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Moyen-Orient

SAMEDI 11 FÉVRIER 2017

Moyen Orient : tout a été mis en place en 1916 pour que la région ne soit plus jamais pacifiée

 

« L’accord Sykes-Picot est l’une des causes majeures du chaos actuel au Moyen-Orient »



Entretien avec James Barr, 

professeur d'histoire moderne à Oxford et auteur d'"Une ligne dans le sable".
 
Le livre est tout simplement passionnant: «Une Ligne dans le sable», de James Barr, professeur d’histoire moderne à Oxford, est une analyse fascinante des relations entre la France et l’Angleterre, sur la question du Moyen-Orient. Tout s’explique: le chaos actuel, les conflits constants, les revendications permanentes. Car l’accord Sykes-Picot, en pleine Première Guerre Mondiale, n’a rien résolu. Bien au contraire.
 
Selon James Barr, tout a été mis en place en 1916 pour que la région ne soit plus jamais pacifiée. La Syrie en feu, le terrorisme, la question de Jérusalem, le problème du Canal de Suez, tout se mêle. A lire «Une Ligne dans le sable», on comprend que rien ne pouvait se dérouler autrement:les grandes puissances coloniales, au début du XXe siècle, ont créé un monstre, le Levant. Et ont mis en place les conditions parfaites pour une guerre sans fin. Une lecture essentielle pour comprendre les enjeux de cet Orient ravagé.
 
BibliObs. Qu’est ce que l’accord Sykes-Picot?
 
James Barr. C’est un traité qui a été négocié à la fin de 1915 et signé le 16 mai 1916, en pleine guerre mondiale, pour se partager les dépouilles de l’Empire Ottoman, un accord entre la Grande-Bretagne et la France – mais également la Russie. La Grande Bretagne était représentée par Mark Sykes, un membre du parlement, conservateur, et la France par François Georges-Picot, diplomate. Ce dernier était le fils de Georges Picot, historien, biographe et avocat.


Au lieu de suivre les traces de son père, François Georges-Picot a préféré rejoindre le Quai d’Orsay, en 1898, l’année de Fachoda. Il me semble que cet «incident» a été formateur, pour lui. Il a été très choqué par la façon dont la France avait reculé, à Fachoda. Sa façon de négocier sera désormais influencée par cet événement historique: il va devenir un négociateur très dur. Voilà pour les acteurs. En ce qui concerne le terrain, l’accord partageait le Moyen-Orient en deux, selon une ligne droite qui allait «du A de Acre jusqu’au dernier K de Kirkouk», selon Sykes – ce sont ses propres mots, tels qu’ils apparaissent dans les minutes de la réunion.
 
Deux zones d’influence, donc ?
 
Oui. Au Nord de cette ligne, la zone française. Au Sud, la zone anglaise. A l’intérieur de ces deux zones, il y avait des territoires soumis à un contrôle direct, comme le Liban et une frange côtière de la Syrie, sous administration française, tandis que le reste, la «zone arabe» (Damas, Alep, Mossoul) était «zone d’influence». Côté britannique, il y avait Acre, le Koweït, la Mésopotamie sous administration directe, le sud de la Syrie ainsi que la Jordanie, avec la Palestine, sous «influence». Ajoutons les ports, Haïfa, Saint-Jean-d’Acre et Jérusalem. Des villes comme Bassora et Bagdad se retrouvaient dans la partie britannique.
 
La ligne de partage avait-elle une logique ?
 
Pas vraiment. C’était, comme le dit le titre de mon livre, «Une ligne dans le sable». En revanche, il y avait une logique politique. C’était, pour les Anglais, d’éviter que les Français puissent accéder aux cités sacrées, Médine et La Mecque. L’Angleterre, alors, se considérait comme la plus grande puissance du monde musulman. Il y avait un plus grand nombre de musulmans dans l’Empire Britannique que n’importe où ailleurs, si on prenait en considération l’Égypte, le Soudan, l’Inde.
 
Les Français, eux aussi, avaient une importante population musulmane et étaient vaguement convaincus de pouvoir contrôler leurs territoires en ayant Damas dans leur escarcelle. Les Anglais voulaient établir une bande de territoire allant de la Méditerranée jusqu’au Golfe Persique et éloigner les Français de ce qui est aujourd’hui l’Arabie Saoudite, de la Mer Rouge et du Golfe Persique. Cette bande, c’était la voie de passage pour l’Inde, bastion important de l’Empire Britannique. Donc, non, la ligne de partage n’avait pas de rationalité autre qu’une idée simpliste: tout ça, c’est du sable, on trace un trait, on ne tient pas compte des territoires des tribus, du lit des fleuves, des voies de communication, de la géographie. C’est une ligne purement géométrique. Tout a été fait avec désinvolture.
 
Mais les choses ont changé…
 
Plus tard, les Anglais ont réalisé qu’il y avait d’importants gisements pétroliers au Nord de la ligne. A la fin de la première Guerre Mondiale, ce pétrole est devenu un enjeu. Car les Anglais se sont dit qu’en cas d’une autre guerre mondiale, il ne serait pas dit que les Américains viendraient à la rescousse. Il fallait donc s’assurer des sources d’approvisionnement en pétrole, notamment en Irak. La marine britannique – la plus puissante du monde – avait un besoin absolu de ce pétrole.
 
Donc, après la guerre, quand Lloyd George a rencontré Clemenceau, en décembre 1919, les négociations ont repris; Clemenceau avait besoin de Lloyd George pour récupérer l’Alsace-Lorraine, et, en échange, il a cédé Mossoul et la totalité de la Palestine. A vrai dire, la question du Moyen-Orient n’intéressait pas tellement Clemenceau. Lloyd George, lui, avait eu une éducation religieuse, et, pour lui, les lieux saints avaient de l’importance. De plus, il y avait un intérêt stratégique: protéger le Canal de Suez.   
 
La question religieuse a joué entre Sykes et Picot? 
 
Certes. Pour les Français. Ceux-ci avaient la réputation d’être les protecteurs des lieux saints. Pour certains Anglais, comme Sykes, toute cette région n’était peuplée que de barbares, qui, selon ses propres mots, «ne jouent même pas au cricket».
 
Peut-on dire que tous les problèmes actuels proviennent de cette mainmise européenne sur le Moyen-Orient? 
 
Ce n’est pas la seule raison, mais l’accord Sykes-Picot est l’une des causes majeures du chaos actuel. Ainsi, Sykes et Picot n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur l’avenir de la Palestine. Sykes voulait ce territoire pour des raisons stratégiques, et Georges-Picot mettait en avant les raisons religieuses et historiques. Détail important: l’accord a été signé par Georges-Picot à l’encre noire, et Sykes l’a signé… au crayon noir. Voilà qui dit tout.
 
Et les Juifs ?
 
Les Anglais ont immédiatement pris contact avec les sionistes, pour les aider à remettre en question l’accord, dès sa signature. Il faut se replacer dans l’époque: l’impérialisme était de plus en plus critiqué, notamment par les Etats-Unis. Les Anglais voulaient stopper cette ingérence américaine, et c’est ainsi qu’ils ont approché les Sionistes, en leur promettant la Palestine. Ceux-ci voulaient y créer un état juif, et, sous le parapluie anglais, cet état ferait pièce aux ambitions des Français et des Américains. D’où la déclaration Balfour, le 2 novembre 1917: «Le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif…»
 
La Syrie, elle, posait un problème particulier: vide du pouvoir, assassinats en série, chaos… C’est presque la situation d’aujourd’hui?
 
Depuis toujours, la Syrie est un Etat instable, sauf pour la période Assad – quelle que soit l’opinion qu’on ait de cette famille. La Syrie a toujours été un terrain d’affrontement entre grandes puissances. En 1957, par exemple, les Anglais et les Américains ont tenté de se débarrasser du gouvernement syrien, pro-soviétique, et de le remplacer par une bande de personnages de droite, avec l’appui des Irakiens. Le plus curieux, c’est qu’en Syrie, il n’y a pas de pétrole, et que la seule source de conflit, c’est l’emplacement de ce pays, qui est un carrefour entre différents pays, différentes nations.
 
Rien de neuf, donc, dans cette région. En 1916 et dans les années suivantes, on voit tout ce qui va arriver plus tard: le terrorisme, le gazage des populations, les massacres.
 
L’Histoire ne se répète pas vraiment. Aujou rd’hui, on pense au terrorisme islamique, ou arabe. Il y a eu du terrorisme arabe dans les années 30, certes, mais le terrorisme sioniste des années 40 a été très efficace.
 
Oui, mais le terrorisme sioniste répondait à une stratégie précise, frapper les centres de commande. Le terrorisme actuel est aveugle…
 
Les terroristes sionistes avaient des buts, et une idée très précise de leur action. Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient. Le message est terrible: le terrorisme paie. Vu l’agitation arabe, le gouvernement de Sa Majesté a mis des quotas très stricts pour l’immigration juive, restreignant notamment l’arrivée des Juifs d’Europe Centrale en 1939. Pour les sionistes, c’était intolérable.
 
Vous avez découvert qu’après la deuxième Guerre Mondiale, les Français ont secrètement fait parvenir des armes aux sionistes… 
 
L’idée était d’expulser les Britanniques de la Palestine. Les relations entre les Français et les Anglais étaient alors mauvaises. Les archives anglaises, récemment déclassifiées, montrent que ces livraisons d’armes étaient importantes. Et la raison de ces agissements, c’est le conflit latent entre les deux pays, conflit qui n’a cessé depuis l’accord Sykes-Picot. En livrant ces armes, les Français se vengeaient des avanies que leur avaient fait subir les Anglais dans les colonies. Notamment à Beyrouth et Damas, pendant la guerre.
 
Vichy a soutenu le groupe Stern, contre les Anglais. En 1948, la France a commencé à livrer beaucoup d’armes aux Juifs. Donc, on peut dire que la République Française a grandement participé à l’établissement de l’Etat d’Israël. L’autre raison des Français, alors, c’est l’apparition d’un nationalisme algérien, qu’il fallait mater. Un Etat juif serait donc un bon contrepoids, un allié. De Gaulle n’était pas spécialement pro-juif, mais les intérêts supérieurs de la politique dictaient ce choix. Ajoutons que le général a été très maltraité au Levant par Edward Spears, l’envoyé spécial de Churchill, qui le considérait comme un agitateur.
 
L’accord Sykes-Picot a généré un chaos, et un personnage aussi trouble que le mufti Al-Husseini a profité de ce désordre…
 
Le cas du mufti, qui a fondé une légion de SS arabes et qui a rencontré Hitler, est intéressant. Il a introduit les nazis dans le jeu du Moyen-Orient. Leur but, évidemment, était de chasser les Juifs, de s’emparer des champs pétroliers de la Mer noire, de priver la marine anglaise de la ressource pétrolière, et de faire jonction avec l’Inde, pays occupé par les Japonais. Par chance, le plan n’a pas pu être réalisé. Sinon, c’était une catastrophe…
 
Au fond, l’accord Sykes-Picot est le début de la décomposition des empires…
 
La guerre de 14-18 mettra à mort trois empires: l’empire russe, l’empire ottoman, l’empire de Prusse; c’est aussi le début de la fin des empires français et britanniques. Ce qui frappe aujourd’hui, dans l’accord Sykes-Picot, c’est l’extrême dédain manifesté pour les peuples concernés. On crée des zones d’influence sans prendre en compte les intérêts des populations, on crée des frontières qui seront toujours sources de conflits, on ne respecte jamais les aspirations nationales, c’est juste un jeu de cartes.
 
J’ajoute que Georges-Picot était un diplomate professionnel rigide, tandis que Mark Sykes n’y connaissait pas grand-chose, et était simplement arrogant. A eux deux, ils ont mis en place les conditions idéales pour que nul ne soit satisfait. Ils ont inventé une paix qui ressemble fortement à la guerre.
 
Propos recueillis par François Forestier
Une ligne dans le sable, par James Barr, 
traduit par Johan Frederik Hel Guedj, 
 

Publié par  El Diablo

YÉMEN: 10.000 civils tués par l'Arabie Saoudite dans l'indifférence générale

YÉMEN: 10.000 civils tués par l'Arabie Saoudite dans l'indifférence générale

Le bilan du nombre de civils tués au Yémen, où une coalition menée par l'Arabie saoudite mène depuis mars 2015 des frappes aériennes pour défendre le pouvoir en place face à une rébellion, a encore été réévalué ce lundi à la hausse par l'ONU.

Cette guerre dont l'Occident ne parle pas. Et pourtant, pas moins de 10.000 civils ont été tués au Yémen depuis le début de l'intervention d'une coalition menée par l'Arabie saoudite en mars 2015, a indiqué ce lundi 16 janvier un porte-parole de l'ONU. Les Nations unies ont ainsi revu à la hausse leur estimation du nombre de victimes civiles (7.000 auparavant).

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS

Yémen : 10.000 civils tués dans l'indifférence générale

Yémen : 10.000 civils tués dans l'indifférence générale

Le bilan du nombre de civils tués au Yémen, où une coalition menée par l'Arabie saoudite mène depuis mars 2015 des frappes aériennes pour défendre le pouvoir en place face à une rébellion,...

 

http://www.marianne.net/yemen-10000-civils-tues-in

ÉTAT ISLAMIQUE – L’effet «boomerang» de l’aventure syro-irakienne

 

18 Janvier 2017

ÉTAT ISLAMIQUE – L’effet «boomerang» de l’aventure syro-irakienne


ON DECEMBER, 2016 ISLAMIC STATE

 

Les États européens ont déclaré la guerre à l’État islamique (EI) et l’État islamique réplique ; et il faut être bien peu perspicace pour refuser l’équation : la politique étrangère agressive menée dans le Monde arabo-musulman expose au terrorisme islamiste les populations des États impliqués.

Que ce soit à l’échelle européenne ou française, le phénomène est avéré depuis longtemps : l’Espagne a été frappée en 2004 en raison de son engagement en Irak aux côtés des Américains, et les attentats ont cessé dès qu’elle a annoncé son retrait du bourbier irakien.

 

Il en est de même de la Grande-Bretagne, frappée en 2005, pour les mêmes raisons.

 

Enfin, toutes les tueries perpétrées en France, en Belgique, en Allemagne… ont été revendiquées par l’État islamique comme des actes de représailles aux bombardements français en Syrie et en Irak.

 

En réalité, si la France a été épargnée pendant plus de quinze ans (de 1996 à 2012), ce n’est pas tant grâce à l’excellence de ses services de renseignements, mais essentiellement parce que ses gouvernements successifs ont soigneusement évité toute intervention militaire dans le monde arabe et musulman.

 

L’épisode emblématique de cette politique fut l’opposition farouche de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin à l’invasion de l’Irak en 2003, invasion dont tout le monde s’entend aujourd’hui pour affirmer qu’elle a été la source de tous les malheurs terroristes que l’Occident endure aujourd’hui.

 

Faute de vision globale, la fin de l’année 2016 est placée sous le signe de « l’Alerte Attentat ». C’est que certains ont la mémoire courte et regardent défiler l’histoire avec les ornières de l’actualité.

 

Petit rappel des faits concernant l’effet boomerang des interventions militaires, car le phénomène n’est pas nouveau mais, hélas, récurrent…

 

En France, les années 1980 sont marquées par une série d’attentats perpétrés à l’étranger puis sur le territoire national par des réseaux proches de l’Iran et du Hezbollah libanais. Ainsi, la France subit l’attaque la plus meurtrière (58 morts), qui vise l’armée française, à Beyrouth, le 23 octobre 1983, en raison de sa présence militaire au Liban et de son soutien à l’Irak de Saddam Hussein en guerre contre l’Iran de Khomeiny (1980-1988).

 

La France riposte à l’attentat du Drakkar [ndlr : l’immeuble Drakkar, situé dans le quartier de Ramlet El Baida à Beyrouth] par l’opération Brochet, le 17 novembre 1983, en bombardant une position des Gardiens de la révolution islamique et du Hezbollah dans la plaine de la Bekaa au Liban. Dès lors, la guerre s’exporte sur le territoire national, avec une dizaine d’attentats perpétrés par le réseau de Fouad Ali Saleh (arrêté en 1987) pour le compte du Hezbollah libanais.

 

Ces attentats visaient prioritairement à faire cesser le soutien militaire de la France à l’Irak.

 

L’attentat de la rue de Rennes (17 septembre 1986), dans le 6e arrondissement de Paris, est le dernier de la série (7 morts et 55 blessés). Le terrorisme islamiste chiite contre la France s’éteint avec la fin du soutien militaire français à l’Irak.

 

Au cours des années 1990, c’est le soutien de la France au régime algérien qui suscite l’ire des islamistes et déclenche une série d’attentats de représailles dont l’instigateur principal est le GIA (Groupe islamique armé).

 

La série débute avec l’assassinat de cinq Français à Alger, en août 1994, et le détournement d’un avion d’Air France, en décembre 1994. Elle se poursuit avec des attentats à la bombe à Paris et Villeurbanne entre juillet et octobre 1995, dont le bilan est de 8 morts et près de 200 blessés. Elle se termine avec l’enlèvement et l’assassinat, en mars 1996, de sept moines du monastère de Tibhirine et l’attentat du RER, gare de Port Royal, à Paris, le 3 décembre 1996.

 

Ces divers attentats s’inscrivent dans le contexte de la guerre civile algérienne, mais ne donnent lieu à un ajustement de la position française qu’après l’élection à la présidence de la République de Jacques Chirac, en 1995. Les attentats cessent dans la foulée.

 

La vague terroriste des années 2010 survient dans un contexte géopolitique méditerranéen bouleversé par le « Printemps arabe » (2011).

 

Allant à contre-courant de leurs prédécesseurs, les présidents Sarkozy et Hollande opèrent un virage à 180 degrés en optant d’une part pour un atlantisme préjudiciable (réintégration du commandement de l’OTAN) et pour un interventionnisme plus que discutable : en Libye d’abord (2011 – le pays est aujourd’hui en voie de « somalisation »), au Mali ensuite (2013 – en dépit des effets d’annonce, les opérations Serval et Barkhane n’ont pas enrayé le chaos qui, après avoir mis le nord du mali à feu et à sang, gagne à présent le centre du pays), puis en Syrie et en Irak (depuis 2014) ; sans compter le retour militaire de la France en force, en Afrique subsaharienne : en Centrafrique, au Cameroun, au Tchad, au Niger, au Burkina Faso et même au Nigéria ; toutes ces « coopérations militaires », qui ont remis au goût du jour le souvenir de l’armée coloniale, suscitant colère et ressentiment chez les populations locales.

 

Mais c’est l’expérience syro-irakienne qui s’est révélée la plus marquante, par l’ampleur de son impact en termes de radicalisation et de terrorisme.

Jamais il n’y a eu autant de départs pour le djihad armé, d’attentats, de tentatives d’attentats et, surtout, de victimes françaises. Alors même que l’engagement en Syrie et en Irak était censé sanctuariser le territoire national et protéger la population en amont…

 

Plus de deux ans après le début des opérations, l’engagement français présente un bilan plus que mitigé. Démentant chaque jour la communication gouvernementale, les résultats sont loin d’être satisfaisants.

 

En outre, alors que les États-Unis assument l’essentiel de l’effort de guerre et que la France ne pèse pas lourd dans la Coalition internationale menée par Washington (à peine 5%), le gouvernement Hollande continue de se présenter, médiatiquement, comme un acteur majeur dans « la lutte contre le terrorisme » dans cette région du monde.

 

En mettant en œuvre la doctrine de « Lead from Behind » (« diriger depuis l’arrière »), les Américains ont réussi l’exploit de faire porter sur la France 90% du risque terroriste, alors que les États-Unis assurent 90% de l’effort de guerre. De plus, tous les moyens militaires mobilisés sont placés, d’une manière ou d’une autre, sous le contrôle opérationnel des Américains, ce qui limite considérablement la marge de manœuvre française et fait passer au second plan la défense même des intérêts de la France.

 

Pis encore : la position française est devenue intenable depuis 2015, date de l’entrée en scène tonitruante des Russes aux côtés du régime syrien. L’argument politique qui a motivé depuis le début l’engagement militaire français, à savoir l’hostilité gesticulante du président Hollande à l’égard de Bachar al-Assad, est devenu inaudible, absurde, surtout avec l’évolution notable de la position américaine et l’élection de Trump.

 

Ainsi, tandis que la France aura dépensé cette année (2016) près de 400 millions d’euros pour assumer les coûts de l’opération Chammal en Syrie et en Irak, Paris se retrouve politiquement marginalisée et exclue des pourparlers concernant le règlement du conflit en Syrie…

 

Mais toujours aussi menacée, et plus que jamais exposée au risque terroriste.

23 décembre 2016

YEMEN - 20 mois de conflit - Plus de 3 millions de personnes ont dû fuir - Une coalition dirigée par l'Arabie Saoudite - Des bombardiers vendus par la France

 

Crise au Yémen - Oxfam appelle à la solidarité avec le peuple yéménite -

 

Après vingt mois d’un conflit dévastateur, le Yémen est au bord de la famine. Des milliers de personnes ont été tuées et plus de 3 millions ont dû fuir les violences. Plus de la moitié du pays n’a pas de quoi manger à sa faim. Nous apportons une aide d’urgence à la population, mais avons besoin de vous pour renforcer notre intervention humanitaire.

 

Lire la suite ci-dessous.

 

Crise au Yémen

Crise au Yémen

 

Après vingt mois d'un conflit dévastateur, le Yémen est au bord de la famine. Des milliers de personnes ont été tuées et plus de 3 millions ont dû fuir les violences. Plus de la moitié du p...

 

https://www.oxfam.org/fr/urgences/crise-au-yemen

 

Infos : Le conflit au Yémen a fait plus de 7.000 morts et près de 37.000 blessés depuis près de 21 mois, selon l'ONU.

 

Une coalition dirigée par l'Arabie Saoudite, grande démocratie et pays des droits de l'Homme selon les puissances occidentales, qui détruit le peuple yéménite.

 

Des avions bombardiers.  Ainsi on apprend qu'un bombardier marocain (F16) a disparu :

 

"  L’armée marocaine a annoncé hier via un communiqué relayé par l’agence MAP qu’un "avion F16 faisant partie de l’escadrille des Forces Armées Royales (FAR) mise à la disposition de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite pour la restauration de la légitimité au Yémen est porté disparu depuis ce dimanche à 18h00 locales". L’identité et le sort du pilote marocain n’ont pas été communiqués par voie officielle." (Huffington Post)

 

Sur RFi Afrique on apprend :

 

Sur leur engagement dans la guerre au Yémen, les armées africaines méritent bien le surnom de « grandes muettes », car à ce jour, seuls le Soudan et le Maroc reconnaissent avoir engagé des hommes sur le terrain. 850 soldats soudanais font du maintien de l'ordre dans les territoires contrôlés par le gouvernement yéménite. Le Maroc, de son côté, a engagé 6 chasseurs bombardiers F-16 dans les combats, et en a déjà perdu un, avec son pilote, l'année dernière, abattu par les rebelles.

 

Du côté du Sénégal, on reconnaît avoir promis 2 100 soldats, mais une source gouvernementale insiste pour dire qu'ils ne sont pas encore déployés. De même pour la Mauritanie, qui a mis 600 hommes à la disposition de la coalition. Au Tchad, les rumeurs vont bon train sur la taille d'une possible force militaire, mais le gouvernement, interrogé par RFI, répond qu'il n'a aucun commentaire à faire.

 

Neuf autres pays africains font partie de la coalition. Des soldats africains sont d'ores et déjà présents dans la région dans le cadre des manoeuvres « Tonnerre du Nord » lancées en février par l'Arabie saoudite et qui se sont achevées ce jeudi en présence d'Idriss Déby, de Macky Sall, d'Omar El-Béchir et de Mohamed Ould Abdel Aziz. Mais pour l'instant, on ignore le détail des promesses faites aux Saoudiens, ainsi que les contreparties, sans doute financières selon un analyste, convenues avec Riyad.

 

Un habitant de la ville de Taez au Yémen passe devant un bâtiment détruit.@ AHMAD AL-BASHA / AFP

Un habitant de la ville de Taez au Yémen passe devant un bâtiment détruit.@ AHMAD AL-BASHA / AFP

Le conflit du Yemen vu d'Algérie (Le Temps d'Algérie)

Conflit du Yémen: Le silence assourdissant de la ligue arabe

Conflit du Yémen: Le silence assourdissant de la ligue arabe

Le conflit armé opposant la coalition arabe dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen continue, et peu de pays tentent de mettre fin au génocide. Ni la Ligue arabe qui évite de mettre la monarchi...

http://www.letempsdz.com/index.php/129-international/187348-conflit-du-y%C3%A9men-le-silence-assourdissant-de-la-ligue-arabe

Une bonne nouvelle : la Croix rouge confirme que tous les blessés ont été évacués des hôpitaux d’Alep est

 

22 Décembre 2016

Cette évacuation des blessés et de la majeure partie de la population civile d’Alep est une réussite, elle a été à la base de la rencontre à Moscou de l’Iran, la Turquie et la Russie, sa réussite était en effet un préalable à toute négociation diplomatique sur la paix, une garantie et un prélude à l’ouverture d’un dialogue entre Bachar El Assad et les rebelles qui n’appartiennent pas à des groupes radicaux comme l’Etat islamique ou Al Qaida. On peut donc saluer cet épisode tant pour des raisons humanitaires que pour une sortie de crise négociée en Syrie
 
(note et traduction de Danielle Bleitrach)
Environ 25 mille personnes évacuées de la ville syrienne après la victoire de l'armée syrienne, le 15 Décembre.

Environ 25 mille personnes ont été évacuées de la ville syrienne après la victoire de l’armée syrienne, le 15 décembre. | Photo: EFE

L’organisation a déclaré via Twitter que tous les hôpitaux étaient vides.

 

La délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé mercredi que l’évacuation de tous les malades et blessés des hôpitaux dans la partie orientale de la ville syrienne d’Alep avait pris fin.

 

L’organisation a indiqué via son compte Twitter que tous les patients ont été évacués et le dernier centre médical dans l’est d’Alep n’héberge aucun patient.

Les données de la Croix-Rouge confirment que quelque 25.000 personnes ont été évacuées de l’est d’Alep dans les quatre jours après le 15 décembre, date à laquelle l’armée syrienne a repris les quartiers Est d’Alep confirmant ainsi sa libération.

 

La sortie des citoyens d’Alep est un fait fondamental pour que l’on puisse envisager une solution politique à la catastrophe humanitaire de Syrie, a déclaré l’analyste international Jessica Alba Lillian Ulloa.

 

Derrière l’imam réfugié aux Etats-Unis, ce sont ces derniers qui sont désignés par la presse turque comme instigateurs de l’assassinat 

 

22 Décembre 2016

L’homme qui a assassiné l’ambassadeur russe Andrey Karlov est «évidemment» un membre de l’organisation terroriste de Fethullah Gülen (FETO) a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan en citant l’arrière-plan et les connexions du tueur comme « preuve ». La question demeure: que peut-on attendre d’Erdogan? Il est incontestablement la clé de la paix en Syrie et c’est ce qui explique l'« ouverture » de Poutine parce que si Erdogan le veut le conflit s’arrête vu qu’il a été celui qui l’a alimenté.

– Le Président Syrien Bashar Al Assad a dit un jour à Erdogan:


« Le terrorisme n’est pas une carte politique que vous pouvez jouer et que vous conservez comme un bâton dans votre poche. C’est un scorpion. Ça va te piquer un jour. » Beaucoup de choses dépendent d’Erdogan : s’il accepte d’arrêter d’armer et de financer ses amis à Idlib et dans le reste de la Syrie et s’il ferme la frontière turco-syrienne, le conflit s’arrêtera immédiatement. Parce que les saoudiens et le Qatar passent par lui pour avoir des armes et des fournitures à transmettre à leurs protégés. Poutine ne l’ignore pas, pas plus qu’il n’ignore le rôle qu’Erdogan a joué dans les zones musulmanes et tatares de la Russie. Est-ce que Poutine a assez de cartes en main pour que l’alliance avec ces scorpions que sont l’Iran et la Turquie débouche sur la paix, en tous les cas, ils sont la clé et en particulier Erdogan qui a sciemment entretenu la guerre et que seul le lâchage des Etats-Unis et de l’Europe aujourd’hui pousse vers la paix.

 

« L’assassin de l’ambassadeur russe est évidemment un membre de FETO. Il n’y a pas besoin de le cacher », a déclaré M. Erdogan lors d’une conférence de presse avec son homologue albanais.

 

« Où il a grandi, et toutes les connexions révèle ce [appartenance FETO], » le leader turc a ajouté.

 

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Erdogan a déclaré que les liens internationaux de l’assassin ont été étudiés par l’Organisation turque du renseignement national (MIT).

 

Mardi, un jour avant les remarques d’Erdogan, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu a dit à son homologue américain John Kerry par téléphone que les disciples de l’imam en exil  Fethullah Gülen étaient impliqués dans l’assassinat de l’ambassadeur russe.

A la suite de quoi le Secrétaire Kerry a émis  « des préoccupations au sujet de la rhétorique qui est celle de la Turquie à l’ égard de la participation ou du soutien américain – tacite ou autre – pour cet assassinat indicible hier en raison de la présence de M. Gülen ici aux Etats-Unis, »  Le porte – parole du Département d’Etat américain  John Kirby a fait une déclaration aux journalistes, en soulignant que « c’est une allégation ridicule, absolument fausse, il n’y a aucun fondement de vérité de que ce soit. »

 

l’Ambassadeur Andrey Karlov a été abattu alors qu’il prononçait un discours lors d’une exposition à Ankara lundi par Mevlüt Mert Altintas, un officier de police turque. 12 suspects au total  ont jusqu’à présent été arrêtés en relation avec l’assassinat.

 

Les nombre des accusations qui mettent en relation  FETO avec l’assassinat du diplomate russe est de plus en plus élevé et parle de plus en plus fort, avec des médias turcs mettant en évidence les liens possibles de Gulenist avec l’assassinat de Karlov.

 

Dans le journal Hurriyet, l’éditorialiste Abdulkadir Selvi a ainsi affirmé peu de temps après l’attaque que le groupe illégal était probablement derrière l’assassinat du diplomate russe. Dans sa chronique, Selvi a déclaré que des questions devraient être posées au sujet de qui a ordonné l’assassinat et qui a aidé le tueur. Selvi a également fait allusion à « une force » ne permettant pas aux relations turco-russes de se développer.

 

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Altintas était régulièrement de service à la  sécurité du président Erdogan lors d’événements publics, selon Selvi, et il a pris une journée de congé lors des événements du 15 juillet, la tentative de coup d’Etat, largement soupçonnée d’avoir été orchestrée par les Gulenists.
 

« Les écoles et les cours qu’il a suivis, jusqu’à son entourage familial, affichent ses connexions avec le FETO, » a aussi écrit Muharrem Sarikaya du quotidien Haberturk. Dans la nuit de l’assassinat, Sarikaya affirme que la police, apparemment l’a abattu parce qu’ils pensaient qu’il aurait pu être un kamikaze.

 

Altintas aurait été impliqué dans une enquête sur le FETO en 2015 et a participé aux réunions des Gulenists dans la province occidentale d’Izmir, selon un rapport publié par Fevzi Kizilkoyun dans le Hurriyet.

