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Amérique Latine

21 mai 2017

Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela

 

Publié par Venezuela infos 
 

Mettons-nous dans la peau d’un habitant de la planète qui n’aurait que les médias pour s’informer sur le Venezuela et à qui jour après jour, on parlerait de « manifestants » et de « répression ». Comment ne pas comprendre que cette personne croie que la population est dans la rue et que le gouvernement la réprime ?

 

Mais il n’y a pas de révolte populaire au Venezuela. Malgré la guerre économique la grande majorité de la population vaque à ses occupations, travaille, étudie, survit. C’est pourquoi la droite organise ses marches au départ des quartiers riches. C’est pourquoi elle recourt à la violence et au terrorisme, dont les foyers sont localisés dans les municipalités de droite. ll y a 90 pour cent de quartiers populaires au Venezuela. On comprend l’énorme hiatus : les médias transforment les îles sociologiques des couches aisées (quelques % du territoire) en « Venezuela ». Et 2% de la population en « population ». (1)

 

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Caracas en mai

 

Le 12 mai l’ex-présidente argentine Cristina Fernández, après Evo Morales, a dénoncé « la violence utilisée au Venezuela comme méthodologie pour arriver au pouvoir, pour renverser un gouvernement » (2). Depuis l’Équateur, l’ex-président Rafael Correa a rappelé que « le Venezuela est une démocratie. C’est par le dialogue, avec les élections, que doivent se régler les divergences. De nombreux cas de violences viennent clairement des partis d’opposition » (3). C’est aussi la position du Caricom, qui regroupe les pays des Caraïbes (4). Le Pape François a dû pousser les évêques du Venezuela qui comme dans le Chili de 1973 traînaient les pieds face au dialogue national proposé par le président Maduro (5). Ce dernier a par ailleurs lancé le processus participatif de l’Assemblée Constituante, avec vote à la clef, et confirmé la tenue du scrutin présidentiel légalement prévu en 2018.

[...]

 

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Comment " Le Monde " invente la " répression " au Venezuela

 

 

Comment " Le Monde " invente la " répression " au Venezuela

Mettons-nous dans la peau d'un habitant de la planète qui n'aurait que les médias pour s'informer sur le Venezuela et à qui jour après jour, on parlerait de " manifestants " et de " répression...

 

 

https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/20/comment-le-monde-invente-la-repression-au-venezuela/

Vu et entendu sur place
Venezuela. Qui sont les violents ?
 

 

Quelques lecteurs, assommés par la désinformation sur le Venezuela, doutent de ce que nous en écrivons : « Vous y êtes allés ? ». Une réponse négative donnerait l’avantage aux correspondants de notre « grande presse » dont certains, depuis le Mexique, rapportent sans rien vérifier, ce que dit la presse d’opposition vénézuélienne.

Or, il se trouve que, depuis des années, LGS bénéficie d’articles écrits sur place par des témoins journalistes (Romain Migus, Thierry Deronne, Ignacio Ramonet, Maurice Lemoine, Hernando Calvo Ospina) et qu’un de nos administrateurs a séjourné à deux reprises au Venezuela pour y mener une enquête sur les médias, travail qui a servi d’aliments à deux livres qu’il a publiés (1).


Laissons le temps au temps : 9 milliardaires fabriquent l’opinion chez nous, mais la vérité finit toujours par sortir du puits. Et nos lecteurs nous diront merci.
LGS

Un


Il y a moins d’un an à Paris, un groupe d’hommes violents s’attaquait à la façade d’un hôpital pour enfants et quelques vitres furent brisées. A la même période, une voiture de police était incendiée avec à l’intérieur deux agents qui fort heureusement s’en sortirent sains et saufs, sans avoir à faire usage de leur arme.

 

Ces deux actes eurent lieu en marge de manifestations pacifiques. Immédiatement le gouvernement les identifia comme des actions s’apparentant à du terrorisme et la presse reprit en chœur. La population quasi unanime attendaient des peines exemplaires contre leurs auteurs. La justice ne devait pas seulement punir les actes, mais aussi le fait que les casseurs portaient des capuches ce qui est interdit en France lors de manifestations.

 

Au Venezuela, dans quelques régions, mais principalement à Caracas, les dernières semaines ont vu se dérouler des actes qui peuvent être catalogués comme terroristes. Par exemple, un hôpital pour enfants a dû être délogé face à la violente attaque d’un groupe de jeunes en capuches qui s’apprêtaient à l’incendier. Les images ont montré des mères sortant précipitamment de l’immeuble sous protection policière, avec leurs nouveaux-nés dans les bras. Un autre jour c’est un véhicule de la police anti-émeutes qui a été incendié. Lorsque les deux policiers ont voulu en sortir, ils ont été violemment attaqués par des hommes cagoulés. Par chance les deux fonctionnaires ne portaient pas d’armes sans quoi ils auraient certainement dû en faire usage pour se défendre. Rappelons que le président Maduro a exigé que la police chargée de faire face aux troubles n’utilise que des bombes lacrymogènes et des jets d’eau. Elle n’est pas non plus autorisée à tirer des balles en caoutchouc, si courantes en Europe et aux États-Unis.

 

Mais face à ces deux actes criminels, ou terroristes, la grande presse a tout juste sourcillé. Plusieurs médias, nationaux ou internationaux, ont osé dire qu’il s’agissait de réactions désespérées de la population contre la « dictature de Maduro ».

 

Deux


Lorsque j’ai annoncé à quelques personnes que je partais au Venezuela, j’ai immédiatement remarqué une espèce de panique dans les voix et sur les visages : « C’est la guerre là-bas », « il y a plein de morts », « il paraît que la police assassine... »

 

Je suis arrivé un jour de semaine dans l’après-midi. Depuis l’aéroport jusqu’au centre de Caracas, en plus d’une heure, je n’ai vu aucune manifestation. Le lendemain et le surlendemain, j’ai parcouru, en voiture et à pied, plusieurs quartiers de la capitale : rien, pas une manifestation.

 

Pourtant elles ont bien eu lieu. Mais si je ne les ai pas vues c’est parce qu’elles sont de taille réduite et qu’elles se déroulent dans des lieux bien précis. Principalement dans quelques quartiers de classe moyenne dont le maire est dans l’opposition.

 

Les manifestations pacifiques de citoyens mécontents à l’égard du gouvernement sont autorisées. Elles rassemblent rarement plus de 500 personnes, mais la technique est de placer des caméras de sorte à pouvoir faire des prises spéciales pour montrer « une foule » qui n’existe pas. Ensuite ces images sont lancées sur internet pour prouver la « force » de l’opposition. C’est Mariana qui m’explique tout cela, car elle a vu faire dans son immeuble. Lorsque les manifestations prennent fin, des hommes encagoulés se livrent à des actes de violence. La plupart sont jeunes, ils ont la peau claire et ont l’air bien nourris. Ils portent des insignes fascistes et nazis. Leurs attaques les plus féroces contre la police et les bâtiments ont lieu lorsque la presse, surtout internationale, est à leurs côtés. Parfois il y a plus de journalistes que de casseurs. Sur internet on trouve des exemples à gogo.

 

Certains cagoulés transportent dans leurs casques des caméras qui retransmettent les scènes en direct sur internet. D’autre part, sur les trottoirs et dans certains immeubles, se trouvent d’autres personnes équipées de caméras, avec le même but. Sur internet on peut trouver des vidéos qui présentent leurs actes de vandalisme comme des actes héroïques de résistance à la « dictature de Maduro ». Mais certains émeutiers ont même commis des crimes contre des innocents ou contre les manifestants eux-mêmes, que l’on attribue immédiatement à la police de la « dictature de Maduro ».

 

Ce qui est frappant c’est que ces morts ont été filmées et les vidéos ont été mises sur YouTube par les casseurs, mais aucun journaliste de la grande presse ne s’y est intéressé.

 

Trois


J’ai lu que durant les guerres médiévales on lançait du fumier sur les villes assiégées pour faire apparaître des maladies au sein de la population et parmi les animaux domestiques. De nos jours c’est interdit par les lois internationales.

 

Jamais je n’avais entendu que quelque part sur cette planète des manifestants lancent des excréments humains sur la police ni sur les institutions de l’État comme méthode de « protestation pacifique ». Cela se produit au Venezuela. Les réseaux sociaux l’encouragent et la grande presse détourne le regard ou explique que ce sont des actes du « peuple » fatigué par le « régime de Maduro ».

 

Il y a deux jours un célèbre journaliste opposant au gouvernement a appelé par le biais de son compte twitter à cracher sur tous les chavistes et leurs amis, « même dans les avions » a-t-il quasiment ordonné.

 

Des actes qui semblent désespérés et maladifs ont commencé à être commis à l’étranger. Depuis des agressions contre des missions diplomatiques, jusqu’à des attaques violentes contre des manifestations de solidarité avec la révolution bolivarienne. A Madrid, par exemple, le gouvernement du président Rajoy s’est montré laxiste avec les agresseurs qui ont encerclé et séquestré durant plusieurs heures les personnes qui participaient à un acte de solidarité à l’ambassade du Venezuela.

 

En revanche, à leur grande surprise, environ cinq manifestants ont été arrêtés à Miami alors qu’ils tentaient d’attaquer le consulat. Au Panama, les auteurs de vandalisme ont été menacés d’expulsion du pays.

 

Mais les agresseurs anti-chavistes en viennent même aux menaces de mort : à Paris, c’est la fille de la consule vénézuélienne qui a été visée.

J’ai déjà entendu plusieurs personnes ici qui tiennent la presse internationale pour responsable en grande part de l’escalade de la violence, du terrorisme et du nombre de morts. On ne peut que leur donner raison. Elle donne une incroyable importance au moindre affrontement d’éléments violents contre la police. Elle crée un moule d’opinion qui veut faire du gouvernement vénézuélien légitime une dictature qu’il faut à tout prix renverser ou envahir.

 

Une jeune femme noire aux dents blanchissimes me disait il y a deux jours, tout en me préparant une galette de maïs au fromage : « Ils cherchent à nous pousser, nous les chavistes qui sommes des millions, à l’affrontement avec cette poignée de fous. Ils veulent emporter notre pétrole en marchant sur nos cendres ».

 

Hernando CALVO OSPINA

 

Note (1) "La face cachée de Reporters sans frontières", Maxime Vivas, Aden éditions, 2007.


"Rouges, les collines de Caracas", Maxime Vivas, polar bolivarien ancré dans la réalité du pays, éditions Arcane 17, 2015.
Si vous voulez commander ces livres, évitez Amazon et préférez la librairie L’Autre Rive (Toulouse) : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

»» http://hcalvospina.com/articles/15-05-17-venezuela/15-05-17-venezuela.html
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Publié par  El Diablo

« Figures révolutionnaires de l'Amérique Latine » CONFÉRENCE avec Rémy HERRERA - jeudi 18 mai 2017 à 17h30 à Paris

« Figures révolutionnaires de l'Amérique Latine » CONFÉRENCE avec Rémy HERRERA - jeudi 18 mai 2017 à 17h30 à Paris
« Figures révolutionnaires de l'Amérique Latine » CONFÉRENCE avec Rémy HERRERA - jeudi 18 mai 2017 à 17h30 à Paris

Publié par  El Diablo

VENEZUELA : Ce que cache le Commandement Sud des ÉTATS-UNIS

VENEZUELA : Ce que cache le Commandement Sud des ÉTATS-UNIS

Le plus haut fonctionnaire des Etats-Unis pour l’Amérique latine a présenté le jeudi 7 avril dernier au Sénat un rapport avertissant que le Venezuela pourrait être un facteur de « déstabilisation » dans la région.

La vérité est que les Etats-Unis ont traditionnellement été et continuent à être le principal facteur de déstabilisation de la région et du monde et que le Venezuela a été et est le principal facteur de stabilité politique, économique et énergétique de l’Amérique du Sud.

Nous ne parlons pas de la geste indépendantiste lors de laquelle le Venezuela a offert, en échange de la gloire, du sang de ses grands hommes pour libérer celles qui sont devenues aujourd’hui cinq autres nations souveraines : la Colombie, le Pérou, l’Equateur, la Bolivie et ce qui est aujourd’hui le Panamá.

Nous ne parlons pas non plus du fait que le Venezuela n’a jamais entrepris, dans toute son histoire, une guerre autre que la guerre d’indépendance. Nous ne parlons pas du rôle de paix et d’union du continent que le Venezuela a joué pendant toute son histoire.

Le Venezuela a intégré pendant ces vingt dernières années un contingent de personnes déplacées pour des raisons économiques et politiques provoquées par l’impérialiste Plan Colombie estimé entre 6 et 8 millions de Colombiens. S’il ne l’avait pas fait, une grande partie de ceux-ci aurait été condamnée à la mendicité, à la délinquance, à la traite d’êtres humains ou éventuellement à la mort par inanition.

Sans compter les dizaines ou les centaines de milliers d’Argentins, de Chiliens, de Péruviens, de Boliviens et même de Brésiliens et de ressortissants d’Amérique Centrale et des Caraïbes que nous avons reçus au moins pendant plusieurs décennies après la bestiale attaque de la région qui s’est développée pendant le Plan Cóndor entre 1960 et 1990.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS:

Venezuela : Ce que cache le Commandement Sud des Etats-Unis

Venezuela : Ce que cache le Commandement Sud des Etats-Unis

Le plus haut fonctionnaire des Etats-Unis pour l'Amérique Latine a présenté le jeudi 7 avril dernier au Sénat un rapport avertissant que le Venezuela pourrait être un facteur de " déstabilisa...

 

http://www.investigaction.net/venezuela-ce-que-cache

Le pape Francisco accuse l’opposition vénézuélienne pour l’échec du dialogue politique

 

01 Mai 2017

Voici un article en provenance de Cuba, décidémment ce pape échappe à toutes les catégories et mène des stratégies dignes d’un jésuite à la fois les plus réactionnaires et les plus ouverrtes, c’est incontestablement un politique qui voit loin, son appartenance au continent sud-américain le fait échapper à nos catégorisation.

 

Comme quand il a refusé de prendre partie pour Macron en disant qu’il ne savait pas d’où il venait et qu’il ne comprenait rien à la politique française, là encore la perspective n’est pas évidente, s’agit-il de la réaction au niveau des moeurs, d’une perspective altermondialiste, en tous les cas elle rappelle celle adoptée par l’eglise russe font il a d’ailleurs rencontré le patriache à Cuba.

 

(traduction et note de Danielle Bleitrach pour histoire et société)



30 avril 2017 | 10 |

 

http://www.cubadebate.cu/noticias/2017/04/30/papa-francisco-responsabiliza-a-oposicion-venezolana-por-fracaso-de-dialogo-politico/#.WQbEHfnyi70

 

Le pape Francisco a déclaré que la crise vénézuélienne s’est approfondie parce que les secteurs de l’ opposition dans le pays n’acceptent pas le dialogue qu’a facilité l’Eglise catholique avec quatre présidents ibéro-américains.

 

Dans une conférence de presse pendant le son retour de son voyage en Egypte au Vatican, le pape a déclaré que, malgré la médiation du Saint-Siège à la demande des quatre ex-présidents qui ont servi de médiateurs « la chose ne s’est pas réalisée »

 

« Il n’y a pas eu le résultat escompté parce que les propositions ne sont pas acceptées et maintenant ils insistant (…) Je pense qu’il doit y avoir des conditions très claires. L’opposition ne le veut pas. Curieusement, la même opposition est divisée », a déclaré le pape au journaliste d’Antena 3, Antonio Pelayo.

 

Il a ajouté que tout ce qui peut être fait pour le Venezuela doit être fait, avec les garanties nécessaires « mais nous avons joué à faire des pirouettes, et rien ne se fait . » ceux qui accompagné le dialogue au Venezuela: Martín Torrijos, président du Panama; Leonel Fernández, président de la République dominicaine; Jose Luis Rodriguez Zapatero, président du gouvernement de l’Espagne; et Ernesto Samper, président de la Colombie, ont réitéré leur engagement à promouvoir les pourparlers entre les acteurs politiques et les secteurs gouvernementaux afin de préserver la coexistence pacifique.

 

L’opposition réagit.

 

« Ce n'est pas vrai, (Francisco) parle comme si l’on voulait le dialogue et les autres pas. » C’est ainsi, qu’ Henrique Capriles a prétendu discréditer les déclarations du Souverain Pontife.

 

Le chef de l’opposition vénézuélienne Henrique Capriles a rejeté l’appel du pape Francisco à reprendre le processus de dialogue avec le gouvernement de Nicolás Maduro, afin de pour surmonter les différents dans le pays sud-américain.

 

Capriles a à nouveau exprimé leur rejet de la participation de l’ex-président espagnol Jorge Luis Rodriguez Zapatero, qui a dirigé une mission de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) qui a accompagné les négociations Saint-Siège l’an dernier.

 

Guerre sournoise en Equateur, guerre totale au Venezuela

 

Dimanche 30 avril 2017 

 

Equateur, 2 avril 2017 : au second tour de l’élection présidentielle, le candidat de la « révolution citoyenne » Lenín Moreno (Alliance Pays ; AP) affronte l’ex-ministre de l’économie (1999) et banquier multimillionnaire Guillermo Lasso (Créons des Opportunités ; CREO) qu’il a devancé au premier tour (39,36 % des voix contre 28,11 %). Rafael Correa qui, depuis 2007, a rendu sa stabilité au pays grâce à d’incontestables avancées sociales, ne se représentait pas. [1]

 

Il n’est pas encore 17 heures et les bureaux de vote ne sont pas fermés quand Rafael Cuesta, ancien député social-chrétien (PSC, droite) devenu « vice-président de l’information » de la chaîne de télévision Canal Uno, annonce à l’écran, avec une évidente satisfaction : « Nous avons un président de la République et c’est Guillermo Lasso. » A 18 h 30, sur la base du même sondage « sortie des urnes » effectué par l’Institut Cedatos, étroitement lié à la Banque de Guayaquil (dont le principal actionnaire s’appelle… Guillermo Lasso), le journaliste vedette Alfredo Pinoargote salue joyeusement sur Ecuavisa celui que, depuis six mois, il a invité moult fois dans son programme « Contact direct » : « Félicitations, président ! » Autre grande chaîne commerciale, Teleamazonas déroule la même partition.

 

Sondages et médias étant à l’évidence plus importants que les électeurs, les urnes et les résultats officiels, encore inconnus à ce moment, Lasso gratifie les siens d’un discours de chef d’Etat et tous, dans une grande allégresse, fêtent « le retour de la liberté ». De quoi feindre tomber des nues lorsque, à 20 heures, le Conseil national électoral (CNE) annonce la victoire du socialiste Moreno avec 51,16 % des voix. Lasso, qui avait déjà hurlé à la fraude lors du premier tour, sans en apporter aucune preuve, entonne le même leitmotiv : outre Cedatos, deux « comptages rapides » – ceux des instituts Market et Informe Confidencial – l’ont placé en tête, dans une fourchette allant de 51,5 % à 53 % des suffrages. Informe Confidencial démentira bien avoir effectué un tel sondage, mais il en faudrait plus pour émouvoir la droite équatorienne et ses alliés.

 

Dès le lendemain, le quotidien Expreso publie une page entière dédiée au « président Lasso ». Les influents El Universo et El Comercio (pour ne citer qu’eux) semant également le doute sur la validité du résultat, les manifestations et tentatives de prise des locaux du CNE par quelques centaines de personnes se multiplient. Sans jamais atteindre le niveau « protestations de masse » espéré par leurs initiateurs, elles vont se poursuivre, Lasso exigeant, sans aucune justification juridique, un recomptage de 100 % des bulletins et déclarant le 13 avril : « Pour se battre contre une dictature, il ne faut pas seulement des votes, il faut être dans la rue ! » Pourtant, les autorités ont déjà accédé partiellement à sa demande et le réexamen de 296 340 votes contestés dans cinq provinces n’a en rien modifié les résultats. Manifestement conscients de l’inanité de leurs réclamations, les représentants de CREO ne se sont même pas déplacés pour assister au recomptage effectué dans la province de Pichincha : « Notre présence n’aurait fait que valider cet abus contre la démocratie », se sont-ils contentés de déclarer.

 

Lorsque, le 14 avril, « par souci de transparence et pour la tranquillité du pays » (dit autrement : pour en finir avec le « show » monté par l’opposition), le CNE annonce qu’il va effectuer le 18 avril un recomptage portant sur 1 275 450 voix, correspondant à 3 865 procès-verbaux contestés « dans les règles », en présence de délégués de toutes les organisations politiques nationales et locales, Lasso et les dirigeants de CREO annoncent… qu’ils refusent d’y assister. Quelques jours auparavant, l’ex-député « ultra » du parti Société patriotique (SP) [2] Fernando Balda avait fait un appel du pied aux militaires : « Que coûte au haut commandement de donner une conférence de presse et de demander un recomptage total des votes ? » Avant de s’indigner, n’ayant trouvé aucun putschiste en puissance : « Ils ne le font pas ! »

 

Au jour dit, après que le recomptage, retransmis intégralement et en direct à la télévision, ait confirmé les chiffres initialement annoncés, Lasso déclarera : « Jamais je ne reconnaîtrai la victoire du candidat déclaré président élu par le CNE (… ) Lenín Moreno sera le successeur d’un dictateur et gouvernera sans légitimité [3]. » Pour qui douterait de la stratégie mise en œuvre, les journalistes Andrés Carrión et Martín Pallares interrogés le 4 avril dans le programme « Châtiment divin » l’avaient précisée : « Ce qui peut être fait, c’est miner la légitimité de ceux qui ont été, entre parenthèses, élus. Ces gens doivent savoir que, s’ils arrivent au pouvoir, ce sera un pouvoir vicié et affaibli. Qu’ils auront des problèmes pour l’exercer. » En résumé : Lenín Moreno n’occupe pas encore sa fonction que déjà se dessine la guerre sournoise destinée à polariser la société et à le délégitimer afin de le déstabiliser plus facilement dès que les circonstances s’y prêteront.

 

Qui s’en souvient ? C’est ainsi qu’a commencé la très grave crise dans laquelle se débat actuellement le Venezuela. En avril 2013, Nicolás Maduro, « dauphin » du disparu Hugo Chávez, ayant battu Henrique Capriles (Table de l’unité démocratique ; MUD) avec 50,75 % des suffrages, ce résultat serré entraîna lui aussi des accusations non avérées de fraude, de très violentes mobilisations de rues (onze morts) et, ayant instillé le venin de la frustration chez les opposants, prépara la déstabilisation du pays qui, de sabotage économique en poussées de violence, atteint son climax aujourd’hui.

 

Les renversements de Manuel Zelaya au Honduras (2009), de Fernando Lugo au Paraguay (2012), puis de Dilma Rousseff au Brésil (2016) par des coups d’Etat dits « institutionnels », auxquels se sont ajoutés la mort de Chávez (mars 2013), ont amené les adeptes de « la fin de cycle » – un supposé recul définitif de la « vague de gauche » – à croire l’affaire bien engagée. Alors que, après douze ans de « kirchnérisme » (trois mandats successifs de Nestor puis Cristina Kirchner), l’entrepreneur multimillionnaire Mauricio Macri venait de remporter l’élection présidentielle, l’ambassadeur des Etats-Unis Noah Mamet se félicitait en mars 2016 : la décision de Barack Obama de visiter l’Argentine était « une reconnaissance à la détermination de Macri de la réinsérer dans l’économie globale [4] ». Le 7 septembre suivant, le vice-président américain Joe Biden qualifiait le renversement – rebaptisé « impeachment » – de Dilma Rousseff « d’un des meilleurs changements politiques qu’a connu la région ces derniers temps », avant, comme il se doit, d’appeler à ce qu’un référendum révocatoire soit tenu rapidement au Venezuela [5].

 

Quelques mois après la réélection de Daniel Ortega au Nicaragua, la victoire de Moreno en Equateur constitue un coup d’arrêt à cette restauration conservatrice ardemment souhaitée. D’autant que, dans les pays qu’elle affecte, les lendemains ne chantent pas particulièrement...

 

Au Brésil, dans le cadre des gigantesque affaires de corruption impliquant la compagnie pétrolière semi-publique Petrobras et le géant national du BTP Odebrecht [6], qui compromettent l’ensemble de la classe politique, le Tribunal suprême fédéral (TSF) a annoncé le 11 avril l’ouverture d’une enquête concernant cent huit personnalités, dont vingt-neuf sénateurs et quarante-deux députés (parmi lesquels les présidents des deux chambres du Congrès), huit ministres du président de facto Michel Temer – lequel fait lui-même face à de graves accusations. On notera que si le Parti des travailleurs (PT) a sa part de responsabilité dans ce scandale systémique, celui-ci ne peut être invoqué pour expliquer la « destitution » de Dilma Rousseff – un motif puéril d’« irrégularité budgétaire » ayant servi pour justifier ce coup d’Etat, dont les objectifs réels et les conséquences apparaissent chaque jour plus clairement. En faisant voter la proposition d’amendement constitutionnel (PEC 55) qui gèle les dépenses publiques de l’Etat pour vingt ans, en s’attaquant aux retraites des travailleurs et en éliminant une partie de l’allocation chômage, en fermant le ministère du développement agraire, en menant une offensive brutale contre les droits conquis depuis une décennie, le pouvoir illégitime, après avoir jeté plus d’un million de personnes dans les rues les 8 et 15 mars, devra affronter une grève générale le 28 avril prochain.

 

Dans une Argentine affectée par les licenciements massifs et les augmentations faramineuses des tarifs des services publics, les enseignants en grève se sont faits sauvagement matraquer le 9 avril alors que cinq mobilisations massives avaient déjà eu lieu entre le 8 et le 24 mars et qu’une première grève générale contre la politique de rigueur avait paralysé le pays le 6 avril. Pour tenter de juguler cette contestation montante, le parti du chef de l’Etat, Cambiemos (Changeons), a déposé le 14 avril devant la Chambre des députés un projet de loi destiné à durcir les sanctions contre les protestataires. En termes juridiques, la réforme proposée introduit dans le code pénal le concept de « manifestation publique », permettant à la police d’arrêter sans contraintes les manifestants et aux juges de leur appliquer des peines plus sévères.

 

Dans ce contexte, la fureur des oligarchies se retourne contre le pays, symbole de la résistance, « qu’il faut absolument faire tomber » : le Venezuela. Depuis l’élection du président Maduro, le pays subit une guerre totale et multiforme. Début 2014, l’opération « La Salida » (la sortie), à travers ses opérations de guérilla urbaine, provoqua la mort de 43 personnes de toutes tendances politiques et fit plus de 800 blessés, mais le pouvoir résista, arrêtant et jugeant Leopoldo López, l’un des instigateurs du chaos.

 

Certes, l’importante diminution des prix du pétrole, la principale ressource du pays, a raréfié la rentrée des devises, rendant plus difficiles les importations de biens de consommation. Certes, la gestion du gouvernement ne brille pas toujours par son efficacité. Mais en aucun cas ces deux facteurs ne peuvent expliquer à eux seuls la très dure crise alimentaire et les incessantes pénuries qui, épuisant et désorientant de larges secteurs de la population, y compris « chavistes », ont permis la victoire de la MUD aux élections législatives de décembre 2015. N’en déplaise aux médias complices, incompétents, moutonniers, opportunistes ou fort peu courageux – la pression générale étant devenue telle que les « notables de l’info », fussent-ils « de gauche », ne veulent pas risquer leur réputation ou leur confort en semblant apparaître comme « les derniers défenseurs du Venezuela » – c’est bel et bien, similaire à celle des années 1970 au Chili, d’une déstabilisation économique qu’il s’agit.

 

S’apparentant à des aveux, la loi d’amnistie votée le 29 mars 2016 par la nouvelle majorité – et déclarée inconstitutionnelle par le Tribunal suprême de justice (TSJ) le 11 avril suivant – ne mentionnait-elle pas, parmi les délits et crimes (auto)-amnistiés de l’opposition, « la spéculation sur des aliments ou des boissons, des biens qualifiés comme de première nécessité » et « l’accaparement d’aliments ou de boissons, de biens qualifiés comme de première nécessité » ? Le 12 novembre 2016, dans le cadre d’un dialogue dont les secteurs radicaux de la MUD ne veulent pas et qu’ils ont depuis fait capoter, c’est l’envoyé du pape en personne, Mgr Claudio María Celli, qui lit l’accord pour un calendrier de discussion dans lequel « le gouvernement et la MUD conviennent de combattre ensemble toute forme de sabotage, de boycott ou d’agression contre l’économie ». Vous avez dit « paranoïa » ?

 

D’emblée, début 2016, cette nouvelle majorité législative a annoncé son unique objectif : « sortir » Maduro du pouvoir en six mois. Que ce soit légalement ou non. Avec un choix délibéré de la seconde solution. Dix-huit mois plus tard, tout un chacun peut constater qu’elle a échoué. Dans cette guerre qu’elle n’a pas méritée et dont elle ne veut pas, la « révolution bolivarienne » a encore assez de punch pour opposer une belle résistance. Quitte à tomber parfois dans le piège qui lui est tendu : face à une droite qui viole effrontément les règles du jeu démocratique, franchir à son tour la ligne jaune, dans son désir (et la nécessité) de rendre coup pour coup. Par exemple…

 

Dans leur obsession de renverser le chef de l’Etat, les dirigeants de la MUD ont, durant de longs mois, négligé la possibilité du référendum révocatoire, permis par la Constitution. Lorsque, ayant été mis en échec, ils s’y sont enfin résolus, ils avaient dépassé le délai permettant, en cas de victoire du « oui », l’organisation d’une élection : le vice-président « chaviste » remplacerait Maduro pour la fin du mandat si celui-ci était destitué. En outre, leur collecte de signatures a été entachée d’innombrables irrégularités. Raison juridiquement motivée – mais aussi prétexte évident, le nombre de paraphes requis étant en tout état de cause largement atteint – dont s’est emparé le pouvoir pour bloquer le processus. On peut le lui reprocher (on ne s’en prive pas). On peut aussi considérer que, compte tenu de la violence déstabilisatrice qui lui est imposée, il se trouve dans la situation d’un athlète de haut niveau à qui son adversaire brise les tibias à coups de barres de fer avant de lui intimer : « Maintenant, allons courir un cent mètres ensemble et voyons qui va l’emporter ! » S’il dispose d’arguments juridiques incontestables pour le faire, on comprendra que la victime puisse écarter ce type de « compétition ». Dont, d’ailleurs, l’opposition ne veut plus !

 

Dans le même ordre d’idée, la décision du TSJ, le 29 mars, d’assumer les fonctions de l’Assemblée nationale, non indéfiniment, comme il a été faussement affirmé, mais « tant que la majorité de droite continuerait à ignorer ses verdicts » – entre autres sur l’élection contestée de trois députés de l’Etat d’Amazonas qu’elle a néanmoins incorporés – ou refuserait de reconnaître les institutions et le chef de l’Etat était, quoi qu’on en dise, justifiée. Mais, intervenant au plus chaud d’une situation explosive, elle pouvait, habilement présentée par ses détracteurs, donner lieu à une accusation d’« auto-coup d’Etat ». Ce qui n’a pas manqué de se produire. La procureure générale de la République Luisa Ortega critiquant la décision et les plus hautes instances du pouvoir se rendant compte du danger de cette interprétation face à la « communauté internationale », le TSJ est revenu sur sa décision, mais le mal était fait. La planète médias jouant son rôle, l’accusation demeure, bien qu’étant, surtout après ce recul, totalement injustifiée.

 

De même, la Cour des comptes (Controlaría general de la República) dispose d’accusations crédibles – détournement de fonds publics – pour mettre en cause l’ex-candidat à la présidence Henrique Capriles, gouverneur de l’Etat de Miranda. Toutefois, les faits remontent à… 2013. Que n’a-t-il été jugé plus tôt ? Le verdict rendu le 7 avril dernier et le déclarant inéligible pour quinze ans paraît, compte tenu du contexte, tomber à un moment particulièrement inopportun. C’est faire à l’opposition et à ses puissants alliés extérieurs le cadeau d’un « martyr » que ceux-ci ne manquent pas d’exploiter.

 

Dès le 9 mars 2015, Barack Obama avait désigné par décret le Venezuela comme « une menace extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis », ouvrant le terrain juridique à une possible intervention (dont la nature reste à déterminer). Pour ce faire « l’Empire » dirigé aujourd’hui par l’irrationnel Donald Trump bénéficie de l’aide de son nouveau « cipaye » Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), objectivement redevenue le ministère des Colonies de Washington dénoncé en son temps par Fidel Castro. Une offensive féroce, obsessionnelle, tente d’isoler Caracas en la suspendant des activités de l’organisation. Néanmoins, en juin 2016, une première tentative de faire activer à son encontre la charte démocratique a échoué. Au grand dam d’Almagro, son initiateur, une majorité des nations, allergiques aux « interventions extérieures », se prononça pour une continuation du dialogue alors mené entre le gouvernement et la MUD, sous les auspices du Vatican et de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), par les ex-présidents médiateurs José Luis Rodríguez Zapatero (Espagne), Leonel Fernández (République dominicaine) et Martín Torrijos (Panamá).

 

Silencieux sur le coup d’Etat au Brésil, méprisant tous les usages diplomatiques lorsqu’il traite publiquement Maduro de « traître, menteur, voleur et petit dictateur », Almagro n’a pas hésité à se faire décorer de l’ordre Rómulo Betancourt, le 13 avril 2017, à Miami, par le président de l’Organisation des Vénézuéliens persécutés politiques en exil (Veppex), l’ex-lieutenant José Colina. Ce dernier est poursuivi dans son pays pour avoir perpétué deux attentats à la bombe en février 2003, à Caracas, contre l’ambassade d’Espagne et le consulat colombien, crimes évidemment attribués dans un premier temps aux Cercles bolivariens de Chávez. En cavale, Colina a obtenu l’asile politique aux Etats-Unis après avoir été défendu par l’avocat Matthew Archambeault, celui-là même qui, en avril 2011, fit absoudre définitivement par la « justice américaine » le terroriste cubano-vénézuélien Luis Posada Carriles – auteur intellectuel de la pose de deux bombes dans un vol de la Cubana de Aviación (73 morts le 6 octobre 1976) –, lui permettant de vivre depuis en toute impunité à Miami.

