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Etats-Unis

La superpuissance états-unienne est en état de délabrement interne


Par William Engdahl – Le 14 mars 2016 – Source New Eastern Outlook

 

Le barrage d’Oroville en fuite

 

Les événements catastrophiques de ces dernières semaines autour du barrage d’Oroville en Californie soulignent un problème beaucoup plus urgent. L’American Society of Civil Engineers vient de publier son évaluation quadriennale des infrastructures essentielles des États-Unis, routes, approvisionnement en eau potable, digues, ports, barrages, ponts, réseau électrique. Le rapport donne à la nation une note de quasi-défaillance, la note D +. L’infrastructure états-unienne est en train de ressembler à celle de l’Union soviétique au moment de l’effondrement du communisme, à la fin des années 1980. La proposition récente de Donald Trump d’investir 1 000 milliards de dollars sur dix ans pour résoudre le problème, principalement par la construction de trains à grande vitesse (à ce jour, les États-Unis n’en ont pas un), se rapproche à peine des besoins en la matière.

 

Le programme de Wall Street, axé sur la mondialisation de la production américaine et son externalisation, a transformé l’Amérique en une superpuissance creuse, en état de délabrement. Depuis les années 1980, les États-Unis ont considérablement sous-investi dans les nouvelles infrastructures et dans le renouvellement des anciennes. Alors que les multinationales américaines déplacent leurs usines à l’étranger, là où elle disposent de main-d’œuvre bon marché, au Mexique, puis en Asie, en particulier en Chine, et ailleurs, elles ont trouvé des échappatoires fiscales qui leur ont permis d’arrêter de soutenir le pays qui, pas plus tard que dans les années 1960, était la puissance industrielle mondiale. De nos jours, les sociétés états-uniennes détiennent 2 400 milliards de dollars de bénéfices à l’étranger, qu’elles maintiennent à l’étranger pour éviter de payer des impôts aux États-Unis.

 

Le résultat de toute cette négligence est qu’au cours des trois dernières décennies, depuis la fin des années 1980, le financement fédéral de grands projets d’infrastructure tels que les barrages a diminué de moitié, passant de 1% à 0,5% du PIB.

 

Le bulletin de note des infrastructures

 

Le 9 mars, la Société américaine des ingénieurs civils (ASCE) a publié son Rapport sur les infrastructures de 2017. Elle examine l’état des infrastructures nationales tous les quatre ans. Depuis son rapport de 2013, en dépit de quatre ans d’une prétendue reprise économique sous Obama, la note donnée est resté inchangée à D +, F indiquant une défaillance totale des infrastructures.

 

Le président américain vient de rencontrer des représentants de l’industrie pour discuter de sa proposition de dépenser 1 000 milliards de dollars sur 10 ans, financés par une combinaison de fonds publics et privés, la plupart apparemment destinés aux routes et au train à grande vitesse. L’ASCE estime que près de cinq fois cette somme, soit 4 590 mille milliards de dollars, est nécessaire de toute urgence au cours des huit prochaines années seulement, pour ramener la situation à un niveau « adéquat », la note B, d’ici 2025. Le coût économique pour l’économie nationale de cette infrastructure en ruine est estimé à des centaines de milliards de dollars par an, qui sont gaspillés à cause de l’inefficacité économique.

 

Pourtant, même cette modeste proposition Trump de dépenser 1.000 milliards de dollars en infrastructures est susceptible d’être « mort-née », selon l’analyste de Wall Street Randall Forsyth, dans un rapport pour Barrons. Un des effets des plus de huit ans de taux d’intérêt anormalement bas de la Réserve fédérale est que les fonds de pension de l’État sont sérieusement sous-financés, ce qui les oblige à tirer davantage de fonds du budget général de l’État. Les États ne disposeront pas de l’argent nécessaire pour adhérer au plan national de Trump, même si celui-ci devait être adopté par le Congrès, ce qui n’est pas encore sûr. Forsyth remarque : « Aux États-Unis, les gouvernements des États et des comtés comptabilisent les projets d’infrastructure comme des dépenses courantes, pas comme des investissements capitalisés sur la durée de vie des projets, comme le font les entreprises privées ; les contraintes budgétaires entravent donc leur capacité à financer des projets. »

 

En outre, Trump a en même temps promis une réduction des impôts fédéraux. En bref, l’équipe économique du Donald n’a même pas encore ses projets d’infrastructure établis, encore moins alignés avec la réalité.

 

Des coupures d’électricité dignes du tiers monde

 

Certains des faits saillants du rapport sont instructifs et alarmants. Le réseau électrique de base du pays est dans un sale état. La plupart des lignes de transmission et de distribution électriques des États-Unis ont été construites dans les années 1950 et 1960, avec une espérance de vie de 50 ans. Les lignes construites en 1967 sont aujourd’hui à leur terme, mais toujours utilisées.

 

La demande croissante d’électricité signifie également que les 640 000 miles de lignes de transmission à haute tension qui forment les réseaux électriques de la nation sont à pleine capacité. Étant donné le manque d’investissements dans le réseau électrique, le vieillissement des équipements, les goulets d’étranglement et l’augmentation de la demande, ainsi que l’augmentation des dégâts dû aux tempêtes et au climat, des coupures d’électricité dignes du Tiers Monde sont à prévoir, à moins que des investissements urgents ne soient réalisés.

 

Les autoroutes sont en mauvais état

 

Les autoroutes du pays sont en très mauvaise condition. Il y a soixante ans, le Congrès des États-Unis a adopté la Loi fédérale de 1956, pendant l’administration Eisenhower, la Loi de défense des autoroutes nationales, comme elle était nommée. Cette loi prévoyait la somme alors immense de 25 milliards de dollars, pour la construction de 66 000 km de réseau routier inter-États, sur une période de 10 ans. C’était le plus grand projet d’infrastructure de travaux publics dans l’histoire américaine à cette date, équivalent à un investissement de $ 218 milliards aujourd’hui. L’économie du transport des États-Unis a délibérément été transférée des rails, comme elle l’avait été jusque avant la Seconde Guerre mondiale, aux grands camions-remorques, et cette loi sur les autoroutes interétatiques a permis un énorme gain en temps et en efficacité économique. La souplesse apportée par le transport par camion par rapport au transport ferroviaire a été importante et le financement a été payé à 90% par le gouvernement fédéral, par l’entremise d’un Fonds d’investissement routier financé par les taxes fédérales sur les carburants, qui fut utilisé exclusivement pour la construction et l’entretien des routes. Les États ont financé 10% de l’investissement.

 

Depuis 2007-2008 et la crise financière et économique, ce Fonds d’investissement routier est sérieusement sous-financé, nécessitant des injections d’urgence du budget fédéral pour maintenir sa solvabilité. En raison du refus répété du Congrès des États-Unis d’augmenter les taxes nationales sur l’essence ou les carburants pour assurer la réparation adéquate du réseau routier inter-États, l’état actuel des routes nationales est catastrophique, pour le dire poliment. La taxe fédérale sur les carburants pour le Fonds d’investissement routier a été fixée à 0,184 $ le gallon américain, niveau demeuré le même depuis 1993. En Allemagne, la taxe fédérale sur les carburants est de 6,14 $ par gallon américain.

 

En outre, les États qui financent l’entretien de leurs routes avec une taxe étatique sur les carburants sont gravement sous-financés par les impôts, là aussi. À la date du 1er juillet 2016, vingt-et-un États sur cinquante n’ont pas augmenté leur taxe sur l’essence depuis dix ans ou plus.

 

Selon le rapport sur l’infrastructure de l’ASCE, le sous-financement sévère et chronique des fonds routiers fédéraux et des autoroutes de l’État a pour conséquence que plus de 40% des autoroutes interurbaines états-uniennes sont encombrées et que les embouteillages ont coûté, en 2014, 160 milliards de dollars au pays, en temps perdu et essence gaspillée. Un kilomètre de bitume des autoroutes sur cinq est en mauvais état.

 

Les ponts vers l’abandon

 

Les États-Unis sont une vaste étendue de terre, allant de New York à la Californie, traversant les 48 États dits inférieurs (à l’exclusion de l’Alaska et de Hawaï). Le long de l’Interstate I-80, vous conduisez pendant presque 4 800 kilomètres. De nombreux ponts permettent cette traversée du pays.

 

Le rapport de l’ASCE sur l’infrastructure indique que sur les 614 387 ponts, près de quatre sur dix ont 50 ans ou plus. C’est non seulement une question d’âge, mais 56 007 ponts, soit 9,1% des ponts de la nation, étaient structurellement déficient en 2016. Ils ont calculé que ces ponts structurellement déficients supportaient une moyenne de 188 millions de traversées par jour. Ils estiment le coût de réhabilitation de ces déficiences structurelles à 123 milliards de dollars.

 

De l’eau, de l’eau partout, mais pas une goutte à boire…

 

Au début des années 1960, le statut de l’eau potable des réserves états-uniennes était de première classe. À titre d’exemple, les pratiques de gestion de l’eau de Dallas, au Texas, où j’ai grandi, étaient sous la direction de Henry J. Graeser, le père d’un proche ami du collège. Graeser est devenu président de l’American Water Works Association. Ses conseils sur l’ingénierie de la gestion de l’eau potable étaient demandés partout dans le monde. C’est simplement une anecdote personnelle sur la qualité de la gestion de l’eau américaine, il y a à peine cinq ans de cela. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

 

Le rapport de l’American Society of Civil Engineers déclare qu’en 2017, l’eau potable est distribuée à travers les États-Unis grâce à 1,8 millions de miles de tuyaux. Beaucoup de ces conduites d’eau ont été posées entre la Première et la Seconde Guerre mondiale. Depuis leur installation, la population totale des États-Unis a augmenté de deux à trois fois, par rapport aux 100 millions de citoyens en 1914, aux 140 millions en 1945 et aux plus de 310 millions d’aujourd’hui.

 

Les infrastructures destinées à fournir de l’eau aux populations américaines de plus en plus nombreuses comprennent aujourd’hui les barrages et les réservoirs, les puits, les stations de pompage, les aqueducs pour le transport de grandes quantités d’eau sur de longues distances, les stations d’épuration, les réservoirs du réseau de distribution.

 

Les conduites d’eau ont été conçues pour une durée de vie de 75 à 100 ans. À la suite de la détérioration du réseau de conduites d’eau potable, les États-Unis subissent environ 240 000 coupures d’eau par an. En conséquence, plus de deux mille milliards de gallons d’eau potable traitée sont gaspillés chaque année. Cela représente environ la moitié de la consommation nationale totale d’eau pendant un mois entier. Selon l’American Water Works Association, un montant estimé à mille milliards de dollars est nécessaire pour maintenir et élargir le service, afin de pouvoir répondre à la demande des 25 prochaines années.

 

Le rapport de la société des ingénieurs sur l’infrastructure continue, en annonçant aussi des résultats alarmants au sujet des aéroports américains, des barrages nationaux comme le barrage d’Oroville en Californie, qui pose encore des risques. Les États-Unis abritent aujourd’hui 2 170 barrages déficients, à haut risque potentiels, en raison du manque d’investissements. Les mêmes résultats alarmants ont été trouvés pour des usines de traitement des eaux intérieures, des digues, des ports, des voies de chemin de fer, des écoles et des stations de traitement des eaux usées.

 

À l’ère de la guerre du Vietnam de la fin des années 1960, le président Lyndon Johnson a parlé de « canons et de beurre ». Mais cela n’a pas marché.

 

Compte tenu du niveau beaucoup plus élevé de la dette nationale et de l’état bien pire dans lequel est l’infrastructure économique de base aujourd’hui par rapport aux années 1960, les fantasmes de canon et de beurre du programme Trump ont encore moins de chance de réussir à restaurer l’économie nationale.

 

Aujourd’hui, la sincérité de la revendication de Trump de « rendre sa grandeur à l’Amérique », se révèlera ou disparaîtra, suivant sa détermination à donner la priorité à un sérieux renouvellement de l’infrastructure économique nationale. Cela permettrait un retour sur investissement sous la forme de création d’emplois et d’une augmentation de l’efficacité et de la rentabilité de l’économie. Les guerres avec la Chine, avec l’Iran, avec la Syrie et apparemment aussi avec la Russie, que l’équipe de guerriers de Trump a l’intention de poursuivre, sont pires qu’un stupide gaspillage de ressources nationales restreintes. Construire des nations est beaucoup plus approprié et gratifiant que de les détruire.

 

William Engdahl

L’espérance de vie aux USA par rapport aux dépenses de santé de 1970 à 2014, comparaison avec les autres pays de l’OCDE

 

20 Mars 2017

Intéressant article traduit par Franck Marsal dont nous espérons à l’avenir d’autres contributions, et qui montrent à quel point la population pauvre des Etats-Unis a été malmenée avant d’aboutir au choix de Trump. La plus grande démocratie du monde, le pays le plus riche du monde, celui dont les dépenses militaires sont supérieures à toutes celles de tous les autres pays a un taux de mortalité infantile bien moins bon que celui du petit Cuba. Et pourtant ce qui est consacré y compris par les ménages aux soins de santé est supérieur à tous les autres pays. C’est ce modèle que pour les profits des trusts des médicaments, pour les sociétés d’assurance privées et bien sûr les marchands d’armes Macron et Fillon veulent nous faire adopter

 

(Traduction de Franck Marsal et note de Danielle Bleitrach pour histoire et société).


https://ourworldindata.org/grapher/public-expenditure-on-healthcare-as-share-of-national-gdp

 

L’espérance de vie aux USA par rapport aux dépenses de santé de 1970 à 2014, comparaison avec les autres pays de l’OCDE

 

Par David Ruccio (traduction Franck MARSAL)

 

Les dépenses de santé mesurent la consommation de biens et service de santé, incluant le soin personnel de santé (soin curatif, soin de réparation, soin de longue durée, services auxiliaires et biens médicaux) et les services collectifs (prévention et services publics de santé, ainsi que l’administration de la santé) mais excluent les dépenses d’investissement. Est reporté ici la dépense totale de santé (financée par des ressources publiques et privées).

 

Il est probable, si quelque version que ce soit de « Trump/Ryancare » (réforme promise par Trump de l’Obamacare, NdT) est approuvée aux Etats-Unis d’Amérique, que des millions de personnes supplémentaires ne seront pas capables de payer l’assurance nécessaire pour recevoir les soins adéquats.

 

Le problème est que les Etats-Unis d’Amérique sont déjà une aberration s’agissant du rapport entre résultats, mesurés ici par l’espérance de vie, et dépenses de santé.

 

Comme Esteban Ortiz-Ospina and Max Roser l’ont expliqué :

 

« tous les pays de ce graphique ont suivi une courbe croissante (l’espérance de vie augmente lorsque les dépenses de santé augmentent), mais les USA apparaissent comme une exception, suivant une trajectoire beaucoup plus plate ; les gains additionnels d’espérance de vie pour une dépense supplémentaire furent beaucoup moins important que dans les autres pays avancés, en particulier depuis le milieu des années 80. »

 

Figure 2. Espérance de vie pour les personnes de 40 ans en fonction du revenu (corrigé des différences ethniques) sur la période 2001 – 2014.

 

Encore plus inquiétant, les hauts revenus, aux Etats-Unis d’Amérique, sont associés à une plus grande longévité, et les différences d’espérance de vie entre les groupes de revenus se sont accrues au fil du temps.

 

Comme Raj Chetty et al. (pdf) l’ont découvert :

 

« Les hauts revenus sont associés à une vie plus longue à travers la distribution de revenus. Le groupe de 1 % des hommes les plus pauvres en termes de revenus distribués, à l’âge de 40 ans, ont un âge prévisible de décès de 72,7 ans. Ceux qui font partie des 1 % les plus riches ont un âge prévisible de décès de 87,3 ans, soit 14,6 années de vie en plus (intervalle de confiance à 95 % 14,4 – 14,8 années). Les femmes parmi les 1 % les plus pauvres ont un âge prévisible de décès de 78,8 ans. Les femmes parmi les 1 % les plus riches ont un âge prévisible de décès de 88,9 ans, soit 10,1 années de plus (intervalle de confiance à 95 % 9,9 – 10,3 ans). »

 

En conséquence, l’espérance de vie moyenne des classes de revenus les plus pauvres aux Etats-Unis d’Amérique est désormais égale à celle du Soudan ou du Pakistan.

 

Et, avec la réforme Trump/Ryancare, ces différences de classes par rapport à l’espérance de vie ne peut qu’empirer.

Chomsky prédit qu’une  nouvelle crise économique est imminente en raison de la hausse des prix

 

18 Mars 2017

Chomsky n’a pas toujours raison, mais son pessimisme est rarement pris en défaut, en tous les cas il décrit une situation qui n’est pas sans rappeler celle que nous vivons où l’on voit des « candidats anti-système » comme le FN, mais aussi Macron en fait être propulsés comme alternative politique pour mieux poursuivre la politique de l’établissement

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)


American linguist and philosopher Noam Chomsky in conversation at the British Library, London, UK on 19th March 2013. (Photo by David Corio/Redferns)

 

En février de l’année dernière, l’intellectuel américain Noam Chomsky avait envisagé une possible victoire  de Trump en novembre. Son pronostic était correct. Maintenant , il décrit  une hausse importante des prix sur les principaux marchés qui devrait bientôt engendrer une autre grave crise financière.

 

Ce n’est pas seulement une critique du magnat. Chomsky a assuré que toute la campagne  « anti-establishment » de  Trump est tout simplement « une blague ». « En quoi ce qu’il fait est-il  anti-système ? », a-t-il interrogé tout en affirmant que l’administration Trump est en faveur de ce qui a toujours été considéré comme les institutions du système: qu’il s’agisse des milliardaires, des grandes institutions financières ou des militaires.

 

« Il suffit de considérer le marché boursier pour comprendre ce qui se passe, » dit-il. En particulier, le philosophe se réfère à certains hommes qui font partie de l’équipe du président, comme Steve Mnuchin, de Goldman Sachs, et Gary Cohn, directeur du Conseil économique national, qui est également un ancien membre de la banque d’investissement à New York.

 

« LES INVESTISSEURS SONT ENCHANTES »

 

« Dès que Trump a été élu, les valeurs des actions des institutions financières ont grimpé jusqu’au ciel, » a rappelé Chomsky. « Les investisseurs sont enchantés parce que pour eux cela signifie plus de profits. Mais en fait cela conduira à une nouvelle crise financière et les contribuables devront payer les conséquences », a-t-il averti.

 

Les paroles de Chomsky sont confirmées par d’autres experts, qui s’attendent à une période tumultueuse dans le monde financier sous le mandat de Trump.

 

Il a dit que son âge, 87, lui  permet de comparer la situation actuelle dans la campagne électorale aux États-Unis avec les années 1930, au cours de laquelle les États-Unis a subi la dénommée  Grande Dépression, quand il y avait objectivement plus de pauvreté et de souffrance que maintenant, bien que il y ait aussi « un sentiment d’espoir, qui fait défaut aujourd’hui. »

(Tomado de The Huffington Post)


linguiste et philosophe américain Noam Chomsky dans la conversation à la British Library, Londres, Royaume-Uni le 19 Mars 2013. (Photo par David Corio / Redferns)


Noam Chomsky. Photo: David Corio / Redferns.

 

(De Huffington Post )

COMMENTAIRE N° 441, 15 JANVIER 2017
Vers un partenariat sino-américain ?
 

Par Immanuel Wallerstein  |  18 mars 2017 

 
Sociologue, chercheur à l’université de Yale 

La grande majorité du personnel politique, des journalistes et des chercheurs décrivent les relations sino-américaines comme un état de compétition hostile, notamment dans l’Est asiatique. Ce n’est pas mon avis. Je crois au contraire que l’objectif d’une entente à long terme est au premier plan de l’agenda géopolitique pour chacun des deux pays. Leur principal point de friction est de savoir lequel des partenaires potentiels aura l’ascendant sur l’autre.

 

Quand Donald Trump affirme qu’il veut rendre sa grandeur à l’Amérique, il ne se démarque en rien du consensus qui prévaut aux Etats-Unis. Exprimée en d’autres termes et à travers des approches politiques différentes, cette vaine ambition est partagée par Hillary Clinton, Barack Obama, Bernie Sanders lui-même, et bien sûr par les Républicains. C’est aussi le vœu d’une grande majorité d’Américains. Qui osera dire que les Etats-Unis feraient bien d’accepter une place de numéro 2 ?

 

Avec leur victoire définitive de 1945 sur leur grand rival, l’Allemagne, les Etats-Unis étaient promis au rôle de puissance hégémonique du système-monde. L’unique obstacle qui se dressait face à eux était la puissance militaire soviétique. Leur façon de négocier cet obstacle fut d’offrir à l’Union soviétique le statut de partenaire en second dans le système-monde. C’est cet arrangement que l’on désigne sous le nom d’accords de Yalta. Les deux parties niaient l’existence d’un quelconque pacte, tout en le respectant en tout point l’une et l’autre.

 

Les Etats-Unis rêvent de réitérer un accord à la Yalta avec la Chine ; celle-ci trouve l’idée risible. Elle juge révolu le temps de l’hégémonie américaine, car elle pense que les Etats-Unis n’ont plus l’assise économique nécessaire à un tel statut. Elle considère aussi que la désunion intérieure les rend impuissants sur la scène géopolitique. Son objectif est au contraire d’imposer un accord à la Yalta dans lequel les Etats-Unis auraient le second rôle. L’analogie la plus proche qui vienne à l’esprit est la relation anglo-américaine de l’après-guerre.

 

La Chine est convaincue que, lentement mais sûrement, elle développera une puissance économique de plus en plus irrésistible au cours des prochaines décennies. Elle s’estime en capacité de nuire au bien-être économique des Etats-Unis beaucoup plus gravement que l’inverse. De plus, elle ne doute pas d’attirer à elle d’autres pays d’Asie qui acceptent mal de vivre depuis deux siècles au moins dans un monde dominé politiquement et culturellement par les Européens.

 

Il est vrai cependant que l’analyse faite par la Chine comporte deux faiblesses : une possible surestimation du niveau de supériorité productive qu’elle pourra maintenir sur l’ensemble du monde, mais aussi la hantise de l’éclatement du pays, phénomène fréquent dans son histoire. Un accord avec les Etats-Unis pourrait atténuer la portée de ces dangers.

 

Du côté américain, la réalité finira par reprendre ses droits, et l’on se dira peut-être qu’un rôle de partenaire en second vaut mieux que pas d’accord du tout. Il se peut d’ailleurs que Trump accélère cette prise de conscience. Il va aboyer, menacer, injurier, certes, mais il ne restaurera pas l’hégémonie américaine. En ce sens, le régime Trump ouvrira les yeux de plus d’Américains que n’importe quelle déclinaison plus sobre de la même ambition, telle que celle incarnée par la présidence Obama.

 

Quoi qu’il en soit, le pas de deux entre la Chine et les Etats-Unis – leur quête inavouée d’un partenariat – va constituer l’essentiel de l’activité géopolitique du système-monde au cours des prochaines décennies. Tous les yeux devraient être braqués sur ce qui se joue là. D’une façon ou d’une autre, la Chine et les Etats-Unis deviendront partenaires.

 

Traduction : Christophe Rendu

 

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Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

15 mars 2017

John Pilger, la guerre à venir contre la Chine

 

“La guerre à venir contre la Chine”, indique John Pilger, entreprend de briser le silence sur la guerre nucléaire qui, selon des spécialistes militaires, n’est plus inimaginable mais est “une éventualité” ; il décrit une nouvelle Guerre froide dans laquelle les « lignes de front » ne sont plus aussi facilement tracées qu’au temps de l’ancienne Guerre froide, et les risques et les dangers sont plus importants... 

 

Reprenons l'interview de John Pilger...

 

Michel Peyret


John Pilger : « J’ai fait ce film pour briser le silence sur la guerre nucléaire »

 

  • 28 Nov 2016

John Pilger a couvert la guerre du Vietnam pendant dix ans lorsqu’il était encore un jeune journaliste. Depuis lors, il a mis en lumière ce que cachaient les nombreux conflits et s’est avéré être l’un des analystes les plus fiables en termes de politique internationale ainsi qu’un cinéaste talentueux. En tant qu’ennemi juré de la guerre de propagande, il a salué l’action des lanceurs d’alerte qui ont exposé les terribles abus des gouvernements occidentaux commis avec le silence complice et parfois même l’appui des grands médias. Dans cette entrevue exclusive qu’il a accordée à Investig’Action, John Pilger nous parle de son nouveau film “La guerre à venir contre la Chine”. Il nous interpelle également sur les dangers actuels d’un déploiement de la guerre nucléaire qui menacerait l’humanité toute entière.

 

Le 5 décembre, votre nouveau film « La guerre à venir contre la Chine » sera diffusé pour la première fois au Royaume Uni. Pouvez-vous nous en parler ?

 

“La guerre à venir contre la Chine” décrit le renforcement massif des forces aériennes et navales américaines en Asie et dans le Pacifique, avec dans leur ligne de mire, la Chine. Le film traite autant de la propagande que de la provocation militaire ; les informations nous disent que la Chine menace la paix dans la région en construisant des pistes d’atterrissage sur des îles situées en Mer de Chine méridionale ; mais cela occulte le fait que les États-Unis ont encerclé la Chine avec 400 bases militaires (pourvues de missiles, d’avions, de navires de guerre), qu’un spécialiste en stratégie a surnommé « le parfait noeud coulant ».

 

Le film démarre dans les Îles Marshall, où une bombe similaire à celle lancée sur Hiroshima a été testée tous les jours pendant 12 ans. Il met au jour un programme secret (le projet 4.1) qui a transformé tout une nation en cochons d’Inde. C’est là que les USA ont bâti l’une de leurs bases les plus secrètes qui supervise une zone allant du Pacifique jusqu’en Chine.

 

Pourquoi avoir fait ce film maintenant ?

 

“La guerre à venir contre la Chine” entreprend de briser le silence sur la guerre nucléaire qui, selon des spécialistes militaires, n’est plus inimaginable mais est “une éventualité” ; il décrit une nouvelle Guerre froide dans laquelle les « lignes de front » ne sont plus aussi facilement tracées qu’au temps de l’ancienne Guerre froide, et les risques et les dangers sont plus importants.

 

De même que la Chine, la Russie semble être une cible majeure. Que pensez-vous de la décision des juges britanniques de fermer des comptes bancaires de RT ? Et que pensez-vous de la récente résolution du Parlement européen contre les médias russes et qui placent ces derniers dans la même veine que la propagande terroriste ?

 

La décision de fermer les comptes de RT a été prise semble-t-il par les banques, car celles-ci craignent peut-être d’être sujettes à des amendes pour « violation des sanctions » contre la Russie. Cependant, on a récemment informé RT que la décision était toujours débattue et qu’aucune menace immédiate ne pesait sur leurs comptes. Ces deux épisodes font partie de l’hystérie anti-Russie encouragée par l’administration Obama ainsi que par l’UE.

 

Vous avez récemment déclaré qu’ « une guerre mondiale a déjà commencé …et c’est une guerre de propagande ». Que peuvent faire les gens sur le champ de bataille de l’information ?

 

Ce que les gens devraient faire c’est se réunir dans un grand mouvement qui exige que leur gouvernement arrête de piller et d’attaquer les autres pays. Ils n’ont pas à être distraits pas les politiques d’introspection (« politiques identitaires ») et par les fausses réalités de médias qui ne sont rien de plus que des extensions du pouvoir féroce exercé par Washington, Paris, Bruxelles et Londres.

 

L’élection de Trump a soulevé un vif débat aux USA et en Europe. Même certains analystes de gauche ont salué la volonté de Trump de vouloir apaiser les relations avec la Russie. Partagez-vous leur optimisme ?

 

Le mot « apaisement » est un terme datant de la propagande de la guerre froide. En réalité, il y a une autre forme d’apaisement : trop de gens en Europe et aux USA se taisent face aux dangereuses velléités bellicistes de leur gouvernement. Quand les atrocités de Paris se sont produites l’année dernière, Hollande a envoyé des avions de guerre bombarder la Syrie. Avec quelle conséquence ?  Il a probablement déclenché d’autres atrocités.

 

Trump pourrait-il être moins belliciste que Clinton ?

 

On ne devrait pas s’inquiéter de qui fait la paix entre la Russie et l’Europe, du moment que la paix est conclue. L’alternative est la guerre, et possiblement la guerre nucléaire.

 

De nombreuses personnes craignent désormais d’assister à un “séisme politique” similaire dans des pays comme la France où le Front National pourrait accéder à l’Élysée en 2017…

 

Si le Front National brigue l’Élysée en 2017, qui sera pleinement fautif ? Les libéraux, des gens qui s’ appellent souvent eux-mêmes « la gauche ». Peut-être qu’ils devraient se regarder dans le miroir; c’est eux qui n’ont monté aucun mouvement durable afin de s’opposer à l’austérité ainsi qu’au bellicisme du gouvernement. La Libye a été détruite grâce aux bombardiers de Sarkozy, de Clinton et de Cameron.

 

Avec Kadhafi hors d’état de nuire et la mise à sac de son État moderne, les armes ont afflué vers le sud; Ce bellicisme stupide ainsi que la destruction délibérée de la Libye ont ouvert les portes à une ruée de migrants et de réfugiés venus d’Afrique. La soi-disant « crise migratoire » en Europe est la conséquence directe des assauts de l’Occident sur des sociétés tribales fragiles. Et qui s’y est opposé parmi ceux qui s’offusquent désormais au sujet de Trump et de Le Pen ?

 

La guerre à venir contre la Chine sortira dans les salles britanniques le 5 décembre et sera diffusé sur ITV Network le 6 décembre. Il sera diffusé l’année prochaine aux USA, en Amérique latine et en Australie. Un distributeur est toujours recherché afin qu’il puisse être diffusé en Europe. Pour contacter le producteur: http://thecomingwarmovie.com/contact

 

Traduction de l’anglais par Rémi Gromelle pour Investig’Action

 

Source: Investigaction.net    

 

http://www.investigaction.net/john-pilger-jai-fait-ce-film-pour-briser-le-silence-sur-la-guerre-nucleaire/#sthash.tRpfNj7M.dpuf

Posté par Michel Peyret

L’immigration sous le capitalisme : la vie et la mort le long de la frontière américano-mexicaine

 

mardi 14 mars 2017 

Le gouvernement américain va rapidement de l’avant avec son plan pour déporter des États-Unis 11 millions d’immigrés sans-papiers. Si ce plan est mis en œuvre, ce sera le plus grand programme de migration forcée au monde depuis la déportation par les nazis de millions de juifs et autres « indésirables » vers les ghettos et les camps de concentration.

 

En termes d’ampleur, le plan de l’administration Trump éclipse même les événements les plus honteux de l’histoire américaine, dont le Trail of Tears (Traînée de larmes) des Cherokees, l’application du Fugitive Slave Act (Loi sur les esclaves fugitifs), l’internement des citoyens américains d’origine japonaise et les raids de Palmer.