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Fethullah Gülen, un imam de 74 ans, était un prédicateur populaire et un allié fidèle d’Erdogan lorsque le dirigeant turc accédait au pouvoir, mais ils sont devenus rivaux. Ankara affirme que Gülen a créé un « Etat parallèle » en Turquie sous la forme d’un réseau de partisans parmi les responsables turcs, et l’accuse d’avoir orchestré le coup d’Etat militaire qui a échoué en juillet.

The Newyorker : La route de Saddam Hussein à Donald Trump par John Cassidy

 

22 Décembre 2016
A l’occasion de la sortie du livre de l’agent de la CIA qui a longuement interrogé Saddam Hussein et de l’élection de Trump, la presse américaine fait un bel effort d’autocritique en ce qui concerne la route qui les a mené de Saddam Hussein à Trump. Peut-être faudrait-il aller plus loin et partir de la guerre froide, de la chute de l’URSS pour voir le monde tel qu’il est et leur propre déclin. 
 
(traduction et note de Danielle Bleitrach pour Histoire et société)

20 Décembre 2016

Bien que le lien entre la guerre pour renverser Saddam Hussein et l’élection de 2016 est indirecte, il est gravé dans l’ histoire.

 

PHOTOGRAPHIE PAR POOL / GETTY

 

Comme les membres du collège électoral se sont réunis à travers le pays le lundi, pour élire le prochain président, il y avait une autre vague d’articles qui cherchaient à expliquer comment un candidat inexpérimenté, dont la cote d’ approbation se situait à 37,5 pour cent le 8 novembre, avait réussi à défaire  un adversaire qui était sénateur ex – Première Dame des États – Unis, et  secrétaire d’État. Mais l’information qui a attiré mon attention n’était  pas directement liée  à l’élection. Ce fut une le compte rendu  nouveau livre de John Nixon, un ancien officier de la CIA, qui était le premier responsable de l’ agence pour interviewer Saddam Hussein après que les forces américaines l’aient capturé alors qu’il se  cachait dans un trou dans le sol près de la ville irakienne de Tikrit, en Décembre 2003.

 

Bien que le lien entre la guerre pour renverser Saddam et l’élection de 2016 soit indirecte, il est gravé dans l’histoire. Sans l’invasion de l’Irak, et la désillusion face à  l’establishment politique américain que ses terribles conséquences a créé, il est difficile de voir comment un démagogue comme Trump aurait jamais pu  gagner du terrain dans la politique nationale.

 

Oui, de nombreux facteurs ont joué dans son ascension au pouvoir: la désindustrialisation, la stagnation des salaires, des ressentiments raciaux, des ressentiments de classe, le sexisme, un média de diffusion craven qui lui a donné d’ énormes quantités de temps d’ antenne gratuit,les  erreurs stratégiques de son adversaire et sa campagne, et Last – l’ intervention de minute de James Comey, le directeur du FBI en effet, le problème pour  essayer d’expliquer la défaite de Hillary Clinton est qu’elle  a été surdéterminée: toutes sortes d’arguments peuvent sembler convaincants. Mais la perception populaire d’un monde détraqué, une perception que les guerres en Irak et en Afghanistan ont contribué à créer, était également un facteur important. Vous pouvez dire au peuple américain pendant toute la journée que ISIS bat en retraite et que, statistiquement, la menace d’être tué dans une attaque terroriste est très faible. Mais quand Trump a dit, au cours de la campagne, « Nous ne gagnons pas plus, » il a eu de l’écho.

 

Quand il a promis de « casser » ISIS, il a été de dire aux gens ce qu’ils voulaient entendre.

 

Trump a également critiqué la guerre en Irak comme une entreprise inutile lors de sa campagne, bien qu’il ait exprimé son soutien  à l’époque. Le livre de Nixon, « Debriefing le Président, » donne plus de munitions aux sceptiques; en effet, une partie de son contenu ne peut pas être décrit comme sensationnel. Il affirme, par exemple, qu’au moment où l’invasion a eu lieu en Mars 2003, Hussein n’a pas été vraiment au npouvoir  en Irak . « Hussein avait  abandonné  le fonctionnement du gouvernement irakien à ses aides au jour le jour et passait  la plupart de son temps à écrire un roman, » James Risen, journaliste du renseignement vétéran du temps , écrit dans la revue. « Hussein décrit lui – même à M. Nixon à la fois comme président de l’ Irak et un écrivain, et se plaint à M. Nixon que l’armée des États-Unis lui ait enlevé son matériel d’écriture, l’empêchant de terminer son livre. »

 

Saddam aurait pu mentir pour essayer de sauver sa peau, bien sûr. Mais Nixon l’a cru, et il était dans une meilleure position que la plupart des autres gens pour évaluer   la vérité. Après avoir étudié le régime irakien à l’école d’études supérieures, il avait passé cinq ans  la  CIA comme « analyste de leadership » sur l’Irak. Nixon en savait tellement sur Saddam qu’, après la capture, il a été amené à pouvoir confirmer son identité. (Une cicatrice et un tatouage a révélé qu’il s’agissait de  l’homme fort irakien) Dans le récit de Nixon, en 2003, loin d’être prépare à déclencher une vague d’armes de destruction massive contre les alliés des États-Unis au Moyen-Orient, Saddam était occupé  avec son vice-président, Taha Yassin Ramadan. « Est-ce que Saddam voulait rester au pouvoir? », Écrit M. Nixon. « Je ne peux parler que pour moi-même quand je dis que la réponse doit être négative. . . . Il ne participait plus au  gouvernement ».

 

 Il est difficile d’exagérer l’ampleur de la catastrophe que Bush, Cheney, Rumsfeld, Blair, Powell, et autres ont . déchaîné. Entre 2003 et 2011, selon une étude réalisée en 2015 par une équipe de chercheurs universitaires   des États-Unis, du Canada et de l’ Irak, la guerre et ses conséquences ont causé près d’ un demi – million de morts parmi les Irakiens et les personnes qui ont fui le pays. Tous ces décès ne sont pas le résultat de coups de feu ou des explosions, ils sont dû également à l’ingestion d’ eau contaminée, ou le stress lié au conflit, ou le fait que les hôpitaux avaient été surchargés ou détruits. Mais ils étaient encore des décès qui auraient pu être évités si l’invasion n’a pas eu lieu,ont conclu  les chercheurs .

 

C’est tout simplement le péage sur l’ Irak. Près de sept mille membres de l’armée américaine sont morts en irak et en Afghanistan  . Et, après avoir  renversé Saddam, puis à défaut de pacifier l’ Irak, la coalition américaine a fini par déstabiliser toute la région, avec des conséquences tragiques qui jouent encore en Syrie, en Egypte, en  Libye, en  Turquie, et beaucoup d’autres endroits. Pour être sûr, l’invasion de l’ Irak n’a pas créé l’ extrémisme islamique ou le schisme entre sunnites et chiites. Cependant, comme je l’ ai noté en 2014, lorsque  isis a cimenté son emprise sur Mossoul , l’invasion  « a ouvert la boîte de Pandore. » Ce qui nous ramène à Trump

 

Il n’a pas de véritables solutions à offrir, bien sûr. Un démagogue classique, il a présenté  des slogans rassurants et quelques propositions spécifiques. En constituant  son équipe de politique étrangère, il a choisi (ou sérieusement considérés) les personnes ayant de fortes opinions a priori, des préjugés idéologiques clairs, un mépris pour le travail de l’intelligence attentive, et une volonté de diaboliser les gens  comme le lieutenant général à la  retraite  Michael Flynn (le choix de Trump comme conseiller de sécurité nationale), David Friedman (son choix comme ambassadeur d’Israël), et John Bolton ( pour ce qui aurait été considéré comme un haut poste au Département d’Etat).

 

Nous sommes tous trop familiers avec où ces types d’attributs et les individus qui peuvent diriger un pays. Après 9/11, le livre de Nixon dit, Saddam, un dictateur laïque qui craignait la montée du fanatisme religieux, espérait que  l’Irak et les Etats-Unis pourraient se réunir et  coopérer contre Al-Qaïda et ses ramifications. « Dans l’esprit de Saddam, les deux pays étaient des alliés naturels dans la lutte contre l’extrémisme. . . et, comme il a dit à plusieurs reprises au cours de son interrogatoire, il ne pouvait pas comprendre pourquoi les États-Unis ne voient pas du même œil avec lui. » La raison en est simple. L’administration Bush, pour des raisons qui lui sont propres, a décidé de le renverser dans une représentation  internationale de la force.

 

En Irak et en Syrie aujourd’hui, les Etats-Unis tacitement coopérent avec un autre régime dictatorial, l’ Iran, dans la guerre contre ISIS . Bien que des progrès ont été lents, il a également été stable, et isis combattants ont été contraints d’abandonner une bonne partie de terrain. Trump devra décider de poursuivre avec ce cours ou suivre les conseils de certains de ses conseillers et  adopter une attitude beaucoup plus conflictuelle contre Téhéran.

Il est à espérer qu’il choisissent la première option. Dans tous les cas, cependant, il ne sera pas en mesure d’échapper à l’héritage empoisonné de Mars 2003, qui ressemble maintenant à l’un des points de revirement  de l’histoire. Et il va se  trouver rapidement confronté ce que le président Obama doit sûrement lui avoir transmis  au cours de leurs conversations récentes: les solutions simples font chroniquement défaut.

 

La tempête Beethoven et l’autre Turquie

 

21 Décembre 2016

Pianiste compositeur, certaines de ses œuvres (dont un oratorio dédié au poète Metin Altıok) ont été interdites par les autorités de son pays. Celui-ci avait été tué lors du massacre de trente-trois intellectuels alévis par des islamistes radicaux à Sivas, en 1993. Fazil Say ne se contentait pas de mettre en musique Nazim Hikmet et les poètes communistes, mais il avait le souci de diffuser la musique, toutes les musiques dans les milieux populaires.

 

Depuis 2004, Fazil Say était à l’initiative d’un festival annuel de piano dans la municipalité d’Antalya en Turquie, l’Antalya Piyano Festivali (nom turc). Il en a été aussi le directeur artistique jusqu’en 2014, avant que le maire de la municipalité d’Antalya, Menderes Türel, le licencie.


Sa passion pour le jazz l’a poussé à fonder le Worldjazz Quartet.

 

En avril 2012, après avoir déclaré qu’il était athée et s’être moqué sur Twitter d’un imam, il a été poursuivi par la justice turque pour « atteinte aux valeurs religieuses de l’islam ». Il annonce qu’il risque de devoir quitter la Turquie pour le Japon car les insultes à la nation turque ou le non-respect de la religion musulmane sont pénalement sanctionnables.

 

Condamné en 2013 à dix mois d’emprisonnement avec sursis pour des tweets jugés blasphématoires par les autorités turques dans lesquels il comparait le paradis islamique à un « bordel » et une « taverne », il est finalement acquitté le 7 septembre 2016 par le tribunal d’Istanbul.


Voilà alors après les événements d’Ankara il est important, comme nous l’avons souvent fait dans ce blog de parler de l’autre Turquie, celle qu’Erdogan ne cesse de réprimer et d’affaiblir jusqu’à aller vers l’autodestruction d’un pays qui a toujours représenté autre chose que la corruption, la bigoterie et les complaisances face à l’OTAN.

 

Ankara est-il le Sarajevo du XXIè siècle?

 

Jacques SapirPar  · 

L’assassinat de l’ambassadeur russe à Ankara, Andrey G. Karlov, réveille le spectre glacial et menaçant de Sarajevo et de l’Archiduc François-Ferdinand. Le fait que son assassin ait été semble-t-il un officier de la police anti-émeutes d’Ankara ne peut qu’inciter à se poser des questions sur la pénétration par des islamistes de l’administration Turque.

 

Il faut cependant reconnaître que le gouvernement d’Erdogan sera certainement mis sur la sellette à un moment où il cherche par tous les moyens à trouver un modus-vivendi avec son quasi-voisin russe. Si les relations entre les deux pays ont été détestables à la suite de la destruction de l’avion russe par la chasse turc, et si le gouvernement russe avait alors pris des mesures de rétorsions, en particulier économiques, qui ont fait mal à l’économie turque, ces relations s’étaient améliorées ces dernières semaines. Le gouvernement russe avait accepté les excuses de la Turquie pour la destruction de son appareil. Le Président Erdogan, isolé par les Etats-Unis, lancé dans une politique d’épuration massive contre ses opposants internes, et en particulier contre les kurdes, ne peut se permettre d’une nouvelle période de crise avec la Russie. La coopération qui semble s’installer entre ces deux pays pour régler les suites de la bataille d’Alep-Est, la négociation que devait avoir lieu dans les prochaines heures entre la Russie, l’Iran et la Turquie, montrent que ni la Russie, ni la Turquie, n’ont besoin d’une nouvelle crise. Ce n’est pas un mariage d’amour, ni même un mariage de raison, mais simplement une reconnaissance des faits et des rapports de forces. La Russie est devenue, de fait, le pays dominant de la région.

 

Mais, la Turquie ne peut s’exonérer entièrement de toute responsabilité dans ce lâche attentat. Les liens entre l’AKP, le parti de Recep Erdogan, et les islamistes, qu’on les dise « modérés » ou pas, ont été trop visibles et trop nombreux. Les compromis et les compromissions avec ce que l’on appelle « l’Etat islamique », même si elles sont monnaies courantes au Moyen-Orient, ont visiblement laissé des traces dans les administrations. Erdogan récolte ici les fruits amers de cette compromission qu’il a tolérée quand il ne l’a pas encouragée. A vouloir poursuivre les militants laïques et les kurdes, il se découvre un nouvel ennemi, mais cette fois un ennemi qu’il a réchauffé sur son propre sein, un ennemi issu de ses propres rangs. Entre l’affirmation nationale et l’affirmation religieuse, il ne peut y avoir de compromis. Cela, Erdogan va l’apprendre à ses dépens.

 

Quant à la Russie, si elle peut légitimement vouloir venger la mort de son ambassadeur, elle ne peut que comprendre que l’heure n’est pas à l’émotion mais à l’analyse froide d’une situation compliquée. La diplomatie et l’Etat russe doivent s’inspirer ici des leçons que leur a léguées Evguenny Primakov. La politique des réalités implique de mettre de côté les grandes envolées, les colères, qu’elles soient saintes ou non. La politique des réalités implique de se comporter comme ce monstre froid dont nous parlait Hegel, de poursuivre vers son but sans se laisser dévier. Car, peut-être est-ce là justement ce qu’attendent ceux qui ont commandités ce crime, si tant est qu’ils existent. Si cet acte n’est pas celui d’un isolé, d’un exalté, si l’homme qui a appuyé sur la détente n’est que le dernier pion d’une longue ligne de participants, il faut réfléchir soigneusement à qui aurait intérêt qu’aujourd’hui russes et turcs se déchirent à nouveau. Il convient, alors, de ne pas leur offrir sur un plateau ce qu’ils attendent et désirent. Mais, mettre de côté ne signifie pas oublier. Il y aura, sans doute, un temps pour la vengeance, ou plus précisément, pour la rétribution.

 

Les enjeux de la situation au Moyen-Orient sont énormes, et – pour l’heure – c’est la Russie qui a la main. Elle n’a aucun intérêt à renverser une table sur laquelle elle est en mesure de dérouler un jeu gagnant. On a eu l’occasion, sur ce carnet, de dire le succès que représentait la réunion à Vienne des pays OPEP et non-OPEP des 10 et 11 décembre. Cette réunion, et l’accord qui en est sorti, montrent bien la puissance actuelle de la diplomatie russe, et sa capacité à faire se parler des ennemis aujourd’hui irréconciliables. C’est pourquoi l’analogie avec la situation de juillet 1914 n’est pas pertinente : Ankara n’est pas Sarajevo.

 

Publié par El Diablo

« Libération », outré par le succès d'une journaliste qui démonte le discours officiel sur Alep

« Libération », outré par le succès d'une journaliste qui démonte le discours officiel sur Alep

Dans le prolongement des cris d’orfraie poussés par des médias français, Libération s'est dit inquiet de l’impertinence de la journaliste indépendante qui remet en cause les sources privilégiées par les médias traditionnels pour traiter de la Syrie.

On a cru qu’il nous avait oubliés, mais nous voilà rassurés : Libérations’est offusqué du fait que RT France ait diffusé la vidéo de la journaliste canadienne indépendante Eva Bartlett qui donnait une version alternative des événements qui avaient cours dans la ville d’Alep, alors qu'elle était en passe d’être reprise par l’armée syrienne.

Qualifiant RT France de «site prorusse financé par Moscou», le journal, qui a touché en 2015 près de 6 500 000 euros d’aide individuelle de la part du gouvernement français, a sorti ses meilleurs arguments pour tenter de contrer ceux que développe la journaliste indépendante (...)

LIEN VERS LA SUITE DE L'ARTICLE CI-DESSOUS:

Publié par El Diablo

L’intervention militaire de l’Arabie Saoudite provoque une CATASTROPHE HUMANITAIRE MAJEURE au YEMEN – Qui en parle dans nos médias ?

L’intervention militaire de l’Arabie Saoudite provoque une CATASTROPHE HUMANITAIRE MAJEURE au YEMEN – Qui en parle dans nos médias ?

Crise humanitaire énorme au Yémen selon les données des Nations Unies

L’énorme catastrophe humanitaire que l’intervention de la coalition impérialiste d´Arabie Saoudite a provoqué au Yémen est mise en évidence par les chiffres des Nations Unies, bien que l’Agence évite de nommer le coupable de cette tragédie.

Selon l’UNICEF, un enfant meurt toutes les 10 minutes au Yémen à cause de la malnutrition, de la diarrhée et des infections respiratoires, la faim dans la population infantile a atteint « le niveau le plus élevé de tous les temps» et environ 2,2 millions d’enfants ont besoin de nourriture et de soins. Au moins 462 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère – c’est à dire qu’ils souffrent d’une insuffisance pondérale extrême pour leur taille – une forte augmentation de 200% à partir de 2014, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance.

À cause de l’intervention impérialiste, plus de 10 000 personnes ont été tuées et la guerre a provoqué une crise humanitaire dans le pays.

Le 14 décembre 2016

SOURCE:

WFTU " Crise humanitaire énorme au Yémen selon les données des Nations Unies

 

http://www.wftucentral.org/crise-humanitaire-enorme-au-yemen-selon-les-donn

La Croix : A Mossoul, les civils paient le prix du sang par Jeremy André

 

19 Décembre 2016

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Jérémy André (à Mossoul), La Croix le 06/12/2016

 

Alors que les combats s’étendent dans la deuxième ville d’Irak, militaires et humanitaires tardent à coordonner leurs efforts pour secourir les milliers de civils blessés.

 

Le blindé noir est arrivé en trombe. Des infirmiers militaires de la Division d’Or, l’élite des forces irakiennes, en sortent un blessé et le portent à l’intérieur de leur centre de premiers secours, installé dans une maison de Gogjali, commune de la banlieue-est de la ville irakienne de Mossoul. Peu après, un homme franchit la porte dans l’autre sens. Dans ses bras, un petit corps inerte est empaqueté dans une couverture de survie dorée. Ce père ouvre la bouche pour hurler, mais aucun son n’en sort.


1 400 civils hospitalisés depuis le 17 octobre

 

Le 19 novembre, Lise Grande, la coordinatrice des affaires humanitaires de l’ONU en Irak, a tiré la sonnette d’alarme : le gouvernement et les organisations internationales seraient dépassés par l’afflux de blessés qui fuient les zones de combat ou qui sont restés piégés dans la ville en guerre. Les instructions des forces irakiennes étaient en effet d’abord de contenir un maximum d’habitants à l’intérieur de Mossoul, pour éviter un exode chaotique. Ce choix stratégique est désormais ouvertement critiqué par les officiers sur le terrain.

 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a ainsi compté plus de 1 400 civils hospitalisés dans toute la région depuis le 17 octobre. « C’est la partie émergée de l’iceberg », reconnaît le docteur Wael Hatahit, directeur technique de l’OMS basé à Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan d’Irak. En effet, la plupart des blessés reçoivent les premiers soins hors des hôpitaux puis retournent chez eux ou sont envoyés dans un camp. Le nombre de morts, lui, reste inconnu – au moins 600, selon une estimation citée par le Washington Post lundi 28 novembre.

 

Un carnage qui se poursuit nuit et jour

 

Le carnage de Mossoul ne s’arrête pas, de l’aube au milieu de la nuit. À l’intérieur du dispensaire improvisé de Gogjali, Ghali Ashim, un infirmier à l’épaisse moustache noire, nettoie la plaie sur le dos d’une vieille femme assise. Elle geint, crie, pleure. Que s’est-il passé ? Une balle de sniper l’a-t-elle frôlée ? « Où est mon mari ? », répète-t-elle. Ils fuyaient ensemble. Ghali lui fait donner à boire, la console. Soudain, dehors, on entend des bruits de pneus qui pilent sur les graviers. Les infirmiers se ruent. Un premier groupe porte en désordre un homme au visage ravagé par un obus de mortier. Suit un second groupe, avec un garçon d’une dizaine d’années, dont un mollet est déchiqueté. Sur les lits de camp dans la courette, on les enroule dans des mètres de bandages. L’homme défiguré est couché sur le côté, toujours conscient, et tente d’atteindre sa bouche fantôme d’une main secouée de spasmes. Un proche le serre dans ses bras, implore, monte avec lui dans l’ambulance qui fonce en direction d’Erbil, à 80 km à l’est.

 

Une population prise au piège

 

Huit minutes plus tard, arrive un nouveau blessé, frappé d’un éclat à la poitrine. Sonné, Fares Abdelkader Amed, 46 ans, tremble de froid. Un voisin, Rafa Aziz, instituteur, l’a suivi, lui tient la main, aide à poser une perfusion. « Nous savons que c’est dangereux, mais nous aimons tant nos maisons, nous ne voulons pas partir, confesse Rafa Aziz. Nous sommes pris au piège, nous n’avions jamais vu ça. » Fares et Rafa sont extraits en ambulance. Le flux de blessés se tarit. L’infirmier Ghali Ashim jette ses gants bleus à moitié marron. Il est 13 heures 20, ce point de premiers secours a déjà traité 30 patients dans la matinée. C’est un jour calme : « Il y a deux jours, nous avons eu plus de 150 patients », explique ce père de onze enfants. « Mais j’ai l’habitude. Je fais ça depuis neuf ans. » Avant, Ghali traitait surtout des soldats. Au printemps, la reprise de Falloudja, au centre de l’Irak, a cependant marqué un tournant dans la guerre : plus de 80 000 habitants ont été pris entre deux feux. Ali, 23 ans, un jeune infirmier qui veut devenir médecin, ajoute : « Quand Daech tire au mortier, nous avons de tout, des femmes, des enfants, des vieillards. Nous les stabilisons et nous les envoyons dans les hôpitaux d’Erbil. »

 

Aucun soutien du ministère de la santé irakien

 

En espérant qu’ils survivent aux deux heures de route, ponctuées par sept points de contrôle militaires et policiers. Parfois, les peshmergas, qui cherchent à limiter la venue de déplacés arabes au Kurdistan, refusent le passage. « Beaucoup sont déjà morts en arrivant », s’indigne Marwan, un interne de 24 ans du service d’urgence d’Erbil-Ouest. Il montre le sol de l’accueil de son hôpital : « Les jours les plus durs, les patients sont partout. Nous recevons parfois des quartiers entiers. Des victimes des bombardements de Daech, mais aussi de tirs des forces irakiennes. » Pour l’instant, ces urgences n’ont eu à traiter qu’une vingtaine de blessés dans la matinée. « Cet hôpital a une capacité limitée. Il est fait pour Erbil. Nous ne sommes pas préparés à cela. Ce serait la mission du gouvernement irakien ! »

 

La solution pourrait venir de l’hôpital de Karakoch, banlieue chrétienne à seulement une vingtaine de kilomètres de la ligne de front. Le bâtiment a survécu aux bombardements et aux combats, après deux ans et demi d’abandon, alors que la ville était occupée par Daech. D’après l’OMS, il pourrait rouvrir d’ici à trois semaines… si les fonds nécessaires sont trouvés. Car l’État irakien est incapable de payer ses médecins qui continuent pourtant de travailler. « Le ministère de la santé irakien n’a montré aucun soutien », enrage Uday ­Ala­dha­my, porte-parole de la province de Ninive, dont Mossoul était la capitale. « Sans les hôpitaux du Kurdistan, ce serait le chaos. »

 

Le dilemme des humanitaires

 

Médecins sans frontières cherche pour sa part à intervenir au plus près de la bataille. Dès fin octobre, à Hattara, à 30 km au nord de Mossoul, les « French doctors » ont ouvert un hôpital de campagne, avec une dizaine de lits sous tentes, et surtout une véritable salle d’opération chirurgicale. Mais le front nord stagne, seuls 70 blessés y ont été reçus. Pour la chef de mission de MSF en Irak Barbara Turchet, « on n’est qu’à l’entrée de Mossoul. On n’exclut pas de travailler à l’intérieur de la ville quand la sécurité le permettra. » Une seconde unité doit démarrer, à Qayyarah, à 60 km au sud de l’agglomération. Et à proximité de l’hôpital déjà opérationnel à Hattara, une offensive se prépare sur Tel Afar, quartier général de Daech à 80 km à l’ouest de Mossoul. Tricia Newport, chef de projet, explique le dilemme des humanitaires : « Déplacer l’hôpital prendrait dix jours. Il ne faudrait pas que nous le fassions alors que les blessés commencent à affluer ! » Ce matin-là, trois médecins militaires irakiens rendent visite aux urgentistes de MSF. Ils ont besoin de médicaments pour les enfants. « Pourquoi n’êtes-vous pas plus proches de nous ? », demandent-ils. Hassan Aswad, médecin de Duhok, à 75 km au nord de Mossoul, affecté temporairement aux urgences de MSF, est serein : « Cet emplacement est parfait. Nous sommes à vingt minutes du cœur de Mossoul. Quand la bataille pour les quartiers centraux va commencer, la majorité des blessés vont affluer par ici. »

 

Plus de 330 civils tués en novembre

 

Depuis le début des combats contre Daech, qui compterait 3 000 à 5 000 hommes à Mossoul, les forces armées irakiennes progressent quartier après quartier dans la partie Est, se rapprochant du Tigre, qui coupe la ville en deux. À l’ouest, les forces paramilitaires du Hachd al-Chaabi (« Mobilisation populaire », essentiellement chiite) ont atteint la périphérie de Tal Afar et poursuivent leur avancée. Sur le front sud, les forces irakiennes sont positionnées à 3 kilomètres de l’aéroport de Mossoul. Au nord, elles ont annoncé samedi 3 décembre avoir libéré quatre villages. Environ 74 000 habitants ont fui la ville, qui en comptait plus d’un million à l’arrivée de Daech, à l’été 2014. Plus de 330 civils ont été tués en novembre dans la province de Ninive, dont Mossoul est la capitale. La semaine dernière, les combats ont endommagé les réseaux de canalisation, plaçant les habitants face à un risque de pénurie d’eau potable. Les ONG alertent également sur des pénuries de vivres.


Jérémy André (à Mossoul)

Les États-Unis lancent un raid aérien sur l’hôpital de Mossoul utilisé par Isis

 
18 Décembre 2016
Les États-Unis lancent un raid aérien sur l’hôpital de Mossoul utilisé par Isis. On croit rêver tant il y a un deux poids deux mesures suivant qu’il s’agit des Américains ou des Russes et des Syriens. L’extraordinaire hypocrisie de nos belles âmes nous racontant avec des trémolos et force photos d’enfants ce qui se serait passé à Alep et acceptant avec le sourire la même chose à Mossoul est proprement stupéfiante. Par parenthèse, il s’agit de ma part d’une lecture rapide d’un article de The Guardian, comme le dit Marianne je ne suis pas une traductrice je suis un « passeur », je vous dis ce qu’il y a dans l’article, je ne déforme pas mais je conseille avant diffusion un retour au texte en anglais
 
(note  de Danielle Bleitrach pour histoire et société).


Le Central Command dit avoir exécuté une « frappe de précision » sur le bâtiment à partir duquel les combattants Isis avaient tiré sur les forces irakiennes depuis plus d’un jour

Des soldats irakiens se tiennent près d'un feu sur la route principale de Erbil à Mossoul mercredi. Les États-Unis a déclaré qu'il avait lancé une attaque contre un hôpital de Mossoul où les combattants Isis fonctionnaient.

 

Des soldats irakiens se tiennent près d’un feu sur la route principale de Erbil à Mossoul mercredi. Les États-Unis ont déclaré qu’ils avait lancé une attaque contre un hôpital de Mossoul que les combattants d’Isis utilisent. Photo: Manu Brabo / AP

 

https://www.theguardian.com/us-news/2016/dec/07/islamic-state-iraq-mosul-hospital-airstrike-us-military

 

 à New York

L’armée américaine a délibérément mené un raid aérien sur un hôpital dans la ville irakienne de Mossoul,  a-t-elle  déclaré mercredi, après avoir dit que ses alliés irakiens se sont retrouvés sous le feu de l’Etat islamique depuis le complexe hospitalier.
 

Le Commandement central américain (Centcom) a dit qu’il avait lancé une « frappe de précision » sur un bâtiment du complexe de l’hôpital al-Salem à partir de laquelle les combattants d’Isis avaient lancé feu de grenade « lourd » de mitrailleuse et de lance-roquettes sur les forces irakiennes.

 

La coalition n’a pas dit si des patients ou des civils étaient présents sur les lieux de l’attaque aérienne dans le « bâtiment sur le complexe hospitalier », elle n’a pas plus répondu à une question au sujet de non-combattants tués ou blessés.
 

On ne sait pas si la frappe a pris fin avec la menace décrite de la présence des combattants Isis à l’hôpital al-Salem, sur le côté est de la ville assiégée. Les Etats-Unis et les combattants irakiens pendant des semaines ont lutté pour reprendre le contrôle de Mossoul, deuxième ville d’Irak, dernier bastion majeur d’Isis dans le pays.

 

Les Irakiens ont réclamé l’appui aérien, a déclaré Centcom dans un communiqué mercredi, après avoir subi un feu soutenu d’Isis dans le complexe.

 

The Guardian est incapable de vérifier indépendamment du compte-rendu de Centcom. Des médias sociaux ont publié une vidéo qui prétendait montrer des attentats suicides d’Isis avec des véhicules chargés d’explosifs dans le complexe hospitalier, auquel Centcom a fait allusion dans sa déclaration.

 

Au cours des deux dernières années, des frappes aériennes émanant de diverses armées – États-Unis, Russie et Arabie – ont frappé les hôpitaux en Afghanistan, Syrie, Yémen et maintenant en Irak. Des associations de défense des droits humains ont averti que l’augmentation des attaques sur les hôpitaux menace de porter un coup durable au concept reconnu de sanctuaires dans la guerre.

Dans un sondage publié cette semaine, le Comité international de la Croix –Rouge a constaté que 82% des personnes interrogées dans 16 pays ont considéré qu’il était mal d’attaquer  » les hôpitaux, les ambulances et les travailleurs de la santé dans le but d’affaiblir l’ennemi ».

 

En octobre 2015, un hélicoptère de combat américain AC-130 a ouvert le feu sur un hôpital de Médecins Sans Frontières à Kunduz, en Afghanistan, une ville que les talibans avaient envahi. La frappe a fait 42 morts parmi les civils.