 

Dans ce contexte où, de l’intérieur et de l’extérieur, les deux interagissant, il s’agit de prendre la « révolution bolivarienne » en tenaille, la bataille fait donc rage à l’OEA. Bien que son Conseil permanent ait tenu une nouvelle réunion d’urgence le 28 mars à Washington, celle-ci n’a pas débouché sur les résultats escomptés – la suspension de Caracas et des élections générales anticipées – par le « roitelet » de l’organisation. Non seulement aucune résolution sanctionnant les supposés égarements du gouvernement vénézuélien n’a été adoptée, mais plusieurs Etats membres, dont Haïti, El Salvador et la République dominicaine, pourtant soumis à de très fortes pressions des Etats-Unis, ont fustigé l’attitude d’Almagro, la jugeant partiale et interventionniste. « Le moment est grave et dépasse de loin la question du Venezuela, déclara alors avec une grande dignité Harvel Jean-Baptiste, ambassadeur d’un pays, Haïti, qui n’appartient pas à l’« arc progressiste », mais auquel Washington menace de retirer son aide financière s’il continue à appuyer Caracas. Les agissements du secrétaire général fragilisent notre organisation. Si nous laissons le secrétaire général, comme il le fait, s’immiscer sans réserve dans les affaires internes d’un pays, au détriment du principe du respect de la souveraineté des Etats, bientôt Haïti et d’autres pays de la région, seront eux aussi victimes de cette même dérive de l’organisation [7]. »

 

Un coup de force le 3 avril suivant – la Bolivie et Haïti, respectivement président et vice-président en exercice du Conseil ayant été écartés et remplacés, au mépris de toutes les règles, par le Honduras – a néanmoins permis à dix-sept des vingt-et-un pays présents d’adopter « par consensus » une résolution dénonçant « la rupture de l’ordre constitutionnel au Venezuela » tout en exigeant « des actions concrètes » de son gouvernement. Tandis que la République dominicaine, les Bahamas, le Belize et El Salvador s’abstenaient, la Bolivie, le Nicaragua et le Venezuela avaient, le jugeant illégal, abandonné ce « tribunal d’inquisition », comme le qualifia Maduro.

 

Echec à nouveau, au-delà des déclarations triomphales, puisque, en tout état de cause, il est nécessaire de rassembler les deux tiers de l’Assemblée générale (vingt-quatre pays) pour en exclure le Venezuela. Raison pour laquelle la campagne infernale se poursuit, dont le surréalisme échappe à nombre d’observateurs, sans doute un peu distraits : en tête de liste des onze pays de l’« Axe du bien » [8] qui, le 17 avril, au nom de la démocratie, ont appelé le gouvernement vénézuélien à « garantir le droit aux manifestations pacifiques », figurent la Colombie – plus de 130 dirigeants et militants de mouvements populaires assassinés d’octobre 2012 à la fin 2016 (23 depuis janvier 2017) – et le Mexique – 28 500 « disparitions forcées » depuis 2006 (dont les 43 étudiants d’Ayotzinapa), 11 journalistes exécutés et 23 de leurs confrères « disparus » en 2016.

 

Forte du soutien de ces paladins de la liberté, la MUD, qui a définitivement écarté le chemin du dialogue, multiplie depuis début avril les manifestations au cours desquelles, en marge des opposants pacifiques, des groupes de choc ultra violents multiplient agressions aux forces de l’ordre et actes de vandalisme. C’est que, pour la MUD, le temps presse. Les prix du pétrole repartant à la hausse, fût-elle modérée, le gouvernement fournissant en urgence des produits de première nécessité à plus de six millions de familles à travers treize mille Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP), réactivant l’agriculture et en appelant à la participation de certains groupes du secteur privé au redressement économique, la situation tend quelque peu à (et surtout « risque de ») s’améliorer.

 

Comme en 2002 lors du coup d’Etat contre Chávez ou en 2014 au cours des « guarimbas », il faut à l’extrême droite des cadavres pour émouvoir et mobiliser la communauté internationale. Le 18 avril, la veille de « la mère de toutes les manifestations », organisée par l’opposition – à laquelle répondra d’ailleurs une « marche des marches » des chavistes dans le centre de Caracas –, Mark Toner, porte-parole du Département d’Etat américain, dénonça une « répression criminelle » et la « violation des droits humains » du pouvoir bolivarien. Car déjà, comme en 2014, le décompte macabre des victimes donne lieu à une manipulation de première catégorie.

 

Dès le 14 avril, huit morts étaient à déplorer – par définition attribués « à la répression ». Il s’avéra rapidement que l’un d’entre eux, Brayan Principal, a été tué par un groupe d’individus cagoulés qui a criblé de balles une lotissement « chaviste », la Ciudad Socialista Alí Primera, construite par le gouvernement de Maduro à Barquisimeto. Qu’un autre, le jeune Miguel Ángel Colmenares, à Caracas, ne manifestait pas, mais est tombé dans une embuscade de sujets qui l’ont dépouillé de son argent avant de l’assassiner. Qu’un autre encore, Oliver Villa Camargo, a été exécuté d’une balle dans la tête alors qu’il venait de tenter, en auto, de franchir une barricade. Que Ricarda de Lourdes González, 87 ans, n’est pas morte asphyxiée par les gaz lacrymogènes, mais, comme l’a précisé sa fille, parce que les « guarimberos » (manifestants) « ne nous ont pas laissé sortir quand – alors qu’elle était victime d’un accident cérébro-vasculaire – on a voulu l’emmener à la clinique Las Mercedes [9] ». Il s’agit là, non d’une liste exhaustive, mais de quelques cas.

 

Evoquant la mort d’un étudiant de 17 ans, Carlos Moreno, tué d’une balle dans la tête, à Caracas, le 19 avril, « par des motards qui ont tiré et lancé des gaz lacrymogènes », le « dévoyé spécial » de l’ex-quotidien français d’information Le Monde, Paulo Paranagua, précise (21 avril) : « Paola Ramirez Gomez, 23 ans, est morte en province, à San Cristobal, dans des circonstances similaires ». Que ses lecteurs le sachent : Paranagua ment. Initialement attribué à des « collectifs chavistes », accusés de tous les maux, il a été prouvé après enquête que le meurtre de cette jeune femme a été commis depuis le deuxième étage d’un immeuble, par les tirs d’un individu nommé Iván Aleisis Pernía, militant d’opposition arrêté et incarcéré depuis. Il est vrai que Paranagua n’en est pas à une imposture près : n’a-t-il pas reproduit, sans aucune prise de distance ni commentaire (15 avril), cette déclaration ahurissante de Julio Borges, l’un des principaux dirigeants de l’opposition : « Les groupes paramilitaires du Venezuela menacent la paix en Colombie. » Le premier réflexe est d’en rire. Le second est de ressortir de la poubelle, où on l’avait jeté, et de retourner contre lui, le prétentieux « Décodex » du Monde [10] : « Ce média diffuse régulièrement des fausses informations ou des émissions trompeuses. Restez vigilants ou cherchez d’autres sources plus fiables. Si possible, remontez à l’origine de l’information. »

 

Dans ce climat de violence exacerbée, on observe des excès de tous les côtés. Un mandat d’arrêt a ainsi été lancé contre quinze gardes nationaux présumés responsables du décès de Gruseny Antonio Canelón, à Cabudare, le 12 avril. De l’autre côté des barricades, des membres des forces de l’ordre tombent également, tel le sergent de la Garde nationale Neumar José Sanclemente Barrios, assassiné par arme à feu le 19 avril à San Antonio de los Altos. Huit membres des forces de l’ordre avaient d’ailleurs déjà été tués par balles en 2014, sans trop émouvoir les « observateurs » pour qui, semblerait-il, l’assassin d’un policier, sur les Champs-Elysées, à Paris, est un « terroriste » quand l’assassin d’un policier au Venezuela est « un manifestant pacifique »…

 

Dans des circonstances particulièrement confuses, et après l’appel à manifestations de dirigeants anti-chavistes, la mise à sac d’une dizaine de commerces du secteur populaire d’El Valle (Caracas) par de supposées bandes d’« affamés », la nuit du 19 avril, s’est soldée par la mort de onze personnes (trois par armes à feu, huit électrocutées par un système de protection en tentant de dévaliser une boulangerie). Dans leur furie destructrice, les mêmes hordes, qu’on suppose manipulées, n’ont pas hésité à attaquer un hôpital de soins pédiatriques – au prétexte sans doute qu’il s’appelle « Hugo Chávez » –, obligeant en catastrophe à en évacuer 54 mères, enfants et nouveaux-nés. Dans un tel chaos, la manipulation de l’information devient un jeu d’enfant : « Les manifestations ont fait 20 morts en trois semaines », peut-on lire ou entendre à peu près partout au même moment [11]. De quoi atteindre l’objectif recherché en faisant du Venezuela un « Etat failli ». Et, au passage, en utilisant la désinformation générale affectant ce pays, pour stigmatiser par la bande un homme politique – tel, lors du premier tour de la campagne présidentielle française, le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon. A cet égard, le 6/9 de France Inter, consacré au Venezuela le matin même du scrutin aura constitué un modèle de perfidie subliminale – sans doute sévèrement critiqué s’il existait en France un Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

 

Le 22 avril, à l’appel de l’opposition, des milliers de Vénézuéliens ont participé à une marche silencieuse en mémoire des victimes des manifestations du mois d’avril. Devant le siège de la Conférence épiscopale, tandis que le député Henry Ramos Allup déclarait qu’il s’agissait d’un hommage « à tous les morts, y compris aux victimes potentielles et éventuelles qu’il y aura sûrement les jours prochains », son « collègue » Freddy Guevara précisait que les manifestations à venir avaient pour objectif de « dévoiler le véritable visage du dictateur » en générant « l’ingouvernabilité [12]

 

Des messages qui ont le mérite de la clarté. Sauf, manifestement, pour les médias.

 

Maurice Lemoine 27 avril 2017

 

Mémoire des luttes

[1http://www.rougemidi.fr/plugins/auto/sarkaspip_3x/images/lien_out.gif") right center no-repeat transparent;">http://www.medelu.org/Coup-dur-pour-la-fin-de-cycle-en

 

[2] Parti de l’ex-président Lucio Guttiérez, renversé par un soulèvement populaire le 20 avril 2005. Candidat du parti, Patricio Zuquilanda a obtenu 0,77 % des voix lors du premier tour de la présidentielle, le 19 février. Gutiérrez n’a pas été élu lors des législatives auxquelles il se présentait.

 

[3] Ecuadorinmediato, Quito, 19 avril 2017.

 

[4] BBC Mundo, Londres, 23 mars 2016.

 

[5] El País, Madrid, 7 septembre 2016.

 

[6] Petrobras (propriété d’actionnaires privés ou institutionnels à 51 %) a attribué des marchés surfacturés à des entreprises de BTP, permettant ainsi le versement de pots-de-vin destinés à financer les partis politiques ou des politiciens corrompus. Odebrecht aurait arrosé de bakchichs des fonctionnaires et hommes politiques de douze pays d’Amérique latine pour y rafler des chantiers.

 

[7] Haïti Libre, Port-au-Prince, 29 mars 2017.

 

[8] Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Mexique, Paraguay, Pérou et Uruguay.

 

[9] El Universal, Caracas, 11 avril 2017.

 

[10] Outil censé, sur la Toile, aider les internautes à trier les vraies des fausses informations en stigmatisant les sites «  mal pensants  ».

 

[11] Le Monde, France Info, CNews, LCI, La Dépêche, Presse Océan, La Libre Belgique, etc., du 21 au 23 avril 2017.

 

[12] Alba Ciudad, Caracas, 22 avril 2017.

Evo Morales : « les ennemis savent que s’ils nous laissent en paix nous serons capables de démontrer qu’un autre monde est possible »

 

vendredi 28 avril 2017 


par  Charles Hoareau 

 

Le président de la Bolivie parle et, comme à son ordinaire, il ne mâche pas ses mots

 

« Nous avons montré que la gauche peut gouverner et changer l’ordre établi et tordre le bras au destin d’ignominie auquel ils nous avaient condamnés » assure le Président.

 

Quelques heures avant de prendre l’avion pour se rendre à Cuba pour se faire opérer d’une affection de la gorge, le président Evo Morales nous a accordé une courte interview, depuis Cochabamba.


Il a été un fervent dénonciateur de l’illégalité de l’Organisation des Etats Américains (OEA) parce qu’elle n’a pas respecté la République Bolivarienne du Venezuela en essayant avec insistance d’appliquer des sanctions à Caracas.


Dans la nuit fraîche de ce qu’on appelle Llajta (“terre”, en quechua), il nous accueille avec une chaleureuse accolade et nous fait asseoir dans la maison et le dialogue a commencé.

 

Depuis quelques mois, la Révolution Bolivarienne est soumise aux attaques du secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, qui semble s’obstiner à vouloir renverser le président Nicolás Maduro.


En effet, on a appris par la chancelière Delcy Rodríguez que 15 jours après avoir pris possession de sa charge, Almagro, qui avait bien appris la mission que ses chefs – les Etats-Unis - lui avaient donnée, a lancé sa première attaque contre le Venezuela et, à partir de là, il n’a plus arrêté.

 

Son travail n’a pas été et ne va pas être facile, il sait qu’il ne peut pas isoler le Venezuela non seulement parce que c’est la patrie de Miranda, de Bolívar, de Sucre et de Chávez mais à cause de la vaillance et de la dignité du peuple vénézuélien. De plus, le Venezuela n’est pas seul et le fait que 14 pays prétendent se déguiser en démocraties et accepter les ordres de Washington – par l’intermédiaire du pantin Almagro – pour s’ingérer dans les affaires intérieures d’un pays et du coup, essayer de le faire suspendre de l’OEA ne veut pas dire qu’ils vont atteindre leur but. Les pays qui ont des liens étroits avec le Venezuela sont nombreux et il y au aussi beaucoup de frères dans le monde qui ont des sentiments de solidarité qui ne seront pas affectés par les décision arbitraires et criminelles d’une poignée de traîtres.

 

Y a-t-il une haine contre le projet régional d’intégration mis au point par un président soldat, un autre indien, un ouvrier, un commandant, un guérilléro, 2 femmes et un Argentin provincial ?

 

La révolution, face à l’empire, est la libération du peuple. L’héritage de Bolívar, de Chávez et de Fidel sont des mandats suprêmes qui ne s’abandonnent pas et ne se négocient pas.


Jusqu’à présent, nous sommes restés en contact avec les présidents grâce à des messages. Nous attendons de savoir ce que veut obtenir la droite mondiale et nous sommes attentifs aux immenses défis de nos peuples pour défendre ces processus.

 

Nous vivons des moments épiques et historiques de la lutte des peuples contre l’invasion inhumaine des colonisateurs qui emportaient l’or, l’argent, les perles, les émeraudes, la richesse des peuples originaires et qui aujourd’hui viennent pour le pétrole, le lithium, l’or, entre autres ressources. Ils attaquent la conscience de l’Amérique Latine et gagnent, dans certains cas, grâce à leurs très puissants médias qui essaient de changer la mentalité des gens et de vider certains de leurs principes.


Nous, les pays de l’ALBA, sommes les piliers et les gardiens de la souveraineté et de l’intégrité du territoire latino-américain et nous ne nous reposerons pas jusqu’à ce que nous ayons obtenu la véritable indépendance. Pour cela, nous avons besoin que les peuples reprennent le pouvoir, de la résistance infatigable et inépuisable de ceux qui luttent, que les gens ne se laissent pas tromper par ceux qui ont toutes les armes en leur faveur et les pointent contre le peuple, ceux qui ne veillent que sur leur pouvoir économique sans mesurer la dévastation de certains pays par la guerre ni qu’on est en train d’en finir avec la vie sur la planète.

 

Percevez-vous un double standard de la part de ceux qui jugent le Venezuela ?

 

Le Venezuela, ils veulent l’expulser de l’OEA comme ils l’ont fait pour Cuba, il y a des années, sous prétexte qu’ils étaient communistes.


Il y a quelques jours, je rappelais que, lorsque j’ai participé pour la première fois au Sommet des Amériques, le président des Etats-Unis était là et je lui ai dit en face que je suis communiste, socialiste et anti-impérialiste et que s’ils veulent m’expulser, qu’ils le fassent immédiatement, ce qui n’est pas arrivé. Maintenant, en utilisant certains partis et certains Gouvernements, ils accusent le Venezuela de manquer de démocratie et ils violent les droits de l’homme. Mais qui se présente à nous comme les bourreaux de la Révolution Bolivarienne ? Une poignée de pays dont les violations des droits de l’homme sont franchement scandaleuses. Depuis des années, tous les jours, nous apprenons des assassinats, des disparitions d’hommes et de femmes militant dans des mouvements sociaux, de paysans, d’étudiants, de journalistes et l’OEA ne s’est jamais prononcée. Avec quelle autorité morale prétendent-ils accuser le Venezuela ?

 

Les Etats-Unis nous ont appris beaucoup de choses. L’une d’elles est que si nous ne faisons pas attention, ils nous oppriment avec un coup d’Etat militaire, que ça fait partie de leur doctrine. Une autre est le coup d’Etat judiciaire s’ils n’arrivent pas à faire tomber un président du peuple démocratiquement. Lors de notre première présidence, nous avions la minorité au sénat et la majorité simple à la chambre des députés. Alors, un député nous a renversés et au congrès, nous avons été minoritaires dans les 2 chambres sans pouvoir faire passer de lois. Ce sont les méthodes qu’ils emploient, auxquelles nous sommes préparés.

 

L’Empire nous a aussi appris qu’on peut criminaliser la culture et la consommation de la feuille de coca et porter un coup aux paysans qui la cultivent et les réprimer pendant qu’eux, avec d’autres pays producteurs, ils remplissent leurs caisses avec l’argent du trafic de drogues. Ils nous ont appris à manger leur nourriture et à regarder nos frères avec méfiance, à créer une gigantesque faille dans les principes et la conscience contre le peuple pauvre et marginal qui vit et meurt sans espoir, sur les bords de la misère, dans l’indifférence et même la moquerie des élus.


Malgré tout, nous avons fait savoir que la gauche peut gouverner, changer l’ordre établi et tordre le bras au destin d’ignominie auquel ils nous avaient condamnés.

 

Que pensez-vous de Luis Almagro ?

 

Je pense que de ces individus, nous en avons eu plusieurs dans l’histoire de notre continent. Par exemple, depuis plus de 500 ans, il y a eu les Almagro qui ont commencé l’invasion, ont implanté et poursuivi la domination, les Almagro qui ne veulent pas reconnaître les lois internationales et le mandat des peuples.


Maintenant, il y a les Almagro petits chiens d’appartement serviteurs obéissants des pouvoirs de l’empire des Etats-Unis qui lui ont donné l’ordre d’agir et j’imagine l’engueulent pour en pas encore avoir réussi à expulser de l’OEA un pays digne, un Gouvernement libre et anti-impérialiste comme celui du Venezuela.

 

Comment avez-vous perçu les derniers combats livrés par la diplomatie bolivarienne lors de la réunion du Conseil Permanent de l’OEA ?

 

Ce qui m’a le plus surpris dans cette session de l’OEA, c’est que le Venezuela a triomphé à nouveau. 3 ou 5 pays ont défendu la révolution sans avoir de doutes sur ce qu’ils faisaient, en sachant qu’ainsi, ils affronteraient l’hystérie d’Almagro.


Mais l’hystérie de Luis Almagro n’est pas facile à calmer parce qu’en définitive, c’est une projection de celle de son maître qui contrôle sa volonté. Qui le calmera ?


Le secrétaire général, au lieu de penser à expulser ou à suspendre un pays comme le Venezuela devrait s’occuper d’unir nos peuples et de faire respecter la légalité d’une OEA qui est déjà bien discréditée. Dans le meilleur des cas, se taire et se consacrer à gagner son salaire que nous payons, nous, y compris le Venezuela.


En même temps, il devrait rencontrer les plus hautes autorités de chaque pays étant donné qu’il faut résoudre les problèmes entre peuples ou dans les peuples, par exemple, les inégalités économiques, la faille des inégalités, la pauvreté – qui produit les migrations – entre autres. Nous aidons à coordonner politiquement, nous contribuons à l’intégration ou à devenir plus égaux en donnant le pouvoir au peuple traditionnellement écarté, à produire des aliments pour lutter de front contre la faim et ainsi permettre que non seulement tu manges mais qu’il y ait de l’eau et des services de base, une santé et une éducation de qualité, l’accès à la culture.

 

Que diriez-vous aux présidents qui ont suivi les instructions d’Almagro pour sanctionner le Venezuela ?

 

Je pense qu’Almagro, les Etats-Unis et d’autres présidents et présidentes de la région se trompent sur notre compte puisque nous ne partagerons jamais leurs mandats saugrenus qui favorisent les grandes corporations exploiteuses de la base sociale pour remplir leur bourse.


Les mandats que nous donnons en tant que présidents, Gouvernements et peuples de l’ALBA, de PETROCARIBE, de l’UNASUR, de la CELAC et de l’OEA doivent être d’unir les peuples pour les intégrer par des politiques de fraternité, de solidarité, de réciprocité et de complémentarité.


Notre responsabilité est de faire que personne ne puisse rien imposer à ceux que nous élisons par les pressions, l’argent ou le pouvoir pour changer le tour des décisions des peuples qui ont voté démocratiquement. Nous devons veiller à se qu’ils ne s’immiscent pas dans les affaires intérieures et ne déforment pas les décisions de la volonté populaire, une chose qui est survenue avec l’application forcée et intéressée de la loi à l’OEA contre le Venezuela.

 

Quel est le rôle que doivent jouer les organisations sociales, politiques, d’enseignement, culturelles, militaires, des peuples libres du sud dans cette situation ?

 

Engager une réflexion ardue avec tous et toutes parce que les instruments de l’empire qui cherchent à nous faire tomber ne vont pas manquer et que nous devons nous défendre.


Nos processus révolutionnaires et démocratiques ne sont pas parfaits. Comment pourraient-ils l’être si nous avons passé tant de temps à nous défendre et à résister ? Les ennemis savent que s’ils nous laissent seuls et en paix, nous serons capables de démontrer qu’un autre monde est possible, un monde qu’il est urgent et nécessaire de mettre en place pour garantir la vie sur la planète.


Nous n’avons pas construit un processus parfait ni irréprochable, nous savons qu’il y a des difficultés et des besoins mais, selon notre expérience, avec l’unité, on peut commencer à accomplir les désirs de la grande majorité. Unis, nous développons la personne, la famille et la communauté.


Je voudrais dire au peuple vénézuélien et au peuple latino-américain que nous sommes attentifs, que ceux de l’OEA veulent appliquer des sanctions au Venezuela sans aucune base légale et que Luis Almagro, au lieu de passer dans l’histoire comme une personne digne représentera directement la pire des expériences de cet organisme qui manque de principes patriotiques, qui applique les ordres et les pressions des pouvoirs économiques de l’empire qui veulent le pétrole et l’énergie du Venezuela pour faire avorter les principes libertaires de Bolívar, de Chávez et de Fidel.


Enfin, au Président Nicolás Maduro, je lui ai déjà dit qu’ils ne sont pas seuls, que nous, le peuple bolivien, ses organisations et ses forces vives – je suis convaincu que les peuples libres pensent la même chose - nous défendrons cette chère révolution.

 

Croyez-vous que cette étape que vivent nos processus de changement fait partie d’un apprentissage important ?

 

Oui, on ne finit jamais d’apprendre. J’ai parcouru le pays et je l’ai apprécié dans sa diversité : j’ai connu le Beni, Santa Cruz, Pando, Tarija, Potosí et j’ai rencontré un peuple grand et fort qui avait grandi comme il voulait jusqu’à ce que nous décidions de grandir ensemble pour avancer et construire, unis, un pays beaucoup plus juste. Nous avançons sur ce sentier, avec beaucoup de difficultés, beaucoup d’intérêts mais je t’assure qu’ils ne nous arrêteront pas, c’est écrit dans les yeux des jeunes et des enfants qui disent : on ne nous mettra pas à genoux encore une fois, jamais plus !


Nous apprenons tous les jours de nos peuples, de leur sagesse, c’est là que réside toute l’impuissance, les menaces permanentes, les pressions et les prétentions de ceux qui veulent en finir avec nos processus.


Dernièrement, on a aussi augmenté les pressions sur la Bolivie.


Bien sûr, regarde ce qui arrive avec le pays frère et voisin : le Chili. Je ne parle pas de la société en général, de ce peuple que nous aimons et respectons, de ceux dont nous attendons de la compréhension devant notre demande traditionnelle. Un groupe de carabiniers armés pénètre en territoire bolivien, enlève nos camarades serviteurs publics qui protègent la frontière de la contrebande qui affecte l’économie du pays et, encore plus, les accusent sans preuves, tournent le dos à la raison qui doit primer quand il s’agit de conflits frontalier au lieu de quoi le ton monte de plus en plus et ils manifestent une millième fois leur arrogance envers nous. Ce sont les méthodes utilisées en permanence par les personnalités politiques chiliennes.


C’est une injustice totale qui est commise contre la Bolivie sous le regard impassible du monde. Nous avons reçu la solidarité du peuple chilien. Cependant, nous savons que les élites militaires et politiques contrôlent cette situation. Nous mettons en marche tous les recours possibles pour résoudre ce conflit – la diplomatie, la politique – mais nous tendons des ponts qui sont rejetés par la contrepartie.

 

Il semblerait qu’ils sont décidés à nous rendre la vie de plus en plus difficile, ils veulent nous dominer et faire taire notre voix mais nos gens sont énergiques et vigoureux. La sentence de La Haye sera favorable à la Bolivie et nos héros et nos martyres pourront dire, d’où qu’ils soient, que la lutte centenaire pour récupérer la mer a valu la peine.

 

Cris González. Directrice de @CorreodelAlba


Le 25 Avril 2017 Bolivar Infos 
traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos


Source en espagnol : http://www.resumenlatinoamericano.o...

Publié par  El Diablo

VENEZUELA : la DÉSINFORMATION bat son plein dans les MÉDIAS occidentaux

Les mouvements sociaux du Venezuela dénoncent, dans la rue, les actions violentes de l'opposition de droite et exigent le respect de la Constitution (source : telesur)

Les mouvements sociaux du Venezuela dénoncent, dans la rue, les actions violentes de l'opposition de droite et exigent le respect de la Constitution (source : telesur)

Le spectre du Venezuela hante les esprits malintentionnés

Dans le contexte électoral français, tout prétexte est bon pour ne pas aborder les problèmes socio-économiques comme la crise durablement installée en Guyane. On ne compte plus les critiques faites à l’ALBA. La désinformation sur le Venezuela bat son plein. Les rédactions occidentales véhiculent l’image d’un pays « non démocratique » et s’agitent pour soutenir « des manifestations pacifiques », à l’image du journal « le Monde » qui explique à ses lecteurs que l’opposition vénézuélienne est « interdite de manifestation ».

« Un régime autoritaire » ?

L’attitude de l’opposition vénézuelienne consistant à appeler au renversement de Maduro (y compris par des moyens violents comme solliciter l’appui des forces armées et une intervention étrangère US) et à refuser son offre de dialogue pourrait sembler irrationnelle. Elle l’est beaucoup moins lorsqu’on sait qu’elle compte sur un relais médiatique sans fissures dans les médias « de référence » comme Le Monde, lorsqu’il titre : « Au Venezuela, l’opposition interdite de manifestation » sans y apporter la moindre preuve.

En réalité, le droit à manifester pacifiquement est protégé par la Constitution du Venezuela. C’est ainsi que le ministre de la Défense Vladimir Padrino López l’a rappelé, tout en précisant que « ce droit ne s’applique plus en cas de manifestations qui tournent à la violence ». En effet, cette violence a souvent été annoncée en amont de ses marches par l’opposition, ce qui prouve que désormais elle ne compte arriver au pouvoir par une voie démocratique.

Le 7 avril, le collège Gustavo Herrera a été vandalisé et détruit. Le 8, des manifestants violents s’en sont pris au siège de la Cour Suprême de Justice. Le 14 avril, ce fut le tour d’une vingtaine de commerces. Le 15, un groupe de manifestants a mis le feu au siège du réseau de distribution d’aliments Mercal, à Los Teques. D’autres cibles : une bibliothèque, une clinique mobile, des unités de transport public comme le métro, des véhicules de nettoyage de la ville, et mêmedes journalistes de la chaîne de télévision publique VTV…Dans n’importe quel pays ces actions seraient condamnées et sanctionnées par les autorités respectives sans que les médias internationaux cherchent à les excuser.

Situation inédite dans l’histoire de la « répression des manifestants pacifiques »: formés aux techniques de l’embuscade, les « guarimberos » (dénomination populaire des manifestants qui emploient systématiquement la violence) arrivent même à désarmer des officiers de la police. Encore un scoop qui ne passera pas dans Le Monde : l’un des responsables de l’attaque à la Cour Suprême a avoué avoir agi en échange d’une récompense de trois cents mille bolivars par le parti « Primero Justicia » de Leopoldo Lopez. Mais Le Monde expliquera à ses lecteurs que l’opposition n’a pas assez de libertés.

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Le spectre du Venezuela hante les esprits malintentionnés

Le spectre du Venezuela hante les esprits malintentionnés

L'attitude de l'opposition vénézuelienne consistant à appeler au renversement de Maduro (y compris par des moyens violents comme solliciter l'appui des forces armées et une intervention étrang...

 

http://www.investigaction.net/le-spectre-du-venezuela-

L’agroécologie à Cuba : clé du développement durable

 

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Les agriculteurs cubains misent aujourd’hui sur les techniques agroécologiques de production, en respectant l’environnement et promouvoir des systèmes alimentaires plus durables et une meilleure gestion de l’équilibre des écosystèmes

Le producteur Ricardo Serrano Masquida mise sur les pratiques écologiques responsables pour obtenir de meilleurs rendements tout en préservant les écosystèmes. Photo: Nuria Barbosa Leon

LES agriculteurs cubains misent aujourd’hui sur les techniques agroécologiques de production, en respectant l’environnement et promouvoir des systèmes alimentaires plus durables et une meilleure gestion de l’équilibre des écosystèmes.

Ces pratiques sont ancestrales, même si elles ont été utilisées pendant longtemps de manière empirique et rudimentaire. Dans les années 70 du siècle passé, plusieurs spécialistes ont conceptualisé les expériences en termes d’agroéconomie, définie comme une science de synthèse pour l’atteinte de la souveraineté alimentaire.

Les chercheurs cubains ont consenti de gros efforts pour tenter de généraliser dans tout le pays diverses techniques pour diminuer l’utilisation d’intrants chimiques, préserver la santé des sols, certifier les semences, contrôler les mauvaises herbes, privilégier le recours à des produits naturels comme alternative aux pesticides et aux pièges à couleurs (l’ensemencement de produits colorés dans un même espace) pour contrecarrer les fléaux et les insectes.

Un procédé s’est rapidement imposé qui consiste à produire de la matière organique ou compost pour fournir des nutriments aux plantes. Une matière organique qui produit un engrais de qualité totalement naturel. Ce fertilisant peut être obtenu à partir de déchets comme les restes de nourriture, restes de légumes et de fruits, de feuilles et de racines les coquilles d’œufs broyées, la paille, les racines et les fumiers d’animaux, etc.

Par ailleurs, les producteurs ont reçu des engrais et des pesticides organiques produits par les institutions scientifiques, notamment par les centres de reproduction d’entomophages et d’entomopathogènes (CREE).

Dans les années 90, ces pratiques prennent encore davantage d’ampleur devant les difficultés pour importer des intrants à la suite de la chute du camp socialiste et avec la recrudescence du blocus économique, commercial et financier exercé par les États-Unis contre notre pays. Ainsi, les agriculteurs cubains ont souvent adopté ces pratiques sans prendre véritablement conscience qu’ils s’engageaient dans une démarche agroécologique.

Montagnes de l’Escambray. Piège à scolytes des baies du caféier, qui permet une lutte parasitaire sans pesticides. Photo: Yaimí Ravelo

C’est ce que nous ont confié plusieurs agriculteurs à l’occasion de l’Atelier des producteurs Pour une agriculture durable et résiliente, qui s’est déroulé les 22 et 23 février dans le cadre des activités pour le 55e anniversaire de la Station expérimentale des pâturages et des fourrages Indio Hatuey, placée sous la juridiction de l’Université de Matanzas Camilo Cienfuegos, qui a parrainé l’événement.

L’ingénieur agronome Ricardo Serrano Masquida, producteur de la ferme agricole La Victoria, dans la localité de Sabanilla, dans la commune de Bayamo, province de Granma, a signalé: « Les paysans comme moi ont dû s’allier aux centres scientifiques du pays, et nous avons dû faire appel à notre créativité pour améliorer les rendements. Il nous faut innover en permanence pour assurer la durabilité de notre agriculture. »

Sa ferme agricole de plus d’une quarantaine d’hectares est essentiellement consacrée à l’élevage bovin, ovin, caprin, équin et porcin. Mais l’élevage concerne également l’apiculture et l’aviculture. Pour nourrir ces espèces, ils cultivent 16 variétés d’aliments pour les animaux sur une vaste aire consacrée aux arbres fruitiers, dont 35 variétés de manges et 26 d’avocats, et 10 de noix de coco, entre autres.

Et d’enchaîner : « Il y a quelques années, l’Association nationale des petits agricultures (organisation paysanne) a établi 50 principes agroécologiques à mettre en œuvre par les producteurs. Nous en appliquons 32 dans notre ferme, où 75% des productions sont obtenues à partir de pratiques agroécologiques, et 25% sont issues de pratiques conventionnelles. »

Serrano Masquida se considère comme un promoteur des techniques agroécologiques, conscient de l’importance que ce savoir et ces expériences soient étendus à l’ensemble des paysans de sa région, avec lesquels il a des contacts et des échanges permanents. Il a également insisté sur la discipline et le respect des normes établies afin d’éviter des comportements irresponsables pouvant nuire à l’environnement et aux sols.

« Le plus grand défi à présent, c’est de remettre les succès obtenus entre les mains des producteurs », a-t-il souligné.

Autre pratique qui s’est imposée : la construction de biodigesteurs dans les fermes agricoles pour le traitement des excréments du bétail et produire des énergies propres et renouvelables visant à produire du combustible de cuisine dans les villages. Le jeune ingénieur électricien Alexander Lopez Savran, qui a consacré plusieurs années d’études sur ce sujet à l’Université centrale de Las Villas Marta Abreu, est un fervent défenseur de ce procédé.

Les digesteurs de ferme peuvent produire efficacement de l'énergie. Photo: Nuria Barbosa Leon

À l’heure actuelle, détenteur d’une maîtrise des systèmes électriques, il exploite un élevage porcin sur les trois hectares qui lui ont été remis en usufruit par l’État. Aujourd’hui, sa ferme est un modèle de durabilité énergétique. « Toute l’énergie que nous produisons est utilisée pour la cuisine et l’énergie des appareils électroménagers est fournie par les digesteurs », a-t-il indiqué.

Il s’est engagé à transmettre son savoir-faire à d’autres producteurs, afin que l'accès à des énergies propres, peu coûteuses et sûres devienne un bien public, comme il l’a appris lui-même de son ami Yunier Paz Martinez, technicien moyen en informatique qui se consacre lui aussi à l’élevage des porcins à la Coopérative de crédits et de services Sergio Soto de la commune de Cabaiguan, dans la province de Sancti Spiritus.

« Dans notre localité, j’ai conçu un réseau de distribution pour alimenter les foyers en énergie à partir des digesteurs.