 

Les nombreux millions de personnes dont les vies seront déracinées par les politiques d’immigration de Trump sont les victimes du système capitaliste et des politiques édictées par les deux partis politiques de la classe dirigeante américaine. Les immigrants sont confrontés à une administration dont la xénophobie, le nationalisme et la barbarie sociale expriment les perspectives d’une classe dirigeante qui a amassé sa richesse pendant des décennies de parasitisme financier, d’exploitation internationale par les entreprises et de guerres impérialistes. L’aristocratie financière américaine a ruiné les sociétés que ces immigrants issus de la classe ouvrière fuient, et elle les traitent maintenant de « violeurs » et de « criminels ».

 

Le WSWS s’est entretenu avec Victoria, une mère dans la trentaine qui vient tout juste d’être libérée il y a quelques jours d’un centre de détention au Texas après avoir voyagé du Salvador avec deux de ses quatre enfants – sa fille Gabriela, âgée de 14 ans, et son fils Edwin Jr, âgé d’un an.

 

Il y a trois semaines, aux premières lueurs de l’aube dans un petit village salvadorien, Victoria a réveillé Gabriela et lui a dit de s’habiller. Puis elles ont rempli un petit sac unique de lait maternisé et d’effets personnels essentiels. Seul les balbutiements de nourrisson d’Edwin Jr. pouvaient être entendus sur le chemin de terre menant à la gare d’autocar de la ville.


Le mari de Victoria, Edwin Sr., est un travailleur agricole qui fait un peu plus de 200$ US par mois au Salvador. Auparavant, il a vécu aux États-Unis et a travaillé pendant des mois dans les champs pour économiser les 5.000$ nécessaire pour payer un passeur (communément appelé un « coyote ») pour envoyer sa femme et deux de ses enfants aux États-Unis. Ce voyage vers le nord a été le pari financier de toute une vie. Avec la capture de Victoria et de ses deux enfants, de nombreux mois de travail ont été perdus.

 

« Dans notre ville, il y a une église, mais l’hôpital à proximité fonctionne à peine, dit-elle. Mes enfants doivent marcher pendant une heure chaque jour pour se rendre à l’école, et ils sont régulièrement menacés par des gangs. »


Les parents de Victoria possèdent un petit magasin au Salvador et ils sont obligés de payer des frais d’extorsion aux gangs. Ces gangs fabriquent des drogues qui sont expédiées aux consommateurs américains et ils contrôlent de vastes parties de l’Amérique centrale et du territoire mexicain. La famille paye ces frais d’extorsion depuis des années, mais elle ne peut plus se le permettre. Alors ses parents cessent régulièrement de manger pour ne pas être tués par les gangs. Récemment, des membres de gangs ont assassiné le père d’Edwin Sr., le battant à mort à coups de tuyaux métalliques. Depuis que Victoria et ses enfants ont été capturés, Edwin Sr. court maintenant le risque accru de subir le même sort.


« Après que les membres du gang aient tué le père de mon mari, ils ont dit qu’ils allaient nous tuer. Ils ont laissé des messages écrits à ma porte en me disant qu’ils allaient tuer mes enfants. C’étaient des messages horribles. » Victoria se met à pleurer. Chaque fois qu’elle pense aux messages, elle commence à paniquer. Elle est certaine que si elle retourne là bas, elle sera tuée. « La police n’a rien fait, ils sont corrompus. Ce sont souvent eux qui aident les membres de gangs. »


Les juges d’immigration refusent presque toujours l’asile à quelqu’un dans la position de Victoria, affirmant que l’extorsion de fonds n’est juridiquement pas suffisante pour se qualifier en tant que réfugié.


Selon un rapport de 2015 préparé par la chercheuse en sciences sociales Elizabeth Kennedy de la San Diego State University, l’administration Obama a expulsé 83 personnes vers leur mort en 2014 et dans la première moitié de 2015. Le Guardian a rapporté une telle histoire : « Juan Francisco Diaz a été déporté dans sa ville natale de Choloma au Honduras en mars, ayant vécu dans la clandestinité aux États-Unis pendant trois ans. Quatre mois après sa déportation, il a été retrouvé mort dans une ruelle du quartier de ses parents. » D’innombrables femmes ont été déportées dans des pays où elles sont ensuite agressées sexuellement et violées.


Victoria n’avait pas d’autre choix que de quitter sa ville pour sauver ses enfants. Son plan était d’économiser assez d’argent en travaillant comme femme de ménage aux États-Unis pour payer pour que son mari et ses deux enfants puissent venir aux États-Unis. Elle a parcouru plus de 1.600 kilomètres de terrain accidenté en 16 jours dans son périple vers le nord.

 

« Les coyotes nous ont emmenés avec un groupe de 10 à 15 personnes à travers le Mexique, parfois à pied. Il y avait des jours où nous ne mangions pas. Pendant trois jours, je n’ai pas mangé et je n’avais plus de nourriture pour mon bébé », confie Victoria. Le jour, le groupe se déplaçait, Victoria tenant Edwin Jr. dans ses bras, courant parfois à travers champs et devant se cacher sous les ponts pour échapper à la police mexicaine et aux agents frontaliers qui collaborent avec les États-Unis pour expulser les migrants d’Amérique centrale allant vers le nord.


Chaque soir, le groupe d’immigrants s’arrêtait pour dormir dans un champ ou dans une maison de passeurs, souvent contrôlée par les gangs ou les criminels locaux le long du trajet. Victoria dormait avec ses bras autour de ses enfants, craignant qu’ils ne soient maltraités ou agressés sexuellement. L’une des jeunes femmes dans le groupe de Victoria a été emmenée à part une nuit et violée par deux hommes. Au matin, la jeune femme n’était plus là.


Alors que le groupe approchait de la frontière, leur coyote leur a dit de se coucher à l’arrière d’une camionnette équipée d’un couvre-benne ne pouvant être ouvert de l’intérieur. Les migrants ont été entassés les uns sur les autres avec presque pas d’air. Edwin Jr. s’est mis à pleurer, provoquant la panique des voyageurs préoccupés d’être découverts. Après plusieurs heures, le coyote a changé d’avis, déchargé les immigrants et les a plutôt emmenés à travers le désert à pied.


La marche à travers le désert aride a été la partie la plus difficile du voyage, nous dit Victoria. Elle était heureuse que l’on soit seulement en février et que les températures dans le désert n’étaient pas encore montées en flèche. Le groupe avait un approvisionnement limité en eau et ils savaient que si leur coyote se perdait ou qu’il les abandonnait, ils allaient probablement mourir. Ils ont marché à travers un terrain rocailleux jusque tard dans la nuit, avant d’apercevoir des phares.


« Après avoir traversé la frontière des États-Unis, les coyotes nous ont emmenés nous cacher, dit-elle. Les premiers immigrants sont restés cachés, en espérant que les agents de la patrouille frontalière ne les aperçoivent pas. Lorsque d’autres phares sont apparus, le cœur de Victoria s’est arrêté de battre. Elle était à court de nourriture pour bébé et trop épuisée pour s’enfuir à travers le désert et tenter d’échapper aux gardes frontaliers.


Les douaniers et les garde frontières l’ont trouvée recroquevillée sous un buisson dans le désert avec ses enfants. Couverte de poussière, la famille a été détenue ensemble dans un centre de traitement de l’immigration.


« Nous avons été détenus pendant un jour et une nuit, et il faisait très froid, raconte Victoria. Mon bébé ne voulait pas manger quoi que ce soit parce que la nourriture qu’ils nous ont donnée était si mauvaise. Il a pleuré et pleuré, et il n’y avait nulle part où il pouvait se reposer parce qu’ils ne nous donnaient pas de lits. Je ne voulais pas le mettre sur le sol parce que je craignais qu’il ne tombe malade tellement c’était sale. »

 

Deux immigrants emprisonnés aux installations de détention de West Texas pour le « crime » d’avoir franchi la frontière


« Certains gardes étaient gentils, mais d’autres nous humiliaient. Ils ont pris mes affaires et ont tout jeté à la poubelle. J’avais mis un peu d’argent de côté et une liste de numéros de téléphone des seules personnes que je connais aux États-Unis. Ils ont tout jeté cela à la poubelle. Quand je suis sortie, je n’avais pas d’argent pour acheter de la nourriture pour mon bébé. Dieu merci, un gentil inconnu m’a acheté un peu de nourriture pour mon enfant et donné quelques dollars pour acheter de la nourriture pour ma fille de 14 ans et moi. »


Lorsque les immigrants sont capturés à la frontière, ils subissent souvent une série d’interrogatoires rapides menés par des agents d’immigration au centre de traitement avant d’être envoyés dans une prison à plus long terme. Un avocat de l’immigration a dit au WSWS que les agents mentent souvent pour s’assurer que la demande d’asile du migrant échoue. Ils inventent un témoignage, affirmant que les immigrants disent « chercher du travail » ou qu’ils sont venus pour des « raisons économiques ». Ces raisons sont juridiquement insuffisantes en regard du droit de l’immigration des États-Unis pour l’octroi d’asile, et entraînent souvent des refus de demandes d’asile qui sont pourtant valides sinon.

 

Agents de la patrouille frontalière bloquant une partie d’une autoroute en Arizona


Le type social prédominant des agents du service de patrouille frontalière ou dans les centres de détention du service de l’immigration est nettement fascisant. En date de novembre 2016, une commission d’examen mise sur pied pour enquêter sur les incidents où des agents de la patrouille frontalière ont tiré sur des immigrants a innocenté à chaque fois les agents en cause, même quand le migrant a été tué. La Cour suprême des États-Unis est actuellement saisie d’une plainte déposée par les parents d’un jeune garçon mexicain qui a été abattu par un garde-frontière à El Paso alors que lui et ses amis jouaient près de la frontière. Une cour d’appel a jugé que les parents n’avaient pas le droit d’intenter de poursuites.

 

Une source a révélé au WSWS que des gardes ont également commencé à mettre des affiches à l’intérieur des centres de détention pour se moquer des migrants et disant que Trump allait les faire payer pour la construction du mur à la frontière. Bon nombre de gardes-frontières et d’agents d’immigration sont d’origine hispanique et embauchés pour leurs compétences en langue espagnole. Les migrants sont souvent surpris par le fait que des agents et des gardes avec des noms hispaniques les traitent si durement.

 

Dans l’ensemble, 65 pour cent des détenus de ICE (Immigration and Customs Enforcement – Immigration et application des mesures douanières) sont détenus dans des prisons privées à but lucratif. La législation introduite par les Démocrates et signée par le président démocrate Barack Obama en 2009 exige que ICE remplisse ces installations à un certain quota afin de garantir des marges de profit aux profiteurs de la détention des immigrants. Depuis 2003, 167 personnes sont mortes dans des centres de détention du service de l’immigration, dont beaucoup à cause d’un manque de soins médicaux. Le prix des actions de deux des plus grandes sociétés de prison à but lucratif –GEO Group et CoreCivic – a doublé depuis l’élection de Trump.

 

Victoria exprime ses sympathies pour les migrants du Moyen-Orient qui sont également frappés des interdictions d’immigration de Trump : « Le gouvernement dit maintenant qu’ils ne vont pas laisser entrer les immigrants du Moyen-Orient, mais ils ont besoin d’aide eux aussi. Trump, il a beaucoup d’argent. Il veut faire tout ce qu’il veut. Il ne pense pas aux gens pauvres ou aux migrants. Il ne sait pas ce que sait la pauvreté. Il ne connaît rien de tout cela ou de la violence. Il ne pense qu’aux personnes avec de l’argent. »


À suivre

 

[NDLR] : Comment alors ne pas soutenir que pour Rouges Vifs 13 il n’existe pas de frontières vu d’en haut, et que la Terre appartient à tous les Hommes et Femmes de cette planète ?

 

Par Eric London le 03/03/2017 source WSWS


LIEN POUR ARTICLE ET PHOTOS ;

Transmis par Linsay

WSWS

Dans les coulisses du combat entre Trump et l’État profond

 


La véritable histoire derrière la chute de Michael Flynn a été confirmée par l’informateur très bien renseigné, qui nous avait précédemment détaillé ses prévisions sur l’évolution de la politique étrangère de la présidence Trump.


Par Pepe Escobar – Le 28 Février 2017 – Source Sputnik News via entelekheia.fr

 

 

Selon mon informateur, que j’ai appelé « X », « Flynn a été évincé parce qu’il poussait à une attaque contre l’Iran qui aurait eu des conséquences désastreuses. Cela aurait mené à des répliques iraniennes contre des fournisseurs de pétrole occidentaux dans le Moyen-Orient, qui auraient donné encore plus de puissance économique à la Russie, en augmentant les prix du pétrole à plus de 200 dollars le baril, et l’UE aurait dû soit rejoindre le bloc russo-chinois, soit se trouver dans l’incapacité d’obtenir assez d’énergie pour assurer sa survie. Les États-Unis se seraient retrouvés dans une situation d’isolement complet. »

 

Alors qu’il était encore à son poste de conseiller en sécurité nationale, Flynn avait posé un ultimatum à l’Iran. C’était, en d’autres termes, une déclaration de guerre virtuelle. « X » développe son propos : « La Turquie est le pays-clé ici, et la Turquie veut un accord avec l’Iran. Le plus grand danger pour l’OTAN est la Turquie, parce qu’elle ne contrôle pas la Serbie. La Turquie-Serbie jouxtent la Roumanie et la Bulgarie et peuvent donc menacer les flancs sud et sud-ouest de l’OTAN. La Serbie s’est alliée à la Russie dans la Première Guerre mondiale, et la Turquie à l’Allemagne. Tito s’est allié à la Russie dans la Deuxième Guerre mondiale et la Turquie était neutre. Si la Turquie, la Serbie et la Russie s’allient, l’OTAN sera débordée. La Russie est alliée à l’Iran. Après ce qu’Erdogan a perçu comme une tentative de coup d’État de la CIA contre lui, la Turquie se rapproche de la Russie et de l’Iran. Tout cela était bien trop difficile à gérer pour Flynn. »

 

Pour « X », les ouvertures de l’administration Obama envers l’Iran, qui ont mené à l’accord sur le nucléaire, étaient essentiellement une tactique destinée à miner la firme russe Gazprom – Obama tablait sur un pipeline Iran-Irak à travers la Turquie, jusqu’aux marchés de l’UE.

 

Toutefois, ce gambit majeur du Pipelinistan aurait demandé des investissements majeurs et des années de construction. En parallèle, depuis le début, Téhéran a augmenté ses ventes d’énergie à ses voisins eurasiens, notamment à la Chine. Flynn était probablement « dépassé par la situation », comme le dit « X », quant à la façon de procéder sur cet échiquier hyper-complexe de l’Asie du Sud-Est.

 

A contre-courant de la narrative officielle du consensus virtuel de la Beltway [le Congrès et les divers lobbies de Washington DC, NdT], « X » insiste : « Le rapprochement avec la Russie ne dépendait pas de Flynn. Il dépend de ceux qui supervisent Trump et qui l’ont porté à son poste pour qu’il se rapproche de la Russie. Le conflit de l’État profond 1 avec Trump n’a aucune importance. Il y a des pros, qui savent comment et quand changer de politique. Ils ont des dossiers sur tous ceux qui occupent des positions de pouvoir et peuvent les détruire à volonté. Flynn était sur leur chemin et ils l’ont sorti. »

 

« X » révèle encore une fois ce qui inquiète le Pentagone, par rapport à la Russie. « La Russie n’est pas une menace économique pour les USA. En revanche, sa base industrielle est centrée sur la production militaire. Depuis les bombardements de Belgrade de la fin des années 1990, elle a développé ses capacités et représente aujourd’hui la première puissance militaire mondiale, en termes d’autodéfense. Ses missiles défensifs scellent son espace aérien et ses missiles balistiques intercontinentaux offensifs sont les plus avancés au monde. Les missiles défensifs américains récemment testés et placés en Roumanie sont presque inutiles, malgré une fausse démonstration triomphale, mise en scène pour en imposer à l’Europe et maintenir la cohésion de l’OTAN. La Russie est l’alliée naturelle des USA. Les USA vont se rapprocher de la Russie et le départ de Flynn est relativement insignifiant, sauf pour sa valeur de divertissement.»

 

Sortir Trump

 

Comparez cette analyse avec le scénario de la CIA relayé par ses sténographes des médias maintream américains, qui argue d’une guerre intestine dans l’administration Trump. Il y a certes eu une bataille, et les services de renseignements américains ont aidé avec enthousiasme à l’éviction de Flynn, qu’ils n’ont jamais aimé (et réciproquement).

 

Ajoutez à la pieuvre des renseignements des loyalistes d’Obama, comme le consternant Ben Rhodes, ainsi que des opérateurs divers issus de l’État profond, à la retraite ou non. Le néocon Michael Ledeen, qui a co-écrit l’opus islamophobe The Field of Fight avec Flynn, s’est plaint de l’assassinat politique de Flynn, qui aurait été mené, selon lui, par « une cabale d’officiels de la CIA et de loyalistes d’Obama, en collusion avec leurs alliés des médias ».

 

Il est vrai que les factions les plus puissantes des néocons-liberalcons 2 ont lancé une attaque concertée contre Flynn et continuent à saper la présidence Trump dans l’espoir de le renverser – et ce, en explorant toutes les possibilités qui leur viennent à l’esprit, destitution comprise. Quelle que soit la stratégie des vrais Maîtres détaillée par « X », Trump fait face à un axe de néocons-liberalcons alliés avec la CIA, les médias néolibéraux – de CNN jusqu’au Washington Post – et la machine encore fonctionnelle Clinton.

 

Ce qui aurait représenté le changement de donne ultime – un vrai rapprochement avec la Russie – peut de toute évidence être mis en péril, malgré l’analyse de « X » . Ou, et l’hypothèse est nettement plus séduisante, nous pourrions nous trouver dans un théâtre d’ombres wayang sophistiqué : les Maîtres, suivant les prescriptions de Kissinger, tenteraient de s’aligner avec la Russie pour briser la dynamique de l’intégration eurasienne, qui repose essentiellement sur le partenariat stratégique Russie-Iran-Chine.

 

Pendant ce temps, nous avons des diversions désagréables comme le sénile, l’horrible duo McCain-Graham demandant à Kiev, plus tôt cette année, de repartir en guerre contre la République populaire de Donetsk – et d’en rejeter la faute sur le président Poutine.

 

HR McMaster lui-même, le nouveau conseiller en sécurité nationale, peut être une tactique de diversion habilement montée par l’équipe Trump. McMaster représente le statu quo le plus politiquement correct de l’État profond ; il dépeint la Russie en « ennemi», comme le demande la doctrine du Pentagone, qui considère la Russie comme une « menace existentielle » aussi importante que la Chine.

 

Il est donc trop tôt pour déclarer sans équivoque que les néocons ont frappé Trump. Nous sommes au milieu d’un match fratricide entre les différentes élites des États-Unis. C’était en grande partie prévisible, même avant le résultat final de l’élection présidentielle américaine.

 

« X » a fondamentalement raison, quand il souligne que Trump a été soutenu par les Maîtres pour réorienter/réorganiser/ré-énergiser tout le projet de l’empire du chaos. Les 54 milliards de plus que Trump a annoncé allouer au Pentagone avaient été prévus de longue date. « T-Rex » Tillerson 3, discrètement, a déjà décimé la moitié du Département d’État d’Obama ; c’est du nettoyage de marécage concentré. 4. L’industrie du pétrole et une importante faction du complexe militaro-industriel se tiennent fermement du côté de Trump. Ces intérêts savent déjà que la diabolisation de la Russie est mauvaise pour les affaires.

 

L’axe perdant va toutefois continuer à semer le désordre. Mais le Machiavel/Richelieu de Trump, Steve Bannon, a peut-être vendu la mèche – en code – quand il a suggéré que tout cela est un processus de destruction créatrice,  destiné à former une nouvelle structure de pouvoir aux USA. Dans ces circonstances, Flynn n’était qu’un pion. Le sombre néo-Machiavel et son prince sont fermement installés dans une vision à long terme.

 

Traduit par le blog entelekheia.fr

 

Liens

 

1- NdT : Aux USA, l’État profond se compose des forces combinées du complexe militaro-industriel, de la communauté des 17 services de renseignements des USA, de Wall Street, des multinationales et de leurs émanations politiques, légales, relationnelles, médiatiques, etc. – lobbies, comités d’action politique, ONG, portes tournantes entre secteur privé et élus, médias, entreprises de relations publiques, firmes d’avocats, organisations privées ostensiblement caritatives, telles qu’entre autres les célèbres fondations Ford, Rockefeller ou Soros, etc. L’État profond des USA profite immensément des guerres. Par ailleurs, l’expression « État profond » laisse imaginer un bloc doté d’une politique commune solide. Il n’en est rien. Selon toute apparence, c’est une mosaïque d’intérêts divers sans réelle cohésion, même politique. 

 

2- NdT :  néocons : fauteurs de guerres républicains. Liberalcons : fauteurs de guerres démocrates 

 

3- NdT : le nouveau Secrétaire d’État ex-PDG d’Exxon Mobil 

 

4- NdT : l’un des slogans de campagne de Trump était « Drain The Swamp », « nettoyons le marécage 

Le «fake World» se rebiffe

 

23/02/2017

 

C’est la tendance lourde du moment ! La traque aux «fake news», ces «fausses nouvelles» qui inonderaient les réseaux sociaux et tromperaient des citoyens trop crétins pour faire le tri; qui auraient déjà permis l’élection de Trump et menaceraient désormais les bonnes et vertueuses démocraties de la Vieille Europe, la plupart du temps sous l’impulsion coupable de hackeurs ricanant sur des claviers forcément cyrilliques. Toute la volaille médiatique, les géants du web et l’establishment politique ont donc sonné une charge transatlantique de manière parfaitement synchrone (je dis ça je ne dis rien) pour tenter de conserver le monopole de la Vérité. Tout le sel de la chose vient du fait que, globalement, ceux qui jouent ici les vierges outragées sont justement les principaux fournisseurs officiels de fake news planétaires. Le «fake World» se rebiffe.

 

Du bottom-up au top-down 


En décembre 2012 nous écrivions : «Face à la montée en puissance prévisible de la contestation, la réaction du Système sera sans surprises: guerres pour les ressources à l’extérieur, criminalisation de la contestation à l’intérieur avec développement de technologies sécuritaires et répressives, contrôle accru des individus ; offensive contre la Toile dissidente par la multiplication de lois restrictives ; bunkerisation des élites prédatrices et, bien sûr, offensive généralisée de la machine à enfumer du Système pour reprendre le contrôle de l’information globale.» (1)


C’est peu dire que de constater aujourd’hui que l’offensive du Système pour reprendre le contrôle de l’information globale bat son plein.

 

Depuis une bonne décennie, l’accusation de complotisme ou de conspirationnisme de la part de la caste politico-médiatique en place a déjà servi d’anathème ultime pour discréditer tout contradicteur et empêcher toute remise en question des narratives officielles les plus farfelues. De la fable du 11 Septembre (deux avions qui abattent... trois tours) aux fables qui ont justifié l’écrasement de la Lybie ou le soutien aux coupeurs de têtes «modérés» syriens, les fake news sont ainsi devenues une norme absolue dans le paysage audiovisuel atlantiste.

 

Mais avec l’élection de Trump et le merveilleux conte de l’ingérence russe, cette immense machinerie à écraser toutes les voix discordantes a trouvé un nouveau ressort à même de faire sauter les derniers tabous.


Depuis des mois maintenant, les médias-Système saturent ainsi le paysage de centaines d’articles et d’émissions dédiés aux dangers desfake news, propulsant ce qu’ils estiment être de la «désinformation», du «complotisme» ou du «conspirationnisme» bien au-dessus de Daesh et Kim-Jong-Un sur l’échelle Richter des grands périls menaçant l’humanité. C’est que derrière tout cela, il y a la main de Moscou désormais, qui comme chacun le sait a déjà commencé à envahir l’Europe.

 

Alors bien sûr, les géants du Net, forcément de bons américains du monde libre, eux, ont répondu présents pour participer à la curée.


Déjà, Google a décrété le blocage de quelque 200 sites accusés de «désinformation» (2) et, de son côté, Facebook planche sur des algorithmes censés trier le bon grain de l’ivraie (3). Quant à Apple, son patron s’est immédiatement joint à la meute en annonçant également des mesures pour réaffirmer le caractère indiscutable de la Vérité venue d’en-haut (4). Une approche top-down assez curieuse pour des entreprises qui font habituellement l’éloge du bottom-up. Mais passons, à la guerre comme à la guerre...

Certains Etats comme la France profitent même de l’hystérie ambiante pour agir au niveau législatif afin de banaliser la criminalisation des opinions «divergentes» (5). 

 

L’im-Monde ose le Ministère de la Vérité 


Dans ce néo-maccarthysme ambiant, c’est une fois encore l’im-Monde qui aura battu tous les records d’indécence avec son fumeux «Décodex», un véritable Ministère de la Vérité sensé vous dire désormais qui (et donc quoi) croire.


Le procédé est tellement ahurissant qu’on a, naïfs que nous sommes, encore du mal à y croire. Pensez-donc, un titre-Système connu pour son alignement sans faille aux plus grossières opérations de désinformations atlantistes de ces deux dernières décennies qui ressuscite l’imprimatur ! Il fallait oser. C’est Jacques Sapir qui taille probablement le plus joli costard à cette grossière entreprise dans son billet «Déconnant Décodex» (6). 


Certes, on pensait bien que dans cette grande offensive pour empêcher les peuples de penser en dehors des clous, les merdias d’Etat se verraient accorder toutes les licences et tous les budgets nécessaires.

 

On imaginait pourtant que la campagne d’intoxication serait menée avec un peu plus de subtilité, un peu plus de finesse. Mais encore une fois à la guerre comme à la guerre, car le temps presse. Partout dans un vieux monde occidental laminé par l’hystérie d’un capitalisme terminal aux accents de plus en plus totalitaire, la grogne monte et le fossé s’élargit à vue d’œil entre les peuples et l’internationale globaliste-progressiste qui fait semblant de les représenter. 


«Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres», disait Antonio Cramsci. (7)

 

Mis en ligne par entrefilets.com le 23 février 2017

 

2013, l’éveil et la confrontation

 

Google bloque 200 sites diffusant des fausses informations

 

Facebook annonce des mesures pour lutter contre la désinformation

 

Le PDG d’Apple veut lancer des outils pour lutter contre les «Fake News»

 

5 Le cas le plus récent est celui qui touche à l’IVG si chère aux progressistes-sociétaux de notre contre-civilisation. Les députés français viennent en effet d’accepter un projet de loi qui vise à permettre la fermeture de sites Internet qui porteraient «des allégations ou une présentation faussées» pour en réalité dissuader des femmes enceintes de recourir à une IVG. «Une présentation faussée» donc..., fameux critère s’il en est.

 

Déconnant «Dédodex»

 

Antonio Cramsci

Vault7, mode d’emploi

 

Contrairement à ce que dit le texte reproduit ci-dessous, – non, Vault7, fuitée par WikiLeaks, n’a pas “éclipsé” les affaires en cours à Washington. (« La lutte intense qui fait rage au sein de l'appareil d'État et de l’élite dirigeante aux Etats-Unis [...] a été éclipsée par la publication par WikiLeaks d’une série de documents de la CIA. ») Bill Van Auken, de WSWS.org, est pourtant bien excusable d’écrire cela, car il était raisonnable de le penser ; nous-mêmes, gens raisonnables s’il en est, pensions effectivement que Washington et le monde entier qui l’entoure allaient résonner des bruits et de la fureur engendrés par la révélation de Vault7, comme l’un et l’autre résonnèrent également autour de Snowden, le diable-NSA et son train, en juin 2013, lorsque le transfuge sortit de l’ombre pour commencer son chapelet de révélations. Il n’en est rien, strictement rien si l'on apprécie en termes de mesure de la communication.

 

(On a vu, dans notre texte du 9 mars, notre explication pour cette différence extraordinaire d’accueil : « Cela signifie-t-il une meilleure censure, ou une meilleure autocensure, ou quoi que ce soit de cette sorte ? Nous refuserions évidemment de répondre dans ce sens, justement parce que le phénomène touche également l’antiSystème. Nous avons une autre explication, à partir d’une autre observation qui vient peu à peu à mesure que continuent à s’accumuler les révélations générales, les analyses, les polémiques, etc., sur le chaos washingtonien avec l’implication générale et dans tous de l’IC avec ses multiples composants :  l’intégration quasi-immédiate de Vault7, du point de vue de la communication, dans ce chaos du processus d’effondrement de D.C.-Système. Les révélations sur la CIA et son Vault7 se sont très rapidement et très pertinemment intégrées dans les problématiques d’ores et déjà en cours [la polémique sur l’intervention russe dans les élections USA-2016, par exemple], comme on le voit dans diverses analyses venues de sites antiSystème [Alexander Mercouris et Larry Johnson par exemple, deux excellents analystes antiSystème qui savent exploiter aussitôt, dans le sens qu’il faut, le matériel mis à leur disposition]. »)

 

Cette mise au point étant faite et notre invité étant largement pardonné de cette erreur d’appréciation qui tient à la folie générale de la situation que nous rencontrons à Washington D.C., nous dirons que son texte, traduction de l’anglais original mis en ligne par WSWS.org, est d’une extrême utilité. Il nous permet de comprendre rapidement, sans que nous soyons entrainés dans des arcanes incompréhensibles, la valeur, la puissance, l’extrême globalisation de l’impudence et de l’illégalité de la CIA au travers de cet ensemble monstrueux (Vault7) ; enfin, il nous permet d’embrasser la menace qu’elle (la CIA) fait peser sur le monde et nos libertés avec une telle chose... Heureusement, pour ce dernier point, cette menace est très largement équilibrée par l’extraordinaire incompétence (le jugement est d’Assange) et la profonde stupidité qui règnent à l’Agence, en maîtresses exigeantes de l’Agence, et qui réduisent cette sorte d’outils monstrueux d’oppression en autant de boomerangs colossaux pour la CIA. (Depuis très longtemps, ils nomment cela “blowback”, tant ils sont habitués à ces conséquences, quand leurs entreprises de génie se retournent contre eux et leur font payer au centuple leurs ambitions de destruction.)

 

 

 

En bon trotskiste, Van Aucken, lorsqu’il replace comme il est nécessaire de faire la fuite-Vault7 dans le contexte de la furie de déchirement et d’affrontement que connaît Washington, n’oublie pas de renvoyer dos à dos les deux délégués de l’oligarchie, ou establishment, qui s’affrontent en la personne de Trump et de son administration d’une part, d’Obama & Cie d’autre part. Au reste, il n’a pas complètement tort, Trump venant tout de même d’un milieu fort proche de l’establishment, ou plutôt d’une autre branche du même establishment qui entretient à Washington sa branche du pouvoir politique. Bien entendu, le trotskiste est incapable de comprendre comment cette occurrence est suffisante pour faire notre bonheur, et même que c’est la seule combinaison (affrontement ouvert au sein des élites-Système) qui permette d’aboutir à une dynamique antiSystème conduisant à marche forcée le Système à des extrémités de surpuissance suicidaire (autodestructrice). Inutile d’essayer d’expliquer cela dans le cadre de la IVème Internationale, aucune place n’est prévue dans son logiciel pour cette sorte d’appréciation.

