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Libye

A propos de l’anniversaire de la mort de Khaddafi

 

21 Octobre 2016

Toujours la même interrogation: est-il possible de faire de la multitude des hommes libres? Socialisme ou barbarie, voici ce que j’écrivais au lendemain de la mort de Khaddafi, le genre d’analyse qui à l’époque m’attirait des remarques sur « mon amour pour les tyrans ». Cela se passait en octobre 2011.

 

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Kadhafi certes l’actualité est là… Il y a ces images, cette vidéo abominable… Mais pourquoi Spinoza ? Parce que nous sommes plus que jamais confrontés à l’interrogation de Spinoza « Est-il possible de faire avec la multitude une collectivité d’hommes libres? » Vous reconnaitrez qu’il n’y a pas qu’en Libye que la question se pose de manière urgente.

 

Cet assassinat n’avait qu’un but, asseoir le domination des forces de l’OTAN, de l’impérialisme sur le pays.


Et on doit dénoncer sans le moindre état d’âme tous ceux qui ont contribué de manières diverses à ce crime contre un peuple, il y a tous ceux qui se réjouissent bruyamment devant cet assassinat du « Tyran », tous ceux qui ont masqué les enjeux réels de l’intervention de l’OTAN en faisant de cette intervention une lutte de la « démocratie » contre la « tyrannie », les médias complices dans leur quasi totalité, TOUTES les forces politiques, les chefs d’entreprises qui se sont rués vers la Libye alors que Syrte agonisait.

 

Donc ces images ne sont pas « un mal nécessaire » pour vaincre la tyrannie mais bien la démonstration de ce qu’est la tyrannie que nous imposons depuis des siècles à tous les peuples du monde, esclavage, colonialisme et voici les hommes que nous avons créés, ceux qui ont toujours été nos complices. Nous dégradons jusqu’à l’aspiration à la liberté. Nous, c’est-à-dire cette servitude que nous tolérons pour notre peuple et qui a nom le capitalisme à son stade ultime de barbarie, l’impérialisme. La multitude pourra devenir libre quand elle renoncera à opprimer les autres: un peuple qui en opprime un autre ne peut pas être libre, c’est la leçon que Marx a empruntée entre autres à Spinoza.

Londres fait son autocritique sur la Libye, Paris persiste et signe

 

07 Octobre 2016
 
Le terrible coût de l’intervention militaire de 2011


6 OCTOBRE 2016

 

La publication par le Parlement britannique d’un rapport accablant sur l’intervention occidentale en Libye en 2011 a suscité bien des critiques… en France. Alors même que ce pays a été incapable de mener un travail d’analyse comparable et que des éléments accablants portés devant l’opinion publique confirment que le choix de la guerre n’était pas inéluctable et que d’autres moyens d’action existaient pour aider le peuple libyen.

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Bernd.Brincken, 19 mars 2011.
 

« Dans le monde arabe, tout est plus compliqué que ce qu’on souhaiterait ». Cette phrase n’est pas extraite d’un tabloïde britannique, mais de l’audition de Sir Alan Duncan, secrétaire d’État britannique au développement international en 2011 figurant dans le rapport de la commission des affaires étrangères de la chambre des communes sur l’intervention militaire de 2011 en Libye, Libya : Examination of intervention and collapse and the UK’s future policy options, publié le 16 septembre 2016. Cette petite phrase pourrait d’ailleurs résumer à elle seule la tonalité de ce rapport — dont nombre de conclusions rappellent celles durapport de la commission d’enquête John Chilcot, paru deux mois plus tôt et qui apportait un éclairage accablant sur l’intervention britannique contre l’Irak en 2003. Il est le résultat d’un travail de recherche et d’auditions réalisées depuis octobre 2015 par les onze membres de la commission des affaires étrangères de la chambre des communes (six députés conservateurs, quatre travaillistes et un membre du parti national écossais). Les principaux responsables politiques, militaires et diplomatiques en poste en 2011, l’ancien premier ministre Tony Blair, trois universitaires reconnus et un journaliste spécialiste de la Libye ont été auditionnés. Le premier ministre en exercice en 2011 David Cameron a pour sa part décliné l’invitation. Des entretiens ont été également réalisés avec des personnalités tunisiennes et libyennes. Les minutes des auditions sont jointes dans leur intégralité au texte.

 

Ce rapport permet d’obtenir, à partir des témoignages des principaux acteurs de l’époque, des détails précieux sur les processus de décision qui ont conduit à la guerre, les buts de cette guerre et la préparation de l’après-guerre. La totalité des responsables interrogés reconnaissent qu’ils ne disposaient en 2011 que d’une connaissance superficielle des acteurs libyens et des structures sociales et politiques réelles du pays. Plus grave encore, les analyses du ministère de la défense s’appuyaient exclusivement sur les informations diffusées par l’insurrection sur les réseaux sociaux, celles transmises par les opposants libyens de l’étranger et celles des grands médias qui reprenaient souvent la couverture des évènements des chaînes Al-Jazira et Al-Arabiya du Qatar et de l’Arabie saoudite. Tous reconnaissent le manque de renseignements fiables sur la situation et la méconnaissance de ce qui se passait réellement sur le terrain. Interrogés de façon récurrente par les députés sur leur perception du poids des militants islamistes dans l’insurrection, tous les responsables ont affirmé ne pas l’avoir estimé à sa juste valeur, de même que le soutien que leur apportait le Qatar. Malgré tout, le choix d’écarter les options diplomatiques au profit de l’option militaire a été fait très rapidement. Le chef d’état-major des armées affirme avoir été l’un des seuls à attirer l’attention sur l’absence de fiabilité des renseignements disponibles lors des premières réunions du Conseil national de sécurité.

 

LE « SAUVETAGE » DE BENGHAZI

 

Sur la question cruciale du sauvetage de Benghazi qui a été mise en avant pour justifier l’adoption de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant la mise en œuvre de « tous les moyens nécessaires » pour protéger les populations civiles, les avis divergent entre les responsables étatiques et les universitaires auditionnés. Les premiers reprennent bien naturellement la rhétorique officielle de l’époque sur l’imminence d’un massacre de grande ampleur de populations civiles à Benghazi (plusieurs centaines de milliers de morts annoncés), voire d’un « génocide » et n’hésitent pas à rappeler les précédents de Srebrenica ou du Rwanda. Les universitaires George Joffé et Alison Pargeter se démarquent de cette hypothèse en rappelant qu’aucune des villes reprises par le régime aux insurgés (notamment Zawiya et Ajdabiya) n’avait subi de mesure de représailles contre la population civile. Ils mettent également en perspective le fameux discours de Mouammar Kadhafi du 22 février appelant à poursuivre les rebelles « maison par maison », avec ses discours postérieurs qui promettaient la clémence envers ceux qui déposeraient leurs armes. En outre, si Kadhafi a violemment réprimé ses opposants, il n’a jamais procédé à des massacres de populations civiles comme ont pu les perpétrer Saddam Hussein et Hafez Al-Assad. Enfin, la colonne en route vers Benghazi ne comprenait pas plus de 2 000 hommes, majoritairement de jeunes volontaires non aguerris soutenus par une dizaine de chars. Difficile dans ces conditions d’imaginer que cette colonne ait été en mesure de massacrer des dizaines de milliers d’hommes dans une ville de 800 000 habitants disposant déjà de milices bien armées et combattant sur leur terrain. C’est pourtant cette imminence du massacre annoncé à Benghazi qui demeure dans les esprits, justifiant le bien-fondé de l’intervention franco-britannique de 2011 en Libye.

 

Les quatre bombes lancées par les avions français le 19 mars ayant mis en déroute les forces pro-Kadhafi en route pour Benghazi, le mandat initial aurait pu être considéré comme rempli. L’état-major britannique avait d’ailleurs planifié une pause dans les bombardements pour permettre à l’option politico-diplomatique de se déployer. Le chef d’état-major des armées britanniques fait référence à une perspective clausewitzienne où« la guerre n’est que la poursuite de la diplomatie par d’autres moyens »1. Cette pause n’a cependant pas été acceptée par l’allié français qui, selon les responsables britanniques, avait déjà pour but de guerre la chute du régime. Le but de guerre britannique serait donc passé en quelques jours de la protection des populations au changement de régime. Ce but est atteint au terme de huit mois de guerre. Selon les termes du chef d’état-major de l’époque : « Cette intervention est un succès tactique qui se révèlera très vite un échec stratégique ».

 

DES PLANS IRRÉALISTES POUR LA TRANSITION

 

À la chute du régime et malgré une présence réelle sur le terrain en soutien de l’insurrection, les responsables britanniques n’ont toujours pas une vision claire de la situation en Libye. Les rapports de force au sein de l’insurrection ne sont pas connus et les analyses s’appuient exclusivement sur les contacts avec les responsables du Conseil national de transition (CNT), majoritairement d’anciens hommes d’affaires, juristes, universitaires et opposants de l’étranger non représentatifs des multiples factions de l’insurrection, en particulier des islamistes. La cellule de planification de la transition mise en place au printemps 2011 par les Britanniques, à laquelle participent des experts australiens, italiens, danois et américains travaille avec celle créée par le CNT. Les deux cellules n’ont cependant qu’un ancrage limité en Tripolitaine où les responsables locaux du courant islamiste de l’insurrection préparent déjà l’après-Kadhafi avec le soutien direct du Qatar. Rien ne se passe donc comme prévu à la chute de Tripoli.

 

La chute du régime entraîne l’implosion des institutions libyennes et la fragmentation des composantes de l’insurrection et les précipite dans une lutte pour le contrôle du pouvoir et des ressources. De l’avis des responsables auditionnés, les jolis plans ébauchés pour la transition étaient des exercices purement théoriques qui se sont révélés totalement irréalistes en l’absence de toute ébauche de consensus politique et de structure institutionnelle. La pensée dominante au sein des services britanniques était basée sur la croyance qu’après la chute du dictateur, la transition démocratique se passerait bien. Interrogés sur ce qu’il aurait fallu faire de plus ou de mieux, les responsables britanniques avouent ne pas avoir de réponse. Certains d’entre eux attribuent l’échec de la stabilisation au soutien qatarien des islamistes libyens.

 

Quant à savoir si le déploiement d’une force internationale sur le terrain pour désarmer les milices aurait pu contribuer à une stabilisation du pays, aucun des responsables et universitaires auditionnés ne considère cette option comme réaliste. Pour avoir un minimum de chance de s’imposer, une telle force aurait dû compter au minimum 15 000 hommes (hypothèse basse). Il n’existait en outre aucun mandat onusien pour une force sur le terrain dont les Libyens ne voulaient pas et à laquelle aucun pays n’aurait accepté de contribuer. Une même méconnaissance des réalités a conduit quelques mois plus tard à placer tous les espoirs pour la Libye dans le processus électoral de juillet 2012. Là aussi, les choses ne se sont pas déroulées comme convenu et les élections, en l’absence d’institutions, n’ont fait qu’accentuer les lignes de clivage existantes, voire en créer de nouvelles. L’idée selon laquelle la démocratie ne se limite pas à un processus électoral réussi n’est décidément pas encore acceptée par les élites européennes.

 

ABSENCE D’EXPERTISE ?

 

Tous les responsables auditionnés font également état de la méconnaissance des réalités sociales libyennes et de la situation sur le terrain avant et après le début de l’intervention comme justification du fait que rien ne s’est passé comme prévu. S’il est relativement facile aujourd’hui de déterminer les coordonnées des objectifs militaires et stratégiques d’un pays et d’accumuler les connaissances factuelles sur ses dirigeants, il est plus ardu d’appréhender la complexité des sociétés et des tensions qui les parcourent. Évoquer l’absence ou l’insuffisance d’expertise libyenne disponible pour justifier de mauvais choix permet donc de transférer les responsabilités politiques sur des insuffisances présumées des administrations en termes de personnel et d’organisation.

 

Il est faux cependant de dire qu’il n’existait pas d’expertise sur la Libye. Des centres de recherche comme l’International Crisis Group — qui ne peut être accusé de sympathie à l’égard de Kadhafi — ont attiré l’attention tout au long de la crise sur les risques d’une intervention militaire dans une guerre civile et sur la nécessité de négocier. Aux États-Unis, les grandes agences de renseignement et le Pentagone étaient initialement contre l’idée d’une intervention militaire en Libye. C’est finalement l’avis de la secrétaire d’État Hillary Clinton qui l’a emporté. Le chef d’état-major des armées britanniques évoque dans ses auditions ses réticences initiales sur l’intervention. Il affirme les avoir exprimées lors de la première réunion du Conseil national de sécurité présidé par David Cameron. Son expertise, comme celle qui aurait pu être apportée par un spécialiste de la Libye lors de cette réunion, s’est heurtée à la volonté politique forte d’entrée en guerre dans un contexte de matraquage médiatique en faveur d’une intervention. Les experts qui faisaient valoir la complexité de la situation libyenne à l’époque étaient en outre souvent tournés en dérision par de nouveaux spécialistes es-révolutions quant au fait qu’ils n’avaient rien vu venir ou que la question des tribus relevait du vieil imaginaire colonial.

 

Selon ces nouveaux experts, la jeune génération Internet adepte des réseaux sociaux rompait avec cette vision d’une Libye révolue en affichant son désir d’une démocratie « moderne », « à l’occidentale ». Un séjour de quelques jours parmi les jeunes blogueurs de Benghazi se révélait ainsi nettement plus valorisant que des années de recherches obscures. Les responsables britanniques ou leurs services ont fait le choix d’informations et d’analyses qui allaient dans le sens de décisions déjà prises, au détriment des expertises qui pouvaient les remettre en question. En ce sens, l’apparence de collégialité des prises de décision au sein du Conseil national de défense — instauré au Royaume-Uni après la guerre d’Irak de 2003 pour éviter que ne se reproduise le mode de décision opaque adopté alors par Tony Blair — n’a pas permis l’émergence d’un réel débat contradictoire sur les risques et les buts réels de cette intervention.

 

LE SILENCE DE LA FRANCE

 

Tout imparfait qu’il soit, ce rapport n’en constitue pas moins un exercice notable d’analyse critique sur les conditions d’entrée en guerre et d’intervention du Royaume-Uni en Libye en 2011. À ce jour, aucun travail similaire n’a été réalisé par les parlementaires français sur l’intervention française, alors même que la France a été beaucoup plus active que le Royaume-Uni. Aucun retour critique n’a été fait non plus par les grands médias français qui, en reprenant sans recoupement les propagandes des insurgés et des médias du Golfe (qataris et saoudiens) ont contribué à la fabrication du consensus pro-intervention dans l’opinion publique.

 

Ce rapport vient donc confirmer les constantes des interventions militaires et de la guerre d’une manière générale. Celles-ci sont avant tout le règne de l’incertitude couramment dénommée « brouillard de la guerre ». Et pourtant, comme dans l’affaire irakienne quelques années plus tôt, les voies de la diplomatie n’ont jamais été explorées, voire volontairement écartées, justement pour cause d’incertitude sur leur issue. Le ministre des affaires étrangères Lord Hague reconnaît d’ailleurs que Seif Al-Islam Khadafi l’a appelé au début des évènements en se proposant d’inciter son père à quitter le pouvoir et de travailler à une solution négociée ; et qu’il a rejeté cette proposition en expliquant que Saif pouvait ne pas être meilleur que son père. Saif a de même appelé la secrétaire d’État Hillary Clinton, laquelle a simplement refusé de lui parler. Côté français, des tentatives de négociation ont également été tentées avec l’envoi en France de Bachir Saleh — que Nicolas Sarkozy a refusé de rencontrer. Les justifications à ces refus de négocier sont toutes les mêmes : il ne s’agissait que de manœuvres de diversion pour gagner du temps et nous n’avons aucune garantie de succès. L’histoire prouve pourtant que rien n’est moins incertain que l’issue d’une guerre.

 

Malgré les différences notables entre les personnalités de David Cameron et Nicolas Sarkozy, et de cultures entre les institutions des deux pays, les mêmes décisions ont été prises en l’absence de débats réels. Le 21 février, jour des prétendus bombardements aériens de civils libyens, paraît dans Le Monde une tribune de diplomates qui rejettent sur Nicolas Sarkozy la responsabilité des « déboires » de la politique de la France en Tunisie et en Égypte. Lui et ses conseillers sont accusés d’« amateurisme » et d’« impulsivité ». Devant ses conseillers, le président français ne cesse de répéter que « Kadhafi est un cinglé ». Il est vrai que la personnalité caricaturale de Kadhafi, son lourd passif avec les Occidentaux, la haine que lui vouent les dirigeants arabes du Golfe et son isolement international font de lui une cible idéale. Pour Nicolas Sarkozy comme pour David Cameron, la Libye représente l’occasion idéale de redorer leur image en prenant résolument le parti des valeurs et des peuples et de faire oublier leur incapacité à prendre la mesure de ce qui se joue dans le monde arabe depuis quelques semaines.

