanie.

 

En Corée du Nord, le souvenir se perpétue. Selon l’historien Bruce Cumings, « C’est la première chose que mon guide a évoqué avec moi. » Cumings écrit : « La campagne sans entrave des bombardements incendiaires sur le Nord a duré trois ans, donnant lieu à un désert et à un peuple taupe survivant qui avait appris à aimer l’abri des grottes, des montagnes, des tunnels et des redoutes, un monde souterrain qui est devenu la base de la reconstruction d’un pays et un souvenir pour construire une haine féroce dans les rangs de la population ».

 

Aujourd’hui encore, cette campagne de bombardements incendiaires perpétré contre les villes et les villages de la Corée du Nord demeure pratiquement inconnu du grand public et n’est pas reconnu dans les discussions médiatiques sur la crise, en dépit de son importance évidente dans la poursuite par la Corée du Nord de son programme de dissuasion nucléaire. Sans connaître et confronter ces faits, on ne peut pas comprendre la peur qui est au cœur des attitudes et des actions de la Corée du Nord.

 

Ted Nace

Traduction "aaaahhh, il me semblait bien qu’on ne nous disait pas tout" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://www.counterpunch.org/2017/12/08/state-of-fear-how-historys-dea...

URL de cet article 32671 

Allégeance de Washington à l’Etat-colon

Donald Trump vient d’annoncer que les USA reconnaissent Jérusalem comme la capitale d’Israël et que l’État hébreu, en tant qu’État souverain, “a le droit de déterminer sa propre capitale”. Cette décision est un camouflet infligé au droit international par la première puissance mondiale. Colonisée et annexée par Israël, Jérusalem-Est est considérée par les Palestiniens comme la capitale de leur futur Etat. Pour l’ONU, c’est un territoire occupé en violation de la légalité internationale, comme l’affirmaient déjà les résolutions 242 et 338 du conseil de sécurité.

 

Mais cette décision est-elle vraiment une surprise ? Elle date de la campagne présidentielle de 2016, et Donald Trump n’en a jamais fait mystère. Boudé par Wall Street qui lui préférait Hillary Clinton, le candidat républicain voulait à tout prix allumer des contre-feux pour rattraper son retard. Il lui fallait obtenir des appuis auprès du lobby sioniste, au risque de voir la victoire lui échapper. Flairant le danger, Donald Trump s’est alors livré à son exercice favori : il a fait de la surenchère pour damer le pion à Hillary Clinton.

 

Invité à l’assemblée annuelle de l’AIPAC, le 21 mars 2016, Donald Trump fait l’impossible pour faire oublier ses déclarations antérieures. Il refusait de prendre position sur la question palestinienne tant qu’il ne serait pas à la Maison-Blanche. Il hésitait à dire si les États-Unis devaient reconnaître ou non Jérusalem comme capitale d’Israël. Il disait que l’Etat hébreu devait payer l’aide militaire octroyée par les USA. Désormais, c’est fini. En vingt minutes, il dit à son auditoire ce qu’il voulait entendre et il obtient des salves d’applaudissements. Debout, en “standing ovation”.

 

Il affirme qu’il est un “soutien de longue date et ami réel d’Israël”. Avec lui à la présidence des États-Unis, Israël ne sera plus traité “comme un citoyen de seconde zone” ! Interrogé le jour même par CNN, il déclare qu’il est prêt à déplacer l’ambassade US à Jérusalem. Manifestement décidé à faire mieux que Clinton, il accuse l’Iran d’être “le plus grand sponsor du terrorisme mondial”, d’établir en Syrie un nouveau front dans le Golan contre Israël, de fournir des armes sophistiquées au Hezbollah libanais, et de soutenir le Hamas et le Djihad islamique.

 

Mais ce discours complaisant n’a pas suffi. Délaissé par les siens, Trump sait qu’il manque de soutiens parmi les donateurs juifs du parti républicain. Ces bailleurs de fonds à l’ancienne, sponsors traditionnels du parti conservateur, sont rebutés par la rhétorique d’un candidat hostile au libre-échange et allergique au “système”. Ils préfèrent se tourner vers une candidate qui n’a jamais lésiné dans son soutien à Israël et au complexe militaro-industriel. Après tout, l’essentiel c’est le business. Pour Donald Trump, du coup, la tâche est rude. Afin d’inverser la tendance, il faut absolument faire quelque chose.

 

A neuf semaines du scrutin, le candidat républicain se résout à abattre sa dernière carte. Elle lui permettra, espère-t-il, de surpasser Hillary Clinton, de la prendre à revers sur son propre terrain. C’est alors qu’il rencontre publiquement Benyamin Nétanyahou, le 26 septembre 2016. A l’issue de cette entrevue, à New York, Trump promet de reconnaître Jérusalem comme “la capitale indivisible d’Israël” et d’y installer l’ambassade américaine s’il est élu à la présidence. Fabuleux cadeau à l’Etat d’Israël, violation du droit international, cette concession à l’occupant serait lourde de conséquences. Trump le sait. Mais il était difficile de faire mieux pour séduire le lobby.

 

Fin septembre 2016, la “future capitale de l’Etat palestinien” passe donc à la trappe. La “solution à deux Etats” fait les frais d’une course à l’échalote entre deux candidats qui ont rivalisé d’imagination pour flatter le lobby. Habiles marionnettistes, les amis de Nétanyahou ont manipulé les deux pantins désarticulés qui se disputaient un pouvoir fantoche. Vainqueur de cette compétition acharnée, Trump a décidé de balayer les illusions entretenues par ses prédécesseurs sur le rôle des USA. Il a emporté la mise le 8 novembre 2016. Nous sommes le 6 décembre 2017. Il aura mis un an à payer l’addition.

 

En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, en y installant leur ambassade, les USA offrent au projet d’Etat palestinien un enterrement de première classe. Ils donnent eux-mêmes le coup de grâce à un “processus de paix” dont ils furent les parrains. “L’heure est venue”, a déclaré Donald Trump devant les chaînes de télévision le 6 décembre. L’heure était donc venue, pour Washington, de balayer tout espoir de paix. A la face du monde, le président américain vient de déclarer que la partie est finie. Quitte à décrédibiliser ses alliés arabes, il proclame que le fait accompli colonial en Palestine est irréversible.

 

Ruinant par avance toute perspective de négociation, ce geste spectaculaire trahit l’allégeance de Washington aux intérêts de l’Etat-colon. A quoi bon négocier si l’enjeu de la négociation (la possibilité d’un Etat palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale) est pulvérisé par Washington ? Paradoxalement, cette ultime reddition américaine aux exigences israéliennes sonne le glas d’une illusion à laquelle les autres puissances, occidentales ou arabes, feignaient de croire encore. Donald Trump vient de leur administrer une douche froide, en leur rappelant qui est le leader du “monde libre”.

 

Mais il y a plus. En validant la rhétorique israélienne sur “Jérusalem réunifiée”, le président américain restaure également la primauté du théologique sur le politique. Les prétentions sionistes sur la Ville sainte se réclament du texte biblique. En les accréditant, Trump réintroduit le sacré dans un conflit d’essence profane. Il percute le droit international avec le droit divin. Il masque d’un écran de fumée l’affrontement qui oppose l’occupant et l’occupé. Cette concession à la mythologie sioniste occulte la lutte de libération nationale du peuple palestinien. A une époque ou la manipulation du “religieux” sert l’impérialisme, ce n’est pas innocent.

 

Bruno GUIGUE

URL de cet article 32665 

 

La déclaration illégale de l’administration Trump inverse des décennies de politique étatsunienne concernant Jérusalem et contredit le droit international. Ce soutien affiché à la colonisation, à l'apartheid, à la xénophobie, souligne qu’il est plus que temps que le monde fasse concrètement pression sur Israël pour que cesse toute cette horreur. Exigeons une initiative française en ce sens !

Le Comité National BDS palestinien (BNC), la plus grande coalition de la société civile palestinienne, qui dirige le mouvement mondial de BDS pour les droits des Palestiniens, a déclaré :

 

" Le président étatsunien Donald Trump qui vient de reconnaître Jérusalem occupée comme la “capitale d’Israël” est une tentative épouvantable de la part d’une administration étatsunienne xénophobe et raciste, dont la propre légitimité est au mieux précaire, de donner une légitimité au contrôle illégal de la ville par Israël. L’initiative illégale et anti-palestinienne de l’administration Trump inverse des décennies de politique officielle étatsunienne concernant Jérusalem et contredit le consensus international.

 

Les Palestinien.ne.s, soutenu.e.s par l’absolue majorité du monde arabe et par des millions de personnes de conscience à travers le monde, n’accepteront pas cette dernière soumission au programme extrémiste d’Israël. Nous devons persister à obtenir nos droits prévus par l’ONU et à mettre fin au régime d’occupation, au colonialisme de peuplement et à l’apartheid israéliens grâce à la résistance populaire et au mouvement international de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

 

Comme Dr. Hanan Ashrawi, s’exprimant pour l’Organisation de Libération de la Palestine, l’a dit, l’administration Trump “est en train de saper l’état de droit international, ainsi que la réputation, la sécurité et les intérêts américains à travers le monde.”

 

Cette reconnaissance serait, jusqu’alors, la forme de complicité la plus grave de l’administration au renforcement du régime d’apartheid israélien à Jérusalem et à l’accélération de son nettoyage ethnique des indigènes Palestiniens de leur ville.

 

Cela encourage le gouvernement israélien et les colons illégaux à voler et à détruire davantage de maisons palestiniennes, à exproprier davantage de terre palestinienne et à révoquer les droits davantage de Palestiniens qui sont chez eux à Jérusalem.

 

Cette dernière initiative de l’administration Trump encourage également Israël à continuer d’empêcher la plupart des Palestiniens des territoires occupés d’entrer dans Jérusalem occupée, y compris pour nous rendre sur nos lieux saints musulmans et chrétiens dans la Vieille Ville, rendre visite à nos familles et amis, avoir accès à des soins médicaux, et faire des affaires. Cette initiative rend légitime la séparation de nombreux Palestiniens de l’un de leurs cœurs culturels, spirituels et politiques.

 

Cela démontre encore davantage les liens étroits et la vision fanatique du monde entre l’actuelle et irrationnelle administration étatsunienne et son homologue israélienne d’extrême droite. Les deux administrations incitent au racisme et à la xénophobie e et les exploitent et craignent pour leurs intérêts politiques. Cela alimente également la croyance des Israéliens d’extrême droite, y compris les élu.e.s du gouvernement, qu’ils peuvent continuer de régner indéfiniment sur des millions de Palestinien.ne.s sans leur accorder liberté ni droit.

 

La politique de Trump sur la Palestine souligne l’importance vitale du mouvement BDS pour obtenir la liberté, la justice et l’égalité des Palestinien.ne.s.

 

Pendant des décennies, les États-Unis ont soutenu, excusé et préservé Israël de rendre des comptes pour sa politique de nettoyage ethnique des Palestinien.ne.s, volant notre terre pour y construire des colonies réservées aux Juifs, et niant aux Palestiniens leurs droits devant le droit international à Jérusalem et ailleurs.

 

Alors qu’il s’engage à financer les agressions militaires et les crimes de guerre d’Israël à hauteur de 38 milliards de dollars sur 10 ans, le gouvernement étatsunien continue de restreindre les financements sociaux pour l’éducation, la santé, l’emploi, la protection de l’environnement et autres besoins de base aux États-Unis. Ces graves restrictions affectent les populations les plus marginalisées du pays, particulièrement les personnes de couleur. Ce qui souligne encore davantage le besoin urgent de connecter la lutte palestinienne pour la libération aux luttes pour la justice raciale, sociale, économique et environnementale aux États-Unis et au-delà.

 

Il est plus que temps que le monde fasse concrètement pression sur Israël pour qu’il respecte les droits des Palestiniens en soutenant notre lutte pour les droits et la dignité.

 

Rappels :

  • Jérusalem Est est reconnue par les Nations Unies comme une partie indissociable du territoire palestinien occupé, et aucun autre état dans le monde ne reconnait Jérusalem (Est ou Ouest) comme étant la capitale d’Israël.
  • L’annexion par Israël de Jérusalem Est est illégale selon le droit international. Lorsqu’Israël fit passer en 1980 une Loi Fondamentale qui déclarait Jérusalem, “complète et unie,” “capital d’Israël,” le Conseil de Sécurité de l’ONU adopta la Résolution 476 déclarant que les “mesures qui ont altéré le caractère géographique, démographique et historique ainsi que le statut de la Ville Sainte de Jérusalem sont nulles et non avenues et constituent une violation flagrante de la Quatrième Convention de Genève relative à la Protection des Personnes Civiles en Temps de Guerre et constitue également une obstruction grave à l’instauration d’une paix d’ensemble, juste et durable au Moyen-Orient.
  • La Résolution 181 (II) de l’Assemblée Générale de l’ONU désigne Jérusalem comme un tout et ses environs comme “un corpus separatum sous un régime international spécial,” administré par l’ONU.
  • Depuis qu’il occupe militairement Jérusalem Est en 1967, Israël a dépouillé plus de 14 000 Palestinien.ne.s jérusalémites de leur droit à vivre dans leur ville natale. Israël a réclamé la ville et annexé sa partie Est lors d’une initiative maintes fois condamnée et jugée illégale par les Nations Unies et la communauté internationale. Israël délivre rarement à des Palestiniens les permis nécessaires pour pouvoir construire dans la ville, et soumet les Palestiniens à des pratiques violentes et racistes et à une discrimination généralisée quand il s’agit d’éducation et autres services municipaux. "

Le Comité National BDS palestinien (BNC) est la plus grande coalition de la société civile palestinienne. Il dirige et soutient le mouvement mondial de Boycott, Désinvestissement et Sanctions pour les droits de Palestiniens.

