Recherche


Qui est en ligne

Nous avons 788 invités et aucun membre en ligne

Actualités

Copyright Joomla

Copyright © 2018 PCF Bassin Arcachon - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public

LIBYE : L’HISTOIRE ET L’ANECDOTE par Danielle Bleitrach

LIBYE : L’HISTOIRE ET L’ANECDOTE par Danielle Bleitrach

 
20 Mars 2018
Voici le texte que j’écrivais en aout 2011 et pour lequel, un parmi d’autres la direction du PCF me considérait comme une « amie des dictateurs ». A la même époque le PCF n’a pas eu à voter ni pour ni contre l’expédition, vu que selon l’article 35 de la Constitution, l’expédition n’excédant pas quatre mois il n’y a pas eu de vote. Le PCF a mis en garde contre « la logique de guerre » tout en dénonçant comme les autres Khaddafi et soutenant les vertueux rebelles. Jacques fath proposait de distribuer des fusils aux vertueux rebelles et l’Humanité consacrait un numéro dédié à la jeunesse à la gloire des rebelles de Benghazi. En revanche à l’assemblée nationale le député des hauts de seine Roland Muzeau faisait un excellent discours qui n’a eu droit qu’à quelques lignes dans l’humanité. 
 
(note de danielle Bleitrach)


source :  histoireetsociete le août 30, 2011

 

Nous avons droit tous les jours à des bulletins de victoire vantant les « rebelles »,  les protégés de l’Occident en Lybie, proclamations assorties  de reportages sur les horreurs et la richesse du « régime ». Que faut-il en penser ? Khadafi ne me paraît ni mériter le halo révolutionnaire dont le parent ceux qu’indigne légitiment la croisade otanesque ni être pire que certains alliés de l’occident. Malgré ses revirements récents ce qui lui est reproché n’est ni sa mégalomanie, ni sa propension à réserver à son clan les richesses, mais bien de ne pas être un vassal fiable. En outre depuis le faux charnier de Timisoara, je suis  sceptique quand les médias me découvrent des crimes d’un système qu’ils veulent condamner. Bref nous sommes en pleine « représentation » une fiction montée pour nous convaincre des raisons que nous avons d’être là, parce que hors champ, il y a non seulement l’essaim des caméras occidentales, mais les bombardements et les forces spéciales qui ouvrent le passage  aux insurgés. Qui sont-ils ? Bien des questions subsistent par rapport au triomphalisme ambiant, par exemple comment une caravane de voitures blindées emportant plus d’une trentaine de personnes dont des blessés et de nombreux enfants ont-ils pu se rendre à un poste frontière en Algérie sans que nos merveilleux drones ne les repèrent? Certes il y a 1000 km de frontières avec l’Algérie et bien d’autres pays susceptibles de servir de bases arrières. Mais passons, j’ai décidé que ce blog serait consacré à l’Histoire au présent, celle qui est en train de se faire sous nos yeux. Je ne suis pas sûre, je suis même sûre du contraire, que les images, les commentaires, dont nous sommes abreuvés relèvent de l’histoire au présent, ce n’est que de l’anecdote.

 

Le pillage pétrolier a un besoin urgent de reconnaître un propriétaire libyen avec qui traiter les affaires. Donc le problème est politique. D’où la traque parce que quand dans cet immense pays si on n’arrive pas à mettre la main sur celui qui détient plus ou moins encore le pouvoir ça fait désordre. La logique voudrait même que l’on expose la tête de Khadafi et de ses fils pour l’édification des autochtones.  Mais au-delà de cette « urgence »,  personne, je dis bien personne n’est aujourd’hui capable de prévoir quel type de développement, quel système politique va s’installer durablement en Libye comme d’ailleurs dans tous les pays où se déploie la geo-stratégie occidentale.

 

Les pays impérialistes, ce qu’on appelle l’Occident, ont choisi à travers cette expédition de Libye de mettre la main sur les richesses du sous-sol et à ce titre les vainqueurs d’aujourd’hui risquent fort d’être divisés demain, à commencer par les compagnies pétrolières et donc leurs poulains sur le terrain, mais le fond de l’affaire, ce qui donne un poids historique à cette minable expédition de l’OTAN est la volonté hégémonique, un contrôle sur un processus de transformation, celui des printemps arabes. Il s’agit certes de piller le pétrole mais il y a plus. L’impérialisme, l’occident en crise, lie son avenir à une intervention directe et militaire de plus pour imposer à l’Afrique, au proche-Orient, à l’Asie un mode de développement et un système politique baptisé démocratie.

