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Syrie

jeudi 17 août 2017

Les Etats Unis et la Grande Bretagne livrent-ils des armes chimiques à l'opposition syrienne?

Damas affirme avoir retrouvé des armes chimiques en provenance des Etats Unis et de Grande Bretagne dans les réserves d'armes des groupes extrémistes. La Russie espère une enquête.
 
Le ministère des affaires étrangères syrien a déclaré avoir retrouvé dans les dépôts d'armes des groupes terroristes à Alep et aux alentours de Damas des armes chimiques provenant d'entreprises américaines et anglaises:
«Tout le matériel spécial retrouvé se compose de grenades à main et de pièces de lance-grenades munies de substances toxiques CS et CN (…). Les munitions chimiques ont été produites par la société Federal Laboratories sur le territoire des États-Unis, alors que les substances toxiques ont été fabriquées par les sociétés Cherming Defence UK (Royaume-Uni) et NonLethal Technologies (États-Unis)»
La Syrie accuse ainsi la coalition américaine de violer la Convention sur l'interdiction des armes chimiques. De leur côté, les Etats Unis et la Grande Bretagne affirment que ces armes n'ont jamais fait partie du programme d'aide aux "opposants" syriens. Ce qui n'implique pas pour autant la négation de leur existence ... 
 
Le représentant de la Russie à l'ONU propose qu'une enquête soit ouverte et que la question soit soulevée devant le Conseil de sécurité. Ce serait en effet le seul moyen de faire le jour sur ces accusations d'utilisation d'armes chimiques, mais il y a peu de chance pour que les Etats Unis le laissent faire. 
 
Rappelons que Damas a toujours réfuté être impliqué dans les attaques chimiques commises sur son territoire et qu'une enquête va enfin être menée sur le terrain en ce qui concerne celle de Khan Cheikhoun, à laquelle la Syrie entend participer activement pour prouver son innocence:
«Dans les prochains jours, nous recevrons une délégation» d'une commission conjointe de l'ONU et l'Organisation internationale pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) qui enquête sur l'attaque d'avril au gaz sarin contre une localité rebelle dans la province d'Idleb (nord-ouest), a affirmé à la presse à Damas Fayçal Moqdad.
Ce serait peut être la bonne occasion pour identifier l'origine des armes chimiques utilisées contre les civils et la coopération des membres de la coalition américaine serait également une preuve de leur bonne foi. Mais sont-ils réellement intéressés par une enquête objective?   
 

dimanche 13 août 2017

La Syrie ou l'erreur stratégique de trop

Alors que l'armée syrienne, appuyée par les forces aériennes russes, gagne de plus en plus de terrain et se prépare à une bataille décisive contre Daesh, la Syrie sort du champ médiatique français, pour n'être plus représentée que par quelques soubresauts idéologiques incantatoires.
 
Comme vient de le déclarer le ministre de la défense russe, S. Choïgu, depuis le début de l'intervention russe dans le conflit syrien à la demande de Bachar al-Assad en septembre 2015, Daesh a enfin reculé, ce qui n'était pas le cas lors du monopole de la coalition américaine. Ainsi, l'armée régulière contrôlait en 2015 19 000 km2, elle en contrôle aujourd'hui 74 200.
 
La dernière nouvelle est celle de la libération de el-Soukhna par l'armée syrienne, ce qui ouvre la voie pour une offensive décisive permettant de libérer la ville de Deir ez-Zor et de porter un coup terrible aux forces terroristes :
« Le 13 août 2017, suite à des actions conjointes de l'aviation russe, des troupes gouvernementales et des milices populaires dans la province est de Homs, la ville d'el Soukhna a été complètement libérée»
Pour sa part, la presse française, elle, présente les faits différemment. Pour l'instant, rien n'a été publié sur cette avancée importante conjointe de la Syrie et de la Russie, alors que la coalition américaine est toujours engluée à Raqqa, provoquant une catastrophe humanitaire sans aucune rapport avec ce qui s'est passé lors de la libération d'Alep. 
 
En revanche, Libération parle du meurtre de 7 Casques blancs en des termes laissant comprendre quel camp occupe très objectivement ce journal:
«Des inconnus ont fait irruption à l’aube dans le centre de la Défense civile à Sarmine et ouvert le feu tuant sept volontaires», a précisé cette organisation qui opère dans des régions échappant au contrôle du régime de Bachar al-Assad. (...) Candidats au prix Nobel de la paix en 2016, les Casques blancs sont sortis de l’anonymat grâce à des vidéos poignantes relayées sur les réseaux sociaux, les montrant, casques sur la tête, se ruer sur les lieux bombardés pour extraire des survivants, surtout des enfants, ensevelis dans les décombres des immeubles détruits par les bombardements du régime ou de son allié russe.
Rappelons que les Casques blancs se trouvent uniquement du côté des groupes terroristes, appelés "rebels" avec beaucoup de complaisance par les médias occidentaux, qu'ils sont à l'origine de nombreux fakes largement repris par ces mêmes médias (voir ici par exemple concernant la photo d'Omran), qu'ils sont accusés par les populations de n'agir que devant des caméras et qu'ils furent créés par un ancien du MI6 ... 
 
Vu le parti-pris des médias occidentaux, suivant en cela docilement leurs gouvernements trop mouillés pour pouvoir agir autrement maintenant, les journalistes n'insistent pas sur les exactions des "gentils terroristes", ne parlent pas de l'avancée de l'armée régulière syrienne en terme positif (cette armée est quand même en première ligne dans le combat contre les terroristes), mais ils rappellent régulièrement la nécessité de condamner Assad pour crime contre l'humanité. Voici le titre de Ouest France aujourd'hui:

Syrie. Bachar al Assad devrait être jugé pour crimes de guerre

Pourtant, plus de 600 000 personnes déplacées sont rentrées en Syrie avec l'avancée de l'armée syrienne (selon les chiffres du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés), la CPI n'avance pas malgré les exhortations des pays occidentaux qui ont déjà déterminé les criminels, l'ONU est en panne, bref la Syrie est la plus grande erreur stratégique de l'Occident. C'est pourquoi les Etats Unis font marche arrière, ne financent plus les groupes "d'opposition" et laissent leurs satellites, comme la France, s'engluer dans leur "en même temps", ces discours-types de pays qui ne décident plus de rien et doivent seulement trouver la bonne voie à suivre au bon moment.
 
Pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la démocratie ou les droits de l'homme, les Etats Unis jouent avec le terrorisme dans le monde et utilisent la politique internationale à des fins de politique interne. Ce fut un échec en Syrie grâce à l'intervention russe, mais ça a marché en Irak - grâce à la faiblesse européenne. Et cela va peut être se reproduire au Vénézuella, dont les réserves de pétrole aiguisent l'appétit de leur grand voisin. Qui pourra aider ce petit pays? Certainement pas la communauté internationale, qui a été enterrée avec l'intervention US en Irak et ne s'en est jamais remise. 
 

16 juillet 2017
Richard Labévière, les causes du terrorisme

 

« Depuis que George W. Bush, nous dit Richard Labévière, a déclaré sa « guerre contre la terreur » au lendemain des attentats du 11 septembre, les postures et les réactions des Etats-Unis et des pays occidentaux n’ont certainement pas fait diminuer le problème, mais au contraire l’ont décuplé et ont accentué son expansion, à commencer par les opérations militaires occidentales en Afghanistan, en Irak évidemment – l’invasion anglo-américaine de l’Irak a été un désastre qui a clairement écrit la préhistoire de Dae’ch -, l’intervention et le démantèlement de la Libye a tout autant généré une onde de choc qui s’est transformée en une multitude de conflits. L’intervention franco-britannique, soutenue par les Etats-Unis et l’OTAN en Libye, a détruit ce pays, a créé trois ou quatre Libye, l’a fragmentée, et aujourd’hui l’Est et le Sud de la Libye sont un sanctuaire de camps de formation de djihadistes. Ils vont ensuite se répandre non seulement au Mali, mais aussi au Tchad, au Burkina Faso et dans toute la bande sahelo-saharienne sinon dans toute l’Afrique de l’Ouest, avec des groupes comme Boko Haram, les Shebabs, en augmentant ainsi les zones d’insécurité totale... »

 

Reprenons la lecture de l'interview de Richard Labévière...

 

Michel Peyret


Investig'action

 

Terrorisme, la face cachée de la mondialisation

 

02 Jul 2017 - ALEX ANFRUN

 

Faut-il s’habituer au terrorisme devenu partie intégrante de notre quotidien ? Ou bien analyser intelligemment ses causes pour le contrer ? Ancien rédacteur en chef à Radio France Internationale et aujourd’hui directeur du site spécialisé prochetmoyen-orient.ch, l’écrivain et journaliste franco-suisse Richard Labévière a publié Terrorisme, la face cachée de la mondialisation, un ouvrage remarquable qui dresse le bilan de quinze ans de « guerre contre la terreur » et apporte des clés d’analyse sur un phénomène complexe et de plus en plus répandu dans nos sociétés.

 

Dans votre livre vous affirmez que l’option militaire ne peut pas mettre fin au terrorisme. Pourquoi croyez-vous que les dirigeants occidentaux persistent à faire croire le contraire ?

 

D’abord parce qu’ils n’ont pas beaucoup d’imagination, parce qu’ils ne font pas les bonnes analyses du phénomène terroriste et parce qu’ils privilégient d’abord leurs intérêts économiques. En ce moment, on parle beaucoup du Qatar et de l’Arabie Saoudite. L’Arabie Saoudite, bien avant le Qatar, est le premier bailleur de fonds et soutien financier de l’expansion du wahhabisme et du salafisme, qui ont inspiré beaucoup de groupes terroristes dans le monde, autant au Proche-Moyen Orient, qu’en Asie, en Afrique ou en Europe.

 

Les pays occidentaux pour la plupart, à l’image des Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001, ont déclaré une « guerre à la terreur, au terrorisme »… ce qui est, dans les termes, d’une stupidité insondable et d’une bêtise absolue, pour la bonne et simple raison que le terrorisme n’est pas une substance déterminée, mais un mode opératoire, une méthodologie. C’est un mode de guerre asymétrique – du faible au fort. On ne fait pas la guerre à une méthodologie, ni à un mode opératoire.

 

Les militaires le savent très bien. Cela a été dit dernièrement par des officiers supérieurs et généraux français : on ne bombarde pas une idéologie, on ne détruit pas des discours radicaux par les armes ! Donc les militaires, bien plus que les politiques, savent parfaitement qu’on ne viendra pas à bout du terrorisme contemporain par de simples opérations militaires. L’option militaire garantit une posture d’immédiateté qui permet de gagner du temps ou de déplacer la question. Mais aucune opération militaire ne saurait venir à bout des causes profondes du terrorisme, de sa permanence, de son expansion et de sa reconfiguration dans le monde globalisé d’aujourd’hui.

 

Depuis l’attentat de janvier 2015 à Paris, les actions terroristes se sont multipliées sur le sol européen et ailleurs. Comment en est-on arrivé là ?

 

On vient d’avoir une série d’attentats en Grande Bretagne et à Melbourne, à Paris un cinglé a attaqué un policier à Notre Dame avec un marteau, un autre a tenté de se faire exploser sur les Champs Elysées… Pendant ce temps-là, au sud des Philippines, l’armée nationale combat – avec des moyens lourds – des groupes salafo-djihadistes qui revendiquent leur allégeance à Dae’ch – ces derniers revendiquant aussi un territoire de l’archipel ! En Irak, en Syrie, de même que dans la bande sahelo-saharienne et la Corne de l’Afrique, d’autres groupes armés – au nom de Dae’ch comme de Al-Qaïda -, revendiquent aussi le contrôle de vastes territoires.

 

Des attentats très meurtriers ravagent aussi des quartiers de Kaboul et des localités de l’Est de l’Afghanistan. Leurs auteurs prétendent aussi agir au nom de l’organisation « Etat Islamique ». Il y a des groupes dans l’Afrique sahélienne et subsaharienne de la Mauritanie à la Corne de l’Afrique qui agissent également au nom de ces mêmes groupes terroristes, alors qu’on sait très bien que leurs razzias visent d’abord l’accumulation d’un capital financier et humain local… Dans tous les cas de figure, le terrorisme contemporain recouvre un phénomène qui s’est largement mondialisé. Maintenant, il faut chercher à comprendre les raisons de cet élargissement qui s’installe dans la durée…

 

Y-aurait-il un lien plus profond, de cause à effet, entre la politique occidentale menée à l’étranger et le terrorisme ?

 

Certainement. Depuis que George W. Bush a déclaré sa « guerre contre la terreur » au lendemain des attentats du 11 septembre, les postures et les réactions des Etats-Unis et des pays occidentaux n’ont certainement pas fait diminuer le problème, mais au contraire l’ont décuplé et ont accentué son expansion, à commencer par les opérations militaires occidentales en Afghanistan, en Irak évidemment – l’invasion anglo-américaine de l’Irak a été un désastre qui a clairement écrit la préhistoire de Dae’ch -, l’intervention et le démantèlement de la Libye a tout autant généré une onde de choc qui s’est transformée en une multitude de conflits.

 

L’intervention franco-britannique, soutenue par les Etats-Unis et l’OTAN en Libye, a détruit ce pays, a créé trois ou quatre Libye, l’a fragmentée, et aujourd’hui l’Est et le Sud de la Libye sont un sanctuaire de camps de formation de djihadistes. Ils vont ensuite se répandre non seulement au Mali, mais aussi au Tchad, au Burkina Faso et dans toute la bande sahelo-saharienne sinon dans toute l’Afrique de l’Ouest, avec des groupes comme Boko Haram, les Shebabs, en augmentant ainsi les zones d’insécurité totale.

 

Dans votre livre vous proposez une grille de lecture qui pourrait sembler pessimiste sur le court terme ; en revanche, elle a le mérite d’être très audacieuse car elle se fonde sur un raisonnement rigoureux qui va à l’encontre des idées dominantes…

 

Aujourd’hui je dis qu’il faut renverser le paradigme, en n’analysant plus le terrorisme comme une crise, un accident ou un phénomène extraordinaire, sinon une pathologie, mais au contraire comme quelque chose d’ordinaire, de normal, dont les logiques et les machines se sont inscrites au coeur même de la normalité de la mondialisation économique, commerciale et financière.

 

Depuis la fin de la Guerre froide, avec la révolution numérique et les nouvelles technologies (réseaux numériques et autres Big Data et Clouds computing), la multiplication des crises au Proche et Moyen Orient, en Afrique et ailleurs connaît une duplication et re-duplication où l’on voit interagir syndicats du crime, cartels de la drogue, Etats faillis et groupes terroristes, dans des logiques constitutives d’une économie politique : l’économie politique de la terreur dont s’accommode parfaitement l’économie politique globale.

 

Aujourd’hui, la mondialisation a trois conséquences majeures : elle casse les Etats-nation, les services publics et les politiques de redistribution sociale. La mondialisation contemporaine, c’est la course à l’argent d’abord ! Eh bien, cette course à l’argent a un besoin vital, essentiel et consubstantiel du terrorisme. D’où le titre de mon ouvrage, Terrorisme, la face cachée de la mondialisation1, cherchant à remonter aux causes profondes d’un terrorisme qui s’est imposé comme une variable absolument nécessaire au fonctionnement des mécanismes de la mondialisation contemporaine.

 

Je cite souvent le constat de l’ethnologue et essayiste français Georges Bataille qui, dès 1957, dans son essai fameux – La Part maudite – expliquait que tout phénomène d’expansion économique a son revers, sa part maudite de gaspillage qu’il appelait « consumation ». Aujourd’hui, le terrorisme est devenu cette part de consumation du capitalisme mondialisé. Tout comme Lénine parlait d’ « impérialisme, stade suprême du capitalisme », on pourrait tout aussi bien parler du terrorisme comme d’un stade suprême de la mondialisation…

 

Vous affirmez aussi que les médias participent d’une certaine façon au phénomène du terrorisme, en relayant des éléments sensibles liés aux attentats. Pouvez-vous nous en expliquer davantage ?

 

Le terrorisme, c’est terroriser. C’est utiliser des armes diverses dans un rapport de force asymétrique. Lorsqu’un groupe terroriste passe à l’acte et fait acte de terreur, il est clair que cet acte doit être relayé à travers un processus de communication, le plus largement possible, voire même à travers une communication de masse. Ainsi, l’événement terroriste, forcément très localisé, prend une ampleur plus large, sinon planétaire relayé par les moyens de communication modernes d’aujourd’hui.

 

Il y a forcément un rapport ambigu entre la propagation et l’effet recherché par le terrorisme, c’est une très vieille question. Souvenez-vous des unes de la presse comme Le Petit Illustré ou autres, dessinant les bombes des anarchistes du 19ème siècle. Plus récemment encore, quand vous prenez les attentats de 1995 en France dans le RER et dans le métro, ces attentats étaient commis à 19h00 ou 19h15. Les auteurs s’étaient ainsi assurés de faire l’ouverture du journal de 20 heures.

 

On voit aujourd’hui comment l’organisation « Etat Islamique »/ Dae’ch, s’est dotée de plusieurs centaines de sites internet. Elle dispose même d’un hebdomadaire en langue française – Dabiq, le nom de la ville syrienne où différentes traditions sectaires annoncent l’apocalypse -, réalisé de manière très professionnelle, avec des conseillers en communication qui sont basés en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et dans le Golfe…

 

Vieille équation terrorisme/presse, on constate que la communication constitue l’une des dimensions incompressibles du phénomène terroriste dans ses liens avec l’extérieur. En réaction, sinon en symétrie, les autorités chargées d’actionner les différents moyens de riposte du contre-terrorisme produisent – elles-aussi – une communication extérieure et à usage interne, à destination du grand public.

 

Il est clair que les rédactions privées et publiques ont, en la matière, une grande part de responsabilité. La plupart du temps aujourd’hui, on est condamné au spontané, à une immédiateté (qui annule la médiation nécessaire à l’analyse et à la compréhension). Les chaînes de télévision en continu ou les grands journaux comme Le Soir ou La Libre à Bruxelles, ou encore Le Monde ou Libération, se font trop souvent les complices des groupes terroristes actuels, de leur idéologie qui se nourrit de cette résonnance qui n’est pas questionnée. La plupart des médias traite le terrorisme dans ses effets les plus spectaculaires et émotionnels sans véritablement chercher à remonter à ses causes profondes.

 

Comment expliquez-vous cet échec de nos sociétés démocratiques en ce qui concerne le droit à l’information ?

 

Trop peu de médias s’efforcent de remonter aux causes, puisque le faire mérite plus de temps, d’espace, d’investigation, donc d’expertise réelle. Et celle-ci a, aussi, un coût ! Travailler correctement sur les causes profondes du terrorisme nécessite des enquêtes minutieuses, des reportages de terrain qui demandent des connaissances historiques et anthropologiques des lieux et temps dans lesquels le problème se développe, perdure, se répète et se transforme. Cet investissement journalistique demande des moyens qui s’inscrivent dans la durée. Malheureusement, les modèles économiques de nos médias nationaux ne peuvent relever ce défi…

 

Quand bien même les moyens seraient là, le voudraient-ils ? Rien n’est moins sûr, et je ne sombre pas dans la conspirationnisme, car la remontée aux causes profondes du terrorisme contemporain réclame aussi certaines analyses politiques parfaitement incompatibles avec les a priori idéologiques de nos médias mainstream.

 

La plupart du temps, ces sociétés privées et publiques ne font que relayer les mêmes blablas, les mêmes témoignages éplorés et les discours convenus sur « les réponses au terrorisme », judiciaires ou autres. Après un acte terroriste, la totalité des pouvoirs exécutifs et législatifs du monde adoptent de nouvelles lois. En France, depuis 2012, on a aligné une douzaine de textes de loi qui, aussitôt prononcés, ont été mal appliqués voire pas appliqués. Donc, les médias accompagnent ces discours sans faire un travail sérieux, sans déconstruire les rationalités de la propagation des idéologies radicales ; sans enquêter sur les structures de recrutement et les opérateurs-acteurs des financements du terrorisme contemporain.

 

Bref, on parle beaucoup sans vraiment ouvrir les enquêtes nécessaires ad hoc, susceptibles de servir de base à l’élaboration des ripostes appropriées. La problématique du financement du terrorisme est sur la table depuis plus de trente ans. Elle empile plusieurs étages. On sait très bien que ce n’est pas l’acte même ou le passage à l’acte qui coûte cher (les attentats du 11 septembre 2001 ont coûté moins de 500 000 dollars).

 

La plupart des actes terroristes dans leur phase opérationnelle ne coûtent pas cher! Ce qui coûte vraiment cher c’est l’amont, c’est-à-dire le recrutement des activistes, leur formation, la prise en charge des assurances de leur famille dans les cas des attentats suicides ou des opérations chirurgicales esthétiques au Brésil, au Liban ou ailleurs pour qu’ils changent de visage… Tout cela coûte bien plus cher que le passage à l’acte en lui-même.

 

Admettons que la plupart des médias n’aient pas eu le temps ni les moyens de traiter ce sujet aux ramifications complexes. Pourtant, vous avez été parmi les analystes qui ont alerté très tôt sur les sources de financement du terrorisme contemporain…

 

En effet, j’ai travaillé sur l’attentat de Louxor de novembre 1997 en Egypte où 63 touristes ont été découpés à coup de machettes par des terroristes de la Gami’a Islamiya. Sur ces 63 touristes, 35 étaient des ressortissants suisses. Le tour opérateur s’appelait Hôtel-Plan. A l’époque je travaillais pour la Télévision suisse romande (TSR). Mon patron – Claude Torracinta – a eu l’intelligence de détacher une équipe de journalistes et de réalisateurs qui a ainsi pu travailler durant six mois de manière approfondie sur cet acte terroriste de Louxor, afin de remonter les filières des Gami’a Islamiya et de leurs financements.

 

On a ainsi pu débusquer la société Al-Taqwa, qui à l’époque était la banque des Frères musulmans, interdite en Egypte en 1983. Elle s’était aussi implantée aux Bahamas. D’autres filiales et des sociétés fiduciaires s’étaient installées en Suisse, notamment au Tessin à Lugano, à Genève et ailleurs en Europe en partenariat avec de grandes banques occidentales.

 

Tout cela avec l’appui des banques saoudiennes dont je tairai le nom pour éviter de nouveaux procès, puisque j’ai eu plusieurs procès dans cette lutte que j’ai menée contre les banques et les opérateurs financiers saoudiens qui financent l’expansion du wahhabisme et du salafisme, voire directement des groupes armés. Donc l’Arabie Saoudite reste responsable au premier chef, bien avant le Qatar et tout autre Etat dans le monde. La monarchie wahhabite et ses satellites sont responsables de cette expansion du « terrorisme islamiste » dans le monde depuis plus de trente ans.

 

A l’époque vous aviez déjà écrit un livre, intitulé « Les dollars de la terreur », publié en 1998. Quel accueil ont eu vos recherches auprès des médias dominants et ses soi-disant experts ?

 

Ce livre est sorti avec un succès d’estime, manifesté par quelques spécialistes. Evidemment, il n’a pas interpellé les pouvoirs publics, qui, dans le même temps, continuaient à entretenir de très juteuses relations commerciales avec l’Arabie Saoudite et les autres monarchies pétrolières du Golfe.

 

La deuxième raison de ce silence poli, au-delà de l’aspect financier, c’est la et les dimensions stratégiques du phénomène. Dans la mesure où l’Arabie Saoudite et les pays du Conseil de la Coopération du Golfe (CCG) sont arrimés aux Etats-Unis et se rapprochent d’Israël contre leur ennemi commun – un grand défi régional qui s’appelle l’Iran -, il est bien clair que dénoncer la finance du terrorisme, au premier rang desquels agissent les bailleurs de fonds wahhabites, devient effectivement très politiquement incorrect. Cela affaiblit le front commun que les Etats-Unis essaient de construire contre l’Iran depuis sa Révolution Islamique en 1979.

 

La troisième raison pour laquelle ce livre – cette enquête sur le financement du terrorisme qui est sorti quelques années avant les attentats du 11 septembre – n’a pas intéressé grand monde, c’est qu’elle met directement en cause plusieurs appareils d’Etat américains, à commencer par les services spéciaux qui ont recruté et formé des milliers de djihadistes pour aller lutter en Afghanistan contre l’armée soviétique.

 

Ce scandale – le binladengate – s’est amplifié par la suite, après le retrait soviétique en 1989 suite à la chute du mur de Berlin, parce que les mêmes services américains ont continué à employer ces djihadistes – leurs djihadistes – en Asie centrale, au Yémen, au Proche et Moyen Orient et ailleurs. Evidemment, expliquer et dénoncer cette réalité n’était pas très soutenu ni encouragé, même par les médias les plus irrespectueux…

 

Mais peu après, les mentalités vont être un peu plus réceptives…

 

Oui, après les attentats du 11 septembre, le livre a été traduit aux Etats-Unis et a eu plus d’écho. Avec quelques-unes de mes sources, on a pu expliquer davantage quel a été le rôle de l’Arabie Saoudite, du Koweït, des Emirats Arabes Unis et du Qatar dans ces processus-là. Maintenant il est plus admis par le grand public et les autorités politiques que le rôle de l’Arabie Saoudite depuis 30 ans est central et demeure dans les mécanismes de financement du terrorisme islamiste.

 

Cette compréhension, cette dénonciation, commence à porter ses fruits, et à créer des problèmes à tous ces gens qui font du commerce et du business avec l’Arabie Saoudite, à commencer par Donald Trump voire même d’autres pays européens dont la France. Raison pour laquelle il fallait inventer un leurre qui porterait toute l’actualité du financement sur le… Qatar, pour dédouaner et blanchir l’Arabie Saoudite et les autres membres du CCG. Mais c’est un tour de passe-passe qui ne convainc personne.

 

Pourtant on a pu remarquer une certaine convergence dans les stratégies de l’Arabie Saoudite et du Qatar, par exemple dans le scénario du conflit syrien et au Yémen… Peut-on dire que ces pays poursuivent les mêmes objectifs sur le plan de la politique extérieure ?

 

Cette affaire de financement du terrorisme, voire de rivalités entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, est une affaire de famille pour les monarchies pétrolières du Golfe qui sont toutes peu ou prou impliquées. Ce n’est pas seulement l’affaire du Qatar, du Koweït ou de l’Arabie Saoudite, ces rationalités concernent l’ensemble de la finance islamique et de ses acteurs, avec le prélèvement de la zakat, la collecte des dons et leurs utilisations via, par exemple, la Banque islamique de développement, l’Organisation de la Conférence Islamique et les différents outils de multilatéralisme islamique dominés par l’Arabie Saoudite, sans compter une myriade d’ONGs où l’on retrouve les Frères musulmans et leurs devantures caritatives européennes.

 

Cette structuration rhizomatique (ayant des ramifications souterraines – NDLR) est largement transnationale et profite des paradis fiscaux occidentaux et des places offshore dans le monde qui, je vous le rappelle, sont majoritairement sous pavillon américain et britannique.

 

Le dossier du financement du terrorisme relève d’une problématique en millefeuille qui ne saurait relever que du seul Qatar. Vous avez raison de mentionner la proximité idéologique et politique du Qatar et de l’Arabie Saoudite, car ces deux pays partagent la même doctrine théologico-politique : le wahhabisme. Le problème c’est que le Qatar est tout petit et l’Arabie Saoudite très grande. C’est la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. La rivalité entre ces deux pays est ancienne. Ce tronc commun du wahhabisme fait qu’ils sont toujours très impliqués dans le soutien à des groupes terroristes sunnites, non seulement en Irak et en Syrie, mais aussi au Yémen et dans la répression contre la population chi’ite de Bahrein.

 

Historiquement, dès l’instant où elle a été interdite par Nasser (à partir de 1956), la Confrérie des Frères musulmans et ses principaux cadres se sont réfugiés en Arabie Saoudite et ont bénéficié de largesses et de la générosité pécuniaire du Roi Fayçal, qui a donné de l’argent aux deux principaux responsables de l’époque, Saïd Ramadan, et Youssef Nada, qui était un banquier, pour s’implanter hors du monde arabo-musulman, en Europe et particulièrement à Munich, puis à Genève à partir de 1961. Ils ont choisi de s’implanter d’abord à Munich en 1957, parce que les Frères musulmans avaient noué des liens pendant la Seconde Guerre Mondiale avec les agents des services secrets du IIIème Reich allemand. Ils ont ainsi créé un premier centre à Munich cette année-là, et ensuite il y a eu l’ouverture du Centre islamique des Eaux Vives à Genève en 1961, qui est toujours dirigé par Hani Ramadan. A partir de là, les Frères musulmans ont beaucoup essaimé en Europe, créant des officines, des sociétés caritatives, des centres culturels en France (dans la région lyonnaise), en Belgique et ailleurs.

 

C’est donc l’Arabie Saoudite qui a favorisé l’expansion internationale des Frères musulmans, jusqu’à ce que les Frères musulmans commencent à créer des problèmes et à contester la monarchie des Saoud dans la Péninsule arabique et le reste du monde arabo-musulman. Si bien que, à partir des années 1980, la monarchie saoudienne a commencé à se méfier des Frères qui, progressivement, ont choisi d’autres lieux d’implantation. Ce fut le cas notamment du Qatar, où M. Qardawi – porte-parole internationale des Frères – pouvait répandre ses messages de haine dans le monde entier par l’intermédiaire de la chaîne de télévision Al-Jazeera. De la même façon, la chaine Al-Jazeera a été le vecteur de communication d’Oussama Ben Laden, comme elle l’a été de la propagande de Dae’ch et d’autres mouvements.

 

A partir des années 1990, il est clair qu’une mutation s’est opérée en Arabie Saoudite. Sa diplomatie du chéquier s’est mise à soutenir et financer davantage les groupes salafistes intervenant surtout hors de ses frontières : en Indonésie, en Asie centrale, du Proche Orient à la Corne de l’Afrique, de l’Afrique Subsaharienne jusqu’à l’Europe. Tandis que le Qatar, lui, s’est plutôt spécialisé dans l’accueil des Frères musulmans et leurs filiales internationales. Les Frères musulmans et le wahhabisme sont les deux filiations idéologiques du terrorisme contemporain. Ces deux filiations restent très proches, voire communes par beaucoup d’aspects.

 

On voit comment les bailleurs de fonds saoudiens et qataris ont favorisé l’émergence de l’organisation « Etat islamique » ou Dae’ch, avec l’aide des services spéciaux turcs dès la chute de Bagdad au printemps 2003. A partir du démantèlement de l’Irak en 2003, Abu Moussab Al Zarqawi sera le premier chef de cette organisation qui s’installe au Kurdistan d’Irak. Comme par hasard, cette organisation s’implante à côté des services israéliens et américains qui laissent prospérer Abu Moussab Al Zarqawi et ses tueurs… On peut se demander pourquoi ! Ensuite, Zarqawi deviendra l’une des principales menaces de la région et provoquera un schisme entre la Qaïda et ce qui deviendra Dae’ch à partir de 2012-13, qui va déboucher sur la prise de Mossoul en juin de 2014 et la proclamation du califat le 29 juin 2014.

 

Dans toute cette évolution, cette reconfiguration rizhomatique post-Qaïda, on assiste à l’émergence d’un nouveau type de terrorisme avec l’organisation « Etat islamique ». L’Arabie Saoudite a une responsabilité, tout comme le Qatar, le Koweït, les Emirats Arabes Unis, les bailleurs de fonds égyptiens et les services spéciaux israéliens, turcs et américains notamment. Donc, il est clair que ce n’est pas simplement en accusant le Qatar qu’on adopte une posture pertinente et responsable.

 

Pensez-vous que la récente rupture des liens diplomatiques entre le Qatar et ses pays voisins pourrait aider à débloquer certains conflits dans la région ?

 

Non, cela ne va rien débloquer du tout. Cette mise en accusation internationale est un maquillage qui a été largement inspiré par le Pentagone afin de dédouaner et blanchir l’Arabie Saoudite. J’étais à Téhéran le 19 mai, le jour de l’élection présidentielle iranienne, qui a été une élection démocratique exemplaire pour beaucoup de pays, avec l’élection de Hassan Rohani avec 60 % des suffrages d’un électorat qui avait voté à 70%, ce qui est quand même assez unique dans cette région. Il est clair qu’il n’y a jamais d’élections démocratiques ni en Arabie Saoudite, ni au Qatar, ni au Koweit ni ailleurs dans la région…

 

Eh bien, le lendemain même de cette élection présidentielle iranienne qui reconduisait le président Hassan Rohani, Donald Trump était à Riyad, aux côtés du roi Salman d’Arabie ayant convoqué un sommet d’une cinquantaine de pays sunnites avec 37 chefs de gouvernement et représentants de ces pays. Le président américain en a profité pour décréter une alliance sunnite contre l’Iran. Il a même accusé l’Iran de soutenir le terrorisme !!!

 

Certes, l’Iran a des accords stratégiques et militaires connus avec la Russie, la Syrie et le Hezbollah libanais et donc, défend ses intérêts et une vision géopolitique du Proche et Moyen-Orient qui n’est pas celle de Washington et Tel-Aviv. C’est la raison pour laquelle – et depuis Riyad – Donald Trump décrète qu’il faut encercler l’Iran, voire lui faire la guerre… Certains de ses conseillers lui ont quand même dit qu’il poussait le bouchon un peu loin, parce que déclarer cela depuis Riyad, qui demeure quand même l’épicentre du terrorisme, « c’est un peu paradoxal, sinon franchement contradictoire… »

 

Comment définiriez-vous alors cette déclaration de lutte contre le terrorisme de Donald Trump en visite en Arabie Saoudite ?

 

C’est une opération de pure communication montée par le Conseil de Coopération du Golfe pour isoler le Qatar. C’est de la com’ pour blanchir et excuser le fait que Donald Trump continue à vendre des milliards de dollars d’armement à l’Arabie Saoudite, qui investit simultanément des milliards aux Etats-Unis pour acheter leur soutien. La boucle est bouclée. Ce cercle qui n’est pas vertueux mais purement affairiste, nécessiterait un peu d’être remis à plat. Dans cette affaire, Washington a surtout cherché à disculper l’Arabie Saoudite de tout lien avec le financement du terrorisme.

 

Or, aujourd’hui, qui continue à acheter Les mercenaires tchétchènes, chinois, européens et africains qui sont engagés en Syrie et en Irak, si ce n’est l’Arabie Saoudite ? Certes, le Qatar aide les djihadistes de l’Afrique subsaharienne, notamment en Libye et dans d’autres pays de la zone. Mais l’Arabie Saoudite n’est pas plus vertueuse que le Qatar dans ces opérations. Et le fait qu’un certain nombre d’Etats arabes rompent leurs relations diplomatiques avec Doha ne va certainement pas permettre de trouver une solution ou d’améliorer la situation des guerres civilo-globales en Syrie, en Irak, au Yémen, au Bahreïn ni dans les crises de la bande sahelo-saharienne, sans parler des réseaux dormants des pays européens, à commencer par la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne et la Belgique.

 

Je voudrais insister sur Bahreïn où perdure une situation extrêmement dramatique dont personne ne parle pour des raisons, là aussi, d’intérêt financier. Bahreïn est quasiment un état saoudien rattaché à l’Arabie Saoudite par un pont et une autoroute, et où les mouvements de la population majoritairement chi’ite sont réprimés dans le sang : arrestations massives et tortures sont quotidiennement menées par l’armée saoudienne, avec l’aide des services spéciaux américains. A Bahreïn est installé l’état-major de la Vème flotte américaine.

 

Dans “Terrorisme, la face cachée de la mondialisation”, vous indiquez quelques pistes d’action pour enrayer l’inquiétante évolution actuelle. Pourriez-vous revenir là-dessus ?

 

Revenir toujours à quelque chose d’absolument essentiel. Aux lendemains du 11 septembre 2001, j’ai eu la chance d’accompagner le ministre français des Affaires étrangères de l’époque – Hubert Védrine – à l’Assemblée générale des Nations unies, qui avait été décalée en novembre en raison des attentats.