 

[2003] Les « idiots utiles » de la guerre en Irak, par Régis Soubrouillard

 

16 Décembre 2016
 

Franchement ce n’était rien la guerre en irak à côté d’autres expériences. Lors de la guerre en irak il y a eu la position de Chirac qui a aidé, les communistes protestaient, mais le pire ça a été d’abord l’intervention en Yougoslavie et ensuite celle en Libye. Pour les deux le parti communiste était divisé, donc anesthésié et je me souviens encore de la manière dont j’étais insultée quand je protestais, presque autant que quand je soutenais Cuba, j’aimais les « despotes », j’osais soyons clairs m’opposer à la propagande américaine, j’étais dans le camp du mal…Toujours par les mêmes qui occupaient les médias en hurlant à la répression des belles âmes, tandis que nous nous étions interdits comme l’a décrit ignacio ramonet à propos de Cuba. Comme certains ont tout oublié, ils sont prêt à recommencer, d’ailleurs ils recommencent.  

 

(note de Danielle Bleitrach)

par Les-crises.fr DT

Idem, 13 ans après…
Source : Marianne, Régis Soubrouillard, 17-06-2014
 
En 2003, quelques intellos soixante-huitards dénonçaient la France « soviétique » incapable de s’aligner sur les Etats-Unis pour aller combattre en Irak aux côtés des « boys » de George W. Bush. A l’époque Goupil, Glucksmann et Bruckner voyaient « Bagdad danser ». Retour sur la joute intellectuelle initiée par ces gauchistes convertis au bushisme alors que l’Irak sombre aujourd’hui dans un chaos peu dansant…
 
«Que Saddam parte, de gré ou de force ! Les Irakiens, Kurdes, chiites mais aussi bien sunnites respireront plus librement et les peuples de la région en seront soulagés » clamaient dans les pages du Monde, les philosophes Philippe Glucksmann et Pascal Bruckner ainsi que le réalisateur Romain Goupil dans une tribune sobrement intitulée « La faute ».« Que Saddam parte, de gré ou de force ! Les Irakiens, Kurdes, chiites mais aussi bien sunnites respireront plus librement et les peuples de la région en seront soulagés » clamaient dans les pages du Monde, les philosophes Philippe Glucksmann et Pascal Bruckner ainsi que le réalisateur Romain Goupil dans une tribune sobrement intitulée « La faute ».
 
Sûrs de leurs certitudes, en avril 2003, nos trois soixante-huitards enchaînaient les prises de parole pour soutenir l’intervention américaine en Irak et n’avaient pas de mots assez durs pour dénoncer « l’antiaméricanisme français ». L’argumentaire des copains de barricade, condamnés à expier ad vitamleur « égarement » de jeunesse, virait même au délire quand on relit leur tribune onze ans plus tard. En plus de « protéger Saddam » — pas moins ! —, la France était devenue rouge, d’un rouge soviétique. Et l’histoire, cruelle, n’oublierait pas cet aveuglement idéologique des français : « Il faudra raconter un jour l’hystérie, l’intoxication collective qui ont frappé l’Hexagone depuis des mois, l’angoisse de l’Apocalypse qui a saisi nos meilleurs esprits, l’ambiance quasi soviétique qui a soudé 90 % de la population dans le triomphe d’une pensée monolithique, allergique à la moindre contestation », écrivait Glucksmann, Goupil et Bruckner.
 
Bizarrement, à l’époque, l’interventionniste BHL n’avait pas rejoint la troupe. C’est plus tard que le philosophe deviendra un inébranlable va-t-en guerre. A l’époque, Bernard-Henri se tâte encore, changeant de discours en fonction du public comme le relèveront les auteurs du livre Le nouveau B.A.BA du BHL. En France, BHL est donc contre la guerre en Irak, même s’il la trouve « plutôt juste du point de vue de la morale ». Lorsque le philosophe s’exprime aux Etats-Unis, son propos est beaucoup plus nuancé : « J’étais opposé à l’administration Bush quand elle a décidé d’entrer en guerre contre l’Irak. Mais aujourd’hui, nous y sommes, nous devons désormais finir le travail » 
 
Mais revenons à nos « moutons » atlantistes. Pour eux, la France s’était donc « mise hors jeu », « ridiculisée » quand Tony Blair s’était révélé un « véritable chef d’Etat ». La plupart des partis politiques français avaient succombé à un « nationalisme des imbéciles ». Selon eux, Marianne avait d’ailleurs tout faux. Alors que Bagdad goûtait « ses premières heures de délivrance », l’hebdomadaire titrait, en effet, « La catastrophe ». Inadmissible pour nos valeureux combattants accablés devant le constat qu’il existe encore dans nos démocraties « une portion importante de citoyens que la chute d’une dictature désespère », basculant dans un lyrisme euphorique qui parait glaçant aujourd’hui: « Quand Bagdad danse, Paris fait grise mine ». .

Le meilleur du pire des mondes
 
En fait, nos trois joyeux lurons de l’Axe du Bien étaient ni plus ni moins que des résistants à une pensée obligatoire. Du moins le croyaient-ils.
 
Quelques années plus tard rejoints par Stéphane Courtois, auteur du Livre noir du Communisme, Alexandre Adler, Pierre André Taguieff et bien d’autres, tous nos bushistes convertis, convaincus de la nécessité de poursuivre leur combat se retrouveront même pour créer une revue « Le Meilleur des mondes »
 
La revue développera une vision binaire du monde partagé entre « amis » et « ennemis » de l’Amérique, « pro-Américains » et « anti-Américains ». En 2008, certains feront néanmoins volte-face, consacrant un édito dans la revue au… fiasco irakien : « Nous nous sommes en effet retrouvés piégés par le caractère très idéologique du débat franco-français. Nous n’avons pas assez prêté l’oreille à ceux d’entre nous qui, au milieu du vacarme antiaméricain, s’inquiétaient de l’absence de vrais projets politiques pour l’après-guerre. Hantés par le passé, nous avons vu l’Amérique de 2003 avec les lunettes de 1944. Or, George Bush n’est pas Franklin D. Roosevelt. Aveuglé par le 11 Septembre, ignorant des réalités du monde, le président américain a conduit son pays et le peuple irakien au désastre ».
 
En 2014, force est de constater que la progression de l’EIIL (l’Etat islamique en Irak et au levant), ne fait que révéler les failles de l’Etat irakien laissé en place par les Américains à leur départ. Le risque désormais, en cas d’entrée de l’EIIL dans Bagdad, est bel et bien celui d’une guerre civile qui pourrait se révéler extrêmement sanglante, bien loin des promesses de respiration et de soulagement formulées, pour la population locale, par nos têtes pensantes.
 
Quelle importance après tout. Privée de son ennemi communiste, voulant illusoirement « faire la guerre au terrorisme », l’Amérique a laissé venir à elle tous les « idiots utiles » susceptibles de porter sa bonne parole pour alimenter une paranoïa apocalyptique. Même si, sur le terrain, tout a échoué. Ou comme le disait alors Philippe Muray « même si, en somme, le monde extérieur persiste à ne pas ressembler à celui des gameboys militaro-mystiques de Washington ».
 
Source : Marianne, Régis Soubrouillard, 17-06-2014
 
 
idiots-utiles

Point de vue : la faute, par Pascal Bruckner, André Glucksmann et Romain Goupil

 
Source : Le Monde, 14.04.2003
 
Quelle joie de voir le peuple irakien en liesse fêter sa libération et… ses libérateurs ! Il y a quelques mois, la France prétendait canaliser les ardeurs belliqueuses des Etats- Unis dans la « légalité » onusienne. Malheureusement, l’opposition à la guerre a dégénéré en opposition systématique à Washington. A tort ou à raison, nos dirigeants donnèrent le sentiment de protéger Saddam, en s’obstinant dans une partie de bras de fer avec les alliés anglo-saxons.
 
L’amitié fit place à une hostilité ouverte, malgré les sourires diplomatiques et les dénégations valant aveu : « Les Américains ne sont pas nos ennemis »…. Par son intransigeance et la promesse d’un veto « quelles que soient les circonstances », notre pays a divisé l’Europe, paralysé l’OTAN et l’ONU, anéanti les possibilités non militaires de faire céder, par un ultimatum commun et précis, la dictature irakienne. Loin d’éviter la guerre, le « parti de la paix » l’a précipitée en jouant Astérix contre l’Oncle Sam. La France s’est mise hors jeu, ridiculisée. On ne dirige pas une grande nation en s’enivrant de succès médiatiques et de joutes oratoires. A cet égard, Tony Blair, qui prit le risque d’affronter son électorat tout en restant fidèle à ses convictions, s’est révélé un véritable chef d’Etat.
 
La ligne de conduite élyséenne s’est reflétée dans l’opinion publique. Il faudra raconter un jour l’hystérie, l’intoxication collective qui ont frappé l’Hexagone depuis des mois, l’angoisse de l’Apocalypse qui a saisi nos meilleurs esprits, l’ambiance quasi soviétique qui a soudé 90 % de la popula- tion dans le triomphe d’une pensée monolithique, allergique à la moindre contestation. Il faudra étudier la couverture partisane de la guerre par les médias – lesquels, à de rares exceptions près, furent moins objectifs que militants, minimisant les horreurs de la tyrannie baasiste pour mieux accabler l’expédition anglo-américaine, coupable de tous les crimes, toutes les fautes, tous les malheurs de la région.
 
Pendant des semaines, Télé Bagdad a envahi nos cervelles et nos petites lucarnes, au point que les très rares dissidents irakiens invités devaient s’excuser d’exister et qu’un chanteur français, dans un geste d’une rare obscénité, quitta le plateau d’une émission de variétés sur FR3 à l’arrivée de Saad Salam, cinéaste et opposant irakien. Il faudra expliquer pourquoi la minorité kurde fut, durant cette période, interdite de manifester quand les nervis de Saddam paradaient sur nos boulevards en brandissant ses portraits, hurlant des slogans a sa gloire, allant jusqu’à lyncher le poète en exil Salah Al-Hamdani. Il faudra analyser cette proportion alarmante de Français (33 %) qui, ne souhaitant pas la victoire de la coalition, se prononçaient de facto pour celle de Saddam Hussein.
 
Force est de constater que l’antiaméricanisme n’est pas un accident de l’actualité ou la simple réticence face à l’administration de Washington, mais le credo d’une politique qui soude les uns avec les autres, en dépit de leurs divergences, le Front national et les Verts, les socialistes et les conservateurs, les communistes, les souverainistes… A droite comme à gauche, ils sont rares ceux qui n’ont pas cédé à ce « nationalisme des imbéciles » qui est toujours un symptôme de ressentiment et de déclin.
 
On s’est plu, ces derniers temps, à opposer l’intelligence française à l’étroitesse d’esprit américaine, et la sagesse de la vieille Europe à la folie du Nouveau Monde conduit par « Ubush roi ». Résultat : l’une des plus effroyables dictatures du Moyen-Orient est tombée, la France n’a en rien contribué à sa chute.
 
Au contraire, elle fit tout pour la retarder. Quand Bagdad danse, Paris fait grise mine. Tandis que certains intellectuels et politiques expriment publiquement leur désarroi, voire leur « nausée » face à la victoire anglo-saxonne, l’hebdomadaire Marianne titre « La catastrophe » le jour où Bagdad goûte les premières heures de sa délivrance. Il faut s’y faire : il existera toujours dans nos démocraties une portion importante de citoyens que la chute d’une dictature désespère. La patrie des droits de l’homme n’aime peut-être pas autant la liberté qu’elle le prétend et l’affiche. De Jean-Marie Le Pen à Jean-Pierre Chevènement, Saddam Hussein comptait chez nous de nombreux camarades, pudiquement rebaptisés « amis du peuple irakien ». La République va-t-elle instaurer, avec Berlin et Moscou, une journée de deuil national pour pleurer la disparition du raïs ?
 
La deuxième guerre du Golfe est un formidable révélateur. Recrudescence de l’antisémitisme et de la haine ethnique, crise économique et sociale, profanation d’un cimetière militaire britannique, passage à tabac des Juifs et des opposants irakiens lors des grandes marches « pacifistes », alliance à revers avec le peu ragoûtant Vladimir Poutine massacreur de Tchétchènes, réception du despote africain Robert Mugabe à Paris, insultes publiques adressées aux pays d’Europe de l’Est coupables de ne pas nous obéir au doigt et à l’œil, notre grande nation n’est pas en train d’écrire une de ses pages les plus glorieuses.
 
L’avenir de l’Irak libéré reste hautement problématique, et la pacification est loin d’être assurée. Il n’est pas certain que Washington ait le triomphe modeste, ni que la conquête militaire soit magiquement couronnée par la concorde des cœurs et des esprits. Rien n’assure que le gouvernement Bush s’attelle au règlement de la question palestinienne malgré ses promesses, rien ne garantit que la paix l’emporte au Moyen-Orient. Mais, par ses choix, Paris s’est condamné a n’avoir qu’un rôle marginal dans cette région du monde. L’histoire continue, la France n’en fait-elle plus partie ?
 
Pascal Bruckner et André Glucksmannn sont philosophes, Romain Goupil est cinéaste.
 
Source : Le Monde, 14.04.2003

Les-crises.fr DT | 16 décembre 2016 à 0 h 45 min | Étiquettes : 

 

Guerre d’Irak 2003intellectuels médiatique | Catégories : Crise Morale | URL : http://wp.me/p17qr1-_EbT

lundi 12 décembre 2016

Les leçons de Palmyre

Palmyre est retombée entre les mains de l'Etat islamique. Le coup porté, comme le reconnaît à l'unanimité la presse russe, est particulièrement dur en terme d'image. Certainement plus que militairement. Après le concert de la paix, après les discussions sur la reconstruction de la cité antique. Effaçant immédiatement, dans les esprits, la victoire d'Alep. Palmyre rappelle une réalité presque violente sous cet éclairage: on ne fait pas de grande parade avant la fin de la guerre. 
 
Mais comment "Palmyre" fut possible?
Alors que pendant le week end, l'aviation russe aide efficacement l'armée syrienne à repousser l'attaque d'environ 500 terroristes de Daesh contre Palmyre, ceux-ci changent de stratégie et se replient vers les quartiers habités et les zones historiques, que l'aviation ne peut pas pilonner.
 
Par ailleurs, de très importants renforts, environ 5000 personnes, se regroupent sur différents fronts et reprennent simultanément l'attaque des hauteurs stratégiques, des routes d'accès et finalement de la ville elle-même. L'armée syrienne, devant l'avancée des groupes terroristes, évacue 80% de la population, les réserves d'armes et les moyens militaires stockés en vue de l'attaque de Deir ez-Zor et Rakka. Hier soir, les forces syriennes reconnaissent avoir laissé la ville aux mains de l'Etat islamique.
 
D'où viennent ces 5000 terroristes sortis du désert?
 
Ils viennent de différents points géographiques, qui ont pour point commun d'être soi-disant dans les zones de combat de la coalition américaine. 
 
Ils viennent de Deir ez-Zor et Rakka, où la coalition américaine a décidé depuis une semaine environ de lever le pied, avec l'effet attendu. Ils viennent également d'Irak, où l'on a vu environ 5000 combattants envoyé vers la Syrie. Rappelons que l'aviation américaine a, évidemment par erreur, bombardé l'armée irakienne qui combat justement à Mossul, faisant 90 morts et une centaine de blessés. Les terroristes ont pu être très efficacement exfiltrés. Le Plan B, réalisé en urgence suite à la libération d'Alep, a fonctionné à merveille.
 
Comment ont-ils pu tranquillement traverser le désert?
 
Pourtant, ce plan n'a pu fonctionné que suite à une série d'erreurs, comme le souligne la presse russe . Ainsi, se pose la question du renseignement: qui était responsable du renseignement militaire? Parce que faire traverser le désert, où il est difficile de se cacher des satellites ou des drones, avec armes et bagages, blindés et autres véhicules et artillerie lourde, sans se faire remarquer, pose la question non plus de l'efficacité du renseignement militaire dans la zone, mais de son existence même.
 
Et de remarquer que le plus dangereux est quand une certaine euphorie gagne les troupes, lorsque l'on ne veut plus voir certains faits, lorsqu'on les interprète comme l'on aimerait et non comme il se doit. Il est dangereux de célébrer la victoire avant terme.
 
Palmyre est un symbole. Un symbole qui est tombé. Il y aura certainement encore une bataille pour la ville, il est même possible qu'elle soit reprise et à nouveau libérée, mais l'image ne sera pas rétablie, elle est tombée avec la ville. Il n'y a victoire qu'une seule fois, c'est pourquoi il est souhaitable qu'elle soit la dernière bataille.
 
Quelle est cette stratégie "post-moderne"?
 
La réaction de l'ancien chef d'état major des forces armées russes (2004-2008), le général Yuri Baluevsky, est très révélatrice de la rupture stratégique des guerres dites "post-modernes":
" C'est encore un coup porté au prestige, notamment à notre prestige. Que les combattants n'allaient pas arrêter le combat, c'était évident. Mais ce que nous faisons, nous, aujourd'hui, j'avoue que, comme militaire, j'ai du mal à comprendre, ces pauses humanitaires par exemple ... "
En effet, je ne me souviens pas de corridors humanitaires lors de la Seconde guerre mondiale, lors de la guerre du Vietnam, lors de la guerre l'Algérie ... de corridors par lesquels les gentils ennemis pouvaient sortir, être amnistiés, s'ils laissaient leurs armes. Voire, pouvaient sortir avec leurs armes. 
 
Comme l'expérience le montre, ils ne se "dissolvent" pas d'eux-mêmes, naturellement, dans le paysage, ils se regroupent, reprennent les armes et repartent évidemment au combat.
 
Le mythe de la fin des guerres "traditionnelles"
 
Ces "corridors" et autres amnisties viennent du mythe selon lequel, ces guerres ne sont pas des guerres "traditionnelles", car elles ne se déroulent pas entre armées régulières d'états souverains, mais entres des "civils qui ont pris les armes" et des soldats. Donc, les armées régulières n'ont pas le droit de guerroyer de la même manière que contre d'autres soldats. 
 
On ne tue pas l'ennemi, on négocie. On ne fait pas de prisonniers, on ouvre des corridors humanitaires. Puisqu'il s'agit simplement de "civils", certes armés jusqu'aux dents, mais de "civils", certes qui savent se servir de lance-missils, de l'artillerie lourde, mais des "civils". Le mythe de David contre Goliath, même si nous sommes très loins du lance-pierre.
 
Il faut donc parlementer avec ces civils, qui doivent, une fois revenus à la raison, rentrer pacifiquement dans la vie civile et s'occuper de leur famille et de leur jardin. 
 
Sauf que ces "civils" sont des combattants entraînés par des professionnels et que beaucoup d'entre eux ne sont pas syriens. Que ces combattants sont dans une logique terroriste qui en fait justement des "combattants" et non d'innocents civils. Les innoncents civils, eux, sont pris en otage par ces groupes extrémistes pour se protéger de l'armée.
 
Le mythe des guerres "propres"
 
Pourtant, l'Occident a détourné les yeux de ces simples réalités, car il préfère se voiler la face avec le mythe des guerres propres. Des guerres technologiques, faites du ciel, avec des drones et des jeux vidéos à quelques milliers de km des opérations, des guerres déshumanisées menées par un Occident qui ne veut plus se salir les mains.
 
Après les horreurs de la Seconde guerre mondiale (sans même parler du génocide, l'on n'oubliera pas les milliers de villes et villages brûlés, des populations massacrées), après les bombes atomiques lancée presque gratuitement par les Etats Unis sur le Japon, après le Napalm dans la guerre du Vietnam et toutes les exactions contre les populations civiles, après les tueries de la guerre d'Algérie, l'on veut des guerre propre, l'on ne veut plus de guerre. Car une guerre, c'est sale. Par essence. A la guerre on tue.
 
Les populations ont besoin de se sentir lavées, propres, totalement désinfectées de ces époques "barbares", faites de sang et de chair. Mais comme les pouvoirs ne peuvent survivre sans guerres, ils vendent des "guerres propres" à des populations délavées prêtent à ingurgiter pour avoir l'esprit tranquille.
 
Ce mythe n'est possible qu'avec un contrôle total de l'information qui:
    1. conditionne l'opinion publique à accepter les "erreurs" de tirs comme des erreurs regrettables, mais ne remettant pas en cause le bien-fondé de l'action menée et justifiée par leur société, 

    2. bloque toute possibilité d'une transparence de l'information sur ce qui se passe réellement sur le terrain. 

Lorsque, plus tard, l'information passe, le temps a passé. Les Etats Unis ont pu faire un rapport sur la torture qu'ils pratiquent, ils ont trouvé cela regrettable, l'opinion publique a applaudi à tant de transparence démocratique, et la vie continue - et la torture aussi. Et personne ne sait ce qui se passe à Mossul, quand la campagne russe se déroule sous caméras.
 
Le problème de la Russie est qu'elle a fait le choix des guerres "post-modernes" avec corridors et pauses humanitaires, tout en menant une véritable guerre contre les terroristes sur le terrain, sans pour autant maîtriser l'espace médiatique, jouant réellement la carte de la transparence.
 
Par là-même, elle a eu Palmyre et l'urgence de revoir sa stratégie. Vue la réaction de la presse, le message est passé.
 

Arabie: 15 condamnés à mort pour espionnage au profit de l’Iran

 

08 Décembre 2016
 

Quand on imagine jusqu’à quel point les médias et l’assemblée nationale française peuvent pousser l’imbécilité et le déshonneur, allant jusqu’à insulter et demander des comptes à Ségolène Royale (qui s’est bien défendue) pour sa présence et ses hommages à Cuba, alors qu’au même moment le voyage de Hollande en Arabie saoudite ne soulevait aucune objection des mêmes. leur haine est bien contre une révolutionnaire et son peuple qui ont osé défendre le droit des deshérités contre l’impérialisme et les riches. A vomir.

 

(note et traduction de danielle Bleitrach pour histoire et societe)


RYAD (AFP) 06.12.2016 – 21:20

Manifestation à Téhéran après l’exécution en Arabie saoudite du dignitaire musulman chiite Nimr al-Nimr, le 8 janvier 2016 – AFP/Archives

Un tribunal saoudien a condamné à mort mardi 15 personnes accusées d’espionnage au profit de l’Iran, une affaire susceptible de raviver les tensions entre Ryad et Téhéran, deux puissances régionales rivales qui ont rompu leurs relations diplomatiques il y a près d’un an.

 

En soirée, l’Iran a jugé « infondées » ces accusations, le porte-parole des Affaires étrangères à Téhéran, Bahram Ghasemi, accusant Ryad de vouloir « accroître les tensions dans la région ».

 

Les 15 condamnés sont des citoyens saoudiens, membres pour la plupart de la minorité chiite, a précisé à l’AFP une source proche du dossier.

Ils ont été reconnus coupables de « haute trahison », tandis que 15 autres personnes ont écopé de six mois à 25 ans de prison et deux ont été acquittées, selon le verdict rapporté par les éditions en ligne du quotidien Al-Riyadh et d’autres médias saoudiens. Ils ont l’intention de faire appel.

 

Un Iranien et un Afghan figurent parmi les 32 personnes qui étaient jugées dans cette affaire.

 

Les deux personnes acquittées sont un Saoudien et un étranger, a indiqué la source sans préciser la nationalité de ce dernier.

 

Il s’agit d’un procès « vicié dès le départ », a déclaré à l’AFP Adam Coogle, chercheur pour l’organisation Human Rights Watch (HRW).

 

Il s’était ouvert en février devant la Cour criminelle spéciale de Ryad sur fond de tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran.

 

AFP/Archives

© AFP/Archives

 

Manifestation à Téhéran après l’exécution en Arabie saoudite du dignitaire musulman chiite Nimr al-Nimr, le 8 janvier 2016

 

Ryad a rompu ses relations avec Téhéran début janvier après des attaques contre des représentations saoudiennes en Iran par des manifestants en colère, après l’exécution du dissident chiite saoudien Nimr al-Nimr qui avait été condamné à mort pour « terrorisme ».

 

Ce dernier avait été le principal moteur des protestations de 2011 de la communauté chiite saoudienne qui s’estime discriminée.

 

L’Iran chiite est régulièrement accusé « d’ingérences » par les monarchies arabes sunnites du Golfe dont l’Arabie saoudite est le chef de file.

 

– Accusations vagues –

 

Les membres du groupe jugé à Ryad étaient poursuivis pour trahison et collaboration avec les services de renseignement de l’Iran.

 

Ils étaient accusés aussi d’avoir divulgué des secrets de défense, planifié des actes de sabotage, tenté de recruter des agents au sein de l’administration et encouragé des « violences » à Qatif, ville de l’est de l’Arabie où se concentre la minorité chiite, selon la presse.

 

Selon l’acte d’accusation, certains des prévenus ont rencontré le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.

 

M. Coogle a affirmé que les accusés n’auraient pas eu accès à des avocats pendant les interrogatoires et dénoncé « des verdicts décidés à l’avance ».

 

Ils ont été inculpés pour des accusations selon lui assez vagues. On leur a notamment reproché d’avoir « appuyé des manifestations », d’avoir cherché à « propager la confession chiite » et d’avoir « terni la réputation du royaume » saoudien, a-t-il dit.

 

L’organisation de défense des droits de l’Homme basée à New York avait précédemment cité un avocat, qui a représenté certains des accusés jusqu’en mars, selon lequel le calendrier du procès a pu être lié à « l’hostilité en cours entre l’Iran et l’Arabie saoudite ».

 

HRW a fait remarquer que tous les accusés, sauf un, étaient détenus depuis 2013.

 

Indépendamment de cette affaire, plus de 20 autres chiites sont passibles d’exécutions en Arabie saoudite.

mardi 6 décembre 2016

Alep: l'opposition « modérée » bombarde un hôpital militaire russe avec la protection de l'Occident

La communauté internationale est en train de commettre un crime contre l'humanité et les structures comme l'ONU, la Croix Rouge en sont les complices.
 
Hier, l'opposition dite modérée a bombardé un hôpital militaire russe qui venait juste d'être installé à Alep, au moment où il allait recevoir les civils. Tirs très bien ciblés, les terroristes furent parfaitement informés du lieu et de l'heure. Deux médecins militaires russes sont morts, un est gravement blessé et plusieurs civils ont été touchés. Mais aucune condamnation de la communauté internationale qui se bat à l'ONU pour faire cesser les combats contre tous les combattants, y compris Al Nusra et Daesh.
 
Alors que les terroristes reculent à Alep et commencent à perdre du terrain, certains groupes ont lancé une attaque sur l'hôpital militaire mobile que la Russie venait d'installer à Alep pour apporter les premiers soins aux civils sortant des griffes des groupes les tenant prisonniers à l'Est de la ville et des habitants de l'ouest tombant sous les bombardements terroristes.
 
Alors que les tentes venaient d'être dressées, que les médecins militaires étaient en place et que les premiers patients arrivaient - heureusement les bus étaient en retard et le gros des civils n'était par hasard pas sur place - le groupe Nureddin-an-Zinkin a bombardé très justement le lieu. Attention, vidéo +18 ans.
 
 
Résultat, 2 médecins militaires russes ont été tués, un sur le coup l'autre suite à ses blessures et un autre est entre la vie et la mort. L'on compte également des blessés civils, mais heureusement aucun mort, grâce au retard des bus devant les conduire sur place. Une heure et demi plus tard, un nouveau bombardement, mais l'évacuation s'est faite très rapidement. Les autorités russes promettent de réinstaller un hôpital dans une zone sécurisée.
 
La réaction de la communauté internationale est d'un cynisme ... sans surprise. La Croix rouge internationale ne trouve rien de mieux à dire que cela démontre l'impossibilité des parties à garantir la sécurité des médecins. Quant au Département d'Etat américain, ils condamnent évidemment toute attaque contre des hôpitaux, mais n'ont aucune information confirmant l'attaque de cet hôpital, en raison de la situation difficile sur le terrain. 
 
Le porte-parole du ministère russe de la défense, lui, n'a pas mâché ses mots:
Le sang de nos militaires repose également sur les mains des commanditaires de cet assassinat. De ceux qui ont créé, fait grandir, armé ces animaux dans des peaux d'homme, les appelant, comme justification devant leur conscience et leur électorat - opposition. Oui oui, sur vous, Messieurs les protecteurs des terroristes, les Etats Unis, la Grande Bretagne, la France et autres organisations et pays sympathisants. 
De son côté, la France était manifestement trop occupée à défendre ses intérêts en Syrie, pour réagir à ce qui n'est qu'un détail de l'histoire. Car pendant ce temps, à l'ONU, les grandes démocraties occidentales, la France en tête, soutenaient à bout de bras et à court d'arguments une résolution du Conseil de sécurité sur Alep présentée par l'Egypte, la Nouvelle Zélande et l'Espagne devant permettre l'arrêt immédiat des combats à Alep pendant 10 jours. De tous les combats, c'est-à-dire aussi et surtout contre Al Nusra et Daesh, puisque les groupes de cette merveilleuse "opposition modérée" qui s'y trouvent sont évidemment affiliés à l'un ou à l'autre, autant qu'il puisse y avoir une différence dans les faits. La Russie et la Chine ont opposé un véto: il n'y a aucun sens humanitaire à permettre aux groupes terroristes de se reconstituer et reprendre des forces, récupérer des armes, alors qu'ils sont à bout de souffle.
 
Manifestement, le sort des groupes terroristes inquiètent beaucoup plus cet étrange Occident, dans lequel il devient difficile de se reconnaître, que la vie des civils. Et le soutien qui est apporté à ces groupes qui commettent des crimes sans nom contre les civils, les enfants, les femmes, égorgeant, violant, les mettant enceinte de force, ces crimes commis contre l'homme parce qu'il est homme et non animal. L'Occident se rend coupable, de soutenir, protéger, favoriser la commission de crimes contre l'humanité.  
 

03 décembre 2016

Arabie Saoudite et puissances coloniales, la stratégie du chaos

 

« Le califat, indique le texte, était un système de gouvernement régional basé sur l’autorité du calife descendant du prophète Mahomet. A ce moment, Hussein Ben Ali, chérif de La Mecque et descendant direct du prophète Mahomet, se proclama nouveau calife des musulmans à travers le monde. Cette décision provoqua la colère d’Ibn Saoud et inquiéta les Britanniques qui voyaient en Hussein un obstacle sur leur chemin pour contrôler le monde arabo-musulman. La puissance coloniale approuva donc le plan d’invasion du Hedjaz mis sur pied par Ibn Saoud.En 1924, la féroce armée des wahhabites attaqua le royaume d’Hussein, massacrant les populations, coupant les têtes des vieillards, assassinant des imams dans leurs mosquées et pillant les richesses qu’ils trouvaient sur leur passage. Ils détruisirent également tout ce qui représentait à leurs yeux « l’œuvre du  diable », des radios aux cigarettes. Hussein, sa famille et des milliers d’autres Hedjazis fuirent le royaume pour se rendre en Jordanie, en Egypte ou dans d’autres pays arabes. Ils ne revinrent jamais... »

 

Reprenons le texte...

 

Michel Peyret


Arabie saoudite: un pilier essentiel de la politique US mondiale

 

16 Nov 2016

GRÉGOIRE LALIE U - MOHAMED HASSAN - MICHEL COLLON

A l’occasion de la réimpression de la Stratégie du Chaos, nous vous proposons la lecture du chapitre consacré à l’Arabie saoudite. Un chapitre particulièrement utile aujourd’hui pour mieux comprendre les racines des attentats qui ont frappé Paris et Bruxelles. Mais aussi pour résoudre une délicate énigme: pourquoi les Etats-Unis, si prompts à faire la guerre pour apporter la démocratie partout dans le monde, soutiennent-ils infailliblement l’une des pires dictatures de la planète? 


