Pourquoi l’opposition vénézuélienne renonce-t-elle aux élections ?

Pourquoi l’opposition vénézuélienne renonce-t-elle aux élections ?

 

23 Février 2018

  •  A quel jeu joue l’opposition en refusant de participer aux élections et en présentant des demandes inattendues ou déjà réglées lors de la médiation qui a eu lieu en janvier sur le territoire dominicain en présence du gouvernement de ce pays? Il s’agit d’abord de restaurer une image décrédibilisée auprès de sa propre base qui est de plus en plus démobilisée, et de jouer surtout en liaison avec les médias et puissances étrangères véritables dirigeants de « l’opposition » vénézuéliennes en témoignant d’une fermeté dans le rapport des forces et en feignant de faire monter les enchères de la déstabilisation?
  • (traduction et note de Danielle Bleitrach)
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Après une qualification à la Constitution vénézuélienne fournie par l’Assemblée nationale constituante (ANC) compte tenu de son caractère Plénipotentiaire, il a été  permis une exception à l’expiration du mandat présidentiel et donc la convocation comme demandé par la Table ronde Unité démocratique (MUD) d’élections à la présidence de Miraflores . Maintenant, dans une situation sans précédent, ils décident de ne pas y participer, se surpassant eux mêmes dans leur record d’organisation qui, à trois reprises déjà, s’est retirée d’une élection, comme ce fut le cas lors des élections parlementaires de 2005, l’élection de l’ANC en juillet 2017 et les municipales en décembre de l’année dernière.

 

Quelles sont les raisons que le MUD invoque pour sa décision? Qu’ont-ils déclaré dans l’exposé des motifs de leur décision? À cet égard, et à propos de cette organisation que l’on appelle «politique»,  il y a quelques éléments à souligner.

 

Les garanties électorales

 

Mercredi 21 février, la coalition anti-Chavez a fait son annonce de boycott en disant s’abstenir de participer aux élections présidentielles prévues. Dans son document, qu’elle appelle « un défi » au gouvernement du président Nicolás Maduro, elle explique que bien qu’elle juge nécessaire de changer le régime « le plus tôt possible »,  pour arriver à ces fins, les  conditions électorales ne seraient pas réunies.

 

En ce sens, elle établit une contre-proposition, qui ressemble à ce qui a été récemment utilisé en République dominicaine dans le cadre des dialogues entre le gouvernement et l’opposition . A savoir, des conditions de garanties électorales qui, selon l’opposition, lui ouvriraient la voie pour participer aux élections.

 

Fondamentalement, il s’agit d’un document qui a surgi de manière inattendue et qui a surpris les médiateurs et le gouvernement juste le jour de la signature du document de consensus qui avait été pré-convenu et devait être signé en République dominicaine le 31 janvier. Dans cet accord apparaît une série de modifications substantielles, mettant tout le processus sous la coupe de l’opposition et torpillant de ce fait toute possibilité de signature. Cette série de conditions a été présentée par les dirigeants anti-Chavez pour aller aux élections, dans le cadre de la signature d’un document qui avait été « fait et approuvé à l’unanimité » par les ministres des Affaires étrangères et les médiateurs en République dominicaine.

 

En imposant de nouvelles prérogatives et même réitérant les conditions et pré-accord avec le gouvernement, la MUD commet un acte de propagande politique, en essayant de compenser avec cet acte purement communicationnel les dommages profonds exercés sur ses partisans lors de sa campagne et qui a entraîné la méfiance à l’ égard du corps électoral vénézuélien, ce qui s’est traduit par une très faible intention de voter parmi l’opposition. En plus de l’absence d’un leadership solide qui donnerait sa cohésion à l’opposition et renforcerait la confiance de ce camp.

 

Pour les opposants, la question des garanties électorales, ou au moins recréer un supposé changement dans les règles du jeu, est tout au plus très importante pour changer la corrélation actuelle dans l’intention de voter. En janvier de cette année, Eugenio Martinez, analyste électoral de l’opposition, a présenté les résultats de l’enquête entreprise par Datincorp: alors que 86,6% de ceux qui se déclarent chavistes sont « pleinement déterminés à voter » à l’élection présidentielle, seulement 46% de ceux qui se désignent comme des adversaires  disent qu’ils sont convaincus de participer.

 

Les conditions

 

Le MUD se réfère maintenant aux élections prévues en avril comme étant « prématurées » , mais il y a quelques semaines lorsque le dialogue était « hiatus indéfini » selon les mots du médiateur le président dominicain Danilo Medina, le MUD avait convenu avec les chavistes de la date du 22 avril. Donc, la déclaration de la MUD sur la date des élections apparaît comme la volonté de créer un obstacle à leur participation. La coalition a déclaré dans son document du 21 février qu’elle pariait sur les élections au second semestre de cette année.