 

Il n’empêche, le coup d’œil sur Vault7 qui nous est proposé vaut qu’on s’y attarde. Le texte s’attarde à une hypothèse intéressante qui concerne la mort d’un jeune journaliste dissident, Michael Hastings, tué il y a plus de deux ans dans un accident de voiture assez difficilement compréhensible. Des bruits avaient alors couru sur sa liquidation par la CIA. Notant que l’un des programmes de la CIA concerne l’intervention électronique sur des voitures de série par des procédés divers installés à la source, peut-être ou sans doute avec la complicité des constructeurs, Van Auken avance l’hypothèse tout à fait justifiée que Hastings a été victime de ce programme de la CIA :

 

« Selon WikiLeaks, une des révélations à glacer le sang fournie par les documents est le fait que, “En octobre 2014, la CIA cherchait également à infecter les systèmes de contrôle utilisés par les voitures et les camions modernes”. WikiLeaks note que “le but d'un tel contrôle n'est pas précisé mais elle permettrait à la CIA de pratiquer des assassinats presque indétectables”.

 

» Bien que WikiLeaks ne le mentionne pas spécifiquement, c'est le scénario suggéré par beaucoup de gens dans l'accident mortel impliquant une seule voiture à Los Angeles qui a enlevé la vie du journaliste Michael Hastings. Au moment de sa mort, Hastings, qui avait précédemment écrit un article qui a conduit à la destitution du général Stanley McChrystal en tant que commandant suprême américain en Afghanistan, travaillait sur un profil du directeur de la CIA d'Obama, John Brennan. Avant l’accident, Hastings avait informé ses collègues qu'il était sous surveillance gouvernementale et avait demandé à un voisin de lui prêter sa voiture, disant qu'il craignait que son propre véhicule ait été trafiqué. »

 

Tout cela justifie parfaitement l’analogie méritée par la CIA, par ailleurs déjà largement acceptée, que fait Van Auken en citant Murder Inc. (le “syndicat du crime”, autre nom donné à Cosa Nostra, qui domina le crime organisé aux USA, au moins jusqu’aux années 1980). La CIA est devenue une organisation absolument sans foi ni loi, sans le moindre contrôle, une puissance d’une ampleur inimaginable, qui n’a pour la freiner ou la stopper que le duo déjà cité de son incompétence et de sa stupidité. Il y a longtemps que la CIA est considérée implicitement ou explicitement  de cette façon ; l’alerte avait été donnée à cet égard dès 1963 par celui qui avait présidé à sa création, le président Truman, dans une lettre de 1963 retrouvée et publiée sur dedefensa.org par Nicolas Bonnal. (*)

 

Bien entendu, l’expansion extraordinaire de la CIA aujourd’hui place ce monstre dans une position extrême, qui pose un problème ontologique de survie, parmi d'autres de la même sorte, au pouvoir du système de l’américanisme lui-même. Toute idée de réforme de la CIA nous paraît définitivement impossible, tandis que la poursuite de l’expansion du monstre nous paraît conduire à des catastrophes impossibles pour ce pouvoir lui-même. (On le voit bien, dans l'occurrence actuelle où l’affrontement Obama-Trump est rendu possible et aussi intense grâce à la CIA, à cause de la CIA, et parce que la CIA existe.) La seule solution, – évidemment quasi-irréalisable, sinon à peine pensable, – c’est la destruction du monstre. (De même, la solution pour le monstrueux Pentagone, c’est la destruction du monstre ; de même, la solution pour la monstrueuse NSA, c’est la destruction du monstre ; et ainsi de suite...) L’on peut goûter les paradoxes et les contradictions de cette impasse titanesque.

 

Voici donc le texte de Bill Van Auken, sur WSWS.org, le 9 mars 2017, à partir du texte original en anglais du 8 mars. Le titre original en français, que nous avons dû modifier pour des raisons techniques, est « WikiLeaks révèle une vaste opération de cyberespionnage de la CIA ».

 

dedefensa.org

 

Note

(*) On notera que cette lettre, retrouvée pour la séquence actuelle par Bonnal dans les archives de Truman, a largement fait son chemin. Reprise par nombre de médias, on la retrouve hier sur Infowars.com (relayant le Washington Times) tandis que Mises.org ressort d’autres échos des conceptions de Truman à cet égard.


WikiLeaks révèle Vault7, de la CIA

La lutte intense qui fait rage au sein de l'appareil d'État et de l’élite dirigeante aux États-Unis, mettant en jeu des allégations non-prouvées du parti démocrate à propos de piratage russe en faveur de Trump, ainsi que la propre accusation de ce dernier que sa campagne aurait été mise sous écoute par Obama, a été éclipsée par la publication par WikiLeaks d’une série de documents de la CIA.

Les 8.761 documents contenus dans ce que WikiLeaks a qualifié de «plus importante publication de documents confidentiels sur l’agence» ont commencé à mettre à nu un vaste système de surveillance, de piratage informatique et de cyberguerre dirigé contre le peuple américain et la planète entière.

L'organisation anti-secrets a appelé le premier document «Year Zero» (l'An Zéro) et a fait savoir que d'autres caches de données de la CIA sont encore à découvrir dans le cadre d'un plus grand projet baptisé «Vault 7» (Coffre 7).

Les fichiers ont été pris du Center for Cyber Intelligence (Centre pour le cyber renseignement) de la CIA, un centre de contrôle immense et peu connu qui comprend quelque 5.000 pirates informatiques, agents de la CIA et entrepreneurs privés. Comme ce fut le cas en 2013 avec Edward Snowden lorsqu’il a rendu publics des documents secrets révélant une vaste opération d'espionnage de la National Security Agency (NSA – Agence de sécurité nationale), les documents de la CIA seraient venus d'un ancien pirate de l’agence ou d'un sous-contractant qui était inquiet devant la portée et le but des opérations de cyberguerre de l'agence.

Les programmes décrits dans les documents indiquent que la CIA, selon WikiLeaks, a développé «plus d'un millier de systèmes de piratage informatique, des trojans, des virus et d'autres armes logicielles malveillantes» lui permettant de prendre le contrôle d'appareils, y compris les iPhones d'Apple, le système d’opération Android de Google (utilisé par 85 pour cent des téléphones intelligents) et des appareils qui tournent sous Microsoft Windows. En piratant ces appareils, la CIA est également capable d'intercepter les informations avant qu’elles soient chiffrées sur des plateformes de médias sociaux comme WhatsApp, Signal, Telegram, Wiebo, Confide et Cloackman.

L'agence aurait stocké des menaces dites «jour zéro» qui peuvent être utilisées pour exploiter des vulnérabilités non identifiées dans un large éventail d’appareils avant que leur fabricant ne soit capable de détecter la faille et de la corriger. Sous le gouvernement Obama, la Maison Blanche était censée avoir établi un «Processus d'équité en matière de vulnérabilités», selon lequel les agences de renseignement informeraient les fabricants de la plupart des vulnérabilités logicielles tout en gardant une partie à elles-mêmes pour exploitation. En partie, cela a été conçu pour empêcher les entreprises américaines de perdre leurs parts de marché à l'étranger. Le vaste arsenal de la CIA prouve que ce programme était un simulacre dès le départ.

L'un des programmes développés par la CIA, au nom de code «Weeping Angel» (Ange pleureur), transforme les téléviseurs intelligents de Samsung en le genre de technologie envisagée par George Orwell en 1984, où la «Police de la Pensée» surveillait les «écrans de téléviseurs» qui servaient à la fois de téléviseurs, diffusant les discours de «Big Brother» (le Grand Frère), et de caméras de sécurité, surveillant chaque mot et geste du spectateur. Cette technique de surveillance place les téléviseurs ciblés dans un «faux mode éteint» lui permettant de transmettre par Internet les conversations ayant lieu dans la salle jusqu’à un serveur caché de la CIA.

WikiLeaks a rapporté qu'une grande quantité d'informations avait été effacée des documents dévoilés, y compris du code informatique pour les cyber-armes réelles ainsi que les identités de «dizaines de milliers de cibles de la CIA et de machines servant aux attaques en Amérique latine, en Europe et aux États-Unis».

L’existence de «cibles» aux États-Unis indique que l'agence est engagée dans un vaste espionnage intérieur en violation de sa charte.

Les documents établissent également que la CIA a développé ces programmes en collaboration avec le MI5, l'agence britannique de renseignements, et qu'elle exploite un centre de cyberguerre dissimulé dans le consulat américain à Francfort, en Allemagne.

Selon WikiLeaks, une des révélations à glacer le sang fournie par les documents est le fait que, «En octobre 2014, la CIA cherchait également à infecter les systèmes de contrôle utilisés par les voitures et les camions modernes». WikiLeaks note que «le but d'un tel contrôle n'est pas précisé mais elle permettrait à la CIA de pratiquer des assassinats presque indétectables».

Bien que WikiLeaks ne le mentionne pas spécifiquement, c'est le scénario suggéré par beaucoup de gens dans l'accident mortel impliquant une seule voiture à Los Angeles qui a enlevé la vie du journaliste Michael Hastings. Au moment de sa mort, Hastings, qui avait précédemment écrit un article qui a conduit à la destitution du général Stanley McChrystal en tant que commandant suprême américain en Afghanistan, travaillait sur un profil du directeur de la CIA d'Obama, John Brennan. Avant l'accident, Hastings avait informé ses collègues qu'il était sous surveillance gouvernementale et avait demandé à un voisin de lui prêter sa voiture, disant qu'il craignait que son propre véhicule ait été trafiqué.

Un autre élément significatif des révélations contenues dans les documents de WikiLeaks concerne un programme de la CIA appelé «Umbrage» (dans l’Ombre), qui se compose d'une importante «bibliothèque» de logiciels malveillants et de techniques de cyberattaque développées dans d'autres pays, y compris la Russie. L'agence est en mesure d'exploiter ces outils «volés» pour masquer ses propres attaques et en rejeter la responsabilité sur leurs auteurs. L'existence d'un tel programme démontre que la campagne hystérique sur le rôle supposé de la Russie dans le piratage et la fuite des emails du Parti démocrate ne repose sur rien.

Alors que le parti démocrate continue d’attaquer Trump sur la question de ses supposés liens avec la Russie (plutôt que sur sa politique réactionnaire contre les immigrés et toute la classe ouvrière), les révélations de WikiLeaks sur la CIA sont rejetées par des sections des médias comme un autre complot de Moscou.

Dans le même ordre d'idées, le New York Times a publié un long article lundi pour se moquer «des inquiétudes de la Maison Blanche au sujet d'un "État profond" cherchant à miner la présidence Trump» suite à l'accusation de Trump qu'il avait été mis sous écoute pendant la campagne présidentielle.

Une telle expression, selon le Times, pourrait s’appliquer à des pays comme l'Égypte, la Turquie ou le Pakistan, mais pas aux États-Unis parce qu’elle «suggère une nation non démocratique où les normes juridiques et morales sont ignorées».

La réalité est que «l'État profond» est plus massif et plus puissant aux États-Unis que n'importe où dans le monde et il supervise de semblables complexes militaro-policiers dans des pays comme l'Égypte, la Turquie et le Pakistan. En ce qui concerne les «normes juridiques et morales», les dernières révélations sur la CIA, une organisation appelée depuis longtemps Murder, Inc. (Agence du meurtre), offrent un aperçu des méthodes réelles de l'État américain.

La tentative du New York Times de balayer d’un revers de main les inquiétudes concernant les activités et l'influence de l'appareil militaire et de renseignement ne fait qu'établir son propre rôle en tant qu'organe de propagande et instrument idéologique de cet «État profond», qui entretient les liens les plus intimes avec la CIA, le Pentagone et d'autres agences.

Les documents diffusés par WikiLeaks couvrent la période de 2013 à 2016, les dernières années de l'administration Obama, qui a poursuivi les guerres mises en branle sous Bush, organisé une vaste expansion de l'appareil de renseignement américain et lancé un véritable assaut contre les droits démocratiques. On a aussi vu la mise en place d’un programme international de meurtres par drones, la Maison Blanche s’arrogeant le droit d'ordonner le meurtre extrajudiciaire de citoyens américains.

Ce vaste appareil de guerre, de répression et de surveillance de masse a été maintenant confié à l'administration de Donald Trump, un gouvernement de milliardaires, de généraux et de fascistes ouverts qui est déterminé à intensifier la guerre à l'étranger et à mener des attaques sans précédent contre la classe ouvrière aux États-Unis.

Alors que le Parti démocrate réclame un procureur spécial pour faire enquête sur la prétendue «ingérence» russe dans les élections américaines – une revendication visant à soutenir la poussée de guerre américaine contre la Russie et à détourner l'opposition de masse envers Trump vers des canaux réactionnaires – et que Trump demande une enquête sur sa propre supposée mise sous écoute, aucun camp n'a exigé une enquête sur les opérations d'espionnage de la CIA. Les démocrates et les républicains sont tous deux d’accord que de telles mesures policières sont nécessaires pour défendre le système capitaliste en crise contre la menace d'une révolution sociale de la classe ouvrière.

Bill Van Auken (WSWS.org)

 

 

La pression des États-Unis sur la Corée du Nord ne peut que provoquer un conflit avec la Chine

 

9 mars 2017

Photo: Lee Jin-man / AP / Global Rechercher Presse

Texte: Piotr Akopov

http://www.vzglyad.ru/politics/2017/3/8/860944.html

КНДР провела новые испытания баллистических ракет

Chaque printemps l’aggravation de la situation sur la péninsule coréenne est devenue un rituel. Cependant, cette fois la crise représente un test important pour l’administration de Trump : va-t-elle continuer à jouer la politique traditionnelle des États-Unis, « la carte coréenne » pour faire pression sur la Chine? Pour la Russie, ce qui se passe sur ses frontières orientales revêt une importance croissante.

Les manœuvres militaires annuelles des Etats-Unis et de la Corée du Sud, les tests de missiles nord-coréens – tous ces événement de février – mars se sont déroulés exactement comme au cours des dernières années. Mais cette fois, ce n’est plus la « crise nord-coréenne » habituelle – les Etats-Unis ont transféré d’urgence en Corée du Sud le tout nouveau système de défense antimissile.

 

Bien qu’il en fût question dès l’année dernière, le transfert accéléré est clairement destiné à démontrer le sérieux des intentions. Et non seulement face à Pyongyang, mais aussi à Pékin – regardez, nous faisons ce que nous avons promis à nos alliés. Washington envoie en quelque sorte un message à Pékin – « mettez-vous dans la tête que la même chose pourrait se reproduire à nouveau, et dans la mer de Chine méridionale, qui nous avons promis de ne pas vous laisser. » Pékin est extrêmement mécontent de la mise en place du système de défense antimissile américain en Corée du Sud, le considérant comme un défi à sa propre sécurité.

 

Mais la crise coréenne et la pression des États-Unis sur la Chine ont une incidence directe sur la sécurité nationale de la Russie: la Corée du Nord est notre voisin, et la Chine – notre partenaire stratégique le plus important. Notre ministère des Affaires étrangères a déclaré que les actions américaines conduisent à une aggravation de la situation, et la Russie « prendra en compte » le déploiement de la défense antimissile des États-Unis dans sa planification militaire.

 

Étant donné que la guerre la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale s’est déroulée en Corée, on est en droit de se poser cette question « simple »: Y a-t-il vraiment une menace de guerre en Extrême-Orient?

 

Les USA provoquent fortement la Corée du Nord – un pays qui vit dans un isolement quasi complet du reste du monde. Ils la provoquent non seulement par les exercices militaires impliquant l’armée américaine stationnée en Corée du Sud,  mais aussi par des sanctions. Le pays est puni pour ses missiles et son programme nucléaire – oui, les Coréens ont créé une bombe atomique et des missiles balistiques qui peuvent frapper au moins les bases américaines à Okinawa.

 

En réponse au programme nucléaire de la Corée du Nord des sanctions ont été imposées, notamment par l’Organisation des Nations Unies, et l’année dernière, elles ont été considérablement renforcées, des interdictions ont frappé une grande partie des exportations nord-coréennes. Les nouvelles sanctions ont été adoptées avec le consentement de la Chine et de la Russie – qui, bien sûr, ne voient pas d’un bon œil l’apparition d’une puissance nucléaire à leurs frontières.

 

Mais faire pression sur les Nord-Coréens est inutile. Ils sont convaincus que l’existence d’armes nucléaires est le principal moyen de défense contre l’invasion américaine. Et personne au monde ne peut les convaincre du contraire. Au début des années 50, quand l’armée nord-coréenne avait presque vaincu la Corée du Sud, les Etats-Unis sont intervenus. Les Américains ont bombardé au nord tout ce qu’ils pouvaient, et seuls l’intervention de l’armée chinoise et les spécialistes militaires soviétiques ont sauvé la RPDC.

 

Pour la Corée du Nord les États-Unis sont un ennemi naturel, qui occupe le sud de la péninsule. Et les Américains n’ont jamais rien fait pour persuader Pyongyang de l’absence de plans agressifs de leur part. En outre, la Corée est depuis longtemps pour les États-Unis une base idéale à proximité des frontières de la Chine et de la Russie – et la nouvelle administration a des plans à ce sujet.

 

Donald Trump, comme la plupart des géopoliticiens américains, est en quelque sorte convaincu que la Chine peut forcer la Corée du Nord d’abandonner son programme nucléaire. Bien que dans la réalité, ni Pékin ni Moscou ne puissent avoir une influence sérieuse sur Pyongyang. La Corée du Nord est l’un des rares pays qui possèdent une souveraineté réelle – comme, par exemple, l’Iran. Et l’une des armées les plus puissantes du monde – sans parler des armes nucléaires.

 

Obliger les Coréens du Nord à faire ce qu’ils ne veulent pas est impossible – même au prix d’un blocus complet de la Corée du Nord. Mais ni Moscou ni Pékin ne s’y résoudront – au nom de quoi infliger à la population déjà si pauvre de la Corée du Nord des privations et des souffrances? La RPDC, en réalité, n’est une menace pour personne – toutes les déclarations belliqueuses contre les États-Unis ne sont qu’une réponse, une réaction défensive de personnes vivant dans une forteresse assiégée. Pyongyang n’attaquera jamais la Corée du Sud, où se trouvent les forces américaines. Même si nous supposons que les dirigeants de la Corée du Nord soient des maniaques agressifs, ils ne sont pas suicidaires. Néanmoins, les États-Unis se comportent comme s’ils croyaient vraiment aux plans agressifs de la RPDC. Où est le vrai problème?

 

Il y a, mais en partie seulement, à une vision déformée de la réalité de la part des Américains. Bien que cela joue un rôle important, souvenons-nous, dans les années 50-60, beaucoup croyaient sincèrement parmi les dirigeants américains que l’URSS voulait envahir l’Europe de l’Ouest, et même aujourd’hui au Congrès, il y a beaucoup de gens qui croient aux « plans de Poutine pour une attaque sur les Etats baltes ». Mais beaucoup plus important est que pour les États-Unis il est avantageux d’utiliser la question coréenne afin de faire pression sur la Chine.

 

En gros, pour la Chine la Corée est la même chose que le Caucase pour la Russie – ce qui se passe en Géorgie ou en Azerbaïdjan est directement lié à la sécurité nationale de notre pays. Et les troupes américaines en Corée du Sud sont un défi constant et un rappel de la guerre entre les États-Unis et la Chine, qui a eu lieu dans les années 1950-1953. On peut tolérer leur présence, mais assister à  l’installation du dernier système de défense antimissile américain est, bien sûr, désagréable.

 

Surtout que Beijing comprend que les Etats-Unis sous le prétexte de «menace coréenne» peuvent progressivement construire en Corée du Sud un système de défense antimissile super puissant – qui, bien sûr, sera destiné à la lutte contre les missiles chinois. Autrement dit, les États-Unis effectuent par rapport à la Chine la même manipulation que par rapport à la Russie en Europe – où, sous prétexte de contrer les missiles iraniens (même inexistants) ont commencé à installer un nouveau système de défense antimissile. Autrement dit, les Américains vont proposer à Pékin de stopper le programme nucléaire coréen, sachant à l’avance que la RPC n’a ni la capacité ni le désir de le faire- et augmenter la puissance de leur bouclier anti-missile sur la péninsule coréenne.

 

Qu’est-ce que la Chine peut opposer à ces plans? Tout au plus, dans le cas d’une grave détérioration des relations avec les Etats-Unis – reconnaître le statut nucléaire de la RPDC et abandonner les sanctions anti-coréennes. Cependant, si on en arrive là, il s’agirait d’une démarche commune de la Russie et de la Chine – parce que nos intérêts coïncident sur la question coréenne.

 

Ni Moscou ni Pékin n’ont besoin de sanctions permanentes contre la Corée du Nord. Leur utilisation n’est possible que comme un élément pour contraindre Pyongyang de reprendre les pourparlers à six sur la question nucléaire et les missiles. Mais pour résoudre la question, il est nécessaire de bonne volonté des deux côtés – et la RPDC et les Etats-Unis. Seulement par un engagement mutuel de non-agression, on pourrait parvenir à une relative stabilisation de la situation sur la péninsule.

 

Il est connu que l’administration de Trump envisage maintenant diverses options stratégiques en ce qui concerne la Corée du Nord – depuis la reconnaissance de son statut nucléaire jusqu’à l’action militaire. Il est entendu qu’une guerre en Corée est maintenant fondamentalement inacceptable – non seulement parce qu’elle serait nucléaire, mais tout simplement en raison des énormes potentiels militaires adverses – et donc impossible. Reconnaître le statut nucléaire de la RPDC et l’accepter officiellement dans le club des puissances nucléaires, même si les États-Unis soudainement décidaient de prendre une telle mesure – quoique une bonne décision stratégique, est très long et compliqué, mettant inévitablement au centre de la question d’ordre du jour la légalisation mondiale d’une autre puissance nucléaire non officielle, Israël.

 

Ainsi, les États-Unis ont deux options – continuer à taquiner Pyongyang et jouer la « carte coréenne » contre la Chine, ou essayer de négocier avec la RPDC.

 

Dans le format des pourparlers à six (Chine, États-Unis, Russie, Japon et les deux Corées) il serait possible d’obtenir la garantie de non-agression mutuelle des États-Unis et de la Corée du Nord, accepter de réduire l’intensité des manœuvres militaires et d’autres mesures visant à réduire les tensions. Cela ne nécessite qu’une seule chose – le renoncement à faire pression sur la Chine à tout prix. Si Trump veut vraiment construire des relations économiques avec la Chine plus rentables pour le commerce des États-Unis, il devra réduire la pression sur le Céleste Empire à ses frontières.

 

Si, cependant, on le persuade de la nécessité de poursuivre le même cours – les tensions dans la mer de Chine du Sud et autour de la Corée – cela ne fera qu’accélérer le mouvement vers un conflit américano-chinois ouvert. Naturellement, améliorer les relations avec Poutine dans ces circonstances ne sera pas seulement beaucoup plus difficile, mais impossible. La Russie se tourne résolument vers l’Est et devient une puissance du Pacifique, pour laquelle tout ce qui se passe sur la péninsule coréenne sera de plus en plus important.

 

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

mercredi 8 mars 2017

Wikileaks: Le programme de surveillance généralisée de la CIA qui ne semble gêner personne

Alors que Wikileaks vient de révéler l'ampleur du programme de surveillance et de piratage télécommandé par la CIA, les réactions sont d'un calme ... anormal. L'inquiétude porte principalement sur le fait que ce programme soit si mal protégé et que sa divulgation risque d'entraver le bon fonctionnement du renseignement américain. Mais pas de sursaut d'une société civile muette, de politiques soumis, d'individus blasés. Rien. L'humanité a-t-elle déjà été transformée en une cohorte de moutons acceptant leur sort et se mobilisant sur commande pour défendre les intérêts d'un système manipulateur et liberticide?
 
Wikileaks vient de divulguer un système de surveillance généralisé mis en place par la CIA contre n'importe quel citoyen dans le monde dont l'ampleur dépasse l'imaginable et rejoint les plus grands fantasmes des oeuvres de sciences fictions.
Ainsi, la CIA peut s'immiscer dans n'importe quel objet utilisant IOS, le système d'exploitation d'Apple (IPhone, Ipad etc), mais aussi Androïd avec les smartphones. Sont également concernées les applications WhatsApp, Telegram, Signal, puisque les messages peuvent être interceptés avant d'être codés. Les téléviseurs connectés à internet sont transformés en micro ambiant.
 
La CIA utilise des cyber-armes qui permettent de pénétrer n'importe quel ordinateur utilisant Windows, IOS ou Linux sous couverts de hackers situés en dehors du territoire. Et les ordinateurs n'ayant jamais été connecté à internet ne sont pas protégés pour autant, ils peuvent être infectés avec des programmes. Cette armée de 5000 hackers utilisant un millier de cyber-armes est basée à Francfort. Ce mécanisme présente, en plus, un problème de sécurité évident, au minimum parce que ces hackers sont fréquemment approchés pour vendre ces cyber-armes, mais le point inquiétant pointé par Wikileaks est que tout ce programme n'est pas classé confidentiel. Selon ces sources, la CIA aurait perdu le contrôle sur son programme de surveillance.
 
Ces révélations ont provoqué une réelle inquiétiude au sein des services américains. Le FBI part à la chasse de la taupe qui a fait sortir ces informations au grand jour. Comme toujours, le messager inquiète plus que le message. Il est intéressant de remarquer que le Washington Post tente de minimiser l'importance de ces révélations, presque de les banaliser: la diffusion des secrets étant un élément de notre mode de vie moderne. Intéressante vision des choses.
 
Et afin de détourner l'attention, comme lors de l'intervention du Parti Démocrate pour faire gagner les Primaires à H. Clinton, le spectre de la Russie réapparaît. Le procédé devient d'une extrême banalité. L'incontournable sénateur J. McCain déclare que Wikileaks est lié à la Russie ... donc tout vient bien de la Russie. Et si cela vient de la Russie, il ne faut pas parler du fond ... mais de l'immixtion de la Russie dans la politique interne des Etats Unis. Voici ses paroles:
"I can't say that [the Russians are responsible], but it's clear that WikiLeaks has had a Russian connection," 
En effet, la Russie ne semble pas loin. En tout cas, V. Poutine. Mais pas dans le sens où le sénateur l'entend. La CIA a appelé un certain nombre de ses serveurs PocketPutin, c'est une véritable idée fixe:
Que la presse américaine cherche à minimiser le scandale, on peut encore, à la limite, le comprendre, vue sa totale implication dans le jeu politique. Ce qui est moins compréhensible est l'absence de critique et de réaction en Europe. Pourquoi la société civile ne va-t-elle pas manifester? Pourquoi n'y a-t-il pas de convocation des ambassadeurs américains pour qu'ils expliquent officiellement le comportement de leur Gouvernement? Les Etats Unis sont-ils à ce point au-dessus de toute règle que l'on n'ait même l'idée de leur demander des comptes? Est-ce parce qu'ils violent systématiquement les droits élémentaires de l'homme qu'il ne faille plus leur demander de compte? L'immoralité vaut-elle absolution?
 
Nos Etats sont-ils à ce point soumis, notre presse docile et nos sociétés lobotomisées pour se mettre au pas sur commande, scander des slogans sur commande, s'indigner sur commande, se mettre à baver devant leurs écrans en attendant la commande?
 

Une UE déboussolée … pourtant c’est clair !

 

JPE

Vives inquiétudes après la charge de l'administration Trump contre l'OMC

Le Figaro

Alexis Feertchak

 

Dans un rapport présenté devant le Congrès, l'administration Trump s'en est prise vivement à l'OMC. Pékin, Bruxelles et Paris s'alarment d'une remise en cause du libre-échange par Washington, qui veut défendre sa souveraineté commerciale.

 

© Pablo Martinez Monsivais/AP Donald Trump

 

L'administration Trump a de nouveau pris pour cible l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et son Organisme de règlement des différends. Et les réactions ont été nombreuses et rapides.

 

Dans son plan d'action annuel remis au Congrès, le United States Trade Representative (USTR), l'équivalent américain du ministère du Commerce extérieur, vient de traduire plus formellement l'esprit qui avait animé la campagne de Donald Trump. Le candidat républicain à la Maison-Blanche avait alors qualifié le gendarme du commerce international de «désastre» et laissé entendre que les États-Unis pourraient s'en retirer si Washington ne pouvait pas renégocier certains règlements, notamment en matière de tarifs douaniers.

 

L'administration Trump souhaite défendre la « souveraineté commerciale » des États-Unis

 

« À l'avenir, nous allons nous concentrer sur les négociations bilatérales », a ainsi déclaré l'USTR. « C'est le moment pour une approche plus agressive », indique également l'administration américaine, qui affirme être prête à utiliser « tous les moyens de pression » pour forcer les pays à ouvrir leurs marchés.

 

Selon l'USTR, les règles de l'OMC reposent sur « l'idée implicite » que les pays appliquent les principes de l'économie de marché alors que « plusieurs acteurs importants » les ignorent et dissimulent leurs entorses au libre-échange derrière des systèmes « pas suffisamment transparents ». 

 

«Il est aussi important de rappeler que le Congrès a estimé clairement que les Américains ne sont pas directement soumis aux décisions de l'OMC (...) La législation sur les accords du Cycle d'Uruguay dispose que si un rapport de l'organe du règlement des différends de l'OMC est contraire aux États-Unis, [le représentant au commerce des États-Unis] consulte les comités du Congrès compétents concernant la mise en œuvre ou non de la recommandation du rapport [...]. Les rapports de l'OMC ne sont pas exécutoires ou contraignants», précise l'USTR, qui met ainsi directement en cause l'Organisme de règlement des différends de l'OMC.

 

Les temps difficiles du multilatéralisme

 

Pendant la campagne électorale américaine, le directeur général de l'OMC, le Brésilien Roberto Azevedo avait refusé de commenter les propos du candidat Donald Trump. Néanmoins, ces dernières semaines, le patron de l'OMC a jugé que «les temps sont difficiles pour le multilatéralisme commercial» et a invité Washington à dialoguer avec lui.

 

«Je suis prêt à m'asseoir et à discuter (...) avec l'équipe des États-Unis une fois qu'ils seront prêts à le faire», a-t-il encore assuré jeudi après la publication du document de l'USTR. Pour l'OMC, le règlement des différends commerciaux constitue «la clef de voûte du système commercial multilatéral». Depuis 1995, plus de 500 différends ont été soumis à l'OMC et plus de 350 décisions ont été rendues.

