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Russie

Sergueï Lavrov : « Nous sommes déjà dans un monde post-occidental »

Sergueï Lavrov : « Nous sommes déjà dans un monde post-occidental »

 

Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la chaîne britannique Channel 4.

« Toutes les actions de l’Occident ‘civilisé’ au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont de fait en faveur des terroristes. »

Transcription :

Channel 4 : Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, le sommet entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump va bien se tenir à Helsinki. Est-ce là l’ordre mondial « post-occidental » que vous avez évoqué par le passé ? Y sommes-nous déjà ?

 

Sergueï Lavrov : Vous savez, je pense que nous vivons déjà dans le monde post-occidental, mais que sa formation n’est pas terminée et sera encore longue. En fait, nous vivons une époque historique. Il est clair qu’après environ cinq siècles de domination de ce qu’on appelle l’Occident collectif, il n’est pas si simple de s’adapter aux nouvelles réalités. A présent, il existe d’autres centres de pouvoir économiques, financiers et politiques : la Chine, l’Inde, le Brésil... De plus, les pays africains joueront un rôle de plus en plus important dès qu’ils auront réglé au moins une partie des conflits sur leur continent.

 

Bien évidemment, la Russie veut être un acteur indépendant sur la scène internationale, dans le sens où nous ne voulons violer aucune norme ou loi du droit international, mais nous souhaitons que les décisions qui seront prises sur la base du droit international ne soient plus influencées pas des pressions, de l’argent, des sanctions, des menaces ou quoi que ce soit d’autre. 

 

Channel 4 : Et с’est la Russie qui façonne ce nouvel ordre mondial ?

 

Sergueï Lavrov : Ce n’est pas la Russie qui façonne le nouvel ordre mondial : ce processus est dicté par l’évolution historique, c’est le développement lui-même. Il est vain d’espérer que les nouveaux acteurs, forts économiquement et financièrement, puissent être contenus. On ne peut pas ignorer leur rôle dans le commerce et l’économie mondiale. 

 

Des tentatives sont entreprises aujourd’hui pour ralentir ce processus avec de nouvelles taxes et sanctions qui enfreignent, d’une manière ou d’une autre, les principes de l’OMC. Mais je pense que cette réaction est logique, à savoir s’efforcer de freiner la formation d’une nouvelle réalité objective ne dépendant pas du gouvernement d’un pays en particulier. 

 

Channel 4 : Mais l’Europe a du souci à se faire avec l’instauration de l’ordre mondial que vous avez décrit. 

 

Sergueï Lavrov : Pardon ?

 

Channel 4 : Ce (nouvel) ordre mondial que vous avez décrit implique différentes types de pays, mais vous n’avez pas dit quelle y serait la place des pays de l’UE : ont-ils des raisons de s’inquiéter de ce nouvel ordre mondial ? 

 

Sergueï Lavrov : L’UE fait évidemment partie de l’Occident collectif, ainsi que certains pays membres d’Europe de l’Est. Mais l’UE est indéniablement un pilier très important de tout ordre mondial.

 

En ce qui concerne la Fédération de Russie, pour nous l’UE est le plus grand partenaire commercial, et ce malgré tous les événements et la situation regrettable à cause de la mauvaise interprétation de la notion de coup d’État (Crimée). Depuis 2014, les échanges entre la Russie et l’UE ont chuté de 50%, mais ils dépassent tout de même les 250 milliards de dollars. L’Union européenne est notre principal partenaire commercial, si nous considérons tous ses pays comme un ensemble. Mais il est certain que l’UE lutte actuellement pour s’assurer de ne pas être reléguée dans ce nouvel ordre mondial en formation, et ce n’est pas facile, car l’UE compte en grande partie sur les Etats-Unis, et certains membres de l’Union voudraient maintenir cette situation.

 

D’autres pays membres pensent que l’UE doit être plus autonome, par exemple sur les questions militaires. Il faut mentionner l’initiative du Président Emmanuel Macron et de l’Allemagne d’envisager un système défensif européen, qui en est une manifestation. 

 

Jusqu’à présent, je suis de près le sommet de l’UE qui se déroule actuellement, notamment les discussions sur les questions migratoires, qui m’ont donné une idée intéressante concernant les relations entre l’OTAN et l’UE. L’OTAN a activement bombardé la Libye, ce qui l’a transformée en une sorte de « trou noir » d’où des vagues de migrants illégaux se sont précipitées vers l’Europe. Et à présent, l’UE doit recoller les morceaux et faire le ménage derrière l’OTAN donc je pense... 

 

Channel 4 : Vous avez mentionné les agissements de l’OTAN en Libye, mais qu’en est-il de l’ingérence de la Russie en Syrie ? C’est également la cause de l’exode de millions de migrants.

 

Sergueï Lavrov : Oui, mais je vous rétorquerais que les actions de la Russie en Syrie s’appuient sur la requête officielle du gouvernement légitime du pays qui est reconnu en tant que représentant officiel de la Syrie à l’ONU.

 

L’invitation officielle a été formulée en septembre 2015 – quatre ans et demi après le début du Printemps arabe en Syrie. Quand nous sommes venus en aide aux autorités légitimes du pays, la plupart des réfugiés avaient déjà quitté ses frontières.

 

Channel 4 : Vous parlez du « gouvernement légitime de la Syrie », mais c’est justement lui qui est responsable d’avoir tué des centaines de milliers de ses citoyens, rendu des millions de personnes sans toit. « Une bête féroce qui tue par le gaz » : c’est ainsi que Donald Trump, votre allié, a qualifié (Bachar al-Assad). Pouvez-vous dormir en paix avec un tel allié ?

 

Sergueï Lavrov : Je ne souhaite pas commenter les épithètes utilisées par Donald Trump vis-à-vis de certains dirigeants mondiaux. Ce ne sont pas des mesures concrètes, et de simples avis peuvent évoluer.

 

Ce que je veux dire, c’est que c’est une guerre. Une guerre qui a été déclenchée à cause d’erreurs commises par toutes les parties, y compris le gouvernement syrien. Je pense que ces perturbations auraient pu trouver une issue politique à l’étape initiale [Assad était prêt à faire des réformes structurelles, mais dès le début, il s’agissait de renverser le régime par la force].

 

Mais ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat des tentatives de certaines forces extérieures de profiter de la situation pour redessiner la carte du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, en entrant sur le territoire syrien sans invitation et en y mettant en œuvre leur propre agenda.

 

Par conséquent, les efforts entrepris par la Russie avec la Turquie et l’Iran – les forces de ces deux pays sont présentes sur le territoire syrien, celles de la Turquie sans invitation et celles de l’Iran sur invitation officielle du gouvernement syrien – ont permis de lancer le processus d’Astana, le format d’Astana. Étant donné que la coopération de la Russie et de l’Iran avec la Turquie a permis de réduire l’intensité du conflit, le gouvernement syrien a soutenu la création du format de négociations d’Astana, et il y participe, de même que des représentants de l’opposition armée.

 

Dans le cadre de ce processus, les parties se réunissent régulièrement pour travailler à la création des conditions nécessaires pour mettre en œuvre la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies (en faveur d’un cessez-le feu et d’une transition politique, à l’exclusion des groupes terroristes).

 

Channel 4 : Permettez-moi de reposer une question sur Bachar al-Assad. Beaucoup de personnes se demandent ce que vous aimez chez le Président syrien.

 

Sergueï Lavrov : Nous n’aimons (ou n’aimons pas) personne (il ne s’agit pas de savoir si quelqu’un nous plaît ou non). La diplomatie et la politique ne consistent pas en de l’affection ou de l’aversion (personnelles). Cette terminologie relève (exclusivement) de la communication entre les êtres humains en tant que particuliers. 

 

Le Président Assad défend la souveraineté de son pays. Il défend son pays et, dans un sens plus large, toute la région contre les terroristes qui, en septembre 2015, pouvaient prendre Damas en quelques semaines. Nous ne voulions pas voir se reproduire les tragédies des deux dernières décennies à cause des aventures... Et même plus de deux décennies, car tout cela a commencé vers la fin du siècle dernier en Afghanistan (1979), lorsque les Etats-Unis ont décidé d’apporter un soutien militaire, financier et autre aux moudjahidines qui se battaient contre les forces soviétiques.

 

Je ne vais pas m’arrêter en détail sur le fait de savoir pourquoi les forces soviétiques se trouvaient en Afghanistan : elles étaient légitimement présentes dans le pays parce qu’elles avaient été invitées légalement par le gouvernement afghan. Les Etats-Unis ont décidé d’utiliser les moudjahidines pour combattre les troupes soviétiques. Les Américains espéraient qu’après l’accomplissement de leur mission, les moudjahidines pourraient être contrôlés. C’est ainsi qu’Al-Qaïda est apparu et que les Etats-Unis ont complètement perdu le contrôle du « monstre » qu’ils avaient créé.

 

Puis a commencé l’aventure militaire des Etats-Unis en Irak, une aventure illégale basée sur un mensonge délibéré, comme tout le monde le sait aujourd’hui – même l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a reconnu que l’opération était une erreur. Cependant cela ne change pas le fond des choses : de la même manière qu’Al-Qaïda est apparu en Afghanistan à cause de l’activité des Etats-Unis, Daech a été la conséquence de l’intervention en Irak.

 

Et dernièrement, la Libye a été envahie, en transgression flagrante de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, tout comme la Syrie (a été attaquée), et un autre « monstre » est apparu : le Front al-Nosra. Peu importe le changement de nom de cette organisation, son essence terroriste reste inchangée. Toutes les actions de l’Occident « civilisé » au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont en faveur des terroristes. 

Channel 4 : C’est un détour très impressionnant dans l’histoire, mais c’est le présent qui m’intéresse, et notamment le Président Assad. Vous dites que la question n’est pas qu’il vous plaise ou non. Est-ce que cela signifie que la Russie est prête à une situation où il quitterait son poste après avoir mené à bien la tâche de mettre fin à la guerre ?

