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Amérique Latine

Amérique du Sud : un plan Condor nouvelle manière

SAMEDI 3 SEPTEMBRE 2016

Amérique du Sud : un plan Condor nouvelle manière


Surprenante cette absence des intellos et autres chantres des «  révolutions » à propos de la dangereuse évolution de l’actualité latino américaine.
 
Avant-hier, guérilleros fanatiques, hier, anti-impérialistes militants sambatesques abonnés au forum social surtout lorsqu’il se tenait dans la patrie de Lula, fanas du rhum libérateur des Caraïbes, experts en transformations écolo-politico-sexo-syndicalo, dès que le vent se gâte, ils sont ailleurs. Silencieux. En réflexions, peut-être ?
 
Ils n’ont rien à dire lorsque le coup d’état contre la présidente Dilma Rousseff est ânonné sur toutes les ondes comme le résultat d’un «  maquillage » des comptes alors qu’il s’agit d’un simple transfert de crédits en faveur des plans sociaux, un simple jeu d’écriture comptable couramment utilisé au Brésil et ailleurs.  Dilma Rousseff élue par 54 millions de Brésiliens a été destituée par une bande de sénateurs véreux poursuivis par la justice de leur pays pour corruption.  A Paris, officiels et médias s’en tiennent à la version des putschistes. Indigne.
 
A Caracas, l’opposition fait le plein de manifestants contre le président Maduro. Radios, télés, commentateurs en font des tonnes oubliant simplement que la veille, les partisans du pouvoir en place ont mobilisé, eux aussi, des foules considérables. Un choix « objectif ». 
En Bolivie, en s’opposant aux lois votés par le Parlement, le patronat des mines refuse la syndicalisation prétextant le caractère «  corporatiste » de leurs entreprises et de leurs employés. Il s’oppose également aux lois interdisant de vendre aux multinationales la richesse nationale. En France, on évoque des «  mouvements sociaux ». Mensonge.
 
En Equateur, une opération déstabilisation est en cours.
 
A Cuba, l’ambassadeur US nouvellement installé a pour première mission l’alimentation en argent et en moyens logistiques des professionnels de la « dissidence » trébuchante.
 
L’Amérique du Sud et les Caraïbes vivent des moments de fortes tensions.  Explications : la chute des prix des matières premières et ses retombées pour la vie quotidienne des gens ; le déchaînement des oligarchies locales qui après la victoire de la droite en Argentine et le putsch au Brésil pensent qu’elles peuvent inverser le cours progressiste instauré il y a près de vingt ans sur le continent ; la nouvelle stratégie des Etats-Unis  un « plan Condor bis » nouvelle manière.
 
Les semaines et les mois qui viennent vont être cruciales pour le devenir de cette région du monde.
 

Déclaration de la présidente Dilma Rousseff après sa destitution

DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2016

Déclaration de la présidente Dilma Rousseff après sa destitution


Tout en saluant l’ex-président Luís Inácio Lula da Silva, je salue aussi tous les sénateurs et sénatrices, les députés et députées, les présidents de partis, les leaders des mouvements sociaux. Les femmes et les hommes de mon pays.
 
Le Sénat Fédéral a pris aujourd’hui une décision qui entre dans l’histoire des grandes injustices. Les sénateurs qui ont voté pour la destitution ont choisi de déchirer la Constitution Fédérale. Ils ont pris la décision d’interrompre le mandat d’une présidente qui n’avait commis aucun crime de responsabilité. Ils ont condamné une innocente et confirmé un coup d’État parlementaire.
 
Suite à l’approbation de ma destitution définitive, des politiciens qui cherchent désespérément à fuir le bras de la justice vont prendre le pouvoir avec les perdants des quatre dernières élections. Ils n’accèdent pas au pouvoir par le vote direct, comme je l’ai fait en 2010 et 2014 ainsi que Lula en 2002, 2006. Ils se sont approprié le pouvoir au moyen d’un coup d’État.
 
C’est le second coup d’État auquel je fais face dans ma vie. Le premier, le coup d’État militaire soutenu par la brutalité des armes, de la répression et de la torture, m’a cueillie alors que j’étais une jeune militante. Le deuxième, le coup d’État parlementaire qui a eu lieu aujourd’hui par le biais d’une farce juridique, me chasse des responsabilités pour lesquelles j’ai été élue par le peuple. 
 
Il s’agit, sans l’ombre d’un doute, d’une élection indirecte, au cours de laquelle 61 sénateurs se sont substitués à la volonté expresse de 54,5 millions d’électeurs. Il s’agit d’une fraude contre laquelle nous allons encore faire appel auprès de toutes les instances possibles. 
 
C’est avec stupéfaction que nous constatons que le plus grand combat de notre histoire contre la corruption, rendu possible grâce aux actions menées et aux lois crées à partir de 2003 et poursuivies par mon gouvernement, amènent justement au pouvoir un groupe de corrompus cibles d’enquêtes policières. 
 
Le projet national progressiste, inclusif et démocratique que je représente se voit interrompu par une puissante force conservatrice et réactionnaire qui a bénéficié du soutien d’une presse partisane et vénale. Celle-ci va se saisir des institutions de l’État pour les mettre à la disposition du plus radical des libéralismes économiques et de régression sociale. 
 
Ils viennent de renverser la première femme Présidente du Brésil, sans aucune justification constitutionnelle pour cette destitution. 
 
Mais le coup d’État n’a pas uniquement été commis contre moi et contre mon parti. Ça n’est que le début. Le coup d’État va toucher indistinctement toute organisation politique progressiste et démocratique. Ce coup d’état est opposé aux mouvements sociaux et syndicaux et à tous ceux qui luttent pour leurs droits, dans toute les acceptions du terme : droit au travail et à la protection du code du travail ; droit à un retraite équitable ; droit à un logement et à la terre ; droit à l’éducation, la santé et la culture ; droit des jeunes à être les protagonistes de leur propre histoire ; droits des noirs, des indiens, de la population LGBT, des femmes ; droit de se manifester sans être réprimé. 
 
Le coup d’état est opposé à la Nation. Le coup d’état est misogyne. Le coup d’état est homophobe. Le coup d’état est raciste. C’est l’imposition de la culture de l’intolérance, du préjugé, de la violence. 
 
Je demande aux Brésiliennes et aux Brésiliens de m’écouter. Je m’adresse à ces 54 millions de personnes, et même davantage, qui ont voté pour moi en 2014. Je m’adresse à ces 110 millions de personnes qui ont reconnu que l’élection des présidents se faisait par le suffrage universel direct. 
 
Je m’adresse surtout aux Brésiliens qui, pendant mon gouvernement, ont surmonté la misère, ont réalisé leur rêve d’avoir leur propre maison, qui ont commencé à recevoir des soins médicaux, sont entrés à l’université et ont cessé d’être invisibles aux yeux de la Nation, en commençant à jouir des droits qui leur avaient toujours été niés. 
 
Le scepticisme et la douleur qui nous frappent dans des moments comme celui-ci ne sont pas de bons conseillers. N’abandonnez pas la lutte. 
 
Écoutez bien : ils pensent avoir raison de nous, mais ils se trompent. Je sais que nous allons tous lutter. Ce gouvernement putschiste va devoir faire face à l’opposition la plus décidée, la plus infatigable et la plus énergique qu’il puisse craindre. 
 
Lorsque le Président Lula a été élu pour la première fois, en 2003, nous sommes arrivés au gouvernement en chantant ensemble que personne ne devait avoir peur d’être heureux. Pendant plus de 13 ans, nous avons mis en œuvre avec succès un programme qui a permis la plus grande inclusion sociale et la plus grande réduction des inégalités de l’histoire de notre Pays. 
 
Cette histoire ne s’arrête pas ici. Je suis persuadée que l’interruption de ce processus par le coup d’état n’est pas définitif. Nous reviendrons. Nous reviendrons pour poursuivre notre voyage vers un Brésil où le peuple est souverain. 
 
J’espère que nous saurons unir nos forces pour défendre des causes communes à tous les progressistes, sans nous enfermer dans des filiations de partis ou de positionnements politiques. Je propose que nous luttions, tous ensemble, contre le recul, contre le programme conservateur, contre la suppression des droits, pour la souveraineté nationale et pour le rétablissement plein et entier de la démocratie. 
 
Je quitte la Présidence comme j’y suis entrée : sans avoir été impliquée dans aucun acte illicite ; sans avoir trahi aucun de mes engagements ; avec dignité et en portant dans mon cœur le même amour et la même admiration pour les Brésiliennes et les Brésiliens et la même volonté de continuer à lutter pour le Brésil. 
 
J’ai vécu ma vérité. J’ai donné le meilleur de moi-même. Je n’ai pas fui devant mes responsabilités. J’ai été émue par la souffrance humaine, je me suis engagée dans la lutte contre la misère et la faim, j’ai combattu l’inégalité. 
 
Je me suis lancée dans de bons combats. J’en ai perdu certains, j’en ai gagné beaucoup et en cet instant, je m’inspire de Darcy Ribeiro en disant que je n’aimerais pas me trouver à la place de ceux qui s’estiment être les vainqueurs. L’histoire sera implacable à leur égard. 
 
À vous, les femmes brésiliennes qui m’ont couverte de fleurs et de tendresse, je demande de croire en votre pouvoir. Les générations futures de Brésiliennes sauront que la première fois qu’une femme est devenue Présidente du Brésil, le machisme et la misogynie ont dévoilé leurs horribles visages. Nous avons ouvert une voie vers l’égalité des genres qui n’a pas de retour possible.
 
Rien ne nous fera reculer.
 
En cet instant, je ne vous dirai pas adieu. J’ai la certitude de pouvoir dire : « à bientôt ». 
 
Je clos ce discours en partageant avec vous une magnifique tirade du poète russe Maïakovski : 
 
« Nous ne sommes pas heureux, bien sûr,
Mais quelle raison aurions-nous d’être tristes ?
La mer de l’histoire est pleine de remous
Les menaces et les guerres, nous devrons les traverser,
Les briser en leur milieu,
Les couper comme le ferait une proue. »
Je salue tendrement tout le peuple brésilien, qui partage avec moi la croyance en la démocratie et le rêve de la justice.
Dilma Rousseff

Autre Brésil  

 

Publié par 

Les LIMITES de la « nouvelle GAUCHE » en AMÉRIQUE LATINE, du modèle du Parti des Travailleurs brésilien

Publié par El Diablo

Les LIMITES de la « nouvelle GAUCHE » en AMÉRIQUE LATINE, du modèle du Parti des Travailleurs brésilien

Les LIMITES de la “nouvelle GAUCHE” en AMÉRIQUE LATINE, du modèle du Parti des Travailleurs brésilien

Jamais dans cet énorme ensemble latino-américain le dernier mot n’est dit en politique. Les peuples sont plutôt très politisés... et les processus politiques peuvent ouvrir à n’importe quel autre moment de nouvelles voies à d’autres tentatives d’émancipation sociale et nationale.

LIEN VERS LA SUITE DE L'ARTICLE CI-DESSOUS:

SOURCE:

Du Paraguay au Brésil : l’impérialisme « new look » : les coups d’État « parlementaires »

Du Paraguay au Brésil : l’impérialisme « new look » : les coups d’État « parlementaires »

 

 

Les chroniques Latines de Jean Ortiz portent un regard loin des clichés sur les luttes de libération du continent sud-américains... Toujours un oeil vif sur l’Espagne et les enjeux sous-jacents du quotidien...

Cachez ces objectifs d’hégémonie pour le pillage que l’on ne saurait voir !!

 

Les hypocrites ! Ils ont trouvé en Amérique latine un artifice moins voyant que les Marines d’antan, les GI’s et les bérets verts d’autrefois, les troupes d’élite, la flotte et les porte-avions, les drôles de drones, les bombardements « chirurgicaux » sans anesthésie, l’artillerie lourde... l’impérialisme « hard » a troqué, pour l’heure, la canonnière et le « gros bâton », les centres de torture (ESMA, Villa Grimaldi...), les disparus, les « vols de la mort », pour « l’impérialisme soft » : les coups d’État « de velours », « pseudo-parlementaires », « pseudo-institutionnels », sur fond de travail de sape de la CIA, des fondations et agences subversives (NED, USAID), et de déstabilisation à vif des régimes progressistes d’Amérique latine, par la guerre médiatique, économique...

 

Si le visage et les méthodes de « l’oncle Sam » ont (momentanément) changé, les objectifs restent les mêmes : dominer le monde pour le compte des multinationales, se goinfrer des richesses d’autrui et de profits sans fin, ramener au bercail les rebelles, les moutons noirs, anéantir les résistances...

 

Le récent hold-up électoral (du siècle), la destitution anticonstitutionnelle de Dilma Rousseff, la présidente brésilienne, sans chef d’accusation constitué, sans aucune preuve de corruption, de malversation, de conflit d’intérêts, de détournements, d’enrichissement personnel, de comptes en Suisse ... par une poignée d’élus pour la plupart maffieux, en pétard avec la justice, s’appelle, quel qu’en soit le camouflage prétendument « démocratique », un coup d’État de la pire espèce. Un coup d’État et des journées de honte pour la droite brésilienne. Ces sénateurs jouant à « messieurs propres » ont tant de casseroles au cul qu’ils relèvent de la quincaillerie certes, mais celle du « monde libre », des saignées dites « ajustements structurels », du FMI, de l’OMC, de la BM....

 

L’usurpateur Michel Temer, nouveau « président », marionnette illégitime, « Mister Washington », a une côte de popularité de 2% !!! Ce coup de force insupportable contre la démocratie, qui plus est en son nom, aurait dû indigner, faire gerber, hurler, tempêter, protester, s’emporter, nos « démocrates occidentaux », de vraie droite et de fausse gauche, frondeurs et deuxièmes couteaux, fines lames et grands chefs, néo et sociaux et ultras « libéraux »... Macache !! Ils ont l’indignation idéologique. Bien fait pour ces « crypto-marxistes », ces « ex-guérilleros » !! soit dit en passant : sans Rolex mais jadis torturés, comme Dilma Rousseff, lorsque Washington préférait les bonnes vieilles dictatures militaires, pures et dures ; de 1954 à 1989 au Paraguay, de 1964 à 1985 au Brésil.

 

Face à la destitution de Dilma Rousseff (première présidente femme du pays), traînée dans la boue, face au viol du vote de près de 52% des votants, les gardiens du temple « occidental », les Merkel, Rajoy, Felipe Gonzalez, Obama, Valls, Cambadélis, BHL, Julien Dray, Cohn Bendit, Montebourg, Hollande, Sarko, Juppé... n’ont pas bronché, contents dans leur for intérieur que la liste des gouvernements anti-impérialistes, souverains, non alignés sur Washington, s’amenuise. L’indignation de ces faux-culs relève du tri sélectif ; ils ont horreur de la lutte des classes lorsque les opprimés deviennent « visibles », horreur de la promotion des pauvres, des politiques de redistribution qui ont permis au Brésil de sortir 40 millions de personnes de la misère des favelas... Ils préfèrent les satrapes de la Françafrique à la Bongo, les roitelets pétrodollarisés du Golfe, un monde pacifié par les Ricains, unipolaire, un « monde-tous Nord-Américains », à un monde multipolaire de pays souverains, moins inégalitaires.

 

On n’oubliera pas de si tôt cette cynique symphonie brésilienne du silence coupable et complice des hypocrites démocratophyles, calquée sur le précédent du Honduras (2009) et du Paraguay (2012), sans oublier le coup d’État, bien réel et à balles réelles, contre Chavez en 2002.

 

Le 22 juin 2012, le président du Paraguay, Fernando Lugo, homme de bonne volonté, à peine « de gauche », ancien dignitaire religieux, démocratiquement élu après une dictature féroce d’Alfredo Stroessner (1954-1989) et 60 ans de règne du parti « colorado »,( rouge de nom mais pilier ultra réact du régime cruel, sanglant), fut destitué par le parlement à la suite de l’instrumentalisation crapuleuse d’une tuerie provoquée par les grands propriétaires terriens. 400 familles possèdent 90% des terres. Un modèle de démocratie !

 

Le fantoche Federico Franco, très catho conservateur, et « impresentable », auréolé de scandales, substitua le bon président Lugo, et s’en mit en quelques mois plein les fouilles, plaça ses amis, sa famille, ouvrit tout grand le pays au crime organisé et au trafic de drogues, tout comme son successeur, homme de paille « élu », Horacio Cartes.

 

Quatre ans après le coup d’Etat « nouvelle formule », le pays est saccagé, exsangue, pillé, et sans doute, avec Haïti, le plus miséreux du continent (54% de pauvres, 43% d’enfants malnutris). Un petit groupe de militants radicalisés auraient même créé une guérilla, qui opère depuis 2008, suspecte pour les uns, authentique pour les autres : l’Armée du Peuple paraguayen. Contre les puissants et l’Etat maffieux.

Les quelques mesures sociales du président Lugo ont été vite avalées par les « multinationales de la pauvreté ». CQFD. « Soft » ou « hard », l’impérialisme reste « le stade suprême du capitalisme », cynique fauteur de guerres, de pillages, de destructions multiples, et ne reculant devant rien lorsque ses intérêts sont un tant soit peu menacés.

 

Jean ORTIZ.

»» Du Paraguay au Brésil : l’impérialisme « new look » : les coups ...
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Fidel Castro, héros des déshérités

Fidel Castro, héros des déshérités

 

Nouveau livre de Salim Lamrani sur le leader historique de la Révolution cubaine

par  Salim Lamrani
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PERSONNAGE controversé en Occident où il est fortement critiqué, Fidel Castro est en revanche plébiscité par les peuples d’Amérique latine et du Tiers-monde qui le considèrent comme un symbole de la résistance à l’oppression et un défenseur de l’aspiration des pays du Sud à l’indépendance, à la souveraineté et à l’autodétermination. Rebelle mythique entré de son vivant au Panthéon des grands libérateurs du continent américain, l’ancien guérillero de la Sierra Maestra a vu son prestige dépasser les frontières continentales pour devenir l’archétype de l’anti-impérialisme du XXe siècle et le vecteur d’un message universel d’émancipation.
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Les médias occidentaux, en raison de certaines crispations idéologiques et d’une condescendance avérée vis-à-vis des peuples du Sud, n’ont pas su saisir l’importance de la figure de Fidel Castro à Cuba, en Amérique latine et dans le Tiers-Monde. Depuis José Marti, le héros national cubain, aucun autre personnage n’a symbolisé avec autant de force les aspirations du peuple cubain à la souveraineté nationale, à l’indépendance économique et à la justice sociale.

 

Fidel Castro est un symbole de fierté, de dignité, de résistance et de loyauté aux principes et son prestige dépasse les frontières de sa terre natale pour rayonner à travers le monde. Le leader historique de la Révolution cubaine a pris les armes en faveur des opprimés et a revendiqué leurs droits à une vie décente. Issu d’une famille aisée, il a renoncé à tous ses privilèges de classe pour défendre les sans-voix, abandonnés à leur sort et ignorés par les possédants.

 

Fidel Castro dispose d’une légitimité historique. Armes à la main, il a lutté en effet contre la sanglante dictature de Fulgencio Batista lors de l’attaque de la caserne Moncada en 1953 et lors de l’insurrection dans la Sierra Maestra de décembre 1956 à décembre 1958. Il a triomphé d’un régime militaire brutal doté d’une puissance de feu impressionnante et soutenu par les États-Unis. Dans un contexte d’hostilité extrême, il a réalisé le rêve de José Marti d’une Cuba indépendante et souveraine, et il a guidé son peuple sur le chemin de l’émancipation pleine et définitive en opposant une résistance à toute épreuve face aux prétentions hégémoniques de Washington.

 

Fidel Castro jouit également d’une légitimité constitutionnelle. Quoi qu’on puisse penser du système électoral cubain, Fidel Castro a été élu, tous les cinq ans, de 1976 à 2006. Avant cette date, il n’était que simple Premier ministre et non pas Président de la République. En effet, contrairement à une idée reçue, Cuba a connu pas moins de quatre présidents de la République depuis 1959 : Manuel Urrutia, de janvier 1959 à juillet 1959, Osvaldo Dorticos, de juillet 1959 à 1975, Fidel Castro, de 1976 à 2006, et Raul Castro, de 2006 à ce jour.

 

Aucun dirigeant ne peut rester à la tête d’un pays pendant trente ans, dans un contexte de guerre larvée avec les États-Unis, sans un soutien majoritaire du peuple. Certes, comme dans toute société, il existe des secteurs insatisfaits, critiques et déçus. La Révolution cubaine, étant l’œuvre de femmes et d’hommes, est par définition imparfaite et n’a jamais eu la prétention de s’ériger en exemple. Mais l’immense majorité des Cubains ont un grand respect pour Fidel Castro, dont ils n’ont jamais remis en cause les nobles intentions. Les États-Unis ont toujours été très lucides à ce sujet. Ainsi, le 6 avril 1960, Lester D. Mallory, sous-secrétaire d’État assistant pour les Affaires interaméricaines, rappelait dans un mémorandum à Roy R. Rubottom Jr., alors sous-secrétaire d’État pour les Affaires interaméricaines, le prestige du leader cubain : « La majorité des Cubains soutiennent Castro. Il n’y a pas d’opposition politique efficace […]. Le seul moyen possible pour annihiler le soutien interne [au gouvernement] est de provoquer le désenchantement et le découragement par l’insatisfaction économique et la pénurie1 ». Washington a suivi ce conseil et a fait preuve d’une hostilité acharnée contre les Cubains en imposant des sanctions économiques extrêmement sévères qui durent jusqu’à aujourd’hui. Mais l’entreprise n’a pas été couronnée de succès. En effet, près d’un demi-siècle plus tard, la popularité de Fidel Castro est toujours aussi vive. C’est ce qu’a pu constater Jonathan D. Farrar, alors chef de la diplomatie étasunienne à La Havane, qui n’a pas manqué de souligner « l’admiration personnelle significative pour Fidel » de la part des Cubains, rappelant que « ce serait une erreur de sous-estimer […] le soutien dont jouit le gouvernement, particulièrement auprès des communautés populaires et des étudiants2 ».

 

Trois facettes caractérisent le personnage de Fidel Castro. Il est tout d’abord l’architecte de la souveraineté nationale qui a réalisé le rêve de l’Apôtre et héros national José Marti d’une Cuba indépendante et a redonné sa dignité au peuple de l’île. Il est ensuite le réformateur social qui a pris fait et cause pour les humbles et les humiliés en créant une des sociétés les moins injustes du Tiers-Monde. Il est enfin l’internationaliste qui a tendu une main généreuse aux peuples nécessiteux et qui a placé la solidarité et l’intégration au centre de la politique étrangère de Cuba. •

 

Salim Lamrani

« Fidel Castro, héros des déshérités »

 

Paris, Editions Estrella, 2016

Prix : 20€

272 pages.

 

1 Lester D. Mallory, « Memorandum From the Deputy Assistant Secretary of State for Inter-American Affairs (Mallory) to the Assistant Secretary of State for Inter-American Affairs (Rubottom) », 6 avril 1960, Department of State, Central Files, 737.00/4-660, Secret, Drafted by Mallory, in Foreign Relations of the United States (FRUS), 1958-1960, Volume VI, Cuba : (Washington : United States Government Printing Office, 1991), p. 885.

 

2 Jonathan D. Farrar, « The Speculation on Fidel’s Health », United States Interests Section, 9 janvier 2009, cable 09 HAVANA35,

http://213.251.145.96/cable/2009/01/09HAVANA35.html (site consulté le 18 décembre 2010).

Un travail sur Cuba, déjà une critique communiste de l’aventure du socialisme

Un travail sur Cuba, déjà une critique communiste de l’aventure du socialisme

 

13 Aout 2016

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…Ce n’est pas d’aujourd’hui que je cherche à comprendre et à analyser d’un point de vue communiste l’expérience du socialisme, dans le fond j’ai fait le tour de la planète simplement pour commencer ce travail sur cette expérience historique. Il me semble que cela aurait dû être le travail du parti communiste français que de ne laisser personne d’autres que les communistes procéder  cet état des lieux..par un des meilleurs connaisseurs de Fidel : J.F.Bonaldi et moi qui découvre dans son sillage….  

(note de Danielle Bleitrach)


D’abord sachez que ce livre inaugure une collection du temps des cerises, collection qui portera le nom « aventure du socialisme » Je reviendrai sur cette idée du socialisme comme aventure.

 

L’idée donc du livre est née d’un discours que Fidel avait prononcé à l’Université de la havane en novembre 2005, j’ai rarement vu quelque chose d’aussi critique. Il s’était déchaîné contre tout ce qui n’allait pas à Cuba, contre les bureaucrates, ceux qu’il appelait « les petits empereurs »… En le lisant je me disais que ceux qui critiquent Cuba et qui mentent le plus souvent auraient trouvé là des arguments nettement plus valables.  Mais ce discours est quasiment passé inaperçu…

 

Bon je ne vous dirai pas toute l’enquête que j’ai commencé à mener à Cuba pour tenter de comprendre ce qui se passait. J’ai eu la chance de trouver là-bas des amis particulièrement compétents sur la question et parmi eux Jacques françois Bonaldi qui depuis plus de trente ans vit à Cuba et traduit les discours de Fidel… Mais là c’est encore une autre histoire, il faudrait que j’explique Bonaldi, sa précision, son savoir, sa finesse, au bout de quelque temps comme son apport était fondamental je lui ai demandé de co-signer ce livre et je dois dire honnêtement qu’au point où nous en sommes c’est lui qui devrait en être l’auteur principal. Notons également le travail de réécriture entre deux auteurs à des milliers de kilomètres l’un de l’autre qu’a effectué Nicole Amphoux.

 

Mais revenons sur le fond, ce que j’ai découvert grâce à Bonaldi c’est la manière dont le socialisme cubain n’a cessé d’opérer sa propre rectification et ce sous le feu de l’ennemi. C’est pour cela qu’il y a dans le titre l’idée que loin d’être un modèle clé en main le socialisme est une aventure: on croit savoir mais en fait comme Fidel le disait recemment en citant Socrate « on s’aperçoit que l’on ne sait rien »…  Donc ce livre décrit comment depuis le début de la révolution jusqu’à aujourd’hui où Cuba est en pleine ébullition souterraine, Cuba n’a rien de ce monde figé mais au contraire poursuit une marche qui comme toute les marches paraît parfois un déséquilibre compensé. la masse des problèmes est immense et on croirait parfois que les êtres humains s’ingénient à en rajouter mais il y a à Cuba les racines du courage surhumain d’un peuple: pour les Cubains le socialisme se confond avec l’indépendance nationale. Cuba appartient au Tiers-monde, à tous ceux qui ont connu la colonisation, l’oppression, l’esclavage et sans tenir compte de  cela on ne comprend rien à ce pays.

 

Dans la quatrième de couverture, nous citons Fidel qui explique que le capitalisme à travers la propriété privée remonte à la nuit des temps, il y a même eu la propriété sur des êtres humain, l’esclavage et on a prétendu inventer la démocratie alors que l’immense majorité de la population était esclave… le socialisme lui n’a pas un tel passé derrière lui, il est encore dans les langes. Tout est à faire, d’où là encore l’idée d’aventure.

 

Aventure peut aussi être pris comme ad-venture, ce qui doit advenir, parce que si le socialisme n’advient pas cela risque d’être la fin de l’humanité.

 

Enfin, j’ai découvert toujours grâce à J.F.Bonaldi la manière dont la pensée du Che est constamment présente à Cuba, pour Fidel en particulier. Mais je vous laisse le soin de découvrir ce dialogue sur le socialisme qui se poursuit encore aujourd’hui. C’est le troisième sens de l’idée de l’aventure, la vie comme un beau voyage, une belle aventure pour celui ou celle qui lui consacre sa vie…

 

Voilà trés sommairement résumé un livre dont je puis dire qu’il  témoigne d’ un respect de l’histoire de ce peuple héroïque et des deux hommes extraordinaires que sont le Che et Fidel, unis par l’amitié et par le compagnonnage révolutionnaire sans pour autant jamais tomber dans l’hagiographie, en faisant état constamment des problèmes, des difficultés, des erreurs, parce qu’il nous paraît qu’ils mettent encore plus en lumière le côté prométhéen de Cuba, c’est-à-dire  la révolte du Titan qui alla voler le feu des dieux pour que les hommes se réchauffent et se protégent des bêtes féroces.

Fidel Castro: l’anniversaire

Fidel Castro: l’anniversaire

 

13 Aout 2016

traduit par Isabel Sofia des Valle Lopez pour histoire et societe

Fidel Castro Ruz. Photo: Archives CubaDebate

Fidel Castro Ruz. Photo: Silvio Rodriguez / Archives CubaDebate

 

Demain, je fêterai mes 90 ans sur un territoire dénommé Birán, dans la région orientale de Cuba.   On le connaît sous ce nom, même s’il n’a jamais figuré sur une carte.  Étant donné sa bonne réputation, il était connu par des amis proches ainsi que par des représentants politiques et des inspecteurs qui s’y rencontraient autour d’une quelconque activité commerciale ou productive, propre aux pays néo colonisés du monde.

 

Lors d’une occasion, j’ai accompagné mon père à Pinares de Mayarí.   J’avais alors huit ou neuf ans.  Qu’est-ce qu’il aimait converser lorsqu’il quittait la maison de Birán!   Là-bas, il était le maître des terres où poussait la canne, le fourrage et d’autres variétés de l’agriculture.  Mais aux Pinares de Mayarí, il n’était pas le maître, il était locataire, comme beaucoup d’espagnols qui se retrouvèrent les maîtres d’un continent, en vertu des droits concédés par une bulle papale dont n’avait connaissance aucun des peuples et êtres humains de ce continent.  Les connaissances transmises étaient déjà, en grande partie, des trésors de l’humanité.

 

Des collines inclinées, pierreuses, où la végétation est rare et parfois hostile s’étendaient sur une hauteur d’environ 500 mètres.   Des arbres et des rochers obstruent le trafic ; subitement, à une hauteur déterminée, un plateau s’étend, d’après mes calculs, sur environ 200 km carrés, on y trouve de riches gisements de nickel, de chrome, de manganèse et autres minéraux précieux.  Plusieurs dizaines de camions de grands pins de qualité sont extraits chaque jour.

 

Vous aurez observé que je n’ai pas mentionné l’or, le platine, le palladium, les diamants, le cuivre, l’étain et d’autres qui, parallèlement, se sont convertis en symboles de valeur économique que la société humaine requiert au stade actuel de son développement.

 

Peu d’années avant le triomphe de la révolution, mon père mourut.  Avant cela, il souffrit beaucoup.

De ses trois enfants mâles, le second et le troisième étaient absents et distants.  Ils accomplissaient leur devoir dans les activités révolutionnaires.  J’avais déjà dit que je savais qui pouvait me remplacer si l’adversaire aboutissait dans ses plans d’élimination.  Je riais presque des plans machiavéliques des présidents des États Unis.

 

Le 27 janvier 1953, après le coup d’État de Batista en 1952, s’est écrite une page de l’histoire de notre révolution : Les étudiants universitaires et les organisation de jeunesse, avec le peuple, réalisèrent la première marche aux flambeaux pour commémorer le centenaire de la naissance de José Martí.

 

J’étais déjà convaincu qu’aucune organisation était préparée pour la lutte que nous étions en train d’organiser.  Il n’y avait aucune concertation au départ des partis politiques qui mobilisaient les masses de citoyens, depuis la gauche à la droite et au centre, dégoûtes par la politique politicienne qui régnait dans le pays.

 

Lorsque j’avais 6 ans, une institutrice pleine d’ambitions, qui enseignait dans la petite école publique de  Birán, a convaincu ma famille de me laisser voyager à Santiago de Cuba avec ma grande sœur qui devait entrer dans une école de sœurs de bon prestige.  L’institutrice de la petite école de  Birán réussit à m’y inclure.  Merveilleusement traitée dans la maison de Birán, où elle prenait ses repas à la même table que la famille, elle avait réussi à la convaincre de la nécessité de ma présence.  En définitive, j’avais une meilleure santé que mon frère Ramón — qui est décédé il y a quelques mois —, qui fut mon compagnon d’école pendant longtemps.  Je ne veux pas m’étendre davantage, seulement rappeler que ces années de famine pour la majorité de la population furent très dures.

 

Après trois ans, ils m’envoyèrent au Collège La Salle de Santiago de Cuba, où je fut inscrit en premier degré.  Il a fallut près de trois ans avant qu’ils ne m’emmènent dans un cinéma.

 

C’est ainsi que commença ma vie.   J’écrirai peut-être là-dessus si j’en ai le temps.  Excusez moi de ne pas l’avoir fait jusqu’à présent, mais j’ai idée de ce qui peut et doit être enseigné à un enfant.  Je considère que l’absence d’éducation est la plus grande maltraitance que l’on puisse faire à un enfant.

 

L’espèce humaine est confrontée aujourd’hui au plus grand risque de son histoire.  Les spécialistes de ces thèmes sont ceux qui peuvent faire le plus pour les habitants de la planète, dont le nombre s’est élevé,d’un milliard à la fin des années 1800, jusqu’à 7 milliards début 2016.  Combien en comptera notre planète dans quelques années ?

 

Les scientifiques les plus brillants, qui sont déjà plusieurs milliers, sont ceux qui peuvent répondre à cette question et à beaucoup d’autres questions transcendantales.