Selon la légende, Abdelaziz Ibn Saoud était un visionnaire qui serait parvenu à surmonter les divisions entre des clans nomades de la péninsule arabique pour fonder en 1932 le royaume d’Arabie saoudite. La légende dit-elle vrai ?

 

 Oui et non. Oui, Ibn Saoud a fondé le Royaume d’Arabie saoudite. Mais non, ce n’était pas un visionnaire. Il était un instrument de l’Empire colonial britannique. Et ce n’est qu’avec l’argent et les armes de la Grande-Bretagne qu’il est parvenu à fonder son royaume. En réalité, Ibn Saoud et les Britanniques avaient besoin l’un de l’autre pour combattre un ennemi commun : les Ottomans.

 

Pourquoi la Grande-Bretagne avait-elle besoin d’Ibn Saoud ?

 

C’était un empire colonial qui avait besoin d’agents à l’étranger pour défendre ses intérêts. Nous avons évoqué au premier chapitre la rivalité entre la Grande-Bretagne et la France. Londres avait tenté, mais en vain, de briser la Révolution française et l’essor économique de son concurrent. Elle organisa donc une alliance européenne qui déboucha sur la bataille de Waterloo en 1815 où Napoléon fut vaincu. La création d’un Empire français nuisait à la domination britannique sur le monde et notamment sur les colonies.

 

Mais comme nous l’avons dit, il était trop tard pour arrêter cette révolution et cette expansion françaises. Dès lors, entre les grandes puissances économiques, la compétition devint féroce. Et l’exploitation des colonies prit une dimension nouvelle…

 

En quoi les colonies étaient-elles si importantes ?

 

D’une part, elles permettaient de fournir les matières premières nécessaires pour faire tourner la machine industrielle de l’Europe. D’autre part, elles offraient des débouchés pour les produits et les capitaux qu’accumulaient les puissances européennes.

 

Comment la Grande-Bretagne se retrouva-t-elle en Arabie saoudite et dans toute cette région ?

 

Comme je l’ai indiqué précédemment, l’Inde était le joyau de l’Empire colonial britannique. Cette colonie lui rapportait énormément. Londres développa donc toute une stratégie pour protéger son joyau des autres puissances impérialistes. Par exemple, alors que les Français s’emparaient de Djibouti sur la côte est de l’Afrique, les Britanniques prenaient le contrôle du Yémen du Sud et de Bahreïn. Dans la même optique, la Grande- Bretagne cherchait à stopper l’expansion de l’Allemagne et de la Russie, et à affaiblir l’Empire ottoman, principale puissance de la région.

 

En fait, les Britanniques jouaient à un double jeu avec les Ottomans. D’un côté, ils soutenaient l’Empire turc pour éviter que son démantèlement profite aux concurrents européens. Mais d’un autre côté, ils cherchaient à affaiblir les Ottomans pour contrôler les régions stratégiques autour de l’Inde. C’est dans cette optique que la Grande-Bretagne appuya la famille Saoud dans une péninsule arabique largement dominée par les Ottomans.

 

C’est donc grâce au soutien britannique que le clan des Saoud parvint à créer le Royaume d’Arabie saoudite en 1932. Mais ce n’était pas sa première tentative…

 

En effet, au milieu du 18ème siècle, la tribu nomade des Saoud voulait étendre son influence dans la péninsule arabique et s’associa aux wahhabites, un clan de fanatiques religieux. Cette alliance déboucha sur la création d’un premier royaume. Mais les deux tribus, connues pour leur sauvagerie, s’adonnèrent à des actes barbares contre des populations de la région. Certains historiens parlent même de profanations de lieux saints. L’Empire ottoman – l’autorité politique qui contrôlait une grande partie de la péninsule arabique et avait la responsabilité de veiller sur les lieux saints de l’islam – ordonna l’envoi de troupes égyptiennes pour stopper les atrocités des Saoud et des wahhabites. Le chef Abdellah Ibn Saoud fut emprisonné à Istanbul avant d’être publiquement exécuté.

 

Après ce premier échec, les deux familles tentèrent rapidement de fonder à nouveau un royaume. Mais des querelles internes desservaient la légitimité du clan des Saoud et les Ottomans récupérèrent rapidement le contrôle des territoires perdus. Chez les survivants des clans Saoud et wahhabite, ces échecs alimentèrent une haine féroce à l’égard des Ottomans et des Egyptiens. Aussi, lorsque la Grande-Bretagne colonisa le Bahreïn en 1820 et se mit à chercher des opportunités pour poursuivre son expansion, les Saoud découvrirent en elle un allié potentiel. Rapidement, la tribu bédouine déchue et la puissance coloniale passèrent des accords, toutes deux cherchant à contrer l’influence ottomane dans la péninsule arabique.

 

Quelle était la nature de l’alliance entre les Saoud et la Grande-Bretagne ?

 

Les Britanniques garantissaient argent et protection aux Saoud tant que ces derniers servaient les intérêts de la puissance coloniale dans la région. En 1901, le chef Abdelaziz Ibn Saoud écrivait au gouverneur britannique du Golfe : « Que les yeux du gouvernement britannique reposent sur nous et que nous soyons considérés comme vos protégés. »

 

Bien que le chef Ibn Saoud fût gratifié du titre de Sir, la relation entre l’Empire colonial et la tribu bédouine n’était pas respectueuse. Ibn Saoud était en fait un laquais de la Grande-Bretagne, une marionnette armée et financée depuis Londres pour étendre l’influence des Britanniques en Arabie. En 1919, par exemple, Ibn Saoud envoya son fils Fayçal rencontrer le roi Georges V. Le jeune prince apporta une lettre de remerciements de son père, ainsi qu’un magnifique sabre arabe orné de perles et placé dans un fourreau d’or. En retour, Fayçal reçut une photo dédicacée de George V avec la reine ! Cette anecdote symbolise assez bien les rapports entre les Britanniques et le clan des Saoud.

 

Mais Ibn Saoud y trouva tout de même son compte…

 

Absolument. Grâce au soutien des Britanniques, Saoud et wahhabites multiplièrent les combats pour étendre leur influence. Au Hedjaz, une bataille décisive fut remportée en 1924. Ce fut également l’un des plus grands massacres de l’histoire du monde arabe.

 

Situé à l’ouest de la péninsule arabique, le royaume du Hedjaz, où sont situées les villes saintes musulmanes de La Mecque et Médine, était contrôlé par les Ottomans. Mais en 1924, le nouvel Etat turc, devenu laïc, abolit le califat musulman…

 

C’est-à-dire ?

 

Le califat était un système de gouvernement régional basé sur l’autorité du calife descendant du prophète Mahomet. A ce moment, Hussein Ben Ali, chérif de La Mecque et descendant direct du prophète Mahomet, se proclama nouveau calife des musulmans à travers le monde. Cette décision provoqua la colère d’Ibn Saoud et inquiéta les Britanniques qui voyaient en Hussein un obstacle sur leur chemin pour contrôler le monde arabo-musulman. La puissance coloniale approuva donc le plan d’invasion du Hedjaz mis sur pied par Ibn Saoud.

 

En 1924, la féroce armée des wahhabites attaqua le royaume d’Hussein, massacrant les populations, coupant les têtes des vieillards, assassinant des imams dans leurs mosquées et pillant les richesses qu’ils trouvaient sur leur passage. Ils détruisirent également tout ce qui représentait à leurs yeux « l’œuvre du  diable », des radios aux cigarettes.

 

Hussein, sa famille et des milliers d’autres Hedjazis fuirent le royaume pour se rendre en Jordanie, en Egypte ou dans d’autres pays arabes. Ils ne revinrent jamais. Le royaume du Hedjaz, avec sa presse libre, ses partis politiques et sa Constitution relativement progressiste, bascula dans l’obscurantisme sous la direction des Saoud et des wahhabites. La Grande-Bretagne se frottait les mains, car Hussein Ben Ali représentait le danger d’un monde arabe uni et indépendant des puissances coloniales.

 

Rapidement cependant, Ibn Saoud manifesta son désir de poursuivre son expansion pour contrôler toute la région. La Grande-Bretagne rappela son protégé à l’ordre et traça les frontières de l’Arabie saoudite, de l’Irak, du Koweït et de la Jordanie selon le bon vieil adage : diviser pour mieux régner. Il fallait à tout prix empêcher  la formation d’un grand royaume arabe qui aurait été un rival dangereux.

 

Pour établir sa domination, la Grande-Bretagne n’a donc pas hésité à s’appuyer sur les éléments les plus barbares et cruels de la région, sur les derniers esclavagistes ?

 

Exactement. C’est aussi ça la « civilisation » occidentale !

 

Londres a régné en maître sur le Moyen-Orient durant la première moitié du vingtième siècle. Comment Washington est-elle parvenue à prendre sa place ?

 

Le sociologue Robert  K.  Merton  a développé le concept de « conséquences inattendues » pour qualifier les résultats imprévisibles d’actions intentionnelles. Et nous pouvons appliquer ce concept à l’Histoire. Au début du vingtième siècle en effet, Londres contrôlait l’Inde, décidait du sort de la Palestine, exploitait le pétrole irakien et avait institué le royaume des Hachémites en Jordanie. Dans la péninsule arabique, la Grande-Bretagne avait appuyé le clan des Saoud pour contrer l’influence des Ottomans. Mais la « conséquence inattendue de l’Histoire », c’est que les Britanniques ignoraient l’existence du pétrole en Arabie saoudite. Or, le pétrole avait acquis une importance stratégique depuis l’exploration menée en Iran à partir de 1901 et l’exploitation du premier grand champ d’or noir en 1908. Mais lorsqu’Ibn Saoud demanda un soutien financier accru à la Grande-Bretagne, cette dernière refusa par cupidité : elle ne voyait pas de raisons  de subvenir aux largesses du roi saoudien. Les Etats-Unis, par contre, acceptèrent et découvrirent ensuite le plus grand gisement pétrolier de la planète.

 

Pourquoi Washington a-t-elle accédé aux demandes d’Ibn Saoud ?

 

En 1919, le banquier canadien Edward Mackay Edgar écrivait    : « Tous les champs pétrolifères connus ou potentiels en dehors des Etats-Unis sont soit aux mains des Britanniques, soit gérés par les Britanniques, soit financés par les capitaux britanniques. » Washington se devait de mettre fin à cette situation de monopole.

 

Une première étape fut franchie en 1928. Londres et Paris, qui régnaient sur le pétrole arabe, acceptèrent que Washington se joigne à l’accord « de la ligne rouge ». Cet accord prévoyait notamment qu’aucun des partenaires réunis au sein de la Turkish Petroleum Company (bientôt rebaptisée Iraq Petroleum Company – IPC), ne chercherait du pétrole pour son propre compte. Ceci s’appliquait à l’ancien territoire occupé par l’Empire ottoman, mais les Britanniques avaient pris soin d’en exclure le Koweït pour garder le contrôle de cet oasis d’or noir.

 

En 1933, l’IPC refusa de payer à Ibn Saoud le montant qu’il demandait pour autoriser la compagnie à explorer les sous-sols de son royaume. Immédiatement, la Standard Oil of California (ancêtre de Chevron) se jeta sur l’occasion et accorda au roi Saoud tout ce qu’il désirait.

 

En négociant avec les Etats-Unis, le roi Ibn Saoud faisait-il une bonne affaire ?

 

Certainement. Ibn Saoud avait intérêt à traiter avec la compagnie US. D’une part, les Etats-Unis étaient très performants en ingénierie : techniques de pompage, de transport et de raffinage de pétrole… D’autre part, cet accord permettait à Ibn Saoud de couper le cordon avec la puissance britannique.

 

Sur ce plan, les Etats-Unis ont été très malins. Partout dans les pays du Sud, le ressentiment grandissait à l’égard du colonialisme. Dès lors, le président Roosevelt avait pris pour habitude de laisser les compagnies privées défendre les intérêts des Etats-Unis à l’étranger. Washington marquait ainsi sa différence avec l’Europe coloniale et paraissait plus sympathique. Ibn Saoud préféra donc négocier avec un tel partenaire plutôt qu’avec une puissance coloniale qui risquait de s’immiscer dans les affaires internes de l’Arabie saoudite et de revoir l’organisation politique du pays.

 

Un autre élément a fait pencher la balance saoudienne en faveur des Etats-Unis : St. John Philby. Cet ancien espion britannique nourrissait une certaine aversion pour son propre gouvernement et il était devenu un proche conseiller du roi Ibn Saoud. Philby s’était arrangé pour que les Saoudiens décrochent un contrat juteux avec la Standard Oil of California. Il suspectait par ailleurs l’IPC de vouloir décrocher les concessions saoudiennes dans le seul but de tenir la compagnie US à l’écart du pétrole arabe. Cet objectif atteint, l’IPC qui avait déjà bien assez à gagner avec l’Irak, n’aurait certainement pas exploré au plus vite les concessions saoudiennes, et ceci aurait constitué un manque à gagner pour Ibn Saoud.

 

Quel fut l’impact de la découverte du pétrole saoudien ?

 

La Standard Oil of California s’associa avec d’autres compagnies US pour former Saudi Aramco, la compagnie nationale saoudienne du pétrole. Tellement puissante qu’elle a parfois été décrite comme un Etat dans l’Etat. Après plusieurs années de recherches, l’Aramco a découvert que l’Arabie saoudite possédait 25% des réserves mondiales de pétrole. Sa production a d’ailleurs littéralement explosé par la suite : de 21 millions de barils en 1945 à 2582 millions de barils, trente ans plus tard.

 

Très logiquement, ce pays est donc devenu stratégique pour Washington comme en témoigne un mémorandum US de 1942 : « Nous croyons fermement que le développement du pétrole saoudien devrait être perçu à la lumière de notre large intérêt national. ». Trois ans plus tard, alors qu’il revient de la conférence de Yalta, le président Roosevelt rencontre à bord du Quincy le roi Ibn Saoud. Le chef d’Etat US assure à son homologue que la sécurité de l’Arabie saoudite fait partie de ses « intérêts vitaux » et soutient le royaume pour assurer le leadership de la région. Succédant à Roosevelt peu après, le président Truman sera tout aussi bienveillant : « Aucune menace ne pourrait peser sur votre royaume qui ne serait une préoccupation immédiate pour les Etats-Unis ».

 

L’Aramco va même sponsoriser une étude historique pour légitimer la famille des Saoud. Des experts imagineront un arbre généalogique prouvant que les membres de la tribu bédouine étaient d’origine noble et même des descendants du prophète Mahomet !

 

L’obtention des concessions saoudiennes dans les années 30 a donc marqué un tournant dans la politique US, car elle a permis à Washington de s’implanter dans un Moyen-Orient largement dominé par la Grande-Bretagne.

 

Après la Deuxième Guerre mondiale, l’emprise des Etats-Unis sur la région va devenir beaucoup plus forte…

 

Oui. L’Europe était à genoux et les Etats-Unis, qui n’avaient    pas subi de pertes dans le conflit, sont sortis grands vainqueurs. L’Empire britannique n’avait plus les moyens de maintenir sa domination sur le monde arabe et les Etats-Unis l’ont progressivement remplacé.

 

L’Arabie saoudite, est-ce uniquement une affaire de pétrole ? D’autres pays producteurs de pétrole n’ont pas reçu autant d’égards…

 

Non, ce pays occupe aussi une position géographique stratégique pour Washington. En 1943, Dean Acheson, qui allait devenir secrétaire d’Etat, écrivait : « L’Arabie saoudite occupe un emplacement vital, entre la mer Rouge et les voies navigables du golfe Persique, et sur la voie aérienne qui mène directement à l’Inde et à l’Extrême-Orient. ».   En 1945, l’Arabie saoudite et les Etats-Unis passaient un accord pour construire la base militaire de Dahran sur la rive ouest du golfe Persique. Elle était située tout près de la ville spécialement construite pour les employés de l’Aramco : l’armée US veillait donc directement sur les intérêts pétroliers. Mais sa position centrale permettait aussi aux Etats-Unis engagés dans la Seconde Guerre mondiale de relier leurs bases en Afrique du Nord au champ de bataille du Pacifique.

 

Lorsque la guerre prit fin, cette base militaire avait-elle encore une utilité ?

 

Plus que jamais ! Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis ont considéré l’Union soviétique comme leur principal ennemi. Ils craignaient que les communistes étendent leur influence jusqu’au Moyen-Orient. La base de Dahran constituait donc un point d’ancrage important pour intervenir militairement dans le monde arabe.

 

Et là, j’en viens à l’élément qui unit le plus l’Arabie saoudite aux Etats-Unis : la lutte contre le communisme. Dans sa bataille pour dominer le monde, Washington cherchait à contrer l’influence soviétique aux quatre coins de la planète. De son côté, la dynastie saoudienne nourrissait une haine féroce pour le communisme. Par exemple, peu de temps après que l’armée US ait largué une bombe atomique sur Hiroshima, le roi Ibn Saoud s’empressa d’envoyer un message au président Truman pour lui demander de larguer une autre bombe sur l’Union soviétique. Quelques années plus tard, le même roi Ibn Saoud lançait à un officiel étasunien: « Trouvez-moi un communiste en Arabie saoudite, et je vous donnerai sa tête ».

 

Comment expliquer cette haine du communisme chez les Saoud ?

 

L’Arabie saoudite est un Etat féodal arriéré qui n’a même pas de constitution. Avec Brunei, le Sultanat d’Oman et le Swaziland, l’Arabie saoudite est la dernière monarchie absolue de l’Histoire. Il n’y a donc pas de parlement et le peuple n’a rien à dire dans la gestion du pays. Le royaume est en fait considéré comme la propriété personnelle de la famille Saoud. D’ailleurs, Ibn Saoud n’a-t-il pas donné son nom à ce pays ? En fait toute la population saoudienne est, comme on dit là-bas, un « Saoudi ».

 

Ce qui veut dire ?

 

« Tu nous appartiens » ! Et si vous refusez, ils vous enlèvent votre nationalité ! « Saoudi » est une personne… ce n’est pas une nation… C’est juste un seul homme : le Roi Abdul-Aziz Ibn Saoud qui a donné son nom à la nation. Vous comprenez pourquoi la dynastie saoudienne a toujours redouté le communisme, ses idées égalitaires et le nationalisme progressiste qu’il inspirait dans le monde arabe et ailleurs sur la planète. Si le peuple saoudien se laissait gagner par de telles idées, la légitimité de la famille royale et son despotisme auraient été remis en cause.

 

On n’a pas organisé des élections en 2005 ?

 

Une comédie ! Il y a quelques années, l’hebdomadaire US Newsweek avait inclus le roi Abdallah dans le top 10 des dirigeants œuvrant pour faire avancer la démocratie dans le monde. C’est ridicule ! Le seul scrutin organisé en Arabie saoudite portait sur des élections municipales en 2005. D’après les analystes sur place, il s’agissait surtout d’une farce. La moitié des conseillers municipaux étaient élus par le peuple, l’autre moitié par le prince en charge des affaires locales. Mais concrètement, les représentants n’avaient aucun pouvoir. De nouvelles élections devaient se tenir en 2009, mais ont été repoussées tant les citoyens n’y croient pas !

 

La question de la démocratie, à part ce leurre, le régime dictatorial y répond toujours par la violence. Au début des années 90 par exemple, de jeunes cheikhs indépendants de l’institution officielle réclamaient une série de réformes. Le pouvoir répondit en créant une assemblée consultative dont les membres étaient nommés par le roi. Les islamistes réformateurs manifestèrent alors leur mécontentement devant ce renforcement du pouvoir royal à l’opposé de leurs revendications. Le gouvernement emprisonna les principaux leaders de cette opposition !

 

L’Arabie saoudite, c’est le régime le plus oppresseur envers les femmes…

 

Oui, un pays où les femmes n’existent pas. La discrimination a leur égard est littéralement institutionnalisée, elles n’ont donc pas moyen de se défendre. Il est, par exemple, interdit pour une Saoudienne de prendre le volant ! De même, une femme ne peut être admise dans un hôpital ou voyager sans l’accord de son tuteur masculin (époux, père, frère…). Mais l’absurde de cette discrimination tourne souvent au drame.

 

En 2002, un incendie a frappé une école de filles à La Mecque. La Muttawa, la police religieuse du royaume, est intervenue en même temps que les pompiers. Comme l’incendie s’était déclaré tôt au matin, certaines jeunes filles n’étaient pas vêtues comme il aurait fallu pour être vues par les hommes du service d’incendie. La Muttawa empêcha donc les filles qui n’étaient pas accompagnées d’un tuteur masculin de quitter le bâtiment en flammes. Selon différents témoignages, dont ceux de Human Rights Watch, quinze fillettes sont ainsi décédées et une cinquantaine d’autres ont été blessées. Le directeur de l’école a été limogé, mais la Muttawa et le Comité pour la vertu et la prévention du vice n’ont pas été inquiétés.

 

Quand on voit les campagnes médiatiques déchaînées contre l’Iran par exemple, n’est-ce pas étonnant, ce silence des grands médias à propos de l’Arabie saoudite ?

 

Oui, surtout que les Etats-Unis prétendent « se battre pour les femmes », en Afghanistan ou en Iran. Ce silence soulève beaucoup de questions sur le rôle de nos médias !

 

Revenons au combat contre le communisme, il a été mené en étroite liaison avec les Etats-Unis…

 

Oui, après la Deuxième Guerre mondiale, beaucoup de pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie se libérèrent progressivement du joug colonial. Mais Washington craignait alors que ces nouveaux Etats ne basculent dans le giron soviétique. Alors, dans les années 50, le président Eisenhower et son secrétaire d’Etat, John Foster Dulles, élaborèrent une stratégie confiant un rôle très important à l’Arabie saoudite. Il fallait présenter les Etats-Unis comme un pays opposé au colonialisme. Et l’Arabie saoudite était censée démontrer au reste du monde la réussite d’un Etat qui s’était tourné vers Washington.

En réalité, Eisenhower et Dulles avaient juste adapté le colonialisme en lui donnant une autre forme : les compagnies privées jouaient le rôle des Etats coloniaux d’autrefois et pillaient les matières premières des pays dominés tandis que Washington finançait dans ces néo-colonies une élite pour réprimer les peuples. Ceux-ci étaient, encore une fois, les grands perdants.

 

Mais nous avons vu qu’un grand pays arabe avait osé affronter le colonialisme. En renversant le roi égyptien Farouk en 1952 et en instituant une république socialiste, le lieutenant-colonel Nasser lançait un sacré défi à Washington et à Riyad. Quelle a été leur réaction ?

 

Pour l’Arabie saoudite, c’était une catastrophe. Nasser avait renversé une monarchie et cet exemple invitait à renverser les monarchies féodales pour instaurer des républiques. De plus, il prêchait le nationalisme arabe dans toute la région, c’est-à-dire l’indépendance vis-à-vis des puissances néo-coloniales.

 

Dès lors, la dynastie des Saoud se sentait directement menacée. Car la famille saoudienne et son régime arriéré ne devaient leur survie à la tête du royaume qu’au soutien des Etats-Unis. Il était impossible pour eux de mener une politique indépendante de Washington.

 

Pour sa part, Eisenhower a d’abord cru qu’il pourrait mettre Nasser de son côté. Mais en 1955, le président égyptien conclut avec la Tchécoslovaquie un important achat d’armes. Cette première vente d’armes soviétiques à un pays non communiste signifiait que Nasser avait choisi son camp et que l’URSS s’implantait au Moyen-Orient. L’émoi fut très vif en Israël, en Europe et aux Etats-Unis.

 

Un an plus tard, le président égyptien nationalisa le canal de Suez. Le 29 octobre 1956, la France, la Grande-Bretagne et Israël attaquèrent l’Egypte. Mais les Etats-Unis restèrent en dehors du conflit. Cela semble surprenant…

 

Dulles et Eisenhower ne voulaient pas briser l’image anticoloniale qu’ils s’étaient efforcés de construire. Alors que son gouvernement étudiait la possibilité de participer à l’attaque contre l’Egypte, Eisenhower demanda : « Comment pourrions-nous soutenir la France et la Grande-Bretagne si ce faisant, nous perdons tout le monde arabe ? »

 

La situation des impérialistes et de leurs régimes était tactiquement délicate. Pour manifester leur opposition à l’attaque contre Nasser, les pays arabes mirent en place un embargo pétrolier contre l’Europe. L’Arabie saoudite, malgré son aversion pour le président égyptien, y participa pour ne pas se mettre l’ensemble du monde arabe sur le dos. Mais Eisenhower refusa de venir au secours de ses alliés européens en augmentant la production de pétrole US et finalement, sous les injonctions de Washington et de Moscou, les troupes françaises, britanniques et israéliennes se retirèrent.

 

Nasser sortit renforcé du conflit, sa popularité était devenue immense dans le monde arabe et il se rapprocha de l’Union soviétique. Les Etats-Unis n’avaient pas pu profiter de leur attitude dans le conflit pour ramener Nasser dans leur cercle d’influence. Le nationalisme arabe du président égyptien prenait de l’ampleur, gagnant la Syrie, l’Irak et le Yémen.

 

Au Yémen du Nord justement, l’influence du nationalisme arabe déboucha sur une révolution en 1962. Alors que l’Arabie saoudite soutenait la dynastie royale en péril, l’Egypte appuyait les révolutionnaires républicains. Peut-on parler, comme certains historiens, de guerre froide arabe ?

 

En quelque sorte, oui. En 1962, des révolutionnaires renversèrent le régime féodal de l’imam-roi Muhammad al-Badr dans le Yémen du Nord pour instaurer une république civilisée et indépendante des puissances impérialistes. Ce mouvement était soutenu par Nasser qui défendait le nationalisme panarabe. Le président égyptien envoya ses troupes soutenir les révolutionnaires dans leur combat contre les forces royalistes, ce qui effraya grandement l’Arabie saoudite, les Etats-Unis, Israël et l’Europe.

 

Riyad voyait la révolution antiféodale frapper à ses portes et mobilisa son armée pour restaurer le pouvoir du roi al-Badr. Le danger était de taille pour les Saoud, car les idées des républicains yéménites avaient déjà une certaine influence en Arabie saoudite : des pilotes de l’armée nationale refusèrent de bombarder les révolutionnaires et rejoignirent le Yémen. Appuyée par l’Occident, l’Arabie saoudite s’engagea dans la bataille pour faire avorter la révolution yéménite que soutenait Nasser. Ce fut un conflit meurtrier. Finalement, le gouvernement républicain et nationaliste du Yémen du Nord ne fut pas renversé, mais sortit très affaibli de cette bataille.

 

La position des Etats-Unis au début de ce conflit était plutôt surprenante. Alors que le prince Fayçal d’Arabie saoudite demandait à Washington un soutien financier et armé pour combattre les troupes égyptiennes, le président Kennedy pria le prince d’entamer des réformes dans son pays. Pourquoi ?

 

Kennedy reconnut assez rapidement le nouveau gouvernement yéménite, ce qui inquiéta Fayçal. Et au lieu de recevoir tout l’appui nécessaire pour combattre l’armée égyptienne au Yémen, le prince saoudien se vit demander un plan de réformes pour moderniser et rendre plus acceptable l’image du royaume sur la scène internationale.

 

En fait, Kennedy espérait pouvoir écarter Nasser du giron soviétique. Washington ne souhaitait donc pas afficher trop ouvertement son soutien à l’Arabie saoudite, principal ennemi de l’Egypte. Dans un premier temps, Fayçal se plia aux exigences de la Maison Blanche et présenta un programme de réformes en dix points pour moderniser l’économie saoudienne et abolir l’esclavage qui était toujours en vigueur dans le royaume.

 

Finalement, comme Eisenhower quelques années auparavant, Kennedy réalisa qu’il ne parviendrait pas à s’attirer les faveurs de Nasser. L’Arabie saoudite, avec sa haine du communisme et du nationalisme arabe, restait le meilleur allié possible des États-Unis dans la région. Il accéda donc à la demande de soutien de Fayçal au Yémen et le plan de réformes tomba aux oubliettes. Par la suite, Lyndon Johnson, le successeur de Kennedy, abandonna toute tentative de courtiser Nasser et affirma son soutien total à l’Arabie saoudite.

 

La guerre du Yémen se termine donc sur un cessez-le-feu entre l’Arabie saoudite et l’Egypte en 1965. Mais deux ans plus tard, la bête noire des Saoudiens, Nasser, est de nouveau dans la tourmente avec la guerre des  Six Jours. Une aubaine pour les Saoud ?

 

En effet. En juin 1967, un conflit oppose Israël à une coalition de pays arabes : Egypte, Jordanie et Syrie. Déclenchée par Tel-Aviv, cette bataille très brève infligea une défaite cinglante à Nasser. Le premier jour de l’attaque, Israël avait détruit la moitié de l’aviation arabe. Et après six jours, il avait conquis la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï en Egypte, la Cisjordanie et Jérusalem-Est en Jordanie et le plateau du Golan en Syrie.

 

Ce fut un revers accablant tant pour Nasser que pour le nationalisme arabe qu’il défendait. Ses idées perdirent de leur prestige dans le monde arabe. Beaucoup se tournèrent vers la principale alternative de l’époque : l’islam politique défendu par l’Arabie saoudite.

 

Comment l’Arabie saoudite s’est-elle retrouvée chef de file de l’islam politique ?

 

 Pour contrer l’influence de l’Union soviétique, Eisenhower mit au point une stratégie consistant à apporter un soutien financier et militaire à tout pays du Moyen-Orient qui serait « menacé par le communisme ». Mais la doctrine Eisenhower fut un échec. D’une part, l’envoi de grosses sommes d’argent vers des pays riches en pétrole soulevait beaucoup de questions aux Etats-Unis. D’autre part, les pays arabes qui auraient accepté cette aide se seraient ouvertement affichés contre l’Egypte nassérienne qui avait encore le vent en poupe à l’époque auprès des populations de la région. Alors, Washington élabora une autre stratégie. On allait employer l’islam comme une arme politique pour contrer le nationalisme arabe laïque de Nasser. Cette stratégie fut initiée au début des années 60, sous le règne de Saoud Abdelaziz, le fils aîné et successeur d’Ibn Saoud. Mais le souverain, connu pour son amour des femmes, des jeux d’argent et de l’alcool, ainsi que pour sa mauvaise gestion du royaume, n’avait pas le profil idéal pour assumer le rôle attendu. Il fut donc écarté au profit de son frère Fayçal.

 

En application de cette nouvelle stratégie, l’Arabie saoudite créa la Ligue islamique mondiale, une organisation ultraconservatrice inspirée par l’extrémisme wahhabite pour contrer l’influence de Nasser. La Ligue déclarait par exemple que le nationalisme était le pire ennemi des Arabes. Dans un premier temps, la popularité de Nasser étant tellement grande, cet islam politique ne rencontra pas un grand succès. Mais la défaite du président égyptien dans la guerre des Six Jours changea la donne. Après ce conflit et la perte de prestige du nassérisme, l’alternative offerte par Fayçal reçut un plus grand soutien populaire et l’Arabie saoudite devint un acteur-clé du Moyen-Orient. Ce rôle prépondérant allait être renforcé par la première crise pétrolière en 1973.

 

En quoi cette crise renforça-t-elle l’influence de l’Arabie saoudite ?