 

C’est à ce titre que l’affaire libyenne présente un intérêt historique. Nous avons eu l’amorce d’un mouvement de transformation populaire en particulier en Tunisie et en Egypte. Mais très rapidement on peut dire que tout qui s’est développé depuis a été plus ou moins repris en main, manipulé, à partir de problèmes réels, par un impérialisme occidental en perte de vitesse et qui ne veut pas renoncer à imposer ses orientations à l’ensemble de la planète.

 

La domination occidentale ne se contente pas d’être impérialiste, d’exploiter, de piller, elle prétend définir un modèle universel, un ordre économique mondial. Il y aurait pour les peuples la nécessité de s’y conformer. C’est d’ailleurs ce que reflète la propagande occidentale déversée dans nos médias et ce qui est remarquable c’est à quel point malgré l’évidence des faits, cette idéologie, cette représentation de l’humanité, du rôle de « guide » joué par les économies et les « démocraties » occidentales ne sont jamais remises en cause. Est-ce que cela va durer? Alors même que notre système fait eau de toute part, que nous sommes contraints de l’imposer par des bombardements et des occupations militaires, pas le moindre doute ne semble effleurer non seulement les commentateurs mais pour une bonne part la population de nos pays. Il y a dans cet aveuglement collectif quelque chose de stupéfiant et qui là encore mérite analyse. Voici plusieurs siècles que nous avons convaincu une bonne partie de la planète et nous-mêmes que nous étions synonymes de progrès et que notre mode de développement autant que nos valeurs étaient universelles. C’est peu de dire que l’ensemble est menacé d’effondrement et que acculés nos gouvernants sont contraints à faire la démonstration par les armes de l’excellence de notre modèle tout en jouant sur l’attrait consumériste que nous inspirons, quitte à voir toujours plus d’immigrés et de naufragés aborder nos côtes.

 

Si l’on considère pourtant que partout  les peuples protestent, tentent de trouver les chemins de leur propre développement parce que celui-ci a été impulsé dans la dépendance et de ce fait maintenu dans des formes archaïques par les effets de la colonisation, de la néo-colonisation puis de la mondialisation financiarisée, celle des grandes compagnies, il y a là au moins une contradiction qui n’est pas prête d’être résolue. Si l’on considère que ce rachitisme auquel ont été condamnées un grand nombre de civilisations a permis de nourrir l’essor de la domination occidentale, on devrait mesurer à quel point la prétention que nos gouvernants manifestent de poursuivre leur oeuvre civilisatrice est pour le moins extraordinaire, surtout si l’on tient compte des difficultés auxquelles nos propres peuples sont confrontés.

 

Ce qui apparaît c’est que partout où l’on a voulu installer au forceps ce modèle à la fois économique néo-libéral et démocratique le résultat est assez catastrophique et paraît avoir bloqué toute tentative de partir de ses propres aspirations et traditions pour aboutir à un système politique original, c’est pour cela que si je suis incapable de dire quand Khadafi sera ou non attrapé, vivant ou mort, quelle sera la faction qui l’emportera mais je puis vous assurer que rien ne sera réglé pour autant et que nous entrons ici comme ailleurs dans un processus complexe avec une issue qui risque fort d’être inappropriée.

 

Depuis quelques jours, alors même que la crise amorcée en 2007 est de plus en plus grosse de menaces, que tombent les chiffres du chômage, ceux des inégalités en France, l’aggravation de la pauvreté, tandis que se succèdent les bulletins de victoire en Libye, je suis hantée par ce texte de Salluste décrivant la lutte du prince berbère Jugurtha contre Rome et ce qui se passa dans la ville impériale. Voici ce que dit Salluste : «  J’entreprends d’écrire l’histoire de la guerre que le peuple romain a faite à Jugurtha, roi des Numides. D’abord, parce qu’elle a été cruelle, sanglante, marquée par bien des vicissitudes. Ensuite parce qu’elle est devenue le point de départ de la lutte contre la tyrannie des nobles, lutte qui a bouleversé toutes choses divines et humaines et mis un tel délire dans les esprits que seuls la guerre et le ravage de toute l’Italie ont pu mettre fin à ces fureurs civiles. »