 

Hubert Védrine a fait un discours-événement qui n’a pas beaucoup plu aux Américains, parce qu’il a dit en substance : écoutez, si on veut lutter efficacement contre le terrorisme, il faut d’abord assécher son terreau, les réseaux financiers et idéologiques. Mais parallèlement, il faut intervenir diplomatiquement pour essayer de résoudre par la politique et la diplomatie les crises du Proche et Moyen Orient, au premier rang desquels le conflit israélo-palestinien…

 

Il est clair que ce conflit – en dépit de la propagande de la presse occidentale qui l’a transformé après le 11 septembre 2001 en une question purement sécuritaire et de lutte anti-terroriste -, demeure central et vital pour l’ensemble du monde arabo-musulman. Le conflit israélo-palestinien demeure l’épicentre des crises, des malentendus, des deux poids deux mesures appliqués à la région.

 

Essayez d’expliquer à la rue arabe que l’OTAN bombarde Belgrade en dehors de toute résolution des Nations Unies, que les Occidentaux mènent des guerres soi-disant « humanitaires » en Afghanistan, en Irak, en Libye et ailleurs, pour la promotion de la défense des droits de l’homme et la démocratie, alors que, quotidiennement, la soldatesque israélienne tue des enfants palestiniens dans les Territoires occupés. Depuis 1948, depuis la création d’Israël, il y a eu pas moins de 450 résolutions du Conseil de Sécurité, de l’Assemblée Générale et de la Commission des droits de l’homme, alors que pas une seule n’a été appliquée, sauf partiellement, la 475, avec le retrait d’Israël du Liban sud en juillet 2000…

 

Je ne dis pas qu’il suffit de résoudre d’une manière équitable et en justice le conflit israélo-palestinien pour éradiquer le terrorisme. Mais en tout cas, il est clair que la gestion et la résolution politique et diplomatique du conflit israélo-palestinien par la reconnaissance d’un Etat palestinien libre avec continuité territoriale et avec Jérusalem pour capitale, serait susceptible d’atténuer l’un des référents centraux et symboliques du terrorisme islamiste.

 

Et quels sont les chantiers à creuser au sein même de nos sociétés ?

 

Après la résolution du conflit israélo-palestinien et la casse des filières internationales du financement du terrorisme, les principaux chantiers à ouvrir concernent les dysfonctionnements internes de nos propres sociétés. Dans cet impératif catégorique de remonter aux causes, j’insiste sur le fait qu’on ne bombarde pas une idéologie : face à une idéologie radicale il faut opposer des contre-récits et d’autres grands récits structurants. Sans aborder les programmes de déradicalisation, il faut comprendre pourquoi autant de jeunes français, allemands, belges et britanniques s’enrôlent dans les katibas de Dae’ch en Syrie et en Irak.

 

L’origine de cette migration mortifère est à mettre au compte des dysfonctionnements de nos propres sociétés dans des quartiers de non-droit où même les pompiers ne mettent pas les pieds. Je pense aussi à la situation carcérale dans les prisons, où les frères Kouachi, les auteurs de l’attentat de janvier 2015, peuvent rencontrer Djamel Beghal qui est le Franco-algérien le plus élevé dans l’ancienne structure de la Qaïda… Aberration totale ! Comment de petits délinquants qui n’ont pas mis le pied au Proche Orient, qui sont de purs produits de la société britannique, peuvent ainsi se radicaliser (souvent en prison) avant de passer à l’acte en Grande Bretagne et ailleurs ?

 

Le troisième problème qui renvoie à nos propres dysfonctionnements, c’est l’école, qui ne fabrique plus des citoyens qui s’intègrent, mais au contraire, qui conforte et reproduit les logiques de marginalisation sociale. Et le dernier niveau, on en a parlé, c’est la presse, qui continue à entretenir les méfiances sinon les haines communautaires, dans sa précipitation et sa volonté de faire du catastrophisme, ou bien de nier les problèmes. D’un côté les médias relaient la propagande des groupes terroristes et de l’autre côté ils nient la réalité et refusent de voir les vrais problèmes internes à nos propres sociétés.

 

Ce n’est pas seulement la presse mais aussi les quartiers, l’école, les prisons, qui sont autant de chantiers pour essayer de moderniser et réactiver le contrat social de base qui fait que des gens d’origines culturelles différentes puissent vivre dans un même pays, répondant aux mêmes devoirs et observant les mêmes règles. En définitive, il s’agit de travailler sur toutes les dimensions susceptibles de consolider le pacte républicain et les machineries du « vivre ensemble » au détriment des pratiques communautaires qui ne sont pas compatibles avec la préservation des libertés civiles et politiques.

 

1.Terrorisme, la face cachée de la mondialisation. Editions Pierre-Guillaume de Roux, novembre 2016.

 

Source : Investig’Action

 

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Syrie - L’accord Trump-Poutine tiendra-t-il ?

 

Le conflit entre les États-Unis et la Russie sur la Syrie semble s’être résorbé depuis la récente rencontre de Poutine et Trump à l’occasion du G-20. Il y a eu une sorte d’accord, mais on ne connait ni sa portée ni sa puissance contraignante. L’objectif commun est, comme d’habitude, la défaite d’ISIS.

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Source : Fabrice Balanche/WINEP

Lors de la rencontre entre les présidents Trump et Poutine à Hambourg, il a été convenu d’une trêve temporaire pour la région du sud-ouest de la Syrie. Le gouvernement syrien (en violet) détient la ville de Deraa tandis que divers groupes d’insurgés parrainés par l’étranger (en vert), dont Al-Qaeda et l’EI, occupent les zones frontières d’Israël et de Jordanie. Il y a eu des combats sérieux après les récentes attaques d’Al-Qaïda sur la ville de Baath, près du plateau du Golan. Au cours de ces dernières, la force aérienne israélienne a soutenu plusieurs fois les groupes d’al-Qaïda en attaquant l’armée syrienne.

 

En vertu de l’accord de trêve, la partie russe garantit que le gouvernement syrien et ses alliés cessent le combats pendant que les États-Unis garantissent qu’Israël, les différents groupes de l’Armée syrienne libre, al-Qaïda et EI se tiennent tranquilles. La trêve tient depuis plusieurs jours. Il n’y a pas eu de sabotage. Les États-Unis semblent avoir une grande influence sur TOUTES ces entités.

 

À l’est de la région de Deraa, dans le gouvernorat de Sweida, l’armée syrienne a continué ses opérations contre des groupes de l’Armée syrienne libre soutenus par les États-Unis. En quelques jours, elle a repris beaucoup de terrain sans rencontrer beaucoup de résistance, y compris une base américaine abandonnéedont l’existence n’était pas officiellement connue. Il est possible qu’une partie secrète de l’accord de trêve de Deraa autorise l’armée syrienne à libérer toute la zone proche de la frontière jordanienne jusqu’au check-point d’al-Tanf tenu par les Etasuniens, à l’est.

 

La base étasunienne de Tanf était devenue inutilisable quand l’armée syrienne a repris le territoire au nord de la base et que la milice irakienne a bloqué ses accès du côté irakien. Les États-Unis avaient formé des mercenaires syriens à Tanf et avaient prévu de les envoyer au nord, en direction de Deir Ezzor. Comme cette route est maintenant bloquée, certains mercenaires bien formés ont récemment été transférés par voie aérienne à la base de Shadadi au nord-est de la Syrie où ils devront se battre sous commandement kurde. D’autres ont refusé de partir vers le nord. Jaysh Maghawir al-Thawra, qui portait auparavant le nom de Nouvelle armée syrienne, se compose principalement de locaux qui ne veulent probablement pas quitter leurs familles et ne veulent pas se battre sous commandement kurde. Les États-Unis devraient leur laisser quitter la zone et les renvoyer à la maison.

 

Aujourd’hui, un double mouvement contre le siège d’ISIS sur Deir Ezzor a été lancé. Les forces de l’Armée arabe syrienne et leurs alliés se sont déplacées vers l’est à partir de Palmyre et vers le sud-est à partir de Raqqa. Des forces syriennes positionnées plus au sud-est près de la frontière irakienne pourraient aussi faire mouvement vers Deir Ezzor. L’armée de l’air irakienne a récemment lancé des attaques aériennes contre la position de l’EI dans la région de Deir Ezzor. Cela a été fait en accord avec le gouvernement syrien. C’est peut-être le signe que les forces irakiennes sont prêtes à se joindre au combat pour libérer la ville, en se déplaçant vers le sud-ouest à partir de leurs positions près de Tal Afar. L’armée américaine a abandonné son rêve d’attaquer et d’occuper Deir Ezzor par mercenaires interposés.

 

L’ouest et le nord-ouest de la Syrie ont été relativement calmes. L’attaque turque sur les zones kurdes, que la rumeur avait annoncée, n’a pas eu lieu. Les zones principalement occupées par Al-Qaïda dans les gouvernorats d’Idleb sont encore livrées à l’anarchie. Al-Qaeda, EI, Turkmènes, Ouïghours, Kurdes, bandes locales de l’Armée syrienne libre ont tous de petits fiefs dans la région. Les attaques et les assassinats sont quotidiens. Le gouvernement syrien n’a aucune raison de d’intervenir dans la mêlée.

 

L’accord entre Trump et Poutine sur la Syrie pourrait être plus large que ce que l’on en sait officiellement. Pour l’instant, il semble que les camps se soient mis d’accord sur des zones d’influence. Les États-Unis occuperaient, pour l’instant, le nord-est qui est actuellement sous le contrôle de ses forces par procuration des Unités kurdes de protection du peuple (YPG). Ils y construisent de nouvelles bases. Ils en ont maintenant huit ou neuf. Au moins trois d’entre elles ont leurs propres pistes d’atterrissage. Ils demandent au Congrès de valider la construction d’autres bases encore. Il est évident que l’armée américaine envisage de rester dans la région même après que l’EI soit vaincu.

 

Mais les Kurdes en Syrie ne sont qu’une minorité dans presque tous les territoires qu’ils contrôlent actuellement. Ils ne sont pas unis et les YPG, le seul partenaire américain, est un groupe radical anarcho-marxiste qui n’a pas de légitimité, seulement de la puissance. La zone est enclavée et tous ses voisins sont contre l’autonomie kurde.

 

L’effort des États-Unis pour s’imposer dans la région n’aboutira à rien. La tentative d’utiliser les Kurdes comme un cheval de Troie échouera probablement. Le ministère de la Défense, n’a pas encore accepté ces évidences semble-t-il. Il peut encore essayer de saboter l’accord conclu par Trump et Poutine.

 

Moon of Alabama

»» http://www.moonofalabama.org/2017/07/syria-summary-the-trump-putin-agr...
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Pour des raisons historiques, culturelles, religieuses, politiques et géopolitiques, la Syrie est située au centre de la confrontation entre plusieurs visions de l’arabité et de l’islamité, et l’issue du conflit actuel sera déterminante pour l’avenir du monde, car c’est ici que s’affrontent pour le moment les puissances en crise d’Occident et les puissances plus dynamiques d’Eurasie.

Pour des raisons historiques, culturelles, religieuses, politiques et géopolitiques, la Syrie est située au centre de la confrontation entre plusieurs visions de l’arabité et de l’islamité, et l’issue du conflit actuel sera déterminante pour l’avenir du monde, car c’est ici que s’affrontent pour le moment les puissances en crise d’Occident et les puissances plus dynamiques d’Eurasie.

 

Beaucoup de musulmans considèrent que c’est en Syrie que se déroulera la bataille finale entre les forces du Bien et les forces du Mal, et que c’est sur un des minaret de la mosquée des Omeyyades à Damas qu’apparaîtra alors Jésus revenant sur terre pour assurer un ordre de paix et de justice universelle. Et comme en plus, lors de l’invasion mongole au Moyen-âge qui avait saccagé l’Irak, détruit Bagdad puis Alep alors que Damas avait résisté, la conscience à la fois historique et messianique existant en Syrie y renforce l’impression que depuis la nuit des temps, c’est leur pays qui constitue le lieu de l’affrontement récurrent entre les forces de la civilisation et celles des ténèbres. Ce que les « islamistes » ont d’ailleurs compris à leur façon en imposant à ce pays une guerre d’où devait sortir un khalifat ressuscité qui est en passe de s’effondrer semblant désormais redonner dans la foulée un second souffle au patriotisme arabe libéré de l’hypothèque sectaire.

 

Après les « révolutions colorées » en Europe orientale et les premiers moments assez spontané du « printemps arabe », la guerre occidentale par procuration a d’abord éclaté en Libye, puis les armes et les troupes qui avaient été financées par l’OTAN et ses alliés arabes pour détruire ce pays se sont retrouvées en Syrie où, là aussi, a commencé une guerre d’intervention extérieure présentée d’abord comme une « révolution » puis ensuite comme une « guerre civile ». Mais une guerre qui n’aurait pas eu lieu s’il n’y avait pas eu de commandes venant de l’extérieur, en grande partie via les « consignes de vendredi » distribuées dans certaines mosquées par la TV Al Jazeera abritée au Qatar à l’ombre de la plus grande base militaire de l’US Army en terre musulmane. Cette guerre n’aurait pas eu lieu non plus s’il n’y avait pas eu une masse d’argent, d’armes, de mercenaires bien payés ou d’abrutis récoltés dans toutes les banlieues laissées en déshérence par des pouvoirs politiques arabes ou occidentaux irresponsables socialement. Cette guerre n’aurait pas non plus eu lieu sans la drogue et l’argent de la drogue, en particulier le captagon qui libère des peurs, de la douleur et des contraintes morales. Et cette guerre n’aurait sans doute pas eu lieu non plus si le Qatar, les Saoud, la Turquie et Israël, jouant alors ensemble, n’avaient pas souhaité la construction d’un gazoduc via la Syrie vers l’Europe devant permettre au gaz qatariote, et éventuellement israélien, de concurrencer le gaz russe, et éventuellement iranien.

 

C’est donc en mars 2011 qu’était donné le coup d’envoi de cette longue guerre qui semble aujourd’hui en passe de se terminer victorieusement pour l’Etat syrien, à moins que les puissances occidentales qui se sont acharnées à le détruire ne se lancent directement cette fois dans cette guerre pour éviter la défaite de leurs supplétifs locaux, au risque d’une conflagration mondiale. Pour préparer cette guerre, on a pu jouer dans les opinions désinformées sur les sentiments compassionnels qu’avaient éveillés les masses tunisiennes et égyptiennes soulevées contre la pauvreté, l’indignité nationale et la dictature. On a pu faire croire que c’était le même mouvement qui se prolongeait en Libye et en Syrie grâce à des mises en scènes de manifestations bidonnées dans les studios d’al Jazeera ou des prises de vues par des téléphones portables qui permettaient de les cadrer pour donner l’impression de tirs policiers ou de masses de manifestants ...Mais, alors que Al Jazeera s’était montrée capable de filmer par satellite les manifestations de masse de la place Tahrir du Caire quand le pouvoir local l’avait interdite, rien de tel n’a été fait à Benghazi, à Tripoli d’abord, puis à Damas, à Alep ou à Hama ! Et pour cause, dans ces villes les manifestations de masse qui se tenaient alors étaient en faveur du gouvernement tandis que les manifestations de l’opposition étaient dans beaucoup de cas chétives. Par ailleurs, une vision satellitaire de ces manifestations aurait permis de déceler les snipers embusqués (armés et financés par qui ?) qui tiraient à la fois sur les policiers et sur les manifestants, scénario qu’on a retrouvé plus tard à Kiev et à Caracas d’ailleurs[1]. On sait aujourd’hui par des témoins qui ont eux-mêmes manifesté qu’une partie des manifestants étaient payés avec de l’argent venant du Golfe et distribué dans des mosquées où les imams préféraient se soumettre au veau d’or plutôt qu’au gouvernement national[2]. Ces constatations ne remettent pas en cause le fait qu’une partie de la population syrienne avait sans doute des raisons d’en vouloir à son gouvernement dont certaines fractions avait un peu trop facilement cédé au cours des années 2000 au vent de libéralisme en « libérant les prix » des denrées de base à un moment où le pays était en plus confronté à une vague de sécheresse diminuant la production agricole. On était en effet passé chez beaucoup de cadres du pouvoir au cours des années 2000 d’un discours en faveur du socialisme à un discours en faveur d’une « économie socialiste de marché » pour finir par une « économie sociale de marché ». Glissement sémantique promu par une partie des cadres syriens acquis au « consensus de Washington ». Ce qui explique pourquoi lors de son dernier congrès, après le début de la guerre, Bachar el Assad avait accepté de reconnaître que le parti Baath au pouvoir avait négligé sa base sociale privilégiée, les « ouvriers et les paysans ». Ce sont cependant dans certaines campagnes reculées et au pourtours des grandes villes qu’on rencontrait le plus de mécontents. Loin donc des centre-villes où se déroulaient les manifestations pour une révolution « démocratique et pacifique » conforme en apparence aux méthodes de « regime change » inventées par les stratèges US Gene Sharp et Joseph Nye. Les gros médias du monde aux mains des intérêts financiers mondialisés ont alors concentré leurs tirs sur le « régime de Bachar qui tirait sur son propre peuple ». Une cause « juste » à promouvoir pour les élites mondialistes de droite ou de gauche qui depuis le démantèlement du camp socialiste communient toutes dans un consensus bétonné inventé par les « néoconservateurs » anglo-américains rebaptisés récemment « interventionnistes libéraux ».

 

Aujourd’hui, face l’incohérence manifeste qui empêche le fonctionnement normal des institutions aux Etats-Unis et de leurs alliés depuis des élections présidentielles qui n’ont pas fonctionné comme prévu, on constate l’émergence sur les bords du Potomac de « l’Etat profond »[3] qui cherche à reprendre le contrôle de la situation, au moins là où c’est possible, aux USA bien sûr mais c’est aussi ce qu’on vient de constater en France avec la récente comédie électorale médiocratisée à quatre tours.

 

En Syrie, le slogan répété depuis six ans et aujourd’hui quelque peu usé était « Bachar doit dégager », et on annonçait sa chute imminente dans le mois, la semaine, les heures suivantes. Les bonnes âmes superficielles qui sont sommées de pleurer sélectivement sur le sort des pauvres Syriens ont été en revanche priées d’oublier les souffrances de Gaza, du Yémen, de Bahrein, de l’Afghanistan toujours occupé sans succès, des enfants esclaves des mines des multinationales du Coltan du Congo et de quelques autres « paradis » concoctés par l’ordre-désordre capitaliste mondialisé. Tout le paysage audio-visuel, intellectuel, idéologique et politique dominant concentre ses tirs à boulet rouge sur « le boucher de Damas » sans qu’aucun journaliste « mainstream » n’ai eu le courage d’aller confronter le discours dominant avec la réalité en Syrie même, ce qu’il est tout à fait possible de faire, ou, mieux, d’aller s’entretenir librement avec les réfugiés syriens au Liban ou en Jordanie qui sont allés massivement voter à l’occasion des élections présidentielles de 2014 en faveur de Bachar el Assad dans leurs consulats. Elections dont personne n’a parlé évidemment. Ailleurs à l’étranger, dans les « démocraties » arabes, musulmanes ou occidentales, le scrutin avait d’ailleurs été interdit aux émigrés et aux réfugiés. En particulier en France où l’ambassade de Syrie auprès de l’UNESCO s’est vue déniée le droit d’accueillir ses compatriotes désirant voter. Triomphe de la démocratie à géométrie variable.

 

Les contestataires de la ligne officielle n’ont pas droit de cité à l’Ouest, dans la plus grande partie du monde arabe, et les médias alternatifs, russes, iraniens ou sur internet en particulier, sont systématiquement dénigrés comme « totalitaires », pour que le citoyen libre n’ose même pas penser avoir l’audace d’écouter et de réfléchir par lui-même, d’entendre et de comparer. C’est comme si en 1940, on avait réussi à imposer aux Français de croire que Radio Londres était au main d’une dictature implacable et que seule Radio Paris, aux mains des Allemands, n’était pas au service d’un ordre totalitaire étranger. Assad devait donc tomber dans l’espace de quelques semaines puisqu’il avait perdu l’appui de son peuple, de son armée et des notables et militaires syriens qui avaient fui et fait acte d’allégeance à des pouvoirs étrangers. Mais, contre toutes les attentes des studios, des chancelleries et des banques mondialisées, le lion de Damas a tenu seul contre vents et marées et il tient toujours, désormais avec l’appui d’Etats étrangers venus contrebalancer la force des groupes armés soutenus de l’étranger qui avaient attaqué le pays dès 2011 en profitant, il est vrai, des poches de mécontentement qui existaient dans certaines régions appauvries du pays qui ont vu affluer l’argent du Golfe. Globalement cependant, ce n’est pas « Bachar » qui a tenu, c’est le pays réel dont Assad s’est seulement fait le porte-parole et l’organisateur talentueux. Pendant plusieurs années l’Etat syrien s’est battu pratiquement seul, le dos au mur, sans grands moyens financiers malgré un début d’aide russe puis l’engagement assez tardif du hezbollah, advenu seulement lorsque les « rebelles » ont commencé à attaquer les voies d’approvisionnement de la résistance libanaise passant par la Syrie. Preuve que la guerre de Syrie visait avant tout à promouvoir les intérêts de ceux qui dans le monde arabe et dans le monde occidental privilégient les intérêts de Tel Aviv sur ceux de leur propre peuple.

 

Personne n’a donc jamais tenté d’éclairer le public du « monde libre » sur la raison qui permet d’expliquer pourquoi une armée de conscrits recevant un solde misérable de multiples fois plus petit que celui des mercenaires d’en face affluant de presqu’une centaine de pays (!) se sont battus et ont continué à se battre pour « un dictateur qui tue son propre peuple ». On a certes d’abord avancé l’idée qu’il devait son maintien au seul appui de la « secte » alaouite voire des autres minorités religieuses, en particulier chrétiennes, qui, pour le coup, n’éveillent plus la même compassion hypocrite que dans d’autres parties du globe, ce qui devrait d’ailleurs interpeller un observateur neutre qui devrait demander pourquoi ces minorités auraient si peur des agneaux démocrates et « islamistes modérés » venus pour libérer leur pays. Mais 70% environ des Syriens sont musulmans sunnites, et c’est la même proportion des conscrits syriens, soldats comme officiers et officiers supérieurs, que l’on retrouve dans l’armée qui se bat contre les « révolutionnaires », les « démocrates » et les « islamistes sunnites ». Alors force est de constater que si cette armée ne s’est pas débandée dans sa masse, c’est que c’est bien une armée du peuple bénéficiant de l’appui du peuple. On a certes aussi avancé plus tard la thèse de l’implication armée « chiite », iranienne, irakienne, afghane, libanaise ou celle des Russes. Or, il suffit d’examiner les détachements armés présents sur chaque secteur du front pour savoir que c’est bien l’armée syrienne qui se bat essentiellement, et que les portions des fronts réservés aux forces alliées sont minimes, même si, effectivement, le rôle de l’aviation russe et des conseillers russes ou iraniens n’est en revanche pas minime dans cette guerre. On a tu par ailleurs en revanche la présence des formations palestiniennes se battant aux côtés des Syriens. Normal, les Palestiniens appartiennent au monde sunnite dont on voudrait qu’il soit uniformément massé derrière les pétromonarchies d’un autre âge ou derrière une Turquie qui a cédé à une politique erratique au cours des dernières années, perdant en quelques mois le capital de sympathie et de stabilité qu’elle avait réussi à amasser au cours de la décennie précédente.

 

L’Occident réel a toujours soutenu que tous ses adversaires ne doivent leur survie que grâce à un lavage de cerveau caractéristique de régimes ennemis systématiquement décrétés « totalitaires », mais force est de constater que les « médias libres » ont été à l’occasion des conflits libyen et syrien pris de façon systématique la main dans le sac à raconter grossiers mensonges sur grossiers mensonges. Mais qu’importe, puisque le mensonge (ce que Al Jazeera a d’ailleurs appelé avec franchise « des ruses de guerre », découvrant ainsi son rôle de manipulateur de l’information) ne sera pas ébruité, ou lorsqu’il le sera dans les médias « alternatifs », ils ne toucheront que les esprits particulièrement critiques que nos médiocrates vont s’acharner à présenter comme des complotistes d’extrême droite antisémite, des « agents de Moscou » ou des staliniens d’un autre âge. Recette vieillie qui apparaît de plus en plus comme du réchauffé indigeste. Personne ne doit non plus poser la question de savoir si les « régimes » syrien ou libyen n’étaient somme toute pas plus « démocratiques » ou « pluralistes » que les grands amis de l’Occident, les pétromonarchies absolutistes de la péninsule arabique biberonnés aux cours de la bourse et des hydrocarbures avec leurs Etats-clients qui ne peuvent rien leur refuser. On a occulté tout ce qui pouvait expliquer pourquoi tant de Syriens, et avant tant de Libyens, ou aujourd’hui tant de Yéménites (mais il en va de même avec les Russes, les Chinois, les Coréens (du nord), les Cubains et tant d’autres) manifestent leur attachement à la souveraineté nationale, à l’intégrité et à l’indépendance de leur pays. Nos médias ne parlent des destructions massives que lorsqu’elles sont dues aux combats menés par l’armée gouvernementale. A ce titre, la France devrait demander des réparations aux USA pour la destruction de Caen et de tant d’autres villes françaises bombardées par leur libérateur et les considérer comme des « alliés qui tuent leurs propres alliés ». Deux poids deux mesures.

 

L’ancien ministre français des Affaires étrangères dont on taira par miséricorde le nom pour que l’histoire l’oublie avait décrété que Bachar al Assad « ne mérite pas de vivre sur terre », et les discours « islamistes takfiristes » (excommunisateurs)[4] n’ont commencé à soulever quelques doutes que très tardivement. Encore a-t-on à ce moment là inventé le mythe des « opposants modérés » pour établir une différence fictive entre les différents clans d’égorgeurs, de violeurs « halal » et d’assassins d’enfants. Mais jusqu’à ce jour, hormis quelques émigrés de longue date déconnectés des réalités de leurs pays et souvent grassement payés par l’étranger, aucun de ces « modérés » n’a pu être présenté à des médias qui n’ont jamais été en état de nous faire visiter une seule région vraiment libre en Syrie. On ne se rend pas chez les « rebelles » qui ne sont pas, pour beaucoup d’entre eux, des Syriens car on y craint pour sa vie et on ne se rend pas dans les zones gouvernementales où affluent les masses de réfugiés des régions « libérées » pour ne pas écouter la réalité. Aujourd’hui encore, malgré tout les faits accumulés, en particulier depuis la libération d’Alep-Est où on nous avait annoncé des massacres de masse, les mercenaires de l’info, les agents d’influence néocons, les abrutis sectaires et les naïfs continuent pourtant à nous tenir le même discours aberrant dont on vient d’avoir encore une fois la preuve avec la pétition parue dans Libération[5] signée par des intellectuels de service et des naïfs les suivant protestant contre les timides tentatives d’analyser la situation syrienne sous un angle plus rationnel de la part du nouveau locataire de l’Elysée. La légende du « printemps arabe » reste donc tenace car trop de lobbies, de politiciens, d’appareils étatiques y sont mêlés, et reconnaître les faits équivaudrait à devoir accepter de reconnaître que ses erreurs ont permis de légitimer des crimes de masse[6], ce que ne peuvent supporter ni ceux qui ont bâti leur légitimité sur l’exemplarité de leur démocratie face à des démocraties décrétées imparfaites, comme le sont la Russie ou l’Iran, ni ceux qui ont bâti leur légitimité sur un islam pur face à des pays musulmans décrétés imparfaits, comme le sont ou l’étaient les Etats musulmans républicains et laïcs, Syrie, Irak, Libye, Yemen. Le « chaos constructeur » inventé en Amérique peut donc continuer.

 

Les régimes pétromonarchistes, les régimes capitalistes occidentaux mais aussi la Turquie et une grande partie des Frères musulmans ont cautionné des dérives pour des raisons d’intérêts économiques et politiques ou d’aveuglement idéologique, et aucun n’est vraiment prêt à faire son auto-critique, même au moment où la querelle entre les Saoud et le Qatar, et celle entre Erdogan et Gülen permettent de faire ressortir beaucoup de faits et de cadavres cachés jusque là[7], en particulier le fait que les adversaires de la Syrie ont bien utilisé et appuyé des groupes pratiquant la terreur de masse et la manipulation cynique des informations, en particulier des attaques sous faux drapeaux.

 

Pour les Etats-Unis, Israël et leurs « protégés » d’Europe et du monde arabe ou musulman, il s’agissait d’une entreprise géopolitique, géostratégique, voire géo-économique, globale de déstabilisation et de destruction, voulue, planifiée, organisée par Washington et Tel Aviv en utilisant des régimes sans réelle base sociale mais achetant la paix sociale à coup de pétrodollars ou de travailleurs immigrés surexploités en turn-over permanent. Dans le but de maintenir le plus longtemps possible l’économie-casino occidentale, alors que des puissances concurrentes émergent mais que l’OTAN a peur d’attaquer frontalement. C’est donc sur le terrain syrien en particulier, mais pas seulement (Libye, Ukraine, Yémen, etc.) que cette contradiction majeure s’est localisée. Pour empêcher aussi le développement d’un axe de résistance allant de l’Iran à la mer Méditerranée. Les Etats de la péninsule arabique sont tous des créations artificielles datant de l’époque coloniale, hormis le Yemen et l’Oman, les deux seuls Etats qui, comme par hasard, ont le courage de mener des politiques plus sages et plus dignes. Les pétromonarchies parvenues, tels des cowboys du Far West, détestent tous les Etats enracinés dans l’histoire, Irak, Iran, Syrie, et même Egypte qu’il s’agit de contrôler à cause de sa grande pauvreté. Sociétés maladroitement modernisées à coup de pétrodollars, elles restent largement tribales et claniques, déstabilisées donc par rapport à la vieille et simple société bédouine mais incapables aussi d’assimiler les acquis de la civilisation occidentale qui, il faut le dire, est aujourd’hui entrée dans une dégénérescence telle que son modèle en devient irrecevable. Monarchies absolutistes qui souhaitent donc pour les autres Etats arabes le même mode de pouvoir morcelé clanique et tribal qu’elles ne parviennent pas à dépasser chez elles.

 

Le problème est que la Turquie et la confrérie des Frères musulmans qui possédaient plus de racines et d’ouverture d’esprit au départ que les monarchies du désert ont finalement accepté par opportunisme et surtout par illusion de pouvoir s’imposer par-dessus ces politiques obtuses et à courte vue. Même le Hamas palestinien de l’extérieur a préféré la monarchie absolutiste du Qatar créée par l’Angleterre et protégée par l’US Army à la république anticoloniale et anti-impérialiste syrienne (le Hamas de l’intérieur, celui de Gaza, n’a lui jamais accepté de céder la proie pour l’ombre et de rompre avec l’axe de la résistance et l’Iran). L’idée d’une démocratie islamiste dans sa version conservatrice, style démocrate chrétienne « à la turque », ou dans sa version théologie de la libération, existe mais elle n’a jamais pu prendre le dessus à cause de la prédominance des pétrodollars qui ont permis d’acheter ou de convaincre la plupart des notables « islamistes ». Les Frères musulmans, frustrés par leurs défaites récurrentes depuis les années 1950 et la Turquie d’Erdogan ont donc cru venue leur heure, ce qui leur a fait oublier leur précédente ouverture d’esprit en direction de la démocratie, de la libération nationale, et aussi du chiisme, de ce qu’on pourrait appeler l’oecuménisme.

 

Pour des raisons historiques, culturelles, religieuses, politiques et géopolitiques, la Syrie est située au centre de la confrontation entre plusieurs visions de l’arabité et de l’islamité, et l’issue du conflit actuel sera déterminante pour l’avenir du monde, car c’est ici que s’affrontent pour le moment les puissances en crise d’Occident et les puissances plus dynamiques d’Eurasie.

 

Le camp de la légalité internationale et donc de la souveraineté de l’Etat syrien légal a pour appui l’Iran, la résistance libanaise autour du Hezbollah, l’Irak en réorganisation avec des partis et des milices de mobilisation populaire, le Yemen « historique », la Russie et la Chine, et par extension les pays de l’OCS, du BRICS et du BRICS+.

 

Le camp du « chaos constructif » et du démantèlement des Etats indépendants du « Grand Moyen-Orient » regroupait au départ les élites et les régimes néoconservateurs, néolibéraux et/ou néo-islamistes (Arabie Saoudite, Qatar, EAU, Bahrein, Turquie, Koweït) finançant une kyrielle de groupes takfiristes, « djihadistes », mercenaires, avec le soutien de Tel Aviv et de presque tous les Etats occidentaux. Aujourd’hui, à cause de ses échecs, ce camp s’est scindé avec la crise qui a éclaté entre Riyad et Doha. Alors que les puissances occidentales sont elles aussi divisées entre une nébuleuse mondialiste neocons et les partisans de l’égoïsme national style Trump.

 

Il y a dans le monde plus d’une dizaines de guerres ayant pour axe ces deux pôles, entre lesquels se manifestent avec des hauts et des bas les forces de souveraineté populaire et nationale. Conflit de puissances, d’intérêts militaro-industriels et de contrôle de l’énergie et des voies d’approvisionnement d’énergie, en particulier celle à destination des puissances émergentes.

 

L’état du conflit en Syrie

 

On a d’abord voulu présenter cette guerre comme une « guerre civile » entre un peuple en révolution démocratique contre un autocrate, mais force est de constater que même s’il existe des opposants syriens qui se sont ralliés aux groupes armés par l’étranger, il existe aussi une opposition qui s’est ralliée à l’Etat au cours de cette guerre sans pour autant estimer devoir se rallier forcément au gouvernement en soi. Le « régime syrien » bénéficie donc selon les enquêtes d’opinions et les résultats des élections tant au pays qu’en exil de l’appui d’une majorité des citoyens syriens, toutes orientations politiques ou religieuses confondues. Il faut affirmer cette vérité simple : cette guerre n’aurait pas pu se développer sans l’appui direct de l’étranger, en argent et en armes, mais surtout, ce qui est révélateur, sans la participation d’une masse de combattants étrangers, faute d’un nombre suffisant de Syriens prêts à prendre les armes contre le gouvernement de Damas. Les plans israéliens, nord-américains et otanesques prônaient quasi-ouvertement la « solution » du « projet du Grand Moyen-Orient » bushien reprenant le vieux plan israélien Yinon[8], c’est-à-dire le plan de cassure des pays arabes et de la Syrie en petites entités politiques, régionales, ethniques, tribales ou confessionnelles dans un pays qui a toujours été uni depuis l’Antiquité par-dessus ses différentes appartenances religieuses. Même si la grande Syrie d’origine, le « Sham », a été cassé en quatre morceaux (cinq avec Antioche) par les accords coloniaux Sykes-Picot de partage du pays. Mais aujourd’hui, en raison des victoires de l’armée syrienne, on ne parle plus d’une partition « hard » mais simplement d’une « fédéralisation » « soft » du pays, ce qui revient à peu près au même, stériliser de l’intérieur la Syrie pour l’empêcher de continuer à servir de base arrière à la résistance libanaise et palestinienne.

