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Magreb

El Watan : « Le monde arabe est dans un chaos mental absolu »

 

18 Juillet 2017
 
Georges Corm. Historien, économiste et homme politique libanais décrit une situation et précise « il n’y a jamais eu dans l’histoire de conflits uniquement religieux, la religion n’est là que pour légitimer les conflits de puissances.
 
(note de danielle Bleitrach)

le 15.07.17 | 12h00 

   

Dans la meilleure tradition de l’intellectuel total, Georges Corm questionne nos présupposés et nos postulats, souvent erronés ou dépassés pour saisir un monde en perpétuel changement. Le chaos, fruit de la guerre et des multiples conflits, se reflète aussi dans la conscience des hommes, une fausse conscience qui alimente le désastre issu de la domination occidentale.

 

– Dans l’introduction de votre ouvrage, vous abordez en même temps la notion de «chaos mental», qui brouille la perception de la réalité de nos sociétés et la compréhension des dynamiques conflictuelles à l’œuvre, et l’idée d’une remise en ordre épistémologique. Pouvez-vous revenir sur les préalables nécessaires à la déconstruction du discours simplificateur et des thèses essentialistes souvent mobilisées dans l’analyse des sociétés arabes ?

 

Je pense qu’il y a eu une dérive extrêmement grave dans les perceptions du Moyen-Orient, du monde arabe et du monde musulman. Ces dérives ont donné à voir ces régions du monde comme étant celles du nouveau danger géopolitique, existentiel et civilisationnel, tel que l’a forgé et formulé l’ouvrage de Samuel Huntington sur le choc des civilisations. Il s’agit en fait d’un manifeste qui sert à donner de la légitimité aux guerres illégitimes que mènent l’empire américain et ses alliés européens.

 

Quand j’évoque le chaos mental, j’entends également qu’il existe du côté arabe et musulman, puisque nous avons de très nombreux Etats qui se disent musulmans qui sont des alliés inconditionnels de la puissance militaire américaine et soutiennent son déploiement. Dans cet ouvrage, je tente donc de déconstruire les discours canoniques et les images clichés devenues omniprésentes dans les opinions publiques qui sont amenées à approuver ou ne pas s’opposer aux politiques d’interventions militaires musclées, soit au nom des droits de l’homme, soit au nom de la défense préemptive des «valeurs» occidentales.

 

J’essaie également de montrer que si l’image de l’islam est autant défigurée aujourd’hui, la responsabilité n’en incombe pas seulement à ce que j’appelle l’hubris (notion d’origine grecque désignant la démesure, ndlr) des Etats membres de l’OTAN et le désir de dominer entièrement le monde qui va de pair avec la globalisation.

 

Le fait que des régimes politiques arabes ou non arabes musulmans, ainsi que de très nombreux intellectuels arabes et d’autres pays musulmans, se mettent à vanter une altérité islamique inconciliable avec les acquis positifs de la modernité, permet d’accréditer la thèse de Huntington. Nous sommes dans le chaos mental absolu.

 

L’une des aberrations, c’est qu’il n’existe plus aujourd’hui de connaissance de l’islam. Les nouveaux orientalistes ne connaissent que trois auteurs sur les 13 siècles de civilisation islamique (Sayed Kotob, Mawdudi, Ibn Taymiyya). Leurs œuvres sont diffusées en tous lieux et en plusieurs langues et c’est ce qui tombe entre les mains des jeunes Arabes et musulmans partout dans le monde.

 

Par ailleurs, le problème tire ses origines de la création de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), où brusquement on assiste à un regroupement d’Etats sur la base de l’identité religieuse — inédit depuis le temps des croisades — et cette organisation s’est efforcée de créer et de consolider une altérité islamique, en refusant de façon très abrupte des principes de modernité qui sont devenus universels et auxquels il est difficile de se soustraire, même si les gouvernement de l’OTAN en font un très mauvais usage.

 

– Vous déconstruisez le discours qui entretient l’amalgame entre islam et terrorisme en analysant le poids des récits canoniques et des clichés. Quelles sont les causes qui ont favorisé la généralisation de clichés qui empêchent de comprendre les causes profondes du phénomène ?

 

Les clichés les plus prégnants viennent de l’appauvrissement général de la conception et de la compréhension de l’islam. Aujourd’hui, s’est installé dans les mentalités ce cadre d’une perception biaisée de l’existence d’un conflit de civilisation et d’un choc de valeurs entre un monde judéo-chrétien «démocratique» et un monde «arabo-musulman» rétrograde. Ce jeu n’a été en grande partie possible que par la mainmise de l’idéologie du wahhabisme saoudien, à coups de pétrodollars sur la plupart des sociétés musulmanes, alors que le wahhabisme ne fait même pas partie des quatre grandes écoles théologico-juridique musulmanes.

 

Nombre d’intellectuels arabes et non arabes ont fait l’erreur épistémologique majeure de désigner Mohammad Ben Abdel Wahhab, le fondateur du wahhabisme en alliance avec la famille des Al Saoud, comme étant un précurseur des penseurs de la «nahda», dans la lignée notamment des grands réformateurs religieux de Tahtaoui à Taha Hussein en passant par Ben Badis ou l’émir Abdelkader.

 

Or, il faut revenir à l’histoire : Mohammad Ben Abdel Wahhab est né au XVIIIe siècle dans une région extérieure aux grands circuits de la géopolitique mondiale au centre de la péninsule arabique, qui n’était pas colonisée par l’Europe, mais n’avait que de petites garnisons ottomanes isolées.

 

Or, il y a eu constitution d’alliance entre une tribu bédouine, celle des Saoud et une forme d’islam qui avait été alors rejetée par le sunnisme dominant arabo-ottoman et combattu. Il a fallu un soutien anglais très important après la Première Guerre mondiale, puis un soutien américain encore plus important après la Seconde Guerre mondiale, pour faire émerger la puissance saoudo-wahhabite sur les décombres du rêve d’un royaume arabe unifié au Machrek, qui était celui de tous les nationalistes arabes depuis la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, l’islam apparaît comme la religion de la violence, des têtes tranchées, des femmes entièrement voilées, une culture exclusivement basée sur le «halal» et le «haram», ce qu’il n’a jamais été auparavant.

 

– Vous renvoyez dos à dos islamophobes et islamophiles qui mobilisent les mêmes références intellectuelles. Comment sortir de ce conformisme intellectuel étriqué ?

 

Je donne toujours cette image assez parlante. L’islamophile incarne le bon administrateur colonial, et l’islamophobe le méchant administrateur, mais dans le fond c’est la même chose. Car les deux croient à l’existence d’une altérité absolue entre musulmans et non-musulmans. Moi je pars d’une hypothèse qui, à mon sens, ne peut pas être rejetée. Il n’y a pas de conflit proprement religieux dans l’histoire de l’humanité, pas même les croisades.

 

Les conflits sont toujours des conflits de puissance, par des chefs d’Etat, des empires, des tribus lorsqu’il n’y pas encore d’Etat moderne. Ces conflits sont ensuite habillés de religieux pour leur conférer une légitimité. Il y a le bon sens épistémologique qui ne doit pas faire oublier l’entreprise de fabrication de l’ennemi et de sa diabolisation pour justifier la guerre. Massacrer des millions d’êtres humains suppose de travailler la psychologie collective.

 

La déclaration d’indépendance américaine a énoncé de très beaux principes qui, dans la pratique, s’accompagnaient de crimes contre l’humanité : le génocide des Indiens des deux Amériques et la pratique massive de l’esclavage. Le monde entier a été colonisé au moment où l’idéologie des droits de l’homme a pris son essor à partir de la révolution française.

 

Mais ce n’est pas parce que la pratique politique est mauvaise que les principes ne sont pas bons en soi. Car dans ce cas, comment accepter toutes les dérives connues par les grandes religions, notamment monothéistes ; en fait sitôt que l’Etat se sert de la religion pour imposer son autorité, c’est le religieux qui en pâtit et la liberté de conscience et de comportement.

 

– Que préconisez-vous pour battre en brèche la thèse essentialiste de Huntington sur le choc des civilisations érigée en dogme de la géopolitique ?

 

Pour contrer cette thèse de Huntington, qui n’est qu’une reprise déguisée des thèses racistes qui ont justifié la colonisation par une supériorité de civilisation, nous avons élaboré cette notion stupide de la nécessité de dialogues de civilisations ou de dialogues des religions.

 

Or au contraire, ce faisant nous ne faisons que confirmer que le problème de base est religieux. Ce qu’il faut à la place, c’est dénoncer sans cesse l’instrumentalisation du religieux au niveau étatique, comme au niveau géopolitique international et régional. Pour sortir de ce carcan intellectuel, il est donc nécessaire de dénoncer l’instrumentalisation du religieux. L’URSS n’existe plus, mais les Etats-Unis n’ont pas modifié leur politique sur ce plan. Ils poursuivent l’instrumentalisation de la religion juive pour assurer l’existence de l’Etat israélien et la permanence de la colonisation.

 

Ils ont encouragé l’islam politique le plus radical sans arrêt pour mettre en échec les idéologies nationalistes arabes et progressistes. Je rappelle dans mon livre la manière dont on a fabriqué l’image d’un homo islamicus repoussoir, en opposition à l’image d’un homo hebraicus placé au-dessus de la loi internationale. C’est une autre illustration de ce chaos mental. Quand on me parle du «choc des civilisations», je demande toujours que l’on m’explique où se situe ce choc.

 

La majorité écrasante des gouvernements musulmans sont des alliés de l’OTAN, tous les riches musulmans du monde entier envoient leurs enfants étudier aux Etats-Unis et en Europe et non pas à La Mecque, ni à Kom, en Iran, ni à Islamabad, au Pakistan. Les couches populaires les plus pauvres, elles, risquent leur vie pour traverser la Méditerranée et aller vivre en Europe comme des Européens. De quoi parle-t-on alors ?

 

– Votre analyse de la nouvelle question d’Orient montre que la situation de crise du Moyen-Orient au XXIe siècle n’est pas sans rappeler la configuration balkanique à la veille de la Première Guerre mondiale. Quels sont les enjeux aujourd’hui de cette nouvelle question d’Orient à travers laquelle se perpétue la tradition d’instrumentalisation du facteur éthnico-religieux ?

 

Dans un précédent ouvrage qui s’intitule L’Europe et l’Orient, de la balkanisation à la libanisation, j’avais déjà expliqué que l’arc de la Méditerranée de l’est est l’un des points géostratégiques les plus importants du globe. Qui domine ce passage entre trois des cinq continents est l’Etat le plus puissant du monde et c’est la raison pour laquelle la Première Guerre mondiale est partie des Balkans.

 

Après l’effondrement de l’URSS, la guerre dans les Balkans s’est rallumée de façon complètement sauvage et folle. Aujourd’hui, le principal enjeu demeure le contrôle de l’est de la Méditerranée, qui va de Sarajevo à Beyrouth et Haiffa, course dans laquelle tout le monde s’est lancé. Aujourd’hui, nous sommes en pleine bataille géopolitique qui n’a rien à voir avec l’islam ou le judaïsme ou des civilisations différentes.

 

– Selon vous, pourquoi la Syrie cristallise toute les rivalités géopolitiques, au point d’éclipser l’enjeu en Palestine qui demeure pourtant l’épicentre de l’arc de crise au Moyen-Orient ?

 

En Syrie, les enjeux sont multiples. Ce n’est pas seulement parce qu’elle fait partie de cet arc de l’Est méditerranéen, mais c’est aussi parce que c’est la seule base dont disposaient les Russes, lesquels sont aujourd’hui totalement assiégés par l’OTAN. Un autre facteur majeur derrière la démonisation du régime syrien est le fait que ce pays est le dernier Etat arabe à parler de la cause palestinienne, à être allié à l’Iran et avoir aidé à la constitution du Hezbollah libanais, lequel a réussi l’exploit de libérer le sud du Liban de 22 ans d’occupation israélienne, puis de résister héroïquement en 2006 à une nouvelle agression israélienne contre notre pays.

 

Aujourd’hui, quand les Arabes se plaignent de l’expansionnisme iranien, il faut leur rappeler tout d’abord que c’est l’Irak qui a tenté d’envahir l’Iran et non l’inverse et que l’Iran est, en fait, venu combler un vide qu’ils ont eux-mêmes créé par les querelles des régimes entre eux et l’alignement d’un nombre de plus en plus grands de régimes politiques sur les intérêts occidentaux et ceux de l’Etat d’Israël.

 

Ce sont les aides de l’Iran qui ont permis au Liban de se libérer de 22 ans d’occupation sioniste et non l’ONU ou les Etats-Unis. L’Iran a également pris à bras-le- corps la cause palestinienne. Mais la logique complètement perverse et inversée consiste à accuser l’Iran de terrorisme, tout en exemptant ceux qui l’ont vraiment soutenu et favorisé parmi leurs alliés dans la région. Je crois, de plus, que le plus grand scandale est d’invoquer les droits de l’homme pour détruire des sociétés entières.

 

On l’a fait avec la Yougoslavie, avec l’Irak et la Libye et le même scénario s’est répété avec la Syrie. Cette politique agressive s’accompagne d’une division binaire du monde extrêmement simplificatrice : les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Cette agressivité s’est transmise à certains Etats arabes qui détruisent aujourd’hui sauvagement le Yémen et la société yéménite, dans un silence étourdissant de la prétendue «communauté internationale» et malheureusement de beaucoup d’Etats arabes et musulmans.

 

Tout ce que j’ai pu écrire ou enseigner dans ma carrière sur l’analyse multifactorielle des conflits a aujourd’hui totalement disparu. Le Yémen est en train d’être détruit, parce que l’une des composantes de la révolte populaire de 2011 appartenait à la communauté chiite et que les Etats-Unis ont dénoncé l’existence d’un «triangle chiite» qui est venu remplacer dans les imaginaires l’ancien «axe du mal» cher à George Bush.

 

– Un autre apport intéressant de votre ouvrage est l’éclairage sur la question du christianisme arabe. Le rattachement des chrétiens arabes à l’Occident fait-il partie de l’opération idéologique visant à conforter la thèse d’une majorité arabo-musulmane opprimant les minorités chrétiennes ?

 

Oui, mais aujourd’hui cela ne mobilise plus. Ce qui mobilise c’est l’opposition à l’Iran et la question évidemment de la défense d’Israël envers et contre tous les principes de la modernité politique. Moi j’ai cessé d’utiliser le terme de conflit israélo-palestinien. La création artificielle de I’Etat d’Israël a résulté d’une opération classique de colonisation, comme historiquement aux Etats-Unis, en Algérie ou en Afrique du Sud. Ce n’est rien d’autre.

 

Il n’y a pas deux parties qui ont chacune des droits sur une terre, vous avez là une autre illustration du chaos mental absolu. Au prétexte qu’un tout petit Etat s’est appelé le royaume de David pendant 150 ans, il y a plus de 2000 ans, on le ressuscite au XXe siècle. A ce compte, il faudrait refaire la carte du monde. Aujourd’hui, c’est un problème de démantèlement du système colonial et de l’apartheid.

 

– A côté de ces facteurs externes lourds, quel est le poids des facteurs internes dans le retard de développement qu’accusent les pays arabes ?

 

Dans l’ouvrage, je consacre un long chapitre à l’économie des pays arabes, économie de rente et de corruption à la fois. Avec le gonflement d’une altérité islamique qu’il faut constamment affirmer, on a oublié toutes les questions d’appropriation de la technologie, des sciences, de diversification économique. Nous avons affaire à un flux de recettes pétrolières qui suit une courbe ascendante et descendante. La rente pétrolière est au cœur de la corruption, touchant également les sociétés multinationales pétrolières. C’est la raison pour laquelle des Etats qui ont soutenu le terrorisme continuent d’être choyés par l’OTAN et les Etats-Unis.

A ceux qui me reprochent de sous-estimer les facteurs internes dans l’explication des développements que connaît le monde arabe, j’explique que le facteur interne et le facteur externe sont étroitement liés. L’interne se sert de l’externe et inversement, mais comme l’externe est beaucoup plus puissant que l’interne, ce dernier veut sans cesse maintenir l’omniprésence de la protection externe. Tant que ce jeu continue, il n’y a pas de porte de sortie.

L’Algérie entre les sourires des pingouins et les grimaces des manchots.

 

 

J’ai croisé le manchot empereur au Times Square quand j’étais étudiant à New York les années 80. L’empereur était chargé de mission à New York. Il avait comme boss son excellence Hocine Djoudi, le représentant permanent de l'Algérie auprès de l’ONU et père de l'ex-ministre des finances. A cette époque l’empereur avait 30 ans. En langage des Pipos « il rasait les murs ». Si Hocine ne dira pas le contraire ! Ouyahaya a été chef de gouvernement. Sa politique n’était pas très populaire. Il est connu par les sourires forcés qui cachent ses grimaces. En 2000, le président Bouteflika nomme Belkahdem au poste de ministre des affaires étrangères. L’empereur a essayé de montrer sa colère contre la décision du grand patron. Bouteflika l’a remis à l’ordre par une simple réalité « On ne fabrique pas des épouvantails pour ensuite avoir peur d’eux ». Cette réalité bien exprimée a remis le ministre de la justice de l’époque dans la case qu’il mérite. Si je comprends bien cette réalité, le RND n’est qu’un fantôme qui se prend pour un pingouin.

Nous ne sommes pas au village Tang Jia Ling en banlieue de Beijing où la tribu des fourmis intéresse les journalistes comme Juliette Mickiewicz du Figaro. Ces fourmis représentent des milliers de travailleurs sans résidence. Attirés par les loyers abordables, ils s’installent à Tang Jia Ling et forment une tribu. On les surnomme « La Tribu des Fourmis ». En Algérie, sous la gouvernance de Sellal, la tribu des formicidés a envahi le grand sud. Elle espère atteindre le paradis de Juliette Mickiewicz dans une légende en mer. Juliette ignore l’exode des fourmis africaines et nous informe du départ d’un responsable qui n’a jamais pu aborder ce problème « La présidence a pris tout le monde de court : Abdelamalek Sellal avait entamé des consultations pour former un nouveau gouvernement élargi. Bouteflika limoge à la surprise générale son Premier ministre ! ».

 

Fini la guignolade et la tartuferie. Revenons au sérieux. Le temps est précieux et la partie d’échec tend à sa fin. Le dernier fou noir qui gardait les diagonales est parti. Les tours qui contrôlent les colonnes et les rangées sont bien protégées par les chevaux blancs de Gaïd. Le jeu est serré. Si Djamel tient son souffle et attend le mouvement de Rachid Medelci. Rachid regarde les cases noires et évite tout commentaire. Ouyahya observe avec attention et envie l’intersection de la deuxième colonne et la sixième rangée. Il surveille la case blanche accessible aux chevaux et occupée par Tebboune. La reine noire est morte. La blanche circule librement. Les pingouins applaudissent. Les manchots maintiennent leurs grimaces. Les fourmis africaines avancent vers le Nord.

 

Pour justifier le titre, je rafraichis la mémoire du lecteur. Les animaux ont toujours fait leçon. Ce sont les animaux qui nous font apprendre les choses simples, comme entraide, soutien, compassion, soin. Des fois, on a l’impression qu’ils ont le cœur plus grand que le nôtre et qu’ils savent vivre mieux que nous dans ce monde. Je n’ai jamais vue un animal tuer son semble à coups de marteau ! Aux Etats Unis la politique est claire et les animaux sont des symboles. Deux partis politiques se partagent la gouvernance. L’âne est démocrate. L’éléphant est républicain. Chez nous, Boudiaf, le numéro un du FLN, a déclaré la veille de la révolution « La révolution se fera. Avec ou sans vous. Avec ou contre vous. C’est inéluctable. La machine est en marche, rien ne pourra l’arrêter. La révolution se fera même avec les singes de la Chiffa ! ».

 

Aujourd’hui, l’Algérie se cherche une stabilité entre les vous et les nous de Boudiaf. Les singes ne faisaient pas partie de vous et de nous. Quarante ans après, Yasmina Khadra parle à ces singes et dit « Qu’attendent les singes dans un monde où le Mal et le Bien se sentent à l’étroit dans la diablerie naturelle des hommes ? ; et nous décrit le panorama politique de notre classe politique où Slim le sénateur, Tajedine le diplomate et Ali Baba le voleur éclatent de rire, leurs gueules d’hippopotame fendues en deux, la brioche tressautant de contractions, heureux d’être riches, puissants et ensemble dans un vaste pays où le peuple se sent à l’étroit, dépossédé de sa dernière chemise et seul au monde." ». Les singes vivent dans le désordre total et tout va bien dans la forêt de Baïnem où Yasmina imagine l’assassinat de la jeune étudiante. Dans cet espace immonde, un singe se moque de Boudjedra. Un autre singe plus stupide que le premier regarde la scène sur un écran malotru et accepte la sottise. Connaissant à peine Boudjedra, les singes essayent de donner leur opinion sur la croyance d’autrui. Le pire de la sottise, c’est l’absence totale de lucidité envers cette imbécilité intellectuelle en métastase dans ce monde immonde.

 

Je ne m’intéresse plus aux singes de Khadra qui assassinent le savoir et l’éducation. Je suis plutôt fasciné par les pingouins. Depuis la rencontre avec mon ami le Professeur Tadayuki Imanaka, expert en écosystèmes marins dans les océans polaires et professeur à l’université de Ritsumeikan Japon, j’ai compris le monde des pingouins et la fidélité du pingouin quand il n’est pas corrompu. J’ai appris que le monde animal du Pôle Nord et très diffèrent du monde animal du Pôle Sud.

 

Les manchots sont très souvent pris pour des pingouins dans la culture populaire. Le pingouin et le manchot sont des oiseaux marins. Les deux ont un plumage noir et blanc et vivent dans les régions froides. C’est pourquoi on les confond. Les pingouins vivent dans le Pôle Nord et ils peuvent voler. Par contre, les manchots vivent dans le Pôle Sud. Ils ne peuvent pas voler. Ils marchent.

 

Au Pôle Nord, les pingouins choisissent leurs représentants en toute liberté en leur faisant confiance sur leur capacité à tenir les dites promesses ou engagements. Dans cette région du globe, la tribu des alcidés n’impose pas sa dictature. Si par hasard, la tribu veut imposer une politique « lala-bala » le pingouin s’envole et laisse sa place à un épouvantail manchot. Au Pôle Sud, les choses se passent autrement. La tribu des sphéniscidés impose un manchot empereur comme représentant de tout l’Antarctique. Faute d’ailes puissantes pour s’envoler, les manchots supportent la dictature de l’empereur, gardent le silence et applaudissent le « lala-bala » de l’empereur.

 

Maintenant je pense que le lecteur va être capable de distinguer un manchot d’un pingouin aux Pôles et faire la différence entre un militant FLN et un militant RND chez nous.

 

Dans la rue, les militants RND sont très souvent pris pour des Militants FLN. Pour éviter la confusion un de mes étudiants trouve la solution en disant « Le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, un ex-pingouin travesti en manchot, remet, au nom du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, l’Ordre du mérite national à Tebboune. Reconnaissant son frère, les sourires du pingouin Tebboune annulent les grimaces du manchot décorateur ! ». Pour démêler le désordre confusionnel dans la politique, l’étudiant conclue « On reconnait un RND par ses grimaces ».

 

Ouyahya est RND manchot. Ouyahya est aussi secrétaire général du RND et occupe une place importante au Palais d’El Mouradia. Il n’est pas un simple manchot. En langage des oiseaux marins, il est manchot empereur.

 

J’ai croisé le manchot empereur au Times Square quand j’étais étudiant à New York les années 80. L’empereur était chargé de mission à New York. Il avait comme boss son excellence Hocine Djoudi, le représentant permanent de l’Algérie auprès de l’ONU et père de l’ex-ministre des finances. A cette époque l’empereur avait 30 ans. En langage des Pipos « il rasait les murs ». Si Hocine ne dira pas le contraire ! Ouyahaya a été chef de gouvernement. Sa politique n’était pas très populaire. Il est connu par les sourires forcés qui cachent ses grimaces. En 2000, le président Bouteflika nomme Belkahdem au poste de ministre des affaires étrangères. L’empereur a essayé de montrer sa colère contre la décision du grand patron. Bouteflika l’a remis à l’ordre par une simple réalité « On ne fabrique pas des épouvantails pour ensuite avoir peur d’eux ». Cette réalité bien exprimée a remis le ministre de la justice de l’époque dans la case qu’il mérite. Si je comprends bien cette réalité, le RND n’est qu’un fantôme qui se prend pour un pingouin.

 

Au temps médiocre, il est facile de dire que la crise est détournée mais difficile de savoir quels moyens il faut employer pour y parvenir. En effet, les forces politiques font des promesses qu’elles auront bien du mal à tenir. Monsieur Sellal ne fait pas exception à cette règle. Il est parti. Mascara n’est pas la Californie. La nanotechnologie n’a pas vu le jour. L’université est ravagée par l’ignorance et l’obscurantisme.

 

Certains admirent Tebboune et nous racontent « C’est un nouveau souffle ». Tebboune arrive. Monsieur Tebboune a de bonnes intentions. Il est venu avec son optimisme. Que Dieu l’aide dans cette tâche difficile. La température n’est pas uniforme en Algérie. Parfois l’écart de température modifie les intentions. Au sud et au nord la température impose la démarche politique. Monsieur Tebboune était responsable à Adrar et à Tizi Ouzou. Il sait faire la distinction entre un skieur sur neige en montagne à Tikjda et un skieur sur une dune de sable à Ain Salah. La politique de glissade a sa patience. A Tiaret, Monsieur Tebboune s’est occupé du cheval et a initié le salon du cheval. Il sait faire la distinction entre un cheval de course et un mulet de trait.

 

D’autres vont plus loin, ils le comparent à Thatcher et nous informent « Le père de Thatcher avait une boutique. Thatcher s’occupait de cette boutique en temps libre. Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir dans un pays en situation d’instabilité. Thatcher a redressé l’économie de l’Angleterre en utilisant les calculs simples d’épicier. Monsieur Tebboune a exercé la fonction d’épicier après sa mise en fin de fonction de ministre dans le gouvernement Benflis. Il est venu au bon moment. Monsieur Tebboune a parlé de l’injustice dans la méthode de taxation sur les revenues. Son approche était très logique et réaliste.

 

Pour ce qui est de la corruption, ce cancer qui paralyse l’économie du pays, Monsieur Tebboune a était très diplomate. Venant du sud, Monsieur Tebboune sait que des personnes sont privées de leurs besoins les plus élémentaires et se couchent tous les soirs la faim au ventre à cause de la corruption, alors que les puissants et corrompus jouissent d’un mode de vie somptueux, en toute impunité (Réf. José Ugaz, le président de Transparence International, l’affaire des Panama Papers.) Monsieur Tebboune sait que la corruption offre un terrain fertile aux populismes. Son prédécesseur et son populisme imagent le paysage. La corruption doit être combattue de toute urgence. Ces prédécesseurs ont essayé plusieurs approches (mission mains propres de si Ahmed) mais aucune approche n’a abouti à un résultat concret. Monsieur Tebboune sait que la corruption courante, souvent qualifiée de « corruption du ventre » est généralisée dans notre pays. Un agent de l’état civil qui demande une douzaine de brochettes de viande grillée au charbon de bois à la vietnamienne et une canette de Hamoud chez un gargotier, face à la Mairie de Bir Mourad Raïs, contre la délivrance d’une résidence ou une carte grise est un bon exemple de cette corruption. Le peuple d’en bas souffre ce cette corruption. 


Pour ce qui est de la corruption des élites (la classe dirigeante). Cette corruption est liée aux ressources primaires, notamment le pétrole. Les matières premières, par nature, offrent des gains hors de proportion aux coûts d‘extraction. Ce type de corruption est un simple pillage des richesses nationales au service des multinationales et les grandes puissances qui protègent les dictateurs. Cette corruption ne touche pas le peuple d’en bas. Monsieur Tebboune n’a ni les moyens ni la baguette magique pour l’éradiquer.

 

Je souhaite une bonne réussite à Monsieur Taboue et je conclue ce texte par les conseils du philosophe Omraam Mikhaël Aïvanhov « Soyez attentif à chaque parole que vous prononcez, parce qu’il y a toujours dans la nature un des quatre éléments, la terre, l’eau, l’air ou le feu, qui attend le moment où il pourra habiller de matière tout ce que vous exprimez. La réalisation se produit souvent très loin de la personne qui en a donné les germes, mais elle se produit infailliblement. De même que le vent emporte les graines et les sème au loin, vos paroles s’envolent et vont produire quelque part dans l’espace des résultats bons ou mauvais » Alors, habituez-vous à parler avec amour aux fleurs, aux oiseaux, aux arbres, aux animaux et aux êtres humains, car c’est une habitude divine. Celui qui sait dire les mots qui réchauffent, vivifient, inspirent et allument le feu sacré, possède une baguette magique dans la bouche ». Que Dieu protège mon pays.

Pr. Omar Chaalal

»» http://www.lequotidien-oran.com/++cs_INTERRO++news=5246426

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Les horreurs de la colonisation : à quand un TPI pour juger les crimes contre l’humanité ?

 

« Le manque chronique de nourriture et d’eau, l’absence de sanitaires et d’aide médicale, le délaissement des moyens de communication, une éducation nationale pauvrette et l’esprit dominant de dépression que j’ai pu constater moi-même dans nos villages après un siècle de gouvernance britannique me font désespérer de ses avantages. » Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature.

Il est connu, malgré la doxa ambiante, que l’Occident donneur de leçons a toujours eu un langage ambivalent. Il se veut seul détenteur de sens et dicte cependant la norme de ce qui est licite et de ce qui est illicite. Je veux, dans cette contribution, encore une fois déconstruire ce double langage à la fois des Lumières et dans le même temps de la traite esclavagiste, le Code noir, le Code de l’indigénat, la colonisation dans toute son horreur. Ce 8 mai est toujours pour les Algériens un moment de grande solitude et de recueillement devant l’injustice des grands vis-à-vis des peuples faibles. Qu’on en juge ! Partout en Europe le 8 mai est fêté comme la fin de la guerre, l’avènement de la paix pour les peuples d’Europe, qui, à des degrés divers, ont souffert et au premier rang desquels le peuple russe qui laissa sur le champ de bataille 20 millions de ses enfants, La France perdit 200 000 combattants dont une grande partie venait des colonies et près de 300 000 civils.

Pas un mot des tirailleurs algériens, marocains qui ont été déterminants dans la victoire sur le nazisme. N’est-ce pas en effet le général de Lattre de Tassigny qui écrivait dans son ordre du jour numéro 9 du 9 mai 1945 adressé à ses soldats : « De toute mon âme, je vous dis ma gratitude. Vous avez droit à la fierté de vous-mêmes comme celles de vos exploits. » Le général de Montsabert ne fut pas en reste en s’adressant à ses soldats de la 3e DIA, il écrivit : « C’est grâce à l’Armée d’Afrique que la France a retrouvé non seulement le chemin de la victoire et la foi en son armée, mais aussi et surtout l’honneur et la Liberté. » Ce sont ces tirailleurs qui, revenant au pays, se feront raconter les massacres. Ce 8 mai qui devait marquer le début de l’horreur pendant plus de deux mois de terreur avec des dizaines de milliers de morts innocents dont le seul crime était d’avoir demandé à s’émanciper.

« Veuillez transmettre aux familles des victimes de l’agression de Rétif la sympathie du général De Gaulle et du gouvernement tout entier. Veuillez affirmer publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française sur l’Algérie. Veuillez prendre toutes les mesures nécessaires pour réprimer tout agissement anti-français d’une minorité d’agitateurs. Veuillez affirmer que la France garde sa confiance à la masse des Français, musulmans d’Algérie. » Voilà ce qu’écrivait Charles De Gaulle le 10 mai 1945. Je ne suis pas sûr qu’il s’adressait aux familles des Algériens et de fait, il ne s’adressait en fait qu’aux Français d’Algérie et donnait des instructions fermes au gouverneur de mater la rébellion. Il ne faut pas croire que dans cette croisade des criminels de guerre jamais jugés, tel André Achiary, il n’y eut que les autochtones, même les prisonniers italiens, allemands, les tirailleurs sénégalais, tous les planqués européens d’Algérie partisans de « Maréchal nous voilà », Vichy, se découvrent une âme de patriotes gaullistes et défendent la patrie en danger contre de pauvres hères. Le Parti communiste ne fut pas en reste, Le 12 mai L’Humanité appelle à châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute.’ Bref, de la droite à la gauche il y eut un consensus pour tuer dans l’oœuf l’insurrection. Le ministre de la Guerre, un communiste, fut chargé, entre autres, de pilonner les villes de Kherrata et Béjaïa à partir de la mer avec ses navires qui ne servirent que contre les Algériens.

L’écrivain Kateb Yacine était lycéen à l’époque et a vécu les événements de Rétif ; il écrivit : « Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. A Guelma, ma mère a perdu la mémoire (...) On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre. L’armée vide des villages entiers et regroupe tous les musulmans pour organiser des cérémonies de soumission où tous les hommes doivent se prosterner devant le drapeau français et répéter en chœur : Nous sommes des chiens et Ferhat Abbas est un chien.’’ Après ces cérémonies, certains sont quand même embarqués puis assassinés. » (1)

Au total, le trop-plein de haine que les Français de France et d’Algérie n’ont pas pu extérioriser contre la Wehrmacht a trouvé un exutoire contre des êtres sans défense. 107 Français furent tués lors de ces émeutes contre au moins 20 000 Algériens (1 pour 200). Les Algériens avancent le chiffre de 45 000 morts. Le général Raymond Duval, surnommé à juste titre le boucher du Constantinois, savait ce qu’il disait en interpellant les pouvoirs politiques : « Je vous ai donné la paix pour 10 ans, si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable. »

La colonisation italienne

« A côté de la France, l’Italie a eu aussi ses colonies, notamment la Somalie. Le 2 octobre 1935, Mussolini annonce son intention d’envahir l’Éthiopie sur le fallacieux prétexte de l’agression d’inspecteurs italiens, quelques mois plus tôt, le 23 novembre 1934, aux confins de la colonie italienne de Somalia et de l’Éthiopie. Le Duce adresse un discours belliqueux aux Italiens et leur annonce sa décision d’envahir l’Éthiopie. En Italie, la condamnation de la SDN a l’effet paradoxal de souder la population autour du Duce. Le vieux pape Pie XI (78 ans) commet lui-même l’erreur de visiter une exposition consacrée à la conquête et de saluer l’expansion italienne (aux dépens de l’Éthiopie chrétienne !). Son secrétaire d’État, Eugenio Pacelli, futur Pie XII, tente de minimiser la portée de sa déclaration. » (2)

Même scénario concernant la Libye : « Le général Rhodolfo Graziani, fidèle du régime fasciste, devient quant à lui vice-gouverneur de Cyrénaïque. Entre 1930 et 1931, les Italiens occupent l’ensemble du Fezzan et l’oasis de Koufra, grâce aux opérations de Graziani. (...) Si la situation est maîtrisée dans le Fezzan, elle est nettement plus délicate en Cyrénaïque, où le cheikh Omar Al Mokhtar, soutenu par les Sanussi, dirige une guérilla de moudjahidines et fait régner une insécurité générale. Pour éradiquer la guérilla senoussite en Cyrénaïque, les forces italiennes recourent, sur l’ordre de Graziani, à des méthodes impitoyables de représailles contre la population locale quand elle était accusée d’appuyer la rébellion. Enfin, les Italiens déportent plus de la moitié de la population de la province dans treize camps de concentration préparés dans l’est et le sud du pays. Environ 100 000 personnes perdent la vie en raison des épidémies provoquées par les fatigues d’une marche longue ; Omar Al Mokhtar voit se disperser ses troupes blessé et capturé le 11 septembre 1931. Le 16 septembre, il est pendu. La disparition du chef de la guérilla libyenne met fin à vingt ans de guerre et achève la pacification totale de la Tripolitaine, de la Cyrénaïque et du Fezzan. La conquête italienne cause au pays de lourdes pertes humaines et matérielles : aux dizaines de milliers de morts s’ajoute le bouleversement de l’organisation sociale et de l’économie traditionnelle.

Les structures agro-pastorales sont anéanties et le pays est partiellement dépeuplé. » (3)

Bien plus tard, Silvio Berlusconi, en visite à Tripoli, s’excusera auprès du colonel Kadhafi pour l’occupation de la Libye entre 1911 et 1942. « Il est de mon devoir, en tant que chef du gouvernement, de vous exprimer au nom du peuple italien notre regret et nos excuses pour les blessures profondes que nous vous avons causées ». « Il s’agit d’un moment historique durant lequel des hommes courageux attestent la défaite du colonialisme », déclarera de son côté Mouammar Kadhafi. « Le peuple libyen a subi une injustice et a été agressé chez lui et il mérite excuses et compensations », en présence des fils et petits-fils des héros de la résistance. » (4)

Les massacres de Madagascar par le colonialisme français

Le plus grand massacre, beaucoup moins connu que celui de Sétif eut lieu à partir du 30 mars 1947 à Madagascar, donnant lieu aux pires atrocités. Le nombre de victimes de la répression atteignit le chiffre vertigineux de 89 000 morts en vingt et un mois, selon les comptes officiels de l’état-major français. (...) La répression avec tortures, exécutions sommaires, regroupements forcés, viols, pillage, villages incendiés avec femmes, vieillards, enfants brûlés vifs se prolonge pendant 21 mois. C’est d’ailleurs sur ordre du ministre « socialiste » des Colonies, Marius Moutet, que les troupes françaises agirent à Madagascar. (.. ;) A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Etat français couvrait ses crimes et la sordide réalité de la défense de son intérêt national sous le masque héroïque et le prestige de la France de la Libération, de la résistance à la barbarie nazie, tout en se faisant publiquement l’apôtre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes à la tribune de l’ONU. » (3)

Le massacre des Héréros et des Namas

Les Allemands ne furent pas en reste comme lu sur Wikipédia, : « Le massacre des Héréros et des Namas perpétré sous les ordres de Lothar von Trotha dans le Sud-Ouest africain allemand (Deutsch-Südwestafrika, actuelle Namibie) à partir de 1904, est considéré comme le premier génocide du XXe siècle. C’est un programme d’extermination qui s’inscrivit au sein d’un processus de conquête d’un territoire par les troupes coloniales allemandes entre 1884 et 1911. Il entraîna la mort de 80% des autochtones insurgés et de leurs familles (65 000 Héréros et près de 20 000 Namas). Les faits furent consignés pour la première fois dans un rapport commandé en 1917 dans un but politique par le Gouvernement britannique au juge Thomas O’Reilly et connu sous le nom de « The Blue Book. »

Réévalué à partir des années 1990, ce crime de masse suscite depuis un important travail de mémoire, que ce soit en Namibie même, ou au sein de la communauté des historiens. (...) Trotta pratique une guerre d’usure durant quatre mois : il ne fait pratiquement rien, observe et s’amuse à effrayer l’ennemi à coups de fusils. Mais en octobre, il fait encercler les Héréros de trois côtés et les mitraille : c’est un véritable carnage qui n’épargne ni femmes ni enfants. Trotta ne leur laisse qu’une seule issue pour fuir : le désert du Kalahari. Alors que les Héréros survivants essayent d’y trouver refuge, Trotha fait empoisonner les points d’eau, dresse des postes de garde à intervalles réguliers avec ordre de tirer sans sommation à vue sur chaque Héréro, homme, femme ou enfant. L’ordre d’extermination (Vernichtungsbefehl) officiel du général von Trotta est libellé en ces mots : « Chaque Héréro trouvé à l’intérieur des frontières allemandes, armé ou non, en possession de bétail ou pas, sera abattu. » (5)

Quand Winston Churchill approuvait les gaz de combat

Winston Churchill fut un fervent défenseur de l’Empire britannique au point de préconiser le recours aux gaz qui avaient été la terreur des tranchées. Mais le recours à de telles armes suscite l’hostilité du gouvernement, au grand dam de Churchill, qui comptait également employer des engins toxiques contre les tribus rebelles du nord de l’Inde. ´´Je suis fermement en faveur de l’utilisation de gaz toxiques contre les tribus non civilisées´´, déclare-t-il dans un mémorandum secret. Reprochant à ses collègues leur ´´sensiblerie´´, il ajoute que ´´les objections du ministère de l’Inde face à l’emploi des gaz contre les indigènes sont déraisonnables. Le gaz est une arme plus miséricordieuse que les explosifs de forte puissance´´. En quoi serait-il injuste qu’un artilleur britannique tire un obus qui fera éternuer ledit indigène ? » (6)

Parmi les autres prouesses des empires coloniaux, la famine. Rabindranath Tagore qualifie ainsi la colonisation britannique qui fait de l’organisation de la famine une science exacte ainsi :

« 60 millions d’Indiens périrent de faim sous l’Empire britannique (...) Churchill, eugéniste et malthusien, expliquant pourquoi il défendait le stockage de biens alimentaires en Angleterre au moment où des millions de personnes mouraient de faim au Bengale (en 1943) disait à son secrétaire privé que : Les Hindous sont une race sotte, protégée par sa pullulation du destin qu’elle mérite’’. Et des Indiens, Churchill disait : Je déteste les Indiens, c’est un peuple bestial avec une religion bestiale. La famine c’est entièrement de leur faute car ils se reproduisaient comme des lapins’’. » Durant les 190 ans de pillage, le sous-continent indien a dû subir deux grandes famines qui fit périr des millions d’Indiens dans tout le pays. Bien qu’on ne connaisse toujours pas avec exactitude le chiffre total, le décompte de l’administration coloniale indique qu’il s’agit d’au moins 60 millions de morts ! Et la réalité pourrait être nettement pire. (...) Sur place, des individus réduits à des ombres squelettiques erraient dans le pays et mouraient comme des mouches. On ne saura exagérer le caractère abject et anti-humain de ces coloniaux. » (7)

Discours de Léopold II aux missionnaires se rendant en Afrique

Les meilleures illustrations du rôle de l’assimilation religieuse en vue de la réussite de la colonisation et de l’exploitation économique sont probablement les discours tenus par le ministère belge des Colonies, et surtout le discours tenu, en 1883, par Léopold II, roi des Belges, devant les missionnaires se rendant en Afrique : « Révérends Pères et mes Chers Compatriotes, vous allez certes pour l’évangélisation, mais cette évangélisation doit s’inspirer avant tout des intérêts de la Belgique.(...) Votre rôle essentiel est de faciliter leur tâche aux Administratifs et aux Industriels. C’est dire donc que vous interpréterez l’Évangile d’une façon qui serve à mieux protéger nos intérêts dans cette partie du monde. Pour ce faire, vous veillerez entre autre à désintéresser nos sauvages des richesses dont regorgent leurs sol et sous-sol, votre connaissance de l’Évangile vous permettra de trouver facilement des textes recommandant aux fidèles d’aimer la pauvreté, tel par exemple : ’Heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux. Il est difficile au riche d’entrer au ciel’’ ». Vous ferez tout pour que les Nègres aient peur de s’enrichir pour mériter le ciel. (...) Apprenez aux élèves à croire et non à raisonner. (...) Convertissez toujours des Noirs par tous les moyens, bastonnez par la chicotte par exemple. Chantez chaque jour qu’il est impossible au riche d’entrer au ciel. » (8)

Nous empruntons à Alain Corvez qui décrit la perpétuation d’une nouvelle forme de crimes coloniaux : « La sauvage agression du Yémen par l’Arabie saoudite se déroule depuis mars 2015 dans l’indifférence générale des pays occidentaux pourtant ardents à donner des leçons de morale au monde entier pour dénoncer les crimes des Etats auxquels ils sont hostiles, voire dont ils veulent changer les dirigeants, qui ne répondent pas à leurs critères, par la force des armes, en dehors de toute légalité internationale. (...) La Grande-Bretagne et la France, si promptes à donner des leçons de morale au monde, non seulement ne dénoncent pas ces crimes dont pâtit atrocement la malheureuse population du Yémen, mais participent au soutien en armement de la monarchie wahhabite » (9).Tout est dit.

1.http://www.oclibertaire.lautre.net/spip.php?article866
2.https://www.herodote.net/2_octobre_1935-evenement-19351002.php
3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Libye_italienne
4.http://www.lexpress.fr/actualite/monde/l-italie-s-excuse-et-paie-une-d...
5.https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_des_H%C3%A9r%C3%A9ros_et_des_Namas
6.Quand Winston Churchill approuvait les gaz de combat The Guardian 13 09 2013
7.http://www.solidariteetprogres.org/grande-famine-bengale-genocide-brit...
8.http://afrikhepri.org/heureux-les-pauvres-car-le-royaume-des-cieux-est...
9.http://reseauinternational.net/les-pays-occidentaux-complices-de-crime...

11 Mai 2017

URL de cet article 31878 

Publié par  El Diablo

En ALGÉRIE, la « grogne populaire » cause d’une FORTE ABSTENTION aux ÉLECTIONS...

Coupures de presse (Le Soir d'Algérie)

Coupures de presse (Le Soir d'Algérie)

Législatives en Algérie : la presse retient la forte abstention, symptôme de la « grogne populaire »

Une partie de la presse algérienne se demandait qui « écouterait la grogne populaire », au lendemain de la publication des résultats des élections législatives, marquées par une forte abstention et la reconduction sans surprise des partis au pouvoir.

Dans un pays frappé par une crise économique et sociale, le Front de libération nationale (FLN) du président Abdelaziz Bouteflika a gardé sa place centrale sur l'échiquier politique, même s'il a perdu plus de 50 sièges à la chambre basse du Parlement.

Le FLN conserve la majorité absolue grâce à son allié du Rassemblement national démocratique, en nette progression. La principale coalition islamiste a obtenu la troisième place et les partis de la mouvance démocratique ont subi un échec.

Alors que le taux de participation a été de seulement 37%, le quotidien francophone El Watan titrait en une sur la « légitimité trop fragile » de la nouvelle Assemblée nationale populaire.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Législatives en Algérie : la presse retient la forte abstention, symptôme de la "grogne populaire"

Législatives en Algérie : la presse retient la forte abstention, symptôme de la "grogne populaire"

Une partie de la presse algérienne se demandait qui "écouterait la grogne populaire", au lendemain de la publication des résultats des élections législatives, marquées par une forte abstentio...

 

https://francais.rt.com/international/37943-legislative

Algérie : La pureté de la Révolution de Novembre

 

01 Mai 2017

LE MARTYR TALEB ABDERRAHMANE
http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/265548-la-purete-de-la-revolution-de-novembre.html

 

Par Pr Chems Eddine CHITOUR – Jeudi 27 Avril 2017 00:00

Abderrahmane Taleb, le «chimiste» de la bataille d’Alger

 

«Pour ma patrie, pour mon idéal et pour mon peuple, périr n’est qu’un sublime sacrifice auquel je suis résigné… Je saurais mourir. L’Algérie sera libre envers et contre tout.» Taleb Abderrahmane à ses bourreaux.


Il y a 59 ans, le 24 avril 1958, Taleb Abderrahmane, artificier de l’Armée de Libération nationale (ALN), était guillotiné à la prison de Barberousse (Serkadji), à l’âge de 28 ans, après avoir été arrêté en juin 1957, lors de la bataille d’Alger. A l’âge où tous les rêves de jeunesse sont permis, Taleb Abderrahmane faisant preuve d’une rare prise de conscience de la situation misérable dans laquelle se débattait le peuple algérien, décidait de donner sa vie à la révolution. Taleb Abderrahmane est né l’année du centenaire de la colonisation, qui consacrait pour le pouvoir colonial un règne qui devait durer mille ans.Dans cette atmosphère de chape de plomb, le jeune Taleb Abderrahmane à force d’opiniâtreté et de résilience, réussit à passer les interstices de tolérance pour acquérir un savoir, d’abord le brevet, ensuite le secondaire et enfin l’Ecole de chimie qu’il quitte le 19 mai 1956. Très tôt structuré au sein du PPA, il s’engage rapidement dans la révolution et met ses compétences au service de la lutte armée en formant des artificiers.