 

En 1973, la guerre du Kippour opposa Israël à une coalition menée par la Syrie et l’Egypte, alors présidée par Anouar al-Sadate. Les pays arabes producteurs de pétrole décidèrent d’appliquer un embargo contre les pays qui soutenaient Israël. Dont les Etats- Unis évidemment. L’Arabie saoudite se joignit à l’action, mais en réalité, elle violait l’embargo en continuant d’approvisionner les navires de guerre US embarqués dans la guerre au Vietnam.

 

Cet embargo fit décoller le prix du baril de pétrole, ce qui profita aux membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Le choc pétrolier de 1973 marqua en fait le premier grand transfert d’argent de l’Occident vers le tiers monde. Pour l’Arabie saoudite, cet événement a eu trois grandes conséquences… Premièrement, l’important afflux d’argent permit de moderniser le pays. Mais cette modernisation allait progressivement créer des contradictions entre une société saoudienne plus éduquée et le régime arriéré qui la contrôlait.

 

Deuxièmement, pour empêcher que le pétrole puisse être utilisé comme un instrument de chantage contre Washington, Henry Kissinger, alors responsable de la politique internationale des Etats-Unis, développa une théorie visant à faire de l’Arabie saoudite un actionnaire majeur de l’économie US. Les États-Unis amenèrent la monarchie pétrolière à investir chez eux les importantes sommes d’argent récoltées après le premier choc. Ainsi, les destins de Riyad et de Washington devenaient encore plus liés.Par ailleurs, les Etats-Unis étaient en pleine crise du Vietnam, le Japon était devenu la deuxième économie du monde et les Européens, ayant pansé les blessures de la Seconde Guerre mondiale, devenaient plus puissants. C’est à cette époque que les pétrodollars furent introduits aussi dans l’économie européenne. Cette opération conféra au dollar une valeur internationale et permit aux Etats-Unis de garder le leadership.

 

Troisième conséquence du choc pétrolier de 1973 : l’Arabie saoudite n’a pas investi son argent uniquement dans l’économie US. Elle en a utilisé une grosse partie pour combattre le communisme partout dans le monde.

 

Concrètement, comment l’Arabie saoudite va-t-elle utiliser ses revenus pétroliers pour combattre le communisme ?

 

En 1970, Nasser mourut d’une crise cardiaque à l’âge de 52 ans. Anouar al-Sadate lui succéda, poursuivant dans un premier temps sur la ligne nationaliste de son prédécesseur. Mais rapidement, utilisant l’argent du pétrole comme une arme idéologique, l’Arabie saoudite entreprit d’arracher l’Egypte à l’influence soviétique. Chaque année, Riyad investissait 2,5 milliards de dollars dans l’économie égyptienne et cet investissement porta ses fruits. Sadate se tourna rapidement vers l’Occident, abandonna définitivement le nassérisme, ouvrit le pays aux multinationales et capitula devant Israël.

 

Mais vous parliez d’une action mondiale des Saoud…

 

Oui, dans les années 70, alors que le monde capitaliste était en crise, l’Afrique était particulièrement agitée… Les anciennes colonies portugaises d’Angola, du Mozambique et du Zimbabwe avaient gagné leur indépendance. L’Ethiopie, soutenue par l’Union soviétique, se disputait l’Ogaden avec la Somalie, elle, soutenue par les Etats-Unis. La solidarité avec le peuple noir d’Afrique du Sud grandissait chaque jour et de nombreux Etats africains avaient coupé leurs relations avec Israël qui soutenait le gouvernement d’apartheid…

 

C’est à cette époque, en 1976 exactement, que fut créé le Safari Club. La CIA sortait du scandale du Watergate (écoutes clandestines des démocrates par le président Nixon) et avait les mains relativement liées. Son directeur, George Bush (père), et le secrétaire d’Etat Henry Kissinger appuyèrent donc la création de cette association pour combattre l’influence soviétique en Afrique et au Moyen- Orient.

 

« Safari Club » ! On imagine qu’il ne s’agissait pas de tourisme ?

 

Non, il regroupait les services d’espionnage français avec leur patron Alexandre de Marenches, le Maroc d’Hassan II, l’Egypte de Sadate, l’Iran du Shah, le Congo de Mobutu et l’Arabie saoudite. Cette organisation mit sur pied un important réseau de financements. Elle aida Mobutu à réprimer un mouvement de contestation dans la riche région minière du Katanga, elle appuya le président somalien Siad Barre dans la guerre d’Ogaden, elle facilita le rapprochement entre Israël et l’Egypte, etc.

 

L’Arabie saoudite officia également au sein de la « Ligue anticommuniste mondiale » où l’on retrouvait les Etats-Unis, des criminels de guerre nazis et japonais, la secte « Eglise de l’Unification » du révérend Moon et aussi des groupes fascistes d’Europe et d’Amérique latine. Cette Ligue anticommuniste lutta activement contre le communisme en Asie, contre la théologie de la libération en Amérique latine et contre l’émergence de partis d’extrême gauche en Europe durant la seconde moitié du vingtième siècle.

 

Les Saoud ont donc largement utilisé l’argent du pétrole pour lutter contre le communisme et l’influence soviétique partout dans le monde. Avec Israël et le Chah d’Iran, l’Arabie saoudite constituait un pilier essentiel de la politique US au Moyen-Orient et même plus largement, dans le monde entier.

 

Justement, en 1979, l’un de ces piliers s’effondre. Le Chah d’Iran est renversé par la révolution islamique de l’ayatollah Khomeiny. Quel est l’impact de cet événement sur l’Arabie saoudite ?

 

Ce fut d’abord un coup dur pour les Etats-Unis qui perdirent l’un de leurs plus fidèles alliés. Le nouveau régime iranien était ouvertement hostile à Washington. Et la révolution iranienne envoyait un très mauvais signal aux pays de la région : les États-Unis n’étaient pas capables d’assurer la protection de leurs marionnettes.

 

Ce fut également un coup dur pour l’Arabie saoudite. Un nouvel islam politique, diamétralement opposé à celui des Saoud, prenait de l’ampleur au Moyen-Orient. Alors que Riyad avait utilisé la religion pour combattre le nationalisme arabe et servir les intérêts de Washington, la révolution islamique s’inscrivait au contraire dans une ligne anti-impérialiste.

 

Par ailleurs, dans l’est du pays, l’Arabie saoudite comporte une minorité chiite comme l’est le régime iranien. Cette minorité a toujours été délaissée et les Saoud craignaient que Khomeiny puisse l’influencer.

 

Comment Washington et Riyad ont-ils lutté contre Khomeiny ?

 

Le gouvernement Reagan voulait utiliser l’Arabie saoudite comme un rempart pour contrer l’influence de la révolution iranienne. En 1981, le roi Khaled tenta de corrompre un colonel de l’aviation iranienne pour renverser Khomeiny, mais sans succès.

 

Mais le plus gros du travail a été réalisé par le président irakien Saddam Hussein. Devant l’impossibilité de renverser Khomeiny, les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et le Koweït encouragèrent l’Irak à attaquer l’Iran. Washington mena un jeu machiavélique en soutenant les deux parties à la fois. Henry Kissinger déclara d’ailleurs, à propos de cet horrible conflit qui dura huit ans et fit plus d’un million de morts : « Laissez-les s’entretuer ». De son côté, l’Arabie saoudite apporta à l’Irak un soutien financier à hauteur de trente milliards de dollars sur les huit années de guerre.

 

A l’issue du conflit, Saddam Hussein, particulièrement remonté contre Washington, prononça un discours à la Ligue Arabe. Il mit en lumière la stratégie US visant à laisser les Irakiens et les Iraniens s’entretuer pour mieux contrôler la région. Alors qu’il disposait d’une économie solide au début des années 80, l’Irak était devenu le pays le plus endetté de la planète. Ses principaux créanciers étaient l’Arabie saoudite et le Koweït. Mais à présent, ces pays le soumettaient à un chantage financier en affaiblissant délibérément le cours du baril pour priver Bagdad des ressources qui auraient permis de rembourser ses dettes.

 

Suite à diverses provocations koweïtiennes, Saddam Hussein décida d’envahir le petit émirat pétrolier en 1990. Cette invasion allait déboucher sur la première guerre du  Golfe (16 janvier – 3 mars 1991).

 

Les Saoudiens craignaient-ils d’être les prochains sur la liste après le Koweït ?

 

 L’Arabie saoudite était sur le pied de guerre, mais la possibilité que Saddam attaque le royaume était très faible. Le véritable problème était ailleurs : en récupérant le Koweït, qui faisait partie historiquement de l’Irak, mais que les colons britanniques avaient séparé arbitrairement, le régime de Saddam Hussein serait devenu le premier producteur de pétrole. Ni l’Arabie saoudite, ni les États-Unis ne pouvaient l’accepter.

 

Positionnées au Koweït, les troupes irakiennes étaient aux portes de l’Arabie saoudite. Mais cette dernière, bien qu’ayant dépensé des sommes astronomiques pour acheter des armes aux États-Unis, se révéla incapable de lutter contre l’armée de Saddam. C’est une information importante, car elle montre à quel point les grosses commandes d’armement passées aux Etats-Unis ne servaient pas à la sécurité du royaume, mais constituaient plutôt un transfert d’argent, un cadeau de Riyad à Washington.

 

Incapable de se défendre, l’Arabie saoudite se résolut à accueillir sur son territoire des troupes US dans le cadre de l’opération Tempête du désert qui mit fin à l’occupation du Koweït par l’Irak. Cette décision souleva de fortes protestations au sein de la population : beaucoup s’opposaient à la présence de soldats nord- américains sur les terres musulmanes d’Arabie saoudite.

 

Parmi eux, Oussama Ben Laden…

 

Exact. Oussama Ben Laden vient d’une des familles les plus fortunées d’Arabie saoudite. En 1960, il existait une centaine de foreuses de puits pétroliers dans le monde et plus de la moitié appartenait à la famille Ben Laden !

 

Le riche Oussama se fit remarquer sur la scène politique lors de la guerre d’Afghanistan dans les années 80. En 1979, l’Union soviétique intervint dans ce pays d’Asie centrale pour soutenir le gouvernement socialiste menacé par une rébellion interne. Cet événement alerta les Etats-Unis et l’Arabie saoudite qui craignaient de voir Moscou se renforcer dans la région. Mais Washington y vit surtout l’occasion de porter un coup fatal à son principal concurrent. Les USA ont réussi à faire de l’Afghanistan le « Vietnam des Soviétiques » : une guerre longue, coûteuse et éprouvante. Pour créer un effet d’embourbement, il fallait que l’intervention de l’URSS rencontre une forte résistance. Et c’est là qu’intervient l’Arabie saoudite…

 

Quelle est la motivation de celle-ci ?

 

1979 a été une année particulièrement mouvementée pour l’Arabie saoudite. En Iran, son allié le Chah est renversé. En Afghanistan, l’URSS envoie ses troupes. Et à La Mecque, le 20 novembre, un groupe de deux cents fondamentalistes armés et opposés à la famille royale a pris le contrôle de la Grande Mosquée, otages à la clé.

 

Les Saoud, incapables de déloger les rebelles, ont dû faire appel au Groupe d’Intervention de la Gendarmerie française (GIGN). Cette intervention était très mauvaise pour l’image de la famille royale pour deux raisons. D’abord, elle prouvait que les Saoud étaient incapables de mener à bien ce genre d’opérations et devaient compter sur les Occidentaux. En outre, des non-musulmans n’ont pas le droit de pénétrer dans la Grande Mosquée. Après cet incident, la dynastie avait donc besoin de rasseoir sa légitimité et son soutien populaire de plus en plus contestés. La guerre d’Afghanistan allait l’y aider.

 

Comment ?

 

L’Arabie saoudite s’afficha comme le grand défenseur des terres musulmanes assaillies par les communistes en Afghanistan. En réalité, Washington et Riyad voulaient simplement faire tomber leur ennemi soviétique.

 

Le roi Khaled et Zbigniew Brzezinski, le conseiller aux Affaires étrangères du président Jimmy Carter, passèrent un accord : pour chaque dollar que les Etats-Unis mettraient dans la guerre en Afghanistan, l’Arabie saoudite en ferait autant. Au final, l’addition s’éleva à plusieurs milliards de dollars de part et d’autre ! L’économie saoudienne devint très endettée et, pour surmonter ces problèmes de liquidité, le royaume augmenta considérablement sa production de pétrole. Du coup, le prix du baril chuta de trente à huit dollars, causant la perte de l’OPEP. En effet, l’organisation ne pouvait plus utiliser l’or noir comme arme politique pour faire entendre ses revendications. Et une fracture importante se créa entre les petits producteurs et les riches pays du Golfe. Ceci atteignait un objectif qui avait été défini dès 1973 par Henry Kissinger.

 

Quel a été le rôle concret de l’Arabie saoudite dans la guerre d’Afghanistan ?

 

 Les services secrets saoudiens ont recruté des combattants pour y lutter contre les Soviétiques au nom de l’islam. Beaucoup de ces combattants venaient des minorités musulmanes d’Europe.

 

Comment avaient-ils été contactés ?

 

L’Arabie saoudite avait un contact privilégié avec ces minorités à travers les nombreuses mosquées qu’elle avait financées en Europe. Cette implantation a commencé dans les années 60 avec la création de la Ligue islamique mondiale. Selon un journal saoudien, le royaume aurait dépensé 45 milliards de dollars pour financer la construction de mosquées en Europe. A Bruxelles, par exemple, le roi Fayçal a entièrement pris en charge les travaux de réaménagement de la Grande Mosquée que le roi Baudouin  lui avait cédée. L’Arabie saoudite serait ainsi intervenue dans le financement d’environ 1.500 mosquées et 2.000 centres islamiques. Dans les années 80, elle disposait déjà d’un réseau très important lorsqu’il a fallu recruter des combattants pour l’Afghanistan.

 

Finalement, pour contrer l’influence iranienne, rétablir son image ternie par la prise d’otages de La Mecque et mobiliser des combattants pour l’Afghanistan, le roi Khaled fit appel aux puissances religieuses les plus obscures du royaume. Pourtant son père, le fondateur Ibn Saoud, après s’être associé avec les wahhabites pour conquérir les terres de la péninsule arabique, avait tenté de contenir l’influence de ces alliés extrémistes. Le roi Fayçal, développant l’islam comme arme politique, avait lui aussi essayé de tempérer les aspirations extrêmes des fondamentalistes. Par contre, le roi Khaled, avec le soutien des Etats-Unis, libéra des forces religieuses ultra conservatrices qui allaient se retourner contre eux.

 

C’est dans le recrutement de combattants pour l’Afghanistan qu’intervient Ben Laden…

 

Tout à fait. Oussama Ben Laden a mobilisé des moudjahidines, des combattants de l’islam, et a lui-même rejoint l’Afghanistan au sein du Ittehad-i-Islami, un groupe fondamentaliste créé par le seigneur de guerre afghan Abdul Rasul Sayyaf.

 

Finalement, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite réussirent leur coup : après dix années de combat, l’Union soviétique finit par se retirer d’Afghanistan, abandonnant le pays au chaos des rivalités qui opposaient les seigneurs de guerre locaux. L’URSS, minée par des problèmes internes et le fiasco afghan, s’effondra deux années plus tard, en 1991.

 

Ben Laden a donc servi les intérêts des Etats-Unis en Afghanistan. Pourtant, dix ans plus tard, il lançait l’attaque du 11 septembre. Pourquoi ?

 

 Ben Laden n’est pas intervenu en Afghanistan pour faire plaisir à Washington, mais pour défendre un pays musulman attaqué par une puissance étrangère. Mais c’est une conséquence inattendue de l’Histoire : les personnes que Washington et Riyad ont financées et armées pour combattre les Soviétiques en Afghanistan allaient se retourner contre eux par la suite.

 

Lorsque Ben Laden rentra d’Afghanistan, l’Arabie saoudite était menacée par l’invasion du Koweït menée par Saddam. Ben Laden proposa à la famille royale de lever une armée, mais les Saoud    le remballèrent et firent appel aux soldats étasuniens. Comme je l’ai dit, le stationnement de troupes US sur les terres du royaume souleva de vives protestations, y compris chez Ben Laden. Ce dernier était furieux : il exigea le retrait des troupes étrangères d’Arabie saoudite, ainsi que la fin des sanctions qui frappaient l’Irak. Ben Laden estimaient que ces sanctions étaient illégales    et que les Arabes devaient s’unir pour stopper ce massacre. Les Etats-Unis lui apparaissaient maintenant comme le principal ennemi du monde arabe. Et c’est Washington qui soutenait cette dynastie saoudienne avec laquelle il était opposé.

 

Quelle était la contradiction entre Ben Laden et le régime saoudien ?

 

Après le choc pétrolier de 1973 et l’afflux d’argent vers l’Arabie saoudite, le royaume a commencé à se moderniser, le niveau d’éducation a augmenté, mais le régime féodal et arriéré n’a pas bougé. Cette situation a créé des tensions au sein de la société, ainsi que dans la bourgeoisie saoudienne. Il y a l’élite au pouvoir dont le destin est intimement lié à celui de Washington. Mais, il y a une frange de la bourgeoisie qui voudrait développer une plus grande indépendance nationale. Un conflit est né de cette division. Le mécontentement grandissait et touchait de nombreux segments de la société, y compris dans l’armée et les forces de sécurité. Finalement, de nombreux opposants ont été emprisonnés, mais un mouvement est né de ce conflit, réclamant une Constitution pour le royaume.

 

Ben Laden est issu de cette bourgeoisie nationale qui réclame un changement. Il a utilisé la religion, car c’est le seul langage qui pouvait trouver écho en Arabie saoudite. Au  départ, Al-Qaïda n’a pas été créée pour terroriser les gens, mais pour viser un changement social.

 

En tuant des innocents dans des attentats ?

 

Je ne cautionne évidemment pas les actions d’Al-Qaïda, mais pour bien comprendre ce phénomène, nous devons aborder les questions de fond, sans tabous. Il faut distinguer le révolutionnaire du bandit. Le premier mène des actions avec pour objectif de créer un changement. Le deuxième peut disposer d’une organisation et de leaders charismatiques, mais ses actions reposent sur le pillage et l’enrichissement personnel.

 

Ben Laden, même s’il a employé des méthodes de bandits, n’est pas un mafioso ou un yakuza. Il est issu d’une famille extrêmement riche. Pourquoi a-t-il tout plaqué pour vivre planqué dans des cavernes à Tora Bora ?

Ben Laden est toujours présenté comme un fanatique religieux qui mène une guerre sainte contre l’Occident…

 

Qui interdit aux femmes saoudiennes de conduire une voiture ? Qui ne veut pas d’une Constitution en Arabie saoudite ? C’est le régime en place et les wahhabites. Et ils sont soutenus par les Etats-Unis ! Oussama Ben Laden est opposé à la monarchie saoudienne. Dans ses discours d’ailleurs, il ne parle jamais de l’Arabie saoudite, mais de l’Arabie. Et il utilise la religion pour confronter le régime. Il demande, par exemple, au nom de quelle interprétation de l’islam les femmes n’auraient pas le droit de conduire une voiture, alors que selon lui, elles pourraient même piloter des avions. Ou bien encore, pourquoi le pays n’a pas de Constitution alors que le prophète Mahomet en a établi une, à Médine, définissant des droits égaux pour les musulmans, les chrétiens et les juifs ?

 

Présenter Oussama Ben Laden comme un terroriste aveuglé par son fanatisme permet d’éviter les questions qui fâchent. Mais cette interprétation est très loin de la réalité.

 

Comment qualifier l’action de Ben Laden alors ?

 

Michael Scheuer a travaillé à la CIA où il était en charge du dossier Ben Laden. En 2003, il a démissionné, car il était en désaccord avec la politique menée par l’administration Bush pour lutter contre Al-Qaïda. Il a depuis publié deux livres dans lesquels il a notamment analysé les discours de Ben Laden. C’est une étude très précieuse qui condamne l’analyse « myope » visant à faire de l’ennemi public n°1, un simple fanatique religieux.

 

Scheuer explique qu’Al-Qaïda n’a pas attaqué les Etats-Unis parce que les valeurs de l’Occident représentaient une menace pour l’islam. Ben Laden ne reconnait pas la monarchie saoudienne et a d’abord commis des attentats en Arabie saoudite. Il a ensuite jugé qu’il devait s’en prendre directement au principal soutien de la dynastie royale qui empêche toute réforme : les Etats-Unis. C’est Washington qui soutient les régimes corrompus du monde arabe, a imposé des sanctions à l’Irak et a mené des guerres pour contrôler le Moyen-Orient. Chercher à comprendre le combat mené par Al-Qaïda nous renvoie inévitablement à la politique menée par les Etats-Unis dans la région.

 

C’est pourquoi on préfère présenter Ben Laden comme un fou. Mais ça n’explique pas pourquoi il est vu par beaucoup de musulmans dans le monde comme un héros ou pourquoi il a le soutien de nombreux Saoudiens. Scheuer explique donc que Ben Laden mène un djihad défensif contre la politique dévastatrice des Etats-Unis    dans    le    monde   musulman. Et ce n’est pas un fanatique religieux qui le dit. C’est un occidental, ancien membre de la CIA, et qui est l’une des personnes qui connaît le mieux Ben Laden.

 

Aujourd’hui, l’Union soviétique n’est plus. Et du pétrole, il y en a un peu partout dans le monde. En quoi l’Arabie saoudite est-elle encore un pays stratégique pour les Etats-Unis ?

 

L’Arabie saoudite dispose tout de même de 25% des réserves de pétrole. De plus, elle s’est imposée comme la gardienne du Golfe. Dans les années 80 en effet, pour lutter contre l’influence de l’Iran, le roi Khaled a lancé, avec l’appui des Etats-Unis, le Conseil de Coopération du Golfe. Cette institution, largement contrôlée par Riyad, comprend le sultanat d’Oman, le Koweït, Bahreïn, le Qatar et les Emirats arabes unis. De manière directe ou indirecte, l’Arabie saoudite veille donc sur 45% des réserves de pétrole du monde.

 

Le régime féodal n’est plus menacé par le communisme ou l’Union soviétique, mais bien par les contradictions internes de la société saoudienne. Or, pour les Etats-Unis, n’importe quelle réforme du régime affaiblirait les intérêts de l’impérialisme dans la région. Seul un régime répressif, corrompu et autoritaire comme celui des Saoud peut préserver les intérêts US.

 

Pourquoi ?

 

Parce qu’un pouvoir plus démocratique représenterait mieux les aspirations du peuple. Or, celui-ci ne tient pas forcément à brader les richesses du pays pour défendre la politique des Etats-Unis et assurer un train de vie faramineux à la dynastie royale.

 

Les Saoud ont rencontré leurs premiers problèmes dans les années 60, lorsque la classe ouvrière qui s’était composée dans le royaume avec l’exploitation du pétrole lança une vague de grèves pour réclamer de meilleures conditions de travail. Le régime a réagi de manière radicale en supprimant tout bonnement la classe ouvrière saoudienne et en la remplaçant par l’importation massive de travailleurs immigrés. Il est difficile d’avoir des statistiques précises sur la population, car le gouvernement joue beaucoup sur les chiffres. Mais le royaume compterait environ sept  millions de travailleurs immigrés qui représenteraient 70% de la population active.

 

Quatre millions sont des ouvriers originaires du tiers monde, mais pas d’Arabes pour éviter d’alimenter les aspirations progressistes du nationalisme panarabe. Ces ouvriers travaillent dans des conditions proches de l’esclavage et subissent d’importantes discriminations. D’après un rapport d’Human Rights Watch, les domestiques sont considérées comme la propriété de leur employeur. Certaines travaillent plus de douze heures par jour, dorment à même le sol de la cuisine ou de la salle de bain, n’ont pas le droit de sortir. D’autres sont abusées sexuellement. Et dans les rares cas où une plainte est déposée, la police tend à se ranger du côté du bourreau saoudien.

 

Il n’y a pas de cadre légal pour protéger ces travailleurs ?

 

En théorie, il y a quelques mesures. En pratique, c’est différent. Il faut que le travailleur sache déjà où il peut s’adresser, qu’il ose porter plainte contre son employer au risque de se faire réprimander davantage et enfin, qu’il franchisse l’obstacle de la langue. La plupart de ces travailleurs ne savent pas se faire comprendre de la justice. Human Rights Watch conclut qu’il est préférable à ces immigrés d’éviter le système judiciaire saoudien. Souvent, on leur arrache des aveux sous la torture et les consulats ne sont même pas informés de la détention de leur ressortissant, ce qui est contraire à la loi internationale. En 2001 et 2002, les travailleurs immigrés constituaient 40% des condamnés à la décapitation. D’après divers témoignages, il apparaît que la grande majorité de ces condamnés n’ont compris ce qui leur arrivait qu’au moment de leur exécution. Il n’y avait pas eu d’assistance consulaire et les quelques privilégiés qui auraient pu entrer en contact avec un avocat étaient bloqués par la langue.

 

A côté de ça, vous trouvez des Occidentaux entassés dans des ghettos de luxe et qui gagnent un salaire beaucoup plus important que celui qu’ils pourraient percevoir dans leur pays d’origine. Les épouses de ces travailleurs perçoivent une allocation de revenus sans travailler. Chaque ménage reçoit six billets d’avion par an pour pouvoir retourner dans son pays d’origine à l’occasion des fêtes de fin d’année. Et les enfants reçoivent des bourses d’études !

 

Comment expliquer une telle différence entre les travailleurs du tiers monde et les Occidentaux ?

 

Le royaume a besoin d’attirer des travailleurs qualifiés de l’étranger. Le gouvernement préfère cette option à celle de former lui-même le personnel nécessaire, car il ne veut pas voir apparaître une classe dirigeante arabe.

 

Pensez-vous que, sous l’effet des révolutions tunisienne et égyptienne, ces contradictions sociales pourraient déboucher sur des changements en Arabie saoudite ? Bien que les manifestations soient formellement interdites dans     le royaume, quelques centaines de citoyens sont descendus dans la rue début 2011. C’est assez exceptionnel…

 

Les révoltes populaires en Tunisie, en Egypte et au Yémen, ont particulièrement interpellé les dirigeants saoudiens. Avec l’aide des puissances impérialistes, les monarchies arriérées du Golfe tentent de faire leur propre révolution. D’une part, en tentant de contrôler le cours des événements en Tunisie et en Egypte. D’autre part, en provoquant des soulèvements populaires dans des pays comme la Syrie et la Libye. La chaîne de télévision Al Jazeera est d’ailleurs devenue un outil de propagande pour rencontrer ces objectifs. Par exemple, elle a diffusé des fausses images de répression en Syrie et n’a pratiquement pas parlé d’une énorme manifestation qui se tenait au Yémen au même moment.

 

Il y a bien sûr des problèmes réels en Syrie, mais les tensions sont exacerbées par l’Arabie saoudite qui soutient les fondamentalistes sunnites du pays. Les Saoud et leurs alliés impérialistes espèrent ainsi affaiblir le Liban et l’Iran. Ces pays du Golfe essaient donc de profiter des révoltes arabes pour modifier les rapports de force en leur faveur.

 

Et l’Arabie saoudite est hors de danger ? Des conditions sociales épouvantables ont poussé les Egyptiens et les Tunisiens dans la rue. Par contre, les Saoud peuvent compter sur les richesses pétrolières pour calmer la population. De plus, la véritable misère est surtout endurée par des travailleurs immigrés qui ne sont pas arabes…

 

Vous savez, il y a en Arabie saoudite une révolte qui dure depuis des dizaines d’années et dont les médias ne parlent pas. En effet, une part importante de la bourgeoisie nationale s’oppose au monopole politique exercé par la famille royale. Il y a eu de nombreux incidents, des arrestations, des exécutions, des exils… Parmi cette bourgeoisie, certains voudraient au mieux instaurer une monarchie constitutionnelle, mais d’autres souhaitent aller plus loin en renversant la dynastie.

 

Vous avez raison de signaler que la famille royale peut en effet se permettre de financer des programmes sociaux qui calmeront un temps les citoyens. Mais le niveau de conscience politique ne cesse de grimper et on ne peut pas arrêter cela à coup de pétrodollars. Beaucoup se rendent compte que leur régime est totalement arriéré.

 

Si une révolte éclatait, l’armée pourrait-elle jouer un rôle important comme en Egypte ?

 

C’est totalement différent. En Arabie saoudite, il n’y a pas d’armée nationale. Vous avez juste une milice suréquipée qui obéit aux ordres des princes. C’est une armée féodale avec une machinerie moderne, mais pas très efficace comme on a pu le voir lorsque Saddam a envahi le Koweït.

 

Normalement, une armée nationale intègre tous les segments de la société et constitue souvent l’embryon de la nation. Mais les dirigeants saoudiens n’ont jamais voulu de cela. En Irak, en Syrie, en Egypte, en Libye, les monarques arabes ont été renversés par des membres de l’armée. Les Saoud ont toujours redouté qu’il leur arrive la même chose. Ils savent qu’une armée nationale ne pourrait adhérer à l’idéologie arriérée de la famille royale et risquerait de la renverser.

 

Le pays n’est pas très bien protégé alors ?

 

La chose qui compte le plus pour la famille royale, c’est de maintenir le régime en place. Elle ne veut donc pas d’une armée nationale classique. Mais en cas de problème de sécurité, les Saoud peuvent toujours compter sur le soutien des Etats-Unis. Si des troubles importants devaient éclater dans le royaume, je ne serais pas surpris de voir débarquer des soldats US.

 

L’Arabie saoudite dispose d’importantes richesses et d’une position stratégique. Les dirigeants saoudiens ne pourraient-ils pas changer de politique pour tenter de construire une puissance indépendante ?

 

 Le destin de la famille royale est trop lié à celui des puissances impérialistes. D’une part, le régime arriéré ne peut se maintenir que grâce à la protection des Etats-Unis. D’autre part, l’Arabie saoudite apporte tellement d’avantages à l’impérialisme occidental que celui-ci ne peut se permettre de perdre ce pilier essentiel.

 

En effet, depuis les années 60 jusqu’à aujourd’hui, l’armée étasunienne a toujours pu compter sur un pétrole saoudien pratiquement gratuit pour mener ses campagnes. C’est un appui énorme compte tenu de l’incroyable appareil militaire étasunien. Des machines, des tanks, des avions, des bateaux sont ravitaillés gracieusement par les Saoud. De plus, lorsque les économies occidentales sont grippées, les impérialistes peuvent compter sur la dynastie saoudienne pour acheter d’importantes quantités d’armes aux marchands anglo- saxons. Les pétrodollars des riches pays du Golfe alimentent ainsi généreusement l’activité du complexe militaro-industriel qui occupe une place essentielle dans les économies occidentales. C’est d’autant plus généreux que les armes achetées ne servent pratiquement pas !

 

Les pétrodollars du Golfe ont une autre fonction fort lucrative pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne : ils sont réinvestis dans les institutions financières anglo-saxonnes et permettent à Londres et New York de jouer un rôle majeur dans ce domaine.

 

Un changement de régime en Arabie saoudite aurait donc des conséquences importantes sur les Etats-Unis…

 

Si la famille royale devait être renversée, une crise très importante éclaterait aux Etats-Unis. La capacité militaire de ce pays serait très affaiblie sans le pétrole saoudien. Un changement de régime en Arabie saoudite aurait aussi des répercussions dans tout le Golfe et pourrait signifier la fin de la vente du pétrole en dollars.

