Recherche


Qui est en ligne

Nous avons 2062 invités et aucun membre en ligne

Flux RSS

Copyright Joomla

Copyright © 2017 PCF Bassin Arcachon - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public

Israël - Palestine

Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a récemment exprimé ses préoccupations au sujet des contacts entre les soldats de l’armée israélienne et les combattants de différents groupes djihadistes dans le sud de la Syrie (province de Deraa) et dans les hauteurs du Golan.

Dans rapport produit par l’ONU le 8 juin, Antonio Guterres a mis l’accent sur la montée progressive des contacts entre les deux parties, contacts vérifiés par les observateurs de l’ONU situés dans le Golan.

Les observateurs ont documenté au moins 16 rendez-vous entre les forces israéliennes et les milices « rebelles » dans les zones frontalières qui incluent « le mont Hermon, la zone de Quneitra et les hauteurs du Golan » dans la période qui va de mars 2017 jusqu’au mois dernier. Le rapport poursuit en disant que « pour la période entre mars et mai, il y a eu de nombreuses rencontres entre l’armée israélienne et les militants djihadistes, le long de la frontière avec des échanges d’armes, de médicaments et de matériel militaire ».

Ces derniers jours, même le journal Wall Street Journal a rapporté qu’« Israël continue à fournir et à soutenir différents groupes rebelles engagés dans la lutte contre Assad et ses alliés russes, iraniens et libanais » afin de maintenir une zone tampon près de ses frontières.

Selon le journal étasunien, en 2016, Israël a créé une unité spéciale qui a eu pour mission de distribuer l’aide israélienne aux différents groupes. L’aide consistait en « armes, munitions et salaires à donner aux djihadistes ».

Interviewé par le WSJ, le porte-parole du groupe rebelle Fursan al-Joulan, ou Chevaliers du Golan, (groupe lié à Al-Qaïda), Motassam al Golani, a remercié Tel-Aviv pour avoir combattu à leurs côtés : indirectement, en fournissant armes et, directement, avec l’aviation et le soutien de l’artillerie. Le même Al Golani est venu déclarer que « s’il n’y avait pas Israël, on ne pourrait jamais tenir tête à l’armée syrienne de Bashar Al Assad ».

La chaîne Russia Today (RT) a repris la nouvelle et a interviewé d’autres militants. Le chef d’un autre groupe djihadiste dans le Golan, Abou Sahib, a déclaré : « à titre de commandant, je perçois un salaire annuel de 5 000 dollars versé par Israël ». Au cours de l’entretien, le chef du groupe a indiqué que la collaboration avec Tel-Aviv continue depuis 2013 et a joué un rôle crucial pour continuer à s’opposer à l’armée loyaliste d’Assad dans toute la région, vu qu’« Israël continue d’envoyer des armes et de l’argent pas seulement à notre groupe, mais à tous les groupes rebelles dans le Golan ».

Selon les autorités de Damas, le rapport de l’ONU « confirme ce que nos agences de presse ont longtemps soutenu ». À plusieurs reprises, en effet, les troupes loyalistes avaient confisqué des armes aux rebelles en provenance d’Israël ou avaient documenté le transport des djihadistes blessés dans les hôpitaux israéliens. Damas, dans un communiqué officiel, a ajouté que « les réseaux djihadistes qu’Israël maintient en Syrie, en fournissant des armes, sont les mêmes terroristes qui commettent des attentats en Europe ».

Officiellement, le gouvernement Netanyahou a démenti les accusations sur le financement des groupes takfiristes, les qualifiant comme « fausses ». Il semblerait, cependant, que l’ancien ministre israélien des Affaires militaires, Moshe Yaalon, soit plus crédible. Il y a quelques mois, le ministre avait déclaré que Daesh « avait présenté ses excuses pour avoir attaqué par erreur Israël pour la première fois », en admettant tacitement l’alliance avec des groupes liés à la galaxie salafiste.

Stefano Mauro

Références :
http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=S/2017/486
https://www.wsj.com/articles/israel-gives-secret-aid-to-syrian-rebels-1497813430

Source originale : Nenanews

Traduit de l’italien par Stefano Mauro pour Investig’Action

»» http://www.investigaction.net/fr/selon-un-rapport-des-nations-unies-is...
URL de cet article 32032 

Domique Vidal, Palestine, une version israélienne de l'apartheid sud-africain ?

 

02 mai 2017

Domique Vidal, Palestine, une version israélienne de l'apartheid sud-africain ?

 

"Mais quel sera le statut des Palestiniens ainsi annexés avec leur terre ? Pour le président de l’État d’Israël, Reuven Rivlin, la réponse est claire :"Appliquer la souveraineté à une zone donne la citoyenneté à ceux qui y vivent. Il n’y a pas de loi [différente] pour les Israéliens et pour les non Israéliens." (Times of Israel, 14 février 2017). Mais le président est isolé : la plupart des dirigeants israéliens excluent d’accorder aux Arabes de Cisjordanie le droit de vote dont jouissent les juifs (et, en Israël même, les Palestiniens). Autrement dit, ils envisagent une version israélienne de l’apartheid sud-africain.C’est dire que l’État unique qui se profile n’a rien de commun avec la Palestine laïque et démocratique que prônait l’OLP à ses débuts ni avec la Fédération judéo-arabe rêvé par les binationalistes juifs en Palestine dans les années 1930. La communauté internationale ne saurait l’accepter..."

 

Reprenons la lecture de l'article de Dominique Vidal...

 

Michel Peyret


Israël-Palestine : vers l’État unique ?

 

 

Dominique Vidal, Orient XXI, mercredi 26 avril 2017

 

Le 10 juin 1967, au terme de la guerre israélo-arabe dite « des Six-Jours », Israël quadruple son territoire : il s’est emparé du Sinaï égyptien et du Golan syrien, mais surtout du reste de la Palestine : la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Quelques mois plus tard, l’ONU exige le retrait des territoires occupés, en échange d’une paix négociée.

 

Non seulement Israël refuse, mais il annexe la partie arabe de Jérusalem et y implante des colonies juives en même temps que dans les autres territoires occupés. En cinquante ans, le nombre de colons atteint 220 000 à Jérusalem-Est et 430 000 en Cisjordanie – il n’y en a plus à Gaza depuis 2005. Cette colonisation viole le droit international, car les Conventions de Genève comme l’ONU l’interdisent formellement.

 

L’État palestinien s’efface sur le terrain

 

Que faire de ces territoires ? Du côté palestinien, à partir de 1974, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) se prononce pour la construction d’une « Autorité nationale et combattante sur toute partie du territoire palestinien qui sera libérée ». Cette évolution la conduira, le 15 novembre 1988, à proclamer l’État de Palestine tout en reconnaissant Israël et en renonçant au terrorisme. Ce qu’elle confirmera lors de la signature des accords d’Oslo, en septembre 1993.

 

Du côté israélien, pas question de reconnaître un État palestinien. Même lors de l’échange de lettres avec Yasser Arafat, Itzhak Rabin reconnaît, non pas cet État, mais l’OLP comme « le représentant du peuple palestinien ». Et les négociations consécutives aux accords d’Oslo ne s’inscriront jamais explicitement dans la perspective de la création d’un État palestinien.

 

Au fil des décennies, en revanche, la communauté internationale fait sienne de plus en plus largement la solution dite « des deux États ». Le 29 novembre 2012, 136 États – contre 9 et 41 abstentions – admettent l’État de Palestine comme membre observateur de l’ONU. Auparavant, il a été accueilli de plein droit : au sein de l’Unesco en 2011, et en 2015 à la Cour pénale internationale (CPI).

 

De la colonisation à l’annexion

 

Hélas, au fur et à mesure que l’État de Palestine s’impose dans l’arène internationale, il s’efface sur le terrain. En ce début 2017, l’extrême droite israélienne engage en effet un tournant dans l’histoire du conflit israélo-palestinien : le passage de la colonisation à l’annexion. À l’initiative de Naftali Bennet, le leader du parti ultranationaliste Foyer juif, le Parlement vote, le 6 février 2017, celle de 4 000 logements dans des « avant-postes », ces colonies que même le droit israélien jugeait jusqu’ici illégal.

 

Enivré par l’élection de Donald Trump et enhardi par les scandales qui « plombent » le premier ministre Benyamin Nétanyahou, Naftali Bennet ne dissimule plus ses ambitions. Après le démantèlement de l’« avant-poste » d’Amona, il avait déclaré :

"Nous mettrons en place un nouveau régime juridique en Judée et en Samarie (appellation israélienne de la Cisjordanie) qui régulera la totalité des implantations, et de la perte douloureuse de ce bastion dans la montagne émergera l’application de la souveraineté d’Israël sur toute la Cisjordanie." (Times of Israel, 1er février 2017)

L’apartheid version israélienne

 

Mais quel sera le statut des Palestiniens ainsi annexés avec leur terre ? Pour le président de l’État d’Israël, Reuven Rivlin, la réponse est claire :

"Appliquer la souveraineté à une zone donne la citoyenneté à ceux qui y vivent. Il n’y a pas de loi [différente] pour les Israéliens et pour les non Israéliens." (Times of Israel, 14 février 2017)

Mais le président est isolé : la plupart des dirigeants israéliens excluent d’accorder aux Arabes de Cisjordanie le droit de vote dont jouissent les juifs (et, en Israël même, les Palestiniens). Autrement dit, ils envisagent une version israélienne de l’apartheid sud-africain.

 

C’est dire que l’État unique qui se profile n’a rien de commun avec la Palestine laïque et démocratique que prônait l’OLP à ses débuts ni avec la Fédération judéo-arabe rêvé par les binationalistes juifs en Palestine dans les années 1930. La communauté internationale ne saurait l’accepter.

Posté par Michel Peyret 

La souffrance des Palestiniens qui vivent sous l’occupation va encore augmenter du fait de l’expansion de l’industrie israélienne du gaz.

 

Ramallah - Un accord de pipeline israélo-européen ayant pour but de faire d’Israël un important exportateur d’énergie en Méditerranée fait l’objet de critiques de la part des Palestiniens. Ces critiques sont encore exacerbées par le fait que la bande de Gaza assiégée souffre d’une crise d’énergie endémique qui paralyse son économie.

Shahan Jabarin, le directeur général d’Al-Haq, a déclaré à Al Jazeera : « L’accord de pipeline entre Israël, l’Italie, Chypre et la Grèce bénéficiera non seulement aux entreprises qui profitent directement de l’occupation du territoire palestinien mais
il permettra à Israël de s’assurer de l’approbation tacite de l’Europe pour accentuer son « blocus maritime » des côtes palestiniennes, et prolonger le conflit armé international qui sévit dans les eaux territoriales de la bande de Gaza. L’expansion de l’industrie israélienne du gaz engendrera une oppression accrue des Palestiniens soumis à l’occupation israélienne. »

Les ministres d’Israël, de la Grèce, de l’Italie et de Chypre, ainsi que le Commissaire de l’Union européenne pour l’action climatique et l’énergie, ont signé une déclaration commune, ce mois-ci, pour construire un pipeline qui amènerait le gaz naturel récemment découvert, depuis Israël et Chypre vers L’Italie et le marché européen par l’intermédiaire de la Grèce.

Le pipeline, que Yuval Steinitz, le ministre israélien de l’Énergie, a décrit comme « le pipeline sous-marin le plus long et le plus profond du monde », devrait être opérationnel d’ici 2025.

Steinitz a salué le projet comme « le début d’une merveilleuse amitié entre quatre pays méditerranéens », et Miguel Arias Canete, le Commissaire de l’UE pour l’action climatique et l’énergie, a noté : « Nous soutenons fermement le développement de cette région et de ces pays d’une manière générale mais aussi parce que ce sont de futurs fournisseurs de gaz ».

Canete a dit qu’il ne pouvait pas prendre d’ « engagements formels », mais il a indiqué qu’il espérait que le projet respecterait toutes les conditions requises pour recevoir des fonds via le mécanisme pour l’interconnexion en Europe de l’UE, un programme qui soutient le développement d’infrastructures transeuropéennes et qui a déjà financé les études de viabilité technique et commerciale du projet.

Qualifié de « projet d’intérêt général » par l’UE, le pipeline a été vendu comme le moyen de pallier à la dépendance actuelle du bloc occidental à l’énergie russe et à l’épuisement des réserves de la mer du Nord. Mais les analystes ne sont pas sûrs que ce gaz sera en mesure concurrencer le gaz russe, ni que le projet attirera les investisseurs, du fait des coûts élevés des infrastructures conjugués à la baisse des prix du gaz.

Selon Brenda Shaffer, un membre du conseil d’administration de l’Atlantic Council Global Energy Centre, l’accord est l’expression d’objectifs politiques communs aux quatre pays, qui ne se traduiront pas nécessairement en décisions d’investissement de la part des entreprises commerciales.

« Les intérêts et les objectifs des entreprises peuvent être très éloignés des considérations politiques », a déclaré Shaffer à Al Jazeera. « À ce stade, le projet proposé a surtout une finalité politique, c’est loin d’être une réalité commerciale, et il n’est pas certain que la tendance actuelle de la demande de gaz du sud de l’Europe justifie commercialement un projet supplémentaire d’approvisionnement en gaz ».

Elio Ruggeri, directeur général d’IGI Poseidon, la société qui supervise le développement du projet et dont les partenaires incluent la société italienne Edison et la société d’état DEPA de Grèce, a dit à Al Jazeera que le pipeline atteindrait environ 3 500 km de long et coûterait 5,2 milliards d’euros jusqu’en Grèce, et 6,2 milliards d’euros pour arriver en Italie. Les ultimes décisions d’investissement seraient prises en 2020, selon Ruggeri.

Le pipeline transporterait le gaz de l’immense champ gazier israélien, Leviathan, dont la découverte en 2010 a fait d’Israël un acteur majeur de la région en matière d’énergie. On estime que Leviathan contient environ 238 milliards de mètres cubes de gaz. Noble Energy, basé au Texas, détient 39,7% du champ, tandis que Delek Drilling et Avner Oil Exploration, toutes deux filiales du groupe israélien Delek, en détiennent chacune 22,7%. La société israélienne Ratio Oil en détient 15 %. Il y a un conflit sur les frontières maritimes, et le Liban affirme que Leviathan se trouve en partie dans les eaux libanaises.

Le premier pays qui a signé l’accord pour acheter le gaz de Leviathan est la Jordanie. Le pays a conclu un accord de gaz de 10 milliards de dollars avec Israël l’année dernière, au titre duquel Israël fournira 8,5 millions de mètres cubes de gaz à son voisin pendant 15 ans. L’accord a déclenché une vague de protestations populaires en Jordanie parce que les gens considèrent que cet accord augmentera la dépendance jordanienne à Israël et financera l’occupation israélienne des territoires palestiniens.

« Il est impossible d’isoler géographiquement les champs de gaz d’Israël et de faire comme si cela n’avait rien à voir avec le conflit palestien », a déclaré à Al Jazeera Susan Power, une experte en droit, qui a rédigé, en 2015, un rapport intitulé Annexing Energy publié par Al Haq, une association palestinienne des droits humains.

« En 2011, Noble Energy, l’exploitant principal du champ Leviathan, a extrait unilatéralement le gaz d’un champ de gaz palestinien / israélien commun sans l’autorisation palestinienne exigée par le droit international coutumier et les Accords d’Oslo », a-t-elle déclaré, ajoutant que Noble Energy possède également une installation de stockage de gaz, le Mari-B, située à 13 miles marins de la bande de Gaza et reliée par pipeline à Tamar, un champ plus petit que la firme exploite au large de la côte de Haïfa.

« Israël se livre à des opérations maritimes brutales et illégales pour protéger les plates-formes gazières de Noble Energy au large de la bande de Gaza, en attaquant, blessant et tuant des pêcheurs palestiniens qui pêchent à proximité de la zone des six miles nautiques d’eaux territoriales palestiennes qu’Israël a fermée illégalement », a-t-elle ajouté.

Pendant tout ce temps, Gaza souffre d’une crise de l’électricité et de l’énergie qui s’est encore aggravée au début de l’année. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour protester contre les coupures d’électricité qui sont passées de huit heures à 12 à 18 heures. Le rapport d’Al Haq conclut que si les Palestiniens étaient autorisés à exploiter leurs propres ressources, par exemple le champ gazier qui se situe près du champ Gaza Marine, non seulement leurs besoins énergétiques seraient couverts, mais ils seraient économiquement autosuffisants et libérés des humiliantes chaînes de l’aide internationale.

La seule centrale électrique en fonctionnement de Gaz a fermé la semaine dernière, ce que laisse Gaza avec seulement six heures d’électricité par jour et qui met en danger les services publics essentiels, y compris les hôpitaux. Le carburant qui avait été acheté, avec l’aide Qatari et turque, pour régler la crise de ce début d’année aggravée par un conflit sur la taxe sur les carburants entre l’autorité de l’électricité à Gaza et l’Autorité palestinienne, est épuisé.

L’accord d’exploitation de Leviathan au profit de Noble Energy et Delek a également fait l’objet d’une enquête antitrust, et d’une action judiciaire auprès de la Cour suprême d’Israël. Les opposants soutiennent que les deux sociétés auraient trop de contrôle sur les réserves de gaz du pays et que l’accord n’est pas dans l’intérêt des consommateurs mais des grandes entreprises.

À l’époque, le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avait défendu l’accord en mettant en avant des considérations géopolitiques et en disant que c’était un investissement pour la sécurité du pays. Depuis la découverte du Leviathan, Israël s’est engagé à négocier des accords d’exportation avec la Turquie et l’Egypte. Ce dernier pays est maintenant inondé de gaz, lui aussi, depuis la découverte en 2015, d’un champ gazier super-géant, Zohr.

« La capacité d’exporter du gaz nous met davantage à l’abri des pressions internationales. Nous ne voulons pas être vulnérables aux boycotts », a dit Netanyahu.

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.aljazeera.com/indepth/features/2017/04/israel-europe-gas-de...
URL de cet article 31824 
20 avril 2017

Mohamed Warda, Israël, banques et groupes qui violent lois et résolutions

"Le Crédit agricole et sa filiale LCL, précise Mohamed Warda, détiennent ainsi des participations financières dans neuf banques et entreprises israéliennes directement impliquées dans l’expansion coloniale. Le groupe BCE et sa filiale Natixis en détiennent six, la Société générale et AXA quatre. Autre exemple : un prêt de 288 millions d’euros a été accordé par un consortium de banques – dont BNP Paribas, Société Générale, Crédit Lyonnais et Natixis – à la société Israel Electric Corporation qui pourvoit en électricité les colonies. Et les travaux sont réalisés par… Alstom, dont l’État français, qui dénonce par ailleurs la colonisation, est actionnaire à hauteur de 20 %. Pour les auteurs, les groupes français impliqués violent les lois et résolutions françaises et internationales..."

Ces banques et sociétés d’assurances françaises qui financent l’expansion coloniale israélienne

 

31 mars 2017 par Warda Mohamed

Une enquête menée par un collectif de syndicats et d’organisations de défense des droits humains françaises et palestiniennes, révèle comment les principales banques françaises soutiennent l’expansion coloniale israélienne aux dépens des territoires palestiniens, et de la construction de la paix. Pourtant, la France a officiellement condamné cette colonisation et soutenu les résolutions des Nations Unies en la matière. Les auteurs du rapport espèrent que ces banques hexagonales imiteront les grands fonds d’investissements européens et états-uniens qui excluent tout financement de la colonisation israélienne.

La colonisation israélienne de la Palestine dure depuis cinquante ans. Le blocusde la bande de Gaza depuis dix ans. « Les colonies israéliennes en territoire palestinien occupé ne font pas partie d’Israël comme défini par les frontières de 1967 et sont illégales au regard du droit international », rappelle la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du 23 décembre 2016. Une position soutenue officiellement par l’Union européenne et le gouvernement français. Pourtant, les gouvernements israéliens poursuivent et intensifient l’occupation et la colonisation, rendant ainsi impossible toute résolution du conflit. Et ce, avec l’appui de plusieurs banques françaises, comme le révèle un rapport intitulé "Les liaisons dangereuses des banques françaises avec la colonisation israélienne", réalisé par huit organisations françaises et palestiniennes, dont le CCFD, la Ligue des droits de l’homme, la CGT, Solidaires ou l’ONG palestinienne Al-Haq [1].

Rien que pour 2016, la construction de 1823 habita­tions supplémentaires a été programmée par le gouvernement israélien dans les colonies de Jérusalem-Est et de la zone C, une zone qui s’étend sur 60 % de la Cisjordanie placée sous contrôle militaire israélien. 6000 nouveaux logements de colons viennent d’être planifiés en janvier 2017. En parallèle, 986 maisons et autres structures palestiniennes – écoles, citernes, enclos d’éleveurs, installations sanitaires… – ont été détruites. Ces démolitions se sont fortement intensifiées et « ont entraîné le déplacement forcé de nombreux civils palestiniens », précise le rapport.

Le système bancaire israélien : « Un outil essentiel de la politique de colonisation »

Viabiliser les terres accaparées, bâtir des colonies et mettre en place les infrastructures qui les accompagnent nécessitent des financements. Cette colonisation, et la violation des droits fondamentaux des Palestiniens qui en découle, bénéficie du soutien de banques israéliennes. En 2013, une mission d’enquête des Nations unies sur l’impact des colonies israéliennes a montré le rôle capital de plusieurs banques du pays dans la colonisation [2]. « Le système bancaire israélien constitue un outil essentiel de la politique de colonisation », écrivent les auteurs du rapport.

Les banques israéliennes se sont pas les seules en cause : « Les principales institutions financières françaises contribuent indirectement au maintien et au développement de cette situation illégale au regard du droit international », dénonce le rapport. Elles « gèrent des participations financières ou détiennent des actions auprès de banques et entreprises israéliennes qui contribuent au financement des colonies dans le territoire palestinien occupé et fournissent des services vitaux au maintien et au développement des colonies, comme la construction d’habitations ou d’usines, la connexion aux réseaux téléphoniques et internet ou encore l’aménagement en équipements de surveillance », déplore l’enquête.

Crédit agricole et BPCE particulièrement impliqués

Le Crédit agricole et sa filiale LCL détiennent ainsi des participations financières dans neuf banques et entreprises israéliennes directement impliquées dans l’expansion coloniale. Le groupe BCE et sa filiale Natixis en détiennent six, la Société générale et AXA quatre (voir le tableau ci-dessous). Autre exemple : un prêt de 288 millions d’euros a été accordé par un consortium de banques – dont BNP Paribas, Société Générale, Crédit Lyonnais et Natixis – à la société Israel Electric Corporation qui pourvoit en électricité les colonies. Et les travaux sont réalisés par… Alstom, dont l’État français, qui dénonce par ailleurs la colonisation, est actionnaire à hauteur de 20 %. Pour les auteurs, les groupes français impliqués violent les lois et résolutions françaises et internationales tout comme leurs engagements et directives en matières de droits humains – le pacte mondial des Nations unies, les lignes directrices de l’OCDE et les principes directeurs des Nations unies.

« Se conformer aux principes internationaux »

Des entreprises étrangères ont pourtant déjà mis fin à leur collaboration avec des partenaires israéliens. Le premier fonds de pension mondial, le fonds souverain norvégien, ainsi que le fonds de pension néerlandais PGGM ont placé plusieurs de ces entreprises israéliennes sur leur liste d’exclusion. « En 2014, le fonds de pension luxembourgeois FDC s’est désinvesti à son tour de ces cinq banques israéliennes pour les mêmes raisons. La même année, la banque danoise Danske Bank et la banque allemande Deutsche Bank Ethical Fund ont mis Hapoalim Bank sur une liste noire. Plus récemment, en janvier 2016, le fonds de pension de l’Église méthodiste aux États-Unis, estimé à 20 milliards de dollars, s’est désengagé des banques Hapoalim et Leumi et a ajouté les cinq banques sur sa liste d’exclusion en raison de leur contribution directe à la colonisation israélienne ».

Les huit organisation signataires du rapport demandent en conséquence à l’État français de respecter ses engagements et responsabilités, notamment en faisant pression sur les entreprises ; et aux banques et assurances « de se conformer aux principes internationaux en cessant tout financement de la colonisation israélienne ». Les acteurs cités ont pour la plupart reconnu que ces accusations étaient fondées, indique le rapport, mais n’ont pas donné suite. En 2016, Orange et l’entreprise israélienne ont résilié leur contrat après la publication d’un rapport similaire [3]. Les auteurs de cette nouvelle alerte espèrent le même impact, pour que les États et entreprises ne rendent plus possible la colonisation illégale de la Palestine.

Warda Mohamed

[1] L’Association France Palestine Solidarité (AFPS), CCFD–Terre Solidaire, Fair Finance France, la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), la Ligue des droits de l’homme (LDH), Solidaires, CGT et Al-Haq.

[2] Bank Hapoalim, Bank Leumi, First International Bank of Israel, Israel Discount Bank, ou Mizrahi Tefahot Bank.

[3] "Les liaisons dangereuses d’Orange dans le Territoire Palestinien Occupé", lire notre article.

Posté par Michel Peyret

Publié par  El Diablo

ENFANCES BRISÉES : les mineurs PALESTINIENS dans le viseur de la répression israélienne

ENFANCES BRISÉES : les mineurs PALESTINIENS dans le viseur de la répression israélienne

VOIR LE DOCUMENT PDF EN LIEN CI-DESSOUS:

ENFANCES BRISÉES : les mineurs PALESTINIENS dans le viseur de la répression israélienne

Déclaration de Georges Abdallah à l’occasion de la journée du prisonnier palestinien

mercredi 19 avril 2017 

Cher« e »s Camarades, Cher« e »s ami« e »s,

 

Il y a juste un mois, de nombreuses activités dans différents pays ont été organisées afin de célébrer la « Journée Internationale du Prisonnier Révolutionnaire ». Aujourd’hui, nous voici rassemblé-e-s de nouveau, aussi dans différents pays, afin de célébrer la « Journée du Prisonnier Palestinien » et exprimer notre indéfectible solidarité avec les Résistant« e »s embastillé« e »s dans les geôles sionistes, soutenir de toutes nos forces leurs justes revendications, et saluer par là même la mobilisation en cours des masses populaires autour de la grève de la faim entamée ce matin derrière les abominables murs.

En 1974, « La Conférence Nationale Palestinienne » a décrété le 17 avril « Journée du Prisonnier Palestinien ». Cela n’était pas seulement destiné à dénoncer à cette occasion, la barbarie de l’occupant sioniste, les tueries, les rafles, et l’embastillement des meilleurs fils et filles de notre peuple, ni seulement destiné à honorer les Résistant« e »s captifs en rappelant aux masses populaires leurs sacrifices et leur inébranlable volonté de tenir debout face à la soldatesque sioniste.

La célébration de cette « Journée du Prisonnier Palestinien » est destinée, avant toute autre chose, à affirmer haut et fort la ferme détermination d’arracher nos camarades aux griffes de leurs criminels geôliers. En effet, à plusieurs reprises, les avant-gardes de la lutte révolutionnaire palestinienne ont assumé cette tâche avec beaucoup de courage et d’abnégation, obligeant l’ennemi à libérer des milliers de camarades captifs, sans aucune contrepartie de leur part.

Certainement, la libération des prisonniers révolutionnaires a toujours été un moment de grande effervescence populaire, et elle a participé de la façon la plus significative au rayonnement de la révolution palestinienne et à l’enrichissement de la lutte, aussi bien au niveau régional qu’au niveau international. Cependant les réactionnaires de tous bords n’ont jamais voulu cohabiter avec ce foyer révolutionnaire dans cette région si capitale pour le monde capitaliste.

Depuis le tout début des années 70 du siècle passé, la liquidation de la révolution palestinienne est à l’ordre du jour des forces impérialistes et de leurs affidés réactionnaires régionaux. Rien ne lui a été épargné. Les guerres et les massacres se sont succédé depuis, et les masses populaires y ont fait face avec les moyens et les capacités disponibles… D’innombrables batailles ont été livrées, certaines ont été perdues, d’autres ont été gagnées.

Mais dans l’ensemble, et en dépit de toutes les pertes et de toutes les erreurs, les masses populaires ont pu consolider certaines réalisations dont personne ne peut aujourd’hui contester leurs portée stratégique : un cheminement historique, dont les contours sont tracés par le sang des Révolutionnaires palestiniens et dont la dynamique est pérennisée par l’engagement prématuré de ces Fleurs et autres Lionceaux de la Palestine et par la lumière, toujours plus éclairante, des flambeaux de la liberté, ces indomptables Héros résistants captifs dans les geôles sionistes…

Cher« e »s Camarades, Cher« e »s ami« e »s,

Plusieurs milliers de prisonnières et de prisonniers embastillé-e-s depuis tant d’années, pour certains depuis plusieurs décennies, incarnent aujourd’hui plus que jamais la Résistance du peuple palestinien dans la pluralité de ses expressions. Certainement la situation derrière les abominables murs est loin d’être parfaite d’un point de vue révolutionnaire comme on l’aurait souhaité…

En dépit de tout l’effort déployé pour entretenir l’unité nationale, à défaut de la renforcer, les diverses initiatives de luttes, ces derniers temps, ont beaucoup souffert du manque de l’unité d’action, et n’ont pas pu surmonter les divisions, et cela même quand les initiatives ont réussi à arracher quelques revendications. Tout cela n’enlève rien, ni au rôle historique qui incombe, pour diverses raisons, à nos Héros embastillés, ni à nos devoirs de solidarité envers ces indomptables Résistants, et plus particulièrement envers ces Fleurs et Lionceaux engagés prématurément dans la lutte contre l’occupant sioniste.

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de ces 363 Fleurs et Lionceaux afin que leurs geôliers sionistes comprennent qu’ils ne sont jamais seuls !

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de la Palestine et de sa prometteuse Intifada !

La solidarité, toute la solidarité avec les résistants dans les geôles sionistes, et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie et aux Philippines et ailleurs de par le monde !

La solidarité, toute la solidarité avec les camarades révolutionnaires résistants dans les geôles en Grèce !

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur des masses populaires kurdes et ces valeureux combattants du PKK !

La solidarité toute la solidarité avec les jeunes prolétaires des quartiers populaires !

Le capitalisme n’est plus que barbarie, honneur à tous ceux et celles qui s’y opposent dans la diversité de leurs expressions !

Ensemble Camarades, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons !
À vous tous, Camarades et ami« e »s, mes plus chaleureuses salutations révolutionnaires.

Votre camarade Georges Abdallah

Une enquête menée par un collectif de syndicats et d’organisations de défense des droits humains françaises et palestiniennes, révèle comment les principales banques françaises soutiennent l’expansion coloniale israélienne aux dépens des territoires palestiniens, et de la construction de la paix. Pourtant, la France a officiellement condamné cette colonisation et soutenu les résolutions des Nations Unies en la matière. Les auteurs du rapport espèrent que ces banques hexagonales imiteront les grands fonds d’investissements européens et états-uniens qui excluent tout financement de la colonisation israélienne.

La colonisation israélienne de la Palestine dure depuis cinquante ans. Le blocus de la bande de Gaza depuis dix ans. « Les colonies israéliennes en territoire palestinien occupé ne font pas partie d’Israël comme défini par les frontières de 1967 et sont illégales au regard du droit international », rappelle la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du 23 décembre 2016. Une position soutenue officiellement par l’Union européenne et le gouvernement français. Pourtant, les gouvernements israéliens poursuivent et intensifient l’occupation et la colonisation, rendant ainsi impossible toute résolution du conflit. Et ce, avec l’appui de plusieurs banques françaises, comme le révèle un rapport intitulé "Les liaisons dangereuses des banques françaises avec la colonisation israélienne", réalisé par huit organisations françaises et palestiniennes, dont le CCFD, la Ligue des droits de l’homme, la CGT, Solidaires ou l’ONG palestinienne Al-Haq (1).