 

Claire Vérilhac

»» https://blogs.mediapart.fr/register/blog/071217/jerusalem-la-reponse-p...
URL de cet article 32661 

07 décembre 2017

Cécile De Sèze, Trump, foncer sans écouter...

 

« Le Pape François :"Je ne peux taire ma profonde inquiétude, a déclaré quant à lui le souverain pontife. J'adresse un appel vibrant pour que tous s'engagent à respecter le statu quo de la ville, en conformité avec les résolutions pertinentes de l'ONU". Le Pape ne peut qu'accorder un intérêt tout particulier à la ville qui abrite les lieux les plus saints de trois grandes religions monothéistes, y compris le Saint-Sépulcre... »

 

Reprenons la lecture des réactions à la reconnaissance de Trump...

 

Michel Peyret


Trump reconnaît officiellement Jérusalem comme capitale d'Israël

 

Le président américain a reconnu Jérusalem comme capitale de d'Israël, contre les conseils appuyés de certains dirigeants du monde musulman, à l'instar de Recep Tayyip Erdogan, le président turc.

 

Le président américain Donald TrumpCrédit : AFP / ERIK DE CASTRO

 

PUBLIÉ LE 06/12/2017 À 19:14

 

Un électron libre incontrôlable ? Donald Trump semble une nouvelle fois foncer sans écouter les conseils venus de l'extérieur. Le 45e chef d'État américain a reconnu Jérusalem comme capitale de l'État d'Israël. Une décision accompagnée dans les faits du déménagement de l'ambassade américaine de Tel-Avive à Jérusalem, dont il a ordonné les préparatifs. Ce, malgré les nombreuses contradictions et mises en garde des dirigeants du monde entier. À commencer par les gouvernants du monde arabo-musulman. À commencer par la Palestine.

 

Suite à cette annonce, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rapidement réagi et a salué un "jour historique". Le dirigeant du pays a assuré dans la foulée le maintien du "statu quo" sur les lieux saints à Jérusalem. 

 

À lire aussiÉTATS-UNIS

 

Trump veut transférer l'ambassade américaine à Jérusalem

 

En France, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (Crif), a appelé Emmanuel Macron a reconnaître à son tour Jérusalem comme capitale d'Israël. Mais le président français a qualifié de "regrettable" la décision de Donald Trump et a quant à lui appelé à "éviter à tout prix les violences".

 

La première ministre britannique Theresa May s'est également exprimé un peu plus tard disant qu'elle n'est "pas d'accord" avec le président américain. Angela Merkel pour l'Allemagne "ne soutient pas" cette décision. Et l'Union européenne a exprimé sa "sérieuse préoccupation". L'Iran prévient que la décision de Trump provoquera une "nouvelle Intifada".

 

Les groupes palestiniens ont appelé à partir de mercredi à trois "jours de rage", expression consacrée pour rallier les manifestants devant les chekpoints israéliens ou les murs et les miradors de béton qui coupent la Cisjordanie et la bande de Gaza du territoire israélien. 

Dans les villes de Gaza et de Rafah, dans la bande de Gaza, des centaines de Palestiniens ont brûlé des drapeaux américains et israéliens et des portraits de Donald Trump, ont constaté les journalistes de l'AFP.

 

Une telle mesure ne servira qu'à faire le jeu des groupes terroristes

 

Recep Tayyip Erdogan, président turc 

 

Le président turc a également averti le président des États-Unis. Selon lui, "une telle mesure ne servira qu'à faire le jeu des groupes terroristes". "J'adresse d'ici un appel au monde entier : gardez-vous de prendre toute mesure qui viserait à modifier le statut légal de Jérusalem, a ajouté Recep Tayyip Erdogan. Personne n'a le droit de jouer avec le destin de milliards de personnes pour satisfaire ses envies personnelles".

 

"Ignorer les droits des musulmans, des Palestiniens et des chrétiens à Jérusalem ne fera que nourrir l'extrémisme et saper la guerre contre le terrorisme", a ajouté le roi Abdallah II de Jordanie, dont le pays est le gardien des lieux saints musulmans à Jérusalem. Erdogan avait invité les dirigeants des pays musulmans pour un sommet à Istanbul le 13 décembre axé sur la question de Jérusalem. 

 

Cette décision saperait la paix régionale

 

Shahid Khaqan Abbasi, premier ministre du Pakistan

 

Le Pakistan, deuxième pays musulman le plus peuplé au monde et allié des États-Unis depuis la guerre froide, s'est dit "opposé sans équivoque" à cette décision. "Le peuple et le gouvernement du Pakistan ont pris note avec grave préoccupation de la décision rapportée".

 

Un tel pas, qui "constituerait une claire violation du droit international et des résolutions onusiennes", "mettrait de côté des décennies de consensus sur la question, saperait la paix régionale et la sécurité de même qu'il empêcherait toute perspective de paix durable au Moyen-Orient", insiste le communiqué du bureau du Premier ministre. Le Pakistan s'est prononcé contre cette démarche après l'Iran, l'Arabie saoudite, l'Egypte, l'Union européenne, la France, l'Allemagne et même le pape François.

 

Je ne peux taire ma profonde inquiétude

 

En reconnaissant Jérusalem comme la capitale d'Israël et en y transférant l'ambassade américaine, actuellement à Tel-Aviv, Donald Trump romprait avec le positionnement de la communauté internationale et des décennies de politique américaine. 

 

Le statut de Jérusalem, considérée par chrétiens, juifs et musulmans comme un lieu saint, est une question majeure dans le conflit iraélo-palestinien, les deux camps revendiquant cette ville comme leur capitale.

 

La communauté internationale n'a jamais reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël ni l'annexion de sa partie orientale occupée en 1967. 

 

LA RÉDACTION VOUS RECOMMANDE·       

·        Le sort du Premier ministre libanais au cœur du rapport de force Iran-Arabie Saoudite

·        Israéliennes et Palestiniennes marchent pour la paix

·        Syrie : pourquoi est-ce si difficile de comprendre qui se bat contre qui ?

·        Syrie : Israël aurait détruit le laboratoire servant à fabriquer les armes chimiques

Posté par Michel Peyret

Les portes du pénitencier

 

Publié le 6 Décembre 2017

 vont-elles se refermer

 sur l'irresponsable

 criminel qui vient de forcer

 les portes de l'enfer ? 

 

Les portes du pénitencier
 
Cet homme qui vient de prendre la pire mesure irresponsable prise depuis 1947 de faire de Jerusalem la capitale de l'état théocratique intégriste Israel.
 
Il vient d'allumer de façon délibérée une mèche au pied d'une poudrière capable de faire exploser la planète.
 
La décision de Trump la mort de s'affranchir de façon provocatrice du droit international pourtant taillé sur mesure pour le capital est porteur de menaces incalculables pouvant conduire rapidement à la conflagration généralisée.
 
Pour une fois et sous réserve d'examen approfondit, Canaille le Rouge note que la réponse des autorités françaises se démarque des choix du gouvernement des USA. 
 
Donald Trump "contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu". "Le statut de Jérusalem est une question de sécurité internationale qui concerne toute le communauté internationale, le statut de Jérusalem devra être déterminé par les Israéliens et les Palestiniens dans le cadre de négociations sous l'égide des Nations unies"
 
C'est bien la première fois que Canaille le Rouge ne trouverait rien à redire à une déclaration de Touthenmakron.
 
Faut-il que la provocation de Trump soit si grave ; ce qui montre aussi qu'il peut être isolé...et battu.
 
Maintenant, les condamnations ayant été prononcées, comment imposer le retrait de cette déclaration de guerre sur fond politico lobbyistes et visée impérialistes ?
 
Rédigé par Canaille le Rouge

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Donald Trump allume le feu

Donald Trump allume le feu

Le président de la libre Amérique vient de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël. De ce fait, il va déplacer l'ambassade américaine de Tel-Aviv vers la ville dont l'état israélien occupe la partie palestinienne depuis 1967. La droite et son extrême, au pouvoir en Israël, ont salué un jour"historique" après la proclamation des USA.

Par cette reconnaissance, les droits des Palestiniens sont niés et cela favorise le camp des extrémistes qui ont besoin de la guerre pour montrer qu'ils existent et défendent respectivement leurs peuples.

Nombre de pays arabes déclarent s'opposer à cette reconnaissance contraire aux résolutions de l'ONU. Mais la Jordanie et l'Egypte ont signé un traité de paix avec Israël et aucun des 3 ne compte le remettre en cause. Quant à l'Arabie Saoudite, elle reste la plus grande alliée de l'impérialisme américain dans tout l'Orient. Mais il y a bien longtemps que la majorité des gouvernements arabes se fiche de la Palestine comme de leur premier coran.

Il reste l'UE du capital. Sa ministre du business du patronat européen a appelé l'OLP "à la retenue". Tout en persévérant à commercer avec Israël, y compris en commercialisant en Europe les produits cultivés en Palestine occupée par les colons et l'armée israéliens.

Ce n'est pas une guerre entre le judaïsme et l'islam qui s'affrontent en cette partie du monde. Mais bien la vision du capitalisme qui a besoin de la guerre pour prospérer.

The newyorker : L’histoire surprenante du Ku Klux Klan, hier et aujourd’hui

 

06 Décembre 2017

Par CLAY RISEN 

 

Je me suis permis de changer le titre et d’ajouter, hier et aujourd’hui pour le lecteur français qui n’est pas habitué à ses réflexions que l’on trouve dans la presse démocrate sur la fascisation de leur pays. A partir du livre d’une historienne, Linda Gordon sur l’étude du deuxième Klan, celui qui reconnait en 1920, l’auteur analyse la manière dont celui-ci s’étend et se métamorphose pour mieux coïncider avec le présent (la haine de l’immigré, du latinos, du japonais) avec les éternels fantasmes (le juif, le noir) et bien sur la question qui surgit est celle de l’extrême droite qui a porté Trump au pouvoir. Les différences, les soubassements communs. L’alternative qui surgit : « Le monstre a déjà été vaincu, nous pourrons le vaincre ou au contraire, le monstre est en nous ».

 

Notons que ce genre d’analyse explique à la fois pourquoi comme les noirs, les juifs demeurent massivement hostiles à cette extrême-droite quels que soient les efforts de Trump, mais aussi à quel point les problèmes de classe paraissent ignorés et combien la vision est puritaine, le mal est là il est en nous.Cette vision est celle que l’on tente de nous imposer en France, en particulier « une gauche » proche du PS et de Macron qui baigne dans cette idéologie anglo-saxonne. 

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach)


Les membres du Ku Klux Klan montent une grande roue dans un champ de foire au Colorado en 1926. CréditLe Royal Gorge Regional Museum and History Centre

LA SECONDE VENUE DU KKK 

Le Ku Klux Klan des années 1920 et la tradition politique américaine


Par Linda Gordon
Illustrated. 269 ​​pp. Publication de Liveright. 27,95 $.

 

La couverture de « La Seconde Venue du KKK » de Linda Gordon montre une procession d’hommes marchant en pleine Kala regalia jusqu’à Pennsylvania Avenue, le dôme du Capitole se dressant derrière eux. Ce serait une image inquiétante à n’importe quelle époque, mais en 2017 – après l’attaque d’une église afro-américaine à Charleston, en Caroline du Sud, après les manifestations néo-nazies à Charlottesville, en Virginie , après le renversement de la droite à Washington. L’inauguration de Trump – c’est terrifiant.

 

La photographie a été prise en 1925, au cours de la décennie où l’adhésion au soi-disant deuxième Ku Klux Klan – le premier a été réprimé pendant la reconstruction – a balayé le pays. En tout, 30 000 hommes ont participé à ce défilé. Ce que la photo laisse de côté, ce sont les foules qui bordent l’avenue: le Klan n’a  pas seulement défilé dans la capitale nationale; il a reçu un accueil chaleureux. Contrairement aux premier et troisième Klas (le troisième est apparu à l’époque des droits civiques), le Klan des années 1920 était bien intégré à la vie américaine. « Le KKK pouvait en fait énoncer des valeurs avec lesquelles une majorité d’Américains des années 1920 étaient d’accord », écrit Gordon.