 

Jusqu’à aujourd’hui, les pays producteurs, excepté l’Iran, vendaient leur or noir en billets verts. Ils se trouvaient ainsi en possession d’importantes quantités de dollars à réinvestir dans l’économie US. Si demain, ce pétrole est vendu dans un panier de devises incluant des euros, des yuans ou des yens, la perte sera énorme pour les Etats-Unis. Cela signera la fin de l’impérialisme US.

 

D’ailleurs, cette idée de panier de devises est à l’étude au sein de l’OPEP, mais le pays qui s’oppose le plus à ce projet est l’Arabie saoudite. En définitive, un éveil démocratique en Arabie saoudite et dans le Golfe serait dangereux aussi bien pour le clan Saoud que pour Washington. Le régime arriéré des premiers est un pilier essentiel de l’impérialisme US. Et le soutien du second garantit le maintien au pouvoir de la famille royale. Des bouleversements dans cet équilibre stratégique auraient des conséquences à l’échelle mondiale.

 

BIBLIOGRAPHIE

– Rachel Bronson , Thicker Than Oil. America’s Uneasy Partnership with Saudi Arabia, Oxford University Press, 2006

–Robert Lacey, The Kingdom: Arabia & The House of Sa’ud, Harcourt Brace Jovanovich, Inc., 1982

–Dr. Abdullah Mohammad Sindi, The Direct Instruments of Western Control over the Arabs: The Shining Example of the House of Saud (disponible en ligne)

–William Enghdal, Pétrole, une guerre d’un siècle, Jean-Cyrille Godefroy Editions, Broché, 2007

 

-See more at: http://www.investigaction.net/arabie-saoudite-un-pillier-essentiel-de-la-politique-us-mondiale/#sthash.1OdgoTNP.dpuf

Posté par Michel Peyret à 07:59 

31 octobre 2016

Les coupeurs de tête à l'ONU

 

Par Bruno Guigue le 29 octobre 2016

Le prince Nawaf Faisal Fahd Abdulaziz, d’Arabie, avec le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-Moon. New York , 6 juin 2013 [AFP]


Élire l’Arabie saoudite au Conseil des droits de l’homme, c’est comme nommer un pédophile directeur d’école. Mais ça y est, c’est fait. Cette monarchie est esclavagiste et corrompue. Pudibonde et obscène, elle se prosterne devant le dieu-dollar et vomit tout ce qui n’est pas wahhabite. Elle diffuse à l’échelle planétaire une idéologie débile et sectaire. Elle invoque le Créateur à chaque virement bancaire, mais elle décapite comme d’autres font un barbecue. Seulement voilà, elle a beaucoup d’amis. Et ils trouvent qu’elle a un excellent pedigree pour se voir confier la promotion des droits de l’homme. Remarquez, on a échappé au pire. On a failli lui confier les droits de la femme.

 

Voilà donc l’Arabie saoudite chargée, avec notre bénédiction, de soutenir les droits de l’homme comme la corde soutient le pendu. Car les Occidentaux ont voté comme un seul homme pour la candidature de Riyad. Avec une bienveillance de marchands de canons soucieux de la réputation du client, ils ont arrosé d’eau bénite cette fosse à purin. Vus de Paris, les dix milliards de contrats d’armements valent bien cette petite mascarade dont personne ne parlera plus dans 48 heures. On leur a vendu des armes, distribué des médailles, bradé l’honneur national. Tant qu’on y est, on peut aussi leur permettre de parader au sein de ce conseil qui de toutes façons ne sert à rien. Puisqu’ils y tiennent !

 

Le prince héritier Mohamed ben Nayef, reçu par François Hollande à l’Elysée pour lui remettre la Légion d’Honneur, mars 2016 (Reuters)

 

On pourrait craindre, bien sûr, que l’ONU y perde de sa crédibilité. L’organisation internationale s’en remettra-t-elle ? En réalité, aucun risque. L’ONU est une avaleuse de couleuvres professionnelle. Elle n’est pas à un paradoxe près. Elle tente de donner une apparence de réalité à cette fiction qu’est la communauté internationale, mais personne n’est dupe. Le Conseil des droits de l’homme a des attributions ronflantes, mais ce machin onusien est devenu la « bonne-à-tout faire » des ploutocrates. L’arène internationale est un champ de forces où les alliances se font et se défont. Richissime, la monarchie wahhabite a des moyens de persuasion que n’a pas le Burkina Faso.

 

Que cette élection au CDH (28 octobre) ait eu lieu trois semaines après le massacre perpétré à Sanaa par l’aviation saoudienne (8 octobre) ne manque pas de sel. Quel symbole ! L’admission en grande pompe au Conseil des droits de l’homme, c’est la prime à l’assassin. On a heureusement échappé au Prix Nobel de Laurent Fabius, l’apologiste alcoolique des psychopathes d’Al-Nosra. On a frôlé celui des Casques blancs « auto-reverse », brancardiers le jour et tortionnaires la nuit. Mais c’était plus fort que tout. On n’a pas pu éviter l’élection des coupeurs de tête saoudiens au Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

 

On aurait dû surtout demander ce qu’il en pense au peuple yéménite. Il subit tous les jours des bombardements qui ont fait 10 000 morts et provoqué une crise humanitaire sans précédent. Mais on s’est bien gardé de lui demander son avis, à ce peuple arabe martyr, avant de coller ce nouveau fion de hamster au revers du veston wahhabite. Car les droits de l’homme, en fait, c’est bon pour justifier les bombardements, pas pour les interdire. Sauf s’ils sont russes. Et même lorsqu’il n’y a pas de bombardement ! Explication.

 

Comme par hasard, deux jours avant le scrutin onusien, une école a été attaquée à Idlib (Syrie). Selon l’ONU, il y a eu 28 morts dont 22 enfants. L’ONU n’a accusé personne, faute de preuves. Mais les officines de propagande et les médias occidentaux ont accusé la Russie. Niant toute implication, le ministère russe de la Défense a fourni les preuves qu’il n’y avait pas eu de bombardement aérien. Aucune importance ! L’essentiel, c’est le vacarme organisé contre Moscou avant l’élection des membres du conseil des droits de l’homme. Résultat : la Russie a obtenu moins de voix que la Croatie. Contrairement à l’Arabie saoudite, elle ne fait plus partie du CDH. Mission accomplie.

 

Bruno Guigue (29.10.2016)

 

  1. Bruno Guigue, ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

Source: http://arretsurinfo.ch/les-coupeurs-de-tete-a-lonu/

L’Irak s’est donc lancé, lundi, dans la nouvelle grande bataille du siècle : la libération de Mossoul. Bagdad aura, outre à récupérer sa métropole outragée par le groupe djihadiste, « Etat islamique » aussi, à faire un sort au « calife » autoproclamé, Abou Bakr al-Baghdadi, qui se terre à Mossoul depuis plus de deux ans. Toutefois, déjà une évidence s’impose : il est peu probable que les Irakiens et la coalition internationale – dirigée par les Etats-Unis – qui les soutient, puissent déloger Daech de son repère « mossouli » du jour au lendemain. Des mois, qui pourraient se chiffrer en années (en témoigne l’autre bataille, celle d’Alep en Syrie qui dure depuis plus de deux ans) seraient sans doute nécessaires pour nettoyer le panier à crabes qu’est devenue la grande ville irakienne.

 

Cependant, là ne semble pas le problème – du moins dans le contexte de la (les) guerre(s) qui se mène(nt) en Irak (et en Syrie) – mais bien dans cette extravagance qui fait que le pays (Etats-Unis) à l’origine de la discorde et du chaos qui minent et détruisent l’Irak soit celui qui prête une main hypocrite à Bagdad par sa direction de la cohorte internationale de lutte contre Daech. Aussi, laissons – pour le moment – le combat prendre forme et les batailles départager sur le terrain les antagonistes, pour examiner comment le Monde arabe en est arrivé à cette extrémité qui fait que toute une région (le Moyen-Orient) a plongé, du jour au lendemain, dans les atrocités d’une guerre à aucun moment souhaitée. Or, depuis cinq ans et le prétendu « printemps arabe », trois pays (Irak, Syrie, Yémen) vivent la guerre au quotidien, d’autres (Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Qatar) y participent directement (au Yémen) ou indirectement (en Syrie). Tout cela sous la supervision états-unienne. Un pays que l’on retrouve dans tous les malheurs qui frappent les nations arabes depuis une quarantaine d’années. Aussi, s’il y a un fait que l’on ne saurait omettre de noter est que les guerres qui martyrisent les peuples arabes sont la résultante directe des guerres du Golfe des années 1990 et de l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en 2003. A cette époque, les Etats-Unis avaient mis en scène un incroyable scénario, accusant Bagdad de détenir des ADM (armes de destruction massive) et menacer dès lors la « sécurité » du monde. Enfonçant le clou, Londres a assuré que l’Irak n’est autre que la « quatrième puissance militaire ». On sait aujourd’hui, que tout cela était prémédité : les principaux acteurs de ces mensonges, qui ont préparé la guerre, à l’instar de l’ex-secrétaire d’Etat étasunien, Colin Powell, ont admis le fait qu’il y eut mystification et manipulation, les plus meurtrières de l’histoire, qui avaient permis une guerre – commencée en 1991 – qui se prolonge aujourd’hui tous azimuts. Daech, qu’un rassemblement mondial hétéroclite veut chasser de Mossoul, n’a été qu’un instrument créé et utilisé à ces fins par la première puissance mondiale, dont l’objectif a été et reste de raffermir son leadership, imposer au monde le Nouvel ordre mondial et, dans son sillage, les normes états-uniennes. La disparition du bloc communiste, avait rendu cette perspective plausible tout en consolidant le pouvoir unipolaire états-unien.

 

En fait, les Etats-Unis étaient sur le point de réussir ce stratagème, n’était-ce la résurrection de la Russie qui, rapidement, a remis en cause les prétentions directionnelles des Etats-Unis sur le monde ou de lui permettre d’imposer une « pax americana ». Aussi, les groupes djihadistes surgis ces dernières années du néant ont joué le rôle de diversion focalisant sur eux l’attention mondiale au moment où les Etats-Unis travaillaient, en particulier, à reconfigurer le Monde arabe avec la complicité des monarchies du Golfe, à le fractionner en Etats tribaux et confessionnels. Le monde s’est ainsi concentré sur Daech/EI sans s’interroger sur le comment et le pourquoi de cette apparition « miraculeuse » d’un groupe djihadiste qui, aussi puissant puisse-t-il être, ne peut disposer de la puissance d’un Etat. Or, cela a été le cas de Daech qui, en quelques jours, avait capturé les deux-tiers du territoire irakien. Voilà un mystère qui reste encore à élucider. De même que de s’interroger sur la provenance de la puissance financière – entretenir une armée estimée par les renseignements étrangers entre 25 000 à 50 000 hommes, demande des moyens logistiques énormes – dont le groupe « EI » avait fait montre. D’autre part, se pose la question : comment l’armée étasunienne – supposée entraîner la future armée irakienne – avait-elle procédé à la formation d’une armée qui s’est débandée à l’apparition du premier djihadiste, abandonnant armes et matériels, désertant le combat, laissant sans défense l’Irak ? Cela se passait en juin 2014. 28 mois après, on songe à libérer Mossoul. Et ce sont les Etats-Unis qui mènent la cadence. Vous avez dit bizarre ?

 

20 Octobre 2016

URL de cet article 31075 

En janvier 2015 et faisant suite aux attentats de Charlie Hebdo, j’écrivais ceci :

« Tous ceux qui connaissent un peu la réalité du monde et son évolution auront tôt fait de comprendre que le risque d’attentats de ce type dans les divers états occidentaux, mais surtout en France, était une réalité à craindre. Mais voilà que comme une traînée de poudre, cette situation rendra sans doute les tensions sociales encore plus difficiles dans les pays à fort taux d’immigration musulmans. Cela engendrera probablement des conséquences très nocives partout où le même terreau sociologique est cultivé. »

 

« [...] il n’est pas difficile de comprendre que de blâmer les populations d’accueils (comme le fait trop souvent la gauche) ou les immigrants (comme le fait trop souvent la droite) de tous les maux n’ont pas d’autre conséquence que de détériorer la situation. Car quand l’on stigmatise les musulmans en même temps que le reste de la population au nom des fractions inverses, il s’avère que l’on suscite des antipathies qui finissent tôt ou tard par ce genre d’acte barbare. En somme, les deux discours se complètent dans ce qu’il y a de plus nocif si nous voulons construire une société de paix. »

 

Si nous prenons un peu de recul sur la situation actuelle, je crains que mon anticipation concernant les conflits sociaux présents se soit révélée plutôt juste, si l’on tient compte de l’importance complètement démesurée qu’a prise la question de l’Islam dans nos sociétés. Et contrairement à ce qu’ils auraient dû servir, tous ces débats ont surtout permis l’émergence d’une nouvelle opposition politique plutôt originale, si nous l’analysons d’après les critères politiques habituels (gauche contre droite (1)). Soit une opposition centrée sur la question même de l’Islam et qui se voit s’affronter (grosso modo) des groupes se revendiquant du laïcisme (plus ou moins athée) et du nationalisme culturel contre ceux défendant le multiculturalisme et le communautarisme. L’élément qui se trouve être le plus original dans cette dichotomie politique n’est pas tant le débat sur la place de la religion dans la sphère publique (car déjà très ancien), mais le fait que les représentants de ces chapelles se présentent tous comme les défenseurs du progressisme et du droit contre l’obscurantisme. Obscurantisme évidemment représenté par l’autre camp. À l’évidence, chacun a sa vision particulière du progressisme...

 

Le premier, laïciste et plus ou moins hostile à l’Islam, se présente comme le représentant de l’égalité homme-femme, du droit des homosexuels, etc. Ceux-ci revendiquent une lutte contre une idéologie religieuse jugée réactionnaire, un peu sur le modèle de celle menée à l’époque de la Révolution tranquille (2) ou du XVIIIe et XIXe siècle en France. Certains de ses représentants iront parfois jusqu’à parler de « fascislamisme » ou de « fascisme vert » pour mettre leur position en emphase et ainsi usurper la vieille rhétorique antifasciste, comme le fait allégrement BHL depuis longtemps. Les seconds, soit les multiculturalistes plus ou moins favorable à l’exercice du culte islamique, se présenteront, quant à eux, comme les défenseurs des droits individuels et de l’antiracisme classique. Le rejet de l’Islam étant essentiellement considéré par ces derniers comme étant une forme de racisme, toute ingérence ayant vocation à contraindre la pratique du culte sera ipso facto interprétée comme émanant de sentiments racistes « mêmes si emballés d’un argumentaire progressiste », diront ces derniers.

 

Il va sans dire que les controverses entourant ces débats forment un fourre-tout idéologique qui ne se prive pas d’un certain ridicule, car se présentant comme les défenseurs du « véritable progressisme » contre la « réaction ». Les uns étant frappés de l’anathème « d’islamophobes » et les autres « d’islamo-gauchistes », il est pathétique de les voir s’emporter dans des interprétations souvent franchement fantasmées de la présente situation. Car, autant les premiers auront souvent tendance à prendre pour cible « l’idéologie islamique », autant les seconds focaliseront leur argumentaire sur le thème du racisme pour expliquer un peu tout et n’importe quoi. Par chance, il ne s’agit pas de l’ensemble des débats entourant ces questions et il est encore facilement possible d’en trouver de très constructifs, notamment dans les universités et dans les médias et forums spécialisés. Malgré ces initiatives salutaires, nous ne pouvons en dire autant des grands médias, ceux-là mêmes qui sont possédés par des intérêts privés et ayant un plus grand souci du « buzz » que de l’éthique journalistique. Médias suivis par les grandes masses et se privant rarement de faire mousser des polémiques aussi anecdotiques que nuisibles par des faits divers et des nouvelles de nature peu fiable.

 

Avec un peu de recul, on note aisément que le point commun qu’ont les belligérants de ces débats est de chercher l’affrontement au détriment d’un consensus constructif, car l’essentiel des deux discours est très largement consensuel et pourrait facilement se rejoindre sur un programme minimum. Mais puisque l’objectif est d’abord de sauver leurs thèses (la faute aux racistes ou à l’Islam), ces derniers feront tous les efforts possibles pour ne pas comprendre qu’il ne peut y avoir de victoire pour aucune des parties dans l’état actuel des choses. Mais il est certain qu’avec la caisse de résonnance que leur offre les grands médias, ces polémiques sans issue risquent de nous porter vers des conflits sociaux majeurs, puisqu’au-delà des idées, c’est d’Êtres humains dont il est question ! Le problème ne réside donc pas chez ceux qui font de l’Islam le problème primordial, ni chez ceux qui se refusent carrément de poser la question, mais dans le climat malsain causé par une mauvaise interprétation de la réalité, ce qui implique de facto de mauvaises solutions.

 

Cette situation est d’autant plus préoccupante que ceux qui combattent l’Islam ou l’islamophobie au nom des libertés libérales semblent oublier chaque jour davantage que ce type de combat, qui vise à bâillonner ceux qu’ils estiment être leurs ennemis, font partie des principaux arguments qu’utilisent les dirigeants occidentaux afin de limiter nos droits. L’état d’urgence et les lois d’exception en France, le Patriot Actétasunien et notre Loi antiterroriste (3) (C-51) [canadienne] en sont tous issus, même s’ils sont aussi généralement dénoncés par la portion respectable (les progressistes sincères) de ces mêmes groupes. Car il faut bien avouer qu’un autre aspect dérangeant de cette nouvelle opposition politique est qu’elle fait s’unir gauche et droite dans leurs causes respectives et procède (dans les deux cas) d’un savant mélange de discours progressistes et de mesures politiques réactionnaires (4). Politiques différentes, il est vrai, mais ayant tous deux participé à la mise en place d’un appareil répressif, qui aura tôt fait de monter son vrai visage quand viendra le jour où une véritable guerre de classe émergera des décombres de cette guerre, d’apparence religieuse.

 

Comme vous le comprendrez, le sujet est aussi vaste que confus et afin de préciser mes craintes sur cette superstructure légale en voie de création, il serait bien de mettre un peu d’ordre dans tout ça.

 

Le culte

 

Afin de bien analyser le problème actuel, il est primordial d’inscrire la question de l’Islam dans le processus social dans lequel il s’inscrit et non pas tant comme une idéologie automotrice de ses propres comportements. Même si l’on n’est pas d’accord avec moi sur le rôle prépondérant que joue l’infrastructure économico-sociale sur l’idéologie, on se rendra bien vite compte que le pur combat d’idées n’a jamais réglé quoi que ce soit. Ces efforts sont assurément valables, mais restent de nature purement intellectuelle et n’ont que peu d’impact dans la vie hors des universités et des Églises. La croyance selon laquelle une idéologie (et à plus forte raison une religion) peut être éradiquée, autrement que par son dépérissement naturel (5), relève d’une naïveté propre au totalitarisme (6). Les exemples sont pourtant légion (7) et l’inefficacité de ce genre de politiques s’est confirmée à de multiples occasions.

 

Mais avant tout, qu’est-ce que l’Islam ? Est-il possible d’en comprendre le sens sans nécessairement avoir à s’empêtrer dans une lourde théologie impertinente ? Bien sûr que oui !

 

Selon Wikipédia, « L’islam (en arabe : soumission à Dieu) est une religion abrahamique s’appuyant sur le dogme du monothéisme absolu et prenant sa source dans le Coran, considéré comme le recueil de la parole de Dieu (Allah) révélée à Mahomet (Muḥammad), proclamé par les adhérents de l’islam comme étant le dernier prophète de Dieu, au VIIe siècle en Arabie ». En d’autres termes et comme pour les autres monothéismes, l’Islam est une idéologie explicative de la totalité du monde basé sur la présupposition de l’existence d’un Être unique tout puissant, qui promet à ses adeptes un au-delà qui sera conditionné (enfer ou paradis) en fonction des actions et pratiques de ses membres lors de leur vie. Le paradis ou l’enfer est donc le dénouement du respect des pratiques qui sont indiquées dans le livre saint ou par ses interprètes. Pour un esprit matérialiste (ceux auxquels précisément je m’adresse), l’Islam est surtout une doctrine ayant à la fois un rôle d’organisation sociale et de réponse aux questionnements métaphysiques propre à l’Homme. Cette doctrine, sans avoir à en départager ce qui tient du mythe ou de l’Histoire, comporte ses particularités en l’état qu’elle est apparue à un endroit et une époque particulière, soit l’Arabie du VIIe siècle. Il est donc primordial d’en tenir compte pour en juger les mœurs.

 

Comme vous le savez peut-être déjà, l’époque de cette partie du monde comportait quelques particularités. Notamment d’être désertique, violente et particulièrement divisée politiquement. L’infrastructure économique de l’époque était essentiellement l’élevage de bestiaux et la propriété terrienne de type féodale. Toutes ces données structurelles sont fondamentales si l’on veut bien comprendre l’origine des pratiques de l’Islam, car ses pratiques sont pour l’essentiel à comprendre par ce filtre. Un exemple concret serait le très polémique voile islamique, recouvrant plus ou moins l’ensemble du corps des femmes. Ces coutumes liées à cette extrême pudeur des femmes ne sont pas issues du simple fruit de réflexions métaphysiques, mais sont d’abord liées à la nécessité de contrôler les naissances (due au climat et à la production de nourriture (8)) et au niveau de frustration qu’engendre la concentration des femmes chez les aristocrates et autres propriétaires terriens. D’ailleurs, la concentration des femmes chez ces riches personnages était aussi liée au rapprochement des pâturages (par le mariage conclu entre propriétaires voisins), donc la possibilité d’entretenir de futurs héritiers et un groupe plus grand.

 

Notons, comme autre exemple, le cas de l’interdiction du porc dans l’alimentation musulman. En fait, c’est surtout la corruption rapide de cette viande par grande chaleur (à une époque où, rappelons-le, il n’existait pas de frigos) qui serait à l’origine de cette pratique et non encore une quelconque réflexion métaphysique. Le porc, qui a la particularité de demander beaucoup de cuisson à cause de sa teneur en bactéries pathogènes, nécessite une quantité de combustibles qui se trouve à se faire rare dans les grandes étendues désertiques de l’Arabie. C’est donc bien des éléments conjoncturels de l’époque que sont issues les caractéristiques actuelles du culte islamique.

 

Je pourrais multiplier les exemples de cette manière encore longtemps, afin de démontrer que les aspects rigoristes de cette religion s’expliquent pratiquement toujours par des considérations liées aux nécessités de la vie en société et n’ont que peu à voir avec l’immortalité de l’âme. Comme la volonté est toujours issue de la nécessité, on en vient à comprendre que la religion se crée de la même façon que les grandes idéologies structurantes, soit par des nécessités d’ordres sociales (8), même si l’apparition de ces coutumes peut prendre bien des couleurs.

 

L’Histoire

 

Ceci est fort intéressant, me direz-vous, mais pourquoi ces pratiques se conservent-elles encore de nos jours ? Cette question est fondamentale, car c’est à travers elle que nous pourrons juger du danger réel ou supposé que pose l’Islam aujourd’hui. On pourrait écrire plusieurs volumes de plus de mille pages pour répondre à cette question, mais inutile de sortir des éléments fondamentaux pour s’y retrouver et ainsi y répondre. Comme toute culture religieuse, l’Islam porte en elle la responsabilité de maintenir la superstructure éthique et idéologique de ses sociétés et, de ce fait, aussi de ses coutumes. La tradition est donc la base de l’ordre établi pour faire fonctionner « organiquement » la population, mais elle sert aussi à justifier la hiérarchie en place. Cette hiérarchie est comme les autres, le garant des rapports de production. Mais quand les rapports de production changent, des tensions apparaissent et s’intensifieront, jusqu’au jour où l’ordre change brusquement, comme lors d’une révolution, ou par des épisodes de réformes rapides. Les religions ne changent jamais aussi rapidement, mais elles se trouvent dans l’obligation de le faire relativement rapidement pour ne pas se retrouver en déphasage et ainsi risquer de perdre sa raison d’être.

 

L’Islam, comme les autres religions, fit des réformes (il existe plusieurs courants réformistes dans l’Islam), mais la grande différence réside surtout dans le statut colonial et/ou semi-colonial de la plupart des pays musulmans lors de nos périodes d’industrialisation et qui ont fait perdurer artificiellement les structures féodales (10) dans ces États. Malgré ce contrôle extérieur, certaines données ont tout de même évoluées au court du 20e siècle, notamment au point de vue démographique. L’augmentation de la population et la prolétarisation qu’elle engendre (par manque de travail sur les terres agricoles) couplée à l’augmentation de l’éducation et de la domination de leurs pays, a entrainé, dans la majorité de ces pays, de forts courants socialistes et une laïcité de type occidentale, malgré le maintien des mœurs traditionnelles dans la majeure partie de la population. Le socialisme de ces pays s’est surtout illustré comme composante du « nationalisme arabe » (Baasisme, Nassérisme, Kemalisme, etc.) et, en lien plus ou moins direct avec l’URSS, s’est institutionnalisé. Par la suite, le vieillissement de ces régimes, leur déficit de démocratie, la stagnation économique et l’augmentation de jeunes gens diplômés a vite fait de rendre une grande partie de la jeunesse mécontente de leurs dirigeants et avide de renouveau. Ici nous trouvons les bases du « Printemps arabe » (11).

 

Parallèlement à cette évolution, un autre élément clé est la Guerre froide entre blocs de l’Est et de l’Ouest. Comme évoqué plus haut, plusieurs pays musulmans étaient dans la sphère d’influence soviétique, et comme la guerre directe n’était pas possible, du au risque de guerre nucléaire (MAD (12)), les stratégies de subversion orchestrées par leurs services secrets devaient prendre le relais des armées régulières. Cette stratégie est très simple et se caractérise essentiellement par un soutien technique et financier des groupes les plus à même de faire vaciller le régime. Et dans les pays musulmans, ceux qui étaient les plus à même de détester le nationalisme arabe étaient bien sûr nos islamistes actuels. Islamistes vantés par les médias de l’époque de l’Afghanistan prosoviétique et parfois même qualifiés de combattants de la liberté ! Vous connaissez sûrement bien la suite, car la perte de contrôle de ces groupes est ce qui a directement enfanté le terrorisme islamique actuel.

 

L’après 11 septembre 2001 est très caractéristique, car il situe dans le temps le début de ce qu’on peut qualifier « d’islamophobie de masse ». Ici j’entends par « islamophobie » une peur irrationnelle de l’Islam, comme culte et non pas la critique théologique de l’Islam ou bien le racisme envers les personnes issues du Moyen-Orient. Malgré tout, c’est à partir de l’islamophobie que surgit l’hostilité à l’Islam. Mais « hostilité » n’est pas « phobie », même si ces concepts sont souvent étroitement liés. L’islamophobie de masse est issue de plusieurs phénomènes, mais les plus importants sont évidemment le besoin qu’ont les politiques et les faiseurs d’opinions d’identifier un « ennemi(13) », la recherche de « buzz » médiatiques et de la xénophobie toujours potentielle du petit peuple.

 

L’identité et les communautés

 

Mais avant qu’il y ait ce mouvement d’hostilité, il devait y avoir contact. Et ce contact était déjà fait depuis un bon moment, via l’immigration. Sans discuter à fond des mécanismes de l’immigration, on peut au moins en dire qu’elle est issue presque directement des écarts de richesse entre les pays, des leurs relations historiques, linguistiques et familiales et du besoin, qu’ont les pays d’accueil, de faire face à la dénatalité. Les politiques migratoires des années 60-70 en France et 80-90 en Amérique du Nord, étant, de manière irresponsable, « généreuses » pour les moyens mis en place (14), celles-ci ont tôt fait de laisser se constituer des enclaves identitaires où les occasions sont bien rares et où la direction de ces communautés est officieusement laissée aux mains de petits despotes locaux. Et ceci, en échange du soutien que ces « leaders » sont capables de susciter de la part de la communauté envers le régime en place. Les partis libéraux fédéraux, provinciaux et même municipaux du Canada en sont des exemples presque caricaturaux, et chaque campagne électorale confirme le soin particulier que portent ces politiciens à des personnalités (les représentants de ces communautés), qui n’ont pourtant qu’un intérêt anecdotique en dehors des campagnes électorales.

 

La conception sociétale que l’on qualifie souvent de « communautariste » est la norme depuis plusieurs décennies et est le modèle de société qu’ont officiellement adopté le Canada et (officieusement) le Québec. Le système est simple. On reconnait une communauté et on laisse les populations immigrantes être « culturellement » administrées par des responsables plus ou moins autoproclamés tout en ne laissant à ces communautés qu’un statut symbolique, sans réelle conséquence politique. Comme l’identité est d’abord un ciment social et que le social implique le collectif, l’identité est la forme que devrait normalement prendre la démocratie. Ce sentiment identitaire est la raison pour lequel des individus, qui n’ont aucun lien social direct entre eux, acceptent les décisions majoritairement consenties par l’ensemble du peuple. C’est le sentiment d’appartenance à sa collectivité qui rend possible l’existence de la démocratie dans une collectivité, autrement le désir de sécession se ferait nécessairement sentir. Or, dans ces communautés ethnoculturelles, l’attache identitaire au niveau national ou municipal n’est pas (ou très peu) présente et leur représentation politique ne correspond pas à leur subjectivité identitaire. C’est pourquoi certains individus de ces communautés, et, selon leur interprétation bien personnelle de l’intérêt de cette collectivité, s’autoproclameront leurs représentants.

 

Ces représentants officieux ne sont pas des représentants politiques, ils ne jouissent donc pas des règles de la démocratie parlementaire, mais agissent plutôt comme « lobbyistes ». Le lobbying étant une façon de faire pression sur les représentants, il est rarement le garant du bien commun et défend normalement des intérêts particuliers au détriment des autres. Malgré cet état de fait, ces populations finissent par reconnaitre ces représentants et leur faire confiance. C’est pourquoi il est si populaire, chez les politiciens lors des campagnes électorales, d’aller charmer ces représentants plutôt que leurs membres, comme je l’ai déjà évoqué. Évidemment, ceux-ci en sont bien conscients et savent en tirer profit, par des demandes qui auront surtout pour objet de maintenir ou d’amplifier leur pouvoir. Et quoi de mieux que de réclamer l’institutionnalisation de pratiques religieuses, héritées de l’époque féodales et qui affirment dans ses structures à la fois le pouvoir despotique de ses chefs et la séparation d’avec le reste de la population ? Maintenir un « État dans l’État » officiellement reconnu, mais sans pouvoir légal autre que le lobbying, et maintenu par une tradition religieuse déphasée de la réalité du pays est une façon très efficace de se placer comme petit maitre d’une population ayant besoin d’encadrement et d’intégration, mais dont ils organisent la marginalisation par la religion et ses coutumes. Ce système de gestion crypto-colonial n’est pas né d’hier, car c’était le modèle canadien au Québec pendant toute la période ultramontaine, où le clergé, en échange du pouvoir culturel, laissait le pouvoir politique et économique aux Anglais. C’est un peu l’origine des fameux « accommodements raisonnables » qui se mettaient en place à l’époque de nos arrière-grands-parents.