Rien que pour 2016, la construction de 1823 habita­tions supplémentaires a été programmée par le gouvernement israélien dans les colonies de Jérusalem-Est et de la zone C, une zone qui s’étend sur 60 % de la Cisjordanie placée sous contrôle militaire israélien. 6000 nouveaux logements de colons viennent d’être planifiés en janvier 2017. En parallèle, 986 maisons et autres structures palestiniennes – écoles, citernes, enclos d’éleveurs, installations sanitaires – ont été détruites. Ces démolitions se sont fortement intensifiées et « ont entraîné le déplacement forcé de nombreux civils palestiniens », précise le rapport.

Le système bancaire israélien : « Un outil essentiel de la politique de colonisation »

Viabiliser les terres accaparées, bâtir des colonies et mettre en place les infrastructures qui les accompagnent nécessitent des financements. Cette colonisation, et la violation des droits fondamentaux des Palestiniens qui en découle, bénéficie du soutien de banques israéliennes. En 2013, une mission d’enquête des Nations unies sur l’impact des colonies israéliennes a montré le rôle capital de plusieurs banques du pays dans la colonisation (2). « Le système bancaire israélien constitue un outil essentiel de la politique de colonisation », écrivent les auteurs du rapport.

Les banques israéliennes se sont pas les seules en cause : « Les principales institutions financières françaises contribuent indirectement au maintien et au développement de cette situation illégale au regard du droit international », dénonce le rapport. Elles « gèrent des participations financières ou détiennent des actions auprès de banques et entreprises israéliennes qui contribuent au financement des colonies dans le territoire palestinien occupé et fournissent des services vitaux au maintien et au développement des colonies, comme la construction d’habitations ou d’usines, la connexion aux réseaux téléphoniques et internet ou encore l’aménagement en équipements de surveillance », déplore l’enquête.

Crédit agricole et BPCE particulièrement impliqués

Le Crédit agricole et sa filiale LCL détiennent ainsi des participations financières dans neuf banques et entreprises israélienne directement impliquées dans l’expansion coloniale. Le groupe BCE et sa filiale Natixis en détiennent six, la Société générale et AXA quatre (voir le tableau ci-dessous). Autre exemple : un prêt de 288 millions d’euros a été accordé par un consortium de banques – dont BNP Paribas, Société Générale, Crédit Lyonnais et Natixis – à la société Israel Electric Corporation qui pourvoit en électricité les colonies. Et les travaux sont réalisés par... Alstom, dont l’Etat français, qui dénonce par ailleurs la colonisation, est actionnaire à hauteur de 20 %. Pour les auteurs, les groupes français impliqués violent les lois et résolutions françaises et internationales tout comme leurs engagements et directives en matières de droits humains – le pacte mondial des Nations unies, les lignes directrices de l’OCDE et les principes directeurs des Nations unies.

« Se conformer aux principes internationaux »

Des entreprises étrangères ont pourtant déjà mis fin à leur collaboration avec des partenaires israéliens. Le premier fonds de pension mondial, le fonds souverain norvégien, ainsi que le fonds de pension néerlandais PGGM ont placé plusieurs de ces entreprises israéliennes sur leur liste d’exclusion. « En 2014, le fonds de pension luxembourgeois FDC s’est désinvesti à son tour de ces cinq banques israéliennes pour les mêmes raisons. La même année, la banque danoise Danske Bank et la banque allemande Deutsche Bank Ethical Fund ont mis Hapoalim Bank sur une liste noire. Plus récemment, en janvier 2016, le fonds de pension de l’Église méthodiste aux États-Unis, estimé à 20 milliards de dollars, s’est désengagé des banques Hapoalim et Leumi et a ajouté les cinq banques sur sa liste d’exclusion en raison de leur contribution directe à la colonisation israélienne ».

Les huit organisation signataires du rapport demandent en conséquence à l’État français de respecter ses engagements et responsabilités, notamment en faisant pression sur les entreprises ; et aux banques et assurances « de se conformer aux principes internationaux en cessant tout financement de la colonisation israélienne ». Les acteurs cités ont pour la plupart reconnu que ces accusations étaient fondées, indique le rapport, mais n’ont pas donné suite. En 2016, Orange et l’entreprise israélienne ont résilié leur contrat après la publication d’un rapport similaire [3]. Les auteurs de cette nouvelle alerte espèrent le même impact, pour que les États et entreprises ne rendent plus possible la colonisation illégale de la Palestine.

29 mars 2017

»» https://multinationales.org/Ces-banques-et-societes-d-assurances-franc...
URL de cet article 31715 
3 avril 2017
Un rapport dévoile les liens entre cinq banques et assurances françaises et les colonies israéliennes : BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole (et sa filiale LCL), BPCE (et sa filiale Natixis), et AXA.
 

 

Un rapport dévoile les liens entre cinq banques et assurances françaises et les colonies israéliennes

 
29 mars 2017 - Communiqué conjoint
 

Paris, le 29 mars 2017 – Plusieurs organisations (Association France Palestine Solidarité, CCFD – Terre Solidaire, Fair Finance France, FIDH, LDH, Solidaires, CGT et Al-Haq) publient aujourd’hui un rapport sur « Les liaisons dangereuses des banques et assurances françaises avec la colonisation israélienne ». Il met en lumière les liens entre certaines banques et assurances françaises et des banques et entreprises israéliennes impliquées dans le maintien et le développement des colonies israéliennes.

Lire le rapport

 

La colonisation israélienne dure depuis 50 ans. Illégale au regard du droit international, elle ne cesse de s’accélérer. La planification de 6 000 nouveaux logements depuis janvier 2017 en est la dernière manifestation. Dans la continuité de ses résolutions antérieures, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté le 23 décembre 2016 la résolution 2334, exigeant notamment d’Israël « qu’il arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ».

 

[...]

Lire l'article intégral en cliquant ici :  Lire le rapport

En arrêtant son co-fondateur, Israël prouve qu’il considère le BDS comme une menace stratégique (Middle East Monitor)

Omar Barghouti, le cofondateur palestinien du mouvement BDS a été frappé d’une interdiction de facto de sortie du territoire. Dimanche, un autre ministre israélien a annoncé qu’un groupe de travail serait créé pour « cibler » les militants du BDS de nationalité étrangère et les expulser du pays.

Cela fait maintenant une semaine que les autorités israéliennes ont arrêté Omar Barghouti, co-fondateur du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) en Palestine. Son arrestation fait suite à des années d’intimidation et de menaces de la part de divers organismes publics. Si le but était d’isoler et de faire taire Barghouti, son arrestation s’avère, au mieux, à courte vue et contreproductive. Le BDS est devenu un mouvement global d’inspiration palestinienne qu’il sera impossible d’arrêter.

En mai 2015, Reuven Rivlin, le président israélien, a qualifié, le mouvement BDS de « menace stratégique ». Pourtant, lorsqu’il a été lancé en juillet 2005, il avait été balayé d’un revers de main par les officiels qui le considéraient comme un piètre plagiat du mouvement de boycott international qui avait joué un rôle central dans le démantèlement du Régime d’apartheid criminel d’Afrique du Sud. Aujourd’hui plus personne ne sous-estime le BDS. Le seul fait qu’Israël dépense des millions de dollars mensuels à collecter des données pour contrer le BDS à l’intérieur comme à l’étranger, prouve que les Israéliens le prennent maintenant très au sérieux.

En recourant à des tactiques arbitraires de répression et d’intimidation, Israël se rend un très mauvais service. Sans s’en rendre compte, ce pays a, par de telles mesures, créé les conditions idéales pour que le BDS se développe et attire des sympathisants du monde entier, car il est facile de convaincre les gens ouverts de la nécessité du BDS.

Les conduites politiques qui violent les libertés fondamentales et les droits de l’homme répugnent instinctivement aux êtres humains équilibrés qui ont le sens de la justice.

Aujourd’hui, ceux qui soutiennent le BDS sont motivés par leur attachement aux valeurs d’égalité et d’équité, ainsi que par la conscience que nous sommes tous des êtres humains. C’est pourquoi ils trouvent honteux de refuser la pleine égalité aux citoyens palestiniens d’Israël ; c’est pourquoi ils exigent qu’il soit mis fin à l’occupation militaire des territoires palestiniens capturés en 1967 ; et c’est pourquoi ils veulent savoir pourquoi les Palestiniens qui ont été expulsés par les milices juives en 1948 ne sont pas autorisés à exercer leur droit de retour. Cette revendication n’a rien de conspirationniste ni d’extrémiste. C’est un droit internationalement reconnu.

C’est principalement le déni constant de tous les droits palestiniens par Israël qui a nourri le mouvement BDS. Sur chaque continent, les communautés minoritaires et défavorisées, les communautés religieuses, les syndicats et les organisations de défense des droits de l’homme soutiennent cette campagne non violente parce qu’ils sont convaincus qu’il y va de leur propre survie.

Le temps n’est plus où les artistes et les sportifs les plus célèbres accordaient un soutien sans réserve à Israël. Aujourd’hui, leur soutien est conditionnel ; Ils ne l’accorderont que lorsqu’Israël respectera la dignité du peuple palestinien. On ne voit plus actuellement de stars soutenir ou légitimer ouvertement la discrimination, quelle qu’en soit l’auteur. Il n’y a tout simplement aucune justification morale ou légale à la discrimination quelle qu’elle soit, et encore moins lorsqu’elle est le fait d’un État comme c’est le cas en Israël.

Aussi cruel que cela puisse paraître, l’arrestation d’Omar Barghouti était inévitable ; non pas parce qu’il aurait commis quelque crime, mais parce que cela faisait trop longtemps que la menace pesait sur lui. L’année dernière, Amnesty International a exprimé des inquiétudes sur sa sécurité et sa liberté après que plusieurs ministres israéliens ont proféré des menaces voilées contre Barghouti au cours d’une conférence anti-BDS à Jérusalem le 28 mars.

Le ministre des Transports, du Renseignement et de l’Energie Atomique, Yisrael Katz, avait proféré une menace particulièrement grotesque en appelant Israël à procéder à l’ « élimination civile ciblée » des dirigeants du BDS avec l’aide de ses agences de renseignement assassines. Amnesty a indiqué que le terme s’inspirait de l’expression « assassinats ciblés », utilisée pour décrire la politique israélienne de ciblage des membres des groupes armés palestiniens.

Le Comité national palestiniens du BDS (le BNC) n’a aucun doute sur le motif de l’arrestation de son co-fondateur ; Il s’agit de répression. Le BNC a affirmé que l’ouverture de cette enquête, qui inclut une interdiction de sortie du territoire, n’est pas une coïncidence, car, quelques semaines plus tard, Barghouti devait se rendre aux États-Unis pour recevoir le Gandhi Peace Award conjointement avec Ralph Nader, lors d’une cérémonie à l’Université de Yale.

Le mouvement BDS s’effondrerait-il si Omar Barghouti était emprisonné ou assassiné ? Bien sûr que non. Les similitudes juridiques, politiques et de violations des droits de l’homme qui existent entre la réalité palestinienne et celle qui régnait dans l’Afrique du Sud de l’apartheid sont tellement flagrantes qu’elles sautent aux yeux de tout 
le monde civilisé.

À ce jour, aucune des mesures prises par Israël pour combattre le BDS n’a été couronnée de succès. Que ce soit l’interdiction des militants d’entrer en Palestine, la création d’unités spéciales dont la mission est de remuer la merde pour tenter de discréditer les militants, ou l’emprisonnement, toutes ces méthodes ont été utilisées en Afrique du Sud où elles se sont avérées totalement inadéquates et impuissantes. Au contraire même, tout ce qu’elles ont réussi à faire, c’est d’attirer de plus en plus l’attention sur la nature injuste et criminelle du système d’apartheid.

Soyez certains que les résultats seront les mêmes en Palestine, avec ou sans la présence physique et l’activité incessante d’Omar Barghouti. En faisant si grand cas de lui, Israël reconnait, en fait, que la campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions représente bien une menace stratégique pour ce pays.

Dr Daud Abdullah

Traduction : Dominique Muselet

»» https://www.middleeastmonitor.com/20170327-israel-turns-bds-co-founder...
URL de cet article 31688 

Publié par  El Diablo

Un Etat ou deux Etats en PALESTINE ? Quelles sont les conditions de la paix ?

Un Etat ou deux Etats en PALESTINE ? Quelles sont les conditions de la paix ?

En 1988 à Alger, la direction de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) a reconnu l’Etat d’Israël dans ses frontières d’avant 1967 et a limité ses revendications à un Etat palestinien sur 22% de la Palestine historique (Gaza, Jérusalem Est et Cisjordanie). Avant d’examiner les circonstances historiques qui ont mené à cette concession majeure et ce qui s’en est suivi, il convient de faire une constatation facile : près de 20 ans après les accords d’Oslo, conséquences de la décision d’Alger, l’occupant a détruit dans les faits toute possibilité d’établir un Etat palestinien qui soit autre chose que la juxtaposition de bantoustans isolés et non-viables. Alors, utopie pour utopie, revenons sur ce débat « un Etat/deux Etats ».

Conférence-débat à Montauban
à l’invitation de l’AFPS 82
le samedi 4 février 2012
par Pierre Stambul (co-président de l’UJFP)

La question fondamentale : l’Etat juif.

Sans doute, parmi les Juifs qui arrivent en Palestine dès les années 1900, beaucoup cherchent un refuge, face à l’antisémitisme européen. Mais le projet politique qui est à l’œuvre, le sionisme, a dès le départ une autre signification qui est raciste. Pour les sionistes, la Palestine est « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » (phrase due à Zangwill dans un autre contexte) et le peuple palestinien n’existe pas. Pour les sionistes, les Juifs ont vécu 2000 ans d’exil et de souffrance lors d’une longue parenthèse (la diaspora) et ils ont fait leur « retour » sur la terre de leurs ancêtres. On sait aujourd’hui qu’il n’y a eu ni exil, ni retour (lire Shlomo Sand). Pour les sionistes (c’est enseigné en Israël et on trouve ces délires sur de nombreux sites sionistes), la Palestine était (faiblement) peuplée de populations composites amenées là par l’occupant ottoman. Le candidat républicain aux présidentielles américaines Newt Gingrich a repris officiellement ces thèses négationnistes sur la non-existence du peuple palestinien.

En 1919, Ben Gourion écrit que ces fellahs qui vivent en Palestine sont sûrement des descendants d’Hébreux (là il n’a pas tort) et qu’ils vont donc accepter le projet sioniste. Là, bien sûr il se trompe.

Le projet sioniste est un projet de conquête colonial très particulier. Il ne vise pas à exploiter les autochtones mais à les nier, à les expulser et à les remplacer par des Juifs. Ce projet est raciste : l’existence, la dignité et les droits des Palestiniens sont totalement niés.

Le KKL qui va déposséder les Palestiniens de leur propre pays a été fondé en 1901. La banque coloniale juive date de 1899. L’Agence juive est créée en 1929 et dans les faits, c’est plus que l’embryon du futur Etat juif. Le syndicat Histadrout est créé en 1920 et dans ses statuts, il vise à établir une « patrie de travail pour le peuple juif ».

Avant le sionisme, environ 4% de la population palestinienne était juive. En majorité, cette population arrivée à partir de la fin du XVIIIe siècle était très religieuse. Ces Juifs palestiniens vivent en bonne intelligence avec leurs voisins musulmans ou chrétiens et ils seront longtemps hostiles au sionisme. Les Palestiniens ne sont pas contre une cohabitation avec les Juifs. Mais après la déclaration Balfour, ce qu’ils constatent, c’est une conquête rampante de leur pays et surtout la création d’un véritable Etat avec ses institutions et son armée qui grignote leur territoire et a d’entrée comme projet leur expulsion.

La révolte palestinienne de 1929 et surtout la grande révolte de 1936 qui sera impitoyablement réprimée par le colonialisme britannique ne traduisent pas un refus de cohabitation mais un refus de domination. L’Etat juif en construction prépare très tôt l’expulsion qui se déroulera en 1948 parce qu’il ne donne pas la moindre place aux Palestiniens.

Avant 1948 : les forces opposées à la partition.

Dès le début du mandat britannique, dans le monde arabe, des forces s’opposent au colonialisme et imaginent le Proche-Orient après l’indépendance. Ils s’adressent naturellement aux Juifs, mais les sionistes n’ont qu’une seule idée en tête, créer un Etat juif, et l’intégration des Juifs dans le Proche-Orient est à l’antithèse de leur projet. Ils se considèrent européens.

En Palestine, il y a un parti politique qui regroupe à la fois des Palestiniens et des Juifs : c’est le parti communiste. Dans sa perspective, la Palestine doit devenir un Etat binational socialiste et indépendant.

À l’intérieur du Yichouv, (terme qui désigne les Juifs établis en Palestine avant la création d’Israël), le concept d’Etat juif ne fait pas l’unanimité. Des intellectuels de premier plan (Martin Buber, Judah Magnes) défendent l’idée d’un Etat binational. Ce courant, appuyé de l’extérieur par Hannah Arendt, obtiendra plus de 40% des voix aux élections syndicales et politiques dans le Yichouv peu avant la guerre de 1948. Mais ce courant sera balayé par l’hystérie nationaliste et le basculement majoritaire de l’opinion juive vers l’idée du « transfert » : l’expulsion de tous les Palestiniens au-delà du Jourdain.

Quand Staline, pensant poser des problèmes aux Britanniques, se rallie à l’idée de la partition de la Palestine, le PC suit, contre la volonté de la majorité de ses militants.

Quand l’ONU vote le plan de partage de 1947, les Palestiniens refusent en masse. Quel peuple pourrait accepter la partition de son propre pays ? Non seulement ce plan de partage caresse dans le sens du poil l’idéologie sioniste (qui est au départ une théorie de la séparation affirmant que le « vivre ensemble » est impossible), mais il est d’une injustice criante. Les Palestiniens, plus nombreux, héritent de la partie la plus petite et la plus pauvre.

Dans le plan de partage, il y a très peu de Juifs dans le futur Etat palestinien alors qu’il y a plus de 40% de Palestiniens dans le futur Etat juif. En fait, la guerre de 1948 ne commence pas le 15 mai, jour où l’ONU reconnaît l’Etat d’Israël. À cette date, 375000 Palestiniens vivant dans la partie juive ont déjà été expulsés. C’est la partition qui cause la guerre. Comme le montre Ilan Pappé dans son livre (« la guerre de 48 en Palestine »), les dirigeants sionistes ont habilement combiné violence et diplomatie pour imposer la partition, réaliser de façon préméditée le nettoyage ethnique et consolider immédiatement le fait accompli.

LIEN VERS LA SUITE DE L'ARTICLE CI-DESSOUS:

5 mars 2017

Quel état stable, cohérent, paisible et viable peut s’établir de la Méditerranée au Jourdain ?

Réflexions inspirées par la Conférence internationale de Téhéran sur la Palestine des 21 et 22 février 2017.

 

par Alain Corvez,

Repris sur comité valmy

Introduction:

L’état d’Israël : un état de fait

 

Nul n’est besoin d’être grand exégète du général de Gaulle pour savoir qu’il considérait comme une erreur la création en 1948 de l’état d’Israël, décidée à New-York après bien des difficultés et des hésitations par les grandes puissantes gagnantes de la guerre mondiale toute récente, fin 1947, création résultant des abominables persécutions que la barbarie nazie avait déployée contre les Juifs- et d’autres minorités considérées elles aussi comme inférieures et nuisibles. Mais cet état de fait regrettable à ses yeux devait être respecté puisque résultant d’une décision de l’ONU, seule instance internationale justifiée, même s’il l’appelait « le machin ».

 

« On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains mêmes redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles. »

 

Lors de cette conférence de presse à l’Elysée du 27 novembre 1967, il dira plus loin qu’il avait dit aux amis arabes de la France qu’ils ne devaient pas remettre en question cet état de fait en attaquant les premiers Israël. Il l’avait dit également aux dirigeants israéliens. « La France considèrerait comme agresseur celui qui tirerait le premier. »

 

Et la guerre est venue par l’attaque israélienne de juin 1967 ; le Général a alors des mots implacables pour dénoncer Israël :

« Israël ayant attaqué, s’est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant, il organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour, il qualifie de terrorisme. »

 

Rappelons que la résolution 181 de l’ONU décidant la création de l’état d’Israël n’a été acceptée que le 29 novembre 1947 après plusieurs tentatives infructueuses dont la première datait de septembre 1947, les votes favorables des états étant insuffisants. Sous les pressions des Etats-Unis, huit états, dont la France, ont changé leur vote en quatre jours du 25 au 29 novembre.

 

Une imposante conférence qui fera date

 

Les 21 et 22 février 2017, 700 responsables politiques et spécialistes de 80 pays d’Amérique du Sud, d’Europe, d’Afrique, d’Inde, de Chine, de Russie, parmi lesquels 22 présidents de parlements ont débattu dans l’immense Centre de conférences internationales de Téhéran du présent et de l’avenir de la lutte pour les droits des Palestiniens à avoir un état sur la terre de leurs ancêtres.

 

De façon lancinante me revenait la confidence que m’avait faite le général Pierre-Marie Gallois, un des plus grands stratèges d’après-guerre, dans les années 90. Me prenant à part lors d’une réunion sur la question yougoslave, sachant que je revenais d’un voyage au Moyen-Orient, il me dit en substance : « Il n’y a pas de solution durable à deux états au conflit israélo-arabe, car ils seraient en permanence en belligérance, larvée ou pas ; et pour des raisons démographiques, historiques, géographiques, politiques, cet état ne peut être que l’état palestinien, avec des garanties de sécurité pour les populations juives historiques. »

 

Introduits par un discours magistral du Guide Suprême de la Révolution Islamique, Ali Khamenei, dirigés par le Président du Parlement iranien, Ali Larijani, conclus par le Président Rouhani accompagné de plusieurs ministres dont le Ministre des AE, M. Zarif, les débats ont été intenses et riches.

 

Unifier la Résistance et refuser la compromission

 

Si les différents orateurs ont apporté chacun leur sensibilité sur le sujet, et des propositions pour l’avenir, le sentiment général qui émane des interventions est la nécessité impérieuse d’unifier la Résistance en oubliant les rivalités internes pour s’entendre sur l’essentiel de la stratégie de lutte contre l’ennemi, excluant tout essai d’entente avec l’occupant. L’essai de négociation avec la puissance occupante a montré son inanité depuis les accords d’Oslo qui n’ont fait que faciliter la négation des droits les plus élémentaires des Palestiniens et l’annexion renforcée de terres.

 

Le discours introductif du Guide a fait ressortir avec une logique implacable les fondements du sujet et comment « la question de Palestine peut et doit être le pivot de l’unité de tous les pays islamiques. » Il a affirmé que la troisième intifada était fortement réprimée mais remportait des succès en laissant augurer la victoire finale, car l’ennemi devait affronter la réprobation de pays de plus en plus nombreux. Il a stigmatisé la politique de compromis avec l’occupant qui a eu des effets destructeurs sur la Résistance en la divisant. Seule l’intifada est légitime face à l’injustice car le compromis tend à justifier la présence de l’occupant. La Résistance, depuis le début a remporté des victoires grâce à ses alliés comme le Hezbollah libanais, l’Iran et tous les groupes impliqués comme le Jihad Islamique, le Hamas, le Fatah ou le FPLP. La Résistance doit dépasser les divergences entre pays arabes et islamiques, ou les divergences nationales, ethniques ou confessionnelles qui existent dans certains pays. « Notre position sur la Résistance », a-t-il dit, « est une position doctrinale qui n’a rien à voir avec un groupe particulier. »

 

Il indiquait par-là que les divisions instillées par l’ennemi entre chiisme et sunnisme, ou entre tendances religieuses ou culturelles devaient s’effacer devant le but ultime de libération de la Palestine. L’Unité nationale sur la base d’un plan djihadiste est une nécessité nationale pour la Palestine a-t-il martelé.

 

« Cette conférence peut-être un modèle pour tous les musulmans et toutes les nations de la région et les aider à contrôler leurs divergences en s’appuyant sur leurs points communs. »

 

Il serait trop long de rapporter les nombreuses interventions pourtant souvent très enrichissantes car apportant une sensibilité différente venue d’Asie, d’Afrique, des Amériques ou d’Europe, le sentiment général étant pour dénoncer le refus d’Israël de respecter les résolutions internationales et les droits des Palestiniens et d’appeler à l’unité de la Résistance en oubliant les divergences culturelles ou confessionnelles.

 

Aucun parlementaire français n’avait fait le déplacement.

 

Le Président du Parlement libanais, Nabih Berri a eu un franc succès du fait de son habituelle aisance oratoire pour convaincre son auditoire, énonçant des propositions concrètes pour donner une suite à ces deux jours de rencontres :


1. Si les Etats-Unis mettent à exécution leur intention de transférer à Jérusalem leur capitale, que tous les pays qui soutiennent la Résistance ferment leur ambassade à Washington.


2. Insistant, lui aussi, sur l’impérieuse nécessité de l’unité du front de résistance, il suggère que cette conférence assure le suivi de cette résolution.

 

Le Président du Parlement iranien, Ali Larijani, le remerciera pour ces suggestions et lui demandera de bien vouloir assurer ce suivi : un centre de coordination pourrait s’installer à Damas ou Beyrouth.

 

Le président du Parlement irakien, Salim Al Jabouri, insistera sur les crimes commis par Israël contre les Palestiniens et sur le fait que la résistance en Palestine est une cause commune.

 

Un représentant du Front Démocratique de Libération de la Palestine FDLP insiste à son tour sur la nécessité de l’unité des différents mouvements de résistance et propose d’établir un comité de suivi logistique des prises de décisions de la conférence, dont le secrétariat pourrait être à Téhéran.

 

Abou Ahmad Fouad, Directeur Général du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine), dénoncera particulièrement les accords d’Oslo qui reconnaissaient le gouvernement sioniste.

 

Ahmed Jibril, du FPLP (CG), Front Populaire de Libération de la Palestine, Commandement Général, remarque qu’un nouveau Front de Résistance réclamé par certains est inutile puisqu’il existe depuis 30 ans, constitué par le Hezbollah et l’Iran et que ceci indique qu’il y a union de destins entre chiites et sunnites. Il propose la création d’un fonds islamique pour empêcher l’achat des terres palestiniennes.

 

L’Ayatollah Amoli Larijani (frère du Président Ali Larijani), président du pouvoir judiciaire iranien, insiste aussi sur l’universalité de la cause palestinienne, qui concerne en tout cas tout l’islam, et sur l’arrogance de l’Occident qui met partout en avant les droits de l’homme mais soutient Israël qui y contrevient journellement. La Palestine est une cause qui comporte une surface – les territoires occupés- et une profondeur-la confrontation des idéologies, sionisme contre l’islam monothéiste- s’appuyant sur la force des Etats-Unis ; il cite Fukuyama et sa théorie de la fin de l’Histoire avec la fin de l’URSS, qui fait adopter à l’Occident les thèses sionistes contre l’islam. L’Islam appelle à la paix mais en restant vigilant face aux menaces. La République Islamique d’Iran est un exemple de fermeté face à l’outrecuidance de l’Occident qui l’accuse de vouloir fabriquer des armes atomiques alors qu’il soutient les exactions d’Israël qui a l’arme atomique.

 

Deux rabbins antisionistes étaient parmi les délégués et ont participé aux travaux des commissions de cette conférence.

 

En conclusion de ces deux jours, Ali Larijani dénoncera les crimes contre l’humanité commis par Israël et affirmera que les débats ont montré que la Palestine est une cause commune à tous les pays musulmans et au-delà, à tous les hommes épris de justice et de liberté.

 

Conclusion

 

Les arguties diplomatiques concernant la solution du conflit israélo-palestinien sur un ou deux états me paraissent depuis longtemps hors de propos ; cette conférence internationale m’a convaincu qu’un front puissant se constitue pour orienter les diplomates raisonnables vers la seule création d’un état palestinien sur l’ensemble des territoires concernés qui assurerait des garanties aux populations juives ayant des droits justifiés pour vivre dans cet état.

 

Il est clair, comme me le disait le général Gallois que la coexistence pacifique de deux états est devenue impossible après 70 ans d’accumulations de haines qui alimentent d’ailleurs l’antisémitisme dans le monde, au grand dam de nombreux de mes amis juifs. Il semble que les extrémistes qui sont au pouvoir à Tel Aviv se permettent depuis l’origine toutes les atteintes aux droits fondamentaux des Palestiniens parce qu’ils ont eu jusqu’ici le soutien de la plus grande puissance du monde, où l’influence de leur diaspora est déterminante.

 

Mais le monde a changé, les Etats-Unis sont affaiblis pour diverses raisons et de nouvelles puissances mondiales rivalisent avec eux. Ils doivent s’adapter à ce nouveau monde et, bien que le nouveau Président américain reste parfois énigmatique dans ses projets, il a clairement l’idée de sortir du système figé qui dirige les EUA, comme il l’a annoncé dans sa campagne, ce qui l’a fait élire, et veut adapter son pays aux nouvelles donnes internationales. Car c’est un entrepreneur qui n’est pas prisonnier des idéologies mais raisonne sur les réalités : les liens avec Israël que nous lui connaissons, liés à son pragmatisme, peuvent l’aider à prendre des décisions radicalement différentes de ses prédécesseurs, ne serait-ce que pour mettre un terme à l’hostilité récurrente de nombreuses populations du monde qui reprochent aux Etats-Unis de soutenir des tyrans ou des injustices. Les liens de ses services avec DAESH sont désormais de notoriété publique et il arrivera à comprendre que l’Iran qu’il invective n’est pas à confondre avec les terroristes islamistes mais qu’il est au contraire un pays essentiel et au premier rang dans la lutte contre cette plaie mondiale.

 

Il est possible enfin que de nombreux juifs américains qui ne partagent pas les vues de l’influent AIPAC (American Israëli Public Affairs Committee), qui sont très nombreux et lassés de soutenir une cause qui dessert autant Israël que les Etats-Unis, amènent le Président Trump à comprendre que les intérêts des Etats-Unis ne se confondent pas avec ceux d’un Israël « sûr le lui-même et dominateur » qui développe l’exécration contre eux.

 

Alain Corvez est Conseiller en stratégie internationale

 

PS. 1. On peut accéder au texte intégral de la conférence de presse du 27 novembre 1967 à l’Elysée du général de Gaulle sur le site de la Fondation Charles de Gaulle :www.charles-de-gaulle.org/

 

2. On pourra lire sur Google une analyse de la vision du général de Gaulle sur le sujet telle qu’elle apparaît dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967, que j’ai écrite en 2006 : De Gaulle et sa vision du Proche-Orient IMPERIALISME-TERRORISME-ISLAMISME, Analyse par Alain Corvez

Le « bonheur » de Trump fait le malheur des Palestiniens

jeudi 2 mars 2017 


154 députés et sénateurs et une poignée d’ambassadeurs français s’adressent au Président de la République, demandant la reconnaissance sans délai de l’État palestinien. Beau geste, quoiqu’un peu tardif et qui, dans les circonstances présentes, est voué à connaître le destin des vœux pieux et des pétitions sans suite. Or, face au changement de pied de l’administration américaine sur le dossier israélo-palestinien, annoncé de longue date par Trump et son équipe, l’heure n’est pas aux suppliques destinées à « sauver l’âme » de ceux qui les adressent – mais à l’action.