 

L’une des tâches de Gordon est de montrer que les années 1920, selon nous, telles que nous les connaissons – une bacchanale de clandestins, de claquements et de coups de gueule à Gatsbyan – n’étaient qu’une bulle urbaine et côtière. Pour la plupart des Américains, il semble que la décennie ressemblait plus à quelque chose de « Babbitt » ou de « Elmer Gantry »: un pays tourné vers l’intérieur contre le monde, un pays petit et cruel. Un pays dans lequel le Klan et ses valeurs – l’américanisme, la xénophobie, le nationalisme blanc et le patriarcat – étaient la norme. Une Amérique, comme le dit Gordon, qui n’est pas différente àde celle d’aujourd’hui.

 

Comme l’alt-right aujourd’hui, le Klan n’a jamais été un parti politique, mais il a exercé une influence considérable en politique. Des membres du Klan ou des hommes politiques soutenus par Klan tenaient le bureau du gouverneur dans l’Oregon, au Texas et au Colorado; Il a contrôlé les bureaux du maire de Portland, Maine, à Portland, Oregon. Et de peur que nous critiquions le président actuel pour être uniquement incapable de condamner l’alt-droite, gardons à l’esprit qu’aucun président dans l’après-Première Guerre mondiale de Woodrow Wilson Herbert Hoover n’aurait condamné aussi le Klan, de peur de perdre le soutien du public.

 

Mais le vrai pouvoir du Klan ne réside pas dans la politique mais dans sa portée dans le quotidien. Gordon peint une image qui semble tirée  d’un roman Vonnegut, une Amérique vu dans un miroir ludique: Les équipes de baseball commanditées par le Klan (on a brulé les étoiles hébraïques dans un match de 1927 à Washington, DC), foires de comté (elle comprend une photo frappante de Klansmen en tenue à capuchon sur une grande roue dans le Colorado), des fraternités universitaires et des concours de beauté, où de jeunes femmes ont concouru pour le titre de « Miss 100 Percent America ».

 

En  tant qu’ historienne de l’Université de New York, Linda Gordon a écrit des livres sur un large éventail de sujets, de l’Ukraine au 16ème siècle au contrôle des naissances, et elle est l’un des rares historiens à avoir  remporter deux fois le Prix Bancroft. Mais dans ce livre, elle rejette l’engagement de l’universitaire envers l’histoire pour l’histoire en faveur d’une perspective sur le passé qui commente explicitement le présent. « Dans ma discussion sur le Ku Klux Klan, je ne suis pas neutre », écrit-elle, ajoutant plus tard dans le même paragraphe: « Je propose une interprétation, pas une monographie savante ».

 

Gordon veut que les lecteurs considèrent le deuxième Klan à la lumière de la politique américaine récente, mais il est important d’analyser ce que cette ère fait et ne dit pas de notre situation actuelle. Aujourd’hui, j’utilise ce terme au sens large, allant de Richard Spencer et d’autres encore à sa droite, aux politiciens «mainstream», comme le candidat au Sénat Roy Moore d’Alabama et le représentant Steve King de l’Iowa,  La version de la xénophobie nationaliste et traditionaliste de Spencer – est loin d’être aussi large et omniprésente que le Klan l’était à l’époque.

 

L’alt-droite n’est pas non plus aussi bien organisé. Les mâchoires des lecteurs vont tomber d’étonnement devant  l’ampleur et la structure du Klan, de ses mots de code à son contrôle automatique sur les conseils municipaux et les assemblées législatives des États. Dans beaucoup de petites villes, appartenir au Klan était un moyen d’avancement de carrière pour les activistes politiques – parmi eux Hugo Black et, apparemment, Harry Truman. Il est difficile d’imaginer quelqu’un, n’importe où, en train de bénéficier de quelque chose de semblable de l’alt-droite aujourd’hui.

 

Mais en sous bassement  de ces différences il y a des similitudes qui indiquent une tendance récurrente dans l’histoire américaine. Il est difficile de terminer une seule page dans le livre de Gordon sans un léger frisson de familiarité craintive, de réverbérations dans la rhétorique et l’opinion publique – une reconnaissance que, peut-être, qu’il a toujours été ainsi. « Précisément parce que le deuxième Klan était si intégré aux moeurs », écrit-elle, « l’examiner révèle également des courants continus dans l’histoire américaine, des courants remontant parfois à la surface, d’autres fois restant souterrains. »

 

Comme la droite d’aujourd’hui, le second Klan envisageait un passé américain coupé du tissu mythique: une Amérique sans immigrants, une Amérique dirigée par des Blancs anglo-saxons, une Amérique qui priait à l’unisson d’un Dieu évangélique-chrétien. Le Klan a rejeté les affirmations scientifiques qui contestaient sa vision du monde. Il a raillé contre l’élite libérale cosmopolite, mais il a essayé de faire cause commune avec des intérêts financiers. Il a joué sur le sentiment de « peur, d’humiliation et de victimisation » des Blancs. Et il a répandu de la désinformation sur ses ennemis, en diffusant de fausses nouvelles sur les juifs conspirateurs et les prêtres catholiques corrompus. Ces échos du passé sur le présent  ne sont pas une simple coïncidence.

 

Le deuxième Klan est tombé aussi vite qu’il s’est levé; Avec plusieurs millions de membres à son apogée au milieu des années 1920, il s’est effondré plus tard dans la décennie pour atteindre 350 000, mis à mal par les scandales de corruption interne. Quelque chose de similaire pourrait peut-être se produire aujourd’hui. Si un scandale rendait toxiques Steve Bannon et Breitbart, est-ce que l’on peut imaginer  que leur mouvement subirait un coup de poing qui le mettrait hors course?

 

Il y a deux façons de penser à cela. On pourrait dire, génial – nous avons déjà rencontré l’ennemi et l’avons vaincu. Nous le ferons à nouveau. Ou nous pourrions réaliser que nous avons rencontré l’ennemi, et il est nous. Que le fléau de la xénophobie, du racisme et du nationalisme est toujours présent, « qu’il peut rester dormant pendant des années et des années dans les meubles et les coffres », écrivait Camus, prêt à réapparaître, dans les bonnes conditions.

 

Ils disent que le travail d’un anthropologue est de rendre familier l’étrange et l’étrange familier, et quelque chose de similaire va pour l’historien. Je peux penser à quelques livres qui accomplissent cette tâche aussi bien que ceux de Gordon: Dans son récit, le deuxième Klan est à la fois tout à fait bizarre et indéniablement américain. Les années 2010 ne sont peut-être pas les années 1920, mais pour quiconque est concerné par notre condition actuelle, « La Seconde Venue du KKK » devrait être une lecture obligatoire.

 

Clay Risen est le rédacteur en chef adjointe du Times. Il écrit un livre sur Theodore Roosevelt et les Rough Riders.

 

Suivez les livres du New York Times sur Facebook et Twitter (@nytimesbooks) , et inscrivez-vous à notre newsletter .

 

Une version de cette revue est imprimée le 10 décembre 2017, sur la page BR18 du Sunday Book Review avec le titre: Americanism in Hoods and Robes

05 Décembre 2017

Les Confessions dévastatrices de Flynn : Trump a conspiré avec Israël et a essayé de remplir ses promesses de campagne

 

Le mouvement de « résistance » anti-Trump prétend que le gouvernement russe a tenté d’« influencer » les élections américaines. Il insinue que Trump a « conspiré » avec les Russes dans cette entreprise. Il n’a aucune preuve à apporter à l’appui de la moindre de ces allégations. L’objectif de la campagne anti-Trump est de nuire à l’administration Trump autant que possible, et d’empêcher que les relations avec la Russie ne s’améliorent.

 

On assiste à une chasse aux sorcières où l’enquête Mueller sur la prétendue manipulation électorale ainsi que les audiences du Congrès servent à jeter le plus d’immondices possible sur l’administration Trump pour voir ce qui restera collé sur elle au bout du compte.

 

Pendant que le général à la retraite Michael Flynn travaillait à la campagne électorale de Trump, il était également le lobbyiste d’un riche proche du gouvernement turc. Il a gagné 600 000 dollars avec ce petit boulot. Ceux qui travaillaient à la campagne de Trump n’en savaient rien. Flynn a également assisté à une célébration d’anniversaire de Russia Today à Moscou. Il a donné ce jour-là une conférence rémunérée que son agence a facturée 40 000 dollars à RT.

 

Flynn a été renvoyé du poste de conseiller à la sécurité nationale 24 jours après l’investiture de Trump. Il avait été assez stupide pour annoncer qu’il voulait réformer la CIA et les autres agences de renseignement. Ces agences ont fait en sorte que cela n’arrive pas.

 

Flynn a été interrogé par le FBI dans le cadre de l’enquête Mueller sur l’influence présumée de la Russie sur la campagne électorale de 2016. Il a menti au FBI au sujet de certains contacts diplomatiques qu’il avait eus à la demande de l’administration Trump de l’époque. Le FBI a réussi à prouver qu’il avait menti. Aux États-Unis mentir au FBI est un crime sérieux. (Je ne crois pas qu’aucun autre pays ait une règle aussi stupide.) Flynn a accepté de négocier sa peine. En échange d’une moindre peine pour son « crime » de mentir au FBI, il doit dire à Mueller ce que Mueller veut entendre.

 

Mais faites bien attention aux vrais événements sur lesquelles Flynn a menti :

 L’ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn a plaidé coupable vendredi sur le fait de mentir au FBI au sujet de ses contacts avec l’ambassadeur russe Sergey Kislyak, et des officiels ont indiqué à la Cour qu’il agissait sous la direction de hauts responsables de la transition Trump dans ses rapports avec le diplomate.

Flynn a contacté le haut diplomate russe à Washington. Il était sûrement conscient que la NSA et la CIA savait tout et écoutait tout ce qu’il faisait. Flynn n’avait aucune raison de penser que ces contacts étaient répréhensibles parce qu’ils ne l’étaient pas. Les nouvelles administrations ont besoin de ces contacts pour préparer leurs politiques.

 

Flynn a contacté l’ambassadeur russe pour parler de deux choses différentes :

Dans l’une des conversations décrites dans les documents de la Cour, les deux hommes ont discuté d’un futur vote du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la condamnation de la construction des colonies israéliennes. À l’époque, l’administration Obama se préparait à autoriser un vote du Conseil de sécurité sur la question.

...

Les enquêteurs de M. Mueller ont appris par des témoins et des documents que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a demandé à l’équipe de transition de Trump de faire pression sur d’autres pays pour aider Israël, selon deux personnes bien informées. Les enquêteurs ont appris que M. Flynn et le gendre et conseiller principal de M. Trump, Jared Kushner, avaient organisé ces tentatives de pression. L’équipe de M. Mueller a des courriels dans lesquels M. Flynn dit qu’il va travailler à tuer le vote, selon ces mêmes personnes.

Le vote du Conseil de sécurité a eu lieu le 23 décembre 2016. Le gouvernement israélien a fait pression sur la nouvelle administration pour qu’elle influence ce vote dans l’intérêt du gouvernement israélien. L’administration Trump qui n’était pas encore au pouvoir ne pouvait pas influencer l’administration Obama qui avait décidé de s’abstenir. Elle a contacté l’ambassadeur de Russie pour demander aux Russes de bloquer le vote au Conseil de sécurité. Les Russes ne l’ont pas fait.

 

S’il y a eu « collusion », elle était entre le gouvernement israélien et ceux qui ont mené la campagne de Trump. Il y a deux volets à cette « influence ». Le premier, est la tentative israélienne couronnée de succès pour influencer la nouvelle administration Trump et le second, est la tentative infructueuse des collaborateurs de Trump pour influencer le vote russe à l’UNSC. Tout cela n’a absolument rien à voir avec l’élection américaine.

 

Maintenant voyons la seconde question :

Dans l’autre cas, selon les documents de la Cour, M. Flynn a demandé à M. Kislyak que Moscou s’abstienne d’exacerber la situation en réponse aux sanctions annoncées par l’administration Obama ce jour-là contre la Russie pour son ingérence dans l’élection présidentielle. Et M. Kislyak a dit à M. Flynn que la Russie « avait décidé de modérer sa réponse », selon les documents.

Le jour suivant, le président russe Vladimir V. Poutine a déclaré que Moscou ne feraient pas de représailles contre les Etats-Unis en réponse aux sanctions.

M. Trump a félicité le leader russe dans un post Twitter.

’Excellente réaction (par V. Poutine) - J’ai toujours su qu’il était très intelligent !’ A écrit M. Trump.

Tout au long de sa campagne électorale, Trump a plaidé pour de meilleures relations avec la Russie. Il a dit qu’il serait plus facile de résoudre les problèmes internationaux si les États-Unis et la Russie coopéraient.

