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Libye

A propos de l’anniversaire de la mort de Khaddafi

 

21 Octobre 2016

Toujours la même interrogation: est-il possible de faire de la multitude des hommes libres? Socialisme ou barbarie, voici ce que j’écrivais au lendemain de la mort de Khaddafi, le genre d’analyse qui à l’époque m’attirait des remarques sur « mon amour pour les tyrans ». Cela se passait en octobre 2011.

 

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Kadhafi certes l’actualité est là… Il y a ces images, cette vidéo abominable… Mais pourquoi Spinoza ? Parce que nous sommes plus que jamais confrontés à l’interrogation de Spinoza « Est-il possible de faire avec la multitude une collectivité d’hommes libres? » Vous reconnaitrez qu’il n’y a pas qu’en Libye que la question se pose de manière urgente.

 

Cet assassinat n’avait qu’un but, asseoir le domination des forces de l’OTAN, de l’impérialisme sur le pays.


Et on doit dénoncer sans le moindre état d’âme tous ceux qui ont contribué de manières diverses à ce crime contre un peuple, il y a tous ceux qui se réjouissent bruyamment devant cet assassinat du « Tyran », tous ceux qui ont masqué les enjeux réels de l’intervention de l’OTAN en faisant de cette intervention une lutte de la « démocratie » contre la « tyrannie », les médias complices dans leur quasi totalité, TOUTES les forces politiques, les chefs d’entreprises qui se sont rués vers la Libye alors que Syrte agonisait.

 

Donc ces images ne sont pas « un mal nécessaire » pour vaincre la tyrannie mais bien la démonstration de ce qu’est la tyrannie que nous imposons depuis des siècles à tous les peuples du monde, esclavage, colonialisme et voici les hommes que nous avons créés, ceux qui ont toujours été nos complices. Nous dégradons jusqu’à l’aspiration à la liberté. Nous, c’est-à-dire cette servitude que nous tolérons pour notre peuple et qui a nom le capitalisme à son stade ultime de barbarie, l’impérialisme. La multitude pourra devenir libre quand elle renoncera à opprimer les autres: un peuple qui en opprime un autre ne peut pas être libre, c’est la leçon que Marx a empruntée entre autres à Spinoza.

Londres fait son autocritique sur la Libye, Paris persiste et signe

 

07 Octobre 2016
 
Le terrible coût de l’intervention militaire de 2011


6 OCTOBRE 2016

 

La publication par le Parlement britannique d’un rapport accablant sur l’intervention occidentale en Libye en 2011 a suscité bien des critiques… en France. Alors même que ce pays a été incapable de mener un travail d’analyse comparable et que des éléments accablants portés devant l’opinion publique confirment que le choix de la guerre n’était pas inéluctable et que d’autres moyens d’action existaient pour aider le peuple libyen.

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Bernd.Brincken, 19 mars 2011.
 

« Dans le monde arabe, tout est plus compliqué que ce qu’on souhaiterait ». Cette phrase n’est pas extraite d’un tabloïde britannique, mais de l’audition de Sir Alan Duncan, secrétaire d’État britannique au développement international en 2011 figurant dans le rapport de la commission des affaires étrangères de la chambre des communes sur l’intervention militaire de 2011 en Libye, Libya : Examination of intervention and collapse and the UK’s future policy options, publié le 16 septembre 2016. Cette petite phrase pourrait d’ailleurs résumer à elle seule la tonalité de ce rapport — dont nombre de conclusions rappellent celles durapport de la commission d’enquête John Chilcot, paru deux mois plus tôt et qui apportait un éclairage accablant sur l’intervention britannique contre l’Irak en 2003. Il est le résultat d’un travail de recherche et d’auditions réalisées depuis octobre 2015 par les onze membres de la commission des affaires étrangères de la chambre des communes (six députés conservateurs, quatre travaillistes et un membre du parti national écossais). Les principaux responsables politiques, militaires et diplomatiques en poste en 2011, l’ancien premier ministre Tony Blair, trois universitaires reconnus et un journaliste spécialiste de la Libye ont été auditionnés. Le premier ministre en exercice en 2011 David Cameron a pour sa part décliné l’invitation. Des entretiens ont été également réalisés avec des personnalités tunisiennes et libyennes. Les minutes des auditions sont jointes dans leur intégralité au texte.

 

Ce rapport permet d’obtenir, à partir des témoignages des principaux acteurs de l’époque, des détails précieux sur les processus de décision qui ont conduit à la guerre, les buts de cette guerre et la préparation de l’après-guerre. La totalité des responsables interrogés reconnaissent qu’ils ne disposaient en 2011 que d’une connaissance superficielle des acteurs libyens et des structures sociales et politiques réelles du pays. Plus grave encore, les analyses du ministère de la défense s’appuyaient exclusivement sur les informations diffusées par l’insurrection sur les réseaux sociaux, celles transmises par les opposants libyens de l’étranger et celles des grands médias qui reprenaient souvent la couverture des évènements des chaînes Al-Jazira et Al-Arabiya du Qatar et de l’Arabie saoudite. Tous reconnaissent le manque de renseignements fiables sur la situation et la méconnaissance de ce qui se passait réellement sur le terrain. Interrogés de façon récurrente par les députés sur leur perception du poids des militants islamistes dans l’insurrection, tous les responsables ont affirmé ne pas l’avoir estimé à sa juste valeur, de même que le soutien que leur apportait le Qatar. Malgré tout, le choix d’écarter les options diplomatiques au profit de l’option militaire a été fait très rapidement. Le chef d’état-major des armées affirme avoir été l’un des seuls à attirer l’attention sur l’absence de fiabilité des renseignements disponibles lors des premières réunions du Conseil national de sécurité.

 

LE « SAUVETAGE » DE BENGHAZI

 

Sur la question cruciale du sauvetage de Benghazi qui a été mise en avant pour justifier l’adoption de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant la mise en œuvre de « tous les moyens nécessaires » pour protéger les populations civiles, les avis divergent entre les responsables étatiques et les universitaires auditionnés. Les premiers reprennent bien naturellement la rhétorique officielle de l’époque sur l’imminence d’un massacre de grande ampleur de populations civiles à Benghazi (plusieurs centaines de milliers de morts annoncés), voire d’un « génocide » et n’hésitent pas à rappeler les précédents de Srebrenica ou du Rwanda. Les universitaires George Joffé et Alison Pargeter se démarquent de cette hypothèse en rappelant qu’aucune des villes reprises par le régime aux insurgés (notamment Zawiya et Ajdabiya) n’avait subi de mesure de représailles contre la population civile. Ils mettent également en perspective le fameux discours de Mouammar Kadhafi du 22 février appelant à poursuivre les rebelles « maison par maison », avec ses discours postérieurs qui promettaient la clémence envers ceux qui déposeraient leurs armes. En outre, si Kadhafi a violemment réprimé ses opposants, il n’a jamais procédé à des massacres de populations civiles comme ont pu les perpétrer Saddam Hussein et Hafez Al-Assad. Enfin, la colonne en route vers Benghazi ne comprenait pas plus de 2 000 hommes, majoritairement de jeunes volontaires non aguerris soutenus par une dizaine de chars. Difficile dans ces conditions d’imaginer que cette colonne ait été en mesure de massacrer des dizaines de milliers d’hommes dans une ville de 800 000 habitants disposant déjà de milices bien armées et combattant sur leur terrain. C’est pourtant cette imminence du massacre annoncé à Benghazi qui demeure dans les esprits, justifiant le bien-fondé de l’intervention franco-britannique de 2011 en Libye.

 

Les quatre bombes lancées par les avions français le 19 mars ayant mis en déroute les forces pro-Kadhafi en route pour Benghazi, le mandat initial aurait pu être considéré comme rempli. L’état-major britannique avait d’ailleurs planifié une pause dans les bombardements pour permettre à l’option politico-diplomatique de se déployer. Le chef d’état-major des armées britanniques fait référence à une perspective clausewitzienne où« la guerre n’est que la poursuite de la diplomatie par d’autres moyens »1. Cette pause n’a cependant pas été acceptée par l’allié français qui, selon les responsables britanniques, avait déjà pour but de guerre la chute du régime. Le but de guerre britannique serait donc passé en quelques jours de la protection des populations au changement de régime. Ce but est atteint au terme de huit mois de guerre. Selon les termes du chef d’état-major de l’époque : « Cette intervention est un succès tactique qui se révèlera très vite un échec stratégique ».

 

DES PLANS IRRÉALISTES POUR LA TRANSITION

 

À la chute du régime et malgré une présence réelle sur le terrain en soutien de l’insurrection, les responsables britanniques n’ont toujours pas une vision claire de la situation en Libye. Les rapports de force au sein de l’insurrection ne sont pas connus et les analyses s’appuient exclusivement sur les contacts avec les responsables du Conseil national de transition (CNT), majoritairement d’anciens hommes d’affaires, juristes, universitaires et opposants de l’étranger non représentatifs des multiples factions de l’insurrection, en particulier des islamistes. La cellule de planification de la transition mise en place au printemps 2011 par les Britanniques, à laquelle participent des experts australiens, italiens, danois et américains travaille avec celle créée par le CNT. Les deux cellules n’ont cependant qu’un ancrage limité en Tripolitaine où les responsables locaux du courant islamiste de l’insurrection préparent déjà l’après-Kadhafi avec le soutien direct du Qatar. Rien ne se passe donc comme prévu à la chute de Tripoli.

 

La chute du régime entraîne l’implosion des institutions libyennes et la fragmentation des composantes de l’insurrection et les précipite dans une lutte pour le contrôle du pouvoir et des ressources. De l’avis des responsables auditionnés, les jolis plans ébauchés pour la transition étaient des exercices purement théoriques qui se sont révélés totalement irréalistes en l’absence de toute ébauche de consensus politique et de structure institutionnelle. La pensée dominante au sein des services britanniques était basée sur la croyance qu’après la chute du dictateur, la transition démocratique se passerait bien. Interrogés sur ce qu’il aurait fallu faire de plus ou de mieux, les responsables britanniques avouent ne pas avoir de réponse. Certains d’entre eux attribuent l’échec de la stabilisation au soutien qatarien des islamistes libyens.

 

Quant à savoir si le déploiement d’une force internationale sur le terrain pour désarmer les milices aurait pu contribuer à une stabilisation du pays, aucun des responsables et universitaires auditionnés ne considère cette option comme réaliste. Pour avoir un minimum de chance de s’imposer, une telle force aurait dû compter au minimum 15 000 hommes (hypothèse basse). Il n’existait en outre aucun mandat onusien pour une force sur le terrain dont les Libyens ne voulaient pas et à laquelle aucun pays n’aurait accepté de contribuer. Une même méconnaissance des réalités a conduit quelques mois plus tard à placer tous les espoirs pour la Libye dans le processus électoral de juillet 2012. Là aussi, les choses ne se sont pas déroulées comme convenu et les élections, en l’absence d’institutions, n’ont fait qu’accentuer les lignes de clivage existantes, voire en créer de nouvelles. L’idée selon laquelle la démocratie ne se limite pas à un processus électoral réussi n’est décidément pas encore acceptée par les élites européennes.

 

ABSENCE D’EXPERTISE ?

 

Tous les responsables auditionnés font également état de la méconnaissance des réalités sociales libyennes et de la situation sur le terrain avant et après le début de l’intervention comme justification du fait que rien ne s’est passé comme prévu. S’il est relativement facile aujourd’hui de déterminer les coordonnées des objectifs militaires et stratégiques d’un pays et d’accumuler les connaissances factuelles sur ses dirigeants, il est plus ardu d’appréhender la complexité des sociétés et des tensions qui les parcourent. Évoquer l’absence ou l’insuffisance d’expertise libyenne disponible pour justifier de mauvais choix permet donc de transférer les responsabilités politiques sur des insuffisances présumées des administrations en termes de personnel et d’organisation.

 

Il est faux cependant de dire qu’il n’existait pas d’expertise sur la Libye. Des centres de recherche comme l’International Crisis Group — qui ne peut être accusé de sympathie à l’égard de Kadhafi — ont attiré l’attention tout au long de la crise sur les risques d’une intervention militaire dans une guerre civile et sur la nécessité de négocier. Aux États-Unis, les grandes agences de renseignement et le Pentagone étaient initialement contre l’idée d’une intervention militaire en Libye. C’est finalement l’avis de la secrétaire d’État Hillary Clinton qui l’a emporté. Le chef d’état-major des armées britanniques évoque dans ses auditions ses réticences initiales sur l’intervention. Il affirme les avoir exprimées lors de la première réunion du Conseil national de sécurité présidé par David Cameron. Son expertise, comme celle qui aurait pu être apportée par un spécialiste de la Libye lors de cette réunion, s’est heurtée à la volonté politique forte d’entrée en guerre dans un contexte de matraquage médiatique en faveur d’une intervention. Les experts qui faisaient valoir la complexité de la situation libyenne à l’époque étaient en outre souvent tournés en dérision par de nouveaux spécialistes es-révolutions quant au fait qu’ils n’avaient rien vu venir ou que la question des tribus relevait du vieil imaginaire colonial.

 

Selon ces nouveaux experts, la jeune génération Internet adepte des réseaux sociaux rompait avec cette vision d’une Libye révolue en affichant son désir d’une démocratie « moderne », « à l’occidentale ». Un séjour de quelques jours parmi les jeunes blogueurs de Benghazi se révélait ainsi nettement plus valorisant que des années de recherches obscures. Les responsables britanniques ou leurs services ont fait le choix d’informations et d’analyses qui allaient dans le sens de décisions déjà prises, au détriment des expertises qui pouvaient les remettre en question. En ce sens, l’apparence de collégialité des prises de décision au sein du Conseil national de défense — instauré au Royaume-Uni après la guerre d’Irak de 2003 pour éviter que ne se reproduise le mode de décision opaque adopté alors par Tony Blair — n’a pas permis l’émergence d’un réel débat contradictoire sur les risques et les buts réels de cette intervention.

 

LE SILENCE DE LA FRANCE

 

Tout imparfait qu’il soit, ce rapport n’en constitue pas moins un exercice notable d’analyse critique sur les conditions d’entrée en guerre et d’intervention du Royaume-Uni en Libye en 2011. À ce jour, aucun travail similaire n’a été réalisé par les parlementaires français sur l’intervention française, alors même que la France a été beaucoup plus active que le Royaume-Uni. Aucun retour critique n’a été fait non plus par les grands médias français qui, en reprenant sans recoupement les propagandes des insurgés et des médias du Golfe (qataris et saoudiens) ont contribué à la fabrication du consensus pro-intervention dans l’opinion publique.

 

Ce rapport vient donc confirmer les constantes des interventions militaires et de la guerre d’une manière générale. Celles-ci sont avant tout le règne de l’incertitude couramment dénommée « brouillard de la guerre ». Et pourtant, comme dans l’affaire irakienne quelques années plus tôt, les voies de la diplomatie n’ont jamais été explorées, voire volontairement écartées, justement pour cause d’incertitude sur leur issue. Le ministre des affaires étrangères Lord Hague reconnaît d’ailleurs que Seif Al-Islam Khadafi l’a appelé au début des évènements en se proposant d’inciter son père à quitter le pouvoir et de travailler à une solution négociée ; et qu’il a rejeté cette proposition en expliquant que Saif pouvait ne pas être meilleur que son père. Saif a de même appelé la secrétaire d’État Hillary Clinton, laquelle a simplement refusé de lui parler. Côté français, des tentatives de négociation ont également été tentées avec l’envoi en France de Bachir Saleh — que Nicolas Sarkozy a refusé de rencontrer. Les justifications à ces refus de négocier sont toutes les mêmes : il ne s’agissait que de manœuvres de diversion pour gagner du temps et nous n’avons aucune garantie de succès. L’histoire prouve pourtant que rien n’est moins incertain que l’issue d’une guerre.

 

Malgré les différences notables entre les personnalités de David Cameron et Nicolas Sarkozy, et de cultures entre les institutions des deux pays, les mêmes décisions ont été prises en l’absence de débats réels. Le 21 février, jour des prétendus bombardements aériens de civils libyens, paraît dans Le Monde une tribune de diplomates qui rejettent sur Nicolas Sarkozy la responsabilité des « déboires » de la politique de la France en Tunisie et en Égypte. Lui et ses conseillers sont accusés d’« amateurisme » et d’« impulsivité ». Devant ses conseillers, le président français ne cesse de répéter que « Kadhafi est un cinglé ». Il est vrai que la personnalité caricaturale de Kadhafi, son lourd passif avec les Occidentaux, la haine que lui vouent les dirigeants arabes du Golfe et son isolement international font de lui une cible idéale. Pour Nicolas Sarkozy comme pour David Cameron, la Libye représente l’occasion idéale de redorer leur image en prenant résolument le parti des valeurs et des peuples et de faire oublier leur incapacité à prendre la mesure de ce qui se joue dans le monde arabe depuis quelques semaines.

 

QUAND BHL DEVIENT LE CHANTRE DE L’INTERVENTION

 

C’est aussi une façon de détourner l’attention de ce qui se passe au Bahreïn où le grand allié saoudien réprime violemment une insurrection populaire sans que la communauté internationale s’en émeuve outre mesure. Après concertation avec son chef d’état-major particulier et le chef d’état-major des armées, Nicolas Sarkozy ordonne ce même jour de déployer des moyens de renseignement sur zone. La logique de guerre est enclenchée et ce ne sont pas dans les conseils de défense, où nul d’ailleurs ne s’avise de le contredire, que les vraies décisions sont prises. Les analyses de l’état-major affirment que l’affaire est jouable. Leur chef est acquis au président et un petit groupe d’officiers y voit l’occasion de se positionner dans des rapports de pouvoir internes.

 

La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a beau disposer d’une équipe à Benghazi avant même l’arrivée de Bernard-Henry Lévy, c’est ce dernier qui l’appelle directement pour lui proposer de le présenter aux représentants du CNTlibyen. C’est enfin, dès le 22 février, le contact direct avec l’allié qatarien qui achève de convaincre Nicolas Sarkozy qu’il est temps d’y aller. Si la personnalisation du pouvoir et la marginalisation des administrations sous Sarkozy sont indissociables de ce processus de décision, on aurait tort de croire qu’une issue différente aurait été possible avec un autre président, tant était fort le consensus en faveur d’une intervention au sein des classes politiques et médiatiques dominantes. La culture de l’intervention militaire en lieu et place de la diplomatie a en effet pénétré les champs diplomatiques, politiques, médiatiques et académiques ces dernières années sur le modèle du mouvement néoconservateur américain. Un processus plus collégial, plus respectueux des logiques institutionnelles sur le modèle de celui qui s’est déroulé au Royaume-Uni aurait donc très certainement abouti à la même décision.

 

« SERVICE APRÈS-VENTE » DÉFECTUEUX ?

 

Et si finalement cette affaire ne faisait que mettre en évidence des phénomènes universels de complaisance et de courtisanerie envers l’autorité ? Et l’on pourrait même se hasarder à la comparaison avec ce qui se passait à 2 000 kilomètres de là dans le camp adverse. Dans la tente du guide libyen, les mêmes facteurs humains étaient en effet à l’œuvre : peur de déplaire au chef, d’aller à l’encontre d’une décision déjà prise, d’émettre un avis différent des autres membres du groupe, conditionnement social…

 

Quant à ceux qui continuent de croire que la situation libyenne actuelle est le fruit d’un « service après-vente » défectueux, ce rapport remet en question l’idée qu’on aurait pu faire mieux ou même différemment une fois la guerre déclenchée. Dans la conception clausewitzienne, la guerre est un acte de violence qui ne peut qu’entraîner une « montée aux extrêmes ». Les conséquences de celle de 2011 sont évidentes et étaient pourtant prévisibles : implosion de l’embryon d’État libyen, fragmentation et militarisation de la société. Et comment imaginer que l’envoi de quelques fonctionnaires onusiens et experts ès élections de plus ou de moins puisse régler ces questions fondamentales ?

 

N’en déplaise donc à sir Alan Duncan, les choses ne se passent plus comme au temps où l’Empire britannique était en mesure de façonner les constructions étatiques dans le Golfe, cette belle époque où tout n’était pas plus compliqué qu’on le souhaitait chez les Arabes.

 

PATRICK HAIMZADEH

 

1 NDLR. Carl von Clausewitz est l’auteur d’un célèbre traité de stratégie militaire intitulé De la guerre.

Deux nouvelles qui n’ont rien à voir entre elles, sauf pour le lecteur complotiste.

 

1- L’ancien ministre libyen du Pétrole avait prudemment confié son carnet secret sur les transactions pétrolières à un parent. Y était noté (entre autres) le versement de 6,5 millions d’euros au Français Nicolas Sarkozy pendant sa campagne pour les présidentielles de 2007. 

Le corps du Lybien a été retrouvé le 29 avril 2012 dans le Danube, à Vienne (Autriche).
Selon la police autrichienne, une crise cardiaque a provoqué la chute du malheureux dans le fleuve, puis sa noyade.

 

2- Sketch des Inconnus. Le présentateur du journal télévisé d’Antenne 3 Marseille, nous relate un accident stupide qui a causé la mort d’un patron de clinique et gérant de boite de nuit « qui dormait tranquillement près de sa tronçonneuse quand cette dernière s’est mise en marche toute seule et a découpé le pauvre homme qui, pour lui échapper, a dû sauter par la fenêtre et a atterri dans un baril de béton frais que l’on a retrouvé ce matin immergé au large du vieux port. La police n’exclut cependant pas la thèse du suicide ».

 

Théophraste R. (ex-élève de Rouletabille)

URL de cette brève 5186
http://www.legrandsoir.info/suicides-bizarres-modes-d-emploi.html

Ce massacre organisé en Libye était visible dès les premiers jours, avec l’activisme insensé de Bernard-Henri Lévy, et ses amours fugaces avec Sarko. À l’époque, Martine Aubry, première secrétaire du PS, approuvait cette réussite... Et Blanco en était tout excité... En effet, le but était, selon la propagande, de chasser un dictateur et d’établir la démocratie... avec quelques inévitables petits inconvénients secondaires. Air connu...

 

Devant le désastre, la France a organisé une commission parlementaire afin d’identifier l’ensemble des responsabilités politiques... Non rassurez-vous, la France n’a rien fait. Le consensus national est total pour, quoi qu’il arrive, légitimer ce que fait la France pour garder sa place en Afrique, son empire jamais décolonisé.

 

Il n’y a donc eu aucune commission parlementaire, et ce pour une raison simple : c’est parce que c’est un sujet sérieux, et en cherchant des responsabilités, on risque de les trouver. Non, il faut mieux exciter les foules sur les trois burkinis de Nice, et les discours sur la peur.

 

C’est la Grande-Bretagne qui a mis en place une commission parlementaire, laquelle vient de déposer son rapport sur l’intervention de 2011.

 

Pour le rapport, cette intervention était fondée « sur des suppositions erronées et une compréhension incomplète du pays et de la situation ». Les décisions ont été prises en exagérant la menace contre les civils de Bengazi – une opération militaire minimale stoppée en 24 heures – et en ignorant que les plus actifs de la rébellion étaient les islamistes. Les conclusions sont claires : la campagne de bombardements a causé l’effondrement politique et économique de la Libye.

 

Selon, Sidney Blumenthal, conseiller d’Hillary Clinton, les objectifs de Sarko étaient de cinq ordres :

 

- Obtenir une plus grande part de la production de pétrole libyenne ;

- Accroître l’influence française en Afrique du Nord ;

- Permettre aux armées françaises de réaffirmer leur position dans le monde ;

- Répondre aux projets de Kadhafi de supplanter la France en Afrique francophone ;

- Améliorer sa situation politique en France.

 

Les parlementaires soulignent que quatre de ces cinq facteurs correspondaient à l’intérêt de la France, alors que le cinquième « représentait l’intérêt politique personnel du président Sarkozy », un an avant la présidentielle de 2012, dans « une attitude proactive en Méditerranée censée répondre aux préoccupations des électeurs en matière d’immigration ».

 

Alain Juppé, alors ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, avait été tout aussi incompétent et dangereux : « La situation sur le terrain est plus alarmante que jamais. Il nous reste très peu de temps, c’est peut-être une question d’heures. » Ah oui, papy ? Selon le rapport, les menaces pesant sur les habitants de Benghazi « ont été grossièrement exagérées ».

 

Il reste juste à souhaiter que les populations libyennes s’organisent et déposent plainte contre Sarkozy, Cameron et BHL devant la Cour pénale internationale. La France et la Grande-Bretagne ayant ratifié le traité, ses agents doivent assumer leurs responsabilités lorsqu’ils s’engagent dans un conflit armé international. La loi est la même pour tous, non ?

 

Gilles DEVERS

15 septembre 2016

»» http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2016/09/15/liby...
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Libye: un rapport parlementaire britannique dénonce l’intervention de 2011

 

15 Septembre 2016

 

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Londres – L’intervention militaire britannique en Libye en 2011 était basée sur des postulats erronés, accusent des parlementaires britanniques dans un rapport publié mercredi qui critique sévèrement l’ancien Premier ministre David Cameron.

 

La Commission des Affaires étrangères a relevé plusieurs erreurs dans le processus décisionnel qui a amené Londres à intervenir militairement avec la France en 2011, officiellement pour protéger les civils réprimés par le dictateur Mouammar Kadhafi.

 

Il (le gouvernement) n’a pas pu vérifier la menace réelle que le régime Kadhafi faisait peser sur les civils; il a pris au pied de la lettre, de manière sélective, certains éléments de la rhétorique de Mouammar Kadhafi; et il a échoué à identifier les factions islamistes radicales au sein de la rébellion, écrivent les parlementaires dans leur rapport.

 

La stratégie du Royaume-Uni fut fondée sur des postulats erronés et sur une analyse partielle des preuves, assènent les membres de la commission.

 

Une demi-décennie après la chute et la mort de l’ancien maître du pays, le chaos continue de régner en Libye, pays riche en pétrole où le gouvernement d’union nationale (GNA), soutenu par l’ONU, peine à asseoir son autorité sur l’ensemble du pays depuis son installation en mars à Tripoli.

 

Mardi, les forces du gouvernement non reconnu qui siège dans l’est se sont emparées du dernier des quatre terminaux du Croissant pétrolier, des installations cruciales pour l’économie du pays situées entre Benghazi et Syrte, une ville d’où les forces du GNA tentent depuis quatre mois de chasser le groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui en avait fait son bastion.

Selon Crispin Blunt, le président de la commission, le gouvernement Cameron aurait pu privilégier d’autres options qui auraient amené à de meilleurs résultats.

 

Un engagement politique aurait pu permettre de protéger la population civile, de changer et de réformer le régime à un coût moindre pour le Royaume-Uni et la Libye, estime-t-il.

 

Le Royaume-Uni n’aurait rien perdu en suivant ces pistes, au lieu de se focaliser exclusivement sur le changement de régime par des moyens militaires, a-t-il affirmé dans un communiqué.

 

David Cameron aurait aussi dû savoir que les islamistes radicaux allaient chercher à profiter de la rébellion, estime la commission, selon laquelle il n’existe pas d’indication que la nature de la rébellion ait été correctement analysée par Londres

 

David Cameron est donc le responsable final de l’échec à développer une stratégie cohérente en Libye, jugent les députés.

 

L’ancien Premier ministre conservateur n’a pas voulu témoigner devant la commission, évoquant un emploi du temps chargé, selon le rapport.

 

– Quand Blair appelle Kadhafi –

 

D’autres acteurs politiques majeurs sont en revanche venus témoigner devant la commission: l’ancien ministre de la Défense Liam Fox et celui des Affaires étrangères William Hague, ainsi que l’ancien Premier ministre Tony Blair.

 

Ce dernier a déclaré à la commission avoir joint par téléphone Mouammar Kadhafi en février 2011 pour tenter de le convaincre d’abandonner le pouvoir.

 

Nous n’avons pas vu d’éléments prouvant que le Premier ministre d’alors, David Cameron, ait tenté d’exploiter les contacts de M. Blair, dit la commission.

 

L’échec de la transition post-Kadhafi en Libye est également un sujet sensible aux Etats-Unis, où Hillary Clinton a dû répondre à des accusations après l’attaque de l’enceinte diplomatique américaine de 2012 à Benghazi, dans laquelle l’ambassadeur américain Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués.

 

L’actuelle candidate démocrate à la présidence, qui était secrétaire d’Etat du président Barack Obama au moment des faits, a dû témoigner dans un climat tendu devant le Congrès, et l’opposition républicaine a dénoncé un scandale politique.