 

La composante « religieuse » de la guerre

 

La sauvagerie manifestée tant par les groupes néo-islamistes reconnus internationalement comme terroristes (Al Qaïda ou Daech) que ceux décrétés « modérés », on se rappelle l’égorgement de l’enfant palestinien à Alep par un groupe « modéré » financé et soutenu par Washington, ne correspond à aucune des grandes traditions historiques islamiques[9]. On a certes connu à différents moments de l’histoire des groupes très minoritaires utilisant la violence extrême comme cela a pu se voir sous d’autres cieux, mais jamais aucun de ces groupes n’avait obtenu l’aval des grandes écoles islamiques sunnites ou chiites. C’est l’émergence du wahhabisme dans la province arabique reculée du Nedj puis son succès en partie dû à l’appui anglais puis à celui des Etats-Unis et finalement son enrichissement soudain qui allait propulser de l’avant cette secte au départ condamnée par toutes les universités et autorités morales, juridiques et théologiques sunnites. Pire, le gros des forces de la confrérie des Frères musulmans originaires d’Egypte qui avaient perdu leur fondateur assassiné par le roi local pro-anglais se sont révélés pour leur nouvelle direction incapables d’accepter un compromis avec les exigences du socialisme nassérien anticolonial et ils se sont laissés attirer vers la péninsule arabique où ils ont accepté d’être souvent instrumentalisés. Donnant en quelque sorte une caution intellectuelle « islamique » à ces régimes violents issus de la périphérie géographique et intellectuelle de l’islam. Qui allaient importer dans l’islam le concept de « guerre sainte » qui n’y existait pas, reformulé donc « islamiquement » sous le terme kidnappé en quelque sorte de « Djihad ». Offrant ainsi à la puissance d’outre-Atlantique porteuse de l’idéologie du « clash des civilisations » le prétexte pour inventer un terrorisme qu’il lui fallait pour pouvoir pêcher en eau trouble et opposer à la fois les deux rives de la Méditerranée désormais mises en état de conflit l’une contre l’autre, et les franges atlantiques de l’Eurasie avec son cœur continental, tout cela afin de maintenir la division en Europe et dans l’aire arabo-musulmane et assurer ainsi l’hégémonie de la puissance d’outre-atlantique et de son agent israélien local sur l’ensemble.

 

Pour justifier leur guerre, les « islamistes sunnites » allaient chercher à opposer un prétendu « axe sunnite » se défendant contre le « croissant chiite », alors même que les Saoud n’avaient jamais manifesté la moindre réticence contre le chiisme conservateur du shah d’Iran ou de l’ancien souverain du Yemen. Ce n’est donc pas le chiisme mais bien l’islam révolutionnaire iranien puis résistant libanais, certes chiite, qui a soulevé la peur des dynasties d’un autre âge. La dénonciation du chiisme allait servir de pur prétexte à cette opération de relégitimation du principe monarchique auprès des masses jusque là acquises à l’anti-impérialisme, à l’antisionisme et au socialisme arabe. Cette offensive idéologique réactionnaire allait même réussir à s’étendre à une partie de la résistance palestinienne pourtant en principe bien consciente du fait que l’ennemi principal était bien à Tel Aviv et non pas à Téhéran. Seuls les militants du Hamas à Gaza, du Djihad islamique et du FPLP ont compris que c’est la mosquée Al Aqsa de Jérusalem qui a une compréhension correcte de ce qu’est l’intérêt de l’islam, des Arabes et des Palestiniens, car elle dénonce la « fitnah » (la scission) qui a commencé avec les guerres du « printemps arabe » menées contre la Libye puis contre la Syrie[10]. Aujourd’hui, avec la crise qui a éclaté entre les deux gangs monarchiques saoudites et qatariotes, le mythe d’une alliance « sunnite » contre un « complot chiite » vole enfin en éclat[11]. Ce que le changement de direction à la tête du Hamas il y a quelques mois suite aux déboires des aventures décidées par sa direction extérieure avait déjà annoncé. On voit donc clairement que derrière les apparences religieuses auxquelles un trop nombre de gens ont cru, tant en Occident que dans le monde musulman, il y a la question qui reste fondamentale du rapport à l’impérialisme finissant et au conservatisme social, ce qu’un croyant aurait pu comprendre avec le concept d’incarnation du divin dans les justes luttes. Mais c’est à une inversion mentale qu’on a procédé dans le monde arabe en profitant d’une masse de jeunes appauvris, à la dérive et mal éduqués. A l’échelle internationale, le rapport à l’impérialisme recouvre, comme on le sait depuis longtemps, les antagonismes de classe dont les « islamistes » n’ont pas voulu dans leur majorité, prendre conscience, d’où leurs errances, leurs dérives, les manipulations dont ils ont été le jeu puis les horreurs qu’ils ont cautionnées ou même exécutées.

 

Le gouvernement de Damas est légal et légitime

 

L’ingérence des pays arabes et occidentaux dans les affaires intérieures syriennes n’a aucun fondement légal car la Syrie est un Etat reconnu internationalement, indépendant et souverain et la question de son régime politique et de son gouvernement est une affaire strictement syrienne sur laquelle aucun autre Etat n’a le moindre droit de regard. C’est pour cela que l’aide russe, libanaise, iranienne, chinoise à Damas est légale et légitime car elle est approuvée par son gouvernement reconnu internationalement. Le droit des peuples à l’autodétermination se manifeste entre autre par le droit des pays à décider de leur régime politique, hors de toute ingérence étrangère. Et la thèse néoconservatrice sur le « droit de protéger », hormis le fait qu’elle est purement hypocrite vu le nombre de morts de toutes les guerre pour le gaz et le pétrole faites au nom des droits de l’homme, n’a aucun fondement légal ou même logique, car c’est bien entendu toujours le droit de « protéger » décidé en toute subjectivité par le fort contre le faible. On imagine mal en effet une armée irakienne ou haïtienne intervenant aux USA pour faire libérer Mumia Abou Jamal, Leonard Peltier, les prisonniers de Guantanamo ou des prisons secrètes de la CIA et les milliers de prisonniers plus ou moins illégalement détenus dans cette hyperpuissance qui a le privilège de compter environ le quart de toutes les personnes incarcérées de toute la planète ! Ni l’armée libanaise venant libérer Georges Ibrahim Abdallah détenu illégalement désormais en France.

 

Selon la loi internationale, chaque gouvernement reconnu dispose du monopole de l’usage légal de la force. Contester ce droit, c’est revenir à la politique de la canonnière et à l’ère coloniale. L’armée syrienne présentée parfois comme « l’armée du régime alaouite » est en fait une armée nationale de conscription regroupant toutes les populations du pays. Elle a le monopole légal du droit militaire sur tout le territoire syrien, même si elle peut décider de faire appel à une aide militaire extérieure, en fonction des décisions du gouvernement syrien. Toutes les autres présences militaires étrangères sur le territoire syrien, groupes armés « islamistes » ou kurdes, base de l’US Army, antennes des services secrets occidentaux, armée turque sont illégales au regard du droit international, et la position soutenue par la Russie et la Chine à l’ONU sur ce point est incontestable. La Syrie a le droit de se défendre et même l’ancien ambassadeur US à Damas, Robert Ford[12], vient de reconnaître que la guerre de Syrie était désormais perdue pour les USA, à moins d’un engagement militaire direct, mais fort hasardeux.

 

La guerre en Syrie pourrait se terminer bientôt

 

Sur le front militaire et depuis la libération d’Alep-est en décembre 2016, l’armée syrienne est partout à l’offensive, dans la région de Damas, à l’est d’Alep, de Hama, de Homs, et depuis quelques jours dans la province stratégique de Deir ez Zor ouvrant l’accès à l’Irak, et même à la frontière jordanienne et sur le Golan où pourtant Israël tente d’aider les « rebelles » pour créer une zone tampon le séparant de l’armée syrienne et de la résistance libanaise. La bataille du désert de l’est syrien voit depuis plusieurs semaines des avancées systématiques et la victoire est assurée pour Damas si personne ne vient aider Daech, si les Kurdes armés par les USA ne mettent pas de bâtons dans les roues et si les USA ou Israël acceptent en finale de faire preuve de réalisme et de se retirer du théâtre syrien. Passant outre aux injonctions accompagnées d’actes de guerres de la part des Etats-Unis, l’armée syrienne a opéré lors d’une opération magistrale qui montre son efficacité, sa jonction avec les forces irakiennes du « Hachd Chaabi » rouvrant ainsi la frontière entre les deux pays et ouvrant ainsi la voie à un axe de communication donnant à l’Eurasie en constitution sous le nom de « nouvelle route de la soie » son débouché méditerranéen et à l’axe de la résistance anti-israélienne une profondeur stratégique qui fait blêmir les militaires en poste à Tel Aviv. Désormais avec un Hezbollah expérimenté, une armée syrienne aguerrie et un Hamas revenu à Gaza sur les illusions de ses anciens chefs exilés à Doha, c’est Israël qui doit se faire du soucis, malgré l’alliance qu’il est en train de conclure avec la monarchie saoudienne en pleine crise de succession, en pleine crise économique et défaite sur le front du Yémen.

 

Les provocations successives (un avion puis un drone syriens abattus par l’US Air Force ainsi que des frappes et attaques ponctuelles US ou israéliennes contre l’armée syrienne et au profit des terroristes « islamistes ») ne font que confirmer l’hypocrisie de la puissance finissante. La Russie et la Chine qui avaient voulu faire preuve de retenue et d’esprit de compromis en refusant de s’engager pour défendre la Libye ont compris depuis le début de la guerre en Syrie qu’il y allait de leur intérêt vital de défendre le droit international et l’équilibre entre puissances, ce qui passe d’abord par l’affirmation de l’efficacité de sa propre puissance et de la solidité de ses alliances. Dans ce contexte, les « Forces démocratiques syriennes », largement composées de Kurdes et en principe de tradition marxiste, semblent avoir misé sur un mauvais cheval en s’éloignant de Damas pour se rapprocher de Washington. Car elles se sont aliénées Damas en phase ascendante tout en soulevant le courroux d’Ankara, puissance de l’OTAN doutant de plus en plus que ses intérêts consistent à rester dans l’alliance qui abrite l’auteur supposé du coup d’état qui devait emporter Erdogan qui, lui, a été sauvé par ...son adversaire russe. Ankara comme Doha semblent bien devoir se rendre bientôt à Canossa, c’est-à-dire à Téhéran et à Moscou, s’ils ne veulent pas devenir la risée du monde et des éléments d’importance secondaire sur la scène régionale.

 

La Syrie semble bel et bien en passe de gagner la guerre militaire, avant de gagner la guerre médiatique malgré la répétition des ritournelles vieillies des officines de propagande et des donneurs de leçons qui continuent à prétendre qu’il y a en Syrie la révolte d’un peuple contre son tyran. Et pourtant l’armée syrienne n’est pas composée de Martiens et elle a tenu tous les chocs successifs au cours d’une guerre de presque sept ans aujourd’hui qui lui a pourtant coûté des pertes très douloureuses. Presqu’un quart de toutes les victimes syriennes de la guerre sont des combattants du camp gouvernemental, selon les données communiquées par une officine pourtant proche de l’opposition basée en Angleterre, l’OSDH.[13] Tôt ou tard dans l’histoire, les mensonges s’effondrent toujours, et les faits reprennent le dessus. Bachar el Assad a tenu bon alors que tant de politiciens qui prévoyaient sa chute imminente ont depuis longtemps mordu la poussière, que l’on pense à ceux qui dirigeaient il y a peu le Qatar, l’Arabie saoudite, les USA, la France, l’Angleterre et bien d’autres. Seuls les chefs d’Etat décrétés ennemis des valeurs occidentales à géométrie variable semblent s’appuyer sur quelque chose de plus solide et de plus durable, ce qui, soit dit en passant, devrait être considéré comme un signe divin de la part de ceux qui n’ont que le mot Dieu à la bouche, tant ils semblent haïr les créatures divines marchant les pieds sur terre. Mais ne leur demandons pas de faire preuve de logique, si une telle chose avait été possible, ils n’auraient pas pris les funestes décisions qu’ils ont prises en 2011 et qui, de dérive en dérives, les amènent vers leur perte.

 

Un nouveau monde arabe émerge

 

La solidité de l’alliance entre la Syrie et ses alliés (Hezbollah, Iran, Irak, Russie, Chine et sans doute Algérie et Gaza) contraste donc avec la dislocation de l’ex-coalition adverse :

 

Dislocation aux Etats-Unis entre le nouveau président élu et « l’Etat profond » qui avait soutenu Clinton et sabote, par Pentagone, CIA et « corporate medias » interposés, la politique présidentielle qui s’avère du coup de plus en plus erratique.


Dislocation de l’alliance atlantique entre le locataire de la Maison blanche, quelques-uns de ses alliés extérieurs et le gros des pays de l’UE qui n’ont pas digéré la défaite de Clinton et l’émergence d’un « populisme ». Ce qui signifie que le système dominant est en train de se désagréger. Désamour donc entre les dirigeants des deux rives de l’Atlantique nord, ce qui devrait entraîner des bouleversements de la situation internationale. D’autant plus que Washington demande désormais aux Européens en crise de payer encore plus cher une présence militaire US sur leurs terres censée les défendre alors qu’elle s’avère de moins en moins sécurisante.

 

Dislocation de ce qu’on a voulu présenter comme « l’axe sunnite », le Qatar, la Turquie et le Hamas de Gaza devant se rapprocher de l’axe de la résistance autrefois baptisé « croissant chiite » pour faire face à la félonie du nouveau prétendant au trône des Saoud qui n’arrive à gagner aucune de ses guerres, ni en Syrie ni, pire encore pour lui, au Yémen, l’armée yéménite ayant même réussi l’exploit de pénétrer durablement sur le territoire saoudien. Une armée de va-nu-pieds dans un pays affamé faisant face à une armée dotée de toute la quincaillerie militaire occidentale dernier cri !

 

Logiquement, Washington n’a désormais plus comme choix rationnel que de se désengager, mais peut-on vraiment croire que le lobby militaro-industriel et énergétique, le Pentagone, la CIA, les cercles néoconservateurs et les sionistes d’outre-Atlantique et de terre sainte accepteront de se replier ? Et de reconnaître leur défaite.

 

Une issue favorable pour la Syrie ?

 

La Syrie est engagée sur la voie d’une victoire militaire qui aura renforcé les capacités et l’expérience militaire de son armée, ce qui doit faire peur à Tel Aviv, d’autant plus qu’il en va de même pour le Hezbollah, qui aide en plus le Hamas à Gaza. Le coût de cette victoire reste néanmoins faramineux. Un pays saccagé, environ 400 000 morts, avant tout des jeunes militaires syriens, puis des civils tués lors des combats ou des massacres organisés par les « rebelles » et enfin de ceux qui ont choisi, de gré ou de force, de rejoindre le camp des mercenaires et des fanatiques. Au moins 8 millions de réfugiés, la majorité d’entre eux déplacés sur le territoire national. Ils commencent depuis la reprise d’Alep à revenir, de l’intérieur du pays ou des camps de réfugiés à l’étranger où leur situation était rude, particulièrement pour ceux exilés en Turquie qui ne semblent pas tous avoir apprécié leur séjour dans ce pays si l’on en croit les témoignages de beaucoup d’entre eux. Cette guerre, c’est aussi 1,5 million de blessés et handicapés. Près des 2/3 du pays sont en ruines, des dégâts estimés jusqu’à 1 300 milliards de USD, sans compter l’impact des sanctions et de l’embargo toujours maintenu, en particulier contre le secteur médical (!). A quoi s’ajoute la destruction d’une partie du patrimoine culturel, artistique, historique, éducatif, sanitaire, industriel et du tissu humain, là où les « rebelles » ont pu diviser les populations en jouant sur les inimitiés locales.

 

La guerre se terminera par la victoire de l’armée officielle si Washington accepte de baisser pavillon, chose imprévisible. Même si Moscou semble vouloir tout faire pour lui éviter de perdre la face. Le conflit syrien a permis de clarifier beaucoup de choses, et une grande partie des musulmans sincères, déjà échaudés par le contre-exemple algérien de la « décennie noire », comprennent les impasses dans lesquels des princes, des notables parvenus et des politiciens à la petite semaine ont fait tomber un islam qui fut auparavant une religion de science, d’ouverture, de tolérance, de créativité et de pluralité, et qui le reste dès lors qu’on accepte de donner la parole à ceux de ses porte-parole qui en sont privés la plupart du temps[14].

 

Restera à régler la question de la masse des déçus et des desperados arabes, européens et américains qui ne connaissent plus comme métier que celui des armes et de l’intimidation. Comment les réinsérer dans leurs pays respectifs sans laisser place à la haine de leurs anciennes victimes ? Et sans que leurs frustrations et leur mauvaise conscience ne rebondissent sans fin ? L’arroseur arrosé.

 

Bruno Drweski

»» http://www.investigaction.net/fr/la-syrie-constitue-le-barometre-du-mo...

Notes :

[1] http://reseauinternational.net/chef-fausse-revolution-libyenne-admet-k...;; https://www.legrandsoir.info/un-autre-regard-sur-la-syrie.html ; http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-revolution-...;;

[2] http://www.slateafrique.com/92763/l%E2%80%99egypte-al-jazeera-syrie-al...;; http://mai68.org/spip/spip.php?article10468

[3] http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1359&var_recherche=eta...;; http://www.comite-valmy.org/spip.php?article3671&var_recherche=eta...

[4] On doit rappeler que nombre de religieux sunnites refusant de condamner le gouvernement syrien ont été assassinés par les « rebelles », comme par exemple le Sheikh Saïd Ramadan El Bouty qui délivrait des messages de paix https://www.youtube.com/watch?v=Po831wgkElM (sous-titres en français) ; https://www.youtube.com/watch?v=1Fiba9Nceos et le témoignage sur son assassinat https://www.youtube.com/watch?v=e1lLeG1x6pc

[5] http://www.liberation.fr/debats/2017/07/02/monsieur-le-president-maint..., prise de position qui peut être mise en relation avec celle qui semble renvoyer dos à dos tous les protagonistes du conflit http://lesakerfrancophone.fr/la-lettre-decrivains-dartistes-et-de-jour... lorsque la version occidentale n’est plus tenable dans les milieux qui « décrochent », version soft qui est néanmoins contredite par les principaux intéressés http://lesakerfrancophone.fr/communique-du-coeur-de-la-guerre-contre-la-syrie

[6] http://www.investigaction.net/fr/syrie-reponse-a-un-historien-auto-proclame/

[7] https://www.almasdarnews.com/article/qatar-saudi-arabia-fueled-syrian-...;; https://charlierose.com/videos/30589

[8] http://www.geolinks.fr/geopolitique/le-projet-du-grand-moyen-orient/ ; http://www.huffpostmaghreb.com/2013/10/25/moyen-orient-armee-americ_n_...;; http://www.globalresearch.ca/greater-israel-the-zionist-plan-for-the-m...;; http://arretsurinfo.ch/israel-plan-ynon-pour-le-proche-orient/

[9] https://www.algerie1.com/actualite/syrie-les-rebelles-moderes-decapite...;; http://www.leparisien.fr/international/syrie-des-rebelles-se-filment-d...

[10] https://www.youtube.com/watch?v=VQjK-udAPrg ; https://www.youtube.com/watch?v=dzCAUbwPjD4

[11] https://www.youtube.com/watch?v=Tc3M422hFmI le Sheikh sunnite Al Bouty condamnant la scission entre sunnites et chiites au cours de la guerre en Syrie

[12] http://www.madaniya.info/2017/07/04/syrie-the-game-is-over-prophetie-d...

[13] http://www.europe1.fr/international/le-conflit-en-syrie-a-fait-320000-...

[14] http://www.lapenseelibre.org/2016/07/n-121-critique-du-capitalisme-a-l...

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Rojava. Les Kurdes entre utopie et guerres

 

09 Juillet 2017

Un autre futur pour le Kurdistan. Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique de Pierre Bance et l’ouvrage collectif mené sous la direction de Stephen Bouquin, Mireille Court et Chris Den Hond, La Commune du Rojava.
L’alternative kurde à l’État-nation sont deux livres récemment publiés qui tentent d’éclairer, au-delà du dur combat pour un Kurdistan confédéral et démocratique, le projet de société, l’utopie émancipatrice qui guide les Kurdes.
Tabqa a été récemment libérée et nul doute que Raqqa le sera bientôt. L’abandon par l’organisation de l’État islamique (OEI) de cette ville devenue l’une de ses deux « capitales » — l’autre étant Mossoul — marquera un nouveau tournant de la guerre en Syrie. Le premier et le plus décisif ayant été la victoire remportée par les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) à Kobané en janvier 2015. Depuis, les YPG se sont fondues dans une armée arabo-kurde plus vaste, les Forces démocratiques de Syrie (FDS). Ce sont elles qui, soutenues par les Américains et les Russes, sont appelées à jouer un rôle décisif dans la prise de Raqqa.Non seulement le combat des YPG se révèle militairement efficace, mais de plus, il est porteur d’un projet de société pour l’étape suivante. Le Parti de l’union démocratique (PYD), « frère » du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) n’entend pas, une fois la paix rétablie, accepter une sorte de statu quo et que les Kurdes se retrouvent sous la férule d’un dictateur comme Bachar Al-Assad. Avec le risque de tentatives d’éradication de leur peuple, de sa culture et de son histoire, ainsi que cela s’est produit dans les années 1960.
 
La reconnaissance d’une identité kurde dans ce que le PYD a renommé la « Fédération démocratique du nord de la Syrie », ou Rojava, s’impose donc. Il ne s’agit pas de l’indépendance d’un territoire grand comme la Belgique, par ailleurs riche en pétrole et grenier à blé du pays, mais d’une autonomie réelle à l’intérieur d’un état fédéral.Deux livres parus récemment éclairent sur la nature de cette aspiration à la démocratie et sur les conditions extrêmement violentes dans lesquelles elle tente de se réaliser. Celui de Pierre Bance, Un autre futur pour le Kurdistan. Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique (éditions Noir et Rouge) est une étude universitaire d’une grande rigueur, qui pose des questions à propos de l’instauration d’une société sans État, de la mise en place d’une démocratie directe, de l’organisation d’une fédération de communes autonomes, de la façon de contenir un pouvoir central tout en accompagnant son processus de dépérissement. L’auteur conduit ce travail avec modestie : « Je ne cherche pas à avoir raison. Je cherche à comprendre, à partager ce que je sais, puis à apprendre ce que je ne sais pas. »De même, à propos du « confédéralisme démocratique », tentative pragmatique pour instaurer un fait réellement communautaire, en tant que penseur libertaire, il nous prévient :
La pire des choses serait une adhésion les yeux fermés au crédit du romantisme révolutionnaire ou son pendant, un rejet sans appel au nom de la pureté anarchiste.
Son livre offre les clefs permettant de tenir sur cette ligne de crête.L’autre ouvrage est le résultat d’un travail collectif mené sous la direction de Stephen Bouquin, Mireille Court et Chris Den Hond. Intitulé La Commune du Rojava, l’alternative kurde à l’État-nation (éditions Syllepse), il rassemble les contributions d’une vingtaine de spécialistes du Proche-Orient, d’intellectuels solidaires et de protagonistes du mouvement kurde de libération et de solidarité avec le Rojava. Il s’ouvre sur la profession de foi du sociologue et philosophe Michael Löwy qui donne toute sa force à l’ouvrage : « Le Kurdistan libertaire nous concerne ! »C’est pourquoi les trois coordinateurs terminent leur préface en affirmant leur position de militants et de témoins actifs :
Nous aurions aimé rassembler davantage d’informations sur l’expérience d’autogouvernement, sur l’acquisition d’une condition égalitaire pour les femmes et sur la réalité d’une administration “post-nationale”. Mais cela n’est qu’une question de temps et, en attendant, nous espérons que le matériau d’ores et déjà rassemblé pourra nourrir les échanges, soutenir des actions de solidarité, voire inspirer les mobilisations que nous menons en France en en Europe.
Pour autant, il ne s’agit pas d’un pamphlet destiné à conforter des convaincus dans leur point de vue, mais un argumentaire documenté d’où, par ailleurs, l’émotion n’est pas absente.
 
UNE PENSÉE LIBERTAIRE
 
Ces deux publications sont complémentaires. Elles expliquent combien il est complexe, dans un pays fragmenté par des répartitions ethniques et des divergences religieuses, de proposer un projet politique fédérateur. Combien il est difficile de faire aboutir des changements de mentalité qui questionnent et refusent le patriarcat, pourvoyeur d’inégalités entre les hommes et les femmes. Combien il est ardu d’abandonner la gestion verticale des institutions pour lui substituer une démocratie « horizontale ».Le « confédéralisme démocratique » que met en avant le PYDprend sa source dans la réflexion théorique du leader historique des Kurdes, Abdullah Öçalan, actuellement détenu dans l’île-prison turque d’Imrali et, depuis 2002, condamné à perpétuité. Tirant les leçons d’amers échecs stratégiques et d’une approche par trop dogmatique du réel, Öçalan a décidé de rompre avec une pensée sclérosée qui a fini par se caricaturer elle-même pour s’imprégner de celle d’un libertaire américain, Murray Bookchin. Se référant aux grands ancêtres de l’anarchie (Pierre-Joseph Proudhon, Mikhaïl Bakounine, Pierre Kropotkine), Bookchin « inscrit le municipalisme libertaire dans l’idée que la commune libre, indépendante, est la base, l’unité de la nouvelle société communiste », cite Pierre Bance (p. 56).
Dans le municipalisme libertaire, le capitalisme et son support juridique la propriété privée, l’État et ses organes de “violence légitime”, les classes et les hiérarchies disparaissent. Ils ne sont pas abolis. Dans la vision de Bookchin, les nouvelles formes d’organisation politique, sociale et économique qui sont progressivement mises en place les rendent inutiles (p. 57).
Mais en 1996, lucide, Bookchin déclarait : « le mouvement municipaliste libertaire n’existe pas » (p. 95). Dans le contexte on ne peut plus défavorable du conflit en Syrie, les Kurdes, relevant le drapeau de cet idéal retrouvé, tentent malgré tout de lui donner corps. Pour Öçalan, que cite encore Pierre Bance, la pierre angulaire, la condition impérative de la réussite de cette ambition émancipatrice réside dans l’égalité entre les hommes et les femmes. Il le formule avec une radicalité sans concession : « L’esthétique, c’est-à-dire le fait de rendre la vie plus belle, est pour la femme une question existentielle » et « Sur le plan éthique, la femme est plus responsable que l’homme ».Dans La Commune du Rojava, la militante Fadile Yildirim rappelle que « la caractéristique fondamentale de l’État, du pouvoir, de la hiérarchie et de tous les autres types de souveraineté, c’est l’idéologie sexiste dominée par les hommes »(p. 160). Et la chercheuse Dilar Dirik met en lumière l’articulation entre combat pour l’égalité et pouvoir non étatique :
Il est intéressant de noter que, même si la libération des femmes a toujours fait partie de l’agenda du PKK, le mouvement d’auto-organisation des femmes est devenu plus solide dès que le mouvement a abandonné un projet d’un État-nation pour adhérer au projet de l’autonomie démocratique (p. 151).

ÉTAT-NATION VERSUS « POLYPHONIE COMMUNAUTAIRE »


La question de l’abandon de la notion d’État-nation, sorte de révolution copernicienne dans le champ de la culture politique, prend tout son sens dès qu’on la met en perspective avec la volonté longtemps réaffirmée des Kurdes de constituer une nation, perspective que le traité de Sèvres de 1920 envisageait de concrétiser dans le nord-est de l’Anatolie. Promesse non tenue à peine trois ans plus tard par le traité de Lausanne, les Kurdes étant alors répartis entre la Turquie, l’Iran, la Syrie et l’Irak. Öçalan formalise sans ambiguïté ce délestage théorico-pratique :
Au départ, l’objectif du PKK était de couronner l’existence du peuple kurde d’un État-nation. Mais vers la fin de cette période (1984-2009), nous avons réalisé que cette couronne était superflue. Au contraire, elle est la source de nombreux problèmes nouveaux, comme nous l’avons réalisé et appris par de nombreux exemples. Une constitution démocratique de la société est donc bien plus importante. 
Cité par Pierre Bance, p. 133.
La traduction de ce renoncement à une patrie ethniquement pure se vérifie dans la Charte du contrat social et de l’autonomie démocratique du Rojava. Adoptée en janvier 2014, elle concerne les trois cantons de Jazira, Efrin et Kobané.
La Charte n’institue pas un État, le mot est banni, mais une confédération des peuples habitant les trois cantons, “une polyphonie communautaire” : Kurdes, Arabes, Assyriens, Chaldéens, Syriaques (Araméens), Turkmènes, Arméniens et Tchétchènes choisissent de vivre ensemble dans le respect mutuel, le pluralisme et la participation démocratique “pour que tous puissent s’exprimer librement dans la vie publique” (préambule de la Charte, alinéa 3). Elle se réfère aux principes de l’autonomie démocratique (préambule, 1er alinéa).
Pierre Bance, p. 153-154.
C’est aussi ce que confirme l’analyse de Riza Altun, l’un des cofondateurs du PKK :
Après la Première Guerre mondiale, la partition du Moyen-Orient en États nationaux n’a fait que créer davantage de problèmes. Donc, se concentrer sur l’établissement d’un État national kurde exacerberait les problèmes existants.
Riza Altun in La Commune du Rojava, p. 77.

UNE UTOPIE ÉMANCIPATRICE

 

Pour reprendre la symbolique utilisée par Abdullah Öçalan, si couronne il y a, en plus des joyaux que sont la démocratie participative, l’abandon du concept d’État-nation et l’égalité homme-femme, il faut ajouter la préoccupation écologique et la laïcité. Sans oublier la santé, l’éducation et le social. Pour le coup, l’ensemble constitue un ornement propre à consacrer une utopie exemplaire.De même que les autres constituantes du programme d’émancipation, le souci de l’écologie se construit au plus près des populations. C’est ce que rapporte Mireille Court lorsqu’elle raconte comment, dans le camp de réfugiés de Maxmur, près de Mossoul, les habitants ont débattu dans le cadre des comités populaires sur les OGM distribués gratuitement par l’ONU. « Mais après deux ans, il a fallu les acheter, ces semences étant stériles. Ils ont donc décidé de refuser ce mode de production et de produire à partir des semences anciennes, sans pesticides »(La Commune du Rojava, p. 201). Le même questionnement s’est fait jour concernant la construction de barrages sur l’Euphrate et des conséquences de celles-ci sur l’écosystème.Quant à la laïcité, elle est aussi un élément structurant puisqu’elle garantit l’acceptation des différences religieuses. Pour autant, elle est pensée par Öçalan comme n’étant pas une négation du fait religieux. En revanche, il dénonce les « “temps où fut établi un lien de causalité entre le pouvoir de l’État et la volonté divine” et où la religion devint pilier de l’État » (cité par Pierre Bance, p. 114).Bien sûr, l’histoire a toute sa place dans les deux publications, comme récit d’un passé le plus souvent constitué d’une oppression violente exercée par les autorités centrales des quatre états où résident les Kurdes. L’histoire en train de se faire et qui, à ce jour, est constituée de douloureuses convulsions ; et l’histoire à venir. Pierre Bance et les auteurs de La Commune du Rojavainscrivent ce futur dans une perspective qui, selon le souhait des initiateurs du confédéralisme démocratique dépasse leurs territoires fragmentés et même la région dans laquelle ils se situent.Les Kurdes sont persuadés que leur aspiration à une société plus juste est la clef d’un retour à la paix au Proche- Orient et à la fin des régimes totalitaires. Ils considèrent aussi qu’elle peut excéder toutes ses limites territoriales d’origine. C’est la conclusion à laquelle aboutit Eirik Eiglad, membre norvégien de New Compass Collective :
Les conflits qui divisent aujourd’hui violemment les peuples autour de clivages religieux et nationaux peuvent potentiellement être dépassés à l’aide de nouvelles structures confédérales qui permettent l’autonomie culturelle et la démocratie directe. Une autre démocratie est possible. 
La Commune du Rojava, p. 181.
En écho à ces propos, que les sceptiques pourraient ramener à une exhortation sans fondement, Pierre Bance affirme : « Si les Kurdes sont les dépositaires de l’idée, ils n’en revendiquent ni la propriété ni le monopole : elle appartient à tous, nous sommes tous concernés. »
 

mercredi 5 juillet 2017

Pourquoi la coalition US a besoin des attaques chimiques en Syrie?

Alors que les pourparlers de paix en Syrie ont repris hier et qu'une rencontre Trump / Poutine se profile, le fantôme des attaques chimiques plane à nouveau sur la Syrie. Quelle coïncidence ...
 
Les "experts" de l'ONU l'ont affirmé: c'est bien du gaz sarin qui a été employé en Syrie en avril et il l'a été par Assad. Ces experts sont particulièrement doués puisque, rappelons-le, ils ne se sont pas rendus sur place, qu'ils n'ont pas pris eux-mêmes les échantillons. Ils se basent sur les affirmations de personnes dont ils n'ont pu/voulu vérifier la véracité des dires et d'échantillons dont la provenance n'est pas certifiée. Evidemment, Damas conteste le fondement de ces conclusions, qui tombent finalement très bien. Et permettent à la France, le 30 juin, de soutenir totalement les Etats Unis dans le combat contre Assad, à Macron de changer radicalement de position tout en gardant bonne conscience:
La porte-parole du Ministère des affaires étrangères russe avait prévenu qu'une machine médiatique se mettait en marche autour de ces attaques chimiques en Syrie, utilisant les ONG financées par l'Occident, ces très compromis Casques blancs et Observatoire syrien à Londres, ainsi que les médias plus que conciliants pour diffuser de manière virale ce qui est nécessaire.
 
De son côté, l'Armée syrienne libre, soutenue et financée par l'Occident, qui a le grand mérite de lutter contre Assad, et dont les armes et autres livraisons "fuient" vers Daesh, se lance, dans un anglais digne des formulations du Conseil de sécurité, dans une accusation du régime syrien. Ce 1er juillet, comme par hasard, l'armée syrienne aurait à nouveau bombardé avec des substances chimiques sa population:
L'information évidemment se diffuse:
Le ministère des affaires étrangères russe affirme qu'il s'agit d'un fake. La vidéo semble préparée et peu probable, quant au montage il est de piètre qualité. Mais elle permet de convaincre les convaincus et de faire pleurer dans les chaumières.
 
De son côté, le Front Sud de l'armée syrienne libre déclare que participer aux pourparlers de paix n'a aucun sens puisque les attaques chimiques se poursuivent. Ce but intermédiaire étant de discréditer ces pourparlers qui font entrer dans le champs politique des structures qui ne sont pas radicalement opposées à Assad.
Toute cette préparation permet d'arriver au point central: la possible intervention de la coalition US, et de ses Etats satellites comme la France, en Syrie. Sans quoi, il sera difficile de trouver un motif pour violer la souveraineté d'un Etat et renverser un Président légitimement élu pour le remplacer par des islamistes, certes "pro-occidentaux", mais islamistes quand même. Cette manipulation de l'opinion publique est dénoncée par Damas:
 
 
Et effectivement, il y a des raisons pour s'inquiéter lorsque l'on lit sur le site du Conseil européen des relations internationales que l'une des réponses possibles de la Grande Bretagne à ces attaques chimiques devrait être de soutenir une résolution visant à légitimer une intervention militaire en Syrie. La voix de la France est déjà acquise. Rappelons-nous qu'en avril dernier, Macron prônait déjà une intervention internationale en Syrie ... contre Assad. Et justement, le rapport de l'ONU tombe à pic.
 
Les rouages de cette machine de propagande sont assez simples, voire primitifs. Le but à court terme l'est aussi: préparer l'opinion internationale à une opération militaire en Syrie, avec sous sans décision du Conseil de sécurité, puisque la Russie "soutient" Assad, sa voix peut donc être dépassée. Surtout qu'il y a urgence, l'armée syrienne continue à regagner du terrain, un demi-million de réfugiers syriens internes du coup rentrent chez eux. Et cela selon les données de l'ONU. Ils n'ont donc pas peur du grand méchant Assad, ils ne vont pas se cacher dans les territoires tenus par cette mythique opposition "modéréremment islamiste". Il faut agir avant que les extrémistes ne soient plus suffisamment forts.
 
Mais à long terme, quel est le but? Remplacer Assad par des islamistes? S'approprier des parts dans l'exploitation du pétrole dans la région? A moins, qu'il n'y ait pas de politique à long terme. 
 