 

L’administration Obama a eu une attitude généralement hostile envers la Russie. Elle a fait évoluer les relations vers une nouvelle guerre froide. L’échec de Clinton à l’élection, qu’elle a imputé sans la moindre preuve à la Russie, a accéléré ce mouvement. Selon le livre « Shattered », qui relate la campagne de Clinton, la décision d’accuser la Russie de l’échec a été prise le lendemain de la victoire de Trump :

Cette stratégie avait été mise au point dans les vingt-quatre heures qui ont suivi son discours de défaite. Mook et Podesta ont rassemblé leur équipe de communication à Brooklyn pour monter un dossier pour dire que l’élection n’avait pas été entièrement loyale. Pendant deux heures environ, avec des boîtes de burgers Shake Shack partout dans pièce, ils ont travaillé sur le texte qu’ils allaient communiquer à la presse et au public. Le piratage russe était déjà la pièce maîtresse de l’argumentaire.

Fin 2016, Obama a sanctionné des officiels russes pour avoir prétendument influencé la campagne américaine. Aucun élément n’a jamais été apporté comme preuve qu’une telle « influence » ait été effectuée, ni même tentée. C’est Obama qui s’est évertué à détériorer purement et simplement les relations avec la Russie.

 

La nouvelle administration a tenté d’empêcher que la situation ne s’aggrave encore plus entre les États-Unis et la Russie en contactant l’ambassadeur russe. C’était une mesure intelligente et bien pensée. Il n’y avait pas la moindre « collusion » là-dedans. S’il y a eu « influence », elle a eu lieu en sens inverse, ce sont les directeurs de campagne de Trump qui ont voulu influencer le gouvernement russe. Et cela n’a rien à voir non plus avec l’élection.

 

Les fans de Clinton semblent satisfaits que Flynn soit obligé d’accepter de négocier sa peine, et s’inquiètent de ses contacts avec l’ambassadeur de Russie. Mais on ne voit pas comment tout cela va permettre de démontrer que quelque chose de répréhensible a eu lieu. En quoi les questions à propos desquelles Flynn a menti (pour une raison stupide) sont-elles supposées prouver « l’influence russe » sur l’élection ou la « collusion » de Trump avec les Russes pendant la campagne électorale ? Tout cela n’a absolument aucun sens…

 

Moon of Alabama

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2017/12/flynns-devastating-confessions-tr...

URL de cet article 32654 

The national interest : l’armée des ombres nazies…

 
04 Décembre 2017
C’est l’histoire de l’armée ex-nazie secrète qui a gardé l’Allemagne de l’Ouest, un dossier mis à jour par der Spiegel. ce sur quoi l’on peut s’interroger c’est sur que sont devenus non seulement ces charmants individus mais aussi ceux qu’ils ont recrutés par la suite parce qu’il ne s’agit pas seulement de quelques zombies mais bien de gens totalement intégré à la direction du pays
 
(note et traduction de danielle Bleitrach)


 

L’armée secrète était l’invention d’Albert Schnez, un ancien colonel de la Wehrmacht qui devint plus tard un officiel de la Bundeswehr. Avec d’autres anciens combattants allemands juste après la guerre, il s’inquiétait de ce qui se passerait si les Soviétiques envahissaient le pays. L’Allemagne de l’Ouest n’avait pas d’armée jusqu’en 1955, et l’Amérique démobilisa beaucoup sa propre armée en 1945, laissant l’Europe occidentale vulnérable à la conquête soviétique.

 

Si les Soviétiques avaient envahi l’Allemagne de l’Ouest dans les premiers jours de la guerre froide, ils auraient trouvé plus qu’un fatras de troupes de l’OTAN qui les attendait.

Ils auraient également confronté une armée secrète des anciens soldats d’Hitler,  attendant de régler leurs comptes avec les communistes. Si l’on considère la guerre brutale et sans prisonniers sur le front de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale, les anciens soldats SS allemands combattant de nouveau les troupes victorieuse de l’Armée rouge auraient été au comble de la sauvagerie.

 

Le magazine allemand Der Spiegel a  découvert un dossier  enfoui pendant des années dans les archives de la BND, l’agence d’espionnage allemande. Les documents révèlent qu’en 1949, quelque 2 000 anciens officiers des SS et de la Wehrmacht – l’armée régulière allemande sous le Troisième Reich – formaient une armée paramilitaire secrète pouvant compter jusqu’à 40 000 combattants en cas de guerre.

 

Les forces d’occupation alliées ne le savaient pas. S’ils l’avaient fait, ils auraient découvert l’implication de plusieurs anciens généraux nazis qui deviendraient plus tard des commandants supérieurs de la Bundeswehr, l’armée de l’Allemagne de l’Ouest.

L’armée clandestine était apparemment soutenue par d’anciens généraux du Troisième Reich comme Hans Speidel, qui devint chef des forces terrestres de l’OTAN en Europe centrale en 1957, et Adolf Heusinger, le premier inspecteur général de la Bundeswehr.

 

Ainsi, après avoir perdu des millions d’hommes pour vaincre Hitler, les Alliés occidentaux auraient dû faire face à une armée de vétérans de guerre allemands soutenus par d’anciens officiers supérieurs nazis qui étaient des étoiles montantes dans l’armée ouest-allemande. Anti-communiste ou non, l’existence d’une telle organisation n’aurait sûrement pas rassuré les rescapés de  Coventry et d’  Oradour-Sur-Glane .

 

L’armée secrète était l’invention d’Albert Schnez, un ancien colonel de la Wehrmacht qui devint plus tard un officiel de la Bundeswehr. Avec d’autres anciens combattants allemands juste après la guerre, il s’inquiétait de ce qui se passerait si les Soviétiques envahissaient le pays. L’Allemagne de l’Ouest n’avait pas d’armée jusqu’en 1955, et l’Amérique démobilisa beaucoup sa propre armée en 1945, laissant l’Europe occidentale vulnérable à la conquête soviétique.

 

Schnez voulait des états-majors de combat, composés d’officiers expérimentés, qui formeraient le noyau des divisions de combat. Il était convaincu que si les Soviétiques attaquaient, des légions d’anciens combattants allemands – et il n’y avait pas de pénurie de ceux-ci après la Seconde Guerre mondiale – se seraient rassemblés sous les drapeaux.

 

Ils envisageaient de mener la guerre contre les Soviétiques en tant que guérilleros, en opérant peut-être depuis l’Espagne ou la Suisse.

 

Le parlement ouest-allemand ne connaissait pas non plus cette armée secrète, mais le service de sécurité allemand avait son chef de file sur sa liste de paie. En 1951, Schnez s’est rapproché de l’organisation Gehlen, le nom de l’intelligence allemande de  l’époque, pour offrir les services de son organisation.

 

Le timing était impeccable. La guerre de Corée faisait rage, et les dirigeants américains et européens s’inquiétaient du fait que le conflit était une diversion soviétique pour entraîner les forces américaines alors que les Soviétiques envahissaient l’Europe occidentale.

 

Dans un rappel troublant de l’endroit où les membres de l’armée secrète ont appris leur métier, ils ont espionné les politiciens gauchistes ouest-allemands. Si l’Allemagne de l’Ouest avait fait la guerre aux Soviétiques, on se demande ce qui serait arrivé à qui que ce fut que l’armée secrète aurait jugé insuffisamment anti-communiste.

 

Mais comment cette armée aurait-elle résisté à une invasion soviétique?

 

Probablement pas très bien. Les énormes chars blindés soviétiques qui se dirigeaient vers l’ouest jusqu’à la Ruhr (ou la Manche) auraient peut-être été contenus par les forces de l’OTAN, ou plutôt par la menace des armes nucléaires américaines.

Des dizaines de milliers de vétérans SS vieillis et mal armés auraient pu être une nuisance pour les lignes d’approvisionnement soviétiques, mais pas plus. Considérant les souvenirs soviétiques des atrocités allemandes, on soupçonne qu’une insurrection menée par des ex-nazis aurait été traitée rapidement et impitoyablement.

 

On se souvient aussi que Hitler avait la même idée. Les armées alliées et soviétiques se rapprochant impitoyablement de l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est en 1944 et 1945, Hitler eut une inspiration. Le peuple allemand se dresserait comme des guérilleros contre les occupants à mesure qu’ils avançaient en territoire allemand.

 

Les  «loups-garous»  étaient censés semer la terreur dans le cœur des ennemis de l’Allemagne. En effet, les Alliés craignaient une guerre de guérilla nazie. Au lieu de cela, les loups-garous ont simplement prouvé qu’après six années de guerre, le peuple allemand était fatigué, affamé et bombardé.

 

Ils voulaient juste que la guerre se termine, même dans la défaite.

 

Peut-être que l’armée secrète aurait découvert que les Allemands préféraient être Rouge que mort.

 

Ceci est apparu dans WarIsBoring  ici .

Le Département d’État condamne (seulement la Russie) l’enregistrement comme agents étrangers de certains médias

 

Aujourd’hui, le Département d’Etat américain a crevé le plafond de l’hypocrisie.

 

Il a déclaré que « la législation qui permet ... de qualifier des médias d’ « agents étrangers »... constitue une menace supplémentaire pour les médias libres ». Il a ajouté que « la liberté d’expression - que ce soit pour les paroles ou pour les médias... est une obligation universelle en matière de droits de l’homme ».

 

Cette déclaration a été faite après que le ministère de la Justice des États-Unis a exigé que le média russe RT America s’enregistre comme « agent étranger » en vertu de la loi sur l’enregistrement des agents étrangers (FARA). RT s’est donc enregistré le 13 novembre comme cela le lui avait été ordonné.

 

Mais la déclaration du Département d’État n’était PAS une réaction à l’ordre que le ministère de la Justice avait donné à RT. Le département d’État réagissait à une nouvelle loi que la Russie a promulguée en réponse aux mesures prises contre RT. La nouvelle loi russe est le miroir de la loi américaine FARA. Elle exige que les médias étrangers actifs en Russie s’inscrivent comme « agents étrangers ». (Dans la foulée de la déclaration insensée du Département d’Etat, les caniches de l’UE ont fait une déclaration tout aussi grotesque.)

 

En critiquant la version russe de la loi FARA tout en ignorant la décision américaine contre RT, le Département d’Etat vient de donner raison à RT et aux autres médias qui dénoncent l’hypocrisie du gouvernement américain.

 

Tout a commencé sous l’administration Obama avec le célèbre menteur James Clapper. Lui, et d’autres membres du « renseignement » ont considéré que les informations données par RT étaient trop vraies pour que ce média soit autorisé à informer le public américain. La publication d’informations fondées sur des faits vérifiables mettant en cause le gouvernement américain est considérée comme un acte hostile qui doit être puni.

 

Le Congrès et le département de la Justice des États-Unis de l’administration Trump leur ont emboîté le pas. À l’origine, la loi FARA n’est PAS dirigée contre les médias étrangers. Le ministère de la Justice de Trump a contourné l’esprit de la loi pour l’appliquer à RT.

 

Le gouvernement russe a prévenu à plusieurs reprises que l’application de la loi FARA contre RT serait suivie d’une mesure similaire à l’encontre des médias américains en Russie. L’administration Trump a ignoré les avertissements. Elle condamne maintenant la décision russe.

 

Voici la chronologie des événements :

Clapper demande que l’Agence d’information américaine « prenne des stéroïdes » pour contrer la propagande russe - Washington Times, 5 jan 2017

« Il faudrait que l’USIA se mette aux stéroïdes pour combattre cette guerre de l’information [avec la Russie] beaucoup plus agressivement que nous ne le faisons en ce moment », a déclaré le directeur du renseignement national James Clapper aux membres du Comité des services armés du Sénat.

...

« [Russia Today] un réseau d’information d’Etat, promeut très activement un point de vue particulier en dénigrant notre système, notre prétendue hypocrisie sur les droits de l’homme », a-t-il dit. « Ils sont capables d’exploiter toutes les craquelures et fissures qu’ils pourraient trouver dans notre organisation ».

Rapport du Renseignement sur le piratage russe - Bureau du directeur du renseignement national, 6 janvier 2017 - Annexe I, initialement publié le 11 décembre 2012 par Open Source Center.


RT America TV, une chaîne financée par le Kremlin qui opère aux États-Unis, a considérablement élargi son répertoire d’émissions critiques sur les prétendues faiblesses américaines en matière de démocratie et de libertés civiles.

...

RT a diffusé un documentaire sur le mouvement Occupy Wall Street les 1er, 2 et 4 novembre. RT a qualifié le mouvement de « combat contre la classe dirigeante » et a présenté le système politique américain actuel comme un système corrompu et dominé par les multinationales.

...

Dans ses nouvelles, RT qualifie souvent les États-Unis d’« État de la surveillance » et fait état de supposées atteintes généralisées aux libertés civiles, de brutalité policière et d’utilisation de drones.

...

RT critique également le système économique américain, la politique monétaire américaine, et la prétendue cupidité de Wall Street et la dette nationale américaine.

...