Je peux fournir du gaz via une conduite d’alimentation à huit foyers et je peux brancher une cinquantaine de maisons à ce réseau. Mon objectif, c’est d’élargir mon exploitation de porcins pour développer la production de biogaz en tant

que forme d’énergie propre pour les familles paysannes cubaines », a-t-il dit.

Un autre producteur agricole, Noel Gonzalez de la Concepción, ingénieur agronome, a également doté sa ferme d’un digesteur anaérobie et il fournit de l’énergie à sa famille et à ses voisins. Par ailleurs, les substances nocives produites par le digesteur sont déversées dans une petite station de traitement des eaux usées, qui sont réutilisées en irrigation et apportent des nutriments à la terre.

De nombreux procédés agroécologiques sont appliqués dans sa ferme, Flor del Cayo, appartenant à la Coopérative Patria o Muerte, de Cabaiguan, à Sancti Spiritus.

« J’applique les connaissances que j’ai acquises à l’université et je suis de près les progrès scientifiques et techniques pour pouvoir améliorer mes rendements. Mon principal souci est d’exploiter les nouvelles connaissances et les avancées scientifiques pour préserver l’environnement et protéger les sols », a-t-il souligné.

Un grand nombre de producteurs du monde entier ne connaissent pas les bienfaits de l’agriculture écologique et préfèrent avoir recours aux produits chimiques, estimant qu’ils ont des effets plus rapides. Ils arguent aussi que la production par hectare est inférieure à celle obtenue l’agriculture conventionnelle, ce qui est complètement faux.

Dans des conditions diverses, les chiffres montrent que, par exemple, en Europe les résultats sont supérieurs de 30% en adoptant des pratiques agroécologiques, et en Amérique centrale les rendements sont trois fois plus plus élevés par rapport à une production basée sur l’agronomie conventionnelle.

Cuba peut aujourd’hui montrer un vaste mouvement de participation populaire qui considère d’ores et déjà l’agriculture écologique comme une clé de la sécurité alimentaire et comme une politique publique, et la seule à garantir des pratiques agricoles saines et une alimentation de qualité aujourd’hui et pour les générations à venir.

Publié par  El Diablo

ÉQUATEUR : Lenín MORENO, candidat d’Alianza País, le parti de Rafael Correa, élu président de la République

Rafael Correa (à gauche) et son successeur, Lenin Moreno (source photo: le figaro.fr)

Rafael Correa (à gauche) et son successeur, Lenin Moreno (source photo: le figaro.fr)

Coup dur pour la « fin de cycle » en Équateur

Par Maurice Lemoine - le 4 avril 2017

Dimanche 2 avril, les près de 13 millions d’électeurs du pays andin devaient décider qui, du candidat de gauche Lenín Moreno (en illustration) ou du néolibéral Guillermo Lasso, succédera à Rafael Correa, représentant du « socialisme du XXIe siècle » au pouvoir depuis 2007. En élisant le candidat d’Alianza País, le parti du président sortant, avec 51,16 % des voix, dans un contexte économique particulièrement difficile, les Equatoriens ont exprimé le souhait de poursuivre la « révolution citoyenne ».

Chronique d’une campagne dont le résultat a une énorme signification tant pour l’Equateur que pour l’ensemble de l’Amérique latine.


Le 3 janvier 2017, depuis Miami où il réside, le cubano-américain Carlos Alberto Montaner, journaliste d’extrême droite président de l’Interamerican Institute for Democracy (IID), « alertait » les citoyens équatoriens, au nom de son organisation, sur l’erreur que constituerait le fait de voter, lors des élections du 19 février 2017, pour Alianza País (Alliance pays, AP), parti (du président Rafael Correa) « qui a soutenu les pires tyrannies de notre continent (…) en alliance avec les gouvernements néopopulistes du Socialisme du XXIe siècle ». Peu de temps auparavant, le 5 décembre 2016, l’« analyste politique » français Marc Saint-Upéry faisait de son côté circuler sur les réseaux sociaux, au nom d’un positionnement « de gauche » autoproclamé, l’un des articles dans lesquels, d’une façon obsessionnelle pour ne pas dire pathologique, il dénonce « la soi-disant “Révolution citoyenne” » instaurée depuis 2007 – de victoire électorale en victoire électorale, tout de même ! – par Correa : « A l’exception du parti au pouvoir, Alianza País – lui-même grande machine à recycler les caciques régionaux de droite et à caser footballeurs, reines de beauté et saltimbanques télévisuels – , toutes les organisations et mouvements de la gauche équatorienne, de la social-démocratie aux maoïstes en passant par les indigènes, les féministes, les écologistes et les syndicats ouvriers, sont unis dans une alliance électorale contre Correa et son régime, et dénoncent le modèle autoritaire de modernisation capitaliste et de “restauration conservatrice” qu’il promeut. »

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LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Illustration : Lenin Moreno (crédit :Agencia de Noticias ANDES)
 

Dimanche 2 avril, les près de 13 millions d’électeurs du pays andin devaient décider qui, du candidat de gauche Lenín Moreno (en illustration) ou du néolibéral Guillermo Lasso, succédera à Rafael Correa, représentant du « socialisme du XXIe siècle » au pouvoir depuis 2007. En élisant le candidat d’Alianza País, le parti du président sortant, avec 51,16 % des voix, dans un contexte économique particulièrement difficile, les Equatoriens ont exprimé le souhait de poursuivre la « révolution citoyenne ».

 

Chronique d’une campagne dont le résultat a une énorme signification tant pour l’Equateur que pour l’ensemble de l’Amérique latine.

Le 3 janvier 2017, depuis Miami où il réside, le cubano-américain Carlos Alberto Montaner, journaliste d’extrême droite président de l’Interamerican Institute for Democracy (IID), « alertait » les citoyens équatoriens, au nom de son organisation, sur l’erreur que constituerait le fait de voter, lors des élections du 19 février 2017, pour Alianza País (Alliance pays, AP), parti (du président Rafael Correa) « qui a soutenu les pires tyrannies de notre continent (…) en alliance avec les gouvernements néopopulistes du Socialisme du XXIe siècle [1] ». Peu de temps auparavant, le 5 décembre 2016, l’« analyste politique » français Marc Saint-Upéry faisait de son côté circuler sur les réseaux sociaux, au nom d’un positionnement « de gauche » autoproclamé, l’un des articles dans lesquels, d’une façon obsessionnelle pour ne pas dire pathologique, il dénonce « la soi-disant “Révolution citoyenne” » instaurée depuis 2007 – de victoire électorale en victoire électorale, tout de même ! – par Correa : « A l’exception du parti au pouvoir, Alianza País – lui-même grande machine à recycler les caciques régionaux de droite et à caser footballeurs, reines de beauté et saltimbanques télévisuels – , toutes les organisations et mouvements de la gauche équatorienne, de la social-démocratie aux maoïstes en passant par les indigènes, les féministes, les écologistes et les syndicats ouvriers, sont unis dans une alliance électorale contre Correa et son régime, et dénoncent le modèle autoritaire de modernisation capitaliste et de “restauration conservatrice” qu’il promeut. »

 

Comme le démontra, dès le 19 février, le premier tour d’un scrutin auquel, pour la première fois depuis une décennie Correa ne se présentait pas, l’un et l’autre ne se sont montrés ni vraiment convaincants ni particulièrement pertinents. Alors que le candidat d’Alianza País [2] Lenín Moreno arrivait en tête (39,36 %) et devançait d’un million de voix son principal adversaire de droite, le banquier et ex-ministre Guillermo Lasso (28,11 %), la supposée « vaste opposition de gauche », emmenée par l’ex-général puis maire de Quito Paco Moncayo, devra se contenter d’un modeste 6,72 %. AP s’assure la majorité à l’Assemblée en y faisant élire, dans le cadre du mode de scrutin national, soixante-quatorze députés sur cent trente-sept et parachève cette victoire en remportant le référendum sur l’interdiction faite aux fonctionnaires et aux élus de détenir des avoirs dans un paradis fiscal (54,97 % de « oui »). En vertu de ce « pacte éthique », ceux qui, se trouvant dans cette situation, refuseront de rapatrier leur argent seront déchus de leur poste. Une perspective en rien secondaire : « D’après les chiffres auxquels nous avons accès, confie le ministre des Affaires étrangères Guillaume Long, environ 30 % de notre PIB, c’est-à-dire 30 milliards de dollars, seraient cachés dans ces paradis fiscaux. »

 

Pour être élu président de la République, le vainqueur de ce premier tour devait réunir au moins 40 % des suffrages et dix points d’avance au minimum sur le candidat arrivé second. Pour l’opposition, un enjeu majeur marquait donc le scrutin : Lenín Moreno étant quasi unanimement donné favori, seul un second tour permettant une alliance des carpes et des lapins pouvait permettre de le mettre en échec. Lorsque les résultats préliminaires et les sondages « sortie des urnes » indiquèrent que le candidat du pouvoir se trouvait en situation d’atteindre le chiffre fatidique, la droite et ses alliés, comme partout en Amérique latine lorsqu’ils perdent ou risquent de perdre, entonnèrent le grand air de la fraude. Oubliant qu’ils n’avaient nullement contesté le Conseil national électoral (CNE) lorsque celui-ci confirma leurs victoires dans certaines grandes villes du pays lors des élections municipales de 2013 (à Quito, Cuenca, etc.), ils appelèrent leurs partisans à descendre dans la rue. Alors que, dans un passé pas si lointain, une vingtaine de jours pouvaient s’écouler avant que ne soient connus les résultats définitifs d’un vote, les trois jours nécessaires au CNE pour boucler ses ultimes vérifications donnèrent lieu à une intense agitation à Quito et à Guayaquil (la capitale économique du pays), fièvre artificielle qu’encouragèrent ouvertement les médias dominants. Des déclarations très ambiguës du chef de l’Armée, le général Luis Castro, amenèrent le président Correa à le relever de ses fonctions.

 

Que se serait-il passé si Lenín Moreno avait été élu en atteignant dès le premier tour les décisifs 40 % ? On peut le deviner à la lecture du libelle rédigé le 17 mars, dans la perspective du second tour, par dix-neuf ex-chefs d’Etat membres d’un club très select, l’Initiative démocratique d’Espagne et des Amériques (IDEA), parmi lesquels « la crème » du néolibéralisme le plus obscène – José Maria Aznar (Espagne), Vicente Fox et Felipe Calderón (Mexique), Alfredo Cristiani (Salvador), Sebastian Piñera (Chili) ainsi que l’inévitable duo Andrés Pastrana - Álvaro Uribe (Colombie) –, s’inquiétant de la transparence du scrutin : « Nous déclarons que nous avons suivi avec une grande préoccupation les circonstances particulières dans lesquelles s’est déroulée la vie démocratique équatorienne pendant l’époque récente. »

 

C’est pourtant sans contestation aucune qu’Alianza País a accepté la nécessité du second tour auquel, en bonne logique politique, elle aurait préféré échapper. Dans cette perspective, un certain nombre d’observateurs notèrent, pour s’en inquiéter, s’en réjouir ou simplement l’analyser, « la faiblesse » du score – 39,36 % – du ticket Lenín Moreno – Jorge Glas (candidat à la vice-présidence), rappelant que Correa l’emporta dès le premier tour, doté d’une confortable avance, en avril 2009 puis février 2013, avec respectivement 52 % et 57,17 % des voix.

 

En guise d’explication, on avancera que, sans rien ôter à ses mérites, Moreno n’a pas le charisme exceptionnel du « bouillant » Correa et que, les représentants de huit partis étant en compétition et dispersant les voix, le score en question n’avait rien de déshonorant. Pour mémoire, en France, en 2007, le futur président Nicolas Sarkozy fit moins bien en n’obtenant que 31,18 % des suffrages au premier tour tandis qu’en 2012 François Hollande n’était crédité que de 28,63 %. Pour en revenir à l’Equateur, on rappellera que Correa lui-même, lors de sa première élection, le 26 novembre 2006, arriva initialement en deuxième position avec 22,84 % des voix avant de l’emporter au tour suivant face au magnat de la banane Alvaro Noboa (56,8%).

 

Pour autant, nul ne peut nier un « recul » réel des représentants de la « révolution citoyenne » qui, en 2013, avait triomphalement fait élire 100 députés sur 137. Dès les élections locales de février 2014, la perte d’une vingtaine de villes, dont certaines importantes, avait déjà témoigné de cette régression.

 

On ne détaillera pas ici l’ampleur des avancées sociales de la décennie, que nul ne conteste, à l’exception de la droite et de l’extrême droite, de la presse commerciale équatorienne et de leurs alliés « gauchisants », minoritaires mais très bruyants, qui se réclament tout à la fois de l’anticapitalisme, de l’écologie, du féminisme, de l’antiracisme, de l’altermondialisme, de l’indigénisme, du socialisme, du syndicalisme, bref, de tout… sauf du progrès économique et des politiques sociales menées avec succès en faveur des déshérités. Or, tandis que l’indice de pauvreté a diminué de 36,74 % à 25,35% de la population (soit une différence d’environ deux millions de personnes), celui de l’indigence descendant de 16,5 % à 8,5 %, le salaire minimum est passé de 170 dollars (2007) à 360 dollars (2015), les dépenses destinées à l’éducation et à la santé ont augmenté respectivement de 400 % et de 700 %, 500 000 personnes âgées qui en étaient privées bénéficient désormais d’une pension de retraite [3].

 

Les ressources nécessaires à cette politique et au développement des infrastructures – 8 000 kilomètres de routes, des ponts, des écoles, des lycées, des universités nouvelles, des centres de soins, etc. – ne sont pas tombées du ciel. Passant de 3,5 milliards de dollars de recettes fiscales en 2006 à 13,5 milliards en 2014, l’Etat a triplé celles-ci, en accentuant le contrôle sur les fraudeurs, sans augmenter les impôts de l’immense majorité, modeste, de la population. Néanmoins, l’économie équatorienne se caractérise toujours par sa dépendance vis-à-vis des exportations primaires – crevettes d’élevage, thon, cacao, bananes – et surtout pétrolières (40 % du PIB, 52 % du total des exportations) [4]. Le secteur manufacturier jouant un rôle modeste (31 % du PIB), l’Etat lorgne sur les importantes ressources minières – or, argent, cuivre – à ce jour peu exploitées. Ce qui provoque… colère et consternation ! Silencieux ou indifférents lorsque la droite occupait le pouvoir, de nombreux « observateurs » se déchaînent, comme ils le font à l’égard de l’ensemble des nations de la région gouvernées par la gauche depuis le début des années 2000 : n’ayant pas « changé de matrice productive » pour sortir de la dépendance pétrolière et rentière, ces « régimes » livrent leur pays aux ravages de l’« extractivisme ».

 

Qu’on leur pardonne : on ne devient pas la Silicon Valley d’un claquement de doigt. Pour transformer une nation sous-développée en un pays moderne, peut-être vaut-il mieux commencer par le commencement. En le dotant, par exemple, d’infrastructures : il y a dix ans, avant l’arrivée au pouvoir du président Correa, un transporteur mettait 24 heures pour parcourir les 600 kilomètres séparant Quito de Loja, dans le sud de l’Equateur ; aujourd’hui, l’amélioration des voies de circulation a réduit ce temps de moitié. L’avenir se prépare également quand on devient le pays d’Amérique latine ayant le plus fort taux d’investissement dans le secteur universitaire avec 2,3% du PIB – 0,8% dans la région en moyenne et 1,7% au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Plus de 180 étudiants font d’ores et déjà leurs études en sciences de la vie, technologies de l’information et de la communication, nanosciences, énergie et pétrochimie à l’Université scientifique et expérimentale de Yachay, qui a officiellement ouvert ses portes en avril 2014. Quatre mille étudiants seront bientôt accueillis sur ce vaste campus doté de laboratoires de recherches, d’un parc technologique et de zones industrielles accueillant des instituts publics et des entreprises privées.

 

Nul n’en disconviendra : au nom du concept d’éco-socialisme, la protection de l’environnement et de la biodiversité doit devenir une priorité. Encore faut-il raison garder. Et ne pas sombrer dans une sorte de « maladie infantile » de l’écologie. Même en réduisant la consommation et en généralisant le recyclage, les besoins mondiaux en ressources minières – acier, aluminium, inox, titane, laiton, étain, cuivre... – ne peuvent ni ne vont s’interrompre du jour au lendemain. Une éolienne, un panneau photovoltaïque, un bâtiment éco-compatible, une installation de traitement des déchets, un véhicule de transport collectif, un téléviseur, une chaîne stéréo, un réfrigérateur, une machine à laver ou un four à micro-ondes ne se fabriquent pas en soufflant avec une paille dans une bulle de savon ! A titre d’exemple, trente-six matériaux sont utilisés pour produire l’ordinateur fixe utilisé à satiété par l’ « agit prop boboïsée » et certaines ONG, souvent du Nord, pour dénoncer ces dirigeants de gauche « extractivistes », « destructeurs de l’environnement » : la silice employée dans les puces électroniques, les plastiques (claviers, écrans, souris, …), le fer (aimants des disques durs, écrans LCD et structure des unités centrales), le cuivre (câbles, puces, circuits imprimés), l’aluminium (structure, circuits imprimés, écrans CRT), le plomb (circuits imprimés, écrans CRT) et le zinc (batteries, circuits imprimés, écrans CRT), ainsi qu’une très forte proportion d’éléments de la famille des terres rares. Sans parler de la consommation d’électricité nécessaire à leur fonctionnement. Ou de la fabrication d’un téléphone portable qui requiert, elle, une quarantaine de matériaux. Imagine-t-on, chez les doux amoureux de la nature, que tout cela naît par génération spontanée ?

 

En la matière, il est facile, mais aussi absurde qu’irresponsable, de s’enfermer dans une logique du « tout ou rien ». Une analyse plus fine doit procéder, au cas par cas, à la décision d’autoriser ou non la mise en exploitation d’un gisement, en fonction du contexte géographique, géologique, hydraulique, humain, et en mettant en relation les avantages et les inconvénients pour la population en général et les groupes directement concernés en particulier.

 

On reproche ainsi souvent à l’Assemblée nationale d’avoir entériné, le 3 octobre 2013, l’exploitation pétrolière dans le Parc national Yasuni. En 2007, dans le but de préserver sa biodiversité unique, Correa avait proposé à la communauté internationale une non-exploitation de ses 920 millions de barils et le non-rejet dans l’atmosphère de 400 millions de tonnes de CO2 en échange d’une compensation financière équivalente à 50 % du manque à gagner (soit 3,6 milliards de dollars). « Le monde nous a lâchés », regrettera-t-il en constatant l’absence de réponse des pays industrialisés à cette initiative originale et innovante, avant d’ajouter : « Je n’aime pas le pétrole, mais j’aime encore moins la pauvreté (…) Tant que je serai président, je profiterai au maximum, jusqu’au dernier gramme, jusqu’à la dernière goutte, des ressources naturelles, afin de sortir le plus rapidement possible mon pays de la pauvreté. » L’exploitation n’affectera normalement que 1/1000e de la surface totale du parc, l’Etat s’engageant à minimiser l’impact environnemental. Il n’empêche : des mouvements écologistes et indigènes clament leur indignation, accusant de « dérive autoritaire » le chef de l’Etat.

 

Source de vives tensions, l’activité minière a souvent fait l’actualité ces derniers temps, en particulier le 14 décembre 2016, en pleine campagne électorale, à Morona Santiago, lorsque des autochtones Shuar ont envahi une installation de la multinationale canadienne Explor Cobres S.A. (41 760 hectares), tuant un policier et faisant sept blessés. La Confédération des nationalités indigènes d’Equateur (Conaie) et son bras politique, le Mouvement d’unité plurinationale Pachakutik (PK), avec l’appui des partis traditionnels d’opposition, ont rejeté les mesures prises par le gouvernement – entre autres l’Etat d’exception – qualifiées de « déclaration de guerre contre les Shuar », appelé à la mobilisation et cherché une supposée « médiation » internationale. L’affaire eut pu paraître lumineusement simple si des paysans habitant la zone n’avaient à leur tour dénoncé les assaillants : « Lorsque a été validé le contrat d’occupation d’Explor Cobres (…) un groupe d’Indigènes a entrepris de se déplacer et de venir s’installer dans les environs. Depuis, ils sèment la peur chez les comuneros, menacent de piller les fincas et de détruire les semailles si nous ne nous joignons pas à leur lutte qui, c’est évident, est politisée [5].  »

En occupant le terrain médiatique et les réseaux sociaux, ces anathèmes permanents occultent les mesures positives prises par le gouvernement. Ainsi, la construction de huit barrages hydroélectriques va permettre de produire une énergie à 92 % « propre » et renouvelable ; lorsque Alianza País est arrivée au pouvoir, la moitié de cette dernière venait des combustibles fossiles. Ils font également silence sur de curieuses contradictions. En août 2015, c’est le gouvernement qui a dû intervenir, suspendant l’autorisation environnementale (licencia ambiental) préalablement accordée, pour interrompre la construction d’une route de 80 kilomètres reliant Taisha et Tacuma, lancée par le Shuar Marcelino Chumpi, membre de Pachakutik, devenu en 2009 préfet de Morona Santiago. Dans le dernier tronçon du chantier, au mépris des normes techniques et s’écartant du trajet prévu et autorisé, les maîtres d’ouvrage projetaient d’abattre sauvagement la forêt vierge, d’affecter les sources aquifères, sans tenir compte de l’écosystème et sans aucune précaution. Lors de cet épisode qui donna lieu à de violentes manifestations d’Indigènes qu’on se permettra d’appeler « anti-protection de l’environnement », aucun des habituels défenseurs de la « Pacha Mama » (la Terre mère), de la Conaie aux ONG en passant par l’intellectuel Alberto Acosta (ex-allié de Correa devenu virulent opposant [6]) ne manifesta sa réprobation.

 

A l’occasion, le président ou son gouvernement peuvent bien sûr avoir tort, comme il arrive à n’importe quel groupe composé d’humains. Correa, en ce qui le concerne, a plus souvent fait preuve de fermeté que de diplomatie – sachant que, face aux tenants de l’ordre ancien, l’exécutif, s’il veut imposer les mesures promises à ses électeurs, doit faire preuve d’« autorité » (assez facilement rebaptisée « autoritarisme » par les opposants). La politique menée depuis 2007 comporte évidemment des zones d’ombre : aucune réforme d’envergure n’a été menée en direction de la petite paysannerie. La signature en 2016 d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne a été contestée, y compris par certains membres du gouvernement. Pour autant, les difficultés actuelles tiennent plus à la conjoncture qu’à un projet de « socialisme du XXIe siècle » mis en échec, dénaturé ou trahi.

Depuis la fin 2014, à la chute brutale et prolongée des cours du pétrole se sont ajoutées l’appréciation du dollar (qui en 2000 a remplacé le « sucre », l’historique devise nationale), la dévaluation des monnaies de la Colombie et du Pérou voisins, rendant leurs produits plus attractifs, les fortes amendes infligées à l’Equateur par un arbitrage international attribuant un milliard de dollars à la compagnie pétrolière américaine Oxy et, comble de malheur, un meurtrier tremblement de terre qui, survenu le 16 avril 2016 dans la région de Manabí, sur la côte Pacifique, fit 668 morts, 16 000 blessés, plus de 80 000 sinistrés et 3,5 milliards de dommages matériels. Une « tourmente parfaite », pour reprendre l’expression du président Correa. 


Etalée sur deux années, cette entrée en récession a eu comme conséquences une réduction significative du budget de l’Etat et donc de ses dépenses et investissements, faisant repartir à la hausse le chômage et la pauvreté.

Déjà vent debout en juin 2015 contre deux projets de loi taxant les plus-values immobilières et les successions qu’elle réussit à faire capoter grâce à de violentes manifestations [7], l’opposition s’est montrée carrément sordide à l’occasion du séisme d’avril 2016. Alors que le pouvoir adoptait une Loi de solidarité impliquant, entre autres mesures, l’augmentation pendant un an de la TVA (de 12 % à 14 %) sur certains biens, à l’exception des produits de première nécessité, plus une contribution obligatoire d’un jour de salaire pour les travailleurs gagnant 1 000 dollars par mois (deux jours pour un salaire de 2000 dollars, jusqu’à cinq jours pour 5000 dollars) [8], l’élite à cartes de crédit exprima son opposition aux cris de « pas davantage d’impôts ! ». Mal lui en prit sans doute, notera-t-on entre parenthèses : lors du premier tour de la présidentielle, satisfaites de la célérité et de l’efficacité du gouvernement, les zones les plus affectées par le tremblement de terre, et en particulier Manabí, ont voté trois fois plus pour Lenín Moreno que pour Guillermo Lasso.

 

Afin de recueillir des fonds permettant la reconstruction et d’amortir les effets de la crise, Correa a également annoncé la vente d’actifs de l’Etat pour au moins 1,5 milliards de dollars et, sollicitant le secteur privé, a approuvé de nouvelles mesures et incitations fiscales : exemption de l’impôt sur les sociétés pour les entreprises fournissant une assurance maladie privée à leurs employés, exemption de taxes sur les capitaux équatoriens détenus à l’étranger, à condition que le capital soit rapatrié et investi dans des activités productives, etc. Le recours à l’emprunt, avec la Chine (1,5 milliards de dollars) et sur les marchés financiers internationaux (2 milliards de dollars), lui attireront des critiques venues de sa droite et de sa gauche dénonçant l’endettement excessif du pays. Qu’on peut néanmoins relativiser : quand le néolibéralisme imposait sa loi au pays, le niveau de la dette publique a atteint 65,4% sous le gouvernement de Sixto Durán Ballén (1992-1996) ; 60 % sous Abdalá Bucaram (1996-1997) ; 81 % sous Jamil Mahuad (1998-2000) ; 54 % sous Gustavo Noboa (2000-2003) ; 40 % sous Lucio Gutiérrez (2003-2005) ; 29 % sous Alfredo Palacio (2005-2007) et son ministre des finances… Rafael Correa. Sous la présidence de ce dernier, elle est passée à 17,7 % en 2009, 25,91 % en 2013, avant de remonter à 38,4 % en 2016, sous les effets de la crise – inférieure en tout état de cause à 40 % du PIB, le seuil légal prévu par la Constitution.

 

C’est dans ce contexte complexe, tant sur le plan politique qu’économique, que s’est cristallisée la mobilisation de l’opposition en vue de l’élection. Laquelle opposition, en matière de gestion, n’est pas arrivée pas en position de force. Car son principal candidat, Guillermo Lasso, n’a rien d’un inconnu. Principal actionnaire de la Banque de Guayaquil (Banco de Guayaquil), il est étroitement lié à la débâcle financière qui, en 1999, a jeté le pays dans le marasme dont Correa l’a sorti.

 

Il n’est pas inutile de revenir sur cet épisode. En ce temps-là, et depuis 1992, la libéralisation du système financier a dépouillé l’Etat équatorien de tout contrôle sur les institutions bancaires. Lorsque survient la crise asiatique qui affecte les Newly industrialized countries – Thaïlande, Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hongkong –, puis le Brésil, la panique s’empare des investisseurs locaux et étrangers qui ont de fortes sommes dans les banques latino-américaines. En Equateur, déjà sauvée de la faillite en 1995 par un crédit de 163 millions de dollars de la Banque centrale, la Banque continentale s’effondre le 1er avril 1998 : les économies de vingt mille personnes s’évanouissent. Comme un château de cartes, les établissements financiers tombent les uns après les autres : Banco de Préstamos (dont les grands investisseurs ont retiré plus de 120 millions de dollars de dépôts), puis Banco del Azuay, Banco de los Andes, Banco Mercantil Unido, Solbanco, Banco de Préstamos, Tungurahua et la puissante Filanbanco (300 000 clients).

 

A la fin 1999, et alors que près de 6 milliards de dollars ont déjà été sortis du pays par les nantis, la crise du secteur financier a produit la faillite (reconnue ou cachée) de seize établissements qui, à travers l’Agence de garantie des dépôts (AGD) et la Banque centrale, passent sous l’administration de l’Etat. Lequel, pour les « sauver », sous la présidence de Jamil Mahuad, injecte environ 8 milliards de dollars (27 % du PIB du pays) et, en mars 1999, a gelé pour une année les dépôts bancaires de plus de 2 millions de sucres (500 dollars).

 

Dans l’ombre de ce chaos qui provoque inflation, dévaluation, récession, faillite d’entreprises, licenciements, chômage, misère et émigration en catastrophe de deux millions des treize millions d’Equatoriens, d’obscurs personnages tirent les ficelles et profitent cyniquement de la situation. Parmi eux se détachent les frères William et Roberto Isaias, propriétaires de Filanbanco (et d’un empire économique impressionnant : télévision, radio, hôtellerie et tourisme, journaux, imprimeries, assurances, biens immobiliers, finances, mines, exportations, entreprises maritimes, alimentation et boisson, agriculture, véhicules, combustibles, électronique…). Accusés de malversation et déclarés ultérieurement coupables (en 2012) d’une fraude estimée à environ 600 millions de dollars en falsifiant les déclarations financières de Filanbanco, ils s’enfuiront à Miami en emportant plus de 100 millions de dollars des fonds reçus du gouvernement pendant la crise. Ils y mènent depuis une vie de rois, profitant du fait que le gouvernement des Etats-Unis refuse de les extrader.

 

Autre grand profiteur du désastre : le président de l’époque (et jusqu’en 2012) de la Banque de Guayaquil… Guillermo Lasso ! Au moment du gel de leur(s) compte(s), les déposants avaient reçu des Certificats de dépôts reprogrammés (CDR). Ceux d’entre eux qui, ne pouvant attendre un an, avaient absolument besoin de leur argent, pouvaient changer ces CDR aux guichets des banques, moyennant une pénalisation de 40 % à 50 %. Exemple : pour 100 dollars leur appartenant, ils récupéraient 50 ou 60 dollars, perdant définitivement la différence. Plus chanceux, ces établissements financiers pouvaient, de leur côté, rechanger ces CDR auprès de la Corporation financière nationale (CNF) à leur valeur réelle. Inutile d’être un brillant économiste pour calculer leur gain. Il se trouve que la Banque de Guayaquil fut celle qui, profitant du désarroi des Equatoriens, négocia le plus de CDR pendant cette période funeste [http://www.memoriacrisisbancaria.com/index.php]. Il se trouve également que, en une seule année, entre 1999 y 2000, la fortune personnelle de Lasso est passée de 1 million de dollars à 31 millions de dollars [10]. Coïncidence ? Comprenne qui pourra.

 

Président depuis 1994 de l’Association des banques privées, nommé par Mahuad gouverneur de la province de Guyas, puis super-ministre de l’économie en août 1999, Lasso démissionnera de cette fonction trente-sept jours plus tard parce que le Congrès avait refusé d’approuver son « Budget 2000 », totalement en phase avec les recommandations du Fonds monétaire international (FMI). C’est donc ce banquier de triste mémoire qui se présente aux électeurs en représentation du mouvement Creando Oportunidades (Créons des Opportunités, CREO).

 

Rien de tel qu’une bonne « guerre sale médiatique » pour pourrir la campagne de qui l’on veut faire tomber. Sur le thème de « l’immonde corruption du Corréisme », le scandale dit des « Panama Papers » va en fournir l’occasion. Pour mémoire : en 2016, le Consortium international des journalistes d’investigation (en anglais ICIJ), regroupant une liste de médias plus prestigieux les uns que les autres – Le Monde, The New York Times, El País, El Mundo, The Washington Post, la BBCThe Guardian, etc. – a reçu, via le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, une impressionnante base de données soustraite par un inconnu à Mossack Fonseca, cabinet panaméen spécialisé dans la création de sociétés offshore. De mauvais esprits ont bien noté qu’aucun des documents sélectionnés ne concernait des citoyens américains, japonais ou israéliens (pour ne citer que ces nationalités), et, mis à part les artistes et les sportifs célèbres, quasi uniquement des individus présents « dans le collimateur » des puissances occidentales, mais, pour ce qui concerne cette chronique, le problème n’est pas là.

 

En Equateur, les trois journalistes à qui ont été remises les données concernant leur pays travaillent pour les quotidiens d’opposition El Universo et El Comercio. Qui, comme la majorité de la corporation médiatique, détestent Correa, responsable d’avoir créé une chaîne de télévision publique – il n’en existait pas avant son arrivée –, d’avoir permis la naissance d’un quotidien allié, El Telégrafo et, surtout, d’avoir promulgué une Loi organique de la communication (LOC) régulant les activités d’une profession qui, au nom de la « liberté d’expression », prétend ne faire que ce qui lui convient, même lorsque cela viole le « droit des citoyens à l’information ».

 

De fait, c’est un article signé Paúl Mena et Mónica Almeida qui, le 7 mai 2016, « dans le cadre d’une vaste enquête » (sic !) d’El Universo, sera le premier à dénoncer les détournements de fonds d’Alexis Bravo, gérant de la compagnie pétrolière nationale Petroecuador, en complicité avec Carlos Pareja Yanuzelli, dit « Capaya », nommé ministre des Hydrocarbures en novembre 2015. C’est comme il se doit depuis Miami, où il s’est réfugié pour échapper à la justice, que, ultérieurement, pendant la campagne électorale, en coordination avec les frères « en cavale » William et Roberto Isaías et ardemment relayé par les médias et les réseaux sociaux, Pareja a multiplié les accusations, sans aucune preuve jusqu’à présent, et allant parfois jusqu’au grotesque – ne s’est-il pas fait filmer en février dernier en train de se soumettre à un supposé détecteur de mensonge ? – pour impliquer le vice-président Jorge Glas (et le procureur général Galo Chiriboga) dans cette énorme affaire de prévarication.

 

Pour en revenir aux « Panama Papers » et à l’ardent désir de vérité des « enquêteurs de choc » d’El Comercio et El Universo, ceux-ci refuseront de communiquer au Conseil de participation citoyenne et de contrôle social (CPCCS), chargé d’enquêter sur tous les Equatoriens ayant placé leurs avoirs dans des paradis fiscaux, les informations en leur possession, au prétexte qu’ils « ne possèdent pas plus de documents que ceux qu’ils ont publiés ». Quant à l’ICIJ, après avoir annoncé qu’elle rendrait publique toute sa base de données, elle se rétractera en prétendant que « ce serait une perte de temps de donner à connaître toutes ces informations ». En visite au siège de l’ONU à New-York, Correa proposera bien une campagne mondiale pour la divulgation complète de la liste des noms des « Panama Papers », mais, pour l’instant, sans résultat.