 

Une autre des exigences qu’il essaie maintenant d’imposer comme condition est le remplacement des représentants au Conseil national électoral (CNE) pour le rendre plus «équilibré», sous le prétexte que cela avait été déjà accepté en République dominicaine, mais ce n’était pas signé par le MUD. Ce qui implique que l’opposition  introduit une nouvelle demande de changement dans la structure électorale qui avait été acceptée par le gouvernement vénézuélien dans les dialogues et qu’ils avaient décidé de ne pas entériner avec leur signature.

 

L’invitation des missions d’observation internationales est un autre point souligné par l’opposition dans tous les processus : avant, pendant et après l’élection présidentielle. Ce point avait déjà été convenu avec le gouvernement.

 

Un autre élément qui ressort du document est le vote des Vénézuéliens à l’étranger. Sans préciser dans quelles conditions ce vote pourrait avoir lieu, les dirigeants anti-Chavez font la proposition alors que les Vénézuéliens vivant à l’étranger peuvent effectivement voter. Ceux qui ont une situation juridique dans le pays de destination le font ainsi que  ceux qui se sont également inscrit sur le registre électoral permanent dans les ambassades et les services consulaires, conformément à l’article 124 de la loi organique des processus électoraux.

 

Probablement le MUD fait état d’un manque de connaissance de la loi pour permettre le vote de beaucoup de ses disciples qui ont migré et ne rentrent pas dans ces conditions. Ce qui constitue une barrière sérieuse au vote.

 

De la même manière la demande substantielle pour aller aux élections est l’accès égalitaires des médias publics et privés aux centres électoraux, personne n’ignore que ceci n’est pas une variable destinée à motiver pour le vote. Mais cela a été utilisé en d’autres temps pour faire proliférer les incidents dans les centres électoraux et qu’ainsi on construit la matrice de la dénonciation de »fraudes électorales », qui aujourd’hui provoquent l’intention de vote en faveur de l’opposition.

 

Il est demandé la révocation des disqualifications de  partis et de dirigeants politiques. La référence ne désigne pas spécifiquement une personne politique particulière. Quant à la disqualification des partis,  l’organisation Primero Justicia a récemment abandonné l’exigence de revalidation de son accès au corps électoral vénézuélien et ils ont échoué à recueillir des signatures en vue de se remettre sur les rails après une absence déclaré en tant que parti intervenant dans les élections.

 

Enfin, il a demandé une vérification technique du processus électoral. Ce qui n’est pas nouveau pour les autorités électorales vénézuéliennes et pour le MUD, puisque d’après les règlements électoraux, il y a des processus d’audits avant les élections, pendant les élections et après. Le MUD a validé tous les processus d’audit des élections de ces dernières années, y compris ceux des gouverneurs le 15 octobre.

 

Quelle est la signification des conditions MUD?

 

En termes strictement électoraux, seule la nomination de nouveaux rectorats au CNE est tout à fait significative, au cas où les nouvelles autorités décideraient de changer les méthodes de vote et un changement total de système, par exemple, si l’on passait du système automatisé actuel (qualifié par le Conseil des experts électoraux de l’Amérique latine -CEELA- comme l’un des plus transparents au monde) à un système manuel. Dans le cas où les méthodes actuelles ne sont pas changées les autorités électorales, le changement de rectorat est, en termes électoraux, est hors de propos.

 

Malgré son refus catégorique, le MUD semble laisser la porte ouverte aux élections si toutes (ou certaines, peut-être) des conditions sont remplies.

 

Ensuite, les conditions que les opposants à Chavez cherchent à imposer, semblent destinées , dans des conditions sévères de monitorat par des organismes étrangers, à être les conditions pour restaurer son image politique. Ils ne sont pas essentiellement corrélés avec les conditions électorales sur le terrain. Ils cherchent à construire une position dans laquelle si vous répondez à tout ou partie de leurs demandes, ils iront aux élections en se flattant de l’image de ceux  qui ont  réussi à « tordre le bras » à Chavez, alors que les Chavistes avaient déjà répondu aux demandes qui étaient déjà convenues à l’avance en République dominicaine.

 

Ici, la question de l’image politique s’impose. Pour le MUD, il est important que dans son arène (médias, pression étrangère et échos organisés) il obtienne des concessions électorales, au lieu de la position «domestiquée» qu’il a présentée en République Dominicaine. Dans ces cas, ils essaient de rétablir un lien rompu avec leurs partisans, car une grande partie d’entre eux considèrent que le MUD s’est soumis aux desseins du chavisme pour ne faire que ce que les politiciens devraient faire, c’est-à-dire dialoguer.

 

Bref, par rapport à l’opposition, il y a des situations qui peuvent sembler imprévisibles , surtout parce que c’est une instance pseudo-politique qui n’a pas ses propres critères de conduite, mais qui est plutôt dirigée par des corps étrangers qui tentent de créer un scénario de délégitimation pour céder la place à une plus grande  domination financière et économique sur le pays.

 

(Tiré de Mission Verdad )