 

Sergueï Lavrov : Ce n’est pas la position de la Russie, mais de tout le Conseil de sécurité des Nations unies – une institution approuvée par tous les pays de la planète sans exception. Elle souligne qu’une nouvelle Constitution doit être adoptée et que conformément à celle-ci, des élections libres et justes doivent être organisées sous l’observation de l’ONU, sachant que tous les citoyens syriens, où qu’ils soient, auraient le droit de vote.

 

Channel 4 : En d’autres termes, peu importe pour la Russie si Bachar al-Assad part ou reste, ce sera au peuple syrien d’en décider ?

 

Sergueï Lavrov : Oui, c’est aux Syriens de décider. Et je pense que cette position, qui était rejetée par certains pays après le début du conflit syrien, est partagée aujourd’hui par de plus en plus de pays.

 

Channel 4 : L’important pour vous est (de savoir) quand est-ce que la Russie retirera ses troupes de Syrie. Le Président Poutine a évoqué cette perspective pour la première fois en mars 2016, en déclarant que la Russie avait largement accompli les objectifs de son opération militaire en Syrie. En décembre 2017, nous avons entendu une autre déclaration similaire. Peut-on s’attendre à un retrait de la Russie de Syrie d’ici la fin de l’année ?

 

Sergueï Lavrov : Non. Et je ne pense pas qu’il s’agisse d’une question dont nous puissions parler de manière raisonnable. Nous n’aimons pas les délais artificiels. Cependant, nous réduisons progressivement notre présence militaire en Syrie. Le dernier retrait (partiel) a eu lieu il y a quelques jours, comme l’a dit récemment le Président Poutine : plus de mille militaires, ainsi qu’une partie des avions et du matériel, sont revenus en Russie.

 

Tout dépend de la situation réelle sur le terrain. Oui, avec nos collègues, avec l’armée syrienne et avec l’aide de l’opposition que je qualifierais d’ « opposition patriotique », nous avons réussi à empêcher la réalisation des plans de création d’un califat par les terroristes de Daech. Mais certains éléments de Daech restent présents sur le territoire du pays, tout comme des terroristes du Front al-Nosra. Aujourd’hui, ils cherchent à empêcher la mise en œuvre complète de l’accord sur la zone de désescalade au sud de la Syrie. En d’autres termes, une partie des terroristes poursuit son activité.

 

De plus, nous avons des sites militaires en Syrie – je ne peux pas les qualifier de bases à proprement parler –, notamment deux sites où sont stationnés des navires de guerre et de l’aviation, et il sera certainement opportun de les conserver pendant un certain temps.

 

Channel 4 : Le dossier syrien sera donc de toute évidence à l’ordre du jour du sommet d’Helsinki. Je voudrais maintenant évoquer une série d’autres questions. Par exemple les sanctions, que vous avez mentionnées. Pensez-vous que les sanctions seront levées contre la Russie même si, il y a encore très peu de temps, l’UE évoquait leur prolongation ? Pensez-vous que vous parviendrez à vous entendre avec le Président Trump à ce sujet ?

 

Sergueï Lavrov : J’ai mentionné les sanctions uniquement dans le contexte de la détérioration des relations. Nous ne décrétons pas des contremesures pour que les sanctions déjà déployées contre nous soient levées, ce ne sont pas nos affaires. Cette décision doit être prise par ceux qui ont initialement adopté ces sanctions. Ce sont eux qui doivent décider pour eux ce qu’ils veulent : le maintien de la situation actuelle ou la victoire du bon sens.

 

Channel 4 : Mais très récemment, le Président (russe) a dit qu’il souhaitait la levée des sanctions (contre la Russie)

 

Sergueï Lavrov : Évidemment. Nous ne nous opposons pas à la levée des sanctions. Mais nous pouvons également profiter de l’opportunité qu’elles offrent pour développer nos propres capacités dans les secteurs-clés de l’économie, de la sécurité nationale et dans d’autres domaines essentiels pour un État souverain.

 

Ces dernières années, nous avons beaucoup appris, notamment qu’on ne pouvait pas compter sur l’Occident dans ces domaines. On ne peut pas compter sur les technologies occidentales parce que leur fonctionnement peut être suspendu à tout moment, pas plus qu’on ne peut compter sur les produits du quotidien pour la population en provenance de l’Occident parce que les livraisons peuvent être suspendues à tout moment.

 

Nous avons tiré de nombreuses leçons précieuses. Cependant, nous ne nous opposerons certainement pas à la levée des sanctions, et si cela arrivait, nous répondrions symétriquement en levant nos contremesures.

 

Channel 4 : Quelles concessions la Russie serait-elle prête à faire lors du prochain sommet ? Supposons que Donald Trump dise qu’il souhaite que le lanceur d’alerte de la NSA Edward Snowden soit livré aux Etats-Unis. Êtes-vous prêt à envisager une telle possibilité, à la mettre sur la table 

 

Sergueï Lavrov : Je n’ai jamais parlé d’Edward Snowden avec la nouvelle administration américaine. Le Président russe Vladimir Poutine a exprimé la position de la Russie à ce sujet il y a quelques années déjà : la décision de revenir ou non aux Etats-Unis revient uniquement à Edward Snowden. Nous respectons ses droits et ne pouvons pas simplement l’expulser du pays contre son gré. Edward Snowden s’est retrouvé en Russie sans passeport américain parce que celui-ci avait été annulé au moment de son vol en partance de Hong Kong.

 

Channel 4 : Autrement dit, cette option ne sera pas évoquée dans votre...

 

Sergueï Lavrov : J’ignore pourquoi tout le monde cherche à poser cette question précise à l’approche du sommet. Seul Edward Snowden peut décider de son propre sort.

 

Channel 4 : Pendant le sommet, pouvez-vous – vous ou le Président (russe) – donner des garanties au Président Trump que la Russie ne s’ingérera pas dans les élections intermédiaires au Congrès dans quelques mois, étant donné que les renseignements américains estiment qu’une ingérence a eu lieu durant la dernière élection présidentielle ?

 

Sergueï Lavrov : Nous préférerions que des faits soient présentés. Nous ne pouvons pas parler sérieusement de suppositions basées sur des arguments tels que « très vraisemblablement » (verbatim de l’accusation britannique contre la Russie dans l’affaire Skripal).

 

Channel 4 : Mais c’est plus que du « très vraisemblablement », il y a eu...

 

Sergueï Lavrov : Non, non, absolument pas. Depuis combien de temps dure l’enquête aux Etats-Unis ? Un an et demi ?...

 

Channel 4 : L’ex-directeur du FBI Robert Mueller a présenté une accusation sur 37 pages à l’Agence des enquêtes en ligne sur l’ « usine à trolls » russe.

 

Sergueï Lavrov : Une mise en accusation (sérieuse) nécessite un procès. Or, si je comprends bien, en ouvrant leur propre enquête, ils ont remis en question plusieurs points qui avaient été utilisés pour formuler l’accusation. Alors n’anticipons pas. J’aime beaucoup Lewis Carroll mais je pense que la logique de la Reine qui dit « D’abord la sentence, ensuite le verdict » est inadmissible. 

 

A l’heure actuelle, pour tout ce qui concerne la présidentielle américaine, le Brexit, l’ « affaire Skripal » et le crash tragique du Boeing malaisien, le postulat de base est que « L’enquête se poursuit mais vous (la Russie) êtes déjà coupables ». On ne peut pas faire ça.

 

Channel 4 : Mais la Russie craint-elle la vérité ? Parce qu’on dirait que chaque fois qu’une organisation qui fait autorité, que ce soit l’ONU ou l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques), cherche à établir des faits, la Russie émet une objection.

 

Sergueï Lavrov : Non, je pense que le public et de nombreux journalistes respectables, comme vous, ont été désinformés. L’OIAC doit agir dans le cadre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) qui prescrit clairement une seule et unique procédure pour établir des faits : d’abord les experts de l’OIAC doivent eux-mêmes, sans déléguer leurs pouvoirs à qui que ce soit, se rendre sur les lieux de l’incident allégué et prélever des échantillons de leurs propres mains, en utilisant leurs propres équipements, et garder en main ces échantillons jusqu’à ce qu’ils parviennent à un laboratoire certifié.

 

Dans le cas des derniers événements, notamment de l’incident de Khan Cheikhoun en avril 2017, quand le gouvernement syrien a été accusé d’une frappe aérienne avec l’usage d’armes chimiques, les experts de l’OIAC ne se sont jamais rendus sur place, ils n’ont jamais prélevé d’échantillons eux-mêmes. Quand nous avons demandé où ils avaient trouvé les échantillons, ils ont répondu que c’étaient les Britanniques et les Français qui les leur avaient transmis. Nous avons alors demandé pourquoi ils ne s’étaient pas rendus eux-mêmes sur les lieux, et ils ont répondu...

 

Channel 4 : Vous ne faites plus confiance à l’OIAC ?

 

Sergueï Lavrov : Attendez une seconde, c’est une information importante, alors n’opérons pas avec des slogans mais avec des faits. Ils ne sont pas allés sur place mais ont dit avoir obtenu des échantillons. Nous avons demandé de qui, ils ont répondu que c’étaient les Britanniques et les Français qui avaient recueilli les échantillons pour eux. Pourquoi ne sont-ils pas allés eux-mêmes sur les lieux ? Ils ont dit que ce n’était pas sécurisé. Nous avons fait remarquer que si les Britanniques et les Français avaient réussi à y aller, c’est qu’ils avaient des contacts qui pouvaient assurer leur sécurité sur place. Pourquoi les représentants de l’OIAC ne pouvaient-ils pas demander à Paris et à Londres d’assurer une visite sécurisée à ses inspecteurs ?