Sur instruction des dirigeants de la révolution, il s’occupera de la fabrication des bombes de la Zone autonome d’Alger sous la direction de Yacef Saadi. L’atelier est installé impasse de la Grenade, puis chez les Bouhired, puis au quartier de La Scala. Fin janvier 1957, passant à travers les mailles du filet tendu par le général Massu, Abderrahmane Taleb quitte la Casbah et rejoint de nouveau le maquis de Blida, au djebel Béni Salah. Sur dénonciation, il est capturé au mois d’avril par les parachutistes. Abderrahmane Taleb fut exécuté, le 24 avril 1958, à l’aube, malgré les pressantes démarches effectuées auprès du président de la République française. Seul le journal L’Humanité, prit sa défense en titrant: «Taleb ne doit pas mourir.» Le jour de son exécution, il dit au cheikh désigné par l’administration coloniale pour lire la Fatiha: «Prends une arme et rejoins le maquis!». Aucun mot ne sortit de la gorge nouée de l’imam, raconte Hamid Guerrab, un rescapé de la guillotine.

 

Combien de suppliciés?


Dans un véritable réquisitoire sur le livre noir de la colonisation, on ne peut pas oublier – au nom du politiquement correct -, le supplice de 200 Algériens, coupables d’aimer leur pays à en mourir, de la façon la plus abjecte et indigne, par la guillotine. Ce devoir d’inventaire nécessaire ne doit pas rester à l’étude, un jour, le plus tard possible à trop différer la «mise au point», les événements n’auront plus la même dimension en termes de ressenti. Qui se souciera dans vingt ans du supplice de ces jeunes idéalistes qui ont donné leur vie pour ce pays, si nous ne leur rendons pas justice ici et maintenant. (1)


Ils furent nombreux! De Lacoste à De Gaulle, ils justifièrent leur politique mortifère par le fait qu’il fallait casser le FLN… Mais l’Histoire retiendra particulièrement, l’acharnement de l’un d’entre eux, en l’occurrence François Mitterrand; acharnement d’autant plus incompréhensible qu’il fut aussi partisan de l’abolition de la peine de mort, il est vrai que le remords le prit près d’un quart de siècle plus tard. Pendant la guerre d’indépendance algérienne, de 1954 à 1962, plus de 1 500 condamnations à mort furent prononcées par la justice française. En 2001, après avoir pu consulter le «registre des grâces» qui répertoriait les noms des condamnés à mort, deux journalistes parvenaient au total de 222 militants du FLN exécutés entre 1956 et 1962, «le plus souvent au terme d’une parodie de justice». Au matin du 19 juin 1956, dans la cour de la prison Barberousse, à Alger, le couperet de la guillotine tombe sur le cou de Mohamed Ben Zabana, un ouvrier soudeur de 30 ans. Le militant, rendu infirme par plusieurs blessures, est livré au bourreau. Puis ce fut Abdelkader Ferradj, 35 ans. Ce sont les deux premiers martyrs de la cause algérienne. Il y en aura d’autres, beaucoup d’autres, tout au long de la guerre, condamnés à mort et exécutés par la justice de la République. (2)


On sait que, sur le tard, François Mitterrand s’est découvert une âme «d’humaniste», le 9 octobre 1981, François Mitterrand abolissait la peine de mort. Vingt-cinq ans plus tôt, ministre de la Justice du gouvernement de Guy Mollet, il approuvait les premières exécutions capitales de militants du FLN. «Avis défavorable au recours» ou encore «Recours à rejeter»: ces deux formules tracées à l’encre bleue ont la préférence de François Mitterrand quand, garde des Sceaux, il décide de donner un avis défavorable au recours en grâce des condamnés à mort du FLN dont les dossiers lui sont soumis. «Ce furent de l’avis des avocats, des dossiers bâclés, il fallait guillotiner et vite pour répondre à une demande » «(…) Quelques feuillets, deux ou trois bristols griffonnés de mains illustres ont donc suffi à mener, le plus souvent, au terme d’une parodie de justice, à la guillotine. Quand François Mitterrand revient aux affaires, il sait qu’il va falloir donner des gages aux Européens d’Algérie. «La première concession intervient cinq semaines plus tard, sous la signature de quatre ministres, dont François Mitterrand: le 17 mars 1956 sont publiées au Journal officiel les lois 56-268 et 56-269, qui permettent de condamner à mort les membres du FLN pris les armes à la main, sans instruction préalable. (…) Et le 19 juin, les deux premiers «rebelles» sont conduits à l’échafaud.» (2)


Pour le «politique», difficile de fournir martyr plus idéal à la révolution algérienne que Mohamed Ben Zabana. Cet ouvrier soudeur de 30 ans est un vieux routier des geôles françaises, dans lesquelles il a passé trois années entre 1950 et 1953 pour ses activités nationalistes. Mais si Mgr Duval, l’archevêque d’Alger, demande à Robert Lacoste, ministre résident en Algérie, de suspendre l’exécution, c’est pour une autre raison: «C’est un infirme que vous allez exécuter» plaide-t-il. C’est sa tête que fera tomber la première le bourreau d’Alger à 4 heures du matin, ce 19 juin 1956, dans la cour de la prison de Barberousse, à Alger. Aussitôt, Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, arrivés depuis peu à Alger, rédigent un tract menaçant: «Pour chaque maquisard guillotiné, cent Français seront abattus.» C’est l’enclenchement de la bataille d’Alger. «Chiffre jamais atteint jusqu’ici, 16 exécutions capitales ont eu lieu en Algérie du 3 au 12 février», écrit France-Observateur». (3)

 

Qui sont ces bourreaux chargés d’ôter la vie pour le compte de la République?


Le maître de ces basses oeuvres est Fernand Meyssonnier, né le 14 juin 1931 à Alger, en Algérie. Avec son père il a appris le métier. Jusqu’en1959, Fernand Meyssonnier participa à l’exécution de près de deux cents condamnés (dont deux en tant que remplaçant de son père). Catherine Simon, journaliste du Monde, l’a interviewé et en parle: «De Fernand Yveton, militant communiste, guillotiné à l’aube du 11 février 1957, à Alger, il ne se rappelle rien, ou presque. Il est mort «courageusement». Parole de bourreau. (…) Pour sa part, Meyssonnier junior, adjoint bénévole à partir de 1948, a exécuté en vingt ans quelque 200 personnes – la plupart durant la guerre d’Algérie. Ce qu’il résume à sa façon: «Pendant le FLN, c’était à la chaîne (…) Etrange «opération» que celle qui consiste à infliger la mort à l’un de ses semblables. Froidement, avec méthode, en chemise blanche et cravate noire. «Quand on fait tomber la lame, c’est comme un film à toute vitesse. En deux secondes, tout est fini. Ça donne un sentiment de puissance.» (4)


«A Fontaine-de-Vaucluse, dans un coin du salon, Fernand Meyssonnier a installé sa guillotine miniature – celle offerte à son père. Dans le petit panier d’osier posé au pied de la machine, il a mis une paire de lunettes. Non, pas les siennes, mais celles d’un Algérien décapité pendant la guerre. Sur le coup, il a du mal à se rappeler son nom. «C’est celui qui préparait les bombes, vous savez? On l’avait surnommé le chimiste. C’est moi qui lui ai retiré ses lunettes. Je les ai gardées en souvenir», explique l’ancien bourreau. La famille de Abderrahmane Taleb, combattant du FLN, guillotiné le 24 avril 1958, à Alger, n’en a sans doute jamais rien su. Ce n’est pas la seule relique que Fernand Meyssonnier ait gardée près de lui. (..) Il pense aussi à la mort de certains condamnés. Il y en a trois, pas plus, à propos desquels il se dit «troublé»: Fernand Yveton, le communiste, Abderrahmane Taleb, le «chimiste», et Madeleine.» (4)


«Abderrahmane Taleb, né le 5 mars 1930 dans la Casbah d’Alger, d’une famille originaire d’Azeffoun en Grande-Kabylie, guillotiné le 24 avril 1958 est le «chimiste» de la bataille d’Alger de 1957. Étudiant en chimie, il intègre le FLN en 1955. Appréhendé en juin 1957 au sud de Blida par le 3e R.P.C. il est condamné à mort pour la troisième fois et sera exécuté. Lors d’un hommage aux moudjahidine et anciens condamnés à mort, Mostefa Boudina, lui-même ancien condamné à mort, relate d’une façon poignante à glacer le sang. Il s’agit de Lekhlifi Abderahmane, exécuté le 30 juillet 1960. Arrêté à 19 ans, puis torturé et jugé par le tribunal militaire en France. Nous vivions dans la crainte de nous endormir et de ne pas être éveillés au moment où les gardiens de prison viendraient nous chercher à l’aube pour l’exécution… Après son exécution, un gardien de la prison est venu nous apprendre que notre compagnon a été digne jusqu’au bout, refusant la cigarette de l’officier français et déclarant à l’imam venu pour la circonstance que s’il était un bon musulman il devrait plutôt être au maquis.» (5)


Imaginons l’angoisse, la terreur, et le désespoir de ceux qui vivent ces instants. Abdelkader Guerroudj, dit «Lucien», chef de la branche armée du Parti communiste algérien, et sa femme, Jacqueline, condamnés à mort, graciés, puis libérés en 1962 étaient aux premières loges à Barberousse. «A chaque exécution dit-il, toute la casbah hurlait. Les cris des prisonniers, les chants qui s’élevaient de toutes les cellules, glaçaient le quartier. Les premiers youyous retentissent, repris par toute la Casbah au comble de la peine. Il y eut 59 condamnés à mort exécutés en 1955 et 1958 à la prison de Barberousse.» (1)


Pour Mostefa Boudina, le président de l’Association nationale des anciens condamnés à mort 1954-1962: Quelque, sur les 3 000 Algériens et Européens qui ont été condamnés à mort par les autorités coloniales françaises, 1200 condamnés à mort sont toujours vivants Il a rappelé que 217 personnes ont été guillotinées durant la guerre d’indépendance, relevant qu’un condamné à mort est décédé en prison, ce qui porte le nombre de morts à 218. Après 1958, les autorités françaises ont décidé de gracier un millier de condamnés à mort. Le reste des détenus ont été libérés à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Il est mal venu de s’octroyer dans l’anomie actuelle où on peut déclarer sans preuve un statut de condamné à mort, ceci me paraît être la suprême injure aux suppliciés. Les derniers instants des 220 suppliciés, nous devrons les entendre, tous ensemble, nous recueillir et communier.

 

Conclusion


Il faut restituer le FLN marqueur indélébile de la dignité et de l’Histoire de l’Algérie, à toutes les Algériennes et tous les Algériens sans exception et non le laisser otage d’une «évanescente famille révolutionnaire». La vraie identité des Algériens est ce droit et ce devoir de «vivre ensemble que l’on soit de l’Est ou de l’Ouest, du Nord ou du Sud. Durant la révolution, le travail remarquable de tout un chacun pour faire triompher la révolution était vu comme un devoir et il n’était pas question de quelconque service en retour. Toute la société algérienne du plus humble au plus aisé, de l’analphabète, à l’autodidacte, à l’intellectuel. Un jour on rendra justice aux femmes de ménage algériennes (les Fatmas dans le lexique raciste colonial) qui furent des espionnes engagées récoltant le moindre détail pour le transmettre aux dirigeants de la révolution. Il faut aussi et sans être exhaustif saluer l’apport des révolutionnaires universitaires algériens à l’ONU. En effet, la seule inscription chaque année de la «question algérienne» de la session annuelle des Nations unies, avait un impact exceptionnel dans la bataille de l’information que la délégation française à l’ONU a tenté en vain d’étouffer. Les intellectuels de la révolution ont donc donné un contenu idéologique, scientifique et culturel à la révolution en utilisant toutes les ressources de l’intelligence pour combattre la fausse image propagée par la France concernant les moudjahidine présentés comme des sauvages égorgeurs face à une nation civilisée.


Que reste-t-il des nobles idéaux qui ont animé les lycéens et les étudiants algériens de cette époque? A première vue, on constate, comme l’écrit si bien Max Weber, «un désenchantement du monde». Que reste-t-il du FLN mythique qui faisait trembler l’oppresseur? rien! tragiquement rien! si ce n’est le triste spectacle de militants du troisième âge qui s’étripent à qui mieux mieux sous l’oeil indifférent d’une jeunesse qui contemple la comédie humaine de l’appât du pouvoir En clair, quelle est la valeur ajoutée d’un chef de parti et de sa capacité de nuisance réelle et d’une surface électorale supposée. Il nous faut rendre à César ce qui appartient à César. Le FLN pour lequel tant de vaillants patriotes ont milité, souffert et en définitive donné leur vie, n’est pas le FLN actuel. Il faut restituer le FLN marqueur indélébile de la dignité et de l’Histoire de l’Algérie, à toutes les Algériennes et tous les Algériens sans exception et non le laisser otage d’une «évanescente famille révolutionnaire» dont on ne connaît aucune prouesse capable d’être signalée.


Trois Algériens sur quatre sont nés après l’indépendance. Ils n’ont qu’un lointain rapport avec l’histoire de leur pays qui, il faut bien le dire, a été prise en otage. Il est illusoire de croire que des leçons de morale à l´ancienne peuvent emporter l´adhésion d’une jeunesse facebookisée. Elle a besoin pour être convaincue d´une vision globale de société qui ne doit abdiquer aucune des composantes de sa personnalité. Nos étudiants ne connaissent, pour la plupart, rien des enjeux du monde, des stratégies, bref, ils ne croient plus à rien, Ils ont en tant qu’intellectuels potentiels, l’espoir de voir, un jour, l’Algérie mettre en oeuvre, dans ce nouveau siècle, une autre légitimité, celle du mérite qui est le plus sûr garant pour mener une bataille autrement plus incertaine, celle de la survie, dans un monde qui ne fait pas de place aux plus faibles intellectuellement. Le djihad contre l´ignorance est un djihad toujours recommencé, c´est, d´une certaine façon, le «grand djihad». Il vient que le seul bien qui nous restera, notre bien le plus précieux, la prunelle de nos yeux, ce sont nos enfants que nous devons bien former, bien structurer pour avoir des grilles de décodage du monde. C’est peut-être là aussi un message posthume de nos aîné(e)s élèves et étudiant(e)s qui ont, abandonné un relatif confort pour défendre la patrie jusqu’au sacrifice suprême.

 

1.Chems Eddine Chitour:http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_
2.La guillotine et la guerre d’Algérie: http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2798 23 juillet 2008
3.François Malye et Philippe Oudart: Les guillotinés de Mitterrand Le Point, 31 août 2001
4. http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/ 2002/09/16/le-bourreau-d-alger_290493_ 3208.html
5.http://www.lesoirdalgerie.com/articles/ 2008/06/18/article.php?sid=69733&cid=2
6. http://www.algerie1.com/flash-dactu/quelque-1-200-condamnes-a-mort-entre-1954-et-1962-encore-vivants/ 10/02/2013

Le dernier pays que nous avons libéré d’un « dictateur est maintenant celui où l’on fait ouvertement commerce des esclaves »

 

19 Avril 2017

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Il faut arrêter de croire que loes interventions que l’on prétend « humanitaire » sont la solution. Non seulement cela crée les bases de la violence et du crime, d’un véritable fascisme dont souffre en priorité les populations du pays (avant que nous en subissions les effets sous des formes de « terrorisme », mais quand on a ouvert par l’intervention la boîte de Pandore de nouveaux maux apparaissent comme ici le marché aux esclaves contrôlé par les mêmes réseaux mafieux.
 
(note et traduction de danielle Bleitrach)

14 avril 2017 à 15h28

Écrit par 

(ANTIMEDIA) Il est bien connu que l’intervention de l’ OTAN dirigée par les Américains pour renverser la Libye de Muammar Gaddafi en 2011 a donné lieu à un vide qui a permis à des groupes terroristes comme ISIS à prendre pied dans le pays.

Malgré les conséquences destructrices de l’invasion 2011, l’Occident prend actuellement une trajectoire similaire en ce qui concerne la Syrie. Tout comme l’administration Obama a dénoncé  Kadhafi en 2011, en soulignant ses violations des droits de l’homme et insistant sur le fait qu’il devazit être écarté du pouvoir pour protéger le peuple libyen, l’administration Trump pointe maintenant  la politique répressive de Bachar Al-Assad en Syrie et prévient que  son régime touchera bientôt à sa fin – tout au nom de la protection des civils syriens.

Mais, comme les Etats-Unis et ses alliés ne produisent pas des raisons juridiques de leur frappe aérienne récente – et encore moins fournissent des preuves concrètes pour étayer leurs dénonciation en affirmant qu’ Assad serait responsable d’une attaque chimique mortelle la semaine dernière – nous sommes confrontés à un risque majeur d’invasion américaine pour destituer un chef d’Etat

Cette semaine, il y a eu la révélation d’ une autre conséquence involontaire d’ une « intervention humanitaire »: la croissance de la traite des esclaves humains.

 

The Guardian a signalé que si « la violence, l’ extorsion et le travail des esclaves » sont  une réalité pour les personnes victimes de la traite en  Libye, le commerce des esclaves a récemment augmenté . Aujourd’hui, les gens vendent d’ autres êtres humains au vu et au su de tous.

 

« Les derniers rapports sir les  « marchés d’esclaves » concernant  les migrants peuvent être ajoutés à une longue liste de crimes  [en Libye], » a déclaré Mohammed Abdiker,dirigerant du traitement  des situations d’ urgence pour l’Office international des migrations, une organisation intergouvernementale qui promeut « une migration humaine et ordonnée  au profit de tous » ,  sur son site Web. « La situation est désastreuse. Plus l’ OIM s’engage en Libye, plus nous apprenons que c’est une vallée de larmes pour beaucoup trop de migrants ».

 

Le pays d’ Afrique du Nord est couramment utilisé comme un point de sortie pour les réfugiés fuyant les autres régions du continent. Mais depuis que Kadhafi a été renversé en 2011, « le vaste pays peu peuplé a glissé dans le chaos violent et les migrants avec peu d’ argent et généralement sans papiers sont particulièrement vulnérables, » explique.The Guardian

 

Un survivant du Sénégal a dit qu’il est passé par la Libye à partir  du Niger avec un groupe d’autres migrants qui tentaient de fuir leur pays d’origine. Ils avaient payé un passeur pour les transporter par bus jusqu’à la côte, où ils tenteraient de prendre un bateau pour l’Europe. Mais plutôt que de les mer jusqu’ à la côte, le passeur les a emmenés à Sabha, en Libye. Selon Livia Manente, un officier de l’OIM qui interroge les survivants, « leur chauffeur a dit tout à coup qu’ils ne pouvait pas payer les intermédiaires sur ses honoraires et ses passagers ont été mis en vente. »

 

« Plusieurs autres migrants ont confirmé son histoire, ils  décrivent les types de marchés d’esclaves ainsi que les types de prisons privées partout en Libye, »  l’OIM en Italie a confirmé des histoires similaires de migrants débarquant en Italie du Sud.

 

Le survivant du Sénégal a dit qu’il a été emmené dans une prison de fortune, qui sont monnaie courante en Libye.

 

« Les personnes détenues à l’intérieur sont contraints de travailler sans salaire, ou pour de maigres  rations , et leurs ravisseurs appellent régulièrement leur  famille chez eux exigeant une rançon. Ses ravisseurs ont demandé 300.000 francs ouest africains (environ 380 £), puis l’ont vendu à une prison plus grande où la demande a doublé sans explication ».

 

Lorsque les migrants se sont détenus  t trop longtemps sans qu’aucune   rançon  ait été payée pour eux, ils sont  emmenés et tués. « Certains ne vivent que de maigres rations dans des conditions insalubres, ils meurent  de faim et de maladie, mais les chiffres globaux ne sont pas connus, » a rapporté The Guardian.

 

« Si le nombre de migrants diminue, en raison de la mort de l’un des détenus, les kidnappeurs vont alors sur le marché et en  achetent un autre », a déclaré Manente.

 

Giuseppe Loprete, chef de la mission de l’ OIM au Niger, a confirmé ces informations inquiétantes. « Il est très clair qu’ils se considèrent comme étant traités comme des esclaves », a t'il dit. Il a travaillé au rapatriement de 1.500 migrants dans les seuls trois premiers mois de cette année et ont constaté la multiplication plus d’ histoires et d’ incidents et le retour d’un plus grand nombre de migrants de Libye.

 

« Et les conditions empirent en Libye , donc je pense que nous pouvons en attendre plus dans les prochains mois », at – il ajouté.

 

Comme le gouvernement des États-Unis continue de proclamer  un changement de régime en Syrie comme une solution viable aux nombreuses crises dans ce pays, il devient de plus en plus évident que les dictateurs évincé – mais ils peuvent être haïssable – n’est pas efficace. Renverser Saddam Hussein a conduit non seulement à la mort de civils et la radicalisation  au  sein de la population, mais aussi la montée de daech.

 

En Libye, jadis  un phare de stabilité dans la région,  les retombées de l’intervention « humanitaire » occidentale continuient à avoir de terribles conséquences  – et que les êtres humains sont prisonnuers dans une situation d’esclavage  alors que les viols, les enlévements sont la réalité vécue par la population – il est de plus en plus évident que plus la guerre  créede nouvelles souffrances de façon imprévue.

 

18 avril 2017

L’Ecole polytechnique d’Oran baptisée au nom de Maurice Audin

L’Ecole polytechnique d’Oran baptisée au nom de Maurice Audin

Nous reproduisons la dépêche de l'agence Algérie Presse Service qui relate le "symbole fort" que représente cet hommage au militant et martyr communiste anticolonialiste et au brillant mathématicien, Maurice Audin (1932 - 1957).

 

Dépêche APS, 17 avril 2017:

 

L’Ecole nationale polytechnique d’Oran (ENPO) a été baptisée, hier, au nom du martyr Maurice Audin, jeune mathématicien et militant anticolonialiste ayant épousé la cause nationale, assassiné par les parachutistes du tristement célèbre général Massu.

 

La cérémonie, coïncidant avec Youm El Ilm, a été présidée par le secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Salah Eddine Seddiki, en présence des autorités locales, de représentants de la communauté universitaire locale et du fils du défunt. Dans son intervention, le directeur de l’ENPO, Abdelbaki Benziane, a évoqué la vie de ce militant anticolonialiste, enseignant de mathématiques, arrêté, sauvagement torturé puis assassiné en juin 1957, durant la Bataille d’Alger. Le même responsable a expliqué que la baptisation de l’ENPO au nom de Maurice Audin n’est pas un choix fortuit, car, a-t-il rappelé, depuis sa création en 1970, l’ex-Ensep, puis Enset, devenue à partir de 2012 ENPO a été investie de la mission de prendre en charge des formations de sciences et techniques, avec une prédominance pour les mathématiques.


Le fils de Maurice Audin, Pierre, a qualifié, dans une déclaration à l’APS, cet événement de symbole fort, appelant les responsables de l’ENPO à relever le défi d’une formation de pointe et de qualité. La cérémonie a été marquée par l’inauguration d’une stèle dédiée à Maurice Audin et érigée dans l’enceinte de l’école.

 

13 mars 2017

Alger, Bologhine : Cérémonie de recueillement à la mémoire du martyr Fernand Iveton et du moudjahid Georges Acampora

 

samedi 4 mars 2017
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Alger : cérémonie de recueillement à la mémoire du martyr Fernand Iveton et du moudjahid Georges Acampor
ALGER - Une cérémonie de recueillement à la mémoire du chahid de la Révolution, Fernand Iveton (1926-1957) et le moudjahid Georges Acompora (1926-2012) a été organisée samedi au cimetière chrétien de Bologhine (ex-Saint-Eugène) Alger.


La cérémonie s’est déroulée en présence de familles, proches et amies des deux regrettés ainsi que d’anciens moudjahidine, dont l’ancien ministre de l’Intérieur Nouredine Yazid Zerhouni.Le martyr Fernand Iveton est l’unique Algérien d’origine européenne condamné à mort puis guillotiné en février 1957 par l’Etat français. Il était membre du Parti communiste algérien (PCA) avant de rallier le Front de libération nationale (FLN).[...] 

 

Lire la suite sur le site d'Alger Républicain :

 

Alger, Bologhine : Cérémonie de recueillement à la mémoire du martyr Fernand Iveton et du moudjahid Georges Acampora
 
 
Alger : cérémonie de recueillement à la mémoire du martyr Fernand Iveton et du moudjahid Georges Acampora Photo-APS ALGER - Une cérémonie de recueillement à la mémoire du chahid de la Révo...
 

08 mars 2017
Chems Eddine Chitour, comment les peuples sont gouvernés

 

« Que peut-on retenir en définitive de la légende Mandela?, questionne Chems Eddine Chitour. Le  film ” Invictus ” du réalisateur américain Clint Eastwood, nous fait décrire d’une façon palpable toute l’humanité de ce géant de la pensée humaine  qui a réussi  à réconcilier deux peuples à priori  irréconciliables au vue du fossé de haine de sang et de douleur qui les séparait:  le peuple premier et celui reliquat du colonialisme britannique  en leur donnant une utopie commune : gagner la coupe du monde de rugby. Mandela  a fait honneur à l’Afrique et à l’humanité. Il n’existe pas de personnages qui ait marqué son époque au XXe siècle comme le Mahatma Gandhi ou son héritier spirituel, Nelson Mandela. Pour Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture au Mali, « Mandela est un grand homme. Un homme de conviction et de courage qui a su libérer son pays. Nelson Mandela est aussi un grand homme qui a su quitter le pouvoir au moment opportun. Cela est important, parce que les héros des luttes de libération nationale qui s’accrochent à leur projet finissent comme Mugabe (…) ».

 

Reprenons la lectute de la contribution ce Chems Eddine Chitour...

 

Michel Peyret


Cincinnatus, Mandela , Mujica, trois leaders : Une vision sobre de la condition humaine

 

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 02 mars 2017

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«Malheur à la nation qui brandit mille et une croyances, mais qui ignore la foi. Malheur à la nation qui se vêt d’une toge point tissée de ses mains, qui se nourrit d’un pain point pétri de ces mêmes mains, et qui se grise d’un vin point tiré de ses raisins. Malheur à la nation qui acclame son tyran comme un héros, et qui estime bienfaisant son conquérant de pacotille. Malheur à la nation dont le politicien est mi-renard et mi-pie, le philosophe un jongleur de mots, et l’artiste un maître en rafistolage et en contrefaçon. Malheur à la nation où les sages sont rendus muets par l’âge tandis que les hommes vigoureux sont encore au berceau. Malheur à la nation divisée dont chaque parcelle revendique le nom de nation.» Gibran Khalil Gibran 

 

Ces vers de l’immense écrivain et poète libanais résonnent à nos oreilles et nous incitent à comprendre comment les peuples sont gouvernés. On dit que le pouvoir use, comment l’appât du pouvoir fait que les peuples sont toujours dans l’attente d’une alternance apaisée. Malheur aux pays qui ont besoin de héros disait Bertolt Brecht. A titre d’exemple le passage du témoin entre Obama et ses suivants ne s’est pas fait sans douleur. La situation générale des alternances est pénible  et la course au pouvoir est un vrai chemin de croix où tous les coups sont permit entre concurrents et plus encore tous les reniements et les fausses promesses démagogiques deviennent monnaie courante comme c’est le cas actuellement en France. Avec l’acharnement à se maintenir dans la course à l’Elysée même s’il était mis en examen, lui monsieur propre qui dans une forte image prenait à témoin son référent  Charles de Gaulle qu’il n’imaginait pas s’accrochant au pouvoir s’il était mis en examen.

 

Comment même dans les pays où la démocratie «et le simulacre de la consultation du peuple» ne sont pas des vains mots, les candidats à la magistrature suprême s’étripent et font preuve d’une résilience malsaine. Coluche avait avec sa verve coutumière l’habitude de dire que «la différence entre les oiseaux et les hommes politiques c’est que les premiers s’arrêtent de temps en temps de voler».

 

L’usure du pouvoir et de la nécessité de l’encadrer

 

A bien des égards  les constitutions des pays occidentaux –qui ne sont pas révisables selon l’humeur des gouvernants- font qu’elles  se distinguent par l’existence de quelques fondamentaux qui font qu’il y a un équilibre des pouvoirs entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Nous allons donner la  parole à  Alexis de Tocqueville qui a voyagé aux Etats Unis et en est revenu avec quelques idées sur le capitalisme au XIXe siècle,  la démocratie et l’alternance , qu’il a  publiées dans son  ouvrage : « De la  démocratie en Amérique »

 

Pour rappel les Algériens gardent un très mauvais souvenir d’un colonialiste acharné conseillant les soudards de l’Armée d’Afrique de tout brûler, de tout piller, mais qui sur le tard reconnaît les méfaits de l’invasion coloniale dans une enquête parlementaire où il avoue: «Autour de nous les lumières sont éteintes, nous avons rendu ce peuple beaucoup plus arriéré qu’il ne l’était avant de nous connaître»

 

Alexis de Tocqueville  écrit dans son ouvrage :

«Ce qu’on reproche non sans raison au système électif, appliqué au chef de l’État. C’est d’offrir un appât si grand aux ambitions particulières, et de les enflammer si fort à la poursuite du pouvoir, que souvent, les moyens légaux ne leur suffisant plus, elles en appellent à la force quand le droit vient à leur manquer. Il est clair que plus le pouvoir exécutif a de prérogatives, plus l’appât est grand; plus l’ambition des prétendants est excitée, plus aussi elle trouve d’appui dans une foule qui espère se partager la puissance après que son candidat aura triomphé.» (1)

Tocqueville poursuit:

«Il ne s’est encore rencontré personne qui se souciât d’exposer son honneur et sa vie pour devenir président des États-Unis, parce que le Président n’a qu’un pouvoir temporaire, borné et dépendant. (…) La raison en est simple: parvenu à la tête du gouvernement, il ne peut distribuer à ses amis ni beaucoup de puissance ni beaucoup de richesse ni beaucoup de gloire, et son influence dans l’État est trop faible pour que les factions voient leur succès ou leur ruine dans son élévation au pouvoir. Les monarchies héréditaires ont un grand avantage: l’intérêt particulier d’une famille y étant continuellement lié d’une manière étroite à l’intérêt de l’État, il ne se passe jamais un seul moment où celui-ci reste abandonné à lui-même (…) En Amérique, le Président exerce une assez grande influence sur les affaires de l’État, mais il ne les conduit point; le pouvoir prépondérant réside dans la représentation nationale tout entière. C’est donc la masse du peuple qu’il faut changer, et non pas seulement le Président, pour que les maximes de la politique varient.» (1)

C’était il y a près de deux siècles!!! L’Amérique actuelle a bien changé, mais elle garde quelques reliquats des fondamentaux de liberté individuelle de démocratie mis en place par les pères fondateurs et qui font que les « amendements » sont à bien des égards des gardes –fous, que les hommes politiques au pouvoir peuvent être tentés de contourner mais qui  à terme se retournent contre eux. Les cas les plus récents sont ceux du président  Nixon destitué  (empeachement) pour avoir menti et le deuxième président qui a failli l’être fut Clinton à qui il fut reproché aussi d’avoir menti….Nous allons dans ce qui suit tracer le parcours de trois hommes admirables qui furent des icônes à la fois dans leurs pays, mais aussi à l’échelle des Nations.

 

Lucius Quinctius Cincinnatus

 

Pour nous donner un aperçu de ce qu’est l’alternance au pouvoir,  mais aussi et surtout le mépris du pouvoir pour le pouvoir,  du refus de l’accaparement du pouvoir et le garder par la violence , et le cumul de richesses très souvent acquise d’une façon malhonnête  nous devons citer l’exemple-type retenu par la doxa universelle, à savoir celui de Lucius Quinctius Cincinnatus (c. 519 – c. 430 av. J.-C.1). «C’est est un homme politique romain du Ve siècle av. J.-C., consul en 460 av. J.-C. Il est considéré par les Romains, notamment les patriciens, comme un des héros du premier siècle de la République et comme un modèle de vertu et d’humilité. Il est une figure historique, avec un rôle semi-légendaire, la réalité de ses actions ayant pu être amplifiée par les historiens romains, tel Diodore de Sicile, Tite-Live ou Denys d’Halicarnasse, qui ont décrit ses faits et gestes. (…) Selon la tradition, ruiné par l’amende qu’il a dû verser pour son fils qui s’est échappé, Cincinnatus se retire sur quatre jugères de terre qu’il lui reste dans l’ager Vaticanus, sur la rive droite du Tibre (Prata Quinctia). L’appauvrissement et le retrait politique de Cincinnatus paraissent alors exagérés, surtout quand on considère son retour au pouvoir lors de ses deux dictatures.» (2)

Rappelé à Rome, le pouvoir étant vacillant, Cincinnatus abandonne sa charrue pour dicter les lois de Rome. En 458 av. J.-C., Rome est toujours agitée par une crise politique interne autour du projet de la lex Terentilia. Les consuls s’opposent à la réunion des comices tributes. Selon la tradition, Cincinnatus se consacre à la culture de ses terres quand les sénateurs viennent le supplier d’accepter la dictature. Il sait que son départ risque de ruiner sa famille, déjà appauvrie à la suite du procès de son fils, si, en son absence, les récoltes ne sont pas assurées. Néanmoins, il accepte et prend Lucius Tarquitius Flaccus pour maître de cavalerie. (2)

 

En seize jours, il libère le consul assiégé, défait les Èques à la bataille du mont Algidea 13, célèbre un triomphe, fait condamner Marcus Volscius Fictor et abdique. Sa restitution du pouvoir absolu dès la fin de la crise devient, pour les futurs dictateurs romains, un exemple de bon commandement, de dévouement au bien public, de vertu et de modestie. «Les envoyés du Sénat le trouvèrent nu et labourant au-delà du Tibre: il prit aussitôt les insignes de sa dignité, et délivra le consul investi. Aussi, Minucius et ses légions lui donnèrent-ils une couronne d’or et une couronne obsidionale. Il déposa la dictature seize jours après l’avoir acceptée, et retourna cultiver son champ.» Cincinnatus meurt à près de 90 ans, vraisemblablement vers 430 av. J.-C ». (2)

 

Mandela la légende

«Comme on le sait, la libération de Mandela qui a passé 27 ans de sa vie en prison, le 11 février 1990, ne fut pas un cadeau et qu’elle a été, par la force des choses, imposée au pouvoir raciste d’Afrique du Sud par cet Occident qui avait soutenu pendant des décennies le pouvoir. (…) La détention de Mandela pendant 10.000 jours fut l’objet d’un processus qui s’est accéléré en 1989. Le régime de l’apartheid a offert à six reprises de libérer Mandela. Frederik de Klerk succède à Botha en août 1989. Mandela le rencontre en décembre. C’est la première fois que De Klerk voit Mandela. Il avoue dans ses Mémoires avoir été impressionné par le calme, la courtoisie, et la confiance en lui de Mandela. Le 11 février 1990, des milliers de personnes avaient envahi les rues du Cap pour apercevoir la personnalité qui s’était battue si longtemps pour la liberté. Ce que nous retenons de Mandela, c’est aussi sa dignité et son indifférence envers l’hubris du pouvoir. C’est l’exemple de l’Afrique pour une alternance après seulement un mandat alors qu’il pouvait se présenterplusieurs fois.» (3)

Que peut-on retenir en définitive de la légende Mandela? Le  film ” Invictus” du réalisateur américain Clint Eastwood, nous fait décrire d’une façon palpable toute l’humanité de ce géant de la pensée humaine  qui a réussi  à réconcilier deux peuples à priori irréconciliables au vue du fossé de haine de sang et de douleur qui les séparait:  le peuple premier et celui reliquat du colonialisme britannique  en leur donnant une utopie commune : gagner la coupe du monde de rugby.

 

Mandela  a fait honneur à l’Afrique et à l’humanité. Il n’existe pas de personnages qui ait marqué son époque au XXe siècle comme le Mahatma Gandhi ou son héritier spirituel, Nelson Mandela Pour Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture au Mali, «Mandela est un grand homme. Un homme de conviction et de courage qui a su libérer son pays. Nelson Mandela est aussi un grand homme qui a su quitter le pouvoir au moment opportun. Cela est important, parce que les héros des luttes de libération nationale qui s’accrochent à leur projet finissent comme Mugabe (…)». (3)(4)

 

Pepe Mujica: le président le plus pauvre du monde

 

Un autre président qui a marqué son époque avec un sacerdoce qui ne doit rien au bling bling, à l’argent, au pouvoir, à la puissance, ni au montant d’une fortune acquise d’une façon ou d’une autre est Mujica.  Il a une réputation planétaire sans l’avoir demandé . Ce président iconoclaste se distingue par son mode de vie, très éloigné du faste habituel de la fonction présidentielle ce qui nous donne l’opportunité d’expliquer le sacerdoce de cet homme «normal» qui ne se contente pas de donner des ordres, il donne l’exemple de ce qui doit être au service du peuple.

«José Mujica Cordano, surnommé Pepe Mujica, est un homme d’État uruguayen. Ex-guérillero des Tupamaros dans les années 1960-1970, (…) Après un parcours politique exemplaire, le 29 octobre 2009, Mujica est élu président; il sera investi le 1er mars 2010 officiellement président de l’Uruguay. Mujica se distingue par son mode de vie, très éloigné du faste habituel. Il conserve l’équivalent du salaire moyen en Uruguay (environ 900 euros par mois) et reverse 87% (9400 euros) de son salaire à des organismes d’aide au logement social. Délaissant le palais présidentiel, il habite la petite ferme de son épouse, en dehors de Montevideo. Il continue à y cultiver des fleurs avec son épouse, Lucía Topolansky, à des fins commerciales. Le couple présidentiel bénéficie de la protection de deux policiers.» (5)

José Mujica Gordano, n’est pas un personnage comme les autres. Il se singularise par une indépendance vis-à-vis de l’addiction à l’argent, contrairement à l’immense majorité de tous les autres potentats, notamment arabes ou semble –t-il exception faite du Liban l’alternance  se fait très souvent par l’émeute du fait d’un atavisme à garder le pouvoir voire à le transmettre d’une façon dynastique et ceci pour le plus grand malheur de leur peuple qu’ils sont censés protéger et dont ils sont censés améliorer la condition sociale .

 

Le réalisateur et écologiste français Yann Arthus-Bertrand a  rencontré  le président Mujica , il en parle . Il lui donne la parole:

«Mon nom est José Mujica Gordano, je suis le descendant d’immigrants. Je suis un genre de paysan, qui adore la nature… et j’ai dédié une part importante de ma vie à essayer d’améliorer la condition sociale du monde dans lequel je suis né. En ce moment, je suis président, je fais quelques trucs, j’en supporte d’autres et je dis merci à la vie. J’ai eu quelques déconvenues, de nombreuses blessures, quelques années en prison… Enfin, la routine pour quelqu’un qui veut changer le monde. C’est un miracle que je sois encore vivant. Et par-dessus tout, j’aime la vie. J’aimerais arriver au dernier voyage comme quelqu’un qui arrive au comptoir et qui demanderait au tenancier une autre tournée.» (6)
«J’ai passé, poursuit le président Mujica, plus de 10 ans de solitude dans un cachot, dont 7 ans sans lire un livre. J’ai eu le temps de penser et voilà ce que j’ai découvert: soit tu parviens à être heureux avec peu, sans bagages, parce que ce bonheur est en toi, soit tu n’accompliras rien. Ce n’est pas l’apologie de la pauvreté, mais celle de la sobriété. Mais comme nous avons inventé une société consumériste, l’économie doit croître. Nous avons inventé une montagne de besoins superficiels; nous vivons en achetant et en jetant. Mais ce que l’on dépense vraiment, c’est notre temps de vie. (…) J’ai appris la valeur des choses vivantes. J’ai aussi appris à converser avec celui que j’ai en moi.(…) C’est un personnage que tu oublies souvent face à la frivolité de la vie. Et je recommande de regarder vers l’intérieur de soi-même (5).
« Lutter, ajoute le philosophe-président, rêver et aller contre le sol en se confrontant à la réalité, c’est tout ça qui donne un sens à l’existence, à la vie. Cela veut dire que je veux transmettre aux gens qu’il est possible de tomber et de se relever. Et ça vaut toujours le coup de se relever. Une fois ou mille fois – tant que tu es vivant. C’est le message le plus grand de la vie.» «Sont défaits ceux qui arrêtent de lutter, et arrêter de lutter, c’est arrêter de rêver.(…) Il faut être reconnaissant parce que être vivant est un miracle.» (5)

La journaliste Chloé de Geyer d’Orth, nous résume, à son tour,  en quelques phrases le bréviaire d’une vie simple:

«Malgré son élection à la présidence, Mujica continue avec sa femme la culture et la vente de fleurs, un petit commerce. Ce président se déplace toujours dans sa coccinelle Volkswagen achetée en 1987, sauf pour les déplacements officiels au cours desquels il utilise une simple Chevrolet Corsa. «On m’appelle le président le plus pauvre, mais je ne me sens pas pauvre. Les pauvres sont ceux qui travaillent uniquement pour avoir un style de vie dépensier, et qui en veulent toujours plus…» Durant l’hiver 2011, cinq Uruguayens sont décédés d’hypothermie . Pour éviter que ce type de situation ne se reproduise, le président de l’Uruguay, Jose Mujica, a décidé que le Palais présidentiel figurerait dorénavant dans la liste des édifices publics servant au logement des personnes sans domicile fixe (7).»

Le développement durable de la planète; le combat des justes

«Dans un discours poétique à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2013 citant le poète Enrique Santos Discépolo qui peint un monde de décadence, Mujica a livré aux leaders mondiaux réunis à New York une vision obscure des temps à venir: «Nous avons sacrifié, dit-il, les vieux dieux immatériels et occupons le temple avec le dieu argent. Si l’humanité aspirait à à vivre comme un Nord-Américain moyen trois planètes” seraient nécessaires. Pepe Mujica dénonce la société de consommation qui, selon lui, incite l’homme à vivre pour travailler” et non travailler pour vivre”. En juin 2012, lors de la conférence sur le développement durable des Nations unies, Rio + 20, le président de l’Uruguay a fait un discours qui a été repris des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux.» Extraits. «Nous ne pouvons pas, déclare-t-il, continuer, indéfiniment, à être gouverné par les marchés; nous devons gouverner les marchés. [...] (…) Je vous pose la question. Est-ce que c’est cela la vie? Le développement ne doit pas être opposé au bonheur. L’amour de la terre, les relations humaines, prendre soin de ses enfants, de ses amis. Et avoir bien entendu le minimum vital. Précisément parce que le Bonheur est le trésor le plus précieux que nous ayons, et l’un des piliers de notre bien-être.» (5)

Conclusion

 

Cincinnatus, Mandela et Pépé Mujica nous incitent à ne pas perdre de vue les fondamentaux de la vie. Que peut-on retenir en définitive de ces exemples illustres  Ils font  honneur à  à l’humanité.  Dans le même ordre et bien qu’il n’y ait pas usure du pouvoir dans une magistrature suprême l’exemple  de Che Guevara  nous a tous marqué  comme modèle de lutte pour la liberté à en mourir qui lui a fait abandonné un poste de ministre et de considération planétaire  dont il nous reste que la fameuse photo immortalisé par  le photographe Korda   Curieusement, l’Occident si prompt à donner des leçons de droits de l’homme, n’a pas vu émerger en son sein des hommes de la trempe de ces géants qui nous font espérer en la condition humaine.

 

Un autre homme illustre que l’histoire  a retenu fut Alexandre le Grand.  On rapporte que sur le point de mourir, il convoqua ses généraux et leur communiqua ses dernières volontés quand à la réalité du pouvoir, l’inanité d’amasser des richesses éphémères ou de gouverner le monde ; toutes tentations  qui disparaissent quand le moment du grand départ arrive  :

« Je veux dit-il que mon  cercueil soit transporté à bras d’homme par les meilleurs médecins de l’époque. Que les trésors que j’avais acquis (argent, or, pierres précieuses…), soient dispersés tout le long du chemin jusqu’à sa tombe, et… Que mes mains restent à l’air libre se balançant en dehors du cercueil à la vue de tous. Je veux que les médecins les plus éminents transportent eux-mêmes mon cercueil pour démontrer ainsi que face à la mort, ils n’ont pas le pouvoir de guérir… Je veux que le sol soit recouvert de mes trésors pour que tous puissent voir que les biens matériels ici acquis, restent ici-bas… Je veux que mes mains se balancent au vent, pour que les gens puissent voir que les mains vides nous arrivons dans ce monde et les mains vides nous en repartons quand s’épuise pour nous le trésor le plus précieux de tous: le temps…» (8)

Ces sentences sont à méditer…surtout par les princes qui nous gouvernent et qui seraient tentés par  le pouvoir ad vitam aeternam Les hommes sont sur Terre pour servir, et non pas se servir et encore moins asservir.

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.https://amerique.wordpress.com/2012/10/28/lelection-du-president-vu-par-tocqueville/

2.https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucius_Quinctius_Cincinnatus

3.https://www.legrandsoir.info/Mandela-la-legende-Du-matricule-46664-au-prix-Nobel.html.

4.Aminata Traoré: Et si Mandela… http://www.alterinter.org/article2324.html 22 juillet 2008

5.http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour

6.http://www.goodplanet.info/debat/2014/05/15/jose-mujica-president-diff

7. Chloé de Geyer d’Orth  http://www.lejournalinternational.fr/uruguay%c2%a0-jose-mujica-le-%c2%… 18/07/2013

8.http://www.eulogemaganga.net/pages/insolites/les-3-souhaits-d-alexandre-le

 

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/261633-une-vision-sobre-de-la-condition-humaine.html

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07 mars 2017

Chems Eddine Chitour, pour une réorganisation du monde

 

« Sans nul doute Russie, Etats-Unis et Chine seront les architectes du nouvel ordre mondial, nous dit Chems Eddine Chitour. C’est le sauve-qui-peut au sein de l’Europe, chacun pour soi.  La Grande Bretagne a largué les amarres. L’Allemagne redécouvre les vertus de la coopération avec la Russie avec laquelle elle n’a jamais ralenti sa coopération énergétique, notamment par le North Stream dont l’administrateur n’est autre que l’ancien chancelier Gerhard Schroeder. Reste la France, elle est engluée avec son épée de Damoclès des 3% des critères de Maastricht. Ainsi  le syndicat, à titre d’exemple, Force Ouvrière  réclame la « renégociation des traités européens », notamment le pacte de stabilité et de croissance, et la suppression du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). :« Pour M. Mailly, il s’agit de « mettre fin aux politiques d’austérité », quitte à s’attaquer au « dieu 3% » sur la limitation des déficits publics.(…)  Nous demandons à ce que la France s’engage, a-t-il affirmé, pour réviser les traités... »

 

Reprenons les projets de Chems Eddine Chitour

 

Michel Peyret


Russie Etats-Unis et Chine. Les architectes du nouvel ordre mondial.

 

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 23 février 2017

 

Munich-Security-Conference-2017

 

«La diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments.» Otto von Bismarck (chancelier allemand)

 

La conférence de Munich sur la Sécurité qui s’est ouverte le 16 février, a été l’occasion de rencontre entre les trois grands Russie, Chine, Etats-Unis en présence d’une Europe plus divisée que jamais. Nous allons d’abord examiner les premiers pas de la politique américaine à la fois sur le plan militaire et sur le plan diplomatique. Ce qui est important est le fait que pour la première fois, l’initiative d’une réorganisation du monde ne soit pas venue de la part de l’hyperpuissance américaine, mais de la Russie. Cela résonne comme une réplique à la déclaration de George Bush père au lendemain de l’écrasement de l’Irak en février 1991 et après l’éclatement de l’Urss, qui devait annoncer selon Fukuyama, l’idéologue du Pentagone, la fin de l’histoire et l’avènement d’un nouveau siècle américain.

 

Les États-Unis se réaffirment «plus grand allié» de l’Europe

 

Le vice-président américain, Mike Pence, a assuré samedi dernier que son pays restait «le plus grand allié» de l’Europe, un engagement «inébranlable» destiné à rassurer des Européens désorientés par le nouveau locataire de la Maison-Blanche.