RT est une des plus importantes voix médiatique opposées à l’intervention occidentale dans le conflit syrien, et la station reproche à l’Occident de mener une « guerre d’information » contre le gouvernement syrien.

Cicilline présente un projet de loi soutenu par les deux partis pour combler la faille exploitée par Russia Today - Congrès, 7 juin 2017

Le député américain David N. Cicilline (D-RI), coprésident du Comité des politiques et des communications démocratiques (DPCC), et le député américain Matthew Gaetz (R-FL) ont présenté aujourd’hui une loi pour combler une lacune dans l’enregistrement des agents étrangers que Russia Today a largement exploitée lors de l’élection présidentielle de l’année dernière.

Le ministère de la Justice demande à RT de s’inscrire comme agent étranger - Newsmax, 13 septembre 2017

RT a annoncé lundi que la compagnie qui fournit tous les services de sa chaîne RT America a été informée par un courrier du ministère de la Justice qu’elle doit s’enregistrer en vertu du Foreign Agents Registration Act, une loi visant les lobbyistes et les avocats qui représentent des intérêts politiques étrangers.

...

La loi FARA exempte nommément les organes de presse américains et étrangers, et le fait que le ministère de la Justice ait donné cet ordre uniquement à la société qui fournit des services à RT permet sans doute de contourner l’exemption.

La Russie va amender la loi pour classer des médias américains comme « agents étrangers » - Reuters, Nov 10 2017

MOSCOU (Reuters) - Le parlement russe a annoncé vendredi que certains médias américains et étrangers pourraient être déclarés « agents étrangers » et obligés de fournir régulièrement des renseignements détaillés sur leur financement, leurs comptes et leur personnel.

Les députés russes ont déclaré que cette mesure était une mesure de représailles contre le ministère de la Justice des États-Unis qui prétend que la chaîne de télévision RT, soutenue par le Kremlin, est un « agent étranger », ce que Moscou considère comme un acte hostile.

RT America s’est enregistrée comme « agent étranger » aux Etats-Unis. - Reuters, 13 novembre 2017

Moscou/Washington (Reuters) - La chaîne de télévision RT America, soutenue par le Kremlin, s’est enregistrée comme « agent étranger » aux Etats-Unis, a annoncé le rédacteur en chef du média, et le ministère de la Justice l’a confirmé plus tard.

La Russie met en garde les médias américains contre un éventuel statut d’agent étranger - AP, 16 novembre 2017

Moscou - Le ministère russe de la Justice a averti plusieurs agences de presse financées par le gouvernement américain qu’elles pourraient être désignées comme étrangères en vertu d’une nouvelle loi qui devait encore être approuvée.

 

Le projet de loi approuvé par la chambre basse de la Russie mercredi, est la réponse à la directive étasunienne que RT TV, financée par l’Etat russe, s’enregistre comme agent étranger. Elle doit encore être approuvée par la Chambre haute et signée par le président Vladimir Poutine avant d’avoir force de loi.

Poutine, le président russe, a signé une nouvelle loi sur les médias et les agents étrangers en réponse à la loi américaine - USA Today, le 25 novembre 2017

Le président russe Vladimir Poutine a signé samedi un nouveau projet de loi sur les médias comme agents étrangers en représailles à une mesure similaire prise par le ministère de la Justice des États-Unis contre RT, la télévision financée par l’état.

L’UE critique la loi russe sur les « agents étrangers » médiatiques - RFLRF, 26 novembre 2017BRUSSELS –

L’Union européenne a critiqué la loi signée par le président Vladimir Poutine qui autorise le gouvernement russe à qualifier des médias recevant des fonds de l’étranger d’« agents étrangers » et à leur imposer des sanctions.

...

Maja Kocijancic, la porte-parole de la Commission chargée de la politique européenne de voisinage et des négociations d’élargissement a déclaré que la « loi est en contradiction avec les obligations et les engagements de la Russie en matière de droits de l’homme ».

Une loi russe réprime les médias - U.S. State Department - Nov 28 2017

Une nouvelle loi russe qui permet au ministère de la Justice de classer des médias comme « agents étrangers » et de surveiller ou de bloquer certaines activités sur Internet constitue une menace supplémentaire pour les médias libres en Russie. La liberté d’expression – y compris la liberté de parole, et celle de médias qu’un gouvernement peut trouver déplaisants - est une obligation universelle des droits de l’homme que la Russie s’est engagée à respecter.

JPEG - 26 ko
https://twitter.com/StateDept/status/935645234205286401

Avec quelques mots en moins, la déclaration du Département d’État aurait gagné en universalité. Elle aurait été parfaite. Voir ici la version corrigée (MoA a effacé toutes les mentions en rapport avec la Russie, ndt) :

JPEG - 40.1 ko
http://www.moonofalabama.org/images5/DepStateStatement.jpg

Malheureusement, le porte-parole du département d’État a ajouté quantité d’inutiles et regrettables références à une nation bien spécifique. Il s’expose ainsi aux critiques mêmes que le gouvernement américain s’efforce d’endiguer.

— -

MISE À JOUR - 30 nov. 00h50

 

Du fait que la société de production américaine de RT tombe désormais sous le coup de la loi FARA, RT perdl’accès au Congrès. L’accès au Congrès est lui-même nécessaire pour obtenir une carte de presse de la Maison Blanche. RT va sans doute la perdre aussi.

 

Pendant ce temps, une commission consultative du Congrès insiste pour désigner l’agence de presse chinoise XINHUA comme « agent étranger ». Elle veut également que tout le personnel de XINHUA s’enregistre comme tel.

 

Cela rendrait presque impossible à des journalistes free-lance et autres pigistes qui travaillent pour plusieurs médias de continuer à collaborer avec XINHUA.

 

Moon of Alabama

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2017/11/state-department-condemns-designa...

URL de cet article 32634 

Grâce à Néstor García Iturbe, Docteur en Sciences Historiques, nous avons pu connaître en détail comment la National Endownment for Democracy (NED) - cette organisation que même The New York Times qualifie de fondation-écran pour la CIA - a ventilé ses fonds entre 2014 et 2016. On trouve cette information à partir de la page 33 du Mémoire de Diplôme de l’Institut Supérieur des Relations Internationales Raúl Roa García (ISRI) réalisé par Aileén Carmenaty Sánchez, avec pour titre : La SUBVERSION POLITICO IDÉOLOGIQUE DES ÉTATS-UNIS ENVERS LE SYSTÈME ÉCONOMIQUE, POLITIQUE ET SOCIAL DE CUBA APRÈS LE RÉTABLISSEMENT DES RELATIONS DIPLOMATIQUES ENTRE LES DEUX PAYS (2014 – 2016), sous la direction de García Iturbe en personne et de Gerardo Hernández Nordelo, Héros de la République de Cuba et Vice-recteur de l’ISRI.

 

La période qui a vu le rétablissement des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis a connu, en ce qui concerne le budget global attribué à la NED, une hausse substantielle des sommes attribuées à chacun des programmes que gère cette institution (Cf ; annexe 3). En 2014, la NED a reçu la somme de 3 057 104 $, ce qui représente une hausse de 624 197$, soit un peu plus de 20% d’augmentation pendant que se poursuivaient les échanges politiques entre fonctionnaires des deux nations à travers des conversations à caractère économique, politique et social.

 

Selon les données publiées par la Fondation Nationale pour la Démocratie sur son site officiel, http://www.ned.org, les programmes les plus importants de son activité subversive sont :

 

Directoire Démocratique Cubain - (2014 : 650 000 $). - (2015 : 650 000 $) — (2016 : 650 000 $). 
Depuis sa création, ce programme est un des plus importants compte tenu de son financement. Son objectif est le développement d’un supposé activisme civique à Cuba au moyen de programmes d’assistance technique aux activistes de la base pour qu’ils développent leur travail à Cuba.

 

Quotidien de Cuba - (2014 : 280 002 $). - (2015 : 283 869 $) – (2016 : 256 250 $). 
Ce programme est également vu comme un de ceux qui reçoivent une somme assez élevée depuis 2014. Son activité fondamentale consiste à fournir une plateforme informative pour qu’elle soit utilisée par des journalistes indépendants, des artistes, des universitaires et pour dénoncer les supposées violations de la liberté, de la démocratie et des Droits de l’Homme à Cuba.

 

CubaNet News Inc.- (2014 : 208 000 $.) - (2015 : 224 562 $) - (2016 : 225 233 $).
Son travail consiste à développer l’activité des journalistes indépendants pour diffuser de l’information sur Cuba « non censurée » et en rapport avec la situation économique, politique et sociale. Cette information de caractère subversif est publiée on line et, théoriquement, on aura recours à des citoyens équipés en informatique pour la diffuser à l’intérieur de Cuba.

 

Association Editoriale Hypermedia. (2014 : 49 471 $). - (2015 : 51 188 $.) - (2016 : 61 767 $), 
dont la fonction essentielle est d’assurer la publication des œuvres des écrivains et intellectuels indépendants qui s’expriment sur les problèmes de la liberté à Cuba.

 

Centre pour une Cuba Libre.- (2014 :102 000 $).- (2015 : 107 000 $.) - (2016 :107 000 $). 
Ce programme vise essentiellement à apporter une aide humanitaire et financière aux « prisonniers politiques », à leur famille et aux activistes des Droits de l’Homme à Cuba.

 

Centre de Recherche et de Formation d’Activistes Sociaux d’Association Civile. - (2014 : 65 104 $) - (2015 : 68 064 $) - (2016 : 81 435 $), 
CICES selon son sigle en anglais, se fixe pour but de préparer ses « agents » pour agir en tant que leaders de la jeunesse à Cuba, de promouvoir la démocratie et la « liberté d’expression » et de faire connaître, à travers ses médias en Amérique Latine, « la situation de la jeunesse à Cuba ».

 

Groupe International pour la Responsabilité Sociale Corporative à Cuba”. (2014 : 215 000 $) - (2015 : 290 000 $). - (2016 : 230 000 $). 
Son but est de « préparer » des agents à l’intérieur du mouvement syndical, promouvoir des droits syndicaux et apporter aux leaders syndicaux indépendants des moyens techniques et des ressources financières pour qu’ils puissent développer leur activité au sein du mouvement ouvrier.

 

Clovek v tisni,o.p.s. Personnes en Crise - (2014 : 173 889 $) - (2015 : 209 888 $) - (2016 : 197 520 $). 
Ce programme a été créé pour former et apporter une assistance technique à des journalistes indépendants chargés de diffuser de l’information sur des problèmes sociaux, politiques et économiques en rapport avec le soi-disant « manque de démocratie et de liberté ».

 

Fondation de l’Âme Cubaine. - (2014 : 75 000 $) - (2015 : 85 000 $). - (2016 : 95 000 $). 
Son activité consiste à apporter une aide financière à des artistes indépendants pour qu’ils puissent créer et reproduire leurs œuvres critiques de la société qui « brime leurs libertés et la démocratie ».

 

Rapprochement Humanitaire Évangélique Chrétien de Cuba - (2014 : 60 074 $) – (2015 : 70 000 $) – (2016 : 100 000 $). 
Ce programme complète l’activité subversive de l’organisation EchoCuba pour la promotion d’événements et la production de matériel concernant la « liberté religieuse » et la « démocratie ».

 

L’Institut Cubain pour la Liberté d’Expression et la Liberté de la Presse Inc. - (2014 : 107 000 $) - (2015 : 123 692 $) - (2016 : 132 500$). 
C’est un autre des programmes mis en œuvre par la NED afin de promouvoir la « liberté de l’information » au sein des communautés de base sur toute l’étendue du pays et aider les communautés à créer leur organe de presse et à le distribuer aux habitants des diverses localités.

 

L’Institut Politique pour la Liberté, PERU - (2014 : 85 000 $). - (2015 : 99 996 $). - (2016 : 99 992 $). 
Son but est la formation des « agents en démocratie », l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux et des outils d’accès à l’information.

 

La Plateforme Internationale Pour les Droits de l’Homme à Cuba. - (2014 : 75 000 $) - (2015 : 85 000 $) - (2016 : 88 824 $). 
Son travail consiste à former des agents cubains qui s’efforceront d’inclure les Droits de l’Homme dans les négociations de Cuba avec l’Union Européenne.

 

Observatoire Cubain des Droits de l’Homme - (2014 : 100 000 $.) - (2015 : 83 687 $) - (2016 : 120 000 $). 
C’est un autre des programmes dotés d’une forte somme d’argent et son but consiste à organiser des activités où des représentants de la société civile cubaine puissent diffuser leurs opinions aux États-Unis, en Amérique Latine et en Europe sur le sujet : « les libertés et la démocratie » à Cuba.

 

Plateforme d’Intégration Cubaine. - (2014 :100 892 $) - (201 : 113 299 $). - (2016 : 113 300 $). 
Il centre son travail sur la mise en avant des problèmes raciaux à Cuba. Son travail est en lien direct avec des universitaires, des artistes et des activistes dans le but d’éditer un journal où seront mis en évidence les problèmes rencontrés par les afro-descendants, à Cuba.