 

D'après les règles de l'OMC, si un pays a commis une faute, il doit la réparer sans tarder. Et s'il persiste à violer un accord, il doit offrir une compensation ou subir une punition (comme des sanctions commerciales). En principe, les sanctions devraient être imposées dans le même secteur que celui qui fait l'objet du différend. Si cela n'est pas possible ou efficace, elles peuvent être imposées dans un autre secteur.

 

La Chine s'érige en gardienne du libre-échange

 

Suite à la publication du rapport de l'USTR, la Chine est de nouveau venue au secours de l'OMC, jugeant qu'un système de relations internationales « ouvert et objectif » favorisait la croissance économique.

 

« La Chine souhaite travailler avec tous les pays membres de l'OMC pour faire en sorte que cette organisation puisse jouer un rôle constructif en matière de coopération internationale », a déclaré jeudi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Geng Shuang au cours d'une conférence de presse.

 

Inquiétudes à Bruxelles

 

L'inquiétude est partagée aussi à Bruxelles devant les signes d'un retournement de la politique commerciale américaine. Washington doit continuer à « s'engager » dans le multilatéralisme commercial, a affirmé vendredi la commissaire européenne au Commerce. Cecilia Malmström a admis que « certains signaux étaient inquiétants » tout en précisant: « On entend beaucoup de choses de là-bas, mais on en sait très peu sur les détails ».

 

Même son de cloche à Berlin où le secrétaire d'État allemand au Commerce, Matthias Machnig a déclaré: «Pour l'instant, on connaît les déclarations [américaines, mais] la réalité sera peut-être différente». «Nous avons besoin d'une déclaration claire que l'Union européenne est favorable à un commerce ouvert et libre», a-t-il ajouté.

 

Le ministre belge des Affaires étrangères et du Commerce, Didier Reynders, évoque quant à lui des discussions avec les États-Unis «toujours possibles», bien que «très difficiles».

 

Selon le Financial Times, des avocats de la Commission européenne et d'autres partenaires commerciaux seraient prêts à porter plainte devant l'OMC au cas où le ton monterait avec les Américains.

 

Commerce: il faut prendre les «menaces» de Trump «au sérieux» (responsable français)

 

Le secrétaire d'État français au Commerce extérieur, Matthias Fekl, était à La Valette (Malte) avec ses homologues européens et le directeur-général de l'OMC pour une réunion sur l'avenir de la politique commerciale de l'Union européenne et les conséquences pour celle-ci de la nouvelle donne à Washington.

 

Le député du Lot-et-Garonne a déclaré que les «menaces» de Donald Trump contre l'OMC devaient être prises «très au sérieux».

«Il faut prendre très au sérieux, non pas le moindre tweet de Donald Trump, mais le fond de son idéologie», qui est «isolationniste (...) Lui, ce qu'il aime, c'est les deals. Tout ce qui pose des règles au niveau global, ce n'est pas son truc. Il faut prendre très au sérieux ses menaces sur l'OMC mais aussi sur l'ONU», a-t-il précisé à l'issue de la réunion.

 

Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump avait notamment officialisé le retrait américain du traité transpacifique (TPP) signé avec onze pays de la région Asie-Pacifique. En revanche, l'administration américaine n'a pas encore officiellement enterré le TTIP (ou Tafta), l'accord de libre-échange négocié depuis 2013 avec l'Union européenne, actuellement dans l'impasse.

 

Mais Matthias Fekl, fervent opposant à cet accord, considère qu'«il ne faut pas relancer [le TAFTA]». «Ce qui m'étonne c'est que l'Europe (...) pense encore qu'avec ce président-là, il puisse y avoir des négociations de bonne foi sur des textes aussi enlisés. Déjà, l'administration précédente ne faisait pas preuve de beaucoup de bonne volonté. Je ne vois pas comment l'actuelle serait plus ouverte», a-t-il conclu.

Publié par  El Diablo

L’ÉLECTION de TRUMP : ce qu’en pense Emmanuel Todd

Emmanuel Todd (capture d'écran sur youtube)

Emmanuel Todd (capture d'écran sur youtube)

Emmanuel Todd : « C’est un pays en cours de stabilisation morale qui vient d’élire Trump »

PAR LE COMPTOIR LE 1er MARS 2017

Jeudi 9 février, Emmanuel Todd nous reçoit dans son appartement parisien pour un entretien fleuve sur l’élection de Donald Trump, les États-Unis et la situation politique mondiale, que nous vous proposons en deux parties. Si notre ligne politique peut diverger de celle du chercheur Todd et de sa promotion d’un capitalisme régulé, il demeure pour nous une référence intellectuelle contemporaine majeure. Anthropologue, historien, démographe, sociologue et essayiste, Todd est ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Il est principalement connu pour ses travaux sur les systèmes familiaux et leur rôle politique. En quatre décennies, le chercheur s’est notamment illustré en prophétisant l’effondrement de l’URSS (« La chute finale », 1976) et les printemps arabes (« Le rendez-vous des civilisations », avec Youssef Courbage, 2007). Il a également mis en lumière les faiblesses de la construction européenne et de la mondialisation.

Le Comptoir :Le 8 novembre 2016, Donald Trump remportait à la surprise générale l’élection présidentielle américaine. Comme lors du référendum sur leBrexit en juin de la même année, ou durejet français du Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE) en mai 2005,les élites politico-médiatiques n’avaient rien vu venir. Pourquoi, à chaque scrutin, les élites semblent-elles de plus en plus déconnectées des électeurs ?

Emmanuel Todd Je crois que la séparation fondamentale entre peuple et élites – c’est une image, car c’est toujours plus compliqué – a pour point de départ la différenciation éducative produite par le développement du supérieur. Au lendemain de la guerre, dans les démocraties occidentales, tout le monde avait fait l’école primaire – aux États-Unis, ils avaient également fait l’école secondaire –, les sociétés étaient assez homogènes et très peu de gens pouvaient se vanter d’avoir fait des études supérieures. Nous sommes passés, ensuite, à des taux de 40 % de gens qui font des études supérieures par génération. Ils forment une masse sociale qui peut vivre dans un entre-soi. Il y a eu un phénomène d’implosion sur soi de ce groupe qui peut se raconter qu’il est supérieur, tout en prétendant qu’il est en démocratie.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Emmanuel Todd : « C'est un pays en cours de stabilisation morale qui vient d'élire Trump »

Emmanuel Todd : C'est un pays en cours de stabilisation morale qui vient d'élire Trump

Jeudi 9 février, Emmanuel Todd nous reçoit dans son appartement parisien pour un entretien fleuve sur l'élection de Donald Trump, les États-Unis et la situation politique mondiale, que nous vou...

 

https://comptoir.org/2017/03/01/emmanuel-todd-cest-un-pays-en

Pourquoi les millionnaires de la Silicon Valley se préparent à la fin du monde

 

28 Février 2017

Je ne sais pas si cet article correspond à une réalité quelconque ou si ces gens sont tellement gorgés et tarés qu’ils s’amusent simplement à se faire peur tandis que d’autres se débattent dans les pires difficultés, mais ce qui est sûr c’est que si c’est ça l’intelligence de la haute technologie, nous sommes bien dans la contradiction entre développement des forces productives et rapport de production. Ces derniers (l’accumulation du profit capitaliste) paraissent totalement incapables d’assumer ce développement autrement que d’une manière destructrice et disons-le fascisante… Ce que « la dialectique de la raison » dénonçait déjà à propos de la barbarie nazie: comment se fait-il que l’invention technologique qui devrait libérer les hommes de la maladie, de la famine, des travaux pénibles débouche sur la barbarie?

 

(note de danielle Bleitrach)


Pourquoi les millionnaires de la Silicon Valley se préparent à la fin du monde
« The Walking Dead », saison 6 de la série TV (AMC-Frank Darabont et Robert Kirkman)

Le survivalisme se répand parmi les millionnaires de la technologie.

 

Puisque la catastrophe se profile à l’horizon, il faut d’ores et déjà s’organiser pour survivre…

 

Ceux qui s’y préparent s’appellent les survivalistes. Mais le survivalisme n’est plus seulement l’apanage de quelques illuminés qui vivent en treillis au fond des bois, il est devenu courant parmi les dirigeants de la Silicon Valley et les grands investisseurs du numérique. C’est ce que raconte avec force précision un grand papier du New Yorker, qui donne envie à la fois de rire et de pleurer.

 

Armes à feu ou flèches et arc

 

Steve Huffman, 33 ans, cofondateur de Reddit (une sorte de vaste forum estimé à 600 million de dollars), s’est fait opérer des yeux parce qu’en cas de désastre, il veut augmenter ses chances de survie sans lunettes ou lentilles de contact. Chez lui, il a des motos, des armes, des munitions, de la nourriture stockée. “De quoi voir venir un bon moment”, explique-t-il. Un ancien haut cadre de Facebook, lui, s’est acheté quelques hectares boisés sur une île du Pacifique Nord où il a installé générateurs, panneaux solaires, et un tas de munitions. Pas trop loin de zones habitées, parce qu’il a une théorie : on ne pourra pas survivre seul, il faudra former une milice locale.

 

Un dirigeant d’une entreprise numérique préfère ne pas avoir recours aux armes à feu, il prend des cours de tir à l’arc. Un autre, à la tête d’un fonds d’investissement, a un hélicoptère avec un réservoir plein, toujours prêt à décoller, et a fait construire un bunker, équipé d’un système de filtrage de l’air. Et il affirme que beaucoup de ses amis font de même. Certains se contentent de s’acheter des maisons dans diverses parties du monde, au cas où. Le lieu de repli très prisé : la Nouvelle-Zélande.

 

Un phénomène marginal ? Pas tant que ça, manifestement. L’un de ces néo-survivalistes estime que la moitié au moins des millionnaires de la Silicon Valley se prépare, chacun à sa manière. Mais c’est difficile à évaluer. La plupart préfère ne pas en parler, pour la simple raison que, le jour du dernier jour, ils ne veulent pas voir débarquer tous leurs voisins.

 

« On vit sur une très fine couche de glace »

 

La question, évidemment, est : pourquoi ce phénomène touche-t-il plus particulièrement ces très riches de la Silicon Valley ? J’ai plein de réponses à vous proposer, pour une fois.

 

L’un de ces survivalistes high tech livre une hypothèse : “Les gens les plus au courant des leviers qui activent la société comprennent qu’on vit en ce moment sur une très fine couche de glace.” Par exemple, eux plus que les autres savent à quel point nous sommes dépendants des technologies (l’acheminement des denrées par exemple) et combien les technologies sont faillibles (sensibles aux attaques). C’est moyen rassurant.

 

Mais il y a une hypothèse conjointe : certains craignent un effet backlash des torts que la Silicon Valley a causés à la société américaine dans son ensemble. En gros, ces gens se sont enrichis en automatisant le travail, en reléguant des pans de l’industrie dans l’Histoire, ils craignent une rébellion contre eux (où l’on s’aperçoit que dans leur esprit, la catastrophe n’est pas forcément naturelle, elle peut être aussi humaine…).

 

Utopies et dystopies

 

Parmi les autres hypothèses, il y a les imaginaires. D’une part, l’idée survivaliste est à l’œuvre depuis longtemps dans l’imaginaire américain. Il l’est encore plus dans la Silicon Valley, où le libertarisme à l’œuvre est aussi une célébration de l’auto-suffisance (on est content d’aider les autres quand on peut, mais on compte d’abord sur soi). Et puis il y a les films (“Deep Impact”, “Le Jour d’après”…), les séries (“The Walking Dead”…).

 

Tout ça activé par le fait que ces gens de la Silicon Valley passent leur temps à imaginer l’avenir – c’est ça le mantra et la réussite de la Silicon Valley, imaginer le monde de demain – et donc dans cette projection, il y a les utopies, mais aussi les dystopies. D’ailleurs, chacun semble osciller entre les unes et les autres. Alors pourquoi faire le choix de se préparer à l’avenir le plus noir ?

 

Et si tout ne tenait pas à l’argent ? D’abord parce que ces gens ont tellement d’argent que, même si la catastrophe est une hypothèse statistiquement faible, ça ne leur coûte rien de s’y préparer (avoir des maisons partout et un hélicoptère toujours prêt par exemple). En un sens, ils font donc un calcul rationnel. Mais il y a quelque chose de plus profond. Ces gens ont tellement d’argent que, eu égard au fonctionnement de la société américaine, ils ont tout, ils sont parés à tout. Il faut donc s’inventer une angoisse supérieure, un but ultime.

 

Au vu de tout ça, la seule question me semble-t-il : en cas de fin du monde, ne faut-il pas mieux crever que devoir survivre avec tous ces tarés ?

Publié par  Le Mantois et Partout ailleurs

4 banques françaises soutiennent Donald Trump qui expulse les Sioux du Dakota

4 banques françaises soutiennent Donald Trump qui expulse les Sioux du Dakota

Aux USA, le business reste le business, surtout avec Donald Trump président des USA. Ce 22 février, les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation musclée du principal campement des Sioux et de leurs alliés qui s’opposaient à la construction de l’oléoduc Dakota Access. Les banquent françaises BNP-Paribas, Société générale, Natixis et le Crédit agricole ont débloqué plusieurs dizaines de millions de dollars pour financer Energy Transfer Partners. Outre que Donald Trump a des actions dans cette entreprise, celle-ci envisage de saccager un territoire ancestral Sioux, afin de faire passer un oléoduc contenant du pétrole de schiste dont l'exploitation fait tant de mal à la nature et au genre humain.

Le capitalisme n'est pas à humaniser, mais à détruire.

En lien, l'article de Bastamag

Quatre banques françaises contre les Sioux du Dakota, expulsés par Trump

 

http://www.bastamag.net/Le-soutien-sans-failles-des-banques-f

Des clefs pour comprendre la politique économique de Trump

 


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Dans une tentative pour freiner le déclin de l’empire américain – Make America Great Again – Donald Trump procède à un changement draconien de la politique étrangère américaine, comme nous l’avons vu dans un autre article.

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Un renversement tout aussi spectaculaire touche la politique économique des États-Unis. Depuis que le capitalisme américain s’est transformé, à la fin du XIXe siècle, en capitalisme de monopole, le gouvernement américain a toujours appuyé l’exportation des capitaux – et, par le fait même d’emplois – dans d’autres pays.

 

Mais le phénomène a pris une expansion extraordinaire avec la signature de l’ALENA au cours des années 1980, mais surtout avec l’ouverture des marchés de la Chine, de l’ex-Union soviétique et l’unification du marché européen.

 

En Chine, par exemple, 30% de la production industrielle et 50% des exportations du pays étaient, en 2010, l’œuvre de succursales de multinationales, principalement américaines, ou de participation conjointe de ces multinationales avec des entreprises chinoises.

 

En fait, à l’échelle mondiale, les multinationales (définies comme les entreprises qui réalisent plus de 30% de leurs ventes hors de leur région d’origine) coordonnent des chaînes d’approvisionnement, qui représentent plus de 50% du commerce mondial.

 

Une importante étude

 

Mais, selon une importante étude publiée dans l’édition du 28 janvier 2017 du magazine The Economist, intitulée « In retreat. Global companies in the era of protectionism », nous assistons à un renversement de situation.

 

Au cours des cinq dernières années, les profits de ces multinationales ont chuté de 25%. Près de 40% d’entre elles ont un taux de rendement de seulement 10%. Leur part dans la somme totale des profits à l’échelle mondiale est passée de 35% à 30% au cours de la dernière décennie.

 

Quelles sont les causes de ce recul ? Selon The Economist, la chute du prix des matières premières, pétrole compris, est responsable de la moitié de la baisse du taux de rendement.

 

Les activités des multinationales sont aussi aujourd’hui trop étendues, ce qui entraîne une importante bureaucratisation. Plus fondamentalement, il y a le fait que les salaires ont augmenté en Chine et que de nombreux pays veulent leur part des profits, sous forme, entre autres, d’impôts plus élevés.

 

Plusieurs pays exigent aussi des participations plus importantes dans les entreprises étrangères sur leur territoire. Ainsi, le 8 janvier dernier, McDonald’s s’est résigné à vendre une majorité des actions de ses opérations en Chine à une société d’État chinoise. La Chine exige également de plus en plus que les activités de recherche et développement aient lieu sur son territoire.

 

D’autres pays suivent son exemple. Il y a donc un mouvement pour « localiser » l’ensemble des activités d’une multinationale dans le pays où elles s’implantent. C’est le cas de General Electric. Ou bien de s’en départir. La cimenterie Lafarge-Hocilm vend ses installations à des intérêts locaux aux Indes, en Corée du Sud, en Arabie saoudite et au Vietnam.

 

Les géants technologiques échappent jusqu’à présent à cette tendance. C’est le cas de Apple. Globalement, 65% des profits des 50 principales firmes américaines proviennent de la propriété intellectuelle. C’était 35%, il y a dix ans. Cependant, les services technologiques sont plus vulnérables aux concurrents prédateurs.

 

Si la « délocalisation » des entreprises en Chine est devenue moins avantageuse, il n’y a pas d’appétit de la part des multinationales, selon The Economist, pour reproduire en Afrique ou aux Indes les activités manufacturières implantées en Chine.

 

Mais leur rapatriement dans les pays d’origine pose aussi problème. The Economist a calculé que, si les multinationales américaines ramenaient aux États-Unis le quart des emplois actuellement à l’étranger, aux taux de salaires américains, avec le même taux d’imposition à l’étranger et aux États-Unis, leurs profits chuteraient d’un autre 12%. Et cela exclut le coût de construction de nouvelles usines en sol américain.

 

Vers une plus grande robotisation

 

Il y a quand même un certain mouvement de retour vers les pays d’origine. Mais il est prévisible qu’il s’accompagnera d’une plus grande robotisation des activités. C’est une caractéristique du capitalisme. Quand les profits des entreprises diminuent par suite de la résistance ouvrière ou de l’opposition des gouvernements des pays dominés où elles ont implanté leurs succursales, il devient rentable d’intégrer au processus de production les plus récentes découvertes technologiques et nous assistons alors à un saut qualitatif vers une plus grande automatisation.

 

Au début des années 1980, les États-Unis semblaient sur la voie d’un déclin inexorables avec la montée en puissance du Japon. Mais la révolution technologique avec l’arrivée, entre autres d’Internet, a donné un nouveau souffle aux entreprises américaines. Elles ont ainsi pu tirer profit de l’ouverture des marchés de l’ex-URSS, de la Chine et de l’Europe.

 

Mais la situation est différente aujourd’hui. Trump appuie le Brexit et souhaite le démantèlement de la Communauté européenne, dont il dit qu’elle ne profite qu’à l’Allemagne. On comprend sa volonté d’affaiblir l’Allemagne lorsqu’on sait que sa balance commerciale avec les États-Unis est excédentaire de 74,5 milliards $ en 2015, sur les seuls échanges de marchandises.

 

Mais la véritable rivale des États-Unis est la Chine. Le déficit commercial des États-Unis avec la Chine est énorme. Obama l’avait bien compris et avait entrepris le « pivot » de la politique américaine vers l’Asie, délaissant l’Europe et le Moyen-Orient. Au niveau commercial, sa stratégie était le Traité de libre-échange transpacifique.

 

Trump a révoqué ce traité. Mais, de crainte que les pays asiatiques répondent favorablement à la contre-offre de la Chine, dont le président s’est présenté à Davos comme le champion du libre-échange, Trump s’est empressé de rassurer le Japon et la Corée du sud à propos des alliances militaires de ces pays avec les États-Unis. Pas question de les qualifier d’« obsolètes », comme l’OTAN, qui est dirigée vers la Russie, dont Trump veut se faire une alliée face à la Chine.

 

Trump semble vouloir entrer en guerre commerciale avec la Chine par l’imposition de tarifs douaniers aux États-Unis.

 

Cependant, il n’est pas possible de faire marche arrière et de revenir au capitalisme pré-monopoliste. Si Trump impose des tarifs douaniers, il favorisera les entreprises américaines non-monopoliste des États-Unis, dont le taux de rendement est en progression, selon The Economist, mais il pénalisera les multinationales américaines qui ont des succursales en Chine et au Mexique.

 

On peut s’attendre à une situation particulièrement chaotique avec cette lutte de pouvoir intense entre différentes fractions de la classe dominante américaine avec ses inévitables répercussions sur la scène internationale, où s’intensifie la lutte entre différentes puissances économiques, et infailliblement sur le Canada et le Québec.

 

Voir en ligne : Par Pierre Dubuc, L’aut’journal (Quebec, indépendantiste)

23 février 2017

André Vltchek et Noam Chomsky, l'héritage du colonialisme

 

« Le terrorisme, pour André Vltchek, est essentiellement ce que les empires occidentaux autrefois et ce que l’empire étatsunien aujourd’hui utilisent contre le reste du monde.Regardez le monde musulman : historiquement, l’islam est très progressiste et tourné vers la société, c’est même une religion “socialiste”. La première université publique, les premiers hôpitaux publics, tout cela était dans le monde musulman.Même après la Seconde Guerre mondiale, les pays musulmans penchaient vers le socialisme. En conséquence, il fallait que l’Occident enraye, ruine et “radicalise” ces pays !L’Occident a quasiment ruiné trois des plus importants pays socialistes musulmans : l’Iran, l’Égypte et l’Indonésie. Ensuite, il a utilisé l’Afghanistan et le Pakistan comme des armées de substitution dans sa guerre contre l’Union soviétique, massacrant quasiment ces deux pays également..»

 

Reprenons l'interview avec André Vltchek...

 

Michel Peyret


INVESTIG'ACTION


« L’Occident terroriste » – Interview avec André Vltchek

 


En tant que journaliste, réalisateur de documentaire et romancier étatsunien, André Vltchek a couvert d’innombrables conflits armés à travers le monde. Parmi ses travaux les plus récents, on retrouve “L’Occident terroriste”, une discussion avec Noam Chomsky, un expert de la propagande renommé. Ensemble, ils explorent l’héritage du colonialisme qui dure jusqu’à aujourd’hui et dénoncent l’hypocrisie de l’Occident face au terrorisme, alors qu’il est responsable de son développement. Nous avons interrogé André Vltchek sur son livre et sur bien d’autres choses.

 

Tout au long de votre discussion passionnée avec Noam Chomsky, vous faites un inventaire des faits relatifs au récent interventionnisme impérialiste en Asie, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Pourquoi l’idée de mettre en lumière les actions de l’Occident au lieu de celles des supposés ennemis de l’Occident ?

 

Depuis plusieurs siècles, l’Occident pille le monde militairement et économiquement. Pour pouvoir “légitimer” ses crimes, il a également conçu un système de propagande extrêmement complexe et efficace, imposant sa “logique” et ses dogmes culturels au reste du monde. Cela a été fait avec tant de persistance et de talent que pratiquement tous les autres récits ont disparu.

 

C’est en réalité une immense tragédie car plusieurs cultures conquises étaient clairement supérieures et beaucoup plus humanistes que la culture de l’Occident. Le résultat est le suivant : le développement logique et naturel du monde s’est enrayé, et a même été écrasé. Seuls les dogmes occidentaux ont prévalu, entraînant du déséquilibre, de la confusion, de la colère, et de la frustration à travers le monde.

 

Comme Noam Chomsky, vous êtes également un auteur très prolifique. Comment décririez-vous votre travail et celui de Chomsky ? Que retenez-vous de votre expérience passée à travailler sur ce livre ?

 

Noam et moi possédons différentes approches pour lutter contre cette situation détestable. Noam est un linguiste, un grand penseur théorique et un activiste. Il analyse la situation dans ses écrits non-romanesques qui sont en réalité ses grands travaux philosophiques. Il s’exprime en public également, potentiellement sur tous les continents.

 

Je vais directement aux sources puisque, pour l’essentiel, je ne crois plus que ce que je vois ou touche. J’essaie de recycler le moins possible. Je me rends sur des zones de guerre et dans les bidonvilles les plus dangereux ; je rencontre la crème des intellectuels mais aussi des gens plus pauvres que pauvres.

 

Je m’appuie sur un réseau extrêmement complexe de sources dans beaucoup de pays. Puis, je rédige des essais qui se transforment ensuite en des chapitres de mes ouvrages non-romanesques. Ou alors, j’écris des romans, qui sont toujours soit un minimum politiques soit essentiellement politiques. Ou bien je réalise des documentaires, pour des chaînes de télévision comme Telesur ou Al-Mayadeen.

 

Mon dernier livre, qui dévoile la propagande occidentale à travers le monde, fait plus de 800 pages et porte un titre qui parle de lui-même : “Exposing Lies of The Empire” [“Les mensonges de l’Empire révélés”, inédit en français, NdT]. Mon dernier roman sur l’impérialisme culturel occidental est intitulé “Aurora”.

 

Avec Noam, on se complimente. Et on aime être ensemble. Lorsque nous travaillons ensemble, on ne se force à rien. On n’est pas toujours d’accord à 100% sur tout, mais il est très rare que nous soyons en total désaccord sur des sujets politiques importants.

 

Noam Chomsky & André Vltchek. Caricature réalisée par Marina Wiedemann

 

Que pensez-vous de l’évolution du contexte terroriste ainsi que du retour des discours relatifs à la “guerre contre le terrorisme” portés par les dirigeants européens et leurs alliés ?

 

Le terrorisme est essentiellement ce que les empires occidentaux autrefois et ce que l’empire étatsunien aujourd’hui utilisent contre le reste du monde.

 

Regardez le monde musulman : historiquement, l’islam est très progressiste et tourné vers la société, c’est même une religion “socialiste”. La première université publique, les premiers hôpitaux publics, tout cela était dans le monde musulman.

 

Même après la Seconde Guerre mondiale, les pays musulmans penchaient vers le socialisme. En conséquence, il fallait que l’Occident enraye, ruine et “radicalise” ces pays !

 

L’Occident a quasiment ruiné trois des plus importants pays socialistes musulmans : l’Iran, l’Égypte et l’Indonésie. Ensuite, il a utilisé l’Afghanistan et le Pakistan comme des armées de substitution dans sa guerre contre l’Union soviétique, massacrant quasiment ces deux pays également.

 

Donc vous souhaitez vraiment que vos lecteurs s’intéressent au passé colonial afin de pouvoir comprendre le néocolonialisme de nos jours…

 

Absolument. J’avance dans plusieurs de mes essais, ainsi que dans “Exposing Lies Of the Empire”, que l’Occident, pour des raisons compréhensibles, fabrique directement le “terrorisme musulman”. En conséquence, on ne devrait même pas utiliser le terme “terrorisme musulman”.

 

J’ai assisté à ce processus en Turquie, en Syrie, au Liban, en Indonésie, et ailleurs. Ce qui se passe est honteux mais c’est logique étant donné l’essence machiavélique de l’impérialisme occidental : l’Occident a réussi à détruire l’Union soviétique, il a affaibli le combat/processus anticolonialiste -en tuant ou en renversant des personnes comme Lumumba, Mossadegh, Sukarno ou Allende- et s’est retrouvé sans “ennemi majeur”.

 

Comme nous le savons tous, l’Occident ne peut pas exister sans “ennemi majeur”. Et il en a donc créé un, puissant, sorti de nulle part, et ce processus a royalement dupé tous les pays musulmans. Récemment à Téhéran, deux philosophes iraniens de renom m’ont déclaré que c’est en fait l’Occident qui a créé, à de nombreux endroits du monde, une religion totalement nouvelle, qui n’a rien de commun avec l’islam.

 

Les visions du tiers-monde sur les relations Nord-Sud sont attaquées et délégitimées régulièrement par des penseurs néo-conservateurs qui considèrent que l’analyse politique centrée sur l’économie est “obsolète et démodée”. Pourrait-on dire que les tenants du soi-disant “choc des civilisations” ont atteint leur but ? Quels sont les réels intérêts derrière leurs prises de positions?

 

Oui, c’est en train d’arriver. Mais les coupables ne sont pas seulement les néo-conservateurs. Je viens juste de quitter Bandung en Indonésie, qui avait accueilli en 1955 la fameuse “Conférence Asie-Afrique” (berceau du mouvement des non-alignés). Quand vous regardez les photos de cette conférence, vous avez envie de pleurer…ou de crier !

 

L’attrait du monde non-occidental pour l’indépendance et pour la vraie liberté était si fort à l’époque, mais la brutalité de l’Occident a brisé le courage et la détermination de tous ces pays, exceptés une poignée d’entre eux. La volonté de résistance contre l’impérialisme occidental a été annihilée pendant des décennies. C’est aujourd’hui seulement que l’on voit ressurgir ces idéologies, ces buts et ces rêves.

 

Bien-sûr, il y a et il y aura un énorme choc des civilisations, mais cela se passera sous des bannières et selon des logiques différentes de celles promues par les idéologues occidentaux.

 

Un “choc des civilisations” plus réel sera très simple et positif : il prendra la forme d’un combat de résistance du monde oppressé contre la terreur occidentale qui brutalise notre planète depuis des siècles.

 

Vous avez fréquemment visité et vécu dans des pays latino-américains, arabes, et asiatiques pendant de nombreuses années. À votre avis, comment les forces progressistes devraient-elles relever les défis posés par les conflits liés à l’identité culturelle et à l’ethnicité au XXIe siècle ? La vision eurocentrée est-elle un grand piège pour ceux qui essaient de comprendre et de changer le monde ?

 

Oui tout à fait, et il est essentiel de comprendre cela ! Les forces progressistes de l’Occident devraient, je crois, prendre du recul et faire preuve de plus d’humilité. Au lieu de constamment faire la morale à tous les gouvernements de gauche d’Amérique latine ou d’Asie et de montrer de la haine envers eux, ils devraient apprendre un peu le respect ainsi que se renseigner sur la culture chinoise ou latino-américaine. Ils devraient essayer de comprendre comment les choses ont historiquement été réalisées dans ces pays.

 

La gauche occidentale a franchement et clairement perdu. L’espoir se trouve désormais en Amérique latine et en Asie ainsi que dans quelques rares pays africains. La gauche occidentale devrait, je pense, cesser d’être “puriste” et soutenir ce qui nous reste dans ce monde, au lieu de définir “qui est un vrai Marxiste et qui ne l’est pas”, etc.

 

Le principale combat maintenant devrait être le combat contre l’impérialisme occidental. Je connais le monde, et je suis convaincu que si l’impérialisme occidental était défait, le reste du monde trouverait un moyen de coexister pacifiquement et de bâtir un monde humain, plus doux et plus compatissant. Ensuite, et ensuite seulement, on pourra s’occuper des détails. En attendant, sauver notre planète de ce qui la ruine depuis des siècles devrait être notre unique objectif.