 

« Le président m’a demandé de transmettre le message que les États-Unis soutiennent fermement l’Otan et que nous serons inébranlables dans notre engagement», a déclaré Mike Pence, dans son premier discours devant le gratin politico-militaire mondial. De même, le secrétaire à la Défense James Mattis a porté ce même message à l’Otan, tout comme le secrétaire d’Etat Rex Tillerson à Bonn lors d’une réunion du G20. « Les destins des États-Unis et de l’Europe sont entremêlés, vos luttes sont nos luttes et vos succès sont nos succès », a souligné M.Pence. Donald Trump ayant par le passé loué le Brexit et semblé souhaiter un éclatement de l’Union européenne. » (1)

 

« Solennel et posé, M.Pence a de nouveau répété fermement les exigences américaines d’un engagement financier plus important de ses partenaires de l’Otan, mais sans pour autant menacer de réduire son engagement. « La défense européenne réclame notre engagement autant que le vôtre (…) et la promesse de partager le fardeau n’a pas été remplie depuis bien trop longtemps », a-t-il dit, « le président Trump attend de ses alliés qu’ils tiennent leur parole ». Le secrétaire américain à la Défense James Mattis a appelé les alliés de l’Otan à augmenter les dépenses militaires, les États-Unis pouvant réduire leur soutien dans le cas contraire. » (1)

 

Lavrov-Tillerson, une première rencontre sans résultat probant

 

Le 16 février, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, et le nouveau secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, se sont rencontrés à Bonn en marge du sommet des chefs de la diplomatie des pays membres du G20.

 

« Nous avons pas mal de questions à étudier, en gros sur les sujets abordés par nos présidents respectifs lors de leur échange téléphonique. ” “Nous cherchons de nouvelles bases communes et espérons que la Russie respectera les accords de Minsk et œuvrera à la désescalade du conflit en Ukraine”, a-t-il déclaré.  À l’issue de la rencontre, Sergueï Lavrov l’a qualifiée de “pragmatique et productive”. Nous sommes d’accord sur le fait que là où nos intérêts se rejoignent, et c’est le cas dans de nombreux domaines, nous devons progresser, montrer la capacité des États-Unis et de la Russie à jouer le rôle qui leur incombe au regard de leur position sur l’arène mondiale´´ (…). Pour le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, il y a de nombreux problèmes qui ne peuvent être réglés ni par la Russie ni par les États-Unis séparément. » (2)

 

« Quelle genre de relation souhaitons-nous avec les Etats-Unis? Une [relation basée] sur le pragmatisme, le respect mutuel et la compréhension de nos responsabilités respectives dans la stabilité du monde», a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors d’une conférence sur la sécurité internationale à Munich, le 18 février. A l’adresse du général de l’Otan, Jens Stoltenberg, le chef de la diplomatie russe a fait savoir que Moscou était favorable à la reprise d’une coopération militaire avec l’Alliance atlantique – sans quoi, a-t-il affirmé, les rencontres diplomatiques n’avaient aucun sens. »(2)

 

« Le président Trump a bien précisé qu’il attendait que le gouvernement russe désamorce la violence en Ukraine et rende la Crimée, a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, en conférence de presse, le 14 février » (3).

 

La Russie prône un nouvel ordre mondial

 

«En ouvrant la journée samedi, la chancelière allemande Angela Merkel a lancé un appel au multilatéralisme pour faire face à des défis immenses comme le jihadisme ou la crise migratoire. Si elle a tendu la main à la Russie dans la lutte contre le terrorisme, elle a de nouveau plaidé la «fermeté» sur l’Ukraine, La chef de la diplomatie de l’Union européenne Federica Mogherini a répété que les sanctions imposées à la Russie seraient levées lorsque les accords de paix de Minsk seraient appliqués. Répliquant à «sa bonne amie» Mogherini, Sergueï Lavrov a martelé la position russe selon laquelle Kiev était le principal responsable de la non-application des accords. Enfin, interrogé sur les accusations de piratage de la Russie dans la campagne électorale pour la présidentielle française, M.Lavrov a répliqué qu’il voulait «voir des faits».» (4)

 

«Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a appelé à la mise en place d’un ordre mondial post-occidental, tout en proposant aux Etats-Unis une relation «pragmatique». «Nous ne sommes pas d’accord avec ceux qui accusent la Russie de tentative (…) de détruire l’ordre mondial libéral. La crise de ce modèle était programmée car le concept de mondialisation politique et économique était bâti par une élite d’Etats (…) pour dominer tous les autres», a-t-il dit.

 

«Les dirigeants responsables doivent faire un choix. J’espère que ce choix sera celui d’un ordre mondial démocratique et juste. Si vous voulez, appelez le «post-west»», a ajouté l’homme de confiance de Vladimir Poutine. Selon lui, dans ce nouvel ordre, chaque Etat souverain «cherchera l’équilibre entre ses intérêts et ceux de ses partenaires». Parlant ensuite des relations avec les Etats-Unis, M. Lavrov a affirmé que la Russie ne souhaitait rien d’autre qu’une relation de «respect mutuel».

 

«Quelles relations voulons-nous avec les Etats-Unis? Des relations pragmatiques de respect mutuel, la reconnaissance de notre responsabilité (commune) pour la stabilité du monde», a souligné le diplomate. «Le potentiel de coopération dans les domaines politique, économique, humanitaire est énorme, mais il doit encore être réalisé, nous y sommes ouverts dans la mesure où les Etats-Unis le sont», a-t-il poursuivi» (4).

 

La Russie de Poutine non seulement refait surface, mais a un avis déterminant, elle a toujours deux fers au feu et qu’elle a toujours un coup d’avance sur ses adversaires européens. Souvenons-nous Lors de sa conférence de presse annuelle, le 23.12.2016 Vladimir Poutine a indiqué que les systèmes nucléaires russes sont capables de franchir tous les boucliers antimissiles, y compris américains. «90% des capacités nucléaires russes ont été modernisées», La Russie déclare un cessez-le-feu à partir de lundi dans le Donetz sans l’aval des Américains et dans le même temps elle est sur la voie de reconnaître les Républiques de Donetsk et de Lugansk. «En effet, le président Vladimir Poutine a signé un décret annonçant que la Russie «reconnaît» les passeports de ces deux républiques indépendentistes, Cette décision, qui intervient durant la «Conférence sur la Sécurité» à Munich est une ferme mise au point de la Russie qui indique en substance ne plus attendre grand-chose des discussions.» (5)

 

Il est évident que cette nouvelle vision qui tourne le dos à la tentation guerrière des Etats est une utopie, nous voyons mal comment l’Empire et ses vassaux  accepteront d’être des nations comme les autres, ni meilleures ni pires. Qu’il n’y a pas de tentation du mythe ancrée de races supérieures à la Jules Ferry en France  ou Chamberlain en Angleterre, qu’il n’ y a pas en l’occurrence de « fardeau de l’homme blanc » « The white man  burden » à la Kipling encore moins de destinée manifeste qui fait que les peuples premiers des Etats Unis aient été décimées. Nous sommes tous des humains qui aspirons à la paix.

 

J’écris cela en regardant le forum des armes aux Emirats et on apprend que tout le monde s’y met au commerce lucratif des armes, les anciens comme les nouveaux. Des Etats Unis comme de la France, de la Russie, comme de la Chine. On en vient à doute de ces bonnes dispositions Ce commerce de 1300 milliards de dollars  fait que les pays du Sud sont les plus grands clients au détriment on, l’aura compris de l’éducation de la santé, d’une bonne vie et naturellement des espérances  de leurs peuples.

 

Les dissensions au sein de l’Europe

 

L’Europe est plus que jamais fracturée dans sa cohésion depuis la crise des migrants qu’elle n’a toujours pas réglé laissant les deux pays en première ligne s’enfoncer dans la crise, à savoir l’Italie et la Grèce d’autant que les anciens pays de l’Est ont verrouillé leurs frontières en construisant des murs. Le deuxième séisme dont les répliques n’arrêtent pas: Mme Merkel a aussi lancé un appel au multilatéralisme pour faire face à des défis immenses comme le jihadisme ou la crise migratoire. «Witold Waszczykowski, le ministre polonais des Affaires étrangères, a estimé que le Brexit pouvait être un exemple encourageant pour les membres de l’Union européenne qui n’étaient pas satisfaits de la politique de Bruxelles. D’autres pays de l’UE pourraient suivre l’exemple du Royaume-Uni. Bruxelles accuse Varsovie de violer les valeurs de l’Union européenne.» (6)

 

En réponse à la demande américaine, les ministres de la Défense des pays de l’Otan ont confirmé leur engagement à porter les dépenses militaires à 2% du PIB. Pour eux il ne fallait pas réduire la notion de sécurité au seul aspect militaire et qu’il serait raisonnable de considérer la politique de stabilité moderne comme la résultante de plusieurs éléments.

 

«Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker estime que l’Europe ne doit pas céder aux injonctions des États-Unis, soulignant que les mesures de sécurité comprennent également le développement et l’aide humanitaire.» (7)

 

«Les Européens, lit-on sur la contribution suivante, sont de moins en moins nombreux à attribuer à Washington le rôle de leader mondial. Quatre pays membres de l’Otan préféreraient s’allier avec la Russie si leur pays était attaqué, relèvent les résultats d’une enquête réalisée par les sociologues de WIN/Gallup International. Tels sont les résultats d’une récente enquête menée auprès de la population de 66 pays… Comme le montrent les résultats de l’enquête, la Russie a été choisie par les Bulgares, les Grecs, les Slovènes et les Turcs. (…) Ainsi, les Chinois ont choisi la Russie, les Russes la Chine. la politique menée par Washington a conduit au rapprochement de Moscou et Pékin.» (8)

 

Même vision de l’Allemagne de la nécessité d’un nouvel ordre

 

La chancelière allemande, plaidant « la fermeté » face à Moscou sur l’Ukraine, mais dans le même temps elle déclare:

 

« Je n’abandonnerai jamais la quête d’une meilleure relation avec la Russie. »

 

«La position allemande est très clairement en train de s’infléchir à l’égard du grand allié américain, Sigmar Gabriel, ministre allemand des Affaires étrangères, estime que les pays européens devraient progressivement assumer plus de responsabilités dans les questions concernant le leadership et leur propre sécurité, car l’ordre mondial et régional né dans l’après-guerre touche à sa fin. Il appelle à bâtir une Europe «nouvelle et plus forte». Selon lui, l’ordre mondial d’après-guerre, qui était «pratique» pour les pays européens, «touche à sa fin». À partir de maintenant, ils devraient progressivement prendre plus de responsabilités en matière de leadership et pour garantir leur propre sécurité, a-t-il déclaré dans un entretien au quotidien allemandFrankfurter Allgemeine Zeitung, le 15 février. Avant tout, la Russie est notre voisin, qu’on le veuille ou non», a-t-il souligné, se référant probablement au voisinage géopolitique et non géographique(…) Sigmar Gabriel a prôné un «dégel» éventuel dans les relations bilatérales entre les États-Unis et la Russie, ce qui pourrait faciliter le règlement des crises internationales actuelles.» (9)

 

Le dialogue avec la Chine

 

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi s’est rendu en Allemagne pour assister à la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères du G20 et à la Conférence annuelle sur la sécurité de Munich du 15 au 18 février. La réunion des ministres des Affaires étrangères se concentrera sur le programme de développement durable à l’horizon 2030, la paix et le partenariat avec l’Afrique, selon le porte-parole.. Les chefs de la diplomatie américaine et chinoise se sont retrouvés vendredi pour un tête-à-tête en Allemagne, première rencontre de ce niveau depuis l’élection de Donald Trump, dans un contexte tendu entre les deux pays.

 

La rencontre entre Rex Tillerson et Wang Yi a débuté dans la matinée en marge d’une réunion du G20 à Bonn, a constaté l’AFP, et devrait être centrée sur les sujets récents de crispation entre Washington et Pékin comme Taiwan, les îles contestées en mer de Chine méridionale ou encore le commerce. Cette réunion a failli ne pas avoir lieu.

 

« Le président américain s’est dit prêt dans un premier temps à remettre en cause le principe de la « Chine unique », qui proscrit tout contact diplomatique entre des pays étrangers et le frère ennemi taïwanais, considéré par Pékin comme une de ses provinces, avant de faire machine arrière. Rex Tillerson a aussi provoqué l’ire de Pékin en agitant la menace d’un blocus pour empêcher l’accès du pays à des îles contestées en mer de Chine.» (10)

 

Au lendemain d’un nouveau tir de missile balistique, Donald Trump a promis lundi de répondre «fortement» à la Corée du Nord. « La Corée du Nord est bien sûr un gros, gros problème. Nous nous en occuperons très fortement », « Les dirigeants nord-coréens doivent se conformer à leurs obligations internationales et (s’engager dans) la voie vers la dénucléarisation », a lui, condamné le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Premières mesures de rétorsion: la Chine suspendra les importations du charbon en provenance de la Corée du Nord pour le reste de 2017, la suspension, qui est conforme à la Résolution 2321 du Conseil de sécurité de l’ONU, du 30 novembre 2016 afin de renforcer les sanctions à l’encontre de la Corée du Nord, en réponse à son cinquième essai nucléaire effectué le 9 septembre 2016. C’est une réponse à l’appel de Trump demandant à la Chine de faire pression sur la Corée du Sud.

 

En définitive  l’anomie européenne, la résilience de la Russie qui a réussi sa résurrection et   prône un nouvel ordre plus respectueux des peuples.  Après le  bradage de Gorbatchev  et le chaos  d’Elstine, la montée inexorable en puissance de la Chine réussiront à convaincre l’Empire américain qu’ils n’a rien à gagner et  à attendre de ses vassaux européens qui ne sont là que pour resquiller – dixit Obama- et ne veulent pas prendre leur part dans le budget de l’Otan.  Les Etats Unis  se désengagerons  de ce qui est pour eux inutile et s’occuperont en priorité de leurs affaires internes – America is first-sans pour autant signaler çà et là leur présence une fois que la stabilisation du discours américain sur la politique étrangère se stabilisera.

 

Sans nul doute Russie, Etats-Unis et Chine seront Les architectes du nouvel ordre mondial.  C’est le sauve-qui-peut au sein de l’Europe, chacun pour soi.  La Grande Bretagne a largué les amarres. L’Allemagne redécouvre les vertus de la coopération avec la Russie avec laquelle elle n’a jamais ralenti sa coopération énergétique, notamment par le North Stream dont l’administrateur n’est autre que l’ancien chancelier Gerhard Schroeder.

 

Reste la France  elle est engluée avec son épée de Damoclès des 3% des critères de Maastricht. Ainsi  le syndicat à titre d’exemple Force Ouvrière  réclame la « renégociation des traités européens », notamment le pacte de stabilité et de croissance, et la suppression du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). :

 

« Pour M. Mailly, il s’agit de « mettre fin aux politiques d’austérité », quitte à s’attaquer au « dieu 3% » sur la limitation des déficits publics.(…)  Nous demandons à ce que la France s’engage, a-t-il affirmé, pour réviser les traités. Si la France montait au créneau, elle entraînerait d’autres pays. Si cela continue comme cela, l’Europe explosera car les citoyens n’y croient plus ». « On est exigeant parce qu’on est européen », a-t-il ajouté en assurant qu’il ne prône pas une « sortie de l’Europe » ou une remise en cause de l’euro ». (11)

 

Sur le plan extérieur la diplomatie  française est  devenue méconnaissable car elle a été plombée d’abord par Sarkozy par un reniement de l’indépendance -voulue et imposée par de Gaulle- , en rentrant dans le rang de  l’Otan Elle perdit son âme ensuite  avec  une gauche aux ordres de l’Empire et du sionisme qui lui fait légitimer la guerre aux enfants à Ghaza, et reniement au point de ne pas honorer un contrat d’armement. Nous sommes loin de la vision de  de Gaulle avec une politique équilibrée au Moyen Orient   sa politique d’indépendance  vis-à-vis de l’Empire américain sa vision  de l’Atlantique à l’Oural!! Et enfin,  sa reconnaissance de la Chine à une époque où le communisme  sentait le soufre.

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.http://www.lequotidien.lu/international/les-etats-unis-se-reaffirment-plus-grand-allie-de-leurope/

2.http://www.courrierinternational.com/article/vu-de-russie-lavrov-tillerson-une-premiere-rencontre-encourageante

3.https://francais.rt.com/international/33984-donald-trump-attend-russie-rende-crimee-maison-blanche

4.https://www.lorientlejour.com/article/1035893/la-russie-prone-un-ordre-mondial-post-occidental-lavrov.html

5. http://reseauinternational.net/russie-vers-la-reconnaissance-des-republiques-de-novorossya/#1AID2v36TPsVykiF.99 

6.https://fr.sputniknews.com/international/201702171030139467-ue-pologne-brexit/

7.https://fr.sputniknews.com/international/201702171030125999-depenses-militaires-augmentation-juncker-etats-unis/

8.http://reseauinternational.net/les-habitants-de-quatre-pays-de-lotan-souhaitent-etre-proteges-par-la-russie/#gu5Z4tgYXe3OdVPf.99

9.https://www.insolentiae.com/chef-de-la-diplomatie-allemande-lordre-mondial-dapres-guerre-touche-a-sa-fin/

10.http://www.liberation.fr/planete/2017/02/17/g20-1ere-rencontre-chine-etats-unis-depuis-l-election-de-trump_1549106

11.http://social.blog.lemonde.fr/2017/02/20/jean-claude-mailly-fo-craint-que-leurope-explose/

 

Article de référence : 

 http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/260871-les-architectes-du-nouvel-ordre-mondial.html

 

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02 mars 2017

Chems Eddine Chitour, colonisation, une politique de barbarie

 

« On ne peut mieux résumer, rappelle Chems Eddine Chitour, cette période noire avec les mots de Jaurès citant Clemenceau le 27 mars 1908: «On a tué, massacré, violé, pillé tout à l’aise dans un pays sans défense, l’histoire de cette frénésie de meurtres et de rapines ne sera jamais connue, les Européens ayant trop de motifs pour faire le silence (…). Rien n’est plus contraire aux intérêts français que cette politique de barbarie.» Rappelons nous les enfumades des tribus d’Oued Riah du Dahra en mai-juin 1845. Avec Bugeaud, Cavaignac et Saint Arnaud, dont Victor Hugo a pu dire qu’il avait les états de service d’un chacal. Nous pouvons déduire ce que furent les massacres de masse en Algérie en ajoutant d’abord les dizaines de milliers de morts algériens sur les théâtres de guerre pour la France à partir de 1837, Pour rappel Les régiments de tirailleurs algériens écrivirent pour l’armée française parmi les pages les plus glorieuses de son histoire. Ils furent de tous les conflits au nombre de 11  ils participent à toutes les campagnes du Second Empire et de la IIIe République et de la IVe République» …

Reprenons les faits et l'argumentation de Chems Eddine Chitour...

Michel Peyret


La colonisation : Oeuvre négative et crime contre l’humanité

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 21 février 2017

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«On me parle de progrès, de ‘‘réalisations”, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées. (…) Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme (…).» Aimé Césaire (Immense écrivain )

Un coup d’éclair dans un ciel déjà électrisé par les affaires en France lors de l’élection présidentielle. Le candidat Emmanuel Macron de passage à Alger venu tâter le pouls indirectement de la perception algérienne de l’élection française eu égard aux liens de sang entre les deux peuples déclare au journal Echorouk News: «La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes.» Des propos qui ont déclenché des protestations de la part de la droite et de l’extrême droite.

On prête à Emmanuel Macron de vouloir capter potentiellement un électorat issu de l’émigration. Ce qui est sûr c’est qu’il va s’aliéner l’électorat de Droite, et celui du reliquat des rapatriés habitant le Sud de la France qui  à des degrés divers  ont souffert du déracinement et de cette fuite dans le chaos que même les dirigeants du FLN n’appréhendaient  pas être aussi forte c’était sans compter sur la politique de la terre brûlée mise en œuvre par l’OAS qui a tout fait pour créer les conditions du chaos  mais aussi des révolutionnaires de la vingt cinquième heure qui voulant se rattraper  se seraient rendus coupables d’exactions envers les Européens d’Algérie ce qui a précipité le divorce définitif des deux communautés

Les négationnistes niant  l’évidence

Qui trouve-t-on dans le landerneau chauvin de la droite? Les positions de l’extrême droite sont connues à l’instar du guide Jean-Marie Le Pen tortionnaire devant l’Eternel et qui à titre d’exemple de ses multiples basses oeuvres, oublia son poignard lors d’une perquisition et un interrogatoire- torture à mort dans un appartement, poignard exhibé bien plus tard par le fils du torturé avec les initiales J.M Le Pen 1er R.e.p. Avec Le Pen tous les racistes revanchards et les petits pieds-noirs entraînés dans la tourmente et sensibles au discours de l’OAS qui a tout fait pour diviser les deux communautés, à l’indépendance commettant l’irréparable.

Parmi les enragés, il y a les émigrés de la deuxième ou troisième génération qui sont plus royalistes que le roi, on y trouve beaucoup d’Italiens, de Libanais, de Roumains, de Hongrois, d’Arméniens. La France c’est eux il n’y a qu’eux qui doivent en parler. Le filon Algérie est porteur, il permet de capter des voix. A des degrés divers ils ont une histoire avec l’Algérie. Il y a Gérald Moussa Darmanin qui déclare: «Honte à Emmanuel Macron qui insulte la France à l’étranger: crachats inacceptables sur la tombe des français tirailleurs, supplétifs, harkis morts pour une France qu’ils aimaient.» «Son grand-père, Moussa Ouakid, né en 1907, d’origine algérienne, adjudant-chef dans l’armée française, fut fait prisonnier et a participé à la Libération en 1945 et participe ensuite à la Guerre d’Algérie dans l’armée française.» (1)

Il y a Christian Estrosi:

«Je suis bouleversé qu’une personnalité politique telle que Emmanuel Macron vienne aujourd’hui discréditer la grande histoire de France. Christian Estrosi, fils unique d’un immigrant italien, débute d’abord comme pilote de Grand Prix motocycliste ce qui lui vaudra plus tard le surnom de ‘motodidacte” (…)» (2)

Il y a naturellement la droite à la fois sensible au discours des races supérieures de la suprématie de la race blanche et quelque part croisés des temps modernes. Gérard Longuet et «souchien» en sera l’un des tenants :

«(…) Au printemps 1964, il prend part, en compagnie d’Alain Madelin, à la création du mouvement Occident, groupuscule d’extrême droite (…) Il rejoint le Groupe union défense (GUD), groupuscule d’extrême droite puis Ordre nouveau, (…) Après avoir manifesté par un bras d’honneur son opposition personnelle à la demande formulée par l’Algérie d’«une reconnaissance franche des crimes perpétrés» par le colonialisme français, Gérard Longuet a expliqué: «La France n’a pas à avoir honte de sa présence en Algérie pendant la colonisation.» (3)

L’autre exemple nous est donné par François Fillon et sa haine viscérale de l’islam. Il n’est que de lire sa dernière logorrhée, un brûlot où il donne sa vision de l’islam certes, en y mettant les formes, mais on sent le parti pris irréductible.

Mais il y a pire qu’eux, ce sont les gauchistes – pas tous heureusement- dans un langage ambigu se déclarent progressistes pour la liberté des peuples et contre la colonisation. Nous avons un échantillon avec le plus illustre d’entre eux, François Mitterrand, qui signa la mise à mort de près de 200 patriotes envoyés à la guillotine…

Massacre de masse ou génocide?

Apparemment le mot génocide est interdit pour qualifier les atrocités en Algérie, c’est dit on une marque déposée pour qualifier les massacres de masse à l’endroit des Juifs sous le IIIe Reich . Le mot ayant été proposé par Raphaël Lemkin intellectuel  juif rescapé des camps de la mort, nazi. Benjami Stora utilisera le mot massacre de masse pour qualifier les millions de morts algériens depuis l’invasion coloniale, la colonisation proprement dite et  la Révolution de Novembre de1954

On ne peut mieux résumer cette période noire avec les mots de Jaurès citant Clemenceau le 27 mars 1908:

«On a tué, massacré, violé, pillé tout à l’aise dans un pays sans défense, l’histoire de cette frénésie de meurtres et de rapines ne sera jamais connue, les Européens ayant trop de motifs pour faire le silence (…). Rien n’est plus contraire aux intérêts français que cette politique de barbarie.» Rappelons nous les enfumades des tribus d’Oued Riah du Dahra en mai-juin 1845. Avec Bugeaud, Cavaignac et Saint Arnaud, dont Victor Hugo a pu dire qu’il avait les états de service d’un chacal. Nous pouvons déduire ce que furent les massacres de masse en Algérie en ajoutant d’abord les dizaines de milliers de morts algériens sur les théâtres de guerre pour la France à partir de 1837, Pour rappel Les régiments de tirailleurs algériens écrivirent pour l’armée française parmi les pages les plus glorieuses de son histoire. Ils furent de tous les conflits au nombre de 11  ils participent à toutes les campagnes du Second Empire et de la IIIe République et de la IVe République» (4)

En 1854 lors du siège de Sébastopol (1853-1856) sur 2800 tirailleurs envoyés en Crimée, plus de 900 sont tués ou blessés. Durant la guerre de 1870-71, les trois régiments de tirailleurs (environ 9000 hommes) sont envoyés en France où ils combattent lors des batailles de Wissembourg et Froeschwiller-Woerth. Les régiments sont décimés et après Froeschwiller, le 2e Tirailleurs ne compte plus que 450 hommes valides sur 3000. Après la défaite de Sedan du 2 septembre 1870, un régiment de tirailleurs combat dans l’Armée de la Loire. Leurs pertes sont estimées à 5000 tués La Marche des Tirailleurs ou Chant des Turcos relate l’exploit du 2e Régiment de Tirailleurs algériens à Froeschwiller le 6 août 1870. Les Tirailleurs chargèrent les canons prussiens et furent anéanti à 90%.» (4)

Si on y ajoute les dizaines de milliers de morts du carnage de mai 1945, le million de morts de la Révolution de Novembre 1954. C’est au total au bas mot 5 millions d’Algériens qui passèrent de vie à trépas pour des causes diverses: l’acharnement bestial de l’armée d’Afrique, les famines et la maladie qui eurent leurs dîmes de plus d’un million et demi de morts, ensuite les vies «offertes» pour la gloire et l’honneur de la France et enfin la répression du pouvoir colonial pendant une durée de 132 ans d’une occupation sans partage envers un peuple qui n’aspirait qu’à vivre dans la dignité. Un simple calcul – à titre indicatif-montre que pendant les 132 ans de l’invasion brutale d’un pays sans défense, et la colonisation criminelle  soit 13500 mois, c’est en moyenne 360 morts par mois, 12 morts/jour ou encore un mort de mort violente toutes les deux heures pendant 132 ans.» (4)

Dès 2010 Fillon avait admis que la colonisation était un crime contre l’humanité

Curieusement, Fillon, qui tire à boulets rouges sur Macron, avait reconnu par deux fois que la colonisation était un crime contre l’humanité. En 2010, François Fillon Premier ministre avait procédé à une modification du droit pénal pour se conformer aux principes portés par la Cour pénale internationale stipulant que le crime de génocide, caractérisé par une volonté manifeste de nuire ou d’exterminer une population civile. Cela s’applique tout à fait à ce qui s’est passé en Algérie.

« Fillon oublie ce qu’il disait lui-même récemment: «Cette repentance permanente est indigne d’un candidat à la présidence de la République», a réagi François Fillon, au cours d’un meeting à Compiègne, ce mercredi 15 février. Il qualifiait lui-même la colonisation et l’esclavage d”abomination» dans une interview accordée la semaine dernière au Quotidien de la Réunion. Également interrogé sur le passé colonial de la France par la chaîne Reunion 1er, François Fillon avait, là aussi, lié colonisation et esclavage pour les dénoncer vigoureusement: «Que cela soit la colonisation ou que cela soit l’esclavage. L’esclavage est le crime le plus abominable qui n’ait jamais été commis par l’humanité». Déjà, en octobre 2016 sur France 2, François Fillon, à l’époque candidat à la primaire, avait été interpellé par un syndicaliste guadeloupéen, «Bien sûr que la colonisation est aujourd’hui, avec les critères qui sont les nôtres, un crime. Bien sûr» avait-il expliqué.» (5)

Oui, la colonisation est un crime contre l’humanité

«Pour Bruno Guigue, la réaction chauvine suscitée par ses propos, en tout cas, montre que le révisionnisme colonial fait partie de l’ADN de la droite française. Il faut les entendre fulminer, ces humanistes à géométrie variable, lorsque cette page sinistre de l’histoire de France est pointée du doigt.(…)Contre ces impostures réactionnaires, il faut relire ce qu’écrivait Aimé Césaire en 1955 dans son magnifique ´´Discours sur le colonialisme´´. Il citait le colonel de Montagnac, l’un des conquérants de l’Algérie: «Pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes.» Il donnait la parole au comte d’Herisson: «Il est vrai que nous rapportons un plein baril d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis´´.(…) Partout, la conquête coloniale fut effroyable. Le colonisateur au drapeau tricolore l’a déshonoré, ce drapeau. Il l’a noyé dans le sang des peuples martyrisés par ceux qui prétendaient leur apporter la civilisation au bout du fusil.(…)». (6)
«Pour  l’historien Benyamin Stora, Emmanuel Macron a pris soin de rappeler la face civilisatrice, par effraction, de la colonisation. Ce n’est pas la première fois qu’un homme politique tient des propos analogues – sans aller jusqu’à la qualification de crime contre l’humanité. En 2007, Nicolas Sarkozy avait condamné fortement la colonisation ainsi que François Hollande. Du coup, cela tend à politiser le débat et à en faire une affaire franco-française. A la question «La colonisation est-elle un crime contre l’humanité?» Benjamin Stora répond: «Cela fait très longtemps que les historiens ont apporté la preuve de massacres, de crimes, de tortures durant la longue période de la colonisation » (7).

Benjamin Stora nous informe que  Michel Rocard avait tenté de faire jugé un criminel parmi tant d’autres en vain :

« En 1959,écrit-il  Michel Rocard publiait un rapport concluant à des déplacements de 2 millions de paysans en Algérie. Mais la France a construit un système juridique qui fait qu’aucune plainte ne peut aboutir et que cette période ne peut être jugée. Il est indispensable, pour qu’un crime contre l’humanité soit reconnu, qu’un Etat ou un particulier dépose plainte. C’est ce qu’avait tenté de faire Rocard en attaquant en 1986 Jean-Marie Le Pen pour torture pendant la guerre d’Algérie. Mais, en raison des lois d’amnistie votées dans les années 1960, aucune plainte ne peut aboutir. Seules des poursuites devant des tribunaux internationaux pourraient débloquer le processus ».  (7)
« C’est un problème d’autant plus insoluble qu’en France, dès que l’on prononce les mots «crimes contre l’humanité», le débat se clôt ou se politise. Il est quasiment interdit d’évoquer tout acte de violence commis par la France pendant la colonisation. On oppose immédiatement l’apport des «Lumières», l’oeuvre civilisatrice de la France… Or, en matière de colonisation, la France a bâti un faux modèle républicain: elle a proclamé le principe d’égalité, mais ne l’a que rarement mis en pratique. Les «crimes contre l’humanité» incluent aussi bien des génocides comme la Shoah ou celui des Arméniens que des massacres de masse perpétrés en Afrique ou en Algérie.» (7)

La colonisation «crime contre l’humanité»: Pourquoi Macron a raison

C’est la conviction de Bruno-Roger Petit qui nous explique pourquoi Macron a raison:

«Emmanuel Macron a juridiquement tort, mais a-t-il politiquement raison? Le pénal suffit-il à caractériser le moral? Relisons Bel ami, ces pages d’introduction où Maupassant campe le personnage de Georges Duroy, déambulant dans Paris en quête de destin: «Et il se rappelait ses deux années d’Afrique, la façon dont il rançonnait les Arabes dans les petits postes du Sud. Et un sourire cruel et gai passa sur ses lèvres au souvenir d’une escapade qui avait coûté la vie à trois hommes de la tribu des Ouled-Alane et qui leur avait valu, à ses camarades et à lui, vingt poules, deux moutons et de l’or, et de quoi rire pendant six mois. On n’avait jamais trouvé les coupables, qu’on n’avait guère cherché d’ailleurs, l’Arabe étant un peu considéré comme la proie naturelle du soldat». Maupassant livre une anecdote. Que l’on devine vraie. Que l’on sait ordinaire, dans le sens où elle est répétée à l’infini depuis que la France s’est emparée de l’Algérie. Et que cela va encore durer soixante-dix ans. Comment dire mieux la colonisation française, sa violence et son injustice? Comment ne pas comprendre les traces laissées dans la conscience d’un peuple? Comment nier l’indélébile empreinte mémorielle?» (8)

Bruno Roger Petit poursuit:

«Emmanuel Macron raconte une histoire que bien des Français n’ont pas envie d’entendre. Parce qu’il la raconte du point de vue des victimes. (..)Après Vichy, la colonisation est le passé qui ne passe pas, et la polémique déclenchée par le propos de Macron en atteste. Alors haro sur Macron qui ne connaît pas le droit… «faute politique», «faute historique», «faute juridique» disent-ils. Mais il n’en est pas un pour dire «faute morale».(…) Quitte à oublier Clemenceau et son célèbre discours de 1885 qui, répondant à l’apologie des vertus de la colonisation énoncée par Jules Ferry, avait dressé cet impressionnant réquisitoire: «Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur! Voilà l’histoire de votre civilisation! Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l’Européen apporte avec lui: de l’alcool, de l’opium qu’il répand, qu’il impose s’il lui plaît. Et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l’homme!»» (8)

Conclusion

« La colonisation  déclare l’historien Pascal Blanchard, en soi n’est pas juridiquement un « crime contre l’humanité », ce n’est pas le même phénomène que l’esclavage. Même si les textes internationaux énoncent que « les crimes contre l’humanité doivent être commis par une puissance étatique qui pratique une politique d’hégémonie idéologique ». Par contre, certaines pages de l’Histoire de la colonisation, comme la conquête de l’Algérie, de 1830 à 1842, celle de l’Indochine, ou encore la grande révolte et sa répression en Nouvelle-Calédonie en 1878 et la guerre au Cameroun dans les années 1950, ont été de l’ordre de l’inacceptable, et donc du crime contre l’humanité au regard des « faits ». Y compris au regard du droit français, depuis la loi du 26 décembre 1964 où la notion de crime contre l’humanité fait son apparition dans le code pénal. On est dans un pays paradoxal avec 12 744 musées, mais il n’y en a aucun qui traite, parle ou appréhende l’Histoire coloniale. Quand l’Histoire ne peut pas rentrer au musée, c’est qu’elle est encore brûlante, manipulée aussi ou qu’elle n’a pas trouvé le temps de l’apaisement des mémoires. Elle reste donc dans le champ du politique, des manipulations de l’histoire et des mémoires en conflit ». (9)

Pour nous la colonisation fut un génocide dans la durée avec un traumatisme toujours actuel, cent trente deux ans après, nous n’arrivons pas à guérir de cette invasion d’un beau matin de juillet 1830, nous n’arrivons pas à faire notre deuil du fait de l’arrogance à géométrie variable de la puissance qui seule se croit autorisée à dicter la norme, de ce que c’est qu’un massacre, un génocide, une oeuvre positive..qui est en réalité une oeuvre négative

Nul doute que cette déclaration marquera un tournant, mais il est inutile d’attendre une quelconque repentance de la génération actuelle en France. L’Algérie se devrait de rester digne, et de ne pas verser dans la solution mercantile de miettes pour solde de tout compte. Elle devrait peut-être rassurer la France que la douleur algérienne n’est pas une pompe à finance qui commerce de la dignité des millions de morts pour avoir seulement lutté pour la liberté du pays.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

1. https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rald_Darmanin 

2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Estrosi 

3. https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Longuet 

4. Chems Eddine Chitour http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/215694-une-inutile-demande-de-repentance.html 

5. http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/16/francois-fillon-critique-les-propos-demmanuel-macron-sur-la-col/?utm_hp_ref=fr-homepage 

6. http://www.mondialisation.ca/oui-la-colonisation-est-un-crime-contre-lhumanite/5575306 

7. Benjamin Stora  http://www.leparisien.fr/politique/macron-sur-la-colonisation-les-historiens-ont-apporte-la-preuve-de-massacres-juge-stora-17-02-2017-6687714.php#_=_ 

8. Bruno-Roger Petit https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/la-colonisation-crime-contre-l-humanite-pourquoi-macron-a-raison_454711 

9. http://www.la-croix.com/France/Politique/Certaines-pages-de-lHistoire-de-la-colonisation-sont-de-lordre-du-crime-contre-lhumanite-2017-02-17-1200825594?ref=yfp 

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/260793-oeuvre-negative-et-crime-contre-l-humanite.html 

La source originale de cet article est Mondialisation.ca


Copyright © Chems Eddine Chitour, Mondialisation.ca, 2017

  • 22 février 2017
  • Roland Gori à Algérie actu « Le néolibéralisme est le cercueil des libéralismes qui l’ont précédé »

Par  LE  Culture
 

 

Roland Gori est psychanalyste, professeur de psychologie à l’université d’Aix-Marseille, et auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier, « Un monde sans esprit, la fabrique des terrorismes », Algérie actu s’est rapprochée de lui.

 

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Algérie actu: Tout d’abord, votre livre « Un monde sans esprit, la fabrique des terrorismes » semble être une description à la réalité de notre monde d’aujourd’hui, pouvez-vous nous dire plus sur ce sujet et quelles sont les raisons qui vous ont inspiré à traité le sujet de cet angle ?

 

Roland Gori: Dans mes derniers travaux de recherches j’analyse les conséquences sociales, politiques, culturelles et subjectives d’une vision néolibérale du monde où la rationalité se trouve réduite à la pensée des affaires et du Droit, ce que j’appelle, après Max Weber, la « rationalité pratico-formelle ».

 

Dans cette vision du monde, au service de la religion du marché, l’économisme règne en maître, installe des dispositifs d’évaluation qui réduisent la valeur au prix, la vérité à la conformité.

 

La dérégulation des marchés a transformé les États en fondés de pouvoir des grands Groupes Financiers chargés de la mise sous curatelle technico-financière des peuples et des citoyens.

 

Cette civilisation des mœurs, par le jeu de la mondialisation, enterre les espoirs, les promesses et les valeurs de liberté, d’égalité et de justice du libéralisme philosophique (celui des Lumières, par exemple). Le néolibéralisme est le cercueil des libéralismes qui l’ont précédé. Les valeurs et les principes dont s’inspire le néolibéralisme, comme vision du monde et pratiques sociales, ne font plus recette. Ce néolibéralisme les peuples n’y croient plus, même si le pouvoir des normes, des institutions et des systèmes économiques et juridiques, les contraint encore à le pratiquer. Nous voilà donc contraints à pratiquer une religion du marché à laquelle nous ne croyons plus !

 

Qui peut croire aujourd’hui que la globalisation néolibérale, dont la géopolitique a disloqué des régions entières du monde, dont la civilisation des mœurs a abouti à une mise sous curatelle technico-financière des peuples et des citoyens, puisse se révéler une « vision du monde » émancipatrice et heureuse ?

 

Le néolibéralisme a enterré toutes les promesses du libéralisme philosophique dans la raison humaine, le progrès social, l’autonomie individuelle et la responsabilité morale. Les valeurs de liberté, de justice, et de solidarités nationales et internationales se sont révélées formelles, fallacieuses et hypocrites dans un monde globalisé et fragmenté où 1% des plus riches possèdent autant que le reste de la planète, où le budget des géants du web (GAFA : Google, Amazone, Face Book, Apple) dépasse celui des États, où l’utilitarisme et l’individualisme de masse prévalent sur les valeurs vitales, morales et fraternelles, où tous les jours davantage les citoyens sont prolétarisés et paupérisés matériellement autant que symboliquement.

 

Cette religion du marché accouplée à un système technicien qui contrôle, surveille et normalise les peuples et les citoyens, est l’objet d’une détestation qui, en politique, se manifeste par les bonus accordés aux « antisystème », nourrit les replis identitaires et nationalistes, renoue avec les tentations populistes.

 

Où sont passées les valeurs humanistes ? Promouvoir un « pacte d’humanité » c’est tirer la leçon des propos de Camus, dans ses Éditoriaux de Combat intitulé « Le siècle de la peur », de novembre 1946, après Hiroshima, s’inquiétant que nous n’en venions à perdre « cette éternelle confiance de l’homme, qui lui a toujours fait croire qu’on pouvait tirer d’un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l’humanité. »

 

Ce cri d’alarme et de protestation contre la terreur et le crime légitimé est aujourd’hui plus que jamais d’actualité. Car le langage de l’humanité est celui qu’offre la culture, l’amour, la pédagogie et le soin, pas celui des abstractions économiques et des algorithmes. Le pacte d’humanité pourrait être une réponse à cette « crise de l’homme » annoncée par Camus.

 

Dans un monde trop intelligent, où règne l’intelligence artificielle des objets connectés et des profits réalisés, l’humain est devenu superflu, obsolescent. Les connexions tendent à remplacer le dialogue, la parole et le récit. Les solutions « techniques » et technocratiques, auxquels appartiennent le « pacte de stabilité » et le « pacte de sécurité » (les mesures sécuritaires), consistent à soigner le mal de civilisation par ce qui a participé à le fabriquer.

 

Il faut donc replacer l’homme au cœur des pratiques sociales et politiques, et non le système comme le voulait Taylor, aussi bien dans les métiers que dans les relations entre les humains.

 

La sécurité n’est pas que l’affaire des forces de sécurité, elle est celle du lien social.  Il nous faut restaurer les valeurs humanistes, renouer avec les utopies, retrouver les visions poétiques du monde, à distance des nihilismes contemporains. Faute de quoi, les monstres du terrorisme et des racismes ethniques, identitaires ou religieux qui émergent du clair-obscur de cette crise, auront encore de beaux jours devant eux.

 

A.A:   La France s’apprête à élire dans quelques semaines, un président, dans une conjoncture marquée par la division, la montée de l’extrême droite, la menace terroriste, le Brexit, la précarisation, et les scandales, quelle est votre opinion ?

 

R.G: Tous les événements que vous évoquez sont les symptômes de cette crise de civilisation que je viens d’évoquer. 

 

La-France-s'apprête-à-élire-dans-quelques-semaines

 

Ils sont les monstres qui en émergent, faute d’avoir su prendre les mesures politiques que la situation réclamait. Quelque chose de notre confiance dans l’avenir a été détruit au cours de ces années.

 

La civilisation néolibérale des mœurs a entamé le lien social, compromis les protections sociales de l’État-Providence, corrompu le dialogue au profit du communiqué et de la connexion, empêché le rêve et l’espoir, accru la servitude volontaire et la soumission sociale, sacrifié aux rituels de la société de consommation et de spectacle.

 

Dans un monde d’abstractions financières et d’algorithmes, il est difficile, voire impossible de vivre dans le dialogue et l’amitié. Dans ce désert, dont parle Hannah Arendt, les humains sont voués à l’esseulement et à la désolation. C’est une civilisation des mœurs favorable au ressentiment, à la haine, à la frustration sociale, à l’humiliation, et au désir de revanche.

 

Un monde où la vie humaine est considérée comme futile, où le présent est discordé du passé et de l’avenir, où l’autorité est remplacée par le pouvoir des normes et des procédures, où la fin justifie les moyens, le meurtre et la terreur deviennent légitimes.

 

Les démocraties libérales ne parviennent plus à affronter leurs contradictions autrement que par des contentions techniques et bureaucratiques qui aggravent le mal. Cette panne du politique dans une situation qui réclame un traitement politique de la crise pourrait, comme hier dans l’Allemagne de 1932-1933 observée par Simone Weil, conduire au pire.

 

Dans ce désert les sirènes mensongères de DAESH ou de l’extrême droite, des populismes et des nationalismes font entendre leurs voix, fabriquent des montages spectaculaires, ensorcèlent de manière sectaire les esseulés et abandonniques de la mondialisation.

 

DAESH-ou-de-l’extrême-droite

 

Ces « recruteurs » de sectes font rêver des jeunes qu’ils condamnent au cauchemar ou font croire à des classes moyennes prolétarisées qu’elles vont pouvoir retrouver le lustre d’avant la globalisation.

 

Le plus terrible est que la social-démocratie s’étant discréditée après l’effondrement des pays socialistes, une autoroute s’est ouverte pour le néolibéralisme dont on voit aujourd’hui les effets funestes. Du coup, l’opinion est « déboussolée », elle cherche ailleurs que dans le social-libéralisme une alternative au marxisme et au néolibéralisme. C’est ainsi que les opinions se tournent vers des entités identitaires que l’on croyait à jamais révolues, et dans lesquelles les peuples cherchent à assouvir un besoin de spiritualité politique.

 

A.A: Beaucoup de français appréhendent l’effet Trump, et la dislocation de l’Union Européenne?

 

R.G: Il n’y a pas de fatalité en politique dès lors que la démocratie ne manque pas à sa fonction, qu’elle renoue avec l’audace et se montre à la hauteur de ses ambitions.

 

Trump est un produit de la désolation qui s’installe dans une société de la consommation et du spectacle dès lors qu’elle fait de la peur, du ressentiment, de la haine et de l’humiliation sociales, son fonds de commerce. Hilary Clinton a été battue parce que Bernie Sanders n’a pas gagné les primaires du Parti Démocrate ! Paradoxalement la victoire de Trump, figure obscène et hybride de Mussolini et de Berlusconi, est la revanche d’un populisme (le terme n’est pas péjoratif aux USA) que Bernie Sanders incarnait. C’est un vote contre le système néolibéral qu’Hilary Clinton incarnait. Ne pas oublier que Bill Clinton est un de ceux qui ont converti les Démocrates aux thèses néolibérales défendues essentiellement jusqu’à lui par les conservateurs républicains.

 

L’éclatement de l’Europe serait le prix à payer d’une erreur analysée en 1995 par Pierre Bourdieu : l’unité d’une culture ne peut pas se fonder sur sa monnaie !! Il fallait faire l’Europe de la culture et du social que des européens convaincus comme Victor Hugo ou Stefan Zweig appelaient de leurs vœux, et pas celle des produits financiers. Les peuples risquent maintenant de jeter le bébé de la fraternité européenne avec l’eau du bain salie par le néolibéralisme et le social-libéralisme des institutions de Bruxelles.

 

A.A: Les médias occidentaux sont pointés du doigt, au sujet du conflit syrien, en matière d’informations à sens unique, et sans objectivité, quel est votre avis?

 

R.G: Les médias occidentaux, et surtout français, sont dans les mains des grands patrons des industries culturelles françaises. Une presse n’est libre que si elle est suffisamment indépendante des pouvoirs politiques et financiers.

 

Ce n’est pas le cas aujourd’hui de la France. Du coup, la censure inconsciente et insidieuse opère. C’est moins une censure directe sur le contenu des informations, qu'indirecte sur les conditions de production et de traitement de cette information.

 

Quelques affaires récentes montrent qu’il ne fait pas bon pour un journaliste d’être trop proche des milieux contestataires, mais le plus souvent la censure est inconsciente, elle procède d’un habitus plus ou moins volontaire de complaisance envers les financeurs. Alors, on préfère passer 10 minutes sur la météo que confronter des informations contradictoires.

 

On pénalise aussi le journalisme d’investigation au profit du commentaire de la société du spectacle. Les journalistes sont des professionnels formidables, pour l’essentiel, qui doivent jongler avec des contraintes contradictoires, passer entre Charybde et Scylla.

Concernant le conflit syrien les médias ont subi les propagandes incohérentes des hommes politiques eux-mêmes qui, sans une connaissance approfondie du terrain, se sont imprudemment engagés à vouloir « greffer » la démocratie. La situation est devenue tragique, surtout pour des populations civiles devenues otages, carburant de guerre, matériaux humains d’une géopolitique monstrueuse et sanglante. Les jeunes recherchent sur les réseaux sociaux et les chaînes étrangères les informations qu’ils ne trouvent pas sur nos chaînes nationales. Avec le risque d’être intoxiqués par d’autres propagandes…

 

A.A: Concernant le cas de l’humoriste Dieudonné, comment voyez-vous ces spectacles ?

 

Dieudonné

 

R.G: Dieudonné exploite un vieux fonds de commerce qui a déjà fait la fortune de demi-soldes des industries culturelles : l’antisémitisme populiste, le poujadisme et ses clichés racistes.

 

La Libre Parole, à la fin du XIXe siècle, dirigée par l’antisémite Edouard Drumont, se complaisent à assimiler juifs, traîtres et banquiers. Des chansonniers comme Jules Jouy à Montmartre s’en donnent à cœur joie. Georgius, chansonnier apprécié de la populace antisémite et collaboratrice de Je suis partout, comme de l’intelligentsia des surréalistes, fait un tabac avec la pièce satirique contre Stavisky, juif et escroc, figure de proue de l’antisémitisme.