 

Dans le même registre, l’« affaire Odebrecht » va permettre, en multipliant les allégations, de ternir l’image d’Alianza País. On le sait, selon le Département de la justice américaine, le géant brésilien du BTP Odebrecht aurait versé des centaines de millions de pots-de-vin, à travers des compagnies « offshore », à des fonctionnaires et élus latino-américains de toutes tendances politiques (en Argentine, au Brésil, en Colombie, en République dominicaine, en Equateur, au Guatemala, au Mexique, au Panamá, au Pérou et au Venezuela). Entre 2007 et 2016, quelque 33,5 millions de dollars (31 millions d’euros) seraient ainsi tombés dans l’escarcelle de hauts fonctionnaires équatoriens. Depuis Miami, les frères Isaías se déchaînent. Très hypocritement, le candidat Paco Moncayo « exige » du gouvernement que soit rendue publique « la liste des corrompus qui ont fait du mal au pays ». Tout le monde sait pourtant qu’une telle liste n’existe pas, le Département américain de la justice, le gouvernement brésilien et Odebrecht elle-même n’ayant, pour le moment, livré aucun nom. Le 16 février, le procureur général de l’Equateur Galo Chiriboga précisera que son homologue brésilien Rodrigo Janot a annoncé « qu’aucune information sur le cas Odebrecht ne peut être révélée jusqu’au 1er juin prochain ». Ce même Chiriboga, les 21 et 22 mars, rencontrera les représentants et avocats d’Odebrecht en Equateur, lesquels refuseront de communiquer une quelconque information sur les corrompus si l’Etat n’abandonne pas les poursuites judiciaires contre la multinationale.

 

Il n’empêche que des accusations plus ou moins gratuites ont circulé, jetant la suspicion sur le pouvoir. La justice ayant diligenté sa propre enquête, El Universo, El Comercio, La Hora, Teleamazonas et autres médias privés se calment très sensiblement quand commencent à apparaître les identités de certains dirigeants de droite – dont le maire de Quito, Mauricio Rodas, dans le cadre de la construction du métro de la capitale. Ils observent un silence sépulcral lorsque le quotidien argentin Página 12 révèle, le 15 mars, dans une enquête sur les fameux « Panama Papers » signée Cynthia García, que Guillermo Lasso possède, en nom propre ou à travers des proches, quarante-neuf entreprises dans les paradis fiscaux. Mais la sale campagne menée jusque-là a en partie porté ses fruits.

 

Au premier tour, Lasso arrive donc deuxième, mais en tête (28,11 %) d’une droite divisée par les ambitions et les intérêts personnels. Sa rivale Cynthia Viteri, pour le Parti social chrétien (PSC) et une plateforme nommée La Unidad (l’Unité), plafonne à 16,32 %. Quatre autres « petits candidats » font des scores mineurs. Face au binôme Lenín Moreno (candidat à la présidence) – Jorge Glas (vice-présidence) d’Alianza País (39,36 %) [11], reste donc l’Accord national pour le changement (ANC), la « gauche contestataire ». Emmené par Paco Moncayo, son attelage hétéroclite se compose d’Unité populaire (vitrine des maoïstes du Mouvement populaire démocratique [MPD], parti de tendance stalinienne particulièrement opportuniste qui s’est adapté à tout et son contraire pour survivre électoralement) ; des sociaux démocrates de la Gauche démocratique, parti de Moncayo (GD) ; d’une nébuleuse de « mouvements sociaux » ; des collectifs écologistes et féministes ; et surtout de la Conaie indigène et de son bras politique Pachakutik (PK).

 

C’est vers cette ANC « progressiste » et ses 6,72 % de voix que les yeux se tournent. Dans la mesure où les droites de Lasso et Vinteri, par définitions alliées au second tour, ne peuvent l’emporter à elles seules (28,11 + 16,32 = 44,43 %), sa responsabilité devient énorme : en fonction de ses consignes de vote, elle peut faire gagner Lasso ou Moreno.

 

On se souvient que, depuis la décennie 1970 et surtout les grandes mobilisations des années 1990, sous la direction de la Conaie, née en 1986, le mouvement indigène, en alliance avec les autres secteurs sociaux du pays – paysans, travailleurs, syndicats, professionnels, étudiants – a joué un rôle moteur, capital, dans la lutte contre le néolibéralisme. La situation a changé. De leur collaboration avec le gouvernement de Lucio Gutiérrez (15 janvier 2003 – 20 avril 2005), légitime à l’origine, lorsqu’il se proclama progressiste, ambiguë lorsqu’il s’avéra qu’il trahissait tous ses engagements, tant la Conaie que Pachakutik sont sortis érodés, fragmentés et divisés à l’extrême, comme jamais auparavant. La mouvance autochtone n’a jamais retrouvé sa cohésion depuis. Son repli identitaire ne lui a valu que des déroutes électorales, que ce soit avec son dirigeant historique Luis Macas en 2006 (2,19 % des voix) ou l’intellectuel dissident d’Alianza País Alberto Acosta en 2013 (3,26 %).

 

Dans la perspective du scrutin de cette année, trois dirigeants de Pachakutik, féroces opposants à Correa, annoncèrent leur candidature à une primaire : Lourdes Tibán (députée de Cotopaxi), Salvador Quishpe (préfet de la province de Zamora Chinchipe) et Carlos Pérez Guartambel (président de la Confédération des peuples de la nationalité Quechua ; Ecuarunari). Depuis plusieurs mois, et provoquant la fureur de la base, certains de leurs proches négociaient plus ou moins en secret avec la droite, faisant réagir Carlos Satián, président de la Confédération du mouvement indigène du Chimborazo (Comich) : « Une faction [de Pachakutik] s’identifie aux politiques de Correa, avec pour leader le préfet du Chimborazo Mariano Curicama ; une autre est disposée à s’unir à la droite pour battre le “corréisme”, comme le préfet de Morona Santiago, Marcelino Chumpi ; et la troisième cherche une alliance avec des groupes de gauche non associés au pouvoir [12].  » Au terme d’intenses négociations et affrontements, et après avoir écarté la candidature de Lourdes Tibán, victorieuse de la primaire, c’est cette dernière option qui l’emporta lorsque le Conseil politique de Pachakutik annonça, le 29 septembre, son appui à la « gauche critique » de Paco Moncayo. Mais, en tout état de cause, parler « des Indigènes » n’a strictement plus aucun sens. Au-delà de la position de leurs dirigeants, souvent les plus médiatisés, on retrouve des autochtones dans tous les camps.

 

Preuve en sera donnée à la veille du second tour. Le 7 mars, bien que la Gauche démocratique, dont il est membre, ait annoncé qu’elle n’appuierait officiellement aucun candidat, le « progressiste » Moncayo affirma qu’il voterait Lasso, « seule option pour se débarrasser de Correa ». Le Conseil politique de Pachakutik avait adopté une posture similaire le 2 mars, le plus virulent de ses membres, Carlos Pérez Guartambel (Ecuarunari), ayant éructé lors des manifestations organisées devant le Conseil national électoral pour protester contre la prétendue fraude du premier tour : « Un banquier est préférable à une dictature qui nous a dépouillés de nos territoires (…).  » Lourdes Tibán s’est montrée tout aussi catégorique : « Je veux dire aux dirigeants de Pachakutik qu’ils ne gaspillent pas leur bulletin, qu’ils ne le laissent pas en blanc, mais qu’ils votent pour Guillermo Lasso. »

 

Ce virage a droite contre-nature de pseudo responsables politiques ayant perdu tout sens commun n’a pas fait l’unanimité à la base, loin de là. Le Conseil élargi d’Ecuarinari a purement et simplement désavoué son dirigeant Guartambel en déclarant ne soutenir aucun candidat, et en précisant, par la bouche d’un de ses principaux dirigeants, Humberto Cholango : « Il doit être clair pour tous qu’Ecuarunari n’appuie pas le banquier. » De son côté, Pedro de la Cruz (Confédération nationale des organisations paysannes, indigènes et noires ; Fenocin), député sortant du Parlement andin, récusait la représentativité des porte paroles de la Conaie et de PK : « Ce sont de pseudo leaders, car un véritable leader représente la majorité du mouvement indigène (…) L’Histoire jugera ceux qui annoncent qu’ils votent pour Lasso ou pour les banquiers et les patrons. » Président du Mouvement indigène du Chimborazo, Carlos Satian protestera : « Les dirigeants n’ont pas demandé l’avis de chaque province pour prendre leur décision. Jamais je n’ai été consulté, ne serait-ce que dans la province de Chimborazo, qui a pourtant été une filiale d’Ecuarunari. Ce soutien [à Lasso] est invalide, nous avons une autre proposition. » 


Tandis que, de partout, montaient les protestations, plus de 1200 groupes indigènes et syndicaux locaux, ignorant les injonctions des « ponchos dorés », annoncèrent leur appui à Moreno. Ce sont eux qui feront basculer le résultat.

 

Que les « maos staliniens » de l’Unité populaire (ex-MPD) s’enflamment – « Dehors Correa ! Dehors ! Dans les conditions actuelles, pour battre le corréisme il faut voter pour Guillermo Lasso » – ne pouvait surprendre personne. Mais que penser du collectif féministe Nou(e)s pour la démocratie (Nosotras por la Democracia) quand, par la voix de sa coordinatrice nationale Solanda Goyes, il annonce publiquement son soutien au banquier « en rejet de la corruption, des excès de l’actuel gouvernement et en faveur de la récupération de la démocratie [13] ».

 

Les critiques des féministes à Correa sont parfaitement compréhensibles, et légitimes, dans la mesure où, catholique très conservateur en matière de mœurs, il s’oppose à l’avortement, même en cas de viol [14]. Mais, sur ce thème, seul Iván Espinel (Engagement social, 3,28 % des voix au premier tour) s’est réellement « mouillé » en s’engageant à soumettre à référendum cette épineuse question (tout comme celle de la peine de mort, à laquelle il s’est dit favorable !). Paco Moncayo a laissé entrevoir une avancée positive en proposant de dépénaliser l’avortement en cas de viol ou d’inceste, et rien de plus. Mais Guillermo Lasso ? Membre de l’Opus Dei, il n’a jamais caché son opinion – « Ma position personnelle est la défense de la vie, de la conception à la mort naturelle » – la même que Correa (et que Cynthia Viteri) ! Lenín Moreno, lui, au moins, a laissé une porte ouverte à une évolution : « Je propose d’ouvrir un espace de dialogue pour discuter de ce thème qui ne doit pas être politisé en période électorale. »

 

Féminisme de classe ! Peu importe à ces petites ou grandes bourgeoises les avancées sociales dont ont bénéficié leurs compagnes des milieux populaires. Peu leur chaud que, au cours de cette décennie, un nombre de femmes jamais atteint auparavant a occupé des fonctions politiques : de 2013 à 2017, trois d’entre elles ont dirigé l’Assemblée nationale : Gabriela Rivadeneira (présidente), Rosana Alvarado et Marcela Aguiñaga (vice-présidentes) ; sur les 57 femmes élues, 42 l’avaient été pour Alianza País ; depuis le 19 février dernier, sur les 73 députés de ce même parti, 37 appartiennent au sexe féminin (plus de 50 %) ; elles ne sont que 9 sur 34 élus pour le CREO de Lasso.

 

Pour en sourire, on évoquera le débat entre Lasso et Moreno qui devait avoir lieu le 26 mars, organisé par le Réseau des enseignants (La Red de Maestros), et auquel le candidat de la droite refusa finalement de participer lorsqu’il fut demandé aux deux candidats de faire une déclaration devant notaire attestant n’avoir pas « participé de forme directe ou indirecte à des actes de corruption » et n’avoir pas « bénéficié directement de décisions prises durant l’exercice de fonctions publiques et privées ». On sourira moins devant les dénonciations absurdes d’une fraude à venir le 2 avril, quand il s’avéra que les sondages donnaient vainqueur Lenín Moreno. Les allégations furent tellement grossières qu’Alexander Vega, président du Conseil national électoral de Colombie et coordinateur de la Mission des observateurs de l’Union des nations sud-américaine (Unasur) s’insurgea : « Au premier tour, nous avons été 400 observateurs de l’OEA [Organisation des Etats américains], de l’Unasur, de l’Uniore [Union interaméricaine des organismes électoraux] et de l’AWEB [en anglais : Association des organismes électoraux mondiaux]  ; dire qu’il y a eu une fraude c’est dire que nous sommes complices de cette fraude : aucune mission électorale internationale ne se prêterait à ça [15]. » La veille du second tour, ce même Vega devra monter une nouvelle fois au créneau en déclarant : « J’ai clairement indiqué à l’opinion publique qu’il y a impossibilité d’une quelconque fraude, de quelque tromperie électorale que ce soit ; on peut dire avec tranquillité que le Conseil national électoral donne toute les garanties pour que le peuple équatorien se manifeste librement [16]. »

 

Immédiatement après l’annonce de la victoire de Lenín Moreno, Lasso, crédité de 48,84 % des suffrages, a déclaré que la présidence du dauphin de Correa serait « illégitime » et, « chauffant » dangereusement ses partisans, incendiant les réseaux sociaux, a exigé un recomptage de tous les bulletins de vote dans les vingt-quatre provinces du pays. Alors que le CNE a dix jours pour confirmer les résultats, nul ne peut prédire la nature et l’ampleur de la crise qui s’annonce, mais elle mettra d’emblée à l’épreuve les nerfs de Moreno, qu’on prétend moins explosif que Correa, ce qui ne signifie en aucun cas moins déterminé : « Jamais nous n’avons répondu par la violence à la violence, nous avons toujours été prêts à en appeler à la justice et à la paix, a-t-il déclaré, mais que personne ne se trompe, nous saurons aussi faire respecter la volonté populaire. »

 

Correa occupant par ailleurs le palais présidentiel de Carondelet jusqu’au 24 mai, date de la passation de pouvoir, on peut prévoir, si nécessaire, une réponse aussi vigoureuse de sa part pour défendre la démocratie, dans un contexte où la droite, l’extrême droite et leurs « idiots utiles » d’une ultra-gauche qui n’a même pas le courage de s’affirmer comme telle ont de bonnes raisons de rager : acquise dans un contexte économique très défavorable, cette victoire des progressistes met un coup d’arrêt à la prétendue « fin de cycle » mille fois annoncée depuis la victoire de Mauricio Macri en Argentine, le coup d’Etat constitutionnel contre Dilma Rousseff au Brésil et la situation chaotique que traverse, attaqué de toutes parts, le Venezuela. En tout état de cause, elle empêche que soit démembrée l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA). Plus qu’un symbole… Dans une avalanche de messages de sympathie et de félicitations, toute la gauche latino-américaine célèbre l’événement.

 

Maurice Lemoine

»» http://www.medelu.org/Coup-dur-pour-la-fin-de-cycle-en

[1http://www.intdemocratic.org/es/2017/01/nuestra-opinion/

[2] Avec comme alliés, au sein du Front uni, le Parti communiste, le Parti socialiste, plusieurs syndicats et trois des quatre fédérations indigènes-paysannes les plus importantes du pays.

[3] Pour un panorama complet, consulter les rapports annuels de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal – http://www.cepal.org/es) ou, pour aller à l’essentiel : Mark Weisbrot, Jake Johnston y Lara Merling, « Una década de reformas : políticas macroeconómicas y cambios institucionales en Ecuador y sus resultados », Center for Economic and Policy Research (CEPR), février 2017, Washington DC.

[4] Par l’intermédiaire de l’entreprise publique Petroecuador l’Etat contrôle les trois quarts de la production pétrolière depuis 2012, le reste étant privé.

[5El Telégrafo, Quito, 17 décembre 2016.

[6] Candidat à la présidence en 2013, il recueillit 3 % des voix.

[7] Voir l’excellent film documentaire de Pierre Carles et Nina Faure, On revient de loin Opération Correa Episode 2 (C-P Productions, 2016).

[8] Ceux dont le patrimoine dépasse 1 million de dollars devaient verser par ailleurs une contribution équivalant à 0,9 % de leurs biens.

[9] Voir : http://www.memoriacrisisbancaria.com/index.php

[10Pagina12, Buenos Aires, 15 mars 2017.

[11] Tous deux ont été vice-présidents de Rafael Correa : Lenín Moreno de 2007 à 2013 ; Jorge Glas depuis le 24 mai 2013.

[12Et Telégrafo, 31 octobre 2016.

[13Ecuadorinmediato, Quito, 24 mars 2017.

[14] D’après l’article 150 du Code pénal intégral approuvé en 2013, l’avortement n’est autorisé que lorsque le vie de la mère ou du fœtus sont en danger, ou dans le cas du viol d’une femme handicapée.

[15Ecuadorinmediato, 29 mars 2017.

[16El Telégrafo, 1er avril 2017.

URL de cet article 31712 

Équateur. Lenin Moreno, le « thérapeute » du partage et de la solidarité par Cathy Dos Santos est élu

 

03 Avril 2017
 

 

Lenín Moreno Garcés est le nouveau président de l’Equateur ,a annoncé le Conseil national électoral (CNE) de ce pays. Avec près de 95% des bulletins de vote comptabilisés, l eprésident et vice président de PAIS, Moreno-Glas, dépasse de 2,14% le  CREO, Lasso-Paez. Le résultat est officiel, la Révolution citoyenne a triomphé du  néo -libéralisme.

 

Dans la nuit du dimanche, le président de la CNE, Juan Pablo Pozo, Moreno a annoncé que le vainqueur, avec une avance de 211 000 859 votes jusqu’à présent. La partie victorieuse, Alianza PAIS, a célébré la victoire, tandis que Moreno a écrit sur son compte Twitter : « Merci aux millions d’Equatoriens qui nous ont soutenus. Aujourd’hui , la démocratie a gagné,  l’ Equateur a gagné  aujourd’hui. Je suis très excité, une explosion d’émotions dans mon cœur ».

 

Moreno a pour vice-président Jorge Glas, qui a tenu ce rôle sous le président Rafael Correa.

 

A travers une vidéo partagée a il y a quelques minutes Périscope, Juan Pablo Pozo a expliqué: « Nous présentons les résultats officiels pour le président et vice – président de la République de l’ Equateur. Nous avons un total de 38 mille 653 bulletin dépouillés sur   41 000 042, ce qui correspond à 94,18% « avec les résultats suivants: Le binomiale Lenín Moreno – Jorge Glas a 51,07%, soit quatre millions 8 330 513 voix s et la binomiale Guillermo Lasso – Andrés Páez a 48,93%, soit quatre millions 621 mille 654 voix ».

 

lire la présentation du nouveau président dans cet article de l’humanité.

(note de danielle Bleitrach)


CATHY DOS SANTOS
VENDREDI, 31 MARS, 2017
L’HUMANITÉ

Lenin Moreno plaide pour des structures économiques moins dépendantes de la rente pétrolière, face à un adversaire de droite arc-bouté contre l’État et les dépenses publiques. Rodrogo Buendia/AFP

Lenin Moreno plaide pour des structures économiques moins dépendantes de la rente pétrolière, face à un adversaire de droite arc-bouté contre l’État et les dépenses publiques. Rodrogo Buendia/AFP
 

Le candidat de la gauche affronte, dimanche, lors du second tour de la présidentielle, la droite néolibérale de l’ex-banquier Guillermo Lasso. Il entend inscrire son action dans le sillage de la « révolution citoyenne » de Rafael Correa. Portrait.

 

Lenin Moreno se raconte. Aujourd’hui âgé de 68 ans, il aime à rappeler qu’il a appris la solidarité auprès des siens, de ses parents plus exactement, lorsque, instituteurs au cœur de l’Amazonie équatorienne, ces derniers accueillaient dans leur foyer leurs élèves de condition si humble. À la fin des années 1960, il se frotte aux mouvements estudiantins. Il découvre le partage au sein des communautés indigènes, où il participe à un programme d’alphabétisation. Il rencontre le prêtre Leonidas Eduardo Proaño Villalba, l’une des figures de la théologie de la libération du pays andin. Puis, il rejoint le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) et rêve de transformer la société équatorienne, profondément meurtrie par le racisme et l’exclusion sociale. Enfin, en 1998, une agression à main armée va profondément bouleverser sa vie. Gravement blessé au dos, il devient tétraplégique. Cloué dans un fauteuil roulant, il remonte la pente grâce à « la bonne humeur, l’optimisme, la solidarité ». « À chaque fois que je les pratique, ils ont un effet analgésique », assure-t-il, allant même jusqu’à ériger l’humour en thérapie.

 

« Savoir où l’on va, c’est savoir d’où l’on vient »

 

Le 2 avril, Lenin Moreno se frotte à un autre défi. Le candidat de la coalition Alliance Pays (AP) entend succéder au président Rafael Correa. Il affronte dans les urnes l’ex-banquier Guillermo Lasso, après l’avoir largement devancé le 19 février dernier, avec 39,36 % des suffrages, frôlant de peu l’élection dès le premier tour. Lenin Moreno ne cesse d’interpeller les Équatoriens sur les deux visions du pays qui s’affrontent. « Une patrie de citoyens ou un pays où nous ne somme vus que comme des clients » ou encore « une société humaine et solidaire ou un pays gouverné par une élite économique qui ne comprend la santé que privatisée et la sécurité sociale » ravalée au rang de « zone franche » du marché, prévient-il.

 

« Savoir où l’on va, c’est savoir d’où l’on vient », insiste Lenin Moreno. Un scrutin sonne toujours l’heure des bilans. À l’occasion de ce treizième scrutin depuis la première victoire de la « révolution citoyenne », en 2006, l’aspirant aux plus hautes fonctions de l’État insiste sur le combat contre les inégalités sociales qui a sorti de la pauvreté 2 millions d’Équatoriens sur une population totale de 16 millions. Durant son mandat de vice-président (2007-2013), il a promu deux programmes sociaux – Manuela Espejo et Joaquín Gallegos Lara –, en direction des personnes souffrant de déficiences physiques et mentales, la reconnaissance sociale de ces personnes, des aides au logement et un statut pour les proches qui les soignent à la clé. Une loi contraint depuis les entreprises à embaucher des personnes handicapées. Un travail de reconnaissance et d’inclusion sociale qui a valu à Lenin Moreno de figurer parmi la liste des nominés au prix Nobel de la paix en 2012. La mission Manuela Espejo a depuis fait des émules en Haïti, au Honduras, au Chili…

 

Des détracteurs n’ont pas hésité, au contraire, à distiller l’idée selon laquelle le handicap physique de Lenin Moreno ne serait pas compatible avec la fonction de président, la journaliste Janeth Hinostroza le taxant même « d’invalide » au cours d’un programme télévisé. « Invalide ne veut pas dire incapable », se plaît à rétorquer le candidat d’Alliance Pays qui fut d’ailleurs l’envoyé spécial pour le handicap et l’accessibilité du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, en 2013.

 

Lenin Moreno plaide aujourd’hui pour un « plan de la vie » qui comprend, entre autres, un « programme agressif » de construction de plus de 300 000 logements sociaux. Il défend des structures économiques moins dépendantes de la rente pétrolière face à un adversaire de droite arc-bouté contre l’État, les impôts et les dépenses publiques. « Lenin Moreno est une grande chance (…)Regardez la télévision et voyez les grèves en Argentine et au Brésil (…) Ils veulent planter le drapeau yankee » en Amérique latine, a déclaré Diego Maradona, le célèbre footballeur argentin qui a apporté son soutien à la gauche équatorienne après les basculements de plusieurs nations progressistes dans l’escarcelle de la réaction conservatrice.

 

La gauche favorite
 

Quatre instituts de sondage s’accordent sur la victoire de la gauche. D’après Perfiles de Opinion, Lenin Moreno obtiendrait 57,6 % des suffrages, contre 42,4 % pour son adversaire, Guillermo Lasso. Pour Market, Alliance Pays totaliserait 52,1 % et Creo 47,9 %. CMS octroie à Moreno 52,3 % des voix, contre 47,7 % pour Lasso.

 

Enfin, Cedatos prévoit un succès de l’ex-vice-président avec 52,4 % sur l’ex-banquier, crédité de 47,6 %.

 

Publié par  El Diablo

URUGUAY : Lâche attaque contre le siège du Parti Communiste et ses militants

URUGUAY : Lâche attaque contre le siège du Parti Communiste et ses militants

Déclaration du Parti Communiste d'Uruguay : « Face à l'attaque lâche contre notre siège central et nos camarades »

Ce soir notre siège central a encore été la cible d'une attaque.

Cette fois-ci l'attaque eut lieu à l'occasion d'une manifestation en direction de Fernández Crespo, dont les pancartes et les slogans revendiquaient le refus de l'évacuation du squat "La Solidaria".C'est lorsque le cortège défila devant notre siège, situé à Fernández Crespo et Asunción, que débutèrent les insultes et les jets de pierres. Des cocktails Molotov ainsi que des fumigènes furent également lancés.

Les camarades qui se trouvaient dans le local sortirent pour tenter de modérer la situation, les agressions s’intensifièrent alors et les camarades furent frappés à coups de poings, de pierres, de gravats divers, de bâtons et barres de fer. On lança même des coktails Molotov sur eux. Les camarades répondirent à l'agression et la repoussèrent.

Les agressions et l'attaque étaient menées par des personnes masquées qui s'en sont ensuite prises verbalement et physiquement à des voisins, des commerçants, des travailleurs et travailleuses du commerce et des ouvriers d'un bâtiment en construction.

Nous condamnons ces faits et la lâcheté de cette agression envers nos camarades et l'attaque contre nos locaux.

Cette attaque méprisable s'ajoute à plus d'une dizaine d'attentats fascistes menés contre ces mêmes locaux, le foyer central de l'UJC (Union des Jeunes Communistes), Nibia Sabalsagaray (assassinée lors de sa torture), la 20e section de Police, le local Centro, le local de la section Félix Ortiz (disparu suite au terrorisme d'Etat), entre autres.

Ces agressions lâches et antisociales n'ont pas eu, n'ont pas et n'auront jamais rien à voir avec les luttes populaires. Ce sont les modes d'action des ennemis du peuple. Jamais aucun combat populaire ne se mènera en agressant sauvagement les travailleuses et les travailleurs, des voisins ni en s'en prenant directement les lieux où s'organisent la lutte.

Historiquement, le PCU a toujours lutté pour défendre les droits des travailleurs, l'unité du peuple, les libertés. Nous payons encore chèrement le prix de la disparition de camarades disparus, morts, torturés et détenus alors qu'ils affrontaient la dictature et le Terrorisme d'Etat.

Nous continuerons à lutter pour l'unité et le progrès démocratique jusqu'à la libération sociale.

Nous voulons être tout à fait clairs : face aux attaques et aux agressions, nous défendrons nos camarades et nos locaux, outils de la lutte populaire, quelles que soient les circonstances.

Le 21 Mars 2017

Comité Exécutif National

Parti Communiste d'Uruguay

Traduction pour Solidarité Internationale PCF, 29/03/2017

SOURCE :

Amérique Latine : La stratégie des Etats-Unis contre les gouvernements anti-impérialistes (Resumen latinoamericano)

 

lundi 27 mars 2017 

La politique du Gouvernement états-unien et de ses alliés pour notre région a un but bien défini : détruire à la racine ce qui a été fait par les Gouvernements souverains pendant ces 10 dernières années, en particulier ce qui concerne les avancées dans l’intégration indépendante de toute tutelle étrangère.

 

S’il y a quelque chose qui a irrité le Pentagone de façon importante, c’est que les présidents patriotes aient repris les drapeaux bolivariens, la renaissance de l’idée d’unité et d’indépendance dans une région que les yankees considèrent comme exclusivement à eux. Dans toute notre histoire, après la première offensive d’union et d’indépendance, les différentes puissances impérialistes ont privé de souveraineté nos pays divisés. Pendant plus d’un siècle et demi, l’Angleterre et ensuite les Etats-Unis ont contrôlé selon leur bon plaisir la politique latino-américaine et caribéenne. Mais pendant ces presque deux siècles, ces Gouvernements patriotiques et révolutionnaires sont nés qui ont su affronter – isolément mais pas avec moins de conviction pour cela - le pouvoir impérialiste : Sandino au Nicaragua, Lázaro Cárdenas au Mexique, Perón en Argentine, Arbenz au Guatemala, Fidel Castro à Cuba, Juan Bosch en République Dominicaine, Velasco Alvarado au Pérou, Juan José Torres en Bolivie, Allende au Chili… entre autres.

 

Mais aucun affrontement avec l’impérialisme n’a atteint le niveau de celui auquel a dû faire face le Commandant Chávez qui a déployé dans a région les drapeaux de l’unité et de l’indépendance de Bolívar. C’est lui qui a mis sur la table de discussions de la stratégie de libération de nos peuples, l’unité dans une Nation des Républiques.

 

Pour le malheur de l’impérialisme, Chávez non seulement a formulé cette thèse mais a travaillé jusqu’à ses derniers jours dans ce but. De là l’ALBA, l’UNASUR, Petrocaribe, la CELAC et l’idée de restructurer le MERCOSUR. Avec d’autres présidents - Kirchner, Lula, Evo, Daniel, Fidel et Raúl, Correa, Cristina, Lugo, Zelaya et certains présidents des Antilles – le Commandant a commencé a donné forme à ce qui aurait dû être une nouvelle politique pour les Latino-américains et les Caribéens en se passant de l’influence yankee et en construisant l’unité pour l’indépendance à partir de nos besoins. Même l’OEA a été remise en question et sur le point de périr !

 

C’est ce que l’impérialisme ne lui pardonne pas et ne lui pardonnera jamais. Et que ceux qui gouvernement les Etats-Unis ou leurs pays alliés soient meilleurs ou pires n’a rien à y voir. Et ils ne lui pardonnent pas pour la simple raison que cela affecte leurs intérêts politiques et économiques. Le décret d’Obama qui qualifie le Venezuela de menace extraordinaire et inhabituelle pour les Etats-Unis – pour l’impérialisme états-unien – n’exagère pas le moins du monde parce que la Révolution Bolivarienne a ouvert la voie à une révolution du continent qui affecte extrêmement les intérêts yankees.

 

Le seul fait d’avoir envisagé de façon éclatante – à partir de l’autorité morale du véritable dirigeant en osmose avec le peuple - la nécessité de suivre son propre chemin en dépassant le capitalisme et la dépendance a déclenché les sirènes d’alarme de tous les gouvernements impérialistes, évidemment, celui des Etats-Unis en tête.

 

C’est pourquoi l’impérialisme a orchestré tout un plan pour ramener la région à la situation antérieure à l’irruption du bolivarisme du XXI° siècle. En quoi consiste ce plan ?

 

Il consiste à « démontrer » à l’opinion publique mondiale que les dirigeants de cette seconde offensive d’union et d’indépendance n’ont rien été d’autre que les membres d’une association de malfaiteurs, essentiellement dirigée contre les Gouvernements du Venezuela, d’Argentine, de Bolivie et du Brésil.

 

Ils veulent provoquer dans l’imaginaire collectif l’idée que cette association illicite est responsable directement des hauts degrés de corruption et d’insécurité dans les différents pays de la région en la liant au trafic de drogues et à ses dérivés : le trafic d’armes, le blanchiment d’argent, le crime organisé, négociés avec des fonds publics, etc...

 

Pour cela, les services de renseignement états-unien, qu’ils s’appellent CIA, DEA, FBI et d’autres alliés, par exemple le Mossad israélien et le MI6 anglais ont infiltré – depuis déjà plusieurs décennies – les services de sécurité et les pouvoirs judiciaires des pays latino-américains. A ces services de renseignement on a ajouté avec un rôle actif, ces dernières années, le Réseau de Contrôle des Crimes Financier (FinCEN) du Département du Trésor des Etats-Unis.

 

Des décennies plus tard, les impérialistes font porter leur principal effort sur la cooptation de militaires pour faire des coups d’Etat. Après la chute des dictatures sanglantes du Cône Sud, si discréditées face à l’opinion publique mondiale, la stratégie a varié. Les think tanks états-uniens ont compris que leur domaine d’influence principal devait changer et se focaliser sur les ministères de l’intérieur et de la justice plus que sur les ministères de la défense mais sans cesser d’influer sur ceux-ci.

 

La coopération dans la lutte contre le trafic de drogues est devenue la principale excuse pour placer ses pions dans chaque pays et coopter ainsi des juges, des procureurs, des commissaires aux comptes, des agents, des policiers et évidemment, des journalistes et des politiciens vénaux.

 

L’opération contre le président du Paraguay Fernando Lugo est un exemple de cette variante du coup d’Etat confirmée aussi avec le coup d’Etat institutionnel contre la présidente Dilma Rousseff au Brésil. Le rôle joué par la Police de la Métropole dans le coup d’Etat contre le Commandant Chávez ainsi que les soulèvements de policiers contre les présidents Correa en Equateur et Morales en Bolivie ont les mêmes caractéristiques.

 

Quelle est la tactique déployée contre les dirigeant progressistes de la région ? Salir leur image, les relier à des actes illicites qui amènent à les lier au blanchiment d’argent et à la corruption. De là, pour les lier au trafic de drogues et au terrorisme international, il n’y a qu’un pas. Le Réseau de Contrôle des Crimes Financier (FinCEN) du Département du Trésor des Etats-Unis joue là un rôle essentiel. Le cas du Vice-président du Venezuela fait partie de cette opération en prétendant accuser Tarek el Aissami de corruption, le lier au trafic de drogues et au blanchiment d’argent en profitant de son nom arabe pour le relier au passage à divers groupes terroristes.

 

On agit dans cette direction depuis le Pentagone : des centaines de spécialistes tissent jour après jour un échafaudage de nouvelles forgées pour présenter l’association illicite de la façon la plus convaincante possible devant l’opinion publique tandis qu’un nombre inhabituel de journalistes et de communicants au service des intérêts impérialistes propagent par haut-parleurs les avancées des « investigations. »

 

En Argentine,l’attaque est dirigée directement contre l’ex présidente Cristina Fernández de Kirchner en essayant de l’impliquer dans des actes de corruption Julio De Vido, ex ministre de la Planification Fédérale, de l’Investissement Public et des Services. Au Brésil, à travers ce qu’on appelle l’opération Lava Jato et l’entreprise Odebrecht, on essaie de rendre Ignacio Lula da Silva inéligible pour qu’il ne puisse pas se représenter aux élections. Au Venezuela, on accuse divers fonctionnaires du Gouvernement bolivarien de délits qui vont de la simple corruption au blanchiment d’argent et au trafic de drogues (Cartel de los Soles). En Bolivie, on « enquête » sur des irrégularités administratives dans les contrats de fourniture de gaz à l’Argentine.

 

Ce qui intéresse les impérialistes, c’est de présenter « des liens délictueux » entre les présidents progressistes latino-américains, pas seulement leur condamnation au niveau local mais le lien entre eux. Ils veulent stigmatiser les sujets qui font l’intégration, la souveraineté, la bolivarisme et la lutte pour un monde multipolaire en les faisant apparaître comme des excuses pour mettre en place un réseau de corruption lié aux grands cartels de la drogue et aux groupes terroristes appartenant à « l’axe du mal. »

 

Les actes répréhensibles de corruption n’intéressent pas les impérialistes, que ce soit à Petrobras, Odebrecht ou dans d’autres entreprises. Ce qu’ils cherchent, c’est à discréditer les dirigeants anti-impérialistes. Dans cette direction, on a monté – avec la complicité d’avocats, de journalistes et de policiers vénaux – le « roman photo » du soi-disant fils d’ Evo Morales et le soi-disant trafic d’influence entre les fonctionnaires du Gouvernement et l’ex maîtresse du président bolivien.