 

Je souhaite vous exprimer ma plus grande gratitude pour les démonstration de respect, les saluts et les cadeaux que j’ai reçu ces derniers jours, ils me donnent la force de rendre la réciproque à travers les idées que je transmettrai aux militants de notre parti et aux organisations pertinentes.

 

Les moyens techniques modernes ont permis de scruter l’univers.  Des grandes puissances comme la Chine ou la Russie ne peuvent pas être soumises aux menaces de leur imposer l’emploi des armes nucléaires.  Ce sont des peuples de grandes valeur et intelligence.   Je considère que le discours du président des États Unis lorsqu’il a visité le Japon et qu’il n’a pas eu les mots pour s’excuser du massacre de centaines de milliers de personnes à Hiroshima a manqué de hauteur, alors même qu’il connaissait les effets de la bombe. L’attaque de Nagasaki, ville choisie par les maîtres de la vie au hasard, fut tout aussi criminelle.  C’est pour cela qu’il faut marteler la nécessité de préserver la paix, pour qu’aucune puissance ne se donne plus le droit de tuer des millions d’êtres humains.

Feliz cumpleaños commandante!

Feliz cumpleaños commandante!

 

 

09 Aout 2016

Pour ses 90 ans ce géant de l’Histoire… très intéressant il explique en particulier les relations du Che avec le marxisme et lui-même ce qu’il pense de Staline… prenez une demi-heure pour écouter ce morceau d’anthologie… Il y a des sous-titres pour ceux qui n’entendent pas l’espagnol… ça peut aider y compris ceux qui l’entendent…


Commentaire

 

Et en clin d'oeil une photo j'ai prise à Cuba (Jibacoa) en 1975

 

« Moi, Fidel Castro », le film entretien avec Ignacio Ramonet en intégralité

90E ANNIVERSAIRE DE FIDEL CASTRO

« Moi, Fidel Castro », le film entretien avec Ignacio Ramonet en intégralité

Par Mémoire des luttes  |  13 août 2016    

« Moi, Fidel Castro », le film entretien avec Ignacio Ramonet en intégralité (2003

« L’Histoire me réhabilitera », avait dit Fidel Castro en 1953, au terme d’un procès qui le rendit célèbre. Cinquante ans après, parvenu au soir de sa vie, l’homme se retrouve à nouveau au banc des accusés, non plus en tant que révolutionnaire, mais en tant que dirigeant d’un régime controversé.

C’est dans ce contexte que Fidel Castro a accepté de confier au journaliste français Ignacio Ramonet sa lecture de l’histoire du XXe siècle, son analyse de la situation cubaine contemporaine et sa vision de l’avenir quand il ne sera plus là pour diriger.

 

Se procurer le DVD en version sous-titrée

 

française : http://www.editionsmontparnasse.fr/p516/Moi-Fidel-Castro-DVD

 

Illustration : Corriere della Sera

Brésil : le Mouvement des Sans-Terres réagit à la vente de terres

Brésil : le Mouvement des Sans-Terres réagit à la vente de terres

 

Publié le 

Brésil : le Mouvement des Sans-Terres réagit à la vente de terres

BRÉSIL : LE MOUVEMENT DES SANS TERRES RÉAGIT À LA VENTE DE TERRES

 

23 juillet 2016, 7:32 

 

Publié le 22 Juillet 2016 par Bolivar Infos. Telesur, 22 juillet 2016. Traduction Françoise Lopez.

 

Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terres (MST) a assuré qu’il réagirait par des occupations si le président provisoire du Brésil Michel Temer prend la décision de permettre la vente de terres aux étrangers.

 

« Nous allons donner un avertissement aux entreprises : si on prend cette décision irresponsable, ils n’oseront pas acheter des terrains ici parce que nous allons occuper toutes les zones qui auront été cédées au capital étranger.

 

Stédile a fait cette annonce au Premier Festival National des Arts et de la Culture de la Réforme Agraire qui a eu lieu à en Belo Horizonte après que des médias aient révélé les intentions de Temer de faciliter l’acquisition de terres brésiliennes aux étrangers.

 

Pour cela, a rappelé l’Agence Brésil, il faudra réévaluer un avis du Barreau Général de l’Union qui, en 2010, a interdit la vente de la terre aux étrangers.

 

Dans une autre partie de son intervention, le dirigeant des Sans Terres a critiqué la décision du président de supprimer le Ministère du Développement Agraire qui, a-t-il dit, a représenté un préjudice incalculable car ce organe était le responsable d’une série de politiques publiques destinées à la production d’aliments.

 

Il a aussi accusé le gouvernement provisoire de vouloir relever l’âge de la retraite dans le cadre d’une proposition de réforme de la sécurité sociale et a déploré qu’il ait donné l’autorisation de pulvériser des substances chimiques contre le moustique Aedes aegypti par avions.

 

D’autre part, Stédile a annoncé que le Front Brésil Populaire dont font partie le MST et d’autres mouvements sociaux envisage une grève générale avant le vote qui clôturera le processus de procès politique contre la présidente Dilma Rousseff au Sénat.

 

La destitution n’a rien à voir avec les erreurs de Dilma et encore moins avec ce qu’on appelle les pédalages fiscaux, a-t-il dit et il a souligné qu’en réalité, cela répond à un plan des élites pour imposer une politique néolibérale et réduire les droits des travailleurs.

 

Même le Ministère Public Fédéral a reconnu qu’il n’y a pas eu de délit. C’est comme si quelqu’un était condamné pour l’assassinat d’une personne vivante, a-t-il affirmé.

 

Le contexte

 

Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terres (MST) est né suite à la conjonction de différents facteurs socio-économiques entre les années 1975 et 1985. Il a 3 objectifs : la terre, la réforme agraire et une société plus juste.

 

Il utilise des formes de lutte comme les manifestations de rues, les concentrations régionales, les audiences avec les gouverneurs et les ministres, les grèves de la faim, les campements dans les villes.

 

Source en espagnol :

http://www.telesurtv.net/news/Brasil-Movimiento-Sin-Tierra-reaccionara-a-venta-de-suelos–20160722-0002.html

 

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2016/07/bresil-le-mouvement-des-sans-terres-reagit-a-la-vente-de-terres.html

Mais à quel moment le Brésil s’est-il perdu ? (Brasil 247)

Dans cette période de stupéfaction quotidienne avec la transfiguration du Brésil vers quelque chose qui devient irreconnaissable, je me souviens du premier chapitre de Conversation dans la Cathédrale, sans doute le meilleur roman de Mario Vargas Llosa, et pas parce qu’il fut écrit quand le romancier était encore un intellectuel de gauche. Après plusieurs années, le journaliste raté Zavalita rencontre Ambrósio, ancien employé de sa famille, et mène avec lui une longue et éthylique conversation. Exhumant les souvenirs d’un passé plein d’espoir et définitivement enterré, il se demande à plusieurs reprises : « mais à quel moment le Pérou s’est fait avoir ? ». À cette époque des années 1960, le Pérou, jadis prometteur, était en ruine sous la férule du dictateur Odría.

 

Voilà où nous en sommes, soumis à quelque chose qui n’a pas vraiment de nom, dans cette déconstruction quotidienne de ce qui existait, subissant des violences aux formes diverses, et dans une incertitude récurrente : trouverons-nous notre salut et celui du Brésil ? Ou bien le déraillement actuel aboutira-t-il à un pays dépecé, où personne ne s’entend ni se reconnaît ?

 

À la fin de l’année dernière, Lula a comparé le Brésil à un train qui déraille. Mais cela ne faisait que commencer. Tout au long de cette année, le surréalisme s’est imposé et peu à peu tout semble devenir naturel. Nous trouvons naturel qu’une présidente élue soit écartée du pouvoir, sans crime de responsabilité avéré, malgré les démonstrations qui prouvent le contraire et quelques confessions sur le peu d’importance des aspects juridiques devant un impératif politique, celui du changement de pouvoir.

 

D’ailleurs,vendredi 29 juillet, à la veille du mois préféré des tragédies politiques [1], le vice-président en exercice Michel Temer a expliqué ce qu’il entendait de l’impeachment : « Cette question de l’impeachment au Sénat ne dépend pas de mes actions. Elle dépend de l’évaluation politique - non d’une évaluation juridique - que le Sénat est en train de faire. Je pense que le Sénat va évaluer les conditions politiques de qui est aujourd’hui en exercice et de qui était en exercice de la Présidence jusqu’à un certain moment ». C’est-à-dire qu’il s’agit du choix entre Dilma et lui, sans le peuple, sans vote et sans urne. Si ce n’est pas un coup d’Etat, ce n’est pas non plus la démocratie. Mais tout paraît naturel, la vie continue et les ipês commencent à fleurir.

 

Il paraît naturel également que le vice-président Temer, dans sa charge intérimaire, ne soit aucunement gêné d’agir comme s’il avait été élu, changeant tout et allant jusqu’à faire des purges dans l’administration, comme s’il avait été élu avec un programme opposé à celui de la candidate victorieuse.

 

Le Brésil a dû se perdre quelque part, lui qui en 2010, approuvait à 90% Luiz Inácio Lula da Silva, le président qui est devenu le plus populaire de l’histoire du Brésil, grâce aux transformations positives promues par son gouvernement. Aujourd’hui, selon une enquête de l’institut Paraná Pesquisas, 47% de la population souhaite sa prison. Ses crimes ? Aucun n’est prouvé. Mais il y a une opération (Lava-Jato NdT), un juge et quelques procureurs qui sont disposés à le condamner pour avoir fait des travaux dans une propriété qui ne lui appartient pas, et dans un appartement qu’il a renoncé à acheter. Il n’y a pas de preuve que Lula ait reçu de telles faveurs d’entreprises de construction en échange de bénéfices qu’il leur aurait concédés. Peu importe, disent le juge et les procureurs, il y a des indices.

 

Les mêmes journaux, aujourd’hui, racontent avec grand naturel un événement qui aurait paru stupéfiant dans d’autres temps. L’avocat anglais de Lula, Geofferey Robertson, a déposé une plainte au Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, dénonçant les violations du Pacte International sur les Droits Civils et Politiques, ainsi que les abus de pouvoir récurrents pratiqués contre l’ex-président par le juge Sérgio Moro, qui dirige l’ opération Lava-Jato. Lula coure un risque et est poursuivi dans son propre pays ? C’est là-bas à l’ONU qu’ils se le demanderont. Ici, les autorités ont ignoré ce fait si grave et singulier. Mais pas Moro et la Lava-Jato, qui ont fait fuiter plus d’informations encore sur ces soit-disant travaux dans cette propriété : Lula a ordonné qu’ils soient faits, ont-ils informé sans vergogne.

 

Franchement, la dictature militaire était plus préoccupée quand ses crimes étaient dénoncés à l’étranger. Au moins elle démentait les faits, en attribuant tout aux « ennemis de la révolution ».

 

Mais qu’est-ce qui fait que tant de gens aujourd’hui veuillent rendre Lula inéligible pour les présidentielles de 2018 ? Sans doute, les nuées de poison soufflées sur nous se sont transformées en pluie. Le Brésil est un pays intoxiqué et il ne semble pas exister d’antidote capable de restaurer l’ancien équilibre, cette ancienne manière de vivre où les différences existaient. Quand chacun avait son [grand] Autre mais ne désirait pas le détruire. Mais libéré de Dilma, de Lula, du PT et de la gauche, de leurs mesures « populistes » envers les pauvres, le pays sera remis sur les rails, proclament les vainqueurs du coup d’État, sur la scène du grand faux semblant. Faux semblant, puisque les mêmes journaux qui décrivent ce paysage pour nous vendre cette illusion et ouvrir le chemin pour le mois d’août sont obligés de publier des nouvelles qui la démentent.

 

Ce vendredi [29] de tristes nouvelles, la Banque Centrale a informé que le résultat des comptes publics du mois de juin et pour le premier semestre a été le pire de la série historique commencée en 2001.

 

Mais Temer n’est-il pas là pour assainir les dégats de Dilma ?

 

Ce dernier vendredi avant le mois d’août nous informe aussi que selon l’IBGE/PNAD (équivalent de l’ INSEENdT), le nombre de personnes vivant dans l’angoisse de perdre leur emploi avait augmenté. Le taux de chômage du deuxième trimestre est estimé à 11,3%, contre 10% pour le premier. C’est le taux le plus haut depuis qu’il est comptabilisé (2012). 11,6 millions de personnes n’ont pas d’emploi et n’arrivent pas à payer leurs factures. Quelque chose a été fait ? Temer a augmenté la Police Fédérale (de 37%. Ils menaçaient de faire grève NdT).

 

Il n’y a aucune perspective d’amélioration de l’économie, contrairement à ce qui est proclamé. Mais on croit au faux semblant ; parce que sinon, à quoi pourrait-on croire ?

 

Revenant à Zavalita, le héros de Vargas Llosa, à quel moment le Brésil a-t-il bien pu dérailler ? Un Zavalito plus âgé se serait souvenu que tout paraissait aller, qu’il y avait de l’espérance entre 1945 et 1964, jusqu’à ce que déferlent les torrents de haine et que nous tombions sous une dictature pendant 21 ans. La transition passée, avec ses hauts et ses bas, dont un impeachment (de Fernando Collor, en 1992 NdT) - celui-là avec un crime démontré - une nouvelle phase a commencé, pendant laquelle le train a été remis sur les rails et s’est décidé à aller de l’avant. Inflation contrôlée par les présidents Itamar Franco et Fernando Henrique Cardoso (respectivement présidents de 1992 à 1995, et de 1995 à 2003 NdT), Lula promouvant la croissance et la redistribution (modeste NdT) de la richesse. Les plus pauvres y gagnèrent, les plus riches y gagnèrent, les entreprises y gagnèrent. Et puis les journées de juin [2013] sont arrivées. Bien qu’on ne les explique pas très clairement [2], ce fut à ce moment-là que le train a commencé à dérailler, dans la politique et dans l’économie. Juste après, l’opération Lava-Jato a gagné de la force, dispersant ce sentiment de désolation sur tout le pays. Rien ne vaut rien, personne ne vaut rien, tout est pourri. Et se sauve qui peut. Y compris par des dénonciations contre remise de peine (delações premiadas) et des fuites soigneusement sélectionnées. Il y a eu des changements sur la scène mondiale, c’est vrai, avec la chute des prix descommodities (matières premières, produits agricoles NdT), qui a affecté les exportations et la croissance interne. La propre Dilma a reconnu qu’il y avait eu une « erreur de calibrage » dans les politiques anti-cycliques, quand l’État a beaucoup dépensé par les exonérations, le crédit facile et les investissements faits pour maintenir l’économie active. Cela explique la désorganisation fiscale mais pas le déraillement complet de la vie nationale.

 

En 2014, Dilma a gagné une élection qu’elle semblait destinée à perdre. Mais tout aurait été différent si l’opposition avait accepté sa défaite. Celle-ci a demandé le recompte des voix, a laissé faire ceux qui commençaient à parler d’impeachment, avant même que la présidente élue n’assume son deuxième mandat. Dilma a disparu de la scène et a accepté de faire ce que l’opposition demandait, en nommant un ministre des Finances chargé d’implanter l’austérité fiscale. La chambre des Députés est passée sous le contrôle d’Eduardo Cunha, qui avait le soutien de plus de cent députés conservateurs, et au lieu de faire des réajustements, le Congrès se mit à voter des lois explosives, destructrices des comptes publics. Ainsi nous sommes arrivés au 17 avril (date du vote de la recevabilité de l’impeachment par la Chambre NdT), et maintenant, nous arrivons au mois d’août.

 

La Lava-Jato aurait été bénigne si, au lieu de s’attaquer à la blessure de la promiscuité entre les partis/politiciens et les entrepreneurs, elle s’était attaquée au système, et non au PT et à son gouvernement. Cette déviation de l’objectif a contribué au coup d’État et s’est terminée par cette chasse à Lula, qui le mène à dénoncer à l’ONU les persécutions dont il souffre dans son pays.

 

Mais quand la démolition d’un système politique commence, on ne peut plus sauver les meubles. Et on retrouve l’information, que nous avions déjà divulguée, selon laquelle Odebrecht (énorme entreprise de travaux publics NdT) va dénoncer au moins dix gouverneurs et ex-gouverneurs (sur 26 États, outre Brasilia et le District Fédéral NdT) et plus de 100 parlementaires. Le système se fissure et il n’y a personne, à l’intérieur du système, disposé à le restaurer. Et tout autour ce n’est que destruction : de l’économie, des règles démocratiques, du système politico-électoral et, principalement, destruction de tout ce qui représentait le Brésil et qui n’existe plus : la tolérance envers la différence, la capacité de coexister avec l’autre, qu’il soit pauvre ou riche, conservateur ou progressiste, urbain ou campagnard. Maintenant, nous avons même l’intolérance religieuse. C’est une idéologie rétrograde qui est insufflée subtilement, mêlant racisme, misogynie et préjugés de tout ordre.

 

Quand tout s’effondre, les plus jeunes, qui ont vécu plein d’espérance les 20 dernières années et qui ne se souviennent ni de la dictature ni de l’hyper-inflation, ont encore plus de raisons de se demander :

 

Mais à quel moment le Brésil s’est-il perdu ?

 

Traduction et notes : Si le Brésil m’était traduit...

»» https://www.brasil247.com/pt/blog/terezacruvinel/246634/Onde-foi-que-o...

Notes du traducteur :

[1] Getulio Vargas s’est suicidé le 24 août 1954. Le 25 août 1961, alors que João Goulart, vice-président de Jânio Quadros, était en Chine pour une mission diplomatique, Jânio Quadros renonça à sa charge. Les ministres militaires Odílio Denys (Armée de Terre), Gabriel Grün Moss (Armée de l’Air) et Sílvio Heck (Marine) tentèrent d’empêcher João Goulart d’assumer la Présidence. Ranieri Mazzilli, président de la Chambre des Députés, fut désigné comme Président de la République à la place du vice-président, que l’on soupçonnait de sympathie envers le Parti Communiste Brésilien (PCB) et le Parti Socialiste Brésilien (PSB) car il était à l’origine de propositions pour améliorer la Loi du Travail. Leonel Brizola, Gouverneur de l’État du Rio Grande do Sul (et beau-frère de João Goulart), et le général Machado Lopes, commandant de la lllème Armée basée au Rio Grande do Sul, se mobilisèrent pour la cause. Utilisant une centaine de chaînes de radios, ils réussirent à mobiliser le peuple. Sous la pression, les putschistes reculèrent et « Jango » assuma la charge de Président de la République. Ils n’eurent pas cette chance trois ans plus tard, lors du coup d’ État du 31 mars 1964, qui établit une dictature qui dura 21 ans

[2] Les manifestations de juin 2013, organisées au départ en réaction au prix des transports publics, se sont transformées en critiques globales du gouvernement du Parti des Travailleurs. Si ce n’était pas l’objectif de départ, force est de constater que le « timing » était parfait pour la déstabilisation à venir, avec l’opération Lava-Jato et les élections présidentielles de 2014.

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Le président bolivien accuse les Etats-Unis de continuer à comploter contre son pays

Le président bolivien accuse les Etats-Unis de continuer à comploter contre son pays

 

Publié le 

Le président bolivien accuse les Etats-Unis de continuer à comploter contre son pays

2016-07-30 14:29:34 xinhua

 

Le président bolivien Evo Morales a accusé vendredi les Etats-Unis de continuer à comploter contre son gouvernement par l'intermédiaire des agents diplomatiques de leur ambassade.

 

Il y a huit ans, la Bolivie avait expulsé l'ambassadeur des Etats-Unis à La Paz, Philip Goldberg, au motif que celui-ci complotait de renforcer l'opposition politique bolivienne de droite contre le gouvernement de gauche progressiste de M. Morales.

 

"Malgré l'expulsion, [...] le gouvernement américain n'a de cesse de conspirer contre notre révolution démocratique et culturelle", a déclaré M. Morales sur son compte Twitter.

 

La veille, le ministre bolivien de l'Intérieur Carlos Romero avait rencontré le chargé d'affaires américain Peter Brennan, qui a reconnu avoir rencontré des responsables de l'opposition bolivienne.

 

Selon l'Agence de presse bolivienne (ABI), M. Romero a déclaré à M. Brennan que les rencontres avec les dirigeants de l'opposition avaient "envenimé" les relations bilatérales et étaient considérées comme un acte d'ingérence dans les affaires intérieures de la Bolivie.

 

Jeudi, le ministre de la Présidence bolivienne, Juan Ramon Quintana, a assisté à la présentation d'un livre intitulé "BoliviaLeaks" qui retrace les tentatives des Etats-Unis de compromettre le premier mandat de M. Morales (2006-2010).

 

Les Etats-Unis considèrent la Bolivie comme un cauchemar et craignent que notre "processus de réforme se propage à d'autres pays du continent", a déclaré M. Quintana.

 

source: http://french.cri.cn/621/2016/07/30/41s487877.htm

 

Publié dans Bolivie

Inédit : Fidel Castro, Che Guevara et l’Union soviétique

Inédit : Fidel Castro, Che Guevara et l’Union soviétique
Le dialogue de deux géants
 

Le 26 juillet 1953, 123 jeunes révolutionnaires, parmi lesquels se trouvaient Fidel et Raul Castro, attaquent la caserne Moncada, à Santiago de Cuba. C’est un échec. La plupart des assaillants sont pris, torturés et fusillés. Capturé quelques jours plus tard, Fidel Castro doit la vie à l’intercession d’un évêque qui empêche qu’il soit abattu. Traduit devant un tribunal où il assure lui-même sa défense, il prononce sa fameuse plaidoirie : « La Historia me absolvera (« L’Histoire m’acquittera »).


Condamné à 15 ans de prison, il est amnistié en 1955. Le Movimiento 26 Julio (ou M 26-7) (à présent date de la fête nationale cubaine) a été créé pour regrouper les survivants. 


Exilé au Mexique, Fidel Castro fait la connaissance d’Ernesto Guevara qui jouera un rôle décisif dans la victoire des guérilleros en 1959 et qui va devenir un acteur clé et un penseur de la révolution cubaine avant de périr en Bolivie.


Jean Ortiz, spécialiste de l’Amérique latine, ancien correspondant de presse (L’Humanité) à Cuba nous livre ici des informations sur les rapports réels entre « Fidel » et « El Che ».

LGS

Les relations entre Fidel Castro et Che Guevara restent l’objet d’un insupportable détournement historique. Les spéculations les plus farfelues mettent l’accent sur « l’affrontement » et « la rupture » qui serait intervenue entre les deux hommes. Des tensions, certainement, la rupture jamais. Cela permet, entre autres, d’attribuer la responsabilité de la mort du « guérillero héroïque » au « dictateur » Fidel Castro. En « envoyant le Che en Bolivie » il se serait en quelque sorte débarrassé d’un rival encombrant. Et du même acabit, toute une ribambelle de contresens, de manipulations infondées, et le plus souvent malveillantes.

 

La présumée opposition de fond Fidel-Che, « l’affrontement » dur, sont ressassés en boucle par de nombreux intellectuels occidentaux qui font une lecture politicienne, simplificatrice, de la révolution cubaine.

 

Che Guevara et Fidel Castro étaient liés par une admiration mutuelle jamais démentie, une grande confiance, une profonde empathie politique et intellectuelle, mais loin de toute inconditionnalité. Des liens étroits et intimes, de débat critique, unissaient les deux hommes, d’accord sur le fond des enjeux et de la stratégie. La « Lettre de despedida (d’adieu) » du Che, rendue publique par Fidel Castro le 3 octobre 1965 en témoigne.

 

Le médecin argentin s’est fait guérillero par un apprentissage exigeant, physiquement épuisant, voire au-dessus de ses forces, sous les ordres de Fidel Castro. Les deux hommes se sont mutuellement influencés. Che a déjà étudié les ouvrages marxistes de base lorsqu’il rejoint à Mexico, en 1955, le petit groupe d’exilés cubains autour de Fidel . A cette époque, l’Argentin idolâtre l’Union Soviétique.

 

Son comportement dans la Sierra, courageux en diable, voire téméraire, ses qualités de meneur d’hommes, son intelligence tactique et stratégique, l’admiration qu’il suscite, la haute estime dans laquelle le tenait Fidel, lui valent, à lui l’Argentin, le grade le plus élevé de l’Armée Rebelle : « comandante ». Jusqu’alors, seul Fidel en était titulaire. Au cours des combats, Fidel raconte qu’il devait souvent le retenir pour le protéger de sa « téméraire obstination ».

 

Le Che, dans les rangs du maquis, parle ouvertement de ses options communistes et défend sa conception radicale de la révolution. De cette Sierra Maestra (le 14 décembre 1957), il écrit une lettre agressive, sectaire, à René Ramos Latour (« Daniel »), dirigeant du Mouvement du 26 juillet à Santiago de Cuba et coordinateur national. Latour, qui a pris le relais après l’assassinat de Franck País (chef inoubliable) le 30 juillet 1957, est un révolutionnaire anticommuniste qui conteste, avec le M.26/7 du « llano » (plaine), le leadership « excessif » de Fidel et son non-anticommunisme. Le 3 mai 1958, Fidel le destitue. Le Che, dans ces années, situe « à droite » le Mouvement du 26/7, parce que selon lui « petit bourgeois et anticommuniste ». Il affirme : « J’appartiens, par ma formation idéologique, au camp de ceux qui pensent que la solution aux problèmes du monde se trouve derrière le rideau de fer ». Il ajoute qu’il « considère Fidel comme un authentique leader de la bourgeoisie de gauche ». Cela n’enlève rien, précise-t-il, à l’estime qu’il lui porte, à ses « qualités personnelles d’une extraordinaire valeur » . Plus tard Che confiera « avoir pensé des choses (au sujet de Castro) que j’ai honte d’avoir pensé ».

 

Ramos Latour répond à Ernesto Guevara : « La solution à nos maux ne passe pas par nous libérer de la nocive domination yanqui grâce à la toute aussi nocive domination soviétique ».

 

Dans l’affrontement politique avec les alliés « opportunistes » du Directoire National, Che amène Fidel à condamner une initiative dont Washington tire les ficelles : la Junte de libération cubaine constituée à Miami et regroupant la plupart des partis de l’opposition à Batista, y compris le Mouvement du 26 juillet, engagé par Felipe Pazos, qui tente de « déplacer » Fidel. Che et Fidel échangent une série de lettres à ce sujet en décembre 1957. Che considère toutes ces manoeuvres comme une « trahison ». Fidel brise enfin son silence et condamne l’opération dite « pacte de Miami » : en finir avec Batista sans toucher au système. Cette réponse tranchée de Fidel « déterminera non seulement les futures relations Fidel-Che, mais aussi le cap de la révolution ».

 

Che apparaît fasciné par cette sorte de démocratie pédagogique que pratique Fidel, par son lien politique et affectif avec le peuple, notamment lors des grands discours « Place de la Révolution ». L’Argentin décrit « le dialogue des diapasons dont les vibrations provoquent de nouvelles vibrations, chez l’interlocuteur. Fidel et la masse commencent à vibrer en un dialogue dont l’intensité croît jusqu’à atteindre le climax dans un final abrupt » . Fidel lui renvoie la même estime politique et intellectuelle. 

Le « comandante en jefe » considère qu’«  il sera difficile désormais de trouver un homme comme lui (...) un révolutionnaire aussi pur, aussi conséquent, aussi exemplaire » Il incarne « les plus hautes valeurs humaines » (Fidel Castro lors du discours de clôture du congrès culturel de La Havane, 12 janvier 1968)

 

La pensée du Che, inachevée, trop souvent escamotée par le mythe, la légende, est sans cesse plongée dans une réflexion critique et de remise en question, notamment du « modèle soviétique » (surtout à partir de 1962, mais « en interne »). Ses exigences politiques et éthiques, son mode de vie spartiate, ses charges permanentes contre la bureaucratie, lui attirent des inimitiés solides au sein de l’appareil. Le théoricien de la révolution et du socialisme peut avancer des critiques, explorer des voies ; et y compris faire des déclarations interdites à Fidel de par ses responsabilités. Le « comandante en jefe » est tenu à un certain pragmatisme, obligé de composer entre l’impérieuse nécessité de l’aide soviétique et le projet initial endogène de la révolution. Bien plus tard, après la disparition de l’URSS, Fidel mettra en cause publiquement l’habitude prise par les Cubains de « copier » un modèle « inadéquat » . Le pensait-il à l’époque ?

« D’autres terres m’attendent »

 

Le départ du Che de Cuba, sa « disparition », n’ont surpris que les faussement ingénus, les colporteurs de ragots. Il avait annoncé au Mexique, en rejoignant le groupe d’exilés autour de Fidel Castro, avant même l’expédition du Granma , qu’une fois réalisée la révolution à Cuba, il continuerait le combat sur d’autres terres.


Le Che, comme Fidel à cette époque, croyait en la nécessité de disperser les forces de l’impérialisme pour aider le Vietnam, en ouvrant notamment plusieurs fronts révolutionnaires, en transformant « la cordillère des Andes en Sierra Maestra de l’Amérique latine ».

 

Le premier août 1967, alors que le Che est déjà en Bolivie, s’ouvre à La Havane la conférence de l’OLAS (Organisation latino-américaine de solidarité) ; elle prône la lutte armée libératrice. Lors de la clôture, le 10 août ; Fidel lance : « toute une série de vieux clichés devra être abolie  », en visant les partis communistes du continent, la plupart alignés sur Moscou.

 

En 1967, le message que l’Argentin envoie (de Bolivie) à la Conférence Tricontinentale (Amérique latine, Afrique, Asie) réunie à La Havane, constitue une sorte de testament politique. Che ébauche une stratégie révolutionnaire indépendante de l’URSS. En janvier 1966, cette même Conférence Tricontinentale avait décidé de donner la priorité à la lutte armée, à la guerre de guérillas, dans les conditions de l’époque : luttes de libération victorieuses, début des dictatures, émergence d’une nouvelle gauche révolutionnaire, de courants anti-impérialistes vigoureux, effervescence idéologique, foisonnement de lectures du marxisme, divisions entre communistes soviétiques et chinois, régression des pays dits du « socialisme réel ». Le 17 avril, le quotidien cubain « Granma » titre pleine page à la une : « Message aux peuples du monde du commandant Ernesto Guevara par le bais de la Tricontinentale  ». La phrase la plus connue reste : « Toute notre action est un cri de guerre contre l’impérialisme ». Le document sert de base à la « propuesta cubana », à la stratégie cubaine.

 

Déjà, en janvier 1962 la Deuxième Déclaration de la Havane, sous la houlette de Fidel, appelait au soulèvement des peuples : « La révolution est inévitable (...) le devoir de tout révolutionnaire est de faire la révolution (...) les révolutions ne s’exportent pas, ce sont les peuples qui les font  ». Vouloir donc opposer un guévarisme gauchisant et sympathique à un castrisme « orthodoxe » et repoussoir, relève de l’histoire-fiction.

 

Dans le partage des tâches avec Fidel, homme d’Etat qui se doit à la gestion et le guérillero impatient, Che mettait en œuvre le projet continental et tiers-mondiste qui était alors celui de la révolution cubaine. « En réalité la majorité des indices », écrit l’historien nord-américain Jon Lee Anderson, « suggèrent que les deux hommes travaillaient en équipe ». Le 2 janvier 1965, ajoute-t-il, dans son discours du sixième anniversaire de la révolution, Fidel critiqua avec véhémence, sans le nommer, le modèle soviétique.

 

Che s’est donc consacré au projet « tricontinental » de la révolution, et ce jusqu’au sacrifice. Il s’est ainsi « sacrifié » lui-même, en toute conscience et lucidité ; mais dire que Fidel l’a sacrifié relève de la spéculation délibérée. On sait aujourd’hui que dès la fin de 1966 la CIA est informée des préparatifs du Che . Le Che se considérait en outre comme partie prenante de son projet révolutionnaire, d’un engagement total, « jusqu’au bout ». Il avait des fourmis révolutionnaires dans les jambes. Il écrit dans sa lettre d’adieu à Fidel et à Cuba ; répétons-le, « d’autres horizons m’appellent ».

 

Son dernier discours, retentissant et audacieux, en tant que dirigeant de la révolution cubaine, est entré dans l’histoire comme « Le discours d’Alger ». Il fut par ailleurs publié dans la revue trimestrielle du gouvernement cubain : « Política internacional ». Invité d’un « Séminaire économique afro-asiatique » (22-27 février 1965), Ernesto Guevara y prononce une communication très critique envers l’Union Soviétique, qu’il accuse en quelque sorte d’exploiter elle aussi les peuples du Tiers-Monde, en tout cas de ne pas faire assez pour eux. Il lance courageusement : « Les pays socialistes ont le devoir de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l’Ouest ». A-t-il mesuré les conséquences de ces propos loin de toute « langue de bois » ? Nous le pensons. Che ne mâche jamais ses mots. Ils ont dû provoquer des vagues à Moscou...

 

Après ce pavé dans la mare, Ernesto Guevara rentre à Cuba et s’enferme au Palais de la Révolution de longues heures durant avec Fidel Castro. Ce huis clos a donné et donne lieu à toutes sortes d’hypothèses, de supputations. Il reste encore comme un « trou noir » dans l’histoire de la révolution cubaine. Aucun élément concret, aucune archive, ne permettent pour l’heure d’en savoir plus... Après cette séquence conflictuelle, Che « disparaît » et redevient « clandestin ». Il veut partir en Bolivie mais Fidel lui demande de patienter, le temps que Cuba puisse y jeter les bases matérielles de la guérilla . Le « comandante en jefe » lui propose, en attendant, d’aller au Congo soutenir les guérillas de libération nationale. Il y reste sept mois, à partir de mai 1965, mais échoue, l’assume, et rentre par étapes à La Havane.