 

On a le fonds de commerce que l’on peut. Il n’est ni un martyr du conformisme bourgeois, ni un fasciste convaincu. Tout au plus un homme d’affaires qui ne répugne pas à faire du commerce avec les sentiments les plus vulgaires, les ressentiments les plus dangereux, et l’humour le plus ignoble, qu’il s’agisse de l’antisémitisme ou de l’islamophobie.

 

La question la plus sérieuse est de savoir pourquoi ses spectacles attirent un public, de quoi ce public est-il le symptôme dans une société conformiste où le prêt-à-penser des démocraties libérales sert de jugement ?

 

Frontières entre les états. Des ponts au lieu des murs

 

dimanche 5 février 2017 

« Ceux qui nient la liberté à d’autres ne méritent pas la liberté pour eux-mêmes : et sous la domination d’un Dieu juste, Ils ne peuvent pas longtemps la conserver. »

 

Abraham Lincoln, président des Etats-Unis



L’histoire de l’humanité est jalonnée de situations de paix armée de ni guerre ni paix, de crainte de l’Autre et des techniques pour s’accaparer et garder des territoires protégés par des murs réputés infranchissables.

 

« De tout temps, lit-on dans la contribution suivante, les empires ou les Etats ont construit des murs afin d’établir une séparation entre eux-mêmes et une catégorie d’humains qu’ils considèrent comme différente de la leur. Séparer les civilisés des barbares, les nomades des sédentaires, les bons des mauvais, les riches des pauvres, les Blancs des Noirs, les Mongols des Chinois, les Israéliens des Palestiniens,… Bien que ces murs aient presque toujours échoué à atteindre le but qui leur était fixé, cette course à la séparation se poursuit de nos jours et ne semble pas près de s’arrêter. Il semble que ce soit une des caractéristiques des Etats de continuer à construire des dispositifs ayant déjà fait preuve de leur inefficacité. C’est ainsi qu’une partie de l’humanité se retrouve face au mur. » [1]

 

Souvenons-nous aussi d’un mur actuel ; le mur de Shengen. Bien que virtuel, ce mur est probablement le plus grand jamais mis en place,. l’un de ses buts principaux est d’interdire le libre accès aux pays membres par les citoyens de pays extérieurs. Il constitue une entrave flagrante à l’exercice du droit d’asile que tous les pays de l’Union se sont pourtant engagés à respecter en ratifiant la convention de Genève sur les réfugiés. Ce mur virtuel a déjà fait et continue à faire de nombreuses victimes. (…) Le massacre continue… en 2016 5000 personnes ont perdu la vie en mer. » [2]

 

Souvenons-nous de la Grande Muraille de Chine, censée protéger la Chine des envahisseurs, du Lime romain, la version récente est celle des forts de l’armée américaine contre les Indiens. Souvenons-nous de la ligne Morice construite pour empêcher les combattants algériens de se ravitailler en armes. Cette ligne électrifiée et bordée de champs de mines continue encore à faire des victimes 55 ans après l’indépendance de l’Algérie. Citons aussi le mur de la discorde entre miséreux Tunisiens et Libyens, tranchée emplie d’eau salée et surmontée d’une hauteur de sable afin, voué à s’étaler sur 168 kilomètres de frontière commune -, cette zone tuniso-libyenne perméable est censée protéger la Tunisie des djihadistes libyens.

 

La carte du monde des murs séparant les frontières

 

Dans un travail remarquable, les universitaires Elisabeth Vallet et Chaire Raoul-Dandurand de l’université du Québec, à Montréal, ont recensé minutieusement les murs dans le monde ; Nous lisons cette contribution :

 

« Le monde est découpé en frontières représentant les États, mais certaines de ces limites sont matérialisées par des murs dont la longueur totale serait égale à celle de la circonférence de la Terre ! (…) Cette carte ne matérialise pas la longueur des murs en question et leur localisation précise, mais indique les frontières concernées et indique si ces murs sont déjà en place, en cours de construction, ou au stade de simple projet (…) On assiste à un phénomène de re-fermeture des frontières, depuis deux décennies. Il est possible de dresser un portrait multiple en fonction de l’apparence de ces murs, leurs objectifs ainsi que leur efficacité, qui changent selon les pays et les enjeux. Il est possible de citer les matériaux comme le béton, les barbelés électrifiés et le sable, ainsi que les différents dispositifs tels que les miradors, les clôtures, les forces armées et la technologie biométrique.

 

Les objectifs diffèrent également (lutte contre l’immigration, contrebande, opposition territoriale et autres raisons de sécurité). (…) Les anciens murs étaient destinés à faire en sorte que certains conflits ne dégénèrent pas, comme ceux opposant l’Inde au Pakistan, les deux Corées ou encore Chypre et la non reconnue République de Chypre du Nord. Aujourd’hui, les murs tendent à surprotéger les frontières, donc à en faire des « sur-frontières ». (2)

 

Pour Elisabeth Vallet, les murs ne servent à rien puisqu’ils font naître des logiques de transgression, par exemple à la frontière américano-mexicaine, où environ 150 tunnels ont été dénombrés. L’immigration clandestine n’est pas seule actrice dans la zone, puisque les trafiquants ont adopté d’autres logiques : contourner le mur par la mer en sous-marin et par les airs à l’aide de drones. (…) Enfin, construire un mur sur une frontière, c’est également favoriser les organisations criminelles qui profitent de pauvres gens désirant se rendre dans un pays où la vie semble meilleure. Les passeurs seront de plus en plus les représentants de structures criminalisées. » [3]

 

Mythe du mur de Berlin et vrai mur de la Honte en Palestine

 

Dans une ancienne contribution j’avais mis en exergue le deux poids, deux mesures s’agissant de l’appréciation concernant le mur de Berlin et concernant le mur érigé par Israël et défigurant la Palestine. J’écrivais :

 

« « Ich bin in Berliner », « Je suis un Berlinois » s’exclamait J.F. Kennedy venu soutenir les Berlinois au plus fort du blocus : résonne encore dans nos oreilles de naïfs bercés par la doxa occidentale au point que l’on croyait tout ce qu’on nous disait -le « on » symbolisant les médias occidentaux. Nous avons comme pour le cinéma hollywoodien vibré et communié avec ceux que l’on nous présentait comme faibles avec naturellement le « Zorro » redresseur de torts qui fait qu’on applaudissait à la fin des films. Je veux dans cette contribution « déconstruire » le mythe du mur de Berlin et parler d’un vrai mur, celui de la Honte, celui de la force injuste contre le peuple opprimé de Palestine. On aurait pensé alors, propagande aidant, que la libération était synonyme de bonheur. Il n’en fut rien. En 1999, USA Today écrivait « Quand le mur de Berlin est tombé, les Allemands de l’Est se sont imaginé une vie de liberté et d’abondance, où les difficultés auraient disparu. Dix ans plus tard, un remarquable 51% aux élections a fait savoir qu’ils étaient plus heureux sous le communisme. » [4]

 

Pourquoi ne pas parler en effet du « vrai mur de la honte » de plusieurs kilomètres, qui défigure la Jordanie, obligeant chaque matin des milliers de Palestiniens à faire d’énormes détours pour aller travailler chez les colons israéliens, ou pour rentrer le soir ne sachant pas s’ils peuvent ou non passer selon le bon vouloir et les humiliations au quotidien de la part des soldats. Un tollé d’indignation n’a rien pu faire ! Il est vrai que la Cour internationale de justice a déclaré illégal ce mur et a demandé son démantèlement. Peine perdue. Le mur continue d’être peaufiné : les Palestiniens seront « comme des cafards dans un bocal » pour reprendre l’expression appropriée d’un général israélien.. » [5]

 

« Pour rappel, commencé en juin 2002, le Mur de séparation devrait faire plus de 703 kilomètres de long, soit deux fois la longueur des frontières de 1967 avec la Cisjordanie et quatre fois plus long que le mur de Berlin. Le mur atteint à certains endroits 8 mètres de hauteur, plus de deux fois celle du mur de Berlin. Pourtant, l’Avis consultatif de la CIJ édicté le 9 juillet 2004, est on ne peut plus clair : « L’édification du Mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire en territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au Droit international », « Israël est dans l’obligation de mettre un terme aux violations du Droit international dont il est l’auteur ; il est tenu de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur qu’il est en train de construire dans le Territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, de démanteler immédiatement l’ouvrage. » [6]

 

« Dans le même ordre des avanies des Palestiniens, cette fois-ci c’est l’Egypte qui érige. Les sentiments de colère ne cessent de monter contre la barrière métallique qui s’élève entre les territoires palestiniens de la bande de Gaza et les territoires égyptiens. Beaucoup croient que c’est un pas supplémentaire visant à renforcer le blocus imposé sur plus d’un million et demi de Palestiniens emprisonnés chez eux depuis plus de trois ans. (…) Maintenant, le gouvernement construit un « mur d’acier », sous une égide américano-européenne, autour de la bande de Gaza. On a vraiment honte d’apprendre qu’un autre mur de séparation discriminatoire creuse la terre sur nos frontières avec la bande de Gaza, écrit le journal égyptien Al-Dostour. Ce mur installé avec l’aide des Américains et des Israéliens réalisera les mêmes objectifs criminels que le mur de la Cisjordanie : isolement et siège, souffrance et famine. On veut fermer tout espace d’où arrive un peu de nourriture ! Pour rappel, en 2009 la France s’était engagée avec les Américains à asphyxier les Gazaouis pour empêcher la contrebande d’armes en direction de Gaza. Le point 6 de la résolution 1860 du 8 janvier 2009, dix jours avant la fin des combats visait à empêcher les Gazaouis de se procurer des armes pour se battre. » [7]

 

Trump impulse ses projets contre l’immigration : le mur de la discorde

 

Tambour battant, Donald Trump signe des décrets, fidèlement à ses promesses. Il vient d’interdire aux ressortissants de sept pays musulmans l’entrée aux Etats-Unis. Mais pour le moment c’est le mur avec le Mexique qui retient l’attention.

 

« Décidément écrit Sylvain Cypel, l’entrée en fonction de Donald Trump comme ses déclarations à l’emporte-pièce suscitent d’innombrables interrogations. Ainsi, confirmé par le Sénat au poste de secrétaire à la sécurité intérieure (Homeland Security) le 20 janvier, le général John Kelly a déclaré « refuser tout fichage de gens basé sur l’ethnicité ou la religion ». Évoquant le « mur » qu’entend construire Trump tout au long de la frontière mexicaine, il a aussi indiqué qu’« une barrière physique en elle-même ne fera pas l’affaire ». [8]

 

Pourtant, le président américain a signé le décret lançant la construction d’un mur à la frontière mexicaine pour combattre l’immigration illégale. « Je vais construire un grand mur, personne ne construit les murs mieux que moi. » « Une nation sans frontières n’est pas une nation », a-t-il lancé mercredi en présence du nouveau ministre de la Sécurité intérieure, l’ancien général John Kelly.

 

« A partir d’aujourd’hui, les Etats-Unis reprennent le contrôle de leurs frontières. »

 

« C’est sans doute la mesure la plus polémique promise par Donald Trump durant la campagne présidentielle. Le nouveau président des Etats-Unis a martelé, meeting après meeting, qu’il comptait construire un mur de 1 600 kilomètres de long à la frontière mexicaine, pour « endiguer » l’immigration. Et le décret lançant le gigantesque projet a été signé, cinq jours seulement après sa prise de fonctions. Mais cette promesse pose encore de nombreuses questions : le mur sera-t-il vraiment construit ? Qui va le payer ? La construction du mur, « physique » et pas seulement « symbolique », figurait d’ailleurs en tête du programme de Donald Trump : « Construire un mur physique et impénétrable tout au long de la frontière sud, dès le premier jour. » A ceux qui espéraient encore qu’il s’agissait d’une promesse en l’air ou d’un discours rhétorique et symbolique, il faut se résigner. Il n’y a donc plus aucun doute : Donald Trump va construire ce « mur ». [9]

 

Officiellement, Donald Trump se veut intraitable : « Le Mexique paiera pour le mur », affirme-t-il dans son programme. Une affirmation répétée inlassablement lors de ses meetings. Estimé par des experts américains à 25 milliards de dollars (autour de 8 milliards par Donald Trump), le coût de construction de ce mur frontalier devrait finalement être avancé par… les contribuables américains. Mais le Mexique remboursera, rassure Donald Trump. Les économies américaines et mexicaines sont imbriquées, taxer les importations à partir du Mexique, rendra encore plus vulnérables les deux régions frontalières. Le mur qui existe en partie, servira de pompe aspirante de tous les trafics possibles. Aux dernières nouvelles du feuilleton du mur, Trump refuse de recevoir le président mexicain, il l’appelle ensuite au téléphone, la communication a duré une heure et ils ont convenu de ne plus parler du mur dans les entretiens officiels.

 

Réalité des enjeux

 

Dans une appréciation remarquable de la situation du mur, Fernando Buen Abad Domínguez situe la réalité des enjeux. Le travail des émigrés/immigrés déclare-t-il n’est pas un cadeau de l’Empire. Mettons les points sur les « i » : chaque dollar gagné est une accumulation de richesse pour les Yankees qui profitent du travail d’esclave. Les travailleurs paient un prix élevé (pas seulement pour ce que prélèvent les entreprises parasites pour les envois de fonds), mais parce que la majorité des migrants s’échine tous les jours, et doit épargner, bien qu’ils vivent avec toutes les limitations possibles, sous le poids de la distance, de la solitude fréquente, du statut d’« illégal », la marginalisation, le racisme, la peur, la méfiance systématique et la maltraitance coutumière. Et tout cela dans des terres qui ont été volées par l’empire yankee. Cela aussi est rendu visible par le Mur qu’ils veulent financer également avec les envois de fonds des compatriotes. » [10]

 

« Ce Mur est un acte inacceptable et inhumain de provocation. Il contient la menace de tuer et de réprimer des milliers de personnes. C’est un Mur conçu pour accentuer l’injustice subie par les immigrants traités comme ‘illégaux” et c’est un piège pour tous ceux qui, pour survivre, sont à la recherche d’une source quelconque d’ « emploi ». La frontière avec les USA, est une source permanente d’abus, d’exploitation et d’ignominie et le projet de compléter ce Mur est un affront si grand que l’on ne peut pas ne pas se préparer aux conséquences. Ceux qui causent le chômage, qui génèrent la misère prennent maintenant des mesures de « contrôle » pour mettre de « l’ordre » à la frontière. Tout en bénéficiant des envois de fonds, bien sûr ! Ce que le Mur n’arrêtera pas, conclut l’auteur, ce sera la tragédie du chômage, la barbarie de l’humiliation, l’enfer de la faim et la monstruosité de la dépossession. Tout le contraire. Il met en lumière la barbarie, l’aberration et la gifle avalisées par la bourgeoisie, qui ne connaît ni limites ni freins dans la phase prédatrice où se trouve l’Empire. Le Mur est son miroir(…) ». [11]



Toujours ne parlant de frontières elle peut être purement symboliques comme celle qui sépare les deux parties de Chypre. D’un côté de la frontière cypriote grecque nous sommes au XXIe siècle avec toutes les opportunités de l’Union européenne, de l’autre, partie turque, les Cypriotes vivent dans les conditions du XIXe siècle ! Où sont les ponts que nous devons construire pour amener la sérénité ? Il faut bien le dire, nous n’en prenons pas le chemin

 

C’est un fait, le monde va mal, il n’y a jamais eu autant de mur de la discorde, de haine et de rancoeur ! L’attentat tragique de Montréal en est une démonstration, dans cette tragédie, il faut souligner deux choses, d’abord , la cible visée qui semble être des musulmans mais aussi, la position admirable des autorités canadiennes qui ont eu une réaction fortement compassionnelle et surtout avec une forte volonté d’intégration des musulmans qui devraient se sentir canadiens avec un vivre ensemble à inventer tout les jours dans ce pays qui ne crie pas à la haine de l’étranger.

 

Aux Canadiens de toutes origines à se montrer dignes et faire des accommodements raisonnables, la frontière où chacun se sent Canadien et apporte ce faisant son génie et la pleine mesure de son talent à la réussite de ce pays qui à bien des égards peut être un référent notamment par rapport à son voisin frappé espérons le momentanément d’hubris.

 

Professeur Chems Eddine Chitour le 30/01/2017

 

Transmis par Linsay

L’expression

 

[1http://rleb07.free.fr/opinions/murs.html 

[2http://rleb07.free.fr/opinions/murs.html 

[3http://reseauinternational.net/voici-la-carte-du-monde-des-murs-separant-les-frontieres/ 

[4] Chems Eddine Chitour http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mythe-du-mur-de-berlin-et-vrai-mur-64656 

[5] Chems Eddine Chitour http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mythe-du-mur-de-berlin-et-vrai-mur-64656 

[6] Chems Eddine Chitour http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mythe-du-mur-de-berlin-et-vrai-mur-64656 

[7http://www.ism-france.org/analyses/La-colere-monte-contre-le-mur-d-acier-l-Egypte-trahit-Gaza-article-13257 

[8http://orientxxi.info/magazine/musulmans-iran-jerusalem-dissensions-entre-donald-trump-et-ses-futurs-ministres,1674 

[9http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/l-amerique-selon-trump/20170125.OBS4328/5-questions-sur-le-fameux-mur-que-trump-veut-construire-a-la-frontiere-mexicaine.html 

[10http://reseauinternational.net/le-mur-de-trump-une-attaque-symbolique-contre-les-classes-laborieuses/#f9G0v8hMdQTdL8jD.99 

01 février 2017

Chems Eddine Chitour, les murs de la discorde, de la haine, de la rancoeur

 

« C’est un fait, pense Chems Eddine Chitour, le monde va mal, il n’y a jamais eu autant de murs de la discorde, de haine et de rancoeur!  L’attentat  tragique de Montréal  en est une démonstration, dans cette tragédie, il faut souligner deux choses,  d’abord , la cible  visée qui semble être des musulmans  mais aussi, la position admirable des autorités canadiennes qui ont eu une réaction fortement compassionnelle et surtout avec une forte volonté  d’intégration des musulmans qui devraient se sentir canadiens avec un vivre ensemble à  inventer tout les jours dans ce pays qui ne crie pas à la haine de l’étranger. Aux Canadiens de toutes origines à se montrer dignes et faire des accommodements raisonnables, la frontière où chacun se sent Canadien et apporte ce faisant son génie et la pleine mesure de son talent à la réussite de ce pays  qui à bien des égards peut être un référent notamment par rapport à son voisin  frappé espérons le momentanément d’hubris... »

 

Reprenons avec Chems Eddine Chitour...

 

Michel Peyret


Frontières entre les états. Des ponts au lieu des murs

 

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 30 janvier 2017

Frontiere-Mexique-USA

 « Ceux qui nient la liberté à d’autres ne méritent pas la liberté pour eux-mêmes: et sous la domination d’un Dieu juste, Ils  ne peuvent pas longtemps la conserver. »

 

Abraham Lincoln, président des Etats-Unis

 

L’histoire de l’humanité est jalonnée de situations de paix armée, de ni guerre ni paix, de crainte de l’Autre et des techniques pour s’accaparer et garder des territoires protégés par des murs réputés infranchissables.

 

« De tout temps, lit-on dans la contribution suivante, les empires ou les Etats ont construit des murs afin d’établir une séparation entre eux-mêmes et une catégorie d’humains qu’ils considèrent comme différente de la leur. Séparer les civilisés des barbares, les nomades des sédentaires, les bons des mauvais, les riches des pauvres, les Blancs des Noirs, les Mongols des Chinois, les Israéliens des Palestiniens,… Bien que ces murs aient presque toujours échoué à atteindre le but qui leur était fixé, cette course à la séparation se poursuit de nos jours et ne semble pas près de s’arrêter. Il semble que ce soit une des caractéristiques des Etats de continuer à construire des dispositifs ayant déjà fait preuve de leur inefficacité. C’est ainsi qu’une partie de l’humanité se retrouve face au mur. » (1)

 

Souvenons-nous aussi d’un mur actuel; le mur de Shengen. Bien que virtuel, ce mur est probablement le plus grand jamais mis en place,. l’un de ses buts principaux est d’interdire le libre accès aux pays membres par les citoyens de pays extérieurs. Il constitue une entrave flagrante à l’exercice du droit d’asile que tous les pays de l’Union se sont pourtant engagés à respecter en ratifiant la convention de Genève sur les réfugiés. Ce mur virtuel a déjà fait et continue à faire de nombreuses victimes. (…) Le massacre continue… en 2016 5000 personnes ont perdu la vie en mer. » (1)

 

Souvenons-nous de la Grande Muraille de Chine, censée protéger la Chine des envahisseurs, du Lime romain, la version récente est celle des forts de l’armée américaine contre les Indiens. Souvenons-nous de la ligne Morice construite pour empêcher les combattants algériens de se ravitailler en armes. Cette ligne électrifiée et bordée de champs de mines continue encore à faire des victimes 55 ans après l’indépendance de l’Algérie. Citons aussi le mur de la discorde entre miséreux Tunisiens et Libyens, tranchée emplie d’eau salée et surmontée d’une hauteur de sable afin, voué à s’étaler sur 168 kilomètres de frontière commune -, cette zone tuniso-libyenne perméable est censée protéger la Tunisie des djihadistes libyens.

 

La carte du monde des murs séparant les frontières

 

Dans un travail remarquable, les universitaires Elisabeth Vallet et Chaire Raoul-Dandurand de l’université du Québec, à Montréal, ont recensé minutieusement les murs dans le monde; Nous lisons cette contribution:

 

« Le monde est découpé en frontières représentant les États, mais certaines de ces limites sont matérialisées par des murs dont la longueur totale serait égale à celle de la circonférence de la Terre! (…) Cette carte ne matérialise pas la longueur des murs en question et leur localisation précise, mais indique les frontières concernées et indique si ces murs sont déjà en place, en cours de construction, ou au stade de simple projet (…) On assiste à un phénomène de re-fermeture des frontières, depuis deux décennies. Il est possible de dresser un portrait multiple en fonction de l’apparence de ces murs, leurs objectifs ainsi que leur efficacité, qui changent selon les pays et les enjeux. Il est possible de citer les matériaux comme le béton, les barbelés électrifiés et le sable, ainsi que les différents dispositifs tels que les miradors, les clôtures, les forces armées et la technologie biométrique. Les objectifs diffèrent également (lutte contre l’immigration, contrebande, opposition territoriale et autres raisons de sécurité). (…) Les anciens murs étaient destinés à faire en sorte que certains conflits ne dégénèrent pas, comme ceux opposant l’Inde au Pakistan, les deux Corées ou encore Chypre et la non reconnue République de Chypre du Nord. Aujourd’hui, les murs tendent à surprotéger les frontières, donc à en faire des « sur-frontières ». (2)

 

Pour Elisabeth Vallet, les murs ne servent à rien puisqu’ils font naître des logiques de transgression, par exemple à la frontière américano-mexicaine, où environ 150 tunnels ont été dénombrés. L’immigration clandestine n’est pas seule actrice dans la zone, puisque les trafiquants ont adopté d’autres logiques: contourner le mur par la mer en sous-marin et par les airs à l’aide de drones. (…) Enfin, construire un mur sur une frontière, c’est également favoriser les organisations criminelles qui profitent de pauvres gens désirant se rendre dans un pays où la vie semble meilleure. Les passeurs seront de plus en plus les représentants de structures criminalisées.» (2)

 

Mythe du mur de Berlin et vrai mur de la Honte en Palestine

 

Dans une ancienne contribution j’avais mis en exergue le deux poids, deux mesures s’agissant de l’appréciation concernant le mur de Berlin et concernant le mur érigé par Israël et défigurant la Palestine. J’écrivais:

 

« « Ich bin in Berliner », « Je suis un Berlinois » s’exclamait J.F. Kennedy venu soutenir les Berlinois au plus fort du blocus: résonne encore dans nos oreilles de naïfs bercés par la doxa occidentale au point que l’on croyait tout ce qu’on nous disait -le «on» symbolisant les médias occidentaux. Nous avons comme pour le cinéma hollywoodien vibré et communié avec ceux que l’on nous présentait comme faibles avec naturellement le « Zorro » redresseur de torts qui fait qu’on applaudissait à la fin des films. Je veux dans cette contribution « déconstruire » le mythe du mur de Berlin et parler d’un vrai mur, celui de la Honte, celui de la force injuste contre le peuple opprimé de Palestine. On aurait pensé alors, propagande aidant, que la libération était synonyme de bonheur. Il n’en fut rien. En 1999, USA Today écrivait « Quand le mur de Berlin est tombé, les Allemands de l’Est se sont imaginé une vie de liberté et d’abondance, où les difficultés auraient disparu. Dix ans plus tard, un remarquable 51% aux élections a fait savoir qu’ils étaient plus heureux sous le communisme. » (3)

 

Pourquoi ne pas parler en effet du «vrai mur de la honte» de plusieurs kilomètres, qui défigure la Jordanie, obligeant chaque matin des milliers de Palestiniens à faire d’énormes détours pour aller travailler chez les colons israéliens, ou pour rentrer le soir ne sachant pas s’ils peuvent ou non passer selon le bon vouloir et les humiliations au quotidien de la part des soldats. Un tollé d’indignation n’a rien pu faire! Il est vrai que la Cour internationale de justice a déclaré illégal ce mur et a demandé son démantèlement. Peine perdue. Le mur continue d’être peaufiné: les Palestiniens seront «comme des cafards dans un bocal» pour reprendre l’expression appropriée d’un général israélien.. » (3)

 

« Pour rappel, commencé en juin 2002, le Mur de séparation devrait faire plus de 703 kilomètres de long, soit deux fois la longueur des frontières de 1967 avec la Cisjordanie et quatre fois plus long que le mur de Berlin. Le mur atteint à certains endroits 8 mètres de hauteur, plus de deux fois celle du mur de Berlin. Pourtant, l’Avis consultatif de la CIJ édicté le 9 juillet 2004, est on ne peut plus clair: «L’édification du Mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire en territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au Droit international», «Israël est dans l’obligation de mettre un terme aux violations du Droit international dont il est l’auteur; il est tenu de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur qu’il est en train de construire dans le Territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, de démanteler immédiatement l’ouvrage.» (3)

 

« Dans le même ordre des avanies des Palestiniens, cette fois-ci c’est l’Egypte qui érige. Les sentiments de colère ne cessent de monter contre la barrière métallique qui s’élève entre les territoires palestiniens de la bande de Gaza et les territoires égyptiens. Beaucoup croient que c’est un pas supplémentaire visant à renforcer le blocus imposé sur plus d’un million et demi de Palestiniens emprisonnés chez eux depuis plus de trois ans. (…) Maintenant, le gouvernement construit un « mur d’acier », sous une égide américano-européenne, autour de la bande de Gaza. On a vraiment honte d’apprendre qu’un autre mur de séparation discriminatoire creuse la terre sur nos frontières avec la bande de Gaza, écrit le journal égyptien Al-Dostour. Ce mur installé avec l’aide des Américains et des Israéliens réalisera les mêmes objectifs criminels que le mur de la Cisjordanie: isolement et siège, souffrance et famine. On veut fermer tout espace d’où arrive un peu de nourriture! Pour rappel, en 2009 la France s’était engagée avec les Américains à asphyxier les Gazaouis pour empêcher la contrebande d’armes en direction de Gaza. Le point 6 de la résolution 1860 du 8 janvier 2009, dix jours avant la fin des combats visait à empêcher les Gazaouis de se procurer des armes pour se battre.» (4)

 

Trump impulse ses projets contre l’immigration: le mur de la discorde

 

Tambour battant, Donald Trump signe des décrets, fidèlement à ses promesses. Il vient d’interdire aux ressortissants de sept pays musulmans l’entrée aux Etats-Unis. Mais pour le moment c’est le mur avec le Mexique qui retient l’attention.

 

«Décidément écrit Sylvain Cypel, l’entrée en fonction de Donald Trump comme ses déclarations à l’emporte-pièce suscitent d’innombrables interrogations. Ainsi, confirmé par le Sénat au poste de secrétaire à la sécurité intérieure (Homeland Security) le 20 janvier, le général John Kelly a déclaré «refuser tout fichage de gens basé sur l’ethnicité ou la religion». Évoquant le «mur» qu’entend construire Trump tout au long de la frontière mexicaine, il a aussi indiqué qu’«une barrière physique en elle-même ne fera pas l’affaire». (5)

 

Pourtant, le président américain a signé le décret lançant la construction d’un mur à la frontière mexicaine pour combattre l’immigration illégale. « Je vais construire un grand mur, personne ne construit les murs mieux que moi. » « Une nation sans frontières n’est pas une nation », a-t-il lancé mercredi en présence du nouveau ministre de la Sécurité intérieure, l’ancien général John Kelly.

 

« A partir d’aujourd’hui, les Etats-Unis reprennent le contrôle de leurs frontières. »

 

« C’est sans doute la mesure la plus polémique promise par Donald Trump durant la campagne présidentielle. Le nouveau président des Etats-Unis a martelé, meeting après meeting, qu’il comptait construire un mur de 1 600 kilomètres de long à la frontière mexicaine, pour «endiguer» l’immigration. Et le décret lançant le gigantesque projet a été signé, cinq jours seulement après sa prise de fonctions. Mais cette promesse pose encore de nombreuses questions: le mur sera-t-il vraiment construit? Qui va le payer? La construction du mur, «physique» et pas seulement « symbolique », figurait d’ailleurs en tête du programme de Donald Trump: «Construire un mur physique et impénétrable tout au long de la frontière sud, dès le premier jour. » A ceux qui espéraient encore qu’il s’agissait d’une promesse en l’air ou d’un discours rhétorique et symbolique, il faut se résigner. Il n’y a donc plus aucun doute: Donald Trump va construire ce « mur ». (6)

 

Officiellement, Donald Trump se veut intraitable: «Le Mexique paiera pour le mur», affirme-t-il dans son programme. Une affirmation répétée inlassablement lors de ses meetings. Estimé par des experts américains à 25 milliards de dollars (autour de 8 milliards par Donald Trump), le coût de construction de ce mur frontalier devrait finalement être avancé par… les contribuables américains. Mais le Mexique remboursera, rassure Donald Trump. Les économies américaines et mexicaines sont imbriquées, taxer les importations à partir du Mexique, rendra encore plus vulnérables les deux régions frontalières. Le mur qui existe en partie, servira de pompe aspirante de tous les trafics possibles. Aux dernières nouvelles du feuilleton du mur, Trump refuse de recevoir le président mexicain, il l’appelle ensuite au téléphone, la communication a duré une heure et ils ont convenu de ne plus parler du mur dans les entretiens officiels.

 

Réalité des enjeux 

 

Dans une appréciation remarquable de la situation du mur, Fernando Buen Abad Domínguez situe la réalité des enjeux. Le travail des émigrés/immigrés déclare-t-il n’est pas un cadeau de l’Empire. Mettons les points sur les «i»: chaque dollar gagné est une accumulation de richesse pour les Yankees qui profitent du travail d’esclave. Les travailleurs paient un prix élevé (pas seulement pour ce que prélèvent les entreprises parasites pour les envois de fonds), mais parce que la majorité des migrants s’échine tous les jours, et doit épargner, bien qu’ils vivent avec toutes les limitations possibles, sous le poids de la distance, de la solitude fréquente, du statut d’«illégal», la marginalisation, le racisme, la peur, la méfiance systématique et la maltraitance coutumière. Et tout cela dans des terres qui ont été volées par l’empire yankee. Cela aussi est rendu visible par le Mur qu’ils veulent financer également avec les envois de fonds des compatriotes.» (7)

 

 « Ce Mur est un acte inacceptable et inhumain de provocation. Il contient la menace de tuer et de réprimer des milliers de personnes. C’est un Mur conçu pour accentuer l’injustice subie par les immigrants traités comme ‘illégaux” et c’est un piège pour tous ceux qui, pour survivre, sont à la recherche d’une source quelconque d’ «emploi». La frontière avec les USA, est une source permanente d’abus, d’exploitation et d’ignominie et le projet de compléter ce Mur est un affront si grand que l’on ne peut pas ne pas se préparer aux conséquences. Ceux qui causent le chômage, qui génèrent la misère prennent maintenant des mesures de «contrôle» pour mettre de «l’ordre» à la frontière. Tout en bénéficiant des envois de fonds, bien sûr! Ce que le Mur n’arrêtera pas, conclut l’auteur, ce sera la tragédie du chômage, la barbarie de l’humiliation, l’enfer de la faim et la monstruosité de la dépossession. Tout le contraire. Il met en lumière la barbarie, l’aberration et la gifle avalisées par la bourgeoisie, qui ne connaît ni limites ni freins dans la phase prédatrice où se trouve l’Empire. Le Mur est son miroir(…) ». (7)

 

Toujours ne parlant de frontières elle peut être purement symboliques comme celle qui sépare les deux parties de Chypre. D’un côté de la frontière cypriote grecque nous sommes au XXIe siècle avec toutes les opportunités de l’Union européenne, de l’autre, partie turque, les Cypriotes vivent dans les conditions du XIXe siècle! Où sont les ponts que nous devons construire pour amener la sérénité? Il faut bien le dire, nous n’en prenons pas le chemin

 

C’est un fait, le monde va mal, il n’y a jamais eu autant de mur de la discorde, de haine et de rancoeur! L’attentat  tragique de Montréal  en est une démonstration, dans cette tragédie, il faut souligner deux choses,  d’abord , la cible  visée qui semble être des musulmans  mais aussi, la position admirable des autorités canadiennes qui ont eu une réaction fortement compassionnelle et surtout avec une forte volonté  d’intégration des musulmans qui devraient se sentir canadiens avec un vivre ensemble à  inventer tout les jours dans ce pays qui ne crie pas à la haine de l’étranger.

 

Aux Canadiens de toutes origines à se montrer dignes et faire des accommodements raisonnables, la frontière où chacun se sent Canadien et apporte ce faisant son génie et la pleine mesure de son talent à la réussite de ce pays  qui à bien des égards peut être un référent notamment par rapport à son voisin  frappé espérons le momentanément d’hubris.

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

1. http://rleb07.free.fr/opinions/murs.html

2. http://reseauinternational.net/voici-la-carte-du-monde-des-murs-separant-les-frontieres/

3. Chems Eddine Chitourhttp://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mythe-du-mur-de-berlin-et-vrai-mur-64656

4. http://www.ism-france.org/analyses/La-colere-monte-contre-le-mur-d-acier-l-Egypte-trahit-Gaza-article-13257

5. http://orientxxi.info/magazine/musulmans-iran-jerusalem-dissensions-entre-donald-trump-et-ses-futurs-ministres,1674

6. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/l-amerique-selon-trump/20170125.OBS4328/5-questions-sur-le-fameux-mur-que-trump-veut-construire-a-la-frontiere-mexicaine.html

7. http://reseauinternational.net/le-mur-de-trump-une-attaque-symbolique-contre-les-classes-laborieuses/#f9G0v8hMdQTdL8jD.99

 

Article de reference:

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/259365-des-ponts-au-lieu-des-murs.html

 

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

 

Copyright © Chems Eddine Chitour, Mondialisation.ca, 2017

Posté par Michel Peyret

Pouvoir et opposition en Algérie : vers une transition prolongée ?

 

30 Janvier 2017

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https://anneemaghreb.revues.org/535

Pouvoir et opposition en Algérie : vers une transition prolongée ?

Louisa Dris-Aït Hamadouche et Yahia H. Zoubir

p. 111-127

 

Résumés

Dans le système politique algérien, l’opposition organisée et structurée demeure soumise aux évolutions, blocages, avancées et reculs du régime politique en place. L’ouverture amorcée entre 1989 et 1991 a permis l’émergence d’une opposition plurielle et dynamique, s’exprimant à travers une soixantaine de « formations à caractères politiques » et des dizaines de journaux privés et publics. Sur le terrain, les débats politiques souvent intenses et contradictoires sont relayés par des manifestations et des rassemblements permettant de prendre le pouls de la rue. Cependant, le radicalisme islamiste et l’explosion de la violence terroriste ont donné aux gouvernants la possibilité de revenir sur les avancées réalisées. Au nom d’une sécurité, l’opposition a vu sa marge de manœuvre réduite. Les activités concrètes des partis sont limitées et le débat politique se résume à une dichotomie réductrice de type « dialoguiste » contre « éradicateur ». En définitive, ce sont les émeutes ponctuelles et régulières qui sont révélatrices de la forme et de l’ampleur de la contestation. Enfermée dans un système hybride, l’Algérie est tombée dans la trappe de la transition permanente.

 

Entrées d’index

Plan

De la libéralisation au blocage de la transition

La transition permanente ou l’opposition sous contrôle

Des acteurs institutionnels déficients

Élections et oppositions au sein du régime

Les voix de la discorde : les médias et la rue

Pluralisme médiatique

La contestation par l’émeute

Conclusion

 

Texte intégral

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Yahia H. Zoubir, « Stalled Democratization of an Authoritarian Regime : The Case of Algeria », Demo (…)

 

Ahmed Benbitour, « Pays riche/Peuple pauvre : aux sources du paradoxe algérien », El Watan, 19/11/2 (…)

 

La problématique de la transition politique s’est imposée en Algérie aux lendemains des émeutes d’octobre 1988. Le régime, qui était alors soumis à de fortes tensions internes provoquées par la crise de son modèle économique et du projet de société, mis en place au lendemain de l’Indépendance, a été dépassé par l’ampleur politique de ces événements et s’est vu contraint d’introduire des réformes : libéralisation de la presse, reconnaissance des partis politiques, tenue d’élections pluralistes. Cependant, la montée en puissance d’une nouvelle force d’opposition, le Front islamique du salut (FIS), l’affaiblissement du Front de libération nationale (FLN) et l’atomisation du reste du champ partisan ont montré l’incertitude introduit dans le jeu démocratique quand ce dernier n’est pas le fruit d’un pacte entre les forces en présence (Rustow, 1970 ; Linz and Stepan, 1996), c’est-à-dire quand les gouvernants les plus « durs » du régime antérieur acceptent la possibilité de l’alternance. L’interruption de l’expérience démocratique en janvier 1992 est la conséquence, d’une part, d’une fuite en avant des gagnants (le FIS) et des perdants de la transition (le FLN), et, d’autre part, de la montée en visibilité des intérêts et du pouvoir menacés de l’état-major de l’armée1. Les cinq années qui ont suivi l’arrêt du processus électoral ont été marquées par la violence politique. Les gouvernants à partir de la fin 1995 pour sortir de l’impasse de la violence ont mis en œuvre une normalisation institutionnelle. Depuis lors, le régime oscille entre autoritarisme et formes fragiles de démocratie. La période de transition dans laquelle l’Algérie semble engagée pourrait se prolonger. En effet, le régime politique algérien ne relève ni de la démocratie, ni de l’autoritarisme classique. L’économie, quant à elle, n’est plus administrée en fonction des règles d’un système planifiée, mais elle n’obéit pas à toutes les règles de l’économie de marché. D’une certaine façon, l’Algérie est prise dans la trappe de la « transition permanente2 » ?

 

Toutefois, la récurrence des considérations sur la transition démocratique semble plus propice à entretenir les amalgames et à alimenter les discours politiciens qu’à expliquer les mécanismes de fonctionnement et de perpétuation du régime politique algérien. Celui-ci évolue sans réellement changer et sa dynamique conduit à se demander comment il parvient à s’adapter aux pressions qui s’exercent sur lui et à les intérioriser dans une paradoxale dynamique de pérennisation.

 

De la libéralisation au blocage de la transition

 

3 En tant que processus dont la réussite et l’efficacité se révèlent au fil du temps, la démocratisation peut s’appréhender à travers quelques signaux. Aussi faibles soient-ils, ils traduisent l’existence d’un courant d’opposition et peuvent être annonciateurs de changements significatifs.

 

Un courant réformiste au sein du FLN avait commencé à se développer dans les années 1980 avec pour(…)

 

4 http://64.233.183.104/search ?q =cache :Gmf360FxhHUJ :archives.univ-lyon2.fr/281/2/contexte_eco.pd (…)

 

La révolte d’octobre 1988 reste empreinte d’une très forte charge symbolique. Pour beaucoup, cette date est un tournant dans l’histoire du système politique algérien. Au-delà de la contestation populaire et de l’adoption d’une Constitution instituant le pluralisme syndical et politique, les espoirs suscités par cette période l’ont été surtout par le gouvernement dirigé par Mouloud Hamrouche (septembre 1989-juin 1991)3. Il est, encore aujourd’hui, considéré comme celui qui a ouvert le plus d’espaces de libertés dans l’Algérie indépendante. Succédant à Kasdi Merbah, ancien chef des services de renseignements, plusieurs fois ministre puis Premier ministre, Mouloud Hamrouche s’est lancé dans une politique d’ouverture politique et économique tous azimuts : il fait adopter une loi sur la monnaie et le crédit, pièce centrale de la gestion de l’économie et tente de mettre fin aux taux de change administrés (le dinar commence à être dévalué)4. Dans le domaine agricole, les grands domaines socialistes sont progressivement privatisés et une grande partie des terres nationalisées est restituée à leurs anciens propriétaires. Il cherche également à mettre fin au centralisme administratif à l’intérieur et à promouvoir l’insertion de l’économie algérienne dans l’économie mondiale.

 

Sur les changements survenus au lendemain des événements de 1988, voir, Yahia H. Zoubir, « Stalled (…)

 

Voir, Jean-Jacques Lavenue, « Le FIS et la Constitution algérienne », Praxis Juridique et Religion, (…)

 

7 Madjid Benchikh, « L’organisation du système politique », Dossier n° 13, mai 2004, http://www.alger (…)

 

Selon des sources bien informées, des généraux auraient susurré à l’oreille d’Abassi Madani : « sec (…)

 

5 Sur le plan politique, il autorise la presse privée et ouvre totalement les médias publics. Pour la première fois, la télévision accueille des débats politiques riches, libres, contradictoires et sans langue de bois. Il encourage également la formation des partis politiques5. Certains, comme le Front islamique du salut, se créent en contradiction avec les termes de la Constitution de 1989 qui interdit l’existence d’associations à caractère politique sur des bases religieuses6. Il minimise d’ailleurs la portée de la victoire du FIS lors des élections locales de juin 1990, la considérant comme un vote sanction ponctuel contre le FLN qu’il s’emploie à rénover. Il prend une mesure qui lui procure beaucoup d’ennemis au sein de l’ancien parti-État : faire élire les candidats FLN aux législatives par leur section, coupant ainsi l’herbe sous les pieds des barons du parti qui n’ont aucune base électorale. Entretemps, le FIS qui a lancé sa grève générale en mai 1991 voit son mouvement s’essouffler. À la surprise générale, l’armée a lancé une offensive contre les manifestants. La version officielle justifie cette intervention en affirmant que la grève du FIS était en train de tourner à l’insurrection, menaçant gravement l’ordre public. Une autre hypothèse très souvent évoquée : cette intervention est la conséquence de la tentative de remise en cause des rapports de forces internes au régime par Mouloud Hamrouche. En mettant en jeu « les équilibres considérés comme fondamentaux par le Commandement militaire », le chef du gouvernement a poussé les militaires à intervenir7. Par ailleurs, certains ont formulé l’hypothèse selon laquelle des hauts gradés, opposés à l’islam politique, auraient encouragé le leader du FIS Abassi Madani à se saisir du pouvoir afin de disposer d’un prétexte pour intervenir et éliminer le parti islamiste, seule organisation capable de se substituer au FLN et détruire le système mis en place depuis l’indépendance8.

 

6 Finalement, les conservateurs du FLN et le FIS obtiennent ce qu’ils cherchent, i.e. la chute du gouvernement Hamrouche et le report des élections législatives. Mouloud Hamrouche va ensuite entrer dans l’opposition et dénoncer l’arrêt du processus électoral de janvier 1992. En compagnie d’Abdelhamid Mehri, il prône une solution politique et souhaite refonder le FLN. Mais son message reste lettre morte et la parenthèse démocratique se referme.

 

 La transition permanente ou l’opposition sous contrôle

 

7 La transition en Algérie est largement bloquée. Il serait pratique d’accuser les détenteurs du pouvoir de vouloir maintenir leurs acquis et de réprimer par la force les changements démocratiques portés par l’opposition. La situation est plus complexe car le statu quo est la conséquence d’une conjonction d’acteurs et d’intérêts.

 

 Des acteurs institutionnels déficients

 

Les partis politiques sont frappés de discrédit. Les résultats électoraux en sont le symptôme : en effet, la participation aux diverses élections est extrêmement faible. Malgré leurs différences apparentes, les partis politiques ne mobilisent plus les électeurs. Les appels spontanés à la révolte portent beaucoup plus haut et plus fort que les discours bien pensants tenus par les dirigeants politiques lors des campagnes électorales.

 

Pour commencer les mouvements politiques donnent l’impression d’avoir une existence végétative, seulement interrompue à intervalle régulier par la perspective d’une échéance électorale :

 

9 At-Umezyan H., « Les partis de l’opposition démocratique. Réalité, discours et espérance », El Wata (…)

« n’ayant plus de structures de base opérationnelles en dehors des élections, les partis politiques sont devenus des clubs où accourent les opportunistes de tout poil à l’occasion de chaque consultation électorale propulsant à la gestion des collectivités locales (APC) des militants sans culture politique et sans véritable engagement, produisant des gestions décevantes, voire aussi catastrophiques que celle, tant décriée, des représentants du pouvoir (FLN, RND, islamistes)9. »

 

10 Sur ce point, voir Giacomo Luciani, « Economic Foundations of Democracy and Authoritarianism in the (…)

 

11 Samir Allam, « Algérie : après ceux des députés, les salaires des ministres et des walis revus en f (…)

 

10 La quête d’une parcelle de pouvoir, apparaît comme l’unique objectif des partis algériens de l’opposition, ce qui finit par les discréditer aux yeux de l’opinion publique. Elle ne vise pas à se substituer au pouvoir en place à travers un combat militant. Il s’agit plutôt de jouer le jeu des gouvernants afin d’accéder à de hautes fonctions, voire à des portefeuilles ministériels quitte à se compromettre. Les acteurs de ce jeu bénéficient de gratifications matérielles non négligeables dans la mesure où l’indemnité mensuelle d’un député est d’environ 300 000 dinars algériens (soit 3 300 euros dont 20 % sont reversés au parti). Les revenus tirés de la rente permettent de créer, sinon du lien politique, du moins des allégeances10. L’augmentation médiatique et substantielle (300 %) des indemnités des parlementaires en septembre 2008 est assimilable à une forme de clientélisme d’État11.

 

11 Les différents courants politiques sont ainsi largement discrédités. Les partis qui se réclament de l’islamisme n’y échappent pas. Toutes formations confondues, les islamistes ont perdu 77 députés par rapport à 2002. Peut-on dire que ce résultat électoral signifie que l’islamisme s’essouffle, usé par la violence traumatisante des années 1990 et désabusé par la participation décevante au jeu politique ? La réponse est plus complexe que ne le laisserait supposer ce questionnement.

 

12 Tout d’abord, les élections sont un révélateur des rapports de forces au sein des formations politiques. Le rendez-vous électoral aiguise les appétits, ravive les désaccords et finalement fait exploser les conflits latents. Les mésaventures successives d’Abdallah Djaballah illustrent ce phénomène. Perdant tour à tour Nahda et El Islah (Mouvement du renouveau national), il se retrouve, en 2007, coupé de la vie partisane. Les divisions au sein du Mouvement de la société pour la paix tournent au conflit ouvert, poussant lentement ce parti vers l’éclatement. L’échéance présidentielle de 2009, avec comme toile de fond l’éventuel soutien à apporter au président sortant, a considérablement aggravé les dissensions au sein des différentes formations. Une pléthore d’autres exemples allant du Rassemblement pour la culture et la démocratie au FLN, en passant par le Front des forces socialistes, le Rassemblement national démocratique et le Front national algérien confirme le rôle joué par les processus électoraux dans l’accélération et l’accentuation des divergences internes.