 

QUAND BHL DEVIENT LE CHANTRE DE L’INTERVENTION

 

C’est aussi une façon de détourner l’attention de ce qui se passe au Bahreïn où le grand allié saoudien réprime violemment une insurrection populaire sans que la communauté internationale s’en émeuve outre mesure. Après concertation avec son chef d’état-major particulier et le chef d’état-major des armées, Nicolas Sarkozy ordonne ce même jour de déployer des moyens de renseignement sur zone. La logique de guerre est enclenchée et ce ne sont pas dans les conseils de défense, où nul d’ailleurs ne s’avise de le contredire, que les vraies décisions sont prises. Les analyses de l’état-major affirment que l’affaire est jouable. Leur chef est acquis au président et un petit groupe d’officiers y voit l’occasion de se positionner dans des rapports de pouvoir internes.

 

La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a beau disposer d’une équipe à Benghazi avant même l’arrivée de Bernard-Henry Lévy, c’est ce dernier qui l’appelle directement pour lui proposer de le présenter aux représentants du CNTlibyen. C’est enfin, dès le 22 février, le contact direct avec l’allié qatarien qui achève de convaincre Nicolas Sarkozy qu’il est temps d’y aller. Si la personnalisation du pouvoir et la marginalisation des administrations sous Sarkozy sont indissociables de ce processus de décision, on aurait tort de croire qu’une issue différente aurait été possible avec un autre président, tant était fort le consensus en faveur d’une intervention au sein des classes politiques et médiatiques dominantes. La culture de l’intervention militaire en lieu et place de la diplomatie a en effet pénétré les champs diplomatiques, politiques, médiatiques et académiques ces dernières années sur le modèle du mouvement néoconservateur américain. Un processus plus collégial, plus respectueux des logiques institutionnelles sur le modèle de celui qui s’est déroulé au Royaume-Uni aurait donc très certainement abouti à la même décision.

 

« SERVICE APRÈS-VENTE » DÉFECTUEUX ?

 

Et si finalement cette affaire ne faisait que mettre en évidence des phénomènes universels de complaisance et de courtisanerie envers l’autorité ? Et l’on pourrait même se hasarder à la comparaison avec ce qui se passait à 2 000 kilomètres de là dans le camp adverse. Dans la tente du guide libyen, les mêmes facteurs humains étaient en effet à l’œuvre : peur de déplaire au chef, d’aller à l’encontre d’une décision déjà prise, d’émettre un avis différent des autres membres du groupe, conditionnement social…

 

Quant à ceux qui continuent de croire que la situation libyenne actuelle est le fruit d’un « service après-vente » défectueux, ce rapport remet en question l’idée qu’on aurait pu faire mieux ou même différemment une fois la guerre déclenchée. Dans la conception clausewitzienne, la guerre est un acte de violence qui ne peut qu’entraîner une « montée aux extrêmes ». Les conséquences de celle de 2011 sont évidentes et étaient pourtant prévisibles : implosion de l’embryon d’État libyen, fragmentation et militarisation de la société. Et comment imaginer que l’envoi de quelques fonctionnaires onusiens et experts ès élections de plus ou de moins puisse régler ces questions fondamentales ?

 

N’en déplaise donc à sir Alan Duncan, les choses ne se passent plus comme au temps où l’Empire britannique était en mesure de façonner les constructions étatiques dans le Golfe, cette belle époque où tout n’était pas plus compliqué qu’on le souhaitait chez les Arabes.

 

PATRICK HAIMZADEH

 

1 NDLR. Carl von Clausewitz est l’auteur d’un célèbre traité de stratégie militaire intitulé De la guerre.

Deux nouvelles qui n’ont rien à voir entre elles, sauf pour le lecteur complotiste.

 

1- L’ancien ministre libyen du Pétrole avait prudemment confié son carnet secret sur les transactions pétrolières à un parent. Y était noté (entre autres) le versement de 6,5 millions d’euros au Français Nicolas Sarkozy pendant sa campagne pour les présidentielles de 2007. 

Le corps du Lybien a été retrouvé le 29 avril 2012 dans le Danube, à Vienne (Autriche).
Selon la police autrichienne, une crise cardiaque a provoqué la chute du malheureux dans le fleuve, puis sa noyade.

 

2- Sketch des Inconnus. Le présentateur du journal télévisé d’Antenne 3 Marseille, nous relate un accident stupide qui a causé la mort d’un patron de clinique et gérant de boite de nuit « qui dormait tranquillement près de sa tronçonneuse quand cette dernière s’est mise en marche toute seule et a découpé le pauvre homme qui, pour lui échapper, a dû sauter par la fenêtre et a atterri dans un baril de béton frais que l’on a retrouvé ce matin immergé au large du vieux port. La police n’exclut cependant pas la thèse du suicide ».

 

Théophraste R. (ex-élève de Rouletabille)

URL de cette brève 5186
http://www.legrandsoir.info/suicides-bizarres-modes-d-emploi.html

Ce massacre organisé en Libye était visible dès les premiers jours, avec l’activisme insensé de Bernard-Henri Lévy, et ses amours fugaces avec Sarko. À l’époque, Martine Aubry, première secrétaire du PS, approuvait cette réussite... Et Blanco en était tout excité... En effet, le but était, selon la propagande, de chasser un dictateur et d’établir la démocratie... avec quelques inévitables petits inconvénients secondaires. Air connu...

 

Devant le désastre, la France a organisé une commission parlementaire afin d’identifier l’ensemble des responsabilités politiques... Non rassurez-vous, la France n’a rien fait. Le consensus national est total pour, quoi qu’il arrive, légitimer ce que fait la France pour garder sa place en Afrique, son empire jamais décolonisé.

 

Il n’y a donc eu aucune commission parlementaire, et ce pour une raison simple : c’est parce que c’est un sujet sérieux, et en cherchant des responsabilités, on risque de les trouver. Non, il faut mieux exciter les foules sur les trois burkinis de Nice, et les discours sur la peur.

 

C’est la Grande-Bretagne qui a mis en place une commission parlementaire, laquelle vient de déposer son rapport sur l’intervention de 2011.

 

Pour le rapport, cette intervention était fondée « sur des suppositions erronées et une compréhension incomplète du pays et de la situation ». Les décisions ont été prises en exagérant la menace contre les civils de Bengazi – une opération militaire minimale stoppée en 24 heures – et en ignorant que les plus actifs de la rébellion étaient les islamistes. Les conclusions sont claires : la campagne de bombardements a causé l’effondrement politique et économique de la Libye.

 

Selon, Sidney Blumenthal, conseiller d’Hillary Clinton, les objectifs de Sarko étaient de cinq ordres :

 

- Obtenir une plus grande part de la production de pétrole libyenne ;

- Accroître l’influence française en Afrique du Nord ;

- Permettre aux armées françaises de réaffirmer leur position dans le monde ;

- Répondre aux projets de Kadhafi de supplanter la France en Afrique francophone ;

- Améliorer sa situation politique en France.

 

Les parlementaires soulignent que quatre de ces cinq facteurs correspondaient à l’intérêt de la France, alors que le cinquième « représentait l’intérêt politique personnel du président Sarkozy », un an avant la présidentielle de 2012, dans « une attitude proactive en Méditerranée censée répondre aux préoccupations des électeurs en matière d’immigration ».

 

Alain Juppé, alors ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, avait été tout aussi incompétent et dangereux : « La situation sur le terrain est plus alarmante que jamais. Il nous reste très peu de temps, c’est peut-être une question d’heures. » Ah oui, papy ? Selon le rapport, les menaces pesant sur les habitants de Benghazi « ont été grossièrement exagérées ».

 

Il reste juste à souhaiter que les populations libyennes s’organisent et déposent plainte contre Sarkozy, Cameron et BHL devant la Cour pénale internationale. La France et la Grande-Bretagne ayant ratifié le traité, ses agents doivent assumer leurs responsabilités lorsqu’ils s’engagent dans un conflit armé international. La loi est la même pour tous, non ?

 

Gilles DEVERS

15 septembre 2016

»» http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2016/09/15/liby...
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Libye: un rapport parlementaire britannique dénonce l’intervention de 2011

 

15 Septembre 2016

 

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Londres – L’intervention militaire britannique en Libye en 2011 était basée sur des postulats erronés, accusent des parlementaires britanniques dans un rapport publié mercredi qui critique sévèrement l’ancien Premier ministre David Cameron.

 

La Commission des Affaires étrangères a relevé plusieurs erreurs dans le processus décisionnel qui a amené Londres à intervenir militairement avec la France en 2011, officiellement pour protéger les civils réprimés par le dictateur Mouammar Kadhafi.

 

Il (le gouvernement) n’a pas pu vérifier la menace réelle que le régime Kadhafi faisait peser sur les civils; il a pris au pied de la lettre, de manière sélective, certains éléments de la rhétorique de Mouammar Kadhafi; et il a échoué à identifier les factions islamistes radicales au sein de la rébellion, écrivent les parlementaires dans leur rapport.

 

La stratégie du Royaume-Uni fut fondée sur des postulats erronés et sur une analyse partielle des preuves, assènent les membres de la commission.

 

Une demi-décennie après la chute et la mort de l’ancien maître du pays, le chaos continue de régner en Libye, pays riche en pétrole où le gouvernement d’union nationale (GNA), soutenu par l’ONU, peine à asseoir son autorité sur l’ensemble du pays depuis son installation en mars à Tripoli.

 

Mardi, les forces du gouvernement non reconnu qui siège dans l’est se sont emparées du dernier des quatre terminaux du Croissant pétrolier, des installations cruciales pour l’économie du pays situées entre Benghazi et Syrte, une ville d’où les forces du GNA tentent depuis quatre mois de chasser le groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui en avait fait son bastion.

Selon Crispin Blunt, le président de la commission, le gouvernement Cameron aurait pu privilégier d’autres options qui auraient amené à de meilleurs résultats.

 

Un engagement politique aurait pu permettre de protéger la population civile, de changer et de réformer le régime à un coût moindre pour le Royaume-Uni et la Libye, estime-t-il.

 

Le Royaume-Uni n’aurait rien perdu en suivant ces pistes, au lieu de se focaliser exclusivement sur le changement de régime par des moyens militaires, a-t-il affirmé dans un communiqué.

 

David Cameron aurait aussi dû savoir que les islamistes radicaux allaient chercher à profiter de la rébellion, estime la commission, selon laquelle il n’existe pas d’indication que la nature de la rébellion ait été correctement analysée par Londres

 

David Cameron est donc le responsable final de l’échec à développer une stratégie cohérente en Libye, jugent les députés.

 

L’ancien Premier ministre conservateur n’a pas voulu témoigner devant la commission, évoquant un emploi du temps chargé, selon le rapport.

 

– Quand Blair appelle Kadhafi –

 

D’autres acteurs politiques majeurs sont en revanche venus témoigner devant la commission: l’ancien ministre de la Défense Liam Fox et celui des Affaires étrangères William Hague, ainsi que l’ancien Premier ministre Tony Blair.

 

Ce dernier a déclaré à la commission avoir joint par téléphone Mouammar Kadhafi en février 2011 pour tenter de le convaincre d’abandonner le pouvoir.

 

Nous n’avons pas vu d’éléments prouvant que le Premier ministre d’alors, David Cameron, ait tenté d’exploiter les contacts de M. Blair, dit la commission.

 

L’échec de la transition post-Kadhafi en Libye est également un sujet sensible aux Etats-Unis, où Hillary Clinton a dû répondre à des accusations après l’attaque de l’enceinte diplomatique américaine de 2012 à Benghazi, dans laquelle l’ambassadeur américain Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués.

 

L’actuelle candidate démocrate à la présidence, qui était secrétaire d’Etat du président Barack Obama au moment des faits, a dû témoigner dans un climat tendu devant le Congrès, et l’opposition républicaine a dénoncé un scandale politique.

 

(©AFP / 14 septembre 2016 02h20) 

Libye: mais que vont faire les forces françaises dans cette galère ?

 

Libye: mais que vont faire les forces françaises dans cette galère ?
Libye: mais que vont faire les forces françaises dans cette galère ?

Libye: une union de milices appelle à prendre les armes contre les forces françaises et occidentales

L'annonce a été faite par un collectif de groupes armés prénommé Conseil de la Choura révolutionnaire de Benghazi, dans un communiqué publié le 23 juillet. Il évoque une «agression flagrante» de la part des forces occidentales, notamment françaises.

«Nous appelons tout le peuple libyen à se mobiliser pour défendre sa religion [...] et expulser toutes les troupes étrangères de Libye», stipule le communiqué, ajoutant que «la présence militaire française en Libye équivaut à une invasion».

POUR LIRE LA SUITE
CLIQUEZ CI-DESSOUS

https://francais.rt.com/international/24341-libye-milices-appellent-a-combattre-invasion-des-forces-etrangeres

 

Début mai, j’avais écrit «  Gardez à l’esprit que Saïf Kadhafi pourrait jouer un rôle important dans le futur. »

 

Beaucoup d’étrangers ont été surpris d’apprendre que Saïf Al Islam Kadhafi, l’héritier naturel de son père, avait été libéré d’une prison libyenne de Zintan, mais ce n’est rien en comparaison de ce qui pourrait se produire : son retour au pouvoir d’une manière ou d’une autre.

 

Pendant le soulèvement du printemps arabe de la Libye en 2011, Saïf a rejoint son père et ses frères sur les barricades pour combattre les rebelles soutenus par l’OTAN dans une âpre guerre révolutionnaire. Les rebelles ont par la suite attrapé et assassiné son père et son frère Mouammar Moatassim à Syrte, mais Saïf, lui, a été capturé vivant alors qu’il essayait de fuir à travers le désert du Sahara au Niger.

 

Il a peut-être dû sa bonne fortune au fait que les unités qui l’ont capturé étaient de Zintan, une ville montagneuse du sud de Tripoli, qui a combattu par la suite l’Aube de Libye, un groupe islamiste qui a pris la capitale en 2014. Lors du procès collectif d’anciennes personnalités du régime, Zintan a refusé de livrer Saïf, lui épargnant ainsi les brutalités infligées à d’autres prisonniers dont l’ancien chef du renseignement Abdullah al Senussi et son jeune frère Saadi. Un film montre ce dernier en train d’être tabassé dans la cellule d’une prison de Tripoli.

 

Les Zintanis n’étaient pas des amis de l’ancien régime. Ils étaient l’un des groupes rebelles les plus efficaces dans la lutte contre les forces de Kadhafi pendant le soulèvement que les bombardements de l’OTAN ont permis de remporter.

 

Mais d’après ce qu’en ont dit les quelques personnes autorisées à lui rendre visite dans un lieu étroitement gardé quelque part dans la ville, Saïf a était bien traité et jouissait d’un régime similaire à l’assignation à résidence.

 

Il y a un an un tribunal de Tripoli, opérant sous le contrôle du groupe Aube de la Libye, l’a condamné à mort ainsi que quelques d’autres, dont Al Senussi. A Zintan, peu de choses ont changé pour Saïf, parce que Zintan a refusé obstinément de l’envoyer à la misérable prison d’Al Hadba à Tripoli.

 

Le chaotique Gouvernement d’entente nationale (GNA), soutenu par l’ONU et dirigé par un premier ministre homme de paille, qui opère à partir de la base navale de Tripoli, la seule partie de la ville qu’ils contrôlent, semble toutefois être à l’origine de l’acte d’amnistie dont ont bénéficié Saïf et d’autres prisonniers en avril, annulant leurs condamnations à mort et ordonnant leur libération.

Depuis lors, l’endroit où se trouve Saïf est un mystère, mais l’attitude des Zintanis à son égard est tempérée par leur alliance avec les tribus qui soutenaient Kadhafi auparavant, dont celles de Beni Walid et de Warshefani, pour lutter à mort contre les islamistes d’Aube de la Libye. La tribu de Kadhafi elle-même a une base au sud de Zintan près de Sebha, et fait cause commune avec les Zintanis contre les milices d’Aube de la Libye qui contrôlent la capitale et le Gouvernement d’entente nationale (GNA).