 

A Prague, de mars à juillet 1966, caché dans l’ambassade cubaine, il écrit des notes très critiques envers l’URSS et restées inédites jusqu’ au début des années 2000 . Le propos est hardi, voire « hérétique » : On y lit : « l’Union soviétique retourne au capitalisme » . Que pensait vraiment Fidel à cette époque où Cuba devait faire de nécessité vertu ?

 

A propos de la Bolivie

 

Le Che ne voulait pas « prendre le pouvoir en Bolivie » mais y créer un centre continental d’entraînement à la guérilla, essentiellement tourné vers l’Argentine, objectif principal. Le campement de Ñancahuasú tombe vite (juin-juillet 1967) ; les Etats-Unis savent rapidement que le Che est en Bolivie. Il se retrouve cerné, tous les contacts entre la colonne et l’extérieur matériellement impossibles, ainsi que toute aide, tout renfort, toute éventuelle opération de sauvetage.

 

Fidel Castro, dans la Biographie à deux voix, confirme la co-paternité cubaine de l’initiative, le temps mis à en créer les conditions, la forte implication de La Havane. « Oui nous avons coopéré avec le Che parce que nous partagions ses analyses. Le Che avait raison. A ce moment là, on aurait pu étendre la lutte (...) Nous étions totalement d’accord » . Le plan fut mis en place et « autorisé » par La Havane.

 

Fidel et le Che partageaient globalement les mêmes questionnements

 

Alors que le Che est déjà en Bolivie, le quotidien fidéliste « Granma » publie, en mars 1967, quatre éditoriaux « guévaristes », qui traduisent la pensée du Che... et celle de Fidel, qui les a validés. Ils sont intitulés : « La lutte contre la bureaucratie, une tâche décisive ». L’auteur, non précisé, écrit : « La bureaucratie nous cause plus de dommages que l’impérialisme lui-même ». Le contenu de ces éditoriaux et leur publication dans le journal officiel, sans signature (ils émanent le plus souvent de Fidel Castro), montrent que lui-même et le gros de la direction cubaine, issue majoritairement du Mouvement du 26 juillet et de l’Armée Rebelle), adhéraient aux idées du Che.

 

Dans le domaine économique, les positions du Che font débat au sein de la révolution, mais Fidel laisse les points de vue s’affronter, sans véritablement trancher. On commet souvent l’erreur d’attribuer au Che la paternité de « l’offensive révolutionnaire » de 1967, la marche forcée vers « le communisme », la nationalisation du petit commerce, de l’artisanat, etc. Le Che était déjà en Bolivie et n’a jamais prôné l’étatisation de tout ... Il n’était pas opposé à la comptabilité nationale, aux contrôles rigoureux, ni partisan de brûler les étapes. Il voulait une forte planification centralisée, le dépassement de la loi de la valeur...


En octobre 1987, Fidel déclarait : « Si nous avions vraiment connu la pensée du Che, nous serions cent fois plus en forme pour diriger ce cheval et en tenir les rênes » . Plus tard il confiera : « Moi, en tant que communiste utopique, j’avoue que c’était la manière du Che de construire l’économie qui avait ma préférence ».

 

Fidel avait tellement confiance dans les qualités, la rigueur et l’exigence du Che, qu’il le nomma même, le 26 novembre 1959, président de la Banque Nationale.

 

L’aide soviétique

 

Chacun convient que les acquis sociaux de Cuba, voire la survie même de la révolution, n’auraient pas été possibles sans l’aide (pas tout à fait désintéressée) de l’Union soviétique. Au prix du marché mondial, les revenus sucriers de l’île n’auraient pas permis d’acheter le pétrole et les produits pétroliers nécessaires. Cuba ne s’est pas « jetée dans les bras de l’URSS ». L’impérialisme l’y a poussée. Même lors de la « soviétisation », après l’échec de la « Zafra des dix millions », sous le modèle importé pointait la spécificité cubaine.

 

Il y avait-il pour Cuba une autre alternative que de miser sur la carte soviétique pour survivre et se développer ? Les rapports de force de l’époque permettaient-ils d’autre solution, d’autre stratégie ? Globalement NON, selon les deux hommes, .Che et Fidel. Ils s’accordent là-dessus, comme sur l’essentiel du reste. Fallait-il pour autant « endiosar » (déifier) l’Union Soviétique s’interroge Fidel Castro après la chute du Mur de Berlin ? La question contient la réponse.

 

Jean Ortiz

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Brésil : coup d’Etat ou fiasco ?

N° 425, 15 MAI 2016
Brésil : coup d’Etat ou fiasco ?
 
Par Immanuel Wallerstein  |  24 juillet 2016
 
Sociologue, chercheur à l’université de Yale 
 
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  • La présidente brésilienne, Dilma Rousseff, a été suspendue de ses fonctions pour la durée de son procès au Sénat. Si elle est reconnue coupable, elle sera destituée – telle est la signification que revêt au Brésil la notion d’impeachment (« destitution » en français). Quiconque, y compris les Brésiliens eux-mêmes, a tenté de suivre le fil des manœuvres politiques de ces derniers mois sera pardonné de se sentir un peu déboussolé devant les multiples rebondissements de ce processus.
  • De quoi s’agit-il en réalité ? D’un coup d’Etat, comme l’a maintes fois répété Dilma Rousseff ? Ou bien, comme le prétend l’« opposition », d’une action légitime de mise en accusation de la présidente pour des actes graves commis par elle-même, son cabinet et ses conseillers ? Dans ce dernier cas, pourquoi tout cela arrive-t-il aujourd’hui plutôt, par exemple, que pendant le premier mandat de Dilma Rousseff, avant sa confortable réélection de 2014 ? 
  • Dilma Rousseff appartient au Parti des travailleurs (PT), longtemps dirigé par son prédécesseur à la présidence, Luiz Inácio Lula da Silva (Lula). Une lecture possible des événements en cours est de considérer qu’ils s’inscrivent dans un moment de l’histoire de ce parti : celui de son accession au pouvoir, puis aujourd’hui, de sa probable éviction.
  • Qu’est-ce que le Parti des travailleurs, et qu’a-t-il représenté dans la politique brésilienne ? Fondé en 1980, dans l’opposition à la dictature militaire au pouvoir depuis 1964, ce parti socialiste et anti-impérialiste rassemblait des organisations marxistes, de grands syndicats et associations civiques comme la Centrale unifiée des travailleurs (CUT) ou le Mouvement des travailleurs ruraux sans terres (MST), et des mouvements catholiques adeptes de la théologie de la libération.
  • Pour l’armée comme pour les partis traditionnels de l’establishment brésilien, le PT était un dangereux parti révolutionnaire qui mettait en péril les structures économiques et sociales conservatrices du pays. Vu de Washington, son anti-impérialisme apparaissait (à juste titre) essentiellement dirigé contre la suprématie des Etats-Unis sur la politique latino-américaine.
  • Cependant, le PT ne cherchait pas à prendre le pouvoir par la guérilla insurrectionnelle. Il voulait gagner dans les urnes, soutenu et porté par la mobilisation extra-parlementaire. Il fallut quatre élections présidentielles pour qu’un candidat du PT, en la personne de Lula, accède enfin à la magistrature suprême en 2003. L’establishment brésilien n’avait jamais envisagé qu’un tel scénario devienne réalité et n’a jamais accepté qu’il puisse perdurer. Il n’a, depuis lors, ménagé aucun effort pour faire chuter le Parti des travailleurs. Tout porte à croire qu’il est arrivé à ses fins en cette année 2016. Les historiens de demain considéreront peut-être ces années 2003-2016 comme celles de la parenthèse du PT au pouvoir.
  • Mais que s’est-il vraiment passé pendant cette parenthèse ? Le PT a mené une politique bien moins radicale que ne le craignaient ses adversaires, mais assez radicale cependant pour nourrir chez eux une détermination incessante à le rayer de la carte, non seulement en tant que détenteur de la fonction présidentielle mais aussi en tant qu’acteur légitime du jeu politique brésilien.
  • Si le Parti des travailleurs a gagné dans les urnes en 2002, il le doit à la combinaison de deux facteurs : l’adhésion croissante des Brésiliens à son programme et à son discours et le déclin géopolitique des Etats-Unis. Et quel usage a-t-il fait de ses années au pouvoir ? D’un côté, il s’est efforcé de venir en aide à la strate sociale la plus pauvre avec le projet Fome Zero (Faim zéro), un programme de redistribution incluant notamment le système d’allocations familiales Bolsa Família, qui a réellement amélioré le niveau de vie de cette population et réduit les très fortes inégalités dont souffrait le Brésil.
  • Par ailleurs, sous sa conduite, la politique étrangère brésilienne a nettement pris ses distances avec une tradition historique de soumission aux impératifs géopolitiques états-uniens. Elle a également suscité la création d’organisations latino-américaines autonomes intégrant Cuba mais laissant de côté les Etats-Unis et le Canada.
  • En revanche, pendant cette période, la doctrine macroéconomique est restée relativement orthodoxe quant aux accents néolibéraux de soutien au marché qui ont guidé les politiques publiques. Les multiples engagements en matière de lutte contre les destructions de l’environnement n’ont reçu aucune mise en œuvre sérieuse et la réforme agraire annoncée est restée lettre morte.
  • Bref, eu égard à son identité de mouvement de gauche, le Parti des travailleurs affiche un bilan pour le moins mitigé. Conséquence : les défections collectives au sein du parti ou dans le cercle plus large de ses alliés politiques se sont succédé sans répit. Cela s’est traduit par un affaiblissement qui a finalement permis aux ennemis du PT, en 2015, de mettre à exécution un véritable plan de liquidation.
  • Le scénario imaginé était simple. Il s’appuyait sur des accusations de corruption. La corruption massive et endémique est une norme coutumière de la politique brésilienne, à laquelle d’importantes personnalités du PT lui-même ne faisaient nullement exception. Seulement, Dilma Rousseff était la personne contre qui de tels griefs étaient sans objet. Alors, que faire ? Entre-temps, l’homme qui a lancé la procédure d’impeachment, le président de la Chambre des députés Eduardo Cunha (un chrétien évangélique), a lui-même été suspendu de ses fonctions à la suite de son inculpation pour corruption. Qu’à cela ne tienne ! La procédure a suivi son cours, fondée sur l’accusation selon laquelle la présidente aurait failli à sa responsabilité de lutte contre la corruption. Dans cette situation, résume le sociologue Boaventura de Sousa Santos, c’est la seule personnalité politique honnête qui est chassée du pouvoir par les plus corrompues.
  • Dilma Rousseff a été suspendue de ses fonctions et remplacée à titre intérimaire par son vice-président Michel Temer. Ce dernier a aussitôt nommé un gouvernement fortement marqué à droite. Il semble quasiment certain que Rousseff sera destituée et écartée définitivement du pouvoir. Mais la vraie cible, ce n’est pas elle : c’est Lula. Selon la loi brésilienne, un président ne peut exercer successivement plus de deux mandats. Or chacun s’attend à ce que Lula porte une fois encore les couleurs du PT lors de l’élection de 2019.
  • Il est depuis de longues années l’homme politique le plus populaire du Brésil. Et si sa popularité a quelque peu souffert du scandale de corruption [1], elle demeure suffisante, semble-t-il, pour qu’il puisse à nouveau s’imposer. C’est pourquoi la droite va maintenant tenter d’obtenir sa mise en cause formelle pour corruption, ce qui barrerait légalement la route à sa candidature.
  • Que se passera-t-il alors ? Nul ne le sait avec certitude. Les chefs de la droite vont se disputer âprement la présidence. L’armée pourrait, une fois encore, décider de prendre le pouvoir. Ce qui paraît sûr, en revanche, c’est que le Parti des travailleurs a vécu. Il a tenté de gouverner au centre, de tenir une position d’équilibre, mais l’ampleur des déficits budgétaires et la baisse des cours mondiaux du pétrole et d’autres exportations brésiliennes ont semé la désillusion chez une bonne partie de ses électeurs. Et comme on le voit en ce moment dans bien d’autres pays, lorsque le mécontentement devient massif, il entraîne le rejet des politiques centristes classiques.
  • La voie que pourrait emprunter un mouvement prenant la relève du PT serait de revenir aux racines de son prédécesseur, en incarnant avec constance une position anti-impérialiste de gauche. Ce ne sera pas plus simple que ce ne le fut pour le PT en 1980. La différence entre 1980 et aujourd’hui tient au degré de crise structurelle atteint par le système-monde moderne. Le combat est mondial. La gauche brésilienne peut y jouer un rôle de premier plan, mais elle peut aussi sombrer dans l’insignifiance au plan international et dans un profond désarroi au plan national.
  • Traduction : Christophe Rendu © Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global.
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Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

Qui gagne avec la tragédie des réfugiés ?

Qui gagne avec la tragédie des réfugiés ?

 

Nul n’ignore que l’immense majorité des personnes qui prennent la décision douloureuse de quitter leurs foyers, leurs terres, leur pays pour chercher refuge sous d’autres latitudes, le font pour préserver la vies, en danger à cause des conflits armés, de la violence ou de la répression.

 

Dans une guerre, tous sont perdants, saufs ceux qui fabriquent et mettent dans les mains des combattants, les instruments pour tuer. Il s’agit des grandes transnationales qui obtiennent d’énormes bénéfices, alors que dans des lieux très éloignés, des êtres humains s’entretuent, la plupart des fois à cause de rivalités inutiles, qui, comble de malheurs, parfois sont imposées depuis l’étranger pour atteindre des intérêts bâtards.

 

Mais le plus terrible est que certaines de ces corporations non seulement s’enrichissent avec la fabrication et la vente d’armes, mais qu’elles se font de revenus supplémentaires avec les conséquences de la guerre, particulièrement avec le phénomène des réfugiés qui, ces dernières années, ont ébranlé les côtes européennes.

 

C’est le cas des firmes Airbus, Finmeccanica, Thales, Safran et Indra, qui n’ont seulement sont à l’origine des crises, mais qui en bénéficient après.

 

Les 3 premières de ces compagnies ont des licences pour exporter des armes à des pays du Moyen Orient et du Nord de l’Afrique. L’année dernière, leurs recettes ont atteint 95 milliards d’Euros.

 

En même temps, ils obtiennent de plusieurs États de l’Union Européenne, de contrats juteux destinés à fournir des équipements et de la technologie dans le but de garantir la sécurité des frontières et de contenir la vague des réfugiés.

 

L’Airbus, qui a sa maison mère en France, vend aux pays ayant des frontières sensibles, d’hélicoptères modernes, des systèmes de communication et des radars pouvant détecter des mouvements. Sa filiale Signalis, qui opère avec l’Allemande Atlas Elektronik, a créé le système Spationay, utilisé pour surveiller les frontières françaises.

 

Finmecánicca fournit des équipements pour la sécurité, la détection, le contrôle d’accès et la surveillance de périmètres, ainsi que des systèmes de commandes. Ses hélicoptères utilisés dans l’Union Européenne sont financés par ce bloc, ce qui augmente ses revenus.

 

L’entreprise Thales a fabriqué un système intégré pour contrôler la frontière est de la Lettonie. Ses radars, installés sur des bateaux dans toutes les mers, sont employés pour surveiller les mouvements des réfugiés. La Garde Civile espagnole dote ses véhicules d’unités thermiques mobiles, mises à point par cette compagnie, et lesquelles sont capables de détecter des mouvements massifs dans les frontières de l’Espagne.

 

Pour sa part, la firme française Salfran qui fabrique des systèmes de contrôle biométrique, a installé des caméras infra-rouges dans la frontière de la Slovénie. Ces engins sont financés par l’Union Européenne dans sa tentative de contenir les immigrants.

 

Les dépenses énormes destinées à la sécurité et au blindage des frontières européennes, obligent des dizaines de milliers de personnes à avoir recours à des voies plus dangereuses pour parvenir à leur but, ce qui s’est traduit par une augmentation du nombre de morts durant le premier semestre de 2016.

 

Chaque cadavre dans la mer Méditerranée, signifie des milliers d’Euros dans les poches des consortiums manquant de scrupules, qui d’un côté attisent les conflits pour vendre des armes et de l’autre, font des affaires lucratives avec le sort de ceux qui tentent d’échapper à ces guerres. Une affaire obscure, juteuse et diabolique.

»» http://www.radiohc.cu/fr/especiales/comentarios/100770-qui-gagne-avec-...

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Pedro Brieger, Où va l'Amérique Latine ?

23 juillet 2016

Pedro Brieger, Où va l'Amérique Latine ?

 

« Il est difficile de le savoir, nous dit Pedro Brieger. Il faudrait pouvoir avoir accès aux documents qui attestent du rôle des Etats-Unis dans ce qui s’est passé au Brésil. Il est évident que les Etats-Unis avaient un grand projet pour l’Amérique latine au 21ème siècle, qui s’est matérialisé par la création de la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA) abandonnée en 2005 à Mar del Plata faute de faisabilité. Cela n’a pas voulu dire pour autant que les Etats-Unis sont restés sans rien faire. Il ne fait aucun doute que face à l’offensive des gouvernements progressistes au sens le plus large du terme, ils ont tout fait pour affaiblir toute initiative de ces gouvernements progressistes, telles que le Mercosur [Marché commun du Sud, NdT], l’UNASUR [Union des Nations Sud-Américaines, NdT] ou encore la Celac [Communauté des États latino-américains et caribéen, NdT]. J’ignore si les Etats-Unis sont derrière ce qui est en train de se produire au Brésil. Mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas aidé l’opposition brésilienne, vénézuélienne, équatorienne ou bien argentine... »

 

Reprenons l'entretien avec Pedro Brieger...

 

Michel Peyret


L’Amérique Latine au temps de la restauration conservatrice

 

pedro

 

A l’heure où l’Amérique Latine vit de fortes convulsions et fait face à de nouveaux défis, Investig’Action a eu l’honneur de s’entretenir avec Pedro Brieger, éminent journaliste argentin, analyste international et grand connaisseur de l’Amérique Latine. Résistances populaires au Brésil, hégémonie de la droite au Pérou, agressions contre le Venezuela…tous les sujets brûlants ont été abordés et ce afin de permettre à nos lecteurs de se faire une idée un peu plus claire sur le présent et le futur du continent latino-américain.

 

Entretien réalisé à Buenos Aires par Tarik Bouafia*.

 

Quelle analyse faites-vous des manifestations des professeurs mexicains et de la terrible répression qu’ils ont subie?

 

Le Mexique possède une structure étatique répressive qui n’a jamais faibli mais qui à l’inverse s’est renforcée justement autour de la difficile question du narcotrafic et du lien avec les États-Unis…Il y a des mouvements sociaux très importants dans ce pays. Mais on doit analyser ce qui s’est réellement passé à Oaxaca afin de savoir ce qui a déclenché cette répression.

 

Établissez-vous un lien avec ce qui s’est passé en 2014 à Ayotzinapa avec les manifestations étudiantes?

 

Il est très probable que ces deux événements aient un rapport, oui. Oaxaca a également été un lieu important de protestation pour les étudiants et le corps enseignant. Le Mexique est un pays qui ne tolère que très peu les mouvements sociaux, cela s’est vérifié avec le mouvement zapatiste qui était un mouvement social très particulier et qui a émergé dans l’État du Chiapas. Mais le Mexique enregistre de hauts niveaux de pauvreté et pour moi la question des mouvements sociaux a beaucoup à voir avec les régions qui ont un niveau de pauvreté élevé.

 

Sur le Brésil, nous sommes plus d’un mois après la suspension de Dilma Rousseff, quelle est votre point de vue sur ce coup d’État et comment voyez-vous le futur du pays sur le plan économique et politique?

 

De manière générale, je ne vois pas cela comme un coup d’État. En effet, la définition du « Coup d’État » réfère à des militaires destituant un président, fermant le parlement, interdisant des partis politiques, des syndicats, des manifestations, etc. Je crois que l’une des caractéristiques des droites latino-américaines ces derniers temps est d’accuser les dirigeants progressistes de violer la constitution ou, dans le cas brésilien, d’aller à l’encontre de la loi. Ensuite, cette droite réclame la légalité, « l’institutionnalité » et tente justement par la suite de maintenir un haut niveau de légalité au moyen de méthodes traditionnelles. Par exemple en 2009 au Honduras, Manuel Zelaya a été destitué avant d’être expulsé du pays, mais la loi a été respectée dans le sens ou c’est Roberto Micheletti, alors président de l’Assemblée nationale qui l’a remplacé, comme prévu par les textes. Dans le cas de Fernando Lugo en 2012 au Paraguay, il y a clairement eu un coup d’État parlementaire, il n’a pas eu le temps de se défendre puisqu’il a été destitué en 24 heures mais la légalité a été préservée. Dans ces deux cas, la droite a déclaré que c’était les gouvernants qui avaient violé la loi.

 

La situation au Brésil est plus complexe. La chambre des députés a voté, puis ce fut le tour du Sénat et Dilma Rousseff est toujours en poste. Il faut garder à l’esprit qu’elle est toujours la présidente du Brésil, elle n’a pas été destituée mais suspendue provisoirement jusqu’à ce que le Sénat se prononce définitivement mais là aussi il s’agit de maintenir un voile de légalité, et là aussi Dilma a été accusée de violer la loi. Cela constitue également un défi intellectuel afin de comprendre comment se comporte la droite latino-américaine qui à l’heure actuelle accuse les gouvernements progressistes de violer la loi. Dilma Rousseff parle de coup d’État et c’est logique car il est clair qu’il s’agit d’une manœuvre politique. Mais il me semble que la complexité des situations au Honduras, au Paraguay ou au Brésil montre que la droite latino-américaine fait appel à d’autres recours que les traditionnels coups d’État.

 

Quel a pu être le rôle des Etats-Unis dans ce coup parlementaire ?

 

Il est difficile de le savoir. Il faudrait pouvoir avoir accès aux documents qui attestent du rôle des Etats-Unis dans ce qui s’est passé au Brésil. Il est évident que les Etats-Unis avaient un grand projet pour l’Amérique latine au 21ème siècle, qui s’est matérialisé par la création de la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA) abandonnée en 2005 à Mar del Plata faute de faisabilité. Cela n’a pas voulu dire pour autant que les Etats-Unis sont restés sans rien faire. Il ne fait aucun doute que face à l’offensive des gouvernements progressistes au sens le plus large du terme, ils ont tout fait pour affaiblir toute initiative de ces gouvernements progressistes, telles que le Mercosur [Marché commun du Sud, NdT], l’UNASUR [Union des Nations Sud-Américaines, NdT] ou encore la Celac [Communauté des États latino-américains et caribéen, NdT].

 

J’ignore si les Etats-Unis sont derrière ce qui est en train de se produire au Brésil. Mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas aidé l’opposition brésilienne, vénézuélienne, équatorienne ou bien argentine. Je crois qu’en ce qui concerne le Brésil, son système des partis corrompu aide à voir plus loin que le rôle des Etats-Unis. C’est pour cela que je crois qu’il faut avoir accès aux documents afin de pouvoir déterminer le rôle qu’ils ont eu. Il est certain qu’aujourd’hui les Etats-Unis continuent de voir cette région comme sa grande zone d’influence et qu’ils seront actifs lorsqu’il s’agira de déstabiliser les gouvernements progressistes.

 

Depuis que Temer a été nommé président par intérim, nous n’entendons plus parler du Brésil. Pourtant, les manifestations contre le coup parlementaire se poursuivent.

 

Sur Nodal, le site d’information que je dirige, nous montrons justement de manière quotidienne les rassemblements qui s’organisent contre le gouvernement du président intérimaire de Michel Temer.

 

Il y a effectivement des mobilisations quotidiennes, mais en même temps il est vrai que les grandes agences d’informations n’en parlent pas afin de donner une image d’une situation normale au Brésil, ce qui n’est pas le cas.

 

Le 5 juin dernier, Pablo Kuczinsky, un ancien banquier, a remporté l’élection présidentielle au Pérou. Mais ce qui a particulièrement attiré l’attention, c’est le score de Keiko Fujimori qui a perdu avec une très courte différence. Comment peut-on expliquer cette ancrage du fujimorisme au sein de la société péruvienne alors même qu’Alberto Fujimori qui a gouverné de 1990 à 2000 a été condamné pour corruption et violations des droits de l’homme ?

 

Je crois qu’il y a deux éléments à prendre en compte. En premier lieu, le délitement de la Alianza Popular Revolucionaria Americana (APRA) [Alliance populaire révolutionnaire américaine, NdT], un parti historique et répressif envers les forces de gauche à la suite des actions du Sentier lumineux et qui ont laissé celles-ci en grande difficulté pour s’intégrer dans l’échiquier politique. Deuxièmement, car le gouvernement d’Alberto Fujimori, au-delà des pratiques néo-libérales et de grande ouverture des marchés, a mis en place quelque mesures positives pour les classes populaires. Pour autant, il faut prendre en compte que Veronika Mendoza du Frente Amplio [Front élargi, gauche péruvienne, NdT] est arrivée en troisième position et qu’elle possède le deuxième plus grand nombre de députés au parlement, derrière les fujimoristes qui ont la majorité absolue. Mais il est certain que la répression fujimoriste a fortement désarticulé les différentes oppositions.

 

Quel est votre point de vue sur les récentes déclarations du secrétaire général de l’Organisation des États Américains, Luis Almagro et plus généralement de la campagne internationale qui est menée contre le Venezuela?

 

La discorde au niveau continental, un continent en discorde comme l’a défini l’Espagnol Alfredo Serrano Mancilla, est bien reflétée je crois par le Venezuela et ses relations avec les organisations régionales. Car celle qui avait un fort impact était l’UNASUR mais le changement de gouvernement en Argentine et la suspension de Dilma Rousseff ont donné beaucoup plus de force aux mouvements conservateurs qui préfèrent que toute intervention en Amérique Latine soit effectuée à travers l’OEA car celle-ci porte l’empreinte des États-Unis. Et je crois que la posture du secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, traduit bien cette tendance. Il a présenté un document ouvertement en faveur de l’opposition vénézuélienne reprenant pratiquement tous les points soulevés par l’opposition au Venezuela concernant la consultation populaire ou la révocation présidentielle. Et je crois que cette discorde a été mise en lumière à cause de l’intervention de l’OEA. Il s’agit d’une part d’une victoire pour l’opposition vénézuélienne que d’avoir réussi à faire intervenir l’OEA dans son pays, mais d’autre part c’est également une victoire pour le gouvernement du Venezuela que d’avoir enrayé l’intervention de l’OEA et d’avoir réussi à ce que cela se fasse par l’intermédiaire de l’UNASUR.

 

Effectivement, aujourd’hui il existe clairement deux blocs qui s’affrontent sur le continent. D’un côté le bloc conservateur, avec le Brésil, l’Argentine, le Pérou, la Colombie, qui sont ouvertement en faveur des traités de libre-échange et des politiques néo-libérales. Et d’un autre côté le bloc progressiste qui comprend le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur, Cuba, qui plaident pour une meilleure intégration régionale.Pensez-vous que c’est cet affrontement qui définit aujourd’hui l’Amérique latine ?

 

Oui, et c’est pour cela qu’il est juste de dire que c’est un continent en discorde. Il est clair que depuis la victoire de Chávez aux élections de 1998, un courant progressiste assez important s’est développé en Argentine, au Brésil, en Uruguay, en Équateur, en Bolivie, au Venezuela, etc. Les mouvements conservateurs se sont vu affaiblis par cette percée progressiste. Cependant, la situation à laquelle nous assistons ces derniers temps a marqué un changement. La victoire électorale est la première victoire électorale de la droite latino-américaine sous un gouvernement progressiste, et ça c’est un changement.

 

Cela a bien-sûr renforcé le courant libéral et conservateur, d’autant plus si l’on considère la situation au Brésil, la victoire de l’opposition aux élections législatives au Venezuela ou l’échec du référendum en Bolivie. Cela donne à la droite latino-américaine de multiples possibilités de faire avancer son projet de mettre en place un traité de libre-échange, de renforcer l’OEA, ainsi que l’Alliance du Pacifique, alliance qui a été créée en vue d’affaiblir le Mercosur et l’UNASUR.

 

Mais comment expliquez-vous cette contre-offensive aussi rapide et brutale de la droite latino-américaine en si peu de temps contre des gouvernements qui, au-delà des erreurs qu’ils ont commises, ont reçu un soutien populaire important ?

 

Il existe plusieurs facteurs. L’érosion progressive, l’influence des puissants médias, l’appareil politico-judiciaire qui n’a pas été suffisamment transformé, les appareils juridiques qui sont en relation étroite avec les médias. Il ne faut pas oublier que les classes sociales qui ont fondé les nations latino-américaines les ont créées à leur image de même que les appareils politico-judiciaires et médiatiques qu’elles ont mis à leur service. Nous avons assisté ces dernières années à un courant progressiste qui a essayé de renverser cette situation de manière plus ou moins radicale selon les cas.Il n’est pas facile de changer des structures sociales, politiques et économiques qui existent depuis des décennies surtout au milieu de coups d’États et de répressions.

 

C’est en ce sens que certains analystes ont reproché à Dilma, à Lula et au Parti des Travailleurs de ne pas avoir modifié la structure politique du Brésil qui continue à subir les effets de la corruption…

 

J’ai justement écrit un article il y a quelques années qui soulignait l’existence en Bolivie et en Équateur d’un courant qui avait décidé de refonder les pays sur la base d’une mobilisation populaire, et que dans d’autres pays comme le Brésil, on avait décidé de passer des accords et de négocier. Je crois que toute la différence se situe ici.

 

Et la droite a récupéré le thème de la corruption…

 

Bien-sûr. La question de la corruption est quelque chose de sérieux. Le Parti des Travailleurs (PT) est un très net exemple de mouvement social né autour du thème de la lutte contre la corruption, qui se présentait comme un parti différent mais qui a néanmoins sombré à son tour dans la même corruption que tous les autres partis. C’est pour cela que le PT est considéré aujourd’hui comme faisant partie de l’establishment pour n’avoir justement pas remanié la structure politico-économique et aussi pour avoir trempé dans des cas de corruption.

 

Nous allons conclure avec l’Argentine. Comment percevez-vous ce changement de cap en termes de politique extérieure sous l’égide du président Mauricio Macri?

 

Ce qu’est en train de faire Macri est en phase avec ce qu’il a toujours annoncé. Il a soutenu l’opposition au Venezuela, il a toujours été en faveur de politiques néo-libérales et il est train d’adopter une posture cohérente avec ce qu’il a toujours déclaré. Je crois que ce qui a le plus marqué au niveau latino-américain c’est que c’est la première fois en quinze ans que la droite remporte une élection sous un gouvernement progressiste au sens le plus large du terme. Et il est évident que Macri a tissé des liens avec les droites latino-américaines et européennes. De plus, il va manifestement chercher à détruire tout ce qui s’est construit pendant le kirchnérisme à l’instar de la droite brésilienne qui cherche également à détruire tout ce qu’a réussi à produire le PT. C’est pour cela que la droite, au moment de voter le 17 avril dernier à la Chambre des députés, répétait Fora Dilma, Fora Lula, Fora PT [Dehors Dilma, Dehors Lula, Dehors le PT, NdT.

 

L’objectif de la droite latino-américaine face aux processus progressistes est de détruire toute la politique d’inclusion mise en place auparavant.

 

Elle considère la question de la corruption comme un sujet important mais en réalité l’objectif est de détruire tout ce qui a été construit. La corruption en Amérique latine, à l’instar de la pauvreté, n’est pas née avec le progressisme, bien au contraire. Ce qu’ont essayé d’accomplir les progressistes c’est de réussir à intégrer des millions de personnes alors en dehors du système.

 

*Journaliste et correspondant pour Investig’Action en Argentine.

 

Source: Journal de Notre Amérique 16, juillet 2016

 

Retrouvez cet article dans notre dernier numéro du Journal de Notre Amérique

Dilma Rousseff innocentée par un tribunal international

Dilma Rousseff innocentée par un tribunal international

 

Sao Paulo, le 15 mai 2016. Manifestation contre le gouvernement intérimaire du libéral Michel Temer. Photo : AFP
Une cour symbolique composée de spécialistes du monde entier – dont la sénatrice communiste du Val-de-Marne Laurence Cohen – a écarté, à l’unanimité, le crime de responsabilité de la présidente brésilienne. Elle en conclut que la procédure de destitution est à ce titre illégale.

Le tribunal a rendu sa sentence. Mercredi, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a été innocentée à l’unanimité par le tribunal international pour la démocratie, chargé de juger les modalités de la procédure de destitution, ouverte au Sénat pour maquillage présumé du déficit public en 2014, année de sa réélection. Installée à Rio de Janeiro, au Teatro Casa Grande, lieu historique de la résistance à la dictature, l’instance a été convoquée à l’initiative de Via Campesina, des Juristes pour la démocratie et du Front Brésil populaire, qui regroupe les mouvements syndicaux et politiques de gauche. Avocate et professeure de droit civil à la faculté de droit de Rio de Janeiro, Caroline Proner a expliqué que l’objectif était de mettre en débat l’ensemble des arguments et a insisté sur « la transparence » de la procédure menée par des personnalités internationalement reconnues. Lors de ce procès symbolique, ces spécialistes venus du Mexique, de France, d’Italie, d’Espagne, du Costa Rica et des États-Unis ont conclu que la procédure d’impeachment viole la Constitution brésilienne, la Convention interaméricaine des droits de l’homme et le Pacte international des droits civiques et politiques. Inspirée du tribunal Russell qui jugea les crimes de guerre américains durant la guerre du Vietnam, cette cour a été chargée de se documenter et de juger les différents aspects de la procédure brésilienne.