 

Andre Vltchek est philosophe, romancier, cinéaste, et journaliste d’investigation. Il a couvert des guerres et des conflits dans des dizaines de pays. Trois de ses récents ouvrages sont un roman révolutionnaire intitulé “Aurora”, et deux travaux à succès de politique non-romanesque appelé “Exposing Lies of The Empire” pour l’un et, “Fighting Against Western Imperialism” [Lutter contre l’impérialisme occidental, inédit en français, NdT] pour l’autre. Ses autres livres sont disponibles ici. Andre produit également des documentaires pour teleSUR et Al-Mayadeen. Visionner Rwanda Gambit, sont documentaire avant-gardiste sur le Rwanda et la République Démocratique du Congo. Après avoir vécu en Amérique latine, en Afrique et en Océanie, Vltchek réside habite désormais en Asie de l’est et au Moyen-Orient et continue de travailler partout dans le monde. On peut le contacter sur son site internet ou sur Twitter.

 

Traduit de l’anglais par Rémi Gromelle pour Investig’Action

 

Source: Investig’Action

Cet article est également disponible en : Espagnol Anglais

Le marais contre-attaque

La sordide comédie de basse fosse mettant en vedette Michael Flynn est due à une hémorragie de fuites de la CIA publiées dans les journaux à sa solde qui a abouti au résultat escompté : une victoire retentissante des néocons et des néolibéraux-cons de l’État profond aux USA à l’issue d’une bataille en particulier. Mais la guerre est loin d’être terminée. En fait, elle vient à peine de commencer.

Même avant la chute de Flynn, des analystes russes discutaient avidement de la possibilité que le président Trump puisse être un nouveau Viktor Ianoukovitch, qui n’a pu stopper la révolution de couleur qui frappait à sa porte. La révolution de couleur Made in USA de l’axe formé par les néocons de l’État profond, les néolibéraux-cons démocrates et les médias institutionnels, va se poursuivre sans relâche, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Mais plus encore que Ianoukovitch, Trump pourrait reprendre à son compte une citation du Petit timonier Deng Xiaoping (« Traverser la rivière en tâtant les pierres ») en la transformant ainsi : « Traverser le marais en sentant la pointe des crocs ».

La démission de Flynn pourrait être interprétée comme une retraite tactique de Trump. Après tout, Flynn pourrait revenir, mais dans l’ombre comme Roger Stone. Si le conseiller adjoint à la sécurité nationale en poste K. T. McFarland prend sa place, comme les plus ardents défenseurs de Trump le souhaitent, le rapport de forces du théâtre d’ombres de Kissinger, dans sa version remixée du XXIe siècle, s’en trouvera renforcée. Après tout, McFarland est un atout de Kissinger.

Cet appel ne sera pas détruit dans les cinq secondes

Flynn a travaillé avec les forces spéciales ; il a été le directeur de l’Agence du renseignement de la défense (DIA) ; il a eu accès continuellement à des renseignements classifiés ultras secrets. Il savait évidemment que toutes ses communications ouvertes et non sécurisées étaient surveillées. Pour se placer de manière à succomber au chantage de Moscou, il aurait fallu qu’il devienne une réincarnation des Pieds nickelés.

Flynn et l’ambassadeur russe Sergey Kislyak ont sûrement discuté de coopération dans la lutte contre le groupe armé État islamique (Daech) et de ce à quoi Moscou s’attend en retour, c’est-à-dire à une levée des sanctions. Les médias institutionnels étasuniens n’ont même pas réagi lorsque les services secrets des USA ont admis avoir en leur possession une transcription des nombreux appels téléphoniques entre Flynn et Kislyak. Pourquoi ne pas les publier alors ? Imaginez le scandale intergalactique si ces appels avaient révélé que les services secrets russes surveillaient les communications de l’ambassadeur des USA à Moscou.

Personne n’a porté attention aux deux passages clés commodément enfouis au milieu de cet article paru dans les médias institutionnels étasuniens.

1) « L’agent du renseignement a dit que rien à l’intérieur du gouvernement n’indiquait que Flynn avait fait quoi que ce soit d’illégal. »

2) « (…) la situation était devenue insoutenable, pas pour une question d’avoir été compromis par la Russie, mais parce qu’il [Flynn] a menti au président et au vice-président. »

Récapitulons : rien d’illégal et Flynn n’a pas été compromis par la Russie. Le « crime », selon les factions de l’État profond, c’est d’avoir parlé à un diplomate russe.

Le vice-président Mike Pence est une pièce maîtresse du puzzle. Après tout, son rôle majeur consiste à être le garant des intérêts des néocons de l’État profond au cœur même de l’administration Trump. La CIA est à l’origine de la fuite. La CIA espionne sûrement tout le personnel opérationnel de Trump. Flynn s’est planté sa propre épée dans le corps. Un excès d’arrogance classique. Son erreur fatale a été d’élaborer des stratégies de son propre chef, avant même qu’il ne devienne conseiller à la sécurité nationale. « Mad Dog » Mattis, T. Rex Tillerson (qui sont tous les deux très proches de Kissinger soit dit en passant) et surtout Pence n’ont pas aimé du tout une fois qu’ils en ont été informés.

Un « homme aux capacités très limitées »

Flynn était déjà compromis par son embarrassant livre de désinformation coécrit avec le néocon Michael Ledeen et par son iranophobie juvénile. Mais Flynn était aussi la cheville ouvrière de ce qui aurait pu vraiment changer les règles du jeu, à savoir placer la CIA et les chefs d’état-major interarmées sous le contrôle de la Maison-Blanche.

Une source étasunienne extrêmement bien renseignée que j’ai déjà appelée « X », qui a décrit en détail ce que nous réserve l’administration Trump, soutient catégoriquement que « cette décision donne à Trump l’air d’être indépendant. Tout se déroule comme prévu ».

« X » souligne comment « la NSA peut pénétrer dans n’importe quel système téléphonique non sécurisé dans le monde. Flynn était un homme aux capacités très limitées qui parlait trop. Nous n’entendons jamais parler de ceux qui exercent le véritable pouvoir dans les services de renseignement et nous ne connaissons pas leurs noms. Nous pouvons le voir dans l’approche de Flynn envers l’Iran. Il nuisait à un accord de paix au Moyen-Orient engageant la Russie, l’Iran et la Turquie en Syrie. Il devait donc partir. »

« X » ajoute ceci : « Les Russes, qui n’ont pas la stupidité de parler entre eux en utilisant des lignes non sécurisées, s’attendaient à ce que Flynn contrôle ses propres lignes téléphoniques. Flynn n’est pas parti parce qu’il a appelé les Russes, mais pour d’autres raisons, dont certaines ont un lien avec l’Iran et le Moyen-Orient. C’était un élément potentiellement incontrôlable même pour les services de renseignement. C’est un cas d’indications erronées pour éloigner de la véritable cause. »

Se situant à l’exact opposé de « X », une évaluation analytique soutient que les requins flairent le sang, que les hyènes encerclent leur proie, que Trump est vulnérable, qu’il a perdu à la fois son charme et la maîtrise de la politique étrangère. Pas encore.

Sur le Grand échiquier, la chute de Flynn n’est qu’un pion qui est tombé parce que le roi ne pouvait le protéger. C’est seulement si les néocons et les néolibéraux-cons continuent de se déchaîner, si la complicité des néolibéraux-cons dans l’ascension de Daech n’est pas totalement exposée et si la possibilité tant vantée d’une détente avec la Russie est perdue pour de bon que nous saurons vraiment que le « drainage du marais » (en matière de politique étrangère) a échoué.

Chose certaine, la guerre fratricide entre l’administration Trump et les factions les plus puissantes de l’État profond sera plus qu’infernale. L’équipe Trump ne pourra survivre que si elle est capable de donner des armes à ses alliés à l’intérieur de l’État profond. À ce moment-ci, par rapport au grand projet de Kissinger visant à briser la « menace » eurasiatique en faveur du mouvement unipolaire, l’Iran est pour l’instant soulagé, la Russie ne se fait pas d’illusion et la Chine sait très bien que le partenariat stratégique sino-russe va se raffermir encore plus. Le marais a l’avantage pour l’instant.

Pepe Escobar

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books) et le petit dernier, 2030, traduit en français.

Par Pepe Escobar – Le 15 février 2017 – Source Sputnik News

Traduit par Daniel, édité par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone

»» http://lesakerfrancophone.fr/le-marais-contre-attaque

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17 février 2017

"Soft power" : Le lobbying américain en France, une enquête de Jacques Monin - Opération séduction des futures élites avec "Young Leaders" - Parmi les bénéficiaires, ces dernières années, de cette formation "américaine" : Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez, Alexandre de Juniac, Najat-Vallaud Belkacem, Edouard Philippe, Matthieu Pigasse ...

 

Enquête sur le lobbying américain en France

 

La grande star française de l’Internet Frédéric Mazella, créateur et dirigeant de BlaBlaCar, vient de lever 200 millions de dollars auprès d’investisseurs, américains notamment. Il fait partie de ces jeunes dirigeants d’entreprises repérés par les influenceurs américains par l'intermédiaire de la promo 2015 des "Young Leaders."

France info 
 Radio France

Mis à jour le 

Chaque année, les Etats-Unis repèrent et invitent les futures élites françaises à Washington pour une opération de charme. Mais ce n’est qu’une facette d’une stratégie d’influence plus globale. La plupart des grands cabinets d’avocats et les banques d’affaires de Paris sont aujourd’hui américains. Peu à peu, ils imposent leur langue, leurs normes, et leur idéologie.

Le lobbying américain en France, une enquête de Jacques Monin

Le "soft power" ou la diplomatie douce

 

La formule sonne plutôt bien. Le "soft power", ou diplomatie douce, a été inventé par les Américains pour influencer leurs partenaires en s’appuyant sur la conviction ou la séduction. Concrètement : depuis les années 1940, l’ambassade des Etats-Unis à Paris repère chaque année ceux qui seront les futures élites françaises. Elle mise sur elles et les invite outre-Atlantique à participer à un programme d’échanges avec les futures élites américaines. La French American Foundation  a mis sur pied un programme similaire avec des fonds privés.

Ces programmes ciblent les énarques, les jeunes loups de la politique, mais aussi des chefs d’entreprises et des journalistes. Parmi eux : François Hollande, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Pierre Moscovici, Emmanuel Macron, Najat Vallaud-Belkacem. Cette année, Frédéric Mazzella, le fondateur de Blablacar, ou encore Alexis Morel, directeur de la stratégie de Thalès, font partie de ceux qui ont été invités à Washington pour un voyage d’étude. 

"On va chercher les gens qui peuvent avoir une influence un jour par leur réussite" explique Pierre Servan -Schreiber, un avocat d’affaires qui a travaillé dans un cabinet américain. "C’est une volonté délibéré de connaitre les gens qui seront à même de prendre des décisions, et à qui on pourra rappeler notre passé commun et faire passer des messages".

A Washington, ils peuvent rencontrer des responsables politiques, mais "le programme s’appuie aussi sur un réseau de 40 à 50.000 bénévoles américains qui vous accueillent"  précise Pascal Dupeyrat, le président du Cercle Jefferson  qui a créé une amicale des anciens de ces voyages. "Cela crée une rencontre avec la population. Avec cette idée très intelligente qui est de dire : vous avez plus de difficultés à aller en guerre avec des gens avec qui vous avez déjeuné ou dîné". Apprendre à se faire aimer, c’est avant tout cela le "soft power".

 [...]

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Enquête sur le lobbying américain en France

Enquête sur le lobbying américain en France

La grande star française de l'Internet Frédéric Mazella, créateur et dirigeant de BlaBlaCar, vient de lever 200 millions de dollars auprès d'investisseurs, américains notamment. Il fait parti...

 

http://www.francetvinfo.fr/economie/enquete-sur-le-lobbying-americain-en-france_1711393.html

Comment la CIA a espionné la présidentielle française de 2012

WikiLeaks
 
Par Jean-Marc Manach — 
 

Un document obtenu par WikiLeaks, publié avec «Libération», «Mediapart» et «la Repubblica» en Italie, dévoile la manière dont l'agence américaine a sollicité la NSA pour suivre de près la campagne.

 

Comment la CIA a espionné la présidentielle française de 2012

 

C’est une liste de courses un peu particulière, un inventaire à la Prévert d’une trentaine de questions posées par la CIA à la NSA. Objectif : mobiliser les outils d'espionnage pour tout savoir sur un grand rendez-vous démocratique de la vie politique française. C’est aussi un document inédit et passionnant, truffé d’acronymes qui, décryptés, lèvent une partie du voile sur le «cycle du renseignement» américain : qui demande quoi, à qui, pour qui, comment. Qui montre que la NSA est avant tout chargée de répondre aux questions qui lui sont posées par ses «clients». Que la CIA, non contente de solliciter les capacités d'interception de communications de la NSA, demande également à d’autres services de renseignement anglo-saxons de répondre aux questions qu’elle se pose.

Alors que tous les regards sont aujourd’hui tournés vers la Russie, à qui les Etats-Unis ont attribué les piratages des mails du camp démocrate publiés par WikiLeaks, l’organisation de Julian Assange – régulièrement accusée ces derniers mois de faire le jeu du Kremlin – s’invite dans la campagne française. Le document, publié en partenariat avec plusieurs médias européens – Libération et Mediapart en France et la Repubblica en Italie – révèle qu’en 2012, la CIA a espionné la présidentielle. [...]

Lire la suite sur le site de Libération ci-dessous.

Comment la CIA a espionné la présidentielle française de 2012

Comment la CIA a espionné la présidentielle française de 2012

C'est une liste de courses un peu particulière, un inventaire à la Prévert d'une trentaine de questions posées par la CIA à la NSA. Objectif : mobiliser les outils d'espionnage pour tout savoi...

 

http://www.liberation.fr/planete/2017/02/16/comment-la-cia-a-espionne-la-presidentielle-francaise-de-2012_1548921

Trump et la critique du libre-échange

 

Jacques SapirPar  · 

Le Président Donald Trump n’a guère attendu son entrée en fonction, le 20 janvier 2017, pour commencer à mettre en œuvre une partie de son programme économique, essentiellement à travers des pressions protectionnistes et la remise en cause des accords de libre échange. Qu’il s’agisse du Traité Trans-Pacifique, de l’ALENA (signé il y a plusieurs décennies avec le Mexique et la Canada), voire de mesure remettant en cause l’autorité de l’OMC, c’est bien à une offensive généralisée contre le principe même du libre échange à laquelle on assiste. Cette offensive suscite des nombreuses questions quant à sa pertinence, et à la politique commerciale que le Président Trump veut mettre en œuvre pour les Etats-Unis. Mais elle permet aussi de poser tout une série de questions quant à la rationalité du libre-échange qui est devenu de nos jours non plus une théorie mais bien une idéologie, non une simple idéologie mais une religion.

 

La mondialisation n’est pas heureuse

 

Il est aujourd’hui significatif que le libre-échange soit remis en cause par les Etats-Unis, par un président américain, et qui plus est par une personne connue pour être proche du monde des affaires. De fait, les critiques contre le libre-échange provenaient plutôt des pays du « Sud » et de gouvernement considérés comme de gauche ou à tout le moins comme populiste. Les Etats-Unis ont été, depuis près de quarante ans et même avant (que l’on se souvienne de la politique dite de la « porte ouvert » en Asie), la force motrice dans les traités de libre échange. La défense de la « liberté du commerce » pouvait être considérée comme l’un des marqueurs essentiels de la politique étrangère de ce pays. Certes, ces propositions avaient, il faut le dire, rencontré un fort bon accueil dans le cadre de l’Union européenne. Cette organisation partageait avec les Etats-Unis la croyance que le libre échange était la voie de l’avenir. L’histoire d’amour que les dirigeants de l’Union européenne ont développée avec le libre-échange interpelle, car elle est en réalité contradictoire avec les raisons initiales de la construction européenne. Cette histoire d’amour est devenue aujourd’hui un point du dogme européiste et l’Union européenne est même devenue aujourd’hui le point de repli de tous les thuriféraires de cette religion qu’est le libre-échange. Cette position d’ailleurs s’enracinait dans une conception très idéologique des vertus du libre-échange, censé apporter le bien-être aux plus pauvres, la paix en ce monde, ou du moins la fin des conflits. On sait très bien qu’il n’en fut rien.

 

Mais, ces vingt dernières années ont été loin d’apporter de l’eau au moulin des partisans du libre-échange. De fait, ce dernier n’a pas fait disparaître les conflits. Les progrès du libre échange se sont arrêtés avec la crise de 2008-2010. Le cycle de Doha s’est avéré être un échec. Le nombre de mesures protectionnistes prises dans les différends pays depuis 2010 ne cesse d’augmenter. Aussi, le tournant pris par les Etats-Unis sous la direction de Donald Trump, pour spectaculaire qu’il soit, est-il moins étonnant que ce que l’on aurait pu croire.

 

Non, la globalisation ou la mondialisation ne fut pas, et ne fut jamais, « heureuse ». Il convient de le dire et de le répéter. Elle ne fut pas « heureuse » non pas du fait d’imperfections que l’on pourrait corriger mais en raison même de sa forme de constitution. Le mythe du « doux commerce » venant se substituer aux conflits guerriers a été trop propagé pour ne pas laisser quelques traces… Mais, à la vérité, ce ne fut qu’un mythe. Toujours, le navire de guerre a précédé le navire marchand. Les puissances dominantes ont en permanence usé de leur force pour s’ouvrir des marchés et modifier comme il leur convenait les termes de l’échange. La mondialisation que nous avons connue depuis près de quarante ans a résulté de la combinaison de la globalisation financière, qui s’est mise en place avec le détricotage du système hérité des accords de Bretton Woods en 1973, et de la globalisation marchande, qui s’est incarnée dans le libre-échange. À chacune de leurs étapes, ces dernières ont imposé leurs lots de violences et de guerres. Nous en voyons aujourd’hui le résultat : une marche généralisée à la régression, tant économique que sociale, qui frappe d’abord les pays dits « riches » mais aussi ceux que l’on désigne comme des pays « émergents ». Elle a conduit à une surexploitation des ressources naturelles plongeant plus d’un milliard et demi d’êtres humains dans des crises écologiques qui vont chaque jour empirant. Elle a provoqué la destruction du lien social dans un grand nombre de pays et confronté là aussi des masses innombrables au spectre de la guerre de tous contre tous, au choc d’un individualisme forcené qui laisse présager d’autres régressions[1].

 

Le grand retournement

 

On assiste donc aujourd’hui à un grand retournement sur cette question. Et, ce qui est particulièrement intéressant est que ce retournement ait les Etats-Unis comme origine. En fait, à la base même de ce retournement on trouve le décrochage des revenus des classes moyennes-inférieures et de la classe ouvrière. Or, ce décrochage est dans une large mesure imputable à la mondialisation[2]. Cet écart entre les 1% les plus élevés et les 90% les plus bas s’est largement ouvert depuis les années 1980. Ce décrochage a été confirmé par une autre étude datant de 2015[3]. Cet écart se lit aussi dans le décrochage entre le rythme de gains de la productivité du travail et celui des salaires horaires. Si les deux courbes apparaissent quasiment parallèles de 1946 à 1973, ce qui implique que les gains de productivité ont également profité aux salariés et aux capitalistes, on constate qu’il n’en est plus de même après 1973. Depuis cette date, les salaires horaires ont augmenté nettement plus lentement que la productivité du travail, ce qui implique que les gains de productivité ont, désormais, essentiellement profité aux profits des entreprises et des actionnaires. Cette situation s’est aggravée dans les années 1990, visiblement sous l’effet de la mondialisation et de l’ouverture des frontières[4]. Aux Etats-Unis, cette évolution a été psychologiquement fondamentale, car elle a signifié la « fin » du rêve américain pour une vaste majorité de la population. Ceci a été marquée par la différence très nette entre les rythmes d’évolution du revenu moyen, qui a continué à progresser, et le revenu médian[5]. Mais, les Etats-Unis n’ont pas été le seul pays où cette situation s’est manifestée. Il faut noter qu’elle est aussi présente en Grande-Bretagne, ce qui n’est pas politiquement sans conséquences[6]. On a aussi assisté à une évolution similaire dans le cas de la France, en particulier à partir du « tournant de la rigueur » pris par François Mitterrand dès 1983. Le « plan Delors » a eu les mêmes effets quant aux gains de productivité pour la France que ce que l’on constate aux Etats-Unis. Et il n’est pas innocent que Jacques Delors soit allé sévir, après cet épisode, à Bruxelles.

 

Il est donc clair que le libre échange n’a pas eu sur les économies, et sur les travailleurs qui vivent dans ces économies, les conséquences bénéfiques qu’en promet la théorie économique « mainstream ». Pourtant, les économistes du courant dominant, ceux que l’on appelle les « orthodoxes » n’ont de cesse de prétendre que le libre-échange est le futur, nécessairement radieux, de l’humanité.

 

Le libre-échange est il le futur de l’humanité ?

 

Il est vrai que les diverses subventions et les entraves à la concurrence, qui sont l’essence même des politiques protectionnistes, ont fort mauvaise presse aujourd’hui. À droite comme dans la gauche libérale, elles relèvent de l’interdit absolu, du tabou. L’ancien Ministre de l’économie et aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle française, M. Emmanuel Macron, ne parle ainsi que de « libérer » l’économie française, ce qui équivaut à dire qu’il nous faut plus de concurrence. Il faut aussi signaler que M. Macron s’est distingué par son soutien au traité très contesté entre l’Union européenne et le Canada, traité que l’on appelle le CETA, traité qui vient d’ailleurs d’être approuvé par le « Parlement » européen. Un même discours est, on s’en doute, tenu quotidiennement par la commission européenne, qui a réagi vigoureusement aux déclarations de Donald Trump, n’hésitant pas à prendre des postures de vierges outragées. Il y a ici à l’évidence un point de consensus. Mais ce point est construit sur une évidence illusoire et auto-proclamée.

 

Les discours prescriptifs qui cherchent à étendre le libre échange supposent que la concurrence soit partout et toujours un fait positif. Or, ces discours reposent sur des bases normatives extrêmement discutables[7]. La démonstration en fut faite dès les années 1930 du XXème siècle. Cette démonstration trouve son origine dans les réflexions qu’ont inspirées à un grand économiste les fluctuations cycliques que connaissaient les marchés du maïs et du porc, ce que l’on appelle le « cycle de la viande de porc » ou théorème de la toile d’araignée, ou « cobweb ». Comme le démontre une lecture attentive de l’article fondateur écrit par Mordecai Ezekiel en 1938[8], on est en présence d’un problème qui va très au-delà des phénomènes qui ont permis son identification initiale, la fluctuation des prix agricoles. L’analyse des conditions donnant naissance au mécanisme du cobweb montre une faille majeure dans la théorie de l’équilibre concurrentiel. Cette analyse contient une critique radicale du rôle normatif accordé à la concurrence dite « pure et parfaite ». Elle aboutit à redonner une légitimité aux mesures restreignant l’exercice de la concurrence, qu’il s’agisse des subventions ou des limites à l’entrée sur certains marchés à travers la présence de quotas ou de droits de douane. Ce n’est pas sans raison si les compilateurs d’un ouvrage extrêmement important sur la théorie des cycles économiques introduisirent l’article d’Ezekiel parmi le recueil de textes qu’ils constituaient[9].

 

Le terme même de cobweb, fut proposé par Nicholas Kaldor. Il faut souligner que Kaldor montre qu’il convient d’extraire la dynamique du cobweb de son seul environnement agricole, car l’on est en présence d’un problème général affectant la théorie de l’équilibre concurrentiel dès que l’on est en présence d’une situation où: « ...les ajustements sont complètements discontinus » [10]. Une réflexion analogue avait été faite par Wassili Leontief à la même période. Leontief démontrait l’impossibilité de déterminer un mécanisme spontané d’équilibre des prix et de la production par le jeu de la concurrence « pure » dès que l’on était en présence de courbes d’offre et de demande ne correspondant pas précisément aux spécifications initiales du modèle de Léon Walras[11]. L’équilibre apparaissait alors comme un cas particulier et non un cas général, ce qui a été confirmé par des travaux plus récents[12].

 

De plus, si l’on se donne comme objectif d’éviter ou de limiter les fluctuations, parce que ces dernières peuvent avoir des effets négatifs à court et long terme tout autant sur les producteurs que sur les demandeurs (en particulier pour l‘investissement[13]), la conclusion que l’on peut tirer est que des mesures suspendant la concurrence comme des subventions, des quotas ou des droits de douane deviennent alors utiles et légitimes. Gilbert Abraham-Frois et Edmond Berrebi ont montré que l’introduction de clauses réalistes dans le raisonnement (par exemple en acceptant que l’agent économique ait le choix entre non pas deux mais trois options…) conduit à la généralisation de situations de fortes instabilités tant que la concurrence est maintenue[14]. Pourtant, alors même que des travaux théoriques menés depuis le début des années 1970 confirment et étendent les conclusions d’Ezekiel quant à une critique radicale de la portée normative du modèle de l’équilibre concurrentiel, on tend à oublier la leçon générale de son travail. Or, cette leçon remet en réalité en cause le principe de concurrence, mais aussi, indirectement, le principe du libre-échange qui est une extension du principe de concurrence.

 

La Twitter-Diplomatie de Donald Trump

 

Les récentes déclarations de Donald Trump tout comme ses pressions sur les grands groupes industriels par des messages twitters (pour Toyota[15], Ford et General Motors), si elles peuvent paraître quelque peu exotiques, ont donc relancé la question de formes modernes de protectionnisme. En fait, ce débat a déjà eu lieu. Dans les années 1930, à la suite de la grande crise économique, un certain nombre d’économistes ont alors basculé des positions traditionnelles de « libre-échange » vers une vision plus protectionniste. John Maynard Keynes fut un de ceux là, et certainement celui qui exerça l’influence la plus considérable. Le texte de J.M. Keynes sur la nécessité d’une autosuffisance nationale fut publié en juin 1933 dans la Yale Review[16]. Or aujourd’hui, comme en 1933, les raisons de mettre en doute le Libre-Échange s’accumulent.

 

Rappelons que les experts de la Banque Mondiale ont brutalement, au début des années 2000, révisé à la baisse leurs estimations des « gains » d’une libéralisation du commerce international[17], alors même que ces gains sont calculés sans référence à de possibles coûts. De plus, une étude de la CNUCED montrait ainsi il y a quelques années que le « cycle de Doha » de l’OMC pourrait coûter aux pays en voie de développement jusqu’à 60 milliards de dollars alors qu’il ne leur apporterait que 16 milliards de gains[18]. Loin de favoriser le développement, l’OMC pourrait bien contribuer à la pauvreté mondiale. On mesure ici toute la fausseté des déclarations de ceux qui prétendent que le libre-échange réduit la pauvreté. Même les investissements directs étrangers, longtemps considérés comme la solution miracle du développement, sont aujourd’hui mis en cause[19]. La concurrence à laquelle se livrent nombre de pays pour tenter de les attirer a clairement des effets négatifs dans le domaine social et de la protection de l’environnement[20]. Très clairement, ceci n’est pas pris en compte dans la logique « l’Amérique d’abord » de Donald Trump. Mais, les conséquences globales de son action pour la protection de l’environnement pourraient s’avérer en réalité très positive, ce qui serait, il faut le souligner, un amusant paradoxe.

 

Comment le libre-échange s’est-il imposé dans les esprits

 

L’ouverture importante du commerce international depuis les années 1970 et 1980 a marqué les esprits[21]. Des travaux, parmi lesquels on doit inclure ceux de Dollar, en 1992[22], de Ben-David, en 1993[23], de Sachs et Warner, en 1995[24], et de Edwards en 1998[25], ont cherché à établir un lien entre le commerce international et la croissance. Ces années avaient marquées par des changements extrêmement importants. On a connu deux phénomènes majeurs : la fin de l’Europe de l’Est, au sens du Conseil d’Aide Economique Mutuel (CAEM), et la fin de l’URSS. Dans ces deux cas, on a pu constater que les flux de commerce tels qu’ils sont comptabilisés ont connu une forte croissance. Or le simple passage de ce qui était un « commerce intérieur » à un « commerce international » s’est traduit par la hausse brutale de ce dernier. Une partie de la croissance du commerce mondial peut ainsi être attribuée à un effet de « révélation » d’un commerce qui se produisait au sein d’autres cadres statistiques. Ce problème soit très rarement évoqué par les spécialistes qui entonnent le credo de la globalisation.

 

Une deuxième cause est plus subtile. La hausse des flux du commerce international a été liée à l’évolution que ces économies ont connue durant les premières années de leur transition. Ainsi, dans le cas de l’URSS, une large partie de la production d’aluminium et d’acier n’a plus trouvé d’emplois au sein même de l’économie, en raison de la baisse des activités manufacturières. L’exportation de ce surplus a été immédiate, qu’elle se fasse de manière légale ou illégale. De même, on a assisté à un phénomène de substitution des produits importés aux productions locales, qui a été favorisé par l’évolution brutale du taux de change. À cet égard, les chiffres extrêmement élevés du commerce international dans les années 1994-1997 semble bien avoir été le produit d’une illusion statistique. Ce sont ces chiffres, enregistrés sur quatre années, qui ont très largement conditionné notre vision de la croissance.

 

La remise en cause de l’orthodoxie libre-échangiste

 

De manière générale, les tests pratiqués donnent des résultats pour le moins très ambigus. On peut en déduire que, pour certains pays, l’ouverture a eu des résultats positifs, mais pas pour d’autres. Le succès économique tient bien plus à la qualité des dites mesures macroéconomiques qu’à celle de l’ouverture[26]. De fait, les pays qui ont associé des politiques protectionnistes à des bonnes politiques macroéconomiques connaissent des taux de croissance qui sont largement supérieurs à ceux des pays plus ouverts, ce qui invalide le primat de l’ouverture[27]. Ceci nous ramène à la problématique du développement, qui s’avère être autrement plus complexe que ce que les partisans d’un libre-échange généralisé veulent bien dire. Les travaux d’Alice Amsden[28], Robert Wade[29] ou ceux regroupés par Helleiner[30] montrent que dans le cas des pays en voie de développement le choix du protectionnisme, s’il est associé à de réelles politiques nationales de développement et d’industrialisation[31], fournit des taux de croissance qui sont très au-dessus de ceux des pays qui ne font pas le même choix. Le fait que les pays d’Asie qui connaissent la plus forte croissance ont systématiquement violé les règles de la globalisation établies et codifiées par la Banque mondiale et le FMI est souligné par Dani Rodrik[32]. Voici qui nous renvoie à la question des politiques nationales et à la problématique de l’État développeur qui renaît dans le débat depuis quelques années[33]. Cette problématique est en réalité au cœur du réveil industriel de l’Asie. En fait, ce sont ces politiques nationales qui constituent les véritables variables critiques pour la croissance et le développement, et non l’existence ou non de mesures de libéralisation du commerce international. Mais admettre cela revient à devoir reconsidérer le rôle de l’État dans les politiques économiques et donc le rôle du nationalisme comme idéologie associée au développement. On touche ici à de puissants tabous de la pensée orthodoxe en économie comme en politique. Pour pouvoir faire l’impasse sur la question nationale, les partisans de la « supra-nationalité », et ce sous quelque forme que ce soit, sont donc obligé de prétendre que la concurrence est un principe favorable « en tout lieu, en toute heure », et sont contraints de se lancer dans une apologie sans frein du libre-échange. De fait, leur théorie économique se déduit aisément des présupposés idéologiques qui sont les leurs. L’instrumentalisation du débat théorique en découle inéluctablement.