 

Avant le soulèvement en Libye, Saïf sillonnait le monde pour chercher des soutiens à son projet de démocratisation du pays. Il est difficile de savoir si ses ambitions dans ce domaine ont avorté parce qu’il n’était pas sérieux, ou à cause de la ligne dure de ses frères et sœurs Moatsem et Khamis. Quoiqu’il en soit, il sort de captivité pour retrouver une Libye profondément changée, ce qu’il avait prédit.

 

En février 2011 Saïf al-Islam a fait un discours où il prédisait ce qui allait arriver. Et il ne s’est pas trompé. « Il y aura la guerre civile en Libye ... nous allons nous entretuer dans les rues et toute la Libye sera détruite. Il nous faudra 40 ans pour parvenir à un accord sur la façon de diriger le pays car, désormais, tout le monde voudra être président ou émir, et tout le monde voudra diriger le pays. »

 

Saïf savait que son pays serait déchiré si le régime de son père était détruit par l’Occident.

 

Les brutalités du régime de son père ont, depuis, été égalées par celles de certaines des milices qui l’ont renversé, comme on le voit avec le passage à tabac de son frère Saadi dans une prison de Tripoli, filmé dans tous ses macabres détails par ses geôliers.

 

La plupart des tribus qui soutenaient autrefois Kadhafi se battent maintenant contre les islamistes et leurs alliés opportunistes de Misrata d’Aube de la Libye, et elles verront en SaÏf une personnalité qui peut unifier leurs revendications et empêcher leur éviction de la vie politique libyenne.

 

Il semble que l’opposition à ce qu’il joue un rôle politique soit en train de diminuer, parce qu’il n’a jamais fait partie du « muscle » du régime de Kadhafi ; il passait beaucoup de temps à Londres et fréquentait le cercle doré des riches magnats, des universitaires et de l’élite politique de Tony Blair.

 

En d’autres termes, de nouvelles perspectives s’ouvrent à cet homme qui a été châtié par les rebelles pour avoir condamné leur rébellion à la télévision verte de Kadhafi pendant le soulèvement, mais qui n’a jamais tiré une seule balle. Sa libération pourrait lui permettre de mettre en œuvre le projet qu’il a toujours prétendu porter : réformer son pays et unir les principales tribus qui se sentent marginalisées par ceux qui détiennent le pouvoir en Libye.

 

Les choses se mettent en place pour qu’il puisse faire éventuellement partie d’une sorte de grand conseil. Comme le Gouvernement d’entente nationale (GNA) est incapable de convaincre aucun des deux autres gouvernements de Libye de se joindre à lui, certains pensent qu’il faudrait faire appel à une médiation plus large, l’Arabie Saoudite et surtout Oman s’offrant comme médiateurs. Cela sera discuté à Bruxelles le 18 juillet avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry.

 

Dans ce pays, livré au chaos et à la destruction, dont les gouvernements se battent entre eux et où l’Etat islamique progresse, Saïf Kadhafi pourrait devenir une partie de la solution plutôt que du problème.

 

Depuis la nouvelle de sa libération, il y a 24 heures, des Libyens de différentes villes du pays brandissent des photos de Saïf en criant son nom. A ma connaissance, c’est la première fois qu’il y a des manifestations pro-Kadhafi aussi ostensibles dans tant d’endroits du pays à la fois depuis 2011.

 

Il est temps que Saïf joue un rôle, avec d’autres libertaires, dans et au dehors de la Libye pour promouvoir l’ancienne constitution et surtout pour bannir les membres du Groupe islamique combattant en Libye (GIGL, Al-Jama’a al-Islamiyyah al-Muqatilah bi-Libya), une ancienne filiale d’al-Qaïda.

 

Selon la rumeur, Saïf donnera bientôt une conférence de presse. Cela sera vraiment très intéressant si c’est le cas.

 

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2016/07/libya-part-iii-the-return-of-the-...
URL de cet article 30612 

Libye: les critiques d’Obama contre Cameron et Sarkozy

 

11 Mars 2016

Globalement ils ne valent pas tripette ni les uns, ni les autres… Mais j’aimerais bien que les belles âmes qui m’accusaient à cette époque de soutenir les tyrans quand je dénonçais l’expédition libyenne et Sarkozy fasse une fois dans leur vie leur auto-critique, à commencer par Jacques Fath alors responsable de la politique extérieure du PCF et la direction de l’Humanité. A force d’accumuler les positions erronées en feignant de les oublier quand le pot aux roses est découvert, la gôche faussement humanitaire soutient une bande d’aigrefins et les dirigeants communistes qui n’osent plus avoir une vision internationale indépendante du PS et du système médiatique dominant se déconsidèrent durablement. Il s’agirait de se reprendre et d’avoir le courage d’aller a contrario quand il s’agit de paix et de guerre. En effet, c’est un miracle qu’il n’y ait pas encore eu de guerre nucléaire qui laisserait l’humanité en état de survie et on doit avoir un minimum de courage quand on prétend à des propos aussi creux et ronflants que le pseudo humanisme affiché par les directions communistes pour mieux oublier qu’il existe une lutte des classes et le capitalisme porte en son sein guerre et fascisme.  
(note de Danielle Bleitrach)
WASHINGTON (AFP) 11.03.2016 – 05:23
Le président américain Barack Obama le 7 mars 2016 à Washington – AFP/Archives

David Cameron a été « distrait » pas d’autres choses, Nicolas Sarkozy voulait se mettre en avant: le président américain Barack Obama décoche dans une interview quelques critiques aux dirigeants ou ex-dirigeants européens sur l’intervention militaire en Libye de 2011.

 

Dans un entretien publié jeudi par le magazine The Atlantic, M. Obama revient sur les conditions dans lesquelles une coalition conduite par la France et la Grande-Bretagne -relayée par la suite par l’Otan- a mené en 2011 des raids aériens en Libye qui ont conduit à la chute du régime de Mouammar Kadhafi.

 

Depuis, l’Etat libyen s’est effondré, les milices rivales se disputent le pouvoir, et l’organisation Etat islamique (EI) a profité de la situation pour monter en puissance.

AFP/Archives

© AFP/Archives

L’ex-président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron lors d’un sommet sur l’ère post-Kadhafi le 1er septembre 2011 à Paris

« La Libye est plongée dans le chaos », constate le président américain.

 

« Lorsque je me demande pourquoi cela a mal tourné, je réalise que j’étais convaincu que les Européens -étant donné la proximité de la Libye- seraient plus impliqués dans le suivi », affirme M. Obama.

 

Le Premier ministre britannique David Cameron a ensuite été « distrait par d’autres choses », explique-t-il.

 

Le président français Nicolas Sarkozy « voulait claironner ses succès dans la campagne aérienne alors que nous avions détruit toutes les défenses anti-aériennes », dit-il encore.

 

Bernard-Henri Lévy, selon le CFR, l’Occident a aggravé la guerre en Libye puis en Syrie, par Maxime Chaix

 

29 Février 2016
 
L’affaire de la Libye n’appartient pas seulement au passé, il y a la menace du présent qui pèse sur tout le Maghreb et l’Algérie en particulier. Imaginons un instant l’extension du cas syrien à ce dernier pays et les conséquences sur le nôtre. Quant à BHL, s’il affiche souvent son judaïsme et ses liens privilégiés avec Israël, ses liens réels sont avec la CIA. Son rôle en Ukraine où il a mis en selle des néo-nazis antisémites après celui joué en Afghanistan, et à l’origine les boat people, témoigne assez de qui il reçoit les consignes pour draper dans l’humanitaire du grand « philosophe » les causes les plus contestables. Un article bien documenté.
(note de Danielle Bleitrach)
 

by Les-crises.fr DT

Source : Maxime Chaix, 07-02-201629

Pour des raisons promotionnelles, Bernard-Henri Lévy est à nouveau omniprésent sur la scène médiatique. Cet homme de réseaux et d’influence, qu’un académicien avait décrit comme le « vrai maître de la diplomatie » française, continue de justifier l’intervention de l’OTAN contre le régime libyen avec des arguments irréalistes. En effet, il estime que cette campagne a « évité à la Libye un destin syrien », en ce qu’elle aurait empêché Kadhafi d’« aller au bout de (…) projets meurtriers » pourtant loin d’être avérés. Nous allons montrer que ce raisonnement est invalide en résumant l’intervention clandestine et massive de l’Occident dans la guerre en Syrie, et en analysant une étude sur le conflit libyen parue dans Foreign Affairs, la revue du Council on Foreign Relations(CFR). En 2006, « devant les invités [de ce] prestigieux think tank new-yorkais, Lévy (…) confirm[a] qu’il partage “la vision morale et l’hostilité des néoconservateurs pour les Saddam, mollah Omar et Milosevic”. » Rapportant cet aveu, L’Express n’établit pas de lien entre cette posture « antitotalitaire » et les intérêts stratégiques des États-Unis et de leurs alliés en Irak, en Afghanistan et en ex-Yougoslavie.

 

Cinq ans plus tard, cette même « vision morale » justifiera la campagne de l’OTAN contre la Libye, occultant les véritables buts de guerre de l’Élysée et de ses partenaires, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Qatar. Rendu public à la suite de l’Emailgate, un mémo confidentiel adressé à Hillary Clinton lorsqu’elle était secrétaire d’État explicita « cinq facteurs motivant l’engagement de Nicolas Sarkozy à mener cette guerre en Libye : un désir d’obtenir une plus grande partie du pétrole libyen ; accroître l’influence française en Afrique du Nord ; améliorer sa situation politique intérieure en France ; offrir à l’armée française une chance de rétablir sa position dans le monde ; répondre à l’inquiétude de ses conseillers concernant les plans à long terme de Kadhafi de supplanter la France comme puissance dominante en Afrique de l’Ouest ». Et comme l’a rapporté Régis Soubrouillard, BHL aurait « clairement fait savoir aux responsables du CNT qu’ils “avaient une dette envers la France au vu de son soutien précoce et que Sarkozy avait besoin de quelque chose de tangible à présenter aux leaders politiques et économiques français”. » Ces révélations confirment que l’humanisme fut le principal facteur de l’intervention occidentale en Libye…

 

Dans une tribune publiée le 16 mars 2011, Bernard-Henri Lévy et d’autres figures du Meilleur des Mondes avancèrent que Kadhafi « mitraille les populations civiles, “purge” les villes des opposants et fait régner la terreur. » Or, ces accusations ne résistent pas à l’épreuve des faits. Comme l’avait déclaré Rony Brauman, qui était initialement favorable à une intervention de l’OTAN,

 

« [l]’aventure libyenne est elle-même partie d’une manipulation médiatique caractérisée. Ce qui a décidé Sarkozy et Obama a été le mitraillage aérien des manifestants de Tripoli le 21 février, une fausse information diffusée par Al-Jazira sur la base d’un simple témoignage téléphonique. Or il n’y a pas eu de manifestations à Tripoli et encore moins d’avion mitraillant la foule. Aucun des médias dominants n’a daigné faire la moindre vérification. La première page du récit de Bernard-Henri Lévy La Guerre sans l’aimer débute là-dessus : alors au Caire pour soutenir le Printemps arabe, il est sur le point de rentrer en France quand il voit sur les écrans de l’aéroport les avions attaquer en piqué la foule. Il prend soin de préciser que l’importance d’un événement c’est son commencement. À raison : ce commencement-là n’a pas eu lieu, c’était un énorme montage propagandiste, et qui donnait le ton de la suite. »

 

À cette époque, la nécessité d’une action militaire était presque unanimement défendue par des médias qui, malgré les dérives du journalisme de meute et de la propagande de guerredéplorentqu’un nombre grandissant de citoyens ne leur fait plus confiance.

 

En Libye, la campagne de l’OTAN a prolongé la guerre et alourdi le bilan humain

 

Depuis le renversement de Mouammar Kadhafi, la situation sécuritaire en Libye est de plus en plus préoccupante. De ce fait, un nouvel engagement occidental dans ce pays semble inévitable, bien qu’il comporte de sérieux risques. Selon l’ancien diplomate Patrick Haimzadeh, en « [r]eléguant aux oubliettes la question cruciale de la reconstruction d’un État légitime et inclusif, une telle opération aurait toutes les chances de poser davantage de problèmes qu’elle n’est censée en résoudre ». Cet expert de la Libye considère notamment qu’une nouvelle action militaire occidentale pourrait renforcer Daech. Malgré cette impasse stratégique, Bernard-Henri-Lévy ne regrette rien et continue de qualifier cette intervention de « juste ». En son temps, Socrate avait déclaré que « [l]e mal vient de ce que l’homme se trompe au sujet du bien. » Comme d’autres « orateurs », BHL estime que cette intervention a empêché Kadhafi de tuer massivement son peuple. Or, une analyse du contexte réel précédant cette campagne de l’OTAN nous amène à la conclusion inverse : cette opération a prolongé ce conflit et elle en a dramatiquement alourdi le bilan humain, alors que les troupes libyennes reprenaient le contrôle du pays en essayant d’épargner les civils.

 

Dans Foreign Affairs, la revue du prestigieux CFR, l’universitaire Alan Kuperman a démontré que l’ampleur de la répression de Mouammar Kadhafi avait été grandement exagérée par les médias et les défenseurs d’une action militaire de l’OTAN. D’après cet expert,

 

« [b]ien que la Maison Blanche ait justifié sa mission en Libye par des motifs humanitaires, cette intervention a en fait nettement aggravé le bilan humain dans ce pays.Tout d’abord, il s’est avéré que la répression de Kadhafi a été bien moins meurtrière que ne l’indiquaient alors les médias. Dans l’Est libyen, où l’insurrection a démarré sous la forme de manifestations pacifiques ou violentes, Human Rights Watch a recensé seulement 233 morts durant les premiers jours des combats, et non 10 000 comme l’avait avancé la chaîne saoudienne Al Arabiya. En vérité, comme je l’avais documenté en 2013 dans dans [la revue universitaire] International Security, entre le début de la rébellion à la mi-février 2011 et l’intervention de l’OTAN à la mi-mars, seulement un millier de Libyens avaient été tués, dont des soldats et des rebelles. Dans cette période, un article d’Al Jazeera largement cité par les médias occidentaux avança que l’armée de l’air de Kadhafi avait mitraillé et bombardé des civils à Benghazi et à Tripoli. Or, selon le professeur Hugh Roberts, de la Tufts University, “cette histoire était fausse”, comme il l’a démontré dans une longue enquête publiée par la London Review of Books. Au contraire, en s’efforçant de minimiser les pertes civiles, les troupes de Kadhafi s’étaient abstenues d’avoir recours à la violence indiscriminée. »

 

En citant des sources crédibles, ce spécialiste expose d’autres manipulations médiatiques ayant motivé l’intervention de l’OTAN. À l’initiative de la tribune du 16 mars 2011, que Bernard-Henri Lévy a cosignée, l’écrivain Dominique Simonnet déclara en août 2014 que « Kadhafi était en train de massacrer son peuple dans une abomination sans nom. Je pense qu’il était impossible de ne pas dire : “Faisons quelque chose, nous qui avons les moyens d’intervenir”. » Que Monsieur Simonnet en ait conscience ou pas, cet argument censé réaffirmer le bienfondé de la campagne de l’OTAN en Libye est indiscutablement faux, comme l’a démontré M. Kuperman dans Foreign Affairs :

 

« [A]u moment de l’intervention, la violence en Libye était sur le point de cesser. Les troupes bien équipées de Kadhafi avaient mis en déroute les rebelles désorganisés, qui rentraient chez eux. À la mi-mars 2011, les forces gouvernementales s’apprêtaient à reprendre le dernier bastion rebelle de Benghazi, afin de mettre un terme à ce conflit qui n’avait engendré que 1 000 décès en un mois. Or, à ce moment précis, des expatriés libyens basés en Suisse, qui étaient liés aux rebelles, ont lancé des mises en garde sur l’imminence d’un “bain de sang” à Benghazi – [des propos alarmistes] dûment repris par les médias occidentaux, mais qui se sont avérés être de la pure propagande. En vérité, le 17 mars [2011], Kadhafi s’engagea à protéger les civils à Benghazi, comme il l’avait fait avant de reprendre les autres villes libyennes, ajoutant que ses forces “laissaient la possibilité” aux rebelles de se réfugier en Égypte. En résumé, les insurgés allaient perdre la guerre, donc leurs agents d’influence à l’étranger agitèrent le spectre du génocide pour susciter une intervention de l’OTAN – ce qui fonctionna à merveille. Il n’existe aucune preuve que Kadhafi avait planifié ou envisagé une campagne de tueries contre la population. Certes, le gouvernement avait tenté d’intimider les rebelles en promettant de les traquer sans relâche. Mais Kadhafi n’a jamais mis ces menaces à exécution en visant les civils. »