 

12 Yahia H. Zoubir, « Islamist Parties in Algeria », Middle East Affairs Journal, vol. 3, n° 1-2, hive (…)

 

13 Les scrutins se succèdent, montrant les uns après les autres que les adeptes de l’islam politique sont, dans leur pluralité, toujours présents mais peu influents. Ils ont tendance à se transformer en islamistes institutionnels. Ils cautionnent ainsi un régime qui gère son déficit de légitimité et la crise de confiance par la cooptation. Cette stratégie de gestion statu quo n’est pas sans revêtir de risques. En effet, elle donne à penser que seule l’opposition islamiste radicale est susceptible de pouvoir apporter de réels changements. L’histoire récente de l’Algérie montre que seul le FIS a pleinement joué son rôle comme canal de transmission des revendications des citoyens et d’expression de leur ras le bol12.

 

14 Cette stratégie de gestion du statu quo menace de replonger l’Algérie dans le chaos. Dans le même temps, elle se présente comme la garantie d’un moindre mal.

 

13 Le Mouvement démocratique et social (5 députés), le Parti national pour la solidarité et le dévelop (…)

 

15 Les partis politiques sont incapables de mobiliser les électeurs, car ces derniers peinent à percevoir l’utilité des institutions élues. Le parlement, organe représentatif de la souveraineté du peuple, pâtit d’une image extrêmement désavantageuse. Déjà l’Assemblée populaire nationale (APN) issue des législatives de 1997 a été élue avec le plus fort taux d’abstention jamais enregistré jusque là en Algérie ; quant aux élections législatives de 2007, qui ont connu le plus faible taux de participation dans l’histoire de l’Algérie indépendante (35 % officiellement), elles ont débouché sur l’émergence de partis inconnus13. Au total, il est difficile de comprendre comment 30 % des parlementaires ont réussi à se faire élire. En tous cas, ils n’ont pas été élus en raison de leur activité sur le terrain, ni de leur participation aux débats publics.

 

14 On trouve, toutefois quelques, députés du Rassemblement pour la culture et la démocratie qui manife (…)

 

15 Les députés ont successivement voté deux projets de lois sur les hydrocarbures contradictoires en 2 (…)

 

16 Par ailleurs, les prérogatives déjà limitées du parlement sont amoindries par un exécutif fort et des députés faibles. Ceux-ci, qu’ils soient opposants ou non, comme le montrent les images de la télévision publique, se font remarquer par leur absentéisme parlementaire mais aussi par leur suivisme aveugle et leur manque de réactivité14. Les parlementaires acceptent qu’un gouvernement soit nommé sans présenter son programme. Ils votent les lois de finance sans que l’exécutif présente son bilan et parfois adoptent des textes de loi contradictoires15. Ainsi, la révision de la Constitution dont l’objectif principal était de renforcer l’exécutif et surtout de supprimer l’article limitant à deux le nombre de mandats du président de la République, a été approuvée à une majorité écrasante sans débat aucun, ouvrant ainsi la voie à une présidence à vie pour Abdelaziz Bouteflika, à l’instar d’autres dictateurs arabes, notamment en Tunisie, Libye, Syrie, et Égypte.

 

16 Mokrane Ait Ouarabi, « Le 5 Octobre est un règlement de compte politique au détriment de plus de 50 (…)

 

17 Ibid.

 

18 Louisa Dris-Aït Hamadouche, « The 2007 legislative elections in Algeria : political reckonings », M (…)

 

17 Les Algériens ne se sentent pas non plus concernés par les scrutins dits de proximité. Le taux de participation aux élections locales est aussi faible que pour les législatives. La fraude discrédite les processus électoraux. Certains opposants l’évoquent ouvertement. Peu de temps avant la tenue de l’élection présidentielle de 2004, Mouloud Hamrouche constatait que « les mécanismes de fraude [étaient] déjà apparents avant même le coup d’envoi officiel de la campagne électorale ». La hiérarchie militaire avait déjà choisi Bouteflika comme président de la République16. Pour Abdeslam Ali Rachedi, chef du parti non reconnu Assabil, la fraude électorale en tant que « mode d’emploi » fonctionne à plusieurs niveaux puisqu’une fois « les résultats connus, on change alors les chiffres pour les rendre compatibles avec les résultats recherchés par les décideurs17 ». Lors des élections législatives de 2007, plusieurs partis d’opposition (Front des forces socialistes, Mouvement démocratique et social, Islah) ont dénoncé des cas de fraude et ont d’ailleurs été confortés par le rapport préliminaire de la Commission nationale autonome de surveillance des élections. Said Bouchair, son président, avait publiquement, avant de se rétracter, fait référence à des situations de fraude avec bourrage d’urne et interdiction pour les observateurs de rentrer dans certains bureaux. Les médias ont alors estimé que 15 % des urnes avaient été manipulées et que le taux de participation réel ne dépassait pas 20 %18.

 

Élections et oppositions au sein du régime

 

18 Depuis 1997, les élections locale, législative et présidentielle se déroulent à intervalle régulier avec la participation d’un grand nombre de partis politiques et de candidats dits « indépendants ». Les campagnes électorales sont étroitement encadrées par une législation qui en fixe le déroulement et la couverture médiatique. Les partis politiques en lice organisent leurs meetings et placardent leurs affiches. Les premiers résultats, le taux de participation notamment, sont annoncés tard dans la nuit. Les médias publics, surtout radiophoniques, commentent le déroulement des opérations avec les acteurs politiques. Les résultats sont officialisés le lendemain du scrutin lors d’une conférence de presse du ministre de l’Intérieur, généralement tenue au Centre international de presse. Une séance de question-réponse avec les journalistes suit l’annonce des résultats officiels.

 

19 Andreas Schedler, « The Logic of Electoral Authoritarianism », in Andreas Schedler (dir.), Electora (…)

 

20 Ibid., p. 3.

 

19 Sur le plan purement procédural, le processus électoral en Algérie est donc bien rodé. Sur le plan politique, il l’est tout aussi. Ces élections, pourtant pluralistes, ne suscitent que très peu d’inconnues quant aux vainqueurs. Les partis de la coalition présidentielle arrivent sans suspense en tête. L’inconnue, en revanche, concerne les détails chiffrés qui offrent une intéressante grille de lecture pour tenter de décoder l’évolution complexe des rapports de force. En ce qui concerne le régime, le multipartisme ne lui a pas permis de se doter d’une légitimité démocratique, mais il lui a donné la possibilité d’avoir une « démocratie de façade » utile pour son image à l’étranger. Tout comme de nombreux autres pays, Russie ou Égypte par exemple, cette façade institutionnelle de démocratie, qui inclut des élections pluralistes régulières, sert en fait à « dissimuler (et à reproduire) les dures réalités de la gouvernance autoritaire19 ». Mais ces régimes violent systématiquement les principes de la liberté et d’égalité, caractéristiques fondamentales de la démocratie, transformant ainsi les élections en instruments du régime autoritaire20.

 

20 Les élections législatives de 2007 en sont une illustration. Ce scrutin a consacré la victoire du FLN avec 136 sièges et 22,6 % des voix, suivi du Rassemblement national démocratique (RND) avec 61 députés et 10,33 % des bulletins de vote. Le dernier parti de la coalition gouvernementale, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), a, quant à lui, obtenu 52 sièges et 9,64 % des voix. Une comparaison rapide avec le scrutin de 2002 permet de comprendre que, contrairement aux apparences, le vainqueur officiel a essuyé un échec. Une perte évaluée à 63 sièges. Comme dans un système de vase communicant, le RND et le MSP regagnaient chacun 14 députés, par rapport à 2002, tandis que 33 « indépendants » inconnus faisaient leur entrée, accompagnant la percée aussi spectaculaire qu’inattendue du Front national algérien (FNA, 13 députés) et du Parti des travailleurs (PT, 26 députés). L’année 2007 est donc venue rééquilibrer les rapports de force entre le FLN et le RND, sachant que le premier s’était effondré en 1997 et le second en 2002.

 

21 Voir « Les patriotes oubliés de tous en Algérie », L’Expression, 26 juillet 2007.

 

22 Le Quotidien d’Oran, 22 février 2005.

 

23 Amir Nabila, « Ouyahia conjugue le passé au présent », El Watan, 22 février 2005.

 

24 Mourad Aït Oufella, « Le parti d’Ouyahia occupe le terrain », Liberté, 21 décembre 2004.

 

25 Entretiens avec Chérif Dris, enseignant à la Faculté des sciences politiques et chercheur associé a (…)

 

21 La signification politique de ce yoyo électoral se trouve dans la relation complexe et pas toujours lisible entre ces deux acteurs de la scène politique algérienne. Le sens commun veut que le RND soit le prolongement, la copie conforme ou encore le frère jumeau du FLN. Mais cette vision ne nous dit pas pourquoi le RND existe. Certes, le sens commun n’est pas complètement faux, mais il ne reflète pas la réalité dans toute sa complexité. Tout d’abord, le RND a essayé de se démarquer du FLN. Idéologiquement, le RND apparaît plutôt comme un parti éradicateur de l’islamisme radical tandis que le FLN donne une image de « dialoguiste » depuis la première heure. Éradicateur doit être compris dans le contexte algérien comme partisan de l’option sécuritaire, donc répressive des islamistes radicaux violents. Aujourd’hui, le RND apparaît d’ailleurs comme le principal défenseur des droits des Patriotes, ces groupes armés, constitués en 1994 dans le cadre de la lutte antiterroriste, et négligés par la Charte pour la paix et la Réconciliation de 200521. De plus, son secrétaire général et actuel premier ministre, Ahmed Ouyahia, avoue ne pas être complexé par les descriptions qui font de lui un « éradicateur » ou encore « un Laïc »22. Une qualification difficilement imaginable pour un FLN conservateur, et plutôt prompt à mettre en avant les valeurs identitaires. C’est d’ailleurs sur une base principalement religieuse que le FLN a défendu la réconciliation en insistant sur la notion de pardon, rahma en arabe. En 2005, de son côté, Ahmed Ouyahia affirmait haut et fort : « Nous ne pouvons pas déchirer une page importante de notre histoire marquée par 100 000 victimes du terrorisme et 20 milliards de dollars de pertes23. » Pour justifier leur soutien à la réconciliation, les responsables du RND ont du insister sur les bénéfices qu’ils en attendent, à savoir, la stabilité, le développement et les réformes24. Cette stratégie pourrait, concernant le RND, viser à « réconcilier pour mieux éradiquer25 ».

 

Dans ce processus, le pardon accordé aux « repentis » est un stratagème permettant de les neutraliser et non de légitimer à posteriori leurs forfaits.

 

26 Yahia H. Zoubir, « The Painful Transition from Authoritarianism in Algeria », Arab Studies Quarterl (…)

 

22 Par ailleurs, le « jeune » RND s’est voulu représentatif d’une ère nouvelle, celle du multipartisme, du libéralisme et de la souplesse idéologique, face à un FLN définitivement lié à la rigidité doctrinaire et au système du parti unique. Ce dernier a traîné derrière lui l’image d’un parti usé par le pouvoir. Les cuisantes défaites électorales de 1990 et 1991 étaient la conséquence directe de son impopularité et la sanction logique de quatre décennies d’exercice désastreux du pouvoir et de monopole répressif. Les années 1990 sont pour le FLN des années d’effondrement politique, de crise identitaire et d’échecs électoraux. Lors des élections législatives de 1997, le FLN s’est littéralement effondré. Quant à la tentative de retour politique à travers l’appel au dialogue de 1994-1995, elle n’a pas brisé son isolement, mais l’a placé dans une position inédite : celle d’opposant. De plus, les indétrônables dirigeants « dinosaures » du parti ont laissé peu de place aux cadres moyens et aux jeunes militants. In fine, les nouvelles générations ont eu du mal à se reconnaître dans les valeurs révolutionnaires brandies par le vieux parti26 et n’ont pas vraiment pu émerger au sein d’une direction dont l’âge est supérieur à 60 ans. La réaffirmation des valeurs de la révolution algérienne dans la révision constitutionnelle de 2008 n’a pas contribué à rallumer la fougue nationaliste des Algériens, notamment celle des plus jeunes. Le FIS avait d’ailleurs bien compris cette attitude en affirmant que le FLN avait trahi les valeurs de novembre 1954 et que le FIS était le véritable héritier du FLN de la guerre de libération.

 

27 Entretiens avec Mahmoud Belhimer, ancien rédacteur en chef d’El Khabar, et Abdelkrim Ghézali, direc (…)

 

28 Le Jeune Indépendant, 11 mai 2002.

 

23 Au-delà de ces nuances, le RND et le FLN ont un point commun majeur : ils sont tous les deux au service du pouvoir. Les élections de Abdelaziz Bouteflika à la présidence traduisent, mandat après mandat, les rééquilibrages qui ont lieu au sein des cercles décisionnels. Cette situation explique le passage en 1997 d’adhérents du FLN vers le RND. À l’époque, les élections législatives se déroulent dans un contexte marqué par une vacuité partisane et un pouvoir politique détenu par les militaires. Ce vide politique est la conséquence des prises de position du FLN contre l’arrêt du processus électoral et pour l’ouverture d’un dialogue direct avec le FIS27. Le RND a donc été créé par les gouvernants pour remplir ce vide. Aussi, ceux qui ont cru que le FLN était de l’histoire ancienne ont vu dans le RND une opportunité à ne pas rater. Mais au moment de l’élection de Bouteflika à la présidence, les pièces sur l’échiquier politique ont déjà bougé puisque le FLN était revenu sur des positions antérieures à la plate-forme de San ‘Egidio. Les élections législatives de 2002 en sont l’illustration. Dans le cadre d’un système de vases communicants, elles voient le passage de 3 154 membres du RND vers le FLN. Un grand nombre d’élus locaux à Chatt, Drean, Ben-M’hidi, Chebaïta, Besbès, Boutheldja, Cheffia et Bougous ont quitté le RND avec armes et bagages pour rejoindre le FLN28.

 

29 Malek Sohbi, « Ahmed Ouyahia ou la vraie vie… du pouvoir », Libre Algérie, 14-27 février 2000, ht (…)

 

30 Ibid. Il ne fait aucun doute qu’Ouyahia aurait pu être présenté comme candidat à la présidence, mai (…)

 

24 Chacun des deux partis représenterait un « centre de pouvoir » au sein même des élites dirigeantes. Cette hypothèse s’est vue renforcée en 2006, lorsque le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, secrétaire général du RND, a été sèchement remercié. Sa position hostile à la révision de la Constitution permettant la réélection du président a été présentée comme une explication à son éviction et son remplacement par un fidèle du président, le chef du FLN, Abdelaziz Belkhadem. On ne peut comprendre ces évictions et ces retours en grâce indépendamment des luttes de pouvoir au sein des élites dirigeantes algériennes. Le comeback d’Ahmed Ouyahia en 2008 s’explique par le fait qu’il « est le totem phallique de la toute-puissance de l’armée planté dans le jardin d’un président verbeux méritant une leçon29 ». En effet, le secrétaire général du RND occupe une place particulière au sein de l’establishment militaire algérien. Homme lige de l’armée, Ahmed Ouyahia pourrait très bien occuper un jour les plus hautes fonctions de l’État30.

 

Les voix de la discorde : les médias et la rue

 

25 Depuis 1988 le régime a du faire face à deux développements majeurs : des médias indépendants pugnaces malgré toutes les entraves auxquelles ils doivent faire face, en particulier la presse ; des émeutes cycliques à travers l’ensemble du territoire pour exprimer le mécontentement vis-à-vis des dirigeants et des absences de perspectives d’avenir pour les jeunes, notamment.

Pluralisme médiatique

 

26 L’instauration du multipartisme a directement permis l’éclosion d’un très grand nombre de nouveaux acteurs médiatiques (radios et presse écrite). Les radios se sont progressivement développées à un niveau local, donnant ainsi à de nombreuses régions du pays une voix sur des ondes (Alger avec Radio Bahja, Radio Bechar, etc.). Il existe aujourd’hui une quarantaine de radios régionales qui ont survécu à la « normalisation » instaurée par le régime depuis l’arrêt du processus électoral de janvier 1992. À l’instar des partis politiques, le nombre des titres de la presse écrite a littéralement explosé.

 

31 Liberté, 18 octobre 2008

 

32 Michel Camau, La Notion de démocratie dans la pensée des dirigeants maghrébins, Paris, Éditions du (…)

 

27 Plumes aguerries par une longue expérience aussi formatrice que frustrante dans des organes déjà présents pendant le règne du parti unique, jeunes rédacteurs sortis de l’institut de journalisme, ou personnalités ambitieuses devenues patrons de presse par opportunisme se sont saisis de la libéralisation de la presse quotidienne ou hebdomadaire. Les journalistes s’adressent à un public varié et nombreux et couvrent tous les domaines de l’information. Ainsi, en 2009, les Algériens ont à leur disposition 291 titres dont 68 quotidiens qui tirent chaque jour un total de 2,5 millions d’exemplaires31. Jusqu’en 1989-1990, il existait moins d’une dizaine de titres quotidiens et hebdomadaires en arabe et en français. Placés sous le contrôle de la censure du régime, les journaux étaient conçus par des gouvernants populistes comme des instruments visant à éduquer « les masses populaires » et à servir de canaux de « dialogue entre le pouvoir et les citoyens32 ».

 

33 L’existence de plusieurs chaînes n’offre aucun pluralisme puisque la télévision nationale demeure u (…)

 

28 Globalement, les lecteurs recherchent dans les journaux ce qu’ils ne trouvent pas dans les médias audiovisuels publics, et plus particulièrement la télévision33. La presse écrite est très vite apparue comme un canal d’expression relativement libre, malgré les contraintes qui lui sont imposées. Ainsi des débats politiques contradictoires et des critiques timides ou féroces des gouvernements en place ont été publiés dans une presse dominée par les organes privés. Les « luttes de clans » au sommet du pouvoir algérien sont régulièrement et ouvertement abordées. Certains journaux, comme El Watan, ont même envisagé que les attentats terroristes qui ont frappé le siège du Conseil constitutionnel et celui de l’ONU au cœur de la capitale en décembre 2007, soient liés aux clans opposés à la candidature du président Bouteflika pour un troisième mandat. Les résultats annoncés à l’issu des différents scrutins sont souvent mis en doute par des analyses politiques et des enquêtes de terrain. Par ailleurs, en l’absence de presse partisane, les activités et les prises de position des partis politiques sont essentiellement couvertes par les journaux d’information et quasiment totalement ignorées par la télévision. Force est de constater que malgré l’état d’urgence mis en place depuis mars 1992 et les entraves et menaces adressées à certains journaux (procès et emprisonnement de journalistes, interdiction de quelques titres), la presse n’a jamais cessé de publier. Si le régime algérien n’en est pas à une contradiction près, il est vrai que cette liberté de la presse soigne son image à l’extérieur.

 

29 Le paysage médiatique algérien s’est enrichi grâce à la toile et aux médias en ligne. L’accès à Internet s’est considérablement démocratisé en raison de la baisse des coûts de la connexion et de la multiplication des fournisseurs d’accès. Tous les journaux ont d’ailleurs leur site Internet élargissant ainsi leur lectorat quitte à réduire les ventes « papier ».

 

34 Voir le classement de pays comme le Venezuela (113e), le Cameroun (129e), le Maroc (122e), Oman (12 (…)

 

30 Ce pluralisme médiatique ne doit pas occulter les obstacles politiques auxquels il se heurte. Le rapport 2008 de Reporters sans frontières (RSF) classe l’Algérie à une modeste 121e place dans le classement mondial de la liberté de la presse. L’Algérie se trouve ainsi placée dans le groupe des pays dont les gouvernants ont opté pour une ouverture contrôlée du paysage politique et médiatique34. Ce classement est le résultat direct du code de l’information– souvent désigné comme « le code de l’infamie » –, qui permet l’emprisonnement de journalistes, « en violation des standards démocratiques de l’ONU », pour reprendre la formulation de RSF. La censure continue donc de ponctuer la vie médiatique en Algérie à travers des affaires plus ou moins spectaculaires. L’interdiction du dernier ouvrage de Mohammed Benchicou, Journal d’un homme libre, en octobre 2008 (saisi à l’imprimerie sur décision de la ministre de la Culture), en est une illustration. La condamnation le 22 décembre 2008 du directeur et d’une journaliste d’El Watan à 3 mois de prison ferme pour avoir publié un article sur un charlatan, raki (guérisseur-exorciste) prétendant pratiquer la médecine a choqué l’opinion publique. En effet, l’application zélée des amendements répressifs du code pénal de juin 2001 représente sans aucun doute une atteinte à la liberté d’expression. Il est fort plausible que cette décision de la justice ait été commanditée par les pouvoirs publics afin d’intimider les journalistes, alors que la prochaine élection présidentielle devrait consacrer la réélection d’Abdelaziz Bouteflika. En fait, le régime refuse l’existence de tout média totalement autonome pouvant échapper à son contrôle. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi des journaux, comme El Watan, qui sont autonomes sur le plan financier, subissent les pressions de la justice.

 

31 La télévision nationale, monopole étatique, demeure un point noir dans le paysage médiatique de l’Algérie. Malgré les incessantes critiques dénonçant la censure et l’autocensure au sein de la télévision, cet important organe d’information continue de jouer le rôle de porte-parole du gouvernement, principalement de la présidence.

 

La contestation par l’émeute

 

35 Sid-Ahmed Semiane, cité dans Benfodil Mustapha, « Que reste-t-il du 5 Octobre ? » Liberté, 5 octobr (…)

« De l’esprit d’Octobre ne reste que la révolte. Une révolte nue qui est en chacun de nous, elle est chez les jeunes, dans la rue, dans les cafés, dans les stades. Une révolte qu’on ne peut acheter avec les crédits, les facilités de paiements, les machines à laver… Ce qui reste d’Octobre, c’est ça ; c’est juste cette révolte. Le reste, tout le reste, ça a été un échec absolu. Le multipartisme est un échec, la presse, tout35. »

 

36 Étude réalisée par Omar Derras et publiée par la Fondation Friedrich Ebert. Voir Amel Blidi, « Le m (…)

 

37 Ibid.

 

32 Les élections pluralistes en Algérie constituent une expérience relativement courte, comparativement au long règne du parti unique. Comme nous l’avons expliqué plus haut, l’instauration du multipartisme a suscité au départ un très grand enthousiasme au sein de la société civile. En 2003, il existait 66 000 associations dont 900 à caractère national. Le manque d’efficacité ne relève donc pas d’un problème quantitatif. Bien au contraire les associations foisonnent. L’épanouissement d’une société civile se heurte à la faible liberté d’action dont bénéficient ces organisations. Elles font également face à des difficultés d’ordre matériel : le financement est un obstacle majeur pour 32 % des associations tandis que 20 % d’entre elles ont du mal à trouver un local36. Ces considérations matérielles les rendent vulnérables face aux pressions politiques. Pourvoyeurs de budget, les autorités publiques ont pouvoir de vie ou de mort sur les associations et ont réussi à créer une « société civile » factice dépendante du pouvoir. Cette dernière constitue en définitive une extension de l’État à l’instar de ce que pouvaient être des fameuses organisations de masse (unions des femmes, des jeunes, des enfants d’anciens combattants…) qui évoluaient dans l’orbite du FLN-parti unique. En fait, on peut diviser les associations algériennes en trois catégories. Une première assez minoritaire rassemble des organisations de type contestataire et revendicatif considérées par le pouvoir comme politiquement sensibles. La seconde catégorie rassemble des petites associations peu actives qui vivotent en attendant de recevoir des subventions. La dernière comprend ce que les opposants tunisiens nomment par dérision les OVG (organisations vraiment gouvernementales). Elle est de loin la plus visible car elle a été créée ou cooptée par le pouvoir37.

 

33 Deux décennies plus tard, le tissu associatif est marginalisé. Dès lors ni la « société civile » ni les élections jouent leur rôle de transmission des demandes de la population. En revanche, les émeutes se sont multipliées dans l’Algérie profonde.

 

38 Les émeutes ne constituent pas un phénomène nouveau en Algérie et se déroulent de façon périodique. (…)

 

39 El Watan, 19 octobre 2008.

 

40 Le Jeune Indépendant, 7 octobre 2008.

 

34 Les émeutes cycliques38 sont devenues un des canaux principaux de la contestation sociale. Elles éclatent dans les grandes villes comme dans les petites localités, sans distinction. Ponctuelles mais répétitives, elles occasionnent de gros dégâts matériels et parfois font des victimes. En octobre 2008, dans la wilaya d’El Tarf, à l’ouest de l’Algérie, des écoliers et lycéens ont bloqué la route nationale 44, pour protester contre l’absence de transports39. Pendant la même période, une émeute a éclaté à Birtouta, banlieue au sud-est d’Alger, pour une question de passerelle40. Au printemps, les villes de Chlef et de Chettia, où le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale, et des quartiers de Hassi-Messaoud, Tiaret, Laghouat, Ghardaïa, Gdyel, Béchar, Tizi-Ouzou, Oran, Chlef, Arzew, Mascara, Constantine, Annaba, et Ksar El-Boukhari, ont été dévastés par les émeutiers.

 

35 Les violences qui gagnent des villes traditionnellement calmes surprennent. Au printemps 2008, Ghardaïa a sombré dans une vague de violences. Cette ville traditionnellement calme et touristique a connu des affrontements d’une rare violence entre musulmans de rite malékite (majoritaire en Algérie) et Ibadites. Pour la première fois, les médias ont évoqué des affrontements tribaux, ethniques, voire confessionnels. Il s’agit bien d’une escalade dans la longue histoire des émeutes.

 

41 Expression utilisée par la journaliste José Garçon, « Quatre morts à Sidi Aïssa : l’Algérie à l’ère (…)

 

36 Il convient d’analyser la signification de ces émeutes cycliques ou de ces « microrévoltes »41. Peut-on affirmer, à l’instar de l’ancien recteur de l’université d’Alger, le professeur Noureddine Toualbi-Thaâlibi, qu’elles sont « l’expression la moins socialisée de groupes sociaux soumis à une détresse existentielle vécue dans le sentiment de continuité et de fatalité » ? Dans cette perspective, la révolte des émeutiers serait double. D’une part, ils s’insurgent contre une réalité objective, c’est-à-dire la détérioration de leur situation socioéconomique ; d’autre part, ils expriment par la violence le sentiment qu’aucune perspective ne s’offre à eux. C’est une réalité subjective qui n’en est pas moins réelle. Cela dit, l’émeute reste une révolte qui, par définition, traduit plus une position de refus que d’acceptation de la fatalité. En fait la résignation paraît plutôt symbolisée par ces centaines de jeunes qui décident de se jeter dans des embarcations de fortune, les haragas (ceux qui « brulent » les frontières), en sachant qu’ils ont plus de chance de trouver la mort ou la prison qu’une nouvelle vie en Europe. Dans la majorité des cas, cette détérioration des conditions socioéconomiques a un sens particulier. On ne peut la comprendre que par rapport à des situations précises. Elles se cristallisent à propos de l’extrême aisance financière actuelle de l’État, l’apparition d’une nouvelle classe ostentatoirement aisée et l’absence d’équité dans la redistribution des dividendes de la rente liée aux hydrocarbures. Ce sont donc moins les difficultés économiques qui poussent les jeunes à la révolte que le sentiment d’être bafoués dans leurs droits et d’être victimes d’un système fortement inégalitaire fondé sur les privilèges, l’impunité et les passe-droits. Un terme populaire résume tout cela, c’est la hogra que l’on peut traduire approximativement par les termes d’humiliation, d’injustice et d’abus de pouvoir.

 

37 Les violences qui ont gagné le sud du pays ne sont pas étrangères à l’extraordinaire disparité entre le niveau de vie des populations et les richesses du sous-sol algérien. En effet, la partie nord de la wilaya de Ghardaïa n’est distante que de 50 km des puits de pétrole de Hassi R’Mel. La situation économique de Ghardaïa s’est d’ailleurs compliquée depuis qu’elle est devenue un centre d’attraction pour les chercheurs d’emploi des régions rurales de Laghouat et Djelfa. Les émeutes qui ont éclaté à Timimoune (février 2008) et Ouargla (novembre 2007) illustrent le fait que le sud nourricier peine à se nourrir.

 

38 Les émeutes de la commune de Sidi-Aïssa, dans la wilaya de Msila illustrent une autre forme de hogra consécutive aux écarts sociaux et à l’absence de confiance dans les institutions judiciaires du pays. Cette révolte de la jeunesse déclenchée à la suite d’un fait divers a causé la mort de 4 personnes, fait plus d’une soixantaine de blessés (la plupart par balles) et provoqué des dégâts matériels importants (22 véhicules incendiés et un hôtel saccagé). L’étincelle qui a allumé le feu de la révolte est le résultat d’une altercation entre un jeune homme et le fils d’un puissant propriétaire d’hôtel qui l’a renversé avec sa voiture. Ce fait divers a pris une connotation sociale et les jeunes de la commune ont préféré se faire justice eux-mêmes plutôt que d’attendre l’enquête de police ou le jugement du tribunal. Des événements de ce type mettent en lumière la faillite des pouvoirs publics à mettre en place des institutions républicaines et à transmettre aux gouvernés la capacité d’espérer un avenir meilleur.

 

39 Cette explication fait sens mais souffre d’une grave lacune car elle ne met en évidence qu’une partie des responsabilités. En effet, les émeutes ne deviennent un phénomène cyclique, récurrent, et régulier que lorsque tous les canaux pacifiques et institutionnels d’expression sont bouchés et ne transmettent plus les demandes des gouvernés. Les partis politiques, les syndicats, les associations, les comités de quartier sont impuissants, au mieux par incompétence, au pire par complaisance. Par conséquent, ils ne remplissent pas du tout leur fonction d’interface entre la base et le sommet.

 

Conclusion

 

42 Hamou Amirouche, « Algeria’s Islamist Revolution : The People Versus Democracy ? », Middle East Pol (…)

 

43 Ramdane Redjala, L’opposition en Algérie depuis 1962, Tome 1, le PRS-CDBR, le FFS, Paris, L’Harmatt (…)

 

44 Voir, Ghassan Salamé (dir.), Démocraties sans démocrates. Politiques d’ouverture dans le monde arab (…)

 

40 Le multipartisme en Algérie a été conçu par (et dans) le système algérien. Mais pointer du doigt des dirigeants qui, tout en reconnaissant leurs erreurs, refusent l’alternance, suffit-il à expliquer l’immobilisme politique en Algérie ? L’ensemble du système politique est en proie à une crise de confiance qui s’amplifie à chaque consultation. Or, celle-ci n’implique pas les seuls gouvernants, même s’ils en assument une grande responsabilité. Si les campagnes électorales sont boudées, les urnes désertées et les débats politiques sans envergure aucune, est-ce parce que « la nouvelle topographie politique n’a pas établi un système multipartite mais un parti unique pluriel, où prévaut le zaïmisme (le zaïm est le héros, le leader incontesté), et dans lequel les règles démocratiques internes cruciales, comme l’élection du leader, sont absentes »42 ? Ramdane Redjala avait déjà affirmé que « l’avènement d’une démocratie pluraliste en Algérie [dépendrait] beaucoup plus de l’évolution des contradictions internes du régime, des mouvements sociaux qui accélèreront cette évolution que de la capacité des oppositions à l’imposer43 ». Concernant l’Algérie, il est légitime de poser la question de savoir si l’on peut construire une démocratie sans démocrates44. Les partis dits démocrates sont loin de promouvoir un véritable projet de société capable de contrecarrer l’hégémonie du discours nationaliste-islamiste. Ils n’ont même pas su forger une alliance durable qui aurait pu leur donner une plus grande crédibilité aux yeux d’une société qui aspire à surmonter la paralysie engendrée par le système politique mis en place depuis l’indépendance.

 

45 Roberto Michels faisait remarquer, au début du XXe siècle, dans La loi d’airain de l’oligarchie (19 (…)

 

46 Yahia H. Zoubir, « Political Parties in Algeria », in Karam Karam (dir.), Political Parties in the (…)

 

47 Déclaration de Djamel Ferdjallah : « Saadi a perdu ses illusions personnelles, le RCD doit lui surv (…)

 

41 Malgré l’avènement du multipartisme depuis 1989, les partis d’opposition non seulement fonctionnent selon un mode autoritaire, ce qui n’est pas un obstacle en soi45, mais ils n’ont pas pour objectif de conquérir le pouvoir. Ainsi, au lieu de se présenter comme une force d’alternance ayant un projet de société, des modes d’actions politiques renouvelés et un système de valeurs, les partis de l’opposition, se sont adapté aux règles du jeu. À défaut, ils ont disparu de la scène politique46. Les partis dits démocratiques, tels que le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) ou le Front des forces socialistes (FFS), n’ont pas instauré un semblant de démocratie interne. Tout comme les premiers partis d’opposition (Parti pour la révolution socialiste, FFS, Mouvement pour la démocratie en Algérie…), les partis post-1988 ont plus ou moins reproduit le schéma du parti unique. Il n’est donc pas exagéré de décrire le système actuel de « multipartisme fait de plusieurs partis uniques ». L’explication des divisions au sein de ces partis par une manipulation orchestrée par les services secrets n’est guère pertinente. Par exemple, les divisions actuelles au sein du RCD sont dues au refus de certains membres du parti de soutenir la décision de Saïd Saadi de participer à l’élection présidentielle d’avril 200947. Le culte de la personnalité, le blocage de toute relève, et l’exclusion sont les facteurs principaux de ces divisions. Cette situation explique aussi le discrédit dont souffrent ces partis aux yeux de l’électorat et de leurs militants de base. Le régime, quant à lui, a su récupérer ces partis : Le MSP s’est laissé complètement coopter. Le PT flirte – comme le RCD avant lui – avec les sirènes du pouvoir. Nahda puis El Islah se sont brisés de l’intérieur et le FFS prêche presque dans le désert. Aucun parti politique, aucune personnalité publique ne parvient à émerger de façon suffisamment forte pour apparaître comme un challenger sérieux face au dirigeant actuel. En fin de compte, les partis politiques servent d’alibi démocratique au pouvoir. Les gouvernants n’hésitent pas à frauder systématiquement, ce qui somme toute ne dérange pas les partis politiques puisqu’ils se voient attribuer des sièges au sein de l’Assemblée populaire nationale. Quant à leurs dirigeants, ils travaillent principalement à l’avancement de leur carrière politique.

 

42 Plus important encore, les contradictions et les oppositions s’expriment, à travers la rivalité FLN-RND, au sein des cercles décisionnels. Résultat, l’idée selon laquelle Ahmed Ouyahia véhicule l’image d’une alternative à moyen-terme commence progressivement à s’imposer.

 

43 L’émergence du multipartisme en Algérie n’a pas produit le type de régime démocratique que l’on avait espéré à la fin des années 1980. S’il est vrai que le FIS, un parti totalitaire, a, sans le vouloir, permis à l’establishment militaro-civil d’annuler l’élection en 1992, le régime a par la suite réussi à mettre en place un « système sur mesure » qui lui permet de se maintenir au pouvoir. Les partis sont également à blâmer parce qu’ils n’ont pas réussi à former une véritable alliance démocratique qui pourrait leur fournir un levier politique ainsi que les capacités de mobilisation d’une opposition conséquente. Comme la plupart des formations politiques dans le monde arabe, les partis algériens souffrent d’un degré trop élevé de zaïmisme. Même les dirigeants des organisations dites démocratiques exercent à la tête de leurs partis une sorte de présidence à vie. Ils ont empêché l’arrivée d’une nouvelle génération. Le renouvellement de la classe politique en général et des élites en particulier est une condition sine qua non à la résolution de la crise de confiance. Le changement passe également par un retour aux valeurs de respect mutuel et de suprématie du droit pour parvenir à l’indispensable alternance au pouvoir. Sans une véritable représentation politique, les émeutes cycliques, l’absence de patriotisme, l’immigration illégale, et le développement de groupes extrémistes continueront de caractériser le système politique algérien.

 

44 Il s’agit de réfléchir sur les conditions objectives du parachèvement de la transition. En effet, malgré tous les revers et les déceptions, un certain nombre d’éléments porteurs d’une dynamique de changement sont à prendre en considération. L’émergence d’une véritable opposition n’est pas à exclure ; la contestation est manifeste bien que non organisée ; la génération au pouvoir depuis l’indépendance est appelée à disparaitre ; les dissensions au sein même des partis politiques pourraient déboucher sur une démocratisation de leur appareil ; l’ouverture économique peut contribuer à créer une nouvelle bourgeoisie qui ne se contentera pas du pouvoir économique. Et enfin, il est plus qu’improbable que l’opinion publique accepte un retour en arrière politique. Mis bout à bout, tous ces facteurs plaident en faveur d’un scénario de changement qui reste bien sûr à écrire.

 

Notes

1 Yahia H. Zoubir, « Stalled Democratization of an Authoritarian Regime : The Case of Algeria », Democratization, vol. 2, n° 2, été 1995, p. 109-139.

2 Ahmed Benbitour, « Pays riche/Peuple pauvre : aux sources du paradoxe algérien », El Watan, 19/11/2007.

3 Un courant réformiste au sein du FLN avait commencé à se développer dans les années 1980 avec pour objectif de donner l’autonomie aux entreprises publiques, de promouvoir l’investissement privé, de réformer l’agriculture et de privatiser une partie du secteur public. Ce courant, un moment bloqué par les conservateurs du régime, revient en force dans le sillage des émeutes de 1988.

4  http://64.233.183.104/search ?q =cache :Gmf360FxhHUJ :archives.univ-lyon2.fr/281/2/contexte_eco.pdf+gouvernement+Hamrouche+r %C3 %A9formes&hl =fr&ct =clnk&cd =14&gl =fr

5 Sur les changements survenus au lendemain des événements de 1988, voir, Yahia H. Zoubir, « Stalled Democratization of an Authoritarian Regime : The Case of Algeria », op. cit., p. 109-139.

6 Voir, Jean-Jacques Lavenue, « Le FIS et la Constitution algérienne », Praxis Juridique et Religion, vol. 10, 1993, p. 130-131.

7 Madjid Benchikh, « L’organisation du système politique », Dossier n° 13, mai 2004, http://www.algerie-tpp. org/tpp/pdf/dossier_13_systeme_politique.pdf.

8 Selon des sources bien informées, des généraux auraient susurré à l’oreille d’Abassi Madani : « secoue l’arbre, le fruit est mûr et tombera de lui-même ».

9 At-Umezyan H., « Les partis de l’opposition démocratique. Réalité, discours et espérance », El Watan, 30 décembre 2008, http://www.elwatan.com/Realite-discours-et-esperance-1re

10 Sur ce point, voir Giacomo Luciani, « Economic Foundations of Democracy and Authoritarianism in the Arab World in Comparative Perspective », Arab Studies Quarterly, vol. 10, n° 4, 1988, p. 457-475. L’auteur soutient que la manne pétrolière contribue à la pérennisation des dirigeants au pouvoir.

11 Samir Allam, « Algérie : après ceux des députés, les salaires des ministres et des walis revus en forte hausse », TSA, toutsurlalgerie.com, 06/10/2008.

12 Yahia H. Zoubir, « Islamist Parties in Algeria », Middle East Affairs Journal, vol. 3, n° 1-2, hiver/printemps 1997, p. 95-122.

13 Le Mouvement démocratique et social (5 députés), le Parti national pour la solidarité et le développement (2 députés), le Mouvement national pour la nature et le développement (7), le Front national pour l’indépendance (3), le Rassemblement algérien (7), le Mouvement national de l’espoir (2), le Rassemblement patriotique républicain (2), le Front national démocratique (1) et le Mouvement démocratique et social (1).

14 On trouve, toutefois quelques, députés du Rassemblement pour la culture et la démocratie qui manifestent clairement leur opposition aux projets du gouvernement.

15 Les députés ont successivement voté deux projets de lois sur les hydrocarbures contradictoires en 2005 et 2006.

16 Mokrane Ait Ouarabi, « Le 5 Octobre est un règlement de compte politique au détriment de plus de 500 morts », El Watan, 5 octobre 2008.

17 Ibid.

18 Louisa Dris-Aït Hamadouche, « The 2007 legislative elections in Algeria : political reckonings », Mediterranean politics, vol. 13, n° 1, mars 2008, p. 88-89.

19 Andreas Schedler, « The Logic of Electoral Authoritarianism », in Andreas Schedler (dir.), Electoral Authoritarianism. The Dynamics of Unfree Competition, Boulder, Colorado, Lynne Reinner Publisher, 2006, p. 1.

20 Ibid., p. 3.

21 Voir « Les patriotes oubliés de tous en Algérie », L’Expression, 26 juillet 2007.

22 Le Quotidien d’Oran, 22 février 2005.

23 Amir Nabila, « Ouyahia conjugue le passé au présent », El Watan, 22 février 2005.

24 Mourad Aït Oufella, « Le parti d’Ouyahia occupe le terrain », Liberté, 21 décembre 2004.

25 Entretiens avec Chérif Dris, enseignant à la Faculté des sciences politiques et chercheur associé au CREAD. D’autres entretiens avec un ancien membre des services de sécurité confirment cette thèse et font leur la formule de l’un des plus illustres journalistes algériens, Kheirdine Ameyar : « éradiquer pour mieux réconcilier et réconcilier pour mieux éradiquer ».

26 Yahia H. Zoubir, « The Painful Transition from Authoritarianism in Algeria », Arab Studies Quarterly, vol. 15, n° 3, été 1993, p. 88.

27 Entretiens avec Mahmoud Belhimer, ancien rédacteur en chef d’El Khabar, et Abdelkrim Ghézali, directeur de la rédaction de La Tribune.

28 Le Jeune Indépendant, 11 mai 2002.

29 Malek Sohbi, « Ahmed Ouyahia ou la vraie vie… du pouvoir », Libre Algérie, 14-27 février 2000, http://www.algeria-watch.org/farticle/concorde/ouyahia.htm

30 Ibid. Il ne fait aucun doute qu’Ouyahia aurait pu être présenté comme candidat à la présidence, mais les services de renseignements hésitaient à l’imposer car il ne jouissait d’aucune popularité au sein d’une population qui ne lui a jamais pardonné l’austérité salariale des années de crise et l’application du programme d’ajustement structurel par le FMI.

31 Liberté, 18 octobre 2008.

32 Michel Camau, La Notion de démocratie dans la pensée des dirigeants maghrébins, Paris, Éditions du CNRS, 1971, p. 394.

33 L’existence de plusieurs chaînes n’offre aucun pluralisme puisque la télévision nationale demeure un monopole public.

34 Voir le classement de pays comme le Venezuela (113e), le Cameroun (129e), le Maroc (122e), Oman (123e), le Cambodge (126e) ou la Jordanie (128e). http://www.rsf.org/article.php3 ?id_article =28879

35 Sid-Ahmed Semiane, cité dans Benfodil Mustapha, « Que reste-t-il du 5 Octobre ? » Liberté, 5 octobre 2005.

36 Étude réalisée par Omar Derras et publiée par la Fondation Friedrich Ebert. Voir Amel Blidi, « Le mouvement associatif national, la défaite par l’usure », El Watan, 21 décembre 2008.

37 Ibid.

38 Les émeutes ne constituent pas un phénomène nouveau en Algérie et se déroulent de façon périodique. En 1980, l’interdiction d’une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri avait débouché en Kabylie sur les violences de ce qui deviendra le « printemps berbère ». Elles préfigureront les émeutes de Constantine (1986) puis celles d’octobre 1988 qui ont mis fin au règne du parti unique. En 2001, le meurtre d’un adolescent dans les locaux d’une brigade de gendarmerie déclenche de longues émeutes en Kabylie. Elles déboucheront sur la reconnaissance du tamazight comme langue nationale. Pour une analyse approfondie des mouvements émeutiers, voir René Gallissot, « Émeutes : ordre étatique et désordre social », in Didier Le Saout et Marguerite Rollinde, Émeutes et mouvements sociaux au Maghreb-Perspective comparée, Paris, Karthala, 2000, p. 19-46.

39 El Watan, 19 octobre 2008.

40 Le Jeune Indépendant, 7 octobre 2008.

41 Expression utilisée par la journaliste José Garçon, « Quatre morts à Sidi Aïssa : l’Algérie à l’ère des microrévoltes », Le Monde, 11 aout 2008. Pour une analyse structurelle des émeutes, cf. Didier Le Saout, « Les émeutes, entre exclusion et sentiment d’injustice. Une approche comparée Maghreb-Europe », in Didier Le Saout et Marguerite Rollinde, Émeutes et mouvements sociaux au Maghreb, op. cit., p. 47-66.

42 Hamou Amirouche, « Algeria’s Islamist Revolution : The People Versus Democracy ? », Middle East Policy, n° 4, January 1998.

43 Ramdane Redjala, L’opposition en Algérie depuis 1962, Tome 1, le PRS-CDBR, le FFS, Paris, L’Harmattan, 1988.

44 Voir, Ghassan Salamé (dir.), Démocraties sans démocrates. Politiques d’ouverture dans le monde arabe et islamique, Paris, Fayard, 1994.

45 Roberto Michels faisait remarquer, au début du XXe siècle, dans La loi d’airain de l’oligarchie (1913), que les partis politiques dans les démocraties tendaient à fonctionner de façon oligarchique et non-démocratique.

46 Yahia H. Zoubir, « Political Parties in Algeria », in Karam Karam (dir.), Political Parties in the Arab World, Beyrouth, Liban, Lebanese Center for Policy Studies, à paraître en 2009.

47 Déclaration de Djamel Ferdjallah : « Saadi a perdu ses illusions personnelles, le RCD doit lui survivre », LeMatin, 29 décembre 2008,http://www.lematindz.net/news/2294-declaration-de-djamel-ferdjallah-sadi-a-perdu-ses-illusions-personnellesle-.html ; Lettre aux dissidents du RCD : « Ouvrez les yeux, arrêtez de rêver ! », Le Matin 29 décembre 2008, http://www.lematindz.net/news/2290-lettre-aux-dissidents-du-rcd-ouvrez-les-yeux-arretez-de-rever-.html. Saïd Saadi a finalement décidé de se retirer de la course.

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Pour citer cet article

Référence papier

Louisa Dris-Aït Hamadouche et Yahia H. Zoubir, « Pouvoir et opposition en Algérie : vers une transition prolongée ? », L’Année du Maghreb, V | 2009, 111-127.

Référence électronique

Louisa Dris-Aït Hamadouche et Yahia H. Zoubir, « Pouvoir et opposition en Algérie : vers une transition prolongée ? », L’Année du Maghreb [En ligne], V | 2009, mis en ligne le 01 novembre 2012, consulté le 27 janvier 2017. URL : http://anneemaghreb.revues.org/535 ; DOI : 10.4000/anneemaghreb.535

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Auteurs

Louisa Dris-Aït Hamadouche

Chargée de cours à la Faculté des sciences politiques et de l’information de l’Université d’Alger et chercheure associée au CREAD

Articles du même auteur

L’abstention en Algérie : un autre mode de contestation politique [Texte intégral]

Paru dans L’Année du Maghreb, V | 2009

Yahia H. Zoubir

Professeur en relations internationales et management international, EUROMED MANAGEMENT, École de Management Marseille. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Articles du même auteur

Contestation islamiste et lutte antiterroriste en Libye (1990-2007) [Texte intégral]

Paru dans L’Année du Maghreb, IV | 2008

Les États-Unis et le Maghreb : primauté de la sécurité et marginalité de la démocratie [Texte intégral]

Paru dans L’Année du Maghreb, II | 2005-2006

08 janvier 2017

Chems Eddine Chitour, l'humanité est-elle déréglée ?

« Et si les rides, nous dit Chems Eddine Chitour, les cheveux gris et les problèmes qui accompagnent le vieillissement n’étaient plus qu’un lointain souvenir dans quelques années? Pour ces scientifiques, cela ne fait aucun doute: le processus du vieillissement peut être réversible. Une nouvelle étude a été publiée ce jeudi 15 décembre 2016 dans les lignes de la revue scientifique Cell. L’équipe à l’origine de cette étude a montré qu’une nouvelle forme de thérapie génique pouvait produire un effet de rajeunissement chez la souris. Résultats? Une meilleure santé cardio-vasculaire, une colonne vertébrale redressée, une apparence plus ´´jeune´´, une guérison plus rapide en cas de blessure… et une durée de vie prolongée de 30%. ´´Notre étude montre que le vieillissement n’est pas obligé de fonctionner dans une seule direction. Avec une modulation prudente, il peut être inversé.´´ ‘Notre objectif n’est pas seulement l’extension de la durée de vie, mais surtout l’amélioration de l’état de santé tout au long de la vie”.»