 

Nous avons dit la même chose aux Français et aux Britanniques, qui ont répondu qu’ils ne pouvaient pas nous dévoiler comment ils avaient fait. Autrement dit, la procédure de prélèvement n’a pas été respectée, ni celle de transfert et de stockage, car les inspecteurs ne peuvent déléguer leurs pouvoirs à personne pour l’acheminement des échantillons vers le laboratoire. Toutes ces procédures, prescrites et fixées dans la Convention, ont été transgressées.

 

Et le rapport sur l’incident de Khan Cheikhoun, présenté par la Commission conjointe en automne dernier, était rempli de formulations du style « hautement probable », « en toute vraisemblance », « il y a des raisons de croire », etc. Nous avons invité les auteurs du rapport à une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies pour obtenir de leur part la moindre information crédible, mais c’était impossible. Ils refusaient et ne cessaient de tergiverser. Nous avons déclaré que poursuivre le travail en violant les procédures de la Convention était impossible. Nous...

 

Channel 4 : Vous employez un vocabulaire très fort.

 

Sergueï Lavrov : Nous n’avons pas prolongé leur mandat, mais nous avons proposé un nouveau mécanisme en insistant pour qu’il ne bafoue aucune procédure prescrite par la Convention, et que...

 

Channel 4 : Faites-vous, comme avant, confiance à l’OIAC ?

 

Sergueï Lavrov : Jusqu’à récemment nous lui faisions encore confiance, mais depuis quelque temps, nous constatons de sérieuses manipulations de l’Organisation. Il y a quelques jours, le Royaume-Uni et d’autres pays ont convoqué une réunion spéciale des États parties de la Convention pour voter une décision transgressant tous les termes de la Convention en attribuant au Secrétaire technique – c’est comme ça qu’on le désigne – le droit de désigner les coupables. Je pense que cette démarche était irréfléchie parce que c’est très dangereux.

 

Channel 4 : Est-ce que cela représente un danger potentiel pour la Russie ? Parce qu’à présent, l’OIAC peut désigner des coupables, la Russie par exemple. Craignez-vous la vérité ?

 

Sergueï Lavrov : Non, je crains pour l’avenir de l’OIAC et de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.

 

Channel 4 : La Russie sortira-t-elle de l’OIAC ?

 

Sergueï Lavrov : Si certaines personnes préfèrent enfreindre les termes de la Convention tout en disant que c’est la volonté de la majorité… Pour réunir cette conférence, ils ont utilisé tout un tas de ruses, allant jusqu’à mobiliser les petits pays qui n’ont pas de représentation à La Haye, payer leurs frais de transport et d’hôtel... Nous le savons et tout le monde le sait.

 

Quand la Convention est grossièrement enfreinte, cela suscite forcément de l’inquiétude. Nous essaierons de faire annuler cette décision. Mais si... Car cette décision doit encore être examinée par la Conférence des États parties. Mais si elle n’était pas annulée, je pense que les jours de l’OIAC seraient comptés – du moins elle cesserait d’être une organisation internationale.

 

Channel 4 : L’OIAC était également chargée de l’enquête sur l’ « affaire Skripal ». Je voudrais vous demander : pensez-vous que l’empoisonnement d’un ex-espion, de sa fille et d’un policier par un gaz neuroparalytique dans une rue de Salisbury soit l’acte d’un État rationnel ?

 

Sergueï Lavrov : Rationnel ? C’est tout le contraire. C’est un crime très grave. Et depuis le début, nous avons proposé de mener une enquête conjointe, car il s’agit de citoyens de notre pays – du moins la fille de Sergueï Skripal est une citoyenne russe, et lui-même semble avoir la double citoyenneté russe et britannique. Depuis le début nous avons proposé d’enquêter ensemble sur cet incident.

 

Nous avons posé de nombreuses questions, même des questions concernant (le respect des) procédures de la CIAC (Convention pour l’Interdiction des Armes Chimiques). On nous a répondu que les autorités britanniques ne voulaient pas nous écouter parce que nous n’avions qu’une seule chose à faire : dire que c’était Vladimir Poutine qui avait commandité cette attaque chimique ou qu’il avait perdu le contrôle des hommes qui l’avaient fait. C’est tout ce dont les Britanniques voulaient parler avec nous.

 

Les contradictions dans l’ « affaire Skripal » sont extrêmement troublantes. Nous n’avons toujours pas eu d’accès consulaire à nos citoyens, en transgression de toutes les conventions internationales régulant les relations diplomatiques et consulaires. Nous n’avons pas reçu la moindre explication crédible qui nous aurait permis de comprendre pourquoi la nièce de Sergueï Skripal s’est vue refuser un visa alors qu’elle voulait rendre visite à sa cousine. Et nous avons également de nombreuses questions liées à l’empoisonnement lui-même.

 

Channel 4 : Mais pour quelle raison les autorités britanniques devraient-elles accorder un accès aux dossiers de l’enquête à un pays soupçonné d’avoir organisé cet attentat ?

 

Sergueï Lavrov : Savez-vous que l’enquête n’est pas encore terminée ? Scotland Yard a dit qu’elle durerait encore quelques mois. Boris Johnson a récemment expliqué qu’on procédait actuellement à une décontamination des lieux – et ce quatre mois après les faits. Le policier touché s’est miraculeusement remis, tout comme les Skripal qui ont repris connaissance.

 

Maintenant on parle de démolir la maison où ils vivaient, ainsi que la maison de ce policier. Tout cela ressemble à une destruction systématique et intentionnelle des preuves physiques. De la même manière, les bancs du parc de Salisbury ont été immédiatement retirés. Sans oublier les enregistrements vidéo où des policiers ou forces spéciales en combinaison de protection examinent les lieux, avec des gens sans la moindre protection qui les cotoient sur la scène. Tout cela paraît très étrange, vous savez, et...

 

Channel 4 : Monsieur Lavrov, accusez-vous le gouvernement britannique de dissimulation (des réalités) de cet incident ?

 

Sergueï Lavrov : Je ne l’exclus pas tant qu’il ne nous donneront aucune information… Savez-vous que ces dernières années une dizaine de citoyens russes sont décédés à Londres ? Et dans les dix cas…

 

Channel 4 : Pour quelle raison, d’après vous ?

 

Sergueï Lavrov : Dans les dix cas, l’enquête sur leur mort a été classée confidentielle. Nous ne comprenons pas pourquoi. Honnêtement, si vous voulez connaître la cause de leur décès, comme le dit le proverbe, cherchez à qui profite le crime. Or, le Royaume-Uni en a clairement tiré un profit politique.

 

En y réfléchissant, c’est une situation intéressante : le pays qui s’apprête à quitter l’UE détermine la politique de l’UE vis-à-vis de la Russie. On pourrait rappeler comment les Britanniques ont fait le tour de toutes les capitales de l’UE pour les persuader d’expulser des diplomates russes. La plupart l’ont fait, mais pas tous. Par la suite, nous avons demandé en privé à ceux qui s’étaient joints à cette action des Britanniques s’ils avaient reçu des preuves autres que les déclarations publiques de Londres. Ils ont répondu que non. Mais il leur a été promis que plus tard, au fur et à mesure que l’enquête avancerait, ils recevraient davantage de preuves.

 

Channel 4 : Mais vous avez posé la question « A qui profite le crime »…

 

Sergueï Lavrov : D’après vous, c’est normal ?

 

Channel 4 : Mais vous avez posé la question « A qui profite le crime ». Or beaucoup de personnes en Occident pensent que le chaos est bénéfique pour la Russie – le Brexit, les Skripal, l’élection de Donald Trump…

 

Sergueï Lavrov : Vous avez oublié la Catalogne, la Catalogne, la Catalogne ! Et les élections à venir en Suède, comme a dit le Premier ministre (suédois, qui craindrait un hacking russe), la Macédoine, le Monténégro...

 

Channel 4 : Laissons de côté tout cela pour l’instant. Nous en parlerons plus tard. Mais le chaos profite-t-il à la Russie, comme le disent certaines personnes en Occident ?

 

Sergueï Lavrov : Il faut tenir compte de la chronologie des événements. Pensez-vous que le chaos profite à la Russie à quelques semaines de l’élection présidentielle et à quelques mois de la Coupe du monde de football ? Qu’en pensez-vous ?

 

Channel 4 : C’est votre avis qui m’intéresse. Est-ce que le chaos profite à la Russie ? Le chaos dans le monde.

 

Sergueï Lavrov : Je voudrais préciser la question. Est-ce que le chaos profite à la Russie à quelques semaines de l’élection présidentielle et à quelques mois du Mondial ? C’est la question que vous me posez ?

 

Channel 4 : Mais vous parlez du nouvel ordre mondial qui sera construit, comme vous l’espérez, avec la participation de la Russie. Or il est bien plus facile de construire un nouvel ordre mondial quand le chaos règne en UE, que la Russie joue le rôle d’arbitre au Moyen-Orient et mène la danse en Syrie. C’est potentiellement bénéfique pour la Russie.

 

Sergueï Lavrov : Non, c’est absolument faux. C’est une interprétation incorrecte de mes propos. Je n’ai pas dit que la Russie souhaitait façonner un nouvel ordre mondial, ...

 

Channel 4 : Contribuer à façonner...

 

Sergueï Lavrov : J’ai dit que la Russie devait être l’un des acteurs, sur un pied d’égalité (avec les autres pays), pour envisager comment les réalités objectives du monde multipolaire qui se forme sous nos yeux devaient être organisées d’une manière admissible pour tous. Voilà ce que j’ai dit.

 

Et les intérêts de ceux qui déterminent en Occident la politique russophobe sont diamétralement opposés. Leur intérêt est de « punir » la Russie, de rabaisser son statut et de maintenir...