 

(©AFP / 14 septembre 2016 02h20) 

Libye: mais que vont faire les forces françaises dans cette galère ?

 

Libye: mais que vont faire les forces françaises dans cette galère ?
Libye: mais que vont faire les forces françaises dans cette galère ?

Libye: une union de milices appelle à prendre les armes contre les forces françaises et occidentales

L'annonce a été faite par un collectif de groupes armés prénommé Conseil de la Choura révolutionnaire de Benghazi, dans un communiqué publié le 23 juillet. Il évoque une «agression flagrante» de la part des forces occidentales, notamment françaises.

«Nous appelons tout le peuple libyen à se mobiliser pour défendre sa religion [...] et expulser toutes les troupes étrangères de Libye», stipule le communiqué, ajoutant que «la présence militaire française en Libye équivaut à une invasion».

POUR LIRE LA SUITE
CLIQUEZ CI-DESSOUS

https://francais.rt.com/international/24341-libye-milices-appellent-a-combattre-invasion-des-forces-etrangeres

 

Début mai, j’avais écrit «  Gardez à l’esprit que Saïf Kadhafi pourrait jouer un rôle important dans le futur. »

 

Beaucoup d’étrangers ont été surpris d’apprendre que Saïf Al Islam Kadhafi, l’héritier naturel de son père, avait été libéré d’une prison libyenne de Zintan, mais ce n’est rien en comparaison de ce qui pourrait se produire : son retour au pouvoir d’une manière ou d’une autre.

 

Pendant le soulèvement du printemps arabe de la Libye en 2011, Saïf a rejoint son père et ses frères sur les barricades pour combattre les rebelles soutenus par l’OTAN dans une âpre guerre révolutionnaire. Les rebelles ont par la suite attrapé et assassiné son père et son frère Mouammar Moatassim à Syrte, mais Saïf, lui, a été capturé vivant alors qu’il essayait de fuir à travers le désert du Sahara au Niger.

 

Il a peut-être dû sa bonne fortune au fait que les unités qui l’ont capturé étaient de Zintan, une ville montagneuse du sud de Tripoli, qui a combattu par la suite l’Aube de Libye, un groupe islamiste qui a pris la capitale en 2014. Lors du procès collectif d’anciennes personnalités du régime, Zintan a refusé de livrer Saïf, lui épargnant ainsi les brutalités infligées à d’autres prisonniers dont l’ancien chef du renseignement Abdullah al Senussi et son jeune frère Saadi. Un film montre ce dernier en train d’être tabassé dans la cellule d’une prison de Tripoli.

 

Les Zintanis n’étaient pas des amis de l’ancien régime. Ils étaient l’un des groupes rebelles les plus efficaces dans la lutte contre les forces de Kadhafi pendant le soulèvement que les bombardements de l’OTAN ont permis de remporter.

 

Mais d’après ce qu’en ont dit les quelques personnes autorisées à lui rendre visite dans un lieu étroitement gardé quelque part dans la ville, Saïf a était bien traité et jouissait d’un régime similaire à l’assignation à résidence.

 

Il y a un an un tribunal de Tripoli, opérant sous le contrôle du groupe Aube de la Libye, l’a condamné à mort ainsi que quelques d’autres, dont Al Senussi. A Zintan, peu de choses ont changé pour Saïf, parce que Zintan a refusé obstinément de l’envoyer à la misérable prison d’Al Hadba à Tripoli.

 

Le chaotique Gouvernement d’entente nationale (GNA), soutenu par l’ONU et dirigé par un premier ministre homme de paille, qui opère à partir de la base navale de Tripoli, la seule partie de la ville qu’ils contrôlent, semble toutefois être à l’origine de l’acte d’amnistie dont ont bénéficié Saïf et d’autres prisonniers en avril, annulant leurs condamnations à mort et ordonnant leur libération.

Depuis lors, l’endroit où se trouve Saïf est un mystère, mais l’attitude des Zintanis à son égard est tempérée par leur alliance avec les tribus qui soutenaient Kadhafi auparavant, dont celles de Beni Walid et de Warshefani, pour lutter à mort contre les islamistes d’Aube de la Libye. La tribu de Kadhafi elle-même a une base au sud de Zintan près de Sebha, et fait cause commune avec les Zintanis contre les milices d’Aube de la Libye qui contrôlent la capitale et le Gouvernement d’entente nationale (GNA).

 

Avant le soulèvement en Libye, Saïf sillonnait le monde pour chercher des soutiens à son projet de démocratisation du pays. Il est difficile de savoir si ses ambitions dans ce domaine ont avorté parce qu’il n’était pas sérieux, ou à cause de la ligne dure de ses frères et sœurs Moatsem et Khamis. Quoiqu’il en soit, il sort de captivité pour retrouver une Libye profondément changée, ce qu’il avait prédit.

 

En février 2011 Saïf al-Islam a fait un discours où il prédisait ce qui allait arriver. Et il ne s’est pas trompé. « Il y aura la guerre civile en Libye ... nous allons nous entretuer dans les rues et toute la Libye sera détruite. Il nous faudra 40 ans pour parvenir à un accord sur la façon de diriger le pays car, désormais, tout le monde voudra être président ou émir, et tout le monde voudra diriger le pays. »

 

Saïf savait que son pays serait déchiré si le régime de son père était détruit par l’Occident.

 

Les brutalités du régime de son père ont, depuis, été égalées par celles de certaines des milices qui l’ont renversé, comme on le voit avec le passage à tabac de son frère Saadi dans une prison de Tripoli, filmé dans tous ses macabres détails par ses geôliers.

 

La plupart des tribus qui soutenaient autrefois Kadhafi se battent maintenant contre les islamistes et leurs alliés opportunistes de Misrata d’Aube de la Libye, et elles verront en SaÏf une personnalité qui peut unifier leurs revendications et empêcher leur éviction de la vie politique libyenne.

 

Il semble que l’opposition à ce qu’il joue un rôle politique soit en train de diminuer, parce qu’il n’a jamais fait partie du « muscle » du régime de Kadhafi ; il passait beaucoup de temps à Londres et fréquentait le cercle doré des riches magnats, des universitaires et de l’élite politique de Tony Blair.

 

En d’autres termes, de nouvelles perspectives s’ouvrent à cet homme qui a été châtié par les rebelles pour avoir condamné leur rébellion à la télévision verte de Kadhafi pendant le soulèvement, mais qui n’a jamais tiré une seule balle. Sa libération pourrait lui permettre de mettre en œuvre le projet qu’il a toujours prétendu porter : réformer son pays et unir les principales tribus qui se sentent marginalisées par ceux qui détiennent le pouvoir en Libye.

 

Les choses se mettent en place pour qu’il puisse faire éventuellement partie d’une sorte de grand conseil. Comme le Gouvernement d’entente nationale (GNA) est incapable de convaincre aucun des deux autres gouvernements de Libye de se joindre à lui, certains pensent qu’il faudrait faire appel à une médiation plus large, l’Arabie Saoudite et surtout Oman s’offrant comme médiateurs. Cela sera discuté à Bruxelles le 18 juillet avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry.

 

Dans ce pays, livré au chaos et à la destruction, dont les gouvernements se battent entre eux et où l’Etat islamique progresse, Saïf Kadhafi pourrait devenir une partie de la solution plutôt que du problème.

 

Depuis la nouvelle de sa libération, il y a 24 heures, des Libyens de différentes villes du pays brandissent des photos de Saïf en criant son nom. A ma connaissance, c’est la première fois qu’il y a des manifestations pro-Kadhafi aussi ostensibles dans tant d’endroits du pays à la fois depuis 2011.

 

Il est temps que Saïf joue un rôle, avec d’autres libertaires, dans et au dehors de la Libye pour promouvoir l’ancienne constitution et surtout pour bannir les membres du Groupe islamique combattant en Libye (GIGL, Al-Jama’a al-Islamiyyah al-Muqatilah bi-Libya), une ancienne filiale d’al-Qaïda.

 

Selon la rumeur, Saïf donnera bientôt une conférence de presse. Cela sera vraiment très intéressant si c’est le cas.

 

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2016/07/libya-part-iii-the-return-of-the-...
URL de cet article 30612 

Libye: les critiques d’Obama contre Cameron et Sarkozy

 

11 Mars 2016

Globalement ils ne valent pas tripette ni les uns, ni les autres… Mais j’aimerais bien que les belles âmes qui m’accusaient à cette époque de soutenir les tyrans quand je dénonçais l’expédition libyenne et Sarkozy fasse une fois dans leur vie leur auto-critique, à commencer par Jacques Fath alors responsable de la politique extérieure du PCF et la direction de l’Humanité. A force d’accumuler les positions erronées en feignant de les oublier quand le pot aux roses est découvert, la gôche faussement humanitaire soutient une bande d’aigrefins et les dirigeants communistes qui n’osent plus avoir une vision internationale indépendante du PS et du système médiatique dominant se déconsidèrent durablement. Il s’agirait de se reprendre et d’avoir le courage d’aller a contrario quand il s’agit de paix et de guerre. En effet, c’est un miracle qu’il n’y ait pas encore eu de guerre nucléaire qui laisserait l’humanité en état de survie et on doit avoir un minimum de courage quand on prétend à des propos aussi creux et ronflants que le pseudo humanisme affiché par les directions communistes pour mieux oublier qu’il existe une lutte des classes et le capitalisme porte en son sein guerre et fascisme.  
(note de Danielle Bleitrach)
WASHINGTON (AFP) 11.03.2016 – 05:23
Le président américain Barack Obama le 7 mars 2016 à Washington – AFP/Archives

David Cameron a été « distrait » pas d’autres choses, Nicolas Sarkozy voulait se mettre en avant: le président américain Barack Obama décoche dans une interview quelques critiques aux dirigeants ou ex-dirigeants européens sur l’intervention militaire en Libye de 2011.

 

Dans un entretien publié jeudi par le magazine The Atlantic, M. Obama revient sur les conditions dans lesquelles une coalition conduite par la France et la Grande-Bretagne -relayée par la suite par l’Otan- a mené en 2011 des raids aériens en Libye qui ont conduit à la chute du régime de Mouammar Kadhafi.

 

Depuis, l’Etat libyen s’est effondré, les milices rivales se disputent le pouvoir, et l’organisation Etat islamique (EI) a profité de la situation pour monter en puissance.

AFP/Archives

© AFP/Archives

L’ex-président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron lors d’un sommet sur l’ère post-Kadhafi le 1er septembre 2011 à Paris

« La Libye est plongée dans le chaos », constate le président américain.

 

« Lorsque je me demande pourquoi cela a mal tourné, je réalise que j’étais convaincu que les Européens -étant donné la proximité de la Libye- seraient plus impliqués dans le suivi », affirme M. Obama.

 

Le Premier ministre britannique David Cameron a ensuite été « distrait par d’autres choses », explique-t-il.

 

Le président français Nicolas Sarkozy « voulait claironner ses succès dans la campagne aérienne alors que nous avions détruit toutes les défenses anti-aériennes », dit-il encore.

 

Bernard-Henri Lévy, selon le CFR, l’Occident a aggravé la guerre en Libye puis en Syrie, par Maxime Chaix

 

29 Février 2016
 
L’affaire de la Libye n’appartient pas seulement au passé, il y a la menace du présent qui pèse sur tout le Maghreb et l’Algérie en particulier. Imaginons un instant l’extension du cas syrien à ce dernier pays et les conséquences sur le nôtre. Quant à BHL, s’il affiche souvent son judaïsme et ses liens privilégiés avec Israël, ses liens réels sont avec la CIA. Son rôle en Ukraine où il a mis en selle des néo-nazis antisémites après celui joué en Afghanistan, et à l’origine les boat people, témoigne assez de qui il reçoit les consignes pour draper dans l’humanitaire du grand « philosophe » les causes les plus contestables. Un article bien documenté.
(note de Danielle Bleitrach)
 

by Les-crises.fr DT

Source : Maxime Chaix, 07-02-201629

Pour des raisons promotionnelles, Bernard-Henri Lévy est à nouveau omniprésent sur la scène médiatique. Cet homme de réseaux et d’influence, qu’un académicien avait décrit comme le « vrai maître de la diplomatie » française, continue de justifier l’intervention de l’OTAN contre le régime libyen avec des arguments irréalistes. En effet, il estime que cette campagne a « évité à la Libye un destin syrien », en ce qu’elle aurait empêché Kadhafi d’« aller au bout de (…) projets meurtriers » pourtant loin d’être avérés. Nous allons montrer que ce raisonnement est invalide en résumant l’intervention clandestine et massive de l’Occident dans la guerre en Syrie, et en analysant une étude sur le conflit libyen parue dans Foreign Affairs, la revue du Council on Foreign Relations(CFR). En 2006, « devant les invités [de ce] prestigieux think tank new-yorkais, Lévy (…) confirm[a] qu’il partage “la vision morale et l’hostilité des néoconservateurs pour les Saddam, mollah Omar et Milosevic”. » Rapportant cet aveu, L’Express n’établit pas de lien entre cette posture « antitotalitaire » et les intérêts stratégiques des États-Unis et de leurs alliés en Irak, en Afghanistan et en ex-Yougoslavie.

 

Cinq ans plus tard, cette même « vision morale » justifiera la campagne de l’OTAN contre la Libye, occultant les véritables buts de guerre de l’Élysée et de ses partenaires, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Qatar. Rendu public à la suite de l’Emailgate, un mémo confidentiel adressé à Hillary Clinton lorsqu’elle était secrétaire d’État explicita « cinq facteurs motivant l’engagement de Nicolas Sarkozy à mener cette guerre en Libye : un désir d’obtenir une plus grande partie du pétrole libyen ; accroître l’influence française en Afrique du Nord ; améliorer sa situation politique intérieure en France ; offrir à l’armée française une chance de rétablir sa position dans le monde ; répondre à l’inquiétude de ses conseillers concernant les plans à long terme de Kadhafi de supplanter la France comme puissance dominante en Afrique de l’Ouest ». Et comme l’a rapporté Régis Soubrouillard, BHL aurait « clairement fait savoir aux responsables du CNT qu’ils “avaient une dette envers la France au vu de son soutien précoce et que Sarkozy avait besoin de quelque chose de tangible à présenter aux leaders politiques et économiques français”. » Ces révélations confirment que l’humanisme fut le principal facteur de l’intervention occidentale en Libye…

 

Dans une tribune publiée le 16 mars 2011, Bernard-Henri Lévy et d’autres figures du Meilleur des Mondes avancèrent que Kadhafi « mitraille les populations civiles, “purge” les villes des opposants et fait régner la terreur. » Or, ces accusations ne résistent pas à l’épreuve des faits. Comme l’avait déclaré Rony Brauman, qui était initialement favorable à une intervention de l’OTAN,

 

« [l]’aventure libyenne est elle-même partie d’une manipulation médiatique caractérisée. Ce qui a décidé Sarkozy et Obama a été le mitraillage aérien des manifestants de Tripoli le 21 février, une fausse information diffusée par Al-Jazira sur la base d’un simple témoignage téléphonique. Or il n’y a pas eu de manifestations à Tripoli et encore moins d’avion mitraillant la foule. Aucun des médias dominants n’a daigné faire la moindre vérification. La première page du récit de Bernard-Henri Lévy La Guerre sans l’aimer débute là-dessus : alors au Caire pour soutenir le Printemps arabe, il est sur le point de rentrer en France quand il voit sur les écrans de l’aéroport les avions attaquer en piqué la foule. Il prend soin de préciser que l’importance d’un événement c’est son commencement. À raison : ce commencement-là n’a pas eu lieu, c’était un énorme montage propagandiste, et qui donnait le ton de la suite. »

 

À cette époque, la nécessité d’une action militaire était presque unanimement défendue par des médias qui, malgré les dérives du journalisme de meute et de la propagande de guerredéplorentqu’un nombre grandissant de citoyens ne leur fait plus confiance.

 

En Libye, la campagne de l’OTAN a prolongé la guerre et alourdi le bilan humain

 

Depuis le renversement de Mouammar Kadhafi, la situation sécuritaire en Libye est de plus en plus préoccupante. De ce fait, un nouvel engagement occidental dans ce pays semble inévitable, bien qu’il comporte de sérieux risques. Selon l’ancien diplomate Patrick Haimzadeh, en « [r]eléguant aux oubliettes la question cruciale de la reconstruction d’un État légitime et inclusif, une telle opération aurait toutes les chances de poser davantage de problèmes qu’elle n’est censée en résoudre ». Cet expert de la Libye considère notamment qu’une nouvelle action militaire occidentale pourrait renforcer Daech. Malgré cette impasse stratégique, Bernard-Henri-Lévy ne regrette rien et continue de qualifier cette intervention de « juste ». En son temps, Socrate avait déclaré que « [l]e mal vient de ce que l’homme se trompe au sujet du bien. » Comme d’autres « orateurs », BHL estime que cette intervention a empêché Kadhafi de tuer massivement son peuple. Or, une analyse du contexte réel précédant cette campagne de l’OTAN nous amène à la conclusion inverse : cette opération a prolongé ce conflit et elle en a dramatiquement alourdi le bilan humain, alors que les troupes libyennes reprenaient le contrôle du pays en essayant d’épargner les civils.

 

Dans Foreign Affairs, la revue du prestigieux CFR, l’universitaire Alan Kuperman a démontré que l’ampleur de la répression de Mouammar Kadhafi avait été grandement exagérée par les médias et les défenseurs d’une action militaire de l’OTAN. D’après cet expert,

 

« [b]ien que la Maison Blanche ait justifié sa mission en Libye par des motifs humanitaires, cette intervention a en fait nettement aggravé le bilan humain dans ce pays.Tout d’abord, il s’est avéré que la répression de Kadhafi a été bien moins meurtrière que ne l’indiquaient alors les médias. Dans l’Est libyen, où l’insurrection a démarré sous la forme de manifestations pacifiques ou violentes, Human Rights Watch a recensé seulement 233 morts durant les premiers jours des combats, et non 10 000 comme l’avait avancé la chaîne saoudienne Al Arabiya. En vérité, comme je l’avais documenté en 2013 dans dans [la revue universitaire] International Security, entre le début de la rébellion à la mi-février 2011 et l’intervention de l’OTAN à la mi-mars, seulement un millier de Libyens avaient été tués, dont des soldats et des rebelles. Dans cette période, un article d’Al Jazeera largement cité par les médias occidentaux avança que l’armée de l’air de Kadhafi avait mitraillé et bombardé des civils à Benghazi et à Tripoli. Or, selon le professeur Hugh Roberts, de la Tufts University, “cette histoire était fausse”, comme il l’a démontré dans une longue enquête publiée par la London Review of Books. Au contraire, en s’efforçant de minimiser les pertes civiles, les troupes de Kadhafi s’étaient abstenues d’avoir recours à la violence indiscriminée. »

 

En citant des sources crédibles, ce spécialiste expose d’autres manipulations médiatiques ayant motivé l’intervention de l’OTAN. À l’initiative de la tribune du 16 mars 2011, que Bernard-Henri Lévy a cosignée, l’écrivain Dominique Simonnet déclara en août 2014 que « Kadhafi était en train de massacrer son peuple dans une abomination sans nom. Je pense qu’il était impossible de ne pas dire : “Faisons quelque chose, nous qui avons les moyens d’intervenir”. » Que Monsieur Simonnet en ait conscience ou pas, cet argument censé réaffirmer le bienfondé de la campagne de l’OTAN en Libye est indiscutablement faux, comme l’a démontré M. Kuperman dans Foreign Affairs :

 

« [A]u moment de l’intervention, la violence en Libye était sur le point de cesser. Les troupes bien équipées de Kadhafi avaient mis en déroute les rebelles désorganisés, qui rentraient chez eux. À la mi-mars 2011, les forces gouvernementales s’apprêtaient à reprendre le dernier bastion rebelle de Benghazi, afin de mettre un terme à ce conflit qui n’avait engendré que 1 000 décès en un mois. Or, à ce moment précis, des expatriés libyens basés en Suisse, qui étaient liés aux rebelles, ont lancé des mises en garde sur l’imminence d’un “bain de sang” à Benghazi – [des propos alarmistes] dûment repris par les médias occidentaux, mais qui se sont avérés être de la pure propagande. En vérité, le 17 mars [2011], Kadhafi s’engagea à protéger les civils à Benghazi, comme il l’avait fait avant de reprendre les autres villes libyennes, ajoutant que ses forces “laissaient la possibilité” aux rebelles de se réfugier en Égypte. En résumé, les insurgés allaient perdre la guerre, donc leurs agents d’influence à l’étranger agitèrent le spectre du génocide pour susciter une intervention de l’OTAN – ce qui fonctionna à merveille. Il n’existe aucune preuve que Kadhafi avait planifié ou envisagé une campagne de tueries contre la population. Certes, le gouvernement avait tenté d’intimider les rebelles en promettant de les traquer sans relâche. Mais Kadhafi n’a jamais mis ces menaces à exécution en visant les civils. »

 

Dans son étude, Alan Kuperman analysa de nombreux chiffres relatifs aux décès survenus depuis le lancement de l’opération occidentale en Libye. Il en a déduit qu’avant cette campagne de l’OTAN, la guerre civile était sur le point de se conclure, après avoir engendré « seulement » 1 000 décès. Selon lui, « depuis cette intervention, la Libye a souffert d’au moins 10 000 morts supplémentaires. En d’autres termes, il semblerait que l’opération de l’OTAN ait multiplié par dix le nombre de morts violentes » dans ce pays. Bien entendu, en l’absence d’étude épidémiologique crédible, le bilan humain de cette guerre reste impossible à déterminer. Dans tous les cas, il est clair que des manipulations médiatiques de grande ampleur ont altéré notre perception du « Printemps arabe » libyen, justifiant une campagne militaire aux conséquences désastreuses. À cette époque, toujours selon M. Kuperman,

 

« [l]’intervention en Libye pourrait aussi avoir encouragé la violence en Syrie. En mars 2011, le soulèvement [dans ce pays] était encore largement non-violent et la réponse du gouvernement d’Assad, bien que criminellement disproportionnée, était relativement circonscrite, générant environ 100 morts par semaine. Après que l’OTAN eut donné l’avantage aux rebelles en Libye, les révolutionnaires syriens se sont tournés vers la violence à l’été 2011, s’attendant probablement à susciter une telle intervention. “C’est pareil que Benghazi”, déclarait alors un rebelle syrien au Washington Post, ajoutant : “Nous avons besoin d’une zone de non survol”. Il en résulta une escalade majeure du conflit en Syrie, ce qui générait au moins 1 500 morts par mois à partir de l’année 2013, un nombre 15 fois supérieur. »

 

Ainsi, il ressort de cette étude que, loin d’avoir « évité à la Libye un destin syrien », cette intervention de l’OTAN contre le régime de Mouammar Kadhafi a prolongé jusqu’à présent un conflit qui allait s’éteindre, tout en incitant les Syriens à militariser leur rébellion – parallèlement à l’infiltration d’« al-Qaïda en Irak » (AQI) durant l’été 2011 pour combattre le régime el-Assad. Mais le lien entre ces deux conflits est encore plus évident lorsque l’on s’intéresse aux politiques profondes occidentales durant la guerre en Libye. En août 2014, le Washington Post a publié un important article intitulé « Les terroristes qui nous combattent aujourd’hui ? Nous venons tout juste de les entraîner ». D’après cette analyse,

 

« [a]u cours de nombreux entretiens menés ces deux derniers mois [avec des membres de l’État Islamique et du Front al-Nosra], ils ont décrit comment l’effondrement sécuritaire durant le Printemps arabe les a aidés à recruter, à se regrouper et à utiliser en leur faveur la stratégie occidentale – c’est-à-dire le soutien et l’entraînement de milices afin de combattre des dictateurs. “Des Britanniques et des Américains nous avaient [également] entraînés durant le Printemps arabe en Libye”, d’après un homme surnommé Abou Saleh, qui a accepté d’être interrogé si son identité restait secrète. [Ce dernier], qui est originaire d’une ville proche de Benghazi, affirma qu’un groupe de Libyens et lui-même avaient bénéficié dans leur pays d’entraînements et de soutien de la part des forces [spéciales] et des services secrets français, britanniques et états-uniens – avant de rejoindre le Front al-Nosra ou l’État Islamique [en Syrie]. Interrogées pour cet article, des sources militaires arabes et occidentales ont confirmé les affirmations d’Abou Saleh, selon lesquelles des rebelles en Libye avaient bénéficié d’“entraînements” et d’“équipements” durant la guerre contre le régime de Kadhafi. »

 

Le grand reporter Seymour Hersh a mis en lumière d’autres liens entre ces deux conflits, décrivant un réseau d’approvisionnement en armes des rebelles anti-Assad organisé depuis Benghazi. Selon M. Hersh, durant l’été 2013, « le flux secret d’armes en provenance de Libye pour équiper l’opposition syrienne via la Turquie était en place depuis plus d’un an, ayant été lancé peu de temps après la mort de Kadhafi le 20 octobre 2011. L’opération était en grande partie organisée depuis une annexe secrète de la CIA à Benghazi, avec l’aval du Département d’État [et la participation présumée de] l’ambassadeur US en Libye Christopher Stevens [, qui] fut tué lors d’une manifestation anti-américaine à Benghazi ». Peut-on alors parler de « non intervention » occidentale contre le régime el-Assad, une « inaction » que BHL fustige pour minorer l’ampleur du désastre libyen ? Afin de répondre à cette question, étudions de plus près les opérations clandestines de la CIA et de ses partenaires.

 

En Syrie, la guerre secrète de l’Occident et de ses alliés proche-orientaux a aggravé le conflit

 

Malgré le chaos que subit le peuple libyen, Bernard-Henri Lévy estime que la campagne de l’OTAN était préférable à la « non intervention » en Syrie – un argument qu’il avait déjà formulé lors d’un exposé controversé à l’IHEDN. Or, ce raisonnement de BHL n’est pas conforme au réel, car cette « non intervention » militaire des pays occidentaux relève du mythe.

 

En effet, bien que les puissances de l’OTAN et leurs alliés n’ont pas lancé de guerre ouverte contre le régime el-Assad, j’ai documenté l’année dernière une véritable guerre secrète multinationale de la CIA. Comme l’a récemment dévoilé le New York Times, cette opération fut baptisée Timber Sycamore, et elle a été principalement financée par l’Arabie saoudite. En juin 2015, elle avait été décrite par le Washington Post comme « “l’une des plus grandes opérations clandestines” [de la CIA], dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. D’après ce journal, cette intervention secrète (…) s’inscrit dans un “plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie”, c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. »

 

Cette guerre secrète de grande ampleur a alimenté dès janvier 2012 l’essor du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda, dont l’« État Islamique » faisait partie intégrante jusqu’à la scission d’avril 2013. À différents degrés, cette campagne a mobilisé de nombreuses agences moyen-orientales et occidentales, y compris les services spéciaux français, comme me l’avait confirméle député et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud. Si l’on observe les dernières estimations de l’OSDH, sur un nombre total d’environ 260 000 victimes, la guerre en Syrie a tué environ 76 000 civils, donc approximativement 184 000 combattants. Reprenant les chiffres de cette organisation, Le Figaro soulignait en août dernier que « le bilan le plus lourd se trouve du côté des forces du régime avec 88 616 morts, soit un tiers des personnes décédées durant cette guerre ». Sans le soutien extérieur massif de l’Occident, de la Turquie et des pétromonarchies du Golfe, la rébellion n’aurait pu être aussi meurtrièrement efficace. En octobre 2015, l’universitaire Joshua Landis assura qu’« entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites en Syrie sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés ». Cette politique profonde a donc fortement aggravé ce conflit, en renforçant des réseaux extrémistes officiellement désignés comme nos ennemis.

 

Depuis le début de la guerre en 2011, l’OSDH a recensé plus de 40 000 jihadistes étrangers morts en Syrie. Récemment, un haut gradé de l’état-major français estimait que, sur environ 100 000 rebelles anti-Assad, « 80 000 (…) appartiennent soit à des groupes terroristes désignés comme tels par les Nations Unies, soit à des groupes salafistes extrémistes. » Or, il est de notoriété publiquequ’en Syrie, les différentes factions jihadistes ont été appuyées par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Moins exposée dans les médias, la complicité des services occidentaux dans cette politique clandestine est dorénavant indiscutable. En octobre dernier, une parlementaire états-unienne avait publiquement dénoncé le soutien d’al-Qaïda par la CIA afin de renverser Bachar el-Assad. Plus récemment, en se basant sur des témoignages de hauts responsables de la sécurité nationale, Seymour Hersh confirma que le Pentagone était hostile à cette politique de l’Agence, puisqu’elle renforçait des factions jihadistes susceptibles de s’emparer du pouvoir. Le Président Obama ayant intensifié cette guerre secrète à partir de septembre 2013, le raisonnement de Bernard-Henri Lévy sur la « non intervention » occidentale en Syrie est donc totalement biaisé.

