"La diabolisation de la Russie post-soviétique, nous dit Robert Charvin, passe par l’accusation portée contre elle de violation des principes démocratiques : cette violation est dans la « nature » même de la société russe. Elle est « incorrigible ».  En réalité, ce dont on fait le procès et ce qui est en cause, c’est la réaffirmation par les autorités russes de la souveraineté de la Russie et la renaissance de sa puissance, réduisant la marge de manœuvre du monde occidental. Les campagnes antirusses (comme antichinoises) résultent de l’irritation suscitée par le fait que d’immenses territoires échappent à l’influence politique américaine et ouest-européenne, limitant le déploiement des intérêts occidentaux. C’est un immense « manque à gagner » pour l’Occident..."

Reprenons la lecture de l'analyse de Robert Charvin...

Michel Peyret


« Les vainqueurs de la “guerre froide” ont besoin de la diabolisation des vaincus »

Comme les vainqueurs de la Commune de Paris, les vainqueurs de la « guerre froide » ne se contentent pas de la répression (dans la France de 1871) ni du démembrement (de l’URSS dans les années 1990) ; ils ont besoin de la diabolisation des vaincus.

Pour Bismark et les « républicains » conservateurs français, les Communards n’étaient que des délinquants de droit commun qu’il fallait traiter comme tels en en tuant le souvenir. Quant à la révolution en Russie, elle n’était qu’une manifestation supplémentaire de son retard culturel qu’il s’agissait d’associer au mépris antirusse traditionnel.

Dans les deux cas, il s’agissait de l’élimination d’une soudaine irruption de la barbarie au sein de la civilisation. La « preuve » de cette théorie est l’analogie des méthodes répressives, c’est-à-dire la violation des droits de l’homme : l’exécution des otages dont l’Archevêque de Paris et le vandalisme des Communards ; les crimes du bolchevisme dont l’exécution de Nicolas II et la brutalité du stalinisme en Russie.

La diabolisation de la Russie post-soviétique passe par l’accusation portée contre elle de violation des principes démocratiques : cette violation est dans la « nature » même de la société russe. Elle est « incorrigible ».  En réalité, ce dont on fait le procès et ce qui est en cause, c’est la réaffirmation par les autorités russes de la souveraineté de la Russie et la renaissance de sa puissance, réduisant la marge de manœuvre du monde occidental. Les campagnes antirusses (comme antichinoises) résultent de l’irritation suscitée par le fait que d’immenses territoires échappent à l’influence politique américaine et ouest-européenne, limitant le déploiement des intérêts occidentaux. C’est un immense « manque à gagner » pour l’Occident.

Il est évident que le savoir historique progresse par « une révision perpétuelle des contenus par approfondissement et rature ». Au contraire, l’attitude vis-à-vis de la Russie est la répétition permanente d’une approche permanente et systématique : il est répété sans cesse que « rien n’est plus étranger à la tradition culturelle au monde russe que les valeurs de la démocratie libérale, que l’idée de contrat social et de souveraineté populaire, fondements du monde occidental ».

Ce qui régnerait en Russie aujourd’hui comme hier c’est « la paranoïa collective, le complexe de l’assiégé », la conviction qu’une « conspiration universelle menace ». Le constat que tout est entrepris en Occident pour provoquer par des ingérences multiformes, en premier lieu celle de l’argent distribué et des médias mobilisés, la désagrégation du monde russe, le fait de multiplier les bases militaires de l’OTAN enserrant la Russie pourtant « post-soviétique », les diverses restrictions commerciales prises à son encontre, ne sont pas pris en considération. La Russie serait atteinte d’une pathologie historique sans remède qu’il convient de dénoncer sans trêve.

Les juristes occidentaux sont à l’avant-garde de cette agression idéologique et fournissent les outils théoriques aux campagnes médiatiques. Ils inventent, au mépris du principe de l’égale souveraineté des États, membres des Nations Unies, pourtant toujours en vigueur dans la Charte, celui « d’État non démocratique » qui n’aurait pas les mêmes droits que les autres dans l’ordre international. La définition occidentale de la démocratie se résumant à des élections « libres » et répétitives serait intégrée à la légalité internationale, c’est-à-dire au droit des « nations civilisées », comme au XIXème siècle.

Il est à noter que ces « élections libres », sources de toutes les interprétations, peuvent être récusées a posteriori dès lors qu’elles sont considérées comme « insuffisamment libres » (en Côte d’Ivoire, par exemple) ou lorsqu’elles ne débouchent pas sur la pratique politique souhaitée (comme en Ukraine).

Le droit international perdrait ainsi son universalité de la fin du XXème siècle : tous les États ne sont pas éligibles au « nouveau » droit international. Ainsi la démocratie n’est plus une affaire intérieure et les interventions « pro-démocratiques », c’est-à- dire « pro-occidentales » seraient légitimes. La « démocratie » est ainsi devenue (après la notion de « civilisation » de l’époque coloniale) un moyen pour les puissances occidentales de « réinterpréter » les règles de la coexistence pacifique entre tous les États prévues dans la Charte des Nations Unies.

L’ingérence (malgré le principe qui l’interdit) et même le recours à la force (malgré la disparition pour les États du droit de guerre) tendent à devenir une pratique que les puissances occidentales s’autorisent. Parfois, c’est dans le cadre des Nations Unies : elles procèdent à des interprétations extensives et de mauvaise foi des résolutions votées par le Conseil de Sécurité.

Il en a été ainsi, par exemple, dans le cas de la Libye. Une simple interdiction de survol du territoire par l’aviation libyenne au nom du « devoir de protéger les populations civiles » a permis à l’OTAN une intervention armée terrestre, maritime et aérienne à l’origine de plusieurs dizaines de milliers de victimes et à l’issue de huit mois de conflits armés, à la liquidation du régime libyen et à l’exécution de son chef.

Il en a été de même pour la Côte d’Ivoire, à l’initiative de la France, avec la caution des Nations Unies, au nom de la « démocratie élective » et de la « protection des civils », où le recours à la force armée a conduit à l’élimination du Président Gbagbo et à son transfert devant la Cour Pénale Internationale.

Extrait du livre “Faut-il détester la Russie ?” (Chapitre : La Russie perçue par l’Occident)


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Quels intérêts sert la campagne actuelle de diabolisation de la Russie ?


D’où vient ce courant de révisionnisme historique qui minimise la contribution de l’URSS à la victoire des Alliés pendant la  Seconde Guerre mondiale et qui tend à assimiler le communisme au nazisme ?  Ce livre original nous met en garde : une certaine propagande médiatique peut nous mener tout droit vers une nouvelle guerre froide. Pas si froide ?

Avec une préface originale de Michel Collon