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Complément d’enquête sur les traces de l’Union soviétique, patrie et communisme…

 

18 Juin 2017

 

Ce qui frappe au Tatarstan au titre de l’empreinte laissée par l’Union Soviétique est d’abord une réussite indéniable, la manière dont a été traitée et presque résolue la question des nationalités, presque parce qu’avec le gouffre des inégalités qui se creuse, il y a des chances que ce tissu de paix et d’amitié entre les peuples se fissure. Pour le moment, parce que le Tatarstan est relativement prospère et parce que chacun est engagé dans une course au bien-être ou à la survie, qui lui laisse peu de temps,  les mentalités demeurent celles d’une mixité tolérante. Pourtant  déjà les nouveaux venus des anciennes républiques d’Asie centrale sont suspects de toutes les radicalités et on note que les Tatars forment une »mafia » qui s’arroge les meilleurs postes partout. L’essentiel demeure néanmoins les mariages mixtes, le refus des clivages religieux, le tout attribué consciement à l’héritage soviétique.  Qu’est-ce donc que cet art d’accommoder les nationalités à la sauce prolétarienne qui paraît avoir été le fruit de la politique de Lénine et plus encore celle de Staline. Nous avons relu pour vous l’excellent livre de Geoffroy Roberts, les guerres de Staline et nous vous conseillons, comme nous l’avons fait nous-même de mettre en regard nos impressions sur le colloque et sur Kazan à la lumière de ce texte et d’autres, pour dépasser si faire ce peut notre ignorance de ce qui se joue encore aujourd’hui dans les mentalités russes.   (1)

 

« Le terme choisi par Staline était tout simplement « patriotisme soviétique », ce qui faisait référence à la double loyauté des citoyens au système socialiste soviétique et à un Etat soviétique qui représentait et protégeait les diverses traditions et cultures nationales de l’URSS. L’Etat multinational soviétique était « prolétaire dans son contenu, national dans sa forme » déclarait Staline: c’était un Etat fondé sur une base de classe qui défendait autant les cultures et traditions nationales que celles du prolétariat. L’organisation qui intégrait et organisait cette double identité et cette double loyauté était le parti communiste dirigé par Staline.

 

Staline incarnait parfaitement ces multiples identités et loyautés attendues du côté du citoyen soviétique. Géorgien qui mettait ostensiblement en avant ses traditions maternelles, il avait également épousé la culture, la langue et l’identité russes. Ses origines modestes de fils de cordonnier lui donnaient une identité plébéienne. Comme des millions d’autres, il avait bénéficié de la Révolution bolchevique et de la mobilité sociale rendue possible par la construction socialiste de la Russie. Staline était un homme des régions frontalières qui défendait l’idée d’un Etat soviétique fort, centralisé, en mesure de défendre tous les peuples de l’URSS.  Bref Staline était un géorgien, un ouvrier, un communiste et un patriote soviétique.

 

Un des premiers signes de ce changement de ligne au sein du parti communiste, et chez Staline même, fut ce discours si souvent cité de Staline en février 1931 sur l’urgence de la nécessité  d’industrialiser et de moderniser le pays, discours qui illustre son maniement  habile et son mélange des thèmes patriotiques et de classe.

 

L’histoire de l’ancienne Russie consistait, entre autres, en ce que la Russie était continuellement battue à cause de son arriération. Battue par les khans mongols. Battue par les Beys turcs. Battue par les féodaux suédois. Battue par les seigneurs polono-lituaniens. Battue par les capitalistes anglo-français. Battue par les barons japonais. Battue par tout le monde – en raison de son arriération: retard militaire, retard culturel, retard politique, retard industriel, retard agricole. On la battait parce que cela rapportait et qu’on pouvait le faire impunément. Rappelez-vous les paroles du poète d’avant la révolution: « Tu es miséreuse et opulente, tu es vigoureuse et impuissante, petite mère Russie (..) Car telle est la loi des exploiteurs: battre les retardataires et les faibles. Loi féroce du capitalisme. Tu es en retard, tu es faible, donc tu as tort, par conséquent l’on peut te battre et t’asservir (…° Nous avons un retard de  cinquante à cent ans sur les pays avancés; Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou bien nous serons broyés. Voilà ce que nous disent nos obligations envers les ouvriers et les paysans de l’URSS. »

 

Avec Lénine, Staline avait été l’architecte de la politique des nationalités. Avant 1917, Staline avait rédigé la principale  analyse théorique de la question nationale et après la Révolution, il avait été nommé commissaire du peuple aux Nationalités. En tant que révolutionnaire internationalistes, Lénine et Staline croyaient en l’unité des travailleurs par delà les frontières nationales et s’opposaient par principe au séparatisme nationaliste. Cependant, ils reconnaissaient tous deux l’attraction exercée par le sentiment national dans la lutte politique contre le tsarisme et dans la construction d’un Etat socialiste. L’idéologie bolchevique était prête à accepter l’idée d’encourager le nationalisme culturel et linguistique parmi les groupes ethniques et nationaux de l’URSS tout en luttant dans le même temps pour l’unité politique,sur une base de classe, de tous les peuples soviétiques. La première constitution de l’URSS,adoptée en 1922,était extrêmement centraliste mais aussi théoriquement fédéraliste et ostensiblement fondée sur une union volontaire de républiques nationales​. »  (1)

 

Il me semble que l’on peut s’entendre sur l’idée que jusqu’à Gorbatchev et Elstine, cette architecture n’a pas été remise en cause. Peut-être peut-on également s’entendre sur l’idée que si Khrouchtchev et ses successeurs correspondent à une certaine fin de la mobilisation populaire, ils ne remettent pas en cause la nature socialiste de l’Etat, ni les principes sur lesquels il est fondé. Commence un temps que l’on peut définir comme celui de la stagnation, mais aussi d’un soulagement, d’un art de vivre trop souvent ignoré de ceux qui limitent l’histoire de l’Union soviétique au seul stalinisme.

 

(1) Geoffroy Roberts, les guerres de Staline, de la guerre mondiale à la guerre froide, 1939- 1953, préface d’Annie Lacroix Riz, éditions Delga, 2015, deuxième édition. Traduit de l’anglais (stalins’wars originally published by yale University press, 2006. pp. 44 et 45).