 

Conclusion : avant toute intervention, seuls les experts doivent influencer l’État

 

Se référant à « l’art de la guerre » et au krach de 2008, l’économiste Jacques Sapir a récemment souligné qu’en matière de conflits armés comme de crises financières, les décideurs « doivent réagir dans un temps très court et (…), bien souvent, [ils] n’ont pas les moyens (ou les capacités) de peser complètement le pour et le contre de leurs actions. Ils prennent alors des décisions importantes sur la base de paris, de règles heuristiques, qui peuvent être validées ou invalidées par la suite des événements. C’est ce qui rapproche la décision financière de la décision militaire. » Néanmoins, lorsque la sécurité nationale n’est pas en péril, et que les risques d’un génocide ne sont pas clairement établis, une telle urgence décisionnelle n’est pas justifiée – n’en déplaise à ces « orateurs » dont les velléités interventionnistes sont traditionnellement conformes aux intérêts de Washington.

 

Néanmoins, dans le cadre d’une campagne de Libye qui semblait préméditée, l’urgence décisionnelle n’est pas la clé du problème. Afin d’éviter la répétition d’un tel désastre, qui a eu comme conséquence de déstabiliser l’ensemble de l’Afrique du Nord et du Sahel, il faudrait ôter au chef de l’État le pouvoir discrétionnaire de déclencher une intervention lorsque notre sécurité nationale n’est pas directement et immédiatement menacée. En effet, une véritable frénésie guerrière a investi les locataires de l’Élysée depuis l’ère Sarkozy, ce qui dégrade nos capacités militaires et nous engage dans des conflits inextricables. Et comme l’a pertinemment souligné Jean-Claude Guillebaud,

 

« [Gaston Bouthoul] écrivait en 1951 que, contrairement à l’idée répandue selon laquelle les démocraties ne font pas la guerre, les dirigeants des démocraties sont toujours tentés de faire la guerre, car celle-ci les “sanctifie” en faisant d’eux des personnages incritiquables. La guerre offre l’opportunité de croire que l’on est du côté du bien et cela de manière indiscutable. Le corollaire de cela est que les démocraties diabolisent leur ennemi au-delà de ce qui est nécessaire. Souvenons-nous de Saddam Hussein : il était notre allié contre l’Iran puis les choses ont changé et il est devenu un nouvel Hitler. Pour le chef de l’État, il est plus “facile” de faire la guerre que de combattre le chômage. La guerre offre des résultats immédiats et quantifiables. Elle est propice aux grandes envolées lyriques et patriotiques. C’est pourquoi elle les fascine, assez naïvement d’ailleurs. On l’a vu avec Nicolas Sarkozy en Libye, puis François Hollande au Mali. »

 

Alors que l’État ne parvient pas à redresser l’économie, cette frénésie guerrière devient presque irrationnelle, au vu de la multiplication des déclarations martiales de Manuel Valls et de François Hollande depuis le 13-Novembre. Accordant un pouvoir militaire exorbitant au chef de l’État, la Constitution doit être réformée utilement. En effet, la multiplication des opérations extérieures nous a précipités vers un état de guerre perpétuelle, induisant une forme d’état d’urgence permanent qui menace notre démocratie. Ainsi, en cas d’agression militaire étrangère ou d’insurrection armée, le Président doit garder la capacité de réagir immédiatement. Mais lorsque la France n’est pas directement menacée, comme en Libye (2011) ou en Syrie (2013), il est indispensable de modifier l’article 35 de la Constitution afin que le Parlement autorise a priori le chef de l’État à déclencher toute action militaire de grande ampleur.

 

Pour qu’une telle décision soit la plus rationnelle possible, nos parlementaires devraient en étudier l’opportunité grâce à un collège de spécialistes de l’IHDENqui est l’« établissement public administratif français d’expertise et de sensibilisation en matière de Défense, placé sous la tutelle directe du Premier ministre ». La polémique précédant la conférence de Bernard-Henri Lévy au sein de cette institution est symptomatique de l’influence démesurée de cet homme dans les arcanes décisionnels français, ce qu’avait souligné Jean-Christophe Rufin en le qualifiant de « ministre des Affaires étrangères officieux ». Cet état de fait n’est plus tolérable, et l’exemple libyen nous démontre qu’il est même dangereux. Afin de réintroduire de la rationalité dans la politique étrangère de l’Exécutif, l’IHEDN doit être considéré comme le seul organisme légitime pour conseiller les autorités sur les questions stratégiques et militaires. Les « orateurs » trop influents, qui prônent un interventionnisme à géométrie variable, doivent être mis à l’écart du débat public. En effet, ils ont défendu des actions militaires désastreuses en se trompant lourdement dans leurs diagnostics et leurs prévisions, comme certains d’entre eux l’ont admis concernant l’Irak, mais comme ils refusent de le concéder au sujet de la Libye. Et puisqu’il ne dispose d’aucune légitimité légale, Bernard-Henri Lévy doit être écarté des processus décisionnels aboutissant à la guerre, un acte trop grave pour être justifié par l’émotion populaire – à plus forte raison lorsqu’elle est exacerbée par de faux prétextes humanitaires.

 

Maxime Chaix

Source : Maxime Chaix, 07-02-2016

Cinq ans après la chute de Kadhafi, la Libye terre de conquête de l’EI

 

16 Février 2016
 
C’était prévisible, et ceux qui hurlaient au méchant tyran (à commencer par jacques Fath, alors responsable aux questions internationales, l’Humanité et avec eux toute la gauche, en effet, il n’y a eu aucune opposition à cette intervention criminelle) quand nous dénoncions l’opération menée par sarkozy . Les mêmes n’en tirent aucune conséquence, alors qu’il faudrait en profiter pour revoir tout le positionnement français international…
(note de Danielle Bleitrach)

Mehdi Benyezzar

Publié le 15-02-2016 à 16h14

 

Profitant du vide politique et sécuritaire depuis la chute de Mouammar Kadhafi, l’Etat islamique s’est installé en Libye et a pris le contrôle total de quelques bouts de territoires.

La Libye, cinq ans après la chute de Mouammar Kadhafi. (Mehdi Benyezzar - L'Obs)La Libye, cinq ans après la chute de Mouammar Kadhafi. (Mehdi Benyezzar – L’Obs)
 

Cinq ans après le début de la révolution libyenne, le 17 février 2011, et de l’intervention occidentale qui a conduit à la mort de Mouammar Kadhafi, la Libye a sombré chaque jour un peu plus dans le chaos. Dimanche 14 février, un petit vent d’espoir a soufflé : un gouvernement d’union nationale, souhaitée par la communauté internationale, a enfin été formé, bien que que déjà critiqué. Une maigre avancée face à l’ampleur des dégâts :

 

  • Deux autorités se disputaient, jusqu’alors, le pouvoir depuis la prise de Tripoli par des milices en partie islamistes à l’été 2014 : un gouvernement reconnu par la communauté internationale, installé dans l’est, à Tobrouk, près de la frontière égyptienne. Modéré, il compte le soutien des milices de Zintan, un bastion de la révolution, et celui du général Khalifa Haftar. Il a également l’appui de l’Egypte et des Emirats arabes unies.

  • L’autre gouvernement est basé à Tripoli, et est dominé par les islamistes proche des Frères musulmans. Il est soutenu par les milices de Misrata, autre ville martyre de la révolution. Il peut compter sur l’appui de la Turquie et du Qatar. L’accord conclu restait encore incertain lundi, tant le nouveau gouvernement annoncé et la manière dont il a été organisé ne fait pas tout à fait l’unanimité.

  • Profitant du chaos politique et sécuritaire, l’Etat islamique (EI) a conforté ses positions dans le pays, notamment à Syrte et ses alentours, ville natale du Mouammar Kadhafi, totalement contrôlée par l’EI depuis près d’un an. Pour les djihadistes, la Libye est le terrain idéal pour développer leur terrible dessein de califat : l’Etat est désintégré, le pays abrite les plus grandes réserves de pétrole du continent et la contrebande y est facile. Et l’anarchie politique qui y règne n’arrange pas les choses. Selon des responsables de l’administration américaine, l’EI compterait 5.000 combattants dans le pays.

Libye : Faut il intervenir ou non ? par Pierre Robes

 

04 Février 2016
Et tandis que les corps d’enfants échouent sur les plages, les mêmes continuent la même stratégie de destruction, déstabilisation, les voici à nouveau en train derrière les Etats-Unis d’envisager une nouvelle mise à feu en Méditerranée, après être en train de faire échouer une solution négociée en Syrie, ils parlent d’intervenir en Libye où notre ancien président était allé défendre nos intérêts et ceux de ses amis et bailleurs de fonds du Qatar, en nous inventant une guerre humanitaire contre un « dictateur ». Est-ce que le Maghreb est visé? Une des tâches urgentes de notre prochain congrès serait sans doute de contribuer à un grand mouvement de paix.  
(note de Danielle Bleitrach)

mercredi 3 février 2016
par  Pierre Robes

Après l’Irak et la Syrie, la communauté internationale doit-elle intervenir en Libye ? Les États-Unis et d’autres pays, réunis mardi à Rome, envisagent sérieusement cette hypothèse. Dans quelles conditions ? Eclairages en six questions.

Quel débat sur l’intervention en Libye ?

 

Selon Mattia Toaldo, chercheur au European Council on Foreign Relations, une intervention militaire étrangère est « de plus en plus probable ». Car la communauté internationale s’inquiète fortement de « l’échec du processus politique et de l’escalade simultanée des activités du groupe État islamique en Libye ».

 

La communauté internationale veut en effet intervenir avant qu’il ne soit trop tard, c’est à dire « avant que le pays ne devienne un sanctuaire » pour les jihadistes, « avant qu’ils ne deviennent extrêmement difficile à déloger », a récemment averti un responsable américain de la Défense, cité par la presse américaine. « Il faut prendre des mesures militaires décisives pour contrôler l’expansion de [Daesh], de telle manière que cela appuie un processus politique à long terme » en Libye, a précisé lors d’une visite à Paris, le 22 janvier, le général Joseph Dunford, chef d’état-major interarmes américain.

 

La France se veut cependant beaucoup plus prudente sur le sujet. « Il n’est absolument pas question que nous intervenions militairement en Libye », a affirmé Laurent Fabius, mardi 3 février, en marge d’une réunion de la coalition internationale à Rome contre l’EI.

 

Quelles sont les forces de Daesh ?

 

Depuis la conquête de la ville de Syrte, à 450 km à l’est de Tripoli, le groupe terroriste État islamique (Daesh, selon son acronyme arabe) n’a cessé de renforcer son implantation en Libye. Il aurait aujourd’hui entre 3 000 et 5 000 combattants et tenterait d’y attirer des centaines de recrues étrangères.

 

« Ils sont là, sur près de 300 kilomètres linéaires de côtes, et ils se répandent. Et ils sont à 350 kilomètres de [l’île italienne de] Lampedusa. Lorsque le beau temps va arriver en Méditerranée, il y a des risques de passage de combattants », a mis en garde fin janvier Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense .

 

Les pays africains s’inquiètent parallèlement de l’avancée de l’EI dans le sud, une immense zone désertique. Ce qui est « en particulier dangereux pour le Niger et le Tchad », selon le chef de la mission de l’ONU Martin Kobler.

 

Pourquoi un accord interlibyen est-il indispensable ?

 

Pour la plupart des pays favorables à une intervention militaire internationale, un accord politique en Libye semble encore un préalable indispensable. Il permettrait notamment la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, qui ferait ensuite une demande d’aide internationale pour lutter contre le terrorisme.

 

En attendant, le gouvernement reconnu, installé à Al-Bayda, dans l’est du pays, sollicite déjà, en plus des raids aériens, « la levée rapide et sans retarder de l’embargo sur les armes », imposé par l’ONU depuis 2011.

 

Par ailleurs, les forces loyales à ces autorités, qui se présentent comme l’Armée nationale libyenne (ANL), affirment en effet être en mesure de renseigner les forces internationales sur les positions de Daesh, un facteur déterminant pour éviter des victimes parmi les civils.

 

Mais le soutien des autorités non reconnues internationalement, appuyées par Fajr Libya, une coalition de milices dont certaines sont islamistes, semble très incertain, surtout si l’accord politique parrainé par l’ONU échoue. Si la menace terroriste est jugée trop importante, la communauté internationale pourrait cependant décider à terme de se passer du soutien des autorités de Tripoli.

 

Mais comment intervenir ?

 

Pour l’instant, plusieurs options sont sur la table : elles vont de la possibilité d’une campagne de frappes aériennes en soutien aux forces libyennes comme en Irak ou en Syrie, à l’hypothèse du déploiement d’une force terrestre. « Mais cette dernière semble peu probable », avance Issandr El Amrani, directeur Afrique du Nord à l’International Crisis Group (ICG).

 

Pour M. Toaldo, une intervention « ressemblerait à celle en Syrie : des frappes, des drones et quelques forces spéciales sur le terrain ».

 

Signe de l’agitation des États-Unis sur ce dossier, Washington a envoyé ces derniers mois des experts pour évaluer la situation, et nouer le contact avec les forces locales. Il s’agit notamment de s’assurer du soutien des nombreuses milices qui se partagent le contrôle du territoire.

 

Où intervenir et avec quels pays ?

 

Selon les experts, les frappes étrangères se concentreraient d’abord sur la ville côtière de Syrte et ses alentours, la principale zone contrôlée par le groupe État islamique.

 

Elles viseraient aussi Derna, à 1 100 km à l’est de Tripoli, où les combattants de l’EI sont positionnés à la périphérie de la ville dont ils ont été chassés en juillet par des forces locales.

 

Si les États-Unis semblent décidés à participer à une éventuelle intervention, ils ne semblent pas forcément prêts à prendre la tête des opérations comme ils le font en Irak et en Syrie.

 

Les responsables américains lorgnent ainsi du côté de l’Italie, l’ancienne puissance coloniale, qui semble être prête, sous conditions, à diriger une opération internationale, avec probablement l’implication de la France et du Royaume-Uni et peut être de pays arabes.

 

Quelles sont les chances de réussite ?

 

Comme en Irak et en Syrie, le bien-fondé d’une intervention fait débat. « Nous ne croyons pas pour le moment à une solution militaire pour la crise libyenne. Cela compliquerait davantage la donne », a déclaré dimanche le commissaire Paix et sécurité de l’Union africaine (UA), Smaïl Chergui, en insistant sur la nécessité d’une solution politique.

 

Établissant un parallèle avec la Syrie, M. Toaldo ne pense pas qu’une intervention « puisse changer réellement la donne, sans la présence de solides partenaires au sol ».

 

Pour M. El Amrani, elle pourrait avoir « un impact positif » en « limitant l’expansion de l’EI, en épuisant ses ressources et en rendant plus difficiles ses tentatives d’incursion ou de destruction des installations pétrolières à l’est de Syrte ».

 

Mais l’expert de l’ICG prévient qu’une opération à grande échelle « serait susceptible de creuser les divisions politiques existantes ». « C’est pour cela qu’il est important d’obtenir le soutien des Libyens des différentes parties ».

Pourquoi Mouammar Kadhafi a été assassiné? Encore une fois la rapine des puissants

 

Mondialisation.ca, 15 janvier 2016

 

kadhafi mort

 « Nous devons être honnêtes et reconnaître qu’une grande partie de l’argent dans nos banques vient précisément de l’exploitation du continent africain. »

 

 Jacques Chirac ancien président de la République française

L’actualité ces jours-çi a remis sur le devant de la scène un dossier récurrent, celui des causes de la mort du leader libyen Mouammar Kadhafi. On aura tout dit sur les conditions abjectes de sa mort et comment l’impunité mondiale fait que les assassins sont dans la nature et les commanditaires pas inquiétés. C’est dire si la Cour pénale internationale est défaillante et au final n’est véritablement conçue que pour juger les faibles de ce monde.

 

Les causes de l’invasion de la Libye et du meurtre de Kadhafi

 

On sait que les médias main stream nous servent en boucle une version soft celle de l’humanisme des pays occidentaux vis-à-vis de la barbarie de Kadhafi envers son peuple. Qu’en est-il exactement? C’est un fait que Kadhafi n’était pas un enfant de coeur, il a dû éliminer ses opposants pour asseoir un pouvoir sans partage de 40 ans en pensant le léguer à ses enfants. Une sorte de Jamahiriya dynastique. Mais le peuple profond était-il malheureux? Mangeait-il à sa faim? La Libye avait le deuxième niveau de vie en Afrique. Une nouvelle monnaie unique africaine serait la véritable cause de l’intervention française en Libye. En effet, d’après les éléments trouvés dans les lettres de Hillary Clinton déclassifiées le 31 décembre, la vraie raison de l’intervention en Libye était l’or qui aurait pu empêcher les plans de Nicolas Sarkozy de répandre son influence dans la région.

 

La correspondance de l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a montré qu’en 2011, Mouammar Kadhafi possédait 143 tonnes d’or et 143 tonnes d’argent avec lesquels il souhaitait créer une nouvelle monnaie unique pour l’Afrique et fournir aux pays francophones africains « une alternative au Franc CFA ». « L’or avait été rassemblé avant la révolte actuelle et devait être utilisé pour la création d’une monnaie panafricaine basée sur le dinar libyen », lit-on dans le courriel de l’ex-secrétaire d’Etat américain, Le courriel confidentiel d’Hillary Clinton sur les vraies raisons de l’engagement français en Libye: au total, la valeur de ces réserves s’élevait à près de 7 milliards de dollars.(1) (2)

 

D’après le même document, le gouvernement de Nicolas Sarkozy craignait que cette nouvelle monnaie permette à l’Afrique du Nord d’acquérir une indépendance économique, qui n’aurait pas fait les affaires de la France et de toute l’Europe. L’intervention militaire en Libye a commencé en 2011 sous l’égide de l’Organisation des Nations unies et s’est déroulée entre le 19 mars et le 31 octobre 2011 pour mettre en oeuvre la résolution 1973 du Conseil de sécurité pour protéger les populations libyennes. (1)

 

Pour Nicolas Sarkozy: « Pas question de laisser les colonies françaises d’Afrique avoir leurs propres monnaies! » Apparemment, l’ancien président de la République française s’est à nouveau illustré dans des propos choquants. Lors d’une interview à BFMTV, Il aurait dit que le meilleur moyen de préserver la bonne sante de l’économie française, c’était de maintenir le FCFA comme la seule monnaie utilisable dans les colonies françaises en Afrique. (2)

 

Les menaces que constituent le pétrole et l’or libyens face aux intérêts français

 

On prêtait à Kadhafi outre son rôle de mécène et d’aide sans contrepartie aux pays africains au point d’avoir pu stabiliser dans une certaine mesure l’immigration sahélienne, le désir de doter les Etats « CFA3 d’une nouvelle monnaie. » C’est sans doute cela qui a dû signer son arrêt de mort.

 

Un e-mail envoyé à Hillary Clinton en avril 2011 avec pour objet « les clients de la France et l’or de Kadhafi » révèle des ambitions beaucoup moins nobles. L’e-mail identifie le président français Nicolas Sarkozy en tant que leader de l’attaque sur la Libye avec cinq objectifs précis en tête: obtenir le pétrole libyen, assurer l’influence française dans la région, accroître la réputation de Sarkozy au niveau national, affirmer la puissance militaire française, et éviter l’influence d’Kadhafi dans ce qui est considéré comme « l’Afrique francophone ». Le plus étonnant est la longue section relatant l’énorme menace que l’or et l’argent des réserves d’Kadhafi, estimées à « 143 tonnes d’or, et un montant similaire en argent » pourraient poser au « franc français » (CFA) en circulation comme monnaie africaine en Afrique francophone. Ce plan a été conçu pour fournir aux pays africains francophones une alternative au franc (CFA).

 

On sait qu’en Afrique, les zones francs constituent des espaces monétaires et économiques sur le territoire de plusieurs Etats de l’ancien Empire colonial français. Après l’accession à l’indépendance, la plupart de ces nouveaux Etats sont restés dans la sphère française. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy craignait que cette nouvelle monnaie permette à l’Afrique du Nord d’acquérir une indépendance économique, qui n’aurait pas fait les affaires de la France. Ces données seraient l’«un des facteurs qui a amené l’intervention en Libye et jusqu’à l’élimination inhumaine de Kadhafi pour qu’il ne parle pas au vu des secrets qu’il détenait, notamment la campagne pour la présidentielle française qu’il aurait sponsorisée.

 

Le discours prémonitoire de Kadhafi

 

On prête à Kadhafi des propos prémonitoires d’une rare lucidité:

 

« Chacun de nous peut être pendu par les Etats-Unis comme l’a été Saddam Hussein, ancien président d’Irak», a prévenu le défunt colonel Mouammar Kadhafi lors de son discours prémonitoire au sommet de la Ligue des États arabes en 2008. ´´Une puissance étrangère vient chez nous, occupe un pays arabe, pend son président et nous tous, simplement, le regardons de l’extérieur. Pourquoi n’a-t-on pas fait d’enquête sur l’exécution de Saddam Hussein? Comment peut-on pendre un prisonnier de guerre, un président d’un pays arabe qui fait partie de cette même Ligue des États arabes?´´, a-t-il fustigé ».

 

« Chacun de vous peut être le suivant´´, a prévenu M. Kadhafi. Il a rappelé que les Etats-Unis avaient lutté contre l’ancien guide de la Révolution de l’Iran Rouhollah Khomeini avec Saddam Hussein, qu’ils qualifiaient alors d’ami. M. Hussein était lié d’amitié avec l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney et l’ancien secrétaire de la Défense Donald Rumsfeld. ´´Finalement, ils l’ont trahi et ils l’ont pendu. Vous êtes amis de l’Amérique. D’accord, pas ´´vous´´ mais ´´nous´´ – mais un jour l’Amérique peut nous pendre, nous aussi´´.

 

Dans son discours M. Kadhafi s’adresse également aux Etats-Unis pour les interpeller sur le pourquoi de l’intervention précisément en Irak. ´´Où est la raison de l’occupation de l’Irak? Ben Laden est citoyen d’Irak? Non. Ceux qui ont fait l’attentat à New-York étaient-ils irakiens? Non. Ceux qui ont attaqué le Pentagone étaient-ils irakiens? Non. Est-ce que l’Irak possédait des armes de destruction massive? Non. Même s’il y en avait…L’Inde, le Pakistan, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis ont des bombes nucléaires. Faut-il détruire tous ces Etats?´´, s’est-il exclamé ».

 

Ces propos étaient prémonitoires pour Mouammar Kadhafi lui-même, car il trouva la mort 3 ans après ce discours. En Libye c’est actuellement le chaos. Avec plus de 55 morts cette semaine dans deux attentats, début janvier 2016 la Libye s’enfonce de plus en plus dans les affres d’un État failli. Ingouvernable avec ses deux gouvernements qui s’opposent, le vide politique profite aux partisans de l’État Islamique (EI) qui cherchent à s’implanter durablement aux portes de l’Europe. Le nombre de morts libyens se compte désormais par dizaines de milliers, sans compter les centaines de milliers de réfugiés et de blessés.»

 

14 pays africains contraints par la France à payer l’impôt colonial

 

On sait qu’après les indépendances, la France a imposé à ses anciennes colonies d’Afrique le monopole sur les finances de ces pays à travers la monnaie créée, le CFA :

 

« Pour les pays nouvellement indépendants il fallut trouver des compromis avec la France. Sylvanus Olympio, le premier président de la République du Togo, trouva une solution susceptible de calmer les Français: ne voulant pas continuer à subir une domination française, il refusa de signer le pacte de colonisation proposé par De Gaulle, mais accepta en contrepartie de payer une dette annuelle à la France pour les soi-disant avantages obtenus lors de la colonisation française. Dès lors, la situation financière du Togo tout juste indépendant fut très instable, et afin de se sortir de cette situation, Olympio décida de sortir du système monétaire mis en place par la France coloniale le FCFA (franc des colonies françaises d’Afrique), et créa la monnaie du pays. Le 13 Janvier 1963, trois jours après, qu’il ai commencé à imprimer les nouveaux billets, une escouade de soldats (soutenus par la France) s’empara et tua le premier président élu de l’Afrique indépendante: Olympio fut exécuté par un ex-légionnaire français, le sergent de l’armée Etienne Gnassingbé qui, au passage, reçu à ce moment une prime de 612 dollars de l’ambassade française locale pour le succès de sa mission. (..) Le 19 Novembre 1968, comme, Olympio, Keita sera victime d’ un coup d’Etat mené par un…» (5)

 

En fait, au cours des 50 dernières années, un total de 67 coups d’Etat qui se sont passés dans 26 pays en Afrique, 16 de ces pays sont des ex- colonies françaises, ce qui signifie que 61% des coups d’Etat en Afrique ont été initiés dans d’anciennes colonies françaises. (…) 14 pays africains sont obligés par la France, à travers le pacte colonial, de mettre 85% de leurs réserves à la Banque centrale de France sous le contrôle du ministère des Finances français. Jusqu’à maintenant, en 2014, le Togo et environ 13 autres pays africains doivent encore payer la dette coloniale en France. (… La France a tenu des réserves nationales de quatorze pays africains depuis 1961: selon les termes de l’accord qui a été mis en place par la Banque centrale du CFA, chaque Banque centrale de chaque pays africain est obligée de garder au moins 65% de ses réserves de changes dans un «compte d’opérations» tenu au Trésor français, ainsi qu’un autre 20% pour couvrir les passifs financiers. (..) »

 

«  En bref, plus de 80% des réserves de changes de ces pays africains sont déposées dans les «comptes d’opérations» contrôlés par le Trésor français. Les deux banques CFA sont africaines de nom, mais n’ont pas de politiques monétaires propres. Les pays eux-mêmes ne savent pas, ne sont pas informés, à hauteur de combien la réserve de change détenue par le Trésor français leur appartient en tant que groupe ou individuellement. La France leur permet d’accéder à seulement 15% de leur argent par an. S’ils ont besoin de plus, les pays africains doivent emprunter, à des taux commerciaux, sur les 65% de leur argent détenu au Trésor français.(5)

 

« La France, lit-on dans la même contribution, a la priorité en matière d’achats de toutes les ressources naturelles de la terre de ses ex- colonies. Priorité aux intérêts et aux entreprises françaises dans les marchés publics et constructions publiques A titre de comparaison historique, la France a fait payer à Haïti l’équivalent moderne de 21 milliards de dollars de 1804 à 1947 (près d’un siècle et demi) pour les pertes causées aux marchands d’esclaves français suite à l’ abolition de l’esclavage et à la libération des esclaves haïtiens. » (5).

 

La Russie casse le monopole de Wall Street sur la cotation du pétrole

 

Le problème de la monnaie est en fait consubstantiel de l’hégémonie des puissances occidentales. A côté du soft power britannique à travers le Commonwealth, de la brutalité de la méthode de la francafrique pour maintenir l’esprit de l’Empire, nous avons le dollar qui règle les pulsations du monde. Depuis Bretton Woods jusqu’en 1971 date à laquelle il est désindexé de l’or.

 

On voit que le problème de l’utilisation d’une  monnaie n’est pas neutre. Quand on est un pays faible comme l’Irak qui en a payé le prix, accusé d’armes de destructions massives factices, mais en fait coupable de disposer, aussi,  de réserves de pétroles importantes  (Plus de 100 milliards de barils) , et qui de plus a la prétention de sortir de l’orbite dollar , c’est assurément être suicidaire, c’est ce qui est justement arrivé à Saddam Hussein occis à l’aube de l’Aid el Adha comme un mouton.