 

Un retour à la raison

 

Le développement économique aurait, durant les trente dernières années, largement été porté par le commerce international. Tel est le résultat qui a été vulgarisé par une partie des économistes mais aussi, bien entendu, par les journalistes à gages. Et pourtant, à y regarder de près, ce dernier se dissipe. La vulgate du libre-échange passe en effet rapidement sur des éléments importants pour sa démonstration, qui ont été mis en valeur par la crise actuelle. On a vu, en 2008 et 2009, le commerce international diminuer au prorata de la baisse de la production dans les grands pays industrialisés. Le commerce ne crée donc pas de valeur par lui-même, vieille erreur des mercantilistes qui ressurgit sous la forme de la croyance en une croissance tirée uniquement par le commerce. C’est au contraire la croissance dans les principaux pays qui tire le commerce. Il convient donc de se demander si l’on n’a pas été en face d’une erreur, du moins d’une illusion, due aux statistiques. En effet, le phénomène de croissance, qu’il s’agisse de celle du produit intérieur brut (PIB) ou de celle du commerce international, a très bien pu être surestimé, et ce pour diverses raisons. Or la possibilité d’une erreur de mesure peut remettre en cause l’idée convenue d’un lien direct et mécanique entre le développement du commerce international et la croissance mondiale. Cette possibilité impose de repenser les liens de causalité qui vont de la croissance au commerce. Autrement dit, où produit-on de la valeur ? La confusion, hélas traditionnelle, entre la valeur et les prix (ces derniers ne mesurant que les rapports de force dans l’échange), vient aggraver et renforcer l’erreur initiale. Max Weber en était bien conscient, lui qui écrivait à propos des « prix de marché » : « Les prix monétaires résultent de compromis et de conflits d’intérêt; en ceci ils découlent de la distribution du pouvoir. La monnaie n’est pas un simple « droit sur des biens non spécifiés » qui pourrait être utilisé à loisir sans conséquence fondamentale sur les caractéristiques du système des prix perçu comme une lutte entre les hommes. La monnaie est avant tout une arme dans cette lutte; elle n’est un instrument de calcul que dans la mesure où l’on prend en compte les opportunités de succès dans cette lutte. » [34]

 

Cette confusion est à la base de celle, non moins importante, qui entoure la théorie du marché[35]. À partir de là, c’est toute l’idéologie ayant entouré la globalisation marchande qui va être remise en cause. Et les partisans du libre-échange sont alors révélés pour ce qu’ils sont : des héritiers lointains d’une pensée économique pré-moderne, le mercantilisme.

 

La rupture de ce voile permet alors de poser d’autres questions. Quelle est la responsabilité de la globalisation dans la destruction du cadre naturel, dont on constate qu’il s’accélère depuis la fin des années 1980 ? Cette destruction n’est pas simplement liée à la multiplication des transports sur de longues distances, à la mise en concurrence de l’ouvrier ouest-européen et de l’ouvrier asiatique par-delà les systèmes sociaux très différents qui régissent leur travail. On sait pourtant aujourd’hui que ceci a eu des effets profondément déstabilisants sur la répartition interne des revenus. Les entreprises se sont affranchies de la contrainte qui veut que, dans le cadre d’une économie relativement fermée, les salaires (qui sont donc pour elles des coûts) soient déterminants pour leurs marchés. Cet affranchissement provient de la soumission des logiques économiques locales à une logique supérieure, qui peut se traduire par des dommages écologiques importants

 

Economie et politique

 

En fait, la globalisation n’est synonyme de croissance que quand elle peut s’appuyer sur un projet de développement national, souvent articulé à une idéologie nationaliste[36]. La globalisation marchande ne donne des résultats que dans la mesure où l’on ne joue pas son jeu mais où d’autres acceptent de le jouer Le cas de la Chine est ici exemplaire, car c’est bien à travers la combinaison d’une politique nationale extrêmement forte et de l’ouverture que s’est accompli le développement important des vingt-cinq dernières années. Mais, même dans ce cas, la montée des inégalités sociales et des destructions écologiques rend problématique la poursuite de ce modèle. Ceci est particulièrement vrai en Extrême-Orient, mais peut aussi se constater en Russie depuis 1999.

 

Ainsi, loin de conduire au dépassement de la nation, la globalisation s’avère être le nouveau cadre de l’expression de politiques nationales qui engendrent soit des effets de domination et de destruction de cadres nationaux au profit de nations plus fortes, soit des phénomènes de réactions et de développement national[37].

 

Fondamentalement, l’idée que nous aurions à partir de la fin du « court xxe siècle[38] » retrouvé une tendance à une intégration par le commerce se révèle ainsi être un mythe. Ceci a été montré par Paul Bairoch et Richard Kozul-Wright dans une étude systématique de ces flux qui a été réalisée en 1996 pour la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED)[39]. Il n’y a donc jamais eu un « âge d’or » de la globalisation, qui se serait terminé avec la Première Guerre mondiale et qui aurait été suivi d’une longue période de repli, avant de connaître un renouveau depuis les années 1970. C’est bien toute l’image d’une marche que l’on voudrait harmonieuse vers le « village global » qui s’en trouve profondément mise en cause. Ce débat a continué dans la période récente et ses résultats ont été les mêmes. Conservons cependant, pour l’instant, l’image qui nous est fournie par Rodrik et Rodriguez[40]. La poussée vers une plus grande ouverture n’a pas été favorable au plus grand nombre[41].

 

Requiem pour le libre-échange

 

Économiquement, le Libre-Échange n’est pas la meilleure solution et porte des risques de crises et d’accroissement des inégalités qui sont considérables. Il met en compétition différents territoires non pas sur la base des activités humaines qui s’y déploient mais sur celle de choix sociaux et fiscaux eux-mêmes très discutables[42]. La libéralisation du commerce n’a pas profité aux pays les plus pauvres, comme le montrent les études les plus récentes. Une comparaison des avantages et des coûts, en particulier en ce qui concerne l’effondrement des capacités d’investissement public dans la santé et l’éducation suite à l’effondrement des ressources fiscales, suggère que la balance est négative.

 

Politiquement, le Libre-Échange est dangereux. Il est attentatoire à la démocratie et à la liberté de choisir ses institutions sociales et économiques. En favorisant l’affaiblissement des structures étatiques il encourage la montée des communautarismes et des fanatismes transfrontières, comme le Djihadisme. Loin d’être une promesse de Paix, l’internationalisme économique nous conduit en réalité à la Guerre.

 

Moralement, le Libre-Échange est indéfendable. Il n’a d’autres rivages que celui de la réduction de toute vie sociale à la marchandise. Il établit en valeur morale l’obscénité sociale de la nouvelle « classe de loisir » mondialisée[43]. L’avenir est donc bien au protectionnisme. Ce dernier s’imposera d’abord comme moyen d’éviter le dumping social et écologique de certains pays. Il prendra alors la forme d’une politique industrielle cohérente où l’on cherchera à stimuler ainsi le développement de filières au rôle stratégique dans un projet de développement. Ceci conduira à redéfinir une politique économique globale pouvant inclure une réglementation des flux de capitaux, afin de retrouver les instruments de la souveraineté économique, politique et sociale. Les formes de la politique du futur restent à trouver. Son sens général cependant ne fait guère de doute.

 

C’est un point intéressant, mais assez paradoxal, que le libre-échange soit remis en cause par le Président considéré comme le plus « pro-business », mais aussi le plus indifférent aux préoccupations écologiques, qu’il soit aux Etats-Unis depuis de nombreuses années. Au-delà du style politique, discutable, de Donald Trump, reconnaissons que son projet s’inscrit dans le cadre du grand retournement que j’avais pronostiqué il y a de cela quelques années[44]. Nous ne savons pas encore, à l’heure actuelle, si Donald Trump réussira à articuler une véritable politique de réindustrialisation de son pays, politique qui profiterait alors au plus grand nombre. Mais, sa politique prend en compte, à la différence de ce que l’on peut voir dans l’Union européenne, que l’ère du libre-échange est aujourd’hui terminée.

 

Notes

[1] Voir J. Généreux, La Grande Régression, Seuil, 2010.

[2] Bivens J., “Globalization, American Wages, and Inequality” Economic Policy Institute Working Paper, Washington DC, 6 Septembre, 2007.

[3] Mishel L., Gould E et Bivens J., « Wage stagnations in 9 charts », Economic Policy Institute, Washington DC, 6 janvier 2015.

[4] See G. Irvin, “Growing Inequality in the Neo-liberal Heartland,” Post-Autistic Economics Review, 43 (September 15,

2007), pp. 2–23, http://www.paecon.net/PAEReview/issue43/Irwin43.htm

[5] US Congress, State Median Wages and Unemployment Rates, prepared by the Joint Economic Committee, table released by the US-JEC (June 2008).

[6] Brewer M., A. Goodman, J. Shaw, and L. Sibieta, Poverty and Inequality in Britain: 2006, Institute for Fiscal Studies (London, 2005).

[7] Voir J. Sapir, « Retour vers le futur : le protectionnisme est-il notre avenir ? » in L’Economie Politique, n°31, 3ème Trimestre 2006.

[8] M.Ezekiel, « The Cobweb Theorem », in Quarterly Journal of Economics , vol. LII, n°1, 1937-1938, pp. 255-280.

[9] Voir: Readings in Business Cycle Theory – selected by a committee of The AMERICAN ECONOMIC ASSOCIATION, Londres, George Allen and Unwin, 1950, pp. 422-442.

[10] N. Kaldor, « A Classificatory Note on the Determinateness of Equilibrium » in Review of Economic Studies, Vol. 1, février 1934.

[11] W. Leontief, « Verzögerte Angebotsanpassung und Partielles Gleichgewicht » in Zeitschrift für Nationalökonomie, Vienne, Vol. IV, n°5, 1934.

[12] Sonnenscheim H., « Do Walras Identity and Continuity Characterize the class of Excess Demand Functions? » in Journal of Economic Theoty, vol. 6, 1973, N°2, pp. 345-354. Mantel R., « On the characterization of Aggregate Excess Demand » in Journal of Economic Theory, vol. 7, 1974, N°2, pp. 348-353

[13] Malinvaud, E, « Profitability and investment facing uncertain demand », Document de travail de l’INSEE, n° 8303, Paris, 1983 ; Idem, « Capital productif, incertitudes et profitabilités », Document de recherche de l’IME, Université de Dijon, n°93, 1986.

[14] Abraham-Frois G. et E. Berrebi, Instabilité, Cycles, Chaos, Paris, Economica, 1999, pp. 3-4. Voir aussi, Guerrien B., La Théorie Néo-Classique. Bilan et perspective du modèle d’équilibre général, Economica, Paris, 1989.

[15] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/01/05/97002-20170105FILWWW00337-toyota-a-son-tour-etrille-par-trump.php et http://www.lefigaro.fr/societes/2017/01/08/20005-20170108ARTFIG00157-l-industrie-automobile-americaine-dans-l-oeil-du-cyclone-trump.php

[16] John Maynard Keynes, « National Self-Sufficiency, » The Yale Review, Vol. 22, no. 4 (June 1933), pp. 755-769.

[17] Pour une analyse précise et documentée des divers réajustements: F. Ackerman, The Shrinking Gains from Trade: A Critical Assessment of Doha Round Projections, Global Development and Environment Institute, Tufts University, WP n° 05-01. Voir aussu « Doha Round and Developing Countries: Will the Doha deal do more harm than good » RIS Policy Brief, n°22, avril 2006, New Delhi.

[18] S Fernandez de Cordoba et D. Vanzetti, « Now What? Searching for a solution to the WTO Industrial Tariffs Negociations », Coping with Trade Reform, CNUCED, Genève, 2005. Voir table 11.

[19] T.H. Moran, ForeignDirect Investment and Development, The New Policy Agenda for Developing Countries and Economics in Transition, Institute for International Economics, Washington D.C., 1998.

[20] Oman C., Policy Competition for ForeignDirect Investment, OCDE, Centre du Développement, Paris, 2000. Voir aussi, L. Zarsky, « Stuck in the Mud? Nation-States, Globalization and the Environment » in K.P. Gallagher et J. Wierksman (edits.) International Trade and Sustainable development, Earthscan, Londres, 2002, pp. 19-44.

[21] Voir J. Sapir, « Le vrai sens du terme. Le libre-échange ou la mise en concurrence entre les Nations » in D. Colle (dir), D’un protectionnisme l’autre. La fin de la mondialisation ?, Puf, « Major », 2009.

[22] D. Dollar, « Outward-Oriented Developeng Economies Really Do Grow More Rapidly: Evidence From 95 LDC, 1976-1985 », Economic Developemnt and Cultural Change, 1992, p. 523-554.

[23] D. Ben-David, « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », Quarterly Journal of Economics, vol. 108, n° 3, 1993.

[24] J. Sachs, A. Warner, « Economic Reform and The Process of Global Integration », Brookings Paper on Economic Activity, n° 1, 1995, p. 1-118.

[25] S. Edwards, « Opennes, Productivity and Growth: What We Do Really Know? », Economic Journal, vol. 108, mars 1998, p. 383-398.

[26] Voir D. Ben-David, « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », op. cit.

[27] Voir H.-J. Chang, « The Economic Theory of the Developmental State » in M. Woo-Cumings (dir.), The Developmental State, Ithaca, Cornell University Press, 1999 ; Kicking away the Ladder: Policies and Institutions for Development in Historical Perspective, Londres, Anthem Press, 2002.

[28] A. Amsden, Asia’s Next Giant, New York, Oxford University Press, 1989.

[29] R. Wade, Governing the Market, Princeton (N. J.), Princeton University Press, 1990.

[30] G. K. Helleiner (dir.), Trade Policy and Industrialization in Turbulent Times, Londres, Routledge, 1994.

[31] Voir C.-C. Lai, « Development Strategies and Growth with Equality. Re-evaluation of Taiwan’s Experience », Rivista Internazionale de Scienze Economiche e Commerciali, vol. 36, n° 2, 1989, p. 177-191.

[32] D. Rodrik, « What Produces Economic Success?  » in R. Ffrench-Davis (dir.), Economic Growth with Equity: Challenges for Latin America, Londres, Palgrave Macmillan, 2007. Voir aussi, du même auteur, « After Neoliberalism, What? », Project Syndicate, 2002 (www.project-syndicate.org/commentary/rodrik7 ).

[33] Voir T. Mkandawire, « Thinking About Developmental States in Africa », Cambridge Journal of Economics, vol. 25, n° 2, 2001, p. 289-313; B. Fine, « The Developmental State is Dead. Long Live Social Capital?  », Development and Change, vol. 30, n° 1, 1999, p. 1-19.

[34] M.Weber, Economy and Society: An Outline of Interpretative Sociology, University of California Press, Berkeley, 1948, p.108.

[35] B. Guerrien, “L’introuvable théorie du marché”, in Revue Semestrielle du MAUSS, n°3, La Découverte, Paris 1994, pp. 32-41.

[36] C. Johnson, Japan, who governs?, Norton, New York & Londres, 1995.

[37] Voir J. Sapir, « Retour vers le futur : le protectionnisme est-il notre avenir ? », L’Économie politique, n° 31, 3e trimestre, 2006.

[38] Qui va de 1918, véritable fin du xixe siècle, à la dissolution de l’URSS, fin 1991, qui marque en réalité la fin du xxe. J’ai expliqué cette notion de « petit xxe siècle » dans J. Sapir, Le Nouveau xxie Siècle, Seuil, 2008.

[39] P. Bairoch, R. Kozul-Wright, « Globalization Myths: Some Historical Reflections on Integration, Industrialization and Growth in the World Economy », Discussion Paper, n° 113, Genève, UNCTAD-OSG, mars 1996.

[40] F. Rodriguez, D. Rodrik, « Trade Policy and Economic Growth: A Skeptics Guide to the Cross-National Evidence », in B. Bernanke, K. Rogoff (dir.), NBER Macroeconomics. Annual 2000, Cambridge (MA), MIT Press, 2001.

[41] Voir J. Sapir, « Libre-échange, croissance et développement : quelques mythes de l’économie vulgaire » in Revue du Mauss, n°30, 2e semestre, La Découverte, 2007, p. 151-171.

[42] Sapir J., voir Ch. 8 et Ch. 9 de D. Colle (edit.), D’un protectionnisme l’autre – La fin de la mondialisation ?, Coll. Major, Presses Universitaires de France, Paris, Septembre 2009.

[43] Voir A. Wolfe, « Introduction » in T. Veblen, The Theory of the Leisure Class, The Modern Library, New York, 2001 (nouvelle édition del’ouvrage de 1899).

[44] Sapir J., La Démondialisation, Le Seuil, Paris, 2011.

 

Harry van Bommel, Député de gauche, dans son bureau à La Haye. Il a fait appel à une "équipe ukrainienne" qui comprenait des Russes dans un effort pour peser sur le référendum néérlandais l’année dérnière sur un traité commercial avec l’Ukraine. Photo Ilvy Njiokiktjien pour The New York Times

Un nouvel article assez amusant sur les fausses nouvelles a été publié dans le New York Times d’aujourd’hui.

 

Voilà son titre : fausses Nouvelles, faux Ukrainiens : Comment un groupe de Russes a influencé un vote hollandais

 

C’est amusant parce qu’aucun élément de l’article ne vient corroborer le titre. Au contraire, l’article se révèle n’être lui-même rien d’autre qu’une fausse nouvelle. Il fait état d’événements anciens, qui ne sont pas des nouvelles, et il n’apporte aucun élément à l’appui de sa thèse.

 

Quelques expatriés ukrainiens ont fait campagne aux Pays-Bas contre un vote sur un accord d’association UE-Ukraine. Des Hollandais d’origine russe ont fait campagne dans le même sens. Les Néerlandais ont finalement rejeté l’accord avec 61,1% de voix contre et 38,1% pour.

 

Ce vote a eu lieu en avril 2016. Je ne comprends pas pourquoi ce vote mérite aujourd’hui un article. Son but n’est certainement pas de d’informer sur l’actualité ou sur le vote lui-même. L’article n’explique pas sur quoi portait précisément le vote, ni ne mentionne les chiffres du résultat.

 

Quelques expatriés aux Pays-Bas ont participé à des discussions publiques et ont fait campagne contre l’accord et ils ont finalement gagné. Ils l’ont fait sans cacher leur identité, honnêtement et dans le cadre de la loi. Absolument rien ne prouve qu’ils aient eu une influence indue sur le vote.

 

Mais cela ne convient pas au NYT. « C’est Poutine qui l’a fait » est un impératif permanent pour le NYT. Et donc, les Ukrainiens qui ont fait campagne doivent être de « faux Ukrainiens », et en réalité des Russes, parce qu’il est impossible, aux yeux du NYT, qu’un Ukrainien se prononce contre le putsch violent de Maidan et ses conséquences :

Ils ont assisté à des réunions publiques, ils sont apparu à la télévision et ont utilisé les réseaux-sociaux pour dénoncer le gouvernement pro-occidental de l’Ukraine comme une kleptocratie sanguinaire, indigne d’un soutien néerlandais.
...
Les membres les plus actifs de l’équipe ukrainienne venaient en réalité de Russie, ou des régions russophones d’Ukraine, et ont relayé la ligne du Kremlin comme des perroquets.

L’auteur semble dire que les gens « des régions russophones d’Ukraine » (qui représentent au moins le tiers du pays) sont de « faux Ukrainiens » ? Qu’ils n’ont aucune volonté propre en tant qu’Ukrainiens et qu’ils sont seulement capables de « relayer la ligne du Kremlin comme des perroquets » ? Ces Ukrainiens russophones sont-ils de moindre valeur ? Est-ce mal de ne pas relayer comme un perroquet la ligne de Washington / Bruxelles ?

 

Puis vient une restriction qui ôte toute sa force au coup que l’article voulait porter :

Il est difficile de savoir si l’équipe ukrainienne a été dirigée par la Russie ou si elle a agi de la sorte parce qu’elle partage les mêmes idées...

Est-ce que la raison de leur attitude ne pourrait pas être ni l’une ni l’autre de ces deux raisons, mais une troisième ? Peut-être qu’ils sont convaincus que l’accord UE-Ukraine n’est dans l’intérêt bien compris d’aucun des deux pays ? (Ce n’est pas dit dans l’article mais l’accord en question est beaucoup plus qu’un accord commercial ou économique. Il comprend des clauses d’alignement dans les domaines de la défense et de la politique.)

 

Voyons de plus près ces « Faux Ukrainiens » et ces « Groupe de Russes » :

Un de ces contacts [russes] est Vladimir Kornilov, un historien et analyste politique né en Russie ; il a grandi dans l’Est de l’Ukraine et vit actuellement à La Haye, où il mène des recherches personnelles au Centre des Etudes Eurasiennes.

Avant le référendum néerlandais l’an dernier, M. Kornilov a fait campagne contre l’accord commercial de l’Ukraine en disant plaisamment de lui-même qu’il est un « expatrié ukrainien à La Haye » qui, stupéfait du flux apparemment interminable de mensonges et de propagande » contre la Russie, s’est senti obligé de répondre.

Vladimir Kornilov semble avoir la quarantaine. Quand il est né, il n’y avait pas de « Russie » ni d’« Ukraine » comme aujourd’hui. La Russie historique comprenait l’Ukraine. Lorsque Kornilov est né, c’était l’Union Soviétique avec ses nombreuses entités fédérales. « Né en Russie » et « a grandi en Ukraine orientale » sont des catégorisations nationales que personne n’avait faites avant que l’URSS ne s’effondre. Les gens auraient dit « né à Moscou » et « grandi à Donetsk » ou quelque chose comme ça.

Kornilov s’insurge avec force contre l’article du NYT et surtout contre le titre sur les « faux Ukrainiens » :

Vladimir Kornilov @ Kornilov1968

@nytimesworld Chers éditeurs ! Qu’est-ce que cela signifie « Faux Ukrainiens » ? Votre auteur sait très bien que je suis un citoyen ukrainien et que je n’ai pas d’autre passeport. 
4:07 AM - 16 Feb 2017

Le seul « Russe » mentionné dans l’article est un jeune étudiant qui est arrivé enfant aux Pays-Bas :

Nikita Ananjev était un membre particulièrement actif de l’équipe ukrainienne ; c’est un étudiant de 26 ans né à Moscou qui est arrivé avec sa mère aux Pays-Bas, où il préside maintenant l’Association des étudiants russes.

Ananjev se décrit lui-même publiquement comme quelqu’un qui « a été élevé comme un Hollandais mais qui est encore russe à 80% ».

 

Kornilov et Ananjev sont les deux seuls noms que le NYT peut fournir à l’appui de sa thèse. Ils sont les « Faux Ukrainiens » et le « Groupe de Russe », dont le titre parle.

 

Le « faux Ukrainien » n’est pas « faux » du tout, c’est un vrai Ukrainien. Le « groupe de Russes » est un étudiant de Rotterdam élevé en Hollande. Le NYT n’a trouvé aucun signe d’une quelconque pression russe sur leurs idées ou leurs opinions. Il n’y a aucune preuve dans l’article, pas la moindre preuve, que ces personnes « aient fait basculer » le vote hollandais. Le NYT n’essaie même pas de le démontrer.

 

Le peuple néerlandais, a voté contre la préférence des éditeurs du NYT à une large majorité. Que la raison puisse en être le fait que l’accord sur lequel portait le vote n’était pas très bon, ou l’illégalité du putsch de Maidan organisé par les États-Unis, cela ne les intéresse pas du tout et ne soulève aucune question. A la place, ils nous servent de fausses allégations qu’ils présentent comme des faits sur une soi-disant influence étrangère, sans aucune preuve à l’appui.

 

L’expression « Fausse nouvelle » du titre ne prend sens que si on l’applique à l’article lui-même.

 

Il n’y a aucun argument dans l’article qui justifie le titre. Il n’y a pas de « faux Ukrainiens », il n’y a pas de « groupe de Russes » et les quelques militants expatriés n’ont pas « fait basculer le vote néerlandais ».

 

L’article est aussi une fausse nouvelle dans le sens qu’il ne contient aucune nouvelle du tout. Le vote a eu lieu il y a 10 mois. Avant le vote, les expatriés ont fait campagne contre l’accord tout à fait ouvertement. Rien n’a changé depuis. Il n’y a pas un seul fait nouveau dans l’article.

 

C’est de la propagande pure et simple. Il n’y a pas un seul fait qui vienne corroborer le titre. C’est un effort plutôt raté pour alimenter la campagne anti-russe qui a été exacerbée par Hillary Clinton pour gagner l’élection et ensuite pour expliquer son échec quand elle a été battue. Il colle avec l’illusion impériale de la « seule superpuissance » qui est le fonds de commerce du NYT. Mais il rate son coup. L’article ne convainc personne et il est facile à percer. Ce sont des fake news.

 

Moon of Alabama

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2017/02/anti-russian-piece-about-fake-new...
URL de cet article 31546 

 

La militante canadienne Naomi Klein voit dans le nouveau gouvernement des États-Unis un coup d’État très clair des grandes entreprises. Dans un article qu’elle a écrit pour The Nation et que nous publions ci-dessous traduit en français, elle explique comment ce coup d’État a été inspiré par la peur. En effet, dans le monde entier, l’influence des mouvements sociaux qui menacent les intérêts de l’establishment ne cessent de croître. Klein estime donc que ces mouvements ont désormais une tâche difficile mais nécessaire. Et que « nous pouvons toujours les vaincre ».

Zoomons sur Washington et observons ce qui s’y passe. Les gens qui possèdent déjà une part absolument obscène de la richesse de notre planète, et dont la fortune ne cesse d’augmenter d’année en année – les derniers chiffres montrent que huit hommes possèdent autant que la moitié de l’humanité –, sont bien déterminés à s’emparer d’encore davantage. Les personnalités-clés qui composent le cabinet de Donald sont non seulement des ultra-riches, mais ces individus ont amassé leur argent en nuisant aux personnes les plus vulnérables de notre planète, et à la planète elle-même. Cela fait apparemment partie du profil requis pour le job.

Les gens qui possèdent déjà une part absolument obscène de la richesse de notre planète sont bien déterminés à s’emparer d’encore davantage.

Il y a le banquier des produits pourris, Steve Mnuchin, le choix de Trump pour occuper les fonctions de ministre des Finances. Sa « machine à expulsions », illégale, a mis des dizaines de milliers de gens à la porte de leur logement.

Passons des hypothèques à la malbouffe, c’est-à-dire à Andrew Puzder, que Trump a nommé ministre de l’Emploi. En tant que PDG de son empire du fast-food, cela ne lui suffisait pas de payer ses travailleurs d’un salaire scandaleux tout à fait insuffisant pour vivre, mais son entreprise a également été condamnée pour vol dans divers procès : des travailleurs n’étaient pas payés pour leur tâche et pour leurs heures supplémentaires.

Après la malbouffe, la fausse science. Pour diriger les Affaires étrangères, Trump a désigné Rex Tillerson. En tant que cadre de direction puis PDG d’Exxon Mobil, Tillerson a financé des recherches prétendument scientifiques et en amplifié la diffusion, tout en exerçant en coulisses un lobbying intense contre les actions internationales totalement pertinentes en faveur du climat. Ces manœuvres ont fortement contribué au fait que le monde a perdu des décennies pour sortir des combustibles fossiles et ont grandement accéléré la crise climatique. En conséquence, d’innombrables personnes perdent déjà actuellement leur habitation à cause de tempêtes et de la montée du niveau des océans, meurent à cause de sécheresses et de canicules et, au bout du compte, des millions de gens verront leur pays être submergé par les eaux. Comme toujours, les gens qui sont frappés en premier lieu et le plus fortement sont les plus pauvres, et essentiellement des non-Blancs.

Des logements volés. Des salaires volés. Des cultures et des pays volés. Tout cela est immoral. Et tout cela rapporte énormément d’argent.

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Exxon Mobil compte sur les réserves d’énergie fossile. Une politique en contradiction complète avec les accords climatiques de Paris. L’entreprise a également financé des études pour justifier ses pratiques et organise un travail de lobbying intense contre le mouvement climatique. L’ancien CEO d’Exxon, Rex Tillerson, a été nommé ministre des Affaires étrangères du cabinet Trump. (Photo SEIU LOCAL 99, Flickr.)

Sous le feu

Mais un contre-courant populaire s’est développé. Et c’est précisément la raison pour laquelle ce gang de PDG – et les secteurs dont ils sont issus – se sont inquiétés à juste titre de voir leur fête approcher de la fin. Ils ont pris peur. Les banquiers comme Mnuchin se rappellent l’écroulement financier de 2008, lors duquel on a ouvertement parlé de nationalisation des banques. Ils ont assisté à la montée du mouvement Occupy et vu la résonance qu’a eue le message anti-banques de Bernie Sanders durant sa campagne.

Des patrons du secteur des services comme Andrew Puzder ont une peur bleue de la force croissante de Fight for $15 (le mouvement qui lutte pour le salaire horaire minimum de 15 dollars, NdlR), qui a engrangé des victoires dans des villes et des États de tout le pays. Et si Bernie avait gagné cette primaire qui fut étonnamment serrée, le mouvement aurait bien pu avoir un champion à la Maison blanche. On peut imaginer l’effroi que cela représente pour un secteur qui repose fondamentalement sur l’exploitation du travail afin de maintenir les prix très bas et les profits très hauts.

Il ne faut pas se leurrer : le mouvement pour le climat constitue pour Exxon Mobil une menace existentielle.

Et personne n’a plus de raisons de craindre la montée des mouvements sociaux que Tillerson. Suite à l’essor mondial du mouvement pour le climat, Exxon Mobil est sous le feu sur tous les fronts. Des oléoducs transportant son pétrole sont bloqués non seulement aux Etats-Unis mais aussi ailleurs dans le monde. Les campagnes pour le désinvestissement s’étendent comme des feux de forêt et entraînent l’incertitude pour les marchés. Et, au cours de l’année dernière, diverses tromperies effectuées par Exxon ont fait l’objet d’enquêtes judiciaires. Il ne faut pas se leurrer : le mouvement pour le climat constitue pour Exxon Mobil une menace existentielle. Les objectifs concernant le réchauffement de la Terre figurant dans les accords climatiques de Paris sont totalement incompatibles avec la consommation de tous les combustibles fossiles que des entreprises comme Exxon ont dans leurs réserves, ce qui constitue la source de leur valeur sur le marché. C’est pourquoi les propres actionnaires d’Exxon ont posé de plus en plus de questions embêtantes pour savoir s’ils étaient sur le point de se retrouver avec des paquets d’actions n’ayant plus aucune valeur.