S'imaginer qu'il n'y aura aucun revers de manche pour l'Europe et les Etats Unis eux-mêmes est absurde. Ces gens - nos dirigeants - qui nous conduisent en grande pompe au sacrifice étant tout sauf naïfs et stupides, il poursuivent donc un autre but. Ils le poursuivent avec fanatisme, sans aucune considération pour nos sociétés, nos cultures et nos vies, qui tombent de plus en plus souvent sous le coup des actes terroristes en Europe. 
 

Publié par El Diablo

Vers une INTERVENTION militaire française en SYRIE ?

Vers une INTERVENTION militaire française en SYRIE ?

 

L'analyste politique Bruno Guigue n'a pas vu de tournant dans les récentes déclarations d'Emmanuel Macron concernant la politique internationale française et la Syrie, mais espère que le président français se contente de « faire de l’esbroufe ».


RT France : Peut-on aujourd'hui définir la position de la France par rapport au dossier syrien ? 


Bruno Guigue : Certains observateurs ont vu un tournant dans les récentes déclarations d'Emmanuel Macron, mais je ne partage pas cet avis. En réalité, la position de la France demeure malheureusement la même que sous la présidence précédente. Seule l'enveloppe change, mais le contenu ne change pas. Paris continue à soutenir l'opposition armée et refuse de réouvrir notre ambassade à Damas.


[…]


LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

 

https://francais.rt.com/opinions/40334-vers-intervention-militaire-francaise-syrie

L’armée des États-Unis a, pour l’instant, renoncé à occuper le sud-est de la Syrie. Ses déclarations récentes, lors d’une conférence de presse du ministère de la Défense, montrent qu’elle reconnait la défaite de son projet originel.

 

Récapitulons : l’armée étasunienne occupait la station frontalière d’al-Tanf entre la Syrie et l’Irak à environ 12 kilomètres à l’est du triangle frontalier Jordanie-Syrie-Irak. La route entre Damas et Bagdad, qui a une grande importance économique, traverse Al-Tanf. Lorsque les forces du gouvernement syrien ont avancé sur la région d’al-Tanf, les militaires EU les ont bombardées et ont revendiqué unilatéralement une « zone de désescalade », c’est-à-dire un territoire occupé, autour du poste frontière.

 

Le plan étasunien était de faire mouvement vers le nord d’al-Tanf et la vallée de l’Euphrate autour de Deir Ezzor pour empêcher que les zones tenues, à l’ouest, par le gouvernement syrien et par l’Irak, à l’est, se rejoignent. Les propagandistes néoconservateurs et sionistes clamaient qu’il fallait empêcher que se constitue un « croissant chiite » qui aurait relié l’Iran au Liban à travers l’Irak et la Syrie. Les forces EU auraient ainsi coupé tout soutien iranien aux forces du Hezbollah qui défendent le Liban contre les incursions israéliennes. Mais le « croissant chiite » n’a jamais été qu’une vue de l’esprit. Le soutien iranien au Hezbollah n’a jamais dépendu des seules connexions terrestres. Les liens entre les membres du « croissant » n’ont pas été coupés quand les Etats-Unis ont occupé l’Irak ni lorsque l’EI a occupé la zone.

 

Le vrai projet EU était beaucoup plus vaste. Ils voulaient contrôler un couloir sunnite qui serait allé de la frontière saoudo-irakienne au sud jusqu’en Turquie, en passant par la province d’Anbar dans l’ouest de l’Irak, le sud-est de la Syrie, et le nord-est de la Syrie tenu par les Kurdes. C’était la « principauté salafiste » dont un document de la Défense de 2012 avait parlé.

 

Les forces syriennes (en rouge), avec le soutien irakien, ont saboté les plans américains en reliant l’ouest de la Syrie à la frontière irako-syrienne, au nord de la zone d’al-Tanf tenue par l’armée EU (en bleu). Ils ont rejoint des forces irakiennes alliées à la frontière, au nord-est d’al-Tanf, et avancent maintenant plus au nord-est, le long de la frontière, vers Abu Kamal et la vallée de l’Euphrate.

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source : http://www.alwatanonline.com/

Le commandement militaire russe a indiqué aux États-Unis que toute attaque contre ces forces serait considérée comme un acte très hostile et serait sévèrement châtié. Pour faire bonne mesure, l’Iran a tiré quelques missiles de moyenne portée du territoire iranien vers des zones tenues en Syrie par l’État islamique. La marine russe a tiré des missiles de croisière depuis la Méditerranée vers des cibles similaires. Tout cela pour faire comprendre aux Etats-Unis que leur petit contingent de al-Tanf partirait en fumée si leur armée attaquait encore avec les forces syriennes. Pendant ce temps, les Unités de Mobilisation Populaires (UMP) d’Irak, alliées à la Syrie, ont coupé al-Tanf du sud. Les forces américaines n’ont plus de route pour rentrer à la maison.

La fin de la guerre est maintenant en vue :

Les plans des États-Unis au sud, à l’ouest et à l’est de la Syrie ont échoué pour l’instant. À moins que l’administration Trump ne soit disposée à investir des forces plus importantes et à déclarer au gouvernement syrien et à ses alliés une guerre ouverte en violation de toutes les lois, la situation est stabilisée. Les forces syriennes reprendront au fil du temps toutes les terres (en bleue) situées dans le sud qui sont actuellement détenues par les diverses forces par procuration américaines et d’autres groupes terroristes.

Toutes les provocations récentes des États-Unis n’ont pas réussi à perturber les plans du gouvernement syrien et sa poussée vers Deir Ezzor.

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source : https://twitter.com/evil_SDOC/status/876809614565748739

Vendredi, pendant une conférence de presse dont les médias ont peu parlé, l’armée EU a pratiquement reconnu la défaite de ses plans :

WASHINGTON (AP) - La coalition militaire américaine qui lutte contre l’Etat islamique verrait d’un bon œil un effort concerté du gouvernement syrien ou de ses forces partenaires soutenues par l’Iran pour chasser l’EI de ses derniers bastions dans l’est de la Syrie, a déclaré vendredi un porte-parole des États-Unis.

 

Le colonel Ryan Dillon, porte-parole de la coalition, a déclaré aux journalistes au Pentagone que l’objectif américain était de vaincre l’EI partout où il se trouvait. Si d’autres forces, y compris celles du gouvernement syrien et de ses alliés iraniens et russes, veulent combattre les extrémistes aussi, « cela ne nous pose absolument aucun problème », a-t-il déclaré depuis Bagdad.

Voilà un extrait de la transcription de cette conférence de presse :

Q : [...] [Quelle menace potentielle, croyez-vous que les milices et les forces soutenues par le régime iranien posent à vos forces et à celles de vos alliés dans la région d’Al Tanf-Abu Kamal ?

 

COL. DILLON : Eh bien, si le régime syrien... et il semble qu’il mène un effort concerté pour reprendre les zones tenues par l’EI. Et s’il montre qu’il en est capable, ce n’est pas un mauvais signe. Nous sommes ici pour lutter contre l’EI en tant que coalition, mais si d’autres veulent lutter contre l’EI et les vaincre, cela ne nous pose absolument aucun problème. Et comme ils avancent vers l’est vers Abu Kamal et Deir Ezzour, si nous... pourvu que nous puissions faire de la désescalade et nous concentrer sur ce pourquoi nous sommes là, sans avoir aucun problème stratégique avec le régime ni avec les forces pro-régime ni avec les Russes, alors c’est... alors cela nous va très bien.

Un peu plus loin, le porte-parole reconnaît aussi que leurs forces à al-Tanf sont très limitées dans leurs mouvements :

COL. DILLON : ... si le régime est... a repris la zone près d’Abu Kamal, alors l’espace dans lequel nous pouvons patrouiller avec nos forces partenaires [à partir d’al-Tanf] va être limité.

Toujours plus loin, le porte-parole met les points sur les i de façon encore plus claire : al-Tanf ne sert plus à rien désormais et l’armée syrienne peut aller où elle veut :

COL. DILLON : Ce que je voulais dire, c’est que nous avons utilisé les environs d’al Tanf pour entraîner nos alliés et pour continuer de... de combattre l’EI, vous savez, s’ils se trouvent dans la zone et autour d’elle.

 

Vous savez, maintenant que le régime a repris ces territoires, et qu’ils ont fait des progrès significatifs, vous savez, des progrès, semble-t-il, en direction d’Abu Kamal et peut-être de Deir Ezzour, s’ils veulent combattre l’EI à Abu Kamal et s’ils ont la capacité de le faire, alors, vous savez, nous n’y verrions pas d’inconvénient.

 

Nous, en tant que coalition, notre but n’est pas de s’approprier des terres. Notre but est de détruire l’EI, voilà ce que nous voulons faire. Et si... si le régime syrien veut le faire, et ils vont, encore une fois, mener un effort concerté et montrer qu’ils font... qu’ils le font à Abu Kamal ou à Deir Ezzour ou ailleurs, cela signifie que nous n’avons pas besoin de le faire dans ces endroits.

 

Et donc je suppose que... ce que je veux dire, c’est que dans la zone d’al Tanf, nous allons continuer à former nos forces partenaires. Nous continuerons à faire des patrouilles dans et autour d’al Tanf dans le désert de Hamad. Mais si notre accès à Abu Kamal est coupé parce que le régime y est, c’est OK.

NEWSFLASH : Le Pentagone et, plus important encore, les commandants étasuniens au Moyen-Orient, ont finalement accepté la réalité.

 

Le gouvernement syrien et ses alliés ne laisseront jamais les États-Unis occuper le sud-est de la Syrie, ni le pays, ni même Deir Ezzor où la garnison de l’armée syrienne est actuellement encerclée par les forces de l’Etat islamique. L’armée syrienne et ses alliés vont libérer Deir Ezzor et toute la vallée de l’Euphrate. L’armée EU l’a admis aujourd’hui. Les cercles néoconservateurs vont protester et s’agiter, mais je doute fort que les Etats-Unis reviennent sur cette décision ou qu’il s’agisse d’une ruse. Les États-Unis n’ont tout simplement aucune raison stratégique d’occuper le sud-est de la Syrie et aucune volonté de le défendre contre la résistance déterminée de forces opposées qui ont prouvé leur valeur.

 

Mes félicitations à la Syrie et ses alliés. Ils ont, pour l’instant, gagné la bataille.

 

Moon of Alabama

»» http://www.moonofalabama.org/2017/06/syria-the-us-concedes-defeat-of-i...
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Publié par El Diablo

Trois questions à Bruno Drewski sur MACRON et le départ de Bachar Al-Assad

Trois questions à Bruno Drewski sur MACRON et le départ de Bachar Al-Assad
Bruno Drewski, historien spécialiste du monde slave et maître de conférence à l’INALCO

Bruno Drewski, historien spécialiste du monde slave et maître de conférence à l’INALCO

Alors que le gouvernement Hollande avait fait du départ de Bachar Al-Assad une priorité absolue, Emmanuel Macron a déclaré que la destitution du président syrien n’était pas un préalable à tout. Quelques jours plus tôt, c’est l’Allemagne qui condamnait les sanctions US contre la Russie. Historien spécialiste du monde slave et maître de conférence à l’INALCO, Bruno Drewski est l’un des experts interviewés dans notre dernier livre, Le monde selon Trump. Il nous éclaire sur le revirement de Macron ainsi que sur les relations mouvantes entre les Etats-Unis et l’Europe.

 

Emmanuel Macron a déclaré que « la destitution de Bachar Al-Assad n’était pas un préalable à tout ». Un revirement de taille pour la France. Comment l’expliquez-vous ?

 

Je pense que l’évolution de la situation en Syrie impose aujourd’hui aux autorités françaises de faire preuve de réalisme. À moins de s’engager dans une guerre totale au profit des mêmes terroristes responsables des attentats en France, elles ne peuvent plus s’empêcher de voir que l’armée syrienne est en train de gagner la guerre. Même si Israël et les Etats-Unis font tout pour retarder ce scénario. Sans une décision du Pentagone, l’hypothèse d’un engagement militaire français semble exclue. Le changement de gouvernement en cours à Paris donne donc le prétexte nécessaire pour changer de ton vis-à-vis de la Syrie.

 

[…]

 

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

3 questions à Bruno Drewski sur Macron et le départ d'Assad

3 questions à Bruno Drewski sur Macron et le départ d'Assad

Alors que le gouvernement Hollande avait fait du départ de Bachar Al-Assad une priorité absolue, Emmanuel Macron a déclaré que la destitution du président syrien n'était pas un préalable à ...

 

http://www.investigaction.net/fr/3-questions-a-bruno-dre

 

Pour ceux qui essaient de s’y retrouver dans les tumultes du monde actuel, les guerres qui ravagent le Moyen-Orient et particulièrement celle de Syrie depuis mars 2011, donnent à mieux comprendre le jeu retors des puissances extérieures qui les alimentent.

Sous un départ qui s’apparentait à ce que d’aucuns nous ont vendu comme « les printemps arabes », cette terrible guerre fomentée et financée par l’Occident qui espérait la mettre à profit pour renverser le président Bachar al Assad et avoir ainsi un meilleur contrôle des réserves d’hydrocarbures et des oléoducs du pays, n’en finit pas de nous livrer les arcanes de ce qui se trame dans les couloirs obscurs des chancelleries.

 

Que l’on ne me rétorque pas que mon propos n’est pas étayé. Il y a aujourd’hui suffisamment de preuves qui attestent que c’est bien l’Occident qui est à la manœuvre derrière toutes ces pseudo révolutions populaires, tant au Moyen-Orient qu’en Ukraine ou au Venezuela. Et les dernières déclarations du secrétaire d’Etat américain Tex Tillerson en sont l’illustration la plus flagrante, dès lors qu’il a dit devant le comité des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants : « ... soutenir des éléments à l’intérieur de l’Iran pour une transition pacifique (ben, voyons !) du régime. » De tels propos sont évidemment inacceptables, mais ils ont l’avantage d’indiquer à ceux qui en doutaient encore, que ce sont bien nos pays qui agissent de manière « terroriste » sur la scène internationale, en intervenant en sous-main pour tenter via quelques ONG « colorées » ou groupuscules d’opposants de renverser des gouvernements qui ne nous conviennent pas afin d’y installer des pions plus dociles et corvéables moyennant quelques avantages. Cela s’apparente bien à des « complots », et nous pratiquons ainsi ce qu’il faut qualifier du seul nom qui convienne : le terrorisme d’Etat !

 

Les EU ont mis sur pied une coalition des plus douteuse à laquelle participent hélas nombre de pays européens via l’OTAN, ainsi que le gouvernement sioniste de Tel-Aviv en Palestine occupée. Cette coalition est intervenue en Syrie sans l’aval du gouvernement syrien. Il s’agit donc d’une violation flagrante de l’espace souverain syrien. En effet, lequel de ces pays la Syrie aurait-elle menacé pour qu’ils lui fassent la guerre ? Aucun ! Et l’UE s’est alignée en rampant comme une hyène face aux dictats yankees. Voilà les faits ! Voilà l’état de nos diplomaties européennes !

 

A l’inverse, le gouvernement syrien a demandé l’aide de la Russie, afin de contrer cette coalition contre laquelle son armée esseulée ne pouvait combattre par insuffisance de moyens. Ensuite, et vu la coalition mise en place par l’Occident, l’Iran et le Hezbollah libanais se sont également joints aux forces gouvernementales syriennes pour contrer les agressions de nos pays hostiles et belliqueux, toujours animés par cette arrogance propre à l’esprit colonial qui, décidément nous colle à la peau.

 

Depuis plus de six ans, le peuple syrien souffre d’une guerre qui se joue sur l’ensemble de son territoire, sans qu’il n’ait rien demandé à qui que ce soit. Des officines extérieures, principalement américaines et sionistes, ont longtemps préparé, formé, financé et armé des groupes de dissidents afin de provoquer un soulèvement du peuple, dans la foulée de ce qui se passait dans les pays voisins. Sauf que les incultes qui étaient à la manœuvre ne se sont pas aperçus que le Dr Bachar al Assad n’était ni Saddam Hussein, ni Mouammar Khadafi... et que le peuple syrien est l’un des plus cultivés du monde arabe, capable d’une résistance et d’une résilience imprévues par ces « experts ».

 

Après avoir laminé l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et y avoir semé le chaos et la désolation sous les fallacieux prétextes de « menaces terroristes » qui nous guettaient, le décor syrien marque l’arrêt de ces piètres scenarii relayés par la clique habituelle des intellos promus au rang de « spécialistes » en stratégie militaire et singulièrement dévoués à l’essor du sionisme. L’allié russe a dit STOP aux aventures occidentales sous couvert aisé des « Droits de l’Homme », et l’équilibre s’en trouve bouleversé, ce qui paraît sain dans un monde globalisé où un seul Etat devenu l’Empire ne peut prétendre à en être le seul gendarme, en fonction de ses stricts intérêts.

 

Par ailleurs, la Syrie, pays laïc où cohabitaient les différents courants religieux, peut assurément prétendre à une certaine forme de démocratie si l’on concède cette appellation à Israël qui ne s’embarrasse pas de discriminer une large partie de sa population ; pratique l’apartheid à l’encontre de millions d’habitants palestiniens, sans parler des villages non-reconnus et ne figurant même pas sur les cartes routières sous prétexte que ce sont des Arabes qui les habitent ; jette et détient de manière arbitraire des mineurs en prisons où y est pratiquée la torture ; procède à des punitions collectives ce qui est interdit par les Traités internationaux (https://ihl-databases.icrc.org/dih-traites/com/380-600038) ; étrangle depuis 10 ans la population de Gaza qui n’a plus d’électricité que 2 heures par jour ; ne respecte aucune des Résolutions de l’ONU. Et j’en passe... Aucun gouvernement ne s’autoriserait un tel comportement sans être mis au ban de la société des Nations et subir sanctions et menaces diverses émanant de tous bords. C’est dire combien les notions de Démocratie et de Justice sont piétinées par de tels agissements, et combien les citoyens s’en méfient tant elles sont galvaudées par le microcosme politico-médiatique qui non seulement laissent perdurer ces exemples désastreux, mais pire, les alimentent (https://www.legrandsoir.info/au-bout-de-10-de-siege-gaza-atteint-un-po...)

 

Ce que l’on apprend au fil des mois de ce qui se passe en Syrie est absolument confondant. Et il faut souligner combien le Droit international est mis à mal par ceux-là mêmes qui dénoncent toujours chez les autres, des comportements qu’ils pratiquent eux-mêmes et à grande échelle.

 

Mais ce qui dépasse l’entendement, ce sont ces révélations au fil des mois, où l’on voit les USA et cette coalition – donc, nos pays ! – soutenir les groupes qu’ils qualifient eux-mêmes de « terroristes » (Daesh, l’E.I., al-Nosra etc.) qu’ils affirment combattre par tous les moyens... ; ainsi qu’Israël financer directement et soigner les mercenaires issus de ces mêmes groupes ! (http://presstv.com/DetailFr/2017/06/21/526020/IsralAl-Nosra--rvlations-russes).

 

De plus, si cette criminelle coalition ne s’embarrasse pas des « dégâts collatéraux » lors de ses bombardements qui font des milliers de tués civils, elle aide et évacue directement les chefs de Daesh quand ceux-ci perdent du terrain et tentent d’échapper à l’alliance mise en place par le gouvernement syrien (http://presstv.com//DetailFr/2017/06/14/525261/Raqqa-Syrie-Commandants...).

 

Pourquoi nos médias et les « pleureuses d’Alep » d’il y a quelques mois passent-ils sous silence ces bombardements que s’autorisent les chasseurs EU à l’encontre de l’armée régulière syrienne dès lors que celle-ci menace les positions de Daesh ? Ou quand un F-16 étasunien abat un SU-22 syrien, comme cela s’est encore passé ce dernier week-end ? Une telle collusion avec des fanatiques est inadmissible !

 

A chaque réunion officielle et/ou sommet international, les gouvernements de « nos exemplaires démocraties » dénoncent le terrorisme, mais dans l’ombre et sur le terrain, le soutiennent activement... Tout cela, faut-il le rappeler, avec l’argent de nos impôts ! Comment accepter un tel état de faits !? (http://arretsurinfo.ch/syrie-selon-le-wall-street-journal-israel-souti...). Comment se prêter encore au jeu infâme de ces cérémonies posthumes où les responsables de nos gouvernements pleurent quelques larmes de crocodile sur fond d’hymne national à la mémoire de civils pris pour cibles, quand dans les coulisses, ils arment et financent le terrorisme !? L’on voit clairement que les victimes du terrorisme dans nos pays sont le résultat direct des collusions de nos Etats avec les groupes terroristes qu’ils soutiennent sur le terrain des opérations. Ces funestes choix politiques se retournent contre nous de la société civile, qui les essuyons de plus en plus souvent. Qui donc aura le courage de le dénoncer avec force !? Qui donc mettra ces responsables politiques face à leurs impostures afin qu’une procédure soit intentée à leur encontre !? Qui interpellera ces élus pour leur dire que de tels agissements méritent une condamnation sans aucune circonstance atténuante !?

 

Le constat est donc sans appel : oui, nos Etats occidentaux assassinent leur propre population par soutien direct au terrorisme international !

 

21.06.17

URL de cet article 32025 

 

Comme par un matin calme, le paysage s’éclaircit peu à peu en Syrie. Partout à l’offensive, l’armée nationale a reconquis des milliers de kilomètres carrés de territoire à l’est d’Alep, de Homs et de Damas. Elle s’apprête à reprendre le contrôle intégral des frontières syro-jordanienne et syro-irakienne, traditionnelles voies de transit des mercenaires venus dévaster le berceau de la civilisation pour une poignée de pétrodollars.

En restaurant la souveraineté de l’Etat sur le sol national, cette courageuse armée de conscrits inflige un camouflet à tous ceux qui rêvaient de détruire cet Etat récalcitrant, à tous ceux qui voulaient le mettre en charpie parce qu’il osait déjouer leurs plans néo-coloniaux.

Victorieuse sur le plan militaire depuis la libération d’Alep, la Syrie souveraine l’emporte aussi sur le plan politique. Le temps paraît lointain où “Le Monde diplomatique” pouvait prédire, sans craindre le ridicule, l’exil doré de la famille Assad quelque part en Sibérie. Ses adversaires, le président syrien les a vus défiler, qui psalmodiaient les mêmes stupidités sur un pays dont ils ignoraient tout. A en croire les Occidentaux, le départ de Bachar Al-Assad devait être un “préalable” à la solution de la crise. En réalité, c’était tout le contraire. La résistance de l’Etat syrien dont le président est la clé de voûte exigeait son maintien. Là où tant d’autres auraient pris la poudre d’escampette, le chef est resté à son poste, et il a bien fait.

Fervent admirateur d’Al-Qaida, Laurent Fabius estimait que le chef de l’Etat syrien “ne méritait pas d’être sur terre”. Mauvaise pioche ! Car si M. Fabius cultive son éthylisme mondain au Conseil constitutionnel, M. Assad, lui, est toujours aux commandes à Damas. Son armée élimine la nébuleuse de groupes sectaires dont l’ancien ministre espérait le triomphe, et le peuple syrien goûte l’espoir renaissant d’une issue à la guerre. Ce qui est frappant avec les dirigeants occidentaux, c’est leur tendance à parler trop vite. Pendant six ans, leur presse aux ordres répétait comme un mantra l’effondrement imminent du régime syrien. Heureusement pour les journalistes, ils ne sont pas payés au résultat.

Pour comprendre les raisons de cette résistance à une offensive internationale sans précédent, il suffisait de consulter des sources fiables et d’exercer son jugement critique. Les officines de propagande avaient beau prétendre qu’un peuple unanime se dressait contre le tyran, on pouvait voir sur “Al-Mayadeen”, en mars et octobre 2011, de gigantesques rassemblements populaires en faveur du “gouvernement et des réformes”. Clamant sa fidélité à l’Etat nationaliste laïc et son rejet de la charia wahhabite, la foule inondait les rues de Damas, Alep, Tartous et ailleurs. Mais les médias occidentaux préféraient braquer leurs caméras vers des attroupements de barbus en les faisant passer pour un soulèvement populaire.

Des faits majeurs, indispensables à l’intelligence des événements, ne firent donc l’objet d’aucune narration, tandis qu’on nous proposait une narration des “faits” qui consistait à les fabriquer pour les besoins de la cause. Les “rebelles modérés” massacraient les familles des fonctionnaires baasistes, par exemple, et ces horreurs étaient imputées à une armée nationale dont il était entendu qu’elle “tire sur les civils”. Les “neocons” de Washington étant à la manoeuvre, ce genre de supercherie était pourtant plus que prévisible. “Pendant que vous parlez de la réalité que nous produisons, nous produisons une nouvelle réalité”, disait Karl Rove, conseiller de George W. Bush et apôtre distingué du “chaos constructif”.

Heureusement, vient un moment où l’épreuve des faits dissipe les mensonges les plus grossiers. Difficile de répéter les sornettes habituelles lorsque les populations fuient manifestement les zones rebelles, l’armée reconquiert peu à peu le territoire national et le gouvernement syrien, à l’évidence, bénéficie du soutien sans faille de ses alliés. Après avoir renoncé à la formule rituelle sur le “régime aux abois”, la presse occidentale a fini par proscrire son ironie coutumière sur les “victoires en trompe-l’oeil” de Damas. Pour se divertir, il aurait fallu conserver les centaines d’articles expliquant que les Russes et les Iraniens allaient “lâcher Bachar” et que c’était cuit pour le “despote”. Seul Jean-Pierre Filiu, tel un disque rayé, s’obstine à dire qu’il n’y a “plus d’armée syrienne”, mais on se demande sur quelle planète il habite.

Victorieuse sur le plan militaire face aux milices takfiristes, soutenue par la majorité du peuple syrien qui veut en finir avec cette tragédie, confortée par un jeu d’alliances qui penche en sa faveur, la Syrie souveraine entrevoit le bout du tunnel. L’impérialisme n’ayant pas l’habitude de lâcher le morceau, la route sera encore longue, mais l’évolution favorable de la “guerre du désert” laisse augurer une accélération des événements. Combat d’arrière-garde mené par une puissance en déclin, les provocations militaires US n’y changeront rien. La dernière agression, qui a vu un SU-22 syrien abattu par un F-16 près de Raqqa, a eu pour seul effet de torpiller les velléités de coopération russo-américaine contre Daech, Moscou ayant annoncé que tout aéronef étranger serait dorénavant ciblé par la DCA russe.

Cette provocation a aussi incité les Iraniens à effectuer leur premier tir de missile en territoire syrien contre Daech, l’implication militaire de Téhéran ayant fait preuve d’une discrétion qui n’est plus de mise dès lors que le bras de fer avec Washington atteint un seuil critique. En réalité, cette montée des tensions sert Damas, qui condamne fermement la présence occidentale sur le territoire national, et dont l’allié russe joue sa crédibilité à chaque provocation US. Même s’ils prennent Raqqa, les alliés arabo-kurdes des Etats-Unis vont se retrouver le bec dans l’eau, et l’armée syrienne y retournera sous peu. Bientôt chassé de ses pseudo-capitales (Mossoul et Raqqa), privé de ses voies de ravitaillement, pris en tenailles par les forces irakiennes et syriennes, Daech est en mauvaise posture.

Mais ce n’est pas tout. Une enquête du “Wall Street Journal” vient de donner de précieuses informations sur le soutien d’Israël aux rebelles syriens qui assurent la garde rapprochée du Golan occupé. Peu préoccupé par le sort de ces supplétifs, le journal de la finance new-yorkaise ironise sur le “cash” touché par les chefs de milices. Lorsque Damas en aura fini avec Daech, ces collaborateurs de l’occupant auront du souci à se faire. Quant aux pseudo-défenseurs de la cause palestinienne qui réclamaient des armes pour la “rébellion syrienne”, ils ont l’air malin. “Provoquer la chute de Bachar al-Assad est le meilleur moyen de protéger Israël”, écrivait Hillary Clinton. Après six années de mensonges, les masques tombent. La Syrie a affronté l’envahisseur sioniste en 1948-49, 1967, 1973 et 1982, et elle n’a jamais capitulé. Aujourd’hui, l’heure de vérité approche, mais on sait déjà qui a gagné la partie.

Bruno GUIGUE

URL de cet article 32031 

Notre dernière synthèse titrait : La fin de la guerre en Syrie est maintenant en vue :

 

À moins que les États-Unis ne changent de tactique et ne se lancent dans une guerre à grande échelle contre la Syrie avec ses propres forces armées, la guerre contre la Syrie est finie.

 

Il y a quelques civils en proie à la démence à la Maison-Blanche qui veulent élargir la guerre contre la Syrie à une guerre américaine entre les États-Unis et l’Iran. Le leadership militaire freine des quatre fers. Il s’inquiète pour ses forces en Irak et ailleurs dans la région. Mais il y a également des éléments au sein de l’armée américaine et de la CIA qui ont une une position pro-guerre plus agressive.

 

Hier, un avion US-F-18 a abattu un bombardier des forces aériennes syriennes près de la ville de Raqqa. Le Commandement central des États-Unis a le toupet d’affirmer qu’il s’agissait d’« auto- défense » pour protéger ses forces d’invasion et ses forces par procuration kurdes (forces démocratiques de la Syrie - FDS) dans une « zone de désescalade* » après que les FDS ont été attaquées dans la ville de Ja’din.

 

C’était des mensonges. Il n’y a pas non plus d’accord sur une « zone de désescalade » dans la région, et la ville de Ja’din n’était pas non plus aux mains des forces des FDS au moment de l’attaque. L’attaque était clairement illégale :

Les États-Unis [...] n’ont aucun droit légal de protéger des forces partenaires non étatiques qui ont comme objectif un changement de régime en Syrie ou d’autres objectifs politiques. Le droit à l’auto-défense collective d’acteurs non étatiques n’existe pas, ...

Le gouvernement syrien ainsi que les témoins sur le terrain contredisent les affirmations des États-Unis. L’Observatoire syrien en Grande-Bretagne, souvent cité comme faisant autorité sur les événements en Syrie, dit qu’il n’y pas eu d’attaque syrienne contre les forces de défense Kurdes (FDS). Les avions de guerre américains ont attaqué les Syriens pour protéger les forces de l’Etat islamique :

Un avion de guerre du régime a été ciblé et abattu en vol au-dessus de la région d’Al-Resafa [...] L’avion de guerre a été abattu dans la région d’Al-Resafa aux confins de laquelle les forces du régime sont arrivées aujourd’hui, et des sources ont confié à l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme que les avions de la Coalition internationale l’avaient ciblé alors qu’il volait à proximité de l’espace aérien des avions de guerre de la Coalition internationale, et que ses débris étaient tombés sur la ville de Resafa, et qu’on ne savait pas ce qui était advenu de son pilote, les sources ont confirmé que l’avion de guerre syrien ne ciblait pas les forces kurdes (FDS) dans les zones qu’elles contrôlent et qui sont limitrophes des zones contrôlées par les forces du régime dans le territoire situé à l’ouest d’Al-Tabaqa et qui va jusqu’à la route d’Al-Raqqah à Resafa.

Voici une vue aérienne de la situation dans le sud-est de la Syrie :

Carte via Peto Lucem – Pour agrandir

 

En bas à gauche, la zone de Palmyre ; on trouve à droite Deir Ezzor, et en haut Raqqa. Les zones sombres sont occupées par l’Etat islamique. 100 000 civils et une petite garnison de l’armée syrienne sont assiégés à Deir Ezzor par l’Etat islamique. L’armée syrienne fait mouvement vers l’est en venant de deux directions différentes pour libérer la ville. Une partie des troupes viennent de la région de Palmyre en empruntant la route qui vers le nord-est à Deir Ezzor. La distance à parcourir est d’environ 130 kilomètres et il va falloir reprendre en chemin une ville importante à l’Etat islamique, Al-Sukhnah.

 

L’autre partie des troupes vient du sud de Raqqa.

 

MISE À JOUR :

 

The evil_SDOC alias Weekend Warrior a fait cette excellente carte de ce qui lui rappelle les « sauts d’île en île » de la Seconde Guerre mondiale**. Il y a quelques rares endroits habités dans le désert de Syrie orientale, qui reliés par des routes d’une importance capitale pour contrôler les vastes zones qui les séparent. Cela montre le grand intérêt stratégique des axes d’avancée et de Resafa où s’est déroulé l’incident d’hier.

Carte de Weekend Warrior – Pour agrandir

[Fin mise à jour]

 

Raqqa est actuellement assiégée par les forces kurdes des FDS soutenues par les États-Unis. Ces forces (en jaune) ont pris des pans de la rive sud de l’Euphrate autour de la ville de Tabqa. L’armée syrienne avance vers le sud de ces forces, d’ouest en est. Son objectif actuel est la ville de Resafa au croisement de la route 6 et de la route 42. Si elle prend le carrefour, elle pourra avancer vers Deir Ezzor au sud-est, le long des routes principales. Elle coupera en même temps la retraite des forces de l’Etat islamique qui fuient vers le sud pour échapper à l’attaque kurde de Raqqa. La distance à parcourir pour arriver à Deir Ezzor est d’environ 100 kilomètres et il n’y a pas d’obstacles majeurs en cours de route. Prendre le carrefour est absolument nécessaire pour libérer la ville orientale assiégée.

Pour agrandir

Raqqa se trouve au-delà de la partie supérieure droite de cette carte détaillée de la région de Tabqa. Les forces kurdes sont en jaune, l’armée syrienne en rouge. L’armée syrienne se déplaçait très vite vers l’est pour prendre le carrefour à trois voies de Resafa (à mi-droite sur la carte). Quelques heures avant que le jet syrien ait été abattu, elle avait déjà pris la ville de Ja’din :

Yusha Yuseef sy Compte vérifié @ MIG29_
Dernières nouvelles, Forces Tigre syriennes libèrent Ja’din جعيدين village au nord de Al-Easawii Sud #Raqqa 
15h36 - 18 juin 2017

L’attaque meurtrière des États-Unis contre l‘avion syrien s’est produite deux heures plus tard :

Dr Abdulkarim Omar abdulkarimomar1
Coalition internationale abat avion militaire du régime syrien dans région de Raqqa après bombardement des positions FDS dans région de Tabqa
17h18 - 18 juin 2017 ---

Yusha Yuseef sy Compte vérifié @ MIG29_ Je peux confirmer que nous avons perdu un avion syrien à l’est de Rassafeh et loin des positions de SDF 
Je ne sais pas si ce sont les USA qui l’ont abattu
18h 14 - 18 juin 2017

Les États-Unis affirment maintenant que le jet syrien avait attaqué les forces kurdes à Ja’din. Mais il n’y en avait plus quand l’incident s’est produit. La ville était déjà entre les mains de l’armée syrienne. L’avion syrien attaquait des forces de l’État islamique près de Resafa. L’armée syrienne était en train de prendre la ville de Resafa à l’Etat islamique pour arriver au carrefour qui lui permettrait d’avancer vers la ville de Deir Ezzor assiégée par l’EI. Les forces aériennes syriennes bombardaient les forces de l’Etat islamique à Resafa. Les Etats-Unis ont abattu le jet en affirmant mensongèrement qu’il avait attaqué ses forces par procuration kurdes.

 

La seule interprétation possible est qu’il s‘agit d’une tentative des États-Unis pour empêcher ou entraver la libération de Deir Ezzor par les forces syriennes. Les États-Unis, volontairement ou non, aident les forces de l’Etat islamique qui attaquent sans répit la garnison assiégée de Deir Ezzor. Le gouvernement russe a qualifié l’attaque des États-Unis d’« acte d’agression » qui « viole le droit international » et d’« assistance aux terroristes » de l’État islamique. Il va stopper sa coordination de l’espace aérien avec le commandement des opérations américaines en Syrie. De plus :

« Dans les zones de missions de combat de la flotte aérienne russe dans le ciel syrien, tous les objets volants, y compris les avions et les avions sans pilote de la coalition internationale [menée par les États-Unis], à l’ouest de la rivière Euphrate, seront considérés par les forces de défense aérienne et les forces au sol russes comme des cibles aériennes », a déclaré le ministère russe de la Défense.