Question : combien, parmi les signataires de ces appels, iront s’activer pour que la France rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv lorsque l’annexion de la Cisjordanie par Israël aura trouvé son rythme de croisière ? Combien, pour que la France suspende les accords et conventions, notamment en matière scientifique et universitaire, qui la lient à l’État hébreu ? Combien pour que la France à haute et intelligible voix que l’Union européenne adopte une position claire et ferme ? Combien pour que l’ONU adopte les sanctions qui s’imposent ? Et, ce qui serait bien le moins, combien pour que cesse enfin la criminalisation, unique en son genre, de la campagne du BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) ? Combien ?

On ne peut que s’alarmer du silence assourdissant qui se fait entendre du côté de la gauche non sioniste française (de l’autre, nous n’attendons rien – que le pire) depuis que cela est devenu visible à l’œil nu : les lignes sont en train de bouger en Israël/Palestine – sous l’effet en tout premier lieu de l’élection de Trump. Se pourrait-il que le feuilleton de la campagne présidentielle soit d’une si haute tenue et d’une densité telle que l’attention de cette espèce de gauche hexagonale en soit toute entière accaparée ?

Les choses sont pourtant tout à fait claires pour qui n’entend pas se rassurer en affectant de croire que les borborygmes de Trump tendraient à indiquer qu’en fin de compte, le temps des rodomontades de campagne électorales passé, la Maison Blanche est en train de revenir aux fondamentaux de la politique états-unienne sur le dossier israélo-palestinienne.

C’est exactement l’inverse : le degré zéro de la compétence politique et le niveau d’indigence linguistique qui se sont épanouis dans la bouche de Trump, lors du récent voyage de Netanyahou à Washington, ne sont que le voile de la frivolité jeté sur ce solide élément de réalité : sur le terrain, c’est-à-dire en Cisjordanie occupée, le temps de l’annexion a commencé, succédant à celui de l’occupation et des implantations de colonies, de grignotage illégal du territoire palestinien.

Trois semaines à peine avant que se fasse entendre en live et en direct de la Maison Blanche le clapotement produit par les complexités israélo-palestiniennes dans le cerveau du désormais « homme le plus puissant de la planète » (« So, I’m looking at two-state and one-state, and I like the one that both parties like. I’m very happy with the one that both parties like. I can live with either one »), en effet, le parlement israélien a adopté une loi légalisant l’expropriation de terres palestiniennes au bénéfice des colons israéliens. La « loi » se fait ici le pur et simple instrument de la force et de la violence en donnant par avance une base légale à l’annexion de la Cisjordanie, tout ou partie, aujourd’hui réclamée à corps et à cris par la droite et l’extrême droite israéliennes, majoritaires au parlement et soutenues par une partie apparemment croissante de la population. La fusion de la loi et de la force ou du fait accompli est la signature de ce type de régime politique dont nous sommes portés, non sans raison, à associer le nom au souvenir des pires violences du XX° siècle.

Le vote des députés israéliens est un pur et simple geste de conquête : ils légifèrent à propos d’un territoire extérieur à la souveraineté israélienne et dont la population, naturellement, n’a pas eu l’occasion de voter lors des élections qui les ont mis en place. Enhardi par l’élection de Trump, le parti des colons se sent pousser des ailes et entend, après avoir longtemps dû se contenter du mode de facto passer à celui du de jure avec l’espoir de rendre ainsi les acquis de la colonisation irréversibles et de parachever celle-ci.

Pour forcer ainsi le destin, il leur faut assumer pleinement leur adhésion à une notion qui fait horreur, en principe, au droit international contemporain – le droit de conquête. Comme aurait dit Thomas Mann en d’autres temps : ils se trompent d’époque, en se prenant pour Gengis Khan qui, lui, du moins, ne s’embarrassait pas d’arguments théologiques nébuleux (« la terre que Dieu nous a donnée », etc.).

Et il est vrai que lorsque Saddam Hussein s’est essayé à annexer le Koweit au prétexte que cet État n’existait que par la grâce de découpages arbitraires hérités de la colonisation, le ciel lui est tombé sur la tête. Et il est tout aussi vrai que lorsque la Russie de Poutine, se posant en État successeur de l’URSS, a « récupéré » la Crimée, le tollé a été unanime dans les chancelleries et les journaux d’Occident.

Voici donc qu’aujourd’hui ceux qui naguère fustigeaient le droit de conquête en acte sont au pied du mur : se pourrait-il qu’ils finissent par s’en accommoder lorsque celui-ci s’affuble d’une théologie de pacotille ?

La tentation serait, éventuellement, pour certains esprits (qui s’imaginent fins et ne sont que retors) de jouer au plus malin : après tout, les ruses de l’Histoire étant infinies, il se pourrait bien que la droite expansionniste israélienne, en annexant la Cisjordanie, se tire dans le pied : le résultat, à terme étant un seul État dans lequel Juifs et Arabes seraient en nombre à peu près égal (cinq millions pour chaque « communauté »).

Ergo, un tel État ne pouvant être que celui de tous ses citoyens, à parts et droits égaux, la situation serait alors susceptible de se retourner en faveur des Palestiniens ou du moins en contribuant à une liquidation progressive des bases ethnocentriques de l’État sioniste. Et donc, les voies de l’Histoire étant sinueuses et insondables, let’s wait and see, inutile de se précipiter pour dénoncer cette annexion annoncée qui, un jour ou l’autre, finira par revenir en boomerang dans la figure de ses promoteurs…

Cette tentation, outre qu’elle serait, une fois de plus, le commode alibi de la « distraction » et de la passivité face à la pratique constante de l’État sioniste consistant à mettre en œuvre et valider face au monde son propre droit et l’usage à ses fins propres de l’exception comme règle (en matière d’armement nucléaire, entre autres), est fondée sur l’illusion que, de l’addition de capitulations devant le fait accompli peut résulter un (plus) grand bien – pieuse rêverie dont sont pavés les cimetières de l’histoire du XX° siècle.

C’est la pente sur laquelle les chancelleries occidentales, à la remorque des États-Unis, essaient de nous entraîner depuis des décennies : le « réalisme », c’est que les Palestiniens « fassent des concessions », acceptent le vol de leur terre par les colons et son quadrillage par l’armée israélienne, qu’ils acceptent d’« échanger » « la paix » contre des portions de territoire, la « sécurité » contre des abandons de souveraineté, etc. Et ceci pour quel résultat ?

Pour se rendre à l’évidence, des décennies et des décennies plus tard, que, tout compte fait et à la réflexion, même d’un État-croupion palestinien, même d’une souveraineté palestinienne factice, les dirigeants et la majorité de la population israéliens ne veulent pas. Ce qu’ils veulent, c’est le « Grand Israël », un État ethnique, un État juif étendu aux confins de la Jordanie et de la Syrie (dont ils ont déjà annexé une partie – le plateau du Golan).

Ce n’est pas parce que l’expérience des dernières décennies a vu s’envoler en fumée la perspective d’une coexistence de deux États, l’un « juif » dans sa définition ethnique et l’autre palestinien, que tout deviendrait miraculeusement possible, au nom d’un réalisme relancé, dopé aux hallucinogènes trumpistes et surtout au mépris souverain du droit international. C’est, dans cette situation de confusion redoublée suscitée par l’arrivée aux affaires du Néron de l’immobilier new-yorkais, dans cette situation précisément qu’il faut rappeler que l’occupation de la Cisjordanie est illégale au regard du droit international, qu’elle ne se négocie pas, que le préalable à tout règlement du conflit israélo-palestinien est le retrait de l’armée israélienne des territoires occupés, le démantèlement des colonies, la restitution de Jérusalem-Est aux Palestiniens. Le droit international, tout le droit, rien que le droit – et la fin de « l’exception israélienne » en la matière.

Rien de plus repoussant à ce propos que les prêches de la presse de référence française ne cessant d’incriminer, à parts égales, la mauvaise volonté et les calculs stériles des deux parties en présence : si déliquescence et corruption de la direction palestinienne en Cisjordanie il y a, ce qui n’est plus à démontrer, c’est là avant tout un effet induit de la politique de l’État sioniste acharné depuis toujours à empêcher l’émergence d’un interlocuteur politique digne de ce nom du côté palestinien.

La soi-disant direction palestinienne sise à Ramallah n’est, de façon toujours plus flagrante, qu’un agrégat de clients de l’État sioniste. Moins que jamais la fiction des deux parties auxquelles leurs tuteurs occidentaux devraient « tordre le bras » en vue de les obliger à s’entendre (la fiction d’Oslo) n’a la moindre consistance. C’est, comme il apparaît aujourd’hui en pleine lumière, Israël qui conduit le bal et celui-ci ressemble plus que jamais à une campagne de conquête coloniale plutôt qu’à un « processus de paix ».

Ceux qui s’imaginent qu’il découlerait de la nature démocratique de l’État d’Israël qu’un redéploiement de celui-ci incluant la Cisjordanie (ou une partie de celle-ci) que cet État rassemblant des Juifs, des Arabes (et quelques autres) serait voué à être un État de tous ses citoyens sont de grands enfants – ou alors des hypocrites.

Un tel État serait, bien sûr et plus que jamais, un État sécuritaire policier et ultra-militarisé avant tout ; un État qui attribuerait à chacun sa place, comme le faisait la France en Algérie au temps de la colonisation – ces places n’étant, pour le moins, pas égales ; un État dans lequel les conditions juridiques, civiles et civiques des uns et des autres seraient hiérarchisées et infiniment variables – on peut faire confiance aux juristes du cru pour mettre tout ça en musique dans des formes suffisant à apaiser les scrupules et réserves de l’opinion démocratique occidentale ; bref, un État d’apartheid sophistiqué, relayé par une puissante machine à expulser (plutôt qu’à assimiler), de surcroît : ce ne seraient pas les prétextes sécuritaires qui manqueraient alors pour rendre la vie impossible à toute une fraction de la population palestinienne dans l’espoir de la contraindre à l’exil, voire à expulser manu militari tous ceux qui seraient épinglés comme constituant un danger vital et immédiat pour la sécurité de l’État et de la population – une figure qui nous est devenue familière dans le contexte de la « lutte contre le terrorisme ».

Il n’est pas trop tôt pour le dire – plutôt un peu tard, déjà : à tous égards, l’annexion de la Cisjordanie, tout ou partie, par l’État d’Israël, telle qu’elle est en marche aujourd’hui, constituera, si elle se confirme, est un désastre politique annoncé, tant pour les Palestiniens que pour le Moyen-Orient. Elle serait pour la gauche non sioniste et antisioniste internationale une déroute, tant morale que politique. Il est donc plus que temps de nus demander, toutes affaires cessantes : que faisons-nous pour nous opposer à ce désastre et à cette déroute ?

Alain Brossat publié sur 

Médiapart


01 mars 2017

Sandrine Mansour, comment se construit l'identité palestinienne

« Petit à petit, indique Sandrine Mansour, la revendication va accentuer le côté palestinien car les régionalismes ont du sens : on s’aperçoit de traditions spécifiques à chaque région malgré les nombreuses similitudes avec les Libanais ou les Syriens dans la nourriture ou le folklore. Vers 1912-1915, juste avant la déclaration Balfour, la revendication devient palestinienne. Celle-ci s’affirme ensuite face à la conférence de la paix de Paris, en 1919, qui entend décider de l’identité des peuples de la région.Mais cette revendication est tout d’abord le fait des élites musulmanes, chrétiennes et juives de Palestine. D’ailleurs les élites juives sont également opposées à l’arrivée des juifs européens sionistes qui ont pour eux un mépris hérité du racisme colonial face aux Arabes... »

Reprenons l'interview de Sandrine Mansour...

Michel Peyret


L’identité palestinienne au début du XXe siècle

 

http://enfantsdepalestine.org/article/l-identite-palestinienne-au-debut-du-xxe-siecle 

 

Soumis par abnah le jeu, 23/02/2017 - 10:53

Loin d’être un désert, comme l’affirmera le sionisme plus tard, la Palestine d’avant la déclaration Balfour de 1917 est un carrefour culturel très riche. Au début du XXe siècle, cette terre commence à affirmer son identité, arabe puis palestinienne, face à la férule ottomane. Sandrine Mansour, historienne spécialiste de la région, a répondu à nos questions sur la population palestinienne et ses revendications à cette époque.

Pouvez-vous nous décrire la population vivant en Palestine dans la période qui précède la déclaration Balfour, c’est-à-dire au début du XXe siècle ?

Sandrine Mansour : Selon différents recensements d’époque, on considère qu’en 1914 il y a 750.000 habitants en Palestine. Au sein de cette population majoritairement musulmane, on trouve 11% de chrétiens et environ 5% de juifs. Il s’agit d’une population arabe, toutes religions confondues, assez typique du Moyen-Orient, qui compte 60% d’agriculteurs. Les villes principales, concentrant les élites et l’activité économique et journalistique, sont Haïfa, Jérusalem et le port de celle-ci : Jaffa.

Aux côtés de la majorité arabe, vivent également des étrangers : des Grecs et des Iraniens notamment. La société est assez cosmopolite car à l’époque il n’y a pas de frontières : l’Empire ottoman est très vaste et découpé en régions administratives mais sans séparations strictes. Le Moyen-Orient, et en particulier le Levant, constitue donc un véritable carrefour pour le commerce et les échanges avec beaucoup de passages. Gaza, par exemple, est un port qui permet de rejoindre d’autres régions et le chemin de fer arrive à Haïfa au début du XXe siècle, en 1901. Les échanges sont également culturels, intellectuels et politiques.

Parmi les autres étrangers présents en Palestine, beaucoup sont des marchands installés ici pour le commerce. Certains sont arrivés d’Afrique du nord en faisant les pèlerinages à Jérusalem, y créant le quartier des Maghrébins. On trouve également les fidèles du bahaïsme, une religion persécutée en Perse, qui trouvent refuge sur place. Les raisons religieuses sont donc parfois présentes en parallèle avec les raisons économiques. Des Européens résident aussi en Palestine. Des familles françaises sont venues s’y installer pour développer le commerce de matériaux de construction. En effet, la France, grande puissance catholique, possède des propriétés religieuses en Palestine : hôpitaux, écoles, orphelinats etc. Mais des Anglais et des Italiens y vivent également. Cette dimension cosmopolite est très importante pour bien comprendre la situation à cette période, notamment face à l’image qu’en a donné le sionisme plus tard.

A partir de la réforme des tanzimat, la « réorganisation » du milieu du XIXe, les Ottomans délèguent le pouvoir aux élites locales. L’administration est donc faite par les Palestiniens sous surveillance de la Sublime Porte. Il reste bien-sûr des militaires turcs sur place, notamment en cette période de fortes tensions avec l’Europe. D’ailleurs, les alliés, surtout Français et Anglais, souhaitent alors en découdre avec l’Empire en partie pour récupérer la Palestine.

Aux côtés de la majorité de la population paysanne, les fellahs, il existe une élite bourgeoise de grands propriétaires terriens et une élite citadine. Cette dernière bénéficie du développement des écoles par les Ottomans mais aussi de celles fondées par les étrangers qui leur permettent d’acquérir la maîtrise de plusieurs langues et parfois d’aller étudier à La Sorbonne ou en Angleterre. Devenus journalistes, médecins ou avocats, ceux-là composent une élite intellectuelle et politique pas encore tout à fait organisée mais qui commence à se mettre en place avec des revendications contre le pouvoir ottoman. Ces idées se confondent avec celle, plus large, d’une indépendance arabe que l’on retrouve dans la littérature du mouvement de la nahda, la « renaissance » en arabe. Cette idée d’indépendance intègre aussi des revendications de langue, le retour à l’arabe pour tous les documents administratifs, et une relecture de l’islam en fonction du monde arabe et non turc.

Les élites sont musulmanes mais aussi chrétiennes. Quant aux juifs, ils sont souvent assez pauvres et peu éduqués à l’époque. D’ailleurs les élites de la diaspora juive, comme les Rothschild, auront d’abord comme idée, avant le sionisme, de construire des écoles en Palestine afin de rendre les juifs égaux dans l’éducation. Cela ne marchera pas au début car les juifs préféreront garder leurs méthodes traditionnelles.

A cette époque, existe-t-il déjà des tensions entre les différentes communautés religieuses de Palestine ?

Les tensions n’apparaissent qu’à l’arrivée des juifs européens, surtout après la déclaration Balfour. Mais à partir de 1917, les Palestiniens ont conscience d’être sous deux épées de Damoclès. Autant les régions voisines savent qu’elles sont convoitées par la France et l’Angleterre pour leurs ressources et leur main d’œuvre bon marché, autant la Palestine est également convoitée par les sionistes.

En réalité, au départ, les sionistes s’étaient intéressés à l’Argentine et à l’Ouganda mais cela n’a pas abouti. Néanmoins, ils ne pensaient pas que les Britanniques leur laisseraient une part du gâteau ottoman. Ces derniers se serviront pourtant du sionisme pour obtenir la Palestine face à la France qui la convoite aussi. Il s’agit véritablement d’un jeu de rapports de force dans lequel les grandes puissances vont se servir des pièces présentes sur l’échiquier.

A partir de la fin du XIXe siècle, quand le mouvement sioniste élabore son projet sur la Palestine, les Palestiniens s’inquiètent et interpellent le sultan ottoman qui lui-même s’adresse à Théodore Herzl. Celui-ci lui répond qu’il s’agit seulement de projets de coopération pour le développement avec la population locale mais, en réalité, l’idée est bien de récupérer le territoire.

Les colonies juives apparaissent pendant la première Alyah à la fin du XIXesiècle mais ne prennent pas. En effet, les juifs repartent car ce sont des citadins européens, et non des agriculteurs, qui ont du mal à supporter les conditions climatiques et préfèrent se rendre aux Etats-Unis ou dans d’autres pays. Ces premières colonies ne sont donc pas problématiques sur le terrain.

Les vraies tensions interviennent à partir de la déclaration Balfour, période pendant laquelle les Palestiniens commencent à revendiquer leur droit à l’autodétermination telle que défendue par le président américain Wilson. Au cours des années 1920 on assiste aux premiers heurts lorsque les Palestiniens s’aperçoivent que les juifs sont là pour récupérer des territoires, et on lit dans certaines lettres de 1919-1920 cette inquiétude face au remplacement de population. Les élites ont vraiment conscience de la situation et cela se retrouve dans les journaux, les deux principaux sont Falastin de Jaffa et Al-Karmil de Haïfa, qui font un vrai travail d’analyse et traduisent la presse occidentale et celle en hébreu.

Avant cela il n’y a pas du tout de tensions entre les différentes communautés qui cohabitent pacifiquement. Cela n’a jamais posé de problèmes et dans les écoles les trois religions se côtoient. Un modèle que l’on retrouve dans l’ensemble du monde arabe. La seule différence est appliquée par l’administration ottomane qui divise la population entre les musulmans et les dhimmis, « les protégés », c’est-à-dire les gens du Livre. Le dénominateur commun de cette population étant la langue arabe.

De quand peut-on dater l’émergence d’une identité palestinienne revendiquée par la population locale ?

L’identité existe depuis longtemps car les Palestiniens savent ne pas être Ottomans, c’est une revendication lointaine. Cependant on peut dire qu’elle se concrétise vers 1899-1900. Mais cette revendication porte d’abord sur le fait d’être arabe et ensuite soit palestinien, soit syrien. C’est d’ailleurs l’époque de l’idée d’une grande Syrie, Bilad el-Cham, où sont aussi intégrés les Libanais et les Palestiniens.

Petit à petit, la revendication va accentuer le côté palestinien car les régionalismes ont du sens : on s’aperçoit de traditions spécifiques à chaque région malgré les nombreuses similitudes avec les Libanais ou les Syriens dans la nourriture ou le folklore. Vers 1912-1915, juste avant la déclaration Balfour, la revendication devient palestinienne. Celle-ci s’affirme ensuite face à la conférence de la paix de Paris, en 1919, qui entend décider de l’identité des peuples de la région.

Mais cette revendication est tout d’abord le fait des élites musulmanes, chrétiennes et juives de Palestine. D’ailleurs les élites juives sont également opposées à l’arrivée des juifs européens sionistes qui ont pour eux un mépris hérité du racisme colonial face aux Arabes.

Pour les juifs locaux le projet sioniste n’a pas de sens puisqu’ils possèdent un autre rapport à la terre, ils se sentent palestiniens. Même si la religion reste une référence comme dans l’ensemble du Moyen-Orient, leur identité est arabe. Par ailleurs, il faut rappeler que la Palestine, en tant que berceau des trois religions monothéistes, les a toujours connues et n’a jamais pu être pensée autrement.

La déclaration Balfour sera un catalyseur pour la revendication de l’identité, notamment face au colonisateur britannique. Mais un débat perdurera pendant les années 20 sur le sujet pour savoir si cette identité est palestinienne ou syrienne, on trouve des lettres revendiquant les deux à l’époque. Ensuite, l’idée palestinienne l’emportera face à l’histoire syrienne qui est, elle-même, colonisée par la France et se voit séparée du Liban.

 Sandrine Mansour est historienne spécialisée sur l’histoire du monde arabe, en particulier sur la Palestine, et chercheuse associée au Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (CRHIA) à l’université de Nantes.

Propos recueillis par la Plateforme Palestine

17 février 2017

Jérusalem, une capitale « impossible » ?

 

« Au final, quel avenir pour Jérusalem ?, interroge Delphine Froment. Proclamée depuis 1980 capitale éternelle et indivisible de l’Etat d’Israël, Jérusalem a-t-elle trouvé là une conclusion à son histoire plurimillénaire ? Les auteurs insistent plutôt sur le « point de bifurcation » où elle se trouve : sa capitalisation, mal acceptée à l’international, ne saurait cacher que Jérusalem est la moins juive des grandes métropoles d’Israël ; et Jérusalem « demeure plus que jamais une capitale paradoxale, voire une capitale “impossible”, tiraillée par son triple statut de capitale universelle, nationale et binationale »; d’ailleurs, il est encore aujourd’hui impossible de savoir comment trancher le sort de Jérusalem pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien (la question du statut de la ville est tellement problématique et complexe qu’elle n’a pas été intégrée aux négociations de 1993 entre Israéliens et Palestiniens)... »

Reprenons le compte-rendu de Delphine Froment...

Michel Peyret


Les clés du Moyen-Orient

Vincent Lemire (dir.), Jérusalem. Histoire d’une ville-monde 

Article publié le 21/12/2016

Compte rendu de Delphine Froment


S’affranchir des débats passionnés et idéologiques pour retracer la longue histoire de la ville « trois fois sainte » : tel est le défi relevé par l’ouvrage dirigé par Vincent Lemire aux éditions Flammarion, et paru à l’automne 2016. Et ce défi n’était pas des moindres : Jérusalem, que Julien Gracq qualifiait de « ville épileptique » en 1967, ne se situe-t-elle pas, depuis plus de deux millénaires, au croisement des religions monothéistes et de leurs traditions ? N’est-elle pas au cœur d’imaginaires et de fantasmes identitaires ? Ce lourd héritage ne rend-il pas son histoire d’autant plus difficile à écrire ? « Jérusalem ne s’appartient pas, Jérusalem n’est pas à Jérusalem, Jérusalem est une ville-monde, une ville où le monde entier se donne rendez-vous, périodiquement, pour s’affronter, se confronter, se mesurer » (1). Partant de ce constat, les auteurs de cet ouvrage ont tenté de contrer les représentations fantasmées de Jérusalem pour en proposer une relecture « à la fois contextualisée et située, diachronique et géographique » (2).

Refaire de Jérusalem un objet d’histoire

Ce vaste programme est inédit dans l’historiographie. Dans son introduction, Vincent Lemire montre que de manière paradoxale, alors que Jérusalem regorge de monuments et de vestiges, elle est une ville « sans histoire », trop souvent « asphyxiée par des mémoires qui court-circuitent et brouillent la chronologie » (3). Devant la difficulté de passer outre cet héritage mémoriel multiple, jamais une telle synthèse de cette ville n’avait été proposée : cette tentative de faire une « nouvelle histoire de Jérusalem » ne peut donc être que saluée.

D’autant qu’à cette entreprise s’ajoute une autre volonté : celle de faire une histoire incarnée de la ville, en prêtant attention à la topographie, au relief, à la situation, à l’urbanisme et au peuplement. Car, comme le souligne Vincent Lemire, la géographie est l’autre grande absente de l’historiographie de Jérusalem, tant elle est supplantée par les analyses géopolitiques : « l’histoire de Jérusalem est généralement racontée sans que les lieux (rues, monuments, collines, vallées, sources, roches, grottes, murailles, cimetières) soient autre chose qu’une carte d’état-major ou qu’un simple décor à usage folklorique ou patrimonial » (4).

Pour ce faire, une large panoplie de cartes ainsi qu’une chronologie de référence pour l’histoire de la ville des origines à nos jours sont à trouver au fil du texte et en annexe de ce livre.

Quatre auteurs se sont partagé l’écriture de cette grande synthèse (430 pages de texte) :

- Vincent Lemire, directeur de cette publication, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée. Ses recherches portent sur Jérusalem et le Proche-Orient contemporain : dans sa thèse, il s’est intéressé à la question de l’eau à Jérusalem entre la fin du xixe siècle et la mise en place de l’État d’Israël (La Soif de Jérusalem, 1860-1948. Essai d’hydrohistoire, Paris, Publications de la Sorbonne, 2010). Il a plus récemment publié un autre ouvrage, à nouveau centré sur l’histoire de Jérusalem au début du XXe siècle : Jérusalem 1900. La ville sainte à l’âge des possibles, Paris, Armand Colin, 2013. Il est également directeur du projet européen « Open Jerusalem ».

- Katell Berthelot, historienne des religions, et plus particulièrement du judaïsme ancien. Avec Dionigi Albera, elle a notamment publié aux éditions Flammarion en 2013 Dieu, une enquête. Judaïsme, christianisme, islam, ce qui les distingue, ce qui les rapproche. Directrice au CNRS, rattachée au Centre Paul-Albert Février, elle a séjourné de 2007 à 2011 au Centre de recherche français de Jérusalem (CRFJ).

- Julien Loiseau, maître de conférences habilité à diriger des recherches à l’université Paul-Valéry Montpellier-3, et directeur du Centre de recherche français de Jérusalem (CRFJ). Spécialiste de l’Orient médiéval, on lui doit notamment sa très belle monographie sur les Mamelouks (Les Mamelouks. Une expérience politique dans l’Islam médiéval, Paris, Seuil, 2014).

- Yann Potin, historien et archiviste, chargé d’études documentaires principal aux Archives nationales, maître de conférences associé en histoire du droit à l’Université Paris Nord, membre du comité de pilotage du projet européen « Open Jerusalem ». Tout comme Julien Loiseau, il a participé à la coordination de L’Histoire du monde au XVe siècle, dirigée par Patrick Boucheron et parue chez Fayard en 2009.

Jérusalem, de l’âge du bronze à nos jours : construction d’une « capitale impossible »

Ces quatre auteurs signent ainsi une riche synthèse, qui se lit aisément et retrace toute l’histoire de la ville de Jérusalem, de l’âge du bronze à nos jours. Sept chapitres découpent de manière chronologique un passé plurimillénaire.

Loin de vouloir résumer ici le contenu de cet ouvrage aussi dense qu’éclairant, contentons nous d’énumérer les points principaux de ces chapitres, afin de refixer les très grandes lignes de l’histoire de Jérusalem : le premier chapitre se penche sur la période antique de la ville, jusqu’à la provincialisation romaine de la Judée, et y décrit la naissance du judaïsme, première religion à ériger Jérusalem en ville sainte ; le deuxième chapitre revient sur la période tardive et du haut Moyen Âge, en cherchant à montrer les multiples croisements entre la civilisation romaine et les traditions judéo-chrétiennes – croisements qui participent pleinement de l’évolution de la ville ; le troisième chapitre se consacre à la Jérusalem des Omeyyades et des Abbassides, de la conquête arabe au viie siècle à celle des croisés en 1099 – date qui marque le début des longues et âpres luttes pour la ville désormais trois fois saintes : en quelques siècles, Jérusalem passe et repasse aux mains de divers belligérants. Ainsi, le quatrième chapitre est dédié au royaume franc dont Jérusalem fut la capitale de 1099 à 1197 ; mais en 1197, la ville est reprise par Saladin et dirigée par les Ayyoubides puis par les Mamelouks qui parviennent à vaincre les hordes mongoles de Hülegü (petit-fils de Gengis Khan) en 1260 à la bataille de ‘Ayn Jalut, et entrent dans Jérusalem en 1261, inaugurant sept siècles de domination turque à Jérusalem ; cette domination turque, c’est donc d’abord celle des Mamlouks qui succèdent aux Ayyoubides (chapitre 5), puis celle des Ottomans (chapitre 6).

Cette longue domination est synonyme de grande stabilité pour la ville. Or, lorsque l’Empire ottoman disparaît au sortir de la Première Guerre mondiale, cette stabilité vole également en éclat ; la Jérusalem du xxe siècle est au contraire marquée par une période de ruptures et de fractures : « L’image qui s’impose est celle d’une ville en guerre, ou plutôt d’une succession de guerres qui chacune réorientent le destin de la Ville sainte » (5).

De la Première Guerre mondiale à l’intifada al-Aqsa (2000-2004), le septième et dernier chapitre montre combien Jérusalem est sans cesse tiraillée entre plusieurs peuples ; il nuance néanmoins cette idée de simple fracture, et insiste sur certaines continuités (notamment un relatif équilibre démographique entre les communautés tout au long du xxe siècle, avec un léger avantage pour la population juive).

Au final, quel avenir pour Jérusalem ? Proclamée depuis 1980 capitale éternelle et indivisible de l’Etat d’Israël, Jérusalem a-t-elle trouvé là une conclusion à son histoire plurimillénaire ? Les auteurs insistent plutôt sur le « point de bifurcation » où elle se trouve : sa capitalisation, mal acceptée à l’international, ne saurait cacher que Jérusalem est la moins juive des grandes métropoles d’Israël ; et Jérusalem « demeure plus que jamais une capitale paradoxale, voire une capitale “impossible”, tiraillée par son triple statut de capitale universelle, nationale et binationale » (6) ; d’ailleurs, il est encore aujourd’hui impossible de savoir comment trancher le sort de Jérusalem pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien (la question du statut de la ville est tellement problématique et complexe qu’elle n’a pas été intégrée aux négociations de 1993 entre Israéliens et Palestiniens).

Au-delà des communautarismes : circulations, échanges, interactions

La richesse de cette longue histoire de Jérusalem réside également (voire surtout ?) dans sa capacité à mettre en avant les porosités entre les traditions des trois monothéismes : circulations, échanges, transferts et interactions sont à l’honneur dans cette histoire. Par exemple, le chapitre 6 montre combien, en 1908, à Jérusalem, la promulgation de la Constitution par les Jeunes-Turcs donne lieu à des scènes de liesse entre les citoyens de toutes les communautés et confessions, qui fraternisent entre eux ; en effet, cette nouvelle promulgation d’une Constitution d’inspiration libérale (qui avait déjà été promulguée en 1876, mais suspendue presque immédiatement) est accueillie avec joie par les minorités nationales qui espèrent pouvoir vivre une démocratisation de l’Empire ottoman ; or, les auteurs de montrer que « le slogan “liberté, égalité, justice” s’est concrétisé par le libre accès de tous les habitants à l’ensemble des lieux saints de la ville » (7).