 

Pour éjecter les présidents progressistes aujourd’hui, on ne recourt pas seulement aux médias et à la guerre économique. Le modus operandi se met essentiellement en place grâce aux organes de sécurité et de justice qui fournissent l’information « élaborée » « traitée » et déformée pour discréditer ces présidents, si possible pour les emprisonner et s’ils n’arrivent pas à cet extrême, au moins essayer de leur retirer le soutien du peuple en les enveloppant dans un manteau de doutes concernant leur moralité.

 

La manœuvre est d’une envergure singulière et nous pourrions affirmer qu’elle a commencé récemment. Pour le moment, on attaque endroit par endroit, dirigeant par dirigeant mais ce qui est prévu ou l’estocade finale est d’arriver à démontrer la soi-disant association illicite latino-américaine composée par Lula, les Kirchner, Evo et Chávez-Maduro.

 

Les nouveaux « scandales », les dénonciations de « repentis », les liens des dirigeants populaires avec la drogue et le blanchiment d’argent, les propriétés et les fonds à l’étranger de fonctionnaires de Gouvernements progressistes, etc... ne manqueront dans les mois prochains. Face à tout cela, il faut avoir une bonne lecture des faits, savoir séparer « le bon grain de l’ivraie », comprendre que cela, dans une large mesure, répond à une opération bien planifiée par le capitalisme et ne tomber à aucun moment dans le jeu qu’ils veulent nous faire jouer : salir les dirigeants populaires de al région pour enterrer les idées d’union et d’indépendance.

 

Si en réalité, nous cherchons à dévoiler les associations illicites de notre région, nous devons fouiller parmi les juges, les forces de sécurité et les journalistes transformés aujourd’hui en détectives et les millions de dollars que distribuent sans se cacher le couple CIA-DEA et même les ambassades des Etats-Unis.

 

Fernando Bossi le 17/03/2017

 

Transmis par Linsay

Bolivar info

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Entretien avec Claudio Katz: Amérique latine, Trump et néolibéralisme

 

23 Mars 2017

http://www.cubadebate.cu/noticias/2017/03/19/entrevista-con-claudio-katz-america-latina-trump-y-el-neoliberalismo/#.WM946W_hC71

 

Par: Javier Larrain
 
Une très longue mais intéressante rencontre avec Claudio Katz, un marxiste d’Amérique latine. A noter la volonté de débat dont il fait preuve, mais aussi une certaine incompréhension concernant certains courants asiatiques ou russes, en restant pour le moment dans le vivier latino-américain et européen. Intéressant néanmoins
 
(note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)

Claudio Katz, économiste et professeur argentin. Photo: Luis Padilla / Knowledge and Power.

L’an dernier, les forces progressistes de la région ont assisté avec stupeur à l’émergence de leaders de droite comme Macri en Argentine et au Brésil Temer. Le renforcement d’un bloc de pays néolibéraux autour de l’Alliance du Pacifique a ouvert le débat sur l’avenir socialiste américain.

 

Le caractère du néolibéralisme qui prévaut et émerge à nouveau, les limites de ce qui a été désigné comme un  « cycle progressiste », les défis à venir pour les gauches du continent comme la réflexion autour des expériences révolutionnaires du siècle dernier, sont quelques-uns des sujets abordés dans le dialogue recueilli en exclusivité par le Correo del Alba, avec l’économiste et intellectuel marxiste argentin Claudio Katz .

 

Qu’est-ce que le néolibéralisme? Une  idéologie, une pratique économique, une théorie politique?

 

Le néolibéralisme est une pratique réactionnaire ou une idéologie conservatrice, un modèle d’accumulation basé sur les attaques contre les travailleurs dans le cadre d’une plus grande internationalisation du capital. Depuis les années 80, il a été essentiellement défini comme une offensive du capital contre le travail pour rétablir le taux de profit.

 

À mon avis, le néolibéralisme s’est renforcé à cause de l’effondrement de l’Union soviétique, l’annexion de l’Allemagne et le mouvement de l’Union européenne vers la mondialisation. En 2008, il y a eu un débat pour savoir si le néolibéralisme allait se maintenir ou allait  disparaître, l’expérience a montré qu’il se maintenait, se  renforçait, s’approfondissait au point que l’inégalité a atteint des niveaux sans précédent et, clairement, s’avère être le modèle qui continue à fonctionner jusqu’à aujourd’hui.

 

C’est un modèle économique différent du keynésien de l’après-guerre et, en termes géopolitiques, il a eu des moments de bipolarité, d’unipolarité et de multipolarité, mais je pense que les classes dirigeantes pratiquent ce nouveau modèle dans le cadre commun de l’entreprise mondialisée.

 

Quels visages adoptera  le néolibéralisme de « l’ère Trump »?

 

La grande question que nous nous posons tous est quel genre de néolibéralisme va adopter Trump dans sa présidence. Maintenant, de toute façon je pense que la mondialisation, dans les termes déjà mentionnés, sera maintenu comme l’internationalisation productive. Il y a beaucoup de doutes quant à la manière dont Trump introduira des changements dans les accords de libre-échange et sur  toutes les questions relatives à la mobilité de la main-d’œuvre et, dans ce nouveau scénario, il semble qu’avec lui nous marchons vers une autre sorte de néolibéralisme économique en combinaison avec des formes de nationalisme réactionnaire, qui aboutiraient à une autre période de néolibéralisme, mais cela reste à voir.

 

Peut-on dire que le néolibéralisme a des étapes spécifiques, une «histoire»? Si oui, quelles sont-elles, en particulier en ce qui concerne notre Amérique?

 

Personnellement, je considère le néolibéralisme comme un modèle intégral sur les plans économiques et politiques, comme une idéologie du capital qui reprend les  formes néoclassiques du raisonnement économique et, bien sûr, en Amérique latine il a eu une variété d’étapes. Je pense que y compris à la fin des années 70, les tendances dans les pays développés furent ce que Pinochet avait réalisé comme la première expérience du néolibéralisme et, oui, je pense qu’il y a eu deux étapes: une première dans les années 80, avec «les réformes de première génération» il s’agissait d’un modèle d’ajustement à l’inflation des taux d’intérêt communs. La deuxième étape, dans la décennie suivante, a été caractérisée par ce qu’on a appelé le «Consensus de Washington», et comme un modèle de libéralisation des échanges, la privatisation, la flexibilité du travail, etc.

 

Nous entrons maintenant dans une nouvelle période parce qu’il y a une crise du néolibéralisme dans la dernière décennie; cette nouvelle période est celle de la «restauration conservatrice», qui est elle -même une nouvelle phase du néolibéralisme..

 

Après les dernières défaites électorales -et le coup d’Etat parlementaire au Brésil- des forces progressistes dans la région, je voudrais vous demander: qu’est-ce qui est proposé ou non dans le nouveau droit régional? Quel est le danger de cette contre-offensive?

 

Ce que nous vivons est, comme je l’ai mentionné, une «restauration conservatrice», qui est la figure dominante depuis une année dans toute l’Amérique latine. Pour comprendre ce qu’est la restauration on doit considérer que les modèles néo-libéraux continuent, les pays où il n’y avait pas eu d’interruption du néolibéralisme d’aucune sorte sont le Mexique, le Pérou, la Colombie et le Chili, les pays où les taux de chômage, la précarité et l’inégalité sont restés comme une constante; on doit voir le schéma de terreur et de répression au Honduras, au Mexique et en Colombie, l’agression contre les  mouvements populaires, en fait,  le néolibéralisme s’est poursuivi et il  n’a jamais disparu en Amérique latine.

 

Comme je l’ai également signalé cette contre offensive s’est étendue dans deux parties en Amérique latine, l’Argentine est le premier cas de la restauration néolibérale et où la première année du néolibéralisme aboutit à des résultats effrayants en matière  économique, la récession, l’inflation, l’effondrement de la consommation et la chute des investissements: mais qui persiste comme un projet ayant ses objectifs et ne sont pas une simple improvisation, qui vise à démolir les gains des travailleurs et à reconstruire une structure d’agression permanente pour les conquêtes populaires; certainement jusqu’à présent, il a démontré que l’ajustement a beaucoup d’intentions et des capacités limitées pour les réaliser.

 

Le second cas, avec quelques similitudes avec la précédente, est celui de Temer au Brésil, parce que nous avions un modèle de restauration conservatrice avec les parlementaires corrompus qui ont voté pour la destitution invoquant Dieu, parents et militaires corrompus, mais en fin de compte c’est un gouvernement extrêmement illégitime et, par conséquent, avec des capacités assez limitées pour stabiliser un modèle néolibéral.

 

Strictement parler le projet de ces restaurateurs est l’Alliance du Pacifique, les paris sur un traité de libre-échange en général pour toute la région et le problème est que ce projet coïncidait bien avec Hillary Clinton et a beaucoup de problèmes avec Trump.

 

Dans ce contexte, comment envisage-t-on l’imprévu?

 

La «restauration conservatrice» fait maintenant face à l’imprévu d’un président Trump qui  prend des distances avec les traités du Pacifique et, par conséquent, peut générer une grande crise; il y a une grande hésitation dans les groupes dominants sur la politique à suivre, ils ne savent pas si oui ou non ils doivent démanteler le MERCOSUR ou réorienter le libre échange vers de nouveaux partenaires en Europe ou en Chine.

 

Ce moment de crise intervient parce que si Trump est un conflit avec la Chine, l’Amérique latine peut être la victime commerciale de ce conflit, la consolidation de primarisation économique régionale. Vous pouvez également exacerber la crise si Washington augmente le taux d’intérêt, s’ils construisent le mur au Mexique, etc. En bref, nous sommes dans une «restauration conservatrice» avec une crise dans cette restauration par la montée de Trump.

 

L'Amérique latine a deux façons de choisir: ou le néolibéralisme à l'opposé.

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Lorsque vous recommandez d’analyser les « neoconservatisme » par rapport à des pays comme le Mexique ou le Chili, devrions-nous en conclure que la droite restauratrice est en train d’appliquer ou d’achever des mesures néolibérales qui étaient en suspens?

 

Oui, ils s’agit d’en finir avec la perte du modèle néolibéral qui a été interrompu dans la dernière décennie par ce qu’on appelle le «cycle progressif», en changeant l’équilibre des forces entre les classes dominantes et les classes populaires, grâce aux limites qui ont été opposées à l’intervention de l’impérialisme américain, par l’éducation populaire, par l’existence de projets radicaux en Bolivie et au Venezuela, pour la survie de la Révolution cubaine, pour tout ce qu a limité l’agression néolibérale; maintenant ils veulent prendre leur revanche, ils se  jettent à une échelle d’agressivité redoublée contre les travailleurs.

 

Dans la même perspective, est-ce qu’il y a une relation dans le renforcement ou l’affaiblissement du néolibéralisme qui a été imposé à la dictature (Chili, Argentine, etc.) ou la démocratie (Bolivie, Venezuela, etc.)?

 

Une caractéristique du néolibéralisme est que dans tous les pays d’Amérique du Sud, il  a été créé comme un modèle dans l’époque de la dictature et validé par les régimes constitutionnels des années 80 et par les gouvernements constitutionnels néolibéraux des années 90, les régimes politiques civils qui servaient les mêmes classes dominantes et acceptaient le même modèle de mondialisation du marché du travail et les classes dirigeantes néolibérales; cela a été interrompu par les grandes rébellions de 2000, 2003, 2004, et 2005, et maintenant la restauration conservatrice vise à inverser ce processus.

 

Qu’est-ce que vous pensez de la catégorie d’ «accumulation par dépossession», dont parle beaucoup David Harvey?

 

David Harvey reprend une idée de Rosa Luxemburg qui a à voir avec le processus d’épuisement des ressources naturelles, de la force de travail, qui se produit dans la dynamique de l’accumulation primitive, qui est combiné avec le processus d’accumulation du capital en particulier dans les économies périphériques.

 

Harvey reprend cette idée et utilise le terme «dépossession» pour marquer le caractère contemporain de cette prédation, en l’étendant aux économies métropolitaines, développées, y compris la spéculation financière, la fraude et la privatisation.

 

C’est un concept qui a suscité beaucoup de discussions, il y a des théoriciens marxistes qui ont mis en doute l’importance excessive accordée au rôle extra-économique au détriment de la logique du capital dans cette catégorie, soulignant que Marx a étudié la logique objective de l’accumulation et les processus de vol, vol qualifié ou pillage du capitalisme, à la différence des modèles tribaux ou esclavagistes, dans lequel des règles spéciales sont fondées sur la concurrence, le gain, l’exploitation et la «dépossession» est un ingrédient de plus. À mon avis, je pense que, dans les périodes d’accumulation courante ou l’accumulation normale de la « dépossession » prend un rôle secondaire tandis que les moments génériques, par exemple, avec la guerre ou une autre crise, la «dépossession» occupe un rôle plus pertinent; dans les économies périphériques, par rapport aux économies centrales, la «dépossession» a clairement un rôle plus important.

 

En ce qui concerne l’Etat, je voudrais vous interroger sur le plus basique : quels sont ses éléments essentiels?

 

Sur le plan théorique, il y a eu une reprise intéressante des idées marxistes sur l’état de ces dernières années, qui dépasse une vision la plus traditionnelle, simplifiée, orthodoxe et instrumentiste qui en fait seulement un organe d’oppression d’une classe dirigeante sur une autre vision opprimée de la classe.

 

Les penseurs les plus contemporains en sont venus à envisager la pleine dimension de l’Etat en reprenant l’idée de Marx d’un projet de libération de la société de l’oppression étatique, ou les idées de Lénine, qui espérait aller très rapidement dans l’émancipation sociale et, ainsi, aboutir à une dissolution de formes étatiques d’oppression; l’histoire a montré que ces attentes étaient extrêmement optimistes.

 

Mais, en théorie, encore une fois, il y a eu les contributions très intéressantes de Gramsci, par exemple, démontrant que l’État est un instrument de cohésion et d’un accord visant à stabiliser l’hégémonie des classes dominantes. Il y a aussi des idées sur l’état d’Althusser comme articulation des formes différentes de la domination de l’Etat. Nous pouvons également lire les débats entre Poulantzas et Balibar, Etat comme condensation des relations sociales ou comme un modèle associatif entre la bureaucratie et les groupes capitalistes.

 

En bref, la pensée marxiste sur l’Etat a beaucoup à apporter, en particulier par contraste avec les idées très basiques et les plus primitives des libéraux, néo-libéraux,  néo-classiques, face à l’idée de l’état minimal, de la thèse hétérodoxe de l’État comme une institution neutre et indispensable et éternelle. La révision de la théorie de l’Etat, son expansion et son enrichissement, permet en même temps de commencer à penser les projets et les stratégies socialistes qui une fois intégrée cette complexité, nous permet d’aborder les formes de l’État contemporain.

 

Dans la dernière décennie, dans le domaine des discussions au sein de la gauche, beaucoup ont insisté sur la séparation entre le «social» et le «politique». Que pensez-vous de ce thème?

 

La fracture nette entre le social et le politique a commencé avec force il y a une ou deux décennies peut-être dans les courants qui en Argentine sont appelés « autonomistes » et il y avait beaucoup de difficulté à saisir la relation entre le «social» et le «politique»,  comprendre une idée traditionnelle du marxisme pour qui la lutte sociale est le moyen le plus immédiat par lequel les travailleurs et les opprimés prennent les rues pour leurs revendications, mais que la transformation de cette lutte économique de base dans un projet politique nécessite la conscience, l’organisation et l’action politique.

 

Il y avait une grand illusion et des attentes, une idéalisation des mouvements sociaux et leur capacité à agir sans une construction politique et des organisations politiques, cependant, je pense que ce qui est arrivé dans la dernière décennie, l’expérience du soi-disant «cycle progressif» et les processus politiques de centre gauche en Argentine, en Equateur et au Brésil, et les processus politiques radicaux au Venezuela et en Bolivie, ont montré que ces illusions et ces espérances de la simplification de l’analyse des politiques étaient inconsistantes, que les travailleurs pour s’émanciper avaient besoin d’une action politique et quelque chose de plus important pour la conquête du pouvoir politique parce que l’un des résultats de cette théorie fortement axée sur les mouvements sociaux, l’idée de « changer le monde sans prendre le pouvoir » ne peut pas aboutir sans transformation politique intervenant dans le domaine de l’État.

 

Beaucoup de ces débats sont devenus des débats abstraits et ont disparu depuis longtemps, aujourd’hui il est très clair que la lutte sociale exige une projection au niveau politique, ce qui implique la construction d’organisations socialistes pour soutenir un projet socialiste.

 

Comment résoudre  le divorce apparent entre les «partis politiques» et les «mouvements sociaux» comme instruments politiques? Les seconds ne remplacent pas les premiers ou finissent par être comme eux ?

 

C’est dans la logique de ce que nous venons de dire. Je trouve que c’est complètement abstrait et schématique que cette division entre le mouvement social et l’organisation politique. Il existe un lien entre les deux qui est la projection de la lutte sociale au niveau politique et dans la dernière décennie, la lutte de la gauche a été manifestement axée sur le plan politique, les défis ont été et sont les gouvernements radicaux pour faire avancer un projet socialiste ou l’incapacité à développer ce projet et la frustration qui s’est développée et qui a caractérisé les gouvernements de centre-gauche.

 

Pensez-vous que l’accès à l’appareil d’État des mouvements progressistes d’Amérique latine (Venezuela, Equateur et Bolivie en particulier) était prématuré et que nous pourrions en payer le coût ? (Dans le sens où nous n’avons pas une force sociale suffisamment constituée et organisée).

 

Je ne pense pas que l’on puisse raisonner en termes de «prématuré», car cela ne me dit pas les conditions dans lesquelles cela se passe; ce qui existe sont les opportunités pour la transformation sociale et quand ceux qui accèdent au gouvernement – avec une claire orientation à gauche –  sont mis au défi de radicaliser les processus ou de les ralentir et de conduire à la frustration de la volonté de transformation populaire.

 

Dans le cas du Venezuela, l’évidence et le concret est qu’il y a un gouvernement qui a accédé au pouvoir à la suite de plus d’une décennie et demie et a résisté à des complots, des coup d’Etat, des déstabilisations continues, crise économique, pression internationale, harcèlement financier, etc. Et puis, il y a un compromis, le gouvernement a été en mesure de résister, mais il n’a pas été en mesure de transformer cette résistance en un modèle économique anti-capitaliste et à surmonter l’héritage de l’économie rentière vénézuélienne. Il a été une période de grandes améliorations populaires, mais il n’a pas changé la structure improductive et le pays continue de vivre une dispute pour le contrôle de la rente pétrolière, ce qui génère des tensions permanentes et des pressions des capitalistes pour déstabiliser. L’économie reste un facteur clé de cette révolution.

 

Les bonnes nouvelles sont que l’année dernière la classe dirigeante vénézuélienne a échoué encore et encore dans toutes ses tentatives désespérées faites pour renverser le gouvernement; sa dernière aventure était un coup d’Etat improvisé qui a échoué parce qu’il y avait des contre marches importantes populaires et les gens, malgré les difficultés, n’ont pas rejoint les provocations de la droite dans la contestation de Maduro, bien sûr, ce ne fut pas l’attitude de Dilma Rousseff ou de Lugo de se rendre et de fléchir, ils se sont maintenus, mais toujours ils ont perdu l’occasion d’approfondir le processus et de nationaliser les banques, le contrôle et la nationalisation du commerce extérieur, mettant fin à la spéculation des capitalistes dans la gestion des prix;  ce qui exige de se confronter non seulement à la droite mais aussi à la  bourgeoise qui fonctionne dans le chavisme, qui est le grand défi ouvert par le processus bolivarien.

 

L’essentiel est que le Venezuela et la Bolivie, contrairement au Brésil et à l’Argentine, sont deux processus ouverts qui poursuivent leur lancée et que tout reste à écrire…

 

Des intellectuels comme Françoise Houtart ou Frei Betto ont souligné que pour une part les  limites du «cycle progressif» résident dans le fait que leurs gouvernements ont été antinéoliberaux mais pas anticapitalistes, quelle est votre opinion à ce sujet?

 

En effet ce sont des gouvernements qui se sont affrontés avec les classes dirigeantes avec l’impérialisme, ils ont eu recours à la mobilisation populaire, – ce qui les distingue fortement des gouvernements comme ceux de Dilma Rousseff et de Cristina Kirchner-, mais il trouvent leur limite dans la prise de mesures anticapitalistes ; l’aspect positif est que, malgré qu’il n’aient pas franchi le pas de mesures anticapitalistes ils ont proposé un projet socialiste sur le terrain au moins conceptuel et attiré des gens avec des projets anticapitalistes.

 

Pensez-vous qu’il peut y avoir une révolution dans le sens le plus profond du mot par la voie électorale ?

 

La question est le contenu du mot révolution parce que la révolution est un thème prédominant dans toute l’histoire du XXe siècle en Amérique latine; puis vint le néolibéralisme, les dictatures et c’est devenu un mot interdit. Avec le processus de la révolution bolivarienne le concept a été réhabilité et c’est le cas de la Révolution cubaine qui maintient le concept de révolution.

 

Tant que nous vivons dans un régime capitaliste, avec le type d’exploitation qui caractérise le capitalisme, les conditions d’une transformation radicale appelée révolution seront toujours présentes pour les marxistes: la révolution est l’arrivée massive des exploités à l’action directe comme un processus qui transforme le système capitaliste. Le problème est que les caractéristiques spécifiques d’un processus révolutionnaire présente des différences significatives de ce qu’étaient les processus traditionnels du XXe siècle; en général, il y avait une idée de simultanéité dans le processus de transformation socialiste entre la formation d’un gouvernement des travailleurs, la prise du pouvoir d’Etat et la transformation de la société, trois étapes d’un processus simultané ou des écarts  réduits dans le temps, mais, ce que l’expérience du Venezuela ou d’autres commence à nous dire est que cette combinaison de trois processus ont des délais différents, à savoir atteindre le gouvernement, contester l’état de la société et sa transformation sont trois côtés d’un même processus avec des moments de développement différentiel, le problème est alors de savoir si l’avancée ou la non avancée du gouvernement des travailleurs vers la transformation de la société et l’annulation de son ciment capitaliste à la modification et l’extinction  des formes étatiques, c’est ce  qui est ouvert et il y a beaucoup d’expériences  à analyser ; voici  la grande question ouverte de notre décennie et de notre temps.

 

Cette année, après un demi-siècle depuis  l’assassinat de Che Guevara en Bolivie , quelle est votre opinion sur sa pensée économique? Quelle est la pertinence du sauvetage de son héritage – que  son compatriote Kohan a fortement appelé « la pomme interdite du communisme » -?

 

Si l’on parle du Che, en le soustrayant de la frivolité de la commercialisation d’un leader socialiste, et après une sorte d’absorption publicitaire, en le retrouvant en tant que militant révolutionnaire et surtout en retrouvant son statut de combattant révolutionnaire qui a soulevé des idées radicalement socialistes dans chacun des plans dans lequel il s’est engagé, vous réalisez qu’il a conçu clairement qu’un processus qui n’avance pas et ne se transforme pas en socialiste non seulement régresse en capitaliste mais empire.

 

Ses contributions sont nombreuses sur de nombreux plans, par exemple, dans l’internationalisme socialiste pour comprendre que la révolution sera socialiste ou sera une caricature de révolution, et aura une échelle mondiale.

 

Che est l’homme des valeurs morales, la pensée révolutionnaire qui a formulé la théorie éthique de la formation d’un homme nouveau: avec solidarité et de fraternité en tant que principes depuis le début de la révolution, sans attendre l’apparition du bien-être matériel.

 

Dans ce contexte, sa théorie doit être comprise dans cette vision générale du Che, au lutteur et au gestionnaire, il y avait un guérillero, un économiste et il a eu une expérience au ministère de l’Industrie de Cuba. La réflexion sur les mécanismes de participation et de démocratisation et ce qui pouvait s’opposer aux relations d’affaires entre les entreprises-à cette époque  en vogue- était le  modèle yougoslave – sans s’aligner sur la planification compulsive du modèle purement russe. Certes, ses contributions sont importantes sur la manière de gérer une transition anticapitaliste réussie combinant économiquement la démocratie socialiste avec la participation collective, en affrontant les mécanismes du marché. La question qui se pose dans la lutte de chaque conjoncture et dans chaque pays. L’expérience du  Che est l’une des expériences à prendre en compte dans le travail sur la pensée économique socialiste.

 

Quelle est votre opinion sur ce que nous pouvons apprendre de l’expérience historique de l’Unité Populaire au Chili de Salvador Allende?

 

Ce sujet est intéressant et important parce que les dilemmes qui ont traversé l’Unité Populaire sont très semblables à ceux qui se posent, par exemple au Venezuela. Nous voyons deux processus dans lesquels les gouvernements ont accédé par les urnes avec un projet ouvertement socialiste, mais ont des conditions différentes parce que nous ne sommes pas à l’époque des classiques coups militaires des années soixante-dix, mais plutôt à une époque de régimes constitutionnels et coup d’Etat par un processus constitutionnel doux du type Honduras ou Brésil.

 

Mais il y a deux questions importantes dans la comparaison ou la réflexion sur Salvador Allende: le premier est la lutte contre les complots de droite, le Venezuela et dans une moindre mesure, la Bolivie font face au même genre de complots de droite subi par Allende, bien que le boycott économique soit maintenant plus raffiné, il a plus d’instruments que dans les années soixante-dix, mais aussi l’utilisation des médias comme un mécanisme réactionnaire pour créer une masse critique au sein de la classe moyenne, en faveur des coups de droite. En bref, ce premier problème correspond à la droite et ici vous avez à surmonter une autre grave erreur d’Allende, ce fut lui qui a nommé Pinochet commandant en chef des forces armées, Chavez n’a pas commis cette erreur et lui comme  Maduro ont su épurer les forces armées et éviter qu’elles soient sous la domination de la droite. 

 

Le deuxième problème d’Allende furent ses hésitations dans la mobilisation populaire contre le coup d’Etat, bien que à ce sujet en  général il y a deux visions, une qui pense que l’Unité populaire a mal tourné parce que le processus a été accéléré, la radicalisation était irresponsable et en conflit avec  les démocrates-chrétiens, ou qu’il n’y a pas de conciliation avec la bourgeoisie et nous devons donc aller lentement; l’autre dit que le problème a été que l’on n’a pas profité des  moments d’hésitation de la droite pour faire avancer les mesures anti-capitalistes et Allende a hésité, il n’a pas agi et s’est trouvé largement prisonnier de son ingénuité constitutionnelle. Quoi qu’il en soit l’expérience héroïque et le sacrifice de Salvador Allende doivent nous aider à surmonter ces limites.

 

Pensez-vous que les nouvelles générations  de gauche devraient lire  Lénine? Il est extra-temporal ou trop étranger? Quelle serait la valeur de l’œuvre du dirigeant russe pour un jeune aujourd’hui en Amérique latine?

 

Il est une question très importante parce que, comme vous le dites, cette année sera l’anniversaire de la révolution bolchevique et il y aura de nombreux hommages et débats.

 

En ce qui concerne Lénine, je pense que l’on doit séparer le niveau théorique du niveau politique. Sur le plan théorique, nous retrouvons ses idées clés, par exemple, le concept de «développement inégal» qui nous permet de comprendre la dynamique du développement capitaliste, par opposition à la méthodologie ou gradualisme qui prévalait au moment de Kautsky et Bernstein purement évolutive.; Lénine a introduit l’idée des maillons les plus faibles pour évaluer la façon dont la crise du capitalisme se comporte dans certaines situations dans certains pays et à certains moments et le sens politique des révolutionnaires est de saisir le lien.

 

Lénine était le premier penseur marxiste qui a compris que le capitalisme est soumis à différentes étapes, que Marx a vu le pré-capitalisme et  post-capitalisme dans le changement russe et introduit l’idée qu’il y ait une période de libre-échange, une étape de l’impérialisme, etc., en effet, aujourd’hui, nous pouvons parler du néolibéralisme.

 

Mais Lénine était spécialement un homme politique révolutionnaire qui a développé et introduit la dimension politique de la pensée socialiste et a agi avec une grande flexibilité, a été l’auteur des stratégies politiques les plus durables de la pensée marxiste, l’idée étant de comprendre la diversité des opportunités d’un contexte révolutionnaire et adopter la plus appropriée.

 

Pour l’Amérique latine je me concentrerais sur une de ses idées qui est liée à la distinction entre le nationalisme révolutionnaire et nationalisme conservateur. Lénine était celui qui a pris pour la première fois, au début du XXe siècle, les formes nationalistes avaient un contenu et qu’elles étaient hautement différenciée et une chose est le chauvinisme nationalisme fascistoide de Trump ou Le Pen, et une autre est le nationalisme radical révolutionnaire la tradition de Torrijos et Chavez; distinguer ces nationalismes et rechercher la convergence du socialisme avec ces nationalismes est probablement l’un des grands succès de la pensée léniniste.

 

«La grande question que nous avons tous est quel genre de néolibéralisme à suivre par Trump dans sa présidence», dit Katz. Photo: Reuters.

Que pensez-vous de l’éducation politique pour ces temps? Quelle forme devrait-elle prendre? A quel  auteurs devrions nous recourir et avec quelles méthodes?

 

Ici, nous entrons dans un sujet un peu compliqué parce que je ne pense pas être autorisé à proposer mes propres travaux et cours de formation. Il existe de nombreux intéressants cours de formation des militants en Amérique latine en ce moment, je pense dans l’Alba, à l’Ecole Nationale Florestan Fernandes du MST, où la formation est rigoureuse mais pas dogmatique et qui est la grande contribution du temps présent par rapport à d’autres périodes et dernières décennies.

 

Plus que celle des auteurs, je voudrais aimeraient soulever une question, qui me paraît importante celle d’intégrer la formation et la réflexion du marxisme latino-américain actuel, un sujet que je travaille à l’heure actuelle et qui est la mise à jour de la théorie marxiste de la dépendance, une question que je pense au cœur de notre histoire et qui apporte  la preuve de ce que le marxisme latino-américain peut offrir, en plus des outils proposés pour comprendre les problèmes contemporains. 40 ans après sa naissance, nous devons examiner et travailler cette théorie, d’abord sur le plan de l’héritage marxiste de la théorie que nous apprenons de Marx, des classiques comme Lénine, Luxembourg ou Trotsky, les théoriciens de la guerre comme Mandel, Samir Amin. La deuxième question clé est ce genre de théorie marxiste de la dépendance doit retravailler, ce qui émerge dans la chaleur de la révolution cubaine, postulant une synthèse entre le socialisme et l’anti-impérialisme, qui s’enrichir de noms tels que Ruy Mauro Marini, Vania Bambirra et Theotonio dos Santos. Nous devons aussi étudier dans leur polémique avec  Fernando Henrique Cardoso, comment ils ont absorbé les idées critiques soulevées par Agustin Cuevas, comment  synthèse enrichissante Wallerstein, a trouvé la théorie du système mondial desquels sont les points de contact et de détachement a eu avec la théorie métropole-satellite André Gunder Frank et controversé réalisées avec ce que les théoriciens étaient les théories de l’antidépendance.

 

C’est très important de prendre la théorie marxiste de la dépendance et avec elle étudier les caractéristiques du capitalisme néolibéral actuel, la manière dont la réorganisation impérialiste, et comment il est instrumental de repenser les problèmes de l’Amérique latine et le socialisme de notre étape.

 

Quelle place donnez-vous à  la question de la lutte contre le patriarcat, l’écosocialisme et  l’humanisme?

 

Ce sont des questions que l’on a voulu intégrer dans l’ordre du jour du marxisme contemporain et le socialisme aujourd’hui et qui ont été très présents dans les divers forums où les idées et les projets alternatifs sont discutés. Ils sont devenus très importants pour l’émergence de mouvements qui ont affirmé voulu lier la lutte sociale et la lutte sur ces questions, je pense aux mouvement des femmes, aux indigènes, dans la lutte orientalistes, etc., ils sont dans les rues et ils ont fait pénétrer leurs idées dans les universités et dans la pensée.

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Enfin, à ce jour il y a Donald Trump et se posent des questions sur des scénarios virtuels d’une confrontation ouverte avec la Russie.

 

Trump est la grande question d’aujourd’hui et je dirais que ce sera celle des prochains mois, nous allons parler tout le temps de lui, de ses plans  économiques et internationaux que vous pointez. Il est clair qu’il veut contenir la Chine, il  cherche à rééquilibrer, à réduire le déficit commercial et la dette des États-Unis par rapport à la Chine, il veut les pousser à ouvrir leurs marchés tout en préparant une rude négociation, donc Pékin réagit.

 

Cependant, il est pas une question de réorganisation globale, mais d’une négociation de la mondialisation en d’autres termes ce que Trump cherche à atteindre, où le poids de chaque Etat dans une négociation devient plus fort. Le président américain cherche à utiliser la Russie, il veut conclure un accord avec Poutine pour isoler la Chine, chose difficile parce que la Russie d’aujourd’hui n’est pas celle d’Eltsine, ni celle qui a suivi la chute de l’Union soviétique, comme il  l’a démontré en Syrie et en Géorgie. Poutine joue fort et la Chine a également créé un réseau de partenaires diversifiés, a déjà dit qu’il sera en concurrence avec les États-Unis, ce qui renforce les messages et idées politiques du libre-échange, question importante car elle nous donne une première idée de la façon dont elle va se battre.

 

La Chine a envoyé un message de ralliement et de promotion de libre échange, ce qui est intéressant, car il nous appelle à être prudents avec certaines idéalisations de la Russie ou de la Chine dans cette confrontation.

 

Mais, à mon avis, l’accent est mis sur un autre niveau, dans la préparation de la grande offensive contre la classe ouvrière que prépare Trump contre les Latinos contre les Afro-Américains, contre les femmes. Trump incarne un projet de la suprématie blanche, racistes, un ultra millionnaire. Il faut être prudent avec les regards admiratifs sur sa personne, c’est un réactionnaire; la chose positive est qu’aux  États-Unis des mouvements de résistance importants sont debout, en fin de compte on peut conclure l’entrevue en disant que des temps intéressants sont à venir aux États-Unis du point de vuede l’Amérique latine.

 

(Tomado de Correo del Alba)

Colombie : La sécurité des leaders sociaux est menacée

 

De nombreuses organisations humanitaires de Colombie ont exprimé leur préoccupation pour les multiples assassinats, agressions et menaces dont sont victimes les dirigeants sociaux et communautaires dans ce pays sud-américain. Elles ont appelé les autorités à reconnaître cette situation et à prendre des mesures pour y rémédier.

Un rapport élaboré par l’ONG Nous sommes défenseurs, indique qu’en 2016 les assassinats de leaders sociaux ont augmneté de 27% par rapport à la même période de l’année 2015.

 

80 homicides d’activistes environnementaux, de dirigeants paysans ou syndicaux ou des militants pour les droits humains ont été perpétrés l’année dernière. Toujours selon ce rapport, le nombre d’attentats faillis s’est elevé à 49.