Si j’étais un pilote américain, j’essaierais d’éviter la zone ...

 

Qu’elle qu’ait été l’intention des États-Unis, cela n’a pas stoppé l’armée syrienne. Resafa vient d’être reprise(carte) par les forces de l’armée syrienne. Le pilote abattu, Ali Fahed, a été ramené de derrière des lignes ennemies par une équipe des Forces Tigre syriennes.

* * *

Indépendamment des événements qui ont eu lieu près de Raqqa, la Garde révolutionnaire iranienne a lancé des missiles balistiques de portée moyenne depuis l’Iran sur les forces de l’Etat islamique près de Deir Ezzor en Syrie. La distance était d’environ 600 kilomètres. Le lancement a été interprété comme une vengeance suite aux attaques terroristes du 7 juin contre le parlement à Téhéran, en Iran. Les missiles ont atteint leurs cibles.

 

Le message qui a été envoyé avec ces missiles était plus vaste qu’un simple acte de vengeance. L’Iran vient de démontrer qu’elle pouvait atteindre des objectifs lointains à partir de son propre pays. Les états wahhabites du golfe persique et toutes les forces américaines dans la région vont devoir en prendre bonne note. Elles ne sont pas à l’abri des représailles iraniennes, même si aucune force iranienne ne se trouve à proximité. L’Iran a souligné qu’il pouvait renouveler de telles attaques chaque fois que cela s’avérerait nécessaire :

« Ce message est adressé tout spécialement aux Saoudiens et aux Américains », a dit [le général des Gardes de la Révolution Ramazan] Sharif. « Certains pays réactionnaires de la région, en particulier l’Arabie saoudite, viennent de montrer clairement qu’ils essayaient de créer de l’insécurité en Iran ».

* * *

Comme c’est expliqué dansnotre précédente synthèse, les forces américaines occupent le poste frontière d’al-Tanf entre la Syrie et l’Irak au sud-est de la Syrie. Un vif mouvement de l’armée syrienne vers la frontière irakienne a empêché les troupes étatsuniennes et les forces « rebelles » arabes formées par les États-Unis d’avancer plus au nord. Depuis l’autre côté de la frontière, la milice commandée par le premier ministre s’est jointe aux forces syriennes, et al-Tanf est maintenant isolé. Selon plusieurs rapports, hier, les États-Unis ont amené par avion, du nord-est de la Syrie, des forces par procuration kurdes pour défendre al-Tanf. Ils ne font apparemment pas confiance aux forces « rebelles » arabes qu’ils ont formées pour occuper le sud-est de la Syrie. Quelques centaines de forces kurdes ne changeront pas la situation tactique. Ces forces ne seront d‘aucune utilité et ce contingent (soutenu par les) américain sera bientôt obligé de faire retraite en Jordanie.

* * *

Israël soutient depuis longtemps (ici, et ici) les « rebelles » d’al-Qaïda au sud-ouest de la Syrie, à proximité et sur le plateau du Golan. On le sait depuis au moins 2014 et le soutien israélien a même été documenté par les forces d’observation de l’ONU dans la région. Mais, dieu sait pourquoi, les médias américains ont « oublié » d’en parler et les Israéliens ne tenaient pas à le faire non plus.

 

Cela a changé. Il y a maintenant une foule de rapports (iciici, et ici) sur le soutien et le financement israélien des « rebelles » dans le Golan près des régions syriennes occupées par Israël. On ne dit pas souvent, cependant que les forces soutenues par Israël sont des terroristes d’al-Qaeda. Il y a également des groupes de l’État islamique dans la région qui ont présenté leurs « excuses » à Israël après une échauffourée avec les forces israéliennes. Il est clair qu’Israël soutient maintenant ouvertement les terroristes.

 

Quelqu’un fait paraître intentionnellement ces rapports. Je présume que c’est Israël pour préparer le terrain à une occupation plus importante du territoire syrien. Les rapports comparent les manœuvres israéliennes avec l’occupation israélienne du sud Liban dans les années 80 et 90. Mais ils ne racontent pas toute l’histoire. L’occupation israélienne du sud-Liban a conduit à la croissance de Hizbollah et à la défaite des forces israéliennes. Dès l’an 2000, ils ont été obligés de se retirer des terres occupées et le Hezbollah est maintenant l’ennemi le plus redouté d’Israël. Il semble qu’Israël veuille renouveler l’expérience.

 

Moon of Alabama

Notes :

*En anglais « deconflicting zone » ou « deconfliction zone »
**En anglais « island hopping » : tactique utilisée par l’Australie et ses alliés contre le Japon

»» http://www.moonofalabama.org/2017/06/syria-summary-us-attack-fails-to-...
URL de cet article 32023 

Synthèse des récents développements en Syrie [Mise à jour ci-dessous le 14 juin 1 heure du matin EDT]

 

Le changement le plus important de ces derniers jours est le déplacement des forces du gouvernement syrien (zones rouges et flèches - cf carte élargie à la fin de l’article) du sud-est vers la frontière irakienne. Le plan initial était de reprendre al-Tanf plus au sud-ouest pour sécuriser le passage frontalier de l’autoroute Damas-Bagdad. Mais al-Tanf était occupé par les envahisseurs américains, britanniques et norvégiens et certaines de leurs forces par procuration (bleu). Leurs avions ont attaqué les convois de l’armée syrienne lorsqu’ils se sont approchés. Le plan américain était de faire mouvement d’al-Tanf vers le nord, vers la rivière Euphrate, pour capturer et occuper tout le sud-est de la Syrie. Mais la Syrie et ses alliés ont fait un mouvement inattendu qui a contrecarré ce plan. Les envahisseurs sont maintenant coupés de la rivière Euphrate par une ligne syrienne qui va d’est en ouest jusqu’à la frontière irakienne. En Irak, des unités militaires populaires sous le commandement du gouvernement irakien viennent à la rencontre des forces syriennes à la frontière.

 

Les envahisseurs étatsuniens campent maintenant au milieu d’un désert sans intérêt stratégique près d’al-Tanf ; leur seule option est d’y mourir d’ennui ou de retourner en Jordanie d’où ils sont venus. L’armée russe a clairement indiqué qu’elle interviendrait fermement si les États-Unis attaquaient la ligne syrienne et se déplaçaient plus au nord. Les États-Unis et leurs alliés n’ont aucun mandat pour se trouver en Syrie. Ils n’ont aucune raison, ni aucun motif légal d’attaquer les unités syriennes. Leur seule option maintenant est de faire retraite.

 

Le mouvement étatsunien sur al-Tanf a été couvert par une attaque des forces par procuration de l’armée américaine au sud-ouest de la Syrie. Un grand groupe de « rebelles », qui comprend des éléments d’al-Qaïda et qui est ravitaillé depuis la Jordanie, a fait mouvement pour prendre la ville de Deraa aux mains du gouvernement syrien. On espérait que cette attaque détournerait les forces syriennes de leur mouvement vers l’est. Mais malgré les attaques suicides, l’assaut contre Deraa n’a pas réussi à faire reculer les fortes défenses des forces syriennes. La tentative de diversion a échoué. La position syrienne à Deraa a été renforcée par des unités de Damas qui attaquent maintenant les gangs de mercenaires de l’armée américaine. Des progrès significatifs ont été réalisés aujourd’hui dans la banlieue sud de Deraa, et l’armée syrienne va probablement poursuivre son offensive jusqu’à la frontière jordanienne.

 

Les plans des États-Unis pour le sud de la Syrie, à l’ouest comme à l’est, ont échoué pour l’instant. À moins que l’administration Trump ne soit disposée à investir des forces significatives et à mener une guerre ouverte, en violation de toutes les lois, contre le gouvernement syrien et ses alliés, la situation est contenue. Les forces syriennes reprendront avec le temps toutes les terres (de couleur bleue) dans le sud, qui sont actuellement détenues par les diverses forces par procurations américaines et d’autres groupes terroristes.

 

Au nord-ouest, les groupes « rebelles » takfiris se concentrent autour d’Idleb et plus au nord. Ces groupes sont financés par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Le récent conflit entre le Qatar et les autres États du Golfe a engendré encore plus de chaos à Idleb. Les groupes parrainés par l’Arabie Saoudite luttent maintenant contre les groupes parrainés par le Qatar et les Turcs. Ces conflits s’ajoutent à d’autres dissensions entre les forces alignées sur al-Qaeda et celles d’Ahrar al-Sham. Les forces du gouvernement syrien encerclent la province, et la Turquie au nord a gardé sa frontière fermée la plupart du temps. Les « rebelles » takfiris d’Idleb vont mariner dans leur propre jus jusqu’à ce qu’ils soient épuisés. Ensuite, les forces gouvernementales viendront les achever.

 

Au centre de la carte, les flèches (rouge) de l’armée syrienne sont dirigées vers les zones désertiques du centre tenues par les forces d’ISIS qui reculent vers l’est (flèches noires). Les forces du gouvernement syrien qui arrivent simultanément du nord, de l’ouest et du sud, progressent rapidement et reprennent plusieurs kilomètres de terrain chaque jour. Au cours du dernier mois, 4 000 kilomètres carrés et plus de 100 villages et villes ont été repris. Dans quelques semaines, ils auront repris toutes les zones (marron) d’ISIS jusqu’au lit de l’Euphrate et la frontière syrienne-irakienne.

 

Le matériel de pontage militaire russe a récemment commencé à arriver en Syrie. Il sera utilisé pour traverser la rivière Euphrate et reprendre les zones situées au nord de la rivière.

 

Pendant ce temps, les forces kurdes (flèches jaunes) soutenues par les États-Unis attaquent la ville de Raqqa tenue par ISIS. Le commandement militaire russe affirme (vidéo) que les Kurdes et les États-Unis ont convenu avec ISIS de laisser leurs combattants quitter Raqqa pour aller au sud et à l’est. La vitesse avec laquelle les Kurdes prennent la ville confirme cette affirmation. Il semble qu’il n’y ait à peu près aucune résistance de l’État islamique.

 

Toutes les forces d’ISIS qui restent en Syrie, celles qui viennent de Raqqa ainsi que celles qui viennent des zones désertiques, se déplacent vers l’est le long de l’Euphrate en direction de la ville de Deir Ezzor. Il y a au moins 100 000 civils pro- gouvernementaux et une garnison de l’armée syrienne qui y sont depuis longtemps encerclés par les forces d’ISIS. La population assiégée est ravitaillée par les airs. Jusqu’ici la garnison militaire syrienne résiste aux attaques d’ISIS. Mais si des milliers de combattants de l’Etat islamique arrivent en renfort, cette fois les troupes du gouvernement pourraient bien être submergées. Il faut parachuter des renforts dans la ville pour empêcher ISIS de rentrer et de se livrer à un grand massacre. Une ligne de secours au sol serait une bien meilleure option. Mais l’avancée de l’armée syrienne vers la ville a été retardée par les manigances des États-Unis dans le sud. Les forces gouvernementales préparent un grand mouvement au sol vers Deir Ezzor. On peut seulement espérer qu’elles arrivent à temps.

 

Les forces par procuration qataris, saoudiennes et turques, dirigées par la CIA, ont mené une guerre de six ans contre la Syrie et son peuple. Avec le Qatar et la Turquie maintenant en conflit avec les Saoudiens et leurs alliés américains, le gang qui a attaqué la Syrie se désagrège. L’État islamique perd rapidement du terrain et est au bord de la défaite. L’avancée des États-Unis dans le sud a été stoppée. À moins que les États-Unis ne changent de tactique et ne s’embarquent dans une attaque à grande échelle contre la Syrie avec leurs propres forces armées, la guerre contre la Syrie est terminée. De nombreuses zones doivent encore être reprises par les forces syriennes. Les attaques terroristes dans le pays se poursuivront pendant plusieurs années. Les blessures prendront des décennies à guérir. Il faudra entamer des négociations sur des zones situées dans le Nord qui sont actuellement sous contrôle des Turques ou des mercenaires des américains. Il y aura bien des questions à régler. Mais la guerre stratégique à grande échelle contre la Syrie a maintenant pris fin.

 

Personne n’y a gagné quoi que ce soit. Les Kurdes qui, pendant tout un temps apparaissaient comme les seuls gagnants de la guerre, viennent de jeter ce qu’ils avaient gagné par-dessus bord.

 

Les forces kurdes du YPG soutenues par les États-Unis ont fait l’erreur inouïe de réclamer ouvertement le soutien de l’Arabie saoudite. Les anarcho-marxistes du YPG, qui arborent fièrement leur féminisme, font soudain allégeance aux barjots moyenâgeux wahhabites. Ils ont détruit leur réputation de force de gauche progressiste. Leur démarche va renforcer l’hostilité turque et syrienne, irakienne et iranienne contre eux. Toutes les avancées politiques qu’ils ont faites pendant la guerre en ne prenant partie, la plupart du temps, ni pour les « rebelles » ni pour le gouvernement syrien sont maintenant menacées. C’est une décision insensée. La zone tenue par les Kurdes est complètement encerclée par des forces plus ou moins hostiles. Le soutien des États-Unis ou de l’Arabie saoudite à l’enclave kurde encerclée ne pourra plus durer longtemps. Les Kurdes viennent à nouveau de démontrer qu’ils sont leurs pires ennemis dans leur combat pour un Etat kurde (à moitié) souverain. Ils vont être renvoyés dans leurs territoires d’origine et seront à nouveau intégrés à l’état syrien.

 

[MISE À JOUR :]

 

Le secrétaire de la Défense Mattis a été interrogé hier au Congrès sur la situation en Syrie. Il n’y a pas encore de transcription diponible, mais voici quelques tweets d’un journaliste de Stars & Stripes qui y a assisté :

Tara Copp @TaraCopp - 3:11 PM - 13 juin 2017

# Secrétaire Défense Mattis dit que les forces « pro-régime » qui sont entrées en Syrie près de la base de #AlTanf sont en fait #russes 
#Secrétaire Défense Mattis : « Je ne prévoyais pas que les Russes viendraient là-bas (près de Al Tanf.) ... mais cela n’a pas surpris nos services secrets. »

Les Etats-Unis avaient affirmé que les forces alignées sur le gouvernement syrien qui avançaient en direction d’al-Tanf étaient « soutenues par l’Iran » ou « dirigées par l’Iran ». Maintenant, le secrétaire de la Défense dit que c’était un mensonge. Il s’agissait de Russes alliés au gouvernement syrien. Les Russes ne prennent certainement pas leurs ordres des généraux iraniens. Il n’est pas étonnant que le commandement russe ait émis de fortes mises en garde contre toute attaque de ces forces.

 

Mattis montre aussi qu’il est incapable d’une pensée stratégique. Il croyait vraiment que les Russes n’iraient pas à al-Tanf couvrir leurs camarades syriens ? Il est clair depuis des mois que les Russes sont totalement impliqués en Syrie. Ils ne laisseront pas tomber le gouvernement syrien pour se mettre bien avec Mattis ou Trump ou qui que ce soit d’autre. Leur stratégie est claire depuis un certain temps. Ils se battront. Ils l’ont dit. Il fallait être idiot pour croire autre chose.

 

Al-Tanf a une importance tactique, mais l’armée américaine l’élève au rang d’atout stratégique. Ce qui n’est manifestement pas le cas. On ne comprend pas quelles raisons les États-Unis ont de défendre cet endroit en plein désert. Il n’y en a aucune, mais le défendre pour le « principe » pourrait évidemment provoquer une guerre beaucoup plus importante.

La garnison de Tanf est maintenant encerclée par des forces hostiles. Les forces des États-Unis dans la région devraient traverser les positions de régime pour se rendre à al Bukamal, ce qui risque de provoquer une escalade.

Qu’en va-t-il se passer maintenant ? Les États-Unis sont-ils prêts à protéger ces forces à perpétuité ? Est-ce que les États-Unis vont fournir une couverture aérienne à des forces qui se battent directement avec des alliés du régime en dehors de la zone de 55 kilomètres ? Les trois dernières frappes ont-elles provoqué une contre-escalade qui a nui aux intérêts des États-Unis ? Malheureusement, la réponse à la dernière question est oui. 
... 
La stratégie devrait commander la tactique quand on a affaire à des forces soutenues par l’Iran en Syrie, et non l’inverse. 
... 
Les États-Unis ont la capacité de défendre une garnison dans le désert syrien. Cependant, il n’y a aucune raison stratégique de le faire, ce qui rend impossible une évaluation des avantages et des inconvénients.

Le département de la Défense et le commandement américain sur le terrain n’ont à l’évidence pas encore compris cela. Le commandant local des États-Unis a fait venir de Jordanie à al-Tanf un système d’artillerie à longue portée étasunien HIMARS. HIMARS a une portée de 300 kilomètres. Cela ne fait aucune différence d’un point de vue tactique s’il tire de Jordanie ou d’al-Tanf en Syrie à quelque 12 kilomètres à l’est de la frontière. C’est une démarche symbolique du type « planter le drapeau » à al-Tanf, mais elle expose le système d’artillerie à une attaque légitime des forces syriennes, russes et iraniennes.

 

Comme le secrétaire d’État Tillerson l’a dit à juste titre : les États-Unis n’ont aucune autorité légale pour attaquer les Syriens ni les Iraniens ni les forces russes. Pas la moindre. Ils ont envahi la Syrie sans motif légitime. La Syrie, en revanche, a le pouvoir légal de jeter dehors les troupes américaines.

 

Faire venir les HIMARS à al-Tanf, est tout à fait idiot. Il est grand temps que Washington arrête ses bêtises.

 

Moon of Alabama

source Al Watan Online

»» http://www.moonofalabama.org/2017/06/syria-summary-the-end-of-the-war-...
URL de cet article 32003 

Publié par El Diablo

Les VRAIES raisons de la GUERRE en SYRIE [vidéo]

 

 Les VRAIES raisons de la GUERRE en SYRIE [vidéo]

Alain Juillet évoquait au Sénat les vraies raisons de la guerre en Syrie :suivez les pipelines !

jeudi 1 juin 2017

Palmyre: le terrorisme, arme d'une guerre hybride

Deux fois en une semaine, la Russie a arrêté une tentative de Daesh sur Palmyre. Il est surprenant de noter que chaque rencontre internationale où il est question de renforcer la coopération avec la Russie dans la lutte contre le terrorisme, s'accompagne de tentatives de percée des groupes islamiques. Coïncidences certainement. A moins qu'il ne soit temps de reconnaître que le terrorisme est utilisé comme arme dans cette guerre hybride. Que cette guerre est une négation de la civilisation. Que nous revenons à la barbarie.
 
Le 25 mai, une colonne de 39 pick-up avec de l'artillerie et 120 hommes se dirigeait de Rakka vers Palmyre. Ayant tiré les leçons des évènements précédents, la Russie a développé sa surveillance et ses techniques de renseignement dans la région. Des drônes surveillent en permanance Rakka et ses alentours. Elle a ainsi su en avance les déplacements prévus par les terroristes et l'aviation a bombardé la colonne.
 

 
Une seconde tentative a eu lieu dans la nuit du 29 au 30 mai. Cette fois-ci trois colonnes de véhicules, avec armement et 80 terroristes, sortent à nouveau de Rakka pour se diriger vers Palmyre, en espèrant bénéficier de la protection de l'obscurité. L'aviation russe a bombardé ces colonnes et détruit les armements. Comme le précise les sources russes, ces terroristes ont été armés par les "Forces démocratiques syriennes", mais également par les Etats Unis, la Grande Bretagne et la France. Ce qui confirme encore une fois, si besoin est, que la coalition russe et la coalition américaine n'ont pas les mêmes ennemis.
 
Enfin, le 30 mai, la Russie a lancé 4 missiles de croisière Kalibr sur des objectifs cachés de Daesh à l'est de Palmyre. Tous furent détruits.
 

 
Lorsque l'on regarde froidement la manière dont les terroristes sont armés et financés, l'on en arrive forcément à se demander dans quelle mesure cette menace n'est pas virtuelle? Cela ne signifie pas qu'elle n'existe pas, des gens meurent réellement sous le coup de réels attentats. Elle est virtuelle dans le sens où la menace est ailleurs, où l'on inverse la cause et les conséquences. Le terrorisme n'est pas la cause de la menace, il en est la conséquence. 
 
Pour reprendre l'expression de "guerre hybride" si chère à l'Occident, les groupes terroristes sont les armées de ces guerres hybrides - et sales. Car le droit de la guerre ne s'applique pas à eux.  Les soldats des armées régulières sont un minimum obligés par une règlementation internationale qui interdit la torture et la barbarie, sinon la responsabilité de l'Etat est engagée. Nous revenons à cette période barbare, puisque les Etats utilisent contre d'autres Etats des terroristes, qui peuvent accomplir toute la sale besogne. 
 
Il y a bien sûr des dégâts collatéraux, des attentats en Europe ou aux Etats Unis, mais ils sont finalement très utiles pour justifier, d'une part, la mise en place d'une législation liberticide qui ne serait pas autrement acceptée par les populations occidentales et, d'autre part, le renforcement de la globalisation: la menace étant globale, la lutte ne peut être nationale. Les Etats fournissent les forces militaires, mais ne décident pas. En tout cas, tous les Etats ne sont pas autorisés à décider. 
 
Dans ce contexte, nous risquons de parler encore très longtemps de la lutte contre le terrorisme, tant que cette guerre sale ne sera pas terminée. Tant que nous ne reviendrons pas à un mode politique plus civilisé. Et cela va prendre du temps ...
 

Armes chimiques en Syrie : à propos du rapport des services de renseignements français

Photo de la visite de John Kerry au Palais de l´Élysée suite aux attentats de Paris, 17 novembre 2015, tirée d´un article de presse paru dans Clicanoo

Il y a presque un mois, le 26 avril 2017, la presse française a annoncé le contenu d’un rapport des services de renseignement français confirmant l’usage d’armes chimiques en Syrie le 4 avril dernier (voir le texte complet du rapport inclus dans cette note du Huffingthon Post et déclaration officielle du chef de la diplomatie française). On lit (voir article du Monde) que "Les preuves recueillies par les services français complètent celles des Américains et des Britanniques. Elles sont accablantes pour Bachar Al-Assad, même si elles ne démontrent pas un ordre direct du dictateur syrien, seul véritable patron d’un arsenal chimique qui n’a donc pas été totalement détruit malgré ses engagements". La reáction prévisible de la Syrie s’est fait entendre 24 heures plus tard (voir note de l’Express).

 

On remarquera que l’annonce officielle de "preuves irréfutables contre la Syrie" par la France a été faite quelques jours avant le premier tour des élections, le 19 avril 2107 (voir déclarations du chef de la diplomatie contenues dans cette note de presse parue dans Le Parisien).

 

Une sensation de déjà vu

 

On rappelera également que dans un livre publié en France en 2014 par deux journalistes, "Les chemins de Damas", il était precisé comment sont parfois rédigés certains rapports sur la Syrie par des services de renseignements : "Les informateurs avaient soulevé plusieurs questions dans leurs rapports concernant des événements qu’ils n’avaient pas pu vérifier comme l’utilisation de gaz sarin. Une des hypothèses faite par les informateurs dans leurs rapports était la suivante : "Il est possible que des bombardements classiques de l’armée syrienne sur un laboratoire clandestin des rebelles ait provoqué une fuite de gaz." Mais cette conclusion a été "purement et simplement coupée" du texte du rapport final" (voir note de presse de Sabah Ayoub publiée dans Le Grand Soir). Les articles de presse publiés en septembre 2013 ont bien évidemment signalé la Syrie comme la seule et unique responsable (voir par exemple note l’Obs, parmi bien d’autres). Dans un commentaire sur cet ouvrage, l’auteur commence en indiquant que " Le livre français, "Les chemins de Damas" publié il y a quelques jours, provoque un scandale en révélant des éléments secrets sur la manière dont la présidence française a forcé le corps diplomatique et les services secrets français à se soumettre à la décision politique de renverser Assad, ainsi qu’à manipuler les rapports sur les armes chimiques et la réelle puissance du régime syrien".

 

On notera aussi que, plus récemment, les services de renseignements israéliens et français ont affiché une coopération fort étroite concernant les armes chimiques en Syrie, comme l’opération dite "Ratafia" dévoilée par Le Monde au mois de mars 2017 (voir note parue dans Le Monde). On ignore si d’autres opérations conjointes des services des deux Etats ont été menées ou sont en cours actuellement en Syrie.

 

La certitude des Etats Unis, fondement d’une frappe aérienne illégale au regard du droit international

 

Comme on le sait, en "représailles" à l’explosion de substances chimiques survenue à Khan Cheikhoun du 4 avril dernier, ayant causé la mort de 87 personnes, les Etats-Unis ont ordonné deux jours plus tard le bombardement de la base d’Al-Chayrat, d’où étaient partis, selon le Département d’Etat, le ou les avions de l’armée syrienne responsables du lancer les armes chimiques. Cette opération militaire des Etats-Unis constitue une violation flagrante de la Charte des Nations Unies. Pour une analyse strictement juridique, nous renvoyons à celle du Professeur Marko Milanovic (Université of Nottingham) intitulée : "The Clearly Illegal US Missile Strike in Syria" publiée sur by EJIL Talk. On lit dans une analyse plus récente publiée en Belgique que le droit international "... ne reconnaît pas de « droit » unilatéral d’intervention humanitaire. De même, la « responsabilité de protéger », consacrée par les membres des Nations unies en 2005, n’autorise pas un État à bombarder le territoire d’un autre État sans l’autorisation du Conseil de sécurité, même si ces bombardements sont conduits à des fins de protection de populations civiles menacées par leur propre gouvernement.

 

Les frappes du 6 avril n’ont donc, en l’état, aucun fondement en droit international. Elles doivent donc être considérées comme illégales" (voir article de Nabil Hajjami, Maître de conférences à l’Université Paris Nanterre (CEDIN), intitulé "Les frappes militaires américaines en Syrie du 6 avril 2017 – Quelles incidences en droit international ? ", disponible ici).

 

Une analyse récente précise les risques de dérive concernant les interventions unilatérales dites "humanitaires" : "Article 2(4) is under great strain in the post-9/11 world and further exceptions would only further endanger international peace and stability. One only needs to consider how President Putin drew on NATO’s action in Kosovo as a precedent for intervention in Ukraine, stating that it was a ‘humanitarian mission’. This shows the dangers of setting precedents of humanitarian intervention and the risk of this ‘right’ being used as a pretext for aggressive and unlawful behaviour. It should not therefore be called upon to fill an enforceability or accountability gap. Responding to a breach of one cardinal international rule with a breach of another would be a retrograde step in the development of international law" (voir l’analyse du chercheur Chris O’Meara, intitulée "United States’ Missile Strikes in Syria : Should International Law Permit Unilateral Force to Protect Human Rights ?"publiée par EJIL-Talk, disponible ici)

 

L’absence de condamnation catégorique de la part des alliés des Etats-Unis concernant cette décision unilatérale du Président Donald Trump est une donnée à prendre en compte. Lors de son intervention devant le Conseil de Sécurité, le représentant de la France a même jugé utile d’affirmer que "cette opération américaine a constitué une réponse légitime face à un crime de masse qui ne pouvait rester impuni. Bashar Al-Assad, nous l’avons dit et répété, porte l’entière responsabilité de ce développement" (voir texte complet du compte rendu de la séance du 12 avril 2017, S7PV.7922, p. 4).

 

Comme on le sait, "punir" et éviter que des crimes puissent "rester impunis" sont des termes propres du droit pénal international, qui prévoit un certain nombre de mécanismes à ce sujet. Concernant les violations au droit international humanitaire et aux normes relatives aux droits de l’homme commises en Syrie, un mécanisme spécial a été créé en vertu d’une résolution adoptée par l’Assemblée Générale le 21 décembre 2016 (voir notre note sur le sujet publiée en Anglais). On notera que la France n’a pas pris la parole lors du débat général sur cette résolution, accompagnée par le même silence de la part des Etats-Unis et du Royaume Uni. Ce nouveau mécanisme s’ajoute à celui mis en place par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies en 2011 (voir site officiel de la Commission Internationale Indépendante sur la Syrie).

 

Dans toutes nos belles facultés de droit, on enseigne que le droit international public exclut l’usage unilatéral et "punitif" de la force armée par un Etat contre un autre Etat, et ce depuis 1945. Nonobstant, il semblerait que pour l’occasion, les Etats-Unis el la France considèrent que les choses ont quelque peu changé depuis la signature de la Charte des Nations Unies. A ce sujet, nous avions eu l’occasion de signaler l’étrange rapprochement de vues entre les Etats-Unis et la France, lors de l’adoption de la résolution 2249 en novembre 2015 par le Conseil de Sécurité, suite aux attentats de Paris, concluant que "La stratégie nord-américaine dans sa « guerre contre le terrorisme » semble donc avoir de nouveaux adeptes en France, même si ses échecs sont largement connus. Sur ce point précis, le rapprochement n’est pas seulement une simple vue de l’esprit : le premier diplomate étranger à s’être rendu personnellement au Palais de l’Elysée suite aux attentats de Paris fut le Secrétaire d’Etat américain John Kerry, le 17 novembre ; la première destination à l’étranger du Président François Hollande suite aux attentats fut la visite rendue le 24 novembre 2015 à son homologue à Washington" (voir notre note, "Attentats à Paris : remarques critiques au sujet de la résolution 2249 du Conseil de Sécurité des Nations Unies", Sentinelle-SFDI, Bulletin 454 du 29 novembre 2015, disponible ici).

 

La discussion au sein du Conseil de Sécurité : de la certitude de certains à l’incertitude collective

 

Lors de son intervention le 5 avril au Conseil de Sécurité, le représentant de la France a indiqué qu’ "Après six années de conflit en Syrie marquées par la violence la plus effroyable contre la population civile et notamment par l’emploi avéré et répété d’armes chimiques par le régime syrien contre son propre peuple, en particulier au gaz de chlore, nous nous sommes une nouvelle fois réveillés hier en apprenant qu’une attaque ignoble venait d’être commise à Khan Cheikhoun, au sud d’Edleb. Cela ne peut que nous rappeler cette terrible journée du 21 août 2013, après les attaques chimiques commises par le régime dans la Ghouta, en banlieue de Damas, dont les images insoutenables hantent les mémoires" (voir compte rendu S/PV.7915 de la séance du 5 avril 2017, page 3).

 

Or, malgré ces affirmations catégoriques entendues de la part du représentant de la France concernant l’implication directe des autorités syriennes, on notera que lors de la réunion du Conseil de Sécurité tenue le 12 avril, la France (avec les Etats-Unis et le Royaume Uni) a présenté un projet de résolution condamnant l’usage "qui aurait été fait" d’armes chimiques en Syrie (voir texte). La nuance, quoique ignorée par de nombreux commentateurs, mérite d’être signalée. Sur les quinze Etats siégeant au Conseil de Sécurité, ce projet de résolution n’a obtenu que dix votes pour, deux contre (dont celui de la Russie) et trois abstentions (donte celle de la Chine). Le représentant de la Chine a expliqué que "Le projet de résolution sur lequel nous avons voté condamne l’emploi d’armes chimiques en Syrie et appelle à mener une enquête sur les faits, ce que la Chine approuve. Néanmoins, certains autres éléments du texte auraient pu être modifiés pour garantir un consensus. C’est pourquoi la Chine s’est abstenue dans le vote sur le projet de résolution" (voir compte rendu de séance S/PV.7922, page 6).

 

On peut d’ailleurs s’interroger sur le nombre de votes qu’aurait réuni ce texte en sa faveur s’il avait été aussi catégorique dans son premier paragraphe que ses trois auteurs dans leurs interventions respectives. Le malaise de certains représentants, tel celui de l’Uruguay, ayant voté pour sans grande conviction, se laisse entrevoir lorsqu’il explique que

 

"les privilèges qui distinguent les différents membres du Conseil font penser à une expression figurant dans le roman de George Orwell, intitulé « La Ferme des animaux », selon laquelle certains animaux sont plus égaux que d’autres. Ce déséquilibre légal mais illégitime, fait que de nombreux membres se trouvent dans une situation où ils sont obligés de choisir le moindre des deux maux parmi les options qui leur sont présentées" (voir compte rendu de séance S/PV.7922, page 11).

 

Nous renvoyons à notre note parue dans Debate Global et dans Ius 360 (en espagnol) relative à la position des deux Etats d’Amérique Latine membres du Conseil de Sécurité lors du débat sur la Syrie : la Bolivie, ayant voté contre et l’Uruguay, ayant choisi de voter pour.

 

Les annexes de ce texte en espagnol renvoient au projet de résolution russe et aux projets dénommés "E-10" et "P-3" (version anglaise) ayant circulé au sein du Conseil de Sécurité le 5 avril 2017, lors d’une séance urgente sur la Syrie. Peu de commentateurs se sont intéréssés au texte russe et noté la différence de ton par rapport aux projets "E-10" (présenté par les Etats élus Membres du Conseil) et "P-3 " (présenté par les Etats-Unis, la France et le Royaume Uni). La principale différence entre ces deux derniers tient au Paragraphe 5 exigeant de la Syrie des informations militaires qu’un Etat partage rarement avec d’autres Etats.

 

Concernant le texte finalement présenté et soumis au vote lors de la séance du 12 avril (correspondant à une version à peine remaniée du projet "P-3" du 5 avril) on est d’ailleurs en droit de se demander s’il est habituel de voir le Conseil de Sécurité des Nations Unies condamner "avec la plus grande fermeté l’emploi qui aurait été fait d’armes chimiques" (Paragraphe 1) ; et, plus généralement, condamner des actions "qui auraient été" menées. Sur ce point, une recherche rapide sur la toile de cette expression par le Conseil de Sécurité renvoie au seul projet de résolution présenté le 12 avril précité, mais le doute est permis. Nous remercions d’avance nos lecteurs et chercheurs de réferer à une quelconque résolution précédente du Conseil de Sécurité condamnant "avec la plus grande fermeté" des choses qui auraient été faites.

 

La certitude états-unienne passée au crible

 

Un rapport des services de renseignements des Etats-Unis (voir texte complet) rédigé afin de justifier cette action militaire contre la Syrie a été analysé par un spécialiste, Theodore Postol, Professeur au MIT (Massachusets). On peut lire dans l’analyse de cet expert (voir texte publié par GlobalResearch) que "We again have a situation where the White House has issued an obviously false, misleading and amateurish intelligence report". Dans un Addendum du 13 avril (voir texte), le scientifique conclut son analyse ainsi : "I therefore conclude that there needs to be a comprehensive investigation of these events that have either misled people in the White House, or worse yet, been perpetrated by people seeking to force decisions that were not justified by the cited intelligence. This is a serious matter and should not be allowed to continue".

 

A noter qu’en 2014, un rapport similaire (voir texte complet du rapport signé par deux experts, Richard Lloyd et Théodore Postol) avait également mis en doute les certitudes des Etats-Unis et de la France sur la responsabilité directe de la Syrie lors d’une explosion de substances chimiques dans le quartier Est de Ghouta (Damas), au mois d’août 2013. Laurent Fabius, alors Ministre des Affaires Etrangères, avait alors évité de répondre à une question d’un étudiant apparemment fort bien informé (voir article dans Le Point).

 

Concernant le récent rapport des services de renseignements français, une analyse de Théodore Postol précise, du point de vue chimique, que les inconsistances sont évidentes : "Such an obviously flawed investigative finding would be a product of the same combination of irrationalarguments and unsound scientific evidence that the FIR used as its basis to reach a conclusion that the Syrian government must have executed in nerve agent attack on April 4, 2017 in Khan Sheikhoun" (voir texte complet de son analyse intitulée "The Flawed Chemical Analysis in the French Intelligence Report of April 26, 2017 Alleging a Syrian Government Sarin Nerve Agent Attack in Khan Sheikhoun of April 4, 2017", datée du 30 avril 2017).