Cette approche permet ainsi de sortir d’une vision d’une Jérusalem qui aurait été, de tout temps, sclérosée par les communautarismes – alors que les conflits et difficultés que connaît aujourd’hui le Proche-Orient se cristallisent justement autour des passions confessionnelles et communautaires, cette volonté de montrer qu’il n’en a pas toujours été ainsi est à saluer : « Cette simple anecdote permet de mesurer combien est singulière l’histoire de Jérusalem dans ces années 1900, combien il est difficile aujourd’hui de se la représenter, mais aussi combien il est nécessaire d’en conserver la trace » (8).

C’est là l’un des plus grands mérites de cette riche et brillante analyse.

Notes :

(1) Vincent Lemire (dir.), Jérusalem. Histoire d’une ville-monde, Paris, Flammarion, p. 7.
(2) Ibid., p. 13.
(3) Ibid., p. 11.
(4) Ibid., p. 12.
(5) Ibid., p. 353.
(6) Ibid., p. 414.
(7) Ibid., pp. 348-349.
(8) Ibid., p. 350.

Vincent Lemire (dir.), Jérusalem. Histoire d’une ville-monde, Paris, Flammarion, 2016.

Posté par Michel Peyret

Publié par  El Diablo

La PALESTINE historique n’a jamais été aussi MENACÉE

Les Palestiniens protestent contre la fermeture de la rue Shuhada, à Hébron, en Cisjordanie, le 27 février 2015 - Photo : ActiveStills.org

Les Palestiniens protestent contre la fermeture de la rue Shuhada, à Hébron, en Cisjordanie, le 27 février 2015 - Photo : ActiveStills.org

Daniel Vanhove – Que n’aura-t-on écrit, publié et produit comme livres, documents et informations sur les territoires palestiniens occupés, afin d’informer et d’attirer l’attention du plus grand nombre mais aussi des responsables politiques, sur le démembrement de la Palestine historique au profit de la colonie sioniste ?!

Sans le moindre résultat à la hauteur du drame qui y perdure. Sans la moindre réaction déterminée des autres nations. Comment le comprendre ?

Impossible à ce stade, de ne pas revenir quelques années en arrière et de comprendre à la lumière des événements qui se sont succédés depuis, à quel point les Accords d’Oslo ont été une erreur stratégique du président Arafat. Les Palestiniens, trop naïfs, se sont faits piéger – une fois de plus – au plus grand bénéfice de la sournoise idéologie sioniste qui poursuit son objectif : le vol et l’accaparement de toutes les terres palestiniennes. L’art et la maîtrise d’une diplomatie d’un pays réside dans sa capacité à s’adapter aux événements. Or, depuis ces Accords, la situation en Palestine occupée continue de se déliter, au seul profit du projet sioniste. Et il faut bien constater que ni Y. Arafat à l’époque, ni le gouvernement actuel de M. Abbas – collaborationniste s’il en est – n’ont su réagir de manière adéquate, s’entêtant à poursuivre la chimère d’un « processus de paix » moribond et euthanasié au fil du temps par les sordides manœuvres israéliennes !

Loin d’y opposer la moindre contrainte qui eut pu ramener la partie israélienne à rentrer dans le rang, la courageuse diplomatie mondiale alignée sur celle des USA s’est retranchée derrière la même rhétorique éculée d’Oslo. Repoussant ainsi, la possibilité d’un partage acceptable (?) entre l’État israélien et l’improbable État palestinien, au point de le rendre totalement caduque à ce jour.

De même pour les associations et militants de la cause palestinienne dont la plupart persistent à poursuivre ce phantasme de « deux Etats vivant côte à côte dans une paix juste et durable ». Mantra usé jusqu’à la corde, inaudible pour le peuple palestinien, premier concerné et qui n’y croit plus. Quel aveuglement, à la limite de la bêtise, dont les autochtones paient le prix le plus fort, quand d’aucun poursuivent leurs manifestations stériles et de plus en plus clairsemées à défendre des Accords dont tout le monde sait qu’ils sont devenus irréalisables. A ce stade, il faut craindre que tant les associations que leurs militants n’aient rien compris de ce qui se joue sur le terrain, servant d’idiots utiles à la poursuite d’une colonisation intensive. De la même manière que les États, ces associations n’ont pas su s’adapter aux contingences.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

La Palestine historique n'a jamais été aussi menacée

La Palestine historique n'a jamais été aussi menacée

Que n'aura-t-on écrit, publié et produit comme livres, documents et informations sur les territoires palestiniens occupés, afin d'informer et d'attirer l'attention du plus grand nombre mais auss...

 

http://chroniquepalestine.com/palestine-historique-ja

16 février 2017

Palestine, toujours de nouvelles colonies d'Israël

 

« Comme l’Histoire ne s’arrête jamais, indique l'article , depuis l’élection de D. Trump aux USA, les forfaits dans ces territoires amplement fractionnés semblent s’accélérer. En ce moment même, la droite la plus extrême d’Israël au pouvoir, met les bouchées doubles pour accaparer dans une indifférence quasi générale, le maximum de terres qu’elle vole désormais sans retenue aux Palestiniens, pour y implanter de nouvelles colonies et en légaliser d’autres – pourtant TOUTES illégales aux yeux du Droit international – dès lors qu’elle a compris avoir le feu vert de la nouvelle administration américaine. Et que le reste du monde, tant arabe qu’européen ou asiatique s’en fout. Même l’ONU en est réduite à ses discours pitoyables, réitérant « ses inquiétudes » ou prenant des Résolutions jamais respectées !... »

Reprenons l'ensemble de l'article...

Michel Peyret


http://enfantsdepalestine.org/article/la-palestine-historique-n-a-jamais-ete-aussi-menacee 

La Palestine historique n’a jamais été aussi menacée

 

Soumis par abnah le dim, 12/02/2017 

Sans le moindre résultat à la hauteur du drame qui y perdure. Sans la moindre réaction déterminée des autres nations. Comment le comprendre ?

Impossible à ce stade, de ne pas revenir quelques années en arrière et de comprendre à la lumière des événements qui se sont succédé depuis, à quel point les Accords d’Oslo ont été une erreur stratégique du président Arafat. Les Palestiniens, trop naïfs, se sont faits piéger – une fois de plus – au plus grand bénéfice de la sournoise idéologie sioniste qui poursuit son objectif : le vol et l’accaparement de toutes les terres palestiniennes. L’art et la maîtrise d’une diplomatie d’un pays réside dans sa capacité à s’adapter aux événements. Or, depuis ces Accords, la situation en Palestine occupée continue de se déliter, au seul profit du projet sioniste. Et il faut bien constater que ni Y. Arafat à l’époque, ni le gouvernement actuel de M. Abbas – collaborationniste s’il en est – n’ont su réagir de manière adéquate, s’entêtant à poursuivre la chimère d’un « processus de paix » moribond et euthanasié au fil du temps par les sordides manœuvres israéliennes !

Loin d’y opposer la moindre contrainte qui eut pu ramener la partie israélienne à rentrer dans le rang, la courageuse diplomatie mondiale alignée sur celle des USA s’est retranchée derrière la même rhétorique éculée d’Oslo. Repoussant ainsi, la possibilité d’un partage acceptable (?) entre l’État israélien et l’improbable État palestinien, au point de le rendre totalement caduque à ce jour.

De même pour les associations et militants de la cause palestinienne dont la plupart persistent à poursuivre ce fantasme de « deux Etats vivant côte à côte dans une paix juste et durable ». Mantra usé jusqu’à la corde, inaudible pour le peuple palestinien, premier concerné et qui n’y croit plus. Quel aveuglement, à la limite de la bêtise, dont les autochtones paient le prix le plus fort, quand d’aucun poursuivent leurs manifestations stériles et de plus en plus clairsemées à défendre des Accords dont tout le monde sait qu’ils sont devenus irréalisables. A ce stade, il faut craindre que tant les associations que leurs militants n’aient rien compris de ce qui se joue sur le terrain, servant d’idiots utiles à la poursuite d’une colonisation intensive. De la même manière que les États, ces associations n’ont pas su s’adapter aux contingences.

Comme l’Histoire ne s’arrête jamais, depuis l’élection de D. Trump aux USA, les forfaits dans ces territoires amplement fractionnés semblent s’accélérer. En ce moment même, la droite la plus extrême d’Israël au pouvoir, met les bouchées doubles pour accaparer dans une indifférence quasi générale, le maximum de terres qu’elle vole désormais sans retenue aux Palestiniens, pour y implanter de nouvelles colonies et en légaliser d’autres – pourtant TOUTES illégales aux yeux du Droit international – dès lors qu’elle a compris avoir le feu vert de la nouvelle administration américaine. Et que le reste du monde, tant arabe qu’européen ou asiatique s’en fout. Même l’ONU en est réduite à ses discours pitoyables, réitérant « ses inquiétudes » ou prenant des Résolutions jamais respectées !

Sur le terrain, loin des propos lénifiants et des rêves éveillés des belles âmes, qu’en est-il ? En parallèle à ce pillage éhonté mené au galop, les assassinats de civils en Cisjordanie se multiplient ; les incursions de colons protégés par l’armée sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem également ; le nombre d’arrestations et d’emprisonnements augmente ; et plus inquiétant, des bombardements aériens de l’armée israélienne s’intensifient sur la Bande de Gaza. Ajoutant au stress permanent que subissent les habitants de cette enclave concentrationnaire, prisonniers depuis 10 ans d’encagement et d’embargo.

Par le passé, de tels bombardements étaient pratiqués en vue d’affaiblir la résistance palestinienne avant une intervention militaire d’envergure. Présagent-ils la prochaine guerre qu’Israël voudrait mener contre Gaza ? Et sont-ce ces plans inavoués qui occasionnent dans la foulée, le renforcement actuel de leurs forces terrestres et maritimes ?

A ce stade, aucun pays ne semble réagir. En attente de ce que l’imprévisible nouvel occupant de la Maison Blanche va faire, d’autant que le 1er ministre israélien arrive aux USA dans quelques jours. Ici-et-là, certains trouvent comme à chaque fois quelque circonstance atténuante à l’entité sioniste qui a « le droit de se défendre » ! Ces bombardements s’inscriraient donc dans des « mesures préventives » admises de facto dès qu’il s’agit d’Israël. Mais pour se défendre contre qui, dès lors qu’il est la puissance occupante !? C’est donc à un renversement de toute notion de Justice auquel on assiste, où le coupable se présente à l’extérieur et aux médias comme victime. Qualifiant du même coup les résistants, de terroristes. Et nos gouvernements, par leur manque de rigueur, de probité et de courage politique, n’ayant aucune cohérence dans leurs propos et prises de position, révèlent combien ils sont hypocrites, menteurs et dès lors complices et coupables de cette situation.

Ceux qui suivent la situation me diront peut-être qu’il n’y a-là pas grand-chose de neuf dans la dérive qui prévaut dans la région depuis la partition de la Palestine en 1947. Sauf que ce qui change, est le contexte global des événements en cours. Tentons d’en dresser une topographie rapide :

– la première intervention en Irak décidée par le père Bush en janvier 1991 a entraîné tout le M-O dans le chaos. Nos « amis » américains – ah, le bel euphémisme – y ont multiplié leurs sales guerres pour les oléoducs et hydrocarbures, maquillées sous les prétextes humanitaires habituels qu’il n’y a plus que les bobos de gôôche pour les accréditer, genre BHL, Kouchner, Glucksmann, Bruckner, Adler et autres sombres sionistes qui se succèdent sur les ondes, à justifier ces crimes déguisés sous le label du « droit d’ingérence » ;

– après leurs échecs en Afghanistan, puis en Irak, les USA et la coalition dont fait partie l’UE à travers l’OTAN, ainsi qu’Israël, viennent d’essuyer un sérieux revers en Syrie. Le gouvernement officiel syrien soutenu par la Russie, l’Iran et les forces du Hezbollah libanais gagnent sur les mercenaires d’Al Qaïda et ses nébuleuses protéiformes, financées, formées et armées par nos États (!) ;

– les mêmes « amis » américains, alliés aux Britanniques et aux Israéliens (!) sont enlisés dans leur guerre par procuration menée par l’Arabie saoudite au Yémen, dont presque aucun média mainstream ne parle – on attend toujours les perspicaces analyses des nombreuses pleureuses d’Alep – comme lorsqu’il s’agissait de condamner le tyran B. Al Assad. Mais la résistance yéménite se révèle beaucoup plus robuste que les stratèges américano-israélo-saoudiens ne l’avaient imaginée, au point que les doutes s’installent là-aussi, et que certains princes n’osent même plus dormir dans leurs palais de Ryad;

– en Israël, B. Netanyahu faisant l’objet d’un dossier compromettant où il risque 10 ans de prison pour corruption avérée, tente de détourner les regards sur l’accord nucléaire signé à Vienne entre l’Iran et les grandes puissances (USA, Russie, Chine, France, G-B, Allemagne) après 12 ans de négociations, pour le dénoncer et affirmer que suite à ce mauvais accord, le monde n’a jamais été aussi menacé – allégation obsessionnelle reprise ce week-end par le président Trump qui a déclaré cet accord « très mauvais » et a dans la foulée, décidé de nouvelles sanctions à l’encontre de l’Iran ;

– parallèlement et toujours pour détourner l’attention, Netanyahu entouré de ses généraux répète que le Hezbollah représente une menace directe pour Israël et attise les provocations par des incursions armées en territoire libanais ;

– le président Trump a nommé son gendre Jared Kushner issu lui-même d’une famille juive orthodoxe au poste de haut conseiller à la Maison Blanche, particulièrement pour les Affaires étrangères, ce qui présage des positions que le milliardaire de 36 ans pourrait avoir sur le dossier. Le président américain a révélé que ce dernier était à l’origine de son discours de campagne sur Israël, et pourrait donc l’aider à « être celui qui fera la paix entre Israël et les Palestiniens ». Avec le projet de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, qui en douterait ?!

– loin de calmer les esprits, les forces armées de différents États pro-occidentaux n’ont de cesse d’organiser des exercices militaires simulant des attaques des uns contre les autres, se rapprochant toujours des frontières de pays ciblés et décrits comme menaçants…

Les tensions sont donc à leur comble et le moindre dérapage de l’une des parties de cet échiquier géant pourrait réellement mettre le feu aux poudres et entraîner un embrasement général dont on peut craindre, comme toujours dans ces cas-là, ne pas savoir comment l’arrêter. Mais, la première victime est toute désignée : la Palestine historique risque bel et bien de passer sous contrôle israélien complet, hormis le camp d’extermination de Gaza où seraient entassés tout ce qu’il y a moyen d’entasser comme population, tant de Cisjordanie que d’ailleurs. Le peuple palestinien aurait de la sorte, sa terre pour y établir son État (360 km² !) que s’empresserait de reconnaître Israël qui se sera approprié tout le reste de la Cisjordanie avec Jérusalem, capitale éternelle de ces fous de Dieu !

Ces plans machiavéliques ne sont pas des cauchemars. Ils émanent d’observateurs palestiniens eux-mêmes, sont dans les cartons de l’administration israélienne et donc, américaine à coup sûr. Et il n’est pas exclu qu’un D. Trump y prête une oreille favorable, flattant au passage les illuminés qui y voient le signe du retour imminent du Messie !

Les Palestiniens ayant compris depuis longtemps qu’ils ne pouvaient réellement compter que sur eux-mêmes, n’ont qu’une issue pour éviter la perte définitive de leur terre : la résistance armée. L’avenir s’assombrit donc encore pour ce bout de terre et sa population courageuse qui risque dans les mois prochains, de passer de la colonisation à l’annexion pure et simple. Mais à quel prix ?!

* Daniel Vanhove est Observateur civil et membre du Mouvement Citoyen. Il a publié aux Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire : Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2004 et La Démocratie mensonge – 2008

Transmis par l’auteur.

 
Posté par Michel Peyret 

02 février 2017

Yonatan Shapira, Israël, le processus de fascisation se poursuit

 

« Le gouvernement israélien actuel, nous dit Yonatan Shapira, est le plus à droite que nous n’ayons jamais eu dans ce pays. Le racisme et l’ethnocentrisme est quelque chose qu’il tente généralement de masquer derrière d’autres valeurs. Mais désormais, les choses apparaissent plus clairement. Auparavant, le système sioniste masquait son véritable agenda avec des messages plus cosmétiques. C’est comme si nous vivions dans une maison aux murs couverts de papiers fleuris chatoyants, mais que derrière, le mur était totalement pourri en raison des contradictions, crimes, dénis. Mais à présent, en raison de la façon dont ce gouvernement agit, le papier peint tombe. Les murs rongés sont alors apparents et nous voyons aussi les fondements de la maison. Désormais, le processus de fascisation se poursuit et continuera en réaction aussi aux condamnations de la communauté internationale devant les actions d’Israël... »

 

Reprenons l'interview de Yonatan Shapira...

 

Michel Peyret


http://www.europalestine.com/spip.php?article12522

17 décembre 2016

 

Yonatan Shapira, ancien pilote israélien devenu refuznik, explique son soutien au boycott d’Israel

 

Interview de Yonatan Shapira, ancien capitaine de l’armée de l’air israélienne, par Middle East Eye. L’un des opposants israéliens auxquels nos medias ne donnent jamais la parole :



Yonatan Shapira, refuznik israélien (AFP)

 

"Yonatan Shapira est un « refuznik » israélien, un de celles et ceux qui refusent ouvertement de servir l’armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés. En 2003, il publiait avec 26 autres pilotes de l’armée une lettre ouverte dénonçant les attaques « illégales et immorales que l’État d’Israël effectue dans les territoires palestiniens ».

 

Depuis, l’ancien capitaine de l’armée de l’air, membre de l’élite militaire, fils d’un pilote de la guerre de 1973 et petit-fils de victimes du génocide juif, est devenu un activiste de la paix.

 

Indigné par le sort de Gaza, il tentera, avec d’autres, de pénétrer par trois fois dans l’enclave palestinienne par voie maritime, avec une simple cargaison de jouets et de fournitures scolaires. En 2010, à bord de L’Irène violemment arraisonnée par l’armée israélienne à 20 milles de Gaza, il sera touché par trois tirs de taser par ses ex-camarades de l’armée.

 

Depuis, il milite au sein du mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

 

Refuznik très actif, il est aussi l’un de ces « smolanim » ou gauchistes honnis par la droite et l’extrême-droite israéliennes.

 

MEE : Comment s’est fait votre cheminement politique et philosophique, de pilote dans l’armée israélienne à refuznik ?

 

Yonatan Shapira : J’ai grandi dans une base aérienne et je m’identifiais totalement avec Israël. J’adhérais à la narration sioniste qui pose que mon pays recherche la paix avec ses voisins et le monde, et souffre parce qu’il est entouré d’ennemis. C’est là typiquement le genre de narration selon laquelle les enfants de ce pays sont élevés.

 

J’ai simplement cessé de me soucier des miens seulement, et me suis préoccupé de tout le monde. J’ai cessé de m’inscrire uniquement dans une ethnie, une tribu, une religion ou une couleur. C’est un changement de perspective qui modifie tout. Toutes ces valeurs humanistes dans lesquelles j’ai grandi, je les ai appliquées à tous. Mais cela est un changement intenable pour ceux qui sont encore enfermés dans leur point de vue raciste.

 

Je dis souvent que parmi les morts ce jour-là, il y eut aussi le garçon naïf et sioniste que j’étais.

 

Je me suis toujours senti partie prenante de mon pays, c’est une part évidente de mon identité. Lorsque j’ai commencé à interroger la question du Bien ou du Mal qui était fait en mon nom, il a été plus facile de se sentir suffisamment confiant pour parler ouvertement. Quand bien même on me traitait de « traître » ou qu’on m’accusait de faire du mal à ce pays. Bien sûr, en devenant activiste, j’ai vu que mes paroles et actions pouvaient rendre les gens fous. Ainsi, quand j’ai taggué sur le mur du ghetto de Varsovie un graffiti « Libérez tous les ghettos, libérez Gaza », en Israël, les réactions ont été vives. Les gens ne comprenaient pas comment un ex-capitaine de l’armée de l’air pouvait comparer Gaza à un ghetto. Pour moi cela semblait pourtant évident.

 

MEE : Après quel événement avez-vous écrit la lettre des pilotes de 2003 qui appelle à refuser les missions « immorales » sur Gaza ?

 

YS : Il y a eu plusieurs événements mais ce fut spécifiquement les assassinats de combattants palestiniens par l’armée de l’air israélienne. Et de tous les civils autour d’eux. La lettre a succédé à la fameuse attaque contre un leader de la branche armée du Hamas [Salah Shehadeh, l’un des chefs présumés des Brigades Izz al-Din al-Qassam], le 22 juillet 2002. Une bombe d’une tonne fut larguée sur la maison de ce leader, causant la mort de quinze personnes, dont neuf enfants. Je dis souvent que parmi les morts ce jour-là, il y eut aussi le garçon naïf et sioniste que j’étais. Si je n’ai piloté que des engins de secours et n’ai jamais pris part à ce genre d’action, j’ai eu l’impression que ces actions de bombardements avaient été faites en mon nom.



Un enfant assis sur un amas de décombres à la suite de l’offensive israélienne de cinquante jours au cours de l’été 2014 (AFP)

 

MEE : Comment fut reçue cette lettre ?

 

YS : Nous étions, les vingt-six autres pilotes et moi, submergés par cette attaque. Douze ans plus tard, il y eut le massacre de Gaza [l’assaut israélien de 2014 qui a fait plus de 1 500 morts côté palestinien, 6 côté israélien]. En juillet 2002, l’armée israélienne lançait une bombe d’une tonne sur Gaza pour tuer Salah Shehadeh. Exactement à la même date, 12 ans plus tard, en 2014, l’armée israélienne a déversé 100 bombes d’une tonne dans la partie sud de Gaza, tuant encore plus de gens.

 

La situation devient toujours plus extrême, la dévastation causée [en 2014] par l’IDF [l’armée israélienne] rend ce qui s’est passé en 2002 presque insignifiant. À chaque attaque, c’est plus fou, avec plus d’enfants brûlés vivants, plus de gens tués.

 

Peu à peu, ils ont accepté les règles, s’identifiant avec le système. Maintenant, ce sont des meurtriers de masse

 

Après la publication de la lettre, les réactions furent très négatives dans l’establishment militaire. Mais nous avons aussi eu des soutiens surprenants de militaires. J’ai eu ainsi le soutien de mon commandant d’escadron. J’en fus surpris car cette lettre pouvait être considérée comme un acte de mutinerie. Cela montre la complexité des choses. D’autres pilotes ont exprimé leur soutien en privé mais ils précisaient qu’ils avaient trop peur des conséquences s’ils nous rejoignaient dans cet appel.

 

Je pourrais parler de ceux qui furent punis, mais il me semble intéressant de dire la complexité des choses. Ceux qui restent dans le système passent par un processus lent où ils finissent par accepter les choses. Beaucoup de pilotes qui étaient d’accord avec moi aimaient trop voler pour y renoncer. Peu à peu, ils ont accepté les règles, s’identifiant avec le système. Maintenant, ce sont des meurtriers de masse. Personne dans ce monde ne peut dire qu’il ne sera jamais fasciste du moment où il s’adapte et se trouve des excuses.

 

MEE : Vous parlez « d’objection grise », pouvez-vous explicitez cette notion ?

 

YS : C’est un phénomène général, pas seulement en Israël. Seule une minorité décide de s’exprimer ouvertement. Puis il y a ceux qui sont persuadés du bien-fondé du système. Et enfin il y a cette part floue de ceux qui sont mal à l’aise mais refusent de risquer leur stabilité sociale et trouvent des accommodements.

 

Il me semble que nous devons « coller » à ce que les Palestiniens veulent, à leur façon d’envisager leur lutte. Donc soutenir leur appel au mouvement BDS.


 

En Israël, certains trouvent des excuses pour ne pas servir en Cisjordanie ou pour ne pas participer à des attaques qu’ils désapprouvent intérieurement. Je sais que certains pilotes admettent qu’ils évitent de participer à ces missions. Ils se font porter pâles et évitent ainsi d’interroger un système qui produit oppression et crimes. Ce système tolère cette « objection grise », il produit un « consentement industriel ». Cela n’aide en rien car alors d’autres exécutent ces missions.

 

MEE : En 2003, vous êtes devenu un refuznik. Vous avez dit « non ». À quoi dites-vous « oui » désormais ?

 

YS : J’ai dit non au fait d’être partie prenante de ces attaques, de cette occupation, de cette oppression. Mais nous avons décidé, avec mes camarades, de participer à la construction des solutions de réconciliation. J’ai cofondé en 2005 une ONG, Combatants for Peace, qui réunit d’anciens combattants palestiniens et israéliens œuvrant ensemble de façon non violente contre l’occupation. Je n’en fait plus partie désormais. En effet, cette ONG est devenue trop prudente, d’une certaine façon.

 

Il me semble que nous devons « coller » à ce que les Palestiniens veulent, à leur façon d’envisager leur lutte. Donc soutenir leur appel au mouvement BDS et ne pas avoir peur de dire des choses qui effraient l’opinion israélienne. Ce mouvement BDS est non violent. En tant qu’Israélien, je dois suivre ce que les Palestiniens disent, car c’est eux qui luttent contre l’oppression, ce n’est pas une lutte israélienne.

 

MEE : Comment inscrivez-vous votre action dans le refus de certains Palestiniens de toute normalisation avec les Israéliens, même activistes de la paix ?

 

YS : Nous ne sommes pas dans une situation où deux parties de force égale s’affrontent et souffrent également. Si certains palestiniens choisissent de ne pas travailler avec les activistes israéliens, je respecte ce choix. Je lutterai alors avec d’autres. Je comprends que certains Palestiniens soient frustrés par des années et des années de lutte avec le prétendu mouvement pour la paix israélien. Car ce mouvement a souvent échoué. Des gens qui auraient dû refuser de combattre ont accepté d’être réservistes et de participer à des attaques au lieu de manifester contre ces crimes.

 

BDS permet une clarification utile : si quelqu’un souhaite la fin de l’apartheid, de l’injustice, alors il doit soutenir les trois éléments de cet appel. Cela permet de dessiner une ligne nette entre ceux qui demeurent à l’intérieur de leur bon droit sioniste, de leur besoin d’être supérieurs sur cette terre, et ceux qui comprennent que si on veut vraiment la paix, elle doit être basée sur l’égalité.

 

MEE : À propos de BDS, que pensez-vous de la comparaison faite par le Français Bernard-Henri Levy qui a déclaré que c’était un mouvement d’inspiration « nazie » ?

 

YS : J’ai débattu avec lui, il y a douze ans de cela. Je lui ai expliqué ce que mes collègues pilotes et moi devions faire lors de nos missions. Il a occulté toutes ces horreurs d’enfants palestiniens brûlés vivants et m’a raconté combien était excitante l’expérience d’un membre de sa famille dans un kibboutz... Certaines personnes peuvent écrire, réfléchir de façon élaborée, mais leur cœur fonctionne mal en dehors de leur cercle ethnique ; ils voient toujours le monde à travers la peur d’un monde post-holocaustique. C’est triste de voir comment des gens censément intelligents se mettent au service d’une machine oppressive.

 

Un autre intellectuel israélien, Asa Kacher, souffre de cette même cécité. C’est un philosophe reconnu, qui a réécrit le code éthique de l’armée israélienne, c’est-à-dire au final comment oppresser des milliers de personnes dans les check-points, mais en le faisant de façon « éthique ». Dans l’histoire humaine, ce n’est pas nouveau que des intellectuels, écrivains, artistes choisissent de rallier les oppresseurs.

MEE : Vous donnez régulièrement des conférences aux États-Unis ; pensez-vous que les juifs américains puissent faire pression sur Israël dans la recherche de la paix ?

 

YS : Un changement important s’opère aux États-Unis, changement qui peut avoir son importance en Israël. Quand j’ai commencé ces conférences, une organisation comme Jewish Voice For Peace avait seulement cinq à sept ramifications. Elles sont désormais quarante. De plus en plus de juifs américains font partie de groupes de solidarité avec les Palestiniens.

 

Nous n’attendons pas que les leaders mondiaux lancent une initiative comme une grande conférence pour la paix. Nous n’attendons pas que quelqu’un vienne et coupe soudainement le tuyau du soutien militaire et diplomatique à l’apartheid israélien. Nous misons sur un processus qui part de la société civile. Notre espoir est de créer des pressions civiles.



Une femme palestinienne face à un soldat au checkpoint de Qalandia (AA)

 

MEE : Certains partis politiques israéliens appellent désormais ouvertement à une annexion pure et simple des colonies en Cisjordanie. L’hypothèse de deux États est-elle encore viable ?

 

YS : La solution de deux États est déjà morte. Le gouvernement fasciste israélien déclare une chose puis une autre. Nous pensons que la lutte est désormais pour l’égalité des droits de tous et un État pour tous ses citoyens. L’idée qu’il y aurait une différence entre la destruction des villages palestiniens en 1948 et ce qui s’est passé après 1967 en Cisjordanie est idiote. Ce sont les mêmes méthodes et les mêmes procédures employées alors et maintenant. Nous vivons tous ici, et si nous voulons une solution, il faudra reconnaître les crimes qui ont été commis.

 

MEE : Vous avez déclaré qu’Israël vivait « enfermé dans sa propre bulle », pourquoi ce constat ?

 

YS : Pour comprendre cela, il faut que chacun s’interroge sur sa propre société. Prendre simplement les problèmes dans son pays et observer comment les gens réagissent. Nous vivons à l’ère des médias de masse, et la façon dont ils dépeignent les choses est faite de telle manière que cela ne bouleverse pas trop nos propres points de vue. Mais en Israël, tout est plus exacerbé car il n’y a pas de distance physique avec la souffrance qui est si proche. Je suis sur une plage à Tel Aviv, avec les touristes, les lumières douces de la ville. Mais il ne me faudrait pas plus de 30 minutes pour me rendre dans un petit village palestinien lourdement opprimé, où les soldats peuvent entrer dans les maisons la nuit et kidnapper votre enfant, l’interroger pendant des heures sans avocat dans certains camps des services secrets, et sans savoir quand il reviendra.



Manifestants palestiniens devant une colonie israélienne dans le village de Bil’in, Cisjordanie, le 27 février 2015 (AFP).

 

MEE : Une série de lois israéliennes entend criminaliser l’utilisation même du mot « Nakba », la catastrophe palestinienne de 1948, et interroge le financement des ONG qui œuvrent pour la défense des Palestiniens ou la dénonciation des agissements de l’armée… Qu’en pensez-vous ?

 

YS : Le gouvernement israélien actuel est le plus à droite que nous n’ayons jamais eu dans ce pays. Le racisme et l’ethnocentrisme est quelque chose qu’il tente généralement de masquer derrière d’autres valeurs. Mais désormais, les choses apparaissent plus clairement. Auparavant, le système sioniste masquait son véritable agenda avec des messages plus cosmétiques. C’est comme si nous vivions dans une maison aux murs couverts de papiers fleuris chatoyants, mais que derrière, le mur était totalement pourri en raison des contradictions, crimes, dénis. Mais à présent, en raison de la façon dont ce gouvernement agit, le papier peint tombe. Les murs rongés sont alors apparents et nous voyons aussi les fondements de la maison. Désormais, le processus de fascisation se poursuit et continuera en réaction aussi aux condamnations de la communauté internationale devant les actions d’Israël.