 

Channel 4 : Pourquoi pensez-vous cela ?

 

Sergueï Lavrov : Parce qu’il est très douloureux de perdre une domination d’un demi-millénaire sur la scène internationale – pour faire court. Et ce n’est pas une critique, mais un constat. Je peux comprendre les sentiments des gens qui menaient autrefois la danse en Inde, en Afrique, en Asie et ailleurs dans le monde et qui prennent conscience aujourd’hui que cette époque est révolue.

Channel 4 : D’après vous, le Brexit est-il bénéfique pour le Royaume-Uni ? Est-il bénéfique pour la Russie ?

 

Sergueï Lavrov : C’est aux citoyens britanniques de l’établir.

 

Channel 4 : Et est-il bénéfique pour la Russie ?

 

Sergueï Lavrov : Je ne comprends pas pourquoi il faudrait réfléchir en ces termes. La décision du Brexit a été prise par les Britanniques. Londres examine encore cette question avec l’UE – les détails du « divorce » et les problèmes liés à celui-ci à l’intérieur du pays. Bien évidemment, nous suivons les événements et savons que le parlement a sa propre position à ce sujet, et que certains activistes publics appellent à revoir (les résultats du référendum), etc.

 

Channel 4 : La situation au Royaume-Uni sous la direction de Theresa May vous semble-t-elle chaotique ? 

 

Sergueï Lavrov : Ecoutez, c’est le résultat de processus intérieurs au Royaume-Uni. Nous voulons simplement de la clarté – sur quelles bases nous continuerons de travailler avec l’UE, sur quelles bases nous pourrons peut-être un jour rétablir les relations avec le Royaume-Uni quand il choisira une ligne sensée et pragmatique et non une approche trop idéologisée, à l’instar des déclarations utilisant la formulation « très probablement ».

 

Une nouvelle fois, je pense que ceux en Occident – notamment les libéraux – qui ne cessent de répéter que « La primauté du droit doit être respectée » doivent en être conscients. D’après moi, le principe de primauté du droit signifie qu’on ne peut pas prononcer une sentence tant que la culpabilité n’est pas prouvée. Mais c’est précisément ce que nous voyons dans le cas des Skripal, de la tragédie du vol MH17, de l’OIAC utilisée comme un instrument par ceux qui veulent faire du principe du « très probablement » la pratique quotidienne en Syrie.

 

Channel 4 : Pour terminer, quelques questions concernant le sommet (Trump-Poutine). Le fait que selon de nombreuses personnes, la Russie possède des informations compromettantes ou « Kompromat » sur Trump l’aide-t-elle à construire les relations avec lui ?

 

Sergueï Lavrov : C’est la première fois que j’entends que nous aurions des éléments compromettants sur Donald Trump. C’est ce que le procureur spécial Robert Mueller s’évertue à dénicher. J’ai cessé de suivre les informations sur cette enquête, car contrairement à ce que disent les gens... Vous savez, quand Rex Tillerson était Secrétaire d’État américain, il a déclaré un jour publiquement que les Etats-Unis possédaient des preuves irréfutables. Puis, en le rencontrant, je lui ai demandé s’il pouvait nous présenter ces « preuves irréfutables », car nous voudrions comprendre de quoi il retournait. Peut-être pouvions-nous expliquer certaines choses. Il a répondu qu’ils ne pouvaient pas nous les présenter, car ils ne voulaient pas compromettre leurs sources, et que de toute façon, nos services secrets savaient tout, et qu’il suffisait de le leur demander.

 

Peut-on régler ainsi des questions sérieuses ? Ce thème est utilisé pour détruire les relations russo-américaines. Je ne peux pas qualifier la réponse qu’il m’a donnée de mature, c’est un enfantillage. J’espère que ceux qui s’évertuent à dénicher des preuves que nous aurions décidé de l’avenir du plus puissant pays de la planète en agissant à travers une prétendue agence Internet comprendront à quel point cette hypothèse est grotesque.

 

Je comprends que les Démocrates soient vraiment nerveux aux USA, tout comme le Royaume-Uni, d’ailleurs. Je crois que le Times a publié un jour des informations qui avaient fuité et montraient que des membres du gouvernement britannique s’inquiétaient que Trump et Poutine puissent s’entendre...

 

Channel 4 : Donc vous lisez bien les journaux

 

Sergueï Lavrov : Je lis les extraits que me donnent mes collaborateurs. Bien évidemment, j’aime bien lire les journaux en buvant un café, mais, malheureusement, je n’ai pas toujours le temps.

 

Channel 4 : Une dernière question sur les informations compromettantes. L’ex-directeur du FBI James Comey a déclaré, je cite : « En 2013, le Président actuel des Etats-Unis a probablement passé du temps avec des prostituées à Moscou, et ils se seraient uriné dessus ». Pensez-vous que ce soit possible ?

 

Sergueï Lavrov : C’est James Comey qui a dit que c’était possible. Posez-lui la question. Je n’étais pas...

 

Channel 4 : Mais selon vous, est-ce possible ? Cela s’est passé supposément à Moscou.

 

Sergueï Lavrov : J’ignore ce que les gens peuvent inventer. Il me semble que j’ai lu des articles sur cette histoire il y a deux ans, quand tout cela a commencé. Encore une fois, si les gens commencent à construire leur politique nationale à l’égard d’un autre État en s’appuyant sur quelque chose de « possible » ou « très probable », c’est honteux.

 

Et je considère que ce qui se fait aux Etats-Unis dans le contexte du prétendu « Russiagate », comme l’a dit à plusieurs reprises Vladimir Poutine, est une manifestation d’un profond problème interne parce que les perdants (Démocrates) n’ont pas le courage de reconnaître leur défaite aux élections.

 

Channel 4 : Merci beaucoup, monsieur le Ministre des Affaires Etrangères ! Spasiba (merci en russe).

 

Sergueï Lavrov : Merci à vous.

Moscou, 29 juin 2018

 

Source : Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie

 

Révision et sous-titres :http://sayed7asan.blogspot.fr

La stratégie de Poutine commencerait elle à marcher ?

La stratégie de Poutine commencerait elle à marcher ?


Par Paul Craig Roberts – Le 14 mai 2018 – paulcraigroberts.org

 

J’ai déjà expliqué que la pratique typiquement chrétienne du président russe Vladimir Poutine de tendre l’autre joue aux provocations occidentales est une stratégie pour faire comprendre à l’Europe que la Russie est raisonnable mais que Washington ne l’est pas et que la Russie n’est pas une menace pour les intérêts et la souveraineté de l’Europe, mais que Washington l’est. En choyant Israël et en se retirant de l’accord multinational de non-prolifération nucléaire iranien, le président américain Donald Trump pourrait bien avoir favorisé la stratégie de Poutine.

 

Les trois principaux États européens vassaux de Washington que sont la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne se sont opposés à cette initiative unilatérale de Trump. Trump pense que cet accord,  pourtant multinational, ne dépend que de Washington. Si Washington renonce à l’accord, c’est la fin de l’accord. Peu importe ce que veulent les autres signataires. Par conséquent, Trump a l’intention de réimposer les sanctions précédentes contre l’Iran, plus de nouvelles sanctions supplémentaires. Si la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne continuent à conclure des contrats commerciaux avec l’Iran, Washington sanctionnera également ses États vassaux et interdira les activités de ces entreprises britanniques, françaises et allemandes aux États-Unis. Il est clair que Washington pense que les bénéfices que l’Europe retire des États-Unis dépassent ceux réalisés en Iran et qu’ils se conformeront à la décision de Washington, comme ces États vassaux l’ont fait régulièrement dans le passé.

 

Et c’est bien possible qu’il en soit ainsi. Mais cette fois, il y a réaction. Reste à savoir si celle-ci ira au-delà de mots forts pour aller jusqu’à la rupture avec Washington. John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de Trump, un néoconservateur pro-israélien, a ordonné aux entreprises européennes d’annuler leurs transactions commerciales avec l’Iran. L’ambassadeur de Trump en Allemagne, Richard Grenell, a ordonné aux entreprises allemandes de mettre immédiatement fin à leurs activités commerciales en Iran. Les brimades que subit l’Europe et le mépris flagrant des États-Unis pour ses intérêts et sa souveraineté ont rendu l’ancienne vassalité soudainement trop apparente et inconfortable. [Et bien pas encore assez comme le montrera la déclaration de Macron annoncée en annexe de ce texte, NdT].

 

La chancelière allemande Angela Merkel, qui était auparavant une fidèle marionnette de Washington, a déclaré que l’Europe ne peut plus faire confiance à Washington et doit « prendre son destin en main ».

 

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré que le leadership washingtonien avait échoué et qu’il était temps pour l’UE de prendre le rôle de chef de file et de « remplacer les États-Unis ». Divers ministres français, allemands et britanniques se sont fait l’écho de ces sentiments.

 

La page de couverture du magazine allemand Der Spiegel, titrée « Goodbye Europe », montre Trump faisant un doigt d’honneur à l’Europe. Le magazine y déclare qu’« il est temps pour l’Europe de rejoindre la Résistance ».

 

Bien que les politiciens européens aient été bien payés pour leur vassalité, ils pourraient maintenant la trouver trop indigne et inconfortable.

 

Alors que je respecte la vertu du refus de Poutine de répondre à la provocation par la provocation, j’ai aussi exprimé ma crainte du fait que s’il accepte trop facilement ces provocations, cela risque d’encourager à davantage de provocations, qui augmenteront en intensité, jusqu’à ce que la guerre ou la capitulation russe deviennent les seules options, alors que si le gouvernement russe adoptait une position plus agressive envers ces provocations, le danger et le coût en reviendraient aux Européens, dont la lâcheté face à Washington permet de telles provocations. Maintenant, il semble que Trump lui-même a peut-être enseigné cette leçon aux Européens.