Promotion de Leaders et de Valeurs Démocratiques à Cuba - (2014 : 110 000 $). - (2015 : 122 000 $). - (2016 : 130 000$). 


Son but principal est la promotion des valeurs démocratiques et des idées qui renforceront le leadership des agents pro démocratie à Cuba

 

Promotion de Jeunes Dirigeants et Participation. - (2014 : 13 052 $). - (2015 : 16 530 $). - (2016 : 20 000 $). 
Ce programme s’efforce d’inculquer des valeurs « démocratiques » chez des agents jeunes qui se verront comme de futurs leaders de la société civile cubaine.

 

Fournir de l’assistance juridique à Cuba. - (2014 : 64 586 $). - (2015 : 52 991 $). - (2016 : 58 446 $). 
Son but : apporter une assistance juridique à des citoyens cubains et à des activistes de la société civile.

En 2015, quelques-uns de ces projets et programmes disparaissent comme conséquence de leur inefficacité et de la suppression du budget qui leur était alloué. Cependant, d’autres projets voient le jour au cours des années 2015 et 2016. Parmi ceux-ci :

 

Projet de la Société Libre, INC.- (2015 : 80 000 $). - (2016 : 85 000 $).
Il se fixe pour but de recueillir et d’organiser la mémoire des violations des Droits de l’Homme à Cuba et, à partir de ce matériel, de produire des rapports à diffuser à Cuba et à l’extérieur.

 

Promotion de Participation Citoyenne. - (2015 : 65 000 $). - (2016 : 103 000 $). 
Au centre de ce projet, le développement de l’interaction entre les agents et les membres de leur communauté dans le but d’aider à résoudre les maux dont souffre la communauté.

 

Renforcer la capacité de la Société Civile dans le Processus Politico Démocratique. - (2015 : 111 000 $). - (2016 : 115 000 $). 
Sa tâche essentielle est d’accroître la capacité des agents, au sein de la Société Civile, pour participer et promouvoir des élections censément démocratiques dans l’Île. En outre, ces agents seront techniquement formés pour proposer des modifications de la Loi Electorale en accord avec les normes internationales admises et dans le but d’obtenir des élections « libres et exemptes de fraude ».

 

Améliorer la qualification des Avocats des Droits de l’Homme. - (2015 : 99 908 $.) - (2016 : 99 516 $).
Son activité bénéficie essentiellement du soutien de la AMERICAN UNIVERSITY, laquelle invite, tous frais payés, un groupe d’avocats cubains à suivre un cours annuel de spécialisation en Droits de l’Homme et cela est utilisé pour aborder les problèmes de Droits de l’Homme à Cuba.

 

Personnes en Crise, SLOVAQUIE. - (2015 : 90 230 $). - (2016 : 92 330 $).

Ce programme se fixe le but d’assurer la formation des agents qui développent une pensée critique en rapport avec la transition démocratique à Cuba.

 

Appui aux activistes des Droits de l’Homme. - (2015 : 90 000 $). - (2016 : 90 000 $). 

Son objectif fondamental est la fourniture d’une aide humanitaire et financière pour renforcer les capacités d’action des défenseurs des Droits de l’Homme à Cuba.

 

Vue Longue Foundation Corp.- (2015 : 70 000 $). - (2016 : 80 000 $). 

Au centre de son projet : renforcer la capacité d’écrivains et d’artistes indépendants, à Cuba, pour que ceux-ci puissent publier et exposer leurs œuvres en dehors de la censure officielle. En plus de ce travail de promotion, organiser la collaboration entre intellectuels cubains et « Cubains-Américains », organiser des festivals conjoints et des présentations de livres et d’œuvres d’art.

 

En 2016, on a vu apparaître d’autres projets financés par la NED, et parmi ces derniers :

 

Temps de changement et nouveau rôle pour les différents secteurs à Cuba ou Times of Change and a New Role for Different Sectors in Cuba (60 880 $). 

Son but : mettre l’accent sur la société civile en proposant des alternatives politiques, au moyen d’activités qui feront intervenir une recherche sur le rôle d’institutions spécifiques de transition vers la démocratie et aussi le débat sur ce thème entre des supposés représentants de la société civile cubaine et en mettant en avant les expériences des autres pays de la région.

 

Institut Démocratique National pour les Affaires Internationales ou National Democratic Institute for International Affairs (NDI) (700 000 $). 

Sa principale activité se résume à mettre en valeur le savoir-faire des acteurs civiques indépendants. Dans ce cadre, il est proposé un programme sur deux ans pour accroître l’aptitude des activistes indépendants à développer la participation de citoyens cubains dans les problèmes civiques locaux.

 

Fondation de l’Agenda Public ou Agenda Foundation, Inc., (50 010 $). 

Son but : développer l’usage de pratiques délibératives et soi-disant « démocratiques » à Cuba. L’organisation mettra en place un groupe de travail comprenant des représentants cubains et étatsuniens.

 

D’une façon générale, de 2014 à 2016, on peut observer une augmentation considérable des sommes allouées aux projets de la NED financés par le Département d’État des États-Unis ; il en est de même en ce qui concerne le budget destiné aux programmes de la USAID. Cependant, certains de ces projets ont coexisté durant les années 2014 et 2015, tandis que d’autres ont disparu comme conséquence des coupes dans les budgets alloués pour leurs plans et cela à cause de leur inefficacité et du détournement des fonds destinés à l’activité subversive à Cuba.

 

Un grand nombre de ces projets ont des liens très étroits avec des organisations contrerévolutionnaires dans et à l’extérieur de Cuba, organisations qui appuient les objectifs proposés par la NED et l’USAID par un lobbying très intense avec l’espoir subversif de terrasser la Révolution et de provoquer des changements dans le système économique, politique et social de notre pays.

 

La Pupila Insomne

Traduction M. Colinas

»» http://lapupilainsomne.jovenclub.cu/++cs_INTERRO++p=61214

URL de cet article 32605 

27 novembre 2017
L'inquiétante augmentation de la mortalité aux Etats-Unis
 
LE CERCLE/LE COMMENTAIRE - Depuis le tournant du millénaire, l'espérance de vie se dégrade aux Etats-Unis. Un phénomène que l'on observe notamment chez les hommes blancs peu diplômés. Les raisons d'une dérive.
 
"Dans la mesure où les Etats-Unis se singularisent également par un niveau élevé et en progression continue de l'inégalité des revenus, il est tentant de rapprocher ces deux évolutions et de voir dans la hausse de la mortalité une conséquence inattendue et dramatique du regain d'inégalité."
François Bourguignon / Professeur à Paris School of Economics. Le 16/11
La hausse de la mortalité ne concerne que la population blanche dont l'éducation ne dépasse pas le secondaire. - Ric Francis/AP/SIPA

La suite en cliquant ci-dessous :

 

L'inquiétante augmentation de la mortalité aux Etats-Unis

 

 

L'inquiétante augmentation de la mortalité aux Etats-Unis

Parmi les pays développés, les Etats-Unis se singularisent par un phénomène surprenant : une hausse de la mortalité à des âges intermédiaires depuis le tournant du millénaire, hausse suffi...

 

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/030877564441-linquietante-augmentation-de-la-mortalite-aux-etats-unis-2130

Publié par El Diablo

FACEBOOK MENACE L'INFO ? Un test inquiétant

 

 

L’information sur les réseaux sociaux est-elle en danger ? Facebook fait des tests en ce moment pour virer toutes les publications de pages du fil d’actu. Sauf celles qui payent bien sûr ! Dans les pays testés, les pages d’info voient leur trafic chuter de 2/3. Alors que les gens s’informent maintenant beaucoup sur Facebook, c’est très inquiétant pour l’info… bien plus que les fake news…

L’opium du peuple… et le blanchiment stupéfiant…

 

23 Novembre 2017

Résultat de recherche d'images pour "jean paul II et Reagan"

 

Deux églises rastafariennes en Californie (USA) offraient leur cannabis  « à des fins religieuses  » ont été contraintes par un juge local de suspendre l’offre de ce type de matériel, rapporte le magazine Newsweek.

 

Selon l’église Oklevueha Native American Church, située dans la ville californienne de San José, le fait de fumer de la marijuana est « comme un sacrement » qui nous permet d’effectuer « une partie indispensable de notre voyage spirituel » .

 

Ceux-là sont nettement moins stupéfiants que le manœuvres du bienheureux Jean Paul II et de son adjoint Walesa avec Reagan, la CIA et la banque vaticane pour blanchir l’argent de la mafia en le versant pour les bonnes œuvres de Solidarnosc…

 

Existe-t-il d’autre paradis que les artificiels?

 

C’était mon quart d’heure d’anticléricalisme stupide…


Danielle Bleitrach

19 novembre 2017
Tribunaux arbitraux: comment les multinationales rackettent les états. Serge Escalé

 

L’existence de tribunaux arbitraux privés qui permettent aux multinationales d’attaquer les Etats si leurs intérêts leur semble lésés et leur demander des compensations chiffrées en millions et milliards d’euros. Et cela, malgré les législations nationales, une grave anomalie contrevenant aux règles démocratiques. Ces tribunaux arbitraux sont au coeur de la contestation des traités commerciaux transatlantiques CETA et TAFTA.

 

Dans « Envoyé Spécial » du 16 novembre 2017, une enquête explique pour la 1ère fois, de manière claire et détaillée, comment les multinationales se servent des tribunaux arbitraux, une juridiction privée, pour imposer leur choix au-delà de l’intérêt commun touchant aux services publics, au social, à la santé ou à l’environnement. Il s’agit d’une justice ad-hoc qui fait pression sur les Etats au bénéfice exclusif de leurs profits. A la clé, la demande illégitime par les multinationales de millions voire de milliards de dollars et d’euros d’argent public au titre de la protection de leurs investissements. Dans l’enquête, ces pratiques apparaissent au grand jour avec les exemples de l’Argentine, de la Roumanie, de l’Uruguay et du Togo, aux prises avec les multinationales. La cible privilégiée de nombreuses multinationales sont les pays en voie de développement ou en transition démocratique et économique.

 

Le cas le plus emblématique est celui de la Roumanie, plus précisément du village de Rosia-Montana en Transylvanie aux prises avec la compagnie minière canadienne Gabriel Resources. Retour en arrière. En 1997, Gabriel Resources fait une campagne de publicité massive en promettant  des écoles, des emplois, etc. provenant de  l’exploitation souterraine de tonnes d’or et d’argent. L’objectif est d’en faire la plus grand mine d’or à ciel ouvert d’Europe. Pour réaliser ces bienfaits mirifiques, il aurait d’abord fallu raser une bonne partie de la région et du village mais le principal litige est la méthode d’extraction de Gabriel Resources, qui, pour séparer l’or de la roche, voulait utiliser du cyanure (cf ci-dessous), soit environ 200.000 tonnes sur les 16 ans d’exploitation prévus.  Conséquence de cette méthode radicale:  les vapeurs de cyanure se dispersent  dans l’atmosphère et se retrouvent dans les pluies dans un rayon 50 km autour de la zone d’extraction. La contamination se propage par le lait des vaches avec atteinte des poumons des consommateurs. Ce projet minier supposait le déplacement de 2000 personnes déplacées, la destruction de 1000 maisons ainsi que la disparation d’activités touristiques. En 2013, des membres du Parlement roumain  viennent vérifier sur place. Pour contrer cette action publique, la compagnie fait défiler ses employés dans les rues de Rosia-Montana. L’affaire médiatisée devient alors une cause nationale, le plus grand mouvement de contestation depuis la chute de Ceaușescu fin 1989.  Au final, le Parlement roumain vote l’abandon du projet. Aussitôt, Gabriel Resources attaque la Roumanie suivant la procédure arbitrale privée en avançant 630 millions d’euros d’investissement dans ce projet. Elle demande 3,7 milliards € de dédommagement (soit 2 % du PIB de la Roumanie ou son budget annuel pour l’éducation ! ) à Bucarest, un record du genre et fonde sa requête sur la base des profits attendus sur 16 ans d’exploitation. Elle mise tout sur un arbitrage favorable contre la Roumanie .

 

Au niveau de l’Union Européenne, la société civile n’a, dans le litige Roumain, aucun accès à l’information. La seule action possible est de présenter un court document de 20 pages que les arbitres ne sont pas tenus de le lire. 20 pages pour résumer 15 ans de combats … Le député écologiste Yannick Jadot est l’un des plus engagés contre l’arbitrage privé mais il n’a pas beaucoup de poids auprès des instances européennes.

 

Source : Le blog de Liliane Held-Khawam

 

Lire la suite ci-dessous :

Tribunaux arbitraux: comment les multinationales rackettent les états. Serge Escalé

 

Tribunaux arbitraux: comment les multinationales rackettent les états. Serge Escalé

L'existence de tribunaux arbitraux privés qui permettent aux multinationales d'attaquer les Etats si leurs intérêts leur semble lésés et leur demander des compensations chiffrées en millions ...