 

Danielle Bleitrach

LIBYE : L’HISTOIRE ET L’ANECDOTE par Danielle Bleitrach

20MAR

voici le texte que j’écrivais en aout 2011 et pour lequel, un parmi d’autres la direction du PCF me considérait comme une « amie des dictateurs ». A la même époque le PCF n’a pas eu à voter ni pour ni contre l’expédition, vu que selon l’article 35 de la Constitution, l’expédition n’excédant pas quatre mois il n’y a pas eu de vote. Le PCF a mis en garde contre « la logique de guerre » tout en dénonçant comme les autres Khaddafi et soutenant les vertueux rebelles. Jacques fath proposait de distribuer des fusils aux vertueux rebelles et l’Humanité consacrait un numéro dédié à la jeunesse à la gloire des rebelles de Benghazi. En revanche à l’assemblée nationale le député des hauts de seine Roland Muzeau faisait un excellent discours qui n’a eu droit qu’à quelques lignes dans l’humanité.  (note de danielle Bleitrach)

source :  histoireetsociete le août 30, 2011

Nous avons droit tous les jours à des bulletins de victoire vantant les « rebelles »,  les protégés de l’Occident en Lybie, proclamations assorties  de reportages sur les horreurs et la richesse du « régime ». Que faut-il en penser ? Khadafi ne me paraît ni mériter le halo révolutionnaire dont le parent ceux qu’indigne légitiment la croisade otanesque ni être pire que certains alliés de l’occident. Malgré ses revirements récents ce qui lui est reproché n’est ni sa mégalomanie, ni sa propension à réserver à son clan les richesses, mais bien de ne pas être un vassal fiable. En outre depuis le faux charnier de Timisoara, je suis  sceptique quand les médias me découvrent des crimes d’un système qu’ils veulent condamner. Bref nous sommes en pleine « représentation » une fiction montée pour nous convaincre des raisons que nous avons d’être là, parce que hors champ, il y a non seulement l’essaim des caméras occidentales, mais les bombardements et les forces spéciales qui ouvrent le passage  aux insurgés. Qui sont-ils ? Bien des questions subsistent par rapport au triomphalisme ambiant, par exemple comment une caravane de voitures blindées emportant plus d’une trentaine de personnes dont des blessés et de nombreux enfants ont-ils pu se rendre à un poste frontière en Algérie sans que nos merveilleux drones ne les repèrent? Certes il y a 1000 km de frontières avec l’Algérie et bien d’autres pays susceptibles de servir de bases arrières. Mais passons, j’ai décidé que ce blog serait consacré à l’Histoire au présent, celle qui est en train de se faire sous nos yeux. Je ne suis pas sûre, je suis même sûre du contraire, que les images, les commentaires, dont nous sommes abreuvés relèvent de l’histoire au présent, ce n’est que de l’anecdote.

Le pillage pétrolier a un besoin urgent de reconnaître un propriétaire libyen avec qui traiter les affaires. Donc le problème est politique. D’où la traque parce que quand dans cet immense pays si on n’arrive pas à mettre la main sur celui qui détient plus ou moins encore le pouvoir ça fait désordre. La logique voudrait même que l’on expose la tête de Khadafi et de ses fils pour l’édification des autochtones.  Mais au-delà de cette « urgence »,  personne, je dis bien personne n’est aujourd’hui capable de prévoir quel type de développement, quel système politique va s’installer durablement en Libye comme d’ailleurs dans tous les pays où se déploie la geo-stratégie occidentale.

Les pays impérialistes, ce qu’on appelle l’Occident, ont choisi à travers cette expédition de Libye de mettre la main sur les richesses du sous-sol et à ce titre les vainqueurs d’aujourd’hui risquent fort d’être divisés demain, à commencer par les compagnies pétrolières et donc leurs poulains sur le terrain, mais le fond de l’affaire, ce qui donne un poids historique à cette minable expédition de l’OTAN est la volonté hégémonique, un contrôle sur un processus de transformation, celui des printemps arabes. Il s’agit certes de piller le pétrole mais il y a plus. L’impérialisme, l’occident en crise, lie son avenir à une intervention directe et militaire de plus pour imposer à l’Afrique, au proche-Orient, à l’Asie un mode de développement et un système politique baptisé démocratie.