 

La plupart de ces morts ont eu lieu dans des zones où il y a une forte présence des militaires ou de policiers. L’ONG souligne dans son rapport qu’on en déduit, de cet état de choses, que ces effectifs ne sont pas là pour protéger la population mais d’autres intérêts spécifiques.

 

Malgré la grande quantité de morts, le Parquet de la Colombie n’a procédé qu’à quelques arrestations et jusqu’à présent aucune personne n’a été sanctionnée pour ces délits, ce qui fait craindre, qu’à la fin, ces crimes vont rester impunis.

 

L’augmentation des assassinats a coïncidé avec des moments clefs du processus de paix entre le gouvernement et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie-Armée du Peuple. Il pourrait être une réaction des groupes paramilitaires et du crime organisé pour boycotter ces accords mettant fin au conflit armée.

 

L’Observatoire de la Sécurité Humaine de Medellin a exprimé son indignation pour cette chaîne de crimes et il a déploré l’attitude de certains fonctionnaires du gouvernement qui insistent à attribuer les assassinats à des “inconnus” au lieu d’admettre que les paramilitaires continuent d’agir en territoire colombien.

 

L’Organisation a assuré que l’on ne peut pas cacher la persistance de ces crimes. Le 3 mars, le Défenseur du Peuple a émis une alerte dans laquelle il signale qu’entre le 1er janvier 2016 et le 20 février 2017, au moins 120 homicides ont été enregistrés, 33 attentats et 27 agressions.

 

De son côté, le groupe Cumbre Agraria, Étnica y Popular, Sommet Agraire, ethnique et populaire, a protesté face au manque de garanties pour la vie. Il souligne que le gouvernement manque à son devoir de protéger la population.

 

Plusieurs activistes se sont accordés à signaler que l’ombre du massacre commis contre les dirigeants et les militants du parti Union Patriotique, apparu en 1984 suite à une négociation entre les FARC-AP et le gouvernement de Belisario Betancourt perdure sur le pays.

 

Deux candidats à la présidence, 21 parlementaires, 70 conseillers, 11 maires et entre 3 500 et 5 000 membres, ont été assassinés par une alliance à laquelle appartenaient des politiques de droite, des membres de la Sécurité de l’état, des narcotrafiquants et des paramilitaires. Il s’agit de l’un des faits les plus honteux survenus en Colombie.

 

La préoccupation des organisations indiennes, paysannes, ouvrières et communautaires est donc raisonnable suite à la vague d’assassinats des derniers temps et surtout de l’indifférence du gouvernement face à ce qui est un clair obstacle pour la construction de la paix.

»» http://www.radiohc.cu/fr/especiales/comentarios/124084-colombie-la-sec...
URL de cet article 31635 

 

Quatre ans après la disparition de Chavez, le Venezuela est orphelin de Chavez. Lapalissade ? Non, absence abyssale. 


Une majorité de Vénézuéliens désapprouve la politique économique du gouvernement (en a-t-il une ?) et ses conséquences pour la vie quotidienne, surtout des classes populaires.

L’inflation galope à des taux inouïs, le prix très excessif des produits y compris de première nécessité, et la pénurie organisée par les classes dominantes, obligent à spéculer, à recourir au marché noir (« el bachaqueo »), font de la vie de tous les jours une galère pour s’approvisionner ; des queues interminables, de la colère qui gronde... Cette fuite en avant de/dans l’inflation, de la hausse des prix, provoque de fortes tensions sociales. Le gouvernement a décidé désormais de ne plus subventionner les produits mais les personnes (augmentations des salaires...)

 

La gauche du chavisme, du parti PSUV (une énorme auberge espagnole) envisage de possibles explosions sociales. Elle exige des mesures efficaces, l’approfondissement du processus révolutionnaire « en panne », une plus grande politisation, la relance de l’impulsion populaire, la prise en compte des revendications des bases chavistes dont « l’appareil » se méfie... Des militants anticapitalistes ont été mis sur la touche... La « guerre économique » ravage le pays. Face à l’offensive déstabilisatrice de l’oligarchie et des anti-chavistes, les bases chavistes critiquent « l’immobilisme » du président et du gouvernement, qui n’auraient pas rompu avec le capitalisme encore hégémonique.

 

Vu de loin, (et attention aux filtres de la désinformation permanente !) le président Maduro paraît faire du surplace, mais si l’on y regarde de près, il a marqué des points dans le permanent et terrible bras de fer avec une opposition disparate mais prête à tout , agressive, majoritaire au parlement depuis décembre 2015. L’opposition n’a pas respecté les délais pour convoquer un référendum révocatoire (article 27 de la constitution) ; à finasser, à faire du chantage, elle a finalement perdu... Le président Maduro continue, prolonge, les « missions », les programmes sociaux du chavisme, construit des dizaines de milliers de logements populaires (359 000 en 2016), consacre 71,4% du budget national aux investissements sociaux. 90% des personnes en âge d’en jouir perçoivent une pension de retraite (19% seulement avant la révolution). Le Venezuela comptait 65% de pauvres en 1999. Le taux a diminué de plus de la moitié... Mais tout cela ne suffit pas pour éteindre une crise pas seulement économique, pour permettre à la population de « consommer » normalement. Le chavisme a beaucoup apporté au peuple mais n’a pas produit toutes les « valeurs nouvelles », culturelles, humaines, attendues.

 

Le président Maduro a invité l’opposition au dialogue : c’est elle qui l’a « gelé ». Elle compte sur les élections des gouverneurs et des maires, programmées cette année, pour marquer de nouveaux points. Par une infatigable activité internationale, large, et grâce à l’accord OPEP de novembre 2016, le prix du pétrole est passé de 24 dollars le baril en janvier 2016 à 45 dollars fin décembre 2016. Une bouffée d’oxygène pour le pays... Avec la présidence Trump, les tensions bilatérales se sont déjà accrues et s’est ouverte une période de grande inquiétude et instabilité.

 

Le nouveau vice-président chaviste, Tarek El Assani, a essuyé une intense et très classique campagne d’accusations, notamment de « trafic de drogue ». Habituel « lavage de cerveaux en liberté », mensonges repris par les médias occidentaux, et « ça marche »...

 

Dans cette situation dangereuse, explosive, le président Maduro a choisi, avec sang-froid, de préserver la paix, d’éviter que le sang ne coule, de gérer dans l’urgence, dans l’attente des élections générales de décembre 2018.

 

Jean ORTIZ
L’Humanité.fr, dimanche 12 Mars 2017.

»» http://www.humanite.fr/blogs/venezuela-en-attendant-les-elections-gene...
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Importante intervention de Raoul Castro Ruz au sommet de l’Alba à Caracas

 

07 Mars 2017

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http://leyderodriguez.blogspot.fr/2017/03/el-muro-que-se-pretende-levantar-en-la.html?spref=tw

 

Importante cette déclaration l’est doublement puisqu’elle renouvelle le serment fondateur qui a permis tant de succès dans un temps de péril, celui de l’offensive d’Obama contre les gouvernements progressistes de l’Amérique du Sud, celui d’un protectionnisme hostile de Trump, l’irrationalité de l’empire menacé par la montée des aspirations à un monde de paix et d’égalité. Le rappel du fait que cette solidarité passe par l’unité et l’unité doit respecter les souverainetéxws.

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach pour Histoire et societe)


Le mur que l’on prétend ériger à la frontière nord du Mexique est une expression de cette irrationalité, non seulement contre ce pays frère, mais contre toute notre région. Nous exprimons notre solidarité du peuple cubain avec le gouvernement mexicain. La pauvreté, les catastrophes, les migrants ne sont pas contenues par des murs, mais avec la coopération, la compréhension et la paix.

 

Par Raul Castro Ruz Photo: Revolution Studios Granma

 

Discours prononcé par le général d’armée Raul Castro Ruz, premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba et président des Conseils d’État et des ministres, lors du quatorzième Sommet extraordinaire de l’ALBA-TCP, à Caracas, Venezuela, 5 mars 2017, «Année 59 de la Révolution».


Camarade Nicolas Maduro, président de la République bolivarienne du Venezuela, Maduro notre frère;

 

Chers chefs d’Etat et de gouvernement de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique;

 

Chers chefs des délégations et des invités:

 

Il me parait important de dire que nous sommes à une étape cruciale de notre histoire, dans lequel un retour à l’ échelle régionale aurait des répercussions très négatives pour nos peuples.

 

Fidel nous a appris à toujours nous tourner vers l’histoire, à être à la fois audacieux, et réaliste, et que ce qui semble impossible peut être réalisé si nous agissons avec fermeté et de manière cohérente.

 

Les pays membres de l’ALBA-TCP ,nous considérons l’intégration dans la solidarité comme une condition préalable au progrès vers le développement, face à la croissante formation de grands blocs qui dominent l’économie mondiale. Nous nous concentrons sur la volonté politique d’ouvrir de plus grandes opportunités pour le commerce, l’investissement et la coopération intra-régionale, sans laquelle nos progrès restent insuffisants. Nous avons également démontré notre capacité à travailler ensemble.

 

L’ALBA n’aurait pas été possible à l’époque où la Révolution cubaine a triomphé. C’est grâce à l’insurrection civile et militaire du 4 Février, 1992 et le triomphe de la Révolution bolivarienne dirigée par l’inoubliable commandant Hugo Chavez Frias qu’une telle initiative a pu surgir sur notre chemin.

 

Il était important que dans le Forum de Sao Paulo, les idées de Fidel et Lula aient convergé pour accueillir et soutenir Chavez.

 

Aujourd’hui subsiste le lien décisif entre ALBA et le Forum de Sao Paulo et la relation entre les gouvernements révolutionnaires et progressistes avec les forces politiques, les mouvements populaires, les syndicats, les paysans, les étudiants, les universitaires et l’intelligentzia de nos peuples.

 

Chavez nous a toujours expliqué la complexité du lancement de la révolution dans un pays pétrolier, dépendant d’un marché unique avec une oligarchie financière corrompue, une population à qui a été imposée des habitudes de consommation non durables et une économie néolibérale rentière, ce qui a conduit le pays à la faillite.

 

Pour entreprendre les transformations, Chavez a réalisé que sa tâche principale était de construire une unité civilo-militaire large, maintenant dirigé par le président Nicolas Maduro avec l’appui du peuple chaviste bolivariens.

 

La construction de l’unité est la tâche la plus importante qu’affronte toute véritable révolution.

 

Les Révolutionnaires ont beaucoup d’idées et de visions sur ce qui peut être le moyen et la façon d’aller vers le succès. Mais pour consolider l’unité tout ce qui divise et sépare doit être mis de côté, avec modestie.

 

Grâce à l’unité, la Révolution bolivarienne a survécu aux assauts et aux harcèlements de ses ennemis.


Pour cette unité, la révolution a survécu à la bassesse de l’OEA, aux irritantes et injustes sanctions américaines , les récentes allégations contre son vice-président exécutif, le camarade Tarek El Aissami, qui ne cherchent qi’à détourner l’attention des vrais problèmes et à discréditer ceux qui sont occupés à sauver, à développer et à défendre la patrie.

 

Le nouveau programme du gouvernement des États-Unis menace de déclencher un protectionnisme commercial extrême et égoïste qui aura un impact sur la compétitivité de notre commerce extérieur; il viole les accords environnementaux pour promouvoir les profits des transnationales; il va poursuivre et expulser les migrants générés par la répartition inégale des richesses et la pauvreté provoqué par un ordre international imposé.

 

Le mur qu’il prétend ériger à la frontière nord du Mexique est une expression de cette irrationalité, non seulement contre ce pays frère, mais contre toute notre région. Nous exprimons la solidarité du peuple cubain avec le gouvernement mexicain. La pauvreté, les catastrophes, les migrants ne sont pas contenues par des murs (Applaudissements) mais avec de la coopération, de la compréhension et la paix.


Le Venezuela a apporté une grande contribution à l’intégration régionale avec solidarité et générosité, surtout envers les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes en particulier, en les appellant à intégrer Petrocaribe, UNASUR et la CELAC.

 

Vous n’êtes pas seuls. je ratifie l’engagement pris dans notre déclaration, celuui d’êtee aux côtés de la défense du Venezuela et de la position digne, courageuse et constructive du président Nicolas Maduro.

 

Camarades:

 

Au Venezuela aujourd’hui se livre une bataille décisive pour la souveraineté, l’émancipation, l’intégration et le développement des Amériques.


C’est une aspiration que nous avons consacré dans la Proclamation de l’Amérique latine et les Caraïbes en tant que zone de paix, proclamation adoptée par la CELAC dans son Sommet de La Havane en Janvier 2014. Elle recquiert la stricte adhésion à cette déclaration , dans laquelle nous nous sommes engagés à remplir notre « devoir de ne pas intervenir directement ou indirectement dans les affaires intérieures d’un autre Etat et de respecter les principes de la souveraineté nationale, l’égalité des droits et de l’autodétermination des peuples»; pour résoudre les différends pacifiquement et respecter «les principes et normes du droit international et les buts et principes de la Charte des Nations Unies»; et respecter «le droit inaliénable de chaque État de choisir son système politique, économique, social et culturel, comme essentiel pour assurer la coexistence pacifique entre l’état des nations. »


Ce document historique exhorte « tous les États membres de la communauté internationale à respecter pleinement cette déclaration dans leurs relations avec les États membres de la CELAC ».


Aucune cause juste de la Patria Grande ne nous est étrangère. jamais nous laisserons tomber les frères bien-aimés des Caraïbes.

 

Nous réaffirmons notre soutien à leur demande légitime de compensation pour les horreurs de l’esclavage et de la traite des esclaves; à leur demande de recevoir la coopération en fonction de leurs besoins et non sur la base d’indicateurs qui les a classés comme pays à revenu intermédiaire; à un traitement spécial et différencié dans l’accès au commerce et à l’investissement, ainsi qu’au financement à l’adaptation aux effets du changement climatique et pour faire face aux catastrophes naturelles, comme des Etats insulaires , petits et vulnérables comme ils sont; et notre rejet de la persécution injuste dont ils sont l’objet de la part des centres du capital financier.

 

Nous réitérons notre solidarité avec Dilma Rousseff, Luiz Inácio Lula da Silva et Cristina Fernandez de Kirchner, les dirigeants reconnus de notre Aùmérique.

 

No desistiremos de apoyar a Correa y a su compañero Lenín Moreno en Ecuador. Jamás dejaremos solo a Evo, verdadero líder de Bolivia y de todos los pueblos originarios. Seguiremos acompañando a Daniel y al pueblo sandinista de Nicaragua.

 

Muchas gracias (Aplausos).


Publicado por Leyde Ernesto Rodríguez Hernández en 12:37:00

Nous continuerons à soutenir Correa et son compagnon Lenin Moreno en Equateur. jamais nous ne laisserons seul Evo, véritable chef de file de la Bolivie et de tous les peuples autochtones. Nous allons continuer à accompagner Daniel et le peuple sandiniste du Nicaragua.

 

Merci beaucoup (Applaudissements).


Publié par Leyde Ernesto Rodriguez Hernandez à 12:37:00

Victor Jara : un canto libre

 

01 Mars 2017
N’oubliez jamais tous ce que les communistes ont payé leur désir de liberté et de dignité pour les plus pauvres, sur tous les continents ils ont été martyrisés et leur sang a été versé… Le droit de vivre en paix qu’il a chanté, il l’a payé…
 
(note de Danielle Bleitrach)

lundi 27 février 2017
par   Maxence Emery

 

 

Des Clash à Zebda, de Ferré à Lavilliers, de Ferrat à U2, nombreux furent les chanteurs qui rendirent hommage au Chilien assassiné par les militaires au lendemain du coup d’État qui renversa, le 11 septembre 1973, le président socialiste Salvador Allende. « Mon chant est une chaîne / Sans commencement ni fin / Et dans chaque chaînon se trouve / Le chant des autres », lançait Jara, membre du Parti communiste et fervent soutien d’Allende. Portrait d’un artiste populaire et militant.

 

« De celui qui mourra en chantant/
Sortent les vraies vérités » V. Jara

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Victor Jara

Santiago du Chili, 11 septembre 1973, 14 heures. Le Palais de la Moneda est la cible de l’aviation putschiste aux mains du général Pinochet. Les militaires mitraillent l’enceinte présidentielle et contraignent Salvador Allende et les siens à la capitulation. Sa secrétaire ouvre la marche, une blouse de médecin en guise de drapeau blanc, suivie d’une trentaine d’allendistes. Tandis qu’ils se rendent, le président remonte les escaliers jusqu’à son bureau, se saisit de l’AK-47 offert par son ami Fidel Castro et place la bouche du canon sous son menton. Détonation. Alerté, le docteur Jiron quitte la file, monte à toute vitesse et constate le corps sans vie. Le suicide du président élu marque la fin des espoirs d’un socialisme démocratique, porté par le peuple quelques années auparavant et balayé par quelque général félon avec l’appui des États-Unis. Une semaine plus tard, Joan Jara suit un certain Hector dans les couloirs de la morgue : il s’est présenté à sa porte en dépit des risques encourus et affirme avoir découvert le cadavre de son compagnon. Funèbre découverte pour cette native d’Angleterre qui voit son partenaire, Victor Jara, l’un des chanteurs les plus populaires du Chili, le corps recouvert de poussière et d’hématomes, criblé de balles. Quarante-quatre, en tout.

 

Une enfance paysanne

« Le Palais de la Moneda est la cible de l’aviation putschiste aux mains du général Pinochet. »

 

Remontons le temps de quelques décennies. Nous sommes dans les années trente et l’été touche à sa fin dans le village de Lonquén, au cœur des collines de Talagante. À la lueur d’un feu, un groupe de femmes, d’hommes et d’enfants accroupis sur la terre sèche ôtent les feuilles des épis de maïs mûrs qu’ils assemblent en énormes piles. Les paysans font de cette longue nuit de travail collectif une fête, accompagnée de chants et d’histoires contées par des adultes qui en profitent pour boire des gorgées de chicha — une boisson traditionnelle. Les enfants en âge aident les adultes tandis que les plus petits jouent autour des piles de maïs sans jamais s’éloigner de la lumière rassurante du feu. Assis à même le sol, Victor, jeune garçon, observe la course des étoiles tout en jetant des regards tendres à sa mère Amanda, une petite femme trapue aux origines mapuches qui lui sourit en chantant, les mains sur sa guitare. Si le regard du lecteur se fait fuyant, par trop romantique, il se piquera de folklore, bercé par les accords grattés et enivré de boissons fermentées ; s’il se fait rasant, à hauteur d’hommes, refusant les faux semblants, il saisira alors la misère traversière dans les plis des sourires et s’attarde sur les sandales confectionnées à partir de pneus usagés.

 

Manuel, le père pochard de Victor, se montre brutal ; la mère en fait les frais sous l’œil haineux de la fratrie. Amanda tente de scolariser ses enfants, contre la volonté farouche d’un père certain que ses fils doivent au champ manier la longue charrue, certain que ses femmes doivent pétrir les galettes et tenir le foyer. Le malheur s’acharne et frappe Maria, la grande sœur, tandis qu’elle lave le linge : le chaudron se renverse et l’eau bouillante se déverse, la brûlant grièvement. Amanda la veillera de longs mois à l’hôpital de Santiago, obligeant la famille à déménager dans la capitale afin de se rapprocher de la convalescente. De lupanars en quartiers malfamés, la vie grouillante et trépidante de la grand-ville étonne et surprend. Les Jara se retrouvent confinés dans un appartement d’une pièce et dorment sur des matelas à même le sol. Amanda tient une petite cantine au marché et Victor vient parfois l’aider à la sortie de l’école catholique où celle-ci l’a inscrit. Le père est absent, préférant cultiver des melons sur un terrain acheté grâce aux revenus de son épouse. C’est désormais seule, mais loin des coups, qu’elle devra assumer la charge des siens.

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Salvador Allende à La Moneda

( 11 septembre 1973, DR)

Durant ces années de jeunesse, Victor rencontre Omar Pulga : il joue de la guitare au fond d’une cour. Sentant l’adolescent intéressé, l’homme se propose de lui donner ses premières leçons. La guitare ne le lâchera plus. Maria, infirmière, quitte le foyer familial pour se marier ; son frère Lalo devient père à seize ans ; Coca, son autre sœur, tombe enceinte et tente de se suicider. Victor, plus studieux, se lance dans des études de comptabilité — qui ne le passionnent guère. Dans sa dix-septième année, on interrompt le cours qu’il suit, en classe, afin de le prendre à part pour lui annoncer le décès de sa mère : une crise cardiaque. Désemparé, le jeune Chilien pense que le réconfort viendra du père Rodriguez, qui décèle chez lui une vocation religieuse et lui propose de rentrer au séminaire de l’Ordre des rédemptoristes de San Bernando. Rigueur de l’enseignement, chants grégoriens, sacrifices charnels et autres génuflexions éloigneront bientôt — et définitivement — Victor du sacerdoce. Il rejoint l’école d’infanterie de San Bernardo. Les permissions sont l’occasion de beuveries et s’achèvent tard dans la nuit, à la lumière tamisée des bordels à l’entour. Las de cirer les pompes des officiers, et en dépit de leurs commentaires élogieux sur ses états de service, il quitte l’armée pour se retrouver de nouveau livré à lui-même. Paquetage au dos, il s’en va demander l’hospitalité à sa sœur Marie et son époux — ce dernier refuse, arguant qu’il n’aurait jamais dû quitter ce séminaire et l’avenir tout tracé qu’il lui promettait. C’est finalement dans la población Nogales qu’il trouvera une main tendue, en la personne de Don Morgado, ami de sa défunte mère. Il accepte de l’héberger.

 

Les débuts artistiques

 

« Rigueur de l’enseignement, chants grégoriens, sacrifices charnels et autres génuflexions éloigneront bientôt — et définitivement — Victor du sacerdoce. »

 

Une annonce placardée dans son université. Elle propose une audition afin de chanter Carmina Burana avec le chœur de l’établissement. Victor s’y rend et devient le ténor du groupe. Avec la troupe, il décide de parcourir le nord du pays pour recueillir et étudier les musiques populaires locales. Sa vie s’en va, pas à pas, cheminer vers l’art — il apprend la pantomime et passe avec succès le concours d’entrée de l’École de théâtre de l’université du Chili. Il gagne en assurance et n’hésite pas à observer, des heures durant, un ours dans un zoo afin de jouer ledit animal dans une pièce. C’est à cette époque qu’il rencontre Joan, sa professeure d’expression corporelle et future compagne. Les Chiliens portent alors, nous sommes en 1958, Jorge Alessandri à la présidence : ancien leader de la Confédération patronale chilienne, il devance le candidat du Front d’action populaire, nommé Salvador Allende. Victor multiplie les voyages à la campagne et parfait son apprentissage des musiques traditionnelles. Il rencontre la fameuse chanteuse populaire Violeta Parra, qui l’encourage à persévérer dans son apprentissage de la guitare et de la chanson ; elle décèle chez le jeune homme certaines prédispositions. Ce sont des années de bohème que le jeune homme vit là, entre cours de théâtre, café Sao Paulo — où se produit Parra — et soirées interminables à refaire le monde et jouer de la musique entre artistes et penseurs. Par l’intermédiaire de la chanteuse, Victor rencontre le groupe Cuncumén — il enregistrera avec lui des chansons d’amour, glanées lors d’un voyage dans la province de Nuble. Il apparaît aussi sur leur album de chants de Noël et y interprète des titres spécialement écrits pour lui, d’une plume de maître, celle de Parra. Il obtient en parallèle son diplôme à l’École de théâtre et débute une carrière prolifique de metteur en scène — elle sera, comme le veut la formule, « couronnée de succès » : sa pièce sera jouée dans de nombreux pays d’Amérique du Sud.

 

Joan est une jeune mère séparée de son conjoint ; Victor ne se fait pas prier pour la courtiser — et le voilà qui parvient à ses fins. Mais il s’absente durant cinq mois, en tournée à travers l’Europe : une épreuve pour le couple, que leur correspondance permet de mieux comprendre. Joan, peu politisée, s’inquiète de ne pas être à la hauteur des idées communistes de Victor : « D’abord — écrit-il — tu me demandes de ne pas t’idéaliser, car tu ne penses pas avoir les qualités humaines pour être la compagne d’un communiste ; je devrais aussi avoir bien à l’esprit que tu n’es pas sociable, que tu crains les personnes qui vivent avec un idéal très haut et que la position intellectuelle du communisme t’effraie. […] Mon idéal de communisme n’a pas d’autre objectif que celui d’appuyer et d’encourager ceux qui croient qu’avec un régime populaire, le peuple sera heureux. J’essaierai de ne pas être obsessionnel et de ne pas oublier que sous mes pieds, il y a de la terre, et que tout autour, les gens ont deux yeux et une bouche comme moi. […] J’ai un passé qui m’aide à ressentir avec plus d’acuité les souffrances des pauvres, des exploités. Et le fait de connaître de façon aussi intime cette réalité m’empêche de l’intellectualiser. Si je le faisais, je ne serais plus moi-même, je ne pourrais plus saluer les Morgado, ni Juanito, ni même mes amis d’enfance, mes frères… et je mépriserais aussi tout ce que m’a légué ma mère. Je dois les aider, je dois me battre pour eux afin qu’ils soient les témoins, je l’espère, d’un monde meilleur. Je crois qu’en cela tu me comprends et que tu peux m’aider comme tu l’as déjà fait. Mon amour, avec toi je suis complet et si je m’éloigne de toi, je n’ai plus d’ailes… »

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(Allende, 1972, REVISTA LIFE)

Il est frappé par l’Union soviétique et reviendra chargé de cadeaux pour Manuela, la fille de Joan, qu’il aime d’une tendresse paternelle. C’est lors de cette tournée que Victor compose pour l’aimée la célèbre chanson « Paloma quiero contarte » (« Paloma, je veux te dire »). Ses succès de metteur en scène l’amènent à rencontrer Allende au détour d’une représentation. Victor témoigne déjà d’un vif intérêt pour l’homme qui à ses yeux incarne l’avenir socialiste du pays — le seul à même de renverser les conservateurs et les libéraux qui dirigent le Chili. Il devient père d’une petite fille, Amanda. Les années passent et la nouvelle campagne présidentielle bat son plein. La FRAP, l’alliance de gauche pour les élections, portée par le candidat Allende, est victime d’une campagne de calomnies. Des affiches sont placardées dans les rues, montrant des tanks russes filant droit vers le Palais présidentiel et des gosses éplorés. Clichés éculés d’une droite à bout de souffle qui tente par tous les moyens de jeter le discrédit sur l’opposition. On entend même que les enfants seront envoyés à Cuba afin d’y être endoctrinés et que le pays se verra soumis à l’Union soviétique. Certains chiliens voient dans cette campagne de diffamation la main des États-Unis, par le truchement de la CIA.

 

« Des affiches sont placardées dans les rues, montrant des tanks russes filant droit vers le Palais présidentiel et des gosses éplorés. »

 

Il est vrai que la révolution cubaine est dans tous les esprits : la bourgeoisie craint chaque jour un peu plus de perdre ses privilèges. Victor rencontre même quelques difficultés avec ses pièces, jugées trop marxistes par d’aucuns. La société s’affiche profondément divisée. L’artiste compose de plus en plus, puisant son inspiration dans l’amour, les classes populaires et la lutte politique. Avec la chanson « Cancion del minero » , il raconte ainsi la vie d’un mineur : « J’ouvre / J’extrais / Je transpire / du sang / Tout pour le patron / Rien pour la douleur / Mineur je suis / À la mine je vais / À la mort je vais / Mineur je suis ». Le socialisme devra attendre : en 1964, Allende perd une nouvelle fois les élections au profit du représentant de la Démocratie chrétienne Frei Montalva, qui bénéficie du report des voix obtenues par le candidat du Parti radical. Victor désespère de voir un jour le Chili gouverné par un homme proche du peuple.

 

À l’ère du disc jockey et des musiques formatées, les Parra ouvrent la Peña, une petite salle de concert, rue Carmen. Le lieu ne tarde pas à devenir incontournable pour tous les amateurs de musiques folkloriques du pays comme de l’Amérique latine toute entière. En plus de son travail au théâtre, Victor accepte de venir jouer quelques soirs par semaine. La Peña devient un laboratoire qui lui permettra de tester ses nouvelles compositions devant un public critique. À la question d’un journaliste qui voyait Victor en digne représentant de la nouvelle chanson chilienne, ce dernier lui répondra : « Il y en a assez de cette musique étrangère qui ne nous aide pas à vivre, qui ne nous dit rien, qui nous amuse un moment et nous laisse aussi vides qu’avant. » Sa notoriété grandissante, les gens commencent à le reconnaître dans la rue, ses musiques passent à la radio et les festivals l’invitent. Une simple chanson qu’il avait écrite devient une affaire d’État : il y contait la passion d’une bigote pour un curé à qui elle confessait ses péchés. Une personne malicieuse l’aurait diffusée à la radio au moment où la station émettait sur tout le territoire national. Le bureau de l’information de la présidence ordonne son retrait et la destruction de l’original. Le père Espinoza, recteur du monastère de San Francisco, déclare dans la presse : « Je ne veux ni lire, ni écouter cette chanson, mais je sais de quoi elle traite. On a bien fait de la censurer car elle est scandaleuse. Je répète les mots du Christ : Malheur au monde à cause des scandales […] et à l’homme par qui le scandale arrive. ».

 

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(Violeta Parra, DR)

À ce sujet, Victor dira à un journaliste : « Jamais je n’aurais pu penser que cette histoire que j’avais entendue à Concepcion, et qui a plus d’une centaine d’années d’existence, allait provoquer une telle réaction. Ceux qui considèrent qu’une chanson espiègle et malicieuse comme celle-là, est irrévérencieuse et insolente, sont en train de nier la décence de la création populaire qui détermine nos traditions. […] Que pensent donc ces mêmes détracteurs des chants de Carl Orff, le compositeur allemand, qui a emprunté des éléments des jeux médiévaux pour Carmina Burana ? Ceci est un critère caduc qui ne sied pas à notre siècle. L’Église elle-même a évolué. Partout dans le monde, le folklore mélange dans ses thèmes divins, le religieux et le profane. C’est cela l’esprit populaire. » Les appels téléphoniques injurieux ne manqueront pas durant cette période de censure. La société est chaque jour plus scindée. Ne serait-ce qu’à l’université où Joan donne des cours, les étudiants issus des couches aisées privilégient les compositions classiques quand les élèves plus marqués à gauche espèrent développer un style résolument plus moderne. La campagne témoigne toujours autant des inégalités entre les propriétaires terriens et les paysans. Quelques temps après, la famille, choquée, apprend le suicide de Violeta Parra. C’est aussi l’époque où Fidel Castro annonce que le Che est parti combattre sous d’autres latitudes pour étendre la révolution…

 

L’engagement

 

« C’est aussi l’époque où Fidel Castro annonce que le Che est parti combattre sous d’autres latitudes pour étendre la révolution… »

 

Victor s’engage de plus en plus : « L’invasion culturelle est comme un arbre feuillu qui nous empêche de voir notre propre soleil, notre propre ciel, nos propres étoiles. Par conséquent, notre combat pour voir le ciel qui nous abrite nous impose de couper cet arbre à la racine. L’impérialisme nord-américain a compris la magie de la musique et fait en sorte que notre jeunesse soit gavée de tout type de musique commerciale. Les spécialistes de la question ont pris certaines mesures : premièrement, industrialiser et commercialiser la chanson de protestation ; deuxièmement, ériger des idoles qui serviront ses intérêts en endormant la rébellion inhérente à la jeunesse. Ce sont des idoles qui subissent le même sort que les autres idoles de la chanson de consommation : elles subsistent un temps puis disparaissent. Voilà pourquoi nous sommes plus des chanteurs révolutionnaires que de protestation, parce que ce terme nous semble ambigu et parce qu’il est déjà utilisé par l’impérialisme. » Le chanteur a conscience qu’un artiste peut être un homme aussi « dangereux » qu’un guérillero grâce à son pouvoir de communication, mais il demeure réaliste et sait que cela reste insuffisant.

 

Le 9 mars 1969, à 7 heures du matin, des policiers attaquent un campement occupé illégalement par des paysans. De cette confrontation brutale, sept paysans et un nourrisson perdent la vie. On appellera cet épisode funeste « le massacre de Puerto Montt ». Les paysans n’avaient pas d’autres foyers et ces baraques de fortune, qui les protégeaient à peine des averses, reposaient sur un terrain déjà rendu extrêmement boueux par les pluies d’automne. Une vague de protestation s’ensuit. Policiers et étudiants s’affrontent. En soutien aux paysans, une grande manifestation organisée par la Fédération des étudiants et des syndicats réunit plus de 100 000 personnes. Instants de grandes émotions durant lesquelles Victor interprétera une chanson écrite suite au massacre : « Preguntas por Puerto Montt ». Chanson qui récoltera un tonnerre d’applaudissements et atteste, s’il le fallait encore, de l’engagement du chanteur. Mais ce soutien, Victor commence à le payer. La bourgeoisie le voit d’un mauvais œil. Les altercations sont nombreuses et parfois violentes — Joan craint pour la sécurité de son compagnon. On le traite de « subversif » ou de « communiste » lors de ses concerts ; on lui lance des projectiles qui le contraignent, un jour, à regagner sa voiture pour partir au plus vite. Il multiplie ses interventions au côté des communistes et sort un disque pour la compagnie discographique alternative de la Jeunesse communiste — sans leur soutien, il n’aurait d’ailleurs pas pu franchir la barrière de la censure politique.

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(Víctor Jara, à gauche, par Luis Poirot)

De nouvelles élections approchent. Allende est le candidat des partis de centre-gauche et de la gauche réunie sous la bannière de l’Unité populaire. Ils présentent un programme audacieux de quarante mesures visant à transformer l’économie et mettre fin aux injustices sociales. Parmi elles, la nationalisation des ressources naturelles du pays, la propriété étatique des banques, l’assistance médicale gratuite, un demi-litre de lait gratuit pour chaque enfant ou encore la radicalisation de la réforme agraire. Il ne reste plus que quelques mois à Allende pour convaincre. Joan et ses élèves donnent des représentations du ballet en soutien à la campagne. L’occasion d’aller voir la profonde misère qui frappe le peuple à certains endroits oubliés. Victor n’est pas en reste et chante l’hymne officiel de la campagne, « Venceremos » : sa chanson fait le tour du pays et les gens l’entonnent lors des manifestations.