 

Le problème se pose autrement pour les pays émergents, notamment ceux du Bric, qui  devant les convulsions économiques et financières du dollar ont décidé de s’en affranchir. C’est ainsi que la Chine a pu imposer sa monnaie même dans le panier des monnaies du FMI. La Russie a la même tentation: sortir du dollar:

 

« La Russie écrit F. William Engdahl a tout simplement pris d’importantes mesures qui, au moins pour une énorme partie du marché pétrolier mondial, briseront le monopole actuel de Wall Street sur la cotation du pétrole. (…) Cela fait partie de la démarche de dé-dollarisation discrètement lancée par la Russie, la Chine et un nombre croissant d’autres pays.  La cotation standard du pétrole est au coeur de la méthode utilisée par les grandes banques de Wall Street pour contrôler les prix mondiaux du pétrole. Depuis août 1971, le rôle du dollar première monnaie de réserve a essentiellement permis au régime US d’entretenir un déficit budgétaire apparemment infini, (..) En fait, cela a permis à Washington de créer sans grand souci une dette fédérale de 18.600 milliards de dollars. Aujourd’hui, la dette du régime US se monte à 111% de son PIB . La capacité de Washington à maintenir le dollar dans le rôle de première monnaie de réserve, une priorité stratégique pour Washington et Wall Street, est liée avant tout à la cotation des prix pétroliers mondiaux.» (6)

 

«(…) La Russie étant le plus grand producteur pétrolier mondial, la création d’un standard pétrolier russe indépendant du dollar est importante, pour ne pas en dire plus. (…)La démarche des Russes visant à coter en roubles, au St. Petersburg International Mercantile Exchange, le prix des grandes exportations de pétrole vers les marchés mondiaux, en particulier vers l’Europe occidentale, et de plus en plus vers la Chine Comme le russe, le standard chinois ne sera pas libellé en dollars, mais en yuans chinois. Il sera coté au Shanghai InternationalEnergy Exchange. Étape après étape, la Russie, la Chine et d’autres économies émergentes prennent des mesures pour réduire leur dépendance au dollar US, pour se «dé-dollariser». (…)Peut-être que cela ouvrirait la porte à des idées plus pacifiques, du genre dépenser l’argent du contribuable pour reconstruire l’infrastructure économique de base horriblement détériorée aux USA» (6)

 

La «dé-dollarisation» des transactions pétrolières entamée en son temps par Saddam Hussein, et envisagée par Mouammar Kadhafi leur a coûté la vie, ainsi que la destruction de leurs pays respectifs revenus à l’âge de pierre… De fait, les dirigeants occidentaux ont toujours eu la volonté de bien faire comprendre que la destinée de l’Afrique, comme à l’époque de la Conférence de Berlin et du partage de l’Afrique en 1885, se décidait encore de nos jours dans les capitales occidentales.

 

La prochaine guerre à laquelle participera l’Italie, celle contre la Libye, cinq ans après la première est sur les rails. La Libye va être de nouveau ré-envahie par des forces spéciales Sas -rapporte le Daily Mirror- qui sont déjà en Libye pour préparer l’arrivée d’environ 1000 soldats britanniques. L’opération -«dans un accord Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Italie»- impliquera 6000 soldats et marines états-uniens et européens avec l’objectif de «bloquer environ 5000 extrémistes islamistes, qui se sont emparés d’une douzaine des plus grands champs pétrolifères…) le but réel est l’occupation des zones côtières économiquement et stratégiquement les plus importantes. Guerre qui, comme en 2011, sera présentée comme «opération de maintien de la paix humanitaire». (7)

 

Rien de nouveau sous le soleil.  Il n’y a ni morale, ni droit de l’homme dans cette ère  du capitalisme néolibérale sans état d’âme. Périssent les faibles et les ratés. Ainsi va le monde.

 

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. Département d’État américain affaire F-2014-20439
Doc. No. C05779612 Date 31/12/2015. publication de la partie B6

 

2.. http://francais.rt.com/france/13476-hillary-clinton-intervention-france-libye [RTF bookmark start: forum121599][RTF bookmark end: forum121599]

 

3. http://levantreport.com/2016/01/04/new-hillary-emails-reveal-propaganda-executions-coveting-libyan-oil-and-gold/

 

4. http://fr.sputniknews.com/international/20150916/1018206938.html#ixzz3wlt4eTKe

 

5.Mawuna http://www.mondialisation.ca/le-saviez-vous-14-pays-africains-contrain

 

6. http://reseauinternational.net/la-russie-casse-le-monopole-de-wall-street-sur-la-cotation-du-petrole/

F. William Engdahl  journal-neo.org/2016/01/09/ russia-breaking-wall-st-oil-price-monopoly/

 

 7. Manlio Dinucci http://www.mondialisation.ca/libye-le-plan-de-la-conquete/5500899  

 

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/233349-encore-une-fois-la-rapine-des-puissants.html

Publié par Jean Lévy

Enfin la vérité sur le printemps arabe... [vidéo]

Enfin la vérité sur le printemps arabe... [vidéo]
 
 

EL DIABLO [le blog]

Enfin, la vérité sur le printemps arabe. Ce document vidéo de « Spécial Investigation », diffusé sur Canal Plus, est d’une importance capitale pour ceux qui n’ont pas encore compris les "révolutions" arabes. On se demande alors si la Tunisie n’était pas la victime collatérale d’un plan néocolonialiste beaucoup plus large.

Pour se faire sa propre opinion, T.S. ne s’est pas contentée de regarder cette vidéo, mais elle a été à la rencontre des principales personnalités que les journalistes de Canal Plus ont interviewé. 

Le chaos provoqué en Libye

jeudi 26 mars 2015 


Il y a quatre ans, le 17 mars 2011 était approuvée par l’ONU sur la requête des États-Unis et de ses alliés, la Résolution 1973 qui autorisait l’intervention de l’OTAN en Libye.

Derrière un éventail d’excuses, éternellement rebattue « l’intervention humanitaire » ouvrit la voie à une intervention militaire contre le gouvernement libyen de Kadhafi, et la postérieure élimination physique de ce dernier. Et surtout elle ouvrit la porte de part en part à l’actuel scénario que présente la Libye.

Le pays nord-africain est aujourd’hui l’image vivante d’un État failli, où les violations des droits de l’homme et les morts violentes ont atteint des chiffres jamais dévoilés. Les rebelles, qui appuyés par l’OTAN renversèrent Kadhafi, ont été accusés par différents organismes de défense des Droits Humains, d’être les auteurs de « morts par vengeance, tortures, détentions arbitraires », laissant entrevoir qu’elles sont si généralisées et systématiques « que nous pourrions être devant une situation proches des crimes contre l’humanité ».


Le chaos à Tripoli

Les risques physiques s’accompagnent pour la majeure partie de la population d’une destruction généralisée de la qualité de vie. L’économie a plongé dans une chute libre, la production de pétrole est sévèrement affectée, les aéroports et les installations portuaires sont en grande partie fermés, les coupures d’électricité sont une constante.

A la vue de tout cela, « grâce à l’intervention humanitaire », la Libye a cessé d’être l’état avec les niveaux de vie les plus élevés du continent africain.

Les États-Unis et leurs alliés justifient leur intervention en se basant sur une campagne médiatique appuyée sur des chiffres faux sur le nombre de morts dans les premiers jours de la rébellion de 2011. Au fil du temps, il a été démontré que la majeure partie des chiffres utilisés par Washington pour justifier son attaque ne correspondent pas à la réalité.

Comme l’a déclaré récemment un prestigieux universitaire nord-américain, « avant l’intervention de l’OTAN, le conflit civil en Libye était sur le point de s’achever avec un peu plus de 1000 morts. Depuis, plus de 10.000 personnes ont perdu la vie. En d’autres termes, l’intervention de l’OTAN a multiplié par dix le nombre de morts violentes dans le pays ».

La Libye est un pays dévasté, « l’entité politique et plus ou moins cohérente qu’elle représentait désormais n’existe plus ». L’Est du pays est sous le contrôle d’une alliance dénommée « Opération Dignité », à la tête de laquelle est le général Khalifa Hifter, ancien collaborateur de Kadhafi, bien qu’ensuite il prit le chemin de l’exil et revint au pays en 2011. A ses côtés, d’anciens militaires, membres des forces de sécurité du gouvernement précédent, d’importantes tribus de l’Est, des fédéralistes de la région, et les milices de Zintan et d’autres villes, constituant une alliance hétérodoxe, qui cherche à exclure les islamistes de la vie politique.


La Libye est un pays de 6 millions d’habitants vivant principalement dans les grandes agglomérations de la côte. La Cyrénaïque a gardé une forte tradition tribale contrairement à la Tripolitaine plus cosmopolite.

A l’Ouest, on trouve la coalition « Libye à l’Aube », qui comprend d’ex-jihadistes du Groupe Islamique Combattant Libyen, des milices de Misrata et Tripoli, des groupes de berbères, et quelques milices des zones montagneuses et de la côte de la région. Ces groupes ont tissé en outre un accord tactique avec quelques groupes de Benghazi, parmi lesquels se trouve Ansar al-Sharia.

Les deux alliances ont chacune leur propre parlement, gouvernement et forces armées. Elles sont en compétition pour parvenir à la reconnaissance sur la souveraineté et la légitimité de l’ensemble du pays. De plus, elles se battent pour le contrôle de la banque centrale libyenne et la production de pétrole.

Les Nations-Unies, les États-Unis et ses alliés, reconnaissent seulement le gouvernement des forces d’ « Opération Dignité », mais la partition est évidente, et l’absence d’une armée est plus qu’évidente, les deux parties se montrant incapables de maintenir leurs propres structures armées.

L’ombre de l’Iraq et de la Syrie planent aussi sur le scénario libyen. Dans ces trois pays l’intervention occidentale a entraîné la dévastation des trois États, et surtout le surgissement de réalités jihadistes transnationales, qui ont trouvé là le scénario idéal pour développer leurs agendas.

Actuellement nous trouvons en Libye un éventail de groupes armés qui se battent pour le contrôle de l’ensemble du pays. Des groupes islamiques locaux partagent l’espace avec des formations qui s’unissent sous la bannière idéologique d’Al Qaeda, et plus récemment d’autres formations ont proclamé leur adhésion à l’État Islamique.

S’il est certain que l’essor de ces factions islamiques, l’actuelle alliance entre elles, pour faire un front face aux partisans du général Hifter et de ses alliés, peut exploser à tout moment, comme cela s’est passé en Syrie et en Irak. La présence de groupes aux agendas et objectifs différents, avec des différences personnelles, peut faire exploser l’actuelle alliance d’intérêts.

L’intervention des États-Unis et de ses alliés a conduit également que dans d’autres lieux de la région nous assistons au surgissement de groupes jihadistes ou à la maturation de ceux-ci. Le conflit au Mali, les craintes pour la Tunisie (qui compte des dizaines de milliers de réfugiés libyens et des centaines de citoyens combattant avec l’État Islamique dans d’autres lieux), ou le théâtre algérien (la dure expérience du passé, ou la récente attaque contre l’usine de gaz d’Amenas) sont des symptômes qui ressemblent à ce qui s’est passé en Irak et en Syrie.

Les dénommés acteurs internationaux jouent aussi leurs propres cartes et intérêts. Les principaux promoteurs de l’intervention (les États-Unis et ses alliés occidentaux) paraissent préférer regarder ailleurs pour le moment. Cependant, les dénommés acteurs régionaux jouent leurs cartes.

D’un côté, le Qatar, la Turquie et le Soudan appuient la coalition islamiste, lui apportant de l’armement et surtout un appui logistique et politique. D’un autre côté, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes-Unis et l’Égypte ont pris le parti de la coalition « Opération Dignité ». Les monarchies du Golfe sont effrayées par un nouvel essor de l’islamisme appuyé par Doha et Ankara ; tandis que l’Égypte craint que la Libye ne se convertisse en défense d’organisations jihadistes qui aujourd’hui pourraient se joindre à celles qui opèrent dans le Sinaï ou qui frappent quotidiennement au Caire.

Et probablement, si la détérioration continue, elle pourra se répandre au travers du Sahel, au Mali, au Nigéria, au Soudan ou en Somalie. Le trafic d’armes et de personnes, uni à un lieu de refuge pour des groupes jihadistes transnationaux apportant plus d’arguments pour la préoccupation d’autres États de la région.

La Libye après quatre années d’intervention est un puzzle de groupes armés et politiques, avec différents groupes d’intérêts locaux et internationaux, et sans la présence de leaders religieux, tribaux ou militaires capables d’orienter la situation.

Le complexe réseau de liens religieux, tribaux, sociaux, régionaux et idéologiques fait que les aspects religieux du conflit ne sont pas aussi déterminants qu’en Irak et en Syrie. Néanmoins, à la vue de tous les facteurs mentionnés, le futur de la Libye se présente plus complexe que jamais.

Txente Rekondo

Source : site Rebelion, édition du 24/03/2015

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant

La Libye, ISIS et le luxe sans prix de la sagesse rétrospective

L’avenir que Kadhafi avait prédit (Counterpunch)

"Qui êtes-vous ?" a demandé un jour, vers la fin de son règne, feu Mouammar Kadhafi dans un discours célèbre où il remettait en cause (à juste titre) la légitimité de ceux qui, à l’époque, cherchaient à renverser son gouvernement, en les qualifiant d’extrémistes, d’agents étrangers, de rats et de toxicomanes. On s’est moqué de lui, on l’a caricaturé, ridiculisé et diabolisé ; une ignoble vidéo parodique tournant en dérision le leader libyen s’est propagée sur les réseaux sociaux ; l’auteur de la vidéo, un Israélien, trouvait sans doute le mot libyen d’arabe courant "Zenga" (qui signifie une ruelle) si drôle qu’il l’a extrait de l’un des discours de Kadhafi, l’a mis en boucle sur un air de hip-hop et voilà* ... il a fait un hit qui a été diffusé largement (et honteusement) avec un zèle "révolutionnaire" dans le monde arabe. Nous l’avons partagée, nous avons ri, il est mort.

 

Mais c’est nous qui faisons maintenant les frais de cette plaisanterie sanglante ; Kadhafi savait de quoi il parlait ; dès le début, il a accusé les soi-disant rebelles libyens d’être sous l’influence de l’idéologie d’Al-Qaïda et de Ben Laden ; personne ne l’a cru, évidemment, même pas un tout petit peu. Et pourquoi aurions-nous dû le croire ? Après tout, n’était-il pas un vil dictateur obsédé par le sexe et déterminé à massacrer la moitié de la population libyenne tout en soumettant l’autre moitié à des viols collectifs à l’aide de ses mercenaires subsahariens shootés au Viagra ? Au moins c’est ce que le cancer visuel qu’est la chaîne Al Jazeera nous serinait, tout comme sa collègue saoudienne, encore plus haineuse si possible, d’Al-Arabiya dans leur couverture d’une rare malhonnêteté de la brutale conquête de la Libye par l’OTAN. C’est vrai que Kadhafi s’habillait bizarrement ; pourquoi ferait-on faire confiance à un despote excentrique, fantasque, vêtu de bouts d’étoffe bigarrées, lorsqu’on a avec soi des sionistes bien propres sur eux comme Bernard-Henry Lévy, John McCain et Hillary Clinton qui sourient en faisant le signe de la victoire sur les photos, pourquoi vraiment ?

 

Kadhafi les appelait des drogués, des fondamentalistes islamiques ; nous, nous les appellons ISIS ... on ne trouve plus cela aussi drôle aujourd’hui, hein ? Et ISIS est ce qui nous pendait au nez depuis le début ; le lynchage "révolutionnaire" et la sodomisation de Mouammar Kadhafi aux cris frénétiques de "Allahu Akbar", salués par beaucoup, à l’époque, comme une sorte de triomphe perverti du bien incarné par la volonté populaire (lire : loi de la populace parrainée par l’OTAN) sur le mal incarné par la dictature (lire : État souverain), n’étaient rien d’autre que les premiers signes de ce qui attendaient le pays et la région ; à savoir, le lynchage de masse de populations entières en Libye, Syrie et Irak et l’éclatement d’états arabes clés en mini-états ennemis. La vidéo horrible de l’assassinat du colonel Kadhafi qui surpasse les vidéos d’ISIS en termes de brutalité désaxée et de grossièreté sanglante, n’a pas soulevé la moindre critique à l’époque, bien au contraire ; tout le monde semblait parfaitement satisfait que le "tyran" libyen ait connu une fin aussi grotesque ... sauf que ce n’était que le début d’un nouveau règne de terreur sans précédent que nous devons aux mercenaires de l’OTAN et aux rebelles islamiques soutenus par le Conseil de Coopération du Golfe (CCG).

 

La prolifération rapide de groupes terroristes à la gâchette facile et de factions djihadistes arrosés de pétrodollars en Libye n’a pas été due à une sorte d’échec des services secrets des gouvernements occidentaux ni à la simple conséquence du vide de pouvoir laissé par le meurtre de Kadhafi ; non, c’était un calcul politique délibéré, une stratégie volontairement mise en œuvre par l’OTAN et ses alliés dans le Golfe réunis sous le sinistre sobriquet des "Amis de la Libye" (Coalition Internationale contre ISIS) pour faire de ce pays d’Afrique du nord le plus grand et du plus incontrôlable dépotoir d’armes, de militants d’Al-Qaïda et du commerce illégal d’hydrocarbures du monde.

 

On peut donc dire, sans risquer de se tromper, que la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a permis à l’OTAN de bombarder la Libye jusqu’à la réduire en miettes, a finalement porté ses fruits ... et c’est un fruit complètement pourri, dont, en quelque sorte, le dernier assassinat horrible de 21 pêcheurs et travailleurs égyptiens par la branche libyenne de l’État Islamique est la pièce à conviction n° 1, sans parler bien sûr, de la myriade de meurtres quotidiens, des bombardements et de mini-guerres civiles qui sont maintenant le lot quotidien de l’ensemble du pays depuis que l’Occident a fomenté son coup d’Etat contre le gouvernement de Kadhafi. La "Libye" est devenue aujourd’hui synonyme d’anarchie et de mort. En la libérant, l’OTAN lui a fait l’inestimable cadeau d’un long avenir d’instabilité et de chaos.

 

Dans une interview avec les médias occidentaux de désinformation collective que sont la BBC, ABC et le Sunday Times, en février 2011, feu Mouammar Kadhafi a dit à ses arrogants interviewers ; "Avez-vous vu les agents d’Al-Qaïda ? Avez-vous entendu toutes ces émissions djihadistes ? C’est Al-Qaïda qui contrôle les villes de Al Baida et de Derna, des anciens détenus de Guantanamo et des extrémistes lâchés par l’Amérique pour terroriser le peuple libyen ... ". Derna est maintenant le principal bastion d’ISIS en Libye.

 

Par une étrange coïncidence (ou une sorte d’ironie cosmique), la date à laquelle ISIS a choisi de diffuser sa vidéo de la décapitation des captifs égyptiens, déclarant ainsi officiellement sa présence dans le pays déchiré par la guerre avec trois champs de pétrole sous son contrôle, a marqué (de manière tout à fait appropriée) le 4e anniversaire du commencement de la soi-disant révolution libyenne le 15 février 2011 ; aucun "hommage" n’aurait mieux convenu à la commémoration de la débâcle causée par le changement de régime opéré par l’Occident en Libye.

 

Mais bien avant qu’ISIS ne fasse le buzz, tout de suite après la chute de l’ancien régime, la nature atroce de la Libye "révolutionnaire" s’est révélée dans toute son effroyable splendeur, quand les soi-disant rebelles ont commis, avec une perfection qui donne la chair de poule, tous les crimes dont Kadhafi avait faussement été accusé : massacres, bombardements aveugles de zones résidentielles, voitures piégées, arrestations massives, torture, vol du pétrole et des ressources nationales ... toute la panoplie. En 2013, deux militantes britanniques propalestiniennes, en chemin vers la bande de Gaza avec un convoi d’aide humanitaire, ont fait l’expérience personnelle des fruits pourris du chapitre libyen du soi-disant printemps arabe, quand elles ont été enlevées par une bande de révolutionnaires libyens-devenus-seigneurs-de-guerre dans la ville de Benghazi et violées devant leur père.

 

Les partisans des interventions humanitaires doivent se donner des claques dans le dos de satisfaction maintenant que la Libye a achevé sa métamorphose démocratique d’un pays qui avait plus haut niveau de vie d’Afrique sous le régime de Kadhafi, au modèle typique d’état failli : une zone sans foi ni loi de fanatisme religieux, d’affrontements sanglants et de marché de gros de têtes coupées ; en fait la Libye est devenue si "démocratique" qu’elle dispose maintenant de deux parlements et de deux gouvernements (en guerre), chacun avec sa propre armée (de criminels) et soutenus par l’argent et les caches d’armes de puissances étrangères concurrentes, sans parler de la myriade de mouvements et de milices sécessionnistes auxquels le coup illégal contre Kadhafi a donné naissance dans tout le pays tandis que la gratuité des soins de santé, de l’éducation et de l’électricité, que les Libyens tenaient pour acquise sous le régime de Kadhafi, n’est plus maintenant qu’une relique du passé ; voilà l’opération "Odyssey Dawn"** qu’on avait promise aux Libyens ; une version aseptisée de l’Irak sans l’indignation publique, soigneusement reconditionnée en "responsabilité de protéger" et livrée au moyen de campagnes de bombardements aériens grâce auxquelles le très zélé Club des Co-conspirateurs du Golfe (CCG) de l’Occident conduits uniquement par leur mesquines vendettas personnelles contre Kadhafi, a pu tester l’efficacité meurtrière des avions de guerre rouillés made in USA et de ceux de l’OTAN, sur le peuple de Tripoli et de Syrte.

 

C’est ce que Kadhafi avait prédit dès le début et plus encore ; l’euphorie éphémère des révolutions tunisienne et égyptienne était tout simplement trop puissante et trop exaltante pour que nous nous embarrassions à lire les lettres en petits caractères ; était-ce un complot, ou un véritable esprit révolutionnaire qui avait mal tourné ? Ça n’a plus d’importance, maintenant qu’ISIS est devenu le véritable legs de la place Tahrir ; "Ils tourneront la Libye en un autre Afghanistan, une autre Somalie, un autre Irak ... vos femmes ne seront pas autorisées à sortir, ils vont transformer la Libye en un émirat islamique et l’Amérique bombardera le pays sous prétexte de lutter contre le terrorisme", avait dit le dirigeant libyen assassiné à la fin d’un discours télévisé le 22 février 2011, et on n’a jamais entendu paroles plus prophétiques.

 

Le prototype libyen de la "guerre propre" étasunienne s’est avéré être un tel succès qu’on l’a reproduit avec la plus totale inconscience en Syrie ; Les escadrons de la mort "Blackwater" de Paul Bremer du temps passé, qui répandaient la terreur partout en Irak, sont de retour ... avec une touche islamique : barbus, vêtus de noir, couverts d’explosifs de la tête aux pieds, circulant dans des convois de Toyota Land Cruiser et l’idée fixe d’établir un califat islamique sans frontières et en constante expansion (qui se garde bizarrement de déranger le régime sioniste dans son occupation de la Palestine).

 

Chaque jour, le monde arabe découvre au réveil une nouvelle atrocité enregistrée sur vidéo ; un festival de scènes sanglantes et terrifiantes offert par ISIS (ou IS ou ISIL), et d’innombrables autres "YouTube", avec par exemple les crimes encore plus odieux que nous offrent les Etats-Unis avec leur guerre unilatérale de drones exterminateurs ; toute la région tangue au rythme des décapitations à la machette et des incinérations par les missiles Hellfire. La mort est partout, elle tombe du ciel ... et monte du sol ; la guerre contre le terrorisme dresse sa tête hideuse une fois de plus ; pour faire rentrer dans le rang les méchants terroristes que l’Occident lui-même a financés et commandités au nom de la démocratie pour déstabiliser des régimes "peu recommandables" ; un implacable rituel cyclique*** qui commence par la responsabilité de protéger et se termine par la guerre contre le terrorisme, avec des milliers de vies innocentes, généralement qualifiées de dommages collatéraux, écrasées dans le processus.

 

C’est exactement ce que Kadhafi avait prévu ; une Libye engloutie dans le chaos total, la guerre civile et les diktats occidentaux ; un terrain fertile pour le fondamentalisme djihadiste et les extrémistes ... dommage que, au lieu d’écouter ses mises en garde, nous ayons préféré nous payer sa tête au son d’une parodie israélienne.

 

Ahmad Barqawi, 


chroniqueur indépendant et écrivain.

 

Note :

*En français dans le texte

**L’opération Odyssey Dawn est la contribution étasu ienne à l’intervention militaire de 2011 en Libye.

***Groundhog Day. Le jour de la marmotte est un événement célébré en Amérique du Nord le jour de la Chandeleur, soit le 2 février. Selon la tradition, ce jour-là, on doit observer l’entrée du terrier d’une marmotte. Si elle émerge et ne voit pas son ombre parce que le temps est nuageux, l’hiver finira bientôt. Par contre, si elle voit son ombre parce que le temps est lumineux et clair, elle sera effrayée et se réfugiera de nouveau dans son trou, et l’hiver continuera pendant six semaines supplémentaires (Wikipedia).

 

Cela signifie aussi une situation où les événements se répètent ou semblent se répéter indéfiniment.

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.counterpunch.org/2015/03/09/libya-isis-and-the-unaffordable...
URL de cet article 28183 

Publié par Michel El Diablo

LIBYE : Les conséquences de la guerre impérialiste

LIBYE: les conséquences de la guerre impérialiste

Lgroupe Etat islamique (EI) a exhibé la décapitation de vingt et un travailleurs chrétiens coptes enlevés dans la ville de Syrte en Libye. Cet acte barbare fait suite à d’autres tueries similaires qui vont de la décapitation au meurtre d'otages dans cette région du monde.

Washington, Paris et leurs alliés sont responsables des atrocités tant au Caire qu’en Lybie. Ces décapitations islamistes en Libye sont le résultat de la guerre menée par l'OTAN en 2011, dont l’objectif était de chasser le régime du colonel Kadhafi.

Avant l'intervention de l'OTAN, il n'y avait ni assassinat de chrétiens en Libye, ni milices islamistes liées à Al-Qaïda. En 2011, le gouvernement Obama et ses alliés européens menés par le président français Nicolas Sarkozy ont décidé de renverser Kadhafi. Les puissances impérialistes ont fait parvenir d'énormes quantités d'argent et d'armes aux milices islamistes et aux combattants d'Al-Qaïda et ont assuré leur soutien aérien sous la forme d’une campagne massive de bombardements qui a tué des dizaines de milliers de Libyens.

Le but poursuivi par les puissances impérialistes était de s'emparer à tout prix des richesses pétrolières du pays et de faire de son territoire une base d'opérations pour d'autres interventions à travers le Moyen-Orient et l'Afrique.

Les conséquences désastreuses sont aujourd'hui visibles. La Libye sombre dans une guerre civile toujours plus meurtrière entre diverses factions islamistes et milices rivales qui se disputent le pouvoir. Le pays sert de terrain d'entraînement à des forces islamistes soutenues par la CIA qui vont combattre le régime syrien du président Bashar Al-Assad ou sévir en Afrique. On assiste aux conséquences de la brutalité sans borne du système capitaliste et de leurs dirigeants, aux répercussions dramatiques en Libye, en Syrie, en Irak, en France.

La responsabilité du chaos libyen incombe à la fois à l'ancien président français Nicolas Sarkozy, instigateur de la guerre en Libye, au Président Obama dont le gouvernement a fourni l'essentiel des armes qui ont détruit les forces armées libyennes, aux puissances alliées de l'OTAN qui ont participé à cette agression meurtrière, au PS de Hollande en passant par le Front de gauche de Mélenchon … qui ont soutenu cette intervention.

Après la décapitation de ces 21 travailleurs coptes par le groupe Etat Islamique, il n’a fallu que quelques heures à l’Egypte dirigée par le général Abdel Fatah al-Sissi, avec l’appui des Etats-Unis, pour qu’il lance des frappes aériennes tuant soixante quatre personnes, dont sept civils. Abdel Fatah al-Sissi parvenu au pouvoir par un coup d’Etat soutenu par l’Occident, a tué en 2013 au moins 3.000 personnes. En 2014, ses tribunaux ont condamné à mort 1.397 détenus politiques, il a aussi promulgué une loi interdisant les manifestations et les grèves afin de réprimer tout acte de protestation contre son régime. Des groupes de défense des droits de l’Homme ont estimé à 40.000 les personnes arrêtées sous son régime… Cela n’a pas empêché le gouvernement français de lui vendre des avions rafales… Ah ! Les valeurs de la République !