La procédure de destitution, « un outil putschiste utilisé par les forces antidémocratiques »

Si l’expertise indépendante commandée par le Sénat a également mis en évidence l’absence de crime de responsabilité commis par Dilma Rousseff, les sénateurs, fidèles au gouvernement intérimaire du libéral Michel Temer, pourraient pourtant condamner la présidente progressiste fin août. Selon le tribunal international, en l’absence de crime de responsabilité, la procédure de destitution s’apparente à « un outil putschiste utilisé par les forces antidémocratiques et les conservateurs pour renverser le gouvernement légalement élu ». Caroline Proner dénonce « le nouveau type de coup d’État parlementaire qui revêt les atours de la légalité ». Membre du jury, l’artiste argentin et Prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel a comparé la procédure en cours aux coups d’État de 2009 et 2012 contre les présidents du Honduras, José Manuel Zelaya, et du Paraguay, Fernando Lugo. En avril, alors qu’il s’adressait aux sénateurs brésiliens, Adolfo Pérez Esquivel a lancé : « Les intérêts du peuple du Brésil et de toute l’Amérique latine devraient être placés au-dessus des intérêts partisans des élites. » Lors de son allocution, Laurence Cohen, sénatrice du Val-de-Marne (Groupe communiste, républicain et citoyen), a dénoncé « le procès politique dont la droite et la grande bourgeoisie, qui n’ont jamais supporté que 48 millions de Brésiliens sortent de la pauvreté, s’étaient fait les instigateurs afin de maintenir leurs privilèges. Cette grande bourgeoisie d’hommes blancs aisés et d’âge mûr n’est pas à l’image de la société. C’est une politique raciste et misogyne qui revient sur le devant de la scène ». En atteste les premières réformes politiques édictées par le gouvernement intérimaire de Michel Temer. L’avocate Tania Oliveira égrène : « Le retour de la privatisation rampante, le démantèlement du Code du travail, l’augmentation du temps de travail, la réduction des dépenses publiques en matière d’éducation et de santé, la discrimination envers les femmes, les Noirs, les Indiens et tout représentant des minorités et l’abaissement de l’âge de la responsabilité pénale. » Laurence Cohen a été reçue jeudi avec les autres jurés par Dilma Rousseff afin d’exposer la décision du tribunal.

»» http://www.humanite.fr/rousseff-innocentee-par-un-tribunal-international-612396

URL de cet article 30668 

Brésil, Lula, « C'est la crise partout »

22 juillet 2016

Brésil, Lula, « C'est la crise partout »

 

« C’est la crise partout, constate Lula, le Brésil ne pouvait être épargné. Les Etats-Unis n’ont pas eu le taux de croissance économique escompté. La Chine ralentit. L’Europe est en crise à cause du Brexit et des réfugiés. Personne ne veut recevoir les pauvres. Pourtant, ce sont les pays riches qui fomentent les guerres et fabriquent les bombes. Ces mêmes pays, qui ont toujours défendu le libre-échange, furent les premiers, en 2009, à mettre des barrières protectionnistes quand il a été question de libéraliser le commerce pour lutter contre les effets de la crise financière. La crise dans le monde est donc aussi de nature morale, et pas seulement économique ou politique. Au Brésil, il y a un processus de lutte contre la corruption [l’enquête dite «Lava Jato», soit «lavage express», sur les détournements chez le géant pétrolier Petrobras, au profit des partis politiques] que notre gouvernement a favorisé. Car c’est nous qui avons investi le plus dans la formationde la police fédérale et dans l’instance de contrôle CGU [Contrôle général de l’Union] ; nous qui avons concédé la plus large autonomie au ministère public, au-delà même de ce que prévoit la Constitution... »

 

Reprenons l'interview de Lula...

 

Michel Peyret


Luis Inacio Lula da Silva : « La politique, c’est l’art de l’impossible »

 

Par Chantal Rayes, Correspondante à Sao Paulo — 12 juillet 2016 à 20:11 - Libération

 

L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva dans son bureau de l'institut de son nom, à Sao Paulo, le 5 juillet. L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva dans son bureau de l'institut de son nom, à Sao Paulo, le 5 juillet. Photo Felipe Redondo pour Libération

 

L’ex-président brésilien, le plus populaire de l’histoire contemporaine du pays, revient sur la menace de destitution de Dilma Rousseff, l’affaire Petrobras ou encore les Jeux d’août. Aujourd’hui âgé de 70 ans, il pourrait être candidat en 2018.

 

    • Lula : « La politique, c’est l’art de l’impossible »

« Je vais chausser mes lunettes pour me donner un air de sociologue ou de politologue. » Lula, l’enfant pauvre qui n’a pas terminé sa scolarité, a le sens de l’autodérision, l’autre facette de l’assurance. Affable, détendu, l’ex-président du Brésil (2003-2011) a reçu Libération au siège de l’institut qui porte son nom, à São Paulo. Alors que son parti est au creux de la vague, que sa protégée Dilma Rousseff est menacée de destitution et que sa propre image est malmenée, Lula s’est livré à une opération séduction. Entretien exclusif.

 

Nous sommes à un mois de l’ouverture des Jeux olympiques. Quelles sont vos attentes ?

 

Je suis sûr que Rio et le Brésil vont une fois de plus enchanter les milliers d’étrangers qui viendront, grâce à l’accueil de notre peuple et la qualité de ce qui a été construit pour la compétition. Nos athlètes sont très motivés aussi. Je croise les doigts tous les jours pour qu’il n’y ait pas d’incident.

 

Quel genre d’incident ?

 

De sécurité. Je ne crois pas à la menace terroriste au Brésil. C’est un pays fraternel et pacifique. Mais je suis sûr que toutes les précautions sont prises.

 

En deux ans - et grâce à votre gouvernement -, le Brésil aura reçu les deux principales compétitions sportives, le Mondial de foot en 2014 et les JO. Quel a été votre calcul diplomatique ?

 

Le Brésil doit agir comme un grand pays, capable d’organiser de tels événements. Car pour autant qu’on leur trouve des défauts, ces compétitions sont l’occasion de faire la publicité du pays, même si elles ouvrent aussi les yeux sur nos problèmes. Cela ne doit pas nous faire peur, il ne faut pas essayer de cacher nos pauvres, de les retirer de la rue comme le font certains [allusion à la mairie de Rio qui a délogé des favelas, officiellement pour faire place aux travaux olympiques, ndlr]. Le gouvernement n’a pas eu de participation décisive pour ramener la Coupe du monde au Brésil. La Fifa et la Confédération brésilienne de football se sont entendues là-dessus. C’était au tour de l’Amérique latine de l’organiser [selon le système de rotation de la Fifa]. Il était important que le Mondial revienne chez nous, qui l’avons remporté cinq fois et ne l’avions plus organisé depuis 1950.

 

Pour les JO, en revanche, le gouvernement a fait campagne…

 

Oui. Le Brésil avait déjà perdu trois fois [Brasília avait déjà postulé pour les JO de  2000 et Rio pour ceux de 2004 et 2012]. Cette fois, il fallait gagner. Chaque fois qu’il voyait ses homologues, Celso Amorim [ministre des Affaires étrangères de Lula et éminence grise de sa politique étrangère] leur en parlait. J’ai moi-même tenu à parler personnellement à de nombreux dirigeants étrangers, surtout latino-américains, asiatiques et africains pour leur demander de voter Rio. Le Brésil vivait alors en 2009 une phase exceptionnelle, historique. C’était une sorte de coqueluche. Notre économie était en pleine croissance, nous rêvions d’en faire la sixième mondiale. Le monde s’est mis à croire en nous. Malgré tout, l’emporter face à des villes comme Chicago, Madrid et Tokyo n’a pas été facile. Certains disaient même que ce serait impossible. La victoire de Rio a été émouvante, inédite. Ce fut l’un des jours les plus importants de ma vie. J’ai vu la scène à Copacabana, le peuple qui pleurait de joie. C’était extraordinaire.

 

Mais n’y avait-il pas d’autres priorités pour un pays encore en développement ?

 

Cela reviendrait à dire que les JO et le Mondial ne peuvent être réalisés qu’aux Etats-Unis, en France ou en Allemagne ! Or leur tenue ne peut pas être l’exclusivité des pays riches, qui devraient d’ailleurs aider financièrement les pays pauvres à recevoir ces grands événements. Ceux-ci sont l’occasion de développer un pays, de recevoir des investissements, de mettre en route de nouveaux projets. Conquérir les JO a été extraordinaire pour le Brésil, justement parce qu’il reste beaucoup à faire. Nous avons pu enclencher des investissements qui n’auraient pas été réalisés autrement.

 

Quel héritage laisseront les JO ?

 

Ils vont laisser un legs extraordinaire pour Rio, un legs sportif et en infrastructures de transports. Il est important qu’une fois la compétition terminée, les gouvernants fassent en sorte que le patrimoine édifié profite à toute la population. Le gouvernement fédéral a mis beaucoup d’argent dans les JO. Il y a donc une grande ingratitude de la part du maire de Rio, Eduardo Paes, à l’égard de la présidente Dilma Rousseff, dont il défend la destitution.

 

Le Brésil vit aujourd’hui une profonde crise, économique, sociale, politique et morale. En quoi votre parti, au pouvoir lors des treize dernières années, en endosse-t-il la responsabilité ?

 

C’est la crise partout, le Brésil ne pouvait être épargné. Les Etats-Unis n’ont pas eu le taux de croissance économique escompté. La Chine ralentit. L’Europe est en crise à cause du Brexit et des réfugiés. Personne ne veut recevoir les pauvres. Pourtant, ce sont les pays riches qui fomentent les guerres et fabriquent les bombes. Ces mêmes pays, qui ont toujours défendu le libre-échange, furent les premiers, en 2009, à mettre des barrières protectionnistes quand il a été question de libéraliser le commerce pour lutter contre les effets de la crise financière. La crise dans le monde est donc aussi de nature morale, et pas seulement économique ou politique. Au Brésil, il y a un processus de lutte contre la corruption [l’enquête dite « Lava Jato », soit « lavage express », sur les détournements chez le géant pétrolier Petrobras, au profit des partis politiques] que notre gouvernement a favorisé. Car c’est nous qui avons investi le plus dans la formationde la police fédérale et dans l’instance de contrôle CGU [Contrôle général de l’Union] ; nous qui avons concédé la plus large autonomie au ministère public, au-delà même de ce que prévoit la Constitution. Ma seule critique, c’est que la justice semble parfois plus préoccupée de faire la une des journaux que d’enquêter correctement. Même si la personne est blanchie, in fine, par les tribunaux, elle aura été condamnée par l’opinion publique.

 

Sur le plan économique, quelles erreurs avez-vous commises ?

 

Au terme du premier mandat de Dilma Rousseff [réélue fin 2014], le chômage était encore très bas [6,5 % à l’époque, contre 11,2 % fin avril]. Elle avait réussi à maintenir l’emploi en même temps que les politiques sociales. Mais il fallait continuer à investir. Or, les caisses s’étaient vidées. Dilma reconnaît que sa politique d’exonérations fiscales aux entreprises, qui a réduit les rentrées fiscales de l’Etat, a été trop loin. Entre 2011 et 2015, l’Etat a renoncé à quelque 500 milliards de reais de recettes (138 milliards d’euros). Et, fait extrêmement grave, sans rien exiger en échange du patronat. Les investissements nécessaires pour créer de l’emploi n’ont pas été réalisés. Dès la réélection de Dilma, il y a eu une forte crise politique qui a paralysé l’économie. Les patrons ont perdu confiance, les banques ne prêtaient plus. Dilma n’a pas réussi à faire approuver par le Parlement les mesures qu’elle croyait nécessaires. Pour rééquilibrer les comptes, elle a tenté de réduire les dépenses, mais le Parlement a été en sens inverse, approuvant des lois pour augmenter celles-ci ! Le Parlement a semblé miser sur la crise, jusqu’à ce que surgisse l’idée du golpe [«putsch» ou «arnaque» en portugais du Brésil]…

 

Michel Temer, désormais président par intérim, est-il un putschiste ?

 

C’est le Parlement qui a franchi le premier pas du golpe en jugeant recevable la plainte contre Dilma [elle est accusée d’avoir augmenté les dépenses de l’année 2015 sans l’aval du Congrès, et d’avoir différé des paiements aux banques publiques pour masquer l’ampleur du déficit budgétaire]. Il est alors clairement apparu qu’il s’agissait d’un jugement purement politique car la victime n’a pas commis de « crime de responsabilité  », nécessaire pour déclencher une procédure de destitution.

 

Dans un régime parlementaire, retirer la confiance au gouvernement serait acceptable. Mais dans le régime présidentiel qui est le nôtre, ce n’est pas possible. Ce fut ensuite au tour du Sénat de franchir la seconde étape du golpe,en acceptant de juger quelqu’un qui n’a pas commis de crime de responsabilité. A partir de là, Dilma a été suspendue dans l’attente de son jugement. C’est alors qu’est intervenu le golpe de Michel Temer. Il est constitutionnaliste, il sait qu’il n’y a pas crime de responsabilité. En tant que président par intérim, il aurait dû réunir les ministres de Dilma et se contenter de coordonner les politiques qui étaient déjà en place. Or il agit comme si la procédure d’impeachment était déjà achevée, limogeant depuis le ministre des Finances jusqu’au garçon qui servait le café. C’est comme si vous me prêtiez votre maison pour les vacances et qu’à votre retour, je l’avais vendue. Comme si Dilma n’existait plus. Comme si Temer n’avait jamais fait partie de son gouvernement alors qu’il a été son vice-président pendant cinq ans. Il participait aux réunions, il discutait avec la Présidente, avec les ministres. Et aujourd’hui, on dirait quelqu’un de l’extérieur, venu pour tout défaire. Il s’est montré trop pressé, il aurait dû être plus prudent. Beaucoup de choses peuvent encore arriver…

 

Vous croyez donc au retour de Dilma ?

 

Si je n’y croyais pas, je ne ferais pas de la politique. La procédure permet son retour [le 12 mai, le Sénat a suspendu la Présidente pour une période maximale de six mois, mais elle peut reprendre ses fonctions si elle est blanchie]. Dilma dépend de seulement six voix [pour échapper à l’impeachment]. Il n’est pas difficile de les trouver.

 

Mais si elle revient au pouvoir, ses adversaires la laisseront-ils gouverner ?

 

La politique est l’art de l’impossible. Je crois en la démocratie, en la capacitéde persuasion. Pour que le Brésil retrouve sa crédibilité dans le monde, il faut rétablir le mandat de celle qui a été élue démocratiquement par 54 millions de Brésiliens.

 

Regrettez-vous de l’avoir désignée à votre succession, comme l’affirme l’ancien président José Sarney sur une écoute téléphonique ?

 

Sarney m’a appelé pour démentir. Non seulement j’ai désigné Dilma, mais je l’ai désignée à nouveau pour qu’elle puisse être réélue et je ne le regrette pas. C’est une camarade de grande valeur, de grande qualité. J’ai contribué à la faire élire et réélire. J’ai confiance en elle. Quand on gouverne, les décisions qu’on prend n’atteignent pas toujours leur objectif. Dès le départ, j’ai dit que sa réussite serait la mienne et que son échec serait aussi le mien.

 

Et comme elle a échoué, vous avez donc échoué aussi…

 

On ne peut pas dire qu’elle a échoué, car elle n’a pas pu terminer son mandat. Il manquait encore trois ans, elle aurait pu faire beaucoup de choses. Depuis mes temps de syndicaliste, je dis que je veux être jugé au dernier jour de mon mandat. En 2006, à la fin de mon premier mandat, certains disaient que je ne serais pas réélu. Or, j’ai eu 62 % des voix. Mon second mandat a été infiniment meilleur que le premier. Je l’ai achevé avec 87 % d’opinions favorables et 3 % seulement d’opinions défavorables, du jamais-vu dans l’histoire du pays. Même mes adversaires le reconnaissent.

 

Au terme de son premier mandat, Dilma a été jugée par les électeurs qui l’ont réélue, malgré les attaques de la presse et des élites politiques et économiques. Elle était en train d’essayer de relancer l’économie. Si les mesures d’austérité envisagées étaient bonnes ou pas, c’est une autre paire de manches. Elle a essayé. Mais les partis qui sont au gouvernement aujourd’hui se sont comportés de manière irresponsable, ils ne l’ont pas laissée gouverner. Ils ont tiré profit de la mauvaise situation politique et de la récession économique, ils l’ont renversée parce qu’ils ont eu peur de son succès. Elle aurait pu réussir, elle aurait pu faire élire quelqu’un à sa propre succession.

 

Serez-vous candidat en 2018 ?

 

On verra. J’ai 70 ans. L’âge est implacable. Je dois voir dans quel état je serai. D’ici là, j’espère que des jeunes espoirs de la politique émergeront. J’ai déjà été président. Mais s’il existe un risque de remise en cause de nos politiques sociales, je me représenterai.

 

Et ce risque existe ?

 

Oui. Le Brésil doit comprendre que les pauvres sont la solution à nos problèmes économiques. Si vous donnez 100 dollars à un pauvre, il ne va pas les déposer à la banque, il ne va pas investir dans les bons du Trésor. Il va courir au supermarché acheter de quoi manger. C’est ce que nous avons fait avec la «Bolsa família», le crédit à l’agriculture familiale et le programme micro-entrepreneur individuel [pour permettre aux travailleurs autonomes de régulariser leur activité]. Quand on met un peu d’argent entre les mains du plus grand nombre, on relance le commerce, qui relance l’industrie, qui relance le développement. Pas besoin d’être économiste pour savoir ces choses. D’ailleurs, c’est ce que les économistessavent le moins.Ils préfèrent s’intéresser à ce que pensent le FMI ou la Banque mondiale. La crise ne va se résorber que lorsqu’on comprendra qu’une microéconomie forte est à la base d’une macroéconomie en bonne santé. Mais si on coupe dans les dépenses publiques, notamment sociales, si on réduit les salaires, le pays s’affaiblit. Les gens qui avaient gravi deux marches reviendront à la case départ. Je ne crois pas à ce modèle économique.

 

C’est celui de Temer, l’actuel président en intérim ?

 

Il est à l’œuvre partout dans le monde.

 

Pourquoi la gauche ne parvient-elle pas à mobiliser suffisamment pour résister à ce qu’elle taxe de « putsch » ?

 

Le problème n’est pas de mobiliser. Vers la fin de la dictature, en 1983, on a mis un million de personnes dans la rue pour réclamer le retour au suffrage universel, et on a perdu. Il n’y a pas de miracle. Il manque six voix pour échapper à l’impeachment. Il faut parler à ces sénateurs, voir à quelles conditions ils voteraient pour le retour de Dilma. Elle seule peut leur parler. Elle doit les regarder dans les yeux et leur dire ce qu’elle entend faire si elle revient au pouvoir.

 

Les principaux partis, dont votre formation, le Parti des travailleurs, sont impliqués dans l’affaire des détournements d’argent à Petrobras, destinés à financer les campagnes électorales. Pourquoi votre parti, censé faire de la politique autrement, a-t-il fini par adhérer aux méthodes de la droite ?

 

Laissez-moi vous dire une chose sur Lava Jato. La «délation récompensée», qui permet une remise de peine en échange d’une collaboration avec la justice, a été introduite pour que les accusés avouent leurs délits. Or tout le monde prétend maintenant avoir financé des campagnes électorales avec des pots-de-vin [pour bénéficier d’une réduction de peine]. A croire qu’il n’y a pas d’argent propre dans les campagnes. Or les entreprises qui financent les campagnes n’ont certainement pas prévenu les partis qu’elles leur donnaient des pots-de-vin. Aucun patron n’est allé voir un trésorier de parti pour lui dire : «Cet argent est propre, je ne te le donne pas, mais ces pots-de-vin, je te les laisse.» Nous allons assister en octobre, à l’occasion des municipales, à la première élection sans les dons des entreprises, qui ne peuvent plus contribuer au financement électoral. C’est une mesure imposée récemment par la Cour suprême et défendue depuis longtemps par le PT. Le parti va revenir à l’expérience de ses débuts : il va devoir vendre des tee-shirts, des drapeaux et des petites étoiles [son symbole], comme il le faisait dans les années 80.

 

Les caisses du PT sont pourtant bien remplies, dit-on, grâce au réseau Petrobras…

 

Si les caisses sont pleines, il sera facile pour le fisc de le savoir. Pour lever des fonds, les partis font tous pareil. Ils ne vont pas voir les chômeurs, ils ne vont pas dans les favelas. Ils demandent de l’argent à ceux qui en ont, c’est-à-dire les chefs d’entreprise. C’est pourquoi le PT défend le financement public des campagnes.

 

Une réforme politique profonde s’impose.Pourquoi ne pas avoir mis votre prestige au service de cette réforme quand vous étiez au pouvoir ?

 

En treize ans, nous avons lancé plusieurs projets de réforme [au Parlement]. Mais la classe politique, qui craint pour sa survie, ne veut pas changer les règles du jeu. C’est pourquoi j’ai dit, en 2004 ou 2005, qu’il fallait une assemblée constituante pour mener exclusivement cette réforme. Personne n’en a voulu. Je le martèle dans mes débats avec les jeunes Brésiliens : la seule façon de changer la politique, c’est encore d’entrer en politique. Rien ne sert de se plaindre de l’extérieur.

 

Le 4 mars, vous avez été interpellé pour vous expliquer sur de supposés avantages indus que vous auriez reçus des entreprises impliquées dans l’affaire Petrobras. La justice est-elle indépendante ou agit-elle au service d’intérêts politiques ?

 

En tant que citoyen et démocrate, je crois enla justice. Mais on assiste à une dérive dans le comportement de certains membres du pouvoir judiciaire qui sont de connivence avec une partie de la presse. Ils semblent croire que si une accusation est martelée à la télé, condamner quelqu’un devient facile. Les fuites sont sélectives, les interpellations ressemblent à un spectacle de pyrotechnie. On n’est plus en quête de vérité, de preuves, mais d’une manchette de journal. Selon cette logique, la justice, la chaîne Globo ou l’entreprise OAS [un prestataire de Petrobras qui lui aurait offert un triplex dont il dément être le propriétaire] vont devoir m’offrir cet appartement puisqu’ils affirment qu’il m’appartient !

 

Pourriez-vous être arrêté ?

 

Je n’en sais rien.

 

Quel est l’avenir du PT, qui traverse la pire crise de son histoire ?

 

La situation du PT est vraiment très mauvaise. Mais vous remarquerez qu’aucun autre parti ne profite de sa chute. Quand nous étions au zénith, en 2010-2011, 32 % de l’électorat déclarait une préférence pour le PT. Aujourd’hui, le parti est retombé à 12 %, comme en 2002. Mais le Parti du mouvement démocratique brésilien [le PMDB du président par intérim, Michel Temer] et le Parti de la social-démocratie brésilienne [de l’ancien président Fernando Henrique Cardoso], eux, stationnent depuis à 5 % ou 6 %. Je crois à la capacité de rebond du PT. La haine et les comportements fascistes des conservateurs contre le parti vont lui permettre de se relancer.

 

Peut-être, le PT doit-il aussi faire quelque chose…

 

Le parti va devoir s’expliquer tous les jours, débattre, aller dans la rue. Il ne doit pas se cacher.

 

Pendant votre présidence, le Brésil affichait des ambitions géopolitiques et s’est montré très actif sur la scène internationale. Aujourd’hui, le ministre des Affaires étrangères par intérim, José Serra, affirme qu’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, une ambition ancienne du Brésil que vous aviez défendue, n’est pas une priorité…

 

Pour moi, l’ordre géopolitique d’après-guerre ne peut plus perdurer, les institutions de Bretton Woods, le FMI, la Banque mondiale sont dépassés. Il n’y a pas d’explication géopolitique pour que l’Amérique latine, l’Afrique, l’Inde, mais aussi le Japon et l’Allemagne ne siègent pas au Conseil de sécurité. Si celui-ci était plus représentatif, on n’aurait pas eu la guerre en Irak ou en Libye, on aurait déjà créé un Etat palestinien. La France, la Russie et l’Angleterre se sont déclarées favorables à l’octroi d’un siège permanent pour le Brésil. Mais les Etats-Unis et la Chine étaient contre. Le Conseil de sécurité est un club d’amis qui ne veut inviter personne à la fête. Si on l’accepte tel qu’il est, avec seulement cinq membres permanents, si on accepte de faire ce que veulent les Etats-Unis, d’obéir… Cela me fait de la peine de voir le Brésil revenir aujourd’hui à son complexe d’infériorité, se demander ce que pensent l’Europe, les Etats-Unis, la Chine. Je veux savoir ce qu’ils pensent, mais je veux aussi qu’ils sachent ce que je pense. Je veux être traité d’égal à égal. Le Brésil doit avoir son mot à dire sur les affaires du monde. Il a un potentiel qui mérite d’être respecté par les pays riches.

 

La diplomatie a été un point fort de votre présidence. Qu’en retenez-vous ?

 

Je suis fier que le Brésil ait joué alors un rôle aussi important. On a créé les Brics[forum réunissant Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud], la Banque des Brics [banque de développement alternative], l’Ibas [Forum de dialogue Inde, Brésil, Afrique du Sud], l’Unasur [Union des nations sud-américaines], la Celac[Communauté des Etats latino-américains et caribéens]. On a congédié l’Alca [la zone de libre-échange des Amériques], discuté avec le Moyen-Orient et rapproché l’Afrique et l’Amérique du Sud…

 

Mais les négociations pour un accord de libre-échange entre le Mercosur (union douanière du Cône sud) et l’UE n’ont pas avancé… Pourquoi ?

 

Parce que le seul but de l’Europe était d’écouler ses produits industrialisés. Nous n’allions jamais nous industrialiser nous-mêmes. Nous allions rester d’éternels exportateurs de matières premières. Ils nous vendraient des voitures et nous, seulement du soja. Or, on veut exporter aussi de la technologie, des connaissances… Au G8 et au G20, les pays riches d’Europe envisageaient déjà un mécanisme pour contrôler le prix des denrées de base, la seule chose que vendent les pays en développement ! Si au lieu de dépenser 3 000 milliards pour sauver le système financier, les pays riches avaient investi cet argent pour aider les pays pauvres à se doter d’un parc industriel, la crise aurait été résolue.

 

Et les négociations sur le changement climatique ?

 

Là-dessus, le Brésil a une autorité morale et politique. Nous avons le taux le plus élevé au monde d’énergie propre (l’hydroélectricité représente 80 % du parc électrique), 12 % des réserves d’eau douce de la planète et la plus grande réserve forestière tropicale au monde. Les pays riches, eux, ont détruit leurs forêts et veulent continuer à polluer. Alors ils parlent d’un fonds pour que les pays pauvres ne coupent plus les arbres. Nous voulons une politique de préservation sérieuse, mais juste, qui prenne en compte le fait que les pays développés, qui polluent depuis plus longtemps, ont une dette plus grande envers l’humanité. Or les pays industrialisés ne veulent pas de ce débat. Pour eux, tout se résout avec la création d’un fonds. Quand il entend le mot «fonds», le pays pauvre pense au peu d’argent qu’il peut récupérer, et tout le monde croit qu’un tel mécanisme va résoudre le problème. Mais ça ne va pas résoudre le problème.

 

Quel est le défi actuel de la planète ?

 

De permettre aux continents qui ne se sont pas encore développés d’y parvenir en ce XXIe siècle. Je rêve d’avancées technologiques qui permettraient de produire davantage d’aliments en exploitant moins de terres, qu’on soit capable d’émettre moins de gaz à effet de serre, de diminuer la pollution de l’eau et des océans, mais sans empêcher la croissance des pays pauvres. Dans les discussions, les pays riches croient parfois que nous sommes radicaux. Or il s’agit juste de permettre que tous vivent dignement.

 

En quoi votre parcours hors du commun a-t-il contribué au succès du Brésil sur la scène internationale ?

 

Je dois ce succès à beaucoup de gens. A Chirac et Sarkozy, à Blair et Brown, à Bush et Obama, à Poutine et Medvedev, à Hu Jintao ou Singh, à tous les chefs d’Etat africains et latino-américains. Gordon Brown parlait en bien de moi à tout le monde, il disait au FMI et à la Banque mondiale de me faire confiance, un peu comme s’il était un de mes ministres ! Il a été le garant de mon gouvernement. Je l’aime beaucoup. Et je suis très reconnaissant à Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy qui m’ont traité d’égal à égal. J’ai été le premier président du Brésil invité à toutes les réunions du G8.

 

Pourquoi, à votre avis ?

 

Parce que je représentais quelque chose de nouveau en politique internationale : j’étais le seul ouvrier arrivé à la tête d’un grand pays. Tout le monde doutait de ma capacité à gouverner (sourire). Cela m’a permis de bénéficier d’une grande solidarité de la part des dirigeants de la planète. D’autant que j’ai vite fait d’expliquer à Bush que mon ennemi à moi, ce n’était pas Saddam Hussein, mais la faim dans mon pays, et que c’est cet ennemi-là que je voulais vaincre. Après ça, beaucoup de dirigeants ont voulu m’aider. Personne n’aime les gens qui ne se respectent pas eux-mêmes, les lèche-bottes.

 

Un souvenir précis ?

 

Mon premier G8, à Evian, en 2003. C’était inédit, un métallo invité au G8… J’étais président depuis seulement six mois. A Evian, l’hôtel était protégé par la police et cerclé de barbelés. Je me suis dit : « Ces gens, ces dirigeants du G8, ne doivent pas être des enfants de chœur, sinon, ils n’auraient pas eu tellement peur, il ne leur aurait pas fallu autant de militaires et de barbelés pour se réunir.» Mais passons. J’ai été de table en table pour saluer tout le monde. Puis on est allés s’asseoir, Celso Amorim, mon ministre des Affaires étrangères, Kofi Annan, alors patron de l’ONU, et moi-même. Tout d’un coup, il y a eu un sursaut et tout le monde s’est levé. J’ai cru que Dieu arrivait… Mais c’était Bush. J’ai dit à Celso Amorim : « Personne ne s’est levé quand je suis arrivé. Alors, nous, on ne se lèvera pas non plus. Bush viendra nous saluer quand même. » Et que s’est-il passé ? Bush est venu nous saluer.

 

Chantal Rayes Correspondante à Sao Paulo

Camille Loty Malebranche, un occidentalisme violent et prédateur

19 juillet 2016

Camille Loty Malebranche, un occidentalisme violent et prédateur

 

« L’occidentalisme, accuse Camille Loty Malebranche, est essentiellement violent et prédateur. Il n’a pas le monopole de la violence colonialiste mais il est le seul à avoir inventé l’impérialisme en mode de génocide économique des peuples, impérialisme protéiforme qui se permet d’intervenir militairement quand il est en crise et qui joue à l’humanitaire via certains Ong et organismes internationaux quand il est bien assis. Après les hécatombes et génocides tels ceux des indigènes du Nouveau Monde et des esclaves africains, sans rien réparer de ce qui est réparable, il se pare de morale amnésique et hagiographique qui le blanchit, l’essentialise, et où il magnifie les pires criminels, de Colomb à Bush en passant par Napoléon et Nixon, tout en faisant des lois qui garantissent ses forfaits, tout en produisant des armes de destruction massive pour faire disparaître le monde si ses « intérêts » étaient menacés. Sociocentriste, ethnocentriste et raciste, tel est l’occident historique et contemporain... »

 

Reprenons l'entretien avec Camille Loty Malebranche...

 

Michel Peyret


Il n’y a pas de cité idéale. Toutefois, l’Homme a le droit d’exiger des sociétés d’équité 

 

29 Novembre 2011

Par Alexandra Philoctète

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Exorde

Émigration

 

1. Vous êtes né en Haïti, depuis quand vivez au Canada ?

 

2. Pourquoi avoir choisi d’immigrer au Canada ? 

 

À vos deux premières questions, je vous dirai qu’Haïti a basculé durant les 20 dernières années dans un chaos politique faussement sans issue. Comme si après l’ordre écrasant de la dictature, le pays ne pouvait que générer l’ingérable, sombrer dans une forme d’anomie qui n’a pourtant rien d’anarchique! Une manière de pseudo-aporie sociale le rendant intenable pour la majorité. Le chaos prérévolutionnaire qui défait l’ordre des monstres est porteur à terme, d’ordre correcteur, mais celui de l’Haïti d’aujourd’hui est un chaos planifié de ceux qui veulent rendre le pays invivable. Rarement la désagrégation dangereuse et menaçante des normes n’a été aussi loin dans un pays non en guerre où l’État prétend exister.

 

Donc, mon émigration s’inscrit en conséquence de cela. En réaction à cette maléfique ubiquité politique de l’incurie et de la déchéance programmée.  

 

3. Vos écrits circulent beaucoup, mais peu de gens sont en mesure de rattacher un visage à ces écrits, comment expliquer cela ?

 

Diriez-vous que vous êtes un timide ou un solitaire ?