 

« L’armée assure qu’elle n’aura pas recours à la force. La démocratie tient encore bon — pour le moment. »

 

Le jour du vote approche à grands pas. Joan, qui détient encore la nationalité anglaise, ne peut participer au scrutin ; Victor revient du bureau de vote et s’installe près de la radio dans l’attente des premiers résultats. Un coup de fil d’un proche lui apprend leur victoire imminente. Explosion de joie pour le chanteur et les siens, qui s’empressent de rejoindre les partisans de l’Unité populaire à la Fédération étudiante, tandis que, dans les rues, le peuple scande « El pueblo unido jamás será vencido » : le peuple uni ne sera jamais vaincu ! Une personne dans l’assistance enjoint tout le monde au silence ; les résultats vont être prononcés : « Salvador Allende Gossens est élu président de la République avec 36,6% des voix suivi par Alessandro Rodriguez qui en obtient 35,3% puis de Radomiro Tomic avec 28,1 % des votes. » Foule en liesse. Victor étreint fortement Joan. Mais, malgré la joie, Victor sait que l’Unité populaire devra faire face à la pression adversaire. Un journal de droite annonce quelques temps après que Victor Jara, homosexuel, a été vu en compagnie de jeunes enfants et qu’il aurait été exclu du Parti communiste : tous les moyens sont bons. Il écrira les jours suivants un démenti, exprimant son engagement, qui plus est renforcé suite à ces attaques qui témoignent avant tout de la peur que peut représenter pour eux un chanteur populaire accompagné d’une simple guitare.

 

La droite et ses représentants poursuivent leurs actions les mois suivants. Des femmes organisent des marches des casseroles vides en signe de protestation contre le gouvernement, la Kennecott Copper Company lance un embargo international contre le cuivre chilien et les bateaux sont mis à quai dans les ports européens sans possibilité de continuer le voyage ou de décharger la marchandise. À cela s’ajoute la grève des camions qui protestent contre les nationalisations. La classe entrepreneuriale s’oppose à l’Unité populaire par le biais des parlementaires et tente, par tous les moyens, de paralyser le pays. Des bandes armées dressent des barricades et attaquent les camions qui circulent encore. De ce fait, des produits de premières nécessités deviennent inaccessibles. Pour contrecarrer les effets de cette grève, Victor et Joan se joignent à d’autres travailleurs lors de travaux volontaires. Une partie de la classe moyenne s’allie à la grève ; des ouvriers essaient de dépasser les quotas de productions et des médecins forment un « front patriotique », en soutien à l’Unité populaire, afin de remplacer leurs collègues en grève. Certains éléments de l’opposition mènent des actions (toujours plus) violentes contre ceux qui osent encore braver la cessation de travail. Face à ce climat de tension exacerbée, Allende fait rentrer des militaires au pouvoir dans l’espoir de composer un gouvernement de « paix sociale ». L’armée assure qu’elle n’aura pas recours à la force. La démocratie tient encore bon — pour le moment. Victor et ses camarades craignent cependant les troubles à venir… Parallèlement, il enregistre un album sobrement intitulé La poblacion, dans lequel il raconte l’histoire du peuple, des luttes individuelles et collectives qui ont lieu chaque jour dans les bidonvilles et ailleurs.

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(Général Pinochet, DR)

Le putsch

 

La menace d’un coup d’État et d’une guerre civile se répand. Une anecdote témoigne à elle seule de la haine que peuvent ressentir certains bourgeois à l’égard de Victor : tandis qu’il se trouve dans sa voiture, au feu rouge, le conducteur de la voiture d’à-côté le reconnaît et brandit un couteau menaçant. Le 29 juin 1973, un régiment de chars d’assaut entoure le Palais de la Moneda. Le général Carlos Prats — commandant en chef des Forces armées — sort à pied, uniquement armé d’une mitraillette, et ordonne aux officiers de se rendre : ces derniers ont vite compris qu’ils ne recevraient pas l’appui espéré et obtempèrent. Les chars font demi-tour. Ce coup d’État avorté, au cours duquel un cameraman perdit la vie sous l’objectif de sa caméra, fut la première tentative aux allures de répétition générale.

 

« Les syndicats convoquent l’ensemble des travailleurs à se rendre sur les lieux de travail et l’alerte rouge est lancée. »

 

Au prétexte de chercher des armes, le principe d’autonomie des universités est souvent violé et la police fait régulièrement des descentes dans la faculté où Joan donne des cours. Dans ce climat d’incertitude et de tension, le couple, accompagné de leurs filles, s’en va préparer une maison sur l’Île Noir, tout au sud du pays, au cas où la situation viendrait à s’empirer plus encore — la gauche a conscience qu’il sera difficile de défendre le pays si l’armée se range du côté des opposants. À leur retour, tandis qu’ils roulent lentement sur une route peu passante en direction de Santiago, un groupe d’hommes armés, qui a repéré Victor Jara, dévale une colline afin de les attaquer. Pied sur la pédale d’accélération, Victor les évite de justesse… Le général Pratz, un légaliste refusant toute intervention de l’armée, est contraint de démissionner en raison d’attaques de la droite ; Allende nomme un certain Pinochet, général lui aussi, pour le remplacer. Le 11 septembre 1973, Victor et Joan prennent leur petit déjeuner. La radio annonce des mouvements de troupes inhabituels à Valparaiso. Les syndicats convoquent l’ensemble des travailleurs à se rendre sur les lieux de travail et l’alerte rouge est lancée. Victor, censé chanter pour le vernissage d’une exposition consacrée aux crimes du fascisme en présence d’Allende, comprend que l’événement n’aura pas lieu. Le coup d’État s’organise progressivement dans le pays, sous la férule de Pinochet. Joan repart à l’école chercher Manuela. Allende prononce son derniers discours, historique, à la radio : il enjoint le peuple à continuer la lutte « en sachant bien que plus tôt que tard ils ouvriront les grandes avenues par lesquelles passent l’homme libre, afin de construire une société meilleure ». Discours qui, chaque année depuis, continue d’être honoré par nombre de militants aux quatre coins du monde.

 

Afin de répondre à l’appel technique de la Centrale unique des travailleurs, le chanteur se rend à l’université. Des hélicoptères frôlent la cime des arbres du jardin de leur maison et foncent en direction de l’habitation de Salvador Allende, non loin de là. Victor téléphone à Joan pour lui signifier son arrivée et prendre de rapides nouvelles avant de laisser le téléphone à un autre. Le Palais de la Moneda est bombardé et incendié ; Allende vient de se donner la mort. Les heures passent, un couvre-feu est institué. Joan s’inquiète. Le téléphone sonne de nouveau — son compagnon l’informe qu’il la rejoindra le lendemain, à la première heure : le couvre-feu l’empêche de partir. Joan couche les filles et reste dans l’angoisse. L’université est ceinturée par les militaires et leurs tanks. La radio a été prise d’assaut et mise hors d’état d’émettre. Ceux qui ont tenté de sortir de l’enceinte ont été abattus. Quelques heures plus tard, l’armée tire des coups de canon sur le bâtiment — les fenêtres volent en éclats, la panique gagne professeurs et étudiants réfugiés sous les tables. Les tanks pénètrent dans la cour de l’université. Les soldats arrivent et ordonnent à tous de se réunir : à coups de savates et de crosses, ils leur imposent de se jeter ventre à terre, mains sur la nuque. Victor exécute les ordres.

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(DR)

Ils ont maintenant pour consigne de se mettre en file indienne puis de courir derrière une jeep jusqu’au Stade Chili, situé à six pâtés de maison. À leur arrivée, un sous-officier reconnaît Victor et demande qu’on le place à l’écart des autres — il se pelotonne sous les sièges du stade, mains sous les aisselles afin de se protéger du froid. Un officier de grande taille, bel homme au regard suffisant, envoie un sourire glacial à Victor en imitant le jeu de guitare, puis passe ses doigts le long de sa gorge en signe de menace. Puis il s’indigne auprès des autres militaires de la présence, en ces lieux, du chanteur et demande à ce qu’on le surveille. Les jours suivants, Victor est torturé. Des prisonniers, devenus hystériques, se font tuer sur le champ ; un autre, à bout de nerfs, se jette dans le vide et trouve la mort. Deux gardiens ramènent Victor, ensanglanté, dans la partie principale du stade. Ses amis lui lavent le visage tant bien que mal. Ils se partagent quelques biscuits. Le chanteur présente de nombreuses blessures, dont une côte cassée.

 

« Camarade Victor Jara, présent maintenant et pour toujours ! »

 

Les prisonniers sont séparés par groupe de deux cents et transférés au Stade National. Le Stade Chili, quant à lui, demeure plein des nouveaux arrivants. Victor demande à l’un de ses camarades un papier et un crayon ; il écrit son dernier poème, griffonné à toute vitesse. Son ami le cache dans ses chaussettes puis deux soldats arrivent afin d’escorter le chanteur jusqu’aux vestiaires. Il est de nouveau torturé de longues heures : on lui broie les mains à coups de crosses et de bottes. Nous sommes déjà le 16 septembre. Le coup d’État a eu lieu cinq jours plus tôt. Un officier remarque qu’on « ne l’entend plus chanter », en désignant Victor Jara avant de l’abattre d’une balle dans la tête. Victor en recevra quarante-quatre autres dans le corps. On retrouvera sa dépouille aux côtés de cinq autres, dans un terrain vague au petit matin. Un groupe de civils les déplace dans une camionnette pour les conduire à la morgue. Un jeune homme, prénommé Hector, y est réquisitionné ; il reconnaît le corps du chanteur populaire : il permettra à Joan de lui donner une sépulture. Quelques jours plus tard, le poète Pablo Neruda meurt de cachexie cancéreuse — des doutes persistent encore sur un possible empoisonnement. L’écrivain Miguel Cabezas dira, dans un témoignage controversé, qu’on aurait coupé les doigts de Victor Jara et que ce dernier se serait dirigé vers les gradins en signe de défi, en chantant l’hymne populaire devant ses camarades. Un mensonge ; une légende qui ne résiste pas à l’examen des faits1.

***

En l’espace d’un mois, le Chili perd trois grands hommes. Des centaines de personnes descendent dans les rues rendre hommage au poète disparu en dépit de la présence des militaires en arme. Sous les regards inquisiteurs, les manifestants récitent des poèmes tout le long du cortège — la présence des médias étrangers évite probablement les arrestations. La foule achève sa marche devant le cimetière. Et tous de scander d’une seule voix : « Camarade Pablo Neruda, présent maintenant et pour toujours ! Camarade Salvador Allende, présent maintenant et pour toujours ! Camarade Victor Jara, présent maintenant et pour toujours ! »

 

Publié par  El Diablo

VENEZUELA: « Le peuple reste fidèle à la Révolution Bolivarienne »

VENEZUELA: « Le peuple reste fidèle à la Révolution Bolivarienne »

Le discours dominant des médias sur le Venezuela est calqué sur celui de l’opposition : la crise économique n’est qu’un prétexte, un décor. Le gouvernement serait le principal responsable et la seule mesure pour la régler serait la destitution du président Nicolas Maduro. Pourtant, l’image fabriquée d’“État en faillite” et de “crise humanitaire” ne correspond pas à la réalité telle que la décrivent les organismes des Nations unies…Les réussites sociales du Venezuela en matière de droits à l’alimentation, à la santé, à l’éducation et au logement constituent donc un angle mort dans cette vision dominante. La déstabilisation politique à travers la “guerre économique” en est un autre. À l’occasion de l’anniversaire des 18 années du processus bolivarien, nous nous sommes entretenus avec Andrés Bansart, professeur de l’Université Simon Bolivar à Caracas et auteur du livre “Comprendre le Venezuela” pour dévoiler la complexité des défis que le pays affronte actuellement.

Il y a 18 ans, Hugo Chávez était élu président. Il démarra un Processus Constituant qui donna naissance à la Constitution toujours en vigueur. Son caractère progressiste a été salué comme une source d’inspiration pour les processus latino-américains, dans un contexte où le néolibéralisme battait son plein. Comment expliquez-vous l’image si négative que la culture dominante, surtout à travers les médias européens, a projetée sur la réalité de votre pays et de la Révolution Bolivarienne ?

Si on veut être honnête, il faut réinterpréter l’Histoire, car qui l’a écrite ? Lorsque les dictatures faisaient rage dans de nombreux pays d’Amérique latine, le Venezuela était considéré comme un exemple de démocratie. Lorsque, au milieu des années 70, j’ai quitté le Chili pour m’installer au Venezuela et devenir Vénézuélien, j’ai aussitôt remarqué qu’il s’agissait d’une fausse démocratie.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

" Le peuple reste fidèle à la Révolution Bolivarienne"

" Le peuple reste fidèle à la Révolution Bolivarienne"

Il y a 18 ans, Hugo Chávez était élu président. Il démarra un Processus Constituant qui donna naissance à la Constitution toujours en vigueur. Son caractère progressiste a été salué comme...

 

http://www.investigaction.net/le-peuple-reste-fidele-r

Publié par  El Diablo

VENEZUELA : offensive tous azimuts de l’impérialisme US contre le peuple et gouvernement bolivarien

VENEZUELA : offensive tous azimuts de l’impérialisme US contre le peuple et gouvernement bolivarien

AMÉRIQUE LATINE : « STOP À L'INGÉRENCE YANKEE AU VENEZUELA, STOP À L'HYPOCRISIE »

Communiqué d'ALBA Mouvements, 15 février 2017

Nous, les organisations populaires membres de l'Articulation des Mouvements vers l'ALBA, condamnons la mise en marche d'une nouvelle offensive d'ingérence contre le peuple et le Gouvernement du Venezuela.

Lundi, 13 février, le nouveau Gouvernement des Etats-Unis, a fait un grand pas en ce sens en incluant le vice-président de la République Bolivarienne du Venezuela, Tareck El Aissami, dans sa « liste noire » de collaborateurs avec le trafic de drogues. Cette liste, comme d'autres est utilisée sur des critères politiques selon l'occasion et l'Empire nord-américain en a largement donné des preuves dans l'histoire.

Alors, maintenant, il nous informe que Tareck El Aissami est accusé de trafic de drogues. Pas Alvaro Uribe Vélez et ses tueurs à gages narco-paramilitaires, pas le narco-Gouvernement du Mexique, pas le Gouvernement défaitiste et corrompu du Honduras de José Orlando Hernández ni celui d'Horacio Cartés au Paraguay, tous deux – évidemment – nés de coups d'Etat soutenus par les Etats-Unis. L'accusé, encore une fois, est un haut fonctionnaire du Gouvernement vénézuélien, l'un des rares Gouvernements qui conserve sa dignité face aux appétits de l'Empire pour contrôler nos territoires et notre population en militarisant le continent et en pillant nos ressources. Cela nous semble être la preuve d'un empire décadent que les soi-disant témoins dans cette affaire soient en majorité des trafiquants de drogues qui ont été arrêtés et expulsés aux Etats-Unis par le Gouvernement vénézuélien pendant les années de révolution, encore plus sous lorsque l'actuel vice-président était à la tête de la police de l'Intérieur et de la justice du pays.

Si cette accusation est en soi un acte d'ingérence, le contexte dans lequel elle est protée n'est pas moins inquiétant avec l'homme de main Luis Almagro qui aboie depuis l'OEA et les congressistes d'extrême droite qui demandent encore plus d'intervention au Venezuela. Parce qu'ici, le peuple résiste et qu'ils n'ont pas pu le mettre à genoux avec la guerre économique, les campagnes de presse à l'échelle mondiale ni les assassinats sélectifs et les opérations paramilitaires en cours depuis 3 ans passées sous silence par la presse « sérieuse » internationale, privée de la vérité depuis longtemps.

Nous dénonçons que cette même presse qui aujourd'hui ouvre une nouvelle phase d'offensive médiatique transnationale dirigée par CNN qui donne la parole à des criminels comme celui qui a récemment a pris la place de l'ambassadeur du Venezuela en Irak et qui à présent réfugié en Israël. Il s'agit d'une nouvelle ère impériale, d'un Gouvernement populiste d'extrême droite qui veut rompre avec les initiatives d'intégration, qui poursuit les immigrants sud-américains, arabes, musulmans, noirs et en plus, cherche la médiation coloniale de Gouvernement européens en crise comme la monarchie espagnole pour parler aux peuples de Notre Amérique.

Face à cette situation, nous, les Mouvements vers l'ALBA, disons que nous ne sommes pas une colonie des gringos et que celui qui est contre notre frère, le Venezuela est contre tous nos peuples. Alors, nous réaffirmons notre solidarité et notre soutien au Gouvernement bolivarien et nous condamnons énergiquement cette nouvelle opération politique contre le Venezuela.

Chavez vit ! La Patrie continue !

Nous, les peuples unis, résisterons à l'offensive de l'Empire et continuerons à avancer dans notre voie d'unité et d'intégration.

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol :

http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/02/17/alba-movimientos-basta-de-injerencismo-yanqui-en-venezuela-basta-de-hipocresia/

SOURCE:

 

Amérique Latine : " Stop à l'ingérence yankee au Venezuela, stop à l'hypocrisie

http://bolivarinfos.over-blog.com/2017/02/amerique-latine-stop-a-l-ingerence-yan

L’accord Colombie-OTAN est dirigé contre le Venezuela et vers le pillage des ressources naturelles

 

Dimanche 19 février 2017 

L’éventuel accord militaire entre le Gouvernement de la Colombie et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est une provocation contre les accord de paix de l’Amérique du Sud signés à la CELAC et à l’UNASUR, des accords ratifiés même par le Gouvernement colombien lui-même.

 

Ils ont les yeux fixés sur les réserves de pétrole aussi bien au Venezuela qu’en Colombie et sur les ressources naturelles de l’Amazonía en Amérique du Sud, déclare Horacio Duque, analyste politique colombien à Resumen Latinoamericano.

 

Mais le président colombien Juan Manuel Santos ne se souvient déjà plus de la promesse qu’il a faite en 2010 au président vénézuélien de l’époque, Hugo Chávez Frías de ne faire aucune alliance militaire avec l’OTAN. Le 23 décembre 2016, il a déclaré ce qui suit  :

 

 

« Je suis plein de joie et de satisfaction parce que cet objectif, nous l’avions depuis l’époque où j’étais ministre de la défense. Nous avons fait la demande il y a 9 ans pour signer un accord de coopération qui est la possibilité la plus importante que l’OTAN a avec les pays qui ne osnt pas membres de l’OTAN pour collaborer mututellement et ils m’ont remis la lettre dans laquelle ils disent que « la Colombie a été acceptée ! »

 

L’accord de 2013

 

Le 5 mars 2013, Chávez est mort et le Gouvernement colombien, cette fois sous la baguette de Santos, a mis « mois pour que le ministre de la défense, Juan Carlos Pinzon, au siège de l’OTAN en Belgique, informe que la Colombie avait déjà un accord avec l’OTAN sur l’échange d’informations et la sécurité. Cela a été le premier memorandum de cette nature que l’Alliance ait singé avec un pays d’Amérique Latine.

 

Le Congrès de la République de Colombie a soutenu le 1é août 2014 l’accord signé le 25 juin 2013. Le 24 février 2015, le Procureur Général de Colombie a demandé qu’on déclare irrecevable l’accord signé entre la Colombie et l’OTAN en 2013 parce qu’il considérait que le document signé « n’indiquait pas avec précision sa finalité. »

 

En juin 2015, la Cour Constitutionnelle Colombie a supprimé l’accord signé en 2013 pour vices de forme quand il a été approuvé au Congrès colombien. Le 26 octobre 2016, le Sénat colombien a approuvé en seconde lecture l’accord sur la coopération et la sécurité concernant l’information entre la Colombie et l’OTAN. Le 23 décembre 2016 Santos annonce que l’OTAN a à nouveau accepté de commencer des négociations avec la Colombie.

 

Le but : contrôler le Venezuela

 

Le sénateur Paul Cordwell a été très sincère quand il a parlé au Congrès états-unien du Plan Colombie à la fin des années 90. Il a dit : « Pour contrôler le Venezuela, il faut occuper militairement la Colombie ! »

 

Avec le Plan Colombie, l’occupation militaire et la dépendance de ce pays envers les Etats-Unis se sont accélérées. Le 1é juin 2008, on a réactivé la 4° Flotte qui avait été inactive depuis 1950. Cette flotte opère dans les Caraïbes, l’Amérique du Sud et l’ Amérique Centrale et leurs 2 côtes.

 

Le 30 octobre 2009, l’ex président Álvaro Uribe Vélez a signé un accord avec le Commando Sud pour lui fournir 7 bases militaires en Colombie. Parmi ces 7 bases se trouvent la base navale de la Baie Málaga, construite au début des années 80 par la transnationale de construction suisse ABV. Santos non seulement est accusé de jouer au poker politique mais aussi d’être un menteur et un tricheur, ce qui se confirme avec le mensonge qu’il a dit à Chávez 2010. Nicolás Maduro a rappelé cette promesse violée quand il a commenté et condamné cette information, le 23 décembre :

 

« Nous allons chasser l’OTAN de là, j’appelle le peuple colombien et les peuples d’ Amérique du Sud et du Venezuela à lutter contre l’OTAN, non à l’OTAN en Amérique du Sud, ça suffit, ses guerres bien loin d’ici, l’Amérique du Sud sans alliances militaires avec des armes nucléaires et de guerre, » a déclaré Maduro dans son émission « La hora de la salsa. »

 

Horacio Duque Giraldo est un analyste politique colombien et il soutient aussi que la cible d’un éventuel accord entre la Colombie et l’OTAN est Caracas. A ce journaliste, il a dit :

 

« Je crois que le but concret est le Venezuela, nous ne devons pas nous y tromper. Indépendamment de tous les problèmes et de toutes les contradictions d’un processus comme le processus vénézuélien, ici, le problème essentiel est les grandes entreprises pétrolières et minières et les armées qui travaillent pour leur sécurité. Elles sont derrière la rente pétrolière et les richesses du Venezuela et de l’Amazonie colombienne. »

 

Le général Kelly une vraie menace pour le Venezuela.

 

Duque continue :

 

« Les 7 bases militaires en Colombie et l’accord avec l’OTAN, la nomination comme ministre de l’Intérieur et de la Sécurité du Gouvernement de Donald Trump du général John Kelly, cet ex commandant de la 4° Flotte et du Commando Sud qui fut un interventionniste déclaré en ce qui concerne la situation au Venezuela, tout cela montre qu’il se charge de détruire la structure démocratique du Venezuela. Pour la détruire, ils ont décimé et traqué économiquement (le Venezuela), ce qu’ils ont voulu faire pendant tant d’années avec Cuba.

 

Et maintenant, ils vont, comme en ont l’habitude les oligarchies d’Amérique Latine et de l’Empire, provoquer subrepticement toutes les actions nécessaires pour atteindre leur objectif très ponctuel qui est de rétablir la domination de l’oligarchie au Venezuela, la vieille oligarchie d’AD et du COPEI vénézuéliens que nous connaissons et attaquer et piller la rente pétrolière et attaquer et piller les ressources de l’Amazonie colombienne, brésilienne et équatorienne. Sur cela, nous ne pouvons pas nous tromper. C’est le but central de cet accord qu’ils annoncent avec l’OTAN. »

 

La sous-traitance des Forces Armées de Colombie

 

Horacio Duque soutient que l’Accord de Paix avec les FARC et la fin d’un conflit social et armé doivent avoir des conséquences pour les Forces Militaires Colombiennes, les plus importantes du continent. Sur le demi-million d’unités militaires, elles devraient se réduire au oins de 100 000 militaires bien que Santos ait dit qu’il en les réduirait pas. L’idée, dit Duque, est de faire une sous-traitance, ce qui signifie que même l’Armée est « victime » du modèle néolibéral dans lequel l’Etat reste seulement l’administrateur d’un petit noyau de productions et de services, le reste étant fragmenté en coopératives ou privatisé.

 

Dans ce cas, l’Etat colombien a son « produit d’exportation » qui est le Plan Colombie. Il a réussi : seulement sur le continent latino-américain et dans les Caraïbes, 12 pays ont des contrats avec Bogota dans e domaine de la sécurité et de la formation.

 

L’un d’entre eux est le Honduras, la seconde nation la plus pauvre du continent américain où la pauvreté extrême atteint 42,6% de la population. Les militaires et les civils colombiens ont remplacé en grande partie les conseillers militaires et policiers du Commando Sud des Etats-Unis. Les militaires colombiens forment leurs collègues honduriens. C’est la même chose avec la police, les organismes de sécurité et de renseignement militaire. Des avions vont tous les jours de Tegucigalpa à Bogotá avec des Honduriens qui doivent être formés par les Colombiens alors que la Colombie a de nombreux contingents de militaires en terre hondurienne.

 

Après le coup d’Etat de juin 2009, des rumeurs ont couru aussi bien au Honduras qu’en Colombie, disant que les grands propriétaires terriens de la côte nord du Honduras recrutaient des paramilitaires colombiens démobilisés venant de Magdalena Medio. Après la visite au Palais de Nariño d’une délégation hondurienne de la junte civique et militaire qui a été reçue par Álvaro Uribe en juin 2009, un mois après le coup d’Etat, Alvaro Uribe s’est rendu au Honduras en janvier 2010 et un accord a été signé entre les 2 pays pour la « lutte commune contre le terrorisme (lisez « contre la résistance hondurienne ») et le trafic de drogues ». Depuis cette date, les corps de l’armée et de la police honduriennes se sont remplis de militaires colombiens.

 

Le fond de l’Accord avec les FARC

 

C’est cette sorte de « conseils » qui ont été et seront les tâches des Forces Militaires (dans lesquelles on inclut aussi la Police Nationale colombienne). Par un accord avec l’OTAN, ce processus peut s’intensifier encore plus. Les militaires et les policiers colombiens qui ne veulent pas continuer à travailler pour les Forces Militaires peuvent devenir ouvertement des mercenaires recrutés par les alliés des Etats-Unis dans le Golfe Persique comme les 800 ex membres colombiens des Forces Spéciales colombiennes qui tuent aujourd’hui des Yéménites au Yemen, victimes d’un terrible génocide perpétré par l’Arabie Saoudite et l’Emirat Arabe.

 

« D’une certaine manière, l’Accord de Paix en Colombie poursuit ce but, c’est à dire déblayer les zones dans lesquelles se trouvent les grandes richesses minières et pétrolières, agricoles et agro-industrielles en Colombie. Les déblayer pour que les grandes multinationales viennent piller et emporter toutes les richesses, organiser de grandes étendues et de grandes propriétés foncières pour renforcer la politique de sécurité et des entreprises alimentaires des états qui vont venir profiter des grandes étendues de terre en Colombie, c’est ce que nous avons appelé « l’étrangérisation » de la terre en Colombie. C’est le but de l’accord de l’OTAN, c’est ce qu’ils veulent et qu’ils cherchent avec l’Accord de Paix en croyant que le mouvement populaire va baisser la garde et ne va pas se mobiliser. »

 

Il n’y a qu’un « mais » : Donald Trump a dit que l’OTAN n’a plus de raison d’exister mais une chose est ce que dit Trump et une autre ce que dit et fait le Pouvoir de Fait. Même le président Dwight Eisenhower admettait dans les années 50 que le Complexe Militaire et Industriel est le véritable Pouvoir aux Etats-Unis. Tous les autres, c’est RIEN !

 

DICK EMANUELSSON le 09/01/2017
Traduit de l’espagnol par Françoise Lopez pour Bolivar Info

Transmis par Linsay

Resumen Latinoamericano

La conséquence la plus tragique du coup d’État (de 2016, qui a écarté Dilma Rousseff de la présidence NdT) est la destruction du Brésil en tant que nation et la décomposition morale de ses institutions.

 

Si l’impeachment représentait lui-même une attaque contre les fondements démocratiques et républicains de la Constitution, le travail du gouvernement illégitime (de Michel Temer NdT) vise la destruction implacable et impitoyable du sens social que le pays a construit depuis la Constitution de 1988. Les mesures gouvernementales parlent d’elles-mêmes et sont synthétisées dans la PEC des dépenses (projet d’amendement de la Constitution gelant les dépenses publiques durant 20 ans NdT), dans les propositions de réforme des pensions et du travail et dans la lente destruction des programmes sociaux tels que Prouni (bourse d’accès à l’enseignement supérieur), Minha Casa Minha Vida (accès à la propriété), Bolsa Família (allocation famille), financement des étudiants, etc.

 

Le gouvernement fédéral et les gouvernements des États, en particulier à Rio de Janeiro, São Paulo et Rio Grande do Sul, ont détruit la recherche scientifique et la culture, coupant le financement, fermant les institutions et les instituts de recherche, mettant fin aux programmes, supprimant des orchestres symphoniques, sapant les universités publiques.

 

Il existe un complot anti-social délibéré, contre la science, la recherche, la culture, l’éducation et la santé publique. Il faudra des décennies de reconstruction, avec des pertes incalculables en termes de progrès, de ressources et de capacités. Ce qui est en cours est une catastrophe sociale majeure, avec un massacre des droits d’une ampleur rarement vue dans notre histoire.

 

D’un point de vue économique, à Brasilia, le pays est à vendre. Les groupes d’assaut entourent le gouvernement prêt à les satisfaire, leur fournissant pétrole et gaz, services et infrastructures, bien-être et droits sociaux, pardonnant les dettes de l’agro-industrie, dans un jeu dévastateur de piraterie économique. Le résultat est une économie paralysée avec près de treize millions de chômeurs, avec des entreprises fermant leurs portes et la production au ralenti (Ford vient de mettre en vacances forcées ses ouvriers NdT). Le miracle de la récupération rapide s’est avéré être un grand mensonge. [1]

 

Le plus grave est le travail délibéré de la décomposition morale des institutions. Le gouvernement a perdu toute modestie, tout sens de la limite, du raisonnable, du respect. C’est un gouvernement de gangs qui promeut des criminels à des postes gouvernementaux tous les jours, prouvant que le PMDB (parti du président illégitime Temer NdT), appuyé par le PSDB (parti du candidat vaincu aux élections présidentielles de 2014, Aécio Neves NdT) et les partis du centrão (partis du centre, sans qui le coup d’État n’aurait pas été possible NdT), a promu le coup d’État pour chercher protection par le forum privilégié (quasi immunité ministérielle, puisque les ministres ne peuvent être jugés que par la Cour Suprême, et quand on sait ce qu’est devenue la Cour Suprême... NdT).

 

La perte de modestie s’est transformée en cynisme et en mépris, sans scrupules et décence. C’est la conséquence logique de la grande farce rassemblée autour de l’impeachment. Si la société s’est mobilisée (dans des manifestations « anti-corruption » contre le gouvernement Dilma et qui ont disparu comme par magie NdT) pour livrer le gouvernement aux mains de la bande de corrompus la plus grande et la mieux organisée que le Brésil ait jamais connue, ce gang se sent parfaitement à l’aise dans la promotion de son autoprotection, sans tenir compte des exigences de la morale publique.

 

Au Congrès, les corrompus se sont organisés pour prendre d’assaut les principales commissions de la Chambre et du Sénat, notamment les comités sur la Constitution et la Justice. Être dénoncé dans l’opération Lava-Jato (énorme opération judiciaire contre la corruption, dont les résultats les plus flagrants sont de paralyser l’économie, d’attaquer les politiciens liés au Parti des Travailleurs, et de tenter d’empêcher l’ex-président Lula de se présenter aux présidentielles de 2018 – mais la Lava-Jato déborde et les politiciens de tout bord sont dénoncés – Michel Temer est cité 43 fois etc... NdT), et être dénoncé pour corruption est devenu une condition pour accéder aux postes de commandement, et aux commissions qui décident. Dans ce pays, il est devenu normal que le président de la République, le président de la Chambre des Députés et le président du Sénat aient de lourdes dénonciations sur leurs épaules. Cela n’a aucune espèce d’importance. Ils ont éliminé les fondements moraux de l’État brésilien.

 

Les gangs du gouvernement et du Congrès se sont articulés pour indiquer pour le poste de juge à la Cour Suprême une personne qui est accusée de plaider pour le PCC (gang de trafiquants tout puissant à São Paulo NdT), de recevoir des pots de vin et d’avoir plagié des livres de juristes espagnols (Alexandre de Morães, ex-secrétaire à la Sécurité de São Paulo, actuel ministre de la Justice NdT ). Si une telle personne devient ministre de la plus haute cour du pays, chargée de sauvegarder la Constitution et le sens moral de l’État, quelle force un enseignant aura-t-il dans sa salle de classe pour demander aux étudiants de ne pas plagier son travail à partir d’Internet ? Ce que l’on observe, c’est la destruction des valeurs morales qui font les liens de la société, car une partie de cette société, anesthésiée dans son hypocrisie, croit que tout cela est normal et que cela fait partie du jeu politique.

 

Autorités sans morale et discréditées

 

Rien d’autre ne compte. Peu importe que le futur ministre (Juge de la Cour Suprême NdT) renonce à l’indécence (il y a quelques jours, Morães a passé une soirée avec une dizaine de sénateurs – que le Sénat doive l’auditionner dans quelques jours en vue de sa nomination n’a pas l’air d’avoir la moindre importance – sur un love boat bien connu, un motel flottant dont la destination principale n’est pas exactement la réunion d’honorables sénateurs de la République avec un ministre de la Justice candidat à la Cour Suprême NdT). Et cela ne compte pas pour la majorité des ministres (juges) actuels de la Cour suprême, qui, sans honte, sans vertu, sans prudence et sans décence, se sont montrés favorables à l’entrée d’Alexandre de Moraes dans ce collège suprême des autruches en capes noires.

 

Quel est le sens moral donné au pays avec la nomination d’un ministre de la Cour suprême avec l’intention claire de protéger les personnes corrompues ? Que peut-on attendre de la moralité sociale quand les juges sont proches de ceux qu’ils doivent juger, comme c’est le cas de Gilmar Mendes (Juge de la Cour Suprême et soutien actif du PSDB NdT) avec Temer et des tucanos de haute volée ? (le toucan est l’emblème du PSDB NdT) Le fait est que nos plus hautes autorités ont perdu toute mesure, tout critère, tous bon sens, toute prudence, toute honte. Sans limite morale, sans sens social, sans sens de la justice, sans les valeurs de la dignité et des droits de l’homme, le Brésil du post-coup d’État se décompose quotidiennement, visiblement, en exsudant la putréfaction par tous ses pores.

 

Les États, comme Rio de Janeiro et Espírito Santo, sont en pleine convulsion. Le gouverneur Pezão (à Rio, déchu de son mandat par la Justice il y a quelques jours pour corruption, mais qui reste en place tant que son recours durera – c’est-à-dire probablement jusqu’à la fin de son mandat en 2018, voire plus NdT) qualifie les manifestants de « vandales ». Mais les vandales sont les politiciens du PMDB de Rio, qui ont saccagé les coffres de l’état (l’ex-gouverneur Sergio Cabral est en prison, et le montant des détournements de fonds, pots de vin etc. dont il fut le promoteur font tourner la tête NdT). Le gouverneur Hartung (de Espirito Santos NdT) dit que « la société est devenue un otage de la police ». Mais la vérité est que la police et la société sont les otages de gouverneurs incompétents qui, en période de tragique normalité, jettent la police contre la société et, en période de bain de sang provoquée par la mutinerie d’une corporation armée, jettent la société contre la police. La société et la police sont victimes d’un jeu de violence atroce, manipulé par les intérêts politiques des dirigeants. Et après sept jours de bain de sang, Temer se manifeste en mettant des chars dans les rues dans un spectacle de force stupide et impuissante (l’État d’Espirito Santo est resté 10 jours sans force policière, laissant l’État et surtout sa capitale Vitoria dans le chaos, avec une vague de règlements de comptes et d’assassinats, les magasins dévalisés, les écoles et les établissements publics fermés. Notons qu’à Rio de Janeiro, il y a déjà une soixantaine de casernes de la police militaire, responsable du maintien de l’ordre, qui sont bloquées par les familles des policiers – puisque les policiers n’ont pas le droit de faire grève... et le Carnaval qui arrive NdT).