 

Source : http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/interview-yonatan-shapira-la-lutte-est-d-sormais-pour-l-galit-des-droits-de-tous

 

CAPJPO-EuroPalestin

Posté par Michel Peyret 

20 janvier 2017

Gideon Levy, Israël/Palestine, un ou deux Etats ?

 

«En effet, indique Gideon Levy, la solution d’un seul État démocratique est une hérésie au regard de toutes les croyances dans lesquelles nous avons été élevés. Elle nous impose de tout repenser : repenser le sionisme et tous les privilèges qui ne sont accordés qu’à un seul peuple. C’est ici que commence une longue et pénible route. Mais c’est la seule qui nous reste encore ouverte.Cette route conduit à l’une des deux destinations : un État d’apartheid ou un État démocratique. Il n’y a pas de troisième option. Le discours croissant de l’annexion et les lois anti-démocratiques adoptées à la hâte démontrent qu’Israël est en train de jeter les bases idéologiques et légales pour mettre en œuvre la première option, un État d’apartheid. Le combat contre cela doit se concentrer sur la seconde option : l’État démocratique. Ceux qui continuent à jacasser à propos des deux États sabotent cet effort... »

 

Reprenons la thèse de Gideon Levy...

 

Michel Peyret


http://www.reperes-antiracistes.org/2017/01/psalmodier-deux-etats-deux-etats-ne-sert-qu-a-perpetuer-l-occupation-gideon-levy.html

 

Psalmodier “deux États, deux États” ne sert qu’à perpétuer l’occupation (Gideon Levy)

 

12 Janvier 2017 Publié dans #Palestine Colonisation occupation

 

Psalmodier “deux États, deux États” ne sert qu’à perpétuer l’occupation (Gideon Levy)

Cet article a été publié par Haaretz le 1er janvier 2017 sous le titre “The Two-state Solution Is Already Dead”. Traduction : Luc Delval.

 

Une question à ceux qui soutiennent ouvertement la “solution à deux États”, c’est-à-dire à peu près tout le monde, depuis le Secrétaire d’État U.S. John Kerry jusqu’au professeur Shlomo Avineri : vous dites tous que cette solution est en grand danger, peut-être même agonisante. Mais que faudrait-il qu’il advienne pour que vous admettiez qu’elle a rendu son dernier soupir ? Que faut-il de plus pour que vous admettiez qu’elle est morte ? Dix mille colons de plus ? Ou vingt mille ? Cinq ans de plus dans l’impasse ? Quand est-ce que vous allez l’admettre ?

 

La plupart des gens connaissent la vérité, mais refusent de l’admettre. Ils savent que le nombre des colons a atteint une masse critique. Ils savent qu’aucun parti israélien ne les fera jamais évacuer. Et sans qu’ils soient tous évacués – et cela aussi c’est une chose que chacun sait – il n’y a pas d’État palestinien viable.

 

Ils savent que le colonisateur israélien n’a jamais eu l’intention de mettre en œuvre la “solution à deux États”. Le fait est que tous les gouvernements israéliens – absolument tous – ont continué l’entreprise de colonisation.

 

Les supporters des deux États sont préoccupés par la situation, même effrayés. Ils se conduisent comme les proches d’un patient moribond, qui est déjà en état de mort cérébrale, et dont on a besoin de prélever les organes pour les transplanter, mais qui refusent, espérant que d’une manière ou d’une autre un miracle va survenir qui le ramènera à la vie. De Kerry à Avineri, c’est exactement ainsi que se conduisent les partisans des deux États : ils espèrent un miracle et pour cette raison ils s’opposent à des transplantations qui sauveraient des vies.

 

Il est difficile de tout reprendre à zéro. La “solution à deux États” était idéale [1]. Elle garantissait une relative justice aux deux parties, et un État pour chaque nation. Mais Israël a tout fait pour la détruire, via ses colonies, le seul facteur irréversible dans l’équation de la relation entre Israël et la Palestine.

 

C’est la raison pour laquelle la colère du monde contre les colonies s’est soudain intensifiée : il sait qu’elles sont irréversibles. Mais pour autant les soutiens de la “solution à deux États”, que ce soit à Jérusalem ou à Washington, n’ont jamais rien entrepris pour y mettre fin quand il était encore temps. La conclusion est inévitable : déclarer la mort de la “solution à deux États”. Mais au lieu de cela, ils continuent à attendre un miracle.

 

Kerry, Avineri et leurs semblables sont pleins de bonnes intentions. Ils ont raison, d’ailleurs, de dire que c’était la seule solution [1]. Mais en niant qu’elle soit morte, ils ne font rien d’autre que consolider le status quo, l’occupation, ce qui est le but du gouvernement israélien.

 

En Europe, aux États-Unis, à l’Autorité Palestinienne et en Israël, des gens continuent à psalmodier “deux États”, par inertie et par peur des conséquences du changement. Et ce faisant, ils anesthésient et étouffent toute réflexion adaptée à la nouvelle situation.

 

S’accrochant de toute leur volonté à la solution d’hier, les soutiens de la “solution à deux États” répondent agressivement à quiconque essaie de remettre en question leur foi irrationnelle en un miracle. C’est la manière de faire classique pour les croyance religieuses, quasiment messianiques : malheur à qui essaie de les mettre en doute. Et c’est ainsi qu’ils se conduisent actuellement envers A.B. Yehoshua, qui a proposé une solution typiquement dans le bon vieux style israélien à la situation nouvelle [2].

 

Yehoshua a proposé d’accorder un statut de résident permanent à des Palestiniens qui vivent dans la “zone C” [de la Cisjordanie occupée], sous contrôle israélien total. C’est trop étriqué, trop nationaliste et trop discriminatoire. Yehoshua croit encore en la supériorité des Juifs, dans des accords intérimaires et dans les petits pas au-dessus des abysses. Mais, contrairement aux tenants de la “solution à deux États”, au moins a-t-il le courage et l’intégrité de reconnaître la nouvelle réalité et d’essayer d’y offrir des solutions. Et cela seul suffit pour qu’il soit considéré comme un hérétique par ses pairs.

 

En effet, la solution d’un seul État démocratique est une hérésie au regard de toutes les croyances dans lesquelles nous avons été élevés. Elle nous impose de tout repenser : repenser le sionisme et tous les privilèges qui ne sont accordés qu’à un seul peuple. C’est ici que commence une longue et pénible route. Mais c’est la seule qui nous reste encore ouverte.

 

Cette route conduit à l’une des deux destinations : un État d’apartheid ou un État démocratique. Il n’y a pas de troisième option. Le discours croissant de l’annexion et les loi anti-démocratiques adoptées à la hâte démontrent qu’Israël est en train de jeter les bases idéologiques et légales pour mettre en œuvre la première option, un État d’apartheid.

 

Le combat contre cela doit se concentrer sur la seconde option : l’État démocratique. Ceux qui continuent à jacasser à propos des deux États sabotent cet effort.

 

Un rappel : la “solution à un État” existe depuis déjà longtemps. Au cours de l’année qui commence aujourd’hui, on va célébrer le 50ème anniversaire de sa fondation. Le moment est venu de lancer une bataille à propos de la nature de son régime.

 

Gideon Levy

Posté par Michel Peyret 

La réflexion du jour: vers un monde de négociation en faveur de qui?

 

19 Janvier 2017

Poutine, qui par ailleurs entretient d’excellents rapports avec Israël, au point que Netanayoun a reconnu il y a peu qu’il était une garantie pour Israël, a répondu à sa manière à la demande de Abbas. Cela fait maintenant des années que Lavrov se propose pour aider les Palestiniens à s’unir et voici la nouvelle qui tombe: à Moscou, le Hamas et le Fatah s’accordent pour former un gouvernement d’union.

 
19 janv 2017, 07:08

Palestine : à Moscou, le Hamas et le Fatah s’accordent pour former un gouvernement d’union
 
© Alexander NEMENOV Source: AFP

 
Les négociations à Moscou

 
Après trois jours de négociations à Moscou, les principaux partis politiques palestiniens, le Hamas et le Fatah, ont convenu de fonder un gouvernement d’union.

 
Après avoir accompli l’exploit de faire négocier ensemble Syriens, Turcs et Iraniens, et de les faire agir sur le terrain, voici une nouvelle étape vers la stabilité dans le Moyen-Orient. Pendant ce temps là, Obama donne des coups d’épée dans l’eau, et notre pitre national, Hollande mécontente tout le monde.
 
Pour le moment la voie vers un monde multipolaire se présente comme une saine rupture avec l’ordre unipolaire de ces vingt dernières années.
 
Respecter les souverainetés, poser la question de l’autodétermination des peuples en liaison avec ce respect des souverainetés et résoudre les contradictions par les négociations régionales, en tentant à partir d’un minimum d’accord de déboucher sur une situation mutuellement avantageuse. Du pragmatisme à l’intérieur de ce cadre général.

De l’image de Poutine

Je parle avec une jeune femme qui prétend ne pas s’intéresser à la politique et qui est personnel de service dans une maison de retraite. Elle me dit qu’elle est fascinée par les chinois parce qu’elle aime la modernité, les découvertes scientifiques. Mais elle adore Poutine parce qu’il est comme elle, il parle direct, ça plait ou ça plait pas tant pis. Elle ne s’est jamais intéressée à la politique, mais ça a changé depuis les attentats. Elle voudrait un Poutine en France, parce qu’ajoute-t-elle il y a un problème en France, on est trop sévère pour les petits, les pauvres et pas assez pour les gros qui ont tous les droits. Elle est bien contente que Valls ait reçu une gifle…  Je l’écoute et je me demande s’il faut que je lui explique que je suis pour une part d’accord avec ce qu’elle dit, mais que je crains que pour Poutine aussi la justice pour les petits et les gros soit différente… et je me demande ce qu’elle vote, j’ai les plus grandes craintes…

C’est tout le problème : vers quel monde multipolaire?

 

Danielle Bleitrach

Procès Eichmann : de la conférence de Wannse et de l’obéissance aux ordres, rationnel et irrationnel du fascisme

 

13 Janvier 2017

Afficher l'image d'origine

Le 20 janvier 1942, quinze hauts fonctionnaires du parti nazi et de l’administration allemande se sont réunis dans une villa de Wannsee, dans la banlieue de Berlin, pour discuter de la mise en œuvre de ce qu’ils appelèrent « la Solution finale à la question juive ».

 

 

Le déroulé et le contexte de la conférence de Wannsee

 

Les représentants de la SS à cette réunion étaient le Général SS Reinhard Heyrich, directeur de l’Office central de sécurité du Reich (Reichssicherheitshauptamt-RSHA) et un des principaux adjoints du SS-Reichführer Heinrich Himmler ; le général SS Heinrich Müller, chef de la division IV de la RSHA (la Gestapo) ; le lieutenant colonel SS Adolf Eichmann, chef de la division IV B4 de la RSHA (les questions juives) ; le colonel SS Eberhard Schöngarth, commandant à Cracovie de la RSHA pour le gouvernement général de Pologne ; le major SS Rudolf Lange, commandant des Einsatzkommando 2 du RSHA déployé en Lettonie à l’automne 1941 ; le major général SS Otto Hofmann, chef du bureau central pour la race et le peuplement (RuSHA).

 

Les représentants des institutions étatiques étaient : le secrétaire d’Etat Roland Freisler (ministère de la Justice) ; le directeur ministériel à la chancellerie du Reich, Wilhelm Kritzinger ; le Secrétaire d’Etat Alfred Meyer (Ministère du Reich aux territoires occupés de l’Est — territoires de l’URSS occupés par l’Allemagne) ; le directeur ministériel Georg Leibrandt (Ministère du Reich aux territoires occupés de l’Est ) ; le Secrétaire d’Etat Martin Luther (ministère des Affaires étrangères) ; le secrétaire d’Etat Wilhelm Stuckart (ministère de l’Intérieur) ; le secrétaire d’Etat Erich Naumann (Bureau du plénipotentiaire pour le plan quadriennal) ; le secrétaire d’Etat Josef Bühler (Gouverneur adjoint du gouvernement général – Pologne occupée) ; et le Secrétaire d’Etat à la chancellerie du parti nazi Gerhard Klopfer.

 

La « Solution finale » fut le nom de code nazi pour l’extermination physique systématique et délibérée des Juifs européens. En 1941, à un moment encore indéterminé, Hitler autorisa ce plan de massacre de masse des Juifs d’Europe. Heydrich convoqua la conférence de Wannsee pour premièrement informer les participants et s’assurer de leur soutien dans la mise en œuvre de la « Solution finale » et deuxièmement annoncer qu’Hitler lui même l’avait chargé, ainsi que le RSHA, de la coordination de l’opération. Les hommes réunis autour de la table ne délibérèrent pas du bien fondé d’un tel plan, mais parlèrent des modalités d’application d’une décision déjà prise au plus haut niveau du régime nazi.

 

Donc dans cet extrait du procès d’Eichmann, il s’agit de la responsabilité individuelle dans un système criminel et qui s’affirme comme tel

 

Eichmann décrit une certaine réalité, celle d’une bureaucratie convoquée pour le meurtre de masse et qui va s’appliquer à remplir les objectifs tels qu’ils sont tracés par Heydrich, celui-ci représentant l’ordre du fuhrer, Eichman explique comment cela se réalise : se centrer sur la méthode de l’exécution de l’ordre y déployer toute l’intelligence et la rationalité dont on est capable.

 

Fascinant: l’important ce n’est pas l’assassinat de masse de la conférence de Wannse, mais la réflexion sur la méthode pour exécuter les ordres, l’efficacité de cette bureaucratie étatique. Cela fait penser à la réflexion de Brecht: « nous Allemands nous avons le sens de la perfection dans l’exécution que ce soit dans le cirage des parquets ou l’extermination des juifs ». Ce qui bien sûr renvoie apparemment à la banalité du mal d’Arendt, mais en fait il y a plus parce que le mal est ici une société et la servitude volontaire qui unit ses membres indépendamment de tout but rationnel ou même intérêt.

 

Nous avons là un questionnement sur la manière dont le collectif peut ou non conditionner l’individu. Récemment, il y a eu certaines expériences sur le rôle du collectif face à des femmes qui se font harceler dans les transports publics. Les gens du métro qui ne se connaissent pas si tout le monde se tait, les autres sont complètement inhibés, mais cela va bien au-delà, il y a une permanence qui dépasse la foule ou le groupe mis là par hasard.

 

On pense à l’interrogation de Freud sur ce qui peut relier entre eux dans les foules fascistes des individus pourtant formés par la bourgeoisie et sa rationalité individualiste donc à se penser comme individu, à devenir d’une manière permanente comme l’est la foule mue par un autre instinct et une autre attitude que celle qu’on attend du sujet individuel dans la société bourgeoise…

 

Dans La dialectique de la raison, Adorno et Horcqueimer se sont interrogés sur deux questions: premièrement comment se fait-il qu’alors que l’on pensait que le développement technologique des sociétés capitalistes devait nous conduire vers le progrès, la libération du fardeau du travail-torture, le plus haut développement des forces productives peut correspondre à un stade de barbarie rarement atteint?  Deuxième question, parallèle, comment le sujet individuel capitaliste, représenté par l’aventurier Ulysse, l’entrepreneur capitaliste peut-il se transformer en marionnette abandonnant toute rationalité face à la démagogie du chef?

 

Cet extrait du procès d’Eichmann nous montre que ce que l’on croyait antinomique à savoir cette rationalité et cet individualisme des sociétés capitalistes, et l’abandon de tout réflexe critique individuel, totalement centrés sur les moyens pour la mise en oeuvre des objectifs désignés sont en fait conciliables. Et ici encore nous retrouvons Brecht à la fois sur le fait que l’on ne comprend le fascisme que si on le lie au capitalisme et que dans ce contexte là, le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie mais son fonctionnement par temps de crise.


Adorno, encore lui, cette fois dans le conflit des sociologies, note que Freud, alors qu’il ne s’intéresse pas aux changements sociaux, ni vraiment à la politique, s’est intéressé au « Moi » dans les mouvements de masse, sur la base exclusive de la psychologie. Il s’intéresse à la manière dont les mécanismes et les conflits entre pulsions qui entrent en jeu jouent manifestement un rôle d’importance croissante. Il rejette l’idée d’un instinct grégaire; « les individus dans cette société libérale, concurrentielle et individualistes sont conditionnés à se maintenir en tant qu’unités indépendantes, autosubsistantes, on les exhorte à s’acharner et à ne jamais capituler. » Pourquoi ces hommes modernes font retour à des modèles de comportements qui entrent si manifestement en contradiction avec leur propre niveau de rationalité et avec l’état actuel d’une civilisation technologique éclairée?

 

C’est le projet de Freud, découvrir ce qui les relie entre eux, même si les buts sont globalement incompatibles avec leur intérêt personnel? Certes il y a des avantages immédiats et ceux qui sont présents à la conférence de Wannsee y trouvent carrière et avantage, mais ce n’est pas là l’essentiel. Ce qui par exemple fait que malgré les souffrances vécues par la masse des Allemands y compris sur le Front russe, il n’y ait pas eu révolte de masse. La destruction des organisations capables de résister joue un rôle, mais Freud insiste sur le principe libidinal du plaisir qui est celui des foules à Nuremberg. L’individu se trouve débarrassé de ses refoulements de ses motions pulsionnielles inconscientes, il retrouve des traits archaïques, rébellion contre la civilisation, il ne s’agit donc pas de retrouver l’archaïque mais sa reproduction jouée par la civilisation elle-même. La libido n’est guère à l’ordre du jour, mais elle est jouée, suggérée dans l’adhésion au chef. L’amour est devenu une vague référence à l’Allemagne ou autre et le sentiment de haine est partagé avec l’autorité, ce qui développe les accents d’hostilité ou d’agressivité face à ceux qui ne partagent pas cet amour.

 

C’est une part de l’héritage archaïque du sujet qui est revivifié par l’image du « meneur », le père qui peut s’étendre jusqu’au Moi d’une foule alors même que les buts ne correspondent plus à un intérêt personnel, ni à ceux de sa classe ou même de son pays. Il s’agit d’une « conviction qui n’est pas fondée sur la perception et le travail de la pensée, mais sur un lien érotique qui se déploie entre le meneur et ses partisans, s’en remettre à l’autorité pour être soi-même l’autorité ». Quand Heydrich dans la conférence de Wannsee mobilise en faveur de la solution finale toute la bureaucratie de l’Etat nazie, il commence en disant que c’est Hitler qui a fixé le but et alors tout est dit, le lien s’est créé et ces hommes sont prêts à déployer intelligence et rationalité pour le meurtre de masse.

 

Adorno fasciné par la postérité des « Lumières » dit : « voilà qui concorde avec un monde où s’exerce un contrôle irrationnel qui a pourtant perdu sa raison d’être suite au développement universel des Lumières ».

 

Etrange la permanence de ce questionnement aujourd’hui.

 

Danielle Bleitrach


 

COMMENTAIRE IMPORTANT DE JOSEPH CASADO

 

Ce commentaire que je me permets d’ajouter à ce texte le complète et ne le contredit pas. Sa critique d’Arendt est importante non pas en ce qui concerne sa remarque « sur la banalité du mal », mal interprétée le plus souvent, mais sur son faux concept de totalitarisme qui parti de la globalité du nazisme aboutit à l’identification du nazisme et du communisme, une hérésie théorique mais une manipulation politique de l’histoire qui crée la confusion opportune pour blanchir le capitalisme. Donc voici la critique de Joseph Casado qui je le répète complète cet article qui justement s’inscrit en faux contre la notion de totalitarisme

 

(Danielle Bleitrach)

 

Bonjour Danielle, je voudrai sans te froisser réfuter la référence à Hannah Arendt en remettant à sa place l’idéologie qui prédispose au travail accompli par les nazis, par les « bureaucrates », par les technocrates qui organisait les usines de la mort comme les chefs d’état majors organisaient la bataille, par les exécutants et ceux qui acceptaient au nom de la science que tout cela ait lieu. Dans les règles scientifiques. « Ce qui bien sur renvoie apparemment à la banalité du mal d’Arendt, mais non, c’est trop facile et il y a un travers : c’est de transformer en visée exclusivement centrée sur la population juive ce qui relevait d’une plus large conception de la purification de la race et des classifications selon les critères Eugénistes de cette époque, Combien de société scientifiques ont poursuivi leurs pratiques sans être inquiété puisque le problème n’était pas le corpus scientifique largement accepté, et intégré par la population comme tel alors qu’il n’était qu’un hypothèse trop vite mise en place de façon massive et internationale. En fait il y a plus que ce que nous dit Arendt, et ce qui est terrible, c’est qu’en restant sur les aspects spectaculaires et incroyables, il était évident qu’Arendt avait raison parce que le mal est ici la culture de la société elle même et la servitude volontaire qui unit ses membres indépendamment de tout but rationnel.

 

C’est dit. Il n’y a pas de part pour l’irrationalité dans les crimes nazis, pas plus qu’il n’y en a eu dans ceux de la maison des syndicats d’Odessa en 2014. Il y avait une idéologie sur laquelle s’appuyait les nervis d’Hitler, que n’a pas inventé le Mein Kampf. Il ne l’a tellement pas inventé, qu’en Amérique et partout ailleurs, on appliquait des expérimentations massives depuis des années et que cela à continué après guerre avec certaines populations stigmatisées. Autrement dit, la banalité du mal n’est pas un phénomène collectif irrationnel, mais bel et bien un construit social non questionné, un allant de soi culturel qu’il suffit de débridé pour qu’il se diffuse de façon pandémique. Nous avons le même phénomène avec un autre allant de soi culturel mondialement intégré parce qu’il a formaté le monde du travail durant le 20ème siècle. c’est le béhaviorisme. D’un coté Skinnérien et de l’autre Pavlovien, et cette dérive là n’est pas terminé.

 

Au contraire, avec l’économie comportementaliste et les approche par compétence, il s’est agit depuis vingt ans, de les remettre à l’honneur. Rien de plus facile puisque les salariés sont prédisposés par un conditionnement culturel à accepter ces formes du « nouveau » management qui ne fait que s’appuyer sur ces allant de soi eux aussi non questionnés. Et tu vois où je veux en venir, c’est que pendant qu’on s’occupe du spectaculaire avec le coté irréductible et un peu « pensée magique » de l’irrationalité collective, on ne fustige pas les idéologies qui préparent le terrain sur lequel les néofascistes peuvent prospérer à l’envie. (il faudrait d’ailleurs inventer un terme actuel pour les qualifier et ne pas les confondre avec justement l’obéissance servile de la hiérarchie des pouvoirs de grand papa. justement parce qu’aujourd’hui, la servitude volontaire invente ce nouveau comportement et réoriente son fond culturel commun sur des formes que même les fascistes auraient mis à l’index.) Je m’entête avec cette alerte mais je pense que c’est incontournable pour ne pas retomber dans l’illusion d’un retour au passé dont il ne s’agit surtout pas.

Mise en perspective de la Résolution 2334 (2016) du Conseil de Sécurité des Nations Unies condamnant la politique de colonisation israélienne

 

Pour la première fois depuis l´année 1980, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a pu adopter, le 23 décembre 2016, une résolution condamnant en des termes extrêmement fermes, les implantations israéliennes en territoire palestinien. Les projets de résolution sur celles-ci présentés pendant ces dernières décennies étaient systématiquement l´objet d´un véto nord américain, permettant ainsi aux autorités israéliennes, en toute impunité, de continuer la construction de nouvelles implantations et de procéder à la destruction de maisons habitées par des familles palestiniennes, tant en Cisjordanie que dans les quartiers de Jérusalem-Est.

Colonisation israélienne et Conseil de Sécurité : brefs rappels et quelques chiffres

Les dernières résolutions du Conseil de Sécurité condamnant ces actions israéliennes datent de l´année 1980 (voir le texte des résolutions 476 et 478).

La première fois que l´administration du Président Barack Obama a fait usage de son droit de véto en la matière fut lors de la séance du 18 février 2011 : le projet de résolution S/2011/24 contenait dans son dispositif deux paragraphes (1 et 2) condamnant fermement les implantations israéliennes. On lit dans le communiqué de presse des Nations Unies que ce projet de résolution comptait avec l´appui de plus de deux tiers des Etats membres des Nations Unies.

La lecture de l´acte de la séance du Conseil de Sécurité S/PV/6484 indique le résultat suivant du vote (voir page 4) : 14 votes pour et un contre (Etats Unis).

A noter que lorsque l´actuel Premier Ministre israélien ordonna, comme à son habitude, la construction de 3000 nouveaux logements en Cisjordanie et notamment à Jérusalem-Est au mois de novembre 2012, la délégation des États-Unis procéda à une véritable innovation technique au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies : le « veto implicite » (Note 1).

Dans un rapport récent daté du 29 décembre 2016, on lit que durant l´année 2016, plus de mille maisons de familles palestiniennes ont été démolies ou saisies : "Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations Unies a annoncé jeudi que 1.089 structures appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, ont été démolies ou saisies par les autorités israéliennes durant l’année 2016" (voir note de presse des Nations Unies).

Concernant les chiffres de cette colonisation et ses effets pendant plus de 35 ans, lors d´une séance spéciale organisée au mois d´ ´octobre 2016 devant les membres du Conseil de Sécurité (voir note de What´s in Blue), l´activiste nord-américaine/israélienne Lara Friedman de l´ONG Americans for Peace Now (APN), entité soeur de l´ONG israélienne Peace Now (voir site officiel) declara haut et fort que :

Twenty-three years ago, in 1993, Israel and the PLO signed the Declaration of Principles, also known as the Oslo Accords. Back then, the settler population in the West Bank, excluding East Jerusalem, was around 116,000. At the end of 2015, that number was nearly 390,000. Looking just at East Jerusalem, in 1993 the Jewish Israeli population was approximately 146,000. Today it is over 210,000. This population explosion could not have occurred without Israeli government support and encouragement, including, most obviously, the approval and construction of new housing. And that is exactly what happened. During this same period, 1993 to today, over 50,000 settlement units were built in the West Bank, and plus thousands more in East Jerusalem. What about settlement construction just under Prime Minister Netanyahu 2016 figures are still not complete, but looking at 2009 to 2015 – which included the so-called “moratorium” – more than 11,000 settlement units were established in the West Bank with the approval of Israeli authorities. And in 2015 alone, we are talking about almost 2000 new units in West Bank settlements

(voir texte de son allocution du 14 Octobre 2016 à Nueva York).

Afin de visualiser ces données, nous renvoyons à la carte interactive élaborée et constamment actualisée par les membres de APN et de PeaceNow, ainsi qu´aux graphiques interactifs inclus dans cet article du Monde intitulé "Colonies israéliennes en Cisjordanie : près d’un demi-siècle d’installations illégales".

La résolution 2334 (2016) : remarques sur certaines de ses dispositions

Le texte de la résolution 2334 (2016) (voir texte complet en Français reproduit à la fin de cette note), précise, entre autres, que le Conseil de Sécurité des Nations Unies :

1.Réaffirme que la création par Israël de colonies de peuplement dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, n’a aucun fondement en droit et constitue une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la réalisation de la solution des deux États et à l’instauration d’une paix globale, juste et durable ;

2. Exige de nouveau d’Israël qu’il arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et respecte pleinement toutes les obligations juridiques qui lui incombent à cet égard ;

3. Souligne qu’il ne reconnaîtra aucune modification aux frontières du 4 juin 1967, y compris en ce qui concerne Jérusalem, autres que celles convenues par les parties par la voie de négociations.

Le point 11 du dispositif indique que le Conseil de Sécurité n´est pas dupe, et connaît fort bien l´attitude des autorités israéliennes au regard du droit international et des résolutions émanant des Nations Unies. On notera que pendant ces dernières années, chaque victoire diplomatique palestinienne a été répondue par de nouvelles implantations israéliennes : parmi une liste d´exemples, on peut citer le fait qu´au lendemain du vote du 29 novembre 2012 de l´Assemblée Générale des Nations Unies reconnaissant à la Palestine le statut d´"Etat Non Membre Observateur", (Note 2) les autorités israéliennes répliquaient avec la construction de 3000 nouveaux logements (voir note de la BBC) ; la ratification par la Palestine de 20 traités internationaux au mois d´avril 2014 signifia la contruction de 708 nouveaux logements et la destruction de 32 maisons habitées par des familles palestiniennes (voir note de Human Rights Watch). Prévoyant, on lit que le Conseil de Sécurité : "11. Réaffirme qu’il est résolu à examiner les moyens concrets de faire pleinement appliquer ses résolutions sur la question". Une résolution du Conseil de Sécurité indiquant qu´il est cette fois "résolu" à la faire appliquer devrait freiner les autorités israéliennes si celles-ci comprennent le ton du message. A ce propos, nous invitons nos lecteurs-chercheurs à partir à la recherche de toute autre résolution du Conseil de Sécurité utilisant l´expression du point 11 du dispositif de la résolution 2334 : une recherche rapide sur la toile renvoit constamment à cette seule résolution, mais le doute est permis.

On notera également au passage le considérant 5 de la résolution 2334 mentionnant les diverses formes et stratégies de la colonisation israélienne, réalisée en dépit des résolutions adoptées par le Conseil de Sécurité dans les années 70 et 80, et des normes internationales en vigueur, et notamment celles prévues par le droit international humanitaire concernant les obligations qui incombent à toute puissance occupante. Il s´agit d´un chapitre du droit international public qu´Israël souhaiterait ne pas à avoir à appliquer dans les territoires palestiniens occupés, et qui fut, fin 2014, l´objet de vives tensions avec la Suisse (Note 3). Ce considérant 5 se lit comme suit :

"Condamnant toutes les mesures visant à modifier la composition démographique, le caractère et le statut du Territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, notamment la construction et l’expansion de colonies de peuplement, le transfert de colons israéliens, la confiscation de terres, la destruction de maisons et le déplacement de civils palestiniens, en violation du droit international humanitaire et des résolutions pertinentes".

Une résolution à bien des égards historique

On peut dire que ce texte est historique, dans la mesure où l´application du droit international en Cisjordanie et à Jérusalem-Est est réaffirmé par le Conseil de Sécurité : depuis de trop longues decennies, une impunité totale était garantie aux autorités israéliennes, en raison d´un véto américain placé en mode automatique sur tout projet de résolution condamnant cette colonisation. La mise en garde que traduit le paragraphe 11 du dispositif devrait en outre calmer les appétits de certains décideurs politiques israéliens.

Conscient du caractère unique de cette résolution durant sa gestion aux Nations Unies et bien avant, le Secrétaire Général des Nations Unies sortant, quelques minutes après le vote du texte, affirma dans un communiqué de presse que :

"The Secretary-General welcomes the adoption by the Security Council of resolution 2334 (2016) on the situation in the Middle East, including the Palestinian question. The resolution is a significant step, demonstrating the Council’s much needed leadership and the international community’s collective efforts to reconfirm that the vision of two States is still achievable.

The Secretary-General takes this opportunity to encourage Israeli and Palestinian leaders to work with the international community to create a conducive environment for a return to meaningful negotiations.

The United Nations stands ready to support all concerned parties in achieving this goal".