Reprenons avec Chems Eddine Chitour...

Michel Peyret


Qu’est-ce que l’Humain? La science brouille les frontières.

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 06 janvier 2017

evolution of man

«Dieu a dit: il y aura des hommes blancs, il y aura des hommes noirs, il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, et tous seront égaux; mais ça sera pas facile… Et puis il a ajouté: il y en aura même qui seront noirs, petits et moches et pour eux, ce sera très dur!»

Coluche

Nous vivons une époque où l’humanité au sens noble est déréglée. La civilisation de l’avoir a pris le pas sur celle de l’être. Partout la cupidité a le droit de cité. La façon, dont le capital et l’accumulation au service d’une oligarchie sont en train de formater le monde, conduira ce qui reste de l’écosystème Terre à sa perte. La biodiversité a disparu, les hommes sont de plus en plus tendus; On ne sait pas ce que c’est qu’être heureux et la publicité du dogme néolibéral a créé des ersatzs où on donne d’une façon éphémère l’illusion au «consommateur» qui peut payer s’il a les moyens, qu’il est un surhomme qui commande à la nature. On lui promet de le réparer indéfiniment quitte à ce qu’il devienne un cyborg avec une interface homme-robot Grâce à une intelligence artificielle qui surpassera sa petite intelligence humaine. grâce à une science sans éthique, on lui offre sur catalogue une progéniture dont il définit çà et là, à l’avance les performances.

On lui promet l’immortalité et pire encore, on le dilue dans une sorte de no man’s land où les frontières sont abolies entre lui et l’animal au sens où on le définit. Ainsi, loin du tumulte des Bourses, les multinationales s’apprêtent à prendre le pouvoir sur l’ensemble de l’humanité. L’engineering de l’humain doit leur permettre de devenir des dieux, et ainsi, de nous faire subir tout ce que nous faisons aujourd’hui subir à la nature. Les technologies convergentes devraient permettre à ces corporations de prendre définitivement le pouvoir. Le fer de lance de cette offensive auprès du grand public est ce qu’IBM appelle la planète intelligente. Pour les armées, les USA ont d’ores et déjà commencé à développer des armes autonomes qui seront même capables de choisir elles-mêmes leurs cibles.

Le futur promis par les transhumanistes

Le transhumanisme, lit on sur Wikipédia, : «  considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. Dans cette optique, les penseurs transhumanistes comptent sur les biotechnologies et sur d’autres technologies émergentes ».

Ce tsunami invisible : le transhumanisme, un mot nouveau ,  fait peur: il  se base sur le fait que l’homme est en amélioration constante et la science est là pour le conforter quitte à enfreindre les limites éthiques. Dans la Déclaration des transhumanistes nous lisons:

«L’avenir de l’humanité va être radicalement transformé par la technologie. Nous envisageons la possibilité que l’être humain puisse subir des modifications telles que son rajeunissement, l’accroissement de son intelligence par des moyens biologiques ou artificiels, la capacité de moduler son propre état psychologique, l’abolition de la souffrance et l’exploration de l’univers ».  (1)

Sous  le vocable technologies convergentes, (les Nbic) (Nanotechnologies Biologie, Intelligence Cognitivité) les scientifiques désignent l’unification des nanotechnologies, de la biotechnologie, des sciences informatiques et des sciences cognitives en une seule discipline. Le but officiel est d’accélérer l’avancement des performances humaines mentales, physiques et générales. Sachant que ces technologies vont permettre de développer l’interface homme-machine, nous savons ce que la phrase ci-dessus signifie, les promoteurs de ces technologies nous ravalent au statut d’objets. Une analyse parue sur le site Le Grand Soir sous la plume de Dominique nous décrit le monde du futur:

«Dans les années 2025 – 2030 apparaîtra une nouvelle ère celle des Nbic, celle de l’homme qui parvient enfin à travailler à l’échelle de l’atome (les nanotechnologies), de la cellule vivante (les bio-géno-technologies), des photons (les ordinateurs quantiques).  (2) »

« Ce sera un bouleversement radical de la civilisation. Les bits de l’informatique devront se glisser entre les atomes et les cellules du vivant pour agencer et contrôler ce monde invisible. L’informatique se sera alors immiscée à toutes les échelles, dans toutes les nervures de la réalité, de la nature, en créant une nouvelle machine à penser, un nouveau règne, à côté du règne animal, végétal et minéral. le contrôle de l’agencement de ce monde invisible donne le contrôle de l’agencement du monde réel. Dans un univers de compétition, la valeur d’un pays se mesure, entre autres, par la valeur de ses biens intangibles: droits de propriété intellectuelle, logiciels, bibliothèques, musées, contenus vidéo et cinéma, organisations numérisées.» (2)

«En d’autres termes, le futur d’Internet ne fera qu’accroître le fossé qui existe déjà entre pays riches et pauvres. La science et la technologie vont de plus en plus dominer le monde, comme la population, l’exploitation des ressources et le potentiel de conflit social sont en augmentation. C’est pourquoi le succès de cette ère prioritaire de nouvelles technologies convergentes est essentiel pour le futur de l’humanité.» Et c’est bien ce que font les promoteurs des technologies convergentes. Le futur qu’ils proposent s’inscrit dans la droite ligne des idéologies étriquées propres à tout fanatique. Il s’agit pour eux d’élever un rempart à tout ce qui pourrait gêner la prise de pouvoir total des corporations sur l’humanité. Tels des dieux, ces corporations pourraient alors se comporter envers nous comme nous nous comportons envers la nature quand nous la pillions, la dénaturons et la souillons en transformant toutes ses ressources en autant de sources de pollution.» (2)

Le décor étant planté, nous allons donner quelques exemples de performances qui amènent à questionnement tant il est évident qu’ils problématisent la condition humaine

Les dernières prouesses de la science  : La modification des gènes

A l’heure actuelle, la biotechnologie utilise le système Crispr-Cas9 pour la modification de gènes. Cependant, selon Jennifer Doudna,  co-décrouvreuse du système Crispr-Cas:

«Il est trop tôt pour éditer génétiquement des humains». Pour elle les capacités inédites du couper-copier-coller génétique offertes par Crispr-Cas ont soulevé nombre de questions éthiques, quant à son utilisation pour modifier le patrimoine génétique de la lignée humaine. «La possibilité de modifier l’ADN des cellules stimule l’imagination de beaucoup de gens. (…) La question éthique est de savoir qui veut appliquer ces techniques, qui y a accès, qui décide de les employer. une troisième crainte est que certains fassent la course, pour commercialiser cette technologie, promettre à des parents un bébé avec telle ou telle caractéristique alors que nous n’ avons pas les moyens de le faire. Si le premier bébé Crispr devait être conçu parce que ses parents rêvaient qu’ il ait les yeux, bleus, ce serait une catastrophe.»  (3)

Dans le même ordre, des chercheurs de Harvard annoncent publiquement le 2 juin 2016 dans la revue Science leur volonté de créer un génome humain synthétique. Un projet controversé en raison des nombreuses interrogations éthiques qu’il suscite. La description de ce projet baptisé Human Genome Project-Write ou HGP-write est publiée dans la revue : «Les applications potentielles des résultats de HGP-write sont notamment la possibilité de créer des organes humains pour des transplantations et de produire des lignées de cellules résistantes à tous les virus et cancers». (  Repris dans une dépêche de l’AFP)

Ainsi, par exemple, on annonce que la science s’attaque, frontalement, au bastion le plus profond, le plus secret, le plus intime, le plus mystérieux de l’humanité. Le décryptage du génome humain proche à 98% de celui du chimpanzé ouvre des horizons éthiquement contestables. Le professeur Patrick Gaudray a bien raison d’être inquiet. Pour la première fois, dans l’histoire, en effet, des scientifiques ont modifié les gènes d’embryons humains. En effet, des rumeurs soulevées dans un article de la MIT Technology Review intitulé «L’ingénierie du bébé parfait», soupçonnaient, déjà, que des scientifiques chinois travaillaient sur l’utilisation de cette technologie. (4)

.La fusion programmée entre l’homme et la machine: l’homme réparé puis augmenté

«On cherche, lit-on sur cette contribution désormais à agir sur le corps humain de l’intérieur, que ce soit au niveau génétique ou mécanique, par exemple grâce à des puces implantées.

Nous arrivons aujourd’hui à une véritable frontière entre l’homme et la machine. Nous nous sommes habitués à un monde ultra-connecté où nos appareils font partie intégrante de nos vies, et vis-à -vis desquels nous devenons de plus en plus dépendants. Implanter directement ces appareils à l’intérieur de notre corps pourrait donc devenir une solution à l’avenir, bien que cette idée soulève d’importantes questions techniques et sociales. Il existe déjà des prothèses perfectionnées au point d’égaler, voire surpasser un membre humain. Il est intéressant de noter qu’en parallèle, nous donnons de plus en plus de traits humains aux robots, en travaillant sur les mouvements physiques et surtout, l’intelligence artificielle, qui progresse à une vitesse fulgurante. On assiste donc à un rapprochement entre les deux mondes. Il n’est pas fantaisiste de penser que notre corps pourra un jour être «réparé» comme une voiture dont on changerait les pièces. On imagine mal par exemple pouvoir remplacer tout ou partie de notre cerveau après un grave accident. Le premier oeil bionique exploitable est d’ici deux ans. Plus que de réparer, les recherches mènent aujourd’hui à «améliorer» l’homme, afin d’en faire un être hybride de chair et de métal. Ces recherches amènent de nombreuses polémiques car elles remettent en cause l’identité même de l’homme, jusqu’à le séparer peu à peu de son environnement naturel pour en faire un être, in fine, totalement artificiel.» (5)

Greffer une tête: la condition humaine en question

L’équipe du professeur XiaoPing Ren, de l’université chinoise de Harbin a réussi à greffer une tête de singe sur un corps de la même espèce. L’opération pourrait être accessible aux humains dès 2017 selon Sciences et Avenir. La première greffe de tête humaine sur un corps (humain) pourrait avoir lieu dès 2017. Ce scientifique chinois, qui travaille en collaboration avec le neurochirurgien italien controversé, Sergio Canavero (surnommé Docteur Frankenstein), a fait ses premières armes sur des souris. Il a déclaré à nos confrères:

«Nous avons maintenu en vie le singe durant 20 heures. Notre objectif était de prouver que l’on pouvait protéger le cerveau». Forts de ce succès les scientifiques disent vouloir s’»attaquer» aux êtres humains. Toujours selon nos confrères, des expériences sur des cadavres auraient débuté en Chine. Un Russe atteint d’une maladie dégénérative serait prêt pour l’aventure chirurgicale (voir vidéo ci-dessous). Rendez-vous donc en 2017. En attendant, il convient de garder la tête froide.» (6)

Le vieillissement serait réversible?

Et si les rides, les cheveux gris et les problèmes qui accompagnent le vieillissement n’étaient plus qu’un lointain souvenir dans quelques années? Pour ces scientifiques, cela ne fait aucun doute: le processus du vieillissement peut être réversible. Une nouvelle étude a été publiée ce jeudi 15 décembre 2016 dans les lignes de la revue scientifique Cell. L’équipe à l’origine de cette étude a montré qu’une nouvelle forme de thérapie génique pouvait produire un effet de rajeunissement chez la souris. Résultats? Une meilleure santé cardio-vasculaire, une colonne vertébrale redressée, une apparence plus ´´jeune´´, une guérison plus rapide en cas de blessure… et une durée de vie prolongée de 30%. ´´Notre étude montre que le vieillissement n’est pas obligé de fonctionner dans une seule direction. Avec une modulation prudente, il peut être inversé.´´ ‘Notre objectif n’est pas seulement l’extension de la durée de vie, mais surtout l’amélioration de l’état de santé tout au long de la vie”.» (7)

Les singes ont la capacité physique de parler 

Qui de nous n’a pas vu le film la planète des singes ? Une sorte de civilisation où l’homme devient l’otage de singes intelligents et parlants … Un dogme tombe: si les singes ne parlent pas, ce n’est pas à cause d’un larynx inadapté. C’est parce que leur cerveau n’est pas câblé pour le langage articulé. Pourtant, certains singes savent manipuler un vocabulaire, une syntaxe (en captivité et à l’état sauvage) et la notion d’abstraction autour d’un mot ne leur est pas étrangère. Les singes remplissent toutes les conditions physiques afin de pouvoir s’exprimer, ressort-il d’une étude anatomique portant sur les canaux de communication de ces mammifères (…) Les chercheurs ont procédé à des enregistrements des organes des singes pendant que les animaux faisaient du bruit, mangeaient ou faisaient des grimaces. A l’aide des données récoltées, un modèle informatique de la portée vocale du singe a pu être réalisé. Ce modèle a montré que les primates pourraient émettre facilement de nombreux sons, «assez que pour pouvoir produire des milliers de mots différents». Les chercheurs ne prétendent toutefois pas que ce langage parlé ressemblerait à celui de l’être humain. Les singes ont donc bien la capacité physique nécessaire au langage parlé, mais leur cerveau ne leur permet pas d’émettre des sons vocaux, soulignent les auteurs de l’étude.» (8)

La gorille femelle Koko connaît 2 000 mots, exprimés avec le langage des signes, qu’elle utilise en fabriquant des petites phrases. C’était justement l’étude de cette primate, vivant avec les humains depuis son enfance, qui avait déjà mis les scientifiques sur la piste de capacités insoupçonnées du système vocal des singes. Nous avons aussi rapporté le cas de cercopithèques qui disposent d’une petite syntaxe, utilisant des suffixes. Ainsi, pour eux, Krak signifie «attention, léopard», Hok «attention, aigle» et Boum «pas de prédateur». Mais Hok-oo veut dire «il y a quelque chose en haut tout près» et Krak Hok-oo «attention, il y a un léopard en haut». (9)

Les animaux peuvent-ils avoir le sens de l’humour?

Une autre frontière qui tombe: Les animaux peuvent-ils posséder le sens de l’humour? Et si la réponse nous venait de rats amateurs de chatouilles? (…) Charles Darwin avait compris que la frontière qui nous distingue des animaux est plus ténue qu’on le pensait, à tel point qu’il estimait déjà que l’intelligence humaine se distinguait de son équivalent animal non par le type, mais par le degré. Nos cousins pourraient bien partager une forme de rire. Les grands singes poussent des cris particuliers dans des situations plaisantes ou de jeu. Ces sons ont été enregistrés et comparés aux rires humains. Les émissions sonores des chimpanzés et des bonobos, nos plus proches cousins, partagent de nombreuses caractéristiques communes avec nos esclaffements. Prenons l’exemple de la femelle gorille Koko, mondialement connue pour comprendre 2 000 mots anglais et maîtriser 1 000 gestes de la langue des signes américaine. Ainsi, lorsqu’il lui a été demandé de décrire ce qu’elle trouvait dur, elle a répondu «roche» et «travail», jouant ainsi avec le sens des mots. (work et rock?) Un animal bien plus éloigné de nous: le rat. Ces rongeurs comptent parmi les espèces reconnues pour leur haut niveau d’intelligence. Et depuis plus de dix ans maintenant, on sait qu’ils émettent un son distinctif, de 50 kHz, en cas de situation agréable. Est-ce un rire?» (10)

Pouvons-nous imiter les civilisations extraterrestres ?  

L’hybris,   « démesure » sentiment   d’orgueil. A qui on oppose la tempérance et la modération n’a pas de limite pour l’homo technologicus.  Non content de soumettre la nature comme lui « autorisait » Descartes, il s’en va chercher l’ivresse ailleurs. Il ne cessera de chercher s’il est seul dans l’univers. Ainsi :

« L’hypothèse extraterrestre semble de plus en plus crédible pour expliquer les baisses de luminosité de KIC 8462852 selon un récent rapport publié par une plateforme scientifique extrêmement sérieuse. Le télescope spatial Kepler avait observé il y a quelques mois un phénomène inhabituel entourant une étrange étoile entre les constellations Cygnus et Lyra. C’est alors que les astronomes avaient provoqué un véritable buzz médiatique après avoir annoncé la découverte par Kepler de l’étoile, KIC8462852, autour de laquelle gravitait une masse “d’objets non identifiés”. Un astrophysicien avait suggéré que ces chutes puissent être expliquées par la construction d’une mégastructure extraterrestre qui pompe l’énergie de l’étoile. On peut supposer que toutes les ressources aient été épuisées sur les planètes environnantes et qu’il ne reste que l’étoile. Notre soleil, par exemple, compte 6000 fois plus de métaux que la Terre. C’est beaucoup de métal. Comment extraire de la matière d’une boule de feu que constitue une étoile ? Heindl fournit dans une entrevue accordée au Daily Mail quelques pistes :

« une bonne piste pour partir est de réchauffer un point de l’étoile au-delà de sa température normale, avec des miroirs géants, par exemple. Ceci générerait un faisceau de matière par champs magnétiques ». La matière stellaire serait ainsi en orbite autour de l’étoile, livrant de l’énergie à d’éventuels extraterrestres pour tous leurs besoins du quotidien » (11).

Nous allons faire comme les Extra terrestres aller piller le soleil et les étoiles environnantes après avoir détruit la Terre

Conclusion

Stéphane Foucart s’interroge sur l’impuissance de l’homme vis-à -vis d’une technologie qui commence à lui échapper: «Depuis la fin du XIXe siècle, l’Occident s’est affirmé comme la civilisation techno-scientifique par excellence, proposant ou imposant au reste du monde un mode de développement fondé sur l’innovation technologique. Parce que nous l’assimilons de manière univoque au progrès humain, le progrès technique prime sur toute autre considération – politique, sociale, morale -, exception faite, parfois, des situations dans lesquelles l’humain lui-même devient en quelque sorte un matériau expérimental (cellules souches, procréation assistée, etc.). L’idéologie du progrès a ses limites. Cette prééminence de la technoscience écrit Stéphane Foucart, repose sur un contrat tacite: la promesse de domination de la nature et de maîtrise du monde.» (12)

L’Humanité est une, telle que nous la connaissons elle aurait pris son essor à partir d’une Eve qui est née il y a quelques millions d’années dans la Corne de l’Afrique. Que nos querelles sont vaines!! L’humanité de nos jours est problématisée, de toutes parts, elle découvre que les frontières qui font sa singularité n’en sont plus. L’homme recule les échéances de la mort par la réparation du corps comme un véhicule, il peut même changer de corps en gardant la tête. Il peut devenir mi-machine (cyborg) mi-homme. Il peut converser et blaguer avec son cousin immédiat, le singe, en attendant de le faire avec les animaux comme nous le recommandent les fables de Bidpay. Enfin, il peut quitter la Terre et aller vivre et mourir sur une autre planète. Que lui reste-t-il d’humain et de terrestre? Assurément, les religions bâties sur un certain nombre de vérités de plus en plus fragiles auront du mal à garder leurs ouailles à moins de définir la nouvelle humanité. Le débat est ouvert; il est à la fois éthique et spirituel.

Cette tentation prométhéenne de l’homme sera-t-elle celle de l’achèvement du rêve des religions? Leurs dogmes de base, l’immuable conflit du bien et du mal en Occident, attribuent des qualités artificielles à tout, bien, mal, yin, yang, qualités qui autorisent moralement de tout séparer en deux hiérarchies. Une première hiérarchie entre les dieux, les hommes et le reste de la création (la nature). Une deuxième hiérarchie entre les hommes dont certains se retrouvent plus près des dieux que les autres. Bienvenue dans le meilleur des mondes promis par Aldhous Huxley. Coluche s’est peut-être trompé car la science nous promet la perfection à la place de Dieu  ou sans Dieu Quelles sont les limites de la science si on veut rester humain?

Bien qu’il paraisse de  plus en plus difficile de décrire en quoi nous sommes différents de l’animal ou du robot ayant abdiqué la dimension spirituelle nous allons tendre « A Dieu ne plaise »  vers un alliage :  l’humanoïde mi homme mi animal comme des habitants du Paraguay ont fait une découverte à la fois macabre et stupéfiante : celle du corps d’une créature mi-humaine mi-animal, flottant dans les eaux de Carmen del Parana. Mieux encore on donnerait  sens à la mythologie grecque avec les centaures mi homme mi cheval et les chimères. Triste  déclin pour l’homme  qui a perdu son humanité !

Professeur  Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Chems Eddine Chitour http://metamag.fr/2016/09/02/la-condition-humaine-en-question-devons-nous-avoir-peur-de-la-science/ 

 

2. https://www.legrandsoir.info/technologie-et-societe-de-contrainte.html 
 
 

4. http://newsly.fr/scientifiques-chinois-embryon-humain-genetiquement-modifie/ 

 

5. http://www.commentcamarche.net/contents/anticipation/cyborg-et-ia-le-r…   

 

6. http://www.midilibre.fr/2016/01/21/premiere-greffe-de-tete-humaine-sur-un-corps-prevue-pour-2017,1273805.php#895DksO8YZbeLLm0.99 

 

7. http://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674%2816%2931664-6 

 

8. http://www.2012un-nouveau-paradigme.com/2016/12/les-singes-ont-la-capacite-physique-de-parler.html 

 

9. Jean-Luc Goudet: les singes pourraient parler; Ecoutez les Futura Sciences 14 12 2016

 

10. J. Chaput, http://www.futura-sciences.com/planete/actualites/zoologie-animaux-peuvent-ils-avoir-sens-humour-53105/#xtor=EPR-17-%5bquotidienne%5d-20170102-%5bactu 

 

11. http://www.2012un-nouveau-paradigme.com/2016/12/kic-8462852-l-explication-d-une-civilisation-e.t-gagne-du-terrain.html   

 

12.Stéphane Foucart:  https://legrandsoir.info/La-civilisation-du-toujours-plus-Est-il-trop-tard-pour-sauver-la-planete.html 

 

Article de référence.

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/257673-la-science-brouille-les-frontieres.html 

 

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright © Chems Eddine Chitour, Mondialisation.ca, 2017

 
Posté par Michel Peyret

La Libye, ensevelie sous le crime et le silence par Higino Polo

 

30 Décembre 2016
 

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Higinio Polo
Topoexpress


Cet article que je viens de traduire de l’espagnol nous confronte à nos responsabilités nous Français, nous belles âmes qui pleurnichons sur les malheurs d’Alep selon un scénario qui ne cesse de connaître les faveurs de notre public de criminels imbéciles, cet enfer est le nôtre, non seulement à cause de Sarkozy, mais il n’y a pas eu une force politique, pas une je le dis (et il faut y compris relire l’Huma à cette époque, la manière dont on pleurait sur Benghazi) pour s’opposer à ce crime. Alors lisez si vous en avez le courage comment cette population vit l’enfer, mange des rats, boit de l’eau croupie et des aliments fétides, vend de la chair humaine pour les envoyer sur des bateaux en méditerranée. Alors que ceux qui ont contribué par leur silence à ce crime, ceux qui quand je le dénonçais m’accusaient déjà d’aimer les despotes  » aient au moins une fois de faire leur autocritique au lieu de remettre ça avec Poutine, avec les mêmes arguments vendus clés en main par la CIA

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach)


Nous ne savons pas combien de personnes sont mortes en Libye à la suite de l’intervention brutale de l’OTAN en 2011. Certaines sources parlent d’environ trente mille morts ; d’autres, augmentent ce chiffre. Pendant ce temps, la Croix-Rouge estime qu’il y a eu environ 120.000 morts, mais il ne fait aucun doute qu’en commençant cette guerre l’OTAN a détruit le pays et jeté dans ses six millions d’habitants dans un sinistre cauchemar.

 

En mars prochain, cela fera six ans depuis le début du massacre : depuis les navires et les aéronefs, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont lancé un déluge de bombes et de missiles de croisière. Ils ont justifié la guerre et le carnage avec la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui ne parlait que d’utiliser les «mesures nécessaires» pour protéger les civils « qui était menacés » et qui autorisait une zone d’exclusion aérienne, mais aucune invasion du pays. Il n’y avait aucune autorisation pour commencer l’intervention militaire, et encore moins pour une attaque visant à renverser le gouvernement. La Chine et la Russie, ainsi que l’Inde et l’Allemagne, s’étaient abstenues lors de ce vote du Conseil de sécurité, et par la suite face à la guerre imposée, Moscou et Pékin ont dénoncé l’interprétation abusive qu’avait fait Washington, ses alliés européens de l’OTAN, de la résolution du Conseil de sécurité. L’Afrique du Sud, qui avait également voté en faveur de la résolution, a dénoncé l’usage démesuré de l’accord pour forcer à un « changement de régime et à l’occupation militaire du pays. »

 

Telle était l’hypocrisie de Washington, Londres et Paris, ses avions sont venus bombarder des civils à Benghazi et Misrata, et d’autres villes libyennes, tuant des centaines de personnes, bien que prétendument intervenu en leur défense. Auparavant, les «rebelles» ont été formés par des instructeurs militaires américains et d’autres pays de l’OTAN, tout en leur fournissant des armes sophistiquées et de l’information, et le Département d’État nord américain a travaillé pour créer un Conseil national de transition pour l’imposer comme un nouveau gouvernement après la défaite de Kadhafi. En fait, dès avant le début de l’agression militaire, les commandos militaires britanniques et américains (dans les opérations approuvées par Cameron et Obama, en violation du droit international), avaient infiltré la Libye et commis des actes de sabotage et des assassinats ciblés. Les militaire occidentaux en étaient arrivés à utiliser des vêtements semblable à ceux de la milice rebelle pour camoufler leur intervention : c’étaient militaire de l’OTAN, mais jamais reconnu en tant que tels, qui formaient les rebelles et combattaient à leurs côtés.

 

Au cours de l’été 2011, l’OTAN a lancé des milliers de missions de combat, et a envoyé des commandes dans des « opérations spéciales » pour renforcer les attaques des rebelles, armés et soutenus par l’alliance occidentale. Le 20 octobre, incapable de résister, lorsque Kadhafi et son convoi fuyait vers Syrte, son convoi fut attaqué par des avions nord américains et français et finalement, il fut fait prisonnier par des détachements rebelles, aidés par ces « commandos d’opération spéciales nord américains Après, l’avoir assassiné de sang froid. Cinq jours avant l’assassinat de Khaddafi, le premier ministre britannique, Cameron, et le président français, Sarkozy, s’étaient envolés vers la Libye, dans la zone contrôlée par les rebelles, tandis que les équipes de la CIA nord américaines travaillaient pour localiser Khaddafi et l’assassiner, sa mort fut fêtée par Obama, Cameron et Sarkozy.

 

Violer la résolution de l’ONU, en utilisant à nouveau la guerre comme instrument de sa politique étrangère, les Etats-Unis et ses alliés sont parvenus à leurs fins. Les bombardements de l’OTAN ont détruit des aéroports, des infrastructures et des ports dans le pays, des centres officiels, des casernes, des routes, et des centaines de milliers de personnes ont été forcées de fuir, selon les estimations de l’ONU, à devenir des réfugiés dans leur propre pays. les réserves et ressources du pays à l’étranger ont été saisies par les gouvernements occidentaux. Aujourd’hui, l’économie est à peine un tiers de ce qu’elle était avant l’intervention de l’OTAN en 2011. Puis commença la lutte des factions parmi les différents groupes armés (comme en Afghanistan après le triomphe des «seigneurs de guerre » également soutenus par les États-Unis); est venu le chaos du pays, la dévastation, les miliciens fanatiques et des bandits armés qui se sont emparés de tout. La Libye est devenue un cauchemar, où les enlèvements, les centres clandestins de torture, les assassinats, le viol des femmes, sont devenus la vie quotidienne dans l’enfer; et où même ils manque de la nourriture et des médicaments, au point que dans de nombreuses villes, y compris Benghazi, les gens sont obligés de manger de la nourriture pourrie et des rats.

 

A ce paysage infernal, on doit encore joindre la destruction des installations publiques, des places, des parcs et des lieux où les gens venaient avant la guerre; le vol de biens, les décapitations publiques organisées par des groupes djihadistes, qui sont devenus monnaie courante dans la nouvelle Libye. Des sources indépendantes parlent de centaines, voire des milliers de personnes, décapitées par des militants des détachements armés de fanatiques miliciens religieux.des Groupes salafistes et djihadistes contrôlent encore des zones importantes du territoire, et alors que Washington a essayé de construire une société démocratique de façade, aux élections de juin de 2014, sur un recensement de trois et un demi-million de personnes, ont voté à seulement 18% de la population. Beaucoup de villes ont été transformées en ruines, et les mines terrestres sont un danger mortel pour les survivants.

 

Plusieurs centaines de groupes armés, en train de s’affronter, combattant pour le contrôle du territoire et de la richesse du pays, à côté des mafias qui font de la contrebande de personnes, qui condamnent les migrants au travail forcé et qui tuent en toute impunité, tandis que deux gouvernements et deux «parlements» l’un à Tripoli et l’autre Tobrouk, (celui ci pris en charge par l’OTAN), essayent de vaincre l’ennemi et d’obtenir la reconnaissance de l’étranger. Pour sortir du chaos, les gouvernements occidentaux ont exhorté le soi – disant « gouvernement d’union nationale » qui a été créée au Maroc en décembre 2015, présidé par Fayez al-Sarraj, mais qui en est encore à établir son autorité dans tout le pays, et est même incapable de contrôler Tripoli, où il y a des dizaines de milices armées dont le programme se concentre sur la saisie de pétrole pour l’exportation, à extorquer la population, les immigrants et à pratiquer la traite des personnes. Dans d’autres grandes villes libyennes, y compris Syrte, Misrata, Tobrouk, c’est la même chose. À son tour, le général Khalifa Haftar contrôle maintenant Tobrouk, avec l’aide militaire et financière de l’Egypte et des Emirats Arabes Unis. Haftar est un soldat libyen qui, après avoir rompu avec Kadhafi, a été recruté par la CIA pour le États-Unis dans les années quatre vingt dix, pour ensuite diriger la milice armée qui a été financée par l’agence américaine. A cela il faut ajouter les forces contrôlées par Daesh, le soi-disant Etat islamique, qui a une importante connivence avec les monarchies du golfe Persique.

 

Dans ce chaos infernal, Washington continue à envoyer des « groupes d’opérations spéciales » (comme cela s’est produit en décembre 2015 sur base militaire d’Al-Watiya, dans le district de An Nuqatt al Kham, près de la frontière tunisienne, le commando qui était bloqué par des groupes armés et obligé après de quitter le pays), et utilise sa force aérienne pour bombarder les milices qui ne sont pas à leur goût, tout en soutenant le gouvernement de Fayez al-Sarraj, mais il y a encore la base de Haftar, ancien employé la CIA. Dans la pratique, les diverses milices se bloquent les unes les autres, et le chaos est tel qu’il n’y a pas de côté en mesure de s’imposer aux autres. Les États-Unis tentent de stabiliser la situation, par le gouvernement de Fayez al-Sarraj, mais ils ne dédaignent pas de soutenir un gouvernement Haftar s’il arrive à s’imposer dans la majeure partie du pays: leur seul problème est d’avoir un gouvernement client pour assurer leurs intérêts, et le ministère État est en mesure de rendre présentable quelque gouvernement de bandits que ce soit.

 

Les États-Unis et ses alliés européens (Grande-Bretagne, France) responsables de la tragédie du pays, sont intéressés à différentes questions: Bruxelles pour essayer de contenir l’arrivée de migrants en provenance de Libye, que certaines sources estiment à 150 000 par an, une question particulièrement préoccupante pour l’Allemagne; Washington vise à contrôler Daesh (avec qui il agit de fait en Syrie, où, il est considéré comme un allié dans la guerre pour renverser le gouvernement de Damas), il s’agit de désactiver des centaines de milices, et récupérer la production de pétrole. À son tour, l’envoyé spécial de l’ ONU pour la Libye, Martin Kobler, s’est essayé, sans succès, à la médiation du chaos.

 

Pendant ce temps, les télévisions et la grande presse internationale ont depuis longtemps cessé de montrer de l’ intérêt pour la Libye, à la suite d’un script utilisés plusieurs fois avec succès. La Libye, devenu un État défaillant, avec la présence de Daesh (qui vient de perdre Syrte), où tous les groupes et milices commettent des crimes de guerre face à l’indifférence occidentale, est aujourd’hui un pays dont aucun pouvoir de l’OTAN n’assume la responsabilité, même si un tiers de la population ont besoin d’aide alimentaire d’urgence, bien que les Libyens doivent manger des rats et boire de l’eau fétide, et sont contraints à contempler des assassinats et des décapitations, bien qu’il y ait la vie y soit sans valeur, et que les chancelleries soient conscientes que Libyens ont été condamnés à vivre en enfer.

 

Source: http://www.elviejotopo.com/topoexpress/libia-sepultada/

 

Rébellion a publié cet article avec l’auteur de l’autorisation par une licence Creative Commons, le respect de leur liberté de publier ailleurs.
Fuente: http://www.elviejotopo.com/topoexpress/libia-sepultada/

 

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02 décembre 2016

Chems Eddine Chitour, 17 octobre 1961, quand la France reconnaîtra-t-elle ses responsabilités ?

 

« Les atrocités commises pendant cette manifestation pacifique le 17 octobre d’Algériens, ont été passées sous silence par le gouvernement et les médias français pendant bien trop longtemps. Que s’est-il passé? Le triste préfet Maurice Papon- qui avait les états de service d’un chacal en Algérie pour paraphraser Victor Hugo évaluant ceux du sanguinaire Saint Arnaud qui lui aussi s’est illustré dans les enfumades en 1845- a commandité le massacre. Bilan: des centaines de morts, 11.500 arrêtés et torturés, frappés ou même tout simplement jetés à la Seine. Dans les rues de Paris le 17 octobre 1961, refusant tout simplement de se soumettre au couvre-feu imposé aux seuls Algériens, 10.000 personnes seront interpellées, durant les jours suivants. 1500 sont envoyées vers l’Algérie où une réception leur fut organisée. J’ai déjà eu à écrire dans plusieurs de mes contributions mon indignation et à rapporter les évènements tragiques... »

 

Reprenons les rappels de Chems Eddine Chitour...

 

Michel Peyret


17 octobre 1961: Un crime d’Etat non reconnu au nom du racisme

 

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 21 octobre 2016

 

« La France reconnaît publiquement sa responsabilité dans les massacres causés par la répression du 17 octobre 1961 à Paris, de manifestants algériens réclamant l’indépendance de leur pays.» Projet de loi présenté par le sénateur Patrick Menucci, le 17 octobre 2016

 

C’est par cette phrase utopique que je commence cette contribution en  ayant à l’esprit qu’une faute se doit d’être assumée. Le monde occidental comme on le sait a mis en place un tribunal international à Nuremberg pour juger les responsables politiques du IIIe Reich coupables d’avoir tué d’autres blancs mais quid des autres , des sans grade qui n’ont  personne pour prendre eu charge leur bonnes causes ? Nous l’avons  vu ave le génocide ruandais avec un million de morts sans sépulture.

 

Un pays semble avoir échappé à cette chape de plomb ; C’est Israël qui au lieu de mettre en place un tribunal à même de juger les crimes nazis à l’endroit des Juifs mais aussi des Tsiganes,  a préféré se faire justice lui-même en mettant en œuvre ce que Norman Felkeinstein a appelé l’industrie de l’holocauste : chaque pays occidental devra expier ad vitam viternam ses fautes à l’endroit des Juifs ;

 

Cela passe par deux conditions :  la pompe à finance de la Shoah qu’il faut amorcer tout le temps par des dédommagements qui comme on le sait ne vont pas tous dans la poche des personnes qui ont en souffert et la deuxième condition est la culpabilisation pour antisémitisme avec un glissement sémantique entre anti-sémitisme et anti-sionisme qui fait que les citoyens européens et notamment français sont tétanisés et interdits de parole ou de critique vis-à-vis d’Israël

 

On l’aura compris ce n’est pas demain que la France reconnaîtra ses fautes en Algérie  d’une part parce que ceux qui doivent demander des comptes au nom du peuple algérien ne le font pas et d’autre part , nous avons en face de nous un peuple imbu du fait qu’il appartient à une race supérieure qui ne peut pas condescendre à reconnaître simplement sa faute. Je suis sûr que le peuple algérien a soif qu’on lui rende sa dignité et il n’est pas question de pompe à finance mais de justice.

 

On aura tout dit du 17 octobre 1961, cet énième crime contre l’humanité par la patrie des droits de l’homme qui, faut-il le rappeler, a été mis en pratique en Algérie quarante ans après leurs proclamation en 1789, ces droits de l’homme, lors d’une invasion abjecte un matin de juillet 1830. Les atrocités commises pendant cette manifestation pacifique le 17 octobre d’Algériens, ont été passées sous silence par le gouvernement et les médias français pendant bien trop longtemps. Que s’est-il passé? Le triste préfet Maurice Papon- qui avait les états de service d’un chacal en Algérie pour paraphraser Victor Hugo évaluant ceux du sanguinaire Saint Arnaud qui lui aussi s’est illustré dans les enfumades du en 1845- a commandité le massacre. Bilan: des centaines de morts, 11.500 arrêtés et torturés, frappés ou même tout simplement jetés à la Seine. Dans les rues de Paris le 17 octobre 1961, refusant tout simplement de se soumettre au couvre-feu imposé aux seuls Algériens, 10.000 personnes seront interpellées, durant les jours suivants. 1500 sont envoyées vers l’Algérie où une réception leur fut organisée. J’ai déjà eu à écrire dans plusieurs de mes contributions mon indignation et à rapporter les évènements tragiques, notamment le martyre de la jeune collégienne dont les derniers instants ont du être tragiques.  Dans cette contribution je vais rapidement sacrifier à l’habitude pour décrire très succinctement ce qui s’est passé ce mardi 17 octobre 1961 et les jours suivants qui ont vu les ratonnades se poursuivre. 17 octobre 1961.

 

« Il y a du sang dans Paris »

 

« C’est par ces mots que Sorj Chalandon rapportant le travail magistral du regretté Jean-Luc Einaudi qui osa braver les interdits, qualifie ce jour. Nous l’écoutons nous raconter comment Papon a préparé les assassinats: « Mardi 17 octobre 1961. Il est 9 heures. Maurice Papon, ancien délégué aux Affaires juives à Bordeaux de 1942 à 1944, compte ses hommes.(…) De Matignon, l’ordre tombe. Carte blanche. Aucune tentative de rassemblement, aucun début de manifestation ne peuvent être tolérés. Depuis l’été 1961, il n’y a pas là de quoi faire tourner la tête au passant parisien. Il est habitué aux perquisitions, aux rafles brutales. Il s’est résigné au sang sur le visage arabe. En août, les supplétifs harkis investissent des hôtels algériens de jour comme de nuit, brisent les mobiliers, cognent, lâchent les chiens. (…) Alors que l’OAS commence à frapper, des Arabes sont attaqués en pleine rue par des policiers.(…) Le «Français musulman d’Algérie» devient le «raton», le «bicot», le «fellouze» des racistes. La machine haineuse s’emballe. Les supplétifs torturent dans les caves de la Goutte-d’Or, (…)Et puis les noyés. Au milieu du mois de septembre, des cadavres sont retirés de la Seine. Certains ne seront jamais identifiés. (…) Chaque jour ou presque, la presse rapporte la découverte de cadavres à la dérive.» (1)

 

On aurait pensé que les policiers obéissant aux ordres ne faisaient que leurs « devoirs » il n’en fut rien, le zèle était dans l’air et par un racisme assumé, même les citoyens dans leur majorité participaient à des degrés divers à la curée

 

« 17 octobre. Il est 18 h 30. A Asnières, la police interpelle une centaine d’Algériens qui essayaient de prendre un improbable train. Pont de Neuilly, un policier interpelle un travailleur arabe. « Algérien? ». « Oui », répond l’autre. Sans un mot, le policier lui tire une balle dans le ventre et s’en va. (…) Par groupe de 20 ou 30, les Algériens se mettent en marche vers les bus et les cars. Certains arrivent à pied. Les plus fortunés tentent le taxi. (…) De nombreux chauffeurs de bus refusent les Algériens.

 

« Pas de ratons dans mon véhicule ». Tous les Arabes sont systématiquement interpellés. Les policiers investissent les bus, entrent, font sortir les Français musulmans les mains levées. La majorité des Français de métropole ne réagissent pas. Déjà, un peu partout, des haies de matraqueurs se forment. (…) »

 

« Partout, dans les flaques de pluie et de sang, il y aura ces visages blafards, ces mains tremblantes, ces yeux effarés, ces corps blottis les uns contre les autres, debout, assis, couchés, en équilibre entre morts et mourants. Et le bruit des matraques, des crosses, des coups de pieds. L’ordure des injures. 17 octobre. Vers 20 heures, Maurice Papon décide de réquisitionner les bus parisiens. Trop d’arrestations. La dernière fois que la Ratp a été mise à contribution, c’était les 16 et 17 juillet 1942. (…) Paul Rousseau, un gardien de la paix syndicaliste, voit des policiers jeter des Algériens par-dessus le pont de Clichy après les avoir massacrés au nerf de boeuf. (…) Il y a du sang dans Paris. Ce n’est pas une image. Sur les trottoirs, les pavés, la rambarde des ponts, sur les vitres brisées de magasins enfoncés par les corps, sur le sol des autobus. Et peu de Français réagissent.» (1)

 

Désarmés, forts de leurs bons droits, désarmés, les Algériens hommes femmes et enfants accomplissaient la marche de la dignité pour protester contre le couvre-feu qui leur est imposé. Les supplétifs harkis ont une énorme part dans la curée et ont massacré leurs propres coreligionnaires.

 

«Mais les Algériens marchent toujours. Partout. En groupes, en famille, en manifestation. C’est l’heure officielle du couvre-feu. (…) Des supplétifs ouvrent le feu au pistolet. Les femmes sont sévèrement matraquées. (…). Place de la République. Dans la nuit, le youyou des femmes arabes. A la Défense, de leurs fenêtres, des Français jettent des bouteilles sur les manifestantes. (…) La nuit se termine. « Et un raton, un! », lance un homme de salle de l’hôpital de Nanterre, voyant arriver un Algérien au crâne défoncé. Et puis Fatima Bédar, 15 ans à peine, elle s’est disputée avec sa mère le matin même pour avoir le droit d’assister aux manifestations. On la retrouvera le 31 octobre, noyée dans le canal St-Denis. Le bilan officiel concernant la journée et la nuit du 17 octobre 1961, est de 3 morts et de 64 blessés.» Depuis lors, jamais ces chiffres n’ont été révisés.»(1)

 

Combien de victimes innocentes le 17 octobre 1961?

 

Les estimations divergent selon les sources. Octobre 1961: deux morts, selon la version officielle. En 1991: 200 morts, selon Jean-Luc Einaudi. 1998: plus de 48 morts, selon la commission Geronimi. 2006 «bien plus» de 120 morts en deux mois, selon deux historiens anglais. Deux historiens britanniques, Jim House et Neil MacMaster, ont eu droit à un accès illimité aux archives de la préfecture de police. Ils examinent chaque document, constatent qu’un «processus systématique et presque général de falsification a bel et bien été mis en oeuvre lors de la préparation des documents et des dossiers relatifs aux Algériens assassinés». (…) Ils analysent pour leur part la crise de 1961 « comme un cycle de deux mois connaissant son pic le plus visible dans la nuit du 17 octobre». Conclusion: « En septembre et octobre, bien plus de 120 Algériens furent assassinés par la police en région parisienne; ce chiffre doit être comparé aux estimations de Linda Amiri (environ 130), du FLN (200)» Jean-Luc Einaudi donnera le nombre de 325 morts parmi les Algériens. Elles seraient plus de 300 victimes, certaines retirées de la Seine ou emportées par le courant jusqu’à la Manche» (2).

 

Dès le départ écrit Jean-Luc Einaudi, il y a eu un véritable travail de mise en oeuvre de mensonge d’Etat. Tout ce qui cherchait à faire éclater la vérité était interdit et saisi comme le livre «Ratonnades à Paris» de Pierre Vidal-Nacquet». Il ne faut pas croire que le 17 octobre fut une singularité, une bavure. Ce fut au contraire mûrement réfléchi, le maître d’oeuvre, Maurice Papon, un tortionnaire qui avait déjà sévi en Algérie à Constantine.

 

La double amnésie française et algérienne

 

Il est curieux d’observer une véritable  conspiration du silence à propos de ces massacres aussi bien du côté algérien que du côté  français.

 

Pour l’historien Gilles Manceron :

 

«   Il s’agit d’un événement d’une gravité exceptionnelle, dont le nombre de morts a fait dire à deux historiens britanniques [Jim House et Neil MacMaster, Les Algériens, la République et la terreur d'Etat, Tallandier, 2008]qu’il s’agit de la répression d’Etat la plus violente qu’ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l’histoire contemporaine. (…) Sur le moment, il y a eu censure de la presse, 

Par la suite, d’autres facteurs ont pris le relais.  (…)   C’est ici qu’un troisième facteur d’occultation a joué : la volonté du pouvoir algérien de ne pas mettre en valeur une initiative prise par la Fédération de France du FLN, qui avait organisé la manifestation du 17 octobre. La Fédération de France était en effet devenu un fief d’opposition au nouveau pouvoir en raison de son ouverture aux idéaux et aux valeurs de la gauche européenne, syndicale  Lors de la crise de l’été 1962 qui vit s’affronter, au sein du FLN, les prétendants au pouvoir, elle avait misé sur les civils du GPRA   (…) Les négociations d’Evian entre des représentants français et ceux du FLN s’ouvrent en mai 1961.   (…)   

 

Le premier ministre, Michel Debré, qui avait été dessaisi du dossier algérien par de Gaulle, avait insisté pour qu’on lui laisse celui du maintien de l’ordre en France métropolitaine,   Pour ce faire, il s’entoura de Roger Frey, nommé au ministère de l’intérieur en mai 1961  Surtout, il obtient le remplacement fin août d’Edmond Michelet, le garde des sceaux, qui s’opposait aux méthodes brutales et illégales mises en œuvre par Papon. (3)

Maurice Rajsfus a écrit   avec Jean-Luc Einaudi un livre remarquable qui tranche avec les mensonges de beaucoup d’historiens… Il s’intitule: Les silences de la police 16 juillet 1942-17 octobre 1961 On lit: «La direction «scientifique» de la préfecture de police de Paris a osé publier une histoire de cette noble Institution omettant deux dates récentes le 16 juillet 1942 et le 17 octobre 1961. Si vous voulez savoir ce s’est passé à Paris en 1942 et en 1961, si vous voulez savoir comment les fonctionnaires de la préfecture de police de Paris ont méthodiquement et massivement raflé les juifs pour les livrer aux nazis. Si vous voulez apprendre comment, de 1958 à 1962, Maurice Papon a importé les méthodes de la guerre d’Algérie à Paris. Le dernier chapitre de ce petit livre, qui expose comment de nombreux centres de torture ont alors été ouverts en pleine ville. Et comment la Seine a continûment charrié des cadavres, de 58 à 62, sous la responsabilité du même Maurice Papon.» (4).