 

Pour revenir à l’usage de substances chimiques en Syrie le 4 avril dernier, il sied de rappeler qu’Israël, par la voix de son Ministre de la Défense, affirma immédiatement être "100% certain" de l’implication directe des plus hautes autorités syriennes (voir note de Haaretz). La Turquie pour sa part, sans désigner de responsables, confirma officiellement que le gaz sarin avait bien été utilisé le 4 avril en Syrie (voir note du New York Times).

 

L’OIAC pressée de déclarer, avant toute enquête in situ

 

Les enquêteurs de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) ont conclu, le 19 avril dernier 2017, et ce sans procéder à l’envoi d’une mission sur place (réclamé depuis le 5 avril par la Russie dans son projet de résolution), à l’emploi « irréfutable » de gaz sarin ou d’une substance similaire. Sur cette épisode récent de l’OIAC, inhabituel dans la mesure ou l’OIAC prend plusieurs mois afin de mener une enquête en Syrie, nous renvoyons a notre note intitulée "Without any in situ inspection, OPCW confirms sarin exposure during the events that took place in Syria last April 4th" publiée sur le site de Human Rights Investigations. Or, dans un rapport daté du 24 avril 2017, et qui n’a fait l’objet d’aucun communiqué de presse, on lit de, la part de l’OIAC, qu’une Mission d’établissement des faits (Fact Finding Mission - FFM) a été mise en place : "The FFM is currently continuing the process of interviews, evidence management, and sample acquisition. A first interim report is expected to be completed in the coming weeks, at which time it will be submitted for the consideration of the States Parties and shared with the JIM" (voir rapport, point 18). Le 27 avril, le guatémalteque Edmond Mulet a été désigné par l’actuel Secrétaire Général des Nations-Unies pour présider l’organe de l’OIAC chargé de l’enquête en Syrie (voir note de presse de Prensa Libre), en remplacement de Virginia Gamba, argentine, nommée le 15 septembre 2015 par son prédécesseur Ban Ki-moon (voir note de presse des Nations-Unies).

 

Les informations, indices, ainsi que les pistes et les hypothèses doivent se traduire, au sein d’un mécanisme de vérification international sur place, en faits vérifiés pouvant établir avec précision le type de substances chimiques, leur origine exacte, et le type d’explosion ayant eu lieu. Une fois identifiée(s) une ou plusieurs substances chimiques et leur origine, les éléments de preuves rassemblés doivent permettre d’attribuer à une entité leur usage : cette ultime étape constitue un point sur lequel les difficultés sont majeures. En effet, nombreuses sont les possibilités d’usage de substances chimiques de la part des divers acteurs qui participent, soit directement, soit de façon indirecte, au conflit en Syrie.

 

Il s’agit d’un travail de longue haleine, et l’on peut rester surpris par la vitesse avec laquelle le Directeur Général de l’OIAC a communiqué les résultats préliminaires le 19 avril dernier (date qui coïncide avec l’annonce de "preuves irréfutables" par le chef de la diplomatie française mentionnée ci-dessus concernant l’implication des autorités syriennes).

 

Il faut savoir que les enquêtes menées en Syrie par l’OIAC prennent habituellement un certain temps. Par exemple, le dernier rapport qui a été remis au Conseil de Sécurité concernant l’usage prétendu d’armes chimiques en Syrie date de janvier 2017 : voir la lettre de décembre 2016 et le rapport de la mission d’établissement des faits menée par l’OIAC en Syrie sur un incident du 2 août 2016, disponibles ici. On lit (point 18 des conclusions du rapport) : "Conclusions 18. Aucun des produits chimiques identifiés n’est susceptible d’être la cause du décès des victimes dans l’incident. La méthyldiéthanolamine est un précurseur de l’ypérite à l’azote, mais elle est également présente dans certains détergents commerciaux. Les signes d’exposition à l’ypérite à l’azote n’étaient pas visibles chez les victimes".

 

Une autre enquête de l’OIAC a été ordonnée concernant l’usage du gaz moutarde durant la bataille d’Alep au mois de novembre dernier, dont les résultats sont toujours attendus. Traduire des indices en preuves au sens d’une procédure de vérification internationale, et, ensuite, passer de preuves à l’imputabilité n’est pas toujours chose aisée.

 

Il est bon de rappeler que l’OIAC a été créée en vertu de la "Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction", signée à Paris en 1993, et qui est entrée en vigueur en 1997. Cette convention multilatérale a été ratifiée par 192 Etats (dont la Syrie, qui l’a ratifiée en 2013). En 2014, les équipes de l’OIAC ont conclu leur travail en Syrie, les stocks d’armes chimiques possédés par l’armée syrienne ayant été officiellement détruits. Nous renvoyons le lecteur au site officiel de l’OIAC concernant son travail en Syrie, où sont mis en ligne les divers rapports, demandes, documents officiels divers et communiqués de presse depuis 2013. Lors de la séance urgente du Conseil de Sécurité sur la Syrie du 5 avril 2017, le représentant du Secrétaire Général a présenté aux membres du Conseil un état des lieux concernant les actions menées par l’OIAC en Syrie (voir compte rendu S/PV.7915 de la séance du 5 avril 2017, pages 1-2).

 

A noter que le seul Etat Membre des Nations-Unies à ne pas avoir ratifié la convention sur l’interdiction des armes chimiques adoptée en 1993 est Israël (voir liste officielle sur l’état des signatures et ratifications). Dans un article du Jérusalem Post de 2015 intitulé "Israël et les armes chimiques", on y lit que "selon un document secret de la CIA publié par le magazine américain Foreign Policy en 2013, un satellite espion américain aurait découvert en 1982, une usine de production d’agent neurotoxique ainsi qu’un centre de stockage près de Dimona.

 

Lors d’une conférence de l’OIAC réservé aux journalistes israéliens en décembre dernier, un fonctionnaire de l’organisation confirmait l’existence d’un stock d’armes chimiques israélien. Une information que l’organisation s’est hâtée de démentir, expliquant ne pas avoir la capacité d’évaluer si les Etats non parties possèdent ou non des armes chimiques".

 

En guise de conclusion

 

On se souvient qu’en septembre 2013, la France a failli déclarer la guerre à la Syrie. Le volte-face du Président Barack Obama avait obligé à revoir le dispositif militaire de la France prévu (voir note de presse intitulée "L’été où la France a presque fait la guerre en Syrie". On lit dans la note précitée que :

"Mercredi 4 septembre, le jour du débat prévu à l’Assemblée nationale, François Hollande convoque ses principaux ministres et collaborateurs pour un conseil restreint, à 11 h 30, à l’Elysée. « Le président insiste sur la nécessité d’apporter des informations d’origine françaises pour valider un argumentaire en quatre points, raconte un témoin : c’est une attaque chimique, massive, contre des civils, orchestrée par le régime de Bachar Al-Assad ».

 

En ce mois d’avril 2017, il semblerait que ce qui s’est passé le 4 avril en Syrie offrait à certains décideurs politiques une nouvelle possibilité. Avec une différence par rapport à 2013 : l’existence, pour ce qui a trait aux arnmes chimiques en Syrie, d’un mécanisme de vérification mis en place par l’OIAC.

 

Le rapport des services de renseignements de la France, rendu public trois jours après le premier tour du scrutin, attribue directement aux autorités syriennes l’usage de substances chimiques contre les groupes rebelles à Idlib le 4 avril dernier, et écarte toute autre hypothèse. Au vu de l’insistance avec laquelle la France a affirmé depuis le 4 avril l’implication des autorités syriennes, les conclusions auxquelles ce rapport parvient étaient prévisibles.

 

Les rapports des services de renseignements ne sont pas des documents publics. Mais lorsqu’ils sont rendus publics, c’est bien souvent pour essayer de justifier la position d’un Etat. Au vu de la qualité relative du rapport des services de renseignements des Etats-Unis, ont est en droit de penser que celui produit par la France cherche aussi, entre autres motifs, à venir en aide à un chef d’Etat partageant les mêmes vues sur le dossier syrien : le Président Donald Trump.

 

Nicolas Boeglin
Professeur de Droit International Public, Faculté de Droit, Université du Costa Rica (UCR)

»» http://derechointernacionalcr.blogspot.fr/2017/04/armes-chimiques-en-s...

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Publié par El Diablo

Rapide voyage à l’intérieur de la SYRIE gouvernementale [TÉMOIGNAGE]

Rapide voyage à l’intérieur de la SYRIE gouvernementale [TÉMOIGNAGE]

Le Collectif Polex à reçu un ami revenu récemment de Damas. Il tient à conserver l'anonymat, il n'est pas toujours facile d'exprimer en France une opinion contraire à celle des gouvernants occidentaux sur la Syrie. Vous lirez ce témoignage (ci-dessous) en nous portant garant de son honnêteté.

Le Collectif Communiste Polex

**********

Début avril 2017, pendant 7 jours, j’ai pu découvrir la Syrie légale, celle contrôlée par le gouvernement de Bachar Al Assad. Voici quelques impressions et réflexions rapides sans prétention et loin d’un reportage ou une enquête exhaustive, ce qui me semble difficile dans ce pays en guerre depuis 6 ans. Nous avons pu obtenir le visa dans le cadre d’un voyage alliant solidarité et découverte. L’objectif humanitaire du déplacement était de faire parvenir des médicaments aux hôpitaux syriens Cela nous permettait de découvrir la vie quotidienne de ce pays martyre. Depuis l’embargo, la Syrie officielle doit acheter ses médicaments en devises au Liban.

La destruction de l’appareil productif (notamment la région d’Alep) a accentué la pénurie et le pays a du mal à couvrir ses besoins médicaux. Le groupe était formé d’une dizaine de personnes provenant de différents milieux socioculturels. Il y avait des ouvriers qualifiés, des techniciens, des fonctionnaires, des retraités, hommes et femmes. Tous se présentaient comme des amis de la Syrie et de son peuple. Ils voulaient voir sur place une réalité dont les média occidentaux dominants ne parlent pas. Le voyage avait été organisé par une petite association humanitaire de Syriens de France. Les zones parcourues s’étendent de la frontière libanaise à Damas puis de Damas à Alep en passant par Homs, et la côte méditerranéenne.

Sur certains axes, nous avons circulé dans les bus normaux, parmi la population syrienne, notamment dans le long trajet de 8 heures entre Damas et Alep. L’autoroute est parfois encore coupée et il faut faire de longs détours, d’abord par la montagne puis par le désert pour ne pas être exposés à des tirs intempestifs. Le reste du circuit, Lattaquié, Tartous, Homs, Maaloula (la cité chrétienne ravagée) a été effectué en mini bus loué par les organisateurs. Nous avons pu entrevoir la vie de cette population courageuse et qui semble unie. Damas, à notre arrivée en fin d’après-midi, souffre d’embouteillages permanents. Le centre-ville semble craquer tant la densité humaine parait importante. La présence de nombreux réfugiés provenant des zones de combat est manifeste. On s’entasse dans les appartements de la famille, des cousins, des amis. La vie est très chère et partout pauvreté mais dignité. L’artisanat, la réparation et le recyclage en tout genre permet à la population de survivre malgré les pénuries liées aux sanctions occidentales. Le soir il n’y a plus d’éclairage public et les coupures d’électricité nombreuses. Les blocs électrogènes prennent le relais chez les particuliers. L’armée arabe et nationale syrienne dite « armée du régime » et les différents groupes de défense locale sont partout. Ils sont formés par toutes les communautés avec beaucoup de jeunes certainement nouvellement enrôlés. Ces soldats ont le sentiment de se battre actuellement contre une agression extérieure. Leur solde est basse et sans commune mesure avec les salaires proposés dans les milices des groupes rebelles. Pour eux, il n’y a pas d’islamistes modérés mais de terroristes qui occupent leur pays en y créant l’insécurité. Les deux plus grandes villes du pays (Damas et Alep) sont totalement pacifiées de même que les villes de la côte et Homs. Cela ne les empêche pas d’entendre des canonnades lointaines, le survol des Mig, des hélicoptères et de subir des attentats à la voiture piégée. De temps à autre (deux fois durant notre séjour) la capitale reçoit des tirs de roquettes aveugles provenant des montagnes. C’est pour des raisons de sécurité qu’il nous fallut faire demi-tour à seulement 20 km de la cité antique de Palmyre. La présence de snipers de Daech était signalée. Dans cette zone nous avons pu apercevoir 5 puits de pétrole en flamme et une raffinerie détruite. Faute de moyen et à cause de l’insécurité les autorités laissent brûler. Cela explique la grande difficulté pour s’approvisionner en carburant. La population disciplinée ouvre les sacs aux barrages de sécurité qui ceinturent les quartiers. Sur les routes des check points distants de 5 à 10 km contrôlent les coffres des véhicules, les sacs et marchandises. Pour des échanges directs et totalement indépendants nous étions limités par la langue et seuls les chrétiens semblent avoir sauvegardé la culture francophone. Je peux citer une religieuse libanaise responsable d’un orphelinat, un homme d’affaire lié au tourisme ou des personnes âgées rencontrées librement et vraiment au hasard dans les rues de Damas. Les témoignages recueillis convergent souvent dans le même sens. Il y a eu un incontestable mouvement démocratique en 2011 que les chrétiens ont salué mais qui très vite a été pris en main par des groupes armés islamistes et djihadistes. La soi-disant opposition laïque se disputait à Istanbul, à Paris ou au Caire mais n’avait aucune représentation crédible sur le terrain. Souvent on nous a interrogés sur le rôle de la diplomatie française qui d’après eux aurait pu avoir un rôle médiateur mais qui s’est alignée sur les seuls groupes terroristes.

Nous avons pu visiter librement, sans escorte avec seulement des personnes parlant arabe, les zones libérées d’Alep Est. Nous avons pu observer les terribles destructions sur les lignes de front et l’organisation des réseaux creusés par les rebelles dans une stratégie de guerre souterraine. Les tunnels communiquaient avec les égouts où de puissantes charges explosibles étaient positionnées sous les positions tenues par l’armée régulière. Les souks et la mosquée des Omeyade ont été pillés et fortement endommagés mais déjà des jeunes de l’école technique de Damas s’affairent à des travaux de restauration. Les bâtiments publics ont été occupés par les groupes rebelles de même que certaines maisons de particuliers car elles avaient par leur position une utilité stratégique. Nous avons trouvé, dans les sous-sols du QG des fameux casques blancs mais occupés par des combattants terroristes ((Jabhat Al Nostra) au milieu des immondices, des tracts du CBRN-TF en arabe (Chemical, biological, Radiological, Nuclear) de la task force de l’OTAN. Cela prouverait que des contacts entre l’alliance atlantique et les rebelles étaient engagés pour une assistance sanitaire et logistique.

Malgré leurs victoires récentes et leur moral élevé, l’armée nationale et les différentes défenses territoriales apparaissent comme épuisées et fatigués. Ils habitent dans des abris de fortune avec un matériel dérisoire aux barrages (des Kalachnikovs et des pick-up avec mitrailleuse Doushka).

Contrairement aux légendes nous n’avons pas vu de Russes en déplacement, seulement une base près d’Alep. On nous a dit qu’après les déminages, une de leurs spécialités, ils ne feraient que de la logistique.

Nous pouvons conclure que ce voyage de solidarité n’était pas de vouloir sauver un régime politique mais l’existence même d’un état souverain que certains voudraient voir éclaté. L’état syrien est indépendant depuis 1946. Il est reconnu comme tel par la communauté internationale. Malgré toutes ses imperfections, il permettait de faire vivre en paix les diverses communautés composant la société syrienne. L’avenir appartient au peuple syrien, sans intervention extérieure, lui seul saura décider de son futur.

vendredi 19 mai 2017

Syrie: la coalition américaine bombarde les alliés de Assad luttant contre Daesh

La coalition américaine reconnait avoir bombardé des forces pro-Assad luttant contre Daesh. Elle reconnait l'avoir fait sciemment. Car ils présentaient un danger. Voici ce qui se passe lorsque l'on n'a pas le même ennemi: certains utilisent les terroristes dans un but politique pour garder le contrôle sur un territoire, d'autres luttent contre ces terroristes.
 
Le 18 mai, la coalition américaine, après avoir soi-disant prévenu les "intrus" et leur avoir demandé de sortir de la zone contrôlée par la coalition américaine, après avoir soi-disant prévenu la Russie par le canal officiel, a bombardé une colonne de chars T 62 qui se dirigeait vers At Tanf en Syrie. Tout cela, parce que cette colonne de 5 chars présentait un danger et qu'il fallait bien se défendre. 
La question étant: se défendre contre qui? Car les Etats Unis affirment entrainer là-bas des forces d'opposition. L'affirmation du Pentagone selon laquelle la politique américaine dans la région n'a pas changé est on ne peut plus vrai: les Etats Unis continuent à défendre leurs groupes armés contre les forces d'Assad.
 
La seconde excuse avancée concerne ces fameuses zones de désescalades. Or, comme le fait remarquer le Pentagone un peu plus tard, il ne s'agit pas tout à fait d'une zone de désescalades faisant partie de celles convenues à Astana, mais ce territoire aurait été visé par un ancien memorandum passé entre les Etats Unis et la Russie ... Si l'explication est assez floue, en revanche, la démarche féodale est évidente: nous sommes chez nous et faisons ce que nous voulons. 
 
Autrement dit, soit Trump a lui-même donné l'ordre, comme ce fut le cas lors de la dernière attaque de la base aérienne syrienne et les discussions avec la Russie ne lui servent qu'à gagner du temps pour reprendre la main en Syrie et affaiblir Assad, en utilisant les armées constituées sur place par la coalition américaine. Soit la guerre des clans aux Etats Unis se radicalise après que Trump ait relevé la tête dernièrement et le maximum est fait pour compliquer sa tournée au Moyen Orient et en Europe.
 
Un sénateur russe estime que cet acte doit être considéré à l'ONU comme un acte d'agression. Mais la Russie sera bien seule à défendre cette position, pourtant rationnelle. Dans tous les cas, il est extrêmement difficile de coopérer avec un pays dont le pouvoir le maîtrise pas le processus de décision politique. Situation encore compliquée par cette manie des guerres modernes de jouer sur l'apparence, car le niveau d'armement mondial ne permet plus les guerres traditionnelles. Les avancées militaires sont utilisées dans des processus politiques de négociation sans fin. Et ces conflits n'en finissent pas.
 

«  Le Collectif Polex à reçu un ami revenu récemment de Damas. Il tient à conserver l'anonymat, il n'est pas toujours facile d'exprimer en France une opinion contraire à celle des gouvernants occidentaux sur la Syrie. Nous transmettons à nos lecteurs ce témoignage en nous portant garant de son honnêteté. »

 

Rapide voyage à l’intérieur de la Syrie gouvernementale

 

Début avril 2017, pendant 7 jours, j’ai pu découvrir la Syrie légale, celle contrôlée par le gouvernement de Bachar Al Assad. Voici quelques impressions et réflexions rapides sans prétention et loin d’un reportage ou une enquête exhaustive, ce qui me semble difficile dans ce pays en guerre depuis 6 ans. Nous avons pu obtenir le visa dans le cadre d’un voyage alliant solidarité et découverte. L’objectif humanitaire du déplacement était de faire parvenir des médicaments aux hôpitaux syriens Cela nous permettait de découvrir la vie quotidienne de ce pays martyre. Depuis l’embargo, la Syrie officielle doit acheter ses médicaments en devises au Liban. La destruction de l’appareil productif (notamment la région d’Alep) a accentué la pénurie et le pays a du mal à couvrir ses besoins médicaux. Le groupe était formé d’une dizaine de personnes provenant de différents milieux socioculturels.

 

Il y avait des ouvriers qualifiés, des techniciens, des fonctionnaires, des retraités, hommes et femmes. Tous se présentaient comme des amis de la Syrie et de son peuple. Ils voulaient voir sur place une réalité dont les média occidentaux dominants ne parlent pas.

 

Le voyage avait été organisé par une petite association humanitaire de Syriens de France.

 

Les zones parcourues s’étendent de la frontière libanaise à Damas puis de Damas à Alep en passant par Homs, et la côte méditerranéenne. Sur certains axes, nous avons circulé dans les bus normaux, parmi la population syrienne, notamment dans le long trajet de 8 heures entre Damas et Alep. L’autoroute est parfois encore coupée et il faut faire de longs détours, d’abord par la montagne puis par le désert pour ne pas être exposés à des tirs intempestifs. Le reste du circuit, Lattaquié, Tartous, Homs, Maaloula (la cité chrétienne ravagée) a été effectué en mini bus loué par les organisateurs. Nous avons pu entrevoir la vie de cette population courageuse et qui semble unie. Damas, à notre arrivée en fin d’après-midi, souffre d’embouteillages permanents. Le centre-ville semble craquer tant la densité humaine parait importante.

 

La présence de nombreux réfugiés provenant des zones de combat est manifeste.

 

On s’entasse dans les appartements de la famille, des cousins, des amis. La vie est très chère et partout pauvreté mais dignité.

 

L’artisanat, la réparation et le recyclage en tout genre permet à la population de survivre malgré les pénuries liées aux sanctions occidentales. Le soir il n’y a plus d’éclairage public et les coupures d’électricité nombreuses. Les blocs électrogènes prennent le relais chez les particuliers. L’armée arabe et nationale syrienne dite « armée du régime » et les différents groupes de défense locale sont partout. Ils sont formés par toutes les communautés avec beaucoup de jeunes certainement nouvellement enrôlés.

 

Ces soldats ont le sentiment de se battre actuellement contre une agression extérieure. Leur solde est basse et sans commune mesure avec les salaires proposés dans les milices des groupes rebelles. Pour eux, il n’y a pas d’islamistes modérés mais de terroristes qui occupent leur pays en y créant l’insécurité. Les deux plus grandes villes du pays (Damas et Alep) sont totalement pacifiées de même que les villes de la côte et Homs. Cela ne les empêche pas d’entendre des canonnades lointaines, le survol des Mig, des hélicoptères et de subir des attentats à la voiture piégée. De temps à autre (deux fois durant notre séjour) la capitale reçoit des tirs de roquettes aveugles provenant des montagnes. C’est pour des raisons de sécurité qu’il nous fallut faire demi-tour à seulement 20 km de la cité antique de Palmyre. La présence de snipers de Daech était signalée. Dans cette zone nous avons pu apercevoir 5 puits de pétrole en flamme et une raffinerie détruite. Faute de moyen et à cause de l’insécurité les autorités laissent brûler. Cela explique la grande difficulté pour s’approvisionner en carburant. La population disciplinée ouvre les sacs aux barrages de sécurité qui ceinturent les quartiers. Sur les routes des check points distants de 5 à 10 km contrôlent les coffres des véhicules, les sacs et marchandises. Pour des échanges directs et totalement indépendants nous étions limités par la langue et seuls les chrétiens semblent avoir sauvegardé la culture francophone. Je peux citer une religieuse libanaise responsable d’un orphelinat, un homme d’affaire lié au tourisme ou des personnes âgées rencontrées librement et vraiment au hasard dans les rues de Damas. Les témoignages recueillis convergent souvent dans le même sens. Il y a eu un incontestable mouvement démocratique en 2011 que les chrétiens ont salué mais qui très vite a été pris en main par des groupes armés islamistes et djihadistes. La soi-disant opposition laïque se disputait à Istanbul, à Paris ou au Caire mais n’avait aucune représentation crédible sur le terrain. Souvent on nous a interrogés sur le rôle de la diplomatie française qui d’après eux aurait pu avoir un rôle médiateur mais qui s’est alignée sur les seuls groupes terroristes.

 

Nous avons pu visiter librement, sans escorte avec seulement des personnes parlant arabe, les zones libérées d’Alep Est. Nous avons pu observer les terribles destructions sur les lignes de front et l’organisation des réseaux creusés par les rebelles dans une stratégie de guerre souterraine. Les tunnels communiquaient avec les égouts où de puissantes charges explosibles étaient positionnées sous les positions tenues par l’armée régulière. Les souks et la mosquée des Omeyade ont été pillés et fortement endommagés mais déjà des jeunes de l’école technique de Damas s’affairent à des travaux de restauration. Les bâtiments publics ont été occupés par les groupes rebelles de même que certaines maisons de particuliers car elles avaient par leur position une utilité stratégique. Nous avons trouvé, dans les sous-sols du QG des fameux casques blancs mais occupés par des combattants terroristes ((Jabhat Al Nostra) au milieu des immondices, des tracts du CBRN-TF en arabe (Chemical, biological, Radiological, Nuclear) de la task force de l’OTAN. Cela prouverait que des contacts entre l’alliance atlantique et les rebelles étaient engagés pour une assistance sanitaire et logistique.

 

Malgré leurs victoires récentes et leur moral élevé, l’armée nationale et les différentes défenses territoriales apparaissent comme épuisées et fatigués. Ils habitent dans des abris de fortune avec un matériel dérisoire aux barrages (des Kalachnikovs et des pick-up avec mitrailleuse Doushka).

 

Contrairement aux légendes nous n’avons pas vu de Russes en déplacement, seulement une base près d’Alep. On nous a dit qu’après les déminages, une de leurs spécialités, ils ne feraient que de la logistique.

 

Nous pouvons conclure que ce voyage de solidarité n’était pas de vouloir sauver un régime politique mais l’existence même d’un état souverain que certains voudraient voir éclaté. L’état syrien est indépendant depuis 1946. Il est reconnu comme tel par la communauté internationale. Malgré toutes ses imperfections, il permettait de faire vivre en paix les diverses communautés composant la société syrienne. L’avenir appartient au peuple syrien, sans intervention extérieure, lui seul saura décider de son futur.

Syrie : A qui profite le crime ? (CounterPunch)

 

Cui bono – « Qui en profite ? » - est la première question qu’un détective expérimenté doit se poser lorsqu’il enquête sur un crime.

 

Comme j’ai été moi-même détective dans ma jeunesse, je sais ce que cela veut dire. La plupart du temps celui qu’on soupçonne de prime abord n’est pas le coupable. Quand on se demande « cui bono ? », un autre suspect, auquel on ne pensait pas, apparaît.

 

Depuis deux semaines, cette question me taraude. Ça ne me quitte pas.

 

En Syrie, un terrible crime de guerre vient d’être commis. La population civile d’une ville rebelle appelée Idlib a subi une attaque de gaz toxiques. Des dizaines de civils, y compris des enfants, sont morts d’une mort épouvantable.

 

Qui peut avoir fait une chose pareille ? La réponse est évidente : ce terrible dictateur, Bashar al-Assad. Qui d’autre ?

 

Et donc, quelques minutes (littéralement) après l’attaque, le New York Times et beaucoup d’excellents journaux occidentaux ont proclamé sans hésiter : C’est Assad, le coupable !

 

Pas besoin de preuve. Ni d’enquête. C’était tout simplement évident. Ce ne pouvait être qu’Assad. En quelques minutes, tout le monde était au courant.

 

Une tempête d’indignation a balayé le monde occidental. Il faut le punir ! Le pauvre Donald Trump, qui ne comprend rien à rien, a cédé à la pression et a lancé une attaque de missiles absolument insensée sur un aérodrome syrien, après avoir prêché pendant des années que les États-Unis ne devaient en aucun cas s’impliquer en Syrie. Soudain, il a changé d’avis. Juste pour donner une bonne leçon à ce salaud. Et pour montrer au monde que, lui, Trump, est un homme, un vrai.

 

L’opération a eu un immense succès. En une nuit, Trump, qui était universellement méprisé, est devenu un héros national. Même les libéraux lui ont embrassé les pieds.

 

Mais la question a continué à me tarauder Pourquoi Assad a-t-il fait cela ? Qu’avait-il à y gagner ?

 

La réponse simple est : Rien. Absolument rien.

 

(« Assad » signifie « lion » en arabique. Contrairement à ce que les experts occidentaux et les politiciens semblent croire, c’est la première syllabe qui est accentuée).

 

Avec l’aide de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah, Assad gagne lentement la guerre civile qui ravage la Syrie depuis des années. Il tient déjà presque toutes les grandes villes qui constituent le cœur de la Syrie. Il a assez d’armes pour tuer autant de civils ennemis qu’il le désire.

 

Alors, pourquoi, pour l’amour d’Allah, devrait-il recourir aux gaz pour en tuer quelques dizaines de plus ? Pourquoi susciter la colère du monde entier et risquer une intervention américaine ?

 

Il faut se résoudre à l’évidence : C’est Assad qui avait le moins intérêt à perpétrer ce crime monstrueux. Sur la liste de « cui bono », il est le dernier.

 

Assad est un dictateur cynique, peut-être cruel, mais c’est loin d’être un imbécile. Il a été élevé par son père, Hafez al-Assad, qui a été longtemps dictateur avant lui. Même s’il était fou, il a comme conseillers les gens les plus intelligents du monde : Vladimir Poutine de Russie, Hassan Rouhani d’Iran, Hassan Nasrallah du Hezbollah.

 

Alors, qui avait quelque chose à gagner dans l’affaire ? Eh bien, une demi-douzaine de sectes et de milices syriennes qui se battent contre Assad, et les unes contre les autres, dans cette folle guerre civile. Ainsi que leurs alliés arabes sunnites, les Saoudiens et autres Cheikhs du Golfe. Et Israël, bien sûr. Ils ont tous intérêt à soulever le monde civilisé contre le dictateur syrien.

 

Simple logique.

 

Un acte militaire a un objectif politique. Comme le disait Carl von Clausewitz, il y a 200 ans : la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens.

 

Les deux principaux adversaires, dans la guerre civile syrienne, sont le régime d’Assad et Daesh. Alors, quel est l’objectif des États-Unis ? Ça a l’air d’une blague : les États-Unis veulent détruire les deux camps. Et voilà une autre blague : ils veulent d’abord, détruire Daesh, donc ils bombardent Assad.

 

La destruction de Daesh est hautement souhaitable. Il y a peu de groupes plus détestables dans le monde. Mais Daesh est une idée plutôt qu’une organisation. La destruction de l’état de Daesh disperserait des milliers d’assassins dévoués à la cause dans le monde entier.

 

(il est intéressant de noter que la secte des Assassins, d’où vient le mot assassin, était composée, il y a quelque 900 ans, de fanatiques musulmans qui ressemblaient beaucoup à ceux de Daesh.)

 

Les mercenaires des Etats-Unis en Syrie sont en mauvaise posture, ils sont au bord de la défaite. Ils n’ont aucune chance de remporter la guerre.

 

Attaquer Assad a désormais comme seul résultat de prolonger une guerre civile qui a de moins en moins de sens.

 

Pour un journaliste professionnel comme je l’ai été pendant la plus grande partie de ma vie, l’aspect le plus déprimant de toute cette affaire est le comportement des médias américains, et des médias occidentaux en général.

 

Je suis un lecteur du New York Times et je l’admire. Mais il a violé tous ses principes professionnels en faisant passer des allégations sans fondement pour une vérité absolue qu’il n’était même pas besoin de vérifier. Peut-être Assad est-il coupable, après tout. Mais où sont les preuves ? Qui a enquêté, et quelles sont les conclusions de l’enquête ?

 

Pire encore, la « nouvelle » est devenue la vérité révélée dans le monde entier. Des millions de gens la répètent comme des perroquets, comme si c’était aussi évident que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest.

 

Personne ne pose de question. Personne ne demande de preuves, personne n’en présente. C’est tout à fait désolant.

 

Revenons au dictateur. Pourquoi la Syrie a-t-elle un dictateur ? Pourquoi n’est-ce pas une belle démocratie à l’américaine ? Pourquoi n’accepte-t-elle pas avec gratitude le « changement de régime » que les États-Unis ont concocté pour elle ?

 

La dictature syrienne n’est pas le fait du hasard. Elle a des racines très concrètes.

 

La Syrie a été créée par la France après la Première Guerre mondiale. Une partie de la Syrie est ensuite devenue le Liban.

 

Ce sont des créations artificielles. Je doute qu’il y ait même aujourd’hui de véritables « Syriens » et de véritables « Libanais ».

 

Le Liban est un pays de montagnes, idéal pour les petites sectes qui ont besoin de se défendre. Au fil des siècles, de nombreuses petites sectes y ont trouvé refuge. Du coup, le Liban est plein de sectes qui se méfient les unes des autres - musulmans sunnites, musulmans chiites, chrétiens maronites et beaucoup d’autres sectes chrétiennes, Druzes, Kurdes.

 

En Syrie c’est à peu près pareil, sauf qu’en plus il y a des alaouites qui sont, comme les chiites, des adeptes d’Ali Ibn Abi Talib, le cousin et beau-fils du prophète (d’où leur nom). Ils vivent au nord de la Syrie.

 

Les deux pays ont dû inventer un système permettant à diverses entités qui ne se font pas confiance de vivre ensemble. Ils ont mis en place deux systèmes différents.

 

Le Liban, qui a un passé de guerres civiles brutales, a décidé de partager le pouvoir. Le président est toujours un maronite, le premier ministre un sunnite, le commandant de l’armée un druze, et le président du parlement un chiite.

 

Lorsqu’Israël a envahi le Liban en 1982, les chiites, au sud, étaient en bas de l’échelle sociale. Ils ont accueilli nos soldats avec du riz. Mais ils ont vite compris que les Israéliens n’étaient pas juste venus écraser les voisins qui les opprimaient mais qu’ils avaient l’intention de rester. Ainsi, les humbles chiites ont entamé une guérilla si réussie qu’ils sont devenus la communauté la plus puissante du Liban. Ils sont dirigés par le Hezbollah, le Parti d’Allah. Mais le système tient toujours.

 

Les Syriens ont trouvé une autre solution. Ils se sont volontairement soumis à une dictature, pour maintenir le pays uni et garantir la paix intérieure.

 

La Bible nous dit que lorsque les Enfants d’Israël ont décidé qu’ils avaient besoin d’un roi, ils ont choisi un homme appelé Saul qui appartenait à la plus petite tribu, celle de Benjamin. Les Syriens modernes ont fait à peu près la même chose : ils se sont soumis à un dictateur appartenant à une de leurs plus petites tribus : les Alawites.

 

Les Assads sont des dirigeants laïques et anti-religieux – tout le contraire des fanatiques assassins de Daesh. Beaucoup de musulmans croient même que les Alawites ne sont pas des musulmans. Depuis que la Syrie a perdu la guerre de Yom Kippour contre Israël, il y a 44 ans, les Assad ont maintenu la paix sur notre frontière commune, bien qu’Israël ait annexé le plateau syrien du Golan.

 

La guerre civile en Syrie est toujours en cours. Tout le monde se bat contre tout le monde. Les divers groupes de « rebelles », créés, financés et armés par les États-Unis, sont maintenant en mauvaise posture. Il y a plusieurs groupes de Djihadistes concurrents qui détestent tous Daesh. Il y a une enclave kurde qui veut faire sécession. Les Kurdes ne sont pas des Arabes, mais sont majoritairement musulmans. Il y a des enclaves kurdes dans la Turquie voisine, l’Irak et l’Iran, mais leur hostilité mutuelle les empêche de faire cause commune.

 

Et il y a le pauvre et innocent Donald Trump, qui avait juré de ne pas s’impliquer dans tout ce bazar, et qui est pourtant en train de faire exactement cela.

 

La veille, Trump était méprisé de la moitié des Américains et de la plupart des médias. Il lui a suffi de lancer quelques missiles, pour avoir droit à l’admiration générale et être considéré comme un leader valeureux et sage.

 

Qu’est-ce que cela nous dit du peuple américain et de l’humanité en général ?

 

URI AVNERY

URI AVNERY est un écrivain israélien et il milite pour la paix avec Gush Shalom. Il a contribué au livre de CounterPunch : The Politics of Antisemitism.

 

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.counterpunch.org/2017/04/14/syria-cui-bono/

URL de cet article 31767 

Les prémices d’un bouleversement du monde : alibi humanitaire et réalité énergétique

 

dimanche 16 avril 2017 

« Nos forces armées ne sont pas au trentième rang, mais aux deuxième ou troisième rang mondial. Nous avons la capacité de détruire le Monde avec nous. Et je peux vous assurer que cela arrivera avant qu’Israël ne disparaisse. » Prof. Martin van Creveld, Université Hébraïque de Jérusalem

 

Un coup d’éclair dans un ciel que l’on croyait- naïfs que nous sommes- dégagé concernant une issue favorable à la crise syrienne. C’était trop beau que Trump soit d’accord pour parler avec Assad selon la sénatrice américaine Tulsi Gabbart qui l’a rencontré à Damas. Il n’en sera rien et le cauchemar continue !