 

Dans son étude, Alan Kuperman analysa de nombreux chiffres relatifs aux décès survenus depuis le lancement de l’opération occidentale en Libye. Il en a déduit qu’avant cette campagne de l’OTAN, la guerre civile était sur le point de se conclure, après avoir engendré « seulement » 1 000 décès. Selon lui, « depuis cette intervention, la Libye a souffert d’au moins 10 000 morts supplémentaires. En d’autres termes, il semblerait que l’opération de l’OTAN ait multiplié par dix le nombre de morts violentes » dans ce pays. Bien entendu, en l’absence d’étude épidémiologique crédible, le bilan humain de cette guerre reste impossible à déterminer. Dans tous les cas, il est clair que des manipulations médiatiques de grande ampleur ont altéré notre perception du « Printemps arabe » libyen, justifiant une campagne militaire aux conséquences désastreuses. À cette époque, toujours selon M. Kuperman,

 

« [l]’intervention en Libye pourrait aussi avoir encouragé la violence en Syrie. En mars 2011, le soulèvement [dans ce pays] était encore largement non-violent et la réponse du gouvernement d’Assad, bien que criminellement disproportionnée, était relativement circonscrite, générant environ 100 morts par semaine. Après que l’OTAN eut donné l’avantage aux rebelles en Libye, les révolutionnaires syriens se sont tournés vers la violence à l’été 2011, s’attendant probablement à susciter une telle intervention. “C’est pareil que Benghazi”, déclarait alors un rebelle syrien au Washington Post, ajoutant : “Nous avons besoin d’une zone de non survol”. Il en résulta une escalade majeure du conflit en Syrie, ce qui générait au moins 1 500 morts par mois à partir de l’année 2013, un nombre 15 fois supérieur. »

 

Ainsi, il ressort de cette étude que, loin d’avoir « évité à la Libye un destin syrien », cette intervention de l’OTAN contre le régime de Mouammar Kadhafi a prolongé jusqu’à présent un conflit qui allait s’éteindre, tout en incitant les Syriens à militariser leur rébellion – parallèlement à l’infiltration d’« al-Qaïda en Irak » (AQI) durant l’été 2011 pour combattre le régime el-Assad. Mais le lien entre ces deux conflits est encore plus évident lorsque l’on s’intéresse aux politiques profondes occidentales durant la guerre en Libye. En août 2014, le Washington Post a publié un important article intitulé « Les terroristes qui nous combattent aujourd’hui ? Nous venons tout juste de les entraîner ». D’après cette analyse,

 

« [a]u cours de nombreux entretiens menés ces deux derniers mois [avec des membres de l’État Islamique et du Front al-Nosra], ils ont décrit comment l’effondrement sécuritaire durant le Printemps arabe les a aidés à recruter, à se regrouper et à utiliser en leur faveur la stratégie occidentale – c’est-à-dire le soutien et l’entraînement de milices afin de combattre des dictateurs. “Des Britanniques et des Américains nous avaient [également] entraînés durant le Printemps arabe en Libye”, d’après un homme surnommé Abou Saleh, qui a accepté d’être interrogé si son identité restait secrète. [Ce dernier], qui est originaire d’une ville proche de Benghazi, affirma qu’un groupe de Libyens et lui-même avaient bénéficié dans leur pays d’entraînements et de soutien de la part des forces [spéciales] et des services secrets français, britanniques et états-uniens – avant de rejoindre le Front al-Nosra ou l’État Islamique [en Syrie]. Interrogées pour cet article, des sources militaires arabes et occidentales ont confirmé les affirmations d’Abou Saleh, selon lesquelles des rebelles en Libye avaient bénéficié d’“entraînements” et d’“équipements” durant la guerre contre le régime de Kadhafi. »

 

Le grand reporter Seymour Hersh a mis en lumière d’autres liens entre ces deux conflits, décrivant un réseau d’approvisionnement en armes des rebelles anti-Assad organisé depuis Benghazi. Selon M. Hersh, durant l’été 2013, « le flux secret d’armes en provenance de Libye pour équiper l’opposition syrienne via la Turquie était en place depuis plus d’un an, ayant été lancé peu de temps après la mort de Kadhafi le 20 octobre 2011. L’opération était en grande partie organisée depuis une annexe secrète de la CIA à Benghazi, avec l’aval du Département d’État [et la participation présumée de] l’ambassadeur US en Libye Christopher Stevens [, qui] fut tué lors d’une manifestation anti-américaine à Benghazi ». Peut-on alors parler de « non intervention » occidentale contre le régime el-Assad, une « inaction » que BHL fustige pour minorer l’ampleur du désastre libyen ? Afin de répondre à cette question, étudions de plus près les opérations clandestines de la CIA et de ses partenaires.

 

En Syrie, la guerre secrète de l’Occident et de ses alliés proche-orientaux a aggravé le conflit

 

Malgré le chaos que subit le peuple libyen, Bernard-Henri Lévy estime que la campagne de l’OTAN était préférable à la « non intervention » en Syrie – un argument qu’il avait déjà formulé lors d’un exposé controversé à l’IHEDN. Or, ce raisonnement de BHL n’est pas conforme au réel, car cette « non intervention » militaire des pays occidentaux relève du mythe.

 

En effet, bien que les puissances de l’OTAN et leurs alliés n’ont pas lancé de guerre ouverte contre le régime el-Assad, j’ai documenté l’année dernière une véritable guerre secrète multinationale de la CIA. Comme l’a récemment dévoilé le New York Times, cette opération fut baptisée Timber Sycamore, et elle a été principalement financée par l’Arabie saoudite. En juin 2015, elle avait été décrite par le Washington Post comme « “l’une des plus grandes opérations clandestines” [de la CIA], dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. D’après ce journal, cette intervention secrète (…) s’inscrit dans un “plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie”, c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. »

 

Cette guerre secrète de grande ampleur a alimenté dès janvier 2012 l’essor du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda, dont l’« État Islamique » faisait partie intégrante jusqu’à la scission d’avril 2013. À différents degrés, cette campagne a mobilisé de nombreuses agences moyen-orientales et occidentales, y compris les services spéciaux français, comme me l’avait confirméle député et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud. Si l’on observe les dernières estimations de l’OSDH, sur un nombre total d’environ 260 000 victimes, la guerre en Syrie a tué environ 76 000 civils, donc approximativement 184 000 combattants. Reprenant les chiffres de cette organisation, Le Figaro soulignait en août dernier que « le bilan le plus lourd se trouve du côté des forces du régime avec 88 616 morts, soit un tiers des personnes décédées durant cette guerre ». Sans le soutien extérieur massif de l’Occident, de la Turquie et des pétromonarchies du Golfe, la rébellion n’aurait pu être aussi meurtrièrement efficace. En octobre 2015, l’universitaire Joshua Landis assura qu’« entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites en Syrie sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés ». Cette politique profonde a donc fortement aggravé ce conflit, en renforçant des réseaux extrémistes officiellement désignés comme nos ennemis.

 

Depuis le début de la guerre en 2011, l’OSDH a recensé plus de 40 000 jihadistes étrangers morts en Syrie. Récemment, un haut gradé de l’état-major français estimait que, sur environ 100 000 rebelles anti-Assad, « 80 000 (…) appartiennent soit à des groupes terroristes désignés comme tels par les Nations Unies, soit à des groupes salafistes extrémistes. » Or, il est de notoriété publiquequ’en Syrie, les différentes factions jihadistes ont été appuyées par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Moins exposée dans les médias, la complicité des services occidentaux dans cette politique clandestine est dorénavant indiscutable. En octobre dernier, une parlementaire états-unienne avait publiquement dénoncé le soutien d’al-Qaïda par la CIA afin de renverser Bachar el-Assad. Plus récemment, en se basant sur des témoignages de hauts responsables de la sécurité nationale, Seymour Hersh confirma que le Pentagone était hostile à cette politique de l’Agence, puisqu’elle renforçait des factions jihadistes susceptibles de s’emparer du pouvoir. Le Président Obama ayant intensifié cette guerre secrète à partir de septembre 2013, le raisonnement de Bernard-Henri Lévy sur la « non intervention » occidentale en Syrie est donc totalement biaisé.

 

Conclusion : avant toute intervention, seuls les experts doivent influencer l’État

 

Se référant à « l’art de la guerre » et au krach de 2008, l’économiste Jacques Sapir a récemment souligné qu’en matière de conflits armés comme de crises financières, les décideurs « doivent réagir dans un temps très court et (…), bien souvent, [ils] n’ont pas les moyens (ou les capacités) de peser complètement le pour et le contre de leurs actions. Ils prennent alors des décisions importantes sur la base de paris, de règles heuristiques, qui peuvent être validées ou invalidées par la suite des événements. C’est ce qui rapproche la décision financière de la décision militaire. » Néanmoins, lorsque la sécurité nationale n’est pas en péril, et que les risques d’un génocide ne sont pas clairement établis, une telle urgence décisionnelle n’est pas justifiée – n’en déplaise à ces « orateurs » dont les velléités interventionnistes sont traditionnellement conformes aux intérêts de Washington.

 

Néanmoins, dans le cadre d’une campagne de Libye qui semblait préméditée, l’urgence décisionnelle n’est pas la clé du problème. Afin d’éviter la répétition d’un tel désastre, qui a eu comme conséquence de déstabiliser l’ensemble de l’Afrique du Nord et du Sahel, il faudrait ôter au chef de l’État le pouvoir discrétionnaire de déclencher une intervention lorsque notre sécurité nationale n’est pas directement et immédiatement menacée. En effet, une véritable frénésie guerrière a investi les locataires de l’Élysée depuis l’ère Sarkozy, ce qui dégrade nos capacités militaires et nous engage dans des conflits inextricables. Et comme l’a pertinemment souligné Jean-Claude Guillebaud,

 

« [Gaston Bouthoul] écrivait en 1951 que, contrairement à l’idée répandue selon laquelle les démocraties ne font pas la guerre, les dirigeants des démocraties sont toujours tentés de faire la guerre, car celle-ci les “sanctifie” en faisant d’eux des personnages incritiquables. La guerre offre l’opportunité de croire que l’on est du côté du bien et cela de manière indiscutable. Le corollaire de cela est que les démocraties diabolisent leur ennemi au-delà de ce qui est nécessaire. Souvenons-nous de Saddam Hussein : il était notre allié contre l’Iran puis les choses ont changé et il est devenu un nouvel Hitler. Pour le chef de l’État, il est plus “facile” de faire la guerre que de combattre le chômage. La guerre offre des résultats immédiats et quantifiables. Elle est propice aux grandes envolées lyriques et patriotiques. C’est pourquoi elle les fascine, assez naïvement d’ailleurs. On l’a vu avec Nicolas Sarkozy en Libye, puis François Hollande au Mali. »

 

Alors que l’État ne parvient pas à redresser l’économie, cette frénésie guerrière devient presque irrationnelle, au vu de la multiplication des déclarations martiales de Manuel Valls et de François Hollande depuis le 13-Novembre. Accordant un pouvoir militaire exorbitant au chef de l’État, la Constitution doit être réformée utilement. En effet, la multiplication des opérations extérieures nous a précipités vers un état de guerre perpétuelle, induisant une forme d’état d’urgence permanent qui menace notre démocratie. Ainsi, en cas d’agression militaire étrangère ou d’insurrection armée, le Président doit garder la capacité de réagir immédiatement. Mais lorsque la France n’est pas directement menacée, comme en Libye (2011) ou en Syrie (2013), il est indispensable de modifier l’article 35 de la Constitution afin que le Parlement autorise a priori le chef de l’État à déclencher toute action militaire de grande ampleur.

 

Pour qu’une telle décision soit la plus rationnelle possible, nos parlementaires devraient en étudier l’opportunité grâce à un collège de spécialistes de l’IHDENqui est l’« établissement public administratif français d’expertise et de sensibilisation en matière de Défense, placé sous la tutelle directe du Premier ministre ». La polémique précédant la conférence de Bernard-Henri Lévy au sein de cette institution est symptomatique de l’influence démesurée de cet homme dans les arcanes décisionnels français, ce qu’avait souligné Jean-Christophe Rufin en le qualifiant de « ministre des Affaires étrangères officieux ». Cet état de fait n’est plus tolérable, et l’exemple libyen nous démontre qu’il est même dangereux. Afin de réintroduire de la rationalité dans la politique étrangère de l’Exécutif, l’IHEDN doit être considéré comme le seul organisme légitime pour conseiller les autorités sur les questions stratégiques et militaires. Les « orateurs » trop influents, qui prônent un interventionnisme à géométrie variable, doivent être mis à l’écart du débat public. En effet, ils ont défendu des actions militaires désastreuses en se trompant lourdement dans leurs diagnostics et leurs prévisions, comme certains d’entre eux l’ont admis concernant l’Irak, mais comme ils refusent de le concéder au sujet de la Libye. Et puisqu’il ne dispose d’aucune légitimité légale, Bernard-Henri Lévy doit être écarté des processus décisionnels aboutissant à la guerre, un acte trop grave pour être justifié par l’émotion populaire – à plus forte raison lorsqu’elle est exacerbée par de faux prétextes humanitaires.

 

Maxime Chaix

Source : Maxime Chaix, 07-02-2016

Cinq ans après la chute de Kadhafi, la Libye terre de conquête de l’EI

 

16 Février 2016
 
C’était prévisible, et ceux qui hurlaient au méchant tyran (à commencer par jacques Fath, alors responsable aux questions internationales, l’Humanité et avec eux toute la gauche, en effet, il n’y a eu aucune opposition à cette intervention criminelle) quand nous dénoncions l’opération menée par sarkozy . Les mêmes n’en tirent aucune conséquence, alors qu’il faudrait en profiter pour revoir tout le positionnement français international…
(note de Danielle Bleitrach)

Mehdi Benyezzar

Publié le 15-02-2016 à 16h14

 

Profitant du vide politique et sécuritaire depuis la chute de Mouammar Kadhafi, l’Etat islamique s’est installé en Libye et a pris le contrôle total de quelques bouts de territoires.

La Libye, cinq ans après la chute de Mouammar Kadhafi. (Mehdi Benyezzar - L'Obs)La Libye, cinq ans après la chute de Mouammar Kadhafi. (Mehdi Benyezzar – L’Obs)
 

Cinq ans après le début de la révolution libyenne, le 17 février 2011, et de l’intervention occidentale qui a conduit à la mort de Mouammar Kadhafi, la Libye a sombré chaque jour un peu plus dans le chaos. Dimanche 14 février, un petit vent d’espoir a soufflé : un gouvernement d’union nationale, souhaitée par la communauté internationale, a enfin été formé, bien que que déjà critiqué. Une maigre avancée face à l’ampleur des dégâts :

 

  • Deux autorités se disputaient, jusqu’alors, le pouvoir depuis la prise de Tripoli par des milices en partie islamistes à l’été 2014 : un gouvernement reconnu par la communauté internationale, installé dans l’est, à Tobrouk, près de la frontière égyptienne. Modéré, il compte le soutien des milices de Zintan, un bastion de la révolution, et celui du général Khalifa Haftar. Il a également l’appui de l’Egypte et des Emirats arabes unies.

  • L’autre gouvernement est basé à Tripoli, et est dominé par les islamistes proche des Frères musulmans. Il est soutenu par les milices de Misrata, autre ville martyre de la révolution. Il peut compter sur l’appui de la Turquie et du Qatar. L’accord conclu restait encore incertain lundi, tant le nouveau gouvernement annoncé et la manière dont il a été organisé ne fait pas tout à fait l’unanimité.