 

On peut se demander pourquoi avoir décidé de cette marche connaissant les risques pour des personnes sans défense? On l’aura compris, ces morts ont été le « prix à payer » pour la Révolution, mais aussi le prix des luttes intestines au sein du FLN. Pourtant, après l’indépendance, du côté algérien ce fut aussi la chape de plomb. Les morts sans sépulture de la Seine nous interpellent. Ainsi, parce que la Fédération de France « faisait partie des vaincus », explique au Monde l’historien Jean-Luc Einaudi, il était hors de question, pour les nouveaux maîtres d’Alger, de laisser paraître un ouvrage qui « lui aurait fait de la pub ».(5)

 

« Pour Omar Boudaoud, responsable de la Fédération de France, l’action du 17 octobre n’avait pas pour but de faire courir un risque politique quelconque aux entretiens en perspective. (..) De plus, le Gpra était informé de notre action. A Tunis, le ministère de l’Intérieur dont dépendait alors, la Fédération -m’avait dit en substance: «Ceci est votre affaire. Si vous réussissez c’est la révolution qui réussit, si vous échouez, vous paierez votre décision.» Réponse: «J’ai compris, nous allons agir.» En fin de compte, le Gpra nous a félicités. On peut même soutenir qu’il s’est révélé plus important que celui des actions armées d’août 1958 en France.»(6)

 

Historien de l’Algérie contemporaine et de l’immigration, Jacques Simon a une autre explication qui attribue indépendamment de ces crimes à de Gaulle – qui a couvert ces crimes en laissant faire Debré, Frey et Papon, un rôle de stratège et de visionnaire, qui ne voulait pas compromettre l’avenir de la France  en créant une cinquième colonne dans le pouvoir algérien Il écrit  :

 

« (…) Bien avant mai 1958, De Gaulle sait que l’Algérie sera un jour indépendante.   il prépare soigneusement les conditions de sa dépendance économique et financière en organisant son accession à l’indépendance par étapes et de façon maîtrisée. (…) Dans le même temps,  De Gaulle va injecter dans l’ALN stationnée en Tunisie et au Maroc des centaines d’officiers "déserteurs" qui vont structurer l’ALN extérieure comme une armée professionnelle, avec un État-major général (EMG) dirigé par Boumediene. (…) Le général De Gaulle qui ne croit pas dans la capacité du GPRA de garantir les intérêts de la France, contacte Boumediene et soutient, dès l’ouverture de la crise du FLN pendant l’été 1962, l’alliance entre Ben Bella, et Boumediene.  C’est dans ce contexte que la Fédération de France du FLN, elle-même en désaccord avec sa direction  lance la bataille de Paris. Le but est triple: maintenir sa cohésion, garder le contrôle de l’émigration et peser dans la lutte engagée par les différentes fractions du GPRA, pour le pouvoir.  (7)

 

Le racisme à ciel ouvert

 

Il est impossible d’expliquer  ce refus de reconnaitre ces assassinats abjects, cette curée générale et cette collusion de tout le monde ce jour-là pour éliminer des hommes et des femmes dont la faute était de revendiquer la dignité, mais aussi d’appartenir à la race inférieure que le pseudo siècle des Lumières n’a pas pu effacer si on ne prend pas en compte une donnée essentielle à savoir que le fond rocheux blanc est structurellement raciste.

 

Dans l’étude suivante que nous résumons, le sociologue Saïd Bouamama déconstruit ce mythe des Lumières et nous explique comment les partis politiques de droite mais surtout de la gauche hypocrite ont assaisonné pour continuer à leur devoir en direction des races inférieures.

 

Ecoutons-le:

 

«(…) L’hégémonie culturelle est un concept proposé par Antonio Gramsci pour décrire la domination culturelle des classes dominantes. L’hypothèse de Gramsci est que cet «échec» des révolutions ouvrières est explicable par l’emprise de la culture de la classe dominante sur la classe ouvrière et ses organisations. (…) La mise en légende se réalise par occultation des contradictions et enjeux sociaux, négation de l’histoire et transformation de résultats historiques en caractéristiques permanentes et spécifiques de la «francité», du «génie français», Le processus de construction d’un «roman national» fut mis en oeuvre afin d’assurer l’hégémonie culturelle de la classe dominante. L’objectif de l’hégémonie culturelle étant de produire du consensus en faveur des classes dominantes, (modèle français de laïcité, pensée des Lumières comme caractéristique typiquement «française», abrogation de l’esclavage comme volonté de l’Etat français et non comme résultat de la lutte des esclaves, colonisation française posée comme différente des autres dans ses aspects «humanitaires» et «civilisateurs», etc.). (8)

 

«Les Lumières désignent un courant d’idées philosophiques en Europe qui a connu son apogée au dix-huitième siècle. Ce courant se caractérise par un appel à la rationalité et le combat contre l’obscurantisme. (…) le caractère ethnocentrique de la pensée des Lumières a également été dénoncé en soulignant que «là où nous lisons «homme», «humanité», «citoyenneté», c’est de l’humanité blanche et européenne que nous parlent les Lumières. Certes, dans les Lumières pourtant, les premières lueurs de nos valeurs. À condition d’ignorer la traite, la négritude, l’esclavage.» [8]

 

La construction du consensus colonialiste

 

« L’offensive idéologique de la classe dominante a créé l’espace mental qui a permis la colonisation. L’image des autres cultures et civilisations diffusée par la pensée des Lumières et amplifiée par la Troisième République, de même que l’idée d’être l’avant-garde de l’humanité ont préparé les esprits à la conquête (…) La perception de l’Autre comme un être dans l’enfance de l’humanité, confiné aux ténèbres de l’ignorance comme l’incapacité à contenir ses pulsions informe la pensée coloniale et la connaissance anthropologique» la majorité du Parti socialiste s’est ralliée à l’idée d’une colonisation « humaine, juste et fraternelle » et refuse de soutenir les nationalismes coloniaux qui attisent la haine des peuples, favorisent les féodaux ou la bourgeoisie indigène» ».  (8)

 

Said Bouamama poursuit  en démontrant  que le siècle des Lumières n’est pas antinomiques de la colonisation voire de l’esclavage. L’exemple le plus typique des « savants » est Buffon. Grâce à ce « scientifique » de l’académie française, une hiérarchisation des races s’installa grâce à ses nombreuses « études » sur l’anthropologie. Pour ce philosophe, les noirs sont au bas de l’échelle des hommes. Diderot n’est pas en reste, il n’avait aucun scrupule à engager des investissements dans les campagnes négrières tout en pleurant leur triste sort.  Dans Le livre noir du colonialisme, Catherine Coquery-Vidrovitch met en évidence l’exacerbation du sentiment de supériorité des Européens sur les Noirs à partir de cette époque. « Paradoxalement, le siècle des Lumières fut aussi celui où l’infériorité du Noir fut poussée à son paroxysme »écrit-elle. Voltaire, par exemple, n’échappe pas aux préjugés racistes (9)

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire Les Lumières n’ont pas combattu le pouvoir esclavagiste, ils ont simplement oeuvré pour qu’il soit plus insidieux – et surtout pour en être la tête. Voltaire qui écrivait « se servir de la religion pour tenir le peuple en laisse, cette populace incapable de se gouverner elle-même ! ». « Il est à propos que le peuple soit guidé, et non pas qu’il soit instruit, il n’est pas digne de l’être », écrit Voltaire. L’ambiguïté du discours des philosophes français pourrait se résumer ainsi : L’esclavage est un mal nécessaire. Montesquieu, dans L’esprit des lois, est certainement celui qui illustre le mieux ce double langage. « Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête, et ils ont le nez si écrasé, qu’il est presque impossible de les plaindre… Des petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains ». Bref, pour Montesquieu, la souffrance des esclaves est peu de chose (10)

 

Pas une syllabe sur l’esclavage euro-antillais chez Rousseau dans le « Discours sur l’origine de l’inégalité ». Il faut dire que ce « siècle des Lumières » était un véritable « siècle des ténèbres » pour la dignité humaine. Lisons ce que disent d’autres écrivains. Le « grand Hegel » écrit dans « La raison dans l’histoire » :

 

« L’homme en Afrique noire, vit dans un état de barbarie et de sauvagerie qui l’empêche encore de faire partie intégrante de la civilisation… Ce qui caractérise les nègres, c’est précisément que leur conscience n’est pas parvenue à la contemplation d’une quelconque objectivité solide, comme par exemple Dieu, la loi… ». Bossuet, par une rhétorique alambiquée se fait le confident de Dieu dans « Avertissement aux protestants », il écrit : « Condamner un état qui pratique l’esclavage, ce serait condamner le Saint Esprit qui ordonne aux esclaves par la bouche de Saint Paul de demeurer dans leur état, et n’oblige point les maîtres à les affranchir » ! (10)

 

Au coeur de la pensée des Lumières puis du discours colonial conclut Said Bouamama se trouve une approche culturaliste clivant le monde en civilisations hiérarchisées, expliquant l’histoire et ses conflits en éliminant les facteurs économiques et justifiant les interventions militaires «pour le bien» des peuples ainsi agressés. (…) C’est ce que nous avons appelé le «racisme respectable» c’est-à-dire un racisme ne se justifiant pas «contre» le racisé, mais s’argumentant de grandes valeurs censées l’émanciper.(…) (…)L’insulte ou la condescendance, le paternalisme, le maternalisme ou le fraternalisme d’une part et la condamnation indignée d’autre part, la diabolisation ou l’infantilisation, etc. sont des attitudes politiques extrêmement fréquentes à «gauche» et même à «l’extrême-gauche» (…)» (8).

 

Ce qui s’est passé le 17 octobre 1961 et les jours suivants dépasse de loin en cruauté les nuits de Cristal du IIIe Reich et même les déportations du camp de Drancy de la même manière plus de 12000 personnes furent parquées hommes, femmes, enfants. Comme pour Drancy, les transports furent réquisitionnés, ce sera la Ratp. Drancy sera remplacé par le Palais des sports et au stade Pierre de Coubertin. Ce n’est pas demain que la France se repentira de sa faute.

 

Avec de justes mots, Pierre Bourdieu rend à sa façon, justice aux martyrs, nous l’écoutons: «J’ai maintes fois souhaité que la honte d’avoir été le témoin impuissant d’une violence d’État haineuse et organisée, puisse se transformer en honte collective. Je voudrais aujourd’hui que le souvenir des crimes monstrueux du 17 octobre 1961, sorte de concentré de toutes les horreurs de la Guerre d’Algérie, soit inscrit sur une stèle en un haut lieu de toutes les villes de France, à titre de mise en garde solennelle contre toute rechute dans la barbarie raciste.» (11)

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.https://campvolant.com/2015/10/09/17-octobre-1961-il-y-a-du-sang-dans-paris-par-sorj-chalandon/

2.Pascal Riché Http://rue89.nouvelobs.com/2012/10/18/guerre-des-chiffres-combien-de-morts-le-17-octobre-1961-236329

3.http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/17/17-octobre-1961-ce-massacre-a-ete-occulte-de-la-memoire-collective_1586418_3224.html#6xY12d3bbY3xo0Pm.99

4. http://nopasaran.samizdat.net/article.php3?id_article=341

5.C. E. Chitour http://www.legrandsoir.info/17-octobre-1961-50-ans-d-amnesie-francaise

6.O. Boudaoud: Du PPA au MTLD,mémoire d’un combattant.p.187-188, Ed.Casbah 2007

7.http://actualite.algeeria.com/de-gaulle-lalgerie-et-le-massacre-du-17-octobre-1961

8. Saïd Bouamama 8 septembre 2012 http://quefaire.lautre.net/Les-fondements-historiques-et

9.Catherine Coquery-Vidrovitch, Le postulat de la supériorité blanche et de l’infériorité noire, Le livre noir du colonialisme, Robert Laffont, 2003.

10.Chems Eddine Chitour : L’Occident et la désymbolisation du mondehttp://www.millebabords.org/spip.php?article5257

11.Pierre Bourdieu: Le 17 octobre 1961, un crime d’État à Paris, Edits La Dispute, mai 2001.

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/252415-un-crime-d-etat-non-reconnu-au-nom-du-racisme.html

 

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

 

Posté par Michel Peyret

13 novembre 2016

René Naba, Sahara occidental ou République Arabe Sahraouie démocratique

 

« L’Algérie, indique René Naba, via la base de Mers El Kebir, tout comme la Syrie via la base de Tartous, accordent des facilités militaires à la marine militaire russe, brisant ainsi le monopole de la navigation des flottes de l’Otan en Méditerranée, un atout appréciable au moment où la Russie vient de dépêcher, en septembre 2016, pour la première fois depuis l’effondrement de l’Union soviétique, un porte-avions au large des côtes syriennes en appui à son aviation dans sa guerre contre les groupements du terrorisme islamiste. La Russie est à la fois le partenaire majeur de la Syrie dans sa «guerre contre le terrorisme», un fléau dont l’Algérie a pâti pendant la décennie 1990 et le partenaire majeur de l’Algérie au Maghreb. Des informations de presse non confirmées officiellement ont fait état de contacts syro-turcs en Algérie en vue de résorber le contentieux entre les deux pays, dans la foulée du rapprochement entre Moscou et Ankara, à la suite de la tentative de coup d’état contre le président Erdogan... »

 

Reprenons les considérations de géographie et d'histoire de René Naba...

 

Michel Peyret


novembre 4th, 2016 by René Naba

 

Le Maroc célèbre, le 6 novembre 2016, le 41e anniversaire de la «Marche Verte» marocaine (6 novembre 1975) sur fond de quatre camouflets retentissants dont trois sur le Sahara occidental :

 

  1. La décision de la Cour de Justice Européenne (CJUE) annulant le 10 décembre 2015 un accord entre le Maroc et l’Union européenne, tranchant en faveur des indépendantistes, mettant en question, par ricochet, la question de la souveraineté du Maroc sur ce territoire.

  2. La visite du Secrétaire général de l’ONU BA Ki Moom au Sahara, en mars 2016, qualifiant le Sahara occidental de «territoire occupé» en confirmation de la tendance juridictionnelle européenne.

  3. La réception par l’Egypte d’une délégation du « Parlement sahraoui », conduite par son président Khatri Addouh, 8 octobre 2016, à Sharm El Cheikh, à l’occasion des festivités marquant le 150e anniversaire de la création du Parlement égyptien, au cours de laquelle elle a été reçue par le président égyptien Abdel fattah Sissi. Cette rencontre prend à contre-pied la position officielle de l’État égyptien, qui avait indiqué, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Sameh Choukri, lors d’une visite en 2015 au Maroc, que son pays soutenait l’intégrité territoriale du royaume du Maroc.

  4. Le quatrième camouflet concernant proprement le Maroc a été le coup de théâtre infligé par la Cour de Cassation de France dans l’affaire du «chantage» au Roi du Maroc de la part de deux journalistes français Eric Laurent et Catherine Graciet, révélant au grand jour les tortuosités marocaines dans ses rapports avec la presse.

 

En riposte, le syndicat des pétromonarchies a décidé de faire cause commune avec le Royaume chérifien, l’intégrant au sein du Conseil de Coopération du Golfe, lors d’un sommet tenu le 21 Avril 2016 à Riyad, dans une démarche collective dont l’objectif sous-jacent, au delà de leur soutien à la position marocaine sur le Sahara Occidental, est de châtier l’Algérie dans son refus de participer à la déstabilisation de la Syrie et de criminaliser le Hezbollah libanais.

 

En contrepoint, l’Algérie, forte de son succès à la réunion de l’Opep le 28 septembre 2016 à Alger, opère son grand retour sur la scène diplomatique, après une décennie de léthargie, se posant dans une zone constellée d’états faillis, en facilitateur du règlement des conflits régionaux, comme ce fut le cas pour le Mali.

 

L’Algérie, via la base de Mers El Kebir, tout comme la Syrie via, la base de Tartous, accordent des facilités militaires à la marine militaire russe, brisant ainsi le monopole de la navigation des flottes de l’Otan en Méditerranée, un atout appréciable au moment où la Russie vient de dépêcher, en septembre 2016, pour la première fois depuis l’effondrement de l’Union soviétique, un porte-avions au large des côtes syriennes en appui à son aviation dans sa guerre contre les groupements du terrorisme islamiste.

 

La Russie est à la fois le partenaire majeur de la Syrie dans sa «guerre contre le terrorisme», un fléau dont l’Algérie en a pâti pendant la décennie 1990 et le partenaire majeur de l’Algérie au Maghreb.

 

Des informations de presse non confirmées officiellement ont fait état de contacts syro-turcs en Algérie en vue de résorber le contentieux entre les deux pays, dans la foulée du rapprochement entre Moscou et Ankara, à la suite de la tentative de coup d’état contre le président Erdogan.

 

Mohammad VI, pour sa part, a fait mine de prendre ses distances avec les États occidentaux qu’il soupçonne d’avoir cautionné la démarche de BA KI MOON, en fin de mandat. Dans un discours prononcé, le 20 avril, à Riyad, le souverain chérifien a adopté une tonalité anti-occidentale qui tranche avec son positionnement habituel. Offensif, souverainiste, voire un tantinet populiste, le Roi a choisi de s’attaquer, sans les nommer, aux puissances qui, selon lui, «complotent» contre les pays arabes stables. Entendre par là les monarchies arabes (les pétromonarchies du Golfe, la Jordanie et le Maroc. Précédé d’un voyage à Moscou, en mars, le Roi du Maroc a dénoncé un «automne calamiteux», dans sa première allusion publique au «printemps arabe», dans une démarche qui apparaît comme une prise de distance avec la stratégie occidentale.

 

Au niveau de l’Afrique

 

Après 32 ans de bouderie, le Maroc a fait part, en juillet 2016, de son intention de réintégrer le forum africain, dans sa nouvelle version l’Union Africaine, à l’occasion du sommet de Kigali. Le Maroc avait quitté l’OUA en 1984 en signe de protestation contre l’admission de la République sahraouie, mais la politique de la chaise vide ne parait pas avoir été payante, à en juger par le virage diplomatique à 180 degré opéré par la diplomatie chérifienne.

 

Mohammed VI a entrepris à la mi octobre 2016 une tournée en Afrique anglophone (Ethiopie, Rwanda, Tanzanie), la première du genre depuis son accession au trône il y a 16 ans, en vue d’améliorer la position diplomatique de son Royaume, dans une manoeuvre de contournement qui s’inscrit dans le prolongement de sa politique de partenariat avec les pays subsahariens, comme le Sénégal ou le Gabon, où il a vécu du temps de l’exil de son père, ou encore le Congo. Depuis 1984, plus de 30 pays dans le monde, dont les Seychelles, le Malawi, le Bénin ou encore le Tchad, sont revenus sur leur reconnaissance de la RASD.

 

Retour sur ce dossier qui empoisonne les relations de l’Algérie et du Maroc depuis 41 ans. Un conflit qui risque de perdurer en raison des positions apparemment irréconciliables des ses deux protagonistes majeurs, Rabat privilégiant le «Grand Maroc» au «Grand Maghreb» et Alger la priorité de son débouché maritime sur l’Atlantique, via la RASD, alors que le chef historique du mouvement indépendantiste sahraoui vient de décéder le 31 mai 2016 des suites d’une longue maladie.

 

L’historique du conflit

 

La République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), proclamée le 27 février 1976, par le Front Polisario, est un territoire de 266 000 km² du nord-ouest de l’Afrique, bordé par la province marocaine de Tarfaya au nord, l’Algérie au nord-est, la Mauritanie à l’est et au sud, tandis que sa côte ouest donne sur l’Atlantique.

 

Frontalier de l’Algérie sur 42 km, de la Mauritanie sur 1561 km, et du Maroc sur 443 km, les zones de contrôle du Maroc et du Polarisation sont séparées par un mur de sable, construit par les Marocains avec l’aide d’experts israéliens et américains.

 

La zone sous contrôle marocain se trouve à l’ouest du mur, la zone sous contrôle du Polisario à l’est. Le mur mesure plus de 2 000 km de long et permet de bloquer les véhicules. Il est composé d’une série de barrières fait de deux remblais de sable de 3 m de haut protégés par des champs de mines et de fortifications placées tous les 5 km.

 

41 ans après la proclamation de son indépendance, cette ancienne colonie espagnole n’a toujours pas trouvé de statut définitif sur le plan juridique.

 

Le Sahara occidental est en effet en proie à un conflit opposant les indépendantistes sahraouis du Front Polisario au Maroc qui revendique sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. Il figure sur la liste des territoires non autonomes selon l’ONU depuis 1963, suite à une demande du Maroc. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de 1991, le statut final du Sahara occidental reste à déterminer. Devenu un enjeu global illustrant la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, le dossier saharien bloque toujours la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

 

Le Front Polisario est un mouvement dont l’objectif est l’indépendance totale du Sahara occidental, revendication soutenue par l’Algérie, avait proclamé l’indépendance du territoire dans la foulée du retrait espagnol de cette enclave, en 1974. D’une superficie de 266.000 km2 pour une population de 519.415 habitants, soit une densité de 1,85 habitant par km2, le sahraoui parle arabe ou berbère. Sa monnaie nationale est la Peseta Sahraouie, monnaie commémorative frappée occasionnellement mais non utilisée dans les échanges commerciaux. Sa monnaie d’usage demeure le Dirham marocain, à tout le moins dans le secteur marocain du Sahara.

 

Depuis le cessez-le-feu de 1991, le Maroc contrôle et administre environ 80 % du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 % laissés par le Maroc derrière une longue ceinture de sécurité, le «mur marocain».

 

La période pré coloniale

 

En 1048, des Berbères de l’ouest du Sahara (actuelle Mauritanie) se coalisent sous l’impulsion d’un prédicateur malékite marocain, Abdallah Ibn Yassine et d’un chef local et fondent le mouvement almoravide.

 

Ils conquièrent et unifient les tribus du Sahara occidental entre 1042 et 1052, puis s’emparent du Maroc actuel (alors éclaté en petits émirats à la suite de la chute de l’empire chérifien des Idrissides) et d’une grande partie de la péninsule Ibérique (Al-Andalous).

 

Les Almoravides ont pour capitale et base Marrakech. À leur chute aux mains des Almohades (1147), -Al Mouwahaddine /Les unificateurs- le territoire perd son organisation.

 

Au XVe siècle et XVIe siècle, les Portugais et les Espagnols installent des forts sur la côte, mais en sont chassés après quelques décennies.

 

Au XVIe siècle, les Saadiens ouvrent une nouvelle période d’influence du Maroc sur le Sahara occidental, qui se traduit par de multiples liens juridiques d’allégeance entre le sultan du Maroc et certaines des tribus vivant sur le territoire du Sahara occidental.

 

Le Sahara espagnol

 

En 1884, l’Espagne place ce territoire sous son protectorat. La prise de contrôle est confirmée par la conférence de Berlin de 1884-1885. Elle établit des comptoirs commerciaux et une présence militaire.

 

Les frontières ne sont pas clairement définies, jusqu’au traité entre la France et l’Espagne, datant du début du XXe siècle. Les tribus locales luttent contre la puissance coloniale avec l’aide du sultan marocain. Cet appui cesse lorsque ce dernier est soumis à un protectorat franco-espagnol en 1912.

Le Sahara espagnol est créé à partir des territoires de Río de Oro et de Saguia el-Hamra en 1924. Il est administré en commun avec le protectorat de cap Juby (Tarfaya) et séparément des territoires appelés Maroc espagnol.

 

Dès 1965, l’ONU pousse l’Espagne à décoloniser ce territoire ainsi que le protectorat de cap Juby (tarfaya) et l’enclave d’Ifni, et dans ce but engager des consultations avec le Maroc. Mais l’Algérie est alors en conflit ouvert avec le Maroc au sujet du tracé de leur frontière commune (guerre des sables, 1963).

 

De plus, le Maroc et la Mauritanie ont aussi des revendications territoriales opposées sur ce territoire, le Maroc refuse de reconnaître la Mauritanie. De ce fait, les trois voisins du Sahara occidental ne parviennent pas à créer un front commun face à l’Espagne qui perpétue ainsi sa domination.

 

Le règlement du conflit algéro-marocain et un accord conclu entre le Maroc et la Mauritanie permettent d’unifier le front anti-espagnol. Parallèlement, plusieurs groupes locaux se lancent dans la résistance armée aidé par l’armée de libération nationale marocaine issue de la lutte populaire marocaine contre l’occupation hispano-française du Maroc.

 

La guerre du Sahara occidental

 

En 1975, un avis consultatif de la Cour internationale de justice confirme l’existence de liens historiques entre les populations du Sahara occidental et le Maroc, ainsi que l’ensemble mauritanien, mais conclut qu’ils ne sont pas de nature à empêcher un référendum d’autodétermination, en y rendant inapplicable la notion de terra nullius.

 

Quelques jours après cet avis, Hassan II, Roi du Maroc organise la marche Verte (6 novembre 1975) pour marquer la volonté d’une souveraineté marocaine sur ce territoire. Ceci amène l’Espagne à signer les accords de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie, le 14 novembre 1975, pour officialiser le partage du territoire.

 

Le Maroc obtient les deux tiers nord, et la Mauritanie le tiers sud ; l’Algérie et les Sahraouis ne sont pas consultés. La bataille d’Amgala en 1976 entre forces marocaines et algériennes sur le territoire du Sahara occidental montre le soutien actif de l’Algérie au Polisario.

 

Entre fin 1975 et 1976, des dizaines de milliers de Sahraouis quittent le Sahara occidental, fuyant la guerre vers les camps de réfugiés de Tindouf en Algérie, encadrés par le Polisario.

 

Après le putsch en Mauritanie qui renverse Moktar Ould Daddah en juillet 1978, le Front Polisario déclare un cessez-le-feu unilatéral avec Nouakchott.

 

Le cessez-le-feu est approuvé par l’ONU et le 10 août 1979 un traité de paix est signé dans lequel la Mauritanie cède sa partie du Sahara au Front Polisario. Le 14 août 1979, le Maroc annonce l’annexion de l’ancien territoire mauritanien.

 

Dans la décennie 1980, le Maroc érige un mur de défense qui sépare le territoire en deux, les 20 % à l’est du mur étant désormais sous le contrôle du Front Polisario. Une guerre d’embuscades avec le Front Polisario prend fin en 1991 suite à un cessez-le-feu favorisé par la médiation de l’Organisation des Nations unies ; un référendum organisé par les Nations unies sur le statut final a été reporté à plusieurs reprises.

 

Depuis le départ des Espagnols, l’ONU considère que le Sahara occidental est un territoire sans administration. En 2002, un avis de droit de Hans Corell, vice-secrétaire général aux questions de droit, conclut que le Maroc n’est pas la puissance administrante du territoire. Le document S/2002/161 indique16 : «Le 14 novembre 1975, une déclaration de principes sur le Sahara occidental a été signée à Madrid par l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie (l’accord de Madrid).

 

En vertu de cette déclaration, les pouvoirs et responsabilités de l’Espagne, en tant que puissance administrante du territoire, ont été transférés à une administration tripartite temporaire.

 

L’accord de Madrid ne prévoyait pas de transfert de souveraineté sur le territoire ni ne conférait à aucun des signataires le statut de puissance administrante, statut que l’Espagne ne pouvait d’ailleurs unilatéralement transférer. Le transfert des pouvoirs administratifs au Maroc et à la Mauritanie en 1975 n’a pas eu d’incidence sur le statut du Sahara occidental en tant que territoire non autonome.»

 

À partir de 2003, certains documents de l’ONU qualifient le Maroc d’«autorité administrante», ce qui lui donnerait le droit d’exploiter les ressources naturelles du territoire, par exemple d’autoriser des concessions pétrolières. Le gouvernement de la RASD se revendique lui aussi puissance administrante du territoire.

 

Dans un rapport publié en 2006 par Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations unies, il est indiqué qu’aucun État membre de l’ONU ne reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.

 

Situation politique

 

Le Sahara occidental est un enjeu majeur de la rivalité entre le Maroc et l’Algérie.

 

Le Maroc accuse celle-ci de chercher une ouverture sur l’océan Atlantique, tandis que l’Algérie affiche la volonté d’endiguer ce qu’elle a appelé «l’expansionnisme chérifien», «grave danger» pour tous les voisins de l’Est et du Sud.

 

La rivalité a longtemps été entretenue dans le contexte de la guerre froide, le Maroc étant soutenu par l’Europe occidentale, les États-Unis, les monarchies du golfe Persique ainsi que par Israël, tandis que l’Algérie était appuyée par le Bloc de l’Est, notamment l’URSS et Cuba.

 

Position marocaine

 

Le Sahara occidental est considéré par le Maroc comme constituant ses provinces du Sud (dit Sahara marocain). Ce pouvoir est revendiqué comme historique et légal par le Maroc sur cette partie du Sahara.

 

Le Maroc rejette les conclusions de l’avis consultatif de la Cour internationale de justice de 1975 : selon lui, la cour a commis une erreur d’interprétation en cherchant à utiliser un cadre juridique occidental.

 

Les liens d’allégeance historiques exprimés par de nombreux chefs sahraouis sont constitutifs de la nation marocaine comme de l’appartenance du Sahara occidental au Maroc, et il n’existe pas d’autre source historique de souveraineté. Les échanges commerciaux dans le territoire était monnayés en Dirhams marocains, les chefs locaux étaient désignés par le Maroc, et il existe aussi des archives de traités de libre-échange entre le Maroc et certaines nations européennes à la fin du XIXe siècle qui mentionnaient le territoire du Sahara occidental comme étant une partie intégrante du Maroc.

La question du Sahara occidental est également un facteur majeur de stabilité politique au Maroc : selon les autorités, le rattachement du territoire fait l’objet d’un consensus national, et un gouvernement qui agirait à l’encontre de ce consensus se heurterait immédiatement à une forte hostilité de la population.

 

Le Maroc affirme que le Polisario n’est qu’une marionnette aux mains de l’Algérie qui est le véritable protagoniste dans l’affaire, de par ce fait, elle a été pendant longtemps la seule partie avec laquelle le Maroc était prêt à négocier. Il ne reconnaît pas le Polisario comme organisme représentatif de la population sahraouie.

 

Après des contacts officieux, le Maroc a accepté de traiter directement et officiellement avec le Polisario en 2007 en tant qu’un des protagonistes du conflit.

 

Le Maroc n’a cessé de répéter dans toutes les grandes instances internationales sa position concernant ce qu’il considère être l’utilisation des populations sahraouies «marocaines» comme moyen de marchandage (aides ONG détournées, esclavagisme dans les camps), une liberté de mouvement quasi nulle, une surestimation du nombre de réfugiés avec le refus catégorique du Polisario de les recenser, et le détournement de l’aide humanitaire destinée aux populations des camps.

 

Malgré cela, quelques milliers de Sahraouis ont rallié le Maroc, soit à partir des Îles Canaries (Espagne), soit depuis la Mauritanie.

 

Parmi eux, des cadres du Polisario, qui ont par la suite dénoncé «un mouvement totalitaire marxiste du temps de la Guerre Froide» et «des graves violations des Droits de l’Homme dans ces camps».

 

En 2006, le Maroc a décidé de donner à ce qu’il considère comme son territoire une autonomie interne, et a confié au Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS) l’étude des possibles statuts d’autonomie dans la région. Cependant, le Polisario et l’Algérie refusent toute solution qui ne comporte pas l’option de l’indépendance du territoire contesté.

 

Le Maroc préconise une large autonomie dans le cadre de la souveraineté du royaume alaouite pour résoudre le conflit.

 

La proposition d’autonomie du Sahara occidental est soutenu par plusieurs pays comme les États-Unis, la France, l’Espagne ainsi que la majeure partie des pays faisant partie de la Ligue arabe, à prépondérance monarchique.

 

Position du Polisario

 

Pour le Polisario, le Sahara occidental est un «territoire occupé», dont le gouvernement légitime est la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Le Polisario appelle au droit d’autodétermination du peuple sahraoui, qui doit pouvoir s’exprimer dans un référendum. Bien que l’ONU ne reconnaisse pas la RASD comme État, elle considère que le Polisario est une des parties impliquées dans le conflit. La RASD fait partie de l’Union africaine mais n’est reconnue ni par la Ligue arabe, ni par aucun pays européen ou membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.

 

Position algérienne

 

Après le retrait de l’Espagne et l’annexion par le Maroc et la Mauritanie, l’Algérie aide les indépendantistes dans leurs revendications à l’indépendance, et accueille une majorité des réfugiés sahraouis. Elle est pour la mise en application des résolutions de l’ONU concernant l’organisation d’un référendum du peuple sahraoui sous les auspices de l’ONU. En 1976, l’armée algérienne a été directement impliquée dans le conflit, lors de confrontations à Amgala, avant de se retirer militairement. L’Algérie a continué de soutenir financièrement et diplomatiquement le Front Polisario et est le dixième pays à avoir reconnu la RASD.

 

Sa position officielle est «qu’elle n’a pas de revendications territoriales sur le Sahara occidental, qu’elle n’est pas partie prenante dans le conflit qui oppose la RASD et le royaume du Maroc, et que son soutien aux indépendantistes sahraouis relève de ses principes d’aide à tous les peuples qui luttent pour la décolonisation de leur pays à travers le monde».

 

Position de l’ONU

 

En 1963, le Sahara occidental a été inscrit, à la demande du Maroc sur la liste des territoires non autonomes selon l’ONU, alors qu’il était encore une colonie espagnole. Le territoire a toujours conservé ce statut depuis.

 

L’ONU est directement impliquée depuis 1988, lorsque le Maroc et le Polisario se sont mis d’accord pour la tenue d’un référendum d’auto-détermination, afin d’obtenir une issue pacifique au conflit. En 1991, l’ONU a obtenu un cessez-le feu entre les belligérants, selon un calendrier qui stipulait la tenue du référendum l’année suivante. Suite à des désaccords incessants sur la composition des listes électorales, ce référendum n’a pas encore eu lieu.

 

En avril 2007, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une nouvelle résolution (n° 1754) qui engage les parties à négocier « n vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental». Ces négociations directes se déroulent depuis à Manhasset dans l’État de New York.

 

Le 21 avril 2008, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, Peter van Walsum déclare que l’indépendance du Sahara occidental, n’était, à ses yeux, pas «un objectif atteignable». Il estime en effet qu’en l’absence de «pression sur le Maroc pour qu’il abandonne sa revendication de souveraineté», un «Sahara occidental indépendant n’était pas une proposition réaliste».

 

Le 30 avril 2008, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 1813 qui «fait sienne la recommandation formulée dans le rapport selon laquelle il est indispensable que les parties fassent preuve de réalisme et d’un esprit de compromis afin de maintenir l’élan imprimé au processus de négociation.

 

Position de l’Union africaine

 

Pour l’Union africaine (ancienne Organisation de l’unité africaine), la RASD est un État membre avec toutes ses prérogatives. La décision de l’OUA d’accepter la RASD comme membre en 1982 a conduit le Maroc à quitter l’organisation en 1985. Le Maroc reste le seul pays africain non membre de l’UA pour sa non-adhésion au principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.

 

Cependant, la position de l’Union africaine n’est pas partagée par de nombreux pays membres qui ne reconnaissent pas la RASD.

 

Selon la direction générale de l’aide humanitaire (ECHO) de la commission européenne, 155 430 réfugiés sahraouis se trouvent dans les camps de Tindouf, en Algérie.

 

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en nourrit 90 000. Le Maroc conteste ces chiffres, et un ancien membre du Front Polisario parle de 25 000 réfugiés.

 

Les quatre principaux camps sont nommés El Aaiun, Awserd, Smara et Dakhla, d’après des villes du Sahara occidental. Il existe également des communautés réfugiées en Mauritanie, aux îles Canaries, en Espagne métropolitaine et à Cuba.

 

Le Maroc, qui considère que le Sahara occidental fait partie de son territoire, l’a inclus dans les trois provinces du Sud :

 

  • Guelmim-Es Smara (en partie)
  • Laâyoune-Boujdour-Sakia el Hamra (en partie)
  • Oued Ed-Dahab-Lagouira (en totalité)

Ce découpage régional n’est pas reconnu internationalement, et les régions marocaines couvrent également le territoire situé au delà du mur marocain, qui est sous contrôle effectif du Front Polisario.

 

L’essentiel de la population se trouve à Laâyoune (env. 200 000 habitants).

 

Les principales villes du Sahara occidental sont:

 

    • Laâyoune (El Aaiun) = 183.691

    • Dakhla (Ad Dakhla, Villa Cisneros) = 58.104

    • Smara (Semara) = 40.347

    • Boujdour = 36.843

    • Sous contrôle du Front Polisario

Aucune statistique récente de population n’est disponible pour les localités sous contrôle du Polisario. La population totale représente au plus quelques milliers de personnes, en majorité nomades : Agwanit, Amgala, Bir Lehlou, capitale temporaire de la RASD, Bir Tirrissit, Dougaj, Mehaires, Mijek.

 

René Naba

 

ILLUSTRATION

 

Fig. 1. Détail de la « General Map of Africa ». E. Hertslet, Map of Africa by Treaty, Printed for Her Majesty’s Stationery Office, 3e édition, 1909.

Posté par Michel Peyret

12 novembre 2016

Tahar Ben Jelloun, Daech n'est pas un accident de l'histoire

 

« Daech n'est pas un accident de l'histoire, expose Tahar Ben Jelloun. Il n'est pas né de rien. Il plonge ses racines dans cette vision littéraliste et obscurantiste de l'islam, représentée officiellement par certains États du Golfe. Le djihadisme est la conséquence logique et prévisible de cette lecture anachronique du Coran et des dits du prophète Mahomet. Seule la réfutation idéologique de cette vision de l'islam aurait pu empêcher l'émergence de cette dérive guerrière et meurtrière. Comme l'explique Mahmoud Hussein : « Daech réhabilite la vision théologico-politique du monde et congédie globalement l'héritage des Lumières, qu'il présente comme son prolongement colonial, comme une entreprise criminelle dirigée contre la loi de Dieu. » Ainsi les sociétés musulmanes n'osent pas avancer ou discuter de quoi que ce soit dès qu'il s'agit de religion. Elles sont figées, bloquées, se sentant menacées si elles ouvrent un débat... »

 

Reprenons l'analyse de Tahar Ben Jelloun...

 

Michel Peyret


Tahar Ben Jelloun - Pourquoi les musulmans n'ont pas su s'opposer à Daech

 

Dans "Les Musulmans au défi de Daech", Mahmoud Hussein montre comment l'islam a échoué à se réformer, laissant le champ libre à une vision littérale du Coran.

 

Par Tahar Ben Jelloun

Publié le 06/11/2016 à 10:15 | Le Point.fr

Combattant de Daech lors de la prise de Mossoul par l'État islamique en juin 2014. 

Combattant de Daech lors de la prise de Mossoul par l'État islamique en juin 2014.  © Reuters


L'État islamique d'Irak et de Cham (Daech) se veut l'incarnation d'un islam où le Ciel régit les choses de la Terre, autrement dit, le temps est considéré par le croyant comme un reflet de l'éternité. Cette vision fige l'islam dans un statut rigide et immuable. Elle provient d'une lecture littéraliste du Coran, une lecture sans distance, sans symboles ni métaphores, une lecture où la Raison a été répudiée et où tout débat est assimilé à une forme de rébellion, une remise en question qui induit l'athéisme.

 

Ce courant a été privilégié par un grand théologien du XIIIe siècle, Ibn Tamyyia, et propagé au XVIIIe siècle par Ibn Adelwahhab. C'est ce courant et cette vision d'un islam rigoriste que suivent des pays comme l'Arabie saoudite et le Qatar. C'est aussi l'idéologie que prônent les Frères musulmans.

 

Mahmoud Hussein, après avoir consacré deux volumes à la Sîra (la vie du prophète Mahomet) et analysé Ce que le Coran ne dit pas (Grasset), explique dans un nouvel ouvrage, Les Musulmans au défi de Daech (Gallimard), comment et pourquoi la communauté musulmane de par le monde n'a pas su ou pu s'opposer à Daech, à son discours démagogique, basé sur une interprétation fallacieuse des textes et de l'histoire.

 

Dictatures

 

En fait, le monde musulman, divers et semblable, n'a jamais réussi à se libérer d'un lourd fardeau historique qui a empêché l'émergence de l'individu, la libération de la femme et l'émancipation de l'intelligence et de la culture. Ainsi la modernité n'a pas trouvé sa place dans les sociétés qui mettent l'islam au-dessus du contrat social. Pourtant, Mahmoud Hussein nous rappelle que vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe, des tentatives de « réformer l'islam » afin de l'adapter aux temps modernes ont eu lieu en Égypte, en Irak, en Syrie, en Indonésie et aussi en Tunisie.

 

Elles ont échoué pour des raisons plus politiques que religieuses. Des partis autoritaires et non démocratiques se sont opposés à cette modernité devenue un danger majeur pour leur existence. En même temps, l'Occident, et en particulier l'Amérique, n'a rien fait pour encourager ces réformes et a au contraire soutenu et protégé des dictatures dans des États comme l'Arabie saoudite où on applique la charia.

 

L'option laïque et démocratique des Palestiniens sera à son tour étouffée par le courant islamiste. Il faut dire que l'implication des Saoudiens dans la guerre en Afghanistan va justifier le soutien des Américains à cet État wahhabite.

 

Daech réhabilite la vision théologico-politique du monde et congédie globalement l’héritage des Lumières, qu’il présente comme son prolongement colonial

 

Daech n'est pas un accident de l'histoire. Il n'est pas né de rien. Il plonge ses racines dans cette vision littéraliste et obscurantiste de l'islam, représentée officiellement par certains États du Golfe. Le djihadisme est la conséquence logique et prévisible de cette lecture anachronique du Coran et des dits du prophète Mahomet. Seule la réfutation idéologique de cette vision de l'islam aurait pu empêcher l'émergence de cette dérive guerrière et meurtrière. Comme l'explique Mahmoud Hussein : « Daech réhabilite la vision théologico-politique du monde et congédie globalement l'héritage des Lumières, qu'il présente comme son prolongement colonial, comme une entreprise criminelle dirigée contre la loi de Dieu. »

 

Ainsi les sociétés musulmanes n'osent pas avancer ou discuter de quoi que ce soit dès qu'il s'agit de religion. Elles sont figées, bloquées, se sentant menacées si elles ouvrent un débat. Elles sont dans « un temps zéro ». D'où la terreur comme réponse à ceux que Daech considère comme des opposants ; il gomme la complexité non seulement du message divin, mais annule et condamne tout effort humain (le vrai djihad) pour améliorer la condition humaine.

 

Mahmoud Hussein rappelle justement comment Daech ignore les versets qui font des gens du Livre (les juifs et les chrétiens) des adorateurs de Dieu l'Unique. Le Coran reconnaît les prophètes des autres religions monothéistes et incite les croyants à les vénérer et à les respecter. Tout cela n'arrange pas les thèses idéologiques de Daech qui poursuit sa guerre contre la Raison et l'Intelligence des Lumières. Daech a mis en place une vision de l'islam faite « non pour convaincre, mais pour terroriser, non pour gagner les esprits, mais pour éveiller les instincts les plus primitifs et les plus meurtriers ».

 

Trahison

 

Comme l'auteur l'avait déjà expliqué dans Penser le Coran (Folio Essai), il revient en conclusion de ce bref essai, juste et nécessaire, sur la parole de Dieu, distincte de Dieu. Car elle s'implique dans le temps des hommes. Il est des versets circonstanciels et d'autres, perpétuels : « Donner à tous les versets la même portée, c'est donner une portée perpétuelle à des versets que Dieu a voulu circonstanciels, c'est trahir sa parole en prétendant lui être fidèle. »

 

Ce livre d'à peine 80 pages est ce qui a été écrit de plus clair et de plus intelligent et de plus précis sur la mécanique de la régression et de l'obscurantisme qui minent l'islam depuis des décennies et figent les sociétés musulmanes dans un immobilisme aggravé par l'ignorance et les mensonges.

Posté par Michel Peyret

Maroc, pas vu à la télé

 

Publié le 6 Novembre 2016

Aujourd'hui

Rabat  écrit l'Histoire,

se donne RDV avec l'histoire :

Imaginez ! ces drapeaux et banderoles aujourd'hui , dans les rue de Rabat 

 

Sans rabatteurs, sans argent, sans les appels des imams, sans des perspectives électoralistes, et malgré le risque de la bastonnade, de la répression...les masses populaires battent le pavé et ce, à travers tout le pays ​​​​​​.

 

Chapeau bas camarades !

 

Rédigé par Canaille Lerouge

L’Algérie, c’est lui aussi, le grand kateb Yacine

 

01 Novembre 2016
 
 

Je l’ai rencontré un soir chez des amis, dans les coupes de vin l’hotesse avait glissé quelques fleurs de jasmin…  mais écoutez le plutôt…

Maroc, la réalité d'une monarchie autoritaire explose au visage du monde

 

Publié le 31 Octobre 2016

Refusant que sa marchandise

soit confisquée par la police,

Mouhcine Fikri

a été broyé dans une benne à ordures.

Maroc, la réalité d'une monarchie autoritaire explose au visage du monde

La mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson broyé dans une benne à ordures après la confiscation de sa marchandise par la police pousse des milliers de personnes en colère à manifester à travers tous le pays.

 

« Criminels, assassins, terroristes », scandaient notamment les manifestants, ou encore « Ecoute makhzen [palais royal], on n’humilie pas le peuple du Rif ! ». Le rassemblement s’est déroulé sans incident.

 

Des manifestations de moindre ampleur ont eu lieu dans plusieurs autres villes du Rif, mais aussi à Casablanca, Marrakech et Rabat, où plus d’un millier de personnes ont défilé au cri de « Nous sommes tous Mouhcine ! », brandissant la photo de la victime ou une pancarte provocatrice « Bienvenue à la COP22, ici on broie les gens ».


Petit point d'histoire que rappelle en partie et faussement "le Monde" qui écrit "La ville côtière d’Al-Hoceima, comptant environ 55 000 habitants, fut le cœur de la révolte contre le colonisateur espagnol dans les années 1920, puis le théâtre d’une insurrection populaire en 1958".

 

Le Monde oubliant au passage de signaler que la France de 1921 à 1926 au côté de l'Espagne se singularisera dans une répression qui sera l'occasion pour le jeune PCF de s'engager frontalement dans la solidarité internationale et la lutte anticoloniale.

 

C'est pour s'être opposé à la guerre du Rif que Pierre Semard alors secrétaire général du PCF sera emprisonné.

 

C'est lors de la guerre du Rif que se nouera la "fraternité d'arme et de conviction" entre un certain Franco et son ami Pétain 

 

Longtemps délaissée sous le règne de Hassan II, la région du Rif a une réputation de frondeuse et entretient des relations difficiles avec le pouvoir central. Elle fut aussi l’un des principaux foyers de la contestation lors du mouvement du 20-Février, la version marocaine des Printemps arabes en 2011.

 

La guerre du Maroc,  rappelle  B Ducoulombier présentant un ouvrage sur la période http://www.laviedesidees.fr/Une-guerre-coloniale-oubliee-le.html:

 

 "coté Espagne a porté Primo de Rivera au pouvoir, et constitué pour Francisco Franco une école et un marchepied. Elle a scellé aussi la rencontre entre Philippe Pétain et la droite traditionaliste et philofasciste de la péninsule : sous l’œil attentif du dictateur, le maréchal vainqueur reçoit en février 1926 à Tolède la médaille militaire des mains du roi Alphonse XIII. Auréolé de son prestige acquis pendant la Première Guerre mondiale, Pétain a écarté Lyautey avec la bénédiction de Paul Painlevé, et a transporté au Maroc les méthodes de la guerre européenne. Le besoin était urgent que soit porté le coup de grâce à la « République du Rif », qui menaçait l’équilibre du protectorat marocain. "

 

Plus que du révisionnisme historique, ne faire de la guerre du Rif (et du sentiment nationale rifain ) qu'un épisode d'un affrontement entre le Maroc (rapporté à la monarchie chérifienne -installé par la France) et l'Espagne est un contre sens et sert à masquer la réalité des luttes républicaines qui se jouent depuis plus d'un siècle ainsi que le rôle de premier plan de l'impérialisme français.

 

La mort de Mouhcine Fikri survient quasiment à la date anniversaire de l'enlèvement et l'assassinat de Medhi Ben Barka par les hommes de main du père de l'autocrate en place aujourd'hui.

 

Les méthodes policières répressives (comme la violation des résolutions de l'ONU concernant le Sahara occidental) sont la vie quotidienne du Maroc où le Monarque face à la montée des colères populaires et l'exigence démocratique joue une dangereuse carte de l'islamisation qui menace d'embraser tout le Maghreb.

 

On attend avec impatience les expression de solidarité internationale qui établissent la continuité entre le Rif de 1921, le Sahara occidental, tel que s'est encore exprimé avec Abraham Serfaty  et la répression vivement entretenue  par la maison royale, avec la bienveillance de Paris. 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

 

Institutions pipées. Aujourd’hui nous commémorons l’anniversaire du massacre perpétré, le 17 octobre 1961, contre nos compatriotes résidant à Paris le 17 octobre 1961, par la police française.

55 ans après, tout n’a pas été dit sur cet horrible crime dont l’Etat français est responsable. Au-delà de la narration des faits que tout le monde connaît, la vérité historique est toujours frappée du sceau « secret défense » en France. 55 ans après, les autorités françaises refusent toujours d’ouvrir les archives aux chercheurs sur cette barbarie. Allant même, pour cela, jusqu’aux mensonges. Parmi les nombreux témoins, Mme Monique Hervo, écrivaine française qui avait manifesté ce jour-là aux côtés des Algériens, est toujours scandalisée. Lundi dernier, et après un « appel contre l’oubli » elle a réaffirmé qu’elle est « toujours autant horrifiée par le refus de reconnaître la réalité du massacre du 17 octobre 1961 qui se déroula dans la capitale française.