 

Moi, Solitaire extraverti

 

Je ne suis plus timide. Je l’étais adolescent, mais j’ai totalement guéri par mes travaux de communicateur et d’enseignant, d’animateur de cercles culturels et d’émissions télévisées. Solitaire, oui. Je le suis comme tous les sages. C’est le lot des esprits qui cultivent la profondeur. Nous vivons un monde d’abysse flottant du paraître, donc la culture de l’essentiel est solitaire par son caractère rarissime. Et puis, l’environnement pseudo-intello qui consiste à répéter sans penser me répugne au plus haut point, donc mes amis sont très rares et ma solitude très fréquente. Mais elle est si heureuse que je ne voudrais la changer pour rien au monde, car je sais à quel point le rapport immédiat à autrui quand cet autrui est de mauvaise foi ou englué dans ses bas-fonds, chose malheureusement tellement proliférante, peut être pathogène et tueur! La famille, la société, la religion sociale, sont si souvent des chambres ardentes de torture et de déshumanisation qui clouent l’individu aux piloris et ensuite le traînent aux gémonies par manière de horde et de meute où de purs chacals frappent de leur avanie l’homme qu’ils ne peuvent asservir ou dénaturer. Je suis le solitaire ouvert, extraverti qui sait rencontrer l’autre mais sait également s’en protéger.  Par ailleurs, il est aussi question de jalousie, d’envie des esprits complexés qui cherchent à se défouler de leurs souffrances voire à compenser leur pauvreté existentielle, leur petitesse intellectuelle et leur néant spirituel aux dépens de l’homme qui se travaille et s’élève. On ne vous pardonne pas d’être élevé ou grand. Et quand l’autre se sent inférieur, il vous accuse d’arrogance, de méchanceté et de tous les noms… Pour les milieux médiocres du populisme culturel d’aujourd’hui, toute élévation de soi, tout refus de la platitude et de l’alignement aux prêts à penser en cours, est soit folie soit arrogance! Je refuse de porter le fardeau des ontologiquement minables et misérables, aigris inaptes à se travailler eux-mêmes, qui non seulement, font tout pour empêcher les vrais hommes et l’esprit en tant qu’hypostase métaphysique et en tant qu'entendement (entendement qui n'est en fait qu'une faculté de l'esprit) à s’exprimer et se développer. Ce sont ces monstres de méchanceté et de sottise, qui, ensuite, vont dire leur connerie haineuse contre ceux qu’ils ne peuvent ravaler. Notre milieu est trop médiocre et trop négatif dans son approche de l’homme de valeur. D’aucuns vous diront que je c’est de l’orgueil, mais je dis que l’orgueil - à moins de sacrifier égoïstement ou claniquement autrui comme le font les crapules de la politique, de la religion, de l’économie ou de la finance - est le moteur de la grandeur et de l’Élévation Humaine. L’orgueil authentique est fierté émanant des vrais mérites de l’homme et jamais vanité ou esbroufe. La vanité est la corruption de l’orgueil, la perversion de la fierté. Un peu comme ces imbéciles d’héritiers fiers de leur statut qui n’est que privilège de la naissance, ou ces idiots qui magnifient leur origine, leur pays et leur « race » essentialisés supérieurs, contingences dont ils usent souvent pour faire du mal et pérenniser d’innombrables injustices. L’homme n’est jamais humble. Les pontifes et ministres religieux dans leur kérygme et parénèse, tout grands prêcheurs qu’ils sont de la vertu d’humilité, s’octroient sinon un statut d’idoles vivantes, à tout le moins, de guide incarnant le pouvoir divin en s’imposant d’une manière ou d’une autre en oints envoyés, dieux sur terre pour plusieurs malgré les horreurs que leur prérogative a causées à travers l’histoire où ils ont soit directement soit indirectement cautionné les excès des puissants du pouvoir temporel, leurs alliés... Le Christ a relativisé l’importance des curies et de toute religion institutionnelle et propose que dans son évolution spirituelle, le chrétien s’émancipe de l’institution religieuse officielle pour adorer Dieu dans son temple intérieur « ni dans le temple » de pierre qui représente la structure du pouvoir religieux « ni sur la montagne » qui évoque la contrainte géographique du croyant astreint jadis au pèlerinage. L’Humilité du Christ n’est pas humble mais assumation lucide de la grandeur divine de l’homme, elle refuse le faux orgueil charnel pour prôner l’orgueil de notre essence d’image de Dieu... Elle est humble devant Dieu mais pas humble devant l’homme envers qui elle prône Charité, Fraternité et Justice dans l’Équité et le Respect réciproque. Toute autre vision de l’Humilité est manipulation par des pervers arrogants qui veulent soumettre des esprits simples. Et, par projection de leur pathologie de maîtres des vies et des biens, quiconque ne se soumet à eux, est déclaré arrogant par leur presse! Tel est ce que fait l’occident envers et contre tous les résistants à ses monstruosités hégémoniques. Par ailleurs, pour revenir à la solitude extravertie qui est mienne, je dis Oui à la relation à hauteur d’homme dans la charité et l’équité qu’il ne faut jamais confondre avec l’abêtissant nivèlement par le bas. Oui à cette communication transcendante avec l’être de l’autre comme empathie et partage, que Lévinas appelle excendance.  

 

Et puis, sur le plan humain, fors l’ubiquité divine et cette omniprésence de Dieu avec nous en nous, la présence d’autrui est toujours éphémère et l’homme à ce stade est toujours passablement seul.

 

4. Le Dr. Michel-Ange Momplaisir dit de vous « Homme de refus  que Camille Loty Malebranche ! Homme libre, Contestataire intellectuel ».

 

Effectivement, souvent dans vos écrits, on dénote une nette contestation de la société occidentale, plus particulièrement nord américaine.

 

Pour vous en quoi consisterait une société idéale ?

 

Occident

 

Je ne suis pas contre l’Occident mais contre l’occidentalisme, cette idéologie essentialiste d’une communauté de cultures se croyant supérieure par essence et ayant la « vocation divine » de soumettre le monde par le colonialisme et l’esclavagisme ancien et nouveau, en arguant de le civiliser! L’occident a vite compris que l’on mène le monde par les structures et la violence structurelle. Dans sa perversion prédatrice, il s’est arrangé pour faire de tous ceux qu’il conquiert et soumet, des rebuts de la paupérisation par ses politiques destructrices imposées, tout en se disant haï.

 

L’occidentalisme est essentiellement violent et prédateur. Il n’a pas le monopole de la violence colonialiste mais il est le seul à avoir inventé l’impérialisme en mode de génocide économique des peuples, impérialisme protéiforme qui se permet d’intervenir militairement quand il est en crise et qui joue à l’humanitaire via certains Ong et organismes internationaux quand il est bien assis. Après les hécatombes et génocides tels ceux des indigènes du Nouveau Monde et des esclaves africains, sans rien réparer de ce qui est réparable, il se pare de morale amnésique et hagiographique qui le blanchit, l’essentialise, et où il magnifie les pires criminels, de Colomb à Bush en passant par Napoléon et Nixon, tout en faisant des lois qui garantissent ses forfaits, tout en produisant des armes de destruction massive pour faire disparaître le monde si ses « intérêts » étaient menacés. Sociocentriste, ethnocentriste et raciste, tel est l’occident historique et contemporain. C’est aussi, une communauté de prostitués sans conviction, qui couche avec n’importe qui, n’importe quoi quand l’argent est là. L’attitude flagorneuse actuelle des mêmes États et gouvernements envers la Chine jalousée après tant d’injures récentes, en est l’exemple le plus probant sans oublier les relations des tenants des droits de l’homme avec l’Arabie Saoudite bien plus exécutrice de femmes adultères que l’Iran. Par ailleurs, les occidentaux doivent cesser de parler d’aide alors qu’ils continuent de voler et dominer, de piller pour régner. Les pays nantis ex métropoles et colonies de peuplement où des colons sur place ont dépossédé les autochtones de toutes leurs richesses – s’étant criminellement enrichis sur le dos des autres peuples et ethnies envahis, asservis - ont une dette immense envers le monde. Ce n’est pas leurs baragouins de droits de l’homme qui les acquitteront de leur indécence de profiteurs criminels d’autrui.

 

La liberté sociale passe par le contrôle effectif et sans désinformation par le peuple des politiques appliquées. Le monde notamment occidental, ceux qui s’autoproclament la « communauté internationale », agite un logos dit ‘démocratie’ alors que partout une infime clique d’oligarques banco-kleptocrates (de grands banquiers voleurs de toutes les ressources) instaure la tyrannie d’une ploutocratie planétaire que l’on constate comme si la terre était leur bien privé. 

 

Il n’y a pas de société idéale. Toutefois, l’Homme a le droit d’exiger des sociétés d’équité vu que l’égalité n’est que rêvasserie fébrile des faibles et des songeurs. Mes écrits sont clairs au sujet de l’Occident, je suis contre ce que j’appelle l’occidentalisme, l’occident idéologique de prédation planétaire, de plouto-kleptocratie où quelques-uns (grands banquiers et Pdg de multinationales et de cartels) asservissent le monde par la finance en altérant l’économie réelle des peuples. Depuis quelque temps nous assistons à l’effacement du politique auquel on a substitué des larbins démarcheurs des riches compagnies elles-mêmes tributaires de quelques Banques diaboliques au pouvoir, responsables de la surexploitation ininterrompue des ressources de la Terre au nom d’une croissance économique écocide et homicide de dégradation physique (écologique) et d’esclavagisation économique du monde endetté par eux selon les modalités infâmes du crédit et la pernicieuse  nature même de l’argent vu la création de celui-ci à partir du crédit (donc de la dette). Nous sommes aujourd’hui si riches sur terre et pourtant bien plus des 2 tiers de l’humanité vivent miséreux dans la crasse et dans l’opprobre de l’extrême paupérisation, ce, même dans les pays dits nantis, à quelques pas de Wall Street et d’autres places boursières. Comme je l’ai toujours expliqué, je conspue l’occidentalisme, cet occident idéologique sordidement criminel contre l’humanité, qui a imposé et impose le gibet de l’esclavagisme et du néoesclavagisme au reste du monde au nom de la race, dans un immonde sociocentrisme ethnocentrique même si j’aime par contre, l’occident humain et épistémique.

 

5. Vous venez de terminer récemment, un recueil de poésie intituléYeux du sang, Vigie d’âme, publié par les Éditions du CIDHICA. Cette publication a été une surprise pour tous, Comment en êtes-vous venu à la poésie ?

 

En tant que philosophe, quel lien faites-vous entre la philosophie et la poésie ?

 

Philosophie et poésie

 

Que j’aie publié de la poésie plutôt qu’un de mes essais philosophiques, cela relève de la stratégie éditoriale car il est difficile de faire éditer des textes métaphysiques où le langage est abstrait et parfois spécialisé malgré tous les efforts de simplification lexicologique qu’on puisse y apporter. Difficile, à moins d’avoir sa propre édition, de faire connaître ses idées quand on est penseur souverain et libre, surtout dans le petit monde haïtien si souvent parsemé de mesquineries médiocrates et de petits manœuvriers qui font tout pour empêcher l’émergence des vrais esprits de peur d’être par eux, éclipsés! Dans le monde des asservis mentaux et des misérabilistes au pouvoir, toute élévation authentique est suspecte de mégalomanie.

 

Bref, pour le second volet de votre question je vous répondrai que la philosophie a commencé par la poésie stricto sensu ou la poésie dramatique et ne l’a jamais quittée. Parménide fut sans doute le tout premier à l’illustrer en Occident, Empédocle et les tragiques grecs comme Eschyle ou Sophocle s’inscrivent dans la même veine. Nous savons aussi qu’hors de l’occident, la Bhagavad-Gîta, l’épopée de Gilgamesh ont jeté en Inde et Mésopotamie, les bases d’une weltanschauung (vision du monde) qui prend des allures mystiques de philosophie mythico-sociale. La philosophie se sert souvent de la poésie comme langage et arme d’éloquence et de persuasion dans sa communication. Elle est essentiellement un discours rationnel où le réel ou les mythes, la réalité et l’utopie se donnent en nutriment comme contribution à la construction idéelle du présent et du possible, du déjà là et des projections existentielles humaines et sociales. Elle se veut porteuse de concepts fondateurs du monde nouveau qu’elle propose et donc se mouille et s’échaude toujours en ce qu’elle ose se positionner dans l’espace public. Toute philosophie sérieuse est doctrine et ce, même quand elle n’est pas directement ce que Mounier disait de l’existentialisme « philosophie de l’homme », puisque « la philosophie des choses et des idées » dont parle le père du personnalisme catholique, par ricochet, fut-elle celle du langage, est tentative de refaire le monde ou la manière du regard porté sur le monde, d’après les possibles qu’elle crée et propose dans les concepts et les idées. Le vrai philosophe, ni Argos ni Janus ni Surhomme, est un Hyperconscient rigoureux et lucide qui pense et prend position. Et sa position se fait selon son observation transphénoménale [c’est à dire allant toujours au-delà du phénomène, du tangible (donc de ce qui apparaît)] des êtres et des choses. Car comme en politique, la parole est éminemment et à fortiori action en philosophie. Mais prenez garde, la philosophie peut être diaboliquement réactionnaire tout comme elle revêt parfois chez certains les traits d’une démiurgie révolutionnaire. Malheureusement, peu de philosophes penseurs et de doctrinaires existent aujourd’hui. Les éditions, bourgeoises pour la plupart, ne publient que des études sur des anciens ou des exégèses. Nous sommes surtout à l’heure de grands analystes de concepts, spécialistes chrestomathiques (c'est-à-dire d’enseignements scolaires) sans pensée doctrinale ou pensée tout court. Ils « pensent » sur autrui et oublient que ces autrui du passé ne sont philosophes que parce qu’ils ont osé penser. Penser comme je l’ai déjà écrit ailleurs, revêt trois grands paramètres : La méditation, la réflexion et la cognition. Cognition en cogitation veut dire création ou recréation d’idées. L’idée comme voie et fin de la pensée est l’architecture nouvelle pour l’édifice nouveau envisagé dans la démarche méditative et réflexive du penseur-philosophe.  Pour revenir à la poésie, disons qu’elle est genre et langage. On la fait en autonome ou l’utilise comme moyen. Toute grande littérature, tout discours puissant, dans sa quête d’esthétique et de profondeur, passe par la poésie-langage. La poésie-genre quant à elle, est réservée aux poètes proprement dits. C’est là que la poésie devient métalangagière. 

 

La poésie comme métalangage est une expérimentation métalinguistique de l’extase que j’appelle espécielle, cette forme de transport imprescriptible et mystique de l’Homme comme espèce dans l’ailleurs sans contingence ni limite. C’est un peu le champ de la surlogique qui refuse le corset sémiotique et logique du dire ordinaire. Refus, la poésie est vraiment fidèle à son étymologie de poïesis car elle crée un univers imaginaire mais vrai quoique non réel à la mesure du poète pour briser les carcans… La poésie est intimiste, une sorte de solipsisme qui n’embrase autrui que par cette ressemblance des altérités qui affecte l’Humanité en tant qu’espèce.

 

Quant à la philosophie, elle est d’ordre plus extraverti et est directement ou indirectement impliqué dans la réalité individuelle et collective. Nous nous rappelons, par exemple, la tentative sartrienne dans ‘Question de Méthode’, de faire en sorte que l’existentialisme, philosophie de la personne joigne le marxisme, philosophie de la société. C’est que la philosophie est dispensatrice de sens par la doctrine qui se veut englober l’homme (onto-anthropologie) et la société (politique).

 

La philosophie, pour revenir à Janus que j’ai évoqué dans des articles, ce dieu à deux faces sur le passé et le futur, est un Janus discursif, une nyctalopie idéelle qui – au contraire de la « Chouette de Minerve prenant son vol au crépuscule (et arrivant toujours trop tard) » où Hegel a voulu la confiner – connaît les couleurs du jour en gestation pour avoir traversé de nombreux jours et nuits. La Philosophie, par son interrogation des essences, par la masse des idées qu’elle a pu se faire, thésaurisées à travers les millénaires, fait mieux que l’Histoire, l’unité du temps. Elle qui nous permet au fil des regards et des manières de voir, d’envisager l’eidétique insaisissable de la réalité humaine et cosmique.    

 

6. La spiritualité semble jouer un rôle important dans votre vie. Qu’en est-il?

 

Spiritualité

 

La spiritualité est le socle même de l’être et de l’existence. Elle se fout des dénaturations heideggériennes qui, bêtement, refusent et subvertissent l’onto-théologie scolastique voire kantienne pour réduire l’être vidé de sens à un morne déploiement dans le temps, où le dasein (l’être-là qu’est l’homme) ne saurait éviter l’abysse illusoire et profanateur de l’être-pour-la-mort. La spiritualité est le champ de l’essentiel en ce qu’elle touche à la nature profonde de l’homme. C’est la religion des tréfonds qui se passe des rites et cultes et de tous les artifices de la religion sociale. Elle prime toute philosophie car sans être discours sur la vie elle est ancrage dans la Vie par le dispensateur de toute vie qu’est Dieu. Socialement elle est rebelle, n’acceptant que l’autorité divine. Elle peut se permettre ainsi d’être anarchiste mystique refusant de se pâmer dans les miasmes de la servitude hiératique qui caractérise la religion officielle institutionnelle ouvrant boutique de dénomination dans le social sous la houlette impie des curies. Je suis mystique Chrétien, cela signifie que je crois à la mysticité du Christ et l’intègre par la foi. Je crois que le Christ a réalisé l’entéléchie humaine en nous donnant pignon, par son sacrifice expiatoire et propitiatoire, sur l’humanité accomplie qui est la réalisation de notre vocation de Fils de Dieu. Dans le christianisme on ne naît pas fils de Dieu, on le devient par l’acceptation de la Rédemption. L’eschatologie chrétienne est l’accomplissement de la véritable nature humaine, une eschatologie donc de la victoire sur la prétendue déréliction de l’homme au monde. Pour le Chrétien ainsi assumé, la Vie est destin et la participation à la Déité du Père, vocation. Destin et Vocation sont entités dynamiques. Le destin est comme un trophée à conquérir, la vocation, un état à féconder, un pouvoir être à rendre effectif. Le destin implique une voie à suivre pour atteindre un but sous peine de se perdre si on quitte la bonne route, la vocation, elle, est un appel à l’assumation d’une potentialité. La foi est l’impulsion-attraction des deux. Enracinement dans ce que j’appelle l’enstase ontologique c'est-à-dire notre nature profonde d’esprit incarné, et transcendance dans l’extase christique de la rédemption et de l’ascension. La véritable Spiritualité Chrétienne - se moquant de la fausse morale religieuse des biblistes qui usent de la Bible sans la démythifier ni la contextualiser pour tyranniser et culpabiliser, comme des religieux de comptoirs faisant carrière. Abomination que Kierkegaard avait à raison en horreur, lorsqu’il disait aux pasteurs que « l’Évangile n’est pas une institution où l’on va faire carrière, mais une Parole édificatrice de l’Âme ». Le Christ nous offre la rédemption et la grâce de l’accès au Père par l’action-guidance du Paraclet que Jésus nous a mérité en son sang versé. Sacrifice, toutefois, qui n’est qu’une parenthèse sitôt ouverte, vite fermée, car Jésus revenu à la vie est devenu le Christ éternel en qui l’Homme est glorifié. Et c’est le Jésus-Christ ressuscité après la libation sanglante du Calvaire, le Christ de l’ascension et du règne que je sers. D’où mon rejet de tout dolorisme. Ma foi en Dieu, foi aveugle de Jésus qui voit en l’Être du Père sa résurrection malgré la croix, est gage de ce que je désigne par philontologie et théontologie, paire de concepts qui signifient respectivement 1) notre affinité naturelle d’avec le Créateur vu la connaturalité entre déité et humanité par l’esprit imago Dei que nous sommes, et 2) l’union avec Dieu par le Don du Paraclet qui nous fait temple de Dieu sur la route de notre accomplissement spirituel, notre vocation déitaire.  

 

7. La situation actuelle de votre mère patrie vous inquiète-t-elle ?

 

Patrie

 

Pour évoquer ma mère patrie, je vous dirai, qu’Haïti est fermée dans une torpeur onirique et que les débats politiques sur l’espoir d’un changement sont biaisés au départ, car il n’y a pas d’espoir avec des politicards traditionnels sans action projetante et conquérante. C’est de l’attentisme édulcoré que l’on prêche et inflige au peuple haïtien. Du songe collectif qui n’est pas un rêve parce que privé de projection sur et dans la réalité à construire et le devenir à affranchir. Il n’y a pas de rêve éveillé quand le rêveur ne se donne guère les moyens de son rêve, ce n’est que songe niais voire superstitieux. Et tous les propos plus ou moins savants d’économistes ou ex économistes de la Banque mondiale ou de l’Onu, resteront sans effet pour le changement salvateur. Car ce n’est pas l’érudition réactionnaire de ceux qui focalisent les attentions sur tel politicien en fonction ou en perspective qui sauvera le pays, mais l’élimination du système néocolonial volontairement chaotique qui le détruit. Il s’agit pour les politiques dignes de ce nom de faire le choix des secteurs agricole et agro-industriel, secteurs vocationnels de la topographie du pays, qui doivent occuper l’essentiel de l’économie haïtienne (J’imagine de 80 à 90%). D’où il faut changer de partenaires internationaux vu que ceux d’aujourd’hui font tout pour empêcher l’émergence de ces secteurs dont ils ont éliminé par le dumping, même l’embryon jadis existant. Taïwan est un boulet attaché aux pieds d’Haïti par l’impérialisme étasunien dont nous devons nous défaire. Je l’ai dit et je le redis, Haïti doit intégrer la Chine, ce grand pays sans implantation régionale de son modèle socioéconomique, comme premier partenaire économique et politique pour la construction de ce nouveau système de création et de  structuration d’une économie endogène vraiment ancrée dans la configuration physique et la nature géographique haïtiennes. Nos intérêts d’abord, non pas ceux des É.U. ou des taïwanais. Les secteurs secondaires seront le tourisme et la sous-traitance. Tout cela avec une gestion efficace de l’espace (environnement, gestion du risque sismique) et de la démographie rationnelle (population et contrôle des naissances).

 

Naturellement, il faut que les haïtiens sachent que l’économie politique néoféodale imposée par les É-U. et leurs alliés en Haïti, malgré son échafaudage discursif macroéconomique, constitue une ironie mystificatrice des pays paupérisés par les hégémonistes nantis du nord et n’aidera jamais le pays à sortir de l’abîme. Il faut aussi que les politiques nouveaux qui doivent se lever des ruines actuelles comprennent que l’homme politique est celui qui sait où il veut conduire son peuple. Il a la vision claire de son but à atteindre avec le collectif, il se distingue de l’expert en ce sens que celui-ci, n’est là que pour aider à élaborer les stratégies gagnantes, pour aider à éviter les pièges ou obstacles avérés et surtout subtils sur la voie de la conquête. En aucun cas, néanmoins, l’expert ne peut rien imposer au politique qui est celui qui détermine le but, le propose au collectif et l’y conduit si naturellement le collectif le veut, l’élit en tant que tel. Naturellement pour finir, il faut que l’on humanise la masse d’individus qui ne sont haïtiens que par la fatalité de la naissance, pour les rendre personnes et citoyens. Je réfère encore une fois à mon texte l’Éducation humano-citoyenne, planche du salut haïtien que les lecteurs de cet entretien peuvent facilement trouver sur plusieurs sites web en cherchant dans Google.

 

8. Nous voilà arrivés à la fin de cette entrevue, avez-vous un mot à dire aux lecteurs.

 

Épilogue

 

Le non être parce qu’inexistence est neutre et sans historicité ni trace mais c’est une avanie effaçante pour l’homme ou pour une collectivité humaine d’être fagotée par l’histoire abandonnée à ces bourreaux et ses malheurs, c’est annihilant de s’avouer vaincu et de subir l’histoire par défaitisme!

 

Dans mon roman inédit ‘Le conquérant d’humanité’ mon personnage principal, racontant sa propre vie dans une autobiographie fictive, déclare : « Je suis né de nuit. La nuit est conquête du jour et marche vers le soleil. La nuit est l’espoir de la lumière qui vient mais qu’il faille vouloir rencontrer et voir. Et c’est cette espérance que j’ai toujours adoptée contre l’absurde et le vide ».   

 

C’est donc à cet espoir façonné par l’action du conquérant d’humanité que je convie tous les hommes de quelque ethnie conscient de la dynamique de leur humanité à conquérir à travers la route paradoxalement sombre voire ténébreuse de la lumière, cette nuit traversée et dépassée qui mène au soleil de l’accomplissement humain.

 

Quant aux haïtiens, je leur redis ici une de mes idées sur la capacité des peuples brisés des forces de l’histoire de ressurgir et de se remettre à vivre quand tout semble les condamner :

 

Si l’homme s’accomplit par la métaphysique et en Dieu, la société, le peuple, se réalise par la politique et l’action des hommes (du politique et des citoyens), bref des collectivités faisant l’histoire et refusant de la subir.

 

Merci Camille Loty Malebranche de m’avoir accordé cette entrevue.

Rodrigo Cabezas  : « Notre crise conjugue dépendance pétrolière et insuffisance productive »

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Rodrigo Cabezas  : « Notre crise conjugue dépendance pétrolière et insuffisance productive »

 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CATHY CEÏBE
VENDREDI, 15 JUILLET, 2016
L'HUMANITÉ

 

Rodrigo Cabezas est économiste et professeur à l’université de l’État de Zulia. Vice-président du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) aux questions internationales, il revient sur les raisons de l’échec de sa formation aux législatives du 6 décembre 2015. Ministre des Finances de 2007 à 2008, il détaille les réajustements en cours, en vue de juguler la grave situation économique que connaît le pays.
 
Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, vient de prolonger l’état d’urgence économique. Comment expliquez-vous le phénomène du manque d’approvisionnement dans un pays qui possède d’importantes ressources naturelles à même de garantir une stabilité économique ?
 
Rodrigo Cabezas L’économie vénézuélienne a un problème structurel relatif à son extrême dépendance de la rente pétrolière. Les cycles des prix du pétrole nous affectent. La baisse du baril du pétrole a entraîné une perte d’au moins 62 % de la valeur de la devise. Pour que le PIB augmente de 2 % en 2016, il faudrait que le prix du baril du pétrole remonte à 132 dollars. Mais le caractère structurel de nos problèmes économiques ne relève pas que de cette oscillation de prix. Notre crise conjugue la dépendance pétrolière et l’insuffisance productive. L’état d’urgence économique fait l’objet d’un débat stratégique national au sein du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) : le modèle de pays rentier s’est effondré. Il nous faut d’urgence un agenda pour initier le chemin d’une économie productive qui ne soit ni « extractiviste » ni exclusivement exportatrice de matières premières. Elle doit se concentrer sur la création d’une plateforme industrielle pour les exportations. En ce sens, le Venezuela possède des atouts, notamment dans les domaines du pétrole, mais également de la pétrochimie, de la sidérurgie et de l’aluminium. Cette économie est possible à la condition d’une ouverture à l’investissement étranger direct et qu’elle soit régulée par un État fort. Pour que notre économie progresse de manière durable et distribue d’un point de vue socialiste, les besoins de financement sont tels que nous ne pouvons le faire avec nos seules ressources, ni via l’endettement.
 
Les investissements étrangers existent déjà, comme par exemple dans le domaine de la construction de logements en coopération avec l’Iran…
 
Rodrigo Cabezas Ces investissements ne sont pas suffisants pour assurer une croissance économique solide. Une des caractéristiques du chavisme, lorsque le président défunt Hugo Chavez était encore en fonctions, a été de combler une grande partie du passif social hérité de la IVe République. Lors de notre arrivée au pouvoir, 63 % des familles étaient en situation de pauvreté. Nous l’avons réduite à 27 % en 2014. Nous avons réalisé un effort endogène important, historique, grâce à la révolution bolivarienne connue, comme les missions sociales. Nous avons concentré les dépenses publiques dans la santé et l’éducation. Dans les années 1980 et 1990, les dépenses sociales nationales représentaient 16 % du total des dépenses publiques. De 2004 à 2015, elles ont augmenté jusqu’à peser 46 % du budget de l’État. La pauvreté a fortement baissé. L’éducation est devenue un droit inclusif : nous sommes l’un des pays qui comptent le plus d’inscrits à l’université. L’Unesco a classé le Venezuela dans la liste des pays libres d’analphabétisme. Dans un premier temps, le social a été un thème dominant. La rente pétrolière de 2004 à 2014, en dépit d’une chute du prix du baril à 100 dollars en raison de la crise financière en 2009 et 2010, nous a permis de maintenir cette politique sociale et des développements économiques endogènes. Mais nous n’avons pas eu une politique d’industrialisation exportatrice. Au contraire. Nous avons même reculé, accroissant notre extrême dépendance au pétrole. Il y a seize ans, les recettes des exportations non pétrolières représentaient 8 %. Aujourd’hui, elles ne sont que de 4 %. L’analyse de fond de la révolution bolivarienne est de reconnaître que la rente pétrolière nous a amenés à faire bénéficier la population de subventions exagérées et inconcevables : nous ne vendions pas le gasoil, nous l’offrions. La compagnie nationale pétrolière, PDVSA, doit payer nos concessionnaires afin qu’ils puissent le vendre à 8 centimes le litre. Cela a conduit à une distorsion du marché interne. Notre consommation quotidienne devrait être de 420 000 barils par jour, mais elle est de plus de 600 000 parce que personne n’économise le gasoil. Il est courant de se déplacer en voiture pour se rendre à deux rues à peine. C’est une question culturelle. Il est urgent de construire une économie productive qui apporte une valeur ajoutée à nos matières premières et de faire un effort pour nous élever au rang de pays exportateur.
 
Comment comptez-vous rectifier l’une des grandes fragilités de l’économie vénézuélienne, à savoir son hyperdépendance aux importations agricoles et alimentaires ?
 
Rodrigo Cabezas Nous avons eu d’importantes distorsions dans le domaine de la production agricole. L’exacerbation des importations et le soutien à un type de chantage surévalué, c’est-à-dire un dollar pas cher, ont alimenté les importations et l’idée qu’il était plus facile d’importer que de produire à l’interne. Le processus inflationniste jusqu’en 2014 – modéré autour de 20 % – a renforcé la surévaluation et la recherche d’un dollar au service de l’importation aux alentours de 6 bolivars pour 1 dollar. Nous avons récemment procédé à un réajustement du système de change. Car, jusqu’à présent, notre politique de change a conditionné notre position importatrice, inhibant la production interne. L’an dernier, les voyageurs vénézuéliens ont sorti 5 milliards de dollars du pays, contre 2 milliards de dollars les années précédentes.
 
Les augmentations salariales ne compensent pas la flambée des prix. Comment comptez-vous combattre l’inflation qui tend le quotidien des Vénézuéliens ?
 
Rodrigo Cabezas Le mal-être de caractère social s’explique par le processus inflationniste. Il est d’abord le fruit de la guerre économique menée par les secteurs productifs qui retiennent les biens et spéculent dessus. Ils ont accaparé des produits afin de créer des pénuries. Les subventions à certains produits ont été à l’origine du bachaqueo – de son nom vénézuélien –, qui n’est rien d’autre que l’achat de biens subventionnés pour les maintenir à très bas prix afin de les revendre beaucoup plus cher. Un exemple : la farine Harina Pan était vendue à 19 bolivars, alors que son coût de production était déjà au-dessus des 100 bolivars. Les réseaux mafieux se sont emparés de cette marchandise pour la revendre jusqu’à 500 bolivars, provoquant une pénurie et une inflation que la banque centrale ne peut mesurer. Troisième facteur : les grandes mafias ont vu dans cette distorsion des prix l’occasion d’organiser une contrebande d’extraction de biens à la frontière colombienne, générant ainsi la rareté de produits et de l’inflation. La contrebande de gasoil a entraîné une perte estimée à 6 milliards de dollars et celle des biens alimentaires et produits pharmaceutiques à 8 milliards de dollars. Nous procédons actuellement à des ajustements de notre politique de change. Nous corrigeons également celle des prix en vue d’abandonner l’orthodoxie du « tout subventionné ». Les activités, qu’elles soient manufacturières ou encore agricoles, doivent avoir un minimum de rentabilité en tant que telles et pas seulement grâce aux indemnités versées par l’État. Les ajustements de certains prix ont eu un impact sur les salaires, mais nous avons préféré rechercher un équilibre entre la production, les prix et les salaires, celui-là même que nous avons perdu ces trois dernières années. Nous espérons sortir de l’actuelle conjoncture macroéconomique d’inflation dans les six premiers mois de 2017.
 
Le chef de l’État, Nicolas Maduro, a évoqué la création de structures alternatives aux traditionnels réseaux de distribution des produits, y compris de l’État. S’agit-il de faire face à la contrebande à laquelle vous faites référence ?
 
Rodrigo Cabezas Il y a une urgence sociale. Le gouvernement, avec le pouvoir populaire et les gouvernements locaux, a pris la décision d’intervenir dans la distribution alimentaire afin de protéger le panier type. Nous avons créé les Clap, les comités locaux d’approvisionnement et de production, avec pour objectif que les produits parviennent aux secteurs les plus populaires et les plus défavorisés, et ainsi de casser les circuits des mafias « bachaqueras ». C’est une mesure temporaire car le marché ne peut être substitué, la normalité étant que les familles s’approvisionnent dans les commerces. Mais la spéculation sur les biens est telle qu’elle est même devenue une sorte de travail informel.
 
Cette situation socio-économique négative explique-t-elle le revers électoral enregistré par le PSUV aux élections législatives du 6 décembre, au profit de la droite ?
 