 

Les faits

 

Un raid aérien a frappé mardi 4 avril vers 07h00 (04h00 GMT) Khan Cheikhoun, une petite ville contrôlée par des rebelles et des jihadistes dans la province d’Idleb dans le nord-ouest de la Syrie. Des images montrent des corps sans vie d’autres pris de spasmes et de crises de suffocation. Le nombre de victimes est de 72 morts. Avant même qu’il y ait une enquête, les Occidentaux dégainent : « Toutes les preuves que j’ai vues suggèrent que c’était le régime d’Assad utilisant des armes illégales en toute connaissance de cause contre son propre peuple », déclare le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson. Le président français parle de « la responsabilité » d’Assad dans ce « massacre », tandis que la Maison-Blanche a dénoncé un « acte odieux du régime » de Damas. Pour sa part, l’armée syrienne a démenti « catégoriquement avoir utilisé toute substance chimique ou toxique à Khan Cheikhoun ». La Russie, a affirmé que l’aviation syrienne avait bombardé la veille près de Khan Cheikhoun un « entrepôt » des rebelles où étaient entreposés des « substances toxiques » L’arsenal d’armes chimiques a été livré par des combattants venant d’Irak » On se souvient qu’en août 2013, le régime avait été accusé d’avoir utilisé du gaz sarin à la Ghouta qui avait fait plusieurs dizaines de morts, selon les Occidentaux. Le gouvernement a rejeté ces accusations et ratifié en 2013 la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. D’ailleurs, une étude du MIT avait disculpé le gouvernement syrien. Au terme d’un accord russo-américain, la Syrie a détruit tout son arsenal chimique !

 

Moins de 48 heures après avoir frappé une base aérienne syrienne, les Etats-Unis ont décidé samedi de montrer leurs muscles. Un porte-avions américain et sa flotte font route vers la péninsule coréenne a ainsi révélé samedi le porte-parole du commandement américain dans le Pacifique, en mentionnant clairement la menace nucléaire nord-coréenne. En montrant qu’elle était prête à user de la force, l’administration Trump a surpris la Chine, laissant planer le doute sur la façon dont Washington pourrait répondre à de futures provocations de Pyongyang. Les frappes surprises américaines en Syrie, le climat a changé. Comment Kim Jong-un va se manifester ? Les attaques américaines en Syrie rebattent les cartes en Asie. « C’est un signal envoyé à la Chine et à la Corée du Nord, Trump est apparu comme un président imprévisible qui n’hésite pas à frapper. »

 

Le non-sens de l’attaque par Assad qui était en train de gagner

 

C’est en tout cas l’avis de plusieurs politiciens qui pensent que Assad n’est pas fou d’attaquer son peuple : « Certains hommes et femmes politiques américains se sont démarqués de leurs confrères, critiquant avec virulence le président américain Donald Trump pour avoir ordonné une frappe contre la Syrie, tout en mettant en doute que le président syrien Bachar al-Assad ait pu lancer la présumée attaque chimique contre la localité de Khan Cheikhoune.

 

« Quiconque prétendait que Trump était d’une loyauté aveugle a eu un avertissement aujourd’hui », a déclaré Mike Cernovich, l’un des leaders du mouvement « Alt-Right », qui a accusé le président d’avoir abandonné ses positions électorales, dans une campagne sur les réseaux sociaux portée par le hashtag #Syriahoax (« canular syrien »). « Nous savons tous que Assad n’empoisonnerait pas son propre peuple », a poursuivi ce spécialiste qui dévoile les complots américains et occidentaux dans une vidéo mise en ligne vendredi, avançant l’idée que « l’Etat profond » (le « deep state », terme vague, mais désignant les cercles et les lobbys influents sur la politique américaine) « veut une guerre avec la Russie ».

 

« Ils utilisent l’attaque au gaz de la Syrie, qui est un canular, pour déclencher la Troisième Guerre mondiale ». Selon l’AFP, alors que certains partisans nient l’attaque chimique, d’autres rejettent l’opinion selon laquelle elle a été ordonnée par le président syrien Bachar al-Assad, blâmant une fausse attaque montée pour faire croire à une action de Damas ». [1]

 

« Pourquoi Assad ferait-il cela alors qu’il est en train de gagner ? », s’est ainsi interrogé Alex Jones, responsable du site « Infowars », qui est hostile à la politique belliqueuse des Occidentaux. M.Jones soutient l’idée que l’attaque était une ruse pour forcer Donald Trump à s’aligner sur les conservateurs traditionnels. Il estime que si le président « cède à ce front anti-Syrie pour prouver qu’il n’est pas une marionnette russe, ils ne vont pas s’arrêter. Trump a fait campagne pour ne pas s’impliquer dans le Moyen-Orient, car cela aide toujours nos ennemis et crée plus de réfugiés (…) Puis il a vu une photo à la télévision », a pour sa part noté la polémiste républicaine Anne Coulter. Celle-ci a rappelé que M. Trump était opposé en 2013 à une participation militaire américaine au Moyen-Orient. L’ex-sénateur républicain américain Ron Paul a quant à lui qualifié « de mise en scène fabriquée de toute pièce » ce qui s’est passé à Khan Cheikhoun. « Avant la présumée attaque chimique, tout se passait bien et le président Trump disait que c’est au peuple syrien de décider lui-même qui dirigera le pays.Je crois que certains n’ont pas apprécié cela et il fallait qu’il se passe quelque chose. » [2]

 

« Que s’est-il passé en l’espace de 48 heures ? On annonce une attaque chimique et 48h après une attaque américaine bien que Assad ai demandé une commission d’enquête impartiale. Nous lisons l’explication : « (…) En outre, il est question aussi que l’ancien stratège en chef du président américain, Steve Bannon, s’opposait lui aussi à l’intervention militaire américaine contre la Syrie. »

 

« Cette opposition est due non pas à sa légitimité problématique, mais au fait qu’elle ne fait pas partie de la priorité de la doctrine des États-Unis de Trump », a rapporté Tasnim News, citant deux proches de M. Bannon. L un d’entre eux est revenu sur les récentes frappes US sur la base aérienne d’al-Chaayrate en disant : « Bannon a perdu sa place à cause des hommes qui sont présents à la Maison-Blanche, dont Jared Kushner [le gendre juif de Donald Trump, Ndlr], qui estimait que Trump devait punir le régime d’Assad », a-t-il indiqué. » [3]

 

La tentation d’empire et la servilité des vassaux européens

 

America is back en effet pas dans le sens des valeurs ! Cela nous rappelle la tentation permanente d’empire des Etats-Unis ; En remontant jusqu’à Pearl Harbour où les Américains avaient coupé les routes du pétrole et du caoutchouc (pneumatiques) deux ingrédients essentiels d’une guerre motorisé aux Japonais ce qui a déclenché l’attaque de Pearl Harbour donnant le prétexte à une entrée en guerre des Etats-Unis. Ce fut ensuite l’attaque d’un bateau dans la baie du Tonkin qui nous a amené la guerre du Vietnam et « Apocalypse Now ». Avec la fin de l’empire soviétique sous les coups de boutoir de l’Empire et de Jean-Paul II (avec son « N’ayez pas peur ! » de sédition aux Polonais), l’Empire n’avait plus d’adversaire à sa taille.

 

Il faillait inventer un nouvel adversaire, ce sera la diabolisation de l’islam pour les stratèges néo-conservateurs concepteurs du Pnac « Projet pour un nouveau siècle américain » devenus par la suite acteurs principaux de l’Administration Bush. Dans le document « Reconstruire les Défenses de l’Amérique : (2000) », on peut lire : « Le processus de transformation, même s’il apporte des changements révolutionnaires, est susceptible d’être long, en l’absence d’un événement catastrophique catalyseur comme un nouveau Pearl Harbor ». Griffin regarde cette citation à la lumière du principe judiciaire du cui bono ? [à qui profite le crime ?] et conclut que le 11/9 était précisément le catalyseur dont l’Administration Bush avait besoin. Pour Griffin, il est probable que les USA aient orchestré un incident de ce genre pour justifier l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, comme la réduction des libertés civiques aux USA par l’introduction du Patriot Act. [4]

 

Les menaces à venir

 

On constate un silence assourdissant des médias occidentaux après l’attaque C’est comme si on voulait banaliser à partir de maintenant les punitions de l’Empire et dans ce cadre, beaucoup de spécialistes pensent que les Etats-Unis (l’état profond) ne va pas s’arrêter la. Maintenant que les Européens comme un seul homme – il n’est que de voir le communiqué de servilité franco-allemand concernant la bénédiction d’une attaque injustifiée d’un Etat souverain accusé sans aucune preuve si ce n’est des certitudes préétablies, et confortées il faut le regretter par l’ancienne procureure des Nations unies Carla del Ponte qui n’a pas le moindre doute sur la responsabilité du gouvernement syrien. Il vient que d’autres « actions » sont prévues, pour cela il faut habituer les citoyens à de nouvelles vérités.

 

Pepe Escobar écrit :
« Le commandant du Centcom (Commandement central des États-Unis, le Pentagone), le général Joseph Votel, s’est pris pour la réincarnation du Docteur Folamour devant la Commission des forces armées de la Chambre des représentants des États-Unis, mercredi dernier.. »


« Nous devons chercher des opportunités de déstabiliser l’Iran, que ce soit à travers des moyens militaires ou d’autres méthodes. » Si orwellienne notre époque soit-elle, cette phrase se classe au rang des déclarations de guerre. Avec pour conséquence la destruction par le vide de l’accord sur le nucléaire passé avec l’Iran, à l’ONU, à l’été 2015. Joseph Folamour ne s’est pas donné la peine de mâcher ses mots. » [5]

 

Le futur coupable est l’Iran :


« L’Iran est une des plus grandes menaces auxquelles les USA sont confrontés aujourd’hui (c’est la doctrine officielle du Pentagone qui le dit ; il vient en quatrième position, après la Russie, la Chine et la Corée du Nord). L’Iran a développé son « rôle déstabilisateur » et constitue « la plus grande menace de long terme à la stabilité » de tout le Moyen-Orient.

 

L’Iran est perfide ; « Je pense que l’Iran opère dans ce que j’appelle une zone grise. » Et c’est « une zone située entre la concurrence normale entre pays – qui s’arrête juste aux portes de conflits ouverts ». L’Iran est impliqué dans des « mesures de facilitation d’aides létales » ; l’utilisation de « forces par procuration » ; et nombre de « cyber-activités ».

 

Les USA n’ont pas « vu d’amélioration dans le comportement de l’Iran ». Le garçon/pays turbulent en question pose encore « des menaces crédibles » à travers « son potentiel nucléaire » et son « robuste » programme de missiles balistiques. Donc, en voilà assez ; nous allons les dégager. » [6]

 

L’énergie au coeur de la stratégie,

 

J’avais écrit dans un article précédent que l’énergie de plus en plus difficile à exploiter pouvait expliquer en creux ce qui se passe en Syrie. On sait que le Qatar, l’Europe et les Etats-Unis voulaient casser le verrou syrien pour que le gazoduc qatari arrive en Europe et procède à la conquête de l’Europe. Un gouvernement docile aurait permis cela. C’est pour cela aussi que le Qatar finance toute l’opposition islamiste sous l’oeil bienveillant saoudien qui lui aussi a une raison de vouloir le départ de la Syrie, briser l’arc chiite de la coordination Hezbollah libanais-Syrie-Iran. Naturellement tout ceci n’est pas pour déplaire à Israël pour qui c’est tout bénéfice que d’affaiblir la Syrie dernier rempart après la reddition saoudienne – Israël aide les Saoudiens pour démolir le Yemen- et qataris dont on connaît les liens « commerciaux avec le régime israélien Dans le même ordre on apprend qu’une redistribution des cartes énergétiques gazières sont en train d’être élaborées avec un nouvel acteur Israël et le gisement contesté Leviathan, contesté en partie par Chypre et par le Liban. Après des années de retard, Israël s’engage dans un vaste projet d’infrastructure jamais réalisé avec le développement de l’énorme champ de gaz offshore Leviathan en Méditerranée. La première phase implique un investissement initial de 4 milliards de dollars pour produire 12 milliards de mètres cubes de gaz par an. L’Algérie est directement menacée si l’Italie renonce au gaz algérien jugé trop cher.

 

Le problème du dollar

 

Il est loin le temps où le secrétaire d’Etat américain traitant les européens comme quantité négligeable déclarait : « Le dollar c’est notre monnaie, mais c’est votre problème. » En clair, circulez il n’y a rien à voir ; l’ordre impérial a imposé le dollar depuis les accords de Bretton Woods que Nixon a détricoté en 1971- quand cela n’arrangeait plus les Américains- en laissant flotter le dollar au gré des conjonctures décidées par les Etats-Unis. Ceci jusqu’à l’avènement de dirigeants qui ont déclaré le refus de cet ordre. On sait comment El Gueddafi et Saddam ont fini. C’est un autre challenge avec les Brics qui, graduellement et sans remous, préparent la sortie du dollar en permettant dans un premier temps le règlement des achats et ventes avec une autre monnaie que le dollar. Dans cet ordre de sortie graduelle de l’hégémonie du dollar, Pepe Escobar écrit :

« La Russie et l’Iran contournent le dollar. » Le système de paiements russe Mir va être connecté au Shetab iranien (Interbank Information Transfer Network, un réseau concurrent du système Swift) pour que les touristes puissent tranquillement utiliser les distributeurs automatiques de billets pendant leur visite de l’autre côté’, selon les mots du gouverneur de la Banque centrale d’Iran, Valiollah Seif. La Russie et l’Iran commenceront bientôt à régler des transactions en rials et en roubles, contournant le dollar américain et stimulant les échanges commerciaux et les volumes d’imports-exports’. Tout cela est inscrit dans la déclaration jointe- Vers une coopération stratégique générale’ – signée par Poutine et Rohani à Moscou. Rien d’étonnant à ce que le Pentagone veuille la guerre. » [7]

 

Le Juriste et historien russe Ivo Rens résume magistralement la manipulation : « Disons-le autrement écrit-il : de l’emploi de l’arme chimique Assad n’aurait jamais pu espérer qu’un très médiocre avantage militaire local, mais en le lui faisant endosser ses adversaires pouvaient attendre un avantage politique international décisif. »

 

Dans cette dernière hypothèse, Bachar el-Assad ne serait pas le bourreau, mais la victime désignée à la vindicte mondiale. Dès lors, si l’on cherche la vérité, comment écarter la thèse russe du bombardement d’un entrepôt rebelle comportant des gaz de combat ? D’ailleurs, compte tenu du comportement des services dits de renseignement des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de France et autres Etats aux côtés des djihadistes et autres rebelles armés, et eu égard aux entreprises télécommandées de l’étranger tels les prétendus Casques blancs si vantés en Occident, comment exclure que ces gaz des combat aient été délibérément mis à la disposition des rebelles, même tout récemment, par un service voyou ou un Etat voyou pour déclencher une condamnation médiatique internationale de Bachar el-Assad et son éviction ?

 

Si on avait voulu provoquer l’hallali auquel nous assistons contre Bachar el-Assad et son “régime” pour reprendre la terminologie infâmante chère aux médias francophones, on ne pouvait mieux faire qu’en mettant en scène son évidente responsabilité d’un des crimes de guerre les plus odieux ». [8]

 

Que dire en conclusion ?

 

La citation donnée plus haut dans le cas d’Israël, outre l’hubris [9] qui s’en dégage, montre que le détenteur du feu, le Prométhée des temps modernes n’a pas de garde fous, il peut avoir un comportement imprévisible qui doit donner la conviction à l’adversaire qu’il peut faire quelque chose de démentiel ce qui en partie le fait craindre au vue de son comportement aléatoire qui défie les lois de la causalité . Nous sommes à priori dans cette situation.

 

Il est très probable que nous allons vers un chaos généralisé. L’ordre impérial ne lâche pas prise :

 

« Donald Trump, comme ses prédécesseurs, lit-on sur la contribution suivante, n’est rien d’autre qu’un capitaine de bateau dont le port d’arrivée a déjà été fixé, bénéficiant tout juste de la possibilité de choisir sa route, en encore, sur chaque route choisie, sa marge de manoeuvre reste faible. Le prétexte de l’utilisation de gaz chimiques par l’armée syrienne pour déclencher des frappes en Syrie ne tient pas la route. (..)il est plus que probable que les frappes avaient été décidées et préparées bien avant le début de la campagne médiatique autour des attaques chimiques. Ce qui accentue l’impression que Trump avance masqué, c’est que quelques jours seulement avant ces frappes, il faisait les yeux doux à Assad et jouait l’apaisement. La volte-face brutale de type émotionnel de Donald Trump est peu crédible chez un homme froid et calculateur. Le fait d’avoir profité de l’accord signé en octobre 2015 avec Moscou sur la prévention des incidents et la sécurité des vols lors des opérations en Syrie (…) Tout le monde sait ce qu’il faut faire pour éradiquer le terrorisme et faire en sorte que les Moyen-Orientaux, y compris les Israéliens, retrouvent la paix et rêvent d’un avenir radieux pour eux et leurs enfants : il suffit de tarir le financement du chaos à sa source. » [10]

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger
le 12/04/2017

 

Transmis par Linsay

L’expression

 

Publié par  El Diablo

SYRIE : AL-QAÏDA aurait-il manipulé Donald TRUMP et les médias américains ? [Par Scott Ritter]

NEW YORK, NY – 5 Avril – L’ambassadrice des États-Unis à l’ONU Nations Nikki montre des photos des victimes de l’attaque chimique. (Photo by Drew Angerer/Getty Images)

NEW YORK, NY – 5 Avril – L’ambassadrice des États-Unis à l’ONU Nations Nikki montre des photos des victimes de l’attaque chimique. (Photo by Drew Angerer/Getty Images)

[Scott Ritter est un ancien officier de renseignement et ancien inspecteur en armement de l’ONU en Irak de 1991 à 1998.]

Source en anglais :The Huffington Post, le 9 avril 2017

Il fut un temps où Donald Trump, l’« homme d’affaires new-yorkais devenu président », vociférait en septembre 2013 contre le président Barack Obama à propos de la non intervention militaire américaine contre la Syrie. À cette époque, les États-Unis envisageaient l’utilisation de la force contre la Syrie en riposte aux allégations (désormais largement contestées) que le régime du président Bachar el-Assad avait utilisé des armes chimiques contre des civils de la Ghouta, dans la banlieue de Damas. Trump tweetait alors « avertissement à notre leader très stupide, n’attaquez pas la Syrie, si vous le faites il n’en résultera que du mauvais et les É-U ne retireront rien de ce combat ! »

Le président Obama, en dépit de ses déclarations publiques affirmant qu’il déclencherait une action militaire américaine si la « ligne rouge » de l’utilisation des armes chimiques était franchie, renonça finalement à lancer une offensive. Ce recul était largement fondé sur les avertissements de James Clapper, Directeur du renseignement national, indiquant que les responsabilités de l’utilisation des armes chimiques lors de l’attaque de la Ghouta ne pouvaient être clairement établies.

Le président Obama, lors d’un entretien en 2016 avec The Atlantic, observait : « il y a un manuel à Washington que les présidents sont sensés suivre. C’est un manuel écrit par l’establishment de la diplomatie. Et le manuel prévoit des solutions pour différents événements, et ces solutions tendent à être des solutions militarisées. » Pour Obama, si le « manuel de Washington » peut être utile en temps de crise, il peut également devenir « un piège qui peut mener à des décisions néfastes. »

Sa « ligne rouge » concernant l’utilisation des armes chimiques, combinée avec les discours enflammés de ses plus proches conseillers, dont le secrétaire d’État John Kerry, faisant allusion à une réponse militaire, était l’un de ces pièges. Finalement, le président Obama choisit de reculer, au motif que « larguer des bombes uniquement pour démontrer que l’on est prêt à larguer des bombes est tout simplement la pire raison d’utiliser la force. » Les médias, les Républicains et même des membres de son parti ont condamné Obama pour cette décision.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Pendant que les médias américains poussent à la guerre en reprenant les accusations de la CIA sur l’usage d’armes chimiques
Les morts des bombardements américains triplent en Syrie et en Irak
 

Un rapport du groupe britannique de surveillance Airwars a révélé que le nombre de morts provoquées par les attaques aériennes américaines en Irak et en Syrie a presque quadruplé au mois de mars par rapport au dernier mois complet avant que Donald Trump entre à la Maison Blanche. Les décès de civils déclarés ont bondi de 465 en décembre 2016 à 1 754 en mars 2017, soit une hausse de 277 pour cent.

Le rapport a été publié sur fond d’hystérie médiatique sur les accusations fabriquées d’attaque au gaz neurotoxique par le régime syrien de Bashar al-Assad, prétexte aux frappes de missiles la semaine dernière commandées par le président Trump. Cela démontre que les bombardements américains ont tué beaucoup plus de civils innocents en Irak, y compris des enfants, que ceux qui seraient tués dans la prétendue attaque chimique de la semaine dernière en Syrie. Pour cette raison, l’étude n’est quasiment pas mentionnée dans les médias américains.

L’organisation Airwars, qui recense les morts causés par les frappes aériennes dans la zone de guerre Irak-Syrie et évalue la force des preuves qui étayent les rapports, a constaté que plus de civils ont été tués au cours des trois premiers mois de 2017, soit un total de 2826, que durant toute l’année 2016. Les hausses ont effectivement commencé en l’automne de 2016, lorsque l’armée irakienne et ses « conseillers militaires » américains ont commencé leur attaque sur la ville de Mossoul, occupée par le groupe fondamentalisme sunnite État islamique (ÉI) depuis deux ans et demi.

Amnesty International a enquêté sur une série de massacres causés par des frappes aériennes américaines dans la moitié orientale de Mossoul, qui a été reconquise lors de la première phase de l’assaut, d’octobre à décembre 2016. Un rapport publié la semaine dernière a révélé « un schéma alarmant de frappes aériennes de la coalition dirigée par Washington qui ont détruit des maisons entières avec des familles entières à l’intérieur. »

L’enquêtrice principal d’Amnesty International à Mossoul, Donatella Rovera, a déclaré : « Le nombre élevé de morts civils suggère que les forces de la coalition menant l’offensive à Mossoul n’ont pas pris les précautions adéquates pour les éviter, en violation flagrante du droit international humanitaire. » En particulier elle a cité le fait que les autorités irakiennes ont conseillé aux civils de rester dans leurs maisons au lieu de fuir, et qu’après il y a eu des bombardements qui ont visé des habitations complètement occupées.

La situation est encore pire dans l’ouest de Mossoul, où la deuxième étape de l’offensive américano-irakienne a commencé plus tôt cette année. Elle comprend l’ancien cœur de cette ville de deux millions d’habitants, la zone la plus densément peuplée, où les frappes aériennes ont été systématiquement demandées afin de détruire les immeubles d’appartements où se trouvaient des tireurs d’élite sur les toits, ce faisant elles ont tué la plupart des occupants des étages en dessous. Un de ces bombardements américains a tué 300 personnes le 17 mars.

Trois fois plus de personnes innocentes ont été tuées par des bombes américaines le 17 mars que le nombre de morts de la prétendue attaque syrienne aux armes chimiques sur la ville de Khan Sheikhoun, prétexte pour les frappes de missiles commandées par le président américain Trump sur une base aérienne syrienne. Le nombre total de morts civils causées par les bombardements américains en mars est 20 fois plus important.

Mais il n’y a presque pas eu de mention dans les médias américains des atrocités commises par les bombardements américains. En tout cas, rien de comparable au barrage de propagande constante qui a fourni une couverture politique pour le bombardement par missiles de croisière Tomahawk sur la Syrie ordonné par Trump.

Aucun des politiciens démocrates qui se sont précipités pour saluer la première action majeure de Trump en tant que « commandant en chef » des États-Unis, de Charles Schumer à Nancy Pelosi à Elizabeth Warren, n’a exprimé des objections au massacre de civils en cours à Mossoul.

Les défenseurs des médias de l’impérialisme des « droits de l’Homme », comme le trio de politologues guerriers de salon pour le New York Times – Nicolás Kristof, Roger Cohen et Thomas Friedman – n’ont pas écrit ne serait-ce qu’une ligne pour condamner le bain de sang à Mossoul, ni sur l’un des autres massacres effectués par les forces militaires américaines. Leur seule préoccupation est de diaboliser les gouvernements et les forces ciblés par la CIA et le Pentagone, et ainsi de rendre l’intervention impérialiste américaine plus acceptable pour leur public des classes moyennes supérieures.

Un obstacle majeur pour la campagne médiatique sur la supposée attaque au gaz neurotoxique syrien contre Khan Sheikhoun tient aux accusations totalement invraisemblables du point de vue du motif. Assad dirige un régime impitoyable et est responsable de nombreux crimes contre son propre peuple. Mais il n’avait tout simplement aucune raison de s’engager dans une telle attaque dans des conditions où ses forces ont repris le contrôle de toutes les grandes villes de la Syrie et où les principaux responsables de l’administration Trump venaient de reconnaître que Assad était susceptible de survivre à la guerre civile et que le but des États-Unis en Syrie était de détruire l’ÉI, et non de renverser le leader syrien.

Il n’y a, par contre, aucune difficulté à déterminer un motif pour le nombre croissant de personnes tuées par des bombes et des missiles américains en Irak et en Syrie. C’est une partie indispensable de la volonté de l’impérialisme américain de maintenir sa position dominante dans l’ensemble du Moyen-Orient, un effort qui a coûté la vie à plus d’un million de personnes et a plongé l’Irak, la Syrie, le Yémen, la Libye, la Somalie et d’autres pays dans un chaos sanglant.

L’escalade du bain de sang représente à la fois une continuation de la politique de l’administration Obama et une intensification de ses pires caractéristiques. Selon un calcul effectué par Micah Zenko du Conseil des affaires étrangères, les frappes de missiles par drone ont triplé en fréquence depuis que Trump est à la Maison-Blanche, allant d’une moyenne d’un tous les 5,4 jours à un tous les 1,8 jours.

Les règles d’engagement qui encadrent les bombardements et les frappes de missiles américains ont été considérablement atténuées au Yémen et en Somalie, dans les deux cas par des décisions directes du président Trump. Au moins une tuerie de masse, de 30 personnes au Yémen, a immédiatement fait suite au changement de gouvernement, et des centaines d’agents des forces spéciales des États-Unis ont été déployés en Somalie dans un changement de politique lancé par le Pentagone sous Obama et confirmé sous Trump.

Pour les forces américaines beaucoup plus importantes engagées en Irak et en Syrie, l’administration Trump est en phase finale d’examen des règles d’engagement afin de les assouplir ou de les supprimer complètement. Déjà, la prise de décision a été poussée vers le bas de la chaîne de commandement afin que les officiers de terrain, et non le quartier général, appellent des frappes aériennes. Le nombre croissant de morts des derniers mois va encore monter en flèche, car le Pentagone suit la consigne de Trump de « retirer les gants ».

Le Pentagone a commencé cette semaine une enquête officielle sur le massacre du 17 mars à Mossoul et sur plusieurs autres catastrophes provoquées par les bombardements américains. Le porte-parole du Pentagone, le colonel Joseph Scrocca, a reconnu que ces événements « ont un effet négatif sur notre image au moins dans toute la région et dans le monde ». Mais il a suggéré que « c’est exactement le but de l’ÉI en ce moment. » En d’autres termes, ceux qui exposent les crimes de l’impérialisme américain font le travail des terroristes !

Les rapports d’Airwars et d’Amnesty International soulignent le caractère complètement criminel de la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient. Ils démasquent tous ceux qui sont impliqués dans l’hystérie anti-Assad et anti-russe comme des propagandistes pour l’impérialisme.

(Article paru en anglais le 12 avril 2017)

Patrick Martin

»» https://www.wsws.org/fr/articles/2017/avr2017/pers-a13.shtml
URL de cet article 31755 

Syrie : Des centaines de morts après le bombardement d’un dépôt de produits chimiques (Ministère de la Défense)

DAMAS, Syrie (13h30) : Selon une déclaration officielle du ministère syrien de la Défense, la coalition dirigée par les Etats-Unis ont effectué une frappe aérienne contre des positions de Daech à Deir Ezzor, en visant un dépôt de produits chimiques appartenant au groupe, provoquant la mort de centaines de militants ainsi que de civils.

 

Selon cette déclaration, « Hier, entre 17h30 et 17h50, des avions de combat de la dénommée coalition anti-Daech ont frappé une position de Daech dans le village de Hatla à l’est de Deir Ezzor. Suite à l’attaque, un énorme nuage blanc s’est formé – qui a plus tard viré au jaune – après l’explosion d’un dépôt de produits chimiques. Une énorme incendie a éclatée jusqu’à 22h30. On compte des centaines de morts – y compris des civils – suite à la dispersion de produits toxiques ».

 

La déclaration affirme que cet incident confirme sans aucun doute que « des groupes terroristes, en particulier Daech et Jabhet al-Nosra, possèdent déjà des armes chimiques, et ont la capacité d’obtenir, transporter, stocker et employer de telles armes avec l’aide de certains pays de la région. Cela souligne aussi que ces groupes terroristes se coordonnent avec leurs soutiens pour accuser l’Armée Arabe Syrienne d’employer des armes chimiques ».

(…)

Traduction « parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse, de temps en temps » par VD pour le Grand Soir.

»» https://www.almasdarnews.com/article/breaking-civilians-killed-us-jets...
URL de cet article 31753 
 
Interview de Peter Ford, ancien ambassadeur britannique en Syrie
Peter Ford : Trump a donné mille raisons à Daech de lancer des attaques chimiques

Transcription :

 

Journaliste : C’était la première déclaration du Président Trump immédiatement après ce lancement de missiles. L’ancien ambassadeur britannique en Syrie Peter Ford est maintenant avec moi. Bonjour à vous !

 

Peter Ford : Bonjour.

 

Journaliste : Puis-je d’abord seulement attirer votre attention. Voici le début de ce discours du Président Trump : « Mes chers concitoyens. Mardi, le dictateur syrien Bachar al-Assad a lancé une horrible attaque chimique contre des civils innocents. » C’est un fait (n’est-ce pas) ?

 

Peter Ford : C’est une déclaration... une fausse déclaration sur un fait non avéré. Nous ne savons pas. Ce qui est nécessaire, c’est une enquête, car il y a deux possibilités pour ce qui s’est passé. L’une est la version américaine, qu’Assad a lancé des armes chimiques sur cette ville. L’autre version est qu’une bombe ordinaire a été lâchée et qu’elle a frappé un dépôt de munitions où les djihadistes entreposaient des armes chimiques. Nous ne savons pas laquelle de ces deux possibilités est la bonne.

 

Souvenez-vous des événements qui ont précédé (la guerre en) Irak : les experts, les services de renseignement, les politiciens étaient convaincus que Saddam avait des armes de destruction massive. Ils ont présenté des tombereaux de preuves : des photographies, des diagrammes, etc. Tout était faux. Tout était faux. Il est possible qu’ils se trompent (encore) cette fois-ci également, mais ils ne recherchent qu’un prétexte pour attaquer la Syrie.

 

Et ne nous racontons pas d’histoires. Ce qui s’est passé rend l’usage des armes chimiques plus probable, et non pas moins.

 

Journaliste : Eh bien, l’impression que vous évoquez se rapproche surtout, parmi la réaction internationale aux attaques chimiques, de la position de la Russie. Vous vous accordez largement avec eux. Nous avons entendu Michael Fallon, le Secrétaire d’Etat à la Défense [britannique], qu’il est convaincu par les preuves et soutient les frappes. Pourquoi êtes-vous donc, en quelque sorte, une voix assez isolée ?

 

Peter Ford : Je ne laisse pas mon cerveau à la porte lorsque j’examine une situation de manière analytique. J’essaie d’être objectif et me base sur les expériences précédentes, notamment l’Irak. Nous voyons que nous ne pouvons pas prendre pour argent comptant ce que les soi-disant "experts du renseignement" nous disent, [surtout] pas lorsqu’ils ont un agenda.

 

Mais je reviens au point principal : ça ne va pas s’arrêter ici, et nous sommes probablement destinés à y être entraînés, car Trump vient de donner aux djihadistes 1000 raisons d’organiser des opérations sous faux drapeau, voyant à quel point il est efficace et facile, avec des médias crédules, de pousser l’Occident à des réactions outrancières. En toute probabilité, ils vont mettre en scène une opération semblable à celle qu’ils ont montée, et cela a été prouvé par l’ONU en août dernier, ils ont monté une attaque au gaz de chlorine contre des civils et ont essayé de faire en sorte qu’elle ait l’air d’une opération du régime.

 

Souvenez-vous bien de ce que je vous dis ici, car cela se produira (infailliblement), et on aura tous les va-t-en guerre qui viendront nous dire qu’Assad nous défie et que nous devons intervenir encore plus lourdement en Syrie. Ce sera des attaques sous faux drapeau.

 

Journaliste : Si je peux juste vous demander d’après votre expertise, vous êtes l’ancien ambassadeur britannique en Syrie, avec votre connaissance de Bachar al-Assad et de son régime, de ce pays, comment pensez-vous qu’il réagira à cela ?

 

Peter Ford : Il est peut-être cruel et brutal, mais il n’est pas fou. La perspective qu’il s’expose à une confrontation directe [par une riposte contre les USA] sans objectif militaire dépasse l’entendement. Le site qui a été frappé n’avait pas d’importance militaire [majeure]. Cette frappe n’avait absolument aucun sens [d’un point de vue militaire]. Et il aurait fâché les Russes [en ripostant].

 

Journaliste : Ma question portait sur ce qui va se passer maintenant.

 

Peter Ford : Sans aucune raison, c’est tout simplement invraisemblable. Mais en quoi son attitude va-t-elle changer ? Maintenant, il sait que Trump est prêt à lancer des attaques avec des missiles de croisière. Mais il est probablement innocent [de l’attaque chimique] de toute façon. Ca ne peut donc pas changer son attitude si il n’a pas commis [cette attaque chimique] avant les frappes. Mais nous en paierons tous les conséquences.

 

La situation [le prix à payer] va se corser. En toute probabilité, il y aura plus de recours, et non pas moins, aux armes chimiques en conséquence. Et, ce qui est également important, les Russes et les Syriens vont moins coopérer [avec les USA] dans la lutte contre Daech.

 

Journaliste : Ok. Peter Ford, merci beaucoup d’être venu pour nous ce matin.

 

Peter Ford : Merci à vous.

 

Journaliste : Peter Ford est l’ancien ambassadeur britannique en Syrie.

 

BBC Breakfast, 7 avril 2017

 

»» http://sayed7asan.blogspot.fr/2017/04/peter-ford-trump-donne-1000-raisons.html
URL de cet article 31748 

Au milieu d'une semaine consacrée à jardiner les idées loin de la culture médiatique intensive

 

Publié le 11 Avril 2017

Un article de José Fort faisant le point sur la Syrie.

Il a la qualité de rappeler

qui ensensait le clan Hassad ou au moins s'en accomodait

qui et pourquoi déjà le combattait

Les bombardiers du moment étant les tuteurs d'alors

 

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Le monde est fou (La chronique de José FORT)

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Ce soir, je n’ai pas envie de sourire. Les tirs de missiles en fin de semaine dernière sur une base syrienne décidés par Donald Trump constituent un sérieux avertissement : la paix mondiale est en danger. Et rien n’est plus important que la guerre et la paix.