 

Les gangs dans les prisons, la violence et le désordre dans les rues, les affrontements croissants entre manifestants et policiers, l’augmentation du chômage et de la pauvreté et la destruction des institutions étatiques sont l’héritage croissant d’un gouvernement séditieux qui récompense le crime par des postes haut placés. Ce faisant, sans scrupule et sans morale, le gouvernement autorise la barbarie sociale, l’excès, le désordre. Il faut réagir avant que les dégâts ne deviennent trop effrayants. L’opposition et les mouvements sociaux doivent sortir de leur léthargie et de leurs propres crises. Ils doivent être reconstruits dans les luttes, dans les rues, sur les places publiques, car ce sont les meilleurs remèdes pour rétablir les vertus civiques. Les batailles pour la citoyenneté, pour les droits, pour la justice et la liberté sont les meilleurs moyens de notre autocritique. L’assomption de la défaite est toujours l’avantage de l’ennemi.

 

Le Brésil ne peut pas continuer dans les mains de ceux qui le détruisent. Les jeunes ont besoin d’espoir, les travailleurs veulent des emplois, et les personnes âgées sont impuissantes, craignant une vieillesse sans retraite. Il est nécessaire de ramener le Brésil au stade de la démocratie, du sens social, dans la recherche des droits, de la justice et de l’égalité. Le Brésil a besoin, de toute urgence, d’un gouvernement décent et capable de diriger moralement et politiquement la société. Le gouvernement actuel, par l’immoralité manifeste qu’il représente, mérite la damnation et un éternel oubli.

 

Aldo FORZIERI

traduit par Lucien, candidat au Label Certifié, Appellation Contrôlée « Mal Pensant » du DECODEX du Monde.

 

Note du traducteur :

[1] Rien que dans le secteur du commerce, en 2016, la récession de Temer a provoqué la fermeture de 1087 magasins et éliminé 182.000 postes.
https://www.brasil247.com/pt/247/economia/280003/Recess%C3%A3o-de-Teme...

Une étude de la Banque Mondiale montre que le gouvernement Temer provoquera le rejet vers l’extrême pauvreté de 3,6 million de personnes.
https://www.brasil247.com/pt/247/economia/280000/Com-Temer-Brasil-ganh...;novos-pobres’.htm

»» http://jornalggn.com.br/noticia/a-destruicao-do-brasil-e-sua-decomposi...
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07 février 2017

Raul Castro Ruz, Cuba et ses relations internationales

 

« Je souhaite exprimer, indique Raul Castro Ruz, la volonté de Cuba de continuer de discuter des affaires bilatérales en suspens avec les États-Unis, sur la base de l’égalité, la réciprocité et le respect de la souveraineté et de l’indépendance de notre pays, et de poursuivre le dialogue respectueux et la coopération sur des sujets d’intérêt commun avec le nouveau gouvernement du président Donald Trump. Cuba et les États-Unis peuvent coopérer et coexister de manière civilisée, en respectant leurs différences et en favorisant tout ce qui peut s’avérer positif pour les deux pays et les deux peuples, mais il ne faut pas attendre pour autant que Cuba fasse des concessions inhérentes à sa souveraineté et à son indépendance. Le blocus économique, commercial et financier persiste, et entraîne des privations et des dommages humains importants qui affectent gravement notre économie et entrave notre développement... »

 

Revenons à la lecture du discours...

 

Michel Peyret


Jamais il n’a été plus nécessaire de nous engager réellement dans la voie de l’unité

 

Discours prononcé par le général d’armée Raul Castro Ruz, président du Conseil d’État et du Conseil des ministres de la République de Cuba, au 5e Sommet de la Communauté des États d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC), à Punta Cana, République dominicaine, le 25 janvier 2017, « Année 59 de la Révolution »

 

Auteur: Raul Castro Ruz | Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.">

 

25 janvier 2017 17:01:33

Photo: Estudio Revolución

 

(Traduction de la version sténographique du Conseil d’État)

 

Cher président Medina,

 

Chers chefs d’État ou de gouvernement d’Amérique latine et de la Caraïbe, Illustres chefs de délégations et invités,

 

Au Sommet qui a donné vie à cette Communauté, à Caracas, en 2011, nous avons exprimé la conviction que « l’unité et l’intégration politique, économique, sociale et culturelle de l’Amérique latine et de la Caraïbe constituent (…) une nécessité pour affronter avec succès les dangers qui se posent à nous en tant que région ».

 

Jamais il n’a été plus nécessaire de nous engager réellement dans la voie de l’unité, en reconnaissant que nous avons de nombreux intérêts en commun. Travailler en faveur de « l’unité dans la diversité » est un besoin impératif.

 

Pour atteindre cet objectif, il s’impose un respect absolu de la Proclamation de l’Amérique latine et de la Caraïbe comme Zone de paix, signée par les chefs d’État et de gouvernement en janvier 2014, dans laquelle nous nous sommes engagés « envers le strict respect de l’obligation de ne pas intervenir, directement ou indirectement, dans les affaires intérieures de tout autre État », et à régler les différends par la voie pacifique, ainsi qu’à « respecter pleinement le droit inaliénable de tout État d’adopter le système politique, économique, social et culturel de son choix ».

 

Pour ce faire, il est indispensable que tous les membres de la communauté internationale respectent pleinement les postulats de la Proclamation dans leurs relations avec les pays de la CELAC.

 

Il serait souhaitable que le nouveau gouvernement des États-Unis opte pour le respect de la région, bien qu’il soit préoccupant qu’il ait annoncé certaines intentions qui mettent en danger nos intérêts dans les sphères du commerce, de l’emploi, de la migration et de l’environnement, entre autres.

 

Par conséquent, il est indispensable de lancer des plans d’actions communs et de rendre plus efficace la gestion de la CELAC.

 

Par ailleurs, un retour au néolibéralisme provoquerait une recrudescence de la pauvreté et du chômage, aggravant ainsi les conditions sociales en Amérique latine et la Caraïbe.

 

Monsieur le Président,

 

Nous réaffirmons notre soutien au peuple et au gouvernement vénézuéliens dans la défense de leur souveraineté et de leur autodétermination face aux actions menées contre la Révolution bolivarienne.

 

Nous continuerons, dans la mesure de nos possibilités, de contribuer à la mise en œuvre de l’Accord final de paix entre le gouvernement de Colombie et les FARC-EP, et d’appuyer les conversations de paix avec l’ELN.

 

Nous réaffirmons que le peuple de Porto Rico doit être libre et indépendant ; nous continuerons d’appuyer les revendications de l’Équateur face au refus des transnationales de réparer les graves dommages environnementaux causés en Amazonie ; nous rejetons la manipulation politique contre le gouvernement bolivien et les tentatives de déstabilisation contre ce pays ; nous félicitons le président Daniel Ortega pour sa récente réélection à la tête du Nicaragua, et également la vice-présidente Rosario Murillo. Nous réaffirmons notre rejet du coup d’État parlementaire perpétré au Brésil contre la présidente Dilma Rousseff, à qui nous exprimons notre solidarité, de même qu’à l’ancien président Luis Inacio Lula da Silva.

 

Nous confirmons le soutien de Cuba aux nations sœurs des Caraïbes face aux tentatives de les priver de l’accès aux ressources financières, dans leur lutte contre le changement climatique, et dans leurs revendications légitimes pour la réparation des dommages provoqués par le colonialisme et l’esclavage.

 

Nous renouvelons nos encouragements aux efforts de la République argentine pour récupérer les Îles Malouines, Georgie-du-Sud et Sandwich-du-Sud.

Cher président, je souhaite exprimer la volonté de Cuba de continuer de discuter des affaires bilatérales en suspens avec les États-Unis, sur la base de l’égalité, la réciprocité et le respect de la souveraineté et de l’indépendance de notre pays, et de poursuivre le dialogue respectueux et la coopération sur des sujets d’intérêt commun avec le nouveau gouvernement du président Donald Trump.

 

Cuba et les États-Unis peuvent coopérer et coexister de manière civilisée, en respectant leurs différences et en favorisant tout ce qui peut s’avérer positif pour les deux pays et les deux peuples, mais il ne faut pas attendre pour autant que Cuba fasse des concessions inhérentes à sa souveraineté et à son indépendance.

 

Le blocus économique, commercial et financier persiste, et entraîne des privations et des dommages humains importants qui affectent gravement notre économie et entrave notre développement.

 

Cependant, nous continuons de centrer nos efforts sur la mise à jour de notre modèle économique et social, et de lutter pour construire une Nation souveraine, indépendante, socialiste, démocratique, prospère et durable.

 

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude au président Danilo Medina pour son émouvant hommage à la mémoire du Commandant en chef de la Révolution cubaine, Fidel Castro Ruz, à la cérémonie d’ouverture de ce Sommet, ainsi qu’à toutes les personnes qui nous ont transmis leurs condoléances et leurs messages de solidarité.

 

Permettez-moi, pour conclure, de vous remercier, ainsi que le peuple dominicain, pour votre hospitalité et pour votre chaleureux accueil, et vous féliciter pour le travail réalisé durant votre mandat à la présidence tournante de la CELAC, et aussi de réitérer notre engagement de soutien et de solidarité au Salvador et à son président Salvador Sanchez Cerén, dans sa gestion à la tête de la Celac en 2017.

 

Je vous remercie. (Applaudissements)

 

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Les mouvements sociaux unis pour la paix, l’unité et la souveraineté

Raul en République dominicaine

Début de la réunion des ministres des Affaires étrangères

Posté par Michel Peyret 

Cuba : Pourquoi blocus et pas embargo ?

Même si, formellement, le blocus total contre Cuba fut imposé par les États-Unis le 7 février 1962, déjà en 1959 notre pays était victime des politiques de blocus

LES actions hostiles du gouvernement des États-Unis contre Cuba n’entrent pas dans la définition d’ « embargo ». Au contraire, elles dépassent le sens étroit du mot et typifient un « blocus » qui en réalité cherche l’isolement, l’asphyxie, à encercler et harceler Cuba dans le but délibéré d’étouffer le peuple cubain et de le pousser à renoncer à sa décision de rester souverain et indépendant. Ces visées constituent précisément des éléments cardinaux dans le concept de « blocus », qui signifie siège, coupure de toute communication avec l’extérieur, isolement, autrement dit une guerre d’usure imposée pour d’obtenir une capitulation par la force ou par la famine.

Depuis la Conférence navale de Londres, en 1909, le blocus est considéré par le Droit international comme « un acte de guerre ». Et en tant que tel, il ne peut être utilisé que par les pays belligérants. Par ailleurs, aucune norme du Droit international ne justifie le dénommé « blocus pacifique » tel qu’il fut employé par les puissances coloniales au 19e siècle.

Ce concept controversé n’est pas non plus de tradition dans le Droit international accepté par les États-Unis d’Amérique, mais les autorités de ce pays semblent avoir la mémoire courte et oublient qu’en 1916, ils lancèrent cette mise en garde à la France : « Les États-Unis ne reconnaissent à aucune puissance étrangère le droit de mettre des obstacles à l’exercice des droits commerciaux des pays non intéressés, en ayant recours au blocus quand il n’y a pas d’état de guerre ».

Généralement, on appelle embargo un placement sous séquestre, une forme judiciaire de retenir les biens pour s’assurer de l’accomplissement d’une obligation contractée en toute légitimité. Il peut également s’agir d’une mesure de précaution à caractère patrimonial autorisée par le juge, un tribunal ou une autorité compétente, visant à obliger le débiteur à honorer ses obligations envers ses créanciers.

Cuba est-elle débitrice des États-Unis ? Cuba a-t-elle commis un crime justifiant la saisie et la liquidation de ses biens en faveur des États-Unis. La réponse ne saurait être plus claire et nette. Notre pays n’a jamais été ni ne constitue une menace pour la sécurité des États-Unis, si bien qu’il est contraire aux lois internationales d’appliquer des mesures de « légitime défense » alors que le Droit international ne reconnaît pas la légitime défense subjective, ni ne justifie la légitime défense consacrée par la Doctrine Monroe, qui prône une politique d’agression.

L’expression « embargo » ne fait que cacher un ensemble de mesures de coercition et d’agression économique découlant d’un blocus illégal exercé par les États-Unis contre Cuba.

Le gouvernement des États-Unis emploie le mot « embargo » pour ne pas reconnaître qu’il applique à Cuba des mesures de temps de guerre non déclarée contre le peuple cubain.

Le blocus contre Cuba relève d’un comportement génocidaire de la part du gouvernement étasunien, dont le but est de soumettre intentionnellement le peuple cubain à des conditions d’existence qui pourraient entraîner des préjudices physiques, totaux ou partiels pour affaiblir sa décision de lutter et de vaincre.

Même si, formellement, le blocus total contre Cuba fut décrété par les États-Unis le 7 février 1962, déjà en 1959 ce pays appliquait des politiques de blocus contre notre pays, destinées essentiellement à porter atteinte aux intérêts vitaux de la défense et de l’économie cubaine, telles que l’élimination du quota sucrier qui était le seul et le principal support de l’économie et des finances de l’île, et le refus de livraison et de raffinage du pétrole de la part des entreprises pétrolières nord-américaines qui exerçaient le monopole de cette activité énergétique. Paralyser le pays était l’objectif qu’ils n’ont pas pu atteindre, ainsi que le boycott pervers de l’achat de toute pièce de rechange destinée à l’industrie cubaine, qui étaient toutes de fabrication nord-américaine.

Face à l’échec du blocus partiel imposé pour faire plier le peuple cubain, le président des États-Unis J.F. Kennedy, sur instruction du Congrès, à travers la Section 620a de la Loi d’aide étrangère de septembre 1961, décréta le blocus total contre Cuba, le 7 février 1962.

Il y a donc un paradoxe, voire un antagonisme, entre l’objectif du blocus et le droit du peuple cubain d’exercer sa libre détermination, un droit consacré dans la Charte des Nations Unies, la Déclaration des droits de l’Homme et les articles 1 des Traités internationaux sur les droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que sur les droits civils et politiques de nos citoyens. Qui viole donc les droits humains du peuple cubain ?

De nombreuses résolutions des Nations Unies condamnent les actes d’agression.

Par exemple, la Résolution 2625 du 24 octobre 1970 de la 25e Période de sessions de l’Assemblée nationale des Nations Unies, stipule qu’ « aucun État ne peut appliquer ni encourager l’usage de mesures économiques, politiques ou de toute autre nature pour contraindre un autre État à subordonner l’exercice de ses droits souverains et pour obtenir de lui des avantages de quelque ordre que ce soit. Tous les États doivent aussi s’abstenir d’organiser, d’aider, de fomenter, de financer, d’encourager ou de tolérer des activités armées subversives ou terroristes destinées à changer par la violence le régime d’un autre État ainsi que d’intervenir dans les luttes intestines d’un autre État », et que « tout État a le droit inaliénable de choisir son système politique, économique, social et culturel sans aucune forme d’ingérence de la part d’un autre État ». •

NOTE : Extraits tirés du livre Cuba-USA. Nationalisations et blocus, de la Dr Olga Miranda Bravo, Éditions Ciencias sociales, La Havane, 1996. Source : http://www.cubavsbloqueo.cu

Depuis 1992, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté à une majorité croissante la Résolution intitulée « Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d’Amérique ». Depuis l’entrée en vigueur de cette politique criminelle contre l’Île, voici plus de 50 ans, le blocus a provoqué des dommages évalués à plus de 125 milliards de dollars au peuple cubain, selon le Rapport présenté par Cuba en 2016 à l’ONU.

»» http://fr.granma.cu/cuba/2017-02-03/pourquoi-blocus-et-pas-embargo
URL de cet article 31483 

Figures Révolutionnaires de l’Amérique latine

Cet ouvrage propose au lecteur sept chapitres consacrés à quelques-uns des révolutionnaires les plus importants d’Amérique latine et caribéenne : Simón Bolívar, José Martí, Ernesto Che Guevara, Hugo Chávez, Fidel Castro et Evo Morales. L’Amérique latine et caribéenne offre depuis le début des années 2000 l’image de peuples qui sont parvenus à repasser à l’offensive, dans les conditions historiques très difficiles qui sont celles de ce début de XXIe siècle. C’est cette puissante mobilisation populaire qui est aujourd’hui confrontée à diverses tentatives, appuyées par l’impérialisme étasunien, de retour de la réaction. Et ce sont ces peuples qui, comme ils l’ont fait depuis des décennies, sur tout le continent, résistent.

 

Rémy Herrera : Economiste, est chercheur au CNRS. Il dirige des thèses de doctorat au Centre d’Économie de la Sorbonne. Il est associé à l’International Initiative for Pro- moting Political Economics (Londres), à l’Union of Radical Political Economics (New York), à la Chubu University (Nagoya), la Lingnan University (Hong Kong), la Sociedad de Economía Política Latinoamericana (São Paulo), à l’Aso- ciación Nacional de Economistas de Cuba (La Havane), au Forum du Tiers Monde (Dakar) et au Forum mondial des Alternatives (Paris). Il travaille aussi avec le Centre Europe-Tiers Monde (Genève) auprès du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Editions DELGA
Prix public : 10 euros
Nombre de pages : 114
Référence : 978-2-37607-107-5

http://editionsdelga.fr/portfolio/remy-herrera-3/

URL de cet article 31482 
https://legrandsoir.info/figures-revolutionnaires-de-l-amerique-latine.html


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Un autre capitalisme n’est pas possible
Rémy HERRERA
Le capitalisme est en crise. Il pourrait même s’agir d’une des plus graves crises de l’histoire moderne. Et pourtant, à suivre l’actualité au jour le jour, l’opinion publique peut avoir le sentiment que cette crise est déjà derrière nous. Or, le pire est sans doute encore à venir, malgré les propos rassurants tenus et les aménagements envisagés. En effet, la réactivation annoncée de l’intervention étatique a notamment pour objet la négation de la nature de biens publics à la fois gratuits et libres de (...)
 
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Une autre Amérique : La Virginie devient le seizième Etat fédéral à rejoindre « Engage Cuba »

 

31 Janvier 2017

Aujourd’hui j’avais le choix entre des informations sur la montée du klux klux klan, qui désormais recrute au grand jour aux Etats-Unis, et les conséquences du décret anti-immigration. J’ai préféré traduire cet article qui décrit un travail qui depuis des années se mène entre Américains du nord et Cubains pour inscrire dans les faits la levée du blocus. Dans ces temps incertains, on peut se demander si les vagues lueurs que l’on voit sont celles du crépuscule ou celle de l’aube. Pour que se lève cette dernière il faut une résistance digne de celle des Cubains, une certitude et une confiance en l’avenir qui les caractérise. Que l’on ne se fasse pas d’illusion une telle résistance n’est pas verbale, elle doit pénétrer les esprits et chaque organisation collective. Les Cubains ne sont pas les seuls, simplement ils ont un parti, des dirigeants pour donner sens à cette volonté de vivre, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. La révolution est d’abord choix de la vie face au fascisme qui tente de l’imiter mais qui est choix de la mort

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach).


Terry McAuliffe, le gouverneur de la Virginie, a dit qu'il est honoré de servir comme président d'honneur du conseil a récemment annoncé une étape importante dans les efforts visant à lever les restrictions étape. Photo prise de politico.com.

 

Les dirigeants du territoire américain de Virginie ont lancé un conseil bipartite de l’Etat pour la promotion des relations avec Cuba et exhorter le Congrès à lever le blocus contre l’île.

 

L’initiative, nommée Conseil d’Etat de Virginia-Engage Cuba, est dirigé par le gouverneur Terry McAuliffe et cherche à éliminer les restrictions commerciales avec la nation des Caraïbes pour ouvrir des opportunités bilatérales.

 

Avec la loi promulguée ce lundi, la Virginie devient le seizième Etat à se joindre à engager Cuba, une organisation basée dans cette capitale qui se consacre à la promotion de mesures législatives pour mettre fin au blocus économique, commercial et financier.

 

Selon ce qu’a dit McAuliffe, il se sent honoré de servir comme président d’honneur du conseil qui a été récemment créé, une étape importante dans les efforts visant à lever les restrictions et à promouvoir des relations mutuellement bénéfiques entre le Commonwealth de Virginie et le pays des Antilles.

 

Il a souligné que l’Etat a une relation économique exceptionnellement positive avec Cuba, notamment en étant le territoire avec le plus grand volume des exportations agricoles vers l’île en 2015.

 

Cependant, notre activité est entravée par plus de 50 ans de politiques ratées d’isolement économique et politique, a-t-il dit.

 

Selon  le gouverneur démocrate, il est temps pour le  Congrès de lever les restrictions, financières commerciales et des voyages qui empêchent l’échange normal de marchandises entre les deux pays, et de permettre aux entreprises de forger de nouvelles alliances.

 

Le titulaire  d’engager Cuba, James Williams, a applaudi McAuliffe et le sénateurs Mark Warner et Tim Kaine pour le soutien apporté à l’amélioration des relations avec Cuba et pour mettre fin au blocus, il a publié une note de l’organisation. Pour Warner, lever l’encerclement permettrait à la Virginie de vendre au pays des Caraïbes des produits depuis les  technologies de l’information jusqu’à l’équipement lourd, tout en contribuant à la croissance économique de l’île et à une augmentation du pouvoir d’achat.

 

En 2002, quand il était gouverneur de l’Etat, l’homme politique démocrate a signé un accord sur les exportations agricoles vers Cuba pour la première fois en 40 ans, et une fois élu au Congrès, il a soutenu avec Keine plusieurs initiatives de lois concernant l’île.

 

À son tour, le secrétaire de l’Agriculture et des forêts de Virginie, Basil I. Gooden a déclaré que la première de ces industries a grandement bénéficié de la relation commerciale forte, mais a reconnu qu’on  ne peut en tirer le plein potentiel alors que les limites sont conservés à échange.

 

Lors de la présentation du Conseil d’Etat, étaient présents lundi une délégation de chefs d’entreprise cubains qui font une tournée de plusieurs villes américaines jusqu’au 3 février.

 

(Con información de Prensa Latina)

 

Groupe à but non lucratif qui fait pression sur le Congrès américain en faveur de la suppression de l’interdiction de faire des affaires ou de voyager à Cuba, un vestige de la guerre froide établi depuis 1960. Le groupe comprend des responsables politiques des partis démocrate et républicain et a des liens étroits avec les dirigeants du Congrès et le secteur des entreprises. Le mouvement intervient auprès de grands groupes d’affaires et non-gouvernementaux pour exiger la fin de blocus que, pour plus de la moitié d’un siècle Washington a imposé sur le peuple cubain.

Tourisme humanitaire : l’humiliant business de certaines ONG installées en Haïti

 

30 Janvier 2017
Je connais Haïti, j’ai eu la chance d’être initiée à ce fier pays par un couple de sociologues communistes Suzy Castor et Gérard Pierre Charles, j’ai fait un compte-rendu de ce voyage dans les Temps Modernes. Mais qui a vécu à Cuba a appris le respect et l’amitié pour ce pays… Je pourrais longuement vous parler des écrivains, des artistes et même du vaudou haïtien qui fait partie de cette créativité autant que de l’aliénation. C’est vrai que quand on connaît l’histoire d’Haïti, le pillage, lire cette description de certaines ONG faisant du tourisme charitable vous écœure… oui les ONG ont été partout dans le monde des plaies de la bonne conscience occidentale. Quand je pense à cette charité là, j’ai envie de chanter la complainte de Brecht: « Grand saint Martin comme chacun sait plaignait très fort les miséreux, voyant un pauvre grelottant, il fendit en deux son grand manteau sur le champ. Ils moururent tous deux… Gelés » Le monde n’a pas besoin de charité et de bons sentiments, il a besoin de justice et de paix
 
(note de Danielle Bleitrach)


http://www.telerama.fr/sortir/tourisme-humanitaire-l-humiliant-business-de-certaines-ong-installees-en-haiti%2C153257.php?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1485536155

Le bus conduit les membres de l'association chrétienne Food for the Poor dans des bidonvilles dits dangeureux pour distribuer de la nourriture. 

Parmi les 10.000 ONG recensées en Haïti, certaines ont des pratiques peu reluisantes. Le photojournaliste Corentin Fohlen signe un reportage qui en dit long sur l’ahurissante naïveté et le mépris de ces évangélistes des temps modernes.

 

Corentin Fohlen ne connaissait rien, ou presque, de la Repiblik Dayiti avant ce 12 janvier 2010. Quand il apprend, par la radio, qu’un tremblement de terre a ravagé l’un des pays des Grandes Antilles, il décide de partir là-bas. Réflexe de photojournaliste ! Alors âgé de 29 ans, il est déjà rompu aux situations de conflits : à son actif, des reportages sur la guerre du Kivu en République Démocratique du Congo, l’Afghanistan, les émeutes en région parisienne, la crise grecque…

 

Devant l’ampleur du drame haïtien il réalise divers sujets pour la presse. Le feu de déchets se consumant en plein milieu de l’avenue Dessalines, dans le quartier commerçant le plus touché par le séisme, est l’une de ses premières images emblématiques de la catastrophe. Prise le 21 mars 2010, elle ouvre le livre de photos qui paraît aujourd’hui : Haïti, Conrentin Fohlen, Éditions Light Motiv.

 

Dans ce quartier, l'un des plus dévasté après le séisme du 12 janvier 2010, les déchets sont brûlés chaque soir (ici le 21 mars 2010). 

 

Dix neuf voyages plus tard, le photographe voit les choses autrement : « Désormais, je travaille plus en profondeur, en m’éloignant de la course effrénée aux news. Et surtout, je cherche à montrer une autre image que celle d’un pays misérable et maudit. Loin des clichés, je voudrais avec mon témoignage redonner sa fierté à ce pays. ».


Corentin est aujourd’hui l’un des rares photoreporters à ne pas avoir cédé à l’esthétique du cadavre et de la ruine. Il est parvenu à décrire La terre des hautes montagnes et ses habitants, avec un œil à la fois critique et respectueux.

 

“La République des ONG”

 

L’un des chapitres du livre est consacré à une forme d’ingérence étrangère. Pire, à un humiliant commerce orchestré par des ONG : le tourisme humanitaire.

 

Le bus conduit les membres de l'association chrétienne Food for the Poor dans des bidonvilles dits dangeureux pour distribuer de la nourriture. 

« En 2012, je voyais passer des groupes d’Américains installés à l’arrière de pickup ou dans des bus, en complet décalage avec la situation. C’était des membres appartenant à l’une des 10.000 ONG (1) qui pullulent à Haïti et dont la plupart américaines sont liées à une église missionnaire évangélistes aux USA. Je les ai contacté pour en suivre quelques unes »...


For the Poor est l’une des importantes organisations implantées en Haïti dès 1996. Sur l’image ci-dessus, on voit l’arrivée des « volontaires » pour distribuer de la nourriture aux plus démunis dans le bidonville de Cité Soleil, un quartier considéré comme le plus dangereux du pays, mais où les ONG ont des contacts.

 

Dans une orphelinat de Titanyen, le 17 janvier 2013, des membres de Healing Haïti s'essaient au lavage des vêtements à l'haïtienne... 

 

Une autre ONG, Healing Haiti, installée depuis 2006, a été créée par un couple du Minnesota qui affirme : « Nous n’avons pas choisi Haïti, Dieu a choisi Haïti, pour nous. » Comme toutes ces organisations prosélytes, elles organisent chaque semaine le débarquement de 200.000 américains (chiffres de l’ambassade américaine), qui viennent pour un séjour (coûteux) d’une semaine. Au programme distribution d’eau, de chewing-gum dans les écoles, journée plage avec des orphelins… et câlins. « Comme sur l’image ci-dessous, le 17 janvier 2013, dans le village de Titanyen, Dickinson tient une petite fille dans ses bras, raconte Corentin, alors que le reste du groupe aide un vieillard à manger. »

 

Dickingson, membre de l'ONG Healing Haïti s'occupe d'une petite fille, le 17 janvier 2013 à Titanyen. 

Réalisme cru

 

Dans la cour de l’orphelinat « La vigne d’or », ils sont venus distribuer coloriages, sucreries et jouets. L’appareil photo enregistre la scène, avec un réalisme cru. Rien n’a été ôté, ni ajouté à cette drôle de pièce de théâtre, ce jeu de rôles grandeur nature qui se reproduit inlassablement, chaque semaine. Et, la petite fille, incrédule, d’observer les bulles de savon que l’on fait éclater sous son nez. « Ces ONG sont convaincues du bien-fondé de leur action et ne voient évidemment pas les conséquences néfastes que leurs vacances humanitaires induisent : ingérence, mépris, pays sous perfusion et perversion des mentalités haïtiennes. »

 

Distribution de jouets et de friandises dans un orphelinat de Titanyen le 17 janvier 2013. 

 

« Lors d’une visite dans une maison de retraite, raconte le photographe, j’ai assisté à une scène épouvantable. Le programme prévoyait une distribution de bonbons aux personnes âgées. Chaque volontaire s’est affairé à donner ses friandises aux vieillards, plutôt en mauvaise santé. Là, j’ai assisté au face à face effrayant d’une jeune Américaine qui durant près de 3 minutes a tenté d’introduire de force un bonbon dans la bouche résolument fermée d’une vielle dame assoupie, qui grommelait, sans comprendre ce qui lui arrivait. »

 

Selfies souvenirs

 

Love Haïti, Mission Haïti, Haïti for Christ, Christianville Haïti, Save Haïti, … sont, sur le Net, parmi les noms d’associations qui veulent sauver Haïti, leurs programmes simplistes jouent sur la crédulité de certains haïtiens (alors que d’autres, en colère, envoient parfois des pierres sur les autobus, qui sont aujourd’hui grillagés). Venus se faire plaisir, ils repartiront ravis de leur vacances, avec plein de selfies-souvenirs .

 

Port-au-Prince, le 15 janvier 2013 à l'occasion d'une distribution d'eau dans un bidonville. 

 

(1) Haïtien resource developement Foundation et la banque Mondiale avancent le même chiffre.

Carlos Slim, le milliardaire mexicain réclame la plus grande fermeté dans les négociations et exclut de se présenter à la présidentielle

 

28 Janvier 2017

Le journal mexicain la Jornada donne la parole à un des hommes les plus riches du monde. Décidément les capitalistes ont la cote pour résoudre les problèmes qu’ils créent et qui visiblement leur rapportent. L’avantage est sans doute qu’ils parlent la même langue et ne pensent qu’aux intérêts en jeu. Selon le milliardaire mexicain, le président américain cherche à «provoquer pour négocier». Il s’est montré confiant quant à la tenue prochaine d’une réunion entre le président mexicain Enrique Peña Nieto et son homologue américain du fait de l’importance de la relation entre les deux Etats. A noter que dans cette partie de poker, le milliardaire mexicain pense que le meilleur atout du Mexique est de ne plus tabler sur les exportations et importations mais de développer un marché intérieur, ce qui veut dire en clair privilégier les emplois et les salaires. La renégociation de l’Alena ne serait pas une mauvaise affaire… Une conséquence de la politique de Trump qui ne vaut pas que pour le Mexique…

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)


Amador Roberto González Vendredi 27 janvier 2017 13h39
 
Selon le milliardaire mexicain Carlos Slim, le président américain Donald Trump cherche à «provoquer pour négocier». (Vendredi 27 janvier 2017)

ÉQUATEUR : Élections présidentielles de février 2017 : Lenin Moreno pourrait succéder à Rafaël Correa.

 

27 Janvier 2017

Merci à Michel Taupin pour la traduction du sujet. Remarquez avec le prénom de Lénine on peut être rassuré… encore que un des responsable syndical trotskyste au Vénézuela répond au doux prénom de Staline

 

(note de Danielle Bleitraach)


Rafaël Correa ne sollicitera pas un 4ème mandat. C’est Lenin Moreno son ancien vice-président (2007-2013) qui présente Alianza Pais, le mouvement de gauche socialiste au pouvoir depuis 2007.

 

Lenin Moreno, handicapé lui-même, a beaucoup agi pour les droits et le bien-être des personnes handicapées. Grâce à lui, l’Équateur est devenu l’un des pays les plus avancés d’Amérique du Sud dans ce domaine.


Depuis 2004, il dirige la Fondation Eventa qui s’intéresse à l’intelligence émotionnelle et à la promotion de l’humour sous toutes ses formes.

 

Lenin Moreno, accompagné de son vice-président potentiel Jorge Glas, a exhorté les jeunes à être des entrepreneurs et non seulement des salariés.

 

« Pour développer l’esprit d’entreprise, chers jeunes, ne pensez pas toujours à rester des employés » a souhaité le candidat de Pays Alliance pour la présidence de l’Équateur.

 

Le candidat a exhorté mercredi les jeunes Équatoriens à proposer de l’innovation et à acquérir l’esprit d’entreprise et de laisser derrière eux les vieux concepts.

 

« Notre Constitution reconnaît les jeunes comme acteurs stratégiques dans le développement. Alors osez développer votre esprit d’entreprise, chers jeunes. » a-t-il dit lors de la réunion nationale de la jeunesse 2017.

 

Moreno a annoncé que s’il gagnait la présidence le 19 février prochain, il accorderait des prêts et des bourses à la jeunesse pour encourager l’innovation et la volonté d’entreprendre. « Je n’ai jamais manqué à mon pays, je ne manquerai pas à la jeunesse ».

 

Selon le CNE, environ 13,2 millions d’électeurs seront appelés aux urnes pour élire le nouveau président, le vice-président et les 137 députés de l’Assemblée nationale, actuellement dominée par les partisans de Rafaël Correa.

 

Ce scrutin sera crucial pour la majorité présidentielle car ce sera la première fois depuis 2006 que M. Correa, porteur du projet « révolution citoyenne » socialiste, ne se représentera pas.

 

Ce pays producteur de pétrole et « dollarisé » est fortement affecté depuis plusieurs mois par la chute des cours du brut, la hausse du billet vert et la dévaluation des monnaies du Pérou et de la Colombie, ses voisins.

 

C’est Rafaël Correa, dont l’épouse est belge et qui, à la fin de son mandat, envisage de s’installer en Europe pour des raisons familiales, qui a suggéré le nom de ses remplaçants : son ex vice-président Lenin Moreno et l’actuel vice-président Jorge Glas.

 

A ce jour, seuls deux opposants ont annoncé leurs candidatures: l’ancien banquier Guillermo Lasso, du parti libéral Créer des Opportunités (CREO) et l’ex parlementaire Dalo Bucaram, de Force Équateur.

 

Photo : Lenin Moreno

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