Ce que vit le Moyen-Orient en dit long sur l'impérialisme. Dans un entretien à Vox le 11 février, Obama déclare : « On est bien obligé de tordre le bras des pays qui ne font pas ce que nous voulons ».

La recrudescence des guerres impérialistes fait grandir la menace de guerre mondiale. Nous devons nous opposer à l’engagement de la France dans ces guerres, Développer la lutte pour la Paix, Lutter sans répit contre le capitalisme.

SOURCE:  http://www.sitecommunistes.org/

Publié par Jean Lévy

Guerre en Libye – Les incendiaires crient au feu

Mondialisation.ca, 17 février 2015
 
La guerre qui se propage en Libye fauche de plus en plus de victimes non seulement sur terre mais aussi en mer : de nombreux désespérés, qui tentent la traversée de la Méditerranée, se noient.  « Du fond de la mer ils nous demandent où est notre humanité », écrit Pier Luigi Bersani
 
Il devrait avant tout se demander où est la sienne, d’humanité, et avec elle sa capacité éthique et politique, quand, le 18 mars 2011, à la veille de la guerre USA/Otan contre la Libye, en habit de secrétaire du Pd (Partito democratico), il s’exclamait « à la bonne heure», en soulignant que « l’Article 11 de la Constitution répudie la guerre, non l’usage de la force pour des raisons de justice ».
 
Enrico Letta, qui avec Bersani en appelle aujourd’hui au sens humanitaire, devrait se souvenir du 25 mars 2011 quand, en habit de vice-secrétaire du Pd, il déclarait « Va-t-en-guerre est celui qui est contre l’intervention internationale en Libye et sûrement pas nous qui sommes des bâtisseurs de paix ».
 
Une « gauche » qui dissimulait les véritables raisons - économiques, politiques et stratégiques- de la guerre, en soutenant par la bouche de Massimo d’Alema (déjà expert en « guerre humanitaire » en Yougoslavie) qu’ « en Libye il y avait déjà la guerre, menée par Kadhafi  contre le peuple insurgé, un massacre qui devait être stoppé » (22 mars 2011).  
 
Substantiellement sur la même ligne aussi  le secrétaire du Prc (Partito della rifondazione comunista) Paolo Ferrero qui, le 24 février 2011 alors que la guerre avait commencé, accusait Berlusconi d’avoir mis « des jours pour condamner les violences de Kadhafi » en affirmant qu’il fallait « démonter le plus vite possible le régime libyen ».
 
Le même jour, des jeunes « communistes » du Prc, avec des « démocrates » du Pd, prenaient d’assaut à Rome l’ambassade de Tripoli, brûlant le drapeau de la république libyenne et hissant celui du roi Idriss (celui qui flotte aujourd’hui à Syrte occupée par les djihadistes, comme l’a montré le TG 1 –téléjournal de la première chaîne- il y a trois jours).
 
Une « gauche » qui doublait la droite, en poussant à la guerre le gouvernement Berlusconi, au départ réticent (pour des raisons d’intérêt) mais immédiatement après piétinant cyniquement le Traité de non-agression et participant à l’attaque avec des bases et forces aéronavales.
 
En sept mois, l’aviation USA/Otan (détail participation française en apostille, NdT) compris effectuait 10mille missions d’attaque, avec plus de 40mille bombes et missiles, pendant qu’étaient infiltrées en Libye des forces spéciales, dont des milliers de commandos qataris, et simultanément étaient financés et armés des groupes islamistes définis jusque peu de temps auparavant comme terroristes.
 
Parmi lesquels ceux qui, passés en Syrie pour renverser le gouvernement de Damas, ont fondé l’EI (Etat islamique) puis envahi l’Irak. Ainsi s’est désagrégé l’Etat libyen, en provoquant l’exode forcé  -et par conséquence l’hécatombe en Méditerranée- des immigrés africains qui avaient  trouvé du travail dans ce pays.
 
On a ainsi provoqué une guerre intérieure entre secteurs tribaux et religieux, qui se battent pour le contrôle des champs pétrolifères et des villes côtières, aujourd’hui principalement aux mains de formations adhérant à l’EI. Le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Renzi, Paolo Gentiloni, après avoir rappelé que « abattre Kadhafi était une cause sacro-sainte », lance l’alarme parce que « l’Italie est menacée par la situation en Libye, à 200 miles marins de distance ».
 
Il annonce donc que jeudi il s’adressera au parlement pour l’éventuelle participation italienne à une intervention militaire internationale « dans un cadre Onu ». En d’autres termes, à une seconde guerre en Libye présentée comme « maintien de la paix », comme l’avait déjà demandée Obama à Letta en juin 2013, soutenue par Pinotti (ministre de la Défense) et approuvée par Berlusconi.
 
Nous revoilà à la croisée des chemins : quelle position vont prendre ceux qui travaillent pour créer une nouvelle gauche et, en son sein, l’unité des communistes ?
 
Manlio Dinucci

Edition de mardi 17 février 2015 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/gli-incendiari-gridano-al-fuoco/

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

18 février 2015

Les interventions militaires en cycle infernal alimentent le chaos et les groupes religieux extrémistes plus qu’elles ne les réduisent

 

Lu sur Investig'action

Source : Survie

Libye : Chronique d’une seconde guerre annoncée
Raphaël Granvaud
 

 

Faisant écho aux déclarations du ministre français de la Défense, les chefs d’État africains associés au dispositif antiterroriste Barkhane multiplient les appels à une nouvelle intervention occidentale en Libye.

Les 15 et 16 décembre 2014, s’est tenu à Dakar le premier « forum international sur la paix et la sécurité en Afrique ». Présenté comme une co-réalisation franco-sénégalaise, il avait en fait été décidé lors du sommet de l’Elysée, l’année précédente, et son organisation a été impulsée et largement financée par le ministère de la Défense français (et par des entreprises françaises). Conçu comme un espace informel de discussion et non comme une instance décisionnelle, il a réuni plus de 300 participants issus de divers horizons (diplomates, militaires, « chercheurs », politiques, responsables d’ONG...). Cette affluence a été présentée comme un succès, même si l’assistance est restée essentiellement francophone, les poids lourds anglophones du continent s’étant abstenus de participer. L’Algérie avait également boycotté le sommet. Enfin, même si le commissaire pour la paix et la sécurité de l’Union africaine (UA), Smaïl Chergui, était finalement présent, on sait que cette initiative a suscité une très forte hostilité au sein de l’UA où l’on reproche à la France de marcher sur ses plates-bandes.

Appropriation africaine de la doctrine française

Si plusieurs ateliers étaient proposés, déclinant sous différentes formes la question de la sécurité, c’est, selon les observateurs présents, la question du terrorisme qui a très largement dominé les débats et les interventions en plénière. Côté français, le forum a été à nouveau présenté comme une contribution à l’autonomisation des armées africaines. « Il faut que les Africains se rendent compte que l’appropriation de leur sécurité par eux-mêmes suppose la collaboration », a ainsi expliqué le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian (France 24, 16/12). Il faut bien sûr comprendre ces propos confits de paternalisme à la lumière des préoccupations actuelles des militaires français. Quand on parle d’« appropriation par l’Afrique de ses propres enjeux de sécurité » ou qu’on explique que « l’ambition est de créer une culture sécuritaire commune en Afrique » (Interview de Le Drian à Jeune Afrique, 14/12), il s’agit avant tout de faire épouser les conception françaises en la matière, et d’obtenir une coopération destinée à renforcer le dispositif Barkhane de lutte contre le terrorisme dans la zone sahélienne. « Ce forum doit nous apporter une doctrine », explique à ce sujet un proche du ministre français de la Défense (JeuneAfrique.com, 16/12). Et ça tombe bien ! Car l’armée française justement n’est pas avare en la matière et dispose d’un prêt-à-penser directement issu de son expérience coloniale et qu’elle n’a cessé de vouloir perfectionner et partager. Ainsi, selon la journaliste du Monde, les militaires français insistent sur la nécessité de « couper les populations de ces groupes armés par des stratégies de contre-insurrection » (17/12). Action psychologique sur les populations, encadrement civilo-militaire pour gagner « les cœurs et les esprits », priorité donnée au renseignement par tous les moyens pour « neutraliser » l’ennemi intérieur, on a vu de l’Algérie au Rwanda, en passant par le Cameroun, le résultat de ces brillantes « stratégies de contre-insurrection ».

Priorité sécuritaire

Interrogé sur les dérives qui peuvent découler de la « guerre contre le terrorisme », le congrès américain venant de confirmer dans un rapport les pratiques criminelles de la CIA, Le Drian se contente de répondre : « c’est pas dans notre doctrine. (…) C’est pas dans les pratiques de l’armée française » (RFI, « Internationales », 14/12). Un tel déni de la réalité historique ne peut qu’inquiéter sur les méthodes inavouées d’une guerre qu’il annonce « implacable ». Pour autant l’approche exclusivement militaro-sécuritaire de la France et des Etats-Unis suscite des réticences. Si l’on en croit l’envoyé spécial de Jeune Afrique (17/12) au forum de Dakar « la grande majorité des intervenants, notamment africains, ont souhaité mettre l’accent sur la prévention ». Ainsi, l’envoyée spéciale de l’ONU pour le Sahel, l’Éthiopienne Hiroute Gebre Selassie a rappelé que « la hausse des dépenses sécuritaires [les budgets militaires africains ont augmenté en moyenne de 8 % en 2013] se fait au détriment des besoins sociaux. C’est pourtant la précarité des développements sociaux qui pousse les jeunes à rejoindre les groupes armés. La situation de la jeunesse s’est aggravée. C’est l’une des causes profondes de l’instabilité dans le Sahel ». C’est d’autant plus vrai quand les espaces de contestation sont verrouillés par des régimes autoritaires et prédateurs, par exemple ceux dont les officiers français affectionnent particulièrement les dirigeants à la poigne de fer. Interrogé par Jeune Afrique (16/12) sur le cas du Congo B et surtout sur celui du Tchad, principal allié de la France dans la lutte contre le terrorisme, Le Drian explique ainsi qu’« il faut trouver un équilibre entre l’objectif démocratique et la nécessité sécuritaire (...). Même si la priorité est aujourd’hui sécuritaire ». Les leçons de la récente insurrection populaire au Burkina Faso n’ont définitivement pas été tirées.

L’opération Barkhane

Officiellement lancée en août 2014, l’opération Barkhane a remplacé l’opération Serval et l’opération Epervier au Tchad. Il s’agit en réalité d’une réorganisation profonde du dispositif militaire français en Afrique, préparée depuis plusieurs mois et officialisant l’entrée de la France dans la « guerre contre le terrorisme ». Plus de 3000 hommes sont déployés sur 5 pays (Tchad, Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie), se jouant des frontières et des autorités concernées (Cf. Billets n°238, septembre 2014).

La Libye dans le viseur

Si les conceptions françaises ont pu être bousculées dans les ateliers du forum, cela a été complètement occulté dans les médias par le show final où trois des quatre présidents présents (le Malien Ibrahim Boubakar Keita, le Sénégalais Macky Sall et le Tchadien Idriss Déby Itno) ont réclamé une nouvelle guerre occidentale en Libye. Les propos du dictateur tchadien notamment ont fait couler beaucoup d’encre : « La destruction de la Libye : mon frère [Macky Sall] disait que c’était le travail inachevé. Non, le travail a été achevé, l’objectif recherché étant l’assassinat de Kadhafi et pas autre chose », a-t-il asséné avant d’appeler les pyromanes à venir jouer les pompiers : « La solution c’est entre les mains de l’OTAN. Qui a créé le désordre n’a qu’à aller ramener le l’ordre » (Dans un lapsus révélateur, il avait déclaré d’abord « ramener le désordre »…).Les commentateurs se sont généralement amusés de l’impertinence de l’orateur, qui s’exprimait devant deux ministres français de la Défense, l’actuel et le précédent. Mais on était bien loin d’un crime de lèse-majesté. D’une part les équipes du parti socialiste ne s’estiment pas comptables des conséquences de l’intervention voulue par Sarkozy en Libye, même s’ils l’avaient soutenue. D’autre part les déclarations de Déby ne font qu’apporter de l’eau au moulin de Le Drian sur la nécessité d’une nouvelle opération en Libye dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ». Le chef d’état-major français, l’amiral Edouard Guillaud, l’a évoquée pour la première fois publiquement il y a tout juste un an et, depuis septembre, Le Drian ne manque pas une occasion d’y revenir puisque « à l’état-major de l’armée française, nombreux sont ceux qui pensent qu’il faudra bien "y aller" un jour » (JeuneAfrique.com, 23/12). Mais il en précise les modalités : « La Libye est un pays souverain. La réponse doit être internationale. Il ne faut pas rajouter du chaos au chaos » (interview à Jeune Afrique, 14/12). La France cherche donc à constituer une coalition qui paraisse la plus légitime possible et facilite l’obtention d’un mandat de l’ONU. Il faut également ménager l’armée algérienne, pour l’instant hostile à une telle intervention, et sur le territoire de laquelle les groupes visés pourraient se replier en cas d’attaque.
 

Demande (franç)africaine

Quelques jours après le forum de Dakar, les dirigeants du G5 Sahel (regroupement des 5 pays concernés par l’opération Barkhane, au sein duquel la France a un statut « d’observateur ») ont remis le couvert à l’issue d’une rencontre en Mauritanie. Le 19 décembre, le président mauritanien a ainsi rendu public un communiqué par lequel le G5 lançait un appel « au Conseil de sécurité des Nations unies pour la mise en place, en accord avec l’Union africaine, d’une force internationale pour neutraliser les groupes armés, aider à la réconciliation nationale et mettre en place des institutions démocratiques stables » en Libye. Jouant sur la confusion des casquettes, c’est en tant que président en exercice de l’Union Africaine que l’appel du G5 a été lancé par Abdel Aziz, abusant certains journalistes. Ainsi LeMonde.fr (19/12) titrait que c’est « en accord avec l’Union africaine » qu’était lancé cet appel, alors que l’UA en était simplement destinataire et qu’on ne savait même pas sous quelle forme elle avait été officiellement saisie. Même imprécision concernant « les responsables libyens » qui auraient « exprimé leur accord avec cette demande » selon le président mauritanien, ce qui mériterait pour le moins d’être précisé compte-tenu de la confusion politique qui règne dans le pays...

Quelle coalition ?

Cet appel du G5, après les déclarations de clôture du forum de Dakar, s’inscrit dans le cadre d’une préparation diplomatique et médiatique menée par la France qui n’est pas sans rappeler celle qui avait précédé l’opération Serval au Mali. Une nouvelle intervention sera d’autant plus facilement acceptée par les opinions publiques et les autres chancelleries qu’elle apparaîtra comme « une demande africaine ». Mais concernant la mise en œuvre, d’autres soutiens que les pays africains sont nécessaires, même si certains, comme l’Egypte, disposent de réels moyens militaires. Engagée sur plusieurs théâtres d’opération et fonctionnant à flux tendu (notamment pour les moyens aériens), l’armée française peut difficilement envisager de mener seule cette nouvelle intervention. Les réticences des autres pays européens à suivre la France dans ses expéditions africaines ne semblent pas avoir été dépassées. Restent donc les Etats-Unis, que la situation en Libye ne laisse pas indifférents, qui avaient participé au renversement de Kadhafi, et qui continuent, après le soutien apporté à l’opération Serval au Mali, à épauler le dispositif antiterroriste français au Sahel. Si l’on en croit le Canard Enchaîné (17/12) (ou plutôt les informations de la Direction du renseignement militaire auxquelles Claude Angeli fait référence), le secrétaire d’État John Kerry aurait réclamé, lors d’une réunion confidentielle de la commission des Affaires étrangères du Sénat, « une certaine flexibilité dans l’emploi des forces armées », notamment « au cas où le groupe Etat islamique commencerait à se manifester en Libye ». Or « l’État islamique est à nos portes » dramatise le président nigérien Mahamadou Issoufou (Jeune Afrique, 28/12). Des milices libyennes se réclament en effet désormais de l’État islamique qui aurait, selon les militaires américains, ouvert des camps d’entraînement à l’est du pays. A l’occasion d’une nouvelle visite aux troupes françaises de Barkhane, pour le réveillon du 31 décembre 2014, Le Drian a à nouveau appelé la « communauté internationale » à la mobilisation.Le cycle infernal des interventions militaires étrangères qui, de l’Irak à l’Afghanistan, alimentent le chaos et les groupes religieux extrémistes plus qu’elles ne les réduisent, semble donc avoir de beaux jours devant lui…Titre originel : Libye : Chronique d’une guerre annoncée

Source : Survie

Libye, la nouvelle « cause sacro-sainte » de Gentiloni

Manlio Dinucci Tommaso Di Francesco

jeudi 27 novembre 2014, par Comité Valmy

Libye, la nouvelle « cause sacro-sainte » de Gentiloni

« L’Italie est-elle en train de s’équiper pour affronter la guerre qui se présente à ses portes ? » : Gad Lerner est allé le demander au nouveau ministre (italien) des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni , « qui s’est formé dans la culture du pacifisme et du désarmement, aujourd’hui dramatiquement remise en question par l’incendie qui fait rage le long de toute la rive sud de notre mer, en commençant par la très proche Libye ».

Dans l’interview (La Repubblica, 26 novembre), que le ministre des Affaires étrangères reporte sur son site en lui donnant un caractère officiel, Gentiloni rappelle que, face à la crise libyenne actuelle, « nous ne regrettons certes pas la chute de Khadafi : l’abattre était une cause sacro-sainte ». Il explique ainsi que, comme « la Libye représente pour nous un intérêt vital du fait de sa proximité, du drame des réfugiés, de l’approvisionnement énergétique », le gouvernement est en train de travailler à « une intervention de peacekeeping, qui verrait l’Italie engagée en première ligne ». Et à la question de Lerner « Faut-il revoir la stratégie du désengagement occidental dans la lutte contre Isis », il répond : « C’est un engagement qui retombe naturellement aussi sur l’Italie, avec ses huit mille kilomètres de côtes, mais toute l’Europe est appelée à se charger d’affronter cette menace ». Il ajoute ensuite que « nous avons cultivé l’illusion d’un monde futur tranquille et pacifié, mais nous savons maintenant que nous ne pouvons plus déléguer nos responsabilités aux Américains (Etasuniens, Ndt), stratégiquement moins intéressés que nous au destin du Moyen-Orient ».

Voici en synthèse l’interview qui, si ce n’était la dramaticité de l’argument, pourrait apparaître comme un numéro de comiques. Paolo Gentiloni (Pd), qui s’est formé selon Lerner dans la « culture du pacifisme et du désarmement » - comme on le sait, en Italie, beaucoup de gens dans leur jeunesse étaient contre la guerre (même Benito Mussolini)- est cependant maintenant un représentant de ce dispositif politique bipartisan qui, ayant déchiré l’Article 11 de notre Constitution (et le traité d’amitié italo-libyen), a mis à disposition les bases et les forces aériennes et navales de l’Italie pour la guerre USA/Otan contre la Libye en 2011. En sept mois les chasseurs-bombardiers, décollant en majorité d’Italie, effectuèrent 30mille missions, dont 10mille d’attaque, en utilisant plus de 40mille bombes et missiles.
En même temps étaient infiltrées en Libye des forces spéciales : des milliers de commandos occidentaux et qataris. Et étaient financés et armés les secteurs tribaux hostiles au gouvernement de Tripoli ainsi que des groupes islamistes définis quelques mois auparavant comme terroristes. Parmi eux, les premiers noyaux du futur Isis (Emirat islamique) –fruit direct de la « sacro-sainte », pour Gentiloni, chasse à Khadafi- qui, après avoir contribué à renverser le Colonel libyen, sont passés en Syrie pour renverser Assad.

En Syrie où, en 2013, est né l’Isis qui a reçu des financements, armes et voies de transit, des plus proches alliés des Etats-Unis (Arabie Saoudite, Qatar, Koweït, Turquie et Jordanie) dans un plan coordonné par Washington (à la barbe du « désengagement occidental » dont parle Lerner), en lançant ensuite l’offensive en Irak. Mais il semble que pour l’Italie tout se passe comme si ce désastre n’était jamais arrivé. Cette Italie même qui a contribué à allumer « l’incendie » dont parle Lerner, jailli de la démolition de l’Etat libyen et de la tentative, non réussie, de démolir celui de la Syrie : tout cela sur la base des intérêts économiques et stratégiques des USA et des plus grandes puissances européennes, en provoquant des centaines de milliers de victimes (pour la plupart civiles) et des millions de réfugiés.

La réplique tragi-comique de Gentiloni, que les Etats-Unis soient « stratégiquement moins intéressés que nous au destin du Moyen-Orient », constitue une tentative laborieuse de cacher la réalité. Le lancement en Libye d’une opération de peacekeeping (c’est-à-dire de guerre), avec l’Italie au premier rang, entre dans les plans de Washington qui, ne voulant pas engager de troupes étasuniennes dans une opération terrestre en Afrique du Nord (considérée dans la stratégie USA comme un tout avec le Moyen-Orient), cherche des alliés disponibles pour le faire et en payer le prix et les risques. En juin 2013 déjà, dans sa rencontre avec le Premier ministre Letta pendant le G8, le président Obama demanda « à l’Italie un coup de main pour résoudre les tensions en Libye ». Et Letta, en élève modèle, sortit du cartable le devoir déjà fait : « un plan italien pour la Libye ». Celui que le premier (ministre) Renzi a copié et repropose maintenant par la bouche de Gentiloni, promu ministre des Affaires étrangères grâce aussi aux mérites acquis en tant que président de la section Italie/Etats-Unis de l’Union Interparlementaire .

Manlio Dinucci Tommaso Di Francesco

Edition de jeudi 27 novembre 2014 de il manifesto
http://ilmanifesto.info/sacrosanto-ministro-gentiloni/ 
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Lorsque la Libye paraît

Par Philippe de Saint Robert (1973)

dimanche 16 novembre 2014, par Comité Valmy

Quand la géopolitique est faite par un homme de culture et d’esprit affûté, ses analyses s’appuient sue les ressorts profonds des hommes et des nations. Ce qu’il comprend du monde lui permet d’évaluer les évolutions et les perspectives avec une grande acuité.

Ce que Philippe de Saint-Robert a écrit en 1973 sur la Libye et sur la politique arabe de la France est encore valable quarante ans après, faisant ressortir encore plus cruellement l’absence actuelle de raisonnement stratégique au sommet de l’état. AC .

 

Kadhafi et Pompidou en 1973


Au dossier qu’il avait rassemblé à la suite d’enquêtes effectuées entre 1968 et 1970 dans les capitales arabes et qu’il avait publié chez Julliard sous le titre Le jeu de la France en Méditerranée, Philippe de Saint Robert, écrivain et journaliste engagé dans le combat politique gaulliste, verse de nouveaux éléments recueillis au cours d’une nouvelle visite qu’il a faite récemment en Libye et qui lui a permis de mesurer l’ampleur de la transformation politique en train de s’opérer sous l’action volontariste du colonel Kadhafi.

On parlait plus volontiers jadis de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine, sans doute aussi du Fezzan, mais ce n’est pourtant pas l’Italie qui, pour rassembler sa laborieuse conquête, lui inventa le nom de Libye : déjà Hérodote est, sur ce pays, sur ses origines et sur sa géographie, prolixe sinon toujours précis, lui qui nommait déjà « montagne des grâces » le Djebel Akbar, vent de Notus le ghibli qui parfois souffle si fort du désert vers la mer, et selon qui cette contrée se serait donnée le nom d’une femme sortie d’elle en des temps très anciens. C’est là qu’est le rivage des Syrtes et derrière lui ce pays fabuleux où la Grèce, Rome, Byzance ont laissé leur marque impérissable : à Cyrène où naquit Aristippe, à Leptis dont fut Septime Sévère, à Sabratha où Vespasien prit sa femme, l’histoire n’est pas comme à Babylone ou à Ur une idée qu’il faut réinventer de toutes pièces, mais une réalité dont les temples, dont les amphithéâtres, dont les thermes défient encore le temps par leurs ruines solitaires et pures qui sont parmi les plus grandes et les plus belles du monde antique conservées à nos jours, et non seulement conservées, mais aussi protégées par l’ignorance où l’on est d’elles et qui ménage aux pèlerins une sorte de tête-à-tête avec l’autre monde, tête-à-tête où je me redisais, certain jour d’avril 1969, ce vers de Lucain dans Pharsale : « Les grandes choses s’abattent sur elles-mêmes ».

Survolons brièvement la plus récente histoire. Au XVIe siècle, c’est la France de François 1er qui permet à l’Empire ottoman de mettre la main sur la Tripolitaine, parce que les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem la tenaient pour le compte de Charles Quint. Au XVIIIe siècle, la subtile dynastie des Caramanlis, vassale de la Sublime Porte, est à deux doigts de réussir la grande aventure de l’indépendance. Elle aidera en sous-main Bonaparte lors de son expédition d’Egypte, en dépit des pressions de l’Angleterre. Mais en 1805, vingt ans avant d’inventer la doctrine de Monroe, les Américains commettent leur première intervention militaire et débarquent à Derna : le prétexte est de lutter contre la piraterie, mais la réalité est que les armateurs américains entendent soutenir les commerçants maltais, avec qui ils sont liés d’intérêt, contre leurs concurrents de Derna. Le siège, l’occupation et l’évacuation seront conclus en deux mois, par les fusiliers marins dont ce fut donc le coup d’essai. Trente ans plus tard, soit en 1835, le jeu des Occidentaux aura abouti au rétablissement de la suzeraineté ottomane et à l’abdication du dernier pacha Caramanli dont on voit encore le palais aux dédales merveilleux, aux richesses simples, dominer la rade de Tripoli.

Ce sont les Italiens qui, en 1911, délogent facilement les Turcs, et se font ensuite attribuer la Tripolitaine par le Traité d’Ouchy, signé le 14 octobre 1912. Mais ils ne tiennent solidement que la côte, alors que l’émir Idriss el-Senoussi, descendant du Prophète, s’affirme sur la Cyrénaïque entre 1914 et 1922 : à cette date, il devra partir pour un exil de vingt ans, alors que Mussolini s’imagine être le successeur de Septime Sévère, et que la résistance sera poursuivie à l’intérieur par Omar Mokhtar, qui tiendra les Italiens en haleine durant huit années, au terme desquelles ceux-ci le pendront publiquement à soixante-dix ans. « Cruelle pour le Libyen, la colonisation fut ruineuse pour l’Italie et contribua sans doute pour beaucoup à sa défaite lors de la seconde guerre mondiale. Sans compter les frais de souveraineté, on calcule que la colonisation a dû coûter au contribuable italien 1 800 millions de lires-or » .

Comme les ennemis de nos ennemis deviennent nos amis, ne serait-ce que par stratégie, c’est l’émir Idriss qui, parti comme nous l’avons dit pour l’exil depuis 1922, choisira en 1940, alors qu’il est au Caire, la cause des Alliés et réalisera avec leur appui, en 1951, l’unité et l’indépendance de la Libye. Mais cette indépendance sera fragile, à mesure inverse de la puissance des protecteurs qui l’ont permise : l’immensité d’un pays trois fois grand comme la France, la faiblesse d’une population alors à peine supérieure à un million d’habitants, les infimes ressources de ce pays jusqu’à ce que commence la grande aventure du pétrole, rien de tout cela ne semblait destiner la Libye à jouer quelque rôle que ce soit, ni dans le monde arabe, ni dans le monde méditerranéen. En 1953 et en 1954, le roi Idriss signe avec la Grande-Bretagne et avec les Etats-Unis des traités qui leur concèdent des bases militaires pour vingt ans. Fallait-il avoir lutté trente ans pour établir les Anglo-Saxons plus solidement que les Italiens ne l’avaient été ? Le mystère du vieux monarque ne sera jamais élucidé : jusqu’à la fin, il fera garder son palais de Tobrouk par des soldats britanniques, et il avait accoutumé de dire qu’il partirait avant le dernier, ce qui du reste n’a pas manqué. C’est que deux choses ont changé le destin recolonisé de la Libye : l’aventure pétrolière, qui dans un premier temps, a renforcé la mainmise anglo-saxonne, et la guerre des Six Jours, qui dans un deuxième temps a tout renversé.