 

Avant d’aller plus loin dans mon propos et afin d’éviter les interprétations malignes - telles celles lorsqu’on s’inquiète des dérives mélenchoniennes - une précision : le régime de Bachar el-Assad est une dictature sanguinaire. Rien ne peut justifier les bombardements massifs, les dizaines et centaines de milliers de victimes et la répression féroce exercée depuis trop longtemps par l’ancien chirurgien oculaire  de Damas.

 

J’ajoute que j’ai moi même eu à connaître la réalité du pouvoir syrien. En 1982, j’ai été arrêté puis expulsé de Syrie m’étant approché trop près de la ville de Hama en pleine révolte dont l’inspiration n’incombait pas seulement aux Frères musulmans. A cette époque déjà, plusieurs villes révoltées, comme Alep, avaient été réprimées dans le sang par Assad père entraînant de nombreuses victimes. Les massacres étaient passés sous silence ou presque dans le monde. En France,  les présidents Mitterrand puis plus tard Chirac et Sarkozy n’ont-ils pas rivalisé de relations courtoises avec Assad père et fils ?

 

L’obligatoire précaution prise, revenons au propos liminaire : les missiles nord-américains balancés sur la Syrie menacent  la paix.

 

Alors qu’une commission d’enquête de l’ONU était mandatée pour enquêter sur le massacre au gaz toxique survenu à Khan Cheikhoun, une ville du nord-ouest de la Syrie et alors que les instances des Nations unies s’apprêtaient à en débattre, le président Trump décidait de déclencher le feu. On savait l’homme imprévisible. On sait désormais, même si on s’en doutait un peu, que ses propensions naturelles pourraient nous entraîner dans une aventure guerrière aux conséquences incalculables d’autant qu’il vient d’envoyer un porte avion dans la péninsule coréenne.

 

Le président nord-américain si méprisé par la classe politico-médiatique française et européenne est devenu soudainement fréquentable. Fillon qualifie la décision de Trump de «  humaine et compréhensible » ; François Hollande et le candidat à l’élection présidentielle de ce qui reste du parti socialiste en perdition trouve la décision du cinglé de la Maison blanche de «  normale » et «  tardive ». A se demander si l’émotion affichée après le massacre de la semaine dernière ne relève pas du calcul purement politicien.

Il faudrait rappeler au sinistre Trump que la guerre n’est pas un show télévisé. Qu’à jouer avec le feu, si de l’autre côté on s’amuse à en rajouter, sa propriété dorée de Floride pourrait bien partir en fumée. Et quand en France, au milieu de ce monde fou, on délire sur l’énergie pacifique nucléaire sans trouver dangereux les missiles français qui se trimballent sous les mers, un conseil : si vous voulez faire la guerre, merci de ne pas compter sur nous.

 

José Fort sur Radio Arts-Mada, tous les lundi en direct à 19h)

Rédigé par Canaille Lerouge

Ignorant les cruelles leçons de la guerre en Irak, Trump lance une offensive contre la Syrie (RT)

Donald Trump s’était engagé à adopter une approche différente de sa concurrente, Hillary Clinton, sur la Syrie. Pourtant, suite à une attaque chimique dans une ville syrienne, le commandant en chef des États-Unis n’a pas attendu qu’une enquête soit diligentée et a décidé de bombarder les forces armées syriennes.

Vendredi, le monde s’est réveillé au son fracassant de la nouvelle que les États-Unis avaient lancé une attaque de missiles de croisière sur une base de l’armée syrienne à Homs, attaque qui a tué au moins cinq soldats syriens. Ce qui rend cette nouvelle si troublante, c’est que Washington n’a, une fois de plus, pas tenu compte du Congrès et s’est proclamé juge, jury et exécuteur des hautes œuvre dans à une crise internationale. Le fait de l’Empereur.

De plus, dans un incident où les responsabilités ne sont pas établies, l’administration Trump a accordé le bénéfice du doute aux individus dont on sait qu’ils sont affiliés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique. Peut-être que Trump devrait envisager d’écrire un nouveau livre et de l’appeler, L’Art du chaos impérial ?

Un Empire a-t-il besoin de preuves ?

Avant même le début d’une enquête sur l’attaque chimique de mardi dans la province d’Idlib, Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis aux Nations Unies, a fait quelque chose de vraiment remarquable. Elle a montré des photographies des enfants syriens tués lors de l’attaque chimique, et elle a dit – sans apporter la moindre preuve à ses affirmations – qui en était responsable.

« Regardez ces photos », a demandé Haley aux personnes présentes. « Nous ne pouvons pas ignorer ces images. Nous ne pouvons pas refuser de prendre nos responsabilités. Nous ne savons pas encore tout sur l’attaque d’hier. Mais il y a beaucoup de choses que nous savons déjà.

« Nous savons que l’attaque d’hier présente toutes les caractéristiques d’une utilisation d’armes chimiques par le régime d’Assad. Nous savons qu’Assad a déjà utilisé de telles es armes contre le peuple syrien auparavant ... Nous savons que l’attaque d’hier montre que le régime d’Assad s’enfonce de plus en plus dans la barbarie ».

Si Haley était procureur et qu’elle présentait ce genre de preuve basée uniquement sur l’émotion dans une Cour de justice, on lui ferait prendre la porte sous les lazzis.

De plus, comme on parle ici de rebelles liés au terrorisme qui ont la réputation de couper des têtes et de détruire des œuvres d’art inestimables juste pour le plaisir, cela défie l’entendement que l’administration Trump exclue ces fous furieux de la liste des suspects et accuse Assad. À moins, bien sûr, qu’elle ne veuille que le monde croie sur parole qu’Assad est coupable et qu’il renonce à se poser des questions.

Washington ne s’est pas contentée de ces accusations insultantes portées sur la foi de simples ouïe-dire, il a bombardé le principal aéroport de l’armée syrienne à Homs, apportant une aide précieuse aux terroristes. Mais n’espérez que qui que ce soit, et encore moins les médias dominants, souligne ces incohérences flagrantes. Nous avons déjà descendu cette pente dangereuse et le scénario nous est familier, mais cela ne le rend pas moins inquiétant.

Quelqu’un a-t-il un sentiment de déjà vu ?

L’intervention de Haley rappelait étrangement celle de l’ex-secrétaire d’État étasunien, Colin Powell pour promouvoir une action militaire contre Saddam Hussein, il y a presque 15 ans.

Le 5 février 2003, Colin Powell adressa un plaidoyer passionné en faveur d’une opération militaire contre l’Irak, accusée – à tort, évidemment, par l’administration Bush d’abriter sur son sol des armes de destruction massive. Tout le monde se souvient de Powell brandissant un faux flacon d’anthrax devant l’Assemblée, et invitant ses auditeurs à imaginer ce qui se passerait si Hussein déclenchait une pareille épidémie en l’Occident.

Tout comme Nikki Haley, Powell a fait jouer l’émotion et encore l’émotion – la sauce nécessaire à tout discours porteur, mais on ne devrait jamais accepter que l’émotion prenne le pas sur les preuves matérielles.

Au même moment, de l’autre côté de la mare, Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique dont l’héritage politique a été réduit à néant pour n’avoir jamais cessé d’être le « caniche de Bush », soutenait activement les conclusions d’un dossier de renseignement « amélioré », qui accusait Hussein d’avoir des ogives chimiques, biologiques ou nucléaires.

« Nous devons veiller à ce qu’il [Saddam] ne parvienne pas à utiliser les armes qu’il a déjà, ni à se procurer les armes qu’il veut », déclara Blair à ses compatriotes.

Au même moment encore, Hans Blix et son équipe d’inspecteurs des armes de l’ONU étaient sur le terrain en Irak et ne trouvaient absolument aucun élément de nature à soutenir les descriptions apocalyptiques de Londres et de Washington. Trump s’est montré un peu plus intelligent qu’eux dans l’affaire. Il n’a pas donné aux inspecteurs de l’ONU la moindre chance d’examiner la scène du crime avant de déclencher la foudre du ciel, comme le puissant Thor.

En fin de compte, en dépit de l’opposition féroce des gouvernements russe, français et allemand, ainsi que de certains des plus grands mouvements de protestation des derniers temps, Washington a obtenu sa guerre et le peuple irakien a vécu l’enfer sans aucune raison valable.

Colin Powell, de son côté, a exprimé ses regrets pour sa communication devant l’ONU, dans une interview, en disant que cela « entacherait pour toujours sa réputation ».

On procède à une avance rapide de 15 ans, et on s’aperçoit qu’il y a toujours autant de monde prêt à se laisser convaincre par des paroles théâtrales plutôt que par des preuves solides. Certes, seuls des gens totalement insensibles pourraient regarder des photographies d’enfants assassinés sans ressentir une émotion et un chagrin profonds. Mais des photographies ne suffisent pas à démontrer la responsabilité, et je pense que Nikki Haley et l’administration Trump en sont pleinement conscients.

Le refus arrogant de Washington – une fois de plus – d’attendre calmement les résultats d’une enquête internationale avant de prendre des mesures, montre qu’ils attachent plus d’importance à la poursuite de leur projet essentiel qu’à la découverte de la vérité. Et ce projet essentiel, malgré les affirmations récentes du contraire, semble être de chasser Bashar Assad du pouvoir.

Il faut mentionner un dernier élément – la clé de voûte, en quelque sorte – d’une situation qui explique que de tels crimes de guerre puissent se produire. Ce sont les médias traditionnels occidentaux, qui sont devenus plus bellicistes que n’importe quel porte-parole du Pentagone.

La folie belliciste des médias

Pendant que se préparait la guerre en Irak, le New York Times a publié une série d’articles de Judith Miller, qui était alors une journaliste respectée, lauréate du prix Pulitzer, qui affirmaient que l’Irak était en train d’accumuler un stock inouï d’armes de destruction massive. Ces informations basées sur des « preuves » fournies par un personnage très peu fiable, Ahmad Chalabi, se sont révélés erronées mais seulement après que les États-Unis eurent joyeusement ramené l’Irak à l’âge de pierre à coups de bombardements.

Voilà un échantillon de preuves de ce que les journalistes étasuniens sont capables de rassembler, aujourd’hui, quand leurs dirigeants se lancent sur le sentier de la guerre :

« Le président Donald J. Trump a eu raison de frapper le régime du président syrien Bashar al-Assad pour avoir utilisé une arme de destruction massive, le gaz sarin, contre son propre peuple », écrit Anthony J. Blinken, très satisfait, dans un article d’opinion du New York Times. « M. Trump peut ne pas vouloir être le « président du monde entier », mais quand un tyran viole directement une norme fondamentale de conduite internationale ... le monde compte sur l’Amérique pour faire quelque chose. M. Trump l’a fait, et pour cela il mérite d’être félicité. »

Je trouve incroyable que le premier article positif sur Trump que je lis dans les médias depuis qu’il a été élu président nous arrive après une aventure militaire extrêmement mal avisée, basée sur zéro preuve.

Mais le New York Times n’est certainement pas le seul média à mettre tout son poids dans le camp de la guerre.

Aujourd’hui, après des années de jérémiades sur ses errements passés, tout l’appareil médiatique occidental, extrêmement content de lui-même, encourage les escapades militaires, cravachant les leaders comme des chevaux de course, ce qui est évidemment le contraire de ce qu’il est censé faire au départ. Cette tendance dangereuse remonte à l’époque de l’administration Bush, et désormais, les médias semblent œuvrer main dans la main avec l’armée et le gouvernement.

En 2014, Dan Froomkin, de l’Intercepta, a donné un bon aperçu de la façon dont les médias poussaient Barack Obama Dans à l’action militaire. « Les experts et les journalistes semblent rivaliser de mépris envers le président Obama ... passant au crible avec délectation les paroles d’Obama pour y déceler la moindre faiblesse et réclamant essentiellement une attaque militaire majeure – tout en se gardant bien de poser la question délicate de l’utilité qu’une telle attaque pourrait bien avoir. » « Dans une nation qui se considère comme pacifique et civilisée, on ne devrait pas décider d’une action militaire quand les arguments en sa faveur ne sont pas infiniment plus solides que le contraire », a déclaré à juste titre Froomkin. « Les arguments en faveur de la guerre doivent pouvoir résister à une remise en cause sans concession. »

Il est de plus en plus évident que la tragédie de la politique étasunienne c’est que cette course insensée vers la guerre n’est plus contrôlée par le peuple ni remise en question par les médias, mais qu’elle est l’effet d’une décision – unilatérale – du président qui ressemble plus à un César romain qu’à un personnage officiel démocratiquement élu.

Il faut mettre fin à ces jeux de guerre étasuniens présidés par les médias mensongers et très mal connus d’un public marginalisé et mal informé, avant que les chiens de guerre ne soient déchaînés, et sans qu’ils ne rentrent jamais à la niche.

Robert Bridge

Robert Bridge, est un écrivain et un journaliste étasunien basé à Moscou, en Russie. Il est l’auteur du livre Midnight in the American Empire, sur le pouvoir de l’entreprise, publié en 2013.

Traduction : Dominique Muselet

Original en anglais ici

»» http://chroniquepalestine.com/ignorant-lecons-irak-trump-lance-attaque...

URL de cet article 31734 

Abri d’Amiriya, Bagdad, 1991. (AFP)
L'histoire de la guerre est celle du mensonge. Dernière proposition américaine, dans une série qui remonte -pour le moins - au XIXe siècle : vitrifions la Syrie.

Difficile de survivre quand, sans jugement ni recours, le monde du bien vous classe dans le camp des salauds. De ceux qui rient dans les cimetières d’enfants en venant chicaner la réalité d’un bombardement au gaz sarin opéré par l’armée syrienne. Il faut nous apprendre à vivre avec ce tatouage intime, celui de l’infamie. La nôtre. Ce qui doit nous réconforter c’est d’être en compagnie de co-inculpés qui sont à la fois des hommes d’expérience et estimables. Je veux dire qu’ils ont passé leur vie à tenter de sauver le monde, tout au moins un peu. L’autre soutien vient de la nature de ceux qui nous désignent comme compagnons de route des bourreaux. Etre accusé d’inhumanité par un champion de la chose, Donald Trump, est comme une médaille de la Résistance. A la liste de ceux qui nous mettent à l’index, je pourrais ajouter les dirigeants de l’Europe, mais c’est inutile, par contrat ils sont tenus d’obéir à Washington. Quant à l’opprobre de Madame Arthaud et de Monsieur Poutou, soutiens des bombes de Trump ? Elle nous importe aussi peu qu’un coup de piolet jadis donné dans un crâne barbichettu au Mexique, et seul Mélenchon garde ses nerfs. Maintenant installés dans le ghetto des méchants, et pourquoi pas des monstres, promis à la Cour Pénale Internationale des mauvais penseurs, il est temps de réfléchir à la lecture de notre acte d’accusation.

Deux souvenirs forts me viennent aux yeux et en mémoire. Le 13 février 1991 je suis à Bagdad pour couvrir la Guerre du Golfe. Un ami me réveille à l’aube « les Américains ont bombardé un abri dans le quartier d’Al Amiria ». Je saute dans mes chaussures pour arriver devant un édifice lourd, en béton, à demi enterré. Les parois sont brûlantes comme une forge. Je ne peux m’engager dans un escalier que pendant quelques mètres avant de faire demi-tour, suffocant. Je passe ici deux jours et deux nuits. Le temps que les pompiers arrachent à ce four des corps charbonneux. Il y en a au moins quatre cents. Des femmes, des enfants et des vieillards venus ici pour se protéger de la guerre.

En écoutant la BBC, RFI les radios du Monde libre que je peux capter, j’apprends que ce « shelter » a été bombardé parce que Saddam Hussein se trouvait à l’intérieur... Ah bon... Saddam est mort ? Bien sûr que c’est une farce, une mauvaise excuse pour des guerriers décidés à tester, en vrai, l’efficacité de leur avion furtif et des ces nouveaux missiles perforants. Qu’est-ce que 400 morts tant qu’ils ne font pas couler les larmes des peuples de la Communauté Internationale. Madeleine Albright nous a donné la hauteur de la toise en indiquant que les enfants morts en Irak ça valait bien le prix de la démocratie. (*) Aujourd’hui, tapez Al Amaria sur Google... rien n’apparait. Pas de crime, pas d’abri, pas d’enfants assassinés.

Quelques années plus tard, au Kosovo, lisant du doigt les titres du Monde qui nous annonçait « des dizaines de milliers de morts »... j’ai cherché. Et pas trouvé. Les morts étaient aux abonnés absents. Ce qui est sans doute normal. Ces deux exemples sont ceux de deux mensonges. Des paroles des rumeurs puisqu’elles sont émises pour justifier l’attaque, la guerre qui est rarement « juste ». Riche de cette expérience, et de quelques autres, donc chat échaudé, je crains les communiqués officiels, ceux qui prétendent nous donner les bonnes raisons de la mort, les justes raisons des missiles et des bombes.

Je ne sais plus ce que l’on enseigne à l’école ? Jadis on enseignait la turpitude de la « dépêche d’Ems », imbroglio diplomatique qui a servi de prétexte pour engager la guerre. Un télégramme envoyé le 14 juillet 1870 par le chancelier Otto von Bismarck à ses ambassades et qui tronquait les propos échangés par son roi et l’ambassadeur de France.

En février 1898, nous sommes dans la baie de la Havane. Dépêché sur place pour protéger les intérêts américains, le navire de guerre « USS Maine » explose et coule. Poussée par les articles d’une presse incendiaire où tonnent de William Randolph Hearst et Joseph Pulitzer, publiés dans la presse jaune par William Randolph Hearst et Joseph Pulitzer, accuse l’Espagne de ce qui est un accident ou un naufrage volontaire. Et la guerre se met en marche le 25 avril 1898.

Plus d’un demi-siècle plus tard, même méthode, les 2 et 4 août 1964 la Maison Blanche nous annonce en urgence que « des accrochages maritimes ont eu lieu dans le golfe du Tonkin ». Des torpilleurs nord-vietnamiens « ont attaqué » deux destroyers américains. Comme la vérité marche à la vitesse d’escargot, ce n’est qu’en 2005 que les Américains, via la NSA, vont avouer le mensonge de Lyndon Johnson : les bateaux de Hanoï n’ont jamais ouvert le feu sur ceux de Washington. Nous sommes pourtant en route pour dix années de carnage.

En août 1995, il fait chaud à Sarajevo et brûlant quand un obus tombe sur le marché de Markale. Dans la minute les Serbes sont désignés comme auteurs du carnage. L’ONU qui prend le temps d’enquêter désigne clairement que le tir provient de la zone contrôlée par les Bosniaques. Qu’il s’agit donc d’une provocation au cours de laquelle des provocateurs tirent sur leur propre peuple. Peu importe. La cohorte de la Communauté Internationale pilotée par l’OTAN fait basculer la guerre du côté qui lui convient : les Serbes, qui vont plus tard donner quelques bonnes raisons à leurs adversaires- devront rendre gorge.

Dernier tableau de notre exposition « Docteur Folamour », le 5 février 2003 devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, Colin Powell, Secrétaire d’Etat, agite un tube qui contient un élément chimique des armes de destructions massives de Saddam Hussein. Vous connaissez la suite, le million de morts, un pays brisé, puis Daesch, et une région brisée. Peut- être bientôt un monde puisque ce que nous montre chaque soir Pujadas n’est pas « Une guerre contre le terrorisme », mais bien plus la première marche militaire d’une guerre mondialisée.

Le mercredi 5 avril, à l’endroit même où Powell a naguère agité son tube, Nikki Haley, l’ambassadrice américaine à l’ONU, brandi des photos d’enfants « morts en Syrie lors d’une attaque chimique » à Khan Cheikhoun. Elle a peut-être raison mais, comme on le dit dans les commissariats, elle a de bien mauvais antécédents judiciaires.

En dehors d’affirmer l’évidence, pourquoi Bachar Al Assad qui remontait la pente diplomatique et militaire, ce serait lancé dans une entreprise aussi folle ? A ce jour je n’ai ni trouvé ni lu une réponse convaincante.

Le doute demeure et la vérité, comme dans l’affaire du golfe du Tonkin, ne doit pas attendre 30 ans avant d’être validée ou invalidée. Nous, les sceptiques qui méritons la fosse, sommes dans un doute de bonne compagnie. Ainsi Willy Wimmer, ancien vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE et ex-secrétaire d’État auprès du ministère allemand de la Défense n’est pas convaincu par le jugement et les bombes de Trump. « Les pays tels que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, qui ont commencé la guerre en Syrie il y a six ans, ne reculeront devant rien. Même la Charte des Nations Unies ne suffira pas à les arrêter. Ils mènent la guerre d’une manière connue. Dans des conflits qu’ils ont eux-mêmes créés. Nous le savons au moins depuis la guerre en Yougoslavie. Depuis 1990, il y a eu tant de mensonges. C’est un modèle que nous voyons dans la politique étrangère des États-Unis...Alors, ou nous arrêtons cela, ou nous nous attendons à des ennuis ! »

Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France en Syrie enfonce le même clou dans « Afrique Asie » : « Le moment unipolaire américain de 1991à 2011, a permis à « l’Empire le plus puissant ayant jamais existé à la surface de la Terre » de détruire les bases de la légalité internationale en établissant le nouvel ordre mondial voulu par les faucons de Washington. Ce qui se traduira en un temps record par l’abandon des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies : souveraineté, non-ingérence, droit des peuples à l’autodétermination, droit de tout Etat à choisir librement son régime politique hors de toute ingérence étrangère, obligation de négocier en cas de conflit avant de recourir à l’usage ou à la menace d’usage de la force. La « communauté internationale » atlantique trouvera sa lampe d’Aladin dans un concept miraculeux, la Responsabilité de Protéger, version relookée du droit d’ingérence à connotation trop colonialiste. Les Nations-Unies seront instrumentalisées, voire ignorées lorsque le moteur unipolaire connaîtra ses premiers ratés : on fera grand cas des délibérations du Conseil de Sécurité lorsqu’il dit « oui-oui-oui », mais on passera outre lorsqu’il dit non.  »

Donner de la rationalité au coup de folie de Trump est bien difficile, sauf peut-être pour les exégètes de l’administration américaine qui remarquent qu’un certain KT Mc Farland est aujourd’hui vice-conseiller à la Sécurité nationale à Washington. Dans la passé, aux côtés du criminel de guerre Kissinger il a été l’un des champions de la politique « de l’homme fou ». Entendez qu’il faut faire les choses les moins prévisibles pour surprendre l’adversaire...

Outre la tentation de faire le fou, Trump a d’autres raisons qui le poussent à oublier sa promesse de bonne entente avec la Russie. Wall Sreet a fait remarquer à la maison Blanche que l’annonce d’une politique apaisée avec Moscou a fait, en quelques heures, lourdement chuter la bourse. Pour continuer de produire, de vendre, d’exploiter, de tuer, le lobby militaro-industriel américain a besoin d’un ennemi qui hante les citoyens et Hollywood, il faut donc raviver la légende : Poutine et Staline même combat.

Une seconde affaire d’argent, énorme, vient tout juste de tomber sur le bureau ovale. Lors de sa visite le 14 mars à Washington le vice-prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane Al Saoud, qui est également ministre de la Défense du royaume, a promis 600 milliards d’investissement aux USA afin d’améliorer les infrastructures. Voilà un thème de campagne de Trump financé, avec en prime l’odieux mur à la frontière mexicaine. En guise d’intérêts ce prince de la dictature saoudienne a demandé que Washington révise sa politique en Syrie. Que disparaisse Bachar et que la République devienne islamique.

Pour ce qui est du corps du délit, le sarin et les Tomawaks, l’investigation est mince. Sur 59 missiles tirés depuis la mer, 36 ont disparu en vol. Les Russes vantent en douce la qualité de leur dispositif de protection S 300... En outre le Tomawak, sauf à être tiré de très près, est plus chargé en carburant qu’en explosif. Ses effets – je les ai constatés en Irak ou à Belgrade- ne sont pas rédhibitoires. Ainsi l’aéroport militaire syrien de Shayran, qui était la cible, est-il intact. Dans son geste « d’homme fou », Trump semble avoir fait pas mal d’esbroufe. Comme la France vengeresse de 1983, après l’explosion du Drakkar, quand elle a bombardé le désert de la Bekaa pour y tuer un berger et son âne. En ce qui concerne « la raison réelle » pour laquelle les États-Unis ont attaqué la Syrie, et que nous cherchons, l’ancien député américain Ron Paul, affirme qu’il s’agissait plutôt d’une action du “Deep State” contre le président Donald Trump et non pas une décision du Président lui-même. Explication du politicien pour qui l’administration a trompé Trump : "Ce qui s’est passé il y a quatre ans en 2013, vous savez, tout cela sur le passage de la ligne rouge ? Depuis, les néocons crient et hurlent, et une partie de l’administration a crié et hurlé à propos d’Assad et des gaz toxiques (comme Saddam et ses ADM). Il n’a jamais été prouvé en fait qu’Assad en ait utilisé, et la fonctionnaire de l’ONU, Carla Del Ponte, a déclaré que l’attaque chimique de 2013 a probablement été faite par les rebelles. Il n’y a aucun sens, pour Assad, d’utilisation soudaine de gaz toxique. Je pense qu’il n’y a aucune chance qu’il ait fait cela délibérément. "

Mais que peut-on tirer comme observations provenant du champ de bataille lui-même ? Quelques détails. Des experts neutres, en particulier une ONG suédoise qui détient une expertise en matière de soins à apporter aux gazés met en doute la pratique des secouristes et autres « Casques blancs ». On ne manipule pas à mains nues des corps ou des blessés touchés par le sarin. Les piqûres administrées aux enfants sont inadéquates.

La seconde observation extérieure nous vient de la personnalité du médecin, de celui qui a été le « lanceur d’alerte » lors de cet évènement, et de celle aussi de son acolyte médiatique. Ici je donne la parole à « Zero Hedge », un organe d’information respecté qui siège à New York, comme on va le voir, le site reprend quelques une des informations données plus haut :

"Les observateurs ont également noté que le 1er avril 2017, un médecin sur le terrain à Khan Sheikhoun, le Dr Shajul Islam, avait reçu plusieurs expéditions de masques à gaz dans les jours précédant l’incident chimique.

Daily Mail a rapporté que le Dr Shajul Islam était à un point recherché par le gouvernement britannique dans le cadre de l’enlèvement de deux journalistes en Syrie, et les services de sécurité ont déclaré qu’Islam et son frère avaient peut-être des liens avec le bourreau de l’ISIS « Jihadi John ».

En outre, les séquences montraient que les casques blancs portant « secours aux victimes » d’une manière qui n’était pas conforme au protocole établi sur la façon de traiter les corps saturés de sarin. Les images semblent montrer que les opérateurs du casque blanc syriens manipulent des victimes de sarin présumées avec leurs mains nues, plutôt qu’avec des gants, ce qui est nécessaire pour empêcher le sauveteur d’être blessé par le produit chimique lui-même. Ils semblent également utiliser des masques anti-poussières simples, qui ne sont pas une protection appropriée en cas d’attaque de sarin. "

Pour faire connaitre « la situation sur le terrain », celle les Casques blancs et d’hommes comme le docteur Shajul Islam ont besoin d’utiliser les médias. Pas de problème. Chassé d’Alep, le bon docteur a sous la main un magicien. Bilal Abdul Kareem (1) pratique la vidéo, la photo et l’écrit. Un rêve pour une rédaction. Cet acteur raté, avant d’être imam à Brooklyn, a quitté les États-Unis après avoir approuvé un attentat islamiste dans un fort des Marines aux États-Unis.

Après avoir connu le monde au Soudan, au Rwanda, en Égypte, il est devenu caméraman pour une chaine de télévision religieuse saoudienne. Puis à a sauté en Syrie, dans le djihad. A Alep, sa mise en scène des fameux Casques blancs, qui viennent d’être récompensés à Hollywood, a fait merveille. CNN l’a même engagé comme pigiste et il a obtenu, en France à Bayeux, un Prix réservé aux correspondants de guerre ! Quand il ne filme pas, Kareem, sur Facebook, donne des conseils aux jeunes de la planète afin qu’ils respectent au mieux la charia. Est-ce faire injure à ce distingué confrère que d’estimer qu’il ferait une recrue de grande qualité pour la CIA...

Reste aujourd’hui, pour les cerveaux qui ne vont pas plus vite que la musique, pour les experts militaires, et ceux en gaz de combat, à livrer un verdict. Si celui-ci est encore possible. S’il tombe, Trump aura déjà vitrifié Damas, fait sombrer la Corée du Nord dans la mer. Dommage que François Hollande ne soit plus à l’Élysée pour applaudir à toutes ces merveilles.

Jacques-Marie BOURGET

(1) https://www.legrandsoir.info/bien-pensance-rsf-et-la-ville-de-bayeux-r...

(*) Lesley Stahl :"Nous avons entendu dire que 500.000 enfants sont morts (en Irak). Ca fait plus qu’à Hiroshima. Et, vous savez, est-ce que cela en valait le prix ?

Secrétaire d’Etat US Madeleine Allbright : "Je pense que c’est un choix difficile. Mais le prix - nous pensons que cela en valait le prix."

Entretien télévisé sur CBS 60 minutes, Mai 1996

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Par Philippe Migault
Philippe Migault est Directeur du Centre Européen d'Analyses Stratégiques, analyste, enseignant, spécialiste des questions stratégiques.

La Syrie, Rex Tillerson et le cortège d’absurdités occidentales

 

La Syrie, Rex Tillerson et le cortège d’absurdités occidentales© Carlos Barria Source: Reuters

Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson et le président Donald Trump

 

L'Occident songe à de nouvelles sanctions contre la Russie et le secrétaire d'Etat américain propose à Moscou de choisir entre Assad et Washington. Le gendarme américain est-il de retour ? L'expert militaire Philippe Migault examine la question.

 

Un parfum de lâche soulagement. C’est ce qu’inspirent les déclarations des principaux responsables de l’Union européenne depuis la frappe conduite par les Etats-Unis vendredi dernier [le 7 avril] sur une base aérienne syrienne, en guise de rétorsion après l’attaque chimique de Khan Cheikhoun attribuée au régime de Damas.

 

Déconcertés par l’élection de Donald Trump en novembre 2016, alors qu’ils avaient tous misé sur Hilary Clinton, la plupart des chefs d’Etat de l’UE se comportaient depuis comme une section de jeunes conscrits brutalement privée de leur officier bienveillant et confiée à un – mauvais – clone de Clint Eastwood. Les déclarations de Donald Trump se félicitant du Brexit, sa critique de la politique migratoire d’Angela Merkel – et par extension automatique de l’UE – ses attaques contre l’OTAN ont suscité un pitoyable tollé de protestations affolées. Soudain le grand frère américain avait cessé d’être bienveillant. Soudain le guide de la «communauté internationale» soutenait des positions allant à l’encontre des prétendues «valeurs occidentales». Grande peur chez les bien-pensants. Confronté à l’Etat profond américain en rébellion ouverte contre lui et bloquant chacune de ses tentatives de réforme, le président américain est fort heureusement contraint au compromis en termes de politique intérieure comme de diplomatie. Exit Michael Flynn, jugé trop proche de la Russie. Retour vers la guerre froide tendance Obama et la traditionnelle morgue américaine. Rex Tillerson, le secrétaire d'Etat américain, qui doit rencontrer demain son homologue russe Sergueï Lavrov, a adressé aujourd’hui [11 avril] au Kremlin un avertissement d’une finesse toute texane : « Rejoignez la cause des Etats-Unis et de ses alliés sur le dossier syrien, ou soutenez l'Iran, le Hezbollah et le leader syrien Bachar al-Assad », a-t-il déclaré. En clair : « Choisis ton camp camarade. »

Ce n’est pas une frappe sur un aérodrome qui est de nature à inverser la tendance et à empêcher Damas et ses alliés de régler à long terme le sort d’Idleb ou de Deir-es-Zor

Bien entendu, tous les responsables européens sont aussitôt montés au créneau pour surenchérir. Le gendarme du monde brusquement ressuscité – comme l’ont titré la quasi-totalité des médias occidentaux – l’UE, rassérénée, peut de nouveau adopter la posture de puissance majeure qu’elle affectionne et bander des muscles dont elle ne sait, ni ne veut, se servir. Dans la foulée des Américains, chacun est prêt à présent à prendre de nouvelles sanctions vis-à-vis de la Russie. Contre certains hauts responsables militaires russes –ceux là-mêmes avec lesquels on souhaite soi-disant collaborer pour sauvegarder la paix – ou contre la Russie elle-même si nécessaire.

 

Lâche soulagement, oui.

 

Mais ce n’est pas cela le pire. Ce qui est dramatique, c’est de constater qu’une fois de plus il a suffi d’un drame – dont les responsables restent à identifier – pour que la diplomatie de la première puissance mondiale s’infléchisse. Politique de l’émotion une fois de plus. Avec, bien entendu, le même cortège d’absurdités.

 

Rex Tillerson connaît bien la Russie. Sa nomination a même été critiquée compte tenu de sa proximité supposée avec Vladimir Poutine. S’imagine-t-il une seule seconde qu’il peut arriver à Moscou comme dans un saloon en sommant Sergueï Lavrov et Vladimir Poutine de choisir leur camp ? En Russie, ce genre de rhétorique bolchévique n’impressionne plus personne…

 

Quant aux Européens, fébrilement rassemblés derrière leur leader, s’imaginent-ils réellement qu’ils pèseront une seule seconde dans les débats quand Américains et Russes décideront éventuellement de conclure un compromis ?

 

S’imaginent-ils qu’ils peuvent renouer, sans conséquences graves, avec la désastreuse politique d’alliance, qui a été la leur dans le dossier syrien depuis 2011, en s’associant à des Etats-voyous ? Oui, si l’on s’en réfère à la récente décision du ministre des affaires étrangères italien, Angelino Alfano. Ce dernier, qui reçoit cette semaine le G7, veut tenter de relancer un processus politique de sortie de crise en Syrie avec la Turquie, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Jordanie. Une kyrielle de dictatures islamistes qui – hormis la Jordanie – ont soutenu l’Etat islamique, Al Qaïda et les cellules terroristes opérant sur le sol européen.

 

Rex Tillerson a martialement déclaré que son pays ferait en sorte que «quiconque» s’en prend à des innocents en paie le prix. On peut se demander si les Etats avec lesquels l’Italie entend collaborer dans le dossier syrien, partisans de la peine de mort par décapitation, de la lapidation ou de la flagellation des femmes en public, tous complices de crimes ou de discriminations contre les chrétiens, seront ou non sur la liste.

 

A défaut de rentrer en guerre, on ne voit pas comment un déblocage pourrait survenir autrement que par un dialogue avec Moscou, Téhéran et, qu’on le veuille ou non, Bachar

Enfin l’essentiel demeure : le rapport de forces sur le terrain syro-irakien.

 

Américains et Européens peuvent toujours taper du poing sur la table. Malgré les moyens engagés contre l’Etat islamique, le sort de Mossoul et de Raqqa n’est pas encore réglé et exigera de leur part un surcroît d’efforts. Peuvent-ils, dans ces conditions, prendre le risque militaire et diplomatique d’instaurer par exemple une zone d'exclusion aérienne au dessus de la Syrie ? Vraisemblablement pas.

 

Car pour l’heure les forces de Bachar el-Assad conservent l’initiative. Ce n’est pas une frappe sur un aérodrome qui est de nature à inverser la tendance et à empêcher Damas et ses alliés de régler à long terme le sort d’Idleb ou de Deir es Zor. Et on imagine mal Vladimir Poutine céder à une quelconque forme de pression et lâcher maintenant Assad, qu’il a soutenu depuis une demi-douzaine d’années dans des circonstances bien plus périlleuses.

 

A défaut de rentrer en guerre contre les troupes syriennes et leurs alliés russes, iraniens et libanais, on ne voit pas comment un déblocage pourrait survenir autrement que par un dialogue avec Moscou, Téhéran et, qu’on le veuille ou non, Bachar.

 

C’est du reste ce qui se profilait jusqu’à la tragédie de Khan Cheikhoun. Qui tombe décidément à point nommé pour les partisans de l’intransigeance.