Rodrigo Cabezas Les résultats du 6 décembre ont été marqués par l’économie. Le peuple n’a pas voté pour que les États-Unis interviennent dans notre pays. Il n’a pas voté en faveur du néolibéralisme ou contre l’héritage du président Chavez et les missions sociales. Le peuple est irrité à cause du désapprovisionnement, des files d’attente devant les commerces… Il a donc exprimé son mal-être. Près de 800 000 Vénézuéliens, qui soutenaient le chavisme, ont dit leur colère en votant pour l’opposition sans pour autant en être membres. Environ 700 000 électeurs se sont abstenus. C’est une manifestation de protestation. Nous devons récupérer cet espace social. L’unique façon est de corriger l’économie. Le 6 décembre est le fruit de la détérioration de l’économie et de nos propres erreurs. Tout n’est pas imputable à la stratégie impérialiste, à la chute du cours du pétrole. Notre insuffisance dans la politique de change et des prix a entraîné des distorsions qui ont été applaudies par l’opposition et le département d’État américain. Le PSUV l’a reconnu, car, généralement au sein de la gauche, il existe une culture consistant à renvoyer aux autres et au peuple la responsabilité des échecs. Il y a des causes objectives à notre revers.
 
La droite pourrait-elle renouer avec la stratégie de la violence sur la voie publique, comme ce fut le cas en 2014 en vue de déstabiliser le gouvernement ?
 
Rodrigo Cabezas Les secteurs démocratiques de l’opposition sont opposés à la violence. Les plus radicaux à droite sont isolés sur le plan politique. Le peuple parie pour la paix. Il souhaite que nos controverses soient solutionnées de manière pacifique et civilisée. Le PSUV comme le gouvernement du président Nicolas Maduro sont les garants de cette démarche. La paix est une obligation que nous avons inscrite dans notre ADN. Les événements de 2014 ont servi de leçon parce que 47 Vénézuéliens ont été assassinés, mais également en raison du chaos et de la terreur qui ont régné dans certaines villes, à l’image des tensions mortifères survenues en Ukraine. Des secteurs de la droite ont appris de cette tragédie.
 
L’opposition souhaite organiser un référendum révocatoire contre le président Nicolas Maduro. Qu’en est-il ?
 
Rodrigo Cabezas La Constitution promue par le chavisme prévoit ce type de consultation. Pour ce faire, il y a plusieurs étapes à suivre telles que la collecte d’un pourcentage bien précis de signatures d’électeurs. Le Conseil national électoral (CNE) est le seul habilité à garantir la véracité du processus. Il existe aujourd’hui une polémique concernant la date de 2017. Nous considérons que le référendum n’est pas organisable en 2016 ; l’opposition pense le contraire. Mais, au Venezuela, c’est le CNE qui décide et nous respecterons sa décision, comme nous l’avons toujours fait. Nous ne sommes jamais descendus dans les rues pour contester les résultats à la suite d’un échec électoral comme par exemple lors du référendum de 2007 ou des législatives du 6 décembre. C’est une démonstration de l’existence d’une démocratie. Même lorsque les résultats ne nous sont pas favorables, nous les respectons.

Sebastiao Salgado : « La solidarité, je l’ai apprise ici, en France »

Sebastiao Salgado : « La solidarité, je l’ai apprise ici, en France »

 

19 Juin 2016

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LE MONDE | 12.06.2016 à 07h37 • Mis à jour le 12.06.2016 à 22h11 | Propos recueillis par Annick Cojean

 

Je ne serais pas arrivé là si…

 

… Si mon père avait vendu la ferme dans laquelle j’ai été élevé, dans la vallée du Rio Doce, au Brésil. C’est lui-même qui m’a fait cette remarque, peu de temps avant sa mort en 2002, à 94 ans. « Tu te rends compte de la chance que tu as eu, Sebastiao ? Tu es un photographe reconnu, qui vit à Paris et voyage partout dans le monde. Mais que ce serait-il passé si j’avais cédé aux pressions de ceux qui voulaient racheter notre ferme au temps de la grande inflation, alors que tu étais encore un gosse ? J’aurais été ruiné, comme tant d’autres paysans qui sont partis en ville et se sont fait avoir. Et aujourd’hui, tu serais chauffeur de tracteur dans une autre ferme de la région, ou tu vivrais dans un bidonville de Belo Horizonte ! Tu réalises ? »

 

Il avait totalement raison. Je n’aurais pas pu faire d’études, je n’aurais pas pris le bateau pour la France, je n’aurais peut-être jamais découvert la photo… Il y a eu tant de chance et de hasards dans ma vie, tant de bifurcations imprévisibles aussi, que c’en est vertigineux.

 

Avant tous les tournants, les ruptures ou les « bifurcations », il semble y avoir eu la rencontre avec Lélia.

 

Ah Lélia ! Je ne serais certainement pas arrivé là si je n’avais croisé, l’année de mes 20 ans, en 1964, le chemin de cette jeune fille de 17 ans qui est devenue ma femme, ma partenaire, mon associée, depuis presque cinquante ans.

 

On a tout fait à deux. Et on a construit une vie sur les mêmes références éthiques et idéologiques. On était des gamins quand on s’est rencontré à l’Alliance française de Vitoria où j’avais un petit boulot et où elle était inscrite en cinquième année.

 

Elle était pianiste avec déjà dix années de conservatoire derrière elle. Et elle était magnifique. J’étais étudiant en économie et j’habitais, avec quatre garçons venus comme moi de la campagne, dans une maison de location qu’on gérait comme une « république ».

 

Deux semaines après que nous avons commencé à sortir ensemble, le directeur de l’Alliance m’a dit, me sachant sans doute un peu volage : « C’est désormais fini de courir après toutes les autres, hein ! » Il avait compris. Et deux mois après notre rencontre, nous avions déjà un compte bancaire commun. Ce fut… phénoménal.

 

A quel métier vous destiniez-vous à l’époque ?

 

C’était le début de la grande industrialisation du Brésil et j’étais passionné par la macroéconomie et lesfinances publiques. J’ai été sélectionné parmi les vingt meilleurs étudiants des universités du pays pour suivreun tout nouveau master à Sao Paulo destiné à former les futurs cadres du pays.

 

Je suis devenu grand commis de cet Etat fédéré, conseiller auprès du ministre des finances et responsable de la programmation agricole dans un secteur de la mégapole en plein boum. Mais j’étais proche de l’extrême gauche, très radical, je donnais la moitié de mon salaire à une organisation politique qui se battait contre la dictature, prête à la lutte armée.

 

Lélia et moi participions à toutes les manifestations. Alors, quand il y a eu un second coup d’Etat, le 13 décembre 1968, donnant aux militaires tous les pouvoirs en matière de répression, la situation est devenue très dangereuse pour nous et il fallut choisir : l’exil ou bien la clandestinité et la guérilla urbaine. Comme nous étions très jeunes, c’est le groupe politique qui a décidé : l’exil.

 

Le choix de la France comme terre d’asile était une évidence ?

 

Bien sûr ! J’avais une bourse pour aller dans une grande université américaine, mais c’était la France le pays des droits de l’homme ! Tous les intellectuels brésiliens rêvaient de venir en France. Et le français était la première langue d’étude à l’école. J’ai été accepté dans une grande école, l’Ensae, et Lélia s’est inscrite aux Beaux-Arts en architecture.

 

La mort soudaine de ses deux parents, juste avant notre départ, avait été un tel choc qu’elle n’a plus voulutoucher le piano. Très vite, nous sommes entrés dans des réseaux magnifiques d’entraide. Le Parti communiste (PCF), le Parti socialiste unifié (PSU), différentes organisations de gauche, et puis des mouvements chrétiens comme la Cimade ou le Secours catholique, ont accueilli des tas de Sud-Américains fuyant les dictatures.

 

Je vais vous dire : la solidarité, je l’ai apprise ici, en France. On nous a tellement aidés ! Il devait y avoir une majorité de médecins communistes à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, car on parvenait à y faire entrer des Brésiliens qui avaient été torturés, et qui arrivaient sans papiers, brisés physiquement et psychologiquement. Si nous n’étions pas partis à temps, Lélia et moi serions probablement morts.

 

Vous n’aviez toujours pas, alors, touché un appareil photo ?

 

Non. Mais Lélia en a eu besoin pour ses cours d’architecture. Et nous avons profité d’un séjour en Haute-Savoie pour aller acheter un boîtier à Genève où c’était, paraît-il, moins cher. C’est là que la photo est entrée dans ma vie.

 

J’ai glissé un film dans l’appareil. Et j’ai photographié Lélia, assise à la fenêtre de la maison. C’est ma toute première photo. Et j’ai ressenti un plaisir intense. On est sorti se promener dans la campagne, j’étais grisé d’imaginer que tout ce que je voyais, je pourrais désormais le matérialiser.

 

Pour pouvoir retenir et conserver l’instant ?

 

Bien plus que ça ! Le cadre, la lumière, le mouvement, l’émotion ressentie… C’est un ensemble de variables qui font un concept que l’on transforme en image. C’est un pouvoir immense. Et sa magie a envahi ma vie.

 

En revenant à Paris où nous habitions la Cité universitaire, j’ai monté un petit laboratoire pour développer des films et faire des tirages pour les étudiants. Mais je devais écrire ma thèse de doctorat et on m’a offert untravail à l’Organisation internationale du café, basée à Londres. Un job bien payé, qui me recentrait sur ma formation d’économiste.

 

Nous avions un bel appartement, la plus fantastique voiture de sport que je puisse imaginer, la Triumph Spittfire, et très vite la proposition d’intégrer la Banque mondiale à Washington. Seulement voilà : quand je rentrais de mission en Afrique, je prenais dix fois plus de plaisir à développer mes photos qu’à rédiger mes rapports économiques. La photo me hantait.

 

Le dilemme entre la raison et la passion…

 

On en a discuté des heures avec Lélia dans la petite barque qu’on louait le dimanche sur la Serpentine au milieu de Hyde Park. On ramait jusqu’au milieu du lac, puis on se couchait sur le canot et on parlait, on parlait.Partir à Washington pour revenir un jour au Brésil à un poste de dirigeant ou tout lâcher pour devenirphotographe ? On s’est jeté dans le vide.

 

Saviez-vous quel type de photo vous attirait alors ?

 

Non. J’ai essayé des portraits, des paysages, des photos de sport. Les « charrettes » d’archi que faisait Lélia nous fournissaient suffisamment d’argent pour me permettre de tâtonner. Et puis un jour, très naturellement, je me suis retrouvé à faire des photos sociales.

 

Des gens, immigrés, dépourvus, en détresse. Au fond, je venais de là. Ma formation politique de gauche, mon propre exil, la solidarité dont j’avais bénéficié…

 

Très vite, j’ai travaillé pour des publications de la mouvance du christianisme social : La Vie, Croissance des Jeunes Nations, SOS du Secours catholique, les groupes Bayard et Fleurus… Ils avaient de gros tirages et s’intéressaient aux réfugiés et aux pays sous-développés. Dont je venais !

 

Et puis je me suis lié au monde de l’humanitaire : Médecins sans frontières, l’Unicef, le Haut-Commissariat aux réfugiés, la Croix Rouge. C’est avec eux que j’ai fait tant de choses en Afrique.

 

Vos premières photos sur le Sahel ont provoqué un choc inoubliable. Tout le monde se rappelle ces silhouettes décharnées dans le vent du désert. Que ressentiez-vous à ce moment-là ?

 

C’était à la fois terrible et intense, mais je me sentais à ma place, faisant le métier que j’avais choisi. Quel privilège ! Toute ma vie m’avait porté là. Ma rage, mes valeurs, ma foi. Il fallait faire ces images. Pas une seule personne de cette planète ne devait pouvoir y échapper. Parce qu’il s’agissait de notre histoire à tous. Je tendais un miroir.

 

C’est lorsque j’éditais au retour mes photos, le plus souvent la nuit, en mettant de la musique, que c’était le plus dur. Je revivais le moment et pleurais sur mes planches contact. Mais ne croyez pas qu’il n’y avait que de la souffrance au Sahel. Il y avait aussi des actes héroïques, et de la dignité, et de la solidarité.

 

On ne comprend rien quand on dit que j’y photographiais la misère. Non ! Jamais ! La misère, c’est l’isolement, l’individualité, l’égoïsme. Et ce n’est pas ça que j’ai vu au Sahel. Les gens mouraient beaucoup, mais ils ne mouraient pas seuls, ils mouraient entourés par une communauté et pleurés. Pas comme cette dame âgée de notre immeuble, à Paris, retrouvée morte chez elle au bout d’une quinzaine de jours.

 

L’actualité au jour le jour vous intéressait moins que les grandes mutations de la planète.

 

C’est vrai. J’avais une carte de presse, je voulais être où se passait l’histoire et j’ai vu des combats, des famines, des révolutions. Mais j’aime produire des récits photographiques étalés sur plusieurs années.

 

Mon livre La main de l’homme m’a ainsi permis de rendre hommage au travail et aux prolétaires, et dephotographier cette archéologie d’une époque industrielle à l’heure de la mondialisation. Et puis Exodes s’est attaché aux migrations dues aux guerres, aux crises économiques ou climatiques. Je photographiais la réorganisation de la famille humaine. 92 % des Brésiliens vivaient à la campagne quand j’étais gamin, aujourd’hui 92 % vivent en ville.

 

Tous ces gens photographiés pendant six ans sur les routes de l’exil… Faisiez-vous un lien avec votre propre histoire ?

 

Je suis un migrant !

 

Un migrant installé à Paris. Un migrant avec un toit, un statut, de l’argent, une renommée…

 

Le confort matériel n’a aucun impact sur votre âme et vos références. Je suis Français, membre de l’Académie des Beaux-Arts, mais je suis né dans la brousse brésilienne. Enfant, je jouais dans les grands espaces, je nageais dans les ruisseaux remplis de caïmans, je galopais toute la journée à cheval. Pour amener les bêtes à l’abattoir, il fallait cheminer 45 jours. C’est encore si vif dans mon esprit.

 

Je vis à Paris mais mon histoire est là-bas. Notre histoire, à Lélia et moi. Au début de notre exil, on faisait des cauchemars en imaginant qu’on ne pourrait plus jamais retourner au pays. Nous avons fini par retrouver notre passeport brésilien.

 

Alors je suis un photographe français, c’est vrai, mais mes fibres, mon âme, mes souvenirs de pluie torrentielle qu’aucun Français ne peut connaître me rappellent sans cesse que je suis un immigré. Qui sait si je resterai ici ou si j’y retournerai un jour ? Je ne veux pas mourir loin de mes sept sœurs, ni Lélia loin de sa grande fratrie. Vous comprenez ? Etre immigré, c’est un état d’âme. Rien à voir avec le matériel.

 

L’horreur du génocide rwandais fut pour vous un point de bascule.

 

J’y ai vu les choses les plus terribles qu’on puisse imaginer. Des centaines de cadavres dévalant une rivière, la route vers Kigali jonchée de corps découpés, des camps où s’entassaient des millions de personnes, vite atteintes par le choléra et disposées en piles qu’agrippait une pelle mécanique pour les jeter dans des fosses communes.

 

L’accumulation de ces visions fut un choc effroyable. J’ai perdu foi en l’humanité. Mon corps et ma tête m’ont lâché. J’étais attaqué par mes propres staphylocoques et lors de mes rapports sexuels, ce n’était plus du sperme qui sortait, c’était du sang.

 

« Va vite voir mon copain médecin », m’a dit Henri Cartier-Bresson. On a fait des examens. Ma prostate était impeccable. Mais le toubib m’a dit : « Sebastiao, tu n’es pas malade mais ton corps t’entraîne vers la mort. Tu vois trop de morts ! Arrête ! Arrête de photographier des horreurs ! » Oui, j’étais dans une logique de morts. Mais comment arrêter ? Il fallait montrer ce moment inouï de l’histoire de l’humanité.

 

Moment de dépression ?

 

De désillusion sur notre espèce. Je pensais que nous n’allions pas survivre et qu’on allait dans le mur. C’est à ce moment-là que nous sommes rentrés au Brésil en découvrant que nos parents étaient devenus des vieillards et que la ferme luxuriante de mon enfance, que mon père avait décidé de nous transmettre à Lélia et moi, était devenue un territoire dévasté et aride. Je retrouvais le Sahel.

 

Où étaient passés les arbres ?

 

Ils avaient été coupés pour équiper les habitations des villes brésiliennes en plein essor et produire du charbon de bois pour la sidérurgie. Plus rien ne retenait les pluies. La terre n’était qu’une croûte.

 

Alors Lélia a décidé : On va replanter la forêt ! Et c’est devenu un fabuleux projet conçu avec un ingénieur célèbre pour son travail de récupération des écosystèmes. Objectif : replanter 2,5 millions d’arbres. 200 espèces différentes. Dingue.

 

Je suis allé frapper à toutes les portes, la Banque mondiale, les universités américaines, les fondations sensibles à l’écologie. Et on s’est lancé, en 1999, transformant notre propriété en parc national. Aujourd’hui, on a planté 2,3 millions d’arbres qui abritent plus de 170 espèces d’oiseaux. Le paysage s’est mis à reverdir, des animaux qu’on croyait disparus sont revenus, y compris le jaguar. On a la plus grande pépinière de plantes natives de la région, et je vois renaître à chaque séjour le paradis de mon enfance. Il s’agit maintenant d’y replanter des sources. On a un plan sur trente ans.

 

Cela exige une énergie folle, une implication totale !

 

Non. C’est une vie. Une vie qui essaie d’aligner éthique, idéologie, comportement, histoire personnelle et qui tend vers la cohérence. Mais je continue mon travail de photographe. Je suis les tribus d’Amazonie qui vivent en harmonie avec la nature, dédaignent l’agressivité, et qu’il faut à tout prix protéger.

 

C’est un endroit essentiel pour la planète et je voudrais mobiliser le monde pour le défendre. J’ai compris que l’homme n’est qu’une espèce parmi les autres, animale, végétale, minérale. Nous sommes interdépendants, montagnes, fleuves, arbres, animaux, humains. Nous formons un tout.

 

Et vous avez retrouvé la foi en l’avenir ?

 

C’est la terre qui me l’a redonnée. La terre m’a remis sur les rails. Ma terre. Je suis revenu à ma source pour reprendre vie.

 

Exposition à la galerie Polka : « Le tour de France de Salgado » du 2 au 30 juillet (12 rue Saint-Gilles, 75 003 Paris)

 

Quatorze pages de photo dans Polka Magazine qui sort le 16 juin

 

Nouvelle publication, par Taschen, du livre Exodes, paru la première fois en l’an 2000 (432 pages)

 

En savoir plus sur 

 

http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/06/12/sebastiao-salgado-la-solidarite-je-l-ai-apprise-ici-en-france_4948623_3246.html#mEHTXlyMLEzmeQCB.99

Réflexion sur la Révolution cubaine: « Pourquoi je suis un communiste » Par André Vltchek

Réflexion sur la Révolution cubaine: « Pourquoi je suis un communiste » Par André Vltchek

 

18 Juin 2016 
 
Un magnifique texte sur l’impossibilité de briser les communistes, d’asservir un peuple et d’interdire à un être humain de se révolter… J’ai partagé le chemin d’André Vltchek en faisant le tour de la planète et je ne puis qu’adhérer à son constat quelle que soit la répression , quelle que soit y compris la médiocrité…
(note de Danielle Bleitrach)

counterpunch.org

3 mai 2016

 

Il y a plusieurs messages essentiels qui surgissent littéralement de l’écran, chaque fois que l’on regarde La Ultima Cena (Le dernier repas), un film brillant de 1976, du réalisateur cubain Tomás Gutiérrez Alea .

 

L’ultime message est qu’il est impossible d’asservir tout un groupe ou une race, tout au moins pas indéfiniment. Le désir de liberté, la vraie liberté, est impossible à briser, peu importe la brutalité et la persistance avec lesquelles le colonialisme, l’impérialisme, le racisme et la terreur religieuse, tentent de le faire.

 

Le deuxième message, tout aussi important, est que les blancs et les chrétiens (mais surtout les chrétiens blancs) se sont comportés, et cela depuis des siècles et partout dans le monde, comme une horde de bêtes sauvages et de maniaques génocidaires 1.

 

Fin avril 2016, à bord d’un avion de Cubana de Aviation qui m’amenait de Paris à La Havane, je n’ai pas pu m’empêcher de regarder à nouveau, sur mon ordinateur, La Ultima Cena, pour au moins la dixième fois de ma vie.

 

Avec Gutiérrez sur mon écran, Granma Internacional (journal officiel de Cuba du nom du bateau qui a amené Fidel, le Che et d’autres révolutionnaires à Cuba pour déclencher la Révolution) et un verre de rhum pur et honnête sur ma table, je me sentis chez moi, en toute sécurité et parfaitement heureux. Après plusieurs journées déprimantes à Paris, j’ai pu enfin quitter cette Europe grise, de plus en plus désolante, oppressive et pharisaïque.

 

L’Amérique latine m’attendait. Elle se confrontait à de terribles attaques organisées par l’Occident. Son avenir était à nouveau incertain. « Nos gouvernements » saignaient ; certains d’entre eux s’effondraient. L’épouvantable gouvernement d’extrême-droite de Mauricio Macri s’affairait à démanteler l’État providence argentin. Le Brésil souffrait du coup d’État politique fomenté par des législateurs de droite corrompus. La Révolution bolivarienne du Venezuela se débattait littéralement pour sa survie. Des forces réactionnaires traîtresses étaient à l’œuvre à la fois en Équateur et en Bolivie.

 

On m’a demandé de venir. On m’a dit: « L’Amérique latine a besoin de toi. Nous menons une guerre pour la survie. » Et me voilà, à bord de Cubana, rentrant à la « maison », la partie du monde qui m’a toujours été si chère, qui m’a façonné en tant qu’homme et en tant qu’écrivain.

 

Je rentrais à la « maison », parce que je le voulais, mais aussi parce que c’était mon devoir. Et je crois sacrément en mes devoirs !

 

Après tout, je ne suis pas un anarchiste, mais un communiste, «éduqué» et endurci en Amérique latine.

 

* * *

Mais que veut dire : « Je suis un communiste » ?

 

Suis-je un léniniste, un maoïste ou un trotskiste ? Est-ce que je souscris au modèle soviétique ou chinois ?

 

Honnêtement, je ne sais pas ! Franchement, je ne me soucie pas de ces nuances.

 

Pour moi personnellement, un vrai communiste est un combattant contre l’impérialisme, le racisme, « l’exceptionnalisme occidental », le colonialisme et le néo-colonialisme. Il, ou elle, est un internationaliste déterminé, une personne qui croit en l’égalité et à la justice sociale pour toutes les personnes sur cette Terre.

 

Je laisserai les discussions théoriques à ceux qui ont beaucoup de temps devant eux. Je n’ai jamais relu la totalité du Capital. C’est trop long. Je l’avais lu quand j’avais seize ans. Je pense qu’en faire la lecture une fois suffit… Ce n’est pas le seul pilier du communisme et ce n’est pas une Écriture sainte, qui devrait être constamment citée.

 

Plus que par le Capital, j’ai été influencé par ce que j’ai vu en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique latine. J’ai vu le monde entier, quelques cent soixante pays ; j’ai vécu sur tous les continents. Partout où je suis allé, j’ai vu les horreurs du pillage continuel de la planète par l’Occident.

 

J’ai vu l’Empire forcer des pays à faire des guerres civiles bestiales ; des guerres déclenchées pour que les multinationales puissent piller confortablement. J’ai vu des millions de réfugiés de pays jadis fiers et riches   ou potentiellement riches – dévastés par l’Occident : des réfugiés congolais, des réfugiés somaliens, des réfugiés libyens et syriens, des réfugiés en provenance d’Afghanistan… J’ai vu des conditions inhumaines dans des usines qui ressemblaient à des purgatoires ; j’ai vu de monstrueux ateliers clandestins, des mines et des champs à proximité de villages administrés féodalement. J’ai vu des hameaux et des communes où la population tout entière avait disparu – morte de faim, de maladie ou des deux.

 

J’ai également passé des jours et des jours, à écouter des témoignages choquants de victimes de torture. J’ai parlé à des mères qui avaient perdu leurs enfants, à des femmes qui avaient perdu leurs maris, à des maris dont les femmes et les filles avaient été violées devant leurs yeux.

 

Et plus je le voyais, plus j’étais témoin, plus les histoires que j’écoutais étaient choquantes ; plus je me suis senti obligé de prendre parti, de me battre pour ce que je crois être un monde meilleur.

 

J’ai écrit deux livres compilant des centaines d’histoires de terreur commises par l’Occident : Exposing Lies Of The Empire (Démasquer les mensonges de l’Empire) et Fighting Against Western Imperialism (Combattre l’impérialisme occidental).

 

La façon dont l’Empire dépeignait péjorativement des gens encore fidèles à leurs idéaux ne me dérangeait pas ; ils étaient prêts à sacrifier tout, ou presque tout, pour la lutte contre l’injustice.

 

Je n’ai pas peur d’être ridiculisé, mais je suis terrifié à l’idée de gâcher ma vie en mettant l’égoïsme sur un piédestal, l’élevant au-dessus des valeurs humanistes les plus essentielles.

 

Je crois qu’un écrivain ne peut être « neutre » ou apolitique. S’il l’est, alors c’est un lâche, sinon un menteur.

 

Naturellement, certains des plus grands écrivains modernes ont été ou sont communistes : José Saramago, Eduardo Galeano, Pablo Neruda, Mo Yan, Gabriel García Márquez, pour ne citer que quelques-uns. Ce n’est pas une mauvaise compagnie, pas mauvaise du tout !

 

Je trouve que vivre et lutter pour les autres est beaucoup plus gratifiant que de vivre pour satisfaire ses propres intérêts et plaisirs égoïstes.

 

* * *

J’admire Cuba pour ce qu’elle a fait pour l’humanité, en près de six décennies de son existence révolutionnaire. L’internationalisme cubain est ce que je considère personnellement comme mon communisme.

 

Cuba a du cœur et des tripes. Elle sait comment se battre, comment embrasser, comment chanter et danser et comment ne pas trahir ses idéaux.

 

Cuba est-elle idéale ? Est-elle parfaite ? Non, bien sûr qu’elle ne l’est pas. Mais je n’exige pas la perfection des pays ou des personnes, ni même des révolutions. Ma propre vie est très loin d’être « parfaite ». Nous faisons tous des erreurs et prenons de mauvaises décisions, que ce soit les pays, les personnes, et même les révolutions.

 

La perfection en fait m’horrifie. Elle est froide, stérile et bien-pensante. Elle est ascétique, puritaine, et donc inhumaine, voire perverse. Je ne crois pas aux saints. Je me sens gêné quand quelqu’un fait semblant d’en être un. Ces petites erreurs et « imperfections » rendent les gens et les pays si chauds, si aimables, si humains.

 

Le cours général de la révolution cubaine n’a jamais été « parfait », mais il a toujours été basé sur les racines les plus profondes, les plus essentielles de l’humanisme. Et même lorsque Cuba, pendant un petit laps de temps, est restée seule, ou presque seule (comme je l’écrivais et comme Fidel peu après l’avait confirmé dans ses Réflexions, c’est la Chine finalement, qui a tendu à Cuba sa main fraternelle et puissante) – elle a saigné, elle a souffert et frissonné de douleur, à cause des innombrables trahisons, mais elle n’a pas dévié de son chemin, elle ne s’est pas mise à genoux, elle n’a pas mendié et elle n’a jamais capitulé !

 

Voilà comment je pense que les gens et les pays devraient vivre. Ils ne doivent pas échanger les idéaux pour des bibelots, l’amour pour la sécurité et les avantages, la décence pour les récompenses cyniques et ensanglantées. Patria no se vende, disent-ils à Cuba. Traduit vaguement : « La patrie n’est pas à vendre. » Je crois aussi que l’Humanité ne devrait jamais être vendue, ni l’Amour.

 

Et voilà pourquoi je suis un communiste!

 

***

Trahir ce que nous – êtres humains – sommes vraiment, ainsi que trahir les plus pauvres des pauvres et les plus vulnérables d’entre nous est, je crois, plus effrayant que le suicide, que la mort.

 

Une personne, un pays ou une culture qui se nourrit de la souffrance des autres, est profondément immoral.

 

L’Occident fait exactement cela, depuis des décennies, des siècles. Il a vécu et prospéré sur l’asservissement des autres, usurpant tout, sur et sous la surface de notre Terre. Il a corrompu, moralement et financièrement, des millions de personnes dans ses colonies et ses États clients, les transformant en collaborateurs éhontés et veules. Il a «instruit», endoctriné et organisé d’énormes armées de traîtres, sur tous les continents, dans quasiment tous les coins du monde.

La trahison est l’arme la plus puissante de l’Empire d’Occident – la trahison et l’oubli.

L’Occident transforme les êtres humains en prostitués et en larbins, quant à ceux qui refusent, il en fait des prisonniers, des esclaves et des martyrs.

L’endoctrinement est bien planifié. Les rêves sont empoisonnés et les idéaux traînés dans la boue. Rien de pur n’est autorisé à survivre.

 

Les gens sont conduits à fantasmer seulement sur les objets matériels ; les portables et les tablettes, les voitures et les téléviseurs. Mais les messages sont vides, pleins de nihilisme, répétitifs et creux. Les voitures peuvent désormais être conduites à une très grande vitesse, mais il n’y a rien de vraiment significatif à attendre à la fin du voyage. Les portables ont des milliers de fonctions et d’applications, mais ils diffusent les messages les plus triviaux. Les téléviseurs régurgitent de la propagande et des divertissements intellectuellement toxiques.

 

Tout rapporte des profits aux grandes multinationales, garantit l’obéissance et renforce le régime. Mais à bien des égards, l’humanité devient de plus en plus pauvre, alors que la planète est presque entièrement ruinée.

 

La beauté est remplacée par des images horribles, sanguinolentes. On crache sur la connaissance, remplacée par la musique pop primitive, ou confondue avec des diplômes aux airs officiels et des cachets d’agrément délivrés par des centres d’endoctrinement appelés universités: « Diplômé : prêt à servir l’Empire ! » La poésie a quitté la plupart des librairies et de la vie.

 

L’amour est maintenant décalqué à partir d’images de la culture pop, ancrées dans certains dogmes chrétiens rétro, oppressifs et dépassés.

 

Il est clair que jusqu’ici, seul le communisme a été assez fort pour affronter l’essence des forces les plus puissantes et destructrices de notre planète : le colonialisme/impérialisme occidental, qui s’est enfermé dans un mariage dégoûtant et incestueux avec sa propre progéniture – des gangs féodaux cruels, capitalistes et religieux « d’élites locales », les compradores – dans les pays conquis et ruinés partout dans le monde.

 

Aussi bien l’Empire que ses serviteurs trahissent l’humanité. Ils ruinent la planète, la forçant dans un état où elle pourrait bientôt devenir inhabitable ou que la vie elle-même y perde tout son sens.

 

Pour moi, être un vrai communiste signifie ceci : être engagé, dans la lutte constante contre le viol incessant des cerveaux, des corps et pour la dignité humaine, contre le pillage des ressources et de la nature, contre l’égoïsme et la vacuité intellectuelle et émotionnelle.

 

Je ne me soucie pas du drapeau sous lequel cela se fait – rouge avec la faucille et le marteau, ou rouge avec plusieurs étoiles jaunes. Je suis très bien avec tous les deux, aussi longtemps que les personnes qui tiennent ces bannières seront honnêtes et préoccupées par le sort de l’Humanité et de notre planète.

 

Et tant que les gens qui se disent communistes sont encore capables de rêver !

 

***

Les propagandistes occidentaux vous disent : « Montrez-nous une société communiste parfaite ! »

 

Je réponds : « Une telle société n’existe pas. Les êtres humains, comme nous l’avons déterminé, sont incapables de créer quoi que ce soit de parfait. Heureusement ! ». Seuls les fanatiques religieux visent à la « perfection ». Les humains mourraient d’ennui dans un monde parfait.

 

La révolution, une révolution communiste, est un voyage ; un processus. C’est une énorme et héroïque tentative de construire un monde meilleur en utilisant les cerveaux, les muscles, le cœur, la poésie et le courage humains ! C’est un processus perpétuel, où les gens donnent plus qu’ils ne prennent, et quand il n’y a pas de sacrifice, ils accomplissement seulement leur devoir envers l’humanité.

 

« Che » Guevara avait dit : « Les sacrifices faits ne doivent pas être affichés comme une sorte de carte d’identité, ce ne sont rien de moins que des obligations remplies. »

 

Peut-être qu’à l’Ouest il est trop tard pour que ces concepts prospèrent. L’égoïsme, le cynisme, la cupidité et l’indifférence ont été injectés avec succès dans le subconscient de la majorité des gens. Peut-être est-ce la raison pour laquelle, en dépit de tous ces privilèges matériels et sociaux, les habitants de l’Europe et de l’Amérique du Nord (mais aussi du Japon) semblent être si déprimés et sombres. Ils ne vivent que pour eux-mêmes, au détriment des autres. Ils veulent de plus en plus de biens matériels et de plus en plus de privilèges.

 

Ils ont perdu la capacité de définir leur propre condition, mais probablement, profondément à l’intérieur, ils perçoivent le vide, ils sentent intuitivement que quelque chose sonne terriblement faux.