 

La marginalisation et le racisme

 

Évidemment, le maintien de ces communautés à pareil ordre n’est pas directement imposé, car il s’agit tout simplement des traditions du pays d’origine. Mais la pression de ces traditions reste encore très forte à l’intérieur de la communauté. Cette pression est surtout issue de la proximité des membres, mais aussi de la peur ou de la méfiance du monde extérieur. Évidemment, il ne faut pas non plus négliger la responsabilité du monde extérieur, car le fait de conserver des mœurs comme ceux de l’Islam traditionnel et de vouloir les maintenir dans une société post-religieuse, comme le Québec, aura comme conséquence inévitable d’engendrer un certain niveau de méfiance, et parfois même du racisme, chez le reste de la population. La xénophobie est le fruit de l’ignorance, et le repli communautaire participe de cette situation. Donc, dans une société d’ordre « multiculturaliste », le repli devient vite généralisé et le problème tant à empirer avec le temps. Beaucoup évoquent et condamnent avec raison le repli identitaire de la majorité, mais il se trouve que le multiculturalisme place toutes les communautés identitaires dans une position de repli, car ce système sépare l’identité culturelle de l’identité politique. Le premier évidemment au détriment du second.

 

C’est pour ces raisons que la question identitaire devient aussi clivante chez la « communauté » majoritaire. On parle d’identité, mais presque toujours en opposition d’avec l’identité d’un autre, parce qu’on a organisé la société de manière culturelle (pour ne pas dire ethnique) et apolitique. Communauté contre communautés et, au-delà, multiculturalisme contre monoculturalisme. Mais l’identité est quelque chose de vivant et non pas une essence statique ni une théorie, c’est pourquoi c’est dans la pratique de la citoyenneté qu’elle se définit. L’identité ne se déclare pas, mais se découvre.

 

Pendant que nous polémiquons sur la culture, c’est le statu quo dans les communautés culturelles et surtout chez celles pratiquant l’Islam. Pendant que ses chefs autoproclamés font leur petit lobbying pour eux-mêmes, la précarité s’installe de plus en plus « chez eux ». Celle-ci s’installe partout certes, mais elle l’est encore plus au sein de ces communautés, car elle est renforcée par la peur ou l’hostilité de l’intérieur et la xénophobie à l’extérieur. Cette situation aura tôt fait de mettre bien de gens (et notamment les jeunes) dans de graves situations de marginalisation et d’asociabilité. Et comme la société est artificiellement divisée en identités culturelles, les victimes ont un ressentiment du même ordre. C’est là que les prédicateurs que l’on qualifie « d’islamistes » ou les extrémistes musulmans arrivent dans le jeu, car ils peuvent aisément travestir ce ressentiment d’ordre social en haine religieuse. C’est pourquoi les actes terroristes islamistes sont pratiquement toujours commis par des jeunes aux profils sociaux déviants. Les groupes terroristes comme Al-Qaïda ou Daech n’ont ensuite qu’à revendiquer ces actions majoritairement autonomes pour se faire de la pub, tout en renforçant la peur que leurs mouvements suscitent.

 

Le terrorisme international et la guerre en Syrie

 

Depuis plusieurs années, mais surtout depuis le 11/9, on nous parle de combattre le terrorisme. Pour ce faire, on met en place tout un ensemble militaire et policier afin de combattre les actions kamikazes des groupes islamistes. Mais l’effet de cette lutte n’a fait qu’engendrer plus de terrorisme. Pourquoi ? Tout simplement parce que la source du terrorisme est la souffrance et le désespoir. Le phénomène est pourtant fort simple. Combattre le terrorisme, pour nos gouvernants, ce n’est finalement que combat les structures militaires terroristes. Mais couper la tête du commandement et elle repoussera aussitôt, car les conditions qui l’ont fait émerger sont toujours présentes et ne font qu’empirer. Sans compter que les états inféodés à l’OTAN et aux États-Unis sont plus ou moins motivés (15) à les vaincre vraiment, sachant que ces groupes terroristes font aussi parfois « du bon boulot », comme l’a un jour dit un sinistre ministre français des Affaires étrangères. Pire encore qu’une attaque frontale, comme celles effectuées par l’alliance syro-russe, les semi-attaques de la coalition otanesque ont tendance à se limiter à la destruction du pays, sans réellement toucher la logistique des groupes islamistes armés. L’envers de cette action est bien sûr un flot de réfugiés de guerre qui dans les conditions actuelles de l’opinion occidentale (l’islamophobie de masse évoquée ci-dessus) ne sont pas toujours les bienvenus. Ce flot de « migrants », comme on dit, viendront s’ajouter à l’immigration économique, seront éventuellement « administrés » par les représentants culturels et auront donc les mêmes problèmes d’intégration que leurs prédécesseurs.

 

Du côté de l’État islamique (EI) c’est encore pire, car les conditions misérables de la guerre civile sont accompagnées d’un régime théocratique plus arriéré qu’il est possible d’imaginer. Mais même à supposer que certains Syriens croient réellement que le califat de Daech pourrait leur apporter un quelconque avantage, il n’est pas dans l’intérêt de l’EI d’améliorer la qualité de vie de la population dont il a la charge, pas plus que de protéger les musulmans des pays occidentaux d’ailleurs. Comme vous le savez, l’EI a besoin de combattants, et d’un bon nombre, afin de compenser son armement majoritairement léger. C’est pourquoi, en plus de la propagande qui vise d’abord les convertis, ceux-ci ont surtout besoin d’une grande masse de volontaires à leur cause. Comme l’Islam extrémiste est totalement déphasé du monde actuel, le meilleur moyen de convertir reste encore de se servir des souffrances dues à la guerre pour ensuite l’imputer à l’État syrien, aux Russes et aux Occidentaux. Évidemment, ceux-ci ont le beau jeu dans tout ça. Puisqu’il s’agit d’une guerre à trois, la confusion que cet imbroglio d’intérêts divergents représente peut aisément être interprétée en terme religieux. Sachant que le baasisme est une doctrine laïque et que les Occidentaux et les Russes sont perçus comme des athées.

 

Notre côté du monde, comme vous le savez, n’est pas non plus épargné par cette guerre. En plus des déséquilibrés qui organisent des attentats au nom de Daech, il y a une bonne quantité de jeunes gens qui se laissent séduire par le Jihad, comme s’il s’agissait d’une espèce de brigade internationale islamique. Évidemment, le désespoir est bien moindre ici, mais comme évoqué plus haut, la misère sociale et la marginalisation peuvent aussi être travesties en haine religieuse et suffises bien souvent à ce que des jeunes gens soient tentés de joindre l’EI plutôt que des groupes de défense des droits civiques. Et de ce point de vue, il devient évident que tout ce qui peut accroitre l’islamophobie est indirectement un moyen d’inciter des musulmans à joindre le Jihad de Daech. Il est absolument certain que les stratèges de l’EI connaissent ce processus dialectique et l’alimenteront volontairement tant qu’il le faudra.

 

Conclusion

 

Que faut-il retenir de tout ceci ? En tout cas, très peu qui soit réellement lié à ce qui est écrit dans le Coran. Nous avons une situation historique de guerre civile stagnante au Moyen-Orient, et plus spécialement en Syrie et dont aucun des belligérants n’a d’objectifs humanitaires. Ce qui engendre une radicalisation, du terrorisme et la fuite massive de la population. Nous avons chez nous une population musulmane (parfois immigrante) qui a une tendance communautariste (elle-même organisée par les politiques du pays) et qui souffre d’une marginalisation croissante. En face, nous avons une population d’accueil qu’on effraie opportunément avec l’Islam pour plusieurs raison et qui développe une xénophobie de plus en plus explicite. Donc qu’est-ce qui en retourne ? Il en retourne que pendant que certains défendent l’utopique conception du multiculturalisme (16), de plus en plus de gens développent une peur irrationnelle de l’islam (et donc aussi des musulmans). Ce qui a pour conséquence directe la marginalisation de ces derniers, ce qui accentue leur repli communautaire et offre ainsi plus de pouvoir à ceux qui ont tout intérêt à les maintenir dans un cadre religieux rigoriste. Cadre religieux qui, lui-même, participera au mouvement de peur chez populations d’accueil et ainsi de suite.

 

Comme j’espère vous l’avez constaté, aucune des parties en présence n’est vraiment consciente de son rôle dans le processus actuel et il sera bien difficile de faire marche arrière. Malgré tout, il devient de jour en jour plus pressant de jouer la carte de l’apaisement. Apaisement entre les populations d’accueils et immigrantes, mais plus encore entre les belligérants de ce conflit identitaire centré sur l’islam, car la réconciliation entre les communautés en dépend grandement. Comme je l’ai déjà expliqué, l’identité doit servir à unir et non pas à diviser, comme c’est présentement le cas. Les « multiculturalistes » ont raison de défendre les droits individuels et les « identitaires » ont aussi raison de faire valoir la laïcité et le concept de communauté nationale. À l’inverse, tous deux ont tort de croire que l’identité est une donnée statique, devant être organisée, soit de manière séparée ou assimilée, à un modèle précis. Comme je l’ai déjà indiqué, l’identité est une chose vivante qui évolue, avec ou sans le concours de l’immigration, dans le cadre de la citoyenneté. L’immigration apporte simplement sa part de changement et participe de cette évolution. C’est pourquoi l’assimilation doit être mutuelle dans le cadre de l’égalité des droits et des responsabilités individuelles et collectives. Cet état d’esprit est probablement la seule voie qui coupera court à cette montée de l’intégrisme religieux ainsi qu’à son corollaire naturel, la xénophobie. De toute façon, le seul dénouement possible que peuvent nous apporter ces conflits identitaires est le régime de la peur et la perte consentie de nos libertés.

 

Notes

(1) C’est aussi le cas pour les termes classiques du Québec, soit « souverainistes » contre « fédéralistes ».
(2) Les années 60-70 au Québec.
(3) Qui condamne le souverainisme au même titre que l’islamisme, soit dit en passant.
(4) L’aile droite de chaque tendance ayant la facilité de faire valider ses solutions par des arguments de gauche.
(5) Essentiellement dû au déphasage qu’engendrent les conditions sociales modernes sur un culte qui ne l’est plus.
(6) Totalitarisme, car ayant vocation à imposer des croyances aux individus.
(7) Les débats entre les savants des diverses religions font rage depuis plusieurs millénaires (quelques centenaires pour ce qui est des athées ou autres) et n’ont donné aucun résultat valable sur le plan des consciences.
(8) Dans un système économique pastoral (l’élevage des animaux), il n’y a pas de gains de productivité (comme en agriculture) via une plus grande main d’œuvre, mais presque uniquement une augmentation de bouches à nourrir, ce qui impose de limiter le groupe en fonction de la production d’aliments. 
(9) Nécessités d’ordres sociales, influencées par les moyens de production, qui sont eux-mêmes liés au climat et à la géographie.
(10) Une économie basée sur l’agriculture et dont la propriété de la terre est concentrée par une petite caste qui vit de la rente. Le féodalisme est indirectement maintenu à l’époque coloniale par le biais des concessions d’État aux compagnies étrangères de matière première.
(11) Ceux de Tunisie et d’Égypte surtout, même si le principe s’applique à la plupart des pays de cette région.
(12) Mutual assured destruction
(13) En politique, on a toujours besoin d’un ennemi et non pas seulement des adversaires, car ils sert de référence au « bien ». Cet ennemi n’est pas nécessairement matériel et peu (et est très souvent) idéologique. Les exemples typiques sont le fascisme pour la gauche, le communisme pour la droite et l’islamisme aujourd’hui pour une grande part des deux.
(14) Les budgets d’accueil étant inversement proportionnels à l’augmentation des taux d’immigration, les nouveaux arrivants sont bien souvent abandonnés à leur sort et deviennent donc ironiquement les victimes de la « générosité » du pays d’accueil.
(15) Disons même qu’ils jouent un double jeu dans bien des cas.
(16) Celle qui s’imagine que les communautés peuvent se rapprocher tout en se séparant de manière ethnoculturelle.

»» http://www.lequebecois.org/lislam-en-question/
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Contre toutes les guerres impérialistes !

 

mercredi 26 octobre 2016 
par  la_peniche 

La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens !


Quand et comment passent-on de la politique de fermeté à la guerre ouverte ?


Quelle guerre a été porteuse d’une paix définitive ?

 

Depuis la fin de la guerre froide, le capitalisme international ne se sent plus de limites et au nom du droit d’ingérence et de ce qu’il nomme droits de l’homme, il multiplie les foyers de conflits dans le monde. Les images des journaux télévisés, banalisent les horreurs de cette stratégie en Libye, en Irak, en Syrie, en Afrique.


Pour cette guerre mondiale, les USA et l’Union Européenne ont trouvé comme alliés serviles le Qatar et l’Arabie Saoudite qui sont tout, sauf des modèles de démocratie.

 

Ces guerres, outre les massacres et les déplacements de populations qu’elles entraînent représentent une grave menace pour la paix mondiale. Non seulement elles n’apportent pas la démocratie, mais provoquent l’arrivée au pouvoir de fantoches et de mafias amateurs d’armes à la solde de l’impérialisme.



En fait la guerre est un acte de pure violence dont l’objectif est de contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté. Mais aujourd’hui, dans notre pays développé et dit civilisé qu’elle est la raison de cette violence aveugle que la France semble pratiquer si légèrement ?

 

Pour l’argent ! Le dieu business.

 

« La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d’arriver au même but : celui de posséder ce que l’on désire. » [1]

 

Pour triompher le pays conquérant a besoin de systèmes d’armes sophistiqués et de plus en plus chers. Business...


Ainsi tout pays détruit par les combats se voit proposer sa reconstruction par le vainqueur et tombe dans l’obligation d’importer les produits du pays gagnant. Business...


Enfin, l’envahisseur a tous les droits sur les richesses du perdant. Business.

 

On a donc compris, que la guerre n’apporte absolument rien à la population soi-disant victorieuse, sauf peut-être quelques morts que l’on s’empressera d’oublier.

 

La guerre impérialiste c’est du business.

 

Qu’ont rapporté au peuple français les 230 « opérations extérieures » de notre armée et les 10 000 hommes stationnés hors de notre pays ? (Source) Rien, sinon une utilisation insupportable de nos impôts, alors que l’austérité provoque une misère insoutenable d’un grand nombre de nos concitoyens.


En revanche, les entreprises Thales (anciennement Thomson), Safran (anciennement Sagem et SNECMA), Nexter (Giat Industrie et appartenant à l’État français) et Dassault Aviation ont empoché des millions d’Euros. Sarkosy comme Hollande n’ont pas cessé de travailler pour eux.

 

En notre nom, le Président de la République a même ordonné l’exécution pure et simple de quatre personnes, (source- publié et pas démenti.) et cela en dehors de tout processus judiciaire. Aucune loi, aucune enquête, aucun procureur, aucun juge, aucun droit de la défense… Ce sont des assassinats, commis avec l’aide de drones américains, dans le cadre de conflits armés où l’armée française était présente au soutien des gouvernements en place.

 

Même pas peur le Hollande, le voilà qui se targue de faire plier la Russie en Syrie (lire article de l’ANC) au moment même où le chef d’état major de l’Armée américaine profère haut et fort « à ceux qui tentent de s’opposer aux États Unis » des menaces à peines voilées comme « nous allons vous battre plus durement que vous ne l’avez jamais été auparavant [...] nous détruirons n’importe quel ennemi, n’importe où, n’importe quand ? » [2]

 

« Je ne sais pas avec quoi se battront les guerriers de la 3e guerre mondiale, mais ceux qui feront la 4e guerre mondiale se battront avec des pierres et des bâtons. »
Albert Einstein


© Marc Riboud (décédé le 30 aout dernier)/ Magnum Photos.


Après la banalisation médiatique des propos racistes attisant la haine de l’autre d’un Zemmour, voici la banalisation des propos guerriers de nos responsables politiques. Ils essaient de nous faire accroire que les guerres que mène la France, toute seule, ou sous les ordres des américains sont celles des bons contre les méchants et n’ont rien à voir avec le ... business.

 

Nous connaissons la puissance nocive des industriels de l’armement qui ont toujours besoin de la guerre pour faire des plus valus juteuses [3].
Nous connaissons les besoins toujours accrus des industriels mondialisés et de leurs actionnaires en matières premières à vil prix des pays où nos armes répandent la terreur.

 

Devant cette banalisation de l’horreur, devant cette fuite en avant dans la violence qui pourrait nous conduire à la guerre, l’ANC a décidé de s’adresser aux organisations progressistes afin d’organiser nationalement avec elles des initiatives unitaires pour la paix, contre le retour des guerres coloniales, les agressions impérialistes et pour un monde de tolérance.

 

Sans naïveté, nous savons bien que lutter pour la paix, c’est se battre contre le capitalisme qui engendre les guerres ! Mais, pour les générations à venir, nous ne pouvons pas « rester l’arme au pieds » si j’ose dire...

 

Association Nationale des Communistes

 

[11814 – Benjamin Constant dans De l’esprit de conquête et de l’usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne, II

[2Général Mark Milley, le 4 octobre 2016

[3Relire le discours de fin de mandat du Président Eisenhower http://www.rougemidi.fr/plugins/auto/sarkaspip_3x/images/lien_out.gif") right center no-repeat transparent;"> https://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_fin_de_mandat_de_Dwight_D._Eisenhower 

24 octobre 2016

Moyen-Orient, une « histoire inclusive »

 

«Prenant donc à contre-pied la « question d’Orient », nous montre Delphine Froment, les auteurs cherchent à aller au-delà de la simple histoire géopolitique du Moyen-Orient, pour favoriser l’écriture d’une « histoire inclusive du Moyen-Orient ». Pour ce faire, en plus de la documentation étrangère occidentale, ils s’appuient sur l’étude de sources jusqu’ici trop peu utilisées, produites par les sociétés elles-mêmes, en turc-ottoman, en persan ou en arabes. A ce renouvellement des sources exploitées s’ajoute une transdisciplinarité affirmée, puisque sont intégrées à la réflexion de nombreuses autres sciences humaines (anthropologie, démographie, histoire culturelle matérielle et immatérielle, sociologie religieuse…), permettant d’approfondir avec un regard nouveau l’histoire religieuse et culturelle, et l’histoire sociale (celle des minorités, notamment) de cette région... »

 

Revenons au compte-rendu de Delphine Froment...

 

Michel Peyret


Olivier Bouquet, Philippe Pétriat, Pierre Vermeren, Histoire du Moyen-Orient, de l’Empire ottoman à nos jours, au-delà de la question d’Orient 

 

Article publié le 12/10/2016

 

Compte rendu de Delphine Froment

 

L’Histoire du Moyen-Orient de l’Empire ottoman à nos jours, décryptée par trois universitaires spécialistes du Moyen-Orient : une riche analyse qui satisfera autant les étudiants pour les concours de l’agrégation et du CAPES qu’un public avide de comprendre les mécanismes politiques, économiques, sociaux et culturels contemporains de cette région complexe.
Dépasser la « question d’Orient » : un ouvrage à la pointe de l’historiographie

Les programmes de l’agrégation et du CAPES d’histoire reflètent toujours l’actualité historiographique et politique des thématiques étudiées. D’anciennes questions d’agrégation et de CAPES en histoire contemporaine, sur « Le monde britannique (1815-1932) » puis sur « Les sociétés coloniales à l’âge des empires (1850-1960) », avaient ainsi témoigné du renouvellement de l’histoire des colonisations au prisme de la notion d’empire, alors que les années 2000 avaient été marquées par de nombreux débats politiques sur la colonisation française.

 

Inutile de rappeler l’actualité brûlante d’une région comme celle du Moyen-Orient : à l’heure des révolutions arabes et de la menace de l’Etat islamique, il pouvait paraître dès lors essentiel de former une génération de futurs enseignants du secondaire à comprendre les dynamiques politiques, économiques, sociales et culturelles de cette région à l’époque contemporaine, afin de les aider à mieux les enseigner à leur tour. Le jury de ce programme a cependant largement insisté sur la nécessité, dans sa lettre de cadrage, de ne pas réduire le Moyen-Orient à sa simple dimension géopolitique – comme cela a trop longtemps été la tendance : « Dans ce cadre chronologique et événementiel qui devra être connu, on étudiera particulièrement les populations et les sociétés, les évolutions religieuses et culturelles, la formation des Etats et des mouvements politiques, l’économie et les enjeux du développement, les guerres et la violence. Il s’agit donc d’aborder la région en elle-même et pour elle-même : la question ne porte ni sur l’histoire de la colonisation, ni sur l’histoire des relations internationales. La connaissance du Moyen-Orient contemporain apparaît comme constituant un élément de la culture professionnelle des professeurs d’histoire et de géographie (1). »

 

A cet égard, le sous-titre de ce manuel, publié en septembre 2016 à la Sorbonne, est évocateur et se place dans la lignée de la demande du jury : « Au-delà de la question d’Orient ». Les trois auteurs, Olivier Bouquet, Philippe Pétriat et Pierre Vermeren, s’inscrivent bien dans cette tendance historiographique qui, depuis les années 1980, cherche à replacer la focale sur la région même du Moyen-Orient, en évitant de l’appréhender de l’extérieur avec un regard trop européocentré. Le paradigme de la « question d’Orient », ainsi que l’expliquent les auteurs dans leur introduction, se caractérise par la volonté de n’étudier le Moyen-Orient que sous un angle politique et géopolitique, où les puissances européennes et mondiales figureraient parmi les acteurs principaux de cette histoire : « dépouillé de son historicité propre, le Moyen-Orient est toujours envisagé au prisme d’une histoire des conflits qui tient lieu d’histoire régionale, comme si l’histoire de l’Europe était celle des deux guerres mondiales. Tout se passe comme si les sociétés de la région étaient toujours prises entre les feux des puissances (2). »

 

Prenant donc à contre-pied la « question d’Orient », les auteurs cherchent à aller au-delà de la simple histoire géopolitique du Moyen-Orient, pour favoriser l’écriture d’une « histoire inclusive du Moyen-Orient (3) ». Pour ce faire, en plus de la documentation étrangère occidentale, ils s’appuient sur l’étude de sources jusqu’ici trop peu utilisées, produites par les sociétés elles-mêmes, en turc-ottoman, en persan ou en arabes. A ce renouvellement des sources exploitées s’ajoute une transdisciplinarité affirmée, puisque sont intégrées à la réflexion de nombreuses autres sciences humaines (anthropologie, démographie, histoire culturelle matérielle et immatérielle, sociologie religieuse…), permettant d’approfondir avec un regard nouveau l’histoire religieuse et culturelle, et l’histoire sociale (celle des minorités, notamment) de cette région.

 

Résumé des principaux thèmes abordés par l’ouvrage

 

L’organisation de l’ouvrage reflète bien cette volonté de s’affranchir d’une histoire événementielle et de faire la part-belle aux dynamiques économiques, sociales et culturelles du Moyen-Orient : s’il est divisé en trois grandes parties qui se suivent chronologiquement (l’Empire ottoman de 1789 à 1922, le Moyen-Orient de 1870 à 1950 et le Moyen-Orient contemporain), l’ouvrage offre ensuite de nombreux sous-chapitres qui proposent une entrée par thème.

Professeur à l’Université Paris Diderot et chercheur au CESSMA (Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques), spécialiste de l’histoire ottomane, Olivier Bouquet s’est intéressé, dans la première partie de l’ouvrage, à l’histoire de l’Empire ottoman, « dernier Etat impérial du Proche-Orient et dernière expression de l’universalité du monde islamique (4) ». Après une approche chronologique de l’histoire de cet Empire (chapitre 1), Olivier Bouquet propose un développement sur les pratiques politiques, administratives et économiques ottomanes (chapitre 2) : le sultan apparaît comme la « clé de voûte des institutions, prenant place dans un ordre à la fois cosmique, religieux et légal (5) » et ce, encore aux XVIIIe et XIXe siècles, alors que les autres monarques d’Europe et d’ailleurs délaissent davantage l’exercice du pouvoir au profit de ministres et chanceliers. Mais le principe de sa souveraineté est de plus en plus contesté, tant par la montée des nationalismes au sein de l’Empire que par l’émergence de la conception de la citoyenneté, cherchant à abolir celle de sujet. A cela s’ajoute le rétrécissement territorial de l’Empire ottoman, et son affaiblissement vis-à-vis des autres puissances voisines, faisant de l’Etat « l’homme malade de l’Europe ». Le moment desTanzimat, série de réformes menées par l’Empire ottoman à partir de 1839 pour pallier cet affaiblissement, marque les débuts d’une réflexion élargie sur le changement politique, qui ouvre la voie aux mouvances nationalistes arabes et des Jeunes-Turcs. Au cœur de ces réformes, l’administration ottomane connaît un triple développement (croissance des effectifs, réorganisation des institutions impériales, centralisation de l’administration territoriale) : Olivier Bouquet revient amplement sur ces transformations. Suivent deux chapitres très détaillés sur les aspects économiques (chapitre 3) et socioculturels (chapitre 4) de l’Empire : que produit-il, qu’exporte-il et qu’importe-t-il ? Par quels moyens et dans quelles structures ? De quelles populations se constitue-t-il ? Comment vivent-elles et que pensent-elles ? En définitive, une somme d’informations distillées au sein de cette première partie pour mieux comprendre les évolutions internes et la fin en 1922 de l’Etat ottoman, marqué par des dualités croissantes et de multiples oppositions et contradictions que la société politique impériale ne parvient pas à résorber.

 

La deuxième partie de l’ouvrage s’intéresse au Moyen-Orient de 1870 à 1950. Elle est rédigée par Philippe Pétriat, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, spécialiste de l’histoire des pays du Golfe, maître de conférence à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur à l’IMAF (Institut des mondes africains). Après un rapide point sur la genèse de l’expression « Moyen-Orient » (apparue au tout début du XXe siècle dans la terminologie anglo-saxonne, « Middle East » étant employé pour la première fois par un officier américain dans la National Review et par un journaliste du Times en 1902-1903 et popularisé par la suite), Philippe Pétriat propose une approche chronologique et transversale de la région : les sociétés impériales du Moyen-Orient, jusqu’à la Première Guerre mondiale (chapitre 1), le Moyen-Orient entre 1914 et 1918 (chapitre 2), le Moyen-Orient face à la présence européenne dans les années 1920 et 1930 (chapitre 3), et le Moyen-Orient au moment de la montée des nationalisme jusqu’à la fin des années 1950 (chapitre 4). De fait, comment expliquer les révolutions des années 1905-1908, qui manifestent le rôle politique croissant des élites face aux régimes autocratiques des sultans, sans d’abord présenter les profonds changements religieux, culturels, démographiques et politiques expérimentés par les sociétés du Moyen-Orient à l’âge des Empires ottoman et perse ? Le mouvement de la Nahda (ou « renaissance » en arabe) est ainsi l’un des axes principaux de ce « nouvel élan » (6) que connaissent les sociétés arabes sur le plan littéraire, politique, culturel et religieux. En plein changement à la veille de la Première Guerre mondiale, le Moyen-Orient sort véritablement bouleversé du conflit, dont on saisit l’impact sur les sociétés à divers niveaux (chapitre 2). Bien que sous présence européenne après 1918, le Moyen-Orient garde son histoire propre : les années 1920 et 1930 sont celles de « l’essor du nationalisme et de la construction nationale des Etats, dans un contexte pourtant a priori peu favorable au pluralisme et aux dissidences » (7) (chapitre 3). La tutelle européenne n’empêche en effet pas la vivacité et la radicalisation des débats politiques, et la politisation toujours plus importante des classes moyennes et de la jeunesse (avec l’essor du modèle de l’efendi (8)), bien favorisée par le développement de l’éducation, de la presse, et des partis, mais également par l’affaiblissement des vieilles notabilités du négoce, touchées par la crise de la fin des années 1920 et concurrencées à l’international. Les années 1930 se caractérisent dans tout le Moyen-Orient par l’importance des mouvements contestataires, tant à l’égard des vieilles classes dirigeantes, prises à parti par « une aile plus radicale, souvent jeune et diplômée, parfois passée par l’Europe » (9), qu’à l’égard des tutelles étrangères (notamment la France qui doit faire face, en Syrie et au Liban, à des velléités indépendantistes bien inspirées par l’exemple de l’Irak, indépendant depuis 1930 et membre de la SDN en 1932). Le chapitre 4 montre enfin comment les générations nationalistes et islamistes, nées dans l’entre-deux-guerres, après avoir contesté le rôle des anciennes élites, prennent le pouvoir à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Profondément bouleversé, le Moyen-Orient l’est d’autant plus par l’émergence du conflit israélo-palestinien, dont les ressorts et les conséquences régionales sont évidemment longuement abordées et expliquées. Est-ce à dire que le Moyen-Orient est, à la fin des années 1950, un simple bloc traversé par les mêmes problématiques d’un pays à l’autres ? Philippe Pétriat insiste au contraire sur les modèles alternatifs que représentent la Turquie et Israël, dont certaines caractéristiques (pluralisme politique, libéralisme économique) divergent des autres pays de la région.

 

La troisième et dernière partie propose une histoire de la région de la Guerre Froide à nos jours. Ces cinq chapitres, rédigés par Pierre Vermeren, sont particulièrement susceptibles d’intéresser les lecteurs qui souhaiteraient comprendre les événements de la dernière décennie (printemps arabes, émergence de l’Etat islamique, autoritarisme d’Erdogan). En effet, le cadre chronologique de cet ouvrage dépasse largement les bornes fixées par le programme des concours de l’enseignement, et c’est tant mieux. Plus qu’un simple manuel d’agrégation, cette Histoire du Moyen-Orient est un ouvrage synthétique très utile pour appréhender les problématiques les plus actuelles qui touchent le Moyen-Orient. Professeur d’histoire du Maghreb et du Moyen-Orient contemporain à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, chercheur à l’IMAF, Pierre Vermeren s’est récemment signalé par ses nombreuses publications et contributions dans la presse pour mieux faire comprendre au grand public les enjeux de la crise au Moyen-Orient : sa participation à cet ouvrage permet ainsi de clôturer de la meilleure des manières cette longue Histoire du Moyen-Orient. Pour ce faire, il propose tout d’abord un retour sur les mutations profondes des sociétés, qui connaissent, dans l’après-guerre, une explosion démographique, un exode rural et une industrialisation en grande partie liée à l’exploitation des ressources d’hydrocarbure et à l’invention d’une économie pétrolière (chapitre 1) ; à ces mutations s’ajoutent une évolution des idéologies et du rapport à la religion, qui affectent rapidement les débats politiques (chapitre 3). Si, comme on l’a dit plus haut, les auteurs ont eu à cœur de favoriser les questions d’histoire sociale et culturelle, impossible cependant de faire ici l’économie des questions de géopolitique, alors que le Moyen-Orient est un théâtre important de l’affrontement entre Etats-Unis et URSS au moment de la Guerre Froide (chapitre 2) et des divers conflits qui se sont succédés dans la région (guerres israélo-arabes, guerre civile libanaise, révolution iranienne, guerres du Golfe, essor du terrorisme) (chapitre 4). Un cinquième et dernier chapitre fait un bilan du Moyen-Orient au XXIe siècle, que ce soit d’un point de vue culturel, géographique, économique, politique ou idéologique. Et pose aussi de nombreuses questions quant à l’avenir de la région.

 

Une synthèse claire et efficace pour préparer les concours et pour tout lecteur qui veut lire l’actualité au prisme de l’histoire

 

A ces quelque 400 pages de texte s’ajoutent deux cartes de la région en 1914 et en 1980, une chronologie des 100 dates les plus importantes de la période, et des bibliographies de 4-5 pages après chaque partie, utiles pour découvrir l’étendue de l’historiographie existante et approfondir certaines questions. Quelques citations de témoins de la période viennent donner chair et vie aux développements historiques. Surtout, de judicieux encarts et tableaux graphiques sont disséminés à travers les chapitres, pour jeter la lumière sur tel phénomène, telle figure ou tel groupe d’individus (par exemple, on trouvera des approfondissements sur Midhat Pacha (10), sur les chrétiens du Proche-Orient (11), ou encore sur la chaîne al-Jazira (12)) : autant de sources pour approfondir certains exemples, si indispensables aux étudiants dans la rédaction d’une dissertation (notamment de concours), que pour le lecteur souhaitant explorer davantage certains thèmes.