Lors de l´explication de son vote (voir texte complet), le représentant de la France a précisément commencé son allocution en indiquant que :

"L’adoption de la résolution 2334 marque un jour important et à bien des égards historique dans l’histoire récente du Conseil de sécurité.

Il s’agit en effet de la première résolution adoptée par ce Conseil sur le règlement du conflit israélo-palestinien depuis huit ans. Et c’est la première fois que le Conseil de sécurité s’exprime ainsi, de manière aussi claire, pour constater ce qui est en réalité une évidence : la colonisation israélienne remet en cause, petit à petit, les chances de voir bâtir un Etat palestinien viable et indépendant, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité avec l’Etat d’Israël".

De quelques détails concernant les jours antérieurs au vote

L´adoption de cette résolution se doit à l´abstention des Etats-Unis, qui cette fois, ont renoncé à faire usage de leur droit de véto, et le résultat final du vote est de 14 votes pour et une abstention (Etats-Unis). A noter le volte-face de l´Egypte qui, suite à des appels téléphoniques personnels pressants de Donald Trump sur demande d´Israël, retira le texte, sans prévoir que quatre autres Etats Membres, à savoir la Malaisie, la Nouvelle Zélande, le Sénégal et le Vénézuela, étaient prêts (et fort décidés) à présenter le même texte quelques heures plus tard en vue de son adoption définitive.

Ce tour de passe-passe imprévu laisse évidemment l´Egypte dans une situation quelque peu embarassante au sein de la communauté des Etats arabes : comme on le sait, Donald Trump avait proposé de transférer à Jérusalem l´Ambassade des Etats Unis (voir sur ce point l´analyse publiée récemment dans Foreign Policy intitulée : "Want a third Intifada ? Go ahead and move the US Embassy to Jerusalem"). Dans un discours du 6 janvier 2017 donné par les autorités palestiniennes (voir note de presse), il est fait mention de ce tranfert comme une véritable "ligne rouge".

Plus généralement, on peut dire que le fait d´accéder aux demandes d´un Président élu place le Chef d´Etat égyptien dans une situation singulière vis-à-vis de la communauté internationale en tant que telle : rarement un Etat a cédé aux appels et aux exigences d´un Président élu. Au plan international, celui-ci ne bénéficie d´aucun statut particulier et n´engage rien d´autre que sa personne. On peut même avancer l´idée qu´il s´agit d´une véritable première mondiale de la part des diplomates israéliens et de leurs homologues égyptiens.

JPEG - 36.6 ko
Photo publiée dans cet article, Le Monde

On a pu lire dans Le Monde (voir note) que :

“A l’origine, le texte avait été présenté mercredi soir par l’Egypte, à la surprise générale. Mais Donald Trump est intervenu pour peser de tout son poids de président élu auprès d’Abdel Fattah Al-Sissi. Il a demandé au président égyptien de renoncer à son initiative. Son interlocuteur n’a pas voulu compromettre ses futures relations avec le président américain, et a donc retiré son texte. Mais le volte-face de l’Egypte n’a pas condamné son initiative. Quatre membres non permanents du Conseil de sécurité – la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela – ont pris le relais du Caire, pour promouvoir la résolution dans une version identique. Vendredi dans l’après-midi, des responsables israéliens sous couvert d’anonymat exprimaient leur amertume – et une certaine panique – dans les médias, en affirmant que Barack Obama et John Kerry se trouvaient derrière ce « coup honteux » et qu’ils « abandonnaient » Israël”.

Des autorités israéliennes un brin exaspérées

A peine adoptée la résolution 2334, les autorités israéliennes ont déclaré par la voix de leur Premier Ministre (et sans jamais faire référence aux implantations illégales) qu´un accord tacite avec les Etats-Unis avait été violé par le Président Barack Obama :

"Tous les présidents américains depuis Carter ont respecté l’engagement américain d’essayer de ne pas dicter les termes d’un accord permanent à Israël devant le Conseil de sécurité. Et hier [vendredi], en opposition totale avec cet engagement, et avec une déclaration explicite du président [Barack] Obama lui-même en 2011, l’administration Obama a mené un complot anti-Israël honteux aux Nations Unies" (voir note du Times of Israel reproduisant le texte de la déclaration). On ignore si le fait de consentir à des implantations illégales dans les territoires palestiniens occupés faisait également partie dudit accord.

Comme prévu, depuis l´adoption de la résolution 2334 (2016), les représailles israéliennes vont bon train (rappel d´ambassadeurs, déclarations officielles tous azimuts contre les Nations Unies et les membres du Conseil de Sécurité, suspension de programmes de coopération bilatéraux, etc). Le Sénégal a simplement "pris note" de la notification officielle israélienne en date du 27 décembre (voir note de presse) et le texte du communiqué officiel sénégalais reproduit ici. En ce qui concerne la Nouvelle Zélande, la "déclaration de guerre" mentionnée par le Premier Ministre israélien lors d´un entretien téléphonique avec le ministre des Affaires étrangères néo-zélandais, Murray Mccully (entretien antérieur au vote) ne semble pas avoir grandement ému ses autorités (voir note de Haaretz). L´Angola pour sa part, attend une note verbale israélienne (voir note de presse) et on ignore si l´Egypte (ayant finalement voté en faveur du texte) fera l´objet d´un traitement similaire de la part de la diplomatie israélienne. Pour ce qui est de l´Espagne, qui présidait la séance du Conseil de Sécurité lors de l´adoption du texte (et qui n´a pas accédé aux demandes pressantes d´ajourner le vote), on apprend qu´elle ne subira aucune mesure de rétorsion (voir note de presse). On laisse aux spécialistes le soin d´expliquer la raison exacte pour laquelle l´Espagne, qui fut le premier Etat à célébrer l´adoption de cette résolution, avant même sa date (voir communiqué officiel en date du ... 22 décembre 2016) ne fait l´objet d´aucune mesure de rétorsion de la part d´Israël. Ce traitement différencié pour l´Espagne avait déjà été vérifié lors du vote de son Congrès exigeant au Pouvoir Exécutif la reconnaissance de la Palestine comme Etat, au mois de novembre 2014 (Note 4) : notons au passage que, malgré un vote sans appel (319 votes pour, une abstention et deux votes contre), l Exécutif espagnol n´a toujours pas procédé à cette reconnaissance.

Sur ces détails de forme et quelques autres, tels que les vétos nord-américains antérieurs, la véritable course contre la montre de Donald Trump agissant en tant qu´émissaire israélien, la réaction israélienne une fois adoptée la résolution 2334, et les déclarations tonitruantes habituelles de ses diplomates, nous renvoyons à notre analyse intitulée "Consejo de Seguridad condena colonización israelí en Cisjordania y en Jerusalén Oriental" (Note 5).

Remarques finales en guise de conclusion

Il va sans dire que ce texte est historique, car, d’une certaine façon, il réconcilie le Conseil de Sécurité avec le droit international et son application en Cisjordanie et à Jérusalem-Est : il l´est aussi pour ceux qui enseignent le droit international depuis longtemps, et qui peinent souvent à expliquer qu´un Etat semble placé au dessus des normes juridiques internationales, bénéficiant, et ce depuis de longues decennies, d´une impunité totale au sein du Conseil de Sécurité en raison d´un véto automatique américain tout à fait légal. Plus de 35 ans après sa publication, et après bien d’autres actions menées depuis 1981 par Israël, la conclusion du Professeur Georges Fischer reste toujours d´une surprenante actualité : « /… / on demeure surpris qu’un petit pays puisse régulièrement et avec impunité défier la communauté internationale et les règles du droit des gens » (Note 6). Signe de temps difficiles pour Israël ? Il semblerait que l´idée, somme toute hardie, de recourir à Donald Trump exhibe d´abord une certaine panique de la part de la diplomatie israélienne. Ce premier faux-pas peut expliquer que les autorités israéliennes agissent en ce moment quelque peu angoissées (conscientes de la distance qu´elles ont créé avec l´administration sortante du Président Obama, mais peut-être aussi du fait que leurs déclarations officielles fracassantes ne semblent plus impressionner outre mesure).

Comme on le sait, ce type de résolution peut intéresser bien des organes aux Nations Unies, que ce soit la Cour Internationale de Justice (CIJ), l´Assemblée Générale, le Conseil de Sécurité, ou encore la Cour Pénale Internationale (CPI) que la Palestine a rejoint en 2015 en ratifiant le Statut de Rome, parmi bien d´autres entités onusiennes. La France, qui prépare pour le 15 janvier 2017 une nouvelle conférence internationale sur le Moyen Orient, devra également inclure cette nouvelle donne que représente la résolution 2334 dans les discussions. Autre difficulté à l´horizon ? A partir de ce premier janvier 2017, la Suède, seul Etat membre à avoir défier l´Union Européenne en 2014 en reconnaissant la Palestine comme Etat (Note 7), a pris les rênes de la Présidence du Conseil de Sécurité aux Nations Unies (alors que Donald Trump ne prend les siens à Washington que 20 jours plus tard).

Nicolas Boeglin
Professeur de Droit International Public, Faculté de Droit, Universidad de Costa Rica (UCR).

Texte de la Résolution 2334 (2016)

Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 7853e séance, le 23 décembre 2016

Le Conseil de sécurité,

Rappelant ses résolutions sur la question, notamment les résolutions 242 (1967), 338 (1973), 446 (1979), 452 (1979), 465 (1980), 476 (1980), 478 (1980), 1397 (2002), 1515 (2003) et 1850 (2008),

Guidé par les buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies et rappelant notamment que l’acquisition de territoire par la force est inadmissible, Réaffirmant qu’Israël, Puissance occupante, est tenu de respecter scrupuleusement ses obligations et responsabilités juridiques découlant de la quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, en date du 12 août 1949, et rappelant l’avis consultatif rendu le 9 juillet 2004 par la Cour internationale de Justice,

Condamnant toutes les mesures visant à modifier la composition démographique, le caractère et le statut du Territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, notamment la construction et l’expansion de colonies de peuplement, le transfert de colons israéliens, la confiscation de terres, la destruction de maisons et le déplacement de civils palestiniens, en violation du droit international humanitaire et des résolutions pertinentes,

Constatant avec une vive préoccupation que la poursuite des activités de peuplement israéliennes met gravement en péril la viabilité de la solution des deux États fondée sur les frontières de 1967,

Rappelant l’obligation faite à Israël dans la Feuille de route du Quatuor et approuvée par sa résolution 1515 (2003) de geler toutes ses activités de peuplement, y compris par « croissance naturelle », et de démanteler tous les avant-postes de colonie établis depuis mars 2001,

Rappelant également l’obligation faite aux forces de sécurité de l’Autorité palestinienne dans la Feuille de route du Quatuor de continuer de mener des opérations efficaces en vue de s’attaquer à tous ceux qui se livrent à des activités terroristes et de démanteler les moyens des terroristes, notamment en confisquant les armes illégales,

Condamnant tous les actes de violence visant des civils, y compris les actes de terreur, ainsi que tous les actes de provocation, d’incitation à la violence et de destruction,

Réitérant sa vision d’une région où deux États démocratiques, Israël et la Palestine, vivent côte à côte, en paix, à l’intérieur de frontières sûres et reconnues, Soulignant que le statu quo n’est pas viable et que des mesures importantes,compatibles avec le processus de transition prévu dans les accords antérieurs, doivent être prises de toute urgence en vue de i) stabiliser la situation et inverser les tendances négatives sur le terrain, qui ne cessent de fragiliser la solution des deux États et d’imposer dans les faits la réalité d’un seul État, et de ii) créer les conditions qui permettraient d’assurer le succès des négociations sur le statut final et de faire progresser la solution des deux États par la voie de négociations et sur le terrain,

1. Réaffirme que la création par Israël de colonies de peuplement dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, n’a aucun fondement en droit et constitue une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la réalisation de la solution des deux États et à l’instauration d’une paix globale, juste et durable ;

2. Exige de nouveau d’Israël qu’il arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et respecte pleinement toutes les obligations juridiques qui lui incombent à cet égard ;

3. Souligne qu’il ne reconnaîtra aucune modification aux frontières du 4 juin 1967, y compris en ce qui concerne Jérusalem, autres que celles convenues par les parties par la voie de négociations ;

4. Souligne qu’il est essentiel qu’Israël mette un terme à toutes ses activités de peuplement pour préserver la solution des deux États, et demande l’adoption immédiate de mesures énergiques afin d’inverser les tendances négatives sur le terrain, qui mettent en péril la solution des deux États ;

5. Demande à tous les États, compte tenu du paragraphe 1 de la présente résolution, de faire une distinction, dans leurs échanges en la matière, entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967 ;

6. Demande que des mesures immédiates soient prises pour prévenir tous les actes de violence visant des civils, y compris les actes de terreur, ainsi que tous 
les actes de provocation et de destruction, demande que les auteurs de tels actes en répondent, et appelle au respect des obligations qu’impose le droit international de renforcer l’action menée pour lutter contre le terrorisme, notamment par la coordination en matière de sécurité, et de condamner sans équivoque tous les actes de terrorisme ;

7. Demande aux deux parties d’agir dans le respect du droit international, notamment du droit international humanitaire, et des accords et des obligations qu’elles ont précédemment contractés, de faire preuve de calme et de retenue et de s’abstenir de tout acte de provocation et d’incitation à la violence et de toute déclaration incendiaire, dans le but, notamment, de désamorcer la situation sur le terrain, de rétablir la confiance, de montrer, par leurs politiques et leurs actes, un véritable attachement à la solution des deux États et de créer les conditions nécessaires à la promotion de la paix ;

8. Invite toutes les parties à continuer, dans l’intérêt de la promotion de la paix et de la sécurité, de déployer collectivement des efforts pour engager des négociations crédibles sur toutes les questions relatives au statut final dans le cadre du processus de paix au Moyen-Orient et selon le calendrier établi par le Quatuor dans sa déclaration du 21 septembre 2010 ;

9. Préconise vivement à cet égard l’intensification et l’accélération des efforts diplomatiques entrepris et de l’appui apporté aux niveaux international et régional en vue de parvenir sans tarder à une paix globale, juste et durable au Moyen-Orient, sur la base des résolutions pertinentes de l’Organisation des Nations Unies, du mandat de la conférence de Madrid, y compris le principe de l’échange de territoires contre la paix, de l’Initiative de paix arabe et de la Feuille de route du Quatuor, et de mettre fin à l’occupation israélienne qui a commencé en 1967, et souligne à cet égard l’importance que revêtent les efforts déployés pour faire avancer l’Initiative de paix arabe, l’initiative prise par la France de convoquer une conférence de paix internationale, les efforts récemment entrepris par le Quatuor ainsi que ceux déployés par l’Égypte et la Fédération de Russie ;
>
10. Rappelle qu’il est déterminé à apporter son appui aux parties tout au long des négociations et dans la mise en œuvre d’un accord ;

11. Réaffirme qu’il est résolu à examiner les moyens concrets de faire pleinement appliquer ses résolutions sur la question ;

12. Prie le Secrétaire général de lui faire rapport tous les trois mois sur la mise en œuvre des dispositions de la présente résolution ;

13. Décide de demeurer saisi de la question.

»» http://derechointernacionalcr.blogspot.fr/2016/12/texte-de-la-resoluti...

Note 1 : Dans une analyse du Professeur Weckel publiée dans le Bulletin Sentinelle de janvier 2013, on lit que « Le Conseil de sécurité a consacré une réunion informelle le 19 décembre 2012 aux mesures de relance massive de la colonisation prises par Israël. En quittant inopinément la salle, Madame Susan Rice, Ambassadrice des États-Unis, a fait obstacle à l’adoption d’une résolution ou, du moins, d’une déclaration présidentielle condamnant le comportement d’Israël. Néanmoins, tous les autres 14 membres du Conseil ont fait des déclarations à la presse critiquant la reprise de la colonisation. Même si l’absence d’un membre permanent n’équivaut pas à un veto, ce départ de la représentante américaine a bloqué l’issue de la réunion. Seuls en face des autres membres du Conseil, les États-Unis ne voulaient se prononcer au sein de cet organe, ni pour une condamnation d’Israël, ni contre, ni même s’abstenir. Les autres membres n’ont visiblement pas l’intention de les laisser sur la touche et le résultat est bien là : le Conseil de sécurité est paralysé, comme l’est d’ailleurs aussi le Quatuor. Les États-Unis ont donc inventé le veto implicite sinon de poche au Conseil de sécurité  ». Cf. WECKEL Ph., « Israël, les États-Unis inventent le veto implicite au Conseil de Sécurité », Sentinelle, Société Française pour le Droit International (SFDI), janvier 2013. Texte diponible ici.

Note 2 : 
Sur la portée de ce vote, cf. SALMON J., "La qualité d’État de la Palestine", Revue Belge de Droit International, 2012-1. Article complet disponible ici. Pour une analyse depuis la perspective latinoaméricaine, cf. BOEGLIN N., "Le nouveau Statut de membre la Palestine : une perspective latinoaméricaine", publiée par l´Observatoire Politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (OPALC), Sciences-Po /Paris, décembre 2012. Texte disponible ici.

Note 3 : Cf. notre analyse, BOEGLIN N., "Pressions et menaces récentes d´Israël sur la Suisse : brève mise en perspective", Bulletin Sentinelle, Société Française pour le Droit International (SFDI), janvier 2015. Texte diponible ici.

Note 4 : "Por su parte, la reacción de Israel ha sido extremadamente cauta con las autoridades de España. Es posible que Israel esté ponderando el efecto que puedan tener sus declaraciones en la dinámica muy peculiar que generan los círculos parlamentarios en Europa (con incluso posibles ramificaciones fuera del viejo continente)" : cf. notre analyse, BOEGLIN N., "El Congreso de España y el reconocimiento de Palestina como Estado : balance y perspectivas", Debate Global, Academia Colombiana de Derecho Internacional, décembre 2014. Texte disponible ici.

Note 5 : Celle-ci a été publiée sur divers sites en espagnol, tels que Ius360 le 28 décembre 2016 (texte en disponible ici). Une version préliminaire a aussi été publiée le 26 décembre dans Middle East Monitor, disponible ici.

Note 6 : Cf. FISCHER G., "Le bombardement par Israël d’un réacteur nucléaire irakien", Vol. 27 Annuaire Français de Droit International (AFDI), 1981, pp. 147-167, et en particulier pp. 162-166. Article complet disponible ici.

Note 7 : Cf. notre étude : BOEGLIN N., "Le défi lancé par la Suède concernant la reconnaissance de la Palestine", Grotius International, janvier 2015. Texte disponible ici. Afin de donner un idée des suites données aux gesticulations israéliennes, nous nous permettons de reproduire la conclusion : "Le défi lancé par la Suède a relancé de manière notoire le débat dans plusieurs États européens : durant ces derniers jours, la discussion en France sur la reconnaissance de la Palestine s’est considérablement intensifiée et elle s’est étendue à bien d’autres membres de l’Union Européenne, tels la Belgique, le Luxembourg, le Danemark pour ne citer que quelques pays. Cette discussion devrait tenir compte, parmi d’autres éléments, de l’absence de réaction significative israélienne au geste suédois : l’ambassadeur israélien rappelé par ses supérieurs le 30 octobre est de retour dans son bureau depuis le vendredi 28 novembre, selon une note de presse. Ce retour s’est fait sans que l’on comprenne bien quel fut le geste hostile ou offensif de la Suède l’obligeant à quitter la capitale suédoise pour y revenir officiellement en « signe de paix ».

URL de cet article 31419 
09 janvier 2017

Gideon Levy, la résolution 2334 de l'ONU, un souffle d'espoir

 

« Cette décision, pense Gideon Levy, a ramené Israël sur le sol solide de la réalité. Toutes les colonies, y compris celles dans les territoires qui ont été annexés, dont évidemment Jérusalem Est, constituent une violation de la loi internationale. Le monde entier est unanime pour le penser, aussi bien les soi-disant amis d’Israël que ses soi-disant ennemis.Il est probable que les dispositifs de lavage de cerveau en Israël, de pair avec les mécanismes de répression et de déni, essaieront d’ébranler la décision. Mais lorsque les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie sont d’accord pour une déclaration aussi claire, cela sera difficile. Alors vous pouvez bien vous plaindre : « Tout le monde est contre nous », hurler à l’« antisémitisme », vous pouvez demander : « Qu’en est-il de la Syrie ? ». En fin de compte cette vérité limpide restera : le monde entier pense que les colonies sont un crime. Toutes les colonies... »

Reprenons l'appréciation de Gideon Levy...

Michel Peyret


« La douce illusion » de la résolution 2334 de l’ONU

 

Publié le 27 décembre 2016

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution pour établir un Etat juif (à côté d’un Etat arabe) dans la terre d’Israël. Soixante-neuf ans plus tard, le vendredi 23 décembre 2016, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté une résolution pour tenter de sauver celle votée en 1947. La résolution 2334, approuvée vendredi, a constitué un souffle de bonnes nouvelles, d’espoir, dans la mer d’obscurité et de désespoir des récentes années.

Alors même que tout allait à vau-l’eau – approfondissement de l’occupation, de plus en plus soutenue par les Etats-Unis sans compter une Europe qui se précipite à droite de l’échiquier politique – voilà une résolution de Hanouka [«Fête des Lumières» du 24 décembre 2016 au 1er janvier 2017] qui allume une mince bougie d’espoir. Alors qu’il semblait que les méchants allaient l’emporter, la Nouvelle Zélande et trois autres pays sont venus donner un cadeau de Noël au monde.

Donc, un grand merci à la Nouvelle Zélande, au Venezuela et à la Malaisie. Il est vrai que l’arbre de Noël qu’ils ont apporté, avec ses lumières étincelantes, sera bientôt enlevé. Donald Trump attend déjà à la porte. Mais l’empreinte restera. D’ici-là, réjouissons-nous, même si nous savons qu’on aura une gueule de bois le lendemain.

Il nous faut bien sûr interpeller rageusement le président Barack Obama : « Pourquoi n’est-ce n’est que maintenant que vous faites quelque chose ? » Et frustrés nous devons demander au monde : « Et qu’en est-il des actions ? ». Mais il est impossible d’ignorer la décision du Conseil de sécurité selon laquelle toutes les colonies sont illégales, par nature.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou peut bien rappeler ses ambassadeurs, tandis que son bras droit, le ministre Yuval Steinitz hurle que la résolution est « injuste » (il a visiblement un sens de l’humour !). Isaac Herzog [Parti travailliste], le leader de l’opposition, peut aussi bafouiller : « Nous devons lutter contre cette décision par tous les moyens ». Mais toute personne ayant une conscience ne manquera pas de se réjouir de cette résolution.

En outre, aucun Israélien respectable ne devrait se laisser berner par la propagande qui prétend que la résolution est « anti-israélienne » – une définition que les médias israéliens se sont évidemment empressés d’adopter avec leur servilité caractéristique.

Cette décision a ramené Israël sur le sol solide de la réalité. Toutes les colonies, y compris celles dans les territoires qui ont été annexés, dont évidemment Jérusalem Est, constituent une violation de la loi internationale. Le monde entier est unanime pour le penser, aussi bien les soi-disant amis d’Israël que ses soi-disant ennemis.

Il est probable que les dispositifs de lavage de cerveau en Israël, de pair avec les mécanismes de répression et de déni, essaieront d’ébranler la décision. Mais lorsque les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie sont d’accord pour une déclaration aussi claire, cela sera difficile. Alors vous pouvez bien vous plaindre : « Tout le monde est contre nous », hurler à l’« antisémitisme », vous pouvez demander : « Qu’en est-il de la Syrie ? ». En fin de compte cette vérité limpide restera : le monde entier pense que les colonies sont un crime. Toutes les colonies.

Il est vrai que le monde ne lève pas un petit doigt pour éliminer les colonies, mais peut-être cela arrivera-t-il un jour. Mais à ce moment-là il sera trop tard.

La résolution 2334 établit une distinction artificielle entre Israël et les colonies en ce sens qu’elle vise les colonies et non l’occupation. Comme si c’étaient les colons d’Amona1qui étaient coupables et non pas tous les Israéliens.

Cette duperie prouve à quel point le monde continue à traiter Israël avec indulgence et hésite à prendre des mesures contre ce pays, comme il l’a fait contre la Russie après sa conquête de la Crimée.

Mais les Israéliens qui ne vivent pas à Amona, qui n’y sont jamais allés, doivent se poser la question : cela vaut-il vraiment la peine ? Tout cela pour quelques colons qu’ils ne connaissent pas et qu’ils n’ont pas vraiment envie de connaître ?

La résolution 2334 est destinée surtout aux oreilles israéliennes, comme le réveille-matin qui vous réveille juste à temps, comme une sirène qui vous incite à aller vous réfugier dans un abri antiaérien. Il est vrai que la résolution n’a aucune valeur concrète ; il est vrai que la nouvelle administration états-unienne promet de l’effacer. Mais deux questions resteront. Pourquoi les Palestiniens ne méritent-ils pas exactement la même chose que les Israéliens ? Et à quel point un pays avec sa puissance de lobbying, son armement et sa haute technologie peut-il continuer à ignorer le monde entier ? Ce premier jour aussi bien de Hanouka que de Noël nous pouvons apprécier, ne serait-ce qu’un moment, la douce illusion2 que la Résolution 2334 va soulever ces questions en Israël.

Gideon Levy

Article publié dans le quotidien Haaretz en date du 26 décembre 2016

Traduction et titre de la rédaction de A l’Encontre

http://alencontre.org/moyenorient/israel/israel-la-douce-illusion-de-la-resolution-2334-de-lonu.html

De l’auteur :

Bonjour du compte Twitter de l’armée israéliennebonjour-du-compte-twitter-de-larmee-israelienne/ 

Le sang de Khaled Bahar clame justice, mais personne en Israël ne l’entendle-sang-de-khaled-bahar-clame-justice-mais-personne-en-israel-ne-lentend/ 

Il n’y aura pas de paix tant qu’Israël n’admettra pas sa responsabilité dans la Nakba,il-ny-aura-pas-de-paix-tant-quisrael-nadmettra-pas-sa-responsabilite-dans-la-nakba/ 

« Avec le nouvel accord d’aide à Israël, Obama est le parrain de l’occupation »avec-le-nouvel-accord-daide-a-israel-obama-est-le-parrain-de-loccupation/ 

Israël. Imposer le silence sur les crimes de l’occupationisrael-imposer-le-silence-sur-les-crimes-de-loccupation/ 

Jamais tant de personnes n’ont acclamé un assassin aussi méprisable, jamais-tant-de-personnes-nont-acclame-un-assassin-aussi-meprisable/ 

Le journaliste israélien Gideon Levy appelle au boycott d’Israëlle-journaliste-israelien-gideon-levy-appelle-au-boycott-disrael/ 

Tous les Israéliens sont coupables d’avoir brûlé une maison palestiniennetous-les-israeliens-sont-coupables-davoir-brule-une-maison-palestinienne/ 

Gaza. Articles pour Haaretz Crimes de guerre 



La colonie d’Elon Moreh : « Un manuel de l’occupation »

Piotr Smolnar, dans Le Monde daté du 27 septembre (page 3), décrit les méthodes« classiques » utilisées par les colons de la colonie d’Elon Moreh, appuyés par l’Etat d’Israël, afin d’exproprier de leurs terres les paysans palestiniens. Une illustration, parmi d’autres, de la politique coloniale de l’Etat d’Israël à l’œuvre depuis fort longtemps:

« Azmut, Deir Al-Hatab et Salem, là où vit la famille Marouf, sont trois villages palestiniens situés sur des collines à l’ouest de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie. De génération en génération, leurs habitants se sont consacrés à l’agriculture et à l’élevage. Leur rythme de vie, leur organisation collective et leurs revenus dépendaient de ces deux activités. Oliviers, figuiers et citronniers coloraient le paysage. Des réserves d’eau naturelle servaient à étancher la soif des bêtes. On vivait modestement, mais l’autosuffisance était assurée.

Tout cela, c’était avant que la colonie d’Elon Moreh ne soit établie, en 1980. Depuis trente-six ans, cette communauté a grignoté les terres palestiniennes, privé les villageois de l’accès à leurs terres cultivées – à partir de la première Intifada (1987) – et à leurs pâturages.

L’histoire de ces trois villages est un véritable manuel de l’occupation, de ses expropriations et de la négation des droits palestiniens. « Les villageois ont été laissés dans un état d’insécurité à de multiples niveaux : financier, alimentaire et social,souligne l’ONG israélienne B’Tselem dans un rapport accablant sur la situation locale, publié début décembre. L’Etat d’Israël et 1800 colons agissant avec son soutien et ses encouragements ont pris les terres des villages, en y faisant ce qu’ils voulaient, pendant que près de 10’000 résidents palestiniens ne pouvaient s’approcher de ces terres. »

Dans cette expropriation graduelle, l’administration civile israélienne – qui gère entièrement la zone C, soit 60 % de la Cisjordanie – a procédé par des techniques classiques. Elle a élargi la zone dite de sécurité autour de la colonie; elle a enregistré de nouveaux lots de terrains comme propriétés d’Etat; elle a construit une route de contournement de 15 kilomètres, pour relier Elon Moreh à la colonie d’Itamar.

Cette route est devenue, dans les faits, une frontière pour les villageois, les empêchant de se rendre sur leurs terres situées de l’autre côté. Sauf à deux moments de l’année, et sous haute surveillance: lors de la semence printanière et de la récolte des oliviers en octobre. Quelques jours amers.

Enfin, deux avant-postes (« outposts ») – illégaux même au regard du droit israélien – sont apparus en 1998 et en 2009 au milieu de la réserve naturelle voisine de Har Kabir, créée par l’administration civile. L’armée n’a jamais démantelé ces deux colonies sauvages, qui ont étendu les zones inaccessibles pour les paysans palestiniens.

Tandis que l’attention médiatique est focalisée, depuis de longs mois, sur l’avant-poste d’Amona, auquel le gouvernement a consacré des moyens démesurés pour déménager sans heurts quarante familles avant le 25 décembre, la Cisjordanie compte des dizaines de communautés juives similaires. Protégées par l’armée et bénéficiant de services des conseils régionaux de colons, elles sont au cœur d’un projet de loi à la Knesset visant à les légaliser. »

*****

« Amona, avant-poste situé près de Ramallah, devrait être détruit d’ici au 25 décembre 2016, en exécution du jugement prononcé par la Cour suprême israélienne. L’affaire a cependant permis l’adoption en première lecture au Parlement, le 5 décembre, d’une loi qui annexerait de fait la centaine d’outposts encore jugés illégaux par le droit israélien. Avec, en perspective, la légalisation de toutes les colonies en Cisjordanie.» C’est ainsi que, le 22 décembre 2016, Dominique Vidal, sur le site Orient XXI, présente cette« opération en trompe-l’œil » qui consiste à déplacer quarante familles pour les réinstaller sur une autre terre palestinienne. Un article complémentaire de celui de Gideon Levy. (Rédaction A l’Encontre)

The Times of Israël – porte-parole de la politique sioniste – annonce en date du 26 décembre 2016 : « La mairie de Jérusalem est sur le point d’approuver la construction de centaines de logements à Jérusalem Est cette semaine, à peine quelques jours après l’adoption de la résolution par le Conseil de Sécurité – qui a excédé Israël – qualifiant les constructions de « violation flagrante du droit international ».