 

Manifestation extrêmement pacifique de 40 000 Algériens contre un couvre-feu qui leur était imposé et de la gigantesque ratonnade qui s’abattit sur eux ». Elle ajoute que « les archives de la brigade fluviale, dont on disait qu’elles étaient détruites, ne le sont pas ». C’est précisément cette persistance de l’Etat français à tout faire pour cacher la vérité qui devrait interpeller autant les hommes politiques que les historiens. Certains ont tenté d’accréditer l’idée de la totale et unique responsabilité à Maurice Papon, préfet de police de Paris à l’époque. Sauf que les mêmes ont tout fait lors de son procès en 1997 pour « crime contre l’humanité » au motif qu’il avait fait déporter 1 600 juifs lors de la Seconde Guerre mondiale, pour ne pas rajouter à son dossier les massacres d’Algériens du 17 octobre 1961. Ce qui confirme que personne ne peut croire qu’il ait pu décider seul les massacres en question sans ordre de sa hiérarchie. D’abord, du ministre de l’Intérieur de l’époque, Roger Frey, un proche de Jacques Soustelle, un acharné de « l’Algérie française » et partisan de l’OAS. Ensuite du Premier ministre d’alors, Michel Debré, autre défenseur de « l’Algérie française » devant l’Eternel. Autant d’anomalies qui expliquent le fonctionnement bancal de l’Etat français. Car et il ne faut pas oublier qu’un mois auparavant, le 8 septembre 1961 plus précisément, le président de la République française, Charles De Gaulle, avait échappé à un attentat de l’OAS dans la commune de Pont-sur-Seine alors qu’il se rendait à Colombey-les-Deux-Églises. Ajoutons que les Français avaient exprimé, lors du référendum au mois de janvier (toujours) en1961, leur « oui franc et massif » à plus de 75% pour l’autodétermination de l’Algérie. Que des négociations avec le GPRA avaient commencé le 20 mai 1961. Dans un tel contexte de fin de guerre, qui, en France, pouvait réagir sauvagement contre des Algériens qui manifestaient pacifiquement ? Une piste que l’Etat français refuse d’ouvrir, au nom de la cohésion sociale.

 

Cependant, la vérité, sur le 17 octobre 1961 ainsi que celle sur le 8 mai 1945, éclatera. Tôt ou tard !

 

17 Octobre 2016

»» http://www.lexpressiondz.com/edito/252119-la-france-et-les-massacres-d...
URL de cet article 31030 

11 octobre 2016

OPEP : Les coulisses de l'accord d'Alger

 

Par Richard Labévière

http://prochetmoyen-orient.ch/petrole-les-coulisses-de-l-accord-d-alger/

 

Alger, le 5 octobre 2016.

 

Salué par l’ensemble des pays producteurs d’hydrocarbures, c’est bien un « accord historique » qui a été conclu à Alger le 28 septembre dernier. La décision des pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a pris investisseurs et observateurs par surprise. Au terme d’une réunion de près de six heures et de plusieurs semaines de tractations, l’OPEP a annoncé le retour de sa production à un niveau de 32,5 à 33 millions de barils par jour, contre 33,47 mbj en août selon l’Agence internationale de l’Energie (AIE).

 

C’est effectivement à la surprise générale que l’OPEP est parvenu à cette décision historique d’Alger, afin de réduire la production d’or noir (quelque 750 000 barils par jour) pour soutenir les prix durablement affaiblis par une offre excédentaire depuis plusieurs années. Il s’agit de la plus grosse réduction de production depuis celle décidée après la chute des cours durant la crise de 2008. « Aujourd’hui, l’OPEP vient de prendre une décision historique », s’est félicité le ministre algérien de l’Energie, Noureddine Boutarfa, « l’OPEP retrouve ainsi sa fonction de régulation du marché. C’est un rôle qu’elle avait perdue depuis plusieurs années ».

 

La concrétisation effective de l’accord d’Alger se jouera à Vienne (Autriche), à l’occasion de la prochaine réunion de l’OPEP prévue le 30 novembre prochain. « Ce faisant, l’organisation se met elle-même sciemment sous pression pour se contraindre à retrouver son rôle de gendarme de la production », nous explique Pierre Terzian1, le PDG de Pétrostratégie, « d’une part la problématique est difficile à résoudre, notamment pour ce qui est de la répartition de ce nouveau niveau de production entre les 14 pays membres de l’organisation et, d’autre part, l’échec serait catastrophique parce qu’il provoquerait une nouvelle baisse des prix du pétrole et par conséquent une crise supplémentaire aux effets destructeurs durables ».

 

En deçà d’une répartition technique des quotas de réduction, c’est bien plusieurs enjeux politiques, sinon géopolitiques qui sont en œuvre. Les incertitudes demeurent quant à plusieurs pays comme l’Irak et l’Iran dont les productions sont en phase d’augmentation depuis plusieurs années. D’autres, comme la Libye et le Nigéria sont confrontés à des problèmes politiques internes d’une extrême gravité. « La tâche sera donc extrêmement difficile », ajoute Pierre Terzian, « et c’est probablement pour cette raison que l’OPEP a voulu se contraindre en annonçant d’ores et déjà qu’elle se donnait ce seuil symbolique d’une production de 32,5 à 33 millions de barils/jour ». Mais les deux facteurs diplomatico-politiques majeurs concernent, d’une part la détérioration de la relation bilatérale Arabie saoudite/Iran et, d’autre part le rôle essentiel de la Russie non membre de l’OPEP.

 

Depuis plus de deux ans, la monarchie wahhabite est soumise à une conjoncture économique difficile doublée d’un environnement régional et international défavorable. Le pays résiste de moins en moins à l’effondrement des cours, étant obligé de puiser dans ses réserves stratégiques pour faire face à un déficit budgétaire record sans précédent. Celui-ci se monte à près de 90 milliards de dollars, les réserves ayant chuté de 560 milliards…

 

La monarchie s’est donc imposée un plan d’austérité après avoir vécu durant des années dans une opulence dispendieuse : augmentation du prix du carburant, de l’électricité, de l’eau et des services, réductions drastiques des salaires, etc. Ses dépenses de guerre au Yémen et en Syrie aggravent dangereusement cette situation d’autant que la reconquête d’Alep par l’armée nationale syrienne sonne le glas de sa diplomatie régionale de la canonnière !

 

Dans ce contexte où sa diplomatie dicte l’agenda et la reconfiguration de l’ensemble des Proche et Moyen-Orient, la Russie pourrait être amenée à favoriser un retour à la stabilité des marchés. D’ores et déjà, plusieurs négociations sont engagées entre Moscou et les principaux pays membres de l’OPEP. Dans cette partie multilatérale, la diplomatie algérienne a joué un rôle essentiel et devrait être amenée à poursuivre sa fonction historique de facilitatrice, notamment entre Riyad et Téhéran. Toujours est-il que l’accord d’Alger qui change aujourd’hui la donne a été préparé de longue date…

 

Dès mai 2015, le président algérien Adbelaziz Bouteflika a adressé une série de messages à l’ensemble des pays de l’OPEP afin de les sensibiliser aux conséquences destructrices de cours artificiellement réduits. Dernièrement, une lettre de cinq pages a été envoyée au roi Salman d’Arabie saoudite, le président algérien jouant de sa relation d’amitié historique avec la monarchie afin de l’amener à davantage de solidarité avec les autres pays arabes. Simultanément, l’actuel président de l’Assemblée nationale algérienne Mohamed Larbi Ould Khelifa – qui fut ambassadeur d’Algérie en Iran – a fait plusieurs fois le voyage à Téhéran afin de convaincre les autorités iraniennes de venir à Alger, malgré leur volonté initiale de boycotter la rencontre.

 

Celle-ci s’est déroulée en deux temps. Se réunissant tous les deux ans le Forum de l’énergie a d’abord réuni quelque 600 experts dans la capitale algérienne afin de discuter des dossiers environnementaux, des énergies de substitution et des transitions énergétiques. Initialement peu enthousiaste, la ministre française de l’environnement Ségolène Royale, chargée du suivi de l’accord onusien de la COP/21, s’est finalement félicitée du niveau et du sérieux des débats d’Alger qui « auront une influence durable sur la mise en œuvre de l’accord environnemental des Nations unies, notamment à l’approche de la COP/22 qui se tiendra en novembre prochain ».

 

En marge du Forum s’est tenu la réunion du Conseil des pays de l’OPEP, la diplomatie algérienne ayant œuvré afin que tous les membres soient présents. Trois options étaient sur la table : 1) gel des niveaux de la production ; 2) réduction de la production ; 3) ne rien décider… Au maximum de leur production, trois pays – Nigéria, Venezuela et Angola – avaient annoncé vouloir se caler sur la position iranienne cherchant à retrouver son niveau optimum de production antérieur aux sanctions internationales. Autrement dit, une majorité de pays membres de l’OPEP se déclaraient résolument opposés à l’option 2 d’une réduction significative.

 

Lors du Forum, le « non iranien » anticipé était déjà au centre de nombreuses discussions, Téhéran prenant le risque diplomatique de se retrouver en position de porter la plus grande responsabilité d’un blocage à toute évolution, sinon d’être accusé d’affecter la fonction structurelle de régulation de l’OPEP, voire de décrédibiliser durablement l’organisation… De son côté, le premier ministre algérien Abdelmalek Sellal a rencontré la délégation iranienne à deux reprises, porteur de messages tant de l’ensemble de son gouvernement que du président Abdelaziz Bouteflika qui suivait – heure par heure – l’évolution de la négociation.

 

De sources autorisées, prochetmoyen-orient.ch sait que le premier ministre algérien a, ardemment milité pour que « l’OPEP retrouve tout son rôle historique de conciliation, de régulation et d’accompagnement des cours dans des contextes régionaux et internationaux extrêmement préoccupants ». Compte-tenu de la bonne relation bilatérale Alger/Téhéran, la délégation iranienne aurait reçu le signal « pour lâcher du lest », directement et conjointement du Guide de la Révolution Ali Khamenei et du président Hassan Rohani. Plusieurs hauts diplomates arabes et occidentaux ont estimé que cet accord d’Alger ouvrait des perspectives susceptibles d’influencer plusieurs autres dossiers sensibles touchant aux guerres faisant actuellement rage au Yémen et en Syrie.

 

En effet, chacun se souvient du rôle de médiation joué par l’Algérie durant la crise des otages de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran dans les années 1979/19802. Plus récemment, les médiations jouées par Alger dans les crises du Mali, du Niger, de Libye et de Tunisie témoignent de l’efficacité bénéfique de la diplomatie algérienne. Dans les coulisses du Conseil de sécurité des Nations unies, plusieurs diplomates et hauts fonctionnaires internationaux, au premier rang desquels Staffan de Mistura – représentant spécial du Secrétaire général pour la Syrie – estiment que l’Algérie pourrait jouer un rôle bénéfique dans le rééquilibrage de la relation bilatérale Arabie saoudite/Iran, verrou des conflits de Syrie et du Yémen…

 

Dans une région poudrière, entourée d’Etats faillis, de crises, de guerres asymétriques et de menaces terroristes récurrentes, l’Algérie est résolument un Etat-nation stable, sûr de lui, créateur de stabilités régionales et internationales. Nous aurions tort de ne pas en profiter…

 

Richard Labévière

 

Addendum :

http://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/opep  (Extrait)

 

L’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), dénommée OPEC en anglais (Organization of Petroleum Exporting Countries), est une organisation intergouvernementale fondée à l’issue de la conférence de Bagdad le 14 septembre 1960 par le Venezuela, l’Irak, l’Arabie saoudite, le Koweït et l’Iran.

 

Cette organisation est créée à l’initiative de Juan Pablo Pérez Alfonzo, alors ministre du développement du Venezuela, qui souhaite en faire une force de régulation du marché pétrolier. Elle vise à rééquilibrer les relations entre les pays producteurs et les compagnies pétrolières occidentales qui régissent le marché depuis sa création à la fin du XIXe siècle. L'OPEP réunit aujourd'hui 14 pays membres : l'Algérie, l'Angola, l'Arabie saoudite, l'Équateur, le Gabon, l'Indonésie, l'Iran, l'Irak, le Koweït, la Libye, le Nigéria, le Qatar, les Émirats arabes unis et le Venezuela.

Alger, Nice, Alep, Munich par Rachid Boudjedra

 

 

Alger, Nice, Alep, Munich par Rachid Boudjedra

Après la défaite de l’armée nationale afghane, soutenue par l’armée soviétique appelée en renfort par le président Najibullah au milieu des années 80, l’armée US va s’installer en Afghanistan pour chasser les Talibans. Rambo est arrivé ! Mais après trente ans de guerre, le résultat américain est égal à zéro.


Et c’est de l’Afghanistan des Talibans et avec les dollars saoudiens que les terroristes algériens, formés à tuer à Kaboul et à Peshawar, ont déferlé sur l’Algérie dès le début des années 90. L’Algérie a été ainsi le premier pays à être le laboratoire de la CIA et du Roi d’Arabie, pour mettre à l’épreuve cette arme nouvelle, le terrorisme islamiste.


L’Algérie, durant dix ans, a été le premier pays à être dévasté par le terrorisme, dans l’indifférence des puissances occidentales, la France à leur tête. C’était l’époque de Mitterrand qui a cru prendre sa revanche sur l’Algérie qui a défait la France en 1962. Ce sont ses services qui ont créé la fable du « Qui-tue-qui ? », qui ont innocenté les islamistes pour affirmer et aboyer pendant une dizaine d’années, que les coupables des crimes atroces commis par les terroristes algériens étaient l’œuvre de l’armée algérienne et des services de sécurité.


Aujourd’hui, Mitterrand est mort, le terrorisme islamiste aussi (en Algérie) mais il s’est propagé en Europe et aux USA. La France, la Belgique, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Amérique ont vu déferler le terrorisme aveugle, abjecte et immonde qu’a connu l’Algérie de 1990 à 2000.


Aujourd’hui, c’est Nice, Paris, Bagdad, Alep (l’égorgement d’un enfant palestino-syrien partisan (??) du régime !), Munich qui souffrent de ce cancer effrayant. Et nous ne disons pas : « Qui tue qui ? « . Et nous ne nous réjouissons pas de ces massacres odieux, comme certains se sont réjouis en Occident pour les massacres commis en Algérie pendant ce qu’on appelle la décennie verte/noire/rouge/.


Non. Nous sommes choqués. Nous sommes compatissants. Nous sommes solidaires


Mais, nous sommes lucides aussi ! Parce que nous disons que l’Occident avec son Otan, sa CIA et ses USA, ont semé et sèment les guerres partout (la haine d’un Hollande contre Bachar al-Assad est de l’ordre pathologique !) et depuis toujours. Et il ne fait que récolter une énorme tempête. Ce sont les pouvoirs politiques occidentaux qui sont – d’abord – responsables des massacres odieux que vivent leurs citoyens.


Eux, ces responsables qui ont pendu Najibullah à un arbre dans une ruelle de Kaboul.


Eux qui ont pendu Saddam.


Eux qui ont massacré à mort Kadhafi à coups de pierres.


Eux qui n’ont pas compris que l’Histoire n’oublie jamais.


Eux qui n’ont pas compris que tout crime se paye toujours.


Eux qui n’ont pas compris que l’argent ne peut pas se gagner par le crime de guerre.


Ce que nous voulons, nous, pacifistes et progressistes du monde, c’est que la notion même de guerre soit à jamais abolie.


Que les dirigeants de tous les pays rendent des comptes devant leurs peuples pour crime… d’idiotie cruelle.

 

Rachid Boudjedra


24 juillet 2016 | TSA | Actualité.

 

Paru dans l'Humanité du 04/0/2016

Guerre de libération et terrorisme : le FLN n'était pas Daesh

 

Guerre de libération et terrorisme : le FLN n'était pas Daesh

Il fait le parallèle entre l’attentat de Nice et la Bataille d’Alger

 

Dérapage de Boualem Sansal

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le 21.07.16 

 
	Boualem Sansal

Boualem Sansal

En lisant l’article de Boualem Sansal publié le 18 juillet dans le journal français Le Monde, on ne peut qu’être ahuri devant l’insultant parallèle qu’il fait entre le terrorisme abject de Daech et des séquences de la Guerre de Libération nationale.

 

L’écrivain développe que « chaque terroriste a besoin d’inventer son mode opératoire à lui, qui sera sa signature et produira l’effet le plus important pour le coût le plus bas ». L’auteur de Village de l’Allemand a cru opportun d’évoquer la Bataille d’Alger et de comparer ses héros au criminel désaxé qui a semé la mort et la désolation à Nice. « En Algérie, durant la Bataille d’Alger (1957), le FLN, après avoir usé de diverses méthodes (attentat au pistolet, égorgement, incendie, le tout improvisé plutôt que réfléchi et planifié… » a trouvé la méthode qui allait être sa signature, qui donnerait l’effet le plus grand (action psychologique sur les populations, nombre de victimes, retentissement médiatique, destruction de lieux qui symboliseraient la vilenie de l’ennemi…), pour le coût le plus bas (la mort éventuelle du terroriste ou du commando).

 

Ce fut l’attentat à la bombe dans des cafés phares de la capitale, très courus par la bourgeoise algéroise (la Cafétéria, le Milk Bar, L’Otomatic, le Coq Hardi), commis par de jeunes Algériennes se faisant passer pour des « Européennes délurées », écrit Boualem Sansal. Il se hasarde ainsi sur des faits de l’histoire accomplis par des héros du combat libérateur qui a abouti à l’indépendance de notre pays en 1962.

 

Assimiler les couffins de Zohra Drif, Djamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali au terroriste de Nice est un raccourci, le moins que l’on puisse dire, indécent. Larbi Ben M'hidi, un des chefs emblématiques de la Révolution, avait opposé cette cinglante réplique, restée dans les annales, à ce genre de condamnation à un journaliste français qui lui avait posé une question sur le « terrorisme » pratiqué par le FLN lors de la Bataille d'Alger : « Donnez-nous vos chars et vos avions, nous vous donnerons nos couffins. »

 

Pour Boualem Sansal, la Bataille d’Alger est donc une somme d’actes de terrorisme contre un gentil colonialisme. Qu’est-ce qui lui a pris pour oser un tel parallèle ? Ce n’est assurément pas les outils intellectuels qui manquent à l’écrivain pour faire la différence entre le mouvement de libération nationale et les terroristes de Daech.

 

Sa contribution, qui prétend être une explication aux nouvelles méthodes du terrorisme de Daech, s’aventure aux limites du révisionnisme. Faire le parallèle entre les héros de la Bataille d’Alger et les terroristes de Daech est une contrevérité que rien ne justifie. Même pas une éventuelle méprise dans les distorsions dystociques de « l’expertise » d’un écrivain s’improvisant spécialiste du phénomène du terrorisme. 

 

Said Rabia

« Le spectacle du monde ressemble à celui des Jeux olympiques : les uns y tiennent boutique ; d’autres paient de leur personne ; d’autres se contentent de regarder. » - Pythagore

 

Un feuilleton dans le droit fil de l’anomie du monde. Les Occidentaux veulent interdire les Jeux olympiques à la Russie pour cause de dopage avéré sous la supervision directe des autorités russes. Avant de tenter d’y voir clair nous allons décrire l’histoire des Jeux olympiques, l’avènement du dopage, une ancienne méthode de triche. Ensuite nous expliquerons pourquoi la décision du CIO est injuste, enfin nous ferons le constat de l’anomie du monde.

 

Les Jeux olympiques symboles de paix

 

Les Jeux olympiques ont accompagné la civilisation grecque. A une période de l’année tous les quatre ans les cités se déclaraient la paix. Ce sont des concours sportifs organisés entre les cités grecques antiques créés au cours du VIIIe siècle av. J.-C. et perdurent pendant plus de mille ans. On fixe traditionnellement les derniers jeux en 393 ap. J.-C. après l’interdiction de l’empereur Théodose sous les conseils de Ambrose l’évêque de Milan. (1)

 

Tenir mille ans c’est dire si cette manifestation sportive a eu du souffle. Près de 1500 ans plus tard, les Jeux olympiques ont été réhabilités dans une forme différente Pierre de Coubertin fut l’un de ceux qui participèrent à la réhabilitation. Ce dernier nous dit l’encyclopédie Wikipédia « Fervent partisan de la colonisation » - « dès les premiers jours, j’étais un colonial fanatique » il voit dans le sport, à l’instar de nombreuses élites de la IIIe République, un instrument utile de « disciplinisation des indigènes ». (1)

 

« Pour certains, Coubertin est, de surcroît, clairement raciste : « Les races sont de valeur différente et à la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance ». Fidèle en cela à une vision inclusive des indigènes ayant l’apanage d’une certaine force physique, dont l’homme occidental lui apprend à se servir. Cette vision du monde ne se limite d’ailleurs pas aux seuls domaines colonial et ethnique ; elle frise parfois l’eugénisme. Pour lui, toute société est divisée entre forts et faibles. « Il y a deux races distinctes : celle au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. » (1)

 

Il n’est pas étonnant de ce fait que les Jeux olympiques de 1936 eurent lieu dans une Allemagne hitlérienne et que personne ne trouva à redire quand Hitler ne voulut pas serrer la main de Jesse Owen qui rafla les médailles de la course à pied. On dit aussi que le baron Pierre de Coubertin, y assista fasciné par le Führer qui lui aurait octroyé une pension.

 

Le dopage dans les jeux : une histoire toujours d’actualité

 

S’agissant du dopage, durant les Jeux olympiques anciens, les athlètes suivent un régime et une hygiène stricts. Initialement, le régime est commun (pain d’orge, de bouillie de froment, de noix, de figues sèches et de fromage frais). Pausanias mentionne qu’au milieu du Ve siècle, l’entraîneur Dromeus de Stymphale, ancien vainqueur olympique, introduit un régime carné plus adapté. L’hygiène de l’athlète consiste à prendre un bain puis s’enduire le corps d’huile d’olive et le saupoudrer de sable afin de régulariser sa température et le protéger du soleil.(1)

 

« C’était les premières tentatives d’augmenter les performances musculaires autrement que par l’exercice physique. La disqualification de Ben Johnson provoque donc une sorte de séisme olympique à forte visibilité médiatique, et le monde entier prend soudain conscience du problème du dopage. Pourtant, le dopage dans le sport, et plus particulièrement aux Jeux olympiques, est loin d’être un phénomène nouveau. De tout temps, l’homme a en effet cherché à augmenter ses capacités physiques par l’absorption de diverses substances : ainsi, durant les Jeux de l’Antiquité grecque, les concurrents consommaient de grandes quantités de viande pour augmenter leurs chances de victoire, ce qui était interdit et sanctionné. Les sauteurs mangeaient de la viande de chèvre en raison des aptitudes de cet animal alors que les lanceurs et les lutteurs préféraient la viande de boeuf. » (1)

 

Pour ce qui est des Jeux modernes, Thomas Hicks, vainqueur du marathon en 1904 à Saint-Louis, ne put rallier l’arrivée que grâce à l’« aide » de son entraîneur qui lui fit deux injections de sulfate de strychnine et lui fit avaler une bonne rasade de cognac français. À cette époque, on ne parle pas de dopage et Hicks est félicité pour sa victoire. On commence à parler de dopage en 1928 : la Fédération internationale d’athlétisme interdit le recours à des substances stimulantes ; mais il n’existe ni moyens de contrôle ni règlements spécifiques en la matière ; cette interdiction demeure très symbolique, le respect de celle-ci relevant donc de la seule rigueur morale des concurrents. Une pratique « dopante » se répand dans les années 1930 : comme le déficit en oxygène limite les performances dans les sports d’endurance, les Japonais inaugurent l’inhalation d’oxygène avant les compétitions. Puis les hormones synthétiques s’invitent aux Jeux dans les années 1950. »(2)

 

« En 1960, le cycliste danois Knud Enemark Jensen décède, prétendument victime d’une insolation, dans la course contre la montre par équipes de 100 kilomètres : l’autopsie révèle des traces d’amphétamines, dont l’absorption est plus sûrement la [...] En 1967, le CIO a interdit l’utilisation de drogues améliorant la performance dans la compétition olympique. Lors des Jeux olympiques d’été de 1968 ; le CIO officialise les contrôles antidopage et oblige les femmes à se soumettre à des tests de féminité. En 1989, le CIO met en place les contrôles inopinés. Le premier athlète olympique contrôlé positif pour utilisation de drogues améliorant la performance est Hans-Gunnar Liljenwall, un athlète suédois pratiquant le Pentathlon moderne. Lors des Jeux olympiques d’été de 1968, il perd sa médaille de bronze pour consommation d’alcool. Il est le seul athlète à être contrôlé positif pour une substance interdite aux Olympiques de 1968. »(2)

 

« Le cas le plus connu d’usage de drogues est le vaste programme de dopage des athlètes en Allemagne de l’Est de 1970 à 1980. Durant tous les jeux qui se sont déroulés, aucun pays n’est épargné et il est malvenu de donner des leçons. Le CIO prend les devants dans la lutte contre les stéroïdes lorsqu’il crée une Agence mondiale antidopage (AMA) indépendante en novembre 1999. Cette lutte antidopage se ressent dès les Jeux olympiques d’été de 2000 et Jeux olympiques d’hiver de 2002 où alors que les Jeux ne sont pas encore terminés, plusieurs médaillés en haltérophilie et au ski de fond furent disqualifiés en raison d’avoir échoué à un test antidopage. Pendant les Jeux olympiques d’été de 2012, plus de 6 000 contrôles ont été effectués. Les contrôles d’urines tests sanguins ont été utilisés dans un effort coordonné pour détecter les substances interdites et les récentes transfusions sanguines. Avant même le début des Jeux de Londres, 107 athlètes furent écartés. » (2)

 

Participation de la Russie aux JO de Rio

 

On dit que le CIO soumis à de multiples pressions, surtout de l’Agence mondiale antidopage (AMA) et l’agence américaine antidopage (Usada) a décidé de laisser les fédérations décider à sa place Le CIO a pris une sage décision concernant la suspension ou la participation de la Russie aux JO : cette décision est très flottante sur le plan juridique. Mais comme l’intérêt est ailleurs... le dimanche 24 juillet, le CIO a rendu une décision qui ne plaît pas aux nouveaux combattants de l’intégrité sportive. En voici les éléments les plus intéressants. Dès le début, le CIO reconnaît que l’enquête n’a pas respecté les droits de la défense et n’a que survolé le dossier, en la justifiant par les contraintes liées à l’urgence - ce qui met déjà en doute « l’indépendance » et la pertinence de la commission McLaren. Toutefois, rejetant formellement le principe de la responsabilité collective, le CIO demande aux Fédérations internationales de se prononcer sur la composition des délégations russes par sport. Mais les Fédérations internationales, elles, sont libres d’appliquer la responsabilité collective, comme le fait la Fédération internationale d’athlétisme. »(3)

 

Le deux poids, deux mesures du CIO

 

Il n’empêche que la décision n’est pas juste : « En rendant cette décision, le CIO, qui s’appuie tout d’un coup sur le droit, viole au passage plusieurs principes juridiques universellement reconnus. Le CIO exige que seuls les athlètes russes n’ayant jamais été touchés par une affaire de dopage puissent participer aux JO de Rio. Même s’ils ont été sanctionnés auparavant et que la durée de la sanction est passée. Autrement dit, un athlète suspendu pour deux ans, par exemple, pour dopage il y a cinq ans, ne pourra pas participer aux JO alors que sa peine a expiré. C’est totalement illégal. Imaginez qu’un homme soit condamné pour vol... et privé de ses droits à vie. Par l’exigence précédente, le CIO viole également le principe d’égalité. Car des sportifs non-russes ayant été condamnés pour dopage et ayant passé le temps de leur disqualification pourront participer aux JO de Rio. Tous les sportifs ne sont donc pas sur un pied d’égalité. La « présomption d’innocence » ne peut donc leur être appliquée dans ce cas. L’affaire sort de la volonté de l’agence américaine antidopage Usada de s’attaquer au sport russe. C’est elle qui lance l’AMA, qui demande par la presse la suspension de la Russie, qui soutient « les transfuges » qu’elle s’est payée en les personnes de Rodchekov et Stepanova. Cette même hargne se voit au sein de la Fédération internationale d’athlétisme dont le président, le Britannique Sebastian Coe, a été changé au bon moment, en 2015, pour lancer toute l’affaire. (...) Même lorsque le verdict est tombé, ils n’ont pas baissé les bras, et l’AMA et l’Iaaf ont proposé immédiatement aux autres fédérations de les aider à bien « choisir » les sportifs russes qu’ils laissent passer ». (3) Il y a à n’en point douter deux poids, deux mesures car les athlètes russes sont soumis au triple contrôle. Ne jamais avoir été contrôlé positif même si on a purgé sa peine. Avoir subi des contrôles crédibles hors Russie et ne pas être porté sur une liste secrète élaboré par l’expert Mc Laren réputé être indépendant. En clair ne sont concernés nommément que les athlètes russes et pas ceux des autres nations qui ont été contrôlés positifs par le passé.

 

Les Jeux olympiques comme un outil de la nouvelle Guerre froide

 

Il n’est pas étonnant que l’on parle des Jeux olympiques comme outil de la nouvelle Guerre froide. : « Le sixième principe fondamental de l’olympisme (non-discrimination de toute nature, y compris sur la nationalité et l’opinion politique) semble être oublié depuis longtemps. Dans la Grèce antique, la compétition des meilleurs athlètes a été en mesure de mettre fin à une guerre et servir comme un pont de compréhension entre deux ennemis récents. Mais au cours du XXe siècle, les Jeux olympiques sont devenus une arme politique. En 1980, les États-Unis et leurs alliés ont boycotté les Jeux à Moscou comme une protestation contre les troupes soviétiques qui étaient entrées en Afghanistan à la demande du gouvernement légitime de ce pays (en revanche, les Jeux olympiques de l’Allemagne nazie de 1936 ont eu lieu comme d’habitude, sous les applaudissements du monde civilisé). » (4)

 

« Le 8 mai 2016, le programme CBS 60 Minutes a diffusé une émission au sujet du dopage en Russie. Les interviews tournaient autour de l’enregistrement des conversations entre un ancien membre du personnel de l’Agence antidopage de Russie (Rusada), Vitaly Stepanov, et l’ex-directeur du laboratoire antidopage de la Russie à Moscou, Grigory Rodchenkov. Ce programme était le quatrième épisode d’une longue série à propos de la prétendue existence d’un système pour soutenir le dopage dans le sport russe. Quelques jours plus tard, le New York Times a publié une interview avec Rodchenkov. C’est l’ancien fonctionnaire qui affirme qu’un programme de dopage soutenu par l’État était actif aux Jeux olympiques de Sotchi et que la commande de ce programme était venue presque directement du président russe. » (4)

 

Pourquoi la guerre encore et toujours ?

 

L’hégémonie planétaire des Etats-Unis ne doit jamais être remise en cause. Et ce fait tout sera fait par les vassaux de l’Empire et par les médias mainstream pour maintenir cet état de tension. Dans une contribution remarquable, Paul Craig Roberts parle à la fois de la malhonnêteté des journalistes, mais aussi de la colère de Poutine concernant les boutefeux.

 

Il écrit : « (..) Toute personne informée sait qu’il n’y a pas besoin d’une force de défense contre la Russie dans les pays baltes et en Pologne. Cela mis à part, seul un imbécile total peut penser que 3000 ou 4000 soldats (...) Récemment, le président Poutine a carrément passé un savon aux médias occidentaux prostitués qui attisent les flammes de la Troisième Guerre mondiale en répétant sans les remettre en question les mensonges propagandistes de Washington. Ces mensonges sont irresponsables. Ils mettent en danger toute vie sur la planète Terre. Pendant ma vie, des présidents américains ont travaillé à réduire les tensions entre les deux grandes puissances nucléaires. JFK a travaillé avec Khrouchtchev pour désamorcer la situation dangereuse provoquée par l’installation de missiles américains en Turquie et, en réponse, le placement de missiles russes à Cuba. Le président Nixon a donné naissance à SALT I, le traité de limitation des armes stratégiques et le traité ABM [sur la limitation des systèmes antimissiles balistiques, NdT]. Le président Carter a travaillé à SALT II ».(5)

 

« Le président Reagan a négocié avec Gorbatchev la fin de la Guerre froide, la réalisation la plus prometteuse du XXe siècle. Les régimes de Clinton, George W. Bush et Obama ont fait tout ce qui était possible pour exacerber les tensions entre les puissances nucléaires à des hauteurs dépassant celles des jours les plus dangereux de la Guerre froide. Le régime malfaisant de Clinton a trahi la promesse du gouvernement des États-Unis,ruinant ainsi l’honneur de ce même gouvernement, en amenant l’Otan aux frontières de la Russie. Le régime funeste de George W. Bush a retiré les États-Unis du traité ABM et a réécrit leur doctrine militaire afin de faire passer les armes nucléaires d’un instrument de rétorsion à une arme de première frappe. Cet acte insensé a mis les Russes en garde. Le régime diabolique d’Obama vise à placer des missiles nucléaires aux frontières de la Russie, en Pologne et en Roumanie, et a manigancé un coup d’État en Ukraine dans l’intention de priver la Russie de sa base navale dans la mer Noire en Crimée. (5)

 

« Le 18 juillet, le président russe Vladimir Poutine avait exhorté l’Agence mondiale antidopage à présenter des preuves des accusations de dopage à grande échelle. « Nous l’avons dit depuis toujours : le dopage n’a pas sa place dans le sport qualifiant néanmoins de ’dangereuse’’ l’intrusion de la politique dans le sport. « La question [du sort] des sportifs russes est sortie du champ juridique et dépasse l’entendement », a-t-il déclaré au cours d’une cérémonie organisée au Kremlin avec la sélection olympique russe, avant son départ au Brésil. Sans eux, « la compétition sera moins spectaculaire » et les victoires des autres sportifs « auront une saveur totalement différente, voire n’en auront pas », a encore jugé le président russe. La délégation russe est déjà amputée d’une centaine de sportifs exclus pour leur implication ou leur implication présumée dans des affaires de dopage, conformément à la demande du Comité international olympique (CIO). Je pense, et vos collègues des autres grandes puissances sportives mondiales le comprennent, que la qualité de leurs médailles sera différente. C’est une chose de gagner face à des rivaux à sa hauteur, c’en est une autre de gagner face à ceux d’une classe inférieure », a-t-il affirmé. Pour le président russe, qui a dénoncé une « tentative de transfert dans le sport des règles de la politique », cette exclusion « injuste » a en fait porté « un coup de poignard à l’ensemble du monde monde du sport ».(6)

 

Tous les pays ont à un moment ou un autre triché, notamment les donneurs de leçons. En l’occurrence, il n’y a pas de manu polite (mains propres). Les jeux actuels sont un outil de pression, une arme de l’Empire contre tous ceux qui ne plient pas Le plus important pour la Russie, c’est que son drapeau défile avec ses athlètes défilent drapeaux au vent à la cérémonie d’ouverture, ce que les pays occidentaux Etats Unis et Europe ont a tout prix voulu empêcher dans cette grande messe mondiale, son absence aurait eu des conséquences très négative pour sa place en tant que grande puissance mondiale. Elle pourrait immédiatement après se retirer avec dignité boycotte cette grand mascarade d’un CIO politisé cra tentative d’exclure la Russie des jeux fait partie de ce combat d’arrière-garde de l’administration Obama sur le départ. Nous sommes loin de la symbolique des Jeux olympiques tels que la Cité grecque les mettait en oeuvre pour assurer la trêve qui souvent débouchait sur la paix définitive. Dans ce XXIe siècle de tous les dangers, les Jeux olympiques, pour paraphraser Carl Von Clausewitz, sont « la continuation de la guerre par d’autres moyens ».

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

»» http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitou...


1.Les jeux olympiques https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_de_Coubertin

2. P. Lagrue, : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-le-dopage-et-les-jeux/

3.http://russiepolitics.blogspot.fr/2016/07/participation-de-la-russie-aux-jo-de.html

4. http://lesakerfrancophone.fr/les-jeux-olympiques-comme-un-outil-de-la-nouvelle-guerre-froide

5. http://lesakerfrancophone.fr/vladimir-poutine-est-le-seul-dirigeant-qua-loccident

6. http://www.lemonde.fr/jeux-olympiques-rio-2016/article/2016/07/27/jo-pour-vladimir-poutine-l-exclusion-des-sportifs-russes-depasse-l-entendement_4975469_4910444.html#4csilQz4RY5FL4dT.99

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Vendredi 22 juillet 2016

L'intervention illégale de la France en Libye

Les restes de l’appareil abattu dimanche dans les environs de Benghazi.
Le 20 juillet, le ministère français de la défense est bien obligé de reconnaître que 3 membres de la DGSE sont morts en mission secrète en Libye. Pour protéger la France. Seulement, le Gouvernement libyen, légitime et reconnu, n'avait pas demandé à la France d'intervenir. Et pour cause, la France soutient des forces anti-gouvernementales. Mais ce n'est qu'un détail: certains pays ont le droit de défendre des intérêts nationaux, les autres n'ont pas le droit à l'intérêt national. Quand le néo-colonialisme remplace le droit international, le terrorisme se renforce.
 
La presse en parlait déjà depuis quelques temps, mais le ministère français de la défense ne confirmait pas la présence française en Libye.
 
Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, affirmait qu'il était hors de question que la France intervienne en Libye. Ensuite, le Figaro a lancé des informations:
Dès le mois de décembre, Le Figaro révélait que Paris préparait les plans d'une intervention sur le sol libyen. En février, le journal Le Monde avait fait état d'une présence secrète de la France en Libye. Le quotidien évoquait des «actions militaires non officielles» et des «frappes ponctuelles très ciblées». Le ministère de la Défense avait aussitôt répliqué en lançant une «enquête pour compromission du secret de la défense nationale»
Finalement, S. Le Foll, porte-parole du Gouvernement, reconnait la présence militaire française, mais uniquement pour une mission de renseignement, le pays étant instable. Or, il est maintenant évident que l'intervention française en Libye va beaucoup plus loin que cela: son but est de soutenir un groupe d'opposition "modérée" qui lutte et contre Daesh et contre le Gouvernement d'union nationale. 
 
Toute ressemblance avec la Syrie sera bien venue.
 
Dimanche 17 juillet, un hélicoptère est abattu par la Brigade de défense de Benghazi, groupe terroriste. L'hélicoptère est de fabrication russe, appartient au groupe d'opposition du général Khalifa Haftar et, la théorie de la panne technique étant vraiment trop absurde, il devient clair qu'il a été abattu par un tir de missile sol-air. Donc les forces spéciales françaises utilisent incognito un hélicoptère d'un groupe militaire d'opposition à un Gouvernement légitime.
 
Le ministre de la défense salue ces courageux militaires:
Il salue le courage et le dévouement de ces militaires engagés au service de la France qui accomplissent, tous les jours, des missions dangereuses contre le terrorisme.
Le Président invoque l'intérêt national:
« La Libye connaît également une instabilité dangereuse. C’est à quelques centaines de kilomètres seulement des côtes européennes. (…) Trois de nos soldats qui étaient justement dans ces opérations viennent de perdre la vie dans le cadre d’un accident d’hélicoptère. Je leur rends hommage aujourd’hui devant vous »
L'hypocrisie se porte à merveille, pas un mot sur la légitimité de l'intervention française, ni de son illégalité. Des soldats français meurent en violant le droit international, pour la grandeur du pays.
 
Le Gouvernement libyen invoque la violation de son territoire. Aucune intervention n'était justifiée sans qu'il en soit informé. Car la France est intervenue sur le territoire d'un Etat souverain, sans mandat de l'ONU et sans demande des autorités de l'Etat concerné. Elle est intervenue "dans le cadre de la lutte contre le terrorisme". Comme si cette banière justifiait tout.
 
Comme à son habitude, elle soutient l'opposition. Evidemment armée, mais "modérée". Nous la connaissons. Celle qui lutte soi-disant contre Daesh, mais a la bonne idée de ne pas soutenir le gouvernement d'union nationale reconnue par la communauté internationale.
 
Finalement, tout est clair:
« L’Armée nationale libyenne (ANL) commandée par Haftar est l’embryon le plus sérieux de la future armée réunifiée. Il est normal de commencer à la cultiver », ajoute une source une source militaire française. Nous n’étions ni les seuls ni les premiers à arriver à Benghazi. Les Américains étaient là avant nous ».
Les victoires sur le terrain conduisent Haftar à se raidir contre le Gouvernement. De toute manière, il bénéficie également de l'appuie des Emirats Arabes Unis. Autrement dit, le soutient apporté par les "pays démocratiques" à l'opposition "modérée armée" en Libye contribue à destabiliser la situation à l'intérieur du pays. Ce ne sera pas la première fois.
 
Certains pays comme les Etats Unis ou la France, pour ne prendre qu'eux, ont le droit d'avoir des intérêts nationaux à protéger. Pour cela, ils peuvent intervenir n'importe où, n'importe quand, soutenir qui bon leur semble, indépendamment du droit international, de la souveraineté des Etats, de l'ONU. Le monde est un vaste terrain de jeu. Car ils sont les Etats supérieurs. 
 
Une sorte de néo-colonialisme destructeur s'est emparé des relations inter-étatiques: les maîtres s'agitent, les colonisés subissent et s'organisent en fonction des caprices des nouveaux maîtres qui bougent leurs pions. Tout cela permet de souhaiter longue vie au terrorisme, qui se nourrit allègrement de l'instabilité internationale créée par ces politiques irresponsables de nos dirigeants.
 

 

 

Toute la France qui pense bien est tombée amoureuse de Kamel Daoud, un Algérien qui a le courage d'écrire la vérité sur les Arabes et autre musulmans. C'est-à-dire que ces êtres humains sont à vomir, la lie de la terre. Profitant d'une aubaine, l'agression à Cologne d'un certain nombre de femmes, Daoud a fait des musulmans des violeurs nés toujours prêts à exprimer leurs instincts. Or, un seul immigré d'origine marocaine a été poursuivi pour l'épisode de Cologne... c'est peu pour un rezzou. Ahmed Bensaada , dans son livre "Cologne contre-enquête" éditions Franz Fanon nous montre le visage du vrai Daoud, ennemi des Palestiniens et lui-même ancien barbu.

Cet essai est remarquable. Il l’est par sa forme, un français clair, une rigueur du raisonnement et sa manière de consigner les preuves de chaque fait avancé. Par le fond, et le texte d’Ahmed Bensaada est une succession de lignes de survie, comme celles qu’on lance pour repêcher les migrants naufragés. Des phrases et des idées aussi nécessaires que l’eau bouillante de Pasteur ou les commentaires d’Aristote par Averroès. Et c’est la qualité de notre auteur, dans la vie physicien et utopiste, de faire valser les concepts avec la rigueur d’un cyclotron.

 

Il est le premier à mettre à nu, comme une grenouille autopsiée, la vérité de ces intellectuels maghrébins qui, par un effet de balancier digne du pendule de Foucault, ont décidé de jouer les supplétifs des pires « penseurs » néoconservateurs français. Le noyau le plus agité de ces gens de plumes et d’écrans, aussi permanents que l’horloge parlante, occupe tout l’espace médiatique français. Mais ça ne suffit pas. Dans leur croisade du choc des civilisations, il leur faut du renfort basané. C’est bien connu, le colon a toujours eu besoin de son bon nègre, de son indigène alibi. Y’a bon Banania.

 

Dans cette guerre faite aux Arabes et Musulmans, où à la tourelle de son char à pédales BHL se rêve en Patton, un nommé Kamel Daoud va être recyclé par les élites de Paris qui en fait une tête de gondole. Voilà un nouveau héros, martyr d’une fatwa en peau de lapin. Après avoir été lui-même, jusqu’au moment de la fondation du Front Islamique du Salut, un barbu affirmé, il dit qu’il n’y pouvait rien, qu’à l’époque il n’a pas vu s’organiser les « fascistes » verts, mais de cette matrice va pourtant naître la « bête immonde », la coupeuses de têtes d’Algériens au temps des « années noires » (les tueurs au nom d’Allah étant alors considérés par Paris comme de braves guérilleros), Kamel Daoud saute subitement la source du Zamzam et découvre que Dieu est athée. A Oran, le voilà devenu un journaliste à la plume alerte. Il est donc dit que la France vivra désormais sous les diktats d’Éric Zemmour, l’Algérie sous ceux de Kamel Daoud.

 

C’est par la publication de son livre Meursault contre-enquête que le journaliste oranais débarque Rive Gauche. Un bouquin dans lequel, se mettant dans la roue de Camus, il ne risque qu’une retombée : ramasser un peu de la gloire du Prix Nobel victime de la route.

 

La seconde intervention de Daoud, dans le champ du débat français, fait immédiatement suite au Nouvel An. Voilà qu’à Cologne, au cœur des libations, nombre de femmes ont été gravement harcelées, et pire peut être, par des hommes immédiatement qualifiés « d’arabes ». Ça tombe à pic, Angela Merkel ne vient-elle pas d’ouvrir les portes de sa République à des centaines de milliers de ces rastaquouères... Heureusement, cerbère de Cologne et nouveau Spinoza, Daoud nous écrit ce qu’il faut penser de tout cela. Pour faire court, tous les Arabes et musulmans de la planète sont des frustrés, des fourbes sans courage, des êtres sans convictions, corrompus et achetables par le plus offrant. Plus que dans leurs gènes, cela est inscrit dans leur religion commune, l’islam. Je fais remarquer en passant que, dans sa rafle, notre cher Daoud, si scientifique, a oublié de nous préciser ce qu’il pense du plus important état musulman au monde, cette Indonésie qui n’est pas « arabe » ? Autre détail, en passant, et qui nous dit tout du Savonarole d’Oran, face à l’ignominieuse injustice faite aux Palestiniens, Daoud se range du côté des bourreaux. Ecrire cela plutôt que la vérité, dans une France où BHL règne sur les médias, c’est le succès garanti. Dans son combat pour dire le vrai, c’est-à-dire le pire fantasmé par les élites occidentales, par les néo colonialistes de la pensée, Bensaada nous montre que Daoud n’est pas seul, qu’il fait « école », courant. L’auteur nous cite l’exemple de Boualem Sansal, un romancier primé par l’Académie Française qui, sur le chemin des idées courtes, tient lieu de compagnon de route au camarade Daoud.

 

De bonne foi de nombreux citoyens du monde ont été généreusement alertés par la furia de Cologne. Ignorant quel moteur Daoud cachait sous son capot, ils ont applaudi ses écrits sans langue de bois : « Nous ne sommes pas racistes... mais vraiment ces Arabes sont insupportables. Finalement, le choc des civilisations est bien là... ».


Très bien mais qui vient nous dire, sauf Ahmed Bensaada dans ce livre, que chaque année la presse allemande met en garde les femmes contre les possibles outrages de cette nuit de Nouvel An, actes inexcusables commis par de grands et gros blonds. Que si l’on excepte la condamnation d’un Marocain, les policiers germaniques, qui ne sont pas nuls, n’ont trouvé aucun autre « Arabe » à conduire vers le tribunal. Daoud a donc glosé sur un événement qui reste un mystère, ce qui n’est pas bien pour un journaliste si vétilleux.

 

A ce point je me souviens de mes rencontres avec Kateb Yacine. Son philosophe référent n’était pas BHL, mais Sartre. Il était fier dans son désespoir, sans haine de soi ni des autres. Il pensait pouvoir changer (un peu) le monde et son monde. Lui, dont le français était celui d’un génie, s’est mis à écrire en arabe, et même en dialecte pour, avec ses amis du Théâtre de la Mer, aller de bled en bled afin de dire à ces Arabes, à ces Kabyles musulmans ou chrétiens, que la poésie et le savoir sont l’avenir de l’homme. Kateb est mort dans la misère, un jour Daoud sera à l’Académie. Voilà le livre d’Ahmed Bensaada. Il nous dit que, même pour l’incurable athée que je suis, insulter des peuples au nom de leur religion supposée est un crime.

 

Cologne contre-enquête par Ahmed Bensaada, éditions Franz Fanon

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