 

La Russie a passé plusieurs années à aider l’armée syrienne à débarrasser la Syrie des terroristes que Washington avait utilisés pour renverser le gouvernement syrien. Toutefois, malgré l’alliance russo-syrienne, Israël poursuit ses attaques militaires illégales contre la Syrie. Ces attaques pourraient être stoppées si la Russie fournissait à la Syrie le système de défense aérienne S-300.

 

Israël et les États-Unis ne veulent pas que la Russie vende le système de défense aérienne S-300 à la Syrie, parce qu’Israël veut continuer à attaquer la Syrie et les États-Unis veulent que la Syrie continue à être attaquée.

 

Il y a plusieurs années, avant que Washington n’envoie ses troupes islamistes proxy pour attaquer la Syrie, la Russie avait accepté de vendre à la Syrie un système de défense aérienne avancé, puis a cédé aux pressions de Washington et d’Israël et n’a finalement pas livré le système. Maintenant, à la suite de la visite de Netanyahou en Russie, Vladimir Kozhin, l’aide de Poutine, nous apprend que la Russie continue de bloquer les ventes de défenses aériennes modernes à la Syrie.

 

Poutine pense peut-être qu’il doit le faire pour ne pas donner à Washington un argument qui pourrait être utilisé pour ramener l’Europe dans la ligne politique agressive de Washington. Néanmoins, pour ceux qui ne le voient pas de cette façon, cela donne à nouveau l’impression que la Russie est faible et qu’elle ne veut pas défendre un allié.

 

Si Poutine pense qu’il aura une influence sur Netanyahou pour négocier des accords de paix avec la Syrie et l’Iran, le gouvernement russe n’a aucune compréhension de l’intention d’Israël ou des 17 années de guerre de Washington au Moyen-Orient.

 

J’espère que la stratégie de Poutine marchera. Si ce n’est pas le cas, il devra changer sa position à l’égard des provocations ou celles-ci mèneront à la guerre.

 

Paul Craig Roberts

L'illusion de la guerre froide et l'ONU : on ne réforme pas l'ordre international

lundi 23 avril 2018

L'illusion de la guerre froide et l'ONU : on ne réforme pas l'ordre international

Le secrétaire général de l'ONU vient de déclarer qu'une nouvelle guerre froide est en cours, mais que cette fois-ci les structures internationales sont inopérantes. Pour autant, s'agit-il réellement d'une guerre froide, tel que nous l'entendions avant la chute de l'URSS. Il s'agirait plutôt d'un combat pour un monde unipolaire (globalisé et atlantiste) ou multipolaire, duquel pourra résulter un nouvel ordre international et donc de nouvelles structures le représentant. 
 
Le terme de guerre froide revient de plus en plus souvent dans le discours. Dernièrement, c'est le secrétaire générale de l'ONU, Antonio Guterres qui a souligné le retour à un conflit entre les Etats-Unis et la Russie selon les modalités de la guerre froide, bien  que cette fois-ci l'on ne puisse plus parler de l'existence de deux clans qui se combattent. 
 
Et pour cause, l'hégémonie américaine qui s'est soi-disant "naturellement" imposée avec la chute de l'URSS, qui a donné l'impression d'une victoire incontestée et incontestable de l'idéologie globaliste et du rôle central des Etats-Unis dans ce schéma n'avait en fait rien de naturel. Elle était le résultat conjugué d'un fabuleux travail de sape, tout autant que celui des faiblesses objectives de l'idéologie socialiste et de la gouvernance soviétique. Mais cela n'implique pas que la domination objective, à un moment donné, des Etats-Unis dans l'ordre mondial ne soit ni contestée, ni contestable. Qu'elle soit un acquis. Qu'elle soit perpétuelle. 
 
Il ne s'agit pas réellement d'une guerre froide comme on aime à le dire essentiellement puisqu'il s'agit d'un schéma connu. Et tomber dans l'inconnu est toujours inconfortable. A l'époque de la guerre froide, le monde était partagé et d'une certaine manière stabilisé. La structure de l'ONU telle que nous la connaissons aujourd'hui en est le résultat. Résultat d'un rapport de forces posé. 
 
Lorsque le secrétaire général de l'ONU déclare que le Conseil de sécurité n'est plus apte à résoudre les conflits, il a raison. Lorsqu'il affirme qu'il ne représente plus l'équilibre du monde contemporain, il a raison. Mais lorsqu'il incite à réfléchir à sa réforme - maintenant, c'est dangereux. 
 
On ne réforme pas l'ordre international, on le change. Les structures internationales sont le résultat d'un conflit, d'un rapport de force, elles l'entérinent. L'ordre international n'est pas réformable. Il ne peut être modifié que lorsqu'un nouvel équilibre des forces a été atteint, équilibre qu'il va alors traduire. Pour l'instant, le conflit est encore en cours. 
 

À propos de fake news : des nouvelles du vol MH17 abattu en Ukraine en 2014…

À propos de fake news : des nouvelles du vol MH17 abattu en Ukraine en 2014…


… le pilote qui a abattu le MH17 malaisien ne parlera plus


Par Stratediplo − Le 6 mars 2018 − Source stratediplo

Débris du MH17 abattu en 2014
Débris du MH17 abattu en 2014  ©nbcnews.com

Vladislav Volochine s’est éteint le 18 mars dans sa chambre, d’une balle en plein cœur à l’âge de vingt-neuf ans. Pour mémoire, il s’agissait du pilote (alors capitaine) ukrainien qui avait abattu le vol malaisien MH17 le 17 juillet 2014.

 

La thèse retenue est celle du suicide, même si quelques journaux mentionnent qu’il se serait tiré plusieurs balles dans le cœur (la plupart ne mentionnent qu’une balle). Une enquête de principe a été ouverte par la police, comme l’exige la loi en cas de décès par arme à feu et à plus forte raison sachant que l’immatriculation du pistolet trouvé près de lui avait été ôtée. Son épouse dit l’avoir trouvé mourant dans leur chambre après avoir entendu un coup de feu. Elle a déclaré qu’il avait reçu la veille un appel téléphonique qui avait semblé l’abattre et qu’il n’avait pas voulu en parler.

 

Évidemment la presse anglaise, à commencer par le Daily Star, accuse la Russie.

 

Certes l’entourage de Volochine explique que, depuis la tragique méprise du 17 juillet 2014 qui a coûté la vie à trois cents personnes, il n’était plus le même et se trouvait profondément dépressif. Mais c’était un officier, conscient de ses responsabilités de chef de famille avec deux enfants très jeunes. La presse antirusse déclare qu’il a quitté l’armée de l’air « suite aux accusations proférées par la Russie » ce qui est faux puisqu’elles ne l’ont plus touché depuis qu’il les a démenties (spontanément ou sur ordre) en 2014 et qu’il était certainement mieux judiciairement protégé comme officier en service que comme civil. Les conséquences de son obéissance aux ordres du 17 juillet l’ont personnellement beaucoup affecté mais il n’a démissionné de l’armée de l’air que deux ans et demi plus tard, en janvier 2017, pour des raisons économiques.

 

Dans beaucoup de pays les officiers font vœu d’austérité et de frugalité, mais en ex-Ukraine faillie même la solde à l’air d’un commandant (s’il refuse la corruption) permet difficilement de payer un loyer et de nourrir quatre personnes et c’est pareil pour tous les grades d’officier dans toutes les armes, d’après l’intéressé. Pour expliquer sa démission, Volochine a aussi raconté que les pilotes devaient s’équiper sur leur solde pour améliorer leur sécurité. La combinaison des pilotes est de très mauvaise qualité, déchirable et inflammable, aussi ils en achètent ailleurs, comme lui qui avait commandé la sienne en Biélorussie. Ils n’ont pas de bottines et pilotent en espadrilles ou mocassins de sport selon leurs moyens et des réseaux de volontaires leur offrent casque et masque modernes achetés en Russie. Pour s’engager dans l’armée ukrainienne il fallait posséder un sens du devoir certain, qui ressemble peu à la désertion d’un suicidé.

 

Le 16 juillet 2014, le régime « Maïdan » de Kiev a annoncé le déploiement d’au moins 27 systèmes anti-aériens Bouk-M1, alors que la résistance au coup d’État du 22 février ne possédait pas d’aéronefs. Le 17 au matin il a fait installer des missiles air-air, exceptionnellement déstockés à cet effet sur deux Sukhoï-25 normalement voués à l’appui-feu (cibles au sol).

 

Lorsque la Russie a confirmé le plan de vol de son avion présidentiel revenant ce jour-là du sommet BRICS à Fortaleza (Brésil) on a mis en alerte les pilotes et après son passage au-dessus de la Pologne − communiqué par un pays tiers puisque l’Ukraine n’avait pas de satellite au-dessus de l’Europe de l’Est cette semaine-là −  on a activé le radar de poursuite Koupol, d’une portée de 85 km stationné depuis peu près de Styla. Mais celui-ci a accroché un avion erroné, le Boeing 777 malaisien venant d’Amsterdam qui était passé au-dessus de Varsovie à la même altitude (10000 mètres) quarante minutes après l’Iliouchine 96 russe.