  • Profitant du chaos politique et sécuritaire, l’Etat islamique (EI) a conforté ses positions dans le pays, notamment à Syrte et ses alentours, ville natale du Mouammar Kadhafi, totalement contrôlée par l’EI depuis près d’un an. Pour les djihadistes, la Libye est le terrain idéal pour développer leur terrible dessein de califat : l’Etat est désintégré, le pays abrite les plus grandes réserves de pétrole du continent et la contrebande y est facile. Et l’anarchie politique qui y règne n’arrange pas les choses. Selon des responsables de l’administration américaine, l’EI compterait 5.000 combattants dans le pays.

Libye : Faut il intervenir ou non ? par Pierre Robes

 

04 Février 2016
Et tandis que les corps d’enfants échouent sur les plages, les mêmes continuent la même stratégie de destruction, déstabilisation, les voici à nouveau en train derrière les Etats-Unis d’envisager une nouvelle mise à feu en Méditerranée, après être en train de faire échouer une solution négociée en Syrie, ils parlent d’intervenir en Libye où notre ancien président était allé défendre nos intérêts et ceux de ses amis et bailleurs de fonds du Qatar, en nous inventant une guerre humanitaire contre un « dictateur ». Est-ce que le Maghreb est visé? Une des tâches urgentes de notre prochain congrès serait sans doute de contribuer à un grand mouvement de paix.  
(note de Danielle Bleitrach)

mercredi 3 février 2016
par  Pierre Robes

Après l’Irak et la Syrie, la communauté internationale doit-elle intervenir en Libye ? Les États-Unis et d’autres pays, réunis mardi à Rome, envisagent sérieusement cette hypothèse. Dans quelles conditions ? Eclairages en six questions.

Quel débat sur l’intervention en Libye ?

 

Selon Mattia Toaldo, chercheur au European Council on Foreign Relations, une intervention militaire étrangère est « de plus en plus probable ». Car la communauté internationale s’inquiète fortement de « l’échec du processus politique et de l’escalade simultanée des activités du groupe État islamique en Libye ».

 

La communauté internationale veut en effet intervenir avant qu’il ne soit trop tard, c’est à dire « avant que le pays ne devienne un sanctuaire » pour les jihadistes, « avant qu’ils ne deviennent extrêmement difficile à déloger », a récemment averti un responsable américain de la Défense, cité par la presse américaine. « Il faut prendre des mesures militaires décisives pour contrôler l’expansion de [Daesh], de telle manière que cela appuie un processus politique à long terme » en Libye, a précisé lors d’une visite à Paris, le 22 janvier, le général Joseph Dunford, chef d’état-major interarmes américain.

 

La France se veut cependant beaucoup plus prudente sur le sujet. « Il n’est absolument pas question que nous intervenions militairement en Libye », a affirmé Laurent Fabius, mardi 3 février, en marge d’une réunion de la coalition internationale à Rome contre l’EI.

 

Quelles sont les forces de Daesh ?

 

Depuis la conquête de la ville de Syrte, à 450 km à l’est de Tripoli, le groupe terroriste État islamique (Daesh, selon son acronyme arabe) n’a cessé de renforcer son implantation en Libye. Il aurait aujourd’hui entre 3 000 et 5 000 combattants et tenterait d’y attirer des centaines de recrues étrangères.

 

« Ils sont là, sur près de 300 kilomètres linéaires de côtes, et ils se répandent. Et ils sont à 350 kilomètres de [l’île italienne de] Lampedusa. Lorsque le beau temps va arriver en Méditerranée, il y a des risques de passage de combattants », a mis en garde fin janvier Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense .

 

Les pays africains s’inquiètent parallèlement de l’avancée de l’EI dans le sud, une immense zone désertique. Ce qui est « en particulier dangereux pour le Niger et le Tchad », selon le chef de la mission de l’ONU Martin Kobler.

 

Pourquoi un accord interlibyen est-il indispensable ?

 

Pour la plupart des pays favorables à une intervention militaire internationale, un accord politique en Libye semble encore un préalable indispensable. Il permettrait notamment la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, qui ferait ensuite une demande d’aide internationale pour lutter contre le terrorisme.

 

En attendant, le gouvernement reconnu, installé à Al-Bayda, dans l’est du pays, sollicite déjà, en plus des raids aériens, « la levée rapide et sans retarder de l’embargo sur les armes », imposé par l’ONU depuis 2011.

 

Par ailleurs, les forces loyales à ces autorités, qui se présentent comme l’Armée nationale libyenne (ANL), affirment en effet être en mesure de renseigner les forces internationales sur les positions de Daesh, un facteur déterminant pour éviter des victimes parmi les civils.

 

Mais le soutien des autorités non reconnues internationalement, appuyées par Fajr Libya, une coalition de milices dont certaines sont islamistes, semble très incertain, surtout si l’accord politique parrainé par l’ONU échoue. Si la menace terroriste est jugée trop importante, la communauté internationale pourrait cependant décider à terme de se passer du soutien des autorités de Tripoli.

 

Mais comment intervenir ?

 

Pour l’instant, plusieurs options sont sur la table : elles vont de la possibilité d’une campagne de frappes aériennes en soutien aux forces libyennes comme en Irak ou en Syrie, à l’hypothèse du déploiement d’une force terrestre. « Mais cette dernière semble peu probable », avance Issandr El Amrani, directeur Afrique du Nord à l’International Crisis Group (ICG).

 

Pour M. Toaldo, une intervention « ressemblerait à celle en Syrie : des frappes, des drones et quelques forces spéciales sur le terrain ».

 

Signe de l’agitation des États-Unis sur ce dossier, Washington a envoyé ces derniers mois des experts pour évaluer la situation, et nouer le contact avec les forces locales. Il s’agit notamment de s’assurer du soutien des nombreuses milices qui se partagent le contrôle du territoire.

 

Où intervenir et avec quels pays ?

 

Selon les experts, les frappes étrangères se concentreraient d’abord sur la ville côtière de Syrte et ses alentours, la principale zone contrôlée par le groupe État islamique.

 

Elles viseraient aussi Derna, à 1 100 km à l’est de Tripoli, où les combattants de l’EI sont positionnés à la périphérie de la ville dont ils ont été chassés en juillet par des forces locales.

 

Si les États-Unis semblent décidés à participer à une éventuelle intervention, ils ne semblent pas forcément prêts à prendre la tête des opérations comme ils le font en Irak et en Syrie.

 

Les responsables américains lorgnent ainsi du côté de l’Italie, l’ancienne puissance coloniale, qui semble être prête, sous conditions, à diriger une opération internationale, avec probablement l’implication de la France et du Royaume-Uni et peut être de pays arabes.

 

Quelles sont les chances de réussite ?

 

Comme en Irak et en Syrie, le bien-fondé d’une intervention fait débat. « Nous ne croyons pas pour le moment à une solution militaire pour la crise libyenne. Cela compliquerait davantage la donne », a déclaré dimanche le commissaire Paix et sécurité de l’Union africaine (UA), Smaïl Chergui, en insistant sur la nécessité d’une solution politique.

 

Établissant un parallèle avec la Syrie, M. Toaldo ne pense pas qu’une intervention « puisse changer réellement la donne, sans la présence de solides partenaires au sol ».

 

Pour M. El Amrani, elle pourrait avoir « un impact positif » en « limitant l’expansion de l’EI, en épuisant ses ressources et en rendant plus difficiles ses tentatives d’incursion ou de destruction des installations pétrolières à l’est de Syrte ».

 

Mais l’expert de l’ICG prévient qu’une opération à grande échelle « serait susceptible de creuser les divisions politiques existantes ». « C’est pour cela qu’il est important d’obtenir le soutien des Libyens des différentes parties ».

Pourquoi Mouammar Kadhafi a été assassiné? Encore une fois la rapine des puissants

 

Mondialisation.ca, 15 janvier 2016

 

kadhafi mort

 « Nous devons être honnêtes et reconnaître qu’une grande partie de l’argent dans nos banques vient précisément de l’exploitation du continent africain. »

 

 Jacques Chirac ancien président de la République française

L’actualité ces jours-çi a remis sur le devant de la scène un dossier récurrent, celui des causes de la mort du leader libyen Mouammar Kadhafi. On aura tout dit sur les conditions abjectes de sa mort et comment l’impunité mondiale fait que les assassins sont dans la nature et les commanditaires pas inquiétés. C’est dire si la Cour pénale internationale est défaillante et au final n’est véritablement conçue que pour juger les faibles de ce monde.

 

Les causes de l’invasion de la Libye et du meurtre de Kadhafi

 

On sait que les médias main stream nous servent en boucle une version soft celle de l’humanisme des pays occidentaux vis-à-vis de la barbarie de Kadhafi envers son peuple. Qu’en est-il exactement? C’est un fait que Kadhafi n’était pas un enfant de coeur, il a dû éliminer ses opposants pour asseoir un pouvoir sans partage de 40 ans en pensant le léguer à ses enfants. Une sorte de Jamahiriya dynastique. Mais le peuple profond était-il malheureux? Mangeait-il à sa faim? La Libye avait le deuxième niveau de vie en Afrique. Une nouvelle monnaie unique africaine serait la véritable cause de l’intervention française en Libye. En effet, d’après les éléments trouvés dans les lettres de Hillary Clinton déclassifiées le 31 décembre, la vraie raison de l’intervention en Libye était l’or qui aurait pu empêcher les plans de Nicolas Sarkozy de répandre son influence dans la région.

 

La correspondance de l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a montré qu’en 2011, Mouammar Kadhafi possédait 143 tonnes d’or et 143 tonnes d’argent avec lesquels il souhaitait créer une nouvelle monnaie unique pour l’Afrique et fournir aux pays francophones africains « une alternative au Franc CFA ». « L’or avait été rassemblé avant la révolte actuelle et devait être utilisé pour la création d’une monnaie panafricaine basée sur le dinar libyen », lit-on dans le courriel de l’ex-secrétaire d’Etat américain, Le courriel confidentiel d’Hillary Clinton sur les vraies raisons de l’engagement français en Libye: au total, la valeur de ces réserves s’élevait à près de 7 milliards de dollars.(1) (2)

 

D’après le même document, le gouvernement de Nicolas Sarkozy craignait que cette nouvelle monnaie permette à l’Afrique du Nord d’acquérir une indépendance économique, qui n’aurait pas fait les affaires de la France et de toute l’Europe. L’intervention militaire en Libye a commencé en 2011 sous l’égide de l’Organisation des Nations unies et s’est déroulée entre le 19 mars et le 31 octobre 2011 pour mettre en oeuvre la résolution 1973 du Conseil de sécurité pour protéger les populations libyennes. (1)

 

Pour Nicolas Sarkozy: « Pas question de laisser les colonies françaises d’Afrique avoir leurs propres monnaies! » Apparemment, l’ancien président de la République française s’est à nouveau illustré dans des propos choquants. Lors d’une interview à BFMTV, Il aurait dit que le meilleur moyen de préserver la bonne sante de l’économie française, c’était de maintenir le FCFA comme la seule monnaie utilisable dans les colonies françaises en Afrique. (2)

 

Les menaces que constituent le pétrole et l’or libyens face aux intérêts français

 

On prêtait à Kadhafi outre son rôle de mécène et d’aide sans contrepartie aux pays africains au point d’avoir pu stabiliser dans une certaine mesure l’immigration sahélienne, le désir de doter les Etats « CFA3 d’une nouvelle monnaie. » C’est sans doute cela qui a dû signer son arrêt de mort.

 

Un e-mail envoyé à Hillary Clinton en avril 2011 avec pour objet « les clients de la France et l’or de Kadhafi » révèle des ambitions beaucoup moins nobles. L’e-mail identifie le président français Nicolas Sarkozy en tant que leader de l’attaque sur la Libye avec cinq objectifs précis en tête: obtenir le pétrole libyen, assurer l’influence française dans la région, accroître la réputation de Sarkozy au niveau national, affirmer la puissance militaire française, et éviter l’influence d’Kadhafi dans ce qui est considéré comme « l’Afrique francophone ». Le plus étonnant est la longue section relatant l’énorme menace que l’or et l’argent des réserves d’Kadhafi, estimées à « 143 tonnes d’or, et un montant similaire en argent » pourraient poser au « franc français » (CFA) en circulation comme monnaie africaine en Afrique francophone. Ce plan a été conçu pour fournir aux pays africains francophones une alternative au franc (CFA).

 

On sait qu’en Afrique, les zones francs constituent des espaces monétaires et économiques sur le territoire de plusieurs Etats de l’ancien Empire colonial français. Après l’accession à l’indépendance, la plupart de ces nouveaux Etats sont restés dans la sphère française. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy craignait que cette nouvelle monnaie permette à l’Afrique du Nord d’acquérir une indépendance économique, qui n’aurait pas fait les affaires de la France. Ces données seraient l’«un des facteurs qui a amené l’intervention en Libye et jusqu’à l’élimination inhumaine de Kadhafi pour qu’il ne parle pas au vu des secrets qu’il détenait, notamment la campagne pour la présidentielle française qu’il aurait sponsorisée.

 

Le discours prémonitoire de Kadhafi

 

On prête à Kadhafi des propos prémonitoires d’une rare lucidité:

 

« Chacun de nous peut être pendu par les Etats-Unis comme l’a été Saddam Hussein, ancien président d’Irak», a prévenu le défunt colonel Mouammar Kadhafi lors de son discours prémonitoire au sommet de la Ligue des États arabes en 2008. ´´Une puissance étrangère vient chez nous, occupe un pays arabe, pend son président et nous tous, simplement, le regardons de l’extérieur. Pourquoi n’a-t-on pas fait d’enquête sur l’exécution de Saddam Hussein? Comment peut-on pendre un prisonnier de guerre, un président d’un pays arabe qui fait partie de cette même Ligue des États arabes?´´, a-t-il fustigé ».

 

« Chacun de vous peut être le suivant´´, a prévenu M. Kadhafi. Il a rappelé que les Etats-Unis avaient lutté contre l’ancien guide de la Révolution de l’Iran Rouhollah Khomeini avec Saddam Hussein, qu’ils qualifiaient alors d’ami. M. Hussein était lié d’amitié avec l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney et l’ancien secrétaire de la Défense Donald Rumsfeld. ´´Finalement, ils l’ont trahi et ils l’ont pendu. Vous êtes amis de l’Amérique. D’accord, pas ´´vous´´ mais ´´nous´´ – mais un jour l’Amérique peut nous pendre, nous aussi´´.

 

Dans son discours M. Kadhafi s’adresse également aux Etats-Unis pour les interpeller sur le pourquoi de l’intervention précisément en Irak. ´´Où est la raison de l’occupation de l’Irak? Ben Laden est citoyen d’Irak? Non. Ceux qui ont fait l’attentat à New-York étaient-ils irakiens? Non. Ceux qui ont attaqué le Pentagone étaient-ils irakiens? Non. Est-ce que l’Irak possédait des armes de destruction massive? Non. Même s’il y en avait…L’Inde, le Pakistan, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis ont des bombes nucléaires. Faut-il détruire tous ces Etats?´´, s’est-il exclamé ».

 

Ces propos étaient prémonitoires pour Mouammar Kadhafi lui-même, car il trouva la mort 3 ans après ce discours. En Libye c’est actuellement le chaos. Avec plus de 55 morts cette semaine dans deux attentats, début janvier 2016 la Libye s’enfonce de plus en plus dans les affres d’un État failli. Ingouvernable avec ses deux gouvernements qui s’opposent, le vide politique profite aux partisans de l’État Islamique (EI) qui cherchent à s’implanter durablement aux portes de l’Europe. Le nombre de morts libyens se compte désormais par dizaines de milliers, sans compter les centaines de milliers de réfugiés et de blessés.»