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Selon les estimations, Bernie Sanders aurait gagné l’élection contre Trump si l’appareil du Parti démocrate n’avait pas manœuvré pour faire élire Hillary Clinton à la primaire. (Photo Gage Skidmore, Flickr.)

Le monde de l’entreprise prend le contrôle du gouvernement

Telle est la toile de fond de la victoire de Trump. Nos mouvements ont commencé à gagner. Je ne dis pas qu’ils étaient assez forts. Ils ne l’étaient pas. Je ne dis pas que nous étions suffisamment unis. Nous ne l’étions pas. Mais quelque chose était bel et bien en train de basculer. Et, plutôt que de courir le risque que les mouvements continuent à progresser, ce gang de porte-parole de l’industrie des combustibles fossiles, de colporteurs de malbouffe et de prêteurs prédateurs se sont alliés pour prendre le contrôle du gouvernement et protéger leurs richesses mal acquises.

Trump et ses lieutenants rigolent bien des faibles protestations quant aux conflits d’intérêts – toute l’affaire n’est qu’un seul très grand conflit d’intérêts.

Que ce soit clair : ceci n’est pas un changement pacifique du pouvoir. C’est une prise de contrôle des commandes par le monde de l’entreprise. Ceux qui achetaient les deux plus grands partis pour défendre leurs intérêts ont décidé qu’ils en avaient marre de jouer le jeu. Apparemment, tous ces dîners fins avec les politiciens, toutes ces cajoleries et pots-de-vin légalisés insultaient leur sentiment de pouvoir de droit divin.

Désormais, ils suppriment l’intermédiaire et font ce que tout grand chef fait quand il veut que quelque chose soit fait comme il l’entend : ils le font eux-mêmes. C’est Exxon qui est ministre des Affaires étrangères. C’est Hardee qui est ministre de l’Emploi. C’est General Dynamics qui est ministre de la Défense. Et, pour tout le reste, ce sont les types de Goldman Sachs. Après avoir privatisé l’État par petits morceaux pendant des décennies, ils ont décidé de s’emparer du gouvernement lui-même. La dernière frontière du néolibéralisme. C’est pourquoi Trump et tous ses lieutenants qu’il a nommés rigolent bien des faibles protestations quant aux conflits d’intérêts – toute l’affaire n’est qu’un seul très grand conflit d’intérêts.

Surfer sur la peur de Trump

Bon, alors, que faisons-nous ? En premier lieu, nous devons toujours nous rappeler leurs faiblesses, même s’ils exercent le pouvoir de manière brutale. La raison pour laquelle le masque est tombé et que nous voyons maintenant sans fard la manière dont les grandes entreprises dirigent les choses, ce n’est pas parce que ces grandes entreprises se sentaient toutes-puissantes, c’est parce qu’elles étaient en panique.

Une partie de la base de Trump regrette déjà son vote, et cette partie ne fera qu’augmenter.

En outre, une majorité d’Étasuniens n’a pas voté pour Trump. 40 % sont restés chez eux et parmi ceux qui sont allés voter, une nette majorité a voté pour Clinton. Trump a gagné grâce à un système truqué. Et même dans ce système, il n’a pas gagné. Ce sont Clinton et l’establishment du Parti démocrate qui ont perdu. Trump n’a pas gagné avec un enthousiasme débordant et un haut pourcentage de voix.

L’establishment du Parti démocrate n’a pas jugé important de mener campagne autour d’améliorations concrètes de la vie des gens. Ils n’avaient pour ainsi dire rien à offrir aux gens dont la vie a été ruinée par les attaques néolibérales. Ils ont pensé qu’ils pouvaient surfer sur la peur de Trump, et cela n’a pas marché.

La bonne nouvelle, c’est que tout ceci rend Donald Trump incroyablement vulnérable. C’est le type qui est arrivé au pouvoir en racontant les plus gros et les plus éhontés de mensonges, en se vendant comme le champion des travailleurs qui s’opposerait enfin au pouvoir des grandes entreprises et à leur influence à Washington. Une partie de sa base regrette déjà son vote, et cette partie ne fera qu’augmenter.

L’heure est à l’optimisme

Qu’est-ce qui nous attend d’autre ? Ce gouvernement va très vite tomber sur le dos de tout le monde. On parle d’un budget du « choc et de l’effroi », (« shock and awe » est un terme militaire qui désigne l’écrasement de l’adversaire et l’anéantissement de sa volonté de combattre par l’emploi d’une très grande puissance de feu et des démonstration de force spectaculaires, NdlR) : en dix ans, 10 trillions ( c’est-à-dire 10 milliards de milliards) de dollars seront supprimés. La tronçonneuse sévira sur tout, des programmes contre la violence envers les femmes aux arts, du soutien aux énergies renouvelables aux polices de proximité. Ils pensent clairement que cette stratégie de Blitzkrieg va nous renverser. Mais ils pourraient être surpris – cela pourrait bien tous nous unir pour une cause commune. Si l’ampleur de la Marche des femmes en est un signe, nous sommes alors bien partis.

Ce gouvernement va très vite tomber sur le dos de tout le monde.

Construire des coalitions solides en des temps de politique de bunker est un dur travail. Il faut affronter des questions difficiles avant que le progrès soit possible. Et le financement de fondations et la culture de la célébrité parmi les activistes peuvent monter les gens et les mouvements les uns contre les autres au lieu d’encourager la collaboration. Mais les difficultés ne peuvent pas mener au désespoir. Pour reprendre une phrase populaire de la gauche en France, « l’heure est à l’optimisme, laissons le pessimisme pour des temps meilleurs ».

Personnellement, je ne peux pas vraiment mobiliser de l’optimisme. Mais, en ce moment où tout est menacé, nous pouvons et nous devons faire appel à notre détermination la plus inébranlable.

Naomi Klein

»» http://solidaire.org/articles/naomi-klein-le-cabinet-de-copains-de-tru...
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Publié par  El Diablo

Cirque TRUMP-USA et nous dans tout ça ? Réflexions d’un COMMUNISTE

source photo d'illustration : RFI

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Les élections étasuniennes nous ont interpellés avec une très grande intensité. Le risque d’une guerre nucléaire était notre première préoccupation. Nous ne pouvions pas assumer une pseudo-pureté idéologique et condamner les deux candidats de la même manière – attitude répandue parmi des « communisants » d’extrême gauche – ou ce qui au fond revient quasiment au même, s’enfoncer la tête dans le sable et attendre que l’orage passe.

Notre principal raisonnement était le suivant : comment éviter le pire et choisir ce qui était le mieux pour le mouvement ouvrier. Ce qui nous est apparu comme étant le primordial était que la candidate pro-guerre Hilary Clinton ne gagne pas. Il y eu aussi d’autres raisons pour nous rendre Trump plus « sympathique », tout capitaliste, milliardaire, sioniste, un peu bigot, souvent grossier, vulgaire, raciste, sexiste, même un peu fascisant… qu’il soit. Sa position visant à chercher à améliorer les relations des États Unis avec la Russie, le renvoi de tous les ambassadeurs y compris de Victoria «fuck the E.U» Nuland, néoconservatrice très impliquée dans le coup d’État de Maïdan en Ukraine, annonçaient d’importants changements, un progrès dans l’apaisement au moins partiel des conflits. Malheureusement ses positions vis-à-vis de la Chine, de la Corée du Nord, de l’Iran et de la Palestine restent hostiles. Quant au rapprochement avec la Russie il pourrait être soit une diversion pour diviser l’alliance russo-chinoise, soit répondre à une autre stratégie malicieuse.

Il est à noter que depuis octobre 2016 un projet de Loi (Bill) a été introduit pour interdire au Président des États-Unis de déclencher une guerre préventive sans l’approbation du Congrès. Selon ses auteurs son objet était d’éviter que Donal Trump, qui ostensiblement n’avait pas leur confiance, puisse avoir cette possibilité. Ce projet de Loi « H.R.669 » a été soumis au Congrès le 24 janvier 2017. Il n’a donc pas encore été adopté. Donald Trump a déclaré le soutenir. Ce qui est étrange c’est qu’en octobre lorsque ce projet de loi a été introduit, il n’était pas possible de prévoir lequel des candidats serait élu. La conclusion à en tirer est que les divers conflits opposant essentiellement les États-Unis à la Russie et à la Chine ont atteint un tel niveau de dangerosité, qu’ils ont poussé le Congrès étasunien à – maladroitement et tardivement – mettre un frein – en dépit des néoconservateurs post-trotskistes – à leur politique d’agression permanente. Le bon sens aurait quelque peu prévalu et montré qu’aux États-Unis il y a quand-même beaucoup de gens sensés qui tiennent à la vie.

Sur le plan intérieur, le positif réside dans la pénalisation par une taxe de 20% ou 30% des produits d’entreprises délocalisées, moyen de décourager les importations et de favoriser la production interne. De telles mesures, ne peuvent que faire du bien à la production nationale, à l’emploi, aux salaires avec pour conséquence une hausse du pouvoir d’achat des salariés. Des dispositions douanières identiques en France seraient les bienvenues.

Concernant les restrictions de l’immigration clandestine, par le fait même qu’elle soit clandestine elle est illégale. Or il faut tenir compte de la misère ouvrière aux États-Unis. Detroit entre autres, une ville où les plus démunis n’ont même pas d’eau potable à boire, et comme chacun sait c’est le propre du capitalisme de se délecter d’un grand réservoir de chômage (la France ne manque pas de misère non plus). Par ailleurs cet arrêt brutal d’entrées, de ressortissants provenant de Libye, de Somalie, du Yémen, d’Irak, de Syrie ne peut être considéré, dans des circonstances normales, que comme scandaleux. Toutefois les circonstances ici ne sont pas tout à fait normales. Nous sommes très dubitatifs quant aux motivations des personnes qui voudraient entrer aux États-Unis, considérant que leurs pays n’ont cessé d’être bombardés, tuant et handicapant des centaines de milliers de leurs compatriotes dans des guerres faites ou soutenues par les États-Unis eux-mêmes. Pour faire un parallèle, c’est comme si pendant l’occupation, des Français avaient voulu immigrer ou visiter l’Allemagne nazie.

Notre attitude n’est pas sans « danger », au sens où, dans l’avenir des «camarades purs ou neutres», nous la reprocheront et nous tiendront pour responsables de tous les actes malfaisants de Trump. Mais notre analyse se fait sur la base d’un raisonnement établi à un moment donné. Nous ne prophétisons en rien le comportement ultérieur de Donald Trump.

Mais il y a deux choses qui sont très claires. La première est que Trump n’aurait pu être plébiscité sans l’appui du prolétariat pauvre, présumé blanc. La deuxième, qui est réjouissante, est d’entendre les media à la solde du système, piquer des crises d’hystéries à propos de la défaite du camp Clinton/néoconservateurs soutenu par Obama.

L’avancée triomphale accélérée et avide, ces dernières décennies du Nouvel ordre mondial, de la Mondialisation, de la Globalisation, des sociétés transnationales et surtout des banques prédatrices, des néoconservateurs, des néolibéraux et des sociétés multinationales quasiment apatrides, sur les entités nationales, semblent s’être heurtée à des résistances de plus en plus fortes, telle une vague de fond mondiale qui augure de leur déclin. La défense de la souveraineté nationale, est une notion qui prend de plus en plus de l’ampleur, surtout quand elle a pour moteur les intérêts allant de ceux de la bourgeoisie nationale jusqu’à ceux du prolétariat pauvre. De ce courant ont su profiter Trump, Marine le Pen et quelques autres. Malheureusement les partis communistes européens sapés de l’intérieur, soumis au matraquage médiatique, bourgeois social-fasciste, l’absence de clarté, de direction et de pragmatisme dans leur discours, ainsi que leur démoralisation, n’ont pas su se mettre à la portée, donner confiance à leurs prolétariats et les mobiliser pour défense leurs intérêts. « Inspirés » par les media et le discours ambiant, ils adoptent parfois les positions des adversaires de classe, même des agresseurs impérialistes, telle que l’exemple flagrant de la participation du PCF à un gouvernement social-démocrate pendant la guerre d’agression contre la Yougoslavie. Ils ont eu dès lors du sang sur les mains.

Essentiellement il y a deux camps qui se confrontent, ceux qui bénéficient de la globalisation et ceux qui en pâtissent. D’un côté il y a les transnationales étrangères et même des sociétés nationales plus ou moins délocalisées, qui fourguent sur le marché intérieur des produits fabriqués à l’étranger, faits dans des conditions de production plus profitables à cause du coût inférieur de la main-d’œuvre, de l’absence de réglementation…; et de l’autre la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie commerçante, les agriculteurs, les artisans et les travailleurs, qui respectivement ne peuvent concurrencer des prix aussi bas; n’arrivent pas à vendre leur produits agricoles à un prix normal; subissent la concurrence des produits importés à bon marché auxquels s’ajoute la baisse de revenus de leur clientèle, et les travailleurs qui ne récoltent que le chômage, et qui par voie de conséquence voient leurs salaires tirés vers le bas. Des pans entiers de secteurs ont été happés par des entreprises internationales, comme dans la restauration rapide, pas chère et malsaine : McDonalds, KFC, Quicks…; l’électroménager ou les marques françaises deviennent rares,……, sans parler des prises d’intérêt dans des sociétés par actions. Par ailleurs il est difficile de savoir si une société « française » l’est par son siège, son lieu de fabrication, son marché, la nationalité de ses propriétaires ou si la destination de ses profits n’est pas un paradis fiscal.

Notre place à nous communistes est d’assumer nos devoirs et de nous appliquer à agrandir cette brèche, et non pas abandonner nos positions sur le terrain de la lutte à d’autres. Mais rien ne peut s’accomplir sans la souveraineté nationale couplée à l’indépendance économique et militaire.

Évidement ici on ne parle pas des échanges nécessaires et mutuellement profitables entre pays, pas plus que de ceux qui s’y rattachent, bien qu’ils aient, strictement parlant, une fonction compradore. Cela étant dit nous réservons la qualification « compradore » pour cette couche de la bourgeoisie qui fourgue des produits qui auraient pu être fabriqués en France si les conditions de production étaient comparables et qui découragent l’autosuffisance du pays. L’autre problème réside dans leur poids économique, couplé aux poids politique, médiatique, publicitaire avec lesquels ils tentent d’atténuer, de masquer le caractère inacceptable de la production étrangère facilitant de plus en plus leur incursion économique, politique, linguistique, culturelle dans la vie du pays. Cette aberration pourrait être atténuée par des droits de douane à l’importation qui prendraient en compte le coût du chômage causé et des avantages sociaux non payés. Mais cela ne règle en rien les effets psychologiques, sociaux et par-dessus tout provoque une pression vers le bas des salaires et du niveau de vie des travailleurs et par extension des agriculteurs et des artisans….

Nous sommes convaincus que nous vivons une période de lutte intense entre d’un côté l’alliance du pouvoir de la globalisation et de la couche compradore de la bourgeoisie et de l’autre l’alliance de la bourgeoisie nationale, des agriculteurs, des artisans et indispensablement le prolétariat national. Cette dernière alliance contient en son sein une contradiction entre classes, mais celle-ci dans les circonstances actuelles est une contradiction de moindre importance qui se résoudra ultérieurement.

Alexandre MOUMBARIS

SOURCE :

 

Éditorial - prépublication n° 186 des Dossiers du BIP

 

https://dossiersdubip.wordpress.com/2017/02/05/editorial-prepublication-n-186-

mercredi 15 février 2017

Flynn, Sessions, Crimée: intensification de la chasse aux sorcières aux Etats Unis

La politique aux Etats Unis ne cesse de surprendre: à croire que ce pays est devenu une colonie de la Russie et qu'elle cherche son indépendance. Etrange renversement de situation. Il est impossible d'ouvrir un journal sans un gros titre en première page sur l'influence de la Russie dans les mécanismes politiques américains, sans dénigrement de la politique présidentielle américaine, sans analyse de la perte de statut des Etats Unis. Auditions, fuites organisées dans la presse, valse des officiels s'enchaînent, mettant le système politico-institutionnel américain face à son impossibilité d'intégrer une alternance réelle du pouvoir.
 
Mais pourquoi la Russie se retrouve-t-elle au centre de ce tourbillon, qui finalement ne la concerne qu'indirectement?
 
L'attaque portée contre l'image de D. Trump par la presse soutenant le système néolibéral globaliste, c'est-à-dire l'essentiel de la presse américaine, dégrade en même temps l'image de la fonction présidentielle et donc du pays. Par exemple, un tel article dans le Washington Post ne peut être publié sans "effets collatéraux" significatifs:
Mais l'attaque ne s'arrête pas à l'individu, elle touche également toute son équipe. L'agrément du Congrès acquis avec difficulté pour les membres aujourd'hui en poste, est maintenant remis en question grâce à un système de surveillance illégale demandé par l'administration Obama et dont le service après-vente est assuré par une collaboration plus qu'étroite entre la presse et les services secrets, pour faire de l'équipe de Trump un groupe au service de la Russie. Le jeu de quille est ouvert.
 
Le conseiller de D. Trump sur la sécurité, M. Flynn a été conduit à démissionner pour ses contacts avec l'ambassadeur russe. Les services secrets ont mis sur écoute les membres de l'équipe de Trump lors de la campagne et jusqu'à la prise de fonction, c'est-à-dire même après la victoire de D. Trump. Ce qui étrangement ne semble soulever aucune question quant à la légalité de la pratique, l'époque du Water Gate est bien loin. Or, après la victoire de D. Trump, M. Flynn est entré en contact, soit directement, soit par téléphone, avec un nombre conséquent de personnalités afin de préparer la transmission du pouvoir. Uniquement sa conversation avec l'ambassadeur russe aux Etats Unis lui est reprochée; alors qu'il discutait de l'extradition des 35 diplomates russes et peut être d'une possible levée des sanctions contre la Russie. Pour justifier le caractère illégal de cette démarche devant conduire à la démission de Flynn, les américains sont allés rechercher une veille législation, la loi Logan de 1799 (qui au fait n'a jamais été appliquée) interdisant aux personnes privées de mener des négociations au nom des Etats Unis avec des Gouvernements étrangers. Or, Flynn faisait partie de l'équipe de Trump et allait entrer en fonction, il n'a fait que son travail, comme tous ses prédécesseurs. M. Flynn a avoué n'avoir pas pu, dans la précipitation des évènements, rendre compte dans tous les détails des centaines de conversations qu'il a eu, D. Trump reconnait ensuite avoir été mis au courant mais a demandé une enquête supplémentaire. Finalement, il a bien du le lacher sous la pression médiatique, qui d'ailleurs ne retombe pas, si l'on en croit l'article du New York Times mettant en doute la réalité des paroles de Trump. Le plus amusant est que ces écoutes ont été le fait de l'Administration Obama et que c'est le conseiller du nouveau Président qui paie les pots. Il y a un renversement de situation assez cocasse.
 
Suite à cette "grande victoire" des opposants à Trump, le combat se renforce. Même la presse française, atlantiste à souhait lorsqu'il ne s'agit pas de Trump, se demande qui sera le suivant à tomber et d'invoquer le Kremlingate, qu'ils tentent tellement d'importer en France.
 
Le suivant sur la liste est l'Attorney General Jeff Sessions. Il a été mis sur le grill pour une interrogation très général: est-il suffisamment indépendant de la Russie pour s'occuper de la justice américaine? L'attaque, cette fois-ci, n'a pas porté, pas encore du moins, si l'on en croit cet article du New York Times:
Attorney General Jeff Sessions faced growing pressure on Tuesday to remove himself from any role in investigating President Trump’s aides and their relationship with Russia, but advisers to Mr. Sessions said he saw no need to do so.
Etrangement, la politique américaine, au lieu de s'occuper de la grandeur des Etats Unis, ce qui était plutôt son habitude au minimum dans les apparences, est focalisée sur la Russie, cet ennemi prenant des proportions dantesques, devant expliquer - sinon justifier - l'affaissement soudain du Système. Les perdants n'acceptent pas la défaite, ils utilisement tous les moyens pour faire tomber l'ennemi hors méthodes démocratiques électorales. C'est en ce sens que le combat mené aujourd'hui est une atteinte aux valeurs démocratiques. Méthodes que l'on voit, toutes proportions gardées - plus "provinciales" - dans la politique française cette année.
 
Dans ce contexte, le programme de D. Trump étant plus axé sur l'intérieur que sur l'international, il est prêt à négocier les relations à la Russie, tant que cela ne joue pas sur la politique intérieure. Ainsi, la collaboration dans la lutte contre Daesh ne peut être remise en cause, car il en va de la sécurité intérieure américaine. La collaboration économique peut être discrètement restaurée, car il en va de l'intérêt des Etats Unis. Or, l'ampleur des fuites dans la presse met également en cause la sécurité nationale, car elles démontrent la faiblesse du pays, son impossibilité à gérer ses conflits intérieurs. Ce que rappelle D. Trump:
En revanche, au minimum deux points de divergences profonds peuvent bloquer les relations russo-américaines. Les Etats Unis sont repartis en "guerre" contre l'Iran, qui est l'allié de la Russie dans de nombreux domaines, notamment en ce qui concerne le règlement de la crise syrienne. Et la Russie a fait montre de résistance sur ce point.
 
Le deuxième point est beaucoup plus problématique et concerne la crise ukrainienne. La démarche de D. Trump s'inscrit ici dans la droit ligne de celle d'Obama, voulant faire de la Russie une partie au conflit ukrainien et ne pas lui reconnaître ce caractère intérieur. Mais lorsque Trump parle de la nécessaire restauration de la Crimée à l'Ukraine, soit il y a totale méconnaissance des intérêts russes historiques dans la région, soit c'est pour lui le prix à payer pour pouvoir gouverner à l'intérieur. Bref, soit il fait montre d'incompétence, soit de faiblesse. Cela découle en tout cas des paroles de S. Spicer, le porte-parole de la Maison Blanche:
"President Trump has made it very clear that he expects the Russian government to de-escalate violence in the Ukraine and return Crimea," Spicer said at a daily news briefing. "At the same time, he fully expects to and wants to get along with Russia."
Du point de vue de D. Trump, cette déclaration n'est pas une totale surprise. Il avait déjà soutenu une déclaration quasi-similaire de l'ambassadrice américaine au Conseil de sécurité de l'ONU et vu le contexte politique intérieur qu'il a du mal à maîtriser, il n'a aucune raison pour affaiblir encore plus sa position en faisant un cadeau de cette taille à la Russie. La reconnaissance de la légalité du rattachement de la Crimée entre dans le cadre des intérêts russes, non américains. Pour autant, cela ne signifie pas que la Maison Blanche soutienne l'escalade du conflit en Ukraine lancée par Poroshenko. Mais elle est suffisamment affaiblie pour ne pas pouvoir, non plus, faire contre poids aux "sponsors" de ce conflit.
 

Rex Tillerson et les mythes, mensonges et guerres autour du pétrole. (New Eastern Outlook)

 

Rex Tillerson, l’ancien PDG du géant pétrolier ExxonMobil, n’a pas été désigné secrétaire d’État en raison de son expérience diplomatique. Il est là parce qu’il est évident que les patriarches qui sont derrière le projet Trump, Warren Buffett, David Rockefeller, Henry Kissinger et d’autres, veulent une personne venant de la grande industrie pétrolière pour guider la politique étrangère américaine pendant les quatre prochaines années. À peine devenu président, Trump a donné son feu vert aux controversés pipelines KeystoneXL qui ne livreront pas de pétrole étasunien, mais les coûteux sables bitumineux canadiens. Son Agence de protection de l’environnement adopte une attitude amicale face aux dangers environnementaux dus à la production de gaz de schiste. Mais le plus important, avec le secrétaire Tillerson, est que les États-Unis planifient une réorganisation majeure du contrôle du pétrole, revenant à la déclaration souvent citée de Kissinger :« Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez des nations entières ou des groupes de nations. »

 

Je voudrais raconter ici le récit de mon propre changement de conviction au sujet de la genèse des hydrocarbures, car je pense qu’il deviendra de plus en plus important dans un proche avenir, de saisir précisément en quoi consiste vraiment le jeu des quatre grands géants pétroliers anglo-américains, ExxonMobil, Chevron, Shell et BP. Il s’agit de créer des mythes, des mensonges et, finalement, des guerres pétrolières fondées sur ces mythes et ces mensonges.

 

Cela se passe à la fin de l’année 2002, alors que l’Administration Bush-Cheney était déterminée à détruire l’Irak et à renverser Saddam Hussein. Le fait que le gouvernement des États-Unis risquait une rupture potentielle avec ses alliés européens et ses autres alliés importants pour une menace irakienne, réelle ou imaginée, me laissait fort perplexe. Il devait y avoir quelque chose de plus profond, me suis-je dis.

 

Puis, un ami m’a envoyé l’article d’un site aujourd’hui fermé, From The Wilderness, fondé par feu Mike Ruppert. L’article exposait un argument majeur, disant que le volume de pétrole dans le sol est limité et disparaît rapidement. Il soutenait que le plus grand gisement de pétrole de l’histoire, Ghawar en Arabie Saoudite, était tellement appauvri qu’il y avait besoin d’injecter des millions de barils d’eau par jour pour obtenir une production, toujours en baisse, de pétrole brut. Il affirmait que la Russie avait dépassé son « pic » pétrolier.

Il illustrait cette notion avec le célèbre graphique en cloche, dit courbe de Gauss [Aussi connu sous le nom dePic de Hubbert, NdT]. Le monde, après plus d’un siècle dans l’ère des hydrocarbures, avait consommé tellement de pétrole que nous étions proches du « pic absolu ». Voilà sa thèse.

 

Quel pic absolu ?

 

J’ai creusé plus profond, trouvé d’autres articles sur le thème du pic pétrolier. Cela offrait une explication plausible pour cette stupide guerre en Irak. Après tout, l’Irak, selon les estimations, possédait la deuxième réserve de pétrole non exploitée au monde, après l’Arabie saoudite. Si le pétrole devenait si rare, cela permettait d’expliquer les motifs de cette guerre.

 

J’ai donc décidé d’approfondir une question aussi cruciale que l’avenir du pétrole mondial et son impact potentiel sur la guerre et la paix dans le monde, la prospérité mondiale ou la famine.

 

J’ai assisté à la conférence annuelle de l’Association pour l’étude du pic pétrolier (ASPO), qui s’est tenue en mai 2004 à Berlin. Là, j’ai rencontré les gourous du pic pétrolier, Colin Campbell, géologue à la retraite de Texaco, dont les recherches sur la production des puits donnait au pic pétrolier une base scientifique apparente ; Matt Simmons, un banquier du monde pétrolier du Texas qui a écrit un livre intitulé Twilight in the desert, dans lequel il prétend que le site de Ghawar a largement dépassé son pic de production. Mike Ruppert était également présent, comme l’était l’auteur sur les pics pétroliers, Richard Heinberg.

 

Loin d’être menée comme une démonstration géophysique de haut niveau pour expliquer le pic pétrolier, j’ai été très déçu d’être le témoin de batailles verbales amères et acharnées entre les critiques du pic pétrolier, comme cet expert de l’Agence internationale de l’énergie de Paris et les avocats du pic pétrolier, qui en sont arrivés à lancer des attaques ad hominem contre l’expert parisien, plutôt que de développer des arguments scientifiques sérieux.

 

Quelques semaines plus tard, j’ai décidé de m’entretenir avec le président d’ASPO International, le physicien atomique suédois Kjell Aleklett, dans son université d’Uppsala, en Suède, pour tenter d’obtenir une argumentation scientifique plus approfondie au sujet du pic pétrolier. Là, Aleklett m’a montré son dernier diaporama. Il soutenait que comme le pétrole était un combustible fossile, nous savions, par l’étude de la tectonique des plaques, où se trouvaient tous les principaux gisements de pétrole. Puis, citant l’épuisement de la production dans la mer du Nord, à Ghawar, au Texas et dans quelques autres endroits, Aleklett a proclamé : « Voilà ! L’affaire est prouvée. » Pour moi, c’était tout sauf prouvé.

 

Un autre point de vue

 

À ce moment-là, après la démonstration d’Aleklett, qui ne peut être décrite que comme un diaporama chargé d’assertions non prouvées, j’ai commencé à remettre en question ma conviction antérieure au sujet du pic pétrolier. Des mois auparavant, un ami chercheur allemand m’avait envoyé l’article d’un groupe de géophysiciens russes sur ce qu’ils appelaient les « origines abiotiques » des hydrocarbures. Je l’avais mis de côté pour une future lecture, alors je l’ai ouvert et je l’ai lu. J’ai été impressionné, pour dire le moins.

 

Au fur et à mesure de ma recherche de traductions de journaux scientifiques sur les abiotiques russes, j’ai creusé le sujet plus en profondeur. J’y ai appris que les recherches hautement confidentielles de l’ère soviétique avaient commencé dans les années 1950, au début de la Guerre froide. Staline avait donné mandat aux principaux géo-scientifiques soviétiques pour, tout simplement, s’assurer que l’URSS était entièrement autosuffisante en pétrole et en gaz. Elle ne devait pas répéter l’erreur fatale qui avait coûté deux guerres mondiales à l’Allemagne à cause de sa non-autosuffisance pétrolière.

 

Étant des scientifiques sérieux, ils n’ont rien pris pour acquis. Ils ont commencé leur travail par une recherche exhaustive dans la littérature scientifique mondiale pour trouver une preuve rigoureuse de la genèse des hydrocarbures, à commencer par la théorie largement acceptée des combustibles fossiles. À leur grande surprise, ils n’ont pas trouvé de preuve scientifique sérieuse dans toute cette littérature.

 

J’ai alors lu les recherches interdisciplinaires menées par des universitaires comme le professeur V.A. Krayouchkine, directeur du département d’exploration pétrolière de l’Institut des sciences géologiques de l’Académie des sciences ukrainienne à Kiev, l’un des principaux scientifiques abiotiques.

 

Krayouchkine a présenté un exposé, après la fin de la guerre froide, à une conférence du DOSECC (Forage, observation et échantillonnage de la croûte continentale de la terre) à Santa Fe, Nouveau-Mexique, en 1994. Krayuchkine y a présenté ses recherches menées dans la région de Dniepr-Donetsk, en Ukraine. La géologie traditionnelle et commune aurait soutenu que cette région est stérile en pétrole ou en gaz. Les géologues traditionnellement formés ont soutenu qu’il était insensé de chercher du pétrole ou du gaz là, à cause de l’absence complète de toute « roche mère » – les formations géologiques spéciales qui, selon la théorie géologique occidentale, sont des roches uniques où des hydrocarbures ont été produits ou sont susceptible d’être générés – vraisemblablement, les seuls endroits où le pétrole pourrait être trouvé, d’où le terme « mère ».