 

Au final, chacun, dans ce livre, pourra trouver son compte, tant les auteurs ont su concilier rigueur scientifique et clarté pédagogique, et ainsi offrir de nouvelles clés de compréhension pour mieux saisir l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient.

 

Notes :

(1) Lettre de cadrage de la question au programme à l’agrégation d’histoire externe, session 2017, histoire contemporaine :http://eduscol.education.fr/histoire-geographie/se-former/examens-et-concours/concours-externes-du-second-degre/agregation-externe-dhistoire
Lire également ENTRETIEN AVEC STÉPHANE MALSAGNE POUR INTRODUIRE LA QUESTION CONTEMPORAINE AU PROGRAMME DE L’AGRÉGATION ET DU CAPÈS D’HISTOIRE 2017 : « LE MOYEN-ORIENT DE 1876 À 1980 », http://www.lesclesdumoyenorient.com/Entretien-avec-Stephane-Malsagne-pour-introduire-la-question-contemporaine-au.html
(2) Olivier Bouquet, Philippe Pétriat, Pierre Vermeren, Histoire du Moyen-Orient de l’Empire ottoman à nos jours. Au-delà de la question d’Orient, Paris, Publications de la Sorbonne, 2016, p. 7. 
(3) Ibid., p. 9.
(4) Ibid., p. 19.
(5) Ibid., p. 53.
(6) Ibid., p. 164.
(7) Ibid., p. 195.
(8) Efendi est le nom donné à ces jeunes adultes des années 1920, héritiers de familles aisées ou moyennes, éduqués, et politisés, partisans du progrès et de la modernité, contestant les figures traditionnelles de l’autorité. La plupart sont médecins, ingénieurs, avocats, journalistes ou travaillent dans l’administration, et participent aux campagnes électorales et à la vie des clubs. Ils se distinguent enfin par le port du costume européen et du tarbouche.
(9) Histoire du Moyen-Orient…, op.cit., p. 213.
Ibid., p. 41.
Ibid., p. 113.
Ibid., p. 380.

 

Olivier Bouquet, Philippe Pétriat, Pierre Vermeren, Histoire du Moyen-Orient de l’Empire ottoman à nos jours, au-delà de la question d’Orient, Paris, Publications de la Sorbonne, 2016.

Posté par Michel Peyret

Il faut toujours se méfier de ceux et celles qui affichent « Je Suis Charlie ». L’expérience a maintes fois démontré que cette profession de foi obstinée recèle le plus souvent un sectarisme et une intolérance envers toute opinion qui diverge peu ou prou de la leur. Et la leur est quasi-systématiquement alignée sur le discours dominant. Faut-il s’en étonner ? C’est comme toutes les affirmations du genre « Nous sommes bons, parce que nous sommes l’Amérique » - ou parce que nous sommes l’Europe, ou l’Occident, ou Israël, ou blancs de peau, ou Chrétiens, ou boy-scouts... Ou parce que nous ne portons pas de voile.

 

La relation de cause à effet étant en soi tellement distendue qu’on ne peut que sombrer dans un abîme de perplexité. C’est comme dire « ce que je suis en train de dire est faux ». L’affirmation contient en elle-même sa propre dénégation et du coup... argh, mon cerveau disjoncte.

 

Voilà donc que l’UE envisage d’interdire l’accès aux médias russes pour cause de mise en péril de la liberté d’expression, pardon, pour cause de « propagande ». Voilà qui est croustillant, après les tombereaux de merde déversés par les médias occidentaux et débusqués, notamment, grâce aux médias alternatifs (au sens le plus large). Et on peut parier sans risque qu’il en reste encore beaucoup à débusquer.

L’oligarchie occidentale avance-t-elle de moins en moins masquée ou est-ce le masque qui devient de plus en plus visible ?

 

En attendant, et comme prévu, « Je Suis Charlie » n’est plus qu’un simple slogan, c’est devenu une posture adoptée par toutes les oligarchies en fin de course et joyeusement - ou inconsciemment - relayée par tous leurs larbins.

 

Théophraste R.
Fermement campé sur une place rouge. (Non, pas celle-là.)

URL de cette brève 5201
http://www.legrandsoir.info/empecherons-nous-les-bombardements-russes-sur-gaza-ou-la-destruction-de-falloujah-par-les-iraniens.html

La situation du monde, singulièrement au Moyen-Orient, aurait été burlesque, si elle n’était pas aussi dramatique et aussi désespérée. Les puissants se permettent de « paillonner. » et d’imposer leur vision des choses, ce sont eux qui ont raison dès lors que tous les atouts [militaires, économiques...] sont entre leurs mains.

 

La Syrie illustre parfaitement ce postulat. Après y avoir semé le chaos et la tragédie, la troïka (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne) se récrie comme une vierge, effarouchée par le sang d’innocents au versement duquel elle aura grandement contribué. Le sang des Syriens éclabousse aujourd’hui les murs de la Maison-Blanche, de l’Elysée et du 10 Downing Street. Comme, ils sont également douchés par le sang des Palestiniens instrumentalisés depuis un siècle. Cette troïka (dont les membres sont détenteurs du droit de veto) a été à l’origine de la guerre qui détruit, depuis 2011, la Syrie ; c’est encore elle (notamment la Grande-Bretagne, singulièrement perfide) qui est derrière le martyre et la spoliation des Palestiniens au profit d’un peuple issu de plusieurs pays européens qui n’avait aucun lien avec la Palestine. Elle a ainsi fait payer aux Palestiniens les crimes commis contre les juifs d’Europe lors des deux grandes guerres. Mais c’est toujours ces puissants qui ont raison, qui font payer aux autres les crimes qu’ils commettent, ont commis ou commanditent (cela sans remonter à l’extermination des Peaux-Rouges, Incas et autres Mayas, au Nouveau Monde par les Européens). Et nous restons dans le vif du sujet, car le constat est accablant : ce sont ceux qui, aujourd’hui, crient au crime qui ont été derrière les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, voire les génocides qui jalonnent l’histoire humaine (cf. les conquêtes sanglantes et le charcutage de l’Afrique, de l’Asie et des Amériques) qui se dédouanent ainsi à peu de frais. Subséquemment, ceux qui ont les moyens – ou se sont donné ces moyens – de faire rendre gorge à un gouvernement hostile (celui de Damas) regardent ailleurs pour ne pas voir les crimes au quotidien d’Israël, unique pays au monde (outre les détenteurs du droit de veto) qui échappe à toute condamnation, quels que soient les forfaits qu’il commet, a commis, dans les territoires palestiniens. Depuis dix ans la bande de Ghaza est sous blocus cruel : aérien, maritime et terrestre, transformant ce petit territoire en immense goulag, où 2 millions de personnes souffrent de tous les maux. Il y a trois jours, une embarcation de femmes venues des quatre points du monde apporter leur aide aux Ghazouis a été victime d’un acte de piraterie de la part des forces d’occupation israélienne, au large de Ghaza. C’est encore Israël qui vient d’approuver un énième projet de colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées, sans soulever ni indignation ni condamnation de ceux-là (en particulier les Etats-Unis) qui disent travailler pour l’avènement de deux Etats vivant côte à côte, mais laissent Israël grignoter sur les territoires palestiniens, jusqu’au jour où il n’y aura plus de territoires palestiniens, ni sans doute de peuple palestinien voué au génocide.

 

Ne rien faire contre Israël, qui a le « droit de se défendre », leitmotiv brandi par les Etats-Unis, dès qu’Israël commet un forfait. Israël a le droit de se défendre ! Pas les Palestiniens, réduits à la condition de captifs ! Pas la Syrie, attaquée par des hordes de mercenaires et de jihadistes commandités par cette troïka.

C’est dans ce contexte que le Conseil de sécurité examinait, vendredi, un projet de résolution proposé par la France. C’est aussi, en lien avec cette résolution que le Haut Commissaire aux réfugiés, le Jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein, estimait que la « tragédie » qui se déroule dans la ville syrienne d’Alep nécessite la limitation « sans délai » du droit de veto, pensant au probable veto qu’opposera la Russie à une résolution qui la vise ou l’incrimine. Parle-t-il sérieusement ? Pourquoi ne s’est-il pas inquiété, lorsque les condamnations des crimes d’Israël par le Conseil de sécurité, sont ou ont été systématiquement bloquées par les Etats-Unis ? Pourquoi n’a-t-il pas proposé d’enlever le parapluie états-unien qui couvre les crimes d’Israël ? Une entité qui a réinventé le goulag dans la bande de Gaza ? Ainsi, les puissants incitent au crime et couvrent le crime. Dans le drame syrien les coupables sont connus : ce sont ceux qui ont poussé à la révolte le peuple syrien, qui ont contribué à l’émergence des groupes terroristes, lesquels font du « bon boulot » en Syrie. N’est-ce pas M.Fabius ? Mais pour faire oublier leurs propres crimes et turpitudes, ils parlent haut et fort et désignent à la vindicte [dans le cas de la Syrie, le régime de Damas et la Russie] leurs ennemis supposés. Ce sont ainsi les commanditaires du chaos et de la discorde entre les peuples qui bénéficient de l’impunité d’un droit international sélectif et aveugle qui punit la victime et épargne le criminel.

»» http://www.lexpressiondz.com/edito/251507-la-troika-ou-l-alchimie-du-mal.html
URL de cet article 31003 

Devant les tragédies humaines qui résultent des conflits armés ayant cours au Moyen-Orient, la France manifeste assurément une indignation sélective. Elle en fait la preuve dans l’attitude qui est la sienne sur ce qui se passe à Alep en Syrie et ce qui a eu lieu il y a trois jours à Sanaa au Yémen.

 

Concernant Alep dont les forces du régime bombardent les quartiers sous contrôle des groupes amés djihado-terroristes, Paris clame qu’il n’est pas « possible de fermer les yeux ou de rester indifférent » face à la situation et son ministre des Affaires étrangères s’est frénétiquement employé à tenter de faire voter par le Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution au contenu contraignant uniquement pour le régime syrien et son allié russe. Mais si la France s’indigne face aux bombardements d’Alep et les dénonce comme étant des crimes de guerre dont les responsables devront rendre compte devant la justice internationale, elle observe une retenue dans la condamnation du carnage commis à Sanaa, la capitale yéménite, par l’aviation de la coalition menée par l’Arabie saoudite. Pour ce crime, l’on n’assistera sûrement pas à une offensive diplomatique française visant à faire condamner Ryadh et ses alliés. Paris s’est contenté de déplorer l’action de l’aviation de la coalition et de formuler à l’endroit de l’Arabie saoudite d’hypocrites recommandations de retenue et les appels à éviter de bombarder des cibles où se trouveraient des civils.

 

En s’agitant fébrilement sur le dossier syrien et en se désintéressant cyniquement de celui du Yémen, la France fait la preuve qu’elle n’agit pas pour des considérations humanitaires. Plus personne ne fait crédit à la rhétorique moralisante dont les gouvernants français font usage pour désarmer la critique que soulèvent leurs prises de position et décisions sur le conflit syrien et les autres. Sur la Syrie et le Yémen, la France est dans l’alignement servile derrière l’Arabie saoudite et les autres pétromonarchies qui pour étouffer chez elle toute honte d’être réduite à cette vassalité l’arrosent abondamment en pétrodollars. Cette même France qui, gouvernée par la gauche ou par la droite, se pique d’être investie d’un magistère moral dont découleraient sa diplomatie internationale et les actes qu’elle assume.

 

Nostalgique d’une grandeur disparue, la France n’a plus que l’usage du « moulin à parole » pour en entretenir le mythe. Nul n’est dupe de ses coups de colère et encore moins du spectacle de ses démonstrations de puissance. Pas même les Etats africains qu’elle persiste à considérer comme faisant inamoviblement partie de son pré carré. Washington n’a que condescendance à son égard qui s’exprime parfois ouvertement et sans respect pour sa dignité.

 

Quant à Moscou, et après avoir vainement tenté de faire comprendre à Paris que la grandeur de la France c’est justement de refuser la vassalité à l’égard et de l’Amérique et des pétromonarchies, sa politique envers la France est celle de ne plus la considérer comme une grande puissance avec laquelle la Russie se doit de compter et de composer.

»» http://lakoom-info.com/++cs_INTERRO++p=6578
URL de cet article 31004 

The guardian : des bombardements sur des funérailles au  Yémen  tuent au moins 140 personnes, selon le  responsable de l’ONU 

 

 
09 Octobre 2016

Un drame ne chasse pas l’autre, ils s’accumulent et la situation au Yemen n’enlève rien à celle qui existe en Syrie. mais il est évident que notre presse et nos politiciens français font beaucoup plus de bruits pour sauver en Syrie les terroristes d’Al Qaida, liés aux saoudiens, que pour exiger que les dits saoudiens arrêtent leur frappe et le crime contre le peuple yemènite et ses enfants. Qui a créé cette terrible situation et est prêt à l’étendre jusqu’au Maghreb? S’agit-il des Russes? poser cette simple  question est déjà une manière de dénoncer  l’enfumage médiatique que nous subissons. Cet appel au droit humanitaire à géométrie variable  en fait n’a qu’un seul   but :  précipiter une guerre entre l’OTAN et la Russie. La risible campagne présidentielle aux Etats-Unis, celle presque aussi risible en France devrait être vue d’abord dans cette optique, celle du drame de l’humanité en faveur des marchands d’armes.  Un véritable mouvement de la paix doit dénoncer ce danger prioritaire au lieu de se perdre dans des revendications grouspusculaires qui contribuent à l’enfumage belliciste

(note et traduction de danielle Bleitrach)


Rebelles Houthi disent coalition Arabie dirigée à blâmer pour l’attaque sur la cérémonie qui a laissé au moins un autre 525 blessés

raid aérien saoudien à Sanaa
Le lendemain de la frappe aérienne menée par  la coalition dirigée par l’Arabie dans le sud de la capitale Sanaa. Photo: Mohammed Huwais / AFP / Getty Images

 

 

Plus de 140 personnes ont été tuées et plus de 525 blessés lors des frappes aériennes qui ont atteint une cérémonie funèbre dans la capitale du Yémen, à Sanaa, un haut fonctionnaire de l’ONU a dit que les rebelles Houthi ont dénoncé l’attaque de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite.

 

Les morts et les blessés comprennent des responsables militaires et de sécurité supérieurs dans les rangs des rebelles chiites Houthi qui combattent le gouvernement internationalement reconnu du président Abd Rabbo Mansour Hadi , ainsi que leurs alliés, partisans de l’ ancien président Ali Abdullah Saleh.

 

À la suite de la frappe de  samedi, des centaines de  corps démembrés ont été trouvés éparpillés dans et hors de la salle. Les sauveteurs les ont collectés dans des sacs. »L’endroit a été transformé en un lac de sang », a déclaré un secouriste, Murad Tawfiq.

 

les ambulances se précipitaient vers le site pour transporter les blessés vers les hôpitaux.Dans les émissions de radio, le ministère de la Santé a convoqué les médecins hors-service et a appelé les habitants à donner du sang. Les sauveteurs, quant à lui, passé au crible les décombres à la recherche de plus de victimes, mais le feu entravait leurs efforts.

 

Les funérailles étaient celles d’ Ali al-Rawishan, le père du ministre de l’Intérieur Galal al-Rawishan, un allié à la fois du mouvement Houthi et de  leur principal allié, Saleh.

 

Des témoins et des sources médicales un missile a frappé la salle dans le sud de la capitale, détruisant le bâtiment. Ils ont décrit les ambulances transportant des blessés de la scène, où un panache de fumée noire se leva dans le ciel.

 

Le site de nouvelles Houthi contrôlé sabanews.net a déclaré: « Des dizaines de citoyens sont tombés en martyrs ou ont été blessés dans cette attaque par des avions de l’agression américano-saoudienne. »

 

Il n’y a eu aucun commentaire dans l’ immédiat de la part de la coalition dirigée par l’Arabie.

 

L’Arabie saoudite est intervenue en Mars 2015 pour soutenir le gouvernement yéménite contre les rebelles Houthi dans le contrôle de Sana’a. Il a fait face à des accusations répétées sur le fait que sa campagne violait le droit international humanitaire , et le mois dernier, le Guardian a publié des données indiquant que plus d’un tiers des frappes aériennes de la coalition avaient touché des sites civils  tels que les bâtiments scolaires, les hôpitaux, les marchés, les mosquées et les infrastructures économiques.

 

Les rebelles Houthi sont également accusés de violations des droits de l’homme, y compris l’utilisation des mines terrestres et des bombardements aveugles.

 

L’ONU a estimé  le nombre de morts dans la guerre de 18 mois à plus de 10.000, dont de nombreux civils. Des dizaines d’enfants émaciés se battent aussi pour leur vie dans les services hospitaliers du Yémen, alors que les craintes grandissent que la guerre et un blocus maritime créent des conditions de famine dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique.

 

Plus de la moitié des 28 millions d’habitants du Yémen sont déjà à court de nourriture, l’ONU a dit, et les enfants sont particulièrement touchés, avec des centaines de milliers qui risquent de mourir de faim  . Il y a 370.000 enfants durables en état  malnutrition sévère qui affaiblit leur système immunitaire, selon l’Unicef, et 1,5 million ont faim.

Suspension de la coopération russo-américaine en Syrie : la politique US est devenue « illisible »

 

John Kerry et Sergueï Lavrov
© Leonhard Foeger Source: Reuters
John Kerry et Sergueï Lavrov

Les Etats-Unis ont stoppé tout contact bilatéral avec la Russie sur la Syrie et mènent une politique incompréhensible, ce qui est dû à des tiraillements au cœur du pouvoir. Le chercheur Frédéric Pichon se penche sur les possibles conséquences.

 

Frédéric Pichon est docteur en Histoire contemporaine et enseigne la Géopolitique. Auteur d'une thèse sur la Syrie, il est chercheur associé à l'Equipe Monde Arabe et Méditerranée de l'Université François Rabelais de Tours. Il donne régulièrement des conférences sur des questions liées à la géopolitique du Moyen-Orient.

 

RT France : Comment la décision des Etats-Unis de suspendre la coopération sur le dossier syrien avec la Russie va-t-elle influencer la lutte contre le terrorisme dans la région ?

 

Les Russes ne comptent plus sur les Etats-Unis

 

Frédéric Pichon (F. P.) : Je crois que la position des Etats-Unis qu’on avait cru rejoindre celle de la Russie et qui consiste à dire qu’il n’y a pas de rébellion modérée, que le problème de la guerre en Syrie est un problème terroriste, n’était qu’une apparence.

 

Le bombardement d’une unité de l’armée syrienne en septembre dernier l’a prouvé et il semble que les Etats-Unis ne veulent pas appliquer sincèrement cet accord. Du coup, la Russie considère que désormais elle a les coudées franches, personne ne pourra la faire sortir de Syrie, et que les Etats-Unis prennent un risque énorme à continuer de cacher la réalité. C’est-à-dire que la rébellion en Syrie est essentiellement djihadiste et soutenue par des parrains extrémistes depuis l’extérieur. Les Russes ne comptent plus sur les Etats-Unis. Ce qui est étonnant, c’est qu’il y a eu une frappe de drones américaine contre le responsable de Fatah al-Sham. Cette politique américaine est assez illisible, je pense que c’est dû aux tiraillements énormes qui ont lieu en ce moment au cœur du pouvoir américain entre certains lobbyistes, la CIA et le Pentagone. 

 

Les Russes et un certain nombre de pays semblent prendre à cœur la lutte contre le terrorisme, beaucoup plus que les Etats-Unis ou les Occidentaux

 

RT France : Une attaque contre l’ambassade russe à Damas est survenue le 4 octobre, juste après l’annonce de Washington de suspendre la coopération. Pensez-vous que ces événements soient liés ?

 

F. P. : Bien entendu, rien n’arrive par hasard. Ce n’est pas la première fois que l’ambassade russe à Damas est bombardée. Il y a un an, j’avais vu et entendu cette attaque. On va dire qu’il y a une concomitance qui est peut-être le fruit du hasard, le revirement américain sur le dossier syrien fait passer la Russie pour le diable, ce qui est une inversion des choses. Les Russes et un certain nombre de pays semblent prendre à cœur la lutte contre le terrorisme, beaucoup plus que les Etats-Unis ou les Occidentaux.

 

RT France : Bien que l’ambassade a été attaqué depuis un territoire contrôlé par les rebelles, les Etats-Unis prétendent qu’il est difficile de séparer les « bons » des « mauvais » rebelles. Est-ce effectivement le cas ?

 

F. P. : A partir du moment où des groupes armés acceptent de coopérer sur le terrain avec des groupes qui sont considérés par l’ONU et même par les Etats-Unis comme des organisations terroristes, on ne voit pas trop où est la complication. Ces groupes dits «modérés» commettent une erreur et à ce titre ils cautionnent d’une certaine manière l’extrémisme et le djihadisme. On ne voit pas comment on pourrait essayer de les séparer. On a pourtant une réponse guerrière qui est de les faire se séparer en les bombardant. 

 

A moins vraiment qu’ils soient totalement aveuglés, je ne crois pas que les Etats-Unis veuillent recommencer l’erreur qu’ils ont commise en Irak

 

RT France : Le ministère des Affaires étrangères russe estime que les Etats-Unis sont prêts à un « accord avec le diable » pour renverser Bachar el-Assad. Pensez-vous qu’ils soient désormais prêts à travailler davantage avec les rebelles pour y parvenir ?
 

F. P. : Je ne le crois pas du tout. A moins vraiment qu’ils soient totalement aveuglés, je ne crois pas que les Etats-Unis veuillent recommencer l’erreur qu’ils ont commise en Irak. C’est-à-dire de participer au démantèlement et ne pas être capable de gérer l'après. S’ils avaient voulu le faire, ils l'auraient fait depuis longtemps, bien avant 2015. Je pense que Barack Obama a bien conscience que conserver en l’état les structures du gouvernement syrien, c’est indispensable.

 

La politique de la Russie est de s’appuyer toujours sur le droit international et d’en arriver par les solutions légales

 

RT France : Le représentant russe auprès de l’ONU estime que les efforts conjoints des Etats-Unis et de la Russie sont le moyen le plus efficace pour aboutir à une paix en Syrie. Pensez-vous que cette coopération puisse être rétablie ?

 

F. P. : Ces dernières semaines ont été illustrées par de véritables trahisons des accords qui avaient été conclus entre les deux puissances. La confiance est quand même sérieusement minée. Maintenant la politique de la Russie est de s’appuyer toujours sur le droit international et d’en arriver par les solutions légales au niveau du droit international à faire converger des acteurs sur ces objectifs. Côté russe, je ne pense pas qu’on abandonnera cette solution, mais je ne sais pas si cela fonctionnera. 

 

Ils nous refont le coup des armes de destruction massive


Ne vous faites pas encore avoir.


Par Peter Hitchens – Le 25 septembre 2016 – Source Daily Mail

 

Powell montrant la « preuve » que l’Irak possède des armes de destruction massive

 

Presque tout le monde (sauf un petit groupe d’hypnotisés) sait que Saddam Hussein ne possédait pas d’armes de destruction massive. La plupart des gens ont compris maintenant que le colonel Kadhafi ne prévoyait pas de massacre à Benghazi, ni d’ordonner à ses troupes de se livrer à des viols en masse.

 

Combien faudra-t-il de temps, avant que nous saisissions aussi que ni la Russie, ni la Syrie n’ont bombardé un convoi d’aide humanitaire de l’ONU à Alep ?

 

Cet incident, pour lequel aucun fait indépendamment testable, vérifiable n’a encore été exposé, est l’équivalent des armes de destruction massive pour la Syrie. Si nous tombons tous dans le piège, alors nous allons bientôt nous retrouver embarqués dans une confrontation internationale, la plus dangereuse depuis la crise des missiles de Cuba.

 

Sous l’immense pression exercée par les despotes de l’Arabie saoudite, les États-Unis ne renonceront pas à leurs efforts pour renverser le gouvernement syrien. Il est clair qu’ils sont maintenant prêts à risquer une confrontation ouverte avec Moscou pour y parvenir. Mais pour quoi faire ? Mais pour qui se prennent-t-ils, et comment leur cause peut-elle être si bonne, qu’ils prennent de tels risques pour elle ?

 

Le sabotage délibéré d’un accord de paix viable en Syrie (auquel le Pentagone s’est opposé dès le départ) est l’un des scandales de notre époque. C’était une chance pour mettre fin à la misère de millions de personnes, et elle a été gâchée.

 

Nous, en Grande-Bretagne, devons nous opposer à être entraînés dans une guerre syrienne, notamment parce que, si nous le sommes, les troupes que nous envoyons là-bas pourraient rapidement être menacées de poursuites, dans leur propre pays, pour crimes de guerre présumés.

 

Cela fait trop longtemps que nous sommes trompés par cette propagande. Arrêtez d’être dupes.

 

Peter Hitchens

Article original publié dans Daily Mail.

L’accord États-Unis Russie. Le ministère de la Défense dit qu’il pourrait obéir à Obama… ou pas


Par Sputnik News – Le 24 septembre 2016.

 

Il est un peu difficile de croire que l’attaque menée par l’aviation étasunienne sur l’Armée arabe syrienne n’était qu’un simple accident, fait remarquer le professeur Stephen F. Cohen, avertissant que le parti étasunien de la guerre, qui est catégoriquement opposé à toute coopération avec la Russie, devient de plus et plus influent à Washington.

 

Le parti de la guerre étasunien est «catégoriquement opposé» à toute coopération avec la Russie, a fait remarquer Stephen F. Cohen, professeur émérite d’études russes à l’Université de Princeton et à l’Université de New York, en commentant les récents développements en Syrie pendant l’émission John Batchelor Show : « [Ce qui est important à dire est que] l’attaque contre les forces syriennes [à Deir ez-Zor], que l’US Air Force a admise en prétendant que ce n’était qu’un accident, et l’attaque contre le convoi humanitaire destiné aux plus démunis d’Alep et de la région (et qui fut attaqué, nous ne savons pas par qui) […] – ces deux évènements sont liés à l’accord [de cessez le feu]. »

 

L’accord précise que si, pendant sept jours, les conditions convenues ont été respectées – et cet accord  inclut un cessez-le-feu dans diverses régions et l’aide humanitaire à Alep – à la fin de ces sept jours, quelque chose non pas d’historique mais d’extrêmement important se produirait : les États-Unis et la Russie se regrouperaient militairement et, ensemble, mèneraient une guerre aérienne contre les différents terroristes sévissant en Syrie.

 

L’importance de cela ne peut pas être surestimée, souligne l’universitaire américain. Il a pointé le fait que ce serait la première véritable coopération militaire entre Moscou et Washington, depuis qu’une nouvelle guerre froide a commencé il y a plusieurs années. Cohen a souligné que cela pourrait conduire à la coopération dans d’autres régions, y compris dans la région baltique où l’OTAN renforce sa présence militaire et en Ukraine. Cependant, a noté l’universitaire américain, il y a des forces à Washington qui cherchent à perturber cette détente américano-russe.

 

Compte tenu du fait que les avions de guerre américains connaissaient très bien la région de Deir ez-Zor et que le Département américain à la Défense (DOD) avait ouvertement exprimé son scepticisme à l’égard du plan américano-russe sur la Syrie, il est «un peu difficile de croire» que l’attaque contre l’armée arabe syrienne ait été un « accident », a suggéré le professeur Cohen.

 

Il a cité l’éditorial du New York Times disant que «au Pentagone, les fonctionnaires ne seraient même pas d’accord qu’en cas de cessation de violence en Syrie pendant sept jours – la première partie de l’accord – le Département de la Défense respecterait sa part de l’accord sur le huitième jour». L’éditorial a également fait référence à Carter, « qui a de profondes réserves au sujet du plan prévoyant que les forces américaines et russes ciblent conjointement des groupes terroristes ».

 

« En d’autres termes, a déclaré Cohen, les responsables du Pentagone ont refusé de dire si ils obéiraient au président Obama ». L’universitaire américain a souligné que dans une démocratie constitutionnelle où l’armée est clairement subordonnée à la direction civile, cet évènement est extraordinaire. « Nous sommes arrivés à un point dans cette folie, dans cette nouvelle guerre froide avec la Russie, où le DOD est en train de laisser ouvertement entendre qu’il pourrait ou pourrait ne pas obéir au président Obama. Si le DOD dit cela publiquement, vous pouvez imaginer l’opposition à Washington contre l’accord syrien, que le [secrétaire d’État américain John] Kerry a négocié avec le ministre russe des Affaires étrangères [Sergueï] Lavrov »,  souligne le professeur Cohen.

 

Le professeur fait remarquer que l’opposition à cet accord réunit des personnages très influents du Pentagone, du Département d’État américain, des partis tant démocrate que républicain et des médias traditionnels étasuniens.

 

Il a rappelé qu’une telle situation n’est pas nouvelle : « au cours de la précédente guerre froide, le parti de la guerre étasunien avait à plusieurs reprises bloqué une éventuelle détente russo-américaine. Cohen a établi des parallèles historiques entre l’attaque de Deir ez-Zor et l’incident du U-2 en 1960, quand un avion espion américain U-2 a été abattu dans l’espace aérien soviétique. Ce qui est remarquable, à propos de cet épisode historique, est qu’il a eu lieu alors que le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev et Dwight D. Eisenhower cherchaient une détente. L’incursion de l’avion, dirigée par la CIA, avait ruiné la possibilité d’un rapprochement américano-soviétique, nous explique le professeur américain. »

 

Aujourd’hui, alors que la Russie s’oppose à l’idée des néo-conservateurs américains d’un ordre mondial unipolaire dirigé par le parti de guerre américain, ce dernier est déterminé à faire tout ce qu’il faut pour isoler la Russie.

 

Des analystes russes font écho au Professeur Cohen : selon Stanislav Tarasov, expert russe et chef du groupe de réflexion Moyen-Orient-Caucase, l’attaque de Deir ez-Zor ainsi que l’attaque contre le convoi humanitaire de l’ONU pourraient être les deux liens d’une seule et même chaîne. Selon Tarasov, le Pentagone aurait délibérément tenté de saper l’accord américano-russe sur la Syrie.

 

Pour sa part, Evgueni Satanovski, directeur de l’Institut du Moyen-Orient, basé à Moscou, a exprimé des doutes quant au fait que le raid aérien de la coalition américaine soit juste un accident. L’expert a souligné que l’attaque est probablement le reflet de la lutte permanente entre l’armée américaine et les établissements diplomatiques et une tentative par le Pentagone de « montrer au Département d’État qui est le patron ».

 

L’analyste politique Alexander Khrolenko de RIA Novosti a suggéré que certaines forces essayaient évidemment de remettre en question l’initiative américano-russe de Genève et de faire pencher la balance en leur faveur. Il a évoqué le fait que les partenaires des États-Unis au Moyen-Orient ont récemment intensifié leur activité dans la région. « Il semble qu’une nouvelle répartition des sphères d’influence soit sur les cartes, et une solution diplomatique [à la crise syrienne] devient de plus en plus improbable », suppose Khrolenko.

 

Article original publié dans Sputnik News

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