 

14 pays africains contraints par la France à payer l’impôt colonial

 

On sait qu’après les indépendances, la France a imposé à ses anciennes colonies d’Afrique le monopole sur les finances de ces pays à travers la monnaie créée, le CFA :

 

« Pour les pays nouvellement indépendants il fallut trouver des compromis avec la France. Sylvanus Olympio, le premier président de la République du Togo, trouva une solution susceptible de calmer les Français: ne voulant pas continuer à subir une domination française, il refusa de signer le pacte de colonisation proposé par De Gaulle, mais accepta en contrepartie de payer une dette annuelle à la France pour les soi-disant avantages obtenus lors de la colonisation française. Dès lors, la situation financière du Togo tout juste indépendant fut très instable, et afin de se sortir de cette situation, Olympio décida de sortir du système monétaire mis en place par la France coloniale le FCFA (franc des colonies françaises d’Afrique), et créa la monnaie du pays. Le 13 Janvier 1963, trois jours après, qu’il ai commencé à imprimer les nouveaux billets, une escouade de soldats (soutenus par la France) s’empara et tua le premier président élu de l’Afrique indépendante: Olympio fut exécuté par un ex-légionnaire français, le sergent de l’armée Etienne Gnassingbé qui, au passage, reçu à ce moment une prime de 612 dollars de l’ambassade française locale pour le succès de sa mission. (..) Le 19 Novembre 1968, comme, Olympio, Keita sera victime d’ un coup d’Etat mené par un…» (5)

 

En fait, au cours des 50 dernières années, un total de 67 coups d’Etat qui se sont passés dans 26 pays en Afrique, 16 de ces pays sont des ex- colonies françaises, ce qui signifie que 61% des coups d’Etat en Afrique ont été initiés dans d’anciennes colonies françaises. (…) 14 pays africains sont obligés par la France, à travers le pacte colonial, de mettre 85% de leurs réserves à la Banque centrale de France sous le contrôle du ministère des Finances français. Jusqu’à maintenant, en 2014, le Togo et environ 13 autres pays africains doivent encore payer la dette coloniale en France. (… La France a tenu des réserves nationales de quatorze pays africains depuis 1961: selon les termes de l’accord qui a été mis en place par la Banque centrale du CFA, chaque Banque centrale de chaque pays africain est obligée de garder au moins 65% de ses réserves de changes dans un «compte d’opérations» tenu au Trésor français, ainsi qu’un autre 20% pour couvrir les passifs financiers. (..) »

 

«  En bref, plus de 80% des réserves de changes de ces pays africains sont déposées dans les «comptes d’opérations» contrôlés par le Trésor français. Les deux banques CFA sont africaines de nom, mais n’ont pas de politiques monétaires propres. Les pays eux-mêmes ne savent pas, ne sont pas informés, à hauteur de combien la réserve de change détenue par le Trésor français leur appartient en tant que groupe ou individuellement. La France leur permet d’accéder à seulement 15% de leur argent par an. S’ils ont besoin de plus, les pays africains doivent emprunter, à des taux commerciaux, sur les 65% de leur argent détenu au Trésor français.(5)

 

« La France, lit-on dans la même contribution, a la priorité en matière d’achats de toutes les ressources naturelles de la terre de ses ex- colonies. Priorité aux intérêts et aux entreprises françaises dans les marchés publics et constructions publiques A titre de comparaison historique, la France a fait payer à Haïti l’équivalent moderne de 21 milliards de dollars de 1804 à 1947 (près d’un siècle et demi) pour les pertes causées aux marchands d’esclaves français suite à l’ abolition de l’esclavage et à la libération des esclaves haïtiens. » (5).

 

La Russie casse le monopole de Wall Street sur la cotation du pétrole

 

Le problème de la monnaie est en fait consubstantiel de l’hégémonie des puissances occidentales. A côté du soft power britannique à travers le Commonwealth, de la brutalité de la méthode de la francafrique pour maintenir l’esprit de l’Empire, nous avons le dollar qui règle les pulsations du monde. Depuis Bretton Woods jusqu’en 1971 date à laquelle il est désindexé de l’or.

 

On voit que le problème de l’utilisation d’une  monnaie n’est pas neutre. Quand on est un pays faible comme l’Irak qui en a payé le prix, accusé d’armes de destructions massives factices, mais en fait coupable de disposer, aussi,  de réserves de pétroles importantes  (Plus de 100 milliards de barils) , et qui de plus a la prétention de sortir de l’orbite dollar , c’est assurément être suicidaire, c’est ce qui est justement arrivé à Saddam Hussein occis à l’aube de l’Aid el Adha comme un mouton.

 

Le problème se pose autrement pour les pays émergents, notamment ceux du Bric, qui  devant les convulsions économiques et financières du dollar ont décidé de s’en affranchir. C’est ainsi que la Chine a pu imposer sa monnaie même dans le panier des monnaies du FMI. La Russie a la même tentation: sortir du dollar:

 

« La Russie écrit F. William Engdahl a tout simplement pris d’importantes mesures qui, au moins pour une énorme partie du marché pétrolier mondial, briseront le monopole actuel de Wall Street sur la cotation du pétrole. (…) Cela fait partie de la démarche de dé-dollarisation discrètement lancée par la Russie, la Chine et un nombre croissant d’autres pays.  La cotation standard du pétrole est au coeur de la méthode utilisée par les grandes banques de Wall Street pour contrôler les prix mondiaux du pétrole. Depuis août 1971, le rôle du dollar première monnaie de réserve a essentiellement permis au régime US d’entretenir un déficit budgétaire apparemment infini, (..) En fait, cela a permis à Washington de créer sans grand souci une dette fédérale de 18.600 milliards de dollars. Aujourd’hui, la dette du régime US se monte à 111% de son PIB . La capacité de Washington à maintenir le dollar dans le rôle de première monnaie de réserve, une priorité stratégique pour Washington et Wall Street, est liée avant tout à la cotation des prix pétroliers mondiaux.» (6)

 

«(…) La Russie étant le plus grand producteur pétrolier mondial, la création d’un standard pétrolier russe indépendant du dollar est importante, pour ne pas en dire plus. (…)La démarche des Russes visant à coter en roubles, au St. Petersburg International Mercantile Exchange, le prix des grandes exportations de pétrole vers les marchés mondiaux, en particulier vers l’Europe occidentale, et de plus en plus vers la Chine Comme le russe, le standard chinois ne sera pas libellé en dollars, mais en yuans chinois. Il sera coté au Shanghai InternationalEnergy Exchange. Étape après étape, la Russie, la Chine et d’autres économies émergentes prennent des mesures pour réduire leur dépendance au dollar US, pour se «dé-dollariser». (…)Peut-être que cela ouvrirait la porte à des idées plus pacifiques, du genre dépenser l’argent du contribuable pour reconstruire l’infrastructure économique de base horriblement détériorée aux USA» (6)

 

La «dé-dollarisation» des transactions pétrolières entamée en son temps par Saddam Hussein, et envisagée par Mouammar Kadhafi leur a coûté la vie, ainsi que la destruction de leurs pays respectifs revenus à l’âge de pierre… De fait, les dirigeants occidentaux ont toujours eu la volonté de bien faire comprendre que la destinée de l’Afrique, comme à l’époque de la Conférence de Berlin et du partage de l’Afrique en 1885, se décidait encore de nos jours dans les capitales occidentales.

 

La prochaine guerre à laquelle participera l’Italie, celle contre la Libye, cinq ans après la première est sur les rails. La Libye va être de nouveau ré-envahie par des forces spéciales Sas -rapporte le Daily Mirror- qui sont déjà en Libye pour préparer l’arrivée d’environ 1000 soldats britanniques. L’opération -«dans un accord Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Italie»- impliquera 6000 soldats et marines états-uniens et européens avec l’objectif de «bloquer environ 5000 extrémistes islamistes, qui se sont emparés d’une douzaine des plus grands champs pétrolifères…) le but réel est l’occupation des zones côtières économiquement et stratégiquement les plus importantes. Guerre qui, comme en 2011, sera présentée comme «opération de maintien de la paix humanitaire». (7)

 

Rien de nouveau sous le soleil.  Il n’y a ni morale, ni droit de l’homme dans cette ère  du capitalisme néolibérale sans état d’âme. Périssent les faibles et les ratés. Ainsi va le monde.

 

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. Département d’État américain affaire F-2014-20439
Doc. No. C05779612 Date 31/12/2015. publication de la partie B6

 

2.. http://francais.rt.com/france/13476-hillary-clinton-intervention-france-libye [RTF bookmark start: forum121599][RTF bookmark end: forum121599]

 

3. http://levantreport.com/2016/01/04/new-hillary-emails-reveal-propaganda-executions-coveting-libyan-oil-and-gold/

 

4. http://fr.sputniknews.com/international/20150916/1018206938.html#ixzz3wlt4eTKe

 

5.Mawuna http://www.mondialisation.ca/le-saviez-vous-14-pays-africains-contrain

 

6. http://reseauinternational.net/la-russie-casse-le-monopole-de-wall-street-sur-la-cotation-du-petrole/

F. William Engdahl  journal-neo.org/2016/01/09/ russia-breaking-wall-st-oil-price-monopoly/

 

 7. Manlio Dinucci http://www.mondialisation.ca/libye-le-plan-de-la-conquete/5500899  

 

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/233349-encore-une-fois-la-rapine-des-puissants.html

Publié par Jean Lévy

Enfin la vérité sur le printemps arabe... [vidéo]

Enfin la vérité sur le printemps arabe... [vidéo]
 
 

EL DIABLO [le blog]

Enfin, la vérité sur le printemps arabe. Ce document vidéo de « Spécial Investigation », diffusé sur Canal Plus, est d’une importance capitale pour ceux qui n’ont pas encore compris les "révolutions" arabes. On se demande alors si la Tunisie n’était pas la victime collatérale d’un plan néocolonialiste beaucoup plus large.

Pour se faire sa propre opinion, T.S. ne s’est pas contentée de regarder cette vidéo, mais elle a été à la rencontre des principales personnalités que les journalistes de Canal Plus ont interviewé. 

Le chaos provoqué en Libye

jeudi 26 mars 2015 


Il y a quatre ans, le 17 mars 2011 était approuvée par l’ONU sur la requête des États-Unis et de ses alliés, la Résolution 1973 qui autorisait l’intervention de l’OTAN en Libye.

Derrière un éventail d’excuses, éternellement rebattue « l’intervention humanitaire » ouvrit la voie à une intervention militaire contre le gouvernement libyen de Kadhafi, et la postérieure élimination physique de ce dernier. Et surtout elle ouvrit la porte de part en part à l’actuel scénario que présente la Libye.

Le pays nord-africain est aujourd’hui l’image vivante d’un État failli, où les violations des droits de l’homme et les morts violentes ont atteint des chiffres jamais dévoilés. Les rebelles, qui appuyés par l’OTAN renversèrent Kadhafi, ont été accusés par différents organismes de défense des Droits Humains, d’être les auteurs de « morts par vengeance, tortures, détentions arbitraires », laissant entrevoir qu’elles sont si généralisées et systématiques « que nous pourrions être devant une situation proches des crimes contre l’humanité ».


Le chaos à Tripoli

Les risques physiques s’accompagnent pour la majeure partie de la population d’une destruction généralisée de la qualité de vie. L’économie a plongé dans une chute libre, la production de pétrole est sévèrement affectée, les aéroports et les installations portuaires sont en grande partie fermés, les coupures d’électricité sont une constante.

A la vue de tout cela, « grâce à l’intervention humanitaire », la Libye a cessé d’être l’état avec les niveaux de vie les plus élevés du continent africain.

Les États-Unis et leurs alliés justifient leur intervention en se basant sur une campagne médiatique appuyée sur des chiffres faux sur le nombre de morts dans les premiers jours de la rébellion de 2011. Au fil du temps, il a été démontré que la majeure partie des chiffres utilisés par Washington pour justifier son attaque ne correspondent pas à la réalité.

Comme l’a déclaré récemment un prestigieux universitaire nord-américain, « avant l’intervention de l’OTAN, le conflit civil en Libye était sur le point de s’achever avec un peu plus de 1000 morts. Depuis, plus de 10.000 personnes ont perdu la vie. En d’autres termes, l’intervention de l’OTAN a multiplié par dix le nombre de morts violentes dans le pays ».

La Libye est un pays dévasté, « l’entité politique et plus ou moins cohérente qu’elle représentait désormais n’existe plus ». L’Est du pays est sous le contrôle d’une alliance dénommée « Opération Dignité », à la tête de laquelle est le général Khalifa Hifter, ancien collaborateur de Kadhafi, bien qu’ensuite il prit le chemin de l’exil et revint au pays en 2011. A ses côtés, d’anciens militaires, membres des forces de sécurité du gouvernement précédent, d’importantes tribus de l’Est, des fédéralistes de la région, et les milices de Zintan et d’autres villes, constituant une alliance hétérodoxe, qui cherche à exclure les islamistes de la vie politique.


La Libye est un pays de 6 millions d’habitants vivant principalement dans les grandes agglomérations de la côte. La Cyrénaïque a gardé une forte tradition tribale contrairement à la Tripolitaine plus cosmopolite.

A l’Ouest, on trouve la coalition « Libye à l’Aube », qui comprend d’ex-jihadistes du Groupe Islamique Combattant Libyen, des milices de Misrata et Tripoli, des groupes de berbères, et quelques milices des zones montagneuses et de la côte de la région. Ces groupes ont tissé en outre un accord tactique avec quelques groupes de Benghazi, parmi lesquels se trouve Ansar al-Sharia.

Les deux alliances ont chacune leur propre parlement, gouvernement et forces armées. Elles sont en compétition pour parvenir à la reconnaissance sur la souveraineté et la légitimité de l’ensemble du pays. De plus, elles se battent pour le contrôle de la banque centrale libyenne et la production de pétrole.

Les Nations-Unies, les États-Unis et ses alliés, reconnaissent seulement le gouvernement des forces d’ « Opération Dignité », mais la partition est évidente, et l’absence d’une armée est plus qu’évidente, les deux parties se montrant incapables de maintenir leurs propres structures armées.

L’ombre de l’Iraq et de la Syrie planent aussi sur le scénario libyen. Dans ces trois pays l’intervention occidentale a entraîné la dévastation des trois États, et surtout le surgissement de réalités jihadistes transnationales, qui ont trouvé là le scénario idéal pour développer leurs agendas.

Actuellement nous trouvons en Libye un éventail de groupes armés qui se battent pour le contrôle de l’ensemble du pays. Des groupes islamiques locaux partagent l’espace avec des formations qui s’unissent sous la bannière idéologique d’Al Qaeda, et plus récemment d’autres formations ont proclamé leur adhésion à l’État Islamique.

S’il est certain que l’essor de ces factions islamiques, l’actuelle alliance entre elles, pour faire un front face aux partisans du général Hifter et de ses alliés, peut exploser à tout moment, comme cela s’est passé en Syrie et en Irak. La présence de groupes aux agendas et objectifs différents, avec des différences personnelles, peut faire exploser l’actuelle alliance d’intérêts.

L’intervention des États-Unis et de ses alliés a conduit également que dans d’autres lieux de la région nous assistons au surgissement de groupes jihadistes ou à la maturation de ceux-ci. Le conflit au Mali, les craintes pour la Tunisie (qui compte des dizaines de milliers de réfugiés libyens et des centaines de citoyens combattant avec l’État Islamique dans d’autres lieux), ou le théâtre algérien (la dure expérience du passé, ou la récente attaque contre l’usine de gaz d’Amenas) sont des symptômes qui ressemblent à ce qui s’est passé en Irak et en Syrie.

Les dénommés acteurs internationaux jouent aussi leurs propres cartes et intérêts. Les principaux promoteurs de l’intervention (les États-Unis et ses alliés occidentaux) paraissent préférer regarder ailleurs pour le moment. Cependant, les dénommés acteurs régionaux jouent leurs cartes.

D’un côté, le Qatar, la Turquie et le Soudan appuient la coalition islamiste, lui apportant de l’armement et surtout un appui logistique et politique. D’un autre côté, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes-Unis et l’Égypte ont pris le parti de la coalition « Opération Dignité ». Les monarchies du Golfe sont effrayées par un nouvel essor de l’islamisme appuyé par Doha et Ankara ; tandis que l’Égypte craint que la Libye ne se convertisse en défense d’organisations jihadistes qui aujourd’hui pourraient se joindre à celles qui opèrent dans le Sinaï ou qui frappent quotidiennement au Caire.

Et probablement, si la détérioration continue, elle pourra se répandre au travers du Sahel, au Mali, au Nigéria, au Soudan ou en Somalie. Le trafic d’armes et de personnes, uni à un lieu de refuge pour des groupes jihadistes transnationaux apportant plus d’arguments pour la préoccupation d’autres États de la région.

La Libye après quatre années d’intervention est un puzzle de groupes armés et politiques, avec différents groupes d’intérêts locaux et internationaux, et sans la présence de leaders religieux, tribaux ou militaires capables d’orienter la situation.

Le complexe réseau de liens religieux, tribaux, sociaux, régionaux et idéologiques fait que les aspects religieux du conflit ne sont pas aussi déterminants qu’en Irak et en Syrie. Néanmoins, à la vue de tous les facteurs mentionnés, le futur de la Libye se présente plus complexe que jamais.