Il faut bien voir en effet que ce qui est advenu le 1er septembre 1969 en Libye est purement politique : un pays d’à peine deux millions d’âmes qui touchait les droits régaliens d’une production de cent quarante millions de tonnes de pétrole par an, et qui connaissait depuis dix ans une expansion si inouïe que même l’inégalité de la répartition n’empêchait pas qu’il y eût partout des retombées, un tel pays n’était nullement porté à se soulever pour des raisons économiques et sociales. Le mode de vie, demeuré tout naturellement archaïque, ne permettait même pas d’imaginer de ces pressions d’impatience qui s’exercent dans certaines sociétés en plein essor. La structure de la société, telle qu’elle résultait encore de la constitution du pays, n’était même pas féodale mais tribale. Il est vrai que les richesses financières nouvelles la faisaient évoluer vers un féodalisme couvert par un favoritisme de vieille cour : le roi, âgé de près de quatre-vingts ans, et dont la simplicité de vie et l’honnêteté personnelle étaient et demeurent reconnues de tous, servait curieusement de caution, soit par indifférence soit par lassitude, à toute une effervescence affairiste consécutive à l’exploitation pétrolière. Or si, dans ce domaine de l’exploitation pétrolière, l’ancien régime était très fier de son système d’extrême diversification des entreprises à l’œuvre, qu’il opposait volontiers au système monopolistique qui a cours en Arabie séoudite, il n’en restait pas moins, fruit sans doute d’un hasard doucement aidé, que la majorité des concessions étaient entre les mains des Anglo-Saxons, dont l’omniprésence pesait également sur le reste de l’économie, et cela dans un pays où l’Etat engloutissait dès alors des milliards dans les travaux publics. Notamment toute velléité de coopération française, qu’on tenta pourtant d’encourager en théorie après juin 1967, se heurtait toujours, dans le ministère approprié, à un expert britannique : on en eut une démonstration assez indécente lorsque la Libye tenta de faire appel à nous pour installer sa télévision.

Joint à cela que personne ne savait ce qui se passerait lorsque le roi, qu’on disait doué d’une « mauvaise santé de fer », viendrait à mourir. Son successeur désigné était son neveu, le prince Hassan Rhida, qui passait selon les uns pour exaspéré de la tutelle où était son pays, et selon les autres pour parfaitement incapable : on pouvait donc prévoir que dans un cas comme dans l’autre, il serait écarté.

La vérité est que la présence des bases américaine et britannique, assortie pratiquement d’un privilège d’extraterritorialité, n’était plus supportable aux jeunes cadres de l’armée. L’ancien régime lui-même se sentait contraint de faire quelque chose. En avril 1969, le ministre des Affaires étrangères me déclarait : « Le programme du gouvernement a marqué la politique que ce gouvernement a fait sienne : elle consiste à faire tout son possible pour reconvertir ces base en bases nationales. Nous sommes pour une solution amicale avant 1972 ». Mais ce style de pensée et d’action, qui n’aurait probablement obtenu que des faux-semblants, n’était plus de mise en un temps où les pires soupçons étaient répandus dans le pays quant à l’utilisation de ces bases contre le territoire égyptien durant la guerre des Six Jours. En réalité les Anglo-Saxons ont là, comme bien souvent, fabriqué, par leur outrecuidance, leur propre malheur. Il est d’ailleurs significatif qu’un coup aussi grave ait été porté aux intérêts américains au moment même où le Président Nixon consentait à laisser livrer à Israël la flotte aérienne offensive que la France lui refusait depuis deux ans. Comme beaucoup de « protégés », le roi de Libye et son régime sont morts de leurs protecteurs.

Après trois ans, donc en avril 1972, j’ai revu la Libye. Ce n’est pas le progrès qui m’a frappé, c’est le changement, la métamorphose d’un pays qui n’existait pas politiquement en un pays qui existe politiquement. Car il ne s’agissait pas, pour la Libye, de progresser plus fortement dans la voie où elle était engagée, mais d’en prendre radicalement une autre. Si l’ancienne monarchie avait dilapidé beaucoup d’argent en prévarications et en favoritisme, il serait erroné d’en conclure qu’elle n’avait rien entrepris. Et, comme nous l’avons dit, la richesse de la Libye a été telle, depuis les années soixante, qu’il y en avait en quelque sorte pour tout le monde : les dirigeants lançaient d’immenses travaux, acquéraient à l’étranger (notamment en Angleterre) des armes coûteuses qui ne devaient surtout pas servir, et sur ces marchés les uns et les autres s’attribuaient des commissions démesurées qui ont fait bon nombre de millionnaires en peu d’années, d’étranges nouveaux pachas orientaux à la manière de celui qu’on appelait le « prince noir », cousin du roi. Ceux qui ont pris le pouvoir en septembre 1969 n’en sont pas encore revenus, et n’attribuent leur succès qu’à un miracle : comment expliquer par exemple que les Américains, qui interviennent même dans les pays où ils ne sont pas établis, ne soient pas sortis de leur base pour maintenir un régime qui leur était si dévoué, sinon parce qu’ils ont été pris de court du fait d’un complot qu’ils ourdissaient eux-mêmes, et qu’ils ont alors confondu avec celui qui se faisait contre eux ?

A présent, la Révolution tend à se stabiliser, les Libyens émergent de leur passé et de leur inconscience, et le Conseil révolutionnaire s’est tout naturellement préoccupé de donner une structure organique à la volonté nationale informulée dont il a été l’expression soudaine, inattendue, mais apparemment bien réelle, bien forte. C’est dans ce dessein qu’il a réuni, en avril dernier, le premier Congrès de l’Union socialiste arabe de Libye, laquelle est destinée à créer, entre le pouvoir et la population, la courroie de transmission sans quoi se cristallisent immanquablement, dans tous les pays, l’isolement à la tête et le mécontentement à la base. J’assistais, le 27 avril 1972, à la séance inaugurale du Congrès et au long discours, un peu à la Fidel Castro, qu’y prononça le colonel Kadhafi. Il faudrait pouvoir faire une analyse très approfondie du langage employé par le chef de la Révolution libyenne, langage mêlant sans cesse les vues historiques aux considérations les plus pragmatiques touchant les délégués, langage pour une agora qu’on connaît bien par le dedans, dont sait les aspirations concrètes, les problèmes réels, aussi bien que les grands rêves informulables. Pour les Occidentaux que nous sommes, il y avait certainement, dans cette leçon inaugurale, un certain bavardage, mais au-delà de cette apparence, selon moi, une pédagogie intelligente, précise, douée d’une efficacité parfaitement adaptée à son objet, et qu’il est sans doute difficile à un « barbare du Nord » de juger, qu’il peut seulement, par un effort sur soi-même, pressentir.

Le contraste fut d’ailleurs donné d’une manière toute saisissante, quelques jours après cette leçon inaugurale, lors d’une conférence de presse faite pour les journalistes présents au Congrès, et au cours de laquelle le colonel Kadhafi se distingua plutôt par la brièveté et la concision de ses réponses. Qu’on en juge. On lui demande pourquoi les Présidents Noumeiry et Boumediene ne se joignent pas à la Fédération arabe. Il répond : il faut le leur demander.

On lui demande s’il croit à la constitution d’un gouvernement palestinien en exil. Il répond que cela dépend des Palestiniens. On lui pose la question de la nouvelle société islamique qu’il désire et du rôle de la religion dans l’Etat. Il dit qu’il n’y a pas de différence entre la conscience religieuse et les décisions politiques. On lui demande comment il voit le monde arabe en 1982. Il répond (traduction libre) qu’il n’est pas Mme Soleil. On lui demande si l’accord intervenu entre Londres et La Valette aura des répercussions sur les rapports entre la Libye et Malte. Il répond : il en aura. S’il craint que la Grande-Bretagne accepte d’utiliser Malte contre le monde arabe. Il répond : le passé appartient à l’histoire, nous ne craignons pas les bases qui sont à Malte. Quelle différence voit-il entre la Palestine et l’Irlande. Il répond qu’en Palestine, les Anglais ont donné le droit à d’autres, et qu’en Irlande, ils ont seulement imposé leur souveraineté de l’extérieur. Si, dans le conflit du Proche-Orient, il pense qu’on va vers des négociations ou vers une nouvelle guerre. Il répond : l’unité arabe dépend de ses composantes. Ce qu’il pense de Nixon, de Brejnev, de Mao, et de leurs capacités d’hommes d’Etat. Réponse : ils sont les pires ennemis les uns des autres, et aussi hypocrites les uns que les autres. Enfin, quant à son point de vue sur les affaires du Proche-Orient, il tient sans doute essentiellement en cette déclaration : Les Arabes échouent parce qu’ils utilisent la diplomatie dans une matière où la diplomatie n’a rien à faire. C’est pourquoi sans doute le colonel Kadhafi devait aussi se plaire à souligner que, dans la Fédération dont la Libye fait partie avec l’Egypte et la Syrie, chaque capitale conserve l’autonomie de sa politique étrangère. Soit, mais qu’en sera-t-il si l’union totale, établie en principe entre l’Egypte et la Libye, entre un jour dans les faits ?

Dans le Conseil de la Révolution, Kadhafi est la tête, les autres sont les bras, et le bras droit est le commandant Jaloud. Ce corps, jusqu’à présent, a su conserver son unité, en dépit de quelques soubresauts intérieurs. Il n’est en tout cas pas contesté dans le pays qu’il a mis en éveil, et tout le monde peut adhérer à l’Union socialiste arabe de Libye, « sauf deux cents personnes », et à ces deux cents personnes, pour irrécupérables qu’elles soient jugées, personne n’a rien pris. Pas la moindre goutte de sang dans cette Révolution qu’une certaine presse occidentale représente comme terroriste, et pas même la moindre confiscation d’un bien libyen. L’ancien prince héritier, formellement condamné à trois ans de prison, les écoule tranquillement dans sa résidence, une ferme modèle des environs de Tripoli, où il n’est que consigné. Alors, qui est Kadhafi ? Essentiellement, un Bédouin. Cet homme semble incarner la pensée du désert. C’est pourquoi il est insolite et prestigieux, fascinant et inquiétant. On voit sa volonté, mais on ne sait pas quelle elle est, et pourtant cet homme ne dissimule rien, pas assez peut-être. Il hait le communisme parce qu’il hait l’athéisme. Sin on enlève l’âme aux Arabes, dit-il, que leur restera-t-il ? Au Congrès de l’Union socialiste arabe, le patriarche copte d’Alexandrie siégeait dans la délégation égyptienne, et il a été invité à prendre la parole. Ce n’était pas pour le folklore. Kadhafi rêverait volontiers d’une union des « frères du Livre » contre le déferlement du matérialisme : mais il pense que les Juifs y ont sombré avec l’entreprise sioniste, et que les Chrétiens n’observent plus. Il reste bien sûr à unir la nation arabe : mais combien faudra-t-il encore de misères et de désastres pour que cela soit possible ? C’est là qu’est le secret de son attente. La Libye mêle la plus grande puissance (par ses ressources) à la plus extrême faiblesse (par une population si disproportionnée d’avec le territoire qu’elle occupe, et encore si peu qualifiée pour assumer son destin politique) : on imagine quelle doit donc être la tension d’une volonté politique à la fois sollicitée et menacée par ses moyens réels, lorsque tant de nostalgie se mêle à tant d’espérance. On peut aussi dire que, d’une certaine manière, la Révolution libyenne apparaît comme le triomphe de la Senoussia contre elle-même : l’esprit de cette Réforme musulmane du XIXe siècle triomphe en effet contre ses dépositaires, les émirs Senoussi, qui ne la soutenaient plus.

Quelle devait être, devant une situation aussi imprévue, et devant des hommes aussi imprévisibles, la politique de la France ? Naturellement, quoi qu’on entreprenne dans ce domaine, il n’est pas possible que la critique ne se déchaîne en tous sens. Toute grande politique arabe se heurte aujourd’hui aux préjugés de l’opinion, aux manœuvres des factions qui feraient volontiers passer certains intérêts extérieurs avant ceux de la France même. M. Paul Balta a rapporté récemment dans Le Monde avec quelle amertume le général de Gaulle avait, dès 1965, en quelque sorte renoncé à s’expliquer sur ce point, disant devant quelques journalistes qui s’étonnaient qu’il ne l’ait pas fait : « Je craignais de n’être pas compris. Et je crains que le jour où cela sera compris, il ne soit trop tard ». Et pourtant, l’explication dès alors donnée vaut encore d’être reprise : « Voyez-vous, disait-il, il y a, de l’autre côté de la Méditerranée des pays en voie de développement.

Mais il y a aussi chez eux une civilisation, une culture, un humanisme, un sens des rapports humains que nous avons tendance à perdre dans nos sociétés industrialisées et qu’un jour nous serons probablement très contents de retrouver chez eux. Eux et nous, chacun à notre rythme, avec nos possibilités et notre génie, nous avançons vers la civilisation industrielle. Mais si nous voulons, autour de cette Méditerranée – accoucheuse de grandes civilisations – construire une civilisation industrielle qui ne passe pas par le modèle américain, et dans laquelle l’homme sera une fin et non un moyen, alors il faut que nos cultures s’ouvrent très largement l’une à l’autre. » Oui, il le faudrait, et cette entreprise n’est pas au niveau du commerce, mais de la civilisation, et la civilisation, c’est tout à la fois, « le commerce, l’économie, la culture ». Avec, à la clef, tout ce qui est de nature à protéger ce qui s’entend, se rapproche, contre la contestation et la menace extérieures. En fait, dès l’aube de la Révolution libyenne, dès septembre 1969, il fut évident que la France avait là un rôle primordial, décisif à jouer, et il faut verser au crédit du gouvernement français, et notamment du président de la République, de l’avoir si immédiatement et si précisément compris.

Ce rôle qui s’imposait à la France résultait d’une équation politique qui débouchait soit sur le néant, soit sur le chaos. Deux choses, en effet, étaient sûres : outragés par vingt années d’ingérence anglo-saxonne, les Libyens allaient rejeter pour longtemps non seulement toute tutelle, mais toute coopération importante qui puisse sembler, de quelque façon que ce soit, prolonger cette ingérence. On les sentait, on les savait par ailleurs peu désireux de recourir, comme d’autres pays arabes y avaient été contraints, à l’aide parfois envahissante de l’Union soviétique, d’autant que les nouveaux dirigeants de Tripoli se osaient en termes très vifs, et plus que d’autres, le problème des implications idéologiques d’une telle aide. Seul Etat occidental à avoir adopté une attitude objective lors de la guerre des Six jours, la France, dès lors, offrait un recours efficace et amical aux yeux d’un pays qui désormais joignait son ardeur nouvelle, recouvrée, à des moyens déjà considérables. Ce n’est donc nullement une politique de « marchand de canons » que Paris a entreprise avec Tripoli, mais au contraire une politique parfaitement délibérée dans sa nécessité et dans ses implications stratégiques, et qu’il faut être de mauvaise foi ou puéril pour persévérer à ne pas comprendre.

L’opinion, tant française qu’internationale, a été, naturellement, plus particulièrement frappée par le contrat de vente d’un si grand nombre de Mirage. C’est pourquoi ce contrat appelle plusieurs observations. Il est d’abord facile de comprendre que le gouvernement français y a consenti parce qu’il avait la marque particulière de la confiance qu’il entendait témoigner aux nouveaux dirigeants libyens, en un moment où cette confiance qui importait le plus pour qu’ils assument la dimension internationale de leur indépendance et de leur politique. Il est ensuite utile de noter que le nombre d’avions ainsi acquis par la Libye n’est ni absurde ni même démesuré, compte tenu des conditions particulières de défense d’un tel pays dont les richesses, l’étendue et la faiblesse démographique semblent au contraire commander, pour autant qu’il en ait les moyens – mais il les a – le recours aux armes les plus élaborées, les plus efficaces, et surtout les plus rapidement maniables par un petit nombre d’hommes.

Naturellement, on n’a pas manqué d’outrager le bon sens en remuant des hypothèses quant à l’utilisation possible de cette aviation dont nous aurions dû nous assurer, dans l’esprit de certains, qu’elle ne devrait jamais servir à ceux qui l’ont acquise. Quoi qu’il en soit des conditions de vente qui ont pu être posées et acceptées dans le respect des souverainetés mutuelles de chaque Etat, il convient seulement de rappeler que, selon la France, c’est Israël qui fut, en juin 1967, l’Etat agresseur : de là il résulte évidemment que, dans l’hypothèse d’un renouvellement de la guerre des Six jours, l’utilisation par la Libye des moyens de défense que la France lui a livrés serait bien entendu conforme à l’esprit dans lequel la France a traité avec la Libye, à moins que la France n’ait d’ici là, sous des pressions intérieures ou extérieures, perdu l’indépendance nationale de sa politique, et que son Etat soit passé en des mains qui fassent le service d’intérêts qui ne seraient plus les siens. Mais ce qu’on peut dire dans l’état présent des choses, et compte tenu des intentions réelles des hommes qui en assument la responsabilité, c’est que la politique de coopération de la France avec la Libye, dont l’aide à la défense n’est du reste qu’un aspect, sera poursuivie en dépit des sarcasmes des uns et des clameurs des autres : on peut même dire qu’elle est actuellement la pierre angulaire de la politique méditerranéenne de la France.

Philippe de Saint Robert
Revue de défense nationale, janvier 1973

Mise en ligne CV : 10 décembre 2011

Mardi 4 novembre 2014

Règlement de compte en françafrique : retour sur l'assassinat d'un français en Libye

Lu sur le blog de Jean Lévy :

Ces Français exécutés en Afrique que Paris ne pleure pas / Pierre Marziali (1)

Ces Français exécutés en Afrique que Paris ne pleure pas / Pierre Marziali (1)

29 octobre 2014 | Par Fabrice Arfi et Karl Laske

En mai 2011, Pierre Marziali, un ancien militaire français reconverti dans le privé, est tué à Benghazi par des hommes cagoulés. Son associé et ami Robert Dulas raconte dans un livre, Mort pour la Françafrique (Stock), l’histoire de leurs contacts avec le régime libyen. À la tête de la société militaire privée Secopex, les deux hommes avaient recueilli en mars 2011 les aveux du premier ministre de Kadhafi sur l’argent remis aux Français sous la présidence Sarkozy.

Le feu vert est passé à l’orange, puis au rouge, sans qu’il s’en aperçoive. Pierre Marziali, ancien militaire français de 48 ans reconverti dans le privé, a été abattu le 11 mai 2011, en pleine rue à Benghazi, par des hommes cagoulés, alors qu’il revenait d’un restaurant où il avait dîné avec quatre collaborateurs de la société militaire privée Secopex.

Officiellement, Marziali est un espion tué « par accident » par une brigade rebelle pendant la guerre en Libye, à la suite d’un contrôle routier qui aurait dégénéré. C’est du moins la version officielle communiquée par le Conseil national de transition (CNT). Insatisfaite par cette version laconique et incohérente, la veuve de l’ancien militaire a déposé une plainte à l’origine de l’ouverture d’une information judiciaire en septembre 2011, à Narbonne.

« On nous a ordonné de nous coucher par terre, a expliqué lors de l’enquête Pierre Martinet, un ancien camarade de Marziali, présent à Benghazi le jour du drame. Pierre était à ma gauche. J’ai entendu un coup de feu. Et Pierre m'a dit "je suis touché". Il ne s’est pas débattu. Il n’a rien dit, et n’a rien fait avant le coup de feu. J’ai fermé les yeux. J’attendais mon tour. J’avais les mains attachées dans le dos. Ils ont pris Pierre à deux. Il me semble avoir vu son ventre éclaté, ouvert. »

Depuis ses débuts, l’instruction bute sur l’inefficience de l’entraide judiciaire entre la Libye et la France. L’enquêteur du comité judiciaire local, en Libye, a été dans l’impossibilité d’obtenir de l’armée l’identification du tireur et de ses complices. L’exécution a été commise par des hommes cagoulés restés non identifiés, bien qu’ils se rattachent à la Brigade du 17 février, fondée par Abdelhakim Belhadj, l’ancien leader du groupe islamique combattant (GIC).

Trois ans plus tard, l’associé et ami de Marziali, Robert Dulas, a décidé de raconter dans un livre qui vient de paraître, Mort pour la Françafrique (Stock), l’histoire secrète de leurs contacts avec le régime libyen et de leur installation fatale à Benghazi. Dans un entretien à Mediapart, cet ancien conseiller du président ivoirien Robert Gueï ou du Centrafricain François Bozizé revient sur les circonstances de cette mort qui apparaît aujourd’hui comme l’un des épisodes les plus mystérieux, mais aussi les plus oubliés, de la guerre en Libye.

Pour lui, pas de doute : l’assassinat de Marziali a été « orienté » par la France. « Je vois mal par qui d’autre », dit-il. Robert Dulas raconte également à mots couverts comment avec Marziali ils ont recueilli, en mars 2011, les aveux du premier ministre Baghdadi al-Mahmoudi sur l’argent remis aux Français sous l’ancienne présidence. Il se dit prêt aujourd’hui à en témoigner devant la justice française, partie sur la trace des financements libyens de Nicolas Sarkozy. Pour lui, les motivations de la guerre en Libye relèvent d’« un grand mensonge ».« C’est la raison d’État. »

La mort de votre associé Pierre Marziali, le 11 mai 2011 à Benghazi, en Libye, a été un électrochoc pour vous. Pourquoi en avoir fait un livre ?
J’avais à cœur de réhabiliter la mémoire de Pierre. Il était mon associé, presque un fils spirituel, et j’avais décidé de lui passer la main. Je n’ai pas cru à la version initiale de sa mort. On a parlé d’un refus d’obtempérer à un barrage de police libyen. L’idée qu’il se soit rebellé à un contrôle ne lui correspondait pas du tout. Il a fait partie des forces spéciales et je l’ai vu dans des situations similaires : c’était quelqu’un qui savait garder son calme. Dès le départ, j’ai donc eu un doute.

À cela s’ajoute le fait que les deux personnes, proches de la Direction du renseignement militaire (DRM) et de la DCRI (le renseignement intérieur – ndlr), qui devaient l’accompagner, se sont désistées la nuit précédant sa mort. Ils m’ont dit qu’il n’y avait pas de risque pour Pierre, mais une fois que le malheur est arrivé, ça m’a bousculé. Dès le lendemain, j’ai eu un certain Vladimir Tozzi au téléphone (l’un des deux hommes qui devaient partir avec Marziali - ndlr) qui m’a dit : “Ils l’ont exécuté.

Vous considérez aussi qu'il a été délibérément abattu ?
J’ai cherché à comprendre. Quand les quatre collaborateurs de Marziali sont rentrés de Libye, j’ai dû faire abstraction de mes sentiments pour les interroger comme un flic. J’ai posé les mêmes questions aux quatre. Le témoignage d’un prénommé Éric, l’un des employés de Secopex, m’a interpellé. Il n’avait pas de formation de militaire contrairement aux autres. C’était le commercial, qui était venu pour voir s’il y avait des contrats à signer.

La nuit des faits, Pierre et les autres revenaient du restaurant où ils avaient leurs habitudes à Benghazi. Plusieurs véhicules ont stoppé près d’eux. Les hommes qui sont sortis leur ont ordonné de se coucher par terre. Mais Éric s’est mis sur le dos, au lieu de se coucher sur le ventre comme les autres, et il a vu son agresseur qui lui a mis la mitraillette sur la gorge. Il m’a dit : “Le gars était cagoulé, j’avais ses yeux à un mètre des miens. Je le suppliais du regard de ne pas me tuer. Je me suis pissé dessus. À ce moment-là, un coup de feu est parti juste à côté, et les yeux du gars qui me braquait n’ont pas cillé. Il n’y a pas eu un bruit.” Si cela avait été une bavure, comme la thèse officielle le laisse entendre, il y aurait eu des réactions. Là, rien. Comme si c’était attendu. Et pourquoi étaient-ils cagoulés ? C’est la première fois qu’on a vu des gens du CNT cagoulés.

À suivre

Une histoire parlementaire française qui mérite un petit détour

Rétrospectivement, il apparaît que l'affaire libyenne se trouve encadrée par deux dates très significatives de l'histoire parlementaire française... qui vont nous permettre de situer l'une des raisons qui ont abouti à détruire un pays dont Françoise Petitdemange montre si bien, dans son ouvrage La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011), les trésors d'intelligence et de courage dont il a été le résultat, et les dangers dont il était porteur pour la domination capitaliste, colonialiste et impérialiste des Occidentaux sur l'Afrique du Nord, mais aussi sur l'ensemble de l'Afrique. A ce propos, on ne saurait manquer de consulter : www.francoisepetitdemange.sitew.fr

Si l’attaque aéronavale d’une France, qui se plaçait délibérément en dehors de l’ONU, mais surtout du droit international lui-même, est intervenue le 19 mars 2011, neuf jours plus tôt, le 10 mars, la Présidence du Sénat enregistrait le Rapport d’information déposé au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées sur la sécurité des approvisionnements stratégiques de la France, par M. Jacques Blanc, sénateur.

Sans doute l’Assemblée nationale ne pouvait-elle pas faire moins bien, puisque le 19 octobre 2011, veille de la mort, en martyr de la cause arabe et africaine, de Muammar Gaddhafi, sa présidence enregistrait leRapport d’information sur le prix des matières premières, établi sous la responsabilité de la Commission des affaires économiques, et présenté par madame Catherine Vautrin et monsieur François Loos en conclusion des travaux d’une mission d’information présidée par madame Pascale Got.

Une guerre pour renforcer la sécurité des approvisionnements stratégiques de la France ?

Laissons le Sénat nous en dire plus dès le début du Rapport sur la sécurité des approvisionnements stratégiques de la France que nous devons à sa Commission des affaires économiques :

"Le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, publié au mois de juin 2008, évoque : « La croissance économique des nouvelles puissances [qui] va de pair avec celle de la consommation d’énergie, ainsi qu’un besoin accru en ressources naturelles et en matières premières stratégiques » et mentionne les deux types de désordre qui en découlent : « les atteintes à la biosphère, dont le réchauffement climatique » et « la tension accrue sur les approvisionnements stratégiques, dont l’énergie ». Il constate que : « La surexploitation des ressources naturelles est susceptible de relancer à l’échelle mondiale des tensions, inconnues jusqu’à présent à ce degré, pour satisfaire les besoins en énergie, en eau, en nourriture et en matières premières »."

La bonne piste est effectivement celle qui nous renvoie vers le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de juin 2008. Il y a tout d’abord la concurrence de nouvelles puissances... Lesquelles ?...

Une remarque ultérieure du Rapport du Sénat nous permet de faire un petit pas en avant :

"Parmi les avantages comparatifs dont bénéficie la France figure la disponibilité, en quantité comme en qualité, des ressources en eau et des approvisionnements alimentaires nécessaires à sa population."

Rien que pour nous rendre sensibles à certaines choses, ouvrons La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011) de Françoise Petitdemange à la page 250 qui traite, en particulier, de la Grande Rivière artificielle, ouvrage majeur de la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste :

"En attendant la fin de la construction du premier tronçon de la GRA (Grande Rivière Artificielle) qui doit irriguer les terres agricoles et apporter l’eau indispensable à tout élevage, la Libye, dont le désert couvre 90 % de sa superficie, et dont les terres, à proximité des côtes méditerranéennes, perdent de leur fertilité du fait de la salinité de l’eau de mer qui pénètre dans le sous-sol, effectue des efforts considérables pour diminuer les importations alimentaires et sortir de la mono-industrie."

Que c’est donc vilain ! Rien que pour cela, n’y avait-il pas d’excellentes raisons de briser ce régime, quand, en France, on ne redoute rien sur le terrain de l’eau et des approvisionnements alimentaires, et qu’à l’inverse, on redoute ce que la Libye ne saurait redouter... et que nos sénatrices et sénateurs s’empressent de nous signaler dans leur Rapport :

"En revanche, notre pays est dépendant de pays étrangers non européens dans deux grands secteurs : l’énergie et les minerais, flux composés d’éléments majoritairement non renouvelables, ce qui accroît les tensions pour leur obtention."

»» http://www.micheljcunysitegeneral.sitew.fr
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Dimanche 31 août 2014

                                                                 golem

Hommage à ce crétin fini de BHL 

Par : Gilles Devers

Publié le : 20/08/14

Je reproduis l’excellent texte de Léa Scherer, du Nouvel Observateur, « Que sont devenus les héros libyens de BHL ? ». Que ce mec parle alors qu’il n’a rien à dire, c’est le phénomène connu des canards à qui on a coupé la tête et qui continuent de marcher. Mais qu’on l’écoute, et qu’un journal comme Le Point lui laisse une tribune, ça donne une juste idée des maladies de la presse française et de ceux qui la finance. Notre beau pays souffre de toutes ces bêtises vaniteuses.