 

Et voilà pourquoi ils détestent le communisme. Voilà pourquoi ils tiennent à des mensonges outrecuidants, à des tromperies et des dogmes qui leur sont livrés par la propagande du régime. Si les communistes avaient raison, ce seraient eux qui auraient tort. Et ils soupçonnent qu’ils pourraient se tromper. Le communisme est leur mauvaise conscience, et ils ont peur que la bulle des mensonges puisse un jour être exposée.

 

La plupart des gens en Occident, même ceux qui se prétendent de gauche, veulent que le communisme disparaisse. Ils veulent l’avilir, le couvrir de saleté ; l’amener «à leur niveau». Ils veulent le museler. Ils tentent désespérément de se convaincre que le communisme a tort. Sinon, la responsabilité pour ces centaines de millions de vies perdues, les hanterait sans cesse. Sinon, ils auraient à écouter et peut-être même accepter que les privilèges des Européens et des Nord-Américains sont construits sur d’horribles crimes contre l’Humanité ! Sinon, ils seraient obligés, pour des raisons morales, de démanteler ces privilèges  – quelque chose de totalement impensable, compte tenu de l’état d’esprit de la culture occidentale.

 

La récente position de la majorité des Européens envers les réfugiés en provenance de pays déstabilisés par l’Occident, montre clairement la déchéance de la morale occidentale. Elle est incapable de jugements éthiques fondamentaux. Sa capacité de penser logiquement s’est effondrée.

 

Mais l’Occident dirige encore le monde. Ou plus précisément, il lui tord le bras, le poussant vers la catastrophe.

 

La logique impérialiste occidentale est simple : « Nous violons et pillons, parce que si nous ne le faisons pas, d’autres le feraient ! Tout le monde est pareil. On ne peut rien y faire. Ce que nous faisons est consubstantiel à la nature humaine. »

 

Ce n’est pas vrai, c’est une ineptie. J’ai vu des gens qui se comportaient mieux, beaucoup mieux que cela, presque partout en dehors du monde occidental et de ses colonies. Même quand ils parviennent à se glisser hors de portée de leurs tortionnaires et geôliers – l’Empire – pour seulement quelques années, ils se comportent beaucoup mieux. Mais en général, ils ne sont pas autorisés à se dérober trop longtemps : l’Empire frappe puissamment ceux qui osent rêver de liberté. Il organise des coups d’État contre les gouvernements rebelles, déstabilise les économies, soutient «l’opposition», ou envahit directement.

 

Il est absolument clair pour tous ceux qui sont encore capables de le voir et le veulent, que si l’Empire occidental criminel s’effondre, les êtres humains voudront, et seront capables de construire de grandes sociétés égalitaires et compassionnelles.

 

Je crois que ce n’est pas la fin. Les gens se réveillent de l’endoctrinement, de la stupeur.

 

De nouvelles et puissantes alliances anti-impérialistes se forgent. L’année 2016 n’est pas 1996, quand il semblait ne rester aucun espoir.

 

La guerre est en cours, c’est une guerre pour la survie de l’Humanité.

 

Ce n’est pas une guerre classique avec des balles et des missiles. C’est une guerre des nerfs et des idéaux, des rêves et de l’information.

 

Avant de mourir, le grand écrivain et révolutionnaire uruguayen, Eduardo Galeano, m’a dit : « Bientôt viendra le temps où le monde brandira de nouveau les vieilles bannières ! »

 

Cela se passe maintenant ! En Amérique latine, en Afrique et en Asie, dans presque toutes les parties de l’ancienne Union soviétique et en Chine, les gens exigent plus de communisme, pas moins. Ils n’appellent pas toujours le communisme par son nom, mais ils crient pour son essence : la liberté et la solidarité, la passion, la ferveur, le courage de changer le monde, l’égalité, la justice et l’internationalisme.

 

Je ne doute pas que nous allons gagner. Mais je soupçonne aussi qu’avant d’y arriver, l’Empire plongera dans le sang des continents entiers. Le désir des Occidentaux de gouverner et de contrôler est pathologique. Ils sont prêts à tuer des millions de ceux qui ne sont pas disposés à s’agenouiller. Ils en ont déjà tué des centaines de millions tout le long des siècles et ils en sacrifieront d’autres millions encore.

 

Mais cette fois, ils seront arrêtés.

 

Je le crois, en travaillant jour et nuit, épaule contre épaule avec d’autres, pour que cela se réalise.

 

Parce que c’est mon devoir…

 

Parce que je suis un communiste!

 

André Vltchek

 

> Article original en anglais :

Reflecting on the Cuban Revolution: “Why I Am a Communist!”

 

Traduit par Alexandre MOUMBARIS, relu par Marie-Josée MOUMBARIS pour le Saker Francophone.

 

André Vltchek est romancier, cinéaste et journaliste d’investigation. Il a couvert des guerres et des conflits dans des dizaines de pays. Son dernier livre est Exposing Lies of the Empire (Démasquer les mensonges de l’Empire). Il a également écrit, avec Noam Chomsky, On Western Terrorism from Hiroshima to Drone Warfare (Sur le terrorisme occidental de Hiroshima à la guerre des drones). André Vltchek fait des films pour teleSURet Press TV. Après avoir vécu pendant de nombreuses années en Amérique latine et en Océanie, Vltchek actuellement réside et travaille en Asie de l’Est et au Moyen-Orient. Il peut être atteint sur son site Web ou son compte Twitter.

Un centre scientifique consacré à la vie

mercredi 15 juin 2016 
par  Nuria Barbosa León 

Le Centre d’immunologie moléculaire (CIM) s’inscrit dans la stratégie cubaine visant à développer des thérapies contre le cancer et autres maladies auto-immunes, en s’appuyant sur des méthodes biotechnologiques pour obtenir des médicaments à forte valeur ajoutée pour la santé de la population, et qui contribuent également à l’augmentation des exportations du pays.

Cuba se situe à l’avant-garde dans la recherche contre le cancer, avec un haut niveau scientifique.

 

Sous la tutelle du Groupe des industries biotechnologiques et pharmaceutiques, BioCubaFarma, le CIM oriente ses recherches de base vers la mise au point de nouveaux médicaments à partir de la culture de cellules supérieures de mammifères, dans le strict respect des bonnes pratiques de production, conformément aux normes sanitaires exigées par les législations internationales.

 

Parmi ses produits les plus innovants figurent les vaccins thérapeutiques CimaVax-EGF® et VAXIRA® (connu également comme Racotumomab) qui attaquent les tumeurs malignes du poumon à un stade avancé, en fonction des caractéristiques biologiques spécifiques de la tumeur à combattre.

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Selon la master en sciences Gryssell Rodriguez Martinez, responsable de produits, la commercialisation des produits pharmaceutiques passe par un processus complexe d’évaluation et de commercialisation. Photo : Ismael Batista

 

Le succès du traitement de la maladie réside dans la détection précoce. Cependant l’agressivité et la difficulté de diagnostic entraîne une évolution rapide avec une espérance de vie d’environ huit à dix mois. Bien que les chimiothérapies et les radiothérapies offrent un arsenal thérapeutique réduisant la charge tumorale et prolongent la survie du patient, leur efficacité provoque des effets secondaires importants, d’où la nécessité de trouver de nouvelles thérapies biologiques ou immunothérapies.

 

Ces substances immuno-thérapeutiques cubaines ont pour objectif d’améliorer la réponse défensive du système immunitaire de l’organisme humain face à l’apparition de toute tumeur maligne, visant à bloquer sa croissance et son développement, y compris de réduire la taille de la masse, afin de la transformer en une pathologie chronique contrôlable et compatible avec une qualité de vie acceptable. La faible toxicité de ces médicaments a permis de les introduire dans les cabinets médicaux dans les communautés cubaines pour une utilisation généralisée.

 

Ces deux médicaments ont obtenu leur certificat de commercialisation par le Centre de contrôle d’État des médicaments, des équipements et des dispositifs médicaux (CECMED) de Cuba. Dans d’autres pays, ils sont en attente de statut de « produit enregistré » par les organismes sanitaires pertinents, à partir des résultats cliniques positifs obtenus avec le vaccin à l’échelle nationale, notamment le CimaVax-EGF®, enregistré au Pérou, au Paraguay et en Colombie.

 

Granma International s’est entretenu avec la master en sciences Gryssell Rodriguez Martinez, qui a affirmé que ces produits ont été créés pour bénéficier à 100% des patients qui en ont besoin, et sont donc à disposition de toutes les institutions médicales nationales. Dans le même temps, il s’agit d’identifier les sociétés étrangères intéressées par l’établissement d’associations avec le secteur biopharmaceutique cubain, l’objectif étant qu’elles contribuent au cycle de développement de produits et à l’expansion du marché.

 

« Les partenariats varient selon la spécificité du produit. Ce sera un processus long et comportant des défis importants, mais nous espérons que les patients pourront avoir accès à nos médicaments, comme une alternative thérapeutique supplémentaire pour le traitement du cancer du poumon, qui se trouve parmi les principales causes de décès à Cuba et dans le monde », a précisé la scientifique.

 

Pour remplir son objectif social, le CIM compte plus de 1100 travailleurs hautement qualifiés, dont plus de 40 docteurs et 150 masters en sciences, qui ont à leur actif 45 inventions. Le Centre a déposé 729 brevets à l’étranger (355 obtenus) et publié plus de 500 articles dans des revues scientifiques.

 

Cet effort se traduit par 21 produits, dont six enregistrés et les autres à divers stades de développement, qui ont bénéficié à 92 000 patients cubains en 20 ans d’existence. Plus de 55 hôpitaux dans les 15 provinces cubaines, de nombreuses polycliniques et environ 1 500 professionnels de la santé sont impliqués dans les essais cliniques pour la validation des travaux de recherche.

 

En outre, le CIM a trois entreprises mixtes en Chine, en Argentine et à Singapour, et des contrats de transfert de technologie avec le Brésil, l’Inde, la Chine et la Thaïlande. Son agence de commercialisation CIMAB S.A. a conclu des contrats d’affaires avec plus de 45 entreprises d’une centaine de pays sur tous les continents, et des opérations d’exportation dans 30 pays.

 

Inauguré par Fidel Castro, le 5 décembre 1994, le Centre d’immunologie moléculaire se distingue par une capacité de production élevée, avec des équipements de pointe et des technologies innovantes. Ses installations sont inspectées chaque année par divers organismes internationaux afin de certifier le contrôle de la qualité dans l’élaboration de ses productions.

 

Rodriguez Martinez a souligné que cette institution reçoit régulièrement des demandes de personnes souhaitant être traitées avec ces nouveaux médicaments. L’administration des vaccins devant être prescrite par un médecin, en fonction de la pathologie, toute personne intéressée doit contacter la Société des services médicaux de Cuba à travers le site 

https://cubacoop.org/plugins/dist/squelettes/sarkaspip/images/lien_out.gif

 

« Cuba se situe à l’avant-garde dans la recherche contre le cancer, avec un haut niveau scientifique. Nous sommes une référence. En dépit des limitations que nous connaissons en tant que pays sous-développé, notre industrie biotechnologique répond judicieusement aux besoins du moment. », a-t-elle conclu.

Michael Löwy, Brésil, l'élite capitaliste veut la totalité du pouvoir

16 juin 2016
Michael Löwy, Brésil, l'élite capitaliste veut la totalité du pouvoir

 

Michael Löwy, Brésil, l'élite capitaliste veut la totalité du pouvoir

 

« On peut faire beaucoup de critiques à Dilma, nous dit Michael Löwy, elle n’a pas tenu ses promesses éléctorales et a fait énormément de concessions aux banquiers, aux industriels, aux latifundistes (grands propriétaires terriens). La gauche politique et sociale n’a pas manqué, depuis une année, d’exiger un changement de politique économique et sociale. Mais l’oligarchie de droit divin du Brésil - l’élite capitaliste financière, industrielle et agricole - ne se contente plus de concessions : elle veut la totalité du pouvoir. Elle ne veut plus négocier mais gouverner directement, par ses hommes de confiance, et abolir les quelques acquis sociaux des dernières années... »

 

Reprenons avec Michael Löwy...

 

Michel Peyret


Brésil : le coup d’État – Après la tragédie de 1964, la triste farce de 2016

 

mercredi 18 mai 2016, par LÖWY Michael

 

Appelons un chat un chat. Ce qui vient de se passer au Brésil, avec la destitution de la présidente élue, Dilma Rousseff, est un coup d’État. Coup d’État pseudo-légal, « constitutionnel », « institutionnel », parlementaire, tout ce qu’on voudra, mais coup d’État tout de même.

 

Des parlementaires - députés et sénateurs - massivement compromis dans des affaires de corruption (on cite le chiffre de 60%) ont institué une procédure de destitution contre la présidente de la République du Brésil, Dilma Roussef, sous prétexte d’irrégularités comptables, de « pédalages fiscaux » pour combler les déficits dans les comptes publics - une pratique routinière de tous les gouvernement brésiliens antérieurs ! Certes, plusieurs cadres du Parti des Travailleurs (PT) sont impliqués dans le scandale de corruption de la Petrobras, la Compagnie Nationale de Pétrole, mais pas Dilma... En fait, les députés de droite qui ont méné la campagne contre la Présidente sont parmi les plus empêtrés dans cette affaire, à commencer par le président du Parlement, Eduardo Cunha (récemment suspendu), accusé de corruption, blanchiment, évasion fiscale au Panama, etc.

 

La pratique du coup d’État légal semble être la nouvelle stratégie des oligarchies latino-américaines. Mise à l’epreuve au Honduras et au Paraguay - pays que la presse traite souvent de « Républiques bananières » - elle s’est révélée efficace et payante pour éliminer des Présidents (très modérément) de gauche. Maintenant elle vient d’être appliquée à un pays-continent...

 

On peut faire beaucoup de critiques à Dilma : elle n’a pas tenu ses promesses éléctorales et a fait énormément de concessions aux banquiers, aux industriels, aux latifundistes (grands propriétaires terriens). La gauche politique et sociale n’a pas manqué, depuis une année, d’exiger un changement de politique économique et sociale. Mais l’oligarchie de droit divin du Brésil - l’élite capitaliste financière, industrielle et agricole - ne se contente plus de concessions : elle veut la totalité du pouvoir. Elle ne veut plus négocier mais gouverner directement, par ses hommes de confiance, et abolir les quelques acquis sociaux des dernières années.

 

Citant Hegel, Marx écrivait, dans le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, que les événéments historiques se repètent deux fois : la première comme tragédie, et la deuxième comme farce. Cela s’applique parfaitement au Brésil. Le coup d’État militaire d’avril 1964 était une tragédie, qui a plongé le Brésil dans vingt années de dictature militaire, au prix de centaines de morts et miliers de torturés. Le coup d’État parlementaire de mai 2016 est une farce, une affaire tragi-comique, où l’on voit une clique de parlementaires réactionnaires et notoirement corrompus, renverser une Présidente démocratiquemet élue par 54 millions de brésiliens, au nom d’ « irrégularités comptables ». La principale composante de cette alliance de partis de droite est le bloc parlementaire (non partisan) connu comme « les trois B » : « Balle » (députés liés à la Police Militaire, aux Escadrons de la mort et autres milices privées) - « Boeuf » (les grands propriétaires fonciers éléveurs de bétail) - et « Bible » (les néo-pentecostaux intégristes, homophobes et misogynes). Parmi les partisans les plus enthousiastes de la destitution de Dilma se distingue le député Jairo Bolsonaro, qui a dédié son vote aux officiers de la dictature militaire et nommément au Colonel Unstra, tortionnaire notoire. Parmi les victimes de Ustra, Dilma Roussef, à l’époque (début des années 1970) militante d’un groupe de résistance armée ; mais aussi mon ami Luis Eduardo Merlino, journaliste et révolutionnaire, mort en 1971 sous la torture, à l’âge de 21 ans.

 

Le nouveau Président Michel Temer, intronisé par ses acolytes, est lui-même impliqué dans plusieurs affaires, mais n’a pas encore fait l’objet d’une mise en examen. Lors d’un sondage récent, on a démandé aux Brésiliens s’ils voteraient pour Temer en tant que Président de la République : 2% on répondu favorablement...

 

En 1964, on a eu droit à des grandes manifestations « Avec Dieu, et la Famille pour la Liberté », qui ont préparé le terrain pour le coup d’État contre le président Joâo Goulart ; cette fois-ci à nouveau des foules « patriotiques » - chauffées à blanc par la presse aux ordres - se sont mobilisées pour exiger la destitution de Dilma, en allant, dans certains cas, jusqu’à démander un retour des militaires... Composées essentiellement de personnes de couleur blanche (la majorité des brésiliens est noire ou métisse) issues des classes moyennes, ces foules ont été convaincues par les médias que l’enjeu de cette affaire c’est « le combat contre la corruption ».

 

Ce que la tragédie de 1964 et la farce de 2016 ont en commun, c’est la haine de la démocratie. Les deux épisodes révèlent le profond mépris des classes dominantes brésiliennes pour la démocratie et la volonté populaire. Le coup d’État « légal » va-t-il se passer sans trop d’encombres, comme au Honduras et au Paraguay ? Ce n’est pas si sûr... Les classes populaires, les mouvements sociaux, la jeunesse rebelle n’ont pas dit leur dernier mot.

 

Michael Löwy

 

P.-S.

* Contretemps web. 18/05/2016 - 15:08 :


http://www.contretemps.eu/interventions/brésil-coup-détat

 

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1996-2016  — Europe Solidaire Sans Frontières

Le parquet brésilien demande l’arrestation des présidents du Sénat et de l’Assemblée, selon la presse

Le parquet brésilien demande l’arrestation des présidents du Sénat et de l’Assemblée, selon la presse

 

07 Juin 2016
 

Afficher l'image d'origineDernières nouvelles: Ceux qui ont comploté pour un coup d’Etat « légal » parlementaire contre la présidente brésilienne qui attend d’être fixée sur son sort, à leur tour menacés d’arrestation dans le scandale Petrobras

(note de Danielle Bleitrach)


 AFP

07/06/2016 L’orient le jour 

 

HTTP://WWW.LORIENTLEJOUR.COM/ARTICLE/989971/LE-PARQUET-BRESILIEN-DEMANDE-LARRESTATION-DES-PRESIDENTS-DU-SENAT-ET-DE-LASSEMBLEE-SELON-LA-PRESSE.HTML 

 

Le parquet brésilien a requis l’arrestation et l’incarcération des présidents du Sénat etde la Chambre des députés, d’un ancien ministre et d’un ex-chef d’Etat, pour avoir tenté d’interférer dans l’enquête sur le gigantesque scandale de corruption Petrobras, selon la presse.

 

Le quotidien O Globo rapporte mardi que tous les accusés – qui sont membres du parti PMDB du président par intérim Michel Temer – « ont été enregistrés en train d’essayer d’interférer dans l’enquête lavage rapide », le nom de l’enquête sur le vaste scandale du géant pétrolier brésilien Petrobras.

 

M. Temer a pris ses fonctions le 12 mai après que la présidente de gauche Dilma Rousseff eut été écartée temporairement du pouvoir par le Sénat. Elle est dans l’attente de la décision finale sur sa destitution pour maquillage des comptes publics. Mme Rousseff se dit victime d’un coup d’Etat parlementaire.

 

Le procureur général du Brésil Rodrigo Janot a demandé à la Cour suprême d’incarcérer Renan Calheiros, le président du Sénat et premier dans la ligne de succession présidentielle et le sénateur Romero Juca, éphémère ministre de la Planification de M. Temer qui avait dû démissionner quelques jours après sa nomination pour son implication dans l’affaire Petrobras.

 

Rodrigo Janot a également requis la détention à domicile pour l’ancien président José Sarney (1985-1990), 86 ans, et demandé son placement sous surveillance électronique.


Il en va de même pour Eduardo Cunha, le président ultra-conservateur de la Chambre des députés. Son mandat a été récemment suspendu par la Cour suprême mais il a continué à « interférer dans le commandement de la Chambre basse », selon O Globo.

 

Ni le parquet, ni la Cour suprême n’ont confirmé à l’AFP ces décisions annoncées par Globo et d’autres médias brésiliens, qui citent des sources de l’enquête « lavage rapide ».


Le jugement final de la procédure en destitution de Dilma Rousseff est prévu mi-août, en pleins jeux Olympiques de Rio (du 5 au 21 août).

 

Le procureur Janot s’est basé sur les enregistrements de conversations téléphoniques des accusés, faits à leur insu par Sergio Machado, ex-président de Transpetro, une filiale de Petrobras, qui avait conclu un accord avec la justice pour réduire sa peine.

 

Des que les premiers enregistrements ont filtré publiquement M. Juca, le bras droit du président Temer, a dû démissionner avant d’être imité, une semaine après, par le ministre de la Transparence, Fabiano Silveira, pour les mêmes raisons.

 

Cuba: « La Russie est essentielle à la sécurité et à un monde multipolaire »

Cuba: « La Russie est essentielle à la sécurité et à un monde multipolaire »

 
31 Mai 2016

Une position très équilibrée qui me semblerait particulièrement appropriée pour un véritable gouvernement socialiste français et qui devrait participer d’un programme propre du parti communiste français sur les questions internationales de la paix et du développement

(note de Danielle Bleitrach)


http://leyderodriguez.blogspot.fr/2016/05/rusia-es-esencial-para-la-seguridad-y.html?spref=fb

 

Pour clarifier les questions clés de la politique étrangère actuelle de la Russie, Sputnik a procédé à interview exclusive depuis la Havane de l’analyste Santiago Perez Benitez, du Centre de recherche pour la politique internationale à Cuba (ICIP), récemment revenu de  la  capitale russe, où il a participé à la V Conférence de sécurité internationale.

 

Diplômé de l’Institut des relations internationales de Moscou et ayant fait une brillante carrière diplomatique à Cuba, il est considéré comme l’un des experts les plus importants de la politique internationale sur l’île.

 

Quelles sont les causes et les raisons historiques qui ont conduit la Russie à agir sur la scène internationale comme elle le fait aujourd’hui? Comment décririez-vous la politique russe en ce moment?

 

Comme toute politique étrangère, la politique russe s’explique par des facteurs historiques, nationaux, par  les intérêts des secteurs dominants, par le contexte international dans lequel elle opère, les caractéristiques du leadership du pays, la psychologie, la perception du pouvoir et celle de tous les autres, etc.

 

Mais j’ose souligner que la projection actuelle de Moscou, en particulier depuis 2014 est expliquée principalement en réaction aux tentatives de l’Occident pour arrêter, et si possible inverser, le processus observé depuis le milieu des années 2000 de ré-émergence de la Russie en tant que puissance mondiale avec des intérêts et des projets spécifiques – pas nécessairement antagoniste au système mondial.

 

L’action offensive de l’Occident dans la crise ukrainienne en 2014 a déclenché toutes les alarmes à Moscou sur les véritables motivations et la portée possible, internes et externes, de la stratégie occidentale, en particulier celle des nord-américains. Dans le débat géopolitique russe il y a – au bout du compte – un consensus sur le fait que l’Occident n’a pas l’intention d’accepter la Russie comme un acteur important mondial à égalité, mais qu’il le veut un  État faible, soumis et dont le système interne doit également  être modifié.

 

La politique étrangère russe est active, pragmatique, elle défend les intérêts nationaux et ceux de ses secteurs dominants. Elle  bénéficie d’un soutien dans la société russe, qui voit la plupart du temps son pays menacé, et conserve une mentalité de grande  puissance.

 

Nous assistons à une campagne agressive de l’Occident, en particulier des États-Unis, qui vise à minimiser et à diaboliser la Russie. Pourquoi les États-Unis choisissent-ils un tel axe? 

 

Durant le premier mandat d’Obama, avec sa politique de ‘reset’ Les USA a cherché à modifier les méthodes de confrontation avec Moscou de l’époque de Bush, mais pas les objectifs d’affaiblissement et la volonté de provoquer une instabilité interne du pays. Depuis le second mandat, cependant, et la montée en force des républicains au Congrès, Washington a été engagé dans la récupération des positions mondiales perdues par les folies de l’administration Bush en 2000, la grande crise de 2008-2009 et ses effets sur les années suivantes. La stratégie a été la mise dans la mire de Moscou - unique pays qui peut les détruire militairement et avec lesquels les USA a une grande interdépendance -  dont l’économie liée aux matières premières et ayant des vulnérabilités structurelles est perçue comme étant un facteur de faiblesse.

 

L’offensive contre la Russie fait partie d’une conception plus dure dans  la confrontation avec les acteurs qui défient le pouvoir US à l’échelle mondiale, y compris la Chine, mais aussi le Brésil et le Venezuela dans notre région. Les US estiment qu’il n’y a pas de limite aux coûts importants dans la guerre froide déclenchée contre Moscou si cela détermine des profits importants.

 

Ils ont diabolisé la Russie et Poutine, à qui ils ont  donné l’image d’un « nouvel ennemi » pour justifier leurs dépenses militaires, la revitalisation de l’OTAN,  l’hystérie « sécuritaire » en Europe et la recherche de la « protection » par les États-Unis des pays d’Europe de l’Est. Ils ont également affaibli l’économie russe avec des sanctions et la baisse des prix du pétrole -l’économie russe a baissé de 3,5% en 2015, mais ils n’avaient pas tablé sur son émancipation politique intérieure, les énergiques et asymétriques réactions russes en Ukraine, en Syrie.

 

En parlant de l’économie, est-ce que les sanctions européennes ont eu le résultat escompté? Que pensez-vous qui va se passer à cet égard?

 

Ce qui a le plus influencé le déclin de l’économie a été la baisse des prix du pétrole et du gaz. Alors que de l’autre côté, cela a obligé le pays à développer un processus de substitution de ses importations et exportations, à diversifier son commerce extérieur et à développer l’agriculture.

 

Pour les Russes il y a eu une prise de conscience plus claire de la nécessité d’apporter des changements structurels dans leur économie et de la moderniser.

 

Les  États-Unis ne sont pas réellement affectés par les sanctions, mais les  Européens, en revanche sont atteint de plein fouet, en particulier dans l’interdépendance qu’ils ont avec le marché russe tant pour les importations que pour les exportations, et l’activité de leurs entreprises. Les sanctions et contre-sanctions de Moscou interviennent à un moment de crise économique en Europe, ce qui aggrave la situation, surtout pour certains pays.

 

Un affaiblissement supplémentaire de l’UE, entre autres conséquences, rend celle-ci plus vulnérable aux pressions des États-Unis en vue d’accepter le traité stratégique de commerce et d’investissement (TTIP) favorisant Washington. Je pense qu’à moyen terme, avec un remaniement possible dans le Donbass en conformité avec les accords de Minsk, une plus grande coopération éventuelle dans les questions de sécurité avec Moscou, et avec l’administration des US, les sanctions devraient être retirées progressivement. Il est probable que les Etats-Unis et l’UE, demanderont des nouvelles concessions à la Russie, qui a déjà dit qu’elle n’en ferait pas.

 

Le déclencheur ou la justification  des sanctions était la récupération de la Crimée par la Russie. Comment pensez-vous que va évoluer cette question?

 

L’adhésion de la Crimée à la Russie est là pour rester. La population de la péninsule est russe, et le gouvernement de Moscou a renforcé sa position militaire dans la région pour son importance géostratégique dans la mer Noire et face à l’OTAN. Et bien que la restitution  de la  Crimée restera une revendication politique, diplomatique et de la propagande du gouvernement ukrainien et l’Occident, je les imagine mal entrer en guerre pour changer la situation.

 

La Russie a été activement impliquée dans la lutte contre le terrorisme. Quels sont les principaux résultats de l’opération russe en Syrie?

 

Peu d’actions militaires directes étaient attendues de la part de la Russie dans la guerre en Syrie. C’est le premier acte de guerre mené par Moscou hors de l’espace de la CEI depuis l’invasion soviétique de l’ Afghanistan en 1979. Ces actions ont démontré une volonté d’exercer le pouvoir russe en termes de réalisation de leurs intérêts, dans ce cas, il s’agissait d’éviter l’effondrement du gouvernement syrien, de voir les terroristes prendre le pouvoir à Damas, et de perdre ses bases militaires dans le pays. De l’autre côté, cela  a été une démonstration de l’efficacité de sa machine militaire. En  quelques mois, ils ont réussi sur le terrain beaucoup plus que les Etats-Unis – en conduisant la coalition internationale pour faire face Daesh. Aujourd’hui la Russie a un rôle plus important en Syrie et au Moyen-Orient que dans les années précédentes. Quoi qu’on puisse en dire, et avec toutes les difficultés qui existent, la situation est plus proche que jamais de la possibilité de certains règlement politico-diplomatique en Syrie, le gouvernement Asad est mieux en mesure de faire face à cette négociation, bien que la Russie ait clairement indiqué qu’elle n’est pas en Syrie pour favoriser l’une ou l’autre force politique, mais pour défendre les principes et lutter contre le terrorisme.

 

Comment évaluez-vous la menace du terrorisme pour la Russie? Comment la Russie peut-elle  continuer à contribuer à son éradication?

 

Le terrorisme est une menace interne à la Russie. Déjà ils ont fait face à ce fléau dans les périodes précédentes, en particulier dans le Caucase. Chaque fois qu’il y a des actions terroristes contre certaines cibles au Daghestan, à  Volgograd, à Moscou et d’autres villes,  ils ont réussi à contrôler efficacement ces menaces. Il y a des milliers de combattants de l’Etat islamique dans les pays de la CEI, dont beaucoup parlent russe et peuvent infiltrer leur pays d’origine et y mener des actions armées.

 

Les frontières de la Russie avec les pays de l’ex-URSS sont poreuses, et il y a un trafic important des biens et des personnes. Il y a des préoccupations graves en Russie et dans les pays voisins concernant les liens et les ramifications qui peuvent augmenter à partir des terroristes qui luttent actuellement au Moyen-Orient et les talibans en Afghanistan. Malgré les conflits avec l’Occident et les Etats-Unis en particulier, il est possible d’accroître la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme pour y remédier. En septembre 2015 Poutine a appelé à une coalition internationale contre le terrorisme, à laquelle Washington et les autres Etats concernés n’ont  pas répondu de manière adéquate. Quoi qu’il en soit, les efforts bilatéraux et multilatéraux se poursuivent. Ils ont essentiels, cependant, tant en ce qui concerne le conflit armé que les actions des services de sécurité respectifs.

 

Maintenant que les relations entre Cuba et les États-Unis sont normalisées, quelles sont les perspectives de relations bilatérales entre  l’île et la Russie?

 

Certains médias ont inclus la variable normalisation avec US comme si elle était susceptible de faire varier l’avenir et l’engagement de Cuba envers Moscou. La Havane a toujours maintenu une politique cohérente avec ses principes et a été « l’amie de ses d’amis » dans des situations différentes. Ceci est une position intelligente, en plus éthique, sinon le pays perdrait de sa légitimité et de sa fiabilité par rapport à d’autres acteurs sur la scène internationale et dans l’avenir. Et un petit pays comme Cuba doit prendre soin de son capital de pouvoir doux qui est basé sur son autorité morale et la confiance qu’il inspire. Il serait également absurde que Cuba réduise l’intensité de ses liens avec les amis internationaux avérés comme la Russie quels que soient les aléas de la relation historiquement améliorée avec un acteur aussi instable et rapace que l’ US, qui de l’autre côté, cherche à modifier le système interne à Cuba, alors que que d’autres ne le font pas. Une relation n’est pas nouée contre une autre. Dans toutes leurs déclarations les Cubains depuis 2014 n’ont pas cessé de parler des États-Unis et de leurs stratégies de l’OTAN en condamnant leurs actions d’approche des frontières de la Russie ou quand il s’agit de mettre en place  des sanctions contre Moscou.

 

Les relations russo-cubaines ont leur propre dynamique, elles se développent au plus haut niveau et ont des bases solides, mais elles peuvent être renforcées davantage.Outre le dialogue politique et la concertation internationale qui  sont très intéressants, par exemple, des projets de modernisation thermoélectriques à Santa Cruz et Mariel d’un montant de plus de 1.000 millions d’euros, et de l’acier Antillais pour environ 100 millions dollars. En plus d’autres collaborations dans plus de dix domaines et secteurs tels que les transports, la biotechnologie, la science, le tourisme et les opportunités d’investissement dans le domaine de Mariel. La collaboration avec la Russie a été orientée vers un renforcement et pour récupérer autant que possible une des clés de l’avenir de l’île, la base industrielle ce que les autres acteurs ne font pas avec Cuba.

 

Considérez-vous la Russie comme un facteur clé pour la sécurité et la multipolarité du monde?

 

Historiquement la Russie, sauf à certains moments de son histoire, a été un acteur essentiel à la sécurité mondiale. Et je pense qu’elle continuera à l’être, non seulement à cause de sa taille, de ses ressources, de sa puissance militaire et son poids politique, mais parce que sa classe dirigeante a la volonté et la détermination de le faire, quelles que soient ses problèmes économiques actuels. La puissance de la Russie a beaucoup de réserves internes qui ne sont pas encore exploitées.

 

En ce qui concerne le système international, je pense qu’il n’y aura plus de monde unipolaire comme cela est arrivé après la chute du camp socialiste au début des années quatre-vingt-dix, en grande partie grâce à la performance de la Russie. Et les méthodes de multipolarité, le niveau de puissance des différents acteurs, leur dynamique, leurs hauts et leurs bas, des conflits, des alliances, des partenariats, etc., sont constamment en mouvement, des variables qui doivent continuer de prêter attention aux détails. Rien n’est écrit.


source: http://mundo.sputniknews.com/entrevistas/20160521/1059921484/rusia-claves-politica-exterior.html#ixzz49W0YqvX8

 

Publicado por Leyde Ernesto Rodríguez Hernández en 18:07:00

Le silence devrait être interdit quand une démocratie est menacée ici ou ailleurs

Le silence devrait être interdit quand une démocratie est menacée ici ou ailleurs

 

La crise politique au Brésil mérite de la part de la gauche française et de son gouvernement socialiste, un peu plus de solidarité. Peu de partis de gauche ont réagi contre le coup d'Etat au Brésil.