 

L’avion approchant, on a alors fait décoller au moins un Sukhoï-25 et il semble même qu’on ait ordonné à la cible de modifier sa trajectoire et son altitude. Vu de l’arrière et de dessous (conditions de tir) à quelques kilomètres de distance, le nom de la compagnie marqué au-dessus et en avant des ailes était invisible et le pilote a pris les bandes longitudinales bleue et rouge de l’avion malaisien pour les bandes rouge et bleue décrites pour l’avion russe. L’expert aéronautique allemand Peter Haisenko a déterminé d’après les débris que l’avion avait d’abord reçu un missile R60 qui aurait seulement détruit le moteur droit, puis qu’on avait mitraillé au canon de 30 mm la cabine de pilotage (ce qui confirme les observations de l’équipe de récupération de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) tuant les pilotes mais n’interrompant pas le vol de l’avion et qu’enfin on aurait mitraillé la carlingue, l’explosion des réservoirs dans les ailes coupant alors l’avion en deux et provoquant sa chute. En rentrant à la base d’Aviatorskoïe, le Sukhoï-25 de Volochine n’avait plus ses missiles, lui-même a déclaré qu’on l’avait envoyé descendre une cible erronée et le soir au cercle, en apprenant par la télévision la tragédie du Boeing malaisien, Volochine a déploré devant d’autres officiers que cet avion se soit trouvé « au mauvais endroit au mauvais moment ».

 

Le 8 août un accord secret entre les gouvernements néerlandais, belge, australien et le régime issu du coup d’État du 22 février en Ukraine confiait aux Pays-Bas (pays d’origine de la majorité des victimes) l’enquête sur la destruction en vol du Boeing, en excluait la Malaisie et accordait à chacun de ces pays un droit de veto sur la diffusion des futurs résultats de l’enquête. La Russie immédiatement accusée et détentrice (car voisine) de preuves matérielles ne fut pas admise à y participer, de même que la Malaisie qui le demandait pourtant avec insistance puisque l’avion était non seulement la propriété d’une entreprise malaisienne mais également une portion du territoire malaisien − comme un navire d’ailleurs, en cas de naissance ou décès en vol (ce qui était le cas) il est enregistré par l’état-civil du pays d’immatriculation.

 

Les États-Unis d’Amérique ont refusé de communiquer à cette commission d’enquête partiale les photographies que leur satellite Key Hole (entre autres) avait prises en survolant la zone au moment même de la tragédie, ce qu’ils cachèrent d’ailleurs pendant plusieurs jours jusqu’à ce que la Russie le prouve. Ladite commission d’enquête n’a jamais réclamé (et a laissé détruire par l’Ukraine) l’enregistrement des communications entre le Boeing et le contrôle aérien de Dniepropetrovsk, toujours examiné dans des cas similaires comme la Russie l’avait immédiatement rappelé et recommandé.

 

Le régime ukrainien a fait pilonner la zone de l’écrasement chaque fois que les équipes de l’OSCE s’en approchaient, toujours après l’avoir annoncé. Le 21 juillet le Conseil de Sécurité de l’ONU a dû exiger, par sa résolution 2166 présentée par l’Australie (pour la Malaisie non membre) et soutenue par la Russie, un cessez-le-feu dans la zone de l’épave, que le régime ukrainien a ensuite violé tous les jours puis unilatéralement « annulé » le 7 août et lorsque le 8 août la Russie a proposé une nouvelle résolution appelant l’Ukraine à respecter ce cessez-le-feu les États-Unis y ont opposé leur veto.

 

Pendant quatre mois la commission d’enquête partiale refusa d’aller visiter le lieu sécurisé par la République de Donetsk (qui lui avait envoyé les boîtes noires récupérées sous le feu ukrainien) jusqu’à ce que cette dernière s’adressât à la Malaisie qui annonça alors l’envoi d’une mission médico-légale et technique… ce qui décida le gouvernement néerlandais à envoyer précipitamment une équipe pour enlever (voler) les débris appartenant à la Malaisie.

 

Pour sa part la presse abonnée aux trois grandes agences de presse de l’Alliance Atlantique multipliait les mensonges, déclarant que le Sukhoï-25 plafonnait à 7 600 m, présentant comme russe un convoi militaire (avec missile Bouk) aisément identifiable comme ukrainien filmé à Krasnoarmeïsk, prétendant prouver l’absence de systèmes anti-aériens ukrainiens dans la région par des images satellites prises une semaine après le drame, puis tentant de faire croire à son public que la Russie aurait introduit des armes anti-aériennes en Ukraine juste pour ce forfait puis les aurait retirées, etc. Comme Stratediplo l’écrivait le 23 décembre 2014, « la vérité sur le vol MH17 ne sera jamais publiée ».

 

Après son départ de l’armée de l’air Volochine est entré comme cadre civil à l’aéroport de Mykolaïev où il faisait fonction de directeur ce qui lui pourvoyait un salaire un peu meilleur pour entretenir sa famille. Il est difficile de croire qu’il l’ait soudain abandonnée à la misère [en se suicidant] sans une incitation très forte, faisant peut-être justement appel à sa responsabilité de protéger sa famille.

 

Le suicide sur ordre de Volochine annoncerait-il un réchauffement du plat MH17 ?

 

Dans un article à diffusion limitée du 4 janvier 2015, Stratediplo écrivait, suite à l’offre hypocrite de trente millions de dollars par l’agence de détectives allemande Wifca pour des informations, que « c’est le capitaine ukrainien Vladislav Volochine qui a été envoyé descendre l’Iliouchine 96 qui ramenait le président Vladimir Poutine du Brésil le 17 juillet […], mais il serait surprenant qu’il vive vieux ».

 

Stratediplo

Le bâton et la carotte américaine dans le Donbass

mercredi 18 avril 2018

Le bâton et la carotte américaine dans le Donbass

 
Les Etats-Unis, par l'intermédiaire de l'incontournable USAID, qui a la bonne idée sous prétexte d'aide au développement, de financer tous les mouvements "pro-occidentaux", "pro-européens" et de toute opposition à l'Est, se penchent plus sérieusement sur le cas du Donbass et prévoient une dépense de 65 millions $ pour diminuer sa dépendance à la Russie.
 
L'USAID est une structure financée par l'Etat américain visant financer des projets de développement internationaux. On l'a retrouvée autour de toutes les révolutions de couleur. Et cette structure s'attaque maintenant au Donbass afin de participer, officiellement, à sa "restauration économique", à développer les liens de coopération avec l'Ukraine de l'ouest et avec l'Union européenne. 
 
Puisque l'USAID rend toujours LNR et DNR responsables du conflit, l'un des objectifs non-dits est bien de provoquer une rupture entre la population et les dirigeants. 
 
Nous sommes bien dans la double logique du baton et de la carotte. D'une part l'armée ukrainienne aidée par des conseillers américains, continue à violer les accords de Minsk, à frapper les zones d'habitation. D'un autre côté, les Etats-Unis lancent une campagne pour restaurer le Donbass et tenter de l'intégrer plus étroitement. 
Ce programme vise principalement LNR et DNR, démarche assez cynique.
Dans un premier temps, il s'agit d'aider le petit business, durement frappé par la guerre lancée par l'armée ukrainienne et les groupes extrémistes, qui ont une perception très relative de la propriété privée. Mais il n'est évidemment pas question de remettre en cause les pratiques féodales développées par ces groupes. Ni l'existence en elle-même de ces groupes.
 
Il s'agit aussi de financer une campagne publicitaire destinée aux habitants de ces régions qui n'entrent pas dans la bonne marche du monde. Il parait que la situation actuelle s'explique notamment par le fait que les habitants ne sont pas suffisamment informés sur la politique menée par Kiev. Il est vrai que c'est généralement l'artillerie qui sert de facteur... Ces campagnes publicitaires sont censées restaurer la confiance de la population de l'Est dans le pouvoir central. 
 
Parallèlement à ces considérations soi-disant altruistes, différents scénarios de développement de la situation sont envisagés, à savoir la récupération par la force du Donbass ou le statut quo. Les investisseurs doivent être prêts à travailler dans différentes configurations - la séparation du Donbass, elle n'est pas envisagée. Les investissements potentiels sont donc bien conditionnés. 
 
Il est vrai l'USAID est un rouage fondamental du fonctionnement de l'Ukraine post-Maïdan. Un rouage qui va tenter de reprendre le Donbass par les dollars, pendant que l'armée continue à violer toutes les trêves. Le but premier de ce type d'action est avant tout de modifier la perception du monde dans la population locale à l'Est.
 
Bien plus que la reconstruction, qui elle serait nécessaire, mais a peu de sens tant que Kiev continue son agression militaire. 
 
D'une certaine manière, une guerre psychologique contre les populations de l'Est se met en place. 
 

Frappes en Syrie : les fanfaronnades de Macron démenties par Washington et la Turquie

Frappes en Syrie : les fanfaronnades de Macron démenties par Washington et la Turquie

 

18 Avril 2018

Le chef de guerre a des progrès à faire en diplomatie…

 
Le chef de guerre a des progrès à faire en diplomatie… – FRANCOIS GUILLOT / AFP / POOL
Diplomatie

Par Alexandra Saviana

Publié le 16/04/2018 à 19:10
Au cours de son interview dimanche soir, Emmanuel Macron s’est vanté d’avoir « convaincu » Donald Trump et « séparé » Russes et Turcs sur la question syrienne. Mais Ankara et Washington se sont empressé de contredire ces affirmations.
 

Emmanuel Macron en aurait-il trop fait ? Au début de son interview par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel ce dimanche 15 avril, le président de la République a livré sa version des coulisses et des conséquences des frappes aériennes ayant ciblé le programme d’armement chimique de la Syrie, se targuant d’avoir « séparé » la Turquie et la Russie ainsi que d’avoir « convaincu » Donald Trump de maintenir ses troupes sur le terrain. Deux affirmations qui ont suscité pas moins de trois démentis en moins de 24 heures, venant à la fois de Washington et d’Ankara.

 

« Il y a dix jours, le président Trump disait : les Etats-Unis d’Amérique ont vocation à se désengager de la Syrie, nous l’avons convaincu qu’il était nécessaire d’y rester (…) je vous rassure, nous l’avons convaincu qu’il fallait rester dans la durée« , a d’abord plastronné Emmanuel Macron. Piquant manifestement au vif la susceptibilité de son homologue américain, qui a fait apporter quelques heures plus tard cette précision par la Maison Blanche : « La mission américaine n’a pas changé : le président a dit clairement qu’il veut que les forces américaines rentrent dès que possible ». Et de rappeler que la présence des quelques 2.000 soldats américains sur le sol syrien n’ont qu’un seul objectif : combattre l’Etat islamique.