Durant la réunion, le Comité de planification et de construction du district de Jérusalem devrait donner son feu vert pour la construction de 618 unités de logements. 140 seront à Pisgat Zeev, 262 à Ramat Schlomo, et 216 à Ramot, selon un article dans le quotidien Haaretz.

Cette réunion, destinée à l’approbation de la construction de ces logements initialement prévue pour vendredi, a été reportée suite au vote de la résolution 2334 par le Conseil de Sécurité de l’ONU, qui a qualité toutes les constructions au-delà de la Ligne verte – les terres situées au-delà des frontières de 1949 qu’Israël a annexées durant la guerre des Six Jours, en 1967 – comme illégales, y compris dans Jérusalem.

Bien que Jérusalem soit la capitale d’Israël, la construction au sein de la ville est depuis longtemps condamnée par la communauté internationale, qui ne reconnaît pas l’annexion de la moitié de la ville par Israël. Israël maintient que la ville est unifiée et qu’il jouit du droit de construire dans tous les quartiers de la capitale.

La Commission de zonage du district de Jérusalem doit également se réunir mercredi pour délibérer sur la construction de 5 600 logements à Jérusalem Est, donc 2 600 à Gilo, 2 600 à Givat Hamatos et 400 à Ramot, selon Israel Hayom.

La construction à Givat Hamatos, un flanc de colline faiblement peuplé au sud de Jérusalem n’a pas pu se faire à cause d’une ferme opposition de la communauté internationale. Les détracteurs d’Israël avaient déclaré que l’ajout de maisons israéliennes séparerait le quartier palestinien de Beit Safaa des autres quartiers palestiniens de Cisjordanie, ce qui compliquerait la division de portions de Jérusalem Est du reste de la ville.

La mairie de Jérusalem voit en l’investiture du président élu Donald Trump une opportunité pour une reprise des constructions à Jérusalem Est, qui a été ralentie à cause de la pression exercée par l’administration Obama.» (Rédaction A l’Encontre)

Posté par Michel Peyret

Israël mène une véritable « guerre de l’eau » en Palestine

 

jeudi 5 janvier 2017 

Rappels

 

* Israël pratique une politique systémique de destruction des ressources palestiniennes en eau et montre qu’il est prêt à contrevenir aux Conventions de Genève en se servant de l’eau comme outil de coercition et de contrôle.
 
* Au cours des opérations militaires, Israël a ciblé l’infrastructure de l’eau en Cisjordanie comme à Gaza, perpétuant les crises humanitaires.* Les sept années de siège israélien sur Gaza doivent être considérées comme faisant partie de la guerre de l’eau, puisqu’en empêchant l’accès aux matériaux de réparation, de maintenance ou de développement de l’infrastructure de l’eau, Israël perpétue les dommages causés pendant les périodes d’attaque.* La guerre de l’eau paralyse le développement en Cisjordanie et à Gaza, et provoque des pertes économiques dans l’agriculture et l’industrie, ainsi que des risques sanitaires à long terme.* La restriction de l’accès palestinien à l’eau transforme ce qui fut la ressource gérée par la communauté en une marchandise et menace de modifier la relation entre les Palestiniens et leur terre.

 

Synthèse

 

Cibler l’infrastructure palestinienne de l’eau est une politique israélienne systémique et à double objectif pour empêcher l’existence de communautés palestiniennes durables. Dans cette note politique, Muna Dajani, membre de l’équipe politique d’Al-Shabaka et chercheuse en environnement, démontre qu’Israël cible les infrastructures de l’eau et montre comment la politique n’empêche pas seulement la croissance économique, mais pousse aussi les Palestiniens hors de leur terre. Elle observe la marchandisation de l’eau qui en résulte et avertit que ce processus est en train de changer les modèles traditionnels de la gestion communautaire de l’eau et qu’il pourrait modifier définitivement la configuration de la société palestinienne. Pour combattre cette guerre de l’eau, Dajani propose des actions aux acteurs locaux, nationaux et internationaux – des campagnes de sensibilisation aux bases de données – pour mettre la question à l’ordre du jour politique. Elle exhorte également les donateurs à exiger des indemnisations pour les investissements perdus.

Israël a pratiqué une politique systémique de destruction des ressources palestiniennes en eau et a maintes fois prouvé qu’il était disposé à contrevenir aux Conventions de Genève dans son exploitation de l’eau comme outil de coercition et de contrôle.

 

La guerre de l’eau d’Israël

 

L’une des causes de la dernière attaque d’Israël sur la Bande de Gaza est l’infrastructure de l’eau de l’enclave côtière, qui n’a pas été épargnée par les tirs délibérés des missiles israéliens. Cette attaque sur l’infrastructure de l’eau n’est ni nouvelle, ni spécifique à Gaza, mais fait plutôt partie intégrante d’une campagne israélienne soutenue pour faire obstacle au développement des communautés palestiniennes et rendre leur vie quotidienne insupportable. 
 
Afin d’empêcher qu’Israël continue de viser délibérément l’infrastructure de l’eau, il faut que le caractère systémique des dégâts qu’il a causés aux ressources palestiniennes vitales soit reconnu ; il doit être documenté et dénoncé, à tous les niveaux de la société palestinienne, par des campagnes de sensibilisation et des initiatives de la société civile. Les partenaires internationaux comme la Ligue des Etats arabes, l’Union européenne et les Nations unies doivent également faire pression sur Israël pour qu’il cesse et s’abstienne.La politique qui consiste à refuser que les communautés palestiniennes aient accès à l’eau peut être considérée comme un outil de guerre utilisé continuellement par l’occupation israélienne et les autorités d’occupation, et qui, finalement, porte atteinte à la résistance palestinienne. Les répercussions de cette politique sont vastes. Parmi elles la dégradation de l’environnement à long terme, des dangers pour la santé publique à court et à long terme, et la privation d’eau potable pour une partie importante de la société civile.Viser l’infrastructure de l’eau est interdit en vertu du Protocole
 
Article 54 de la Convention de Genève (1977) qui stipule :

« 2. Il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile, tels que des denrées alimentaires et les zones agricoles qui les produisent, les récoltes, le bétail, les installations et réserves d’eau potable et les ouvrages d’irrigation, en vue d’en priver, à raison de leur valeur de subsistance, la population civile ou la Partie adverse, quel que soit le motif dont on s’inspire, que ce soit pour affamer des personnes civiles, provoquer leur déplacement ou pour toute autre raison. »
 
L’offensive soutenue d’Israël contre les infrastructures de l’eau palestinienne a été menée sur deux fronts : les dégâts directs et considérables causés délibérément au cours des opérations militaires à grande échelle, et les dommages à long terme en empêchant les réparations, l’entretien ou le développement des infrastructures de l’eau. Bien que rarement sur l’agenda politique, cibler les infrastructures de l’eau est une tactique identifiée et documentée de l’armée israélienne ; que ce soit sous la forme de bombes sur l’usine d’épuration des eaux résiduaires à Gaza ou sur les citernes de l’époque romaine qui fournissent toujours de l’eau dans un village reculé en Cisjordanie, les méthodes sont intentionnelles. Le rapport Goldstone des Nations Unies, qui avait été chargé de documenter les violations des droits de l’homme au lendemain de l’attaque israélienne de 2008-2009 sur Gaza (opération « Plomb Durci »), a confirmé ce qu’il considérait comme une destruction « délibérée et systématique » de l’infrastructure de l’eau par Israël.
 
Les 51 jours d’assaut de cet été [l’article a été écrit en septembre 2014, ndt] sur la Bande de Gaza ne font pas exception. Au cours des bombardements, des personnalités politiques israéliennes auraient appelé à la coupure de l’approvisionnement en eau à Gaza, ainsi que l’électricité. Cela fait partie d’une rhétorique de guerre qui voit les infrastructures de l’eau et de l’électricité comme une arme politique de coercition.

 

Cibler les infrastructures de l’eau pendant les opérations militaires

 

Au cours de la décennie passée, lors de chaque attaque israélienne sur Gaza, les bombardements ont visé l’infrastructure de l’eau, des principales centrales électriques aux usines d’épuration des eaux résiduaires et aux réseaux d’eau. Les actions militaires ont ravagé les canalisations d’eau, les égouts et autres systèmes de gestion des eaux usées. Les rapports consécutifs à l’« opération Plomb Durci » ont montré que les dégâts ont privé d’accès à l’eau un tiers de la population de Gaza. Les dommages environnementaux ont été estimés à 44 millions de dollars.

Dans les premiers jours de la dernière opération militaire à Gaza, « Pilier de Défense », l’aviation israélienne a visé la station de pompage des eaux usées à l’ouest de Gaza-ville. En frappant sa cible, Israël a paralysé une infrastructure qui pompe 25.000 m3 d’eaux usées par jour vers la principale usine de traitement des eaux de Gaza. Après l’attaque, la municipalité de Gaza a annoncé qu’elle ne serait plus en mesure de traiter les eaux usées. Les frappes continues sur l’usine ont aussi contraint la direction à cesser de réparer les dégâts afin d’éviter que les membres du personnel ne soient blessés, après que 7 d’entre eux ont été tués en inspectant les premiers dégâts. Les bombardements israéliens suivants sur l’est de Gaza-ville ont frappé une conduite d’eau principale, déconnectant les zones à l’est de la ville et coupant l’alimentation en eau à plus de 1,5 million d’habitants.Les pertes dans les seules infrastructures de l’eau ont été estimées (lienà 30 millions de dollars. Depuis le début de l’assaut de cet été sur Gaza, la principale usine de traitement des eaux usées a été détruite, y compris le réseau de canalisations qui y était raccordé. Quatre puits, cinq réservoirs et d’innombrables réseaux de canalisation sont également devenus inutilisables. En conséquence, plus de 100.000 mètres cubes d’eaux usées non traitées se sont écoulés dans les rues de Gaza et dans la mer.Sans accès à l’eau potable, la majorité des habitants de Gaza doit chercher un refuge et les services de base hors de chez eux. La destruction des puits et de l’infrastructure des eaux usées augmente ainsi la crise humanitaire. Avec des quartiers entiers envahis par les eaux d’égouts, on craint la propagation d’épidémies. Des hôpitaux bondés doivent maintenant traiter également les troubles digestifs, les allergies cutanées et les maladies d’origine hydrique et respiratoire. Un porte-parole d’Oxfam a déclaré, « Nous travaillons dans un environnement dont l’infrastructure d’eau est complètement détruite, ce qui empêche les gens de Gaza de cuisiner, de tirer la chasse d’eau des toilettes ou de se laver les mains. Le risque sanitaire est actuellement énorme […] et il faudra des mois ou des années pour que l’infrastructure de Gaza soit complètement remise en état. »
 
Dans ce cadre, le siège de Gaza peut – et doit – être compris comme une continuation de la politique de ciblage des infrastructures d’eau. Avec des restrictions drastiques sur ce qui est autorisé à entrer dans la Bande de Gaza, la reconstruction de l’usine de traitement des eaux usées, suite aux attaques de 2008, a été impossible. Au-delà de la reconstruction, les réparations régulières sont également impossibles et la modernisation des systèmes pour les rendre plus efficaces ou plus durables est hors de question. Des innovations dans le traitement de l’eau et la construction d’une qualité de vie qui dépende de l’accès régulier à l’eau sont donc interdites ; de même les ressources disponibles s’épuisent rapidement, ce qui rend plus difficile de faire des projets.Sans réparation, la terre de Gaza subit des dégâts durables. Il y a eu une rapide infiltration d’eau de mer et une surexploitation de l’aquifère pendant des années. Même les sources d’eau disponibles ne sont pas toujours potables : 95% de l’eau que les Palestiniens de Gaza consomment depuis des décennies se sont révélés impropres à la consommation humaine. Les coupures d’électricité qui ont duré près d’une décennie ont limité la capacité du traitement de l’eau et donc la disponibilité de l’eau pour les ménages, et elles ont augmenté le rejet des eaux usées non traitées dans la mer. Même avant l’assaut de cet été sur Gaza, 90 millions de litres d’eaux usées non traitées ou partiellement traitées ont été déversés et continuent d’être déversés dans la mer chaque jour en raison de l’insuffisance des installations de traitement.

Les matériaux autorisés à entrer à Gaza, comme des générateur, du carburant limitée et des camions d’eau, ne compensent que temporairement et visent à fournir des services de base et un soulagement immédiat à une population déplacée. Ces mesures palliatives ne peuvent en aucun cas répondre aux problèmes d’approvisionnement en eau à Gaza et atténuent à peine les conséquences de la guerre de l’eau d’Israël. Il ne faudra pas seulement des millions de dollars pour mettre en œuvre les phases de reconstruction et de réhabilitation des infrastructures, mais également beaucoup de temps, étant donné la situation actuelle de siège.
 
La guerre de l’eau menée sur le long terme dans les zones occupées

Encore plus insidieux a été la lente mais délibérée destruction de l’infrastructure de l’eau en Cisjordanie. La même politique de dommages intentionnels aux équipements de gestion de l’eau en période d’agression militaire a également été observée dans toute la région, le plus évident étant lors de l’invasion israélienne de la ville de Jénine en 2001 et 2002 qui a causé des dommages énormes [1] aux réseaux d’alimentation en eau et aux réseaux des eaux usées, interrompant tous les services pendant des semaines.Les dommages causés aux infrastructures sont également plus progressifs et plus subtils, lorsque, en lieu et place du blocage des importations de matériaux, les démolitions sont devenues la norme, en particulier dans les communautés marginalisées de la zone C – 60% de la Cisjordanie en vertu des accords d’Oslo – et dans ce qu’Israël a déclaré comme « zone tampon » autour de la Bande de Gaza. Ces zones sous contrôle israélien direct ont été expropriées pour des raisons de « sécurité » et sont utilisées comme zones militaires et terrains d’entraînement pour l’armée d’occupation. Déclarer une zone militaire signifie presque automatiquement la destruction des terres agricoles, un danger de mort pour les habitants des communautés voisines, et l’expropriation de vastes étendues de terre.

Bien que des outils et du matériel puissent être disponibles dans la zone C, l’infrastructure est aussi difficile à construire que dans la bande de Gaza assiégée. Les Palestiniens qui vivent dans cette zone doivent demander la permission aux autorités israéliennes pour maintenir, construire ou étendre leurs infrastructures de l’eau (l’autorisation doit également être requise dans les zones A et B, uniquement par l’intermédiaire du Comité conjoint de l’eau dont il est question ci-dessous). Lorsque la permission est – presque inévitablement – refusée, les habitants sont alors obligés de construire sans permission. Cela les expose au risque d’amendes et d’ordres de démolition.Selon la coalition palestinienne Emergency Water, Sanitation and Hygiene for Palestine (EWASH), entre 2009 et 2011, 173 différentes installations de l’eau, d’assainissement ou d’hygiène ont été démolies, sans oublier la confiscation de camions-citernes qui sont utilisés comme moyen d’urgence lorsque l’accès à l’eau est refusé.
 
Au-delà du ciblage systématique des infrastructures par l’armée israélienne dans la zone C, les habitants des colonies juives illégales ont également commis des actes de vandalisme et de destruction qui ciblent spécifiquement les sources d’eau palestiniennes et ils s’approprient fréquemment des sources naturelles pour leur propre usage de loisirs. Les colons peuvent être considérés comme agissant dans le cadre d’une claire politique israélienne qui considère un tel ciblage des ressources en eau comme une méthode de guerre tout à fait normale.La destruction des anciennes infrastructures pour l’eau telles que les citernes ou les sources qui ont existé depuis toujours, prive non seulement les communautés marginalisées de la zone C de l’accès à l’eau mais détruit aussi un élément important de l’histoire palestinienne et détruit aussi la très réelle et ancienne relation organique de la communauté avec les ressources naturelles et l’héritage des ressources gérées localement.
 
La même chose se produit à Gaza, où une zone frontalière occupée engloutit environ 17% de la zone continentale de Gaza et où 305 puits agricoles ont été détruits entre 2005 et 2013. Cette zone tampon et les zones marquées sous la lettre C recouvrent la majorité des terres agricoles palestiniennes, et par conséquent s’attaquer ici à l’infrastructure de l’eau a de vastes implications sur la production économique et sur la capacité des communautés palestiniennes à être autosuffisantes. En raison de la destruction des infrastructures hydrauliques sur les terres agricoles, les Palestiniens dépendent davantage de l’aide, des importations et même des biens israéliens.Sans accès à des sources d’eau régulières, propres et fiables, les activités industrielles, agricoles et commerciales s’amenuisent, entraînant une crise économique. Cela est particulièrement vrai pour les activités économiques hautement vulnérables et dépendantes des ressources en Palestine, comme l’agriculture. Dans ces conditions, seulement 6,8% des terres agricoles en Cisjordanie sont irriguées et ce même faible pourcentage donne la moitié des produits agricoles dans les territoires palestiniens occupés. Ces chiffres illustrent la perte stupéfiante d’opportunités économiques dans le secteur agricole, due uniquement à l’eau perdue en raison des restrictions et des démolitions israéliennes. Selon les estimations, cette perte de gain économique s’établirait à 1,44 milliard de dollars par an.
 
Transformer la relation avec la terre

Beaucoup de communautés dépendent de ressources d’eau de base comme les puits, les sources et les citernes pour répondre aux besoins domestiques. Souvent cette infrastructure a été construite depuis des décennies, sinon des siècles plus tôt, et elle a un urgent besoin de réparation. Des centaines de ces communautés en Cisjordanie souffrent des dégâts délibérés et des destructions infligées à leurs sources d’eau. Les citernes d’eau de pluie, les puits, les systèmes d’irrigation et les réseaux d’eau construits pendant la période pré-romaine ont été la cible des forces militaires israéliennes. Les effets de la destruction de l’infrastructure de l’eau ne se limitent pas à la maladie, à l’absence de ressources vitales, à la perte de revenus ou aux possibilités de développement.
 
A long terme, le ciblage par Israël des infrastructures hydrauliques impacte aussi profondément la relation que les Palestiniens entretiennent avec leurs terres. En privant les agriculteurs de l’accès à l’eau, Israël les chassent de leurs terres. Empêcher des éleveurs d’avoir accès à des citernes séculaires supprime les moyens de subsistance traditionnels et a pour effet de vider des villages riches de par leur travail, leurs familles et leurs traditions. Dans ce paradigme de la guerre de l’eau, il n’est pas surprenant que la vallée du Jourdain, riche en eau, soit l’une des zones les plus brutalement attaquées en termes de démolition d’infrastructures.
 
On peut dire clairement qu’il s’agit d’une guerre systémique contre l’eau menée contre la population palestinienne. Cette guerre à long terme détruira la relation organique que les villes et les villages ont avec les ressources en eau locales, et transformera des ressources en eau autrefois gérées localement en une marchandise – qui de plus est contrôlée par Israël. Les habitants d’aujourd’hui de Ramallah, par exemple, achètent leur eau à Mekorot, la compagnie d’eau nommée par le gouvernement israélien. L’eau n’est plus une ressource communautaire, et sa commercialisation aux mains de l’occupation israélienne modifie encore la nature de la société palestinienne.Exercer une pression politique pour protéger l’infrastructure de l’eau

La destruction de l’infrastructure de l’eau est un coup direct aux programmes palestiniens de développement qui ont été soutenus par les donateurs internationaux au cours des deux dernières décennies. Les donateurs versent des milliards de dollars dans des projets de gestion de l’eau, dans ce que l’on peut considérer comme un secteur qui dépend littéralement d’eux.
 
La plus grande partie de ces milliards est dédiée à la reconstruction des infrastructures endommagées par les bombardements israéliens successifs. Parfois, le coût élevé de la remise en état décourage les organismes donateurs d’intervenir. Cela laisse des communautés comme Susiya, dans les collines du sud d’Hébron, ou Al-Farasiya dans la vallée du Jourdain (à la fois des communautés bédouines ou troglodytes de quelques dizaines d’individus chacune) avec juste un accès à l’aide humanitaire la plus immédiate, qui revient alors à un moindre coût. Lorsque les forces israéliennes confisquent des camions-citerne, ceux-ci pourront éventuellement être remplacés, mais le cycle semble exclure toute solution à long terme aux crises en eau pour ces hameaux.
 
L’intervention des donateurs dans le domaine de l’eau doit aller de la fourniture de solutions temporaires à la pression politique active sur Israël afin que ses forces militaires cessent leur destruction stratégique des infrastructures. L’argent pourrait ensuite être investi dans le développement à long terme d’une infrastructure qui permettrait à la base d’habiliter politiquement les communautés palestiniennes, d’assurer l’accès à l’eau potable et permettrait le développement économique des secteurs industriel et agricole. Si les Palestiniens et la communauté des donateurs pouvaient être assurés que l’infrastructure était à l’abri des attaques israéliennes, ce serait la fin d’une politique qui a pour effet d’assécher les ressources palestiniennes.

Pour commencer, l’Autorité Palestinienne de l’Eau a condamné de façon répétée la destruction des citernes en Cisjordanie. Cela a permis de documenter les destructions et de montrer que les actions d’Israël violaient l’accord du Comité conjoint de l’eau de 2001. Ce comité avait été créé en tant que mécanisme pour assurer l’accès palestinien à l’eau en Cisjordanie par le biais d’un programme de gestion de l’eau qui a pour but de « garder l’infrastructure de l’eau hors du cycle de la violence ».
 
Cependant, étant donné que le comité fonctionne conjointement entre l’Autorité palestinienne (AP) et l’administration d’occupation d’Israël, il reste finalement sous le contrôle de la puissance occupante.Certaines ONG et des groupes de la société civile explorent d’autres moyens pour rendre Israël responsable de ses violations de l’accès à l’eau, pour imposer des mesures qui devraient être considérées comme un modèle et pourraient être renforcées. EWASH a collaboré avec le groupe de défense des droits des Palestiniens Al-Haq pour produire un rapport pour le Comité des droits économiques, sociaux et culturels. Le rapport documente les violations de l’eau perpétrées par Israël et demande instamment une action basée sur le Pacte international des Nations Unies sur les droits économiques, sociaux et culturels dont Israël est signataire. Toutefois, des initiatives sont nécessaires pour mobiliser les acteurs locaux et internationaux.

Au niveau des communautés palestiniennes, il y a un manque général de conscience et un sentiment d’impuissance qui prévaut quand il s’agit d’imposer les droits sur l’eau. Pour y remédier, les dirigeants communautaires doivent adopter les droits à l’eau comme élément important de leur lutte populaire contre l’occupation. Cela signifie sensibiliser les communautés à leurs droits et travailler à documenter de manière collective les violations subies, et se mobiliser collectivement pour exiger une action. L’attention portée à la crise de l’eau à Gaza a en partie stimulé l’action en Cisjordanie, où des campagnes ont été organisées pour fournir de l’eau à la population, même symboliquement. Ces efforts peuvent servir à sensibiliser la population à la guerre systémique de l’eau imposée par Israël, galvaniser les mesures qui s’imposent face à cette guerre et permettre l’acheminement de l’eau potable dans la bande de Gaza.
 
Au niveau national et international, il existe un besoin urgent de plaidoyers pour exposer les violations de l’eau dans tous les forums, ainsi que des initiatives pour s’associer aux campagnes mondiales pour les droits de l’eau des populations autochtones. En outre, l’Autorité palestinienne de l’eau et la communauté internationale des donateurs doivent être plus sensibles aux violations des droits sur l’eau et rendre Israël responsable de ses crimes.Compte tenu de la situation actuelle, les mesures suivantes pourraient être prises :

1) La société civile doit :

– Attirer l’attention sur les cas de dommages ou de tentatives de dommages causés par les attaques contre l’infrastructure de l’eau.

– Former des coalitions pour un soutien mutuel.

– Organiser et tenir à jour une base de données complète sur la destruction de l’infrastructure de l’eau ainsi que la liste des personnes touchées et les effets à long terme des destructions.
 
2) Les mouvements présents sur le terrain doivent :

– Mettre le droit à l’eau à l’ordre du jour, en particulier au sein des comités de lutte populaire palestiniens afin que le droit à l’eau occupe une place dans l’agenda politique.

– Former des liens avec d’autres communautés autochtones qui s’efforcent d’imposer la justice dans l’accès à l’eau.

– Utiliser la lutte pour la protection des ressources en eau comme moyen de mobilisation pour les campagnes des populations autochtones à l’échelle mondiale.
 
3) L’Organisation de libération de la Palestine/AP doit :

– Documenter davantage les violations d’Israël

– Utiliser son statut d’État observateur aux Nations Unies pour rendre Israël responsable par les moyens dont disposent les Nations Unies.
 
4) Les gouvernements et les principales organisations intergouvernementales comme l’ONU doivent :

– Tenir Israël responsable de toutes ses violations des droits de l’homme

– Inclure le droit à l’eau dans cette problématique.
        
– Insister pour qu’Israël indemnise les donateurs pour la perte d’infrastructures mises en place par des organismes internationaux. La compensation pour les investissements des donateurs doit être réclamée.Source 4 septembre 2016 – al-Shabaka – Traduction conjointe : Chronique de Palestine & ISM France
 
Transmis par Linsay
                                      

Muna Dajani est une chercheuse et militante palestinienne en environnement à Jérusalem. Muna détient une maîtrise en développement international et environnement. Elle est actuellement étudiante au doctorat à la London School of Economics (LSE) au département de Géographie et Environnement. Ses recherches visent à identifier le lien entre l’identité, la résilience et l’agriculture sous occupation militaire, où l’agriculture revient pour une part à une forme de résistance culturelle. Ses domaines de recherche sont la politique environnementale, la gestion des ressources par la communauté et les impacts sociaux du changement climatique.

 

[1Mark Zeitoun, _Power and Water in the Middle East : The Hidden Politics of the Palestinian-Israeli Water Conflict_ (New York : I.B. Tauris & Co Ltd, May 2008).

04 janvier 2017

Vincent Lemire, quel avenir pour Jérusalem ?

 

« Au final, quel avenir pour Jérusalem ?, interroge Delphine Froment. Proclamée depuis 1980 capitale éternelle et indivisible de l’Etat d’Israël, Jérusalem a-t-elle trouvé là une conclusion à son histoire plurimillénaire ? Les auteurs insistent plutôt sur le « point de bifurcation » où elle se trouve : sa capitalisation, mal acceptée à l’international, ne saurait cacher que Jérusalem est la moins juive des grandes métropoles d’Israël ; et Jérusalem « demeure plus que jamais une capitale paradoxale, voire une capitale “impossible”, tiraillée par son triple statut de capitale universelle, nationale et binationale » (6) ; d’ailleurs, il est encore aujourd’hui impossible de savoir comment trancher le sort de Jérusalem pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien (la question du statut de la ville est tellement problématique et complexe qu’elle n’a pas été intégrée aux négociations de 1993 entre Israéliens et Palestiniens)... »

Reprenons l'article de Delphine Froment...

Michel Peyret


Les clés du Moyen-Orient

Vincent Lemire (dir.), Jérusalem. Histoire d’une ville-monde 


Article publié le 21/12/2016

Compte rendu de Delphine Froment

S’affranchir des débats passionnés et idéologiques pour retracer la longue histoire de la ville « trois fois sainte » : tel est le défi relevé par l’ouvrage dirigé par Vincent Lemire aux éditions Flammarion, et paru à l’automne 2016. Et ce défi n’était pas des moindres : Jérusalem, que Julien Gracq qualifiait de « ville épileptique » en 1967, ne se situe-t-elle pas, depuis plus de deux millénaires, au croisement des religions monothéistes et de leurs traditions ? N’est-elle pas au cœur d’imaginaires et de fantasmes identitaires ? Ce lourd héritage ne rend-il pas son histoire d’autant plus difficile à écrire ? « Jérusalem ne s’appartient pas, Jérusalem n’est pas à Jérusalem, Jérusalem est une ville-monde, une ville où le monde entier se donne rendez-vous, périodiquement, pour s’affronter, se confronter, se mesurer » (1). Partant de ce constat, les auteurs de cet ouvrage ont tenté de contrer les représentations fantasmées de Jérusalem pour en proposer une relecture « à la fois contextualisée et située, diachronique et géographique » (2).

Refaire de Jérusalem un objet d’histoire

Ce vaste programme est inédit dans l’historiographie. Dans son introduction, Vincent Lemire montre que de manière paradoxale, alors que Jérusalem regorge de monuments et de vestiges, elle est une ville « sans histoire », trop souvent « asphyxiée par des mémoires qui court-circuitent et brouillent la chronologie » (3). Devant la difficulté de passer outre cet héritage mémoriel multiple, jamais une telle synthèse de cette ville n’avait été proposée : cette tentative de faire une « nouvelle histoire de Jérusalem » ne peut donc être que saluée.

D’autant qu’à cette entreprise s’ajoute une autre volonté : celle de faire une histoire incarnée de la ville, en prêtant attention à la topographie, au relief, à la situation, à l’urbanisme et au peuplement. Car, comme le souligne Vincent Lemire, la géographie est l’autre grande absente de l’historiographie de Jérusalem, tant elle est supplantée par les analyses géopolitiques : « l’histoire de Jérusalem est généralement racontée sans que les lieux (rues, monuments, collines, vallées, sources, roches, grottes, murailles, cimetières) soient autre chose qu’une carte d’état-major ou qu’un simple décor à usage folklorique ou patrimonial » (4).

Pour ce faire, une large panoplie de cartes ainsi qu’une chronologie de référence pour l’histoire de la ville des origines à nos jours sont à trouver au fil du texte et en annexe de ce livre.

Quatre auteurs se sont partagé l’écriture de cette grande synthèse (430 pages de texte) :

- Vincent Lemire, directeur de cette publication, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée. Ses recherches portent sur Jérusalem et le Proche-Orient contemporain : dans sa thèse, il s’est intéressé à la question de l’eau à Jérusalem entre la fin du xixe siècle et la mise en place de l’État d’Israël (La Soif de Jérusalem, 1860-1948. Essai d’hydrohistoire, Paris, Publications de la Sorbonne, 2010). Il a plus récemment publié un autre ouvrage, à nouveau centré sur l’histoire de Jérusalem au début du XXe siècle : Jérusalem 1900. La ville sainte à l’âge des possibles, Paris, Armand Colin, 2013. Il est également directeur du projet européen « Open Jerusalem ».

- Katell Berthelot, historienne des religions, et plus particulièrement du judaïsme ancien. Avec Dionigi Albera, elle a notamment publié aux éditions Flammarion en 2013 Dieu, une enquête. Judaïsme, christianisme, islam, ce qui les distingue, ce qui les rapproche. Directrice au CNRS, rattachée au Centre Paul-Albert Février, elle a séjourné de 2007 à 2011 au Centre de recherche français de Jérusalem (CRFJ).

- Julien Loiseau, maître de conférences habilité à diriger des recherches à l’université Paul-Valéry Montpellier-3, et directeur du Centre de recherche français de Jérusalem (CRFJ). Spécialiste de l’Orient médiéval, on lui doit notamment sa très belle monographie sur les Mamelouks (Les Mamelouks. Une expérience politique dans l’Islam médiéval, Paris, Seuil, 2014).

- Yann Potin, historien et archiviste, chargé d’études documentaires principal aux Archives nationales, maître de conférences associé en histoire du droit à l’Université Paris Nord, membre du comité de pilotage du projet européen « Open Jerusalem ». Tout comme Julien Loiseau, il a participé à la coordination de L’Histoire du monde au XVe siècle, dirigée par Patrick Boucheron et parue chez Fayard en 2009.