Dans son récit « La Guerre sans l’aimer » (Ed. Grasset, 2011), Bernard-Henri Lévy raconte son engagement dans le conflit libyen, en 2011. Une épopée mise en scène à la manière d’une vitrine d’idéaux colossaux, aux accents de Lawrence d’Arabie…

Dans le chaos libyen de l’époque, BHL fait défiler un certain nombre d’hommes, d’horizons divers, dont ceux qu’il a amenés à l’Elysée puisqu’il revendique le fait d’avoir convaincu Nicolas Sarkozy de les soutenir et d’intervenir militairement ensuite pour renverser le régime de Kadhafi.

Sept d’entre eux ont joué un rôle d’envergure dans le renversement du régime libyen, dont Ali Essawi, Mahmoud Jibril et Ali Zeidan, qui ont fait partie du groupe d’émissaires envoyés à l’Elysée le 10 mars 2011, afin de demander une reconnaissance officielle par l’Etat français de l’opposition au régime kadhafiste.

Cette reconnaissance, ils l’obtiendront de Nicolas Sarkozy. Beaucoup, y compris au sein de la diplomatie française, reprocheront au Président sa trop grande connivence avec l’intellectuel BHL sur la question libyenne.

Ces hommes providentiels, BHL les a présentés dans son ouvrage comme déterminants pour l’avenir de la démocratie en Libye. Même s’il reconnaît au début de l’aventure : « Je ne sais rien d’eux. Je connais à peine leurs noms… »

Que sont devenus ces hommes qui, à en lire BHL, devaient instaurer la démocratie en Libye ? Hélène Bravin, chercheur spécialiste à l’IPSE (Institut prospectives et sécurité en Europe), et auteure du livre « Kadhafi, vie et mort d’un dictateur » (Editions Bourin, 2011), nous a aidé à y répondre.

1/ Mustafa Abdeljalil

Ancien président du Conseil national de transition (CNT)

BHL disait de lui qu’il avait « cet air de solitude extrême que j’ai toujours trouvé à ceux qui, à mains nues, affrontent la tyrannie ». Une fois celle-ci tombée, son parcours tournera toutefois vite court.

A la tête du Conseil national de transition (CNT) en 2011, Moustafa Abdeljalil a commis l’irréparable erreur d’avoir confié la sécurité des sites officiels à l’islamiste Abdelhakim Bel Haj, provoquant une surenchère des milices pour l’occupation de ces derniers.

Islamiste dans l’âme, dès son installation à la présidence du CNT, il a réclamé l’application exclusive de la charia (ce qui n’est pas le cas de tous les hommes politiques libyens).

Une fois la passation de pouvoir entre le CNT et le Parlement élu en juillet 2012, Mustafa Abdeljalil s’est alors fait « très discret ». Il est retourné dans sa ville d’origine Al Baida (Est). Il s’est fait le garant, avec sa milice, de la protection des membres du comité de rédaction de la Constitution qui s’est installé dans cette ville.

Pour pacifier le conflit entre milices à Tripoli qui se battent pour conquérir le site stratégique de l’aéroport de Tripoli, il a été nommé, mais en vain, réconciliateur. Il a dû aujourd’hui y renoncer.

2/ Ali Essawi

Emissaire lors de la rencontre avec Nicolas Sarkozy en mars 2011

Il est soupçonné par la tribu du général Abdul Fatah Younès, ancien commandant de l’armée de l’armée de libération nationale, d’avoir participé à l’assassinat de ce dernier, mort dans des conditions épouvantables.

Il s’est réfugié au Qatar.

3/ Mahmoud Jibril

Emissaire lors de la rencontre avec Nicolas Sarkozy en mars 2011

Ex-membre du gouvernement de Kadhafi, il a été proche de son fils Saif El Islam. En 2011, il a rejoint la révolution. Il est actuellement retenu par les milices de Zentan.

BHL raconte dans son livre comment, à la demande de Sarkozy qui souhaitait « un geste de nos amis de Benghazi », il a rédigé le 25 mars 2011 un texte au nom de Mahmoud Jibril remerciant la France, et que le philosophe envoya aussitôt à Etienne Mougeotte pour qu’il le publie dans Le Figaro…

« [Avec Gilles Herzog] nous rédigeons, comme à la grande époque bosniaque, un projet de “lettre de remerciement au peuple français” que Mansour traduit en arabe et envoie aussitôt à Mahmoud Jibril qui est, depuis ce matin, le Premier ministre du CNT.

Je la trouve, à la relecture, trop mélodramatique. Mais elle est dans le même ton de toutes les lettres du même genre que nous écrivions, il y a quinze ans, pour Izetbegovitch [Président de la Bosnie-Herzégovine, ndlr].

Et Jibril, surtout, la valide. Il y ajoute une phrase, une seule, au début, celle où mon nom est mentionné. Mais il valide le reste et me le renvoie, signé, sur papier à en-tête et avec cachet officiel du Conseil. »

En vue des élections parlementaires post-Kadhafi de juillet 2012, Mahmoud Jibril a créé son propre parti dont il est le président : l’Alliance des forces nationales (AFN).

Si l’AFN a obtenu 39 sièges au Parlement, lors de ces premières élections, lui, en revanche n’a pas été élu. Se sentant visé directement, il a été très actif contre la loi d’« isolation politique » initiée notamment par les islamistes et qui visait à destituer bon nombre de Libyens ayant travaillé sous le régime de Kadhafi.

Très ambitieux, menant un jeu personnel, il a reproché, entre autres, à Ali Zeidan, l’ex-Premier ministre, sa passivité face à la situation sécuritaire, allant jusqu’à participer activement avec les islamistes à la destitution de Ali Zeidan en mars 2014.

Certains des membres de son parti, sorte de boutique sans programme, ne l’ont d’ailleurs pas suivi sur cette question.

Depuis l’entrée en scène à l’Est de la Libye du général Haftar, il a apporté son soutien officiel à l’action contre les djihadistes menée par ce général.

Après un bref passage à Paris, avant les élections législatives du 25 juin, où il a été reçu au Quai d’Orsay, il se fait depuis très discret et est retourné à ses affaires. Il a une stratégie politique à long terme.

4/ Ali Zeidan

Emissaire lors de la rencontre avec Nicolas Sarkozy en mars 2011.

Elu premier ministre le 14 octobre 2012 par le Congrès général national (CGN), Ali Zeidan est enlevé un an après par la cellule d’opération du Conseil suprême de l’union des révolutionnaires libyens (CSUR) alors qu’il résidait à l’hôtel Corinthia. Il est relâché quelques heures plus tard.

Depuis lors, une motion de défiance, notamment voulue par les islamistes radicaux, et même par des membres de l’AFN de Jibril, a été votée contre lui, le 11 mars 2014.

Zeidan est sous le coup d’une interdiction de sortie de territoire émise par le procureur général pour les besoins d’une enquête concernant des faits de corruption qui lui sont reprochés. Mais l’ex-Premier ministre a préféré quitter la Libye le soir même de sa destitution « au grand étonnement des libyens », qui se seraient attendus de sa part à « moins de lâcheté ».

Son départ perçu en Libye comme une fuite, l’a conduit tout d’abord à Malte, puis en Allemagne.

Le 25 juin 2014, Ali Zeidan est de retour à Tripoli, où il a voté lors des dernières élections législatives. Bien qu’il ait lancé un mandat d’arrêt contre le général Haftar en février, date de la première déclaration du général annonçant sa volonté de faire tomber les institutions libyennes, il a décidé, depuis, de soutenir ce général.

5/ Général Mahmoud Al-Obeidi

Successeur du Général Younès pour le commandement des forces rebelles libyennes en 2011.

Ce membre de la tribu de l’est libyen « Al-Habidate » fut très proche de Kadhafi en son temps (il a fait partie du coup d’Etat des Officiers libres libyens de septembre 1969 et n’a fait défection qu’au début de la révolution en 2011).

Bernard-Henri Lévy revendique un rôle dans sa nomination pour succéder au général Younès pour le commandement des forces rebelles. Il écrit, à la date du 30 juillet 2011, sous le titre « Quand je recommande un successeur pour le général assassiné » :

« Message à Abdeljalil : “Veillez bien, Monsieur le Président, au choix du successeur ; si vous prenez Khalifa Hifter ou Omar Hariri, vous nourrirez les soupçons de division au sein du Conseil ; car c’étaient les deux rivaux de Younès, ses challengers depuis le début ; n’avez vous pas un autre bon général dont on ne puisse pas dire qu’il conspirait contre le défunt ?”

Message en retour du Président : il nommera Souleiman Mahmoud Al-Obeidi, qui est un bon soldat et qui présente l’avantage supplémentaire d’appartenir à la tribu des Obeidi, qui fut celle d’Abdelfattah. »

Aujourd’hui, Al-Obeidi se trouve à Benghazi, la métropole de l’est libyen. Son premier fils a été enlevé, il y a neuf mois, puis son second fils, il y a environ trois semaines.

Il est depuis terré chez lui, sous bonne garde, en attente de retrouver leur trace. Les soupçons se portent sur les islamistes, qui lui reprochent son rôle durant l’ère Kadhafi. Il a en effet été gouverneur militaire de Benghazi.

6/ Souleiman Forti

L’homme de Misrata.

Homme d’affaires sous Kadhafi après avoir enseigné pendant huit ans en Arabie saoudite, celui qui se faisait appeler au moment de la révolution libyenne le « héros de Misrata », demeure toujours au sein de sa ville d’origine.

Depuis, il joue les guides spirituels des milices de Misrata, dont certaines combattent actuellement les milices de Zentan à Tripoli.

7/ Mustafa El-Sagezli

Responsable des rebelles blessés durant la Révolution.

Islamiste farouche et membre des Frères musulmans, Mustafa El-Sagezli a été nommé au sein du CNT en 2011, responsable des rebelles blessés durant la Révolution, un poste très lucratif et objet de nombreux abus…

Beaucoup de blessés ont en effet pu bénéficier de soins à l’étranger avec leur nombreuse famille.

Il est très actif au sein du Parti pour la justice et la construction (PJC), parti des Frères musulmans.

Source : Actualité du droit

http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/

Un secret de Sarkozy bien gardé : l’exécution de Kadhafi

Fausto Biloslavo

mardi 8 juillet 2014, par Comité Valmy

 

Un secret de Sarkozy bien gardé : l’exécution de Kadhafi

Cinquante millions d’euros déboursés par Mouammar Kadhafi pour sa course à l’Élysée, et l’exécution suspecte du colonel, sont autant de cadavres dans le placard de l’ex-président français Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas un hasard si l’assaut de l’OTAN contre la Libye a débuté le 19 mars 2011 par un bombardement des chasseurs français sur les forces de Kadhafi, lesquelles étaient sur le point de terrasser les rebelles à Benghazi.

Les fantômes libyens, toujours démentis sèchement et avec indignation par Sarkozy, sont réapparus après sa spectaculaire arrestation d’hier. Dans les écoutes téléphoniques, il apparait que l’ex-président français fait pression sur un juge et tente de se renseigner précisément sur l’enquête portant sur les fonds présumés de Kadhafi qui avaient financé sa campagne présidentielle victorieuse de 2007.

Le premier à avoir accusé Sarkozy d’avoir accepté les millions provenant de Tripoli pour se faire réélire avait été Saif el Islam, le fils – encore en vie – du colonel, trois jours avant l’assaut de l’OTAN. Le 25 octobre 2011, l’ex premier ministre libyen, Baghdadi Ali al-Mahmoudi, qui s’était enfui en Tunisie avant d’y être arrêté, admettait lors d’un interrogatoire : « J’ai supervisé personnellement le dossier du financement par Tripoli de la campagne de Sarkozy. »

Un an après l’attaque de l’OTAN à la Libye, entre plaintes et démentis, on apprend que Brice Hortefeux, qui fut ministre pendant la présidence Sarkozy, avait conclu l’accord le 6 octobre 2006 lors d’une réunion entre Abdullah Senussi, beau-frère du colonel, et le trafiquant d’armes Ziad Takieddine. L’accord figurait dans un document signé par Mussa Kussa, alors chef des omniprésents services secrets libyens, aujourd’hui réfugié au Qatar. L’argent aurait été versé en secret par Bashir Saleh, chef de cabinet du colonel. Ce récit est confirmé par Moftah Missouri, l’interprète personnel du rais libyen.

À cette époque, Sarkozy accueillait à Paris le Kadhafi des années d’or, et l’appelait le « frère leader ». Si cette histoire de financement illicite est vraie, et dans le cas où il aurait dû faire face à la justice, le colonel aurait pu la rendre publique pour démentir le président français.

Le 20 octobre 2011, lorsque la colonne de Kadhafi fut localisée et bombardée par deux chasseurs Rafale français, le rais fut capturé vivant, avant qu’on lui donne le coup de grâce. « Dans les jours qui ont précédé, plusieurs missions tactiques avaient eu lieu, avec au moins 9 hélicoptères envoyés sur Syrte (où se cachait le colonel – nda), raconte à Il Giornale une source de l’OTAN. L’un était anglais et les autres français, ils frappaient des objectifs bien précis. » La fin de Kadhafi prit forme après un coup de téléphone qu’il passa vers Damas depuis son téléphone satellite, et qui fut intercepté par l’OTAN. Les pilotes de chasseurs français et un [drone] Predator américain fournirent en continu des informations sur la colonne du rais en fuite, à la base de l’OTAN de Naples et à Poggio Renatico, qui gérait les opérations aériennes. Une partie de ces informations était ensuite envoyée aux corps d’élite et aux services de renseignements alliés, aux côtés des rebelles de Syrte.

« L’impression est qu’après le premier groupe d’insurgés qui a capturé Kadhafi, un autre groupe est arrivé qui semblait savoir exactement quoi faire et aurait reçu l’ordre d’éliminer le prisonnier » a expliqué à Il Giornale une source anonyme impliquée à l’époque dans le conflit. Une partie des révolutionnaires voulait emmener Kadhafi à Misurata, comme en témoignent les hurlements enregistrés par les téléphones portables. Ensuite, un membre du second groupe, avec l’ordre de tuer, se serait approché du colonel en sang, mais toujours vivant, et aurait profité de la confusion pour lui donner le coup de grâce.

Quelques mois plus tard, Mahmoud Jibril, ex-premier ministre par intérim après la chute du régime, avait confirmé la nouvelle à la télévision égyptienne : « C’est un agent étranger mélangé aux révolutionnaires qui a exécuté Kadhafi. »

Fausto Biloslavo

Article original en italien : Il segreto da nascondere : l’omicidio di Gheddafi,IlGiornale.it

Traduction : ilfattoquotidiano.fr

Source :
Mondialisation.ca, 07 juillet 2014

Le Conseil Suprême des tribus libyennes entend gouverner

Décryptages - Par Richard Labévière

jeudi 5 juin 2014 

 

Le « Conseil Suprême », réunissant ces maîtres ancestraux des tribus, s’est tenu le 25 mai à El Azizia, ville commerciale de 300.000 habitants située à 55 kilomètres au sud de Tripoli. L’avenir de la Libye ne se fera pas sans le soutien de ces chefs tribaux, dont beaucoup conservent une certaine nostalgie de l’ère Kadhafi. En tout cas, le programme du « Conseil Suprême » mérite d’être scruté de près.


Le « Conseil Suprême » des tribus libyennes entend gouverner. Nicolas Sarkozy, Barak Obama, David Cameron, l’émir du Qatar et BHL l’ignoraient, mais la Libye est un pays tribal. Pendant tout son règne, Kadhafi lui-même, avec habileté mais parfois avec la plus grande dureté, a toujours tenu compte de ces tribus sans l’accord desquelles aucune structure d’état ne peut tenir debout. Alors que le chaos libyen connait un soubresaut de plus avec l’assaut du général Khalifa Haftar - nourri pendant 20 ans dans les cantines de la CIA -, contre les milices, en particulier celles des jihadistes, le nouvel arrivant dans le jeu libyen doit, lui aussi, écouter la parole des tribus.Le « Conseil Suprême », réunissant ces maîtres ancestraux, s’est tenu le 25 mai à El Azizia, ville commerciale de 300.000 habitants située à 55 kilomètres au sud de Tripoli. Au terme de la palabre, les délégués du pouvoir traditionnel se sont accordés sur quinze demandes qu’ils entendent soumettre à quiconque envisage de gouverner le pays. Après revue de détail, les souhaits des tribus sont comme un tsunami qui viendrait raser tout ce qui a été politiquement tenté dans ce pays jusqu’à présent ingouvernable.

Dommage que BHL, venu à Tripoli le 22 mai dernier pour y échafauder le gouvernement idéal made in USA, n’ait pas pu prendre connaissance des souhaits de ces incontournables chefs de clans dont Mondafrique livre les exigences en 15 points.

Les quinze commandements du "Conseil suprême" :

1 – Dissolution du Congrès Général National.

2 – Abolition des toutes les lois adoptées par cette structure illégale ainsi que celles prises sous la menace des armes par les agence du gouvernement.

3 – Abolition de tous les contrats et engagements signés par ce gouvernement, ils sont tous contraires à la souveraineté du pays.

4 – Dissolution des milices et interdiction à l’armée et à la police de distribuer des armes. Admettre qu’attaquer une région ou une tribu, c’est attaquer le pays tout entier.

5 – Retour des exilés, instauration d’un dialogue national et amnistie pour tous ceux qui n’ont pas de sang libyen sur les mains et qui n’ont volé ni biens ni argent.

6 – Libération des tous les prisonniers et abandon des charges contre eux.

7 – Remise en place de l’armée et de la police et contrôle des frontières.

8 – Mise à jour des dossiers d’identité afin de certifier la citoyenneté de quiconque s’affirme légalement libyen.

9 – Identité de traitement pour toutes les victimes de la guerre qui auront droit au titre de martyr.

10 – Ordre lancé aux militaires et policiers qui se sont écartés de leur mission, de retourner à leurs fonctions, de récupérer les armes des milices et d’assurer la protection des zones tribales et des frontières.

11 – Lancer à appel à tous les organismes internationaux afin qu’ils aident et protègent la Sauvegarde nationale Libyenne.

12 – Les tribus assurent qu’elles respecteront les intérêts des individus et des nations sur l’ensemble du territoire libyen.

13 – Les tribus rejettent toute réunion ou gouvernement agissant sous n’importe qu’elle bannière qui ne prendrait pas en compte l’intégrité du territoire et le fait que la nation est la première tribu de notre pays dans lequel nous nous fondons tous.

14 – Le Conseil Suprême souhaitent la bienvenue à toute tribu, région ou institution civile qui viendrait participer à la reconstruction nationale.

15 – Le Conseil, dans une phase de transition, est prêt à assumer le pouvoir en attendant que le pays, doté d’une Constitution, puisse voter pour élire un Parlement et un Président.

Sorti de sous la tente à palabre, voilà un programme qui risque de mettre un certain temps à atteindre son but. Il a l’avantage de montrer que, sans l’accord des tribus un équilibre entre ses représentants équitablement répartis dans des structures d’État, si elles voient jamais le jour, toute volonté de faire naître une « Libye nouvelle » restera un rêve.

La Lettre de Michel J. CUNY ( Numéro spécial Libye avril 2014)

 

Que savons-nous de ce qui s’est fait en notre nom en Libye ?

Pour aider à sortir de l’ornière qu’on s’efforce de nous imposer…

samedi 19 avril 2014 
par  Michel J. Cuny 
À l’initiative souveraine du président de la république française, Nicolas Sarkozy, la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne a donc été anéantie sous les bombes en 2011. Observatrice attentive des événements qu’elle commentait quotidiennement sur Internet, Françoise Petitdemange annonce la parution imminente de son ouvrage "La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011)". Elle répond ici à quelques questions...

Michel J. Cuny : En 1969, lors de la chute du roi Idriss 1er et de la prise de pouvoir par un groupe d’officiers unionistes libres, comment le gouvernement français avait-il réagi ?

Françoise Petitdemange : Georges Pompidou venait d’être élu à la présidence de la république, le 20 juin de cette année 1969, lorsque le 1er septembre, la Révolution a eu lieu en Libye. L’accueil qu’il fit aux jeunes révolutionnaires a été fort heureusement relaté par Guy Georgy qui s’apprêtait à devenir le premier ambassadeur de France dans la Libye révolutionnaire :

« Vous avez appris ce qui s’est passé ; on ne connaît pas encore les auteurs de ce coup d’État, mais il est probable que ce sont des nationalistes à la Nasser. Le monde arabe est en effervescence, la croissance démographique et le pétrole, la misère et la richesse insolente s’y côtoient, la soif de dignité et de justice est la nouvelle antienne du tiers-monde. La moitié de ces peuples ont moins de vingt-cinq ans et l’avenir n’est certainement pas aux rois, aux princes ni aux potentats de tout poil. Vous verrez ces jeunes gens. Vous les écouterez pour savoir ce qu’ils veulent, vous les jugerez avec sympathie, vous leur offrirez notre coopération. Il ne doit pas manquer de domaines où l’intérêt de nos deux pays puisse être complémentaire.  »

Michel J. Cuny : Dans quel domaine les intérêts de la Libye révolutionnaire et de la France de Georges Pompidou ont-ils pu, par exemple, se rejoindre ?

Françoise Petitdemange : Dès l’automne, pour défendre la jeune révolution, des pourparlers secrets ont été engagés, entre la France et la Libye, portant sur des avions « Mirage » de la firme Dassault. Très rapidement, les services secrets israéliens (le Mossad) révèlent l’affaire, aussitôt relayés dans les médias français. En février 1970, lors d’un voyage officiel du couple présidentiel français aux États-Unis, des manifestations accompagnent ses déplacements. Le 28, à Chicago, Georges et Claude Pompidou, conviés à un dîner offert par le Chicago Council of Foreign Relations et l’Alliance française, sont accueillis par un millier de manifestants de la diaspora juive : « Pompidou go home ! ». À l’issue du dîner, la foule est encore plus agressive.

Le journaliste Vincent Nouzille raconte…

« Les services de sécurité et les gardes du corps sont débordés. Les cris fusent. Des manifestants pressent les Pompidou et leur crachent au visage. »

Michel J. Cuny : La Libye révolutionnaire n’était donc ni une amie d’Israël, ni une amie des États- Unis en général... Pour quelles raisons ?

Françoise Petitdemange : À propos d’Israël, voici comment Muammar Gaddhafi devait répondre, lors d’un entretien accordé en avril 1983 à trois journalistes, Hamid Barrada (Africain), Marc Kravetz (Européen et Juif), Mark Whitaker (États-Unien), qui venaient d’évoquer la persécution des Juifs(ves) :

« Les Juifs, je le répète, ont été persécutés et pourraient l’être encore, c’est possible. Mais il est absolument certain qu’ils n’ont pas été touchés pendant les quatre mille ou cinq mille ans qu’ils ont vécu avec les Arabes. Voilà une vérité qui mérite d’être consignée dans les livres – et méditée. » Alors, où est le problème ? Ici : « Tel est le credo des sionistes, consigné dans leurs écrits et illustré par leur comportement actuel. Périsse le monde entier pourvu qu’ils subsistent eux seuls et réalisent leur croyance fallacieuse, à savoir qu’ils sont le peuple élu. »

En ce qui concerne les États-Unis, les membres du Comité central des Officiers Unionistes Libres, devenu le Conseil du Commandement de la Révolution avaient été intraitables. Les troupes états-uniennes, comme trois mois auparavant les troupes britanniques, avaient dû évacuer les bases militaires, le 30 juin 1970 au plus tard, mettant ainsi fin à la colonisation. Ce démantèlement avait été l’une des raisons majeures, pour les jeunes militaires et civils, de faire la révolution.

Michel J. Cuny : Comment définir la Jamahiriya Arabe Libyenne ?

Françoise Petitdemange : Le terme Jamahiriya, qui est un néologisme créé par Muammar Gaddhafi, veut dire “État des masses”. Les éléments fondamentaux de cette structure sont les Congrès Populaires de Base (CPB) qui ont un pouvoir décisionnel.

« Sont membres de droit des CPB tous les citoyens libyens ayant 16 ans révolus ainsi que tous les ressortissants des pays arabes s’ils le désirent. » Les CPB (Congrès Populaires de Base) ont compétence pour…

« 1 – Promulguer les lois dans les différents domaines... 2 – Établir le plan de développement [économique et social] et le budget de l’État. 3 – Ratifier les traités et accords [signés] entre la JALPS [Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste] et les autres pays. 4 – Définir la politique [générale] dans tous les domaines. 5 Déterminer les relations de la JALPS avec les autres pays. 6 – Fixer la position politique de la JALPS à l’égard des mouvements politiques dans le monde. 7 – Statuer en ce qui concerne la guerre et la paix. 8 – Former les Comités populaires et évaluer leur action, (leur demander des comptes). »

Les Comités Populaires de Base, quant à eux, ont la charge de mettre en application les décisions des Congrès Populaires de Base.

À l’échelle du pays, les Secrétaires délégués par les Congrès Populaires de Base, les Comités Populaires de Base, ainsi que par les Unions, Syndicats et Ligues professionnel(le)s, les Secrétaires du Comité Populaire Général, le Secrétariat Général du Congrès Général du Peuple se réunissent une ou deux fois par an, lors du Congrès Général du Peuple (CGP).

Michel J. Cuny : Cette démocratie directe, pleinement assumée sur le plan politique, se retrouvait- elle jusque dans la dimension économique ?

Françoise Petitdemange : Dès après la Révolution, Muammar Gaddhafi lit un « Communiqué » à la radio libyenne. Parlant de la nouvelle Libye…

« Elle ira de l’avant sur le chemin de la liberté, de l’union et de la justice sociale, garantissant à tous ses fils le droit à l’égalité et ouvrant grand devant eux les portes d’un travail honnête, d’où seront bannies l’injustice et l’exploitation, où personne ne sera ni maître ni serviteur, où tous seront des frères libres, au sein d’une société qui verra régner, par la grâce de Dieu, la prospérité et l’égalité. »

Dans l’État des masses, tout ce qui est fondamental pour l’être humain était assuré . Au moment du mariage, par exemple, chaque couple libyen recevait un logement gratuit (un appartement ou une maison) dont la superficie pouvait aller jusqu’à 160 m2. Pour les habitant(e)s, l’eau, l’électricité, le chauffage, à usage domestique, étaient gratuit(e)s. Le prix d’un litre de carburant était de 0,08 euro, etc...

Voilà tout ce que la France de Nicolas Sarkozy et du sioniste avéré Bernard-Henri Lévy a décidé de détruire.

"La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011)", Éditions Paroles Vives, 542 pages, 29 € (port compris)

Contact avec Françoise Petitdemange : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Éléments biographiques :

L’assassinat d’un ingénieur français et le chaos en Libye: le bilan chinois de l’opération française en Libye

16 Avril 2014

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Le Quotidien du Peuple en ligne ressort cet article du 09.03.2014, le très officiel journal du Parti communiste chinois place en tête de ses articles en français cette analyse qui date d’il y a un mois mais qui lui paraît sans doute toujours d’actualité face à la politique du gouvernement français en particulier en Ukraine. Une manière par la bande de dire aux français: vous êtes des irresponsables et vous introduisez partout le malheur et le désordre. On ne peut que leur donner raison. il faut également noter que l’affaire ukrainiene semble avoir resserré les liens entre la Russie et la chine mais également avec les autres pays du Brics, le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du sud. (note de danielle Bleitrach)
Il y a deux jours, une nouvelle est arrivée de Libye : un ingénieur français a été tué par des hommes armés non identifiés dans le centre-ville ville de Benghazi, dans l’Est de la Libye. Le Ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a immédiatement condamné l’assassinat de Patrice Réal, le qualifiant de comportement « méprisable », et exigeant que les auteurs soient traduits en justice. Le Parquet de Paris a également ouvert une enquête sur la question.

Avant d’être assassiné, Patrice Réal participait au projet de rénovation et d’expansion du Centre médical de Benghazi. On peut se demander pourquoi ce projet semble être devenu une épine dans le pied des terroristes : en juillet 2013 déjà, le chef de projet avait échappé de justesse à un assassinat, et finalement été contraint de quitter la Libye.

Quand on regarde les statistiques, on se rend compte que, cette année, il y a déjà eu deux cas d’étrangers assassinés en Libye. En janvier, à plus de 100 km à l’ouest de la capitale libyenne Tripoli, un Anglais et un Néo-Zélandais ont été tués sur une plage. Et il y a une semaine, des gens ont découvert les corps de sept chrétiens égyptiens sur une plage près de Benghazi.