Il faut souligner que le coup d'Etat parlementaire au Brésil aura une incidence sur tous les gouvernements progressistes en Amérique latine. Sans doute on ne peut nier le rôle des gouvernements Lula et Dilma dans la stabilité de l'Amérique latine dans un contexte de crise politique et économique et dans la construction des relations multilatérales- en Bolivie en 2003 et 2006; au Venezuela, en 2003 et 2012 et en Argentine en 2001- Il n’y a pas de doute sur la performance de leur action diplomatique et sur la solidarité mise en œuvre dans les périodes de crise politique et économique ainsi que dans la mise en place des accords multilatéraux d'Amérique Latine. Tout cela a été et demeure essentiel pour la stabilisation de la paix et de la démocratie.

 

La diplomatie brésilienne a fait des efforts considérables pour l'intégration régionale et a participé de façon active à une nouvelle configuration géopolitique mondiale. Le nouveau président d’OMC- Organisation Mondial du Commerce - l’ambassadeur brésilien Robert Azevedo a déclaré en 2011 que le choix du Brésil pour le multilatéralisme, à la fois politique et économique, a été un élément permanent de la continuité de l'action diplomatique brésilienne. Avec un intérêt spécial pour un système multilatéral représentatif, démocratique et doté de mécanismes prévus pour promouvoir une coopération fondée sur le droit international.

 

Sa diplomatie a construit un discours responsable sans le sectarisme d’un discours anti-américanisme ; simplement les gouvernements de Lula et Dilma ont voulu avoir une coopération fondée sur la réciprocité pour rompre avec l'hégémonie impérialiste. En faisant un certain contrepoids à la politique américaine, la diplomatie brésilienne cherchait un équilibre géopolitique équitable en Amérique Latine. Le Brésil est devenu un acteur important sur la scène internationale. Il a participé activement à la création des BRICS qui se situe dans ce cadre de la politique de rapprochement avec des pays comme la Chine, l'Inde, la Russie, l'Afrique du Sud. Cela marque une nouvelle voie dans l'histoire de la coopération internationale. Et cette stratégie diplomatique n'a pas empêché le Brésil de poursuivre son engagement en faveur des accords bilatéraux avec les États-Unis et en Europe. La politique de coopération internationale brésilienne a également été élargie de façon intense avec les pays du continent Africain et avec l’ensemble de l’Amérique du Sud et Caribe, instituant la solidarité Sud / Sud/ ainsi que Sud/Nord.

 

En effet, la question du coup d'Etat parlementaire au Brésil n’est pas isolée du contexte international de la crise du capitalisme financier. Il y a eu une remise en cause des politiques néolibérales quand les grandes puissances ont vu les économies s’effondrer à partir de 2008.  Même si le néolibéralisme était largement responsable, l’idéologie n’a pas été emportée par la crise car elle a fait l’objet d’une réorganisation et les Etats sont intervenus pour éviter la dépression et la faillite du système. Keynes a été vite ressuscité et très vite enterrer. Le continent sud-américain ne pouvait pas suivre l’autre chemin hors le néolibéralisme…

 

Sans adhérer aux théories du complot, il existe des éléments qui leur donnent une certaine crédibilité, par exemple, dans l’organisation et l’appui logistique aux militants de la droite sur le sol brésilien pour préparer le déclenchement du coup d’état. Déstabiliser un rival potentiel est la règle pour le maintien de l'hégémonie des États-Unis en Amérique latine et, par extension, réduire la capacité conjointe de la Chine, la Russie, l'Inde et Afrique du Sud dans le continent. Le Brésil a joué un rôle très important dans l'agrégation des forces des pays en voie de développement vers une ouverture, voire une démocratisation des institutions multilatérales. 

 

Les Etats Unis n’ont jamais accepté l'alliance Rousseff avec les pays BRICS, ainsi que le rôle perturbateur du Brésil à propos de  la géopolitique du pétrole et du gaz anglo-américaine. La plateforme continentale du Brésil est de plus de 100 milliards de barils de pétrole, ce qui fait du  pays une puissance pétrolière et de gaz. Exxon et Chevron, les géants pétroliers américains se sont efforcés  d’en prendre le contrôle. La Présidente brésilienne a osé défier les Etats Unis quand l’entreprise brésilienne Telebras a annoncé des plans pour la construction d'un câble sous-marin de télécommunications à fibres optiques avec le Portugal à travers l'Atlantique. Elle a prévu de prolonger le câble de 5600 km, de Fortaleza au Portugal. Cela représente une rupture majeure dans les communications transatlantiques dans le domaine de la technologie américaine. Il s’agit de contrecarrer la vulnérabilité aux Etats-Unis de la surveillance électronique NSA de Washington. De plus, le Brésil a toujours privilégié les accords multilatéraux entre les pays et cela ne plaisait pas aux États-Unis qui veulent continuer leur domination commerciale avec l’Amérique latine et avec les autres pays : leurs accords transatlantiques avec l’Union européenne et l'accord Trans-Pacifique TPP, (son sigle en anglais), un accord commercial historique entre les Etats-Unis, le Japon et dix autres pays du Pacifique. Toute la question est de savoir pour quoi la Président Dilma Rousseff a été mise sur l’écoute et est devenue alors une cible de choix de déstabilisation politique.

 

Les Etats Unis, le berceau de la démocratie, dit-on - mais ne semble pas apprécier la vitalité de la participation des organisations sociales brésiliennes dans le cadre de la démocratisation des organisations multilatérales, c’est le cas de l’OMC avec ses accords généraux sur le commerce  des services. Il y a eu une forte mobilisation des organisations sociales qui estiment que ces accords font partie d'un agenda néolibéral qui, dans le cas particulier des services, prendrait le pas sur le bien-être réel des populations concernées, en se concentrant uniquement sur la marchandisation des services publics essentiels (tels l'éducation ou le système de santé). Le fait que des secteurs, considérés comme du domaine étatique, puissent faire l'objet de négociations non-démocratique présagerait selon eux à terme la disparition du pouvoir de régulation des États et donc, de leur rôle historique.

 

Il faut noter que dans les pays de l’Amérique du Sud tel que le Brésil qui ont connu des dictatures pendant plus de deux décennies, la démocratie repose sur la responsabilité des citoyens d’un pays et il n’y a pas de démocratie sans conscience d’appartenances à une collectivité politique, à un territoire, à une région. Au Brésil la constitution de 1988 est la première à consacrer un ensemble de principes qui guident le Brésil sur la scène internationale. Cette orientation internationaliste traduit les principes de la primauté des droits de l'homme, de l'autodétermination des peuples, le refus du terrorisme et du racisme et de la coopération entre les peuples pour le progrès de l'humanité, conformément à l'article 4, paragraphes II, III, VIII et IX.  L’article 4 dans son ensemble, symbolise la réinsertion du Brésil sur la scène internationale. Reconnaissant la prévalence des droits de l'homme dans leurs relations internationales, le Brésil reconnaît également l'existence de limites et de contraintes concernant la souveraineté de l'Etat, laquelle est soumise à des règles juridiques, à la norme requise de la prévalence des droits de l'homme. C’est pourquoi nous ne pouvons pas laisser dépérir les valeurs communes des principes démocratiques. L'Union Européenne est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité, de l'État de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. La commission européenne a beaucoup aidé les organisations sociales au Brésil dans la lutte pour la démocratisation. Elle a financé plusieurs projets d’éducation citoyenne dans la démarche innovatrice de la démocratie participative. Dans la lutte contre l’exclusion, dans la défense des droits humains. Et grâce à la solidarité des Ongs européenne une nouvelle société civile au Brésil a émergé, pleine de vitalité. C’est elle qui a réinventé la gouvernabilité locale fondée sur la démocratie participative des municipalités brésiliennes PT. Cette démarche a intéressé la gauche française et européenne et elle a cherché à mieux la connaitre et la comprendre. Les municipalités de gauche en France et en Europe ont cherché à construire des fraternités, des jumelages avec les municipalités brésiliennes visant à renouveler la vieille démocratie française de plus en plus rejetée par ses citoyens. Il est intéressant de noter que la candidate du Parti socialiste, Ségolène Royal, a utilisé la démocratie participative comme thème de sa campagne présidentielle. Personne ne peut oublier que Porto Alegre est devenue la capitale de la démocratie participative et le berceau du Forum Social Mondial où l'alternative à gauche, les altermondialistes crièrent qu'un autre monde était possible.

 

En réponse à la crise politique institutionnelle, la menace qui pèse sur la démocratie et de ses acquis sociaux  au Brésil et ses hypothèses, nous affirmons qu’il est inconcevable que l’ensemble de la gauche européenne et surtout la gauche française n’apportent pas leur solidarité à Dilma Rousseff, aux mouvements sociaux, aux artistes, aux intellectuels qui sont dans les rues occupent les écoles, les universités, les théâtres.

 

Aujourd’hui toutes ces conquêtes sont menacées par un coup d’état parlementaire sans que cela semble interroger les partis européens de gauche. En France, seul le Parti communiste a exprimé sa solidarité avec le président Dilma Rousself.

 

Malheureusement, la perte de la capacité de penser les questions d'ordre politique et géopolitique hors de l'espace hexagonal français devient de plus en plus rare. Il semble que l'esprit de l'internationalisme est en train de disparaître dans les luttes politiques. Il suffit de regarder ce qui se passe dans l'Union européenne. Cet espace géopolitique pourrait être un formidable lieu d'intégration régionale des luttes sociales contre l'expansion de l'idéologie néolibérale. Ce désintérêt est paradoxal dans un monde globalisé et dans un espace géopolitique complètement soumis aux règles de l'idéologie néolibérale. La gouvernance mondiale a été créée pour défendre les intérêts du marché globalisé, c’est presque une stratégie de guerre économique où les plus performants dominent en imposant leurs règles. Face à la perte d’autonomie politique d’une société de plus en plus dominée par les intérêts économiques d’un monde global, il est impossible de devenir un citoyen passif. Cette réalité devrait exiger au contraire bien plus de solidarité et inciter la gauche et l’ensemble des organisations sociales à une plus grande réactivité face à une idéologie qui laisse les démocraties de plus en plus vulnérables. Une minorité gouverne sans légitimité pour une majorité. Ici et au Brésil le phénomène est le même.

 

Aujourd'hui, nous sommes confrontés à un grand défi : nos sociétés peuvent-elles fonctionner démocratiquement sans valeurs communes?

 

Il ne fait pas de doute que la destitution de la Présidente Dilma Rousseff a été planifié au plan national et probablement avec l’aide internationale. Avec l’appui du quatrième pouvoir et des secteurs conservateurs du pouvoir judiciaire, une femme honnête a été mise en pâture. La presse brésilienne et ses complices internationaux ont donné l’image d’une Présidente empêtrée dans les scandales de corruption et définitivement en position d’accusée.  Le quotidien Folha de Sao Paulo a lâché, lundi 23 mai, une véritable bombe politico-médiatique en publiant la transcription de l'enregistrement d'une conversation datant du mois de mars, entre le ministre intérimaire de la planification Romero Juca et un ancien sénateur de son parti, Sergio Machado. Dans cet échange téléphonique, les deux hommes s’inquiètent de l’avancée inexorable de l’enquête sur les détournements de fonds au sein du groupe public Petrobas qui éclabousse la classe politique brésilienne. Romero Juca propose alors «un pacte», passant par la destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff pour étouffer l’affaire Petrobas dans laquelle il est lui-même visé : «La destitution est nécessaire. Il n’y a pas d’autre issue. Il faut résoudre toute cette merde. Il faut changer le gouvernement pour stopper l’hémorragie.» «Il faut un accord, mettre Michel Temer au pouvoir, un grand accord national», lui répond le sénateur, qui a semble-t-il enregistré cette conversation à l’insu de son interlocuteur pour nouer un futur accord de collaboration avec la justice en échange d’une remise de peine. La révélation des enregistrements démontre la véritable raison du coup d’état pratiqué contre la démocratie et contre le mandat légitime de Dilma Rousseff. «  L'objectif est de freiner l'enquête Petrobras et de la mettre sous le tapis », a réagi l'ancien ministre de gauche Ricardo Berzoini.

 

C’est pour cette raison que je  dis à tous les mouvements sociaux, à tous les partis de gauche en Europe que le silence devrait être interdit quand une démocratie est menacée ici ou ailleurs.

Stratégie du golpe global (Il Manifesto)

 

 

Quelle liaison y a-t-il entre des sociétés géographiquement, historiquement et culturellement éloignées, du Kosovo à la Libye et à la Syrie, de l’Irak à l’Afghanistan, de l’Ukraine au Brésil et au Venezuela ? Celle d’être emportées dans la stratégie globale des Etats-Unis, donnée en exemple par la « géographie » du Pentagone.

Le monde entier s’y trouve divisé en « aires de responsabilité », chacune confiée à un des six « commandements combattants unifiés » des Etats-Unis : le Commandement Nord couvre l’Amérique du Nord, le Commandement Sud l’Amérique du Sud, le Commandement Européen la région comprenant Europe et Russie, le Commandement Afrique le continent africain, le Commandement Central Moyen-orient et Asie, le Commandement Pacifique la région Asie/Pacifique. Aux six commandements géographiques s’en ajoutent trois opérant à l’échelle mondiale : le Commandement stratégique (responsable des forces nucléaires), le Commandement pour les opérations spéciales, le Commandement pour le transport.

 

A la tête du Commandement Européen se trouve un général ou un amiral nommé par le président des Etats-Unis, qui assume automatiquement la charge de Commandant suprême allié en Europe. L’Otan est ainsi insérée dans la chaîne de commandement du Pentagone, c’est-à-dire opère fondamentalement en fonction de la stratégie étasunienne. Celle-ci consiste en l’élimination de tout Etat ou mouvement politico/social qui menace les intérêts politiques, économiques et militaires des Etats-Unis qui, bien qu’étant encore la plus grande puissance mondiale, sont en train de perdre du terrain face à l’émergence de nouveaux sujets étatiques et sociaux.

 

Les instruments de cette stratégie sont multiples : de la guerre ouverte – voir les attaques aéronavales et terrestres en Yougoslavie, Afghanistan, Irak et Libye – aux opérations secrètes conduites dans ces pays comme dans d’autres, dernièrement en Syrie et Ukraine.

 

Pour ces opérations le Pentagone dispose des forces spéciales, environ 70 000 spécialistes qui « chaque jour opèrent dans plus de 80 pays à l’échelle mondiale ». Il dispose en outre d’une armée de l’ombre decontractors (mercenaires) : en Afghanistan, selon Foreign Policy, les mercenaires du Pentagone sont environ 29 000, c’est-à-dire trois pour chaque soldat étasunien ; en Irak environ 8 000, deux pour chaque soldat étasunien.

 

Aux mercenaires du Pentagone s’ajoutent ceux de la tentaculaire Communauté d’intelligence (renseignement) comprenant, en plus de la Cia, 15 autres agences fédérales. Les mercenaires sont doublement utiles : ils peuvent assassiner et torturer, sans que cela soit attribué aux EU, et quand ils sont tués leurs noms n’apparaissent pas dans la liste des morts. En outre le Pentagone et les services secrets disposent des groupes qu’ils arment et entraînent, comme les groupes islamistes utilisés pour attaquer de l’intérieur la Libye et la Syrie, et ceux néo-nazis utilisés pour le coup d’Etat en Ukraine.

 

Autre instrument de la même stratégie, ces « organisations non-gouvernementales » qui, dotées de moyens énormes, sont utilisées par la CIA et par le Département d’Etat pour des actions de déstabilisation interne au nom de la « défense des droits des citoyens ».

 

Dans le même cadre entre l’action du groupe Bilderberg, que le magistrat Ferdinando Imposimato dénonce comme « un des responsables de la stratégie de la tension et des massacres » en Italie, et celle de l’Open Society de l’ « investisseur et philanthrope George Soros », artisan des « révolutions colorées ».

 

Dans le viseur de la stratégie golpiste de Washington il y a aujourd’hui le Brésil, pour miner de l’intérieur les BRICS, et le Venezuela pour miner l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (Alba). Pour déstabiliser le Venezuela, selon le Commandement Sud dans un document découvert récemment, il faut provoquer « un scénario de tension qui permette de combiner des actions de rue avec l’emploi dosé de la violence armée ».

 

Edition de mardi 24 mai 2016 de il manifesto


http://ilmanifesto.info/strategia-del-golpe-globale/ 
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Apostille de la traductrice pour la version française (avec l’accord de l’auteur).On trouvera quelques illustrations des deux derniers instruments décrits par cette rubrique, dans, par exemple, les investigations suivantes :

 

1) Dans l’article “ Alep : bombardements d’hôpitaux et propagande de guerre ”, le journaliste étasunien Brandon Turbeville indique quelques pistes permettant de cerner des critères de l’« indépendance, neutralité et impartialité » de certaines ONG. Ici, Médecins Sans Frontières. Extrait :

 

« Alors que MSF est souvent décrit par les médias occidentaux comme indépendant, rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. En 2013 Tony Cartalucci écrivait : « Pour commencer, Médecins sans frontières est entièrement financé par exactement les mêmes institutions financières qui sont derrière Wall Street et la politique étrangère commune de Londres [et autres puissances occidentales, m-a p], y compris le changement de régime en Syrie et dans l’Iran voisin. Le propre rapport annuel de Médecins sans frontières, mentionne comme donateurs Goldman Sachs, Wells Fargo, Citigroup, Google, Microsoft, Bloomberg, Bain Capital, la société de Mitt Romney, et une myriade d’autres sociétés financières. Médecins sans frontières présente aussi des banquiers dans son Comité de parrainage, dont Elizabeth Beshel Robinson de Goldman Sachs ». Pour avoir une idée de l’indépendance des sociétés et banques en question cf. voir l’ouvrage Le groupe Bilderberg, l’ « élite » du pouvoir mondial, de Domenico Moro (Editions Delga, 2014).


A (partir de) la page 36 du rapport financier 2010 (à défaut de trouver les suivants sur le site MSF), on verra sur la longue liste des donateurs quelques autres contributeurs tels que, pour ne citer que des très connus, la Fondation William Clinton et Richard Rockefeller, aussi généreux (tranche $100,000 – $499,999) qu’indépendants politiquement.

 

2) Le livre de la journaliste et essayiste étasunienne Diana Johnstone : Hillary Clinton, la reine du chaos(Editions Delga, 2015). Le chapitre « La mégère apprivoisante » donne un aperçu du travail « humanitaire » – entre deux charges au Secrétariat d’Etat – de très proches collaboratrices de Hillary, comme : Samantha Power (p. 97 et suivantes) au Kosovo et au Cambodge, pour l’Open Society Institute de George Soros (par ailleurs donateur à MSF) ; ou Suzanne Nossel (p. 101 et suivantes) passant de Human Rights Watch au Secrétariat d’Etat de Hillary Clinton (2009), puis à la direction de la branche étasunienne de Amnesty International, en janvier 2012 « pour rendre un autre service au "smart power" comme directeur exécutif d’Amnesty International pour une année marquée par une importante campagne de soutien aux Pussy Riot ». La somme d’informations et l’analyse de cette campagne produites par l’auteur – de façon proprement hilarante dans ce passage mais tout le livre, beaucoup moins drôle, est passionnant – donnent un exemple significatif des « actions de déstabilisation interne au nom de la “ défense des droits des citoyens ” » par le Département d’Etat et Agences étasuniens, via des grosses ONG.

 

Dans ces deux investigations, on voit aussi comment certains acteurs de ces déstabilisations font partie simultanément des deux derniers instruments stratégiques décrits par Manlio Dinucci : à la fois comme (gros) contributeurs financiers d’ONG, et comme membres (y compris fondateurs ou dirigeants) de groupes ou institutions « indépendants » tels que Bilderberg et l’Open Society. Quant à la démocrate aspirante à la présidence des EU, elle émarge dans toutes les catégories de cette stratégie « sans frontières ».

 

Edition de mardi 24 mai 2016 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/strategia-del-golpe-globale/

 

Pour voir la vidéo en italien qui correspond au texte en français : http://www.globalresearch.ca/video-la-notizia-di-manlio-dinucci-strate...

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres : Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013 ; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014 ;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.


Apostille de la traductrice pour la version française

(avec l’accord de l’auteur)

On trouvera quelques illustrations des deux derniers instruments décrits par cette rubrique, dans, par exemple, les investigations suivantes :

 

1) Dans l’article, Alep : Bombardements d’hôpitaux et propagande de guerre (http://arretsurinfo.ch/alep-bombardements-dhopitaux-et-propagande-de-guerre/ ) le journaliste étasunien Brandon Turbeville indique quelques pistes permettant de cerner des critères de l’ « indépendance, neutralité et impartialité » de certaines ONG. Ici, Médecins Sans Frontières. Extrait :

 

« Alors que MSF est souvent décrit par les médias occidentaux comme indépendant, rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. En 2013 Tony Cartalucci écrivait[http://landdestroyer.blogspot.fr/2013/08/doctors-behind-syrian-chemica...] : « Pour commencer, Médecins sans frontières est entièrement financé par exactement les mêmes institutions financières qui sont derrière Wall Street et la politique étrangère commune de Londres [et autres puissances occidentales, m-a p], y compris le changement de régime en Syrie et dans l’Iran voisin. Le propre rapport annuel de Médecins sans frontières (le rapport de 2010 est accessible ici), mentionne comme donateurs Goldman Sachs, Wells Fargo, Citigroup, Google, Microsoft, Bloomberg, Bain Capital, la société de Mitt Romney, et une myriade d’autres sociétés financières). Médecins sans frontières présente aussi des banquiers dans son Comité de parrainage, dont Elizabeth Beshel Robinson de Goldman Sachs ». Pour avoir une idée de l’indépendance des sociétés et banques en question cf. tout l’ouvrage Le groupe Bilderberg, l’ « élite » du pouvoir mondial, de Domenico Moro (Editions Delga, 2014).

 

A (partir de) la page 36 du rapport financier 2010 (à défaut de trouver les suivants sur le site MSF), on verra sur la longue liste des donateurs quelques autres contributeurs tels que, pour ne citer que des très connus, la Fondation William Clinton et Richard Rockefeller, aussi généreux (tranche $100,000 – $499,999) qu’indépendants politiquement.

 

2) Le livre de la journaliste et essayiste étasunienne Diana Johnstone : « Hillary Clinton, la reine du chaos » (Editions Delga, 2015). Le chapitre « La mégère apprivoisante » donne un aperçu du travail « humanitaire » -entre deux charges au Secrétariat d’Etat- de très proches collaboratrices de Hillary, comme : Samantha Power (p. 97 et suivantes) au Kosovo et au Cambodge, pour l’Open Society Institute de George Soros (par ailleurs donateur à MSF) ; ou Suzanne Nossel (p. 101 et suivantes) passant de Human Rights Watch au Secrétariat d’Etat de H. Clinton (2009), puis à la direction de la branche étasunienne de Amnesty International, en janvier 2012 « pour rendre un autre service au “smart power” comme directeur exécutif d’Amnesty International pour une année marquée par une importante campagne de soutien aux Pussy Riot ». La somme d’informations et l’analyse de cette campagne produites par l’auteur -de façon proprement hilarante dans ce passage mais tout le livre, beaucoup moins drôle, est passionnant- donnent un exemple significatif des « actions de déstabilisation interne au nom de la “défense des droits des citoyens” » par le Département d’Etat et Agences étasuniens, via des grosses ONG.

 

Dans ces deux investigations, on voit aussi comment certains acteurs de ces déstabilisations font partie simultanément des deux derniers instruments stratégiques décrits par Manlio Dinucci : à la fois comme (gros) contributeurs financiers d’ONG, et comme membres (y compris fondateurs ou dirigeants) de groupes ou institutions « indépendants » tels que Bilderberg et l’Open Society. Quant à la démocrate aspirante à la présidence des USA, elle émarge dans toutes les catégories de cette stratégie « sans frontières ».

»» http://www.mondialisation.ca/geographie-du-pentagone-et-mondialisation...
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Brésil: l’enregistrement accablant d’un ministre clé ébranle le gouvernement Temer

Brésil: l’enregistrement accablant d’un ministre clé ébranle le gouvernement Temer

 

24 Mai 2016

 

23/05/16 à 19:41 – Mise à jour à 20:24

 

Source: Afp

 

A peine installé, le gouvernement intérimaire brésilien a été fortement ébranlé lundi par la mise en cause d’un ministre accusé d’avoir oeuvré à la destitution de la présidente Dilma Rousseff dans l’objectif de stopper l’enquête sur le scandale de corruption Petrobras.

Brésil: l'enregistrement accablant d'un ministre clé ébranle le gouvernement Temer

© AFP

Le quotidien Folha de Sao Paulo a déclenché une tempête politique en publiant lundi l’enregistrement d’une conversation très compromettante pour l’actuel ministre de la Planification Romero Juca, un proche du président par intérim Michel Temer qui a pris ses fonctions depuis que la présidente Dilma Rousseff a été écartée du pouvoir le 12 mai.

 

Dans cette conversation datant du mois de mars, M. Juca évoque la nécessité d’un « pacte » pour écarter la présidente de gauche Dilma Rousseff du pouvoir, et par la même occasion mettre fin à l’enquête sur le scandale de corruption Petrobras dans lequel il est lui-même visé.

 

« L’impeachment est nécessaire. Il n’y a pas d’autre issue. Il faut résoudre toute cette merde. Il faut changer le gouvernement pour stopper l’hémorragie », y déclare M. Juca lors d’une conversation à son domicile avec l’ancien sénateur Sergio Machado, ex-président de la compagnie pétrolière Transpetro, lui-même soupçonné de corruption dans le dossier Petrobras.

 

Romero Juca a assumé récemment la présidence du grand parti centriste PMDB de Michel Temer, qui avait précipité la chute de Mme Rousseff en claquant la porte de sa coalition chancelante fin mars.

 

Accusée de maquillages des comptes publics, mais pas de corruption, Mme Rousseff a été écartée de la présidence le 12 mai pour un maximum de six mois par le Sénat, dans le cadre d’une procédure de destitution controversée, en attendant le jugement final des sénateurs.

 

Le PMDB est éclaboussé au plus haut niveau par le scandale Petrobras, au même titre que le Parti des travailleurs (PT, gauche) de Dilma Rousseff avec qui il a dirigé le pays depuis 2003.

 

Pas de démission

 

Devenu dans la foulée l’un des ministres clé du gouvernement Temer, Romero Juca a reconnu l’authenticité de sa conversation avec M. Machado, qui semble avoir été enregistrée à son insu par ce dernier dans la perspective d’un accord de collaboration avec la justice.

 

Le ministre, désormais sur la sellette, s’est défendu en affirmant que le journal Folha de Sao Paulo avait tronqué ses propos en ne publiant que des extraits « hors de contexte », lors d’une conférence de presse.

 

M. Juca a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de démissionner tant qu’il aurait la confiance de Michel Temer, affirmant qu’il soutenait l’enquête Petrobras et n’avait jamais rien fait pour tenter de l’entraver.

 

Lorsqu’il parlait de « stopper l’hémorragie », il ne se référait pas à l’enquête Petrobras, mais à la situation économique du Brésil, a-t-il soutenu.

Mais dans les extraits de sa conversation publiés par Folha, il ne se réfère à aucun moment à la sévère récession économique qui plombe le géant émergent d’Amérique latine.

 

Il n’y est question que de l’inquiétude des deux interlocuteurs sur l’avancée de l’enquête Petrobras, qui éclabousse une grande partie de l’élite politique brésilienne.

 

‘Produit de ce gouvernement putschiste’

 

« Il faut un accord, mettre Michel (Temer au pouvoir, NDLR), un grand accord national », y déclare M. Machado.

 

« Avec le tribunal suprême, et tout le monde », répond M. Juca.

 

M. Machado juge que la « situation est grave » car les juges du dossier Petrobras « veulent attraper tous les politiques ».

 

« Ils veulent en finir avec la classe politique, pour faire émerger une nouvelle caste pure », abonde M. Juca.

 

L’entourage de Dilma Rousseff s’est immédiatement engouffré dans la brèche en réclamant la démission de M. Juca.

 

« La révélation du dialogue entre Romero Juca et Sergio Machado démontre la véritable raison du coup pratiqué contre la démocratie et contre le mandat légitime de Dilma Rousseff. L’objectif est de freiner l’enquête Petrobras et de la mettre sous le tapis », a réagi l’ancien ministre Ricardo Berzoini, sur la page Facebook de la présidente suspendue.

 

« C’est un scandale, une honte, c’est le produit de ce gouvernement putschiste », a ajouté cet ancien ministre de Mme Rousseff.

 

Ces révélations tombent mal pour Michel Temer, dont la volonté déclarée de préserver l’enquête Petrobras avait déjà été mise en doute par la nomination de sept ministres visés par des enquêtes judiciaires dans son gouvernement de « salut national », dont M. Juca.

Cuba dans le coeur comme une écharde….le cinéma comme ma mémoire…

Cuba dans le coeur comme une écharde….le cinéma comme ma mémoire…

 

23 Mai 2016

Ceux qui ont vécu à Cuba, connu dans ce pays l’amour de l’art, du livre, de la musique, ceux qui ont flâné dans les rues écrasées de chaleur et connu la très grande gentillesse de la population apprécieront cette promenade et ce concert dans le théâtre bertolt Brecht.. La seule chose qui m’emplit de regret par rapport à cette vie qui fut la mienne et qui fut si riche, si pleine, est de ne plus retourner dans tous ces lieux… La seule chose qui m’en console c’est qu’il me reste encore beaucoup d’aventures à accomplir… et peu de temps, chaque seconde doit être utilisée à plein.

 

Il y a un an exactement une ancienne étudiante m’a écrit : J’étais votre élève à Aix en « Sociologie de l’Art ». Et j’ai un souvenir magique de vous. Un jour vous avez dit « il fait trop beau, je fais cours dehors. » Et on s’est installé dans l’herbe des jardins de la Fac. Encore merci pour ces instants.merci à tous ces étudiants qui m’ont donné ce bonheur impressionniste et ces jeux de lumière…  Le cinéma c’est ça… c’est très sérieux, c’est la pensée qui s’incarne dans la sensualité de l’instant… C’est la souffrance, les pleurs que me font encore verser mirage de la vie de Douglas Sirk… Il me reste si peu de temps, l’amertume est un luxe que je n’ai plus… Même la souffrance doit être une manière de sentir la force  que l’on est désormais, grâce à tout ce vécu…

 

En pensant aux débats que je dois tenir à la fin du mois de juin autour de mon livre Bertolt Brecht et Fritz lang, avec deux romancières mais aussi le lendemain un autre débat à la Nouvelle Presse avec Béatrice et laura,tout cela m’oblige à reconnaître que dans cette errance aux côtés de deux anti-nazis allemands j’ai cherché quelque chose de la manière dont ma propre vie s’est intimement liée à l’Histoire du drame qui a déchiré l’Europe… Et dont nous ne sommes pas sortis puisque le nazisme n’a jamais été éradiqué….  je me dis que j’ai commencé là les seules mémoires que j’ai envie d’écrire, celle où le cinéma fait la jonction entre les sensibilités individuelles et l’Histoire. Godard a écrit quelque chose là-dessus. Un livre est  toujours une aventure… des rencontres… Est-ce que j’aurai le temps de poursuivre sur cette autre part essentielle de mon histoire qui a été l’URSS, ces dizaines de voyages, ce refus de visiter le tombeau de  Lénine, la découverte de l’Asie Centrale, mon cher Tadjikistan…Et plus récemment ces voyages loufoques et riches avec Marianne, notre collaboration quasi quotidienne…  C’est le programme avec Marianne des trois années à venir, à la fois des voyages, des croquis et une réflexion sur le cinéma soviétique.. Je commence à constituer une bibliographie, j’ai découvert à Marseille l’existence d’un ciné-club consacré au films russes. J’y vais pour la première fois mardi à 19 heures au cinéma le Variété. je commence à accumuler le matériau de la recherche…

 

J’aurais aimé avoir le temps de remettre mes pas en Algérie, autre lieu important de ma biographie… Revenir à Cuba, mais tout cela restera dans mon coeur comme le parfum de ces nuits de la Havane: comme une écharde dans le coeur… . C’est ça la vie, la merveilleuse vie quelque chose comme un soir de vendange gorgé de soleil, de rire et du parfum du raisin qui monte à la tête… .Quelque chose que Dovjenko a su si bien exprimer… comme la manière dont la Révolution devait mobiliser toutes les forces de la nature, de l’inconscient…

 

j’ai déjà lu la fabrique des pervers, je vous en reparlerai, je regrette de n’avoir pas trouvé le livre de Brigitte Stora avec ce beau titre emprunté à Ruteboeuf… J’ajouerai de mémoire « Ce sont amis que vent emporte et il ventait fort devant ma porte ». J’acheterai son livre lors de  la séance parce qu’il semble raconter non pas son histoire mais celle que nous partageons  elle-moi qui ne nous connaissons pas… C’est la force et le danger du roman, cette identification…

 

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