 

Il ne s’y attendait pas….

 

Voir la vidéo« Partout où l’homme apporte son travail, il laisse aussi quelque chose de son cœur. » Henryk Sienkiewicz

 

Emmanuel Macron a réagi ce lundi à la rebuffade, assurant que les deux pays ont la « même position » sur la durée de leur engagement militaire dans la région, ainsi que sur son but : « Je n’ai pas dit que ni les Etats-Unis, ni la France allaient rester militairement engagés dans la durée en Syrie (…) La Maison Blanche a raison de rappeler que l’engagement militaire est contre Daech et s’arrêtera le jour où la guerre contre Daech sera parachevée », a-t-il rectifié en marge d’une conférence de presse aux côtés de la Première ministre de Nouvelle-Zélande à l’Elysée.

« Nous attendons des déclarations dignes d’un chef d’Etat »

 

Mais après Washington, c’est à Ankara qu’on s’est étranglé en entendant les déclarations d’Emmanuel Macron. Vantant une démonstration de force faite au régime de Damas ainsi qu’à son allié Vladimir Poutine, il a brandi un deuxième succès diplomatique : « Ensuite, par ces frappes et cette intervention, nous avons séparé sur ce sujet les Russes des Turcs (…). Les Turcs ont condamné les frappes chimiques et ont soutenu l’opération que nous avons conduite », quand la Russie s’est évidemment à l’opération, la dénonçant « avec la plus grande fermeté. « En effet, bien que Moscou et Ankara soient alliés sur le dossier syrien, Recep Tayyip Erdogan a bel et bien soutenu les frappes occidentales dans le pays, estimant qu’elles étaient une « réponse appropriée » aux « attaques inhumaines » de Damas. »

Sauf que l’annonce fanfaronne du président français n’a pas plu pour autant à la diplomatie turque. Laquelle a mis un point d’honneur ce lundi à la démentir à deux reprises. « La politique de la Turquie en Syrie n’est pas d’être avec ou contre qui que ce soit », a affirmé le porte-parole du gouvernement, Bekir Bozdag, avant d’expliquer que la Turquie s’opposait aussi bien « aux soutiens apportés au régime » qu’aux « soutiens apportés aux organisations terroristes ». La réaction de la tête de la diplomatie turque a ensuite été encore plus virulente : « Nous pourrons penser différemment mais nos relations ne sont pas faibles à tel point que le président français puisse les rompre », a cinglé le ministre des Affaires étrangères turc Mevlüt Cavusoglu. « Ceux qui défendent ce qui est juste peuvent avoir leurs divergences mais les principes de la Turquie sont clairs », a-t-il ajouté, reprochant vertement à Emmanuel Macron ses propos : « Nous attendons des déclarations dignes d’un chef d’Etat. Nos relations avec la Russie ne sont pas une alternative à nos relations avec l’Otan ou avec nos alliés ».

Russie / Etats-Unis : match nul dans la guerre des sanctions

mardi 17 avril 2018

Russie / Etats-Unis : match nul dans la guerre des sanctions

 

Le 13 avril, à la veille des frappes américaines (avec l'aide de la Grande-Bretagne et de la France) en Syrie, un projet de loi sur les mesures de restrictions pouvant être adoptées par la Russie en réponse aux sanctions qui lui sont imposées par les Etats-Unis et leurs Etats satellites a été déposé. Un projet assez fort. Peut-être suffisamment pour permettre à Trump de désavouer son bulldog Haley et prendre le temps de la réflexion concernant l'adoption de nouvelles sanctions contre la Russie.
 
Après les frappes, ou leur parodie, en Syrie, les Etats-Unis voulaient revenir sur un terrain qu'ils maîtrisent mieux, celui des sanctions économiques, qui permettent également de garantir les intérêts américains dans certains domaines (voir notre texte ici).
 
Mais cette fois-ci, la Russie a décidé de réagir face à la vague de sanctions portée par le monde anglo-saxon, qui commence à toucher sérieusement les grosses entreprises et à faire chuter le cours du rouble en raison de l'incertitude qui en découle. En grande pompe, marquant ainsi l'existence d'une véritable volonté politique, un projet de loi est déposé le 13 avril au Parlement russe.
Ce projet prévoit un éventail de mesures de restrictions très large, qui ne doivent pour autant pas porter atteinte à l'intérêt des citoyens russes. Selon le président de la Douma, Volodine, ces mesures ne peuvent être mises en place que lorsqu'il existe un équivalent national ou provenant d'un pays qui n'a pas adopté de sanctions contre la Russie. Il ne faut pas, en effet, faire de ses propres mains ce que les sanctions extérieures ne peuvent réaliser.
Plus concrètement, selon la lettre explicative qui accompagne le projet de loi, il est prévu de donner au Gouvernement russe la possibilité d'adopter en réponse aux mesures prises par les Etats-Unis et leurs alliés, certaines mesures restrictives:
 
  •  L'interdiction ou la limitation de l'importation en Russie de produits agricoles, de matières premières et de produits alimentaires en provenance des Etats-Unis et/ou d'autres pays;

  • L'interdiction ou la limitation de l'importation sur le territoire de la Fédération de Russie d'alcool et de tabac en provenance des Etats-Unis et/ou d'autres pays;

  • L'interdiction d'entrée sur le territoire de citoyens américains et/ou ressortissants d'autres pays selon une liste déterminée;

  • L'interruption ou la suspension de la coopération internationale de la Fédération de Russie, des personnes morales, avec les Etat-Unis et/ou autres Etats, et des organisations se trouvant directement ou indirectement sous juridiction de ces Etats dans le domaine nucléaire, de la construction aéronautique et des moteurs de fusées;

  • La limitation ou l'interdiction d'importation des médicaments en provenance des Etats-Unis et/ou d'autres pays;

  • L'interdiction ou la limitation de l'accès des entreprises américaines aux procédures de privatisation des actifs publics fédéraux ou municipaux;

  • Interdiction ou restriction faite aux organes publics d'acheter ou de recourir à l'utilisation de services, de programmes, de technologies et de travaux en provenance des Etats-Unis et/ou d'autres pays;

  • L'interdiction d'embaucher en Russie des citoyens ressortissants des Etats-Unis et/ou d'autres Etats, notamment sur des postes de spécialiste hautement qualifié.


  • Les limitations et interdictions envisagées ne concerneront en aucun cas la consommation personnelle. Parallèlement, les mécanismes de stimulation de la production nationale doivent être renforcés.
Or, il se trouve que dans certains domaines touchés, notamment en matière aéronautique ou spatiale, les Etats-Unis sont totalement dépendant de la Russie pour faire voler leurs appareils. Sans qu'il n'existe une dépendance directe, peut-on également affirmer que l'économique française se portera mieux si le marché russe lui est totalement fermé? Et le vin français? S'il est possible de faire des sacrifices, il serait intéressant que nos dirigeants nous expliquent en quoi le soutien aveugle aux intérêts du business américain est supérieur pour eux à l'intérêt de nos entreprises, de nos artisans, de nos agriculteurs, de nos spécialistes, de tous ces gens qui font la force économique, la force vitale du pays ?
 
La pause annoncée par Trump quant à l'adoption de nouvelles sanctions, pourtant annoncées haut et fort par Nikki Haley après les frappes aériennes en Syrie, suite aux recommandations de ses conseillers, montre que la Russie a frappé juste. La menace a porté. Et comme c'est bien connu, on attaque les faibles, pas les forts - en tout cas l'on y réfléchit à deux fois. Trump réfléchit. Selon la presse, il veut encore négocier avec la Russie:
«L'ambassadrice s'est trop avancée cette fois-ci», a déclaré ce haut responsable à Reuters, confirmant sous couvert d'anonymat une information d'abord révélée par le Washington Post.  (...) Le président américain, a-t-il ajouté, reste convaincu qu'il peut négocier avec son homologue russe, mais qu'en multipliant les déclarations ou les gestes négatifs, il aura du mal à en obtenir quoi que ce soit.
La Russie a réussi pour le moment à neutraliser la vague des sanctions. Voyons où seront portés les prochains coups, puisque le problème sur le fond n'est malheureusement pas réglé.

 

Remise en place de Macron par la Maison-Blanche: pas de guerre en Syrie, mais retour aux sanctions contre la Russie

lundi 16 avril 2018

Remise en place de Macron par la Maison-Blanche: pas de guerre en Syrie, mais retour aux sanctions contre la Russie

Lors du sommet au Pérou, le vice-président américain Mike Pence a souligné le but réel de ces frappes en Syrie: rappeler la Russie dans le "bon" camp et non pas commencer une guerre à long terme. Manifestement, Macron n'avait pas très bien compris ... La Maison-Blanche l'a remis à sa place. Décidément, après nos exploits militaires d'avions et de missiles plus que furtifs, c'est notre politique qui est ridiculisée. Le combat USA / Russie revient sur le terrain connu des sanctions et la Russie relève le gant.
 
En grande pompe, E. Macron, tout fraîchement revêtu de la gloire médiatique du stratège militaire, de l'allié incontournable des Etats-Unis, s'est quel que peu emballé dans son interview post-frappes, en déclarant qu'il avait réussi à convaincre Trump de rester à long terme en Syrie. Ce qui, en passant, confirme bien que Trump n'était pas très chaud pour une intervention. 
 