Par coïncidence, le même jour où l’ingénieur français a été abattu, une foule a pris d’assaut le siège du Congrès général national libyen, y a pénétré par la violence, et blessé deux de ses membres par arme à feu. Cela montre combien la situation actuelle de la sécurité est troublée en Libye.

Actuellement, les groupes armés sont nombreux en Libye. Certains groupes extrémistes islamiques ont profité de l’occasion pour se révolter. Il y a des attentats à la bombe ou des assassinats presque tous les jours. En plus des attaques sur les étrangers, les forces de sécurité gouvernementales sont également souvent prises pour cible. Le lendemain où l’ingénieur français a été tué, deux membres des forces de sécurité ont été assassinés dans le centre-ville de Benghazi.

Les contradictions internes au plus haut niveau ont créé un vide du pouvoir. Du fait de disputes internes au Parlement, aucun accord n’a jusqu’à présent été trouvé sur les élections législatives et les élections présidentielles. Il y a une forte opposition entre le Parlement et le gouvernement et, on a même vu le Parlement demander la démission du Premier ministre. Jusqu’à présent, il n’y a pas de forces unifiées de police professionnelles, ni même d’armée professionnelle unifiée en Libye ; les différentes factions armées ne peuvent pas constituer une force de dissuasion, et il n’y a pas moyen d’assurer une intervention efficace en ce qui concerne les problèmes de sécurité. Tout conduit à l’agitation sociale et au chaos en matière de sécurité que l’on voit actuellement.

Une conférence internationale ministérielle d’aide à la Libye s’est tenue aujourd’hui à Rome. Les pays concernés, en particulier les puissances occidentales, vont étudier la façon d’aider la Libye à émerger du chaos dans lequel elle est actuellement plongée.

Que les puissances occidentales soient prêtes à aider la Libye est certainement une bonne chose. Mais ont-ils pensé à ce problème : quelle est la cause de la situation actuelle en Libye ? Comme nous le savons tous, en 2011, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et d’autres pays sont directement intervenus militairement en Libye, provoquant la chute rapide du régime de Kadhafi. Mais en même temps que l’Occident s’est débarrassé de Kadhafi, il a également détruit l’ensemble du système de gouvernance de la Libye. L’ancien système a disparu, mais aucun nouveau système n’a été établi. La volonté de l’Occident d’imposer une démocratie de style occidental sans tenir compte des conditions nationales et du niveau de développement social de la Libye ne pouvait qu’apporter anarchie et chaos. En conséquence, certains pays occidentaux n’arrivent même plus à protéger leurs propres institutions et leurs propres citoyens à l’étranger.

On peut ainsi dire que l’Occident est responsable de la situation actuelle en Libye. Il ne peut pas se contenter de prendre le pétrole libyen tout en abandonnant ce pays à son sort, et devrait augmenter son aide économique et financière à la Libye, moins s’ingérer dans ses affaires intérieures, faire davantage pour aider au renforcement et à la formation des forces de sécurité locales, et investir dans les domaines de l’éducation, des soins de santé, etc.

Il faut bien comprendre que le chaos en Libye risque de créer des troubles dans les pays voisins, qu’il aura des conséquences sur la situation régionale, et donnera aux extrémistes islamiques une occasion d’en profiter. La Libye est devenue une épine dans le flanc de l’Afrique du Nord. C’est une blessure qui doit absolument être traitée.

Auteur : Ren Yaqiu

Date : le 6 mars 2014

logo-eubam200px.jpgL'Union européenne entraîne des forces para-militaires en Libye pour sécuriser infrastructures pétrolières et frontières



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



L'intervention de l'OTAN en 2011 a ravagé la Libye, aujourd'hui laissé à un gouvernement impuissant à la tête d'un appareil d’État corrompu, dans une société sous contrôle des bandes criminelles, des groupes terroristes islamistes et des mercenaires tribaux.



L'information est passée en France via Mediapart, elle avait déjà été éventée en Grande-Bretagne il y a plusieurs semaines par EU-observer : un rapport datant du 18 avril, non-publié par la Service européen pour l'action extérieure (SEAE), indique la stratégie européenne dans le chaos libyen.



L'EUBAM – nom de la mission de l'UE – est chargée de former les 16 000 « gardes-frontières » libyens, des forces para-militaires fficiellement sous la direction du Ministère de la Défense, en réalité soumis aux influences les plus diverses, mafieuses et politiques, sur le terrain.

 

Les gardes-frontières libyens : para-militaires impuissants ou infiltrés par les milices ?


Or, selon le rapport de l'UE, seuls deux des quatorze poste-frontières sont sécurisées à l'heure actuelle (Egypte et Tunisie) le reste étant entre les mains des milices diverses – tribales, islamistes ou touaregs – en particulier au sud et à l'ouest, à la frontière avec l'Algérie, le Niger et le Tchad.


Selon le gouvernement algérien, les gardes-frontières sont même infiltrés par les milices. Une information très probable, le corps des gardes-frontières étant composé pour moitié d'anciens combattants des groupes terroristes (« katiba ») qui ont déposé Kaddafi en 2011.


L'EUBAM est composée de 110 « experts », officiellement issus des services des douanes et de police … mais s'appuyant également, selon le rapport, sur des « experts militaires » censés apporter une « formation à ses capacités de spécialistes ».


Le chiffre réel des experts militaires est incertain, mais des officiers de haut rang, tel le général italien Luigi Scollo présents jusqu'en septembre, sont là sur place pour former les forces para-militaires libyennes.


Des liens sont également noués avec les services de renseignement libyens « heureux de pouvoir collaborer avec la mission EUBAM », d'après le rapport.


La Libye sous protectorat : la formation de l'armée et de la police par l'OTAN


Chacun des pays impérialistes à la tête de l'intervention de 2011 et du partage (pétrolier) du pays ensuite, prend sa part dans la formation des troupes para-militaires libyennes.


Ainsi, l'Italie occupera un rôle privilégié en raison de son passé colonial et des intérêts pétroliers d'ENI, déboursant pas moins de 250 millions d'euros sur deux ans, prenant en charge notamment le contrôle des trafics frontaliers – drogue, armes – ainsi que des migrants.


L'ancienne puissance coloniale formera 60 officiers gardes-frontières au Centre de police de Vicenza, 65 soldats à l'école d'infanterie de Cesano, 280 policiers militaires et 150 policiers civils à Tripoli. Elle fournira sept navires patrouilleurs et 20 véhicules blindés légers « Puma ».


La France assurera de son côté la formation des personnels de l'Armée de l'air – 30 pilotes seront formés à Salon –, de la Marine – 20 officiers navals à Toulon, ainsi que 75 gardes-frontières formés à la protection des personnalités.


Enfin la Grande-Bretagne privilégie l'encadrement des forces de sécurité, permettant de la doter d'une influence décisive dans les institutions, avec des « conseillers stratégiques » au Ministère de l'Intérieur, et une « Equipe d'assistance de Défense » au Ministère de la Défense.


Le protectorat sur la Libye s'étend, selon ce que révèle le rapport, aux Etats-unis qui devraient prendre en charge directement la formation de 5 à 8 000 soldats libyens et financer à hauteur de 20 millions d'euros la « réforme de la justice, de la sécurité et du contrôle des frontières ».


Enfin, les dictatures islamistes qui supervisent le processus de transformation de l'Afrique du nord et du Moyen-orient en régimes pro-impérialistes s'occupent aussi de ce projet, la Turquie formera 800 officiers de police, les Emirats arabes unis 250 officiers de l'armée.


Contrôler les frontières (1) : la Libye dans l' « Europe forteresse »


De quelles missions seront chargées ces forces policières, militaires et para-militaires libyennes ?


D'abord, le contrôle des frontières. C'est la mission officielle, celle sur laquelle insiste beaucoup l'article de Mediapart. Frontières terrestres sur 4 000 km – avec notamment l'Algérie, le Tchad, le Niger et le Soudan et maritimes sur 2 000 km – face à l'Europe.


Ce fut l'objet de la « Conférence de Paris » en février dernier réunissant une quinzaine de pays, à l'initiative de Laurent Fabius, qui devait déboucher sur le programme EUBAM.


Le premier objectif est ancré dans le projet d' « Europe forteresse », sécuritaire : limiter les migrations venant d'Afrique noire, et transitant via la Libye, vers le sud de l'Europe.


C'était le rôle qu'avait donné un temps les dirigeants européens à Muhammar Kaddafi, avant 2011, et dont il jouait pour exercer un chantage auprès des puissances de l'UE, dont l'Italie et la France.


En ce sens, le projet EUBAM s'inscrit dans le programme FRONTEX de « gestion intégrée des frontières extérieures », intégrant désormais les pays d'Afrique du sud et visant à filtrer l'immigration africaine par une coordination de l'action des gardes-frontières.


Dans cette perspective, l'Union européenne va renforcer la surveillance des frontières maritimes. En décembre, Eurosur, un nouveau dispositif de surveillance maritime intégrant 18 États-membres de l'UE en coopération avec les pays d'Afrique du nord, sera instauré.


Contrôler les frontières (2) : la « stratégie du chaos » ?


Une autre raison pouvant expliquer la nécessité d'un contrôle accru des frontières terrestres, cette fois, est la crainte face à l'émergence de trafics en tout genre – en particulier d'armes, et surtout de fraude pétrolière et gazière – menaçant jusqu'à l'existence même de l’État libyen.


Les puissances occidentales, pragmatiques, n'avaient déjà pas exclu la partition du pays en deux ou trois entités. Actuellement, la Libye se transforme en une myriade de micro-Etats féodaux, transformant le pays en un « Etat failli », aux conséquences sécuritaires incertaines.


Face à cette désagrégation, les intérêts des grands groupes occidentaux semblent contradictoires, trouvant de quoi faire des affaires dans le chaos et la destruction, tout en nécessitant un minimum de stabilité, quitte à être imposée par « protectorat » ou privatisation de la sécurité.


Armement, BTP, eau : des profits français précarisés par l'insécurité du pays


D'un côté, les industries de l'armement française ou italienne veulent re-vendre des armes en Libye. Ainsi, la France a conclu l'an dernier un contrat pour 20 millions d'€ pour la remise en état de deux navires de guerre libyens, et le déminage des ports, en attendant la vente de quatre patrouilleurs.


Les grands monopoles français participent également à la reconstruction, après avoir favorisé la destruction du pays : Vinci reconstruit l'aéroport de Tripoli, Bolloré le port de Misrata, et Alcatel le réseau de télécommunication du pays.


Ce sont toujours les grands groupes français Veolia et Suez qui sont en lice pour récupérer les réserves d'eau fossile libyennes et le réseau de distribution de l'eau, dans un pays où l'eau est une ressource cruciale.


Le pétrole libyen : les intérêts de TOTAL, sécuriser les lieux d'extraction


Enfin, l' « or noir » suscite toutes les convoitises, dans un pays qui était le deuxième producteur de pétrole du continent avant la guerre. On se rappelle que le CNT avait promis 35 % du pétrole à Total, suscitant les rivalités de l'italienne ENI, leader avant la guerre.


Les investissements de Total affluent en Libye, 130 millions de $ en 2013 pour la seule exploitation du gaz. En octobre dernier, Total a annoncé – conjointement avec l'espagnole Repsol et l'autrichienne OMV – avoir découvert une nouvelle réserve de pétrole, au sud du pays.


Or, c'est la contradiction fondamentale de la situation en Libye, les multi-nationales françaises et étrangères ont à la fois besoin d'un Etat suffisamment faible – pour leur accorder des contrats, et jouer des rivalités internes – et d'une sécurité assurée, en premier lieu des infrastructures pétrolières.


L'article de Mediapart insiste peu sur cet aspect décisif, préférant insister sur la dimension migratoire. La Libye ne produit actuellement que 250 000 barils/jour, contre 1,5 million avant la guerre, avec une fraude massive aux frontières.


Concrètement, ce sont des bénéfices perdus pour les majors occidentales, un argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’État pour financer les contrats d'armement, sans compter le climat d'insécurité qui nuit aux travaux de reconstruction.


Toutefois, ce climat d'insécurité laisse un espace important à de nouvelles sources de profits : le développement des compagnies de sécurité privée, à laquelle la mission EUROBAM consacre 25 % de son budget, pour garantir la sécurité de son propre personnel.


Actuellement, la lutte fait rage entre compagnies britanniques (Global Skills, Control Risks, G4S, Hart, Aegis, Blue Hackle) et françaises (Arcos, Geos, Amarante, Gallice) pour emporter le juteux marché libyen, notamment celui de la protection des infrastructures pétrolières.


Détruire pour reconstruire, alimenter le chaos pour faire payer cher la sécurité : tout est source de profits pour un capitalisme de plus en plus enfoncé dans une spirale pleine de périls pour l'Humanité.

24 novembre 2013

BHL à la CPI !

Karim BOUALI

 

Les conséquences de l’ingérence occidentale en Libye, déclenchée par l’activisme irresponsable de Bernard-Henry Lévy, dépassent les frontières de ce pays et touchent toute la région.


Comparé au véritable criminel qu’est Bernard-Henry Lévy, instigateur de la guerre civile qui a plongé la Libye dans le chaos, que peut-on reprocher au président ivoirien Laurent Gbagbo qui puisse lui valoir le traitement cruel et inhumain qu’il a subi dans les geôles de son pays avant d’être transféré à la Cour pénale internationale (CPI) ? À ce jour, ses ennemis n’arrivent pas encore à établir les faits qui fondent leurs accusations. Pourtant, Gbagbo est maintenu dans une prison où, comme dans toutes les prisons, il subit les vexations qui aggravent son état de santé, déjà préoccupant.


Par contre, Bernard-Henri Lévy, qui, lui, doit être traîné devant les tribunaux internationaux pour incitation au crime contre l’humanité, n’est pas du tout inquiété. C’est lui qui a poussé Sarkozy à provoquer une guerre civile en Libye, dont le dernier effet, en date, s’est traduit hier (vendredi), à Tripoli, par des affrontements armés entre Libyens qui ont fait, en quelques heures, au moins quinze personnes tuées et 95 autres blessées. La Libye est installée dans une situation de confusion totale et personne ne peut en prédire la fin. Chaque tribu a constitué sa propre armée et là où il y a du pétrole et du gaz, comme en Cyrénaïque, le pouvoir central perd son autorité. Les experts pétroliers font remarquer que la production qui atteignait 1,6 million de barils par jour à l’époque de Mouammar Kadhafi ne dépasse pas 300 000 barils aujourd’hui. Dans ce secteur, la corruption connaît une prospérité sans précédent. Pis, les conséquences de l’ingérence occidentale en Libye, déclenchée par l’activisme irresponsable de Bernard-Henry Lévy, dépassent les frontières de ce pays et touchent toute la région.


La dernière fois que cet individu a refait surface, c’était pour tenter de peser sur la décision des puissances occidentales, Etats-Unis et France principalement, qui hésitaient à entrer en guerre contre la Syrie. Il ne faut pas attendre de ces puissances qu’elles actionnent la CPI pour le jeter en prison et le juger pour crime contre l’humanité. Mais quel autre pays oserait ce geste ?


Source : Algérie patriotique

 
http://www.algeriepatriotique.com/content/levy-la-cpi

 

URL de cet article 23368 http://www.legrandsoir.info/bhl-a-la-cpi.html

Le plan secret de l’Europe pour sécuriser la Libye par Carine Fouteau


24 Novembre 2013

Les pays de l’Union européenne investissent des centaines de millions d’euros pour renforcer les frontières libyennes, de peur que l’instabilité de ce pays n’enflamme la région et n’encourage les migrations vers le vieux continent. Mediapart s’est procuré un rapport confidentiel de la diplomatie bruxelloise qui détaille l’ensemble des actions engagées pour « sécuriser » la Libye. Le secteur privé de la sécurité est en ordre de bataille.
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Défaillance des institutions, concurrence entre groupes armés, frontières poreuses, trafics en tout genre : les États membres de l’Union européenne s’inquiètent au plus haut point du chaos régnant en Libye depuis la chute de Mouammar Kadhafi. Ils y investissent des centaines de millions d’euros pour tenter d’éviter que les perturbations ne s’étendent à l’ensemble de la région déjà passablement instable. Et pour empêcher les migrants d’arriver sur les côtes européennes, ils essaient de les bloquer en amont. Mediapart s’est procuré un rapport non public du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), le corps diplomatique de l’Union européenne, représenté par la Britannique Catherine Ashton, qui détaille les multiples actions engagées pour « sécuriser » ce pays.

Au même titre que les armes et la drogue, les personnes fuyant la guerre ou la misère sont considérées comme des éléments d’insécurité. Au moment où les dirigeants européens s’émeuvent du sort des naufragés de Lampedusa, ils finalisent le déploiement d’une mission – EUBAM – dont l’un des objectifs principaux est de renforcer les frontières extérieures libyennes (maritimes au nord sur 1 800 kilomètres, terrestres au sud, à l’est et à l’ouest sur 4 000 kilomètres et aériennes). Des opérations de formation des forces de l’ordre (policières et militaires) sont prévues à grande échelle, ainsi que du conseil à l’acquisition d’équipements de surveillance.


Dans le cadre de relations bilatérales, des pays comme l’Italie et la France sont en première ligne, Rome allant jusqu’à fournir directement du matériel, tel que des bateaux, des véhicules 4×4, des détecteurs de métaux ou des systèmes de contrôles électroniques. Malgré la recrudescence des violences – plus de 40 Libyens ont été tués et des centaines blessés vendredi 15 novembre à Tripoli lors d’une manifestation –, la mission n’est pas remise en cause, selon le SEAE interrogé par Mediapart.


Ce rapport de plus de 200 pages (le consulter dans sa version anglaise), daté du 18 avril 2013, que la diplomatie bruxelloise a voulu garder confidentiel parce qu’il recèle des informations stratégiques susceptibles de « porter atteinte aux intérêts de l’UE ou de l’un ou de plusieurs États membres » selon la terminologie officielle, dresse un état des lieux d’un pays au bord de l’anarchie. Pas moins de 240 000 ex-combattants attendent une forme de « récompense » à la suite de leur participation au renversement du régime précédent. Parmi eux, 20 000 ont joué un rôle décisif, mais presque tous espèrent être intégrés dans les actuelles forces de sécurité. Certaines brigades nourrissent des ambitions politiques : elles veulent peser sur l’avenir du pays et refusent de rendre les armes.


« Le gouvernement ne dispose pas du monopole de la force en Libye », insistent les rédacteurs du rapport. La situation aux frontières est particulièrement dégradée. Après une mission de repérage conduite entre le 1er mars et le 31 mai 2012, les autorités européennes reviennent avec la conviction que les agents chargés du contrôle des frontières, qu’ils soient policiers, militaires, issus de « brigades révolutionnaires » ou de groupes armés locaux, sont globalement incompétents – il leur est reproché de « ne pas connaître les lois en vigueur et la nécessité de les mettre en œuvre ».

D’autres griefs sont avancés : les opérations de contrôle, quand elles ont lieu, ne sont pas coordonnées, le commandement central n’exerce plus de pouvoir sur le personnel excentré et les infrastructures sont vétustes quand elles ne sont pas inexistantes. Dans le collimateur : les 4 000 gardes frontières (sous la tutelle du ministère de l’intérieur), chargés de « lutter contre l’immigration illégale », et les 6 300 douaniers (ministère des finances), supposés « combattre la contrebande ». À l’exception de deux points d’entrée, l’un avec l’Égypte, l’autre avec la Tunisie, la plupart des zones de passage sont considérées comme inadaptées. Seuls quatre endroits sont équipés de scanners, et encore sont-ils de « mauvaise qualité ». Les infrastructures pour détecter la drogue et les armes manquent.


Des dysfonctionnements sont également observés dans l’organisation des 9 000 gardes mobiles (ministère de la défense), corps nouvellement créé pour soutenir les « opérations de stabilisation militaires » et surveiller les zones sur une bordure de 50 kilomètres longeant les frontières. Dans le sud-ouest, souligne le rapport, la zone contrôlée par ces troupes est possiblement infiltrée par le groupe terroriste Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). La Marine, avec ses 6 500 hommes, s’en tire mieux. Elle seule est créditée d’un semblant de professionnalisme, même si au bout du compte son action est estimée « très limitée » au regard des 80 lieux de départ de migrants répertoriés et de l’absence de radar pour surveiller les côtes. Ses opérations de contrôle s’étendent jusqu’à trois miles nautiques au large du rivage. Elle dispose de quatre bateaux de patrouille et de plusieurs « petits bateaux », la plupart desquels sont en « mauvaise condition et inutilisables ». Elle dispose aussi d’un avion et de deux hélicoptères ayant « besoin de maintenance ».


Ces infrastructures ne sont pas de nature à empêcher les migrants de rejoindre l’Europe, via Malte ou l’Italie : en 2013, environ 32 000 personnes3, originaires de la Corne de l’Afrique pour la majorité d’entre elles, ont été « détectées » par l’agence de surveillance des frontières Frontex, après avoir embarqué en Libye ou en Tunisie. Les départs se sont accélérés à la suite des bouleversements politiques qu’ont connus les pays de la rive sud de la Méditerranée en 2011. Craignant que la fragmentation du pouvoir ne se traduise par plus de trafics, les Européens n’ont pas tardé à réagir. Dès la fin de l’intervention militaire sous l’égide de l’OTAN, il a été question d’« aider » la Libye à assurer une « gestion intégrée de ses frontières ». En septembre 2011, en marge d’une réunion à Paris, l’ONU, la Banque mondiale, le FMI et l’UE se sont mis d’accord sur un partage des tâches (frontière, sécurité, économie, finances publiques et société civile). En février 2013, une conférence, de nouveau organisée à Paris, a confirmé cette orientation.


Les sommes mises à disposition sont importantes. Le Service européen pour l’action extérieure estime à 95 millions d’euros le montant de l’enveloppe consacrée par l’Union européenne à la Libye, principalement pour la sécurité et la gestion des migrations, dans le cadre de sa politique de « voisinage », « stabilité » et « développement ». Une rallonge de 25 millions d’euros est envisagée pour le second semestre de cette année. Le budget de 30,3 millions d’euros annuels nouvellement engagé pour « EUBAM Libye »3 vient en plus. Le rapport décrit précisément les priorités de cette mission qui se veut opérationnelle : identifier les besoins les plus pressants en matière de sécurité frontalière, conseiller aux autorités les équipements à acquérir et les former à leur usage, entraîner des bataillons de policiers, de militaires et de douaniers chargés de la surveillance des frontières, travailler en liaison avec les services de renseignement et améliorer le fonctionnement de la chaîne de commandement et la coopération avec les pays voisins.

 
LibyePlan[1]
Carte de la Libye reproduite dans le rapport.Carte de la Libye reproduite dans le rapport..


« Demain, peut-être que l’Europe ne sera plus européenne »


Actuellement composée d’une quarantaine de personnes, cette mission basée à Tripoli a commencé ses travaux en mai 2013. Programmée pour durer deux ans, elle devrait compter jusqu’à 111 membres. Ses activités sont ralenties par la multiplication des troubles : l’équipe évite pour l’instant les déplacements hors de la capitale – ses membres travaillent et sont logés à l’hôtel Corinthia, celui-là même où le premier ministre libyen a été récemment kidnappé. Étant donné les risques encourus, il n’est pas prévu de faire venir les familles des agents recrutés. À moyen terme, l’objectif est de se rendre dans le sud afin de « soutenir » les forces de l’ordre patrouillant dans la zone sahélienne, sous la domination des Toubous et des Touaregs.


« La situation s’est tendue avec l’enlèvement du premier ministre, mais la mission n’est absolument pas remise en cause », assure une source européenne. Des formations ont commencé à l’aéroport international de Tripoli pour améliorer les contrôles d’identité et des douanes ; les officiels en charge des questions d’immigration et de sécurité sont « assistés » par des experts européens pour mettre à plat et réorganiser la chaîne de commandement ; les chefs des administrations bénéficient de séminaires sur la « gestion intégrée des frontières ». « Nous ne fournissons pas de matériel, indique cette source. Les Libyens sont demandeurs, mais nous ne souhaitons pas nous engager sur cette voie. »


Quelques initiatives sont prévues pour encourager les autorités à prendre en compte les droits de l’homme dans leurs procédures, mais l’approche générale est militaro-sécuritaire, dans la mesure où l’interpellation des trafiquants et des migrants « illégaux » est la priorité. En ce sens, les opérations menées par EUBAM sont complémentaires de celles de Frontex (89 millions d’euros en 2012) et d’Eurosur (244 millions entre 2014 et 2020), le tout nouveau système de surveillance des frontières. Chacun à leur manière, ces trois dispositifs visent à renforcer les contrôles.


Dans le cadre de relations bilatérales, divers États prennent leur part dans ce verrouillage. L’Italie, pour des raisons historiques (liées à l’histoire coloniale) et géographiques (découlant de la proximité), est sur la brèche, avec au moins 280 millions d’euros dégagés sur une année. En plus de l’achat de matériel et des formations nécessaires à son utilisation et son entretien, ce pays se propose de restaurer les patrouilles maritimes libyennes, d’aider au « management » des migrants et d’apporter son appui aux garde-côtes, aux douaniers et aux policiers chargés de la vérification des documents de séjour et des activités anti-drogues.


La France, de son côté, cible ses actions sur les douanes, la protection des personnalités, la Marine, l’aviation et le déminage. Cela passe par des cours aux agents des services des douanes en partenariat avec l’Institut français de Tripoli, des entraînements pris en charge par le ministère de l’intérieur français au métier de “garde privé” de VIP et des formations de pilotes à l’École de l’air de Salon-de-Provence (pour des durées de quatre ans), d’officiers de la Marine à Toulon (seize mois) et d’officiers à l’École de guerre à Paris.


Hors UE, d’autres pays participent. En raison de sa connaissance des enjeux migratoires avec le Mexique, le département d’État américain contribue à différentes opérations à hauteur de 20 millions de dollars. La Turquie, la Jordanie, le Qatar et les Émirats arabes unis mettent au pot, soit en formant des policiers ou des militaires libyens, soit en envoyant des équipements spécifiques. Le site EUobserver.com3, qui a également eu accès au rapport émanant du SEAE, souligne que ces investissements ne sont pas « philanthropiques ». Les États sont en compétition pour placer leurs entreprises. Les ressources pétrolières libyennes ainsi que les possibles débouchés technologiques aiguisent la concurrence.


Évincé de l’Irak et sur le point de l’être d’Afghanistan, le secteur privé de la sécurité est en ordre de bataille pour décrocher le contrat de sécurisation de EUBAM. Une dizaine de sociétés seraient en lice, selon les sites Intelligence Online3 et Maghreb Confidentiel3 : les britanniques AKE Group (via sa filiale Global Skills), Control Risks, G4S, Hart, Aegis et Blue Hackle, les français Arcos, Geos, Amarante et Gallice, le canadien GardaWorld, ainsi que Argus Security, enregistré à Chypre. L’enjeu n’est pas négligeable puisque la mission prévoit de consacrer entre 20 et 25 % de son budget à la seule protection de son personnel, selon ces sites.


Le business de la sécurité et du contrôle des frontières n’est pas nouveau. Mouammar Kadhafi est le premier à avoir compris que la question migratoire était centrale pour l’UE et à en avoir fait un sujet de chantage. En août 2010, il avait exigé 5 milliards d’euros à l’Union européenne, faute de quoi il avait menacé de ne plus faire barrage aux Africains subsahariens. « Demain, peut-être que l’Europe ne sera plus européenne et même noire car ils sont des millions (d’Africains) à vouloir venir », déclarait-il à Rome lors d’une cérémonie avec Silvio Berlusconi, évoquant le spectre d’« invasions barbares ». En partie entendu, le leader libyen a pu, à différents moments, accroître les contrôles aux frontières maritimes, mais il n’est jamais parvenu à les rendre aussi étanches que les États membres de l’UE l’auraient souhaité.


L’immense frontière terrestre, qui s’étend sur des zones désertiques, n’a quant à elle jamais fait l’objet de surveillance efficace : armes, munitions, drogue, migrants et médicaments contrefaits y circulent depuis des années. La mort de Kadhafi n’y a rien changé, elle a même empiré la situation en donnant davantage de latitudes aux milices et aux tribus locales organisant les trafics.