Jérusalem, de l’âge du bronze à nos jours : construction d’une « capitale impossible »

Ces quatre auteurs signent ainsi une riche synthèse, qui se lit aisément et retrace toute l’histoire de la ville de Jérusalem, de l’âge du bronze à nos jours. Sept chapitres découpent de manière chronologique un passé plurimillénaire. Loin de vouloir résumer ici le contenu de cet ouvrage aussi dense qu’éclairant, contentons nous d’énumérer les points principaux de ces chapitres, afin de refixer les très grandes lignes de l’histoire de Jérusalem : le premier chapitre se penche sur la période antique de la ville, jusqu’à la provincialisation romaine de la Judée, et y décrit la naissance du judaïsme, première religion à ériger Jérusalem en ville sainte ; le deuxième chapitre revient sur la période tardive et du haut Moyen Âge, en cherchant à montrer les multiples croisements entre la civilisation romaine et les traditions judéo-chrétiennes – croisements qui participent pleinement de l’évolution de la ville ; le troisième chapitre se consacre à la Jérusalem des Omeyyades et des Abbassides, de la conquête arabe au viie siècle à celle des croisés en 1099 – date qui marque le début des longues et âpres luttes pour la ville désormais trois fois saintes : en quelques siècles, Jérusalem passe et repasse aux mains de divers belligérants. Ainsi, le quatrième chapitre est dédié au royaume franc dont Jérusalem fut la capitale de 1099 à 1197 ; mais en 1197, la ville est reprise par Saladin et dirigée par les Ayyoubides puis par les Mamelouks qui parviennent à vaincre les hordes mongoles de Hülegü (petit-fils de Gengis Khan) en 1260 à la bataille de ‘Ayn Jalut, et entrent dans Jérusalem en 1261, inaugurant sept siècles de domination turque à Jérusalem ; cette domination turque, c’est donc d’abord celle des Mamlouks qui succèdent aux Ayyoubides (chapitre 5), puis celle des Ottomans (chapitre 6). Cette longue domination est synonyme de grande stabilité pour la ville. Or, lorsque l’Empire ottoman disparaît au sortir de la Première Guerre mondiale, cette stabilité vole également en éclat ; la Jérusalem du xxe siècle est au contraire marquée par une période de ruptures et de fractures : « L’image qui s’impose est celle d’une ville en guerre, ou plutôt d’une succession de guerres qui chacune réorientent le destin de la Ville sainte » (5). De la Première Guerre mondiale à l’intifada al-Aqsa (2000-2004), le septième et dernier chapitre montre combien Jérusalem est sans cesse tiraillée entre plusieurs peuples ; il nuance néanmoins cette idée de simple fracture, et insiste sur certaines continuités (notamment un relatif équilibre démographique entre les communautés tout au long du xxe siècle, avec un léger avantage pour la population juive). Au final, quel avenir pour Jérusalem ? Proclamée depuis 1980 capitale éternelle et indivisible de l’Etat d’Israël, Jérusalem a-t-elle trouvé là une conclusion à son histoire plurimillénaire ? Les auteurs insistent plutôt sur le « point de bifurcation » où elle se trouve : sa capitalisation, mal acceptée à l’international, ne saurait cacher que Jérusalem est la moins juive des grandes métropoles d’Israël ; et Jérusalem « demeure plus que jamais une capitale paradoxale, voire une capitale “impossible”, tiraillée par son triple statut de capitale universelle, nationale et binationale » (6) ; d’ailleurs, il est encore aujourd’hui impossible de savoir comment trancher le sort de Jérusalem pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien (la question du statut de la ville est tellement problématique et complexe qu’elle n’a pas été intégrée aux négociations de 1993 entre Israéliens et Palestiniens).

Au-delà des communautarismes : circulations, échanges, interactions

La richesse de cette longue histoire de Jérusalem réside également (voire surtout ?) dans sa capacité à mettre en avant les porosités entre les traditions des trois monothéismes : circulations, échanges, transferts et interactions sont à l’honneur dans cette histoire. Par exemple, le chapitre 6 montre combien, en 1908, à Jérusalem, la promulgation de la Constitution par les Jeunes-Turcs donne lieu à des scènes de liesse entre les citoyens de toutes les communautés et confessions, qui fraternisent entre eux ; en effet, cette nouvelle promulgation d’une Constitution d’inspiration libérale (qui avait déjà été promulguée en 1876, mais suspendue presque immédiatement) est accueillie avec joie par les minorités nationales qui espèrent pouvoir vivre une démocratisation de l’Empire ottoman ; or, les auteurs de montrer que « le slogan “liberté, égalité, justice” s’est concrétisé par le libre accès de tous les habitants à l’ensemble des lieux saints de la ville » (7).

Cette approche permet ainsi de sortir d’une vision d’une Jérusalem qui aurait été, de tout temps, sclérosée par les communautarismes – alors que les conflits et difficultés que connaît aujourd’hui le Proche-Orient se cristallisent justement autour des passions confessionnelles et communautaires, cette volonté de montrer qu’il n’en a pas toujours été ainsi est à saluer : « Cette simple anecdote permet de mesurer combien est singulière l’histoire de Jérusalem dans ces années 1900, combien il est difficile aujourd’hui de se la représenter, mais aussi combien il est nécessaire d’en conserver la trace » (8).

C’est là l’un des plus grands mérites de cette riche et brillante analyse.

Notes :

(1) Vincent Lemire (dir.), Jérusalem. Histoire d’une ville-monde, Paris, Flammarion, p. 7.
(2) Ibid., p. 13.
(3) Ibid., p. 11.
(4) Ibid., p. 12.
(5) Ibid., p. 353.
(6) Ibid., p. 414.
(7) Ibid., pp. 348-349.
(8) Ibid., p. 350.

Vincent Lemire (dir.), Jérusalem. Histoire d’une ville-monde, Paris, Flammarion, 2016.

Posté par Michel Peyret

1 janvier 2017

Les Palestiniens réfugiés : faits et chiffres [ Collectif communiste polex ]

 

Les Palestiniens réfugiés: faits et chiffres

 

Nous ne partageons pas les orientations islamistes du Hamas, parti politique palestinien influent surtout à Gaza. Il n'empêche que cette analyse du nombre effarant des réfugiés palestiniens dans les pays voisins, soigneusement occulté par les médias israéliens et occidentaux, mérite notre attention. Aucune solution au problème de la Palestine encore colonisée ne pourra l'ignorer.


Collectif communiste polex


 

mis à jour le : 27 Décembre, 2016

Les réfugiés palestiniens représentent la population de réfugiés la plus ancienne et la plus importante dans le monde aujourd’hui. Il y a environ 7,2 millions de réfugiés palestiniens, ce qui équivaut à environ 70% de la totalité de la population palestinienne, qui est estimée à 10,7 millions dans le monde.

 

Le droit au retour: de solides bases juridiques


** L’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme affirme: « Chacun a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de retourner dans son pays. »

 

** La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale [Article 5 (d) (ii)] stipule: « Les États parties s’engagent à interdire et à éliminer la discrimination raciale sous toutes ses formes et à garantir le droit de chacun, sans distinction de race, de couleur ou d’origine nationale ou ethnique, à l’égalité devant la loi, notamment dans la jouissance de … le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de retourner dans son pays. »


** La Convention internationale sur les droits civils et politiques [Article 12.4)] stipule: « Nul ne peut être arbitrairement privé du droit d’entrer dans son propre pays. »


** Conformément au droit international, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la Résolution 194 le 11 décembre 1948. Le paragraphe 11 stipule que « les réfugiés [palestiniens] désireux de rentrer chez eux et de vivre en paix avec leurs voisins devraient être autorisés à le faire et une indemnisation devrait être versée pour les biens de ceux qui choisissent de ne pas revenir et pour la perte ou les dommages à des biens qui, selon les principes du droit international ou dans l’équité, devraient être réparés par les gouvernements ou les autorités responsables. »


** La résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies a été confirmée par l’ONU plus de 110 fois depuis son instauration en 1948 avec un consensus universel, sauf pour Israël et les États-Unis.


Cette résolution a été précisée par la résolution 3236 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui réaffirme au paragraphe 2: « Le droit inaliénable des Palestiniens au retour dans leurs foyers et les propriétés dont ils ont été déplacés et déracinés, et appelle à leur retour. »

 

Statistiques

Jordanie
2 097 338 réfugiés palestiniens sont enregistrés auprès de l’UNRWA. Contrairement à tout autre pays hôte, la Jordanie a accordé aux réfugiés palestiniens des droits de pleine citoyenneté, à l’exception de 120 000 personnes originaires de la bande de Gaza. Il existe 10 camps officiels de réfugiés et trois camps non officiels. Les dix camps de réfugiés palestiniens reconnus dans tout le pays accueillent près de 370 000 personnes, soit 18% du total de la population du pays. La Jordanie accueille le plus grand nombre de réfugiés de Palestine dans tous les domaines d’intervention de l’UNWRA.

 

Liban
449 957 réfugiés sont enregistrés auprès de l’UNRWA au Liban. Il y a 12 camps officiels de réfugiés. Étant donné leur état d’apatride, les Palestiniens au Liban se voient refuser de nombreux droits fondamentaux. Par exemple, ils sont exclus d’une vingtaine de professions et n’ont pas accès aux services sociaux publics. Même l’accès aux services de santé et d’éducation est limité, rendant souvent les réfugiés enregistrés fortement tributaires de l’UNRWA.

 

Syrie
526 744 réfugiés palestiniens sont enregistrés auprès de l’UNRWA. Il y a neuf camps officiels et trois camps officieux. Les Palestiniens jouissent des mêmes droits que la population syrienne, sauf les droits de citoyenneté.

 

Gaza
1 258 559 Palestiniens, en plus de la population de 1,8 million de Gaza, sont des réfugiés enregistrés par l’UNRWA. Il y a huit camps administrés par l’UNRWA dans la bande de Gaza. L’occupation israélienne depuis 1967 et le blocus et le siège continus sur la bande de Gaza font que la population de l’ensemble du territoire souffre de graves problèmes économiques. Les activités de l’UNRWA dans la bande de Gaza ont été sévèrement limitées par le blocus.

 

Cisjordanie
La Cisjordanie abrite 762 288 réfugiés enregistrés. Il y a 19 camps surpeuplés et mal servis. Les occupations et les barrages militaires et les bouclages imposés par l’armée israélienne exercent une pression énorme sur l’économie de la Cisjordanie.

 

« Israël » 

(Palestine de 1948) Alors que la plupart des Palestiniens ont été chassés, certains sont restés dans ce qui est devenu Israël. Bien que citoyens du nouvel État, ils ont été soumis à l’administration militaire israélienne jusqu’en 1966. Aujourd’hui, les citoyens palestiniens d’Israël représentent près de 20% de la population d’Israël. Ils ont le droit de voter et de se porter candidat, mais plus de 20 lois israéliennes privilégient explicitement les Juifs à l’encontre des non-Juifs. Près d’un quart des Palestiniens d’Israël sont des « personnes déplacées à l’intérieur du pays », incapables de retourner aux maisons et aux terres qui leur ont été volées.

 

Égypte
Les Palestiniens ont fui vers l’Égypte pendant les guerres de 1948, 1956 et 1967. On estime à 50 000 le nombre de Palestiniens en Égypte. Cependant, ils n’ont pas de droits de résidence permanente, et ils ne peuvent pas non plus s’inscrire en tant que réfugiés.

 

Irak
Jusqu’en mai 2006, le HCR estimait que 34 000 Palestiniens vivaient en Irak. Aujourd’hui, il ne reste que 11 544 réfugiés palestiniens enregistrés par le HCR. Les Palestiniens ont été pris pour cibles et ils ont été des dizaines à être assassinés par des groupes militants depuis l’invasion de l’Irak en 2003 par les États-Unis. De nombreux Palestiniens vivant en Irak ont donc subi deux fois des déplacements forcés: une fois de leurs foyers d’origine en Palestine, puis de leur pays d’accueil. La plupart des Palestiniens qui ont fui l’Irak ont cherché refuge dans la Syrie et la Jordanie voisines.

 

Le mouvement Hamas considère le droit au retour comme un droit inaliénable pour les millions de Palestiniens éparpillés dans le monde entier en attendant que leurs terres soient libérées et que leurs espoirs soient satisfaits. A plusieurs reprises, le Hamas a déclaré que le droit au retour n’est pas négociable et qu’il devrait être intégré dans toutes les stratégies à court, moyen et long terme.

 

Sources: Palestine Refugees – unrwa.org - 10 facts about the Nakba - al-awda.org Factsheet on Palestinian Refugees

Au lendemain du vote au Conseil de Sécurité de l'ONU, Israël provoque les Nations Unies sans réaction des puissances occidentales

 

A Jerusalem-Est, de nouveaux logements pourraient être construits par Israël malgré le vote de l'Onu appelant à la fin de la colonisation.

A Jerusalem-Est, de nouveaux logements pourraient être construits par Israël malgré le vote de l'Onu appelant à la fin de la colonisation. | EPA/MAXPPP

 

Colonies. Israël pourrait annoncer de nouvelles constructions

 

618 logements pourraient être construits à Jérusalem-Est par Israël si le vote sur leur permis de construire est approuvé ce mercredi. Un pas de plus vers la colonisation de la ville Sainte que ne semble pas avoir freiné le vote de l'Onu restreignant l’expansion d’Israël dans les Territoires palestiniens.

 

Un comité de planification israélien doit discuter mercredi de la délivrance d’un permis de construire pour 618 logements à Jérusalem-Est, malgré la récente résolution de l'ONU lui demandant de cesser la colonisation dans les Territoires palestiniens occupés, selon une ONG anticolonisation.

 

Les discussions porteront sur la délivrance d’un permis pour la construction de logements dans les quartiers de Pisgat Zeev (140), Ramat Shlomo (262) et Ramot (216), à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville sainte occupée et annexée par Israël, a précisé l’ONG israélienne Ir Amim.

 

Le maire adjoint de Jérusalem, Meïr Turgeman, qui préside ce comité, a indiqué que le vote vendredi à l'ONU d’une résolution exhortant Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est » ne remettait nullement en question cette réunion

 

POUR LIRE LA SUITE
CLIQUEZ CI-DESSOUS

 

http://www.ouest-france.fr/monde/israel/colonies-israel-pourrait-annoncer-de-nouvelles-constructions-4708450?utm_source=neolane_of_newsletter-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_newsletter-generale&utm_content=20161228&vid=1917160&mediego_euid=1917160

Publié par  El Diablo

L'ONU condamne la colonisation israélienne

L'ONU condamne la colonisation israélienne

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté vendredi soir une résolution demandant l'arrêt des colonies en Cisjordanie à laquelle, fait rarissime, les Etats-Unis n'ont pas opposé leur veto.

Si les Etats Unis se sont abstenus les 14 autres membres du Conseil de sécurité se sont prononcés en faveur du texte présenté par la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Venezuela et le Sénégal.

A l'origine, c'est l'Egypte qui avait proposé le texte, mais elle avait décidé jeudi de faire marche arrière sous la pression d'Israël et du président américain élu, Donald Trump.

Celui-ci a fait savoir que "les choses seront différentes à l'ONU" après son arrivée à la Maison Blanche dans un mois.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a fait savoir vendredi soir qu'Israël ne respectera pas la résolution du Conseil de sécurité comme l'indique un communiqué des services du Premier ministre israélien qui précise : "Israël rejette cette résolution anti-israélienne honteuse des Nations unies et ne s'y conformera pas".

Benjamin Netanyahu a aussi annoncé, quelques heures seulement après le vote de la résolution, le rappel "immédiat" de ses ambassadeurs en Nouvelle-Zélande et au Sénégal "pour consultations".

Il a également décidé d'annuler la visite du ministre sénégalais des Affaires étrangères, prévue en janvier, ordonné l'annulation de tous les programmes d'aide au Sénégal, et l'annulation des visites en Israël des ambassadeurs non-résidents du Sénégal et de Nouvelle-Zélande.

Côté palestinien, on salue "un camouflet" : La résolution constitue "un grand camouflet" pour Israël, a immédiatement réagi Nabil Abou Roudeina, porte-parole de la présidence palestinienn : "Il s'agit d'une condamnation internationale unanime de la colonisation et d'un fort soutien à une solution à deux Etats", a-t-il ajouté.

*****

Israël a commencé à établir un réseau de colonies dans toute la Cisjordanie occupée à partir des années 1970 et a continué de l'étendre après les accords d'Oslo de 1995, qui ont divisé ce territoire en zones israéliennes et palestiniennes. Ces dernières étaient destinées à jeter les bases d'un futur Etat palestinien.

Quelque 430.000 colons israéliens vivent en Cisjordanie occupée, aux côtés de 2,6 millions de Palestiniens. Plus de 200.000 Israéliens vivent aussi à Jérusalem-Est annexée, aux côtés d'au moins 300.000 Palestiniens, qui veulent en faire la capitale de leur futur Etat.

Israël a également saisi une partie des hauteurs du Golan aux dépens de la Syrie ainsi que la bande de Gaza au détriment de d'Egypte et a établi des colonies dans ces deux zones, avant d'évacuer celles de Gaza en 2005.

Les Nations unies et la majeure partie de la communauté internationale considèrent comme illégales les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, qu'Israël a annexée en 1980. Cette nouvelle résolution n'a donc pour objectif que de faire respecter le droit international, bafoué en toute impunité depuis quatre décennies.

Eugénie Barbezat

Journaliste

SOURCE:

L'ONU condamne la colonisation israélienne

 

http://www.humanite.fr/lonu-condamne-la-colonisation-israelienne-629208

L'ONU condamne la colonisation israélienne

Le Conseil de Sécurité de l’ONU condamne sans appel la colonisation de la Palestine par Israël

Un rappel bienvenu du droit international, face à un avenir menaçant

Par ces temps difficiles, c’est une victoire diplomatique incontestable que vient de remporter la Palestine avec un vote à l’unanimité (14 voix), moins l’abstention des Etats-Unis qui n’ont pas fait jouer leur veto. Israël et ses multiples relais auront été dans l’incapacité d’y faire obstacle malgré la complicité honteuse du Général Sissi et l’invraisemblable immixtion de Trump dans les affaires de l’administration américaine en place. Cela a choqué dans les milieux diplomatiques et amené le Président Obama à rester sur la position d’abstention.

Refusant de céder comme l’Egypte au diktat trumpien, le Venezuela, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande et le Sénégal, pays de quatre continents, ont reproposé le texte au vote et ont convaincu l’ensemble des Etats membres du Conseil de l’adopter. Ce beau succès ne doit pas nous cacher que le couple Trump-Netanyahou va être extrêmement dangereux et que les responsabilités des pays européens seront d’autant plus grandes pour refuser un monde dominé par la loi de la jungle.

De ce point de vue, la Suède qui, hors Conseil, a beaucoup fait pour permettre cette percée diplomatique s’est révélé particulièrement engagée montrant la voie à ses partenaires européens.

Quant à la France elle a su faire le bon choix et ne pas se laisser impressionner par les imprécations grotesques de B. Netanyahou. Elle doit maintenant honorer son engagement d’une reconnaissance pleine et entière de l’Etat de Palestine, engagement renouvelé par l’Assemblée nationale et le Sénat. Le Président de la République doit saisir ce moment pour faire aboutir ce qui selon les termes de Laurent Fabius en 2014, « n’est pas une faveur, pas un passe-droit, mais un droit ».

Le Bureau national de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS)

Le 23 décembre 2016

SOURCE:

Association France Palestine Solidarité

 

http://www.france-palestine.org/

Tout ce qui peut pourrir les jours de Nethanyhaou et ses complices ...

 

Publié le 25 Décembre 2016

 ... apporte de la lumière

à ceux de Canaille le Rouge

 

Tout ce qui peut pourrir les  jours de Nethanyhaou et ses complices ...

Certes, cela réglera pas tout et les brutes colonialistes n'ont à ce jour aucune coercition concrète d'engagée contre eux.

 

Mais que pour la première fois le colonialisme, la politique de spoliation des Palestiniens par un pays qui érige l'apartheid et le terrorisme d'état comme pratique quotidienne soit mis à l'index par l'assemblée des Peuples des Nations Unies (qui au passage démontrent que le critère de Nation ne renvoie pas exclusivement au nationalisme et permet même de le combattre) est une avancée qui va marquer la fin de 2016.

 

Avant que Trump ne vienne mettre en péril la paix mondiale par des déclarations provocatrices et des choix aventuristes, ce qui s'est passé ce 14 décembre à l'ONU ne peut laisser indifférent. 

 

Voila un demi siècle que tout le camp impérialiste si ce n'est soutient au moins protège les méthodes criminelles de colonisation, destruction des maisons, expulsion de tout un peuple.

 

Cela n'a pas pris fin hier mais ces pratiques sont maintenant condamnées clairement par la communauté internationale qui confirme les droits inaliénables des Palestinien à vivre sur leur terre, avec une organisation politique, des lois et droits conforme au droit international ; droit que lui dénie l'occupant.

 

La colère du gouvernement de Tel Aviv, la hargne des idéologues de l'expansionnisme sioniste est à la hauteur de la satisfaction de tous les pacifistes dont les militants de la paix israéliens qui refusent de voir piétinés le peuple palestinien qui dans des conditions périlleuses se battent en première ligne contre la politique fascisante du gouvernement israélien. 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

A propos du vote du Conseil de Sécurité à l’ONU sur le droit des Palestiniens

 

24 Décembre 2016
 

L’image contient peut-être : nuit et intérieur

 

Je vous avais dit que je n’interviendrai dans ces fêtes de Noël qu’en cas d’événement important: il y en a eu un

 

C’est le vote du Conseil de sécurité contre le colonisation israélienne et pour qu’un tel vote ait lieu il a fallu l’abstention des Etats-Unis. J’éprouve à cette annonce des sentiments mêlés que je voudrais vous exposer en espérant que cela contribuera à faire avancer nos combats communs.

 

Que s’est-il passé, l’administration Obama a décidé de replier le parapluie qu’elle avait systématiquement déployé depuis huit ans au-dessus d’Israël, au Conseil de sécurité. Ce coup de semonce est une défaite politique sévère pour le premier ministre Benyamin Nétanyahou et une sanction contre la promotion décomplexée de la colonisation par la droite israélienne.

 

Le texte de la résolution, contrairement aux affirmations des responsables israéliens, n’est pas fondamentalement hostile à l’Etat hébreu. Il s’inscrit dans la lignée de la résolution 465, adoptée en 1980, qui dénonçait déjà l’extension des colonies, jugées illégales. En outre, il se place à la suite du rapport du Quartet – Etats-Unis, Russie, UE Union européenne  (UE), ONU –, publié le 1er juillet, qui dressait un état des lieux alarmant de la réalité, sur le terrain.

 

La résolution 2334 estime elle aussi que la construction et l’extension des colonies mettent « gravement en danger la viabilité de la solution à deux Etats ». Par ailleurs, dans un souci d’équilibre réclamé notamment par Paris et Washington, le texte « condamne tous les actes de violence contre les civils, dont les actes terroristes », une référence aux attaques palestiniennes. La résolution exige la « cessation immédiate » de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, dont Jérusalem-Est, et loue les efforts diplomatiques entrepris par la France, la Russie et l’Egypte au cours des derniers mois, pour relancer un dialogue sur le conflit. Ce vote se situe donc dans un contexte politique qui est celui de la défaite des occidentaux à Alep, mais aussi l’ouverture d’un autre système de négociation.

 

Je voudrais comme j’en ai l’habitude dans ce blog, vous dire ce que m’inspire cet événement, je ne le fais pas pour étaler mes états d’âme, mais bien parce que je crois qu’ici comme ailleurs, il y a un combat à mener pour aller vers une solution et que mon point de vue peut renseigner sur les obstacles, autant que les perspectives.

 

Le premier sentiment est semblable au votre, à vous les lecteurs de ce blog, épris de justice et qui considérez comme moi que la politique de colonisation de l’Etat d’israêl que ce soit dans les territoires occupés ou dans Jérusalem est, est non seulement inique, mais suicidaire parce que la seule solution réside dans l’existence de deux Etats et la mise en oeuvre des aujourd’hui de collaborations pacifiques dans le domaine de l’eau, de la santé, de l’éducation, dans la construction d’une paix qui soit aussi un avenir commun.

 

Parce que ces deux Etats ne sont viables que s’ils s’entendent. C’était déjà la vision utopiste d’un Einstein, faire de Jérusalem, une nouvelle Cordoue, que le monde arabe soit capable d’accueillir ce que les juifs peuvent apporter au monde dans un rayonnement universel.  Le gouvernement israélien a tout fait pour rendre cette solution impossible et donc pour barrer la voie à l’avenir. La résolution est pour le moins équilibrée puisqu’elle assortit cette exigence du respect d’un territoire palestinien à la dénonciation d’un terrorisme qui s’attaquerait à la population civile israélienne. Donc il faut avancer vers cette voie.

 

Le second sentiment m’est certainement propre, quand j’entends l’ambassadeur d’Israêl protester, y compris d’un espèce de droit mythique des juifs, j’ai honte. Cette honte est quelque chose que vous devez prendre en compte parce qu’elle est une indéfectible marque de solidarité et l’humiliation de voir les miens, parce que ce sont les miens, alors qu’ils ont subi depuis des millénaires l’horreur du racisme et de l’arbitraire des etats n’en tirer aucune leçon. Ce sentiment qui en même temps est fait de répulsion à l’égard d’une politique et de reconnaissance de mon appartenance à ce peuple a été construit. D’abord par mes origines, par le fait que ma propre histoire aussi loin que remonte ma mémoire est celle de la peur que chaque acte antisémite renouvelle. Et pour renforcer cet étrange adhésion, ceux qui ne cessent de prendre le prétexte de la politique d’Israël pour faire ressurgir le vieil antisémitisme jouent un grand rôle. Ceux qui récemment ont cherché à utiliser ma condamnation du CRIF pour me faire signer une pétition en soutien à Pascal Boniface qui attribuait la torture et le meurtre du gang des barbares à ce même CRIF, justifiant de fait le meurtre antisémite, ne faisaient que redoubler tous ces textes immondes dans lesquels le terme sioniste ne devenait que la traduction du juif éternel.

 

La haine du sioniste voyant en lui l’origine de tous les maux et qui faisait un parallèle par exemple entre l’extermination nazie que rien ne doit jamais justifier et la politique d’Israêl qui selon eux accomplit pire que les Allemands. cela devient comme dans la démonstration de Pascal Bonifaace sur le CRIF et le gang des barbares, le fait qu’israêl aujourd’hui justifierait la Shoah.  

 

La confusion qui se développe entre extrême-droite et communiste, la diffusion de sites négationnistes sous prétexte qu’ils ont nos opinions sur d’autres sujets simplement ce n’est plus le capital le coupable, mais le sioniste. . Voilà peu à peu on a réussi l’exploit de m’écarter de ce combat là et alors que je méprise comme criminel et imbécile l’arrogance de cet ambassadeur à l’ONU, me le faire vivre comme ma honte à moi. Est-il possible de vous faire comprendre ce à quoi vous touchez et combien cette attitude est contreproductive alors qu’il faudrait rassembler tous les gens de bonne volonté autour d’un combat pour la justice et la paix pour deux peuples que tout devrait rapprocher. déjà aujourd’hui, regardez ceux qui historiquement mènent le combat pour le peuple palestinien ont des origines juives, mais de plus en plus il s’agit d’une génération qui disparait.

 

Enfin, le troisième point comme le premier nous concerne tous. Parce que face à ce vote du Conseil de sécurité je ne puis m’empêcher de voir qu’il s’agit de la part de l’administration Obama d’une sorte de baroud d’honneur qui s’adresse à son propre électorat américain et y compris la majorité des juifs américains qui craignent comme la peste la politique d’un Trump, raciste, suprématiste blanc qui comme une bonne partie de l’extrême-droite va soutenir l’extrême-droite israélienne, empêcher toute solution à deux états et qui nous menera à la guerre et au désastre. Combien de temps durera ce petit jeu américain? Il a déconsidéré les démocrates, comme il déconsidère les socialistes chez nous et résultat ils ouvrent la porte à l’extrême-droite faute d’avoir le courage de réellement s’inscrire dans une politique de paix. Ils ont témoigné de leur faiblesse sans pour autant apporter des garanties. Il faut rompre avec tout cela et considérer que nous occidentaux nous sommes dans ce domaine comme dans d’autres largement déconsidéré et n’avons fait que du gâchis.

 

C’est seulement en acceptant de s’intégrer pleinement dans une politique régionale que palestiniens et israéliens peuvent trouver le chemin de la paix et de la coexistence. Il faut que Palestiniens et israéliens profitent de la nouvelle donne et voient dans la négociations telle qu’elle est en train de se mettre en place une issue. Il faut prendre pleinement en compte la nouvelle donne multipolaire, le fait que la Russie comme la Chine souhaitent que l’intégrité des Etats existants soit préservé. C’est à ce titre d’ailleurs que les multiples reconnaissances de l’Etat palestinien et en dernier ce vote du Conseil de sécurité à la quasi unanimité est le plus intéressant pour l’avenir, parce que toutes ces reconnaissances créent un terrain de droit sur lequel nous devrons nous appuyer, en sachant que là encore un des dangers de Trump est qu’il refuse la base même de tout droit international à savoir la continuité dena les engagements.

 

Je voudrais que mon triple constat nous aide tous à réfléchir ensemble à ce que nous devrons faire tous ensemble pour sur le cas des deux états comme sur bien d’autres, nous soyons en mesure de rassembler le plus largement possible face à ce qui nous menace et que les récentes déclarations sur le nécessaire renforcement des arsenaux nucléaires laisse subodorer.

 

Danielle Bleitrach

2ème Congrès du Parti communiste Palestinien à Ramallah

 

, par  communistes

pdf

 

Dans un communiqué, publié le 4 décembre 2016, le Parti communiste Palestinien annonce la fin des travaux de son deuxième Congrès. Ci-dessous les idées essentielles de ce communiqué du Bureau international du Parti communiste Palestinien :

 

Le deuxième Congrès du Parti communiste Palestinien a achevé hier ses travaux qui ont duré deux jours - les 2 et 3 décembre 2016. Au sommet des travaux du congrès, il y avait le nouveau programme politique du Parti qui appelait à l’adoption de la solution d’un Etat progressiste et démocratique sur l’ensemble de la Palestine historique. Le débat sur cette question s’est achevé au cours de la première journée. Après une discussion les délégués ont adopté ce nouveau programme politique et ont décidé de le diffuser dans toute la partie occidentale du pays, la Bande de Gaza, la Jordanie et la Syrie, et les autres endroits où résident les Palestiniens. Le nouveau programme politique adopté par le congrès appelle à une solution d’un seul Etat à la place de celle de deux Etats qui a été enterrée depuis longtemps par l’occupation.

 

Au courant de la deuxième journée la discussion s’est poursuivie sur les questions idéologiques et organiques et sur l’activité du parti dans les masses afin d’élargir sa base de masse. Au cours de cette journée, ont été lus les messages envoyés aux délégués au Congrès par les amis et les partis frères. Après cette lecture la discussion approfondie s’est poursuivie. Ensuite le camarade Mahmoud Saada a été réélu au poste de secrétaire général du Parti, puis le camarade Mahmoud Abou Namous a été élu Adjoint du secrétaire général dans la Bande de Gaza et le camarade Mohamed Aalqam Adjoint du Secrétaire général dans la partie occidentale.

 

Voir en ligne : lu sur le site du parti communiste algérien (pads)