Txente Rekondo

Source : site Rebelion, édition du 24/03/2015

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant

La Libye, ISIS et le luxe sans prix de la sagesse rétrospective

L’avenir que Kadhafi avait prédit (Counterpunch)

"Qui êtes-vous ?" a demandé un jour, vers la fin de son règne, feu Mouammar Kadhafi dans un discours célèbre où il remettait en cause (à juste titre) la légitimité de ceux qui, à l’époque, cherchaient à renverser son gouvernement, en les qualifiant d’extrémistes, d’agents étrangers, de rats et de toxicomanes. On s’est moqué de lui, on l’a caricaturé, ridiculisé et diabolisé ; une ignoble vidéo parodique tournant en dérision le leader libyen s’est propagée sur les réseaux sociaux ; l’auteur de la vidéo, un Israélien, trouvait sans doute le mot libyen d’arabe courant "Zenga" (qui signifie une ruelle) si drôle qu’il l’a extrait de l’un des discours de Kadhafi, l’a mis en boucle sur un air de hip-hop et voilà* ... il a fait un hit qui a été diffusé largement (et honteusement) avec un zèle "révolutionnaire" dans le monde arabe. Nous l’avons partagée, nous avons ri, il est mort.

 

Mais c’est nous qui faisons maintenant les frais de cette plaisanterie sanglante ; Kadhafi savait de quoi il parlait ; dès le début, il a accusé les soi-disant rebelles libyens d’être sous l’influence de l’idéologie d’Al-Qaïda et de Ben Laden ; personne ne l’a cru, évidemment, même pas un tout petit peu. Et pourquoi aurions-nous dû le croire ? Après tout, n’était-il pas un vil dictateur obsédé par le sexe et déterminé à massacrer la moitié de la population libyenne tout en soumettant l’autre moitié à des viols collectifs à l’aide de ses mercenaires subsahariens shootés au Viagra ? Au moins c’est ce que le cancer visuel qu’est la chaîne Al Jazeera nous serinait, tout comme sa collègue saoudienne, encore plus haineuse si possible, d’Al-Arabiya dans leur couverture d’une rare malhonnêteté de la brutale conquête de la Libye par l’OTAN. C’est vrai que Kadhafi s’habillait bizarrement ; pourquoi ferait-on faire confiance à un despote excentrique, fantasque, vêtu de bouts d’étoffe bigarrées, lorsqu’on a avec soi des sionistes bien propres sur eux comme Bernard-Henry Lévy, John McCain et Hillary Clinton qui sourient en faisant le signe de la victoire sur les photos, pourquoi vraiment ?

 

Kadhafi les appelait des drogués, des fondamentalistes islamiques ; nous, nous les appellons ISIS ... on ne trouve plus cela aussi drôle aujourd’hui, hein ? Et ISIS est ce qui nous pendait au nez depuis le début ; le lynchage "révolutionnaire" et la sodomisation de Mouammar Kadhafi aux cris frénétiques de "Allahu Akbar", salués par beaucoup, à l’époque, comme une sorte de triomphe perverti du bien incarné par la volonté populaire (lire : loi de la populace parrainée par l’OTAN) sur le mal incarné par la dictature (lire : État souverain), n’étaient rien d’autre que les premiers signes de ce qui attendaient le pays et la région ; à savoir, le lynchage de masse de populations entières en Libye, Syrie et Irak et l’éclatement d’états arabes clés en mini-états ennemis. La vidéo horrible de l’assassinat du colonel Kadhafi qui surpasse les vidéos d’ISIS en termes de brutalité désaxée et de grossièreté sanglante, n’a pas soulevé la moindre critique à l’époque, bien au contraire ; tout le monde semblait parfaitement satisfait que le "tyran" libyen ait connu une fin aussi grotesque ... sauf que ce n’était que le début d’un nouveau règne de terreur sans précédent que nous devons aux mercenaires de l’OTAN et aux rebelles islamiques soutenus par le Conseil de Coopération du Golfe (CCG).

 

La prolifération rapide de groupes terroristes à la gâchette facile et de factions djihadistes arrosés de pétrodollars en Libye n’a pas été due à une sorte d’échec des services secrets des gouvernements occidentaux ni à la simple conséquence du vide de pouvoir laissé par le meurtre de Kadhafi ; non, c’était un calcul politique délibéré, une stratégie volontairement mise en œuvre par l’OTAN et ses alliés dans le Golfe réunis sous le sinistre sobriquet des "Amis de la Libye" (Coalition Internationale contre ISIS) pour faire de ce pays d’Afrique du nord le plus grand et du plus incontrôlable dépotoir d’armes, de militants d’Al-Qaïda et du commerce illégal d’hydrocarbures du monde.

 

On peut donc dire, sans risquer de se tromper, que la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a permis à l’OTAN de bombarder la Libye jusqu’à la réduire en miettes, a finalement porté ses fruits ... et c’est un fruit complètement pourri, dont, en quelque sorte, le dernier assassinat horrible de 21 pêcheurs et travailleurs égyptiens par la branche libyenne de l’État Islamique est la pièce à conviction n° 1, sans parler bien sûr, de la myriade de meurtres quotidiens, des bombardements et de mini-guerres civiles qui sont maintenant le lot quotidien de l’ensemble du pays depuis que l’Occident a fomenté son coup d’Etat contre le gouvernement de Kadhafi. La "Libye" est devenue aujourd’hui synonyme d’anarchie et de mort. En la libérant, l’OTAN lui a fait l’inestimable cadeau d’un long avenir d’instabilité et de chaos.

 

Dans une interview avec les médias occidentaux de désinformation collective que sont la BBC, ABC et le Sunday Times, en février 2011, feu Mouammar Kadhafi a dit à ses arrogants interviewers ; "Avez-vous vu les agents d’Al-Qaïda ? Avez-vous entendu toutes ces émissions djihadistes ? C’est Al-Qaïda qui contrôle les villes de Al Baida et de Derna, des anciens détenus de Guantanamo et des extrémistes lâchés par l’Amérique pour terroriser le peuple libyen ... ". Derna est maintenant le principal bastion d’ISIS en Libye.

 

Par une étrange coïncidence (ou une sorte d’ironie cosmique), la date à laquelle ISIS a choisi de diffuser sa vidéo de la décapitation des captifs égyptiens, déclarant ainsi officiellement sa présence dans le pays déchiré par la guerre avec trois champs de pétrole sous son contrôle, a marqué (de manière tout à fait appropriée) le 4e anniversaire du commencement de la soi-disant révolution libyenne le 15 février 2011 ; aucun "hommage" n’aurait mieux convenu à la commémoration de la débâcle causée par le changement de régime opéré par l’Occident en Libye.

 

Mais bien avant qu’ISIS ne fasse le buzz, tout de suite après la chute de l’ancien régime, la nature atroce de la Libye "révolutionnaire" s’est révélée dans toute son effroyable splendeur, quand les soi-disant rebelles ont commis, avec une perfection qui donne la chair de poule, tous les crimes dont Kadhafi avait faussement été accusé : massacres, bombardements aveugles de zones résidentielles, voitures piégées, arrestations massives, torture, vol du pétrole et des ressources nationales ... toute la panoplie. En 2013, deux militantes britanniques propalestiniennes, en chemin vers la bande de Gaza avec un convoi d’aide humanitaire, ont fait l’expérience personnelle des fruits pourris du chapitre libyen du soi-disant printemps arabe, quand elles ont été enlevées par une bande de révolutionnaires libyens-devenus-seigneurs-de-guerre dans la ville de Benghazi et violées devant leur père.

 

Les partisans des interventions humanitaires doivent se donner des claques dans le dos de satisfaction maintenant que la Libye a achevé sa métamorphose démocratique d’un pays qui avait plus haut niveau de vie d’Afrique sous le régime de Kadhafi, au modèle typique d’état failli : une zone sans foi ni loi de fanatisme religieux, d’affrontements sanglants et de marché de gros de têtes coupées ; en fait la Libye est devenue si "démocratique" qu’elle dispose maintenant de deux parlements et de deux gouvernements (en guerre), chacun avec sa propre armée (de criminels) et soutenus par l’argent et les caches d’armes de puissances étrangères concurrentes, sans parler de la myriade de mouvements et de milices sécessionnistes auxquels le coup illégal contre Kadhafi a donné naissance dans tout le pays tandis que la gratuité des soins de santé, de l’éducation et de l’électricité, que les Libyens tenaient pour acquise sous le régime de Kadhafi, n’est plus maintenant qu’une relique du passé ; voilà l’opération "Odyssey Dawn"** qu’on avait promise aux Libyens ; une version aseptisée de l’Irak sans l’indignation publique, soigneusement reconditionnée en "responsabilité de protéger" et livrée au moyen de campagnes de bombardements aériens grâce auxquelles le très zélé Club des Co-conspirateurs du Golfe (CCG) de l’Occident conduits uniquement par leur mesquines vendettas personnelles contre Kadhafi, a pu tester l’efficacité meurtrière des avions de guerre rouillés made in USA et de ceux de l’OTAN, sur le peuple de Tripoli et de Syrte.

 

C’est ce que Kadhafi avait prédit dès le début et plus encore ; l’euphorie éphémère des révolutions tunisienne et égyptienne était tout simplement trop puissante et trop exaltante pour que nous nous embarrassions à lire les lettres en petits caractères ; était-ce un complot, ou un véritable esprit révolutionnaire qui avait mal tourné ? Ça n’a plus d’importance, maintenant qu’ISIS est devenu le véritable legs de la place Tahrir ; "Ils tourneront la Libye en un autre Afghanistan, une autre Somalie, un autre Irak ... vos femmes ne seront pas autorisées à sortir, ils vont transformer la Libye en un émirat islamique et l’Amérique bombardera le pays sous prétexte de lutter contre le terrorisme", avait dit le dirigeant libyen assassiné à la fin d’un discours télévisé le 22 février 2011, et on n’a jamais entendu paroles plus prophétiques.

 

Le prototype libyen de la "guerre propre" étasunienne s’est avéré être un tel succès qu’on l’a reproduit avec la plus totale inconscience en Syrie ; Les escadrons de la mort "Blackwater" de Paul Bremer du temps passé, qui répandaient la terreur partout en Irak, sont de retour ... avec une touche islamique : barbus, vêtus de noir, couverts d’explosifs de la tête aux pieds, circulant dans des convois de Toyota Land Cruiser et l’idée fixe d’établir un califat islamique sans frontières et en constante expansion (qui se garde bizarrement de déranger le régime sioniste dans son occupation de la Palestine).

 

Chaque jour, le monde arabe découvre au réveil une nouvelle atrocité enregistrée sur vidéo ; un festival de scènes sanglantes et terrifiantes offert par ISIS (ou IS ou ISIL), et d’innombrables autres "YouTube", avec par exemple les crimes encore plus odieux que nous offrent les Etats-Unis avec leur guerre unilatérale de drones exterminateurs ; toute la région tangue au rythme des décapitations à la machette et des incinérations par les missiles Hellfire. La mort est partout, elle tombe du ciel ... et monte du sol ; la guerre contre le terrorisme dresse sa tête hideuse une fois de plus ; pour faire rentrer dans le rang les méchants terroristes que l’Occident lui-même a financés et commandités au nom de la démocratie pour déstabiliser des régimes "peu recommandables" ; un implacable rituel cyclique*** qui commence par la responsabilité de protéger et se termine par la guerre contre le terrorisme, avec des milliers de vies innocentes, généralement qualifiées de dommages collatéraux, écrasées dans le processus.

 

C’est exactement ce que Kadhafi avait prévu ; une Libye engloutie dans le chaos total, la guerre civile et les diktats occidentaux ; un terrain fertile pour le fondamentalisme djihadiste et les extrémistes ... dommage que, au lieu d’écouter ses mises en garde, nous ayons préféré nous payer sa tête au son d’une parodie israélienne.

 

Ahmad Barqawi, 


chroniqueur indépendant et écrivain.

 

Note :

*En français dans le texte

**L’opération Odyssey Dawn est la contribution étasu ienne à l’intervention militaire de 2011 en Libye.

***Groundhog Day. Le jour de la marmotte est un événement célébré en Amérique du Nord le jour de la Chandeleur, soit le 2 février. Selon la tradition, ce jour-là, on doit observer l’entrée du terrier d’une marmotte. Si elle émerge et ne voit pas son ombre parce que le temps est nuageux, l’hiver finira bientôt. Par contre, si elle voit son ombre parce que le temps est lumineux et clair, elle sera effrayée et se réfugiera de nouveau dans son trou, et l’hiver continuera pendant six semaines supplémentaires (Wikipedia).

 

Cela signifie aussi une situation où les événements se répètent ou semblent se répéter indéfiniment.

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.counterpunch.org/2015/03/09/libya-isis-and-the-unaffordable...
URL de cet article 28183 

Publié par Michel El Diablo

LIBYE : Les conséquences de la guerre impérialiste

LIBYE: les conséquences de la guerre impérialiste

Lgroupe Etat islamique (EI) a exhibé la décapitation de vingt et un travailleurs chrétiens coptes enlevés dans la ville de Syrte en Libye. Cet acte barbare fait suite à d’autres tueries similaires qui vont de la décapitation au meurtre d'otages dans cette région du monde.

Washington, Paris et leurs alliés sont responsables des atrocités tant au Caire qu’en Lybie. Ces décapitations islamistes en Libye sont le résultat de la guerre menée par l'OTAN en 2011, dont l’objectif était de chasser le régime du colonel Kadhafi.

Avant l'intervention de l'OTAN, il n'y avait ni assassinat de chrétiens en Libye, ni milices islamistes liées à Al-Qaïda. En 2011, le gouvernement Obama et ses alliés européens menés par le président français Nicolas Sarkozy ont décidé de renverser Kadhafi. Les puissances impérialistes ont fait parvenir d'énormes quantités d'argent et d'armes aux milices islamistes et aux combattants d'Al-Qaïda et ont assuré leur soutien aérien sous la forme d’une campagne massive de bombardements qui a tué des dizaines de milliers de Libyens.

Le but poursuivi par les puissances impérialistes était de s'emparer à tout prix des richesses pétrolières du pays et de faire de son territoire une base d'opérations pour d'autres interventions à travers le Moyen-Orient et l'Afrique.

Les conséquences désastreuses sont aujourd'hui visibles. La Libye sombre dans une guerre civile toujours plus meurtrière entre diverses factions islamistes et milices rivales qui se disputent le pouvoir. Le pays sert de terrain d'entraînement à des forces islamistes soutenues par la CIA qui vont combattre le régime syrien du président Bashar Al-Assad ou sévir en Afrique. On assiste aux conséquences de la brutalité sans borne du système capitaliste et de leurs dirigeants, aux répercussions dramatiques en Libye, en Syrie, en Irak, en France.

La responsabilité du chaos libyen incombe à la fois à l'ancien président français Nicolas Sarkozy, instigateur de la guerre en Libye, au Président Obama dont le gouvernement a fourni l'essentiel des armes qui ont détruit les forces armées libyennes, aux puissances alliées de l'OTAN qui ont participé à cette agression meurtrière, au PS de Hollande en passant par le Front de gauche de Mélenchon … qui ont soutenu cette intervention.

Après la décapitation de ces 21 travailleurs coptes par le groupe Etat Islamique, il n’a fallu que quelques heures à l’Egypte dirigée par le général Abdel Fatah al-Sissi, avec l’appui des Etats-Unis, pour qu’il lance des frappes aériennes tuant soixante quatre personnes, dont sept civils. Abdel Fatah al-Sissi parvenu au pouvoir par un coup d’Etat soutenu par l’Occident, a tué en 2013 au moins 3.000 personnes. En 2014, ses tribunaux ont condamné à mort 1.397 détenus politiques, il a aussi promulgué une loi interdisant les manifestations et les grèves afin de réprimer tout acte de protestation contre son régime. Des groupes de défense des droits de l’Homme ont estimé à 40.000 les personnes arrêtées sous son régime… Cela n’a pas empêché le gouvernement français de lui vendre des avions rafales… Ah ! Les valeurs de la République !

Ce que vit le Moyen-Orient en dit long sur l'impérialisme. Dans un entretien à Vox le 11 février, Obama déclare : « On est bien obligé de tordre le bras des pays qui ne font pas ce que nous voulons ».