 

https://lilianeheldkhawam.com/2017/11/19/tribunaux-arbitraux-comment-les-multinationales-rackettent-les-etats-serge-

Mensonges de l’ONU sur la faim dans le monde

 

Pour la doxa, le “tiers-monde” n’existe plus. D’ailleurs on ne parle plus de “pays sous-développés” mais de “pays en développement”, et le “storytelling” à la mode nous assure que ces pays deviendront bientôt des “pays émergents”. L’idéologie postcommuniste pronostiquait la “fin de l’histoire”. Elle promettait des lendemains qui chantent au royaume du libre-échange. Elle annonçait les temps nouveaux de la “mondialisation heureuse”. L’ouverture et la dérégulation des marchés portaient la promesse d’un avenir radieux.
 
Propagée depuis trois décennies, cette fable libérale subit l’épreuve des faits. Dans son dernier rapport sur “l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition”  l’ONU déclare que 815 millions de personnes ont souffert de malnutrition en 2016, soit 82 millions de plus qu’en 2015. En clair, 11% de la population mondiale crève de faim. Non seulement on a atteint un record absolu (jamais l’humanité n’a connu autant d’affamés), mais la situation se détériore, et pour 2017 les associations s’attendent au pire.
 
Les inégalités atteignent des sommets vertigineux. Transposé au Moyen-âge, le fossé qui sépare nos hyper-riches des masses paupérisées eût horrifié les plus égoïstes des aristocrates. Mais pour nos libéraux, l’accumulation et la concentration du capital à des niveaux astronomiques sont des signaux positifs. Selon l’association Oxfam, les 1% plus riches possèdent 48% de la richesse mondiale, et les 20% plus riches s’approprient le reste. Aux 80% restants, soit l’écrasante majorité de la population mondiale, il ne reste que des clopinettes.
 
Ce contraste entre 815 millions d’affamés et une poignée de milliardaires devrait provoquer l’indignation générale. Mais on s’en accommode avec fatalisme comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle. Jetant un voile pudique sur les causes d’une telle injustice, la doxa occulte délibérément le poids des structures. Entre discours lénifiants et poncifs néo-libéraux, les mécanismes qui fondent l’enrichissement des uns sur l’appauvrissement des autres sont sortis des écrans-radars. Par conformisme idéologique, la bureaucratie onusienne tord l’interprétation des faits.
 
Elle omet de dire, par exemple, que la dégradation de la situation alimentaire s’explique largement par le recul de l’agriculture paysanne au profit de l’agro-business. Sous l’impulsion des multinationales de l’agroalimentaire, on transforme des millions d’hectares de polyculture-élevage en zones franches défiscalisées où sont implantées des monocultures d’exportation. Cette politique met les petits cultivateurs à la merci des fluctuations des marchés internationaux. Prise en otage par la mondialisation, l’agriculture vivrière régresse et la production locale décline.
 
Pour l’ONU, le réchauffement climatique et les guerres en tout genre sont les principaux responsables de la malnutrition. Mais cette imputation de la misère humaine à des causes accidentelles a pour effet de minimiser les causes structurelles. Les mécanismes de l’exploitation capitaliste sont lavés de tout soupçon, et le message implicite est que les multinationales n’y sont pour rien. L’incrimination du réchauffement climatique, en revanche, étend la responsabilité de la misère au citoyen-lambda. Le salarié qui prend sa voiture pour aller au boulot n’est-il pas aussi coupable que Monsanto ?
 
Ce n’est pas à cause du réchauffement climatique que des milliers d’enfants sont contraints de travailler dans les plantations de cacao en Côte-d’Ivoire. L’asservissement de ce petit pays aux multinationales du chocolat en est directement responsable. Sa spécialisation dans cette monoculture d’exportation depuis l’époque coloniale en a fait un appendice précaire des économies développées. Soumise aux fluctuations du marché et aux opérations spéculatives, la Côte d’Ivoire s’appauvrit pour enrichir des actionnaires, sans compter l’effet désastreux des cures d’austérité imposées par les institutions internationales.
 
Pays d’une extrême pauvreté, le Mali est en proie à l’instabilité politique et fait face à une rébellion sur laquelle s’est greffé le terrorisme. Mais le pillage de ses richesses minières par la France n’est pas étranger à ce chaos sécuritaire. La rébellion touareg est repartie de plus belle lorsque Areva a signé avec le Niger un accord pour l’exploitation des gisements d’uranium faisant bon marché des populations nomades. Simple coïncidence ? Les pays du Sahel sont les plus pauvres du monde et les troupes françaises y sont plus présentes que jamais
 
Avec son hypocrisie coutumière, l’ONU oublie de dire que la famine règne dans les pays où l’Occident s’est évertué à semer le chaos. Au Sud-Soudan, il a favorisé une sécession catastrophique. En Somalie, il a déployé ses troupes et favorisé l’éclatement du pays. En Syrie, il a attisé les feux d’une guerre interminable. En Libye, il a détruit un Etat souverain et livré le pays aux milices. Au Yémen, il fournit les armes avec lesquelles Riyad massacre les populations civiles. L’ONU a raison de dire que les guerres ont détérioré la situation alimentaire. Il fallait seulement préciser que ces guerres sont des guerres impérialistes.
 
Bruno GUIGUE

Pour la doxa, le “tiers-monde” n’existe plus. D’ailleurs on ne parle plus de “pays sous-développés” mais de “pays en développement”, et le “storytelling” à la mode nous assure que ces pays deviendront bientôt des “pays émergents”. L’idéologie post-communiste pronostiquait la “fin de l’histoire”. Elle promettait des lendemains qui chantent au royaume du libre-échange. Elle annonçait les temps nouveaux de la “mondialisation heureuse”. L’ouverture et la dérégulation des marchés portaient la promesse d’un avenir radieux.

 

Propagée depuis trois décennies, cette fable libérale subit l’épreuve des faits. Dans son dernier rapport sur “l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition” http://www.fao.org/3/a-I7695f.pdf, l’ONU déclare que 815 millions de personnes ont souffert de malnutrition en 2016, soit 82 millions de plus qu’en 2015. En clair, 11% de la population mondiale crève de faim. Non seulement on a atteint un record absolu (jamais l’humanité n’a connu autant d’affamés), mais la situation se détériore, et pour 2017 les associations s’attendent au pire.

 

Les inégalités atteignent des sommets vertigineux. Transposé au Moyen-Âge, le fossé qui sépare nos hyper-riches des masses paupérisées eût horrifié les plus égoïstes des aristocrates. Mais pour nos libéraux, l’accumulation et la concentration du capital à des niveaux astronomiques sont des signaux positifs. Selon l’association Oxfam, les 1% plus riches possèdent 48% de la richesse mondiale, et les 20% plus riches s’approprient le reste. Aux 80% restants, soit l’écrasante majorité de la population mondiale, il ne reste que des clopinettes.

 

Ce contraste entre 815 millions d’affamés et une poignée de milliardaires devrait provoquer l’indignation générale. Mais on s’en accommode avec fatalisme comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle. Jetant un voile pudique sur les causes d’une telle injustice, la doxa occulte délibérément le poids des structures. Entre discours lénifiants et poncifs néo-libéraux, les mécanismes qui fondent l’enrichissement des uns sur l’appauvrissement des autres sont sortis des écrans-radars. Par conformisme idéologique, la bureaucratie onusienne tord l’interprétation des faits.

 

Elle omet de dire, par exemple, que la dégradation de la situation alimentaire s’explique largement par le recul de l’agriculture paysanne au profit de l’agro-business. Sous l’impulsion des multinationales de l’agroalimentaire, on transforme des millions d’hectares de polyculture-élevage en zones franches défiscalisées où sont implantées des monocultures d’exportation. Cette politique met les petits cultivateurs à la merci des fluctuations des marchés internationaux. Prise en otage par la mondialisation, l’agriculture vivrière régresse et la production locale décline.

 

Pour l’ONU, le réchauffement climatique et les guerres en tout genre sont les principaux responsables de la malnutrition. Mais cette imputation de la misère humaine à des causes accidentelles a pour effet de minimiser les causes structurelles. Les mécanismes de l’exploitation capitaliste sont lavés de tout soupçon, et le message implicite est que les multinationales n’y sont pour rien. L’incrimination du réchauffement climatique, en revanche, étend la responsabilité de la misère au citoyen-lambda. Le salarié qui prend sa voiture pour aller au boulot n’est-il pas aussi coupable que Monsanto ?

 

Ce n’est pas à cause du réchauffement climatique que des milliers d’enfants sont contraints de travailler dans les plantations de cacao en Côte-d’Ivoire. L’asservissement de ce petit pays aux multinationales du chocolat en est directement responsable. Sa spécialisation dans cette monoculture d’exportation depuis l’époque coloniale en a fait un appendice précaire des économies développées. Soumise aux fluctuations du marché et aux opérations spéculatives, la Côte d’Ivoire s’appauvrit pour enrichir des actionnaires, sans compter l’effet désastreux des cures d’austérité imposées par les institutions internationales.

 

Pays d’une extrême pauvreté, le Mali est en proie à l’instabilité politique et fait face à une rébellion sur laquelle s’est greffé le terrorisme. Mais le pillage de ses richesses minières par la France n’est pas étranger à ce chaos sécuritaire. La rébellion touareg est repartie de plus belle lorsque Areva a signé avec le Niger un accord pour l’exploitation des gisements d’uranium faisant bon marché des populations nomades. Simple coïncidence ? Les pays du Sahel sont les plus pauvres du monde et les troupes françaises y sont plus présentes que jamais

 

Avec son hypocrisie coutumière, l’ONU oublie de dire que la famine règne dans les pays où l’Occident s’est évertué à semer le chaos. Au Sud-Soudan, il a favorisé une sécession catastrophique. En Somalie, il a déployé ses troupes et favorisé l’éclatement du pays. En Syrie, il a attisé les feux d’une guerre interminable. En Libye, il a détruit un Etat souverain et livré le pays aux milices. Au Yémen, il fournit les armes avec lesquelles Riyad massacre les populations civiles. L’ONU a raison de dire que les guerres ont détérioré la situation alimentaire. Il fallait seulement préciser que ces guerres sont des guerres impérialistes.

 

Bruno GUIGUE

URL de cet article 32571 


Commentaire de B.T :

Effectivement 700 millions de femmes et d'hommes sont sorti de la faim dans le monde. Problème on ne peut pas trop le crier car ces 700 millions sont TOUS CHINOIS 

07 novembre 2017

Barry Grey, Etats-Unis, une domination totale sur tous les fronts

 

« Pour résumer, reprend Barry Grey, Pinter dit : « J'ai dit tout à l'heure que les États-Unis étaient désormais d'une franchise totale et jouaient cartes sur table. C'est bien le cas. Leur politique officielle déclarée est désormais définie comme une 'full spectrum dominance' (une domination totale sur tous les fronts). L'expression n'est pas de moi, elle est d'eux. 'Full spectrum dominance', cela veut dire contrôle des terres, des mers, des airs et de l'espace et de toutes les ressources qui vont avec. « Des milliers, sinon des millions, de gens aux États-Unis sont pleins de honte et de colère, visiblement écoeurés par les actions de leur gouvernement, mais en l'état actuel des choses, ils ne constituent pas une force politique cohérente ­ pas encore. Cela dit, l'angoisse, l'incertitude et la peur que nous voyons grandir de jour en jour aux États-Unis ne sont pas près de s'atténuer... »

 

Reprenons la lecture de l'analyse de Barry Grey...

 

Michel Peyret


Le discours d'Harold Pinter, prix Nobel de littérature : un artiste courageux qui dit la vérité sur l'impérialisme américain

Par Barry Grey
Le 9 décembre 2005

Le dramaturge britannique, Harold Pinter, prix Nobel de littérature 2005, a prononcé mercredi à l'Académie suédoise un discours de remerciements passionné, véridique et courageux. Auteur de renom, qui a écrit des pièces aussi célèbres que The Homecoming (Le Retour) et The Caretaker (Le Gardien), Pinter n'a jamais cessé d'élever la voix avec fermeté contre la guerre en Iraq et contre les déprédations commises par l'impérialisme américain dans les Balkans, l'Amérique centrale et partout ailleurs auparavant.

Il profita de son discours de remerciements pour intensifier et développer sa lutte en faisant une critique virulente de l'ensemble de la politique étrangère américaine couvrant la période d'après-guerre et en accusant la Grande-Bretagne pour son rôle de « second couteau » et de complice de Washington. Ne mâchant pas ses mots, Pinter qualifia Bush et Blair de criminels de guerre ; il lança un appel passionné à la résistance politique de masse contre le militarisme et la guerre.