 

Ce que Krayouchkine a présenté à l’auditoire incrédule de géologues et de géo-scientifiques américains allait à l’encontre de toute leur formation sur la genèse pétrolière. Krayouchkine a soutenu que les découvertes de pétrole et de gaz dans le bassin d’Ukraine provenaient de ce que les géologues ont appelé le « sous-sol cristallin », des roches profondes où la théorie géologique occidentale prétend que le pétrole et le gaz (qu’ils ont appelé « combustibles fossiles ») ne peuvent être trouvés. Aucun fossile de dinosaure ni aucun reste d’arbre n’aurait pu être enterré si profondément, selon la théorie occidentale.

 

Pourtant, les Russes y ont trouvé du pétrole et du gaz, quelque chose d’équivalent à Galilée disant à la Sainte Inquisition que le Soleil – et non la Terre – était le centre de notre système. Selon un participant, le public n’a pas du tout été intéressé par les implications de la géophysique russe.

 

L’orateur de Kiev a ensuite déclaré aux scientifiques présents à Santa Fe, que les efforts de l’équipe ukrainienne pour chercher du pétrole là où la théorie conventionnelle prétend que l’on ne peut pas en trouver, ont en réalité réussi et permis d’exploiter des champs pétroliers et gaziers commerciaux.

 

Il a décrit en détail les tests scientifiques qui ont été menés sur le pétrole découvert, pour évaluer leur théorie selon laquelle le pétrole et le gaz ne provenaient pas de la surface – comme le suppose la théorie classique des combustibles fossiles –, mais plutôt d’une profondeur de quelque deux cents kilomètres. Les tests ont confirmé que le pétrole et le gaz provenaient en effet d’une grande profondeur.

 

L’orateur a clairement expliqué que la compréhension des scientifiques russes et ukrainiens sur l’origine du pétrole et du gaz était aussi différente de celle des géologues occidentaux que le jour de la nuit.

 

Encore plus choquant pour le public, le rapport de Krayouchkine indiquait qu’au cours des cinq premières années d’exploration de la partie nord du bassin de Dniepr-Donetsk, au début des années 1990, un total de 61 puits ont été forés, dont 37 furent commercialement productifs, un taux de réussite de plus de 60%. Pour une industrie pétrolière où le taux de réussite de 30% est la moyenne, 60% est un résultat impressionnant. Il a décrit, puits par puits, les profondeurs, les flux de pétrole et les autres détails.

 

Plusieurs de ces puits allaient jusqu’à une profondeur de plus de quatre kilomètres, une profondeur d’environ 13 000 pieds dans la Terre et certains produisaient jusqu’à 2 600 barils de pétrole brut par jour, soit près de 3 millions de dollars par jour aux prix du pétrole en 2011.

 

Après cette conférence, je suis entré personnellement en contact avec l’un des principaux scientifiques abiotiques russes, Vladimir Koutcherov, professeur à l’Institut royal suédois de technologie, le MIT suédois. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois et il m’a formé sur l’origine de tous les hydrocarbures. Ils ne viennent pas de dinosaures morts ni de détritus de restes d’origines biologiques. Le pétrole est plutôt constamment généré dans les profondeurs du noyau terrestre, dans ce four nucléaire géant que nous appelons le noyau. Sous l’effet d’une température et d’une pression énormes, le méthane primaire est forcé à remonter à la surface en passant par ce qu’ils appellent des canaux de migration situés dans la croûte terrestre. Effectivement, Koutcherov a démontré que les puits de pétrole « à sec » existants, si on les laisse non exploités pendant plusieurs années, peuvent se « recharger » avec du nouveau pétrole neuf venant des profondeurs. Selon les conditions environnantes, le méthane migre vers le haut, et peut rester gaz, devenir pétrole brut, goudron ou charbon.

 

Les implications de cette genèse terrestre des hydrocarbures ont été profondes et m’ont forcé à changer de croyance. J’ai lu ensuite les fascinantes théories géophysiques du brillant scientifique allemand Alfred Wegener, le véritable découvreur de ce qui, dans les années 1960, a été nommé théorie des plaques tectoniques. Je me suis rendu compte que notre monde, comme l’a fait remarquer l’économiste pétrolier néerlandais Peter O’Dell, « ne manquait pas de pétrole, mais devenait du pétrole ». Partout, du Brésil à la Russie, à la Chine, au Moyen-Orient. J’ai écrit ce qui est devenu l’un de mes articles en ligne les plus lus, « Confessions d’un ex-croyant en pic pétrolier », en 2007.

 

En fait, je me suis rendu compte que les fondements de la géologie pétrolière occidentale étaient une sorte de religion. Plutôt que d’accepter la Naissance divine, les croyants du pic pétrolier ont accepté la Divine Origine fossile. Aucune preuve nécessaire, il suffit d’y croire. À ce jour il n’existe pas un seul document scientifique sérieux prouvant la genèse fossile des hydrocarbures. Le scientifique russe Mikhail Lomonosov l’avait proposée comme simple hypothèse, dans les années 1760. Elle a servi à l’industrie pétrolière étasunienne, en particulier la famille Rockefeller, pour construire une immense fortune basée sur le mythe de la pénurie de pétrole.

 

Aujourd’hui, l’Administration du Président Trump, avec son Secrétaire d’État, un ancien d’ExxonMobil, Rex Tillerson, retourne à l’ère du Big Oil après huit ans d’Obama et ses stratégies alternatives. Si notre monde doit éviter encore plus de carnage et de guerres inutiles alors que le pétrole abonde, il serait important d’étudier la véritable histoire de notre Âge du pétrole. En 2012, j’ai publié un livre basé sur ce travail, intitulé Mythes, mensonges et guerres du pétrole. Pour ceux qui sont intéressés, je suis convaincu que vous y trouverez une vision alternative utile.

 

William Engdahl

 

– Le 29 janvier 2016 – Source New Eastern Outlook

 

Note du Saker Francophone

Vous pouvez trouvez un autre article du même auteur sur le site. Le long commentaire ajouté par nos soins reste valable. Ce mythe du pétrole fossile, selon Engdhal, fait écho à l’autre mythe potentiel que l’on essaie de nous vendre avec force, le réchauffement anthropique.

 

Il est aussi possible que les 2 théories puissent cohabiter, les roches mères auraient pu être chargée par le bas par exemple avant de migrer avec les plaques tectoniques. Personne ne mentirait totalement, certains pays seraient juste mieux dotés que d’autres. De quoi réfléchir en observant Trump et sa politique énergétique et sa politique étrangère.

 

Les édiles états-uniennes ont-elles un problème avec la démocratie et les droits des peuples ? Ou sont-elles adeptes de l’axiome « fais ce que je te dis, ne fais pas ce que je fais » ? Dans les deux cas, il faut croire que oui ! Ce qui induit une sorte de totalitarisme selon lequel, des personnes ont tous les droits, et peuvent faire et décider tout ce qu’ils ordonnent quand d’autres, leur seul droit serait de se conformer et d’appliquer ce qui a été décidé pour eux. C’est du moins l’impression que donne la condamnation par le Congrès des EU de la résolution 2334 du Conseil de sécurité (votée le 23 décembre 2016) qui juge « illégales » les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés. Ainsi, les parlementaires étasuniens demandent-ils le retrait de la résolution onusienne ou sa modification « afin qu’elle ne soit plus unilatérale et anti-Israël » et permette une solution au conflit par « des négociations bilatérales directes entre les deux parties ».

 

Premier point : le Congrès des EU estime la résolution de l’ONU « anti-Israël » du fait qu’il lui est demandé d’arrêter la colonisation. En fait, le Conseil de sécurité s’est conformé à sa mission, et il n’y avait rien d’anti-Israël dans la résolution sus-citée. De nombreux pays ont été sanctionnés par l’ONU. Or, jamais ils n’ont accusé cette institution d’être contre eux. Alors, le droit international, que représentent l’ONU et le Conseil de sécurité, doit-il concerner uniquement les pays sans grade, mais Israël, pas touche ? Bien sûr que ce serait là une hérésie !

 

Deuxième point : les parlementaires étasuniens appellent à des « négociations bilatérales directes » entre les deux parties. Certes ! Toutefois, est-il concevable de négocier alors que l’une des parties (Israël en l’occurrence) poursuit la colonisation et la reconfiguration des territoires palestiniens occupés ? Il est patent, néanmoins, que le Congrès ne peut ignorer qu’une série de négociations « directes », parrainées par les Etats-Unis, eurent lieu entre 1993 et 2014, qui ont toutes échoué du fait d’Israël, de l’aveu même de diplomates étasuniens, y compris John Kerry. Aussi, nous serons curieux d’écouter ce que diront les parlementaires dans le cas de figure – à tout le moins imaginaire – où une partie des Etats-Unis serait occupée par des forces étrangères et qu’on leur demanderait de négocier (avec ces occupants) au moment où ceux-ci y construisent des colonies et tentent d’en modifier la morphologie ? C’est celle-là la question de fond : comment négocier avec Israël qui par son action rend impossible la création de l’Etat de Palestine ? Or, l’équation est simple : il suffit de faire appliquer les résolutions de l’ONU – notamment les résolutions 242 (1967) et 338 (1973), qui stipulent le retrait d’Israël sur la ligne verte de 1967, frontière entre les deux pays internationalement reconnue] qui défendent le droit d’Israël à l’existence et garantissent le droit des Palestiniens à avoir un Etat.

 

Le Congrès des EU est-il contre cette forme première de la démocratie, assurant une coexistence pacifique entre les deux Etats ? Il faut le croire dès lors qu’il assimile tout rappel à l’ordre d’Israël, à un acte « anti-Israël ». Un fait patent : la communauté internationale – Etats-Unis y compris – ne reconnaît ni l’occupation ni l’annexion des territoires, encore moins les colonies, estimées unanimement illégales. Le Congrès va-t-il à l’encontre du droit international, en étant contre des résolutions pertinentes qui tracent une issue à un conflit complexifié à dessein ? La démocratie fonctionnerait-elle, selon les parlementaires des EU, de façon tendancieuse qui s’appliquerait différemment pour les uns et les autres ? Israël est membre de l’ONU, aussi ses résolutions s’appliquent et doivent s’appliquer de la même façon à l’Etat hébreu qu’aux autres nations dans le monde. Pour rappel, en 2004, le Conseil de sécurité a voté une résolution (1559) exigeant de la Syrie le retrait sans délai de ses troupes stationnées au Liban. Les Etats-Unis, le Congrès en particulier, ont fait des pressions intenses sur Damas pour qu’elle s’y conforme et que force reste à la loi. Peut-il y avoir deux poids deux mesures pour la loi universelle qui jugerait selon que vous soyez faible ou puissant ? Le Congrès des EU, serait-il de mauvaise foi et considérerait-il son autorité sur les Etats-Unis comme extensible au reste du monde et/ou que le droit étasunien prévaudrait sur le droit international ? Aussi, cela clarifierait la donne que le Congrès explique pourquoi les lois internationales (que sont les résolutions de l’ONU) s’appliquent et doivent s’appliquer à la Syrie – un exemple parmi d’autres – mais pas à Israël ? Au Proche-Orient, il est question du déni de droit fait au peuple palestinien spolié de ses terres. Les représentants de la plus grande démocratie du monde, vont-ils nous faire croire que la colonisation israélienne et ses retombées négatives sur la paix sont des actes démocratiques ? Telle est la question !

 

Karim MOHSEN

»» http://www.lexpressiondz.com/edito/259078-le-congres-us-contre-les-dro...
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Le général Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale de Trump, continue de démontrer les limites de ses capacités intellectuelles et stratégiques. Il est allé devant les caméras pour émettre cette vaine menace :

« La communauté internationale a trop toléré le mauvais comportement de l’Iran. Le rituel consistant à convoquer le Conseil de sécurité des Nations Unies pour une réunion d’urgence et à publier une déclaration forte ne suffit pas. L’Administration Trump ne tolérera plus les provocations iraniennes qui menacent nos intérêts.

Nous ne ferons plus semblant de ne pas voir les actions hostiles et belliqueuses de l’Iran envers les États-Unis et la communauté mondiale. »

 

Quel est l’objectif d’une pareille fanfaronnade ?

 

Il est intéressant de noter que la déclaration a été publiée une heure seulement après que Donald Rumsfeld eut quitté la Maison Blanche où il avait discuté de « processus » avec Flynn et le personnel du Conseil de sécurité nationale.

Les néo-conservateurs sont bien sûr très heureux d’entendre de pareilles sottises. Obama devrait remercier Trump pour avoir mis en garde l’Iran, écrit Eli Lake. Et James Rubin s’exclame à l’unisson : le président a enfin, fait quelque chose d’intelligent en matière de politique étrangère. Pour la toute première fois, les rédacteurs néocons du Washington Post félicitent Trump et mettent en exergue la sortie puérile de Flynn.

Mais les États-Unis n’ont aucun moyen de contraindre en quoi que ce soit les 80 millions d’Iraniens. L’administration Bush l’a compris (c’était une des raisons pour laquelle Rumsfeld a été renvoyé), l’administration Obama l’a admis et l’administration Trump devra aussi l’accepter.

L’Iran est sanctionné par les États-Unis depuis 1979. Quelques années de sanctions unilatérales étasuniennes de plus ne changeront pas ses positions d’un iota. La « communauté internationale » soutient l’accord nucléaire et souhaite la levée des sanctions internationales. Elle n’acceptera pas de nouvelles sanctions simplement parce qu’un larbin de Trump l’a décidé.

On a besoin de l’Iran pour parvenir à la paix et combattre le terrorisme islamique au Liban, en Syrie, en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Pour ne serait-ce que tenter d’atteindre ces objectifs sans l’Iran, il faudrait des centaines de milliers de soldats américains. Et ils ne serviraient sans doute à rien, si l’Iran décidait de ne pas les soutenir. Car, en réalité, on ne peut rien faire au Moyen-Orient sans l’Iran. Bien que ce pays ne soit pas vraiment en mesure d’intervenir activement dans d’autres pays, il peut dresser partout des obstacles de nature à bloquer les solutions que les États-Unis essaient de mettre en œuvre.

L’Iran répondrait à de plus petites attaques directes des États-Unis par des attaques de ses forces par procuration ailleurs. Les troupes américaines en Irak et en Afghanistan, en particulier, et leur ravitaillement, seraient en grand danger. Une attaque massive contre l’Iran lui-même entraînerait la destruction de bases militaires américaines au Koweït, au Bahreïn, au Qatar, en Oman et en Arabie saoudite. Les navires étasuniens empruntant le détroit d’Ormuz deviendraient des cibles faciles.

Un quelconque mouvement des États-Unis contre l’Iran ne recevrait pas vraiment d’appui international. Envoyer le destroyer lance-missiles USS Cole sur la côte yéménite tout en fantasmant sur le minage Houthi des eaux territoriales apparaîtrait comme une resucée trop évidente de l’incident du « Golfe du Tonkin ».

Un mouvement militaire significatif contre l’Iran serait une faute stratégique désastreuse de politique étrangère, aussi grave que l’attaque de l’administration Bush contre l’Irak. Cette attaque a renforcé la position de l’Iran sur le long terme. Une attaque contre le pays lui-même aurait le même résultat, dans de plus grandes proportions encore.

Les membres les plus adultes de l’administration Trump savent tout cela. Mathis, le secrétaire à la Défense, qui n’est pas un ami de l’Iran, a tiré le tapis sous la vaine menace de Flynn :

Le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, a déclaré samedi que la menace du programme de missiles de l’Iran n’exigeait pas actuellement de réalignement des forces américaines au Moyen-Orient, une déclaration qui revenait quelque peu sur la forte mise en garde que la Maison Blanche venait juste de prononcer contre Téhéran.

Le commandement central des États-Unis pour le Moyen-Orient n’a même pas été informé de la menace que Flynn allait lancer contre l’Iran. Ses paroles n’ont apparemment pas reçues l’aval de l’Administration.

Serait-ce pour prouver qu’il est capable de faire partie de l’Administration que Flynn s’est lancé en franc-tireur dans de telles menaces ? Ou a-t-il été poussé par d’autres personnes à dire ces sottises ?

 

Moon of Alabama

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2017/02/national-security-advisor-flynn-i...
URL de cet article 31494 

Trump un autre révélateur des divergences syndicales

 

lundi 6 février 2017 

 

Chacun se rappelle ici, alors que la FSM multipliait les initiatives solidaires dans le monde, du silence assourdissant de la CES (confédération européenne des syndicats) pendant le mouvement contre la loi travail. Pendant que plusieurs organisations syndicales françaises, emmenées par la CGT la première d’entre elles, se battaient et se battent encore contre une loi que 70% des français rejettent, la CES préférait regardait ailleurs


Evidemment nous ne sommes pas dupes et savons bien qu’elle était gênée aux entournures pour dire publiquement son accord avec la position de la CFDT supportrice ardente de cette loi.

 

il se passe en ce moment la même chose avec la CSI (Confédération Syndicale Internationale dont la CES est l’organisation pour la région Europe) et Trump. Le syndicat des cheminots de Versailles sur sa page Facebook indique à juste titre :


« Alors que le nouveau président des USA produit presque chaque jour des décrets racistes, discriminatoires, autoritaires et protectionnistes chauvins, alors que la jeunesse et les minorités se révoltent contre sa politique, le silence voir la cacophonie du mouvement syndical américain et mondial est le reflet de la ligne de front idéologique entre syndicalisme de classe et syndicalisme de collaboration.

 

La Confédération Syndicale Internationale (CSI) limite ses critiques envers l'administration Trump à la simple question écologique, en exigeant le respect de l’accord sur le climat, elle fait preuve en revanche d un silence assourdissant sur le fameux décret prétendant interdire l accès sur le territoire des USA aux ressortissants de 7 pays musulmans, comme sur le fameux "mur" anti-mexicains, mais aussi sur les décrets protectionnistes. »

 

Et de rappeler que cela n’a rien d’étonnant quand on connait le poids de l’AFL-CIO dans la CSI dont elle est une des fondatrices et l’une des principales dirigeantes avec le "syndicat" israélien Histadrout.

 

Comme le rappelle le syndicat des cheminots « les leaders nationaux des AFL-CIO sont tous allés visiter le nouveau président dans sa "Trump tower", avant son investiture, et s en s ont déclarés "satisfaits", tel Richard Trumka le président des AFL-CIO qui parle "d'un dialogue honnête et respecteux, consituant un premier pas dans la bonne direction"... 


De nombreux leaders syndicaux nationaux vantent ouvertement la préférence nationale du "America first" et la promesse de relance des infrastructures, tel le syndicat national de la métallurgie qui s est déclaré "satisfait de la politique patriotique du nouveau président, visant à relocaliser des emplois industriels aux USA, au bénéfice des travailleurs". 

 

L’AFL-CIO et la CSI contre les indiens du Dakota

 

Comme le dit le syndicat des cheminots de Versailles, le plus choquant est « sûrement la position du syndicat des routiers Teamsters (un des leaders d ITF, branche transport de la CSI) qui, dans un texte hallucinant citant le mafieux Jimmy Hoffa Jr, "applaudit" la décision du président Trump de relancer la construction du pipeline du Dakota qui "permettra de créer plus de 42000 emplois américains", alors que ce projet conduira à la déportation des dernières réserves de Sioux, détruira leurs sites sacrés et polluera les nappes d eau potable sur 2 États !

 

Ce sont encore une fois les syndicats locaux américains affiliés à la Fédération Syndicale Mondiale, dont leurs représentants avaient fait forte impression à Durban, qui se démarqent et sauvent l honneur du syndicalisme américain en prenant des positions très à contre-courant de leurs leaders nationaux. Et nos camarades versaillais de citer "le syndicat "roofer" de la construction de Los Angeles, le syndicat des personnels universitaire ou encore nos camarades du syndicat TWU des transports publics de New York (dont est membre le représentant de la FSM à l ONU) qui rappellent que l Histoire de la classe ouvrière américaine se confond avec l’histoire de l immigration, que la lutte contre les discriminations et pour l unité de la classe ouvrière contre l exploitation et l oppression, fait partie intégrante des fondements du syndicalisme de classe aux USA. »

 

Evidemment rien à voir avec la position sans équivoque de la Fédération Syndicale Mondiale.

Opération Barbarossa II : Les Yankees dans leur parade blindée

 

Par Christopher Black – Le 18 janvier 2017 – Source New Eastern Outlook

 

J’ai dit il y a quelques mois, alors que je constituais un dossier pénal contre les puissances de l’OTAN pour le crime suprême d’agression, que l’accumulation des forces, notamment américaines, de l’Alliance en Europe de l’Est, concentrées dans les États baltes et l’Ukraine, présageait des opérations de guerre hybride contre la Russie conduisant à une guerre générale. J’ai appelé cette accumulation de forces et de développements annexes Opération Barbarossa II à cause des similitudes extraordinaires avec celle des forces de l’Allemagne nazie pour envahir l’URSS en 1941, à laquelle les Allemands avaient donné le nom de code Opération Barbarossa. Les événements n’ont fait que confirmer mes vues.

 

La dégradation de la démocratie se poursuit sous nos yeux avec les incessantes accusations hystériques contre la Russie en général et la manipulation de Donald Trump comme moyen de porter des accusations encore plus sensationnelles, une campagne qui vise deux fins ; la première est d’accroître les sentiments anti-russes en Occident à des niveaux de guerre en accusant la Russie de cyber-attaques et d’attaques à la « démocratie », la seconde est de justifier l’élimination de Trump comme un élément de présidence, ou pour le forcer à suivre la ligne de la faction belliciste et renoncer à toute rhétorique conciliatrice à l’égard de la Russie.

 

Il semble que cette stratégie soit efficace. Lors de sa récente conférence de presse, Trump n’a pas seulement repris le thème de « C’est la Russie qui l’a fait », il a été plus loin et a déclaré que si les gens pensaient que Hillary Clinton serait dure avec la Russie, ils verraient bientôt qu’il serait plus dur qu’elle ne l’aurait jamais été. Les espoirs de certains aux États-Unis selon lesquels Trump allait entamer une nouvelle politique de dialogue avec la Russie ont été totalement brisés. Mais cela ne devrait pas être une surprise, eu égard à son insulte immédiate à la Chine le lendemain de son élection, aux choix qu’il a fait pour son cabinet et aux témoignages divers des candidats devant le Congrès ces jours derniers tandis qu’ils étaient évalués pour leurs postes. Cela montre que son administration utilisera la guerre pour dominer le monde avec autant d’enthousiasme que l’administration sortante.

 

Trump a dit qu’il vaut mieux avoir de bonnes relations avec la Russie et que seuls des fous rejetteraient cette idée. Mais cette déclaration fait partie de la ligne générale qui veut que si la Russie ne fait pas ce que les États-Unis lui dictent de faire, ceux-ci recourront à la force, évidemment. Dans la Newshour de PBS du jeudi 12 janvier, un « ancien » officier supérieur de la CIA, à qui on demandait si Trump avait raison de vouloir de bonnes relations avec la Russie, a ri et dit : « Les États-Unis ne cherchent pas de bonnes relations avec aucun pays. Nous ne nous efforçons qu’à une seule chose, faire avancer les intérêts nationaux américains, et si la diplomatie ne marche pas, il faut utiliser la coercition. » C’est le discours des gangsters.

 

Le monde est fatigué de ce cirque qu’est la lutte pour le pouvoir qui se joue entre les factions dirigeantes aux États-Unis. Très peu de choses séparent ces factions en termes de politique étrangère et très peu aussi en matière de politique intérieure. C’est seulement une guerre des gangs.

 

Les affirmations sensationnelles contre Trump pour le présenter non seulement comme une dupe consentante de la Russie mais aussi comme la cible d’un chantage, semblent venir d’un « ancien » agent du MI6 du nom de Christopher Steele, qui a eu à voir avec le complot du MI5 et du MI6 pour faire tomber le Premier ministre Harold Wilson dans les années 1970 – comme ils avaient fait tomber le gouvernement travailliste en 1924 en produisant puis distribuant à la presse une fausse lettre de Zinoviev au Parti communiste britannique appelant à une insurrection populaire en Grande-Bretagne. Dans le cas de Wilson également, de faux documents avaient été sortis par le MI5 et le MI6 avec l’aide de la CIA, via un organe de presse accommodant, pour le salir comme agent russe ; il a déclaré plus tard qu’il avait eu connaissance de deux projets de coup d’État contre lui. John Kennedy a été assassiné lors du coup d’État de 1963, dans une atmosphère empoisonnée générée par des accusations d’être « mou sur le communisme », c’est-à-dire, une fois encore, envers les Russes.

 

Franchement, que Trump soit éliminé dans un coup d’État ou destitué plus tard, comme le Washington Post a suggéré que cela pourrait arriver, ou soit autorisé à rester à son poste en tant qu’homme de paille, comme l’ont été les autres présidents depuis que Kennedy a été assassiné, cela n’a pas d’importance ; le résultat est le même, la poursuite d’un régime de guerre permanent aux États-Unis, qui vivent pour, par et grâce à un état de guerre permanent. Le peuple américain a subi un lavage de cerveau qui lui a fait tolérer et accepter le coup d’État de 1963 et il serait peu surprenant qu’un autre soit perpétré alors que les agences de renseignement, les ennemis politiques, les médias et les célébrités de Hollywood appellent ouvertement à un putsch. La démocratie ? Le vote ? Qui s’en soucie ? Les troubles civils ? Un prix à payer. Le résultat est que les préparatifs de guerre continuent et sont amplifiés par l’élection de Trump, que les services de renseignement utilisent pour intensifier l’attaque propagandiste contre la Russie et le président Poutine.

 

Pendant ce temps, alors que les médias et le régime Obama déstabilisent le peuple avec le scandale Trump, les forces militaires poursuivent leur déploiement contre la Russie et la Chine. La machine est en marche. En Europe, les Américains ont augmenté la pression sur la Russie avec le déplacement de la 3e Brigade blindée en Pologne, aux portes de la Russie, ce que celle-ci considère avec raison comme une menace à sa sécurité. Cette unité a été impliquée dans une force d’assaut lors des débarquements de Normandie en 1944 et a été utilisée pour envahir l’Irak en 2003. L’unité est connue pour sa rapidité d’attaque. Ces forces se disperseront hors de la Pologne pour couvrir un large front allant de l’Estonie et de la Lettonie à la Roumanie, avec des unités mobiles blindées d’infanterie, de chars et d’artillerie. Ce ne sont pas des troupes de garnison ou d’occupation, ce sont des troupes d’assaut.

 

Le général d’armée américain Scaparrotti, commandant des forces étasuniennes en Europe et commandant allié suprême de l’OTAN en Europe, a déclaré que le mouvement de cette force en Pologne « marque un moment important dans la dissuasion et la défense européenne ». Il a ajouté : « L’infrastructure et le soutien intégré européens ont permis à nos force d’être rapidement prêtes et postées si elles devaient dissuader une agression russe. » Puisqu’il n’y a pas d’« agression » russe et puisque les Américains déclarent en permanence qu’ils s’attendent à ce que la Russie se lance dans une guerre hybride, c’est-à-dire une guerre non conventionnelle contre l’Europe de l’Est, nous pouvons être sûrs que ces forces elles-mêmes et leurs unités spéciales s’engageront dans des attaques et des provocations sous fausse bannière pour faire comme si la Russie commettait des actes hostiles afin de justifier l’utilisation contre elle de ces forces et des forces européennes alliées. Ce n’est qu’une question de temps, à moins qu’une percée diplomatique se produise, ce qui semble hautement improbable, en dépit des efforts inlassables de la Russie.

 

En même temps, il a été rapporté vendredi 13 que le ministre des Affaires étrangères pressenti par Trump, M. Tillerson, avait déclaré au Congrès le 11 janvier que les États-Unis devraient refuser à Beijing l’accès à ses îles dans la mer de Chine méridionale. Les médias d’État chinois ont répondu qu’une telle tentative conduirait à une guerre à grande échelle. Pourtant, le 5 janvier, quelques jours seulement avant la déclaration de Tillerson, le Pentagone a annoncé que « les bateaux et les unités du groupe d’attaque du transporteur USS Carl Vinson quitteraient bientôt San Diego pour le Pacifique occidental », où des bombardiers stratégiques américains B1 et B2, capables de transporter des missiles de croisière nucléaires, ont déjà été déployés sur l’île de Guam.

 

Enfin, sur le front de la propagande, la saisie illégale récente par la police néerlandaise du matériel d’enquête de journalistes hollandais revenant de Donetsk est une preuve supplémentaire que le tir contre le vol MH17 de la Malaysian Airlines, avec 298 personnes à bord, en juillet 2014, était un acte perpétré par le régime de Kiev, et que les Américains le savaient. J’ai récemment déclaré dans un article à ce sujet que c’est un avion militaire de Kiev qui avait abattu le long courrier, et j’ai parlé d’un Sukhoi 25, mais on m’a depuis lors montré la preuve que c’est en fait un Mig-29 qui a été utilisé. En tout état de cause, les puissances de l’OTAN ont comploté pour cacher ce fait dans le but de maintenir leur propagande que c’était la Russie qui était derrière.

 

La situation est grave et l’horloge de l’Apocalypse doit frapper à la porte à minuit. Beaucoup d’entre nous ont appelé les mouvements anti-guerre et pour la paix à se mobiliser, mais on ne les voit nulle part. Beaucoup, en particulier aux États-Unis, ont été enrôlés dans le soutien à ces guerres et la Gauche, qui est censée être contre les guerres impérialistes, que ce soit la Gauche dure ou la Gauche molle, semble trop faible pour se faire entendre. Il semble que trop peu d’entre nous en Occident s’y intéressent encore un tant soit peu.

 

Il vaut mieux agir maintenant et faire en sorte que les gens s’en soucient, sinon il sera trop tard parce que comme mon ami, Harold Pinter, me l’a si bien expliqué lors d’un dîner à Londres, le monde est confronté à des gens amoureux d’eux-mêmes qui ne semblent pas se soucier de quoi que ce soit ou de qui que ce soit excepté eux-mêmes, et qui pensent qu’ils peuvent commettre un crime et s’en sortir. Je ne peux pas exprimer mon dégoût avec autant de talent que Harold l’a fait dans un poème qu’il m’a envoyé un jour, et qu’il avait de la peine à faire publier. Un parmi plusieurs, mais qui figure aujourd’hui dans un bref recueil de ses poèmes, intitulé War [Guerre]. Peut-être s’il y en avait davantage comme lui, plus de voix se faisant entendre, les gens réagiraient, se réveilleraient, se redresseraient, retrouveraient un peu de décence et de colonne vertébrale. Je ne sais pas. Mais je vous offre ce poème, dans l’espoir, peut-être naïf, que cela ait un effet.

 

Dieu bénisse l’Amérique

Les voici repartis

Les Yankees, dans leur parade blindée…

 

Christopher Black

 

Christopher Black est un avocat pénaliste de Toronto. Il est reconnu pour avoir traité un certain nombre de crimes de guerre très importants et il a récemment publié un roman, Beneath the Clouds. Il écrit des articles sur le droit international, la politique et les événements mondiaux, en particulier pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

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