La recrudescence des guerres impérialistes fait grandir la menace de guerre mondiale. Nous devons nous opposer à l’engagement de la France dans ces guerres, Développer la lutte pour la Paix, Lutter sans répit contre le capitalisme.

SOURCE:  http://www.sitecommunistes.org/

Publié par Jean Lévy

Guerre en Libye – Les incendiaires crient au feu

Mondialisation.ca, 17 février 2015
 
La guerre qui se propage en Libye fauche de plus en plus de victimes non seulement sur terre mais aussi en mer : de nombreux désespérés, qui tentent la traversée de la Méditerranée, se noient.  « Du fond de la mer ils nous demandent où est notre humanité », écrit Pier Luigi Bersani
 
Il devrait avant tout se demander où est la sienne, d’humanité, et avec elle sa capacité éthique et politique, quand, le 18 mars 2011, à la veille de la guerre USA/Otan contre la Libye, en habit de secrétaire du Pd (Partito democratico), il s’exclamait « à la bonne heure», en soulignant que « l’Article 11 de la Constitution répudie la guerre, non l’usage de la force pour des raisons de justice ».
 
Enrico Letta, qui avec Bersani en appelle aujourd’hui au sens humanitaire, devrait se souvenir du 25 mars 2011 quand, en habit de vice-secrétaire du Pd, il déclarait « Va-t-en-guerre est celui qui est contre l’intervention internationale en Libye et sûrement pas nous qui sommes des bâtisseurs de paix ».
 
Une « gauche » qui dissimulait les véritables raisons - économiques, politiques et stratégiques- de la guerre, en soutenant par la bouche de Massimo d’Alema (déjà expert en « guerre humanitaire » en Yougoslavie) qu’ « en Libye il y avait déjà la guerre, menée par Kadhafi  contre le peuple insurgé, un massacre qui devait être stoppé » (22 mars 2011).  
 
Substantiellement sur la même ligne aussi  le secrétaire du Prc (Partito della rifondazione comunista) Paolo Ferrero qui, le 24 février 2011 alors que la guerre avait commencé, accusait Berlusconi d’avoir mis « des jours pour condamner les violences de Kadhafi » en affirmant qu’il fallait « démonter le plus vite possible le régime libyen ».
 
Le même jour, des jeunes « communistes » du Prc, avec des « démocrates » du Pd, prenaient d’assaut à Rome l’ambassade de Tripoli, brûlant le drapeau de la république libyenne et hissant celui du roi Idriss (celui qui flotte aujourd’hui à Syrte occupée par les djihadistes, comme l’a montré le TG 1 –téléjournal de la première chaîne- il y a trois jours).
 
Une « gauche » qui doublait la droite, en poussant à la guerre le gouvernement Berlusconi, au départ réticent (pour des raisons d’intérêt) mais immédiatement après piétinant cyniquement le Traité de non-agression et participant à l’attaque avec des bases et forces aéronavales.
 
En sept mois, l’aviation USA/Otan (détail participation française en apostille, NdT) compris effectuait 10mille missions d’attaque, avec plus de 40mille bombes et missiles, pendant qu’étaient infiltrées en Libye des forces spéciales, dont des milliers de commandos qataris, et simultanément étaient financés et armés des groupes islamistes définis jusque peu de temps auparavant comme terroristes.
 
Parmi lesquels ceux qui, passés en Syrie pour renverser le gouvernement de Damas, ont fondé l’EI (Etat islamique) puis envahi l’Irak. Ainsi s’est désagrégé l’Etat libyen, en provoquant l’exode forcé  -et par conséquence l’hécatombe en Méditerranée- des immigrés africains qui avaient  trouvé du travail dans ce pays.
 
On a ainsi provoqué une guerre intérieure entre secteurs tribaux et religieux, qui se battent pour le contrôle des champs pétrolifères et des villes côtières, aujourd’hui principalement aux mains de formations adhérant à l’EI. Le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Renzi, Paolo Gentiloni, après avoir rappelé que « abattre Kadhafi était une cause sacro-sainte », lance l’alarme parce que « l’Italie est menacée par la situation en Libye, à 200 miles marins de distance ».
 
Il annonce donc que jeudi il s’adressera au parlement pour l’éventuelle participation italienne à une intervention militaire internationale « dans un cadre Onu ». En d’autres termes, à une seconde guerre en Libye présentée comme « maintien de la paix », comme l’avait déjà demandée Obama à Letta en juin 2013, soutenue par Pinotti (ministre de la Défense) et approuvée par Berlusconi.
 
Nous revoilà à la croisée des chemins : quelle position vont prendre ceux qui travaillent pour créer une nouvelle gauche et, en son sein, l’unité des communistes ?
 
Manlio Dinucci

Edition de mardi 17 février 2015 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/gli-incendiari-gridano-al-fuoco/

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

18 février 2015

Les interventions militaires en cycle infernal alimentent le chaos et les groupes religieux extrémistes plus qu’elles ne les réduisent

 

Lu sur Investig'action

Source : Survie

Libye : Chronique d’une seconde guerre annoncée
Raphaël Granvaud
 

 

Faisant écho aux déclarations du ministre français de la Défense, les chefs d’État africains associés au dispositif antiterroriste Barkhane multiplient les appels à une nouvelle intervention occidentale en Libye.

Les 15 et 16 décembre 2014, s’est tenu à Dakar le premier « forum international sur la paix et la sécurité en Afrique ». Présenté comme une co-réalisation franco-sénégalaise, il avait en fait été décidé lors du sommet de l’Elysée, l’année précédente, et son organisation a été impulsée et largement financée par le ministère de la Défense français (et par des entreprises françaises). Conçu comme un espace informel de discussion et non comme une instance décisionnelle, il a réuni plus de 300 participants issus de divers horizons (diplomates, militaires, « chercheurs », politiques, responsables d’ONG...). Cette affluence a été présentée comme un succès, même si l’assistance est restée essentiellement francophone, les poids lourds anglophones du continent s’étant abstenus de participer. L’Algérie avait également boycotté le sommet. Enfin, même si le commissaire pour la paix et la sécurité de l’Union africaine (UA), Smaïl Chergui, était finalement présent, on sait que cette initiative a suscité une très forte hostilité au sein de l’UA où l’on reproche à la France de marcher sur ses plates-bandes.

Appropriation africaine de la doctrine française

Si plusieurs ateliers étaient proposés, déclinant sous différentes formes la question de la sécurité, c’est, selon les observateurs présents, la question du terrorisme qui a très largement dominé les débats et les interventions en plénière. Côté français, le forum a été à nouveau présenté comme une contribution à l’autonomisation des armées africaines. « Il faut que les Africains se rendent compte que l’appropriation de leur sécurité par eux-mêmes suppose la collaboration », a ainsi expliqué le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian (France 24, 16/12). Il faut bien sûr comprendre ces propos confits de paternalisme à la lumière des préoccupations actuelles des militaires français. Quand on parle d’« appropriation par l’Afrique de ses propres enjeux de sécurité » ou qu’on explique que « l’ambition est de créer une culture sécuritaire commune en Afrique » (Interview de Le Drian à Jeune Afrique, 14/12), il s’agit avant tout de faire épouser les conception françaises en la matière, et d’obtenir une coopération destinée à renforcer le dispositif Barkhane de lutte contre le terrorisme dans la zone sahélienne. « Ce forum doit nous apporter une doctrine », explique à ce sujet un proche du ministre français de la Défense (JeuneAfrique.com, 16/12). Et ça tombe bien ! Car l’armée française justement n’est pas avare en la matière et dispose d’un prêt-à-penser directement issu de son expérience coloniale et qu’elle n’a cessé de vouloir perfectionner et partager. Ainsi, selon la journaliste du Monde, les militaires français insistent sur la nécessité de « couper les populations de ces groupes armés par des stratégies de contre-insurrection » (17/12). Action psychologique sur les populations, encadrement civilo-militaire pour gagner « les cœurs et les esprits », priorité donnée au renseignement par tous les moyens pour « neutraliser » l’ennemi intérieur, on a vu de l’Algérie au Rwanda, en passant par le Cameroun, le résultat de ces brillantes « stratégies de contre-insurrection ».

Priorité sécuritaire

Interrogé sur les dérives qui peuvent découler de la « guerre contre le terrorisme », le congrès américain venant de confirmer dans un rapport les pratiques criminelles de la CIA, Le Drian se contente de répondre : « c’est pas dans notre doctrine. (…) C’est pas dans les pratiques de l’armée française » (RFI, « Internationales », 14/12). Un tel déni de la réalité historique ne peut qu’inquiéter sur les méthodes inavouées d’une guerre qu’il annonce « implacable ». Pour autant l’approche exclusivement militaro-sécuritaire de la France et des Etats-Unis suscite des réticences. Si l’on en croit l’envoyé spécial de Jeune Afrique (17/12) au forum de Dakar « la grande majorité des intervenants, notamment africains, ont souhaité mettre l’accent sur la prévention ». Ainsi, l’envoyée spéciale de l’ONU pour le Sahel, l’Éthiopienne Hiroute Gebre Selassie a rappelé que « la hausse des dépenses sécuritaires [les budgets militaires africains ont augmenté en moyenne de 8 % en 2013] se fait au détriment des besoins sociaux. C’est pourtant la précarité des développements sociaux qui pousse les jeunes à rejoindre les groupes armés. La situation de la jeunesse s’est aggravée. C’est l’une des causes profondes de l’instabilité dans le Sahel ». C’est d’autant plus vrai quand les espaces de contestation sont verrouillés par des régimes autoritaires et prédateurs, par exemple ceux dont les officiers français affectionnent particulièrement les dirigeants à la poigne de fer. Interrogé par Jeune Afrique (16/12) sur le cas du Congo B et surtout sur celui du Tchad, principal allié de la France dans la lutte contre le terrorisme, Le Drian explique ainsi qu’« il faut trouver un équilibre entre l’objectif démocratique et la nécessité sécuritaire (...). Même si la priorité est aujourd’hui sécuritaire ». Les leçons de la récente insurrection populaire au Burkina Faso n’ont définitivement pas été tirées.

L’opération Barkhane

Officiellement lancée en août 2014, l’opération Barkhane a remplacé l’opération Serval et l’opération Epervier au Tchad. Il s’agit en réalité d’une réorganisation profonde du dispositif militaire français en Afrique, préparée depuis plusieurs mois et officialisant l’entrée de la France dans la « guerre contre le terrorisme ». Plus de 3000 hommes sont déployés sur 5 pays (Tchad, Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie), se jouant des frontières et des autorités concernées (Cf. Billets n°238, septembre 2014).

La Libye dans le viseur

Si les conceptions françaises ont pu être bousculées dans les ateliers du forum, cela a été complètement occulté dans les médias par le show final où trois des quatre présidents présents (le Malien Ibrahim Boubakar Keita, le Sénégalais Macky Sall et le Tchadien Idriss Déby Itno) ont réclamé une nouvelle guerre occidentale en Libye. Les propos du dictateur tchadien notamment ont fait couler beaucoup d’encre : « La destruction de la Libye : mon frère [Macky Sall] disait que c’était le travail inachevé. Non, le travail a été achevé, l’objectif recherché étant l’assassinat de Kadhafi et pas autre chose », a-t-il asséné avant d’appeler les pyromanes à venir jouer les pompiers : « La solution c’est entre les mains de l’OTAN. Qui a créé le désordre n’a qu’à aller ramener le l’ordre » (Dans un lapsus révélateur, il avait déclaré d’abord « ramener le désordre »…).Les commentateurs se sont généralement amusés de l’impertinence de l’orateur, qui s’exprimait devant deux ministres français de la Défense, l’actuel et le précédent. Mais on était bien loin d’un crime de lèse-majesté. D’une part les équipes du parti socialiste ne s’estiment pas comptables des conséquences de l’intervention voulue par Sarkozy en Libye, même s’ils l’avaient soutenue. D’autre part les déclarations de Déby ne font qu’apporter de l’eau au moulin de Le Drian sur la nécessité d’une nouvelle opération en Libye dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ». Le chef d’état-major français, l’amiral Edouard Guillaud, l’a évoquée pour la première fois publiquement il y a tout juste un an et, depuis septembre, Le Drian ne manque pas une occasion d’y revenir puisque « à l’état-major de l’armée française, nombreux sont ceux qui pensent qu’il faudra bien "y aller" un jour » (JeuneAfrique.com, 23/12). Mais il en précise les modalités : « La Libye est un pays souverain. La réponse doit être internationale. Il ne faut pas rajouter du chaos au chaos » (interview à Jeune Afrique, 14/12). La France cherche donc à constituer une coalition qui paraisse la plus légitime possible et facilite l’obtention d’un mandat de l’ONU. Il faut également ménager l’armée algérienne, pour l’instant hostile à une telle intervention, et sur le territoire de laquelle les groupes visés pourraient se replier en cas d’attaque.
 

Demande (franç)africaine

Quelques jours après le forum de Dakar, les dirigeants du G5 Sahel (regroupement des 5 pays concernés par l’opération Barkhane, au sein duquel la France a un statut « d’observateur ») ont remis le couvert à l’issue d’une rencontre en Mauritanie. Le 19 décembre, le président mauritanien a ainsi rendu public un communiqué par lequel le G5 lançait un appel « au Conseil de sécurité des Nations unies pour la mise en place, en accord avec l’Union africaine, d’une force internationale pour neutraliser les groupes armés, aider à la réconciliation nationale et mettre en place des institutions démocratiques stables » en Libye. Jouant sur la confusion des casquettes, c’est en tant que président en exercice de l’Union Africaine que l’appel du G5 a été lancé par Abdel Aziz, abusant certains journalistes. Ainsi LeMonde.fr (19/12) titrait que c’est « en accord avec l’Union africaine » qu’était lancé cet appel, alors que l’UA en était simplement destinataire et qu’on ne savait même pas sous quelle forme elle avait été officiellement saisie. Même imprécision concernant « les responsables libyens » qui auraient « exprimé leur accord avec cette demande » selon le président mauritanien, ce qui mériterait pour le moins d’être précisé compte-tenu de la confusion politique qui règne dans le pays...

Quelle coalition ?

Cet appel du G5, après les déclarations de clôture du forum de Dakar, s’inscrit dans le cadre d’une préparation diplomatique et médiatique menée par la France qui n’est pas sans rappeler celle qui avait précédé l’opération Serval au Mali. Une nouvelle intervention sera d’autant plus facilement acceptée par les opinions publiques et les autres chancelleries qu’elle apparaîtra comme « une demande africaine ». Mais concernant la mise en œuvre, d’autres soutiens que les pays africains sont nécessaires, même si certains, comme l’Egypte, disposent de réels moyens militaires. Engagée sur plusieurs théâtres d’opération et fonctionnant à flux tendu (notamment pour les moyens aériens), l’armée française peut difficilement envisager de mener seule cette nouvelle intervention. Les réticences des autres pays européens à suivre la France dans ses expéditions africaines ne semblent pas avoir été dépassées. Restent donc les Etats-Unis, que la situation en Libye ne laisse pas indifférents, qui avaient participé au renversement de Kadhafi, et qui continuent, après le soutien apporté à l’opération Serval au Mali, à épauler le dispositif antiterroriste français au Sahel. Si l’on en croit le Canard Enchaîné (17/12) (ou plutôt les informations de la Direction du renseignement militaire auxquelles Claude Angeli fait référence), le secrétaire d’État John Kerry aurait réclamé, lors d’une réunion confidentielle de la commission des Affaires étrangères du Sénat, « une certaine flexibilité dans l’emploi des forces armées », notamment « au cas où le groupe Etat islamique commencerait à se manifester en Libye ». Or « l’État islamique est à nos portes » dramatise le président nigérien Mahamadou Issoufou (Jeune Afrique, 28/12). Des milices libyennes se réclament en effet désormais de l’État islamique qui aurait, selon les militaires américains, ouvert des camps d’entraînement à l’est du pays. A l’occasion d’une nouvelle visite aux troupes françaises de Barkhane, pour le réveillon du 31 décembre 2014, Le Drian a à nouveau appelé la « communauté internationale » à la mobilisation.Le cycle infernal des interventions militaires étrangères qui, de l’Irak à l’Afghanistan, alimentent le chaos et les groupes religieux extrémistes plus qu’elles ne les réduisent, semble donc avoir de beaux jours devant lui…Titre originel : Libye : Chronique d’une guerre annoncée

Source : Survie