Agé de 75 ans, le dramaturge, scénariste, poète, acteur et militant anti-guerre fit sa déclaration dans un discours préenregistré en Grande-Bretagne et qui fut diffusé sur des écrans au public assemblé à Stockholm. Pinter, qui fut récemment soigné pour un cancer de l'oesophage, est encore de santé fragile. Sur les conseils de son médecin, il s'abstint de se rendre en Suède.

Il apparut sur l'enregistrement, assis sur une chaise roulante, un plaid sur les genoux. Sa voix était rauque mais, selon des commentaires, elle n'en était pas moins déterminée.

Le discours de Pinter, qui avait pour titre « Art, vérité et politique », avait une fraîcheur et un élan particuliers de par son honnêteté et sa franchise concernant l'impact catastrophique de la subversion, de la violence et de l'agression américaines partout dans le monde au cours de ces nombreuses décennies. Même certaines sections des médias de l'establishment, en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis, comme par exemple le Guardianet le New York Times qui ont participé pleinement à disséminer les mensonges et à couvrir les crimes liés à la politique étrangère américaine, durent reconnaître, dans une certaine mesure, l'impact puissant des paroles de Pinter.

Pinter commença une présentation de son oeuvre dramatique et de son approche à l'art par les observations suivantes :

« En 1958 j'ai écrit la chose suivante: « Il n'y a pas de distinctions tranchées entre ce qui est réel et ce qui est irréel, entre ce qui est vrai et ce qui est faux. Une chose n'est pas nécessairement vraie ou fausse; elle peut être tout à la fois vraie et fausse. »

Je crois que ces affirmations ont toujours un sens et s'appliquent toujours à l'exploration de la réalité à travers l'art. Donc, en tant qu'auteur, j'y souscris encore, mais en tant que citoyen je ne peux pas. En tant que citoyen, je dois demander: Qu'est-ce qui est vrai? Qu'est-ce qui est faux?»

Pinter poursuivit en donnant un aperçu du processus complexe et insaisissable de création de ses pièces de théâtre, en expliquant clairement que son souci majeur était l'utilisation de la langue, de l'intrigue et des personnages dans le but de découvrir d'importantes vérités humaines et sociales.

Au sujet de la relation entre l'art, le langage et la vérité il dit : « Le langage, en art, demeure donc une affaire extrêmement ambiguë, des sables mouvants, un trampoline, une mare gelée qui pourrait bien céder sous vos pieds, à vous l'auteur, d'un instant à l'autre.

« Mais, comme je le disais, la quête de la vérité ne peut jamais s'arrêter. Elle ne saurait être ajournée, elle ne saurait être différée. Il faut l'affronter là, tout de suite. »

Ce thème de la responsabilité qui incombe à l'artiste de rechercher et de présenter la vérité fut la transition entre ses remarques sur l'art dramatique et ses remarques concernant l'histoire et la politique. Il dit : « Le langage politique, tel que l'emploient les hommes politiques, ne s'aventure jamais sur ce genre de terrain, puisque la majorité des hommes politiques, à en croire les éléments dont nous disposons, ne s'intéressent pas à la vérité mais au pouvoir et au maintien de ce pouvoir. Pour maintenir ce pouvoir il est essentiel que les gens demeurent dans l'ignorance, qu'ils vivent dans l'ignorance de la vérité, jusqu'à la vérité de leur propre vie. Ce qui nous entoure est donc un vaste tissu de mensonges, dont nous nous nourrissons. »

Il poursuivit : « Comme le sait ici tout un chacun, l'argument avancé pour justifier l'invasion de l'Irak était que Saddam Hussein détenait un arsenal extrêmement dangereux d'armes de destruction massive, dont certaines pouvaient être déchargées en 45 minutes, provoquant un effroyable carnage. On nous assurait que c'était vrai. Ce n'était pas vrai. On nous disait que l'Irak entretenait des relations avec Al Qaïda et avait donc sa part de responsabilité dans l'atrocité du 11 septembre 2001 à New York. On nous assurait que c'était vrai. Ce n'était pas vrai. On nous disait que l'Irak menaçait la sécurité du monde. On nous assurait que c'était vrai. Ce n'était pas vrai. »

Pinter passa ensuite à une discussion de la politique étrangère des Etats-Unis depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. « Tout le monde sait ce qui s'est passé en Union soviétique et dans toute l'Europe de l'Est durant l'après-guerre: la brutalité systématique, les atrocités largement répandues, la répression impitoyable de toute pensée indépendante. Tout cela a été pleinement documenté et attesté.

« Mais je soutiens que les crimes commis par les États-Unis durant cette même période n'ont été que superficiellement rapportés, encore moins documentés, encore moins reconnus, encore moins identifiés à des crimes tout court. ... Bien que limitées, dans une certaine mesure, par l'existence de l'Union Soviétique, les actions menées dans le monde entier par les États-Unis donnaient clairement à entendre qu'ils avaient décrété avoir carte blanche pour faire ce qu'ils voulaient. »

Pinter parla ensuite du bilan des subversions internationales de Washington : « Dans l'ensemble, elle préférait ce qu'elle a qualifié de 'conflit de faible intensité'. 'Conflit de faible intensité', cela veut dire que des milliers de gens meurent, mais plus lentement que si vous lâchiez une bombe sur eux d'un seul coup. Cela veut dire que vous contaminez le coeur du pays, que vous y implantez une tumeur maligne et que vous observez s'étendre la gangrène. Une fois que le peuple a été soumis ­ ou battu à mort ­ ça revient au même ­ et que vos amis, les militaires et les grandes sociétés commerciales, sont confortablement installés au pouvoir, vous allez devant les caméras et vous déclarez que la démocratie l'a emporté. C'était monnaie courante dans la politique étrangère américaine dans les années auxquelles je fais allusion. »

Il continua ensuite par décrire les massacres et la dévastation infligés en 1980 au Nicaragua par les terroristes de la Contra avec le soutien des Etats-Unis. « Je dois vous rappeler » dit-il « qu'à l'époque le président Reagan avait fait la déclaration suivante : 'Les Contras sont l'équivalent moral de nos Pères fondateurs.' »

Pinter détailla le rôle joué par les Etats-Unis au Nicaragua et en Amérique centrale dans son ensemble. Relevant les acquis sociaux conquis par le régime Sandiniste des nationalistes de gauche qui renversa en 1979 le dictateur Somoza bénéficiant du soutien des Etats-Unis ­ abolition de la peine de mort, réforme agraire, progrès réalisés dans l'alphabétisation et l'éducation publique, santé publique gratuite ­ il dit :

« Les États-Unis accusèrent ces franches réussites d'être de la subversion marxiste-léniniste. Aux yeux du gouvernement américain, le Nicaragua donnait là un dangereux exemple. Si on lui permettait d'établir les normes élémentaires de la justice économique et sociale, si on lui permettait d'élever le niveau des soins médicaux et de l'éducation et d'accéder à une unité sociale et une dignité nationale, les pays voisins se poseraient les mêmes questions et apporteraient les mêmes réponses. Il y avait bien sûr à l'époque, au Salvador, une résistance farouche au statu quo.

« Le Président Reagan qualifiait couramment le Nicaragua de 'donjon totalitaire'. Ce que les médias, et assurément le gouvernement britannique, tenaient généralement pour une observation juste et méritée. Les 'donjons totalitaires' se trouvaient en fait tout à côté, au Salvador et au Guatemala. Les États-Unis avaient, en 1954, fait tomber le gouvernement démocratiquement élu du Guatemala et on estime que plus de 200 000 personnes avaient été victimes des dictatures militaires qui s'y étaient succédé.

« Les États-Unis ont fini par faire tomber le gouvernement sandiniste. Cela leur prit plusieurs années et ils durent faire preuve d'une ténacité considérable, mais une persécution économique acharnée et 30 000 morts ont fini par ébranler le courage des Nicaraguayens. Ils étaient épuisés et de nouveau misérables. L'économie 'casino' s'est réinstallée dans le pays. C'en était fini de la santé gratuite et de l'éducation gratuite. Les affaires ont fait un retour en force. La 'Démocratie' l'avait emporté.

« Mais cette 'politique' ne se limitait en rien à l'Amérique centrale. Elle était menée partout dans le monde. Elle était sans fin. Et c'est comme si ça n'était jamais arrivé.

« Les États-Unis ont soutenu, et dans bien des cas engendré, toutes les dictatures militaires droitières apparues dans le monde à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Je veux parler de l'Indonésie, de la Grèce, de l'Uruguay, du Brésil, du Paraguay, d'Haïti, de la Turquie, des Philippines, du Guatemala, du Salvador, et, bien sûr, du Chili. L'horreur que les États-Unis ont infligée au Chili en 1973 ne pourra jamais être expiée et ne pourra jamais être oubliée. » [Note de l'éditeur : Il existe d'autres pays qui pourraient être ajoutés à la liste de Pinter, dont l'Argentine, l'Iran et le Paskistan].

Passant aux méthodes de propagande bien affinées et sophistiquées de l'establishment américain, Pinter dit : « Le langage est en fait employé pour tenir la pensée en échec. Les mots 'peuple américain' fournissent un coussin franchement voluptueux destiné à vous rassurer. Ce qui bien sûr ne vaut pas pour les 40 millions de gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ni aux 2 millions d'hommes et de femmes incarcérés dans le vaste goulag de prisons qui s'étend d'un bout à l'autre des États-Unis. »

Pinter poursuivit : « Les États-Unis ne se préoccupent plus des conflits de faible intensité. Ils ne voient plus l'intérêt qu'il y aurait à faire preuve de réserve, ni même de sournoiserie. Ils jouent cartes sur table, sans distinction. C'est bien simple, ils se fichent éperdument des Nations Unies, du droit international ou des voix dissidentes, dont ils pensent qu'ils n'ont aucun pouvoir ni aucune pertinence. Et puis ils ont leur petit agneau bêlant qui les suit partout au bout d'une laisse, la Grande-Bretagne, pathétique et soumise.

« Où est donc passée notre sensibilité morale ? Regardez Guantanamo. Des centaines de gens détenus sans chef d'accusation depuis plus de trois ans, sans représentation légale ni procès équitable, théoriquement détenus pour toujours. Cette structure totalement illégitime est maintenue au mépris de la Convention de Genève.

« L'invasion de l'Irak était un acte de banditisme, un acte de terrorisme d'État patenté, témoignant d'un absolu mépris pour la notion de droit international. Une redoutable affirmation de la force militaire responsable de la mort et de la mutilation de milliers et de milliers d'innocents.

« Nous avons apporté au peuple irakien la torture, les bombes à fragmentation, l'uranium appauvri, d'innombrables tueries commises au hasard, la misère, l'humiliation et la mort et nous appelons cela 'apporter la liberté et la démocratie au Moyen-Orient.'

« Combien de gens vous faut-il tuer avant d'avoir droit au titre de meurtrier de masse et de criminel de guerre ? Cent mille ? Plus qu'assez, serais-je tenté de croire. Il serait donc juste que Bush et Blair soient appelés à comparaître devant la Cour internationale de justice. Mais Bush a été malin. Il n'a pas ratifié la Cour internationale de justice. Donc, si un soldat américain ou, à plus forte raison, un homme politique américain, devait se retrouver au banc des accusés, Bush a prévenu qu'il enverrait les marines. Mais Tony Blair, lui, a ratifié la Cour et peut donc faire l'objet de poursuites. Nous pouvons communiquer son adresse à la Cour si ça l'intéresse. Il habite au 10 Downing Street, Londres

« Les 2000 morts américains sont embarrassants. On les transporte vers leurs tombes dans le noir. Les funérailles se font discrètement, en lieu sûr. Les mutilés pourrissent dans leurs lits, certains pour le restant de leurs jours. »

Pour résumer, Pinter dit : « J'ai dit tout à l'heure que les États-Unis étaient désormais d'une franchise totale et jouaient cartes sur table. C'est bien le cas. Leur politique officielle déclarée est désormais définie comme une 'full spectrum dominance' (une domination totale sur tous les fronts). L'expression n'est pas de moi, elle est d'eux. 'Full spectrum dominance', cela veut dire contrôle des terres, des mers, des airs et de l'espace et de toutes les ressources qui vont avec.

« Des milliers, sinon des millions, de gens aux États-Unis sont pleins de honte et de colère, visiblement écoeurés par les actions de leur gouvernement, mais en l'état actuel des choses, ils ne constituent pas une force politique cohérente ­ pas encore. Cela dit, l'angoisse, l'incertitude et la peur que nous voyons grandir de jour en jour aux États-Unis ne sont pas près de s'atténuer.

« Je crois que malgré les énormes obstacles qui existent, être intellectuellement résolus, avec une détermination farouche, stoïque et inébranlable, à définir, en tant que citoyens, la réelle vérité de nos vies et de nos sociétés est une obligation cruciale qui nous incombe à tous. Elle est même impérative.

« Si une telle détermination ne s'incarne pas dans notre vision politique, nous n'avons aucun espoir de restaurer ce que nous sommes si près de perdre ­ notre dignité d'homme. »

Voir aussi:

Posté par Michel Peyret