C’est à ce titre que l’affaire libyenne présente un intérêt historique. Nous avons eu l’amorce d’un mouvement de transformation populaire en particulier en Tunisie et en Egypte. Mais très rapidement on peut dire que tout qui s’est développé depuis a été plus ou moins repris en main, manipulé, à partir de problèmes réels, par un impérialisme occidental en perte de vitesse et qui ne veut pas renoncer à imposer ses orientations à l’ensemble de la planète.

La domination occidentale ne se contente pas d’être impérialiste, d’exploiter, de piller, elle prétend définir un modèle universel, un ordre économique mondial. Il y aurait pour les peuples la nécessité de s’y conformer. C’est d’ailleurs ce que reflète la propagande occidentale déversée dans nos médias et ce qui est remarquable c’est à quel point malgré l’évidence des faits, cette idéologie, cette représentation de l’humanité, du rôle de « guide » joué par les économies et les « démocraties » occidentales ne sont jamais remises en cause. Est-ce que cela va durer? Alors même que notre système fait eau de toute part, que nous sommes contraints de l’imposer par des bombardements et des occupations militaires, pas le moindre doute ne semble effleurer non seulement les commentateurs mais pour une bonne part la population de nos pays. Il y a dans cet aveuglement collectif quelque chose de stupéfiant et qui là encore mérite analyse. Voici plusieurs siècles que nous avons convaincu une bonne partie de la planète et nous-mêmes que nous étions synonymes de progrès et que notre mode de développement autant que nos valeurs étaient universelles. C’est peu de dire que l’ensemble est menacé d’effondrement et que acculés nos gouvernants sont contraints à faire la démonstration par les armes de l’excellence de notre modèle tout en jouant sur l’attrait consumériste que nous inspirons, quitte à voir toujours plus d’immigrés et de naufragés aborder nos côtes.

Si l’on considère pourtant que partout  les peuples protestent, tentent de trouver les chemins de leur propre développement parce que celui-ci a été impulsé dans la dépendance et de ce fait maintenu dans des formes archaïques par les effets de la colonisation, de la néo-colonisation puis de la mondialisation financiarisée, celle des grandes compagnies, il y a là au moins une contradiction qui n’est pas prête d’être résolue. Si l’on considère que ce rachitisme auquel ont été condamnées un grand nombre de civilisations a permis de nourrir l’essor de la domination occidentale, on devrait mesurer à quel point la prétention que nos gouvernants manifestent de poursuivre leur oeuvre civilisatrice est pour le moins extraordinaire, surtout si l’on tient compte des difficultés auxquelles nos propres peuples sont confrontés.

Ce qui apparaît c’est que partout où l’on a voulu installer au forceps ce modèle à la fois économique néo-libéral et démocratique le résultat est assez catastrophique et paraît avoir bloqué toute tentative de partir de ses propres aspirations et traditions pour aboutir à un système politique original, c’est pour cela que si je suis incapable de dire quand Khadafi sera ou non attrapé, vivant ou mort, quelle sera la faction qui l’emportera mais je puis vous assurer que rien ne sera réglé pour autant et que nous entrons ici comme ailleurs dans un processus complexe avec une issue qui risque fort d’être inappropriée.

Depuis quelques jours, alors même que la crise amorcée en 2007 est de plus en plus grosse de menaces, que tombent les chiffres du chômage, ceux des inégalités en France, l’aggravation de la pauvreté, tandis que se succèdent les bulletins de victoire en Libye, je suis hantée par ce texte de Salluste décrivant la lutte du prince berbère Jugurtha contre Rome et ce qui se passa dans la ville impériale. Voici ce que dit Salluste : «  J’entreprends d’écrire l’histoire de la guerre que le peuple romain a faite à Jugurtha, roi des Numides. D’abord, parce qu’elle a été cruelle, sanglante, marquée par bien des vicissitudes. Ensuite parce qu’elle est devenue le point de départ de la lutte contre la tyrannie des nobles, lutte qui a bouleversé toutes choses divines et humaines et mis un tel délire dans les esprits que seuls la guerre et le ravage de toute l’Italie ont pu mettre fin à ces fureurs civiles. »

Danielle Bleitrach

Link1 | Link2 | Link3

Copyright © 2014. All Rights Reserved.