Et que signifie le long terme? Daesh est presque à terre, Assad termine avec l'aide de la Russie et de l'Iran de libérer son territoire des extrémistes, qui rendent massivement les armes ou sont "déplacés" dans les zones de désescalade - tenues par les Etats-Unis. Donc, rester à long terme veut dire combattre Assad, faire un nouvel Irak. Et notre tout jeune héros de faire de grandes déclarations, devant des journalistes-laquais totalement dépourvus d'esprit critique, ce qui est plus facile.
Et patatras, rappel à l'ordre sec et direct de la porte-parole de la Maison-Blanche: la mission des Etats-Unis n'a pas changé, le Président a été clair, les USA retireront leurs troupes aussi tôt que possible, dès que Daesh sera vaincu et comptent sur l'investissement et militaire et financier des alliés.
“The U.S. mission has not changed — the president has been clear that he wants U.S. forces to come home as quickly as possible,” Sarah Huckabee Sanders, the White House press secretary, said in a statement Sunday night. “We are determined to completely crush ISIS and create the conditions that will prevent its return. In addition, we expect our regional allies and partners to take greater responsibility both militarily and financially for securing the region.”
En fait, Macron aurait dû mieux écouter. Et surtout écouter Mike Pence, le vice-président américain qui lors du Sommet au Pérou a bien expliqué le but de ces frappes, qui ne sont pas le début d'une opération militaire d'envergure, mais un signal envoyé au véritable destinataire. Pas la Syrie. Mais la Russie. Cette Russie qui dérange car elle est de retour sur la scène internationale et imagine en avoir le droit. Avoir le droit de revendiquer des intérêts stratégiques, comme un Etat souverain et indépendant. 
Mike Pence déclare: 
"Our message to Russia is, you're on the wrong side of history," Pence, who is in Peru in President Trump's place this weekend, told reporters. "It's time for Russia to get the message that President Trump delivered last night. That you're known by the company you keep."
Et les déclarations de Nikki Haley, l'ambassadrice américaine à l'ONU va dans ce sens: les frappes ne sont qu'un élément d'une stratégie non militaire devant faire plier la Russie, la faire rentrer dans le "droit chemin", celui de l'allégeance atlantiste. Ainsi, les USA reviennent donc aux sanctions économiques. Qui ne sont plus liées à rien de particulier, l'attaque chimique en Syrie n'étant à jour pas prouvée, mais plutôt sérieusement mise en doute:
« Vous allez voir que les sanctions russes vont arriver », a-t-elle ajouté. Le secrétaire américain au Trésor Steve Mnuchin « va les annoncer lundi, s’il ne l’a pas déjà fait, et elles vont viser directement toutes sortes d’entreprises qui s’occupent d’équipements liés à Assad et à l’utilisation d’armes chimiques », a-t-elle poursuivi, laissant entendre qu’il pourrait s’agir de sanctions ciblées contre des sociétés russes. 
Et le message a été parfaitement interprété par la porte-parole du ministère des affaires étrangères russe, Maria Zakharova:
« Si avant on nous disait que nous étions punis pour l'Ukraine, maintenant les déclarations ont sensiblement changé. Ils nous punissent, en principe, parce que nous sommes présents sur la scène internationale. C'est formulée comme ça: à cause du rôle que la Russie joue dans les affaires internationales. C'est tout » 
De son côté, le Parlement russe discute d'un texte de loi qui prévoit de très fortes restrictions dans les échanges à l'égard des pays qui adoptent des sanctions contre la Russie, notamment les Etats-Unis. Il s'agit de mesures comme la restriction ou l'interdiction d'importation d'alcool (adieu le vin français?) et de tabac (oups, Malboro), de la restriction de délivrance de visas de travail, de la suspension de la coopération nucléaire, de la coopération en matière de construction de moteurs de fusée (les USA sont totalement dépendants ici), et de la restriction de l'importation de toute une série de produits, notamment pharmaceutiques, lorsque des équivalents existent en Russie. 
 
La Russie a perdu patience et relève le gant. 
 

Du positif : d’Ankara à Moscou, l’intégration de l’Eurasie est en marche

Du positif : d’Ankara à Moscou, l’intégration de l’Eurasie est en marche

 


L’Union économique eurasienne dirigée par la Russie déploie ses ailes et gagne en force, avec des projets clés, de grands acteurs et de grands travaux en cours


Pepe EscobarPar Pepe Escobar − Le 5 avril 2018 

 

Alors que les présidents Vladimir Poutine, Hassan Rouhani et Recep Tayyip Erdogan se sont rencontrés à Ankara pour un deuxième sommet Russie-Iran-Turquie sur l’avenir de la Syrie, Moscou a accueilli sa 7e conférence internationale de sécurité réunissant des ministres de la défense de dizaines de pays.

 

Une illustration plus parlante de la dynamique de synchronicité vers l’intégration de l’Eurasie serait difficile à trouver.

 

Fondamentalement, la Chine a envoyé non seulement une délégation de haut rang à Moscou, mais surtout un message fort et clair. Le général Wei Fenghe, nouveau ministre chinois de la Défense aux côtés de son homologue russe Sergueï Choïgou, a déclaré : « La partie chinoise est venue informer les Américains des liens étroits entre les forces armées russes et chinoises. » Choïgou, pour sa part, a souligné le « caractère spécial » du partenariat Russie-Chine.

 

Même avant la réunion, le Global Times soulignait le fait que la diabolisation de la Russie, sans arrêt couplée à la guerre commerciale américano-chinoise qui n’en finit pas, ne ferait que renforcer le partenariat « à caractère spécial ».

 

Et puis le ministre iranien de la Défense, le général de brigade Amir Hatami, a élargi la portée, affirmant que les « plans étrangers » liés à la sécurité au Moyen-Orient échoueraient inévitablement − ils doivent être élaborés en Asie du Sud-Ouest.

 

Ce qui s’est passé à Moscou doit nécessairement être vu à la lumière de ce qui s’est passé à Ankara.

 

Un engagement commun

 

La première réunion trilatérale Russie-Iran-Turquie sur la Syrie s’est tenue à Sotchi le 22 novembre dernier. Sotchi a conduit à la mise en place du Congrès du dialogue national syrien et d’un comité de 150 personnes chargé de rédiger une nouvelle constitution pour la Syrie. Toutes ces procédures suivent essentiellement les lignes directrices établies par le processus de paix de Genève en 2012. Même l’ONU a salué Sotchi comme « une contribution importante à un processus de négociations intra-syrien relancé ».

 

Avant la réunion d’Ankara, les ministres des Affaires étrangères de la Russie (Sergueï Lavrov) de l’Iran (Mohammad Javad Zarif) et de la Turquie (Mevlut Cavusoglu) se sont rencontrés début avril à Astana pour préparer le terrain.

 

La déclaration commune finale ne trompe pas en soulignant leur engagement commun pour la souveraineté, l’unité, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie.

 

Le fait qu’Ankara soit le premier voyage à l’étranger de Poutine après sa réélection en dit long. La stratégie russo-irano-turque en Syrie, progressivement développée à Astana, a établi un équilibre délicat entre les zones de désescalade − la banlieue de la Ghouta à l’est de Damas, Idlib, Homs et la frontière syro-jordanienne − et les couloirs humanitaires, permettant à de nombreux civils de quitter les zones de guerre, notamment dans le cas de la Ghouta.

 

La guerre dans la Ghouta orientale contre une galaxie djihadiste a été presque gagnée par l’Armée arabe syrienne (AAS) soutenue par un ensemble de compétences russes à travers un support militaire aérien et des négociations habiles et, de manière significative, aucune contribution des commandants militaires iraniens. Les restes des soi-disant « rebelles modérés » ont été envoyés à Idlib. Damas n’est plus bombardée. Ce fut la plus grande victoire de l’AAS depuis la libération d’Alep en décembre 2016.

 

Cependant, la Syrie du Nord reste une affaire beaucoup plus délicate, car nous avons une intrigue secondaire de facto entre l’OTAN et… l’OTAN. Les troupes turques contre les YPG Kurdes, une force américaine par procuration.

 

Le fait que l’offensive AAS-Russie dans la Ghouta orientale se soit déroulée parallèlement à l’opération néo-orwelienne Rameau d’olivier des Turcs dans la région kurde d’Afrine manifeste un accord complexe entre la Russie, l’Iran et la Turquie élaboré à Astana − les diplomates ont confirmé ce fait au média Asia Times.

 

Pour autant, Téhéran a montré son exaspération face aux incursions militaires turques en Syrie, en ordonnant aux commandants iraniens de ne pas intervenir dans la Ghouta orientale et à Afrin, Téhéran s’est en même temps assuré qu’Ankara ne ferait pas obstacle à l’extermination et/ou au transfert des djihadistes menaçant Damas.

La principale discussion au sommet trilatéral à Ankara portait sur ce qu’il se passe aux environs d’Idlib − maintenant le refuge ultime des « rebelles modérés » djihadistes, où Hayat Tahrir al-Sham, qui est lié à al-Qaïda, combat un Front de libération syrien soutenu par la Turquie et qui se trouve abriter également des djihadistes inconditionnels tels qu’Ahrar al-Sham.

 

Tout dépend de savoir si Ankara pourra persuader cette congrégation de mauvaises forces que la guerre est en fait terminée. Sinon, l’AAS, soutenue par la puissance aérienne russe, lancera une autre campagne de bombardement, ajoutant potentiellement des centaines de milliers de réfugiés supplémentaires aux 3,5 millions déjà enfermés à l’intérieur des frontières de la Turquie.

 

Ce qui est certain, c’est qu’Ankara ne se sentira pas encline à quitter le nord-ouest et le centre-nord de la Syrie de sitôt. Comment Moscou et Téhéran − sans parler de Damas − vont réagir est une question ouverte − explosive.

 

Donnez-moi mes S-400 en temps et en heure

 

Le partenariat russo-turc est centré sur le triangle crucial : énergie, nucléaire et armements.

 

La Russie « à l’origine de la création de l’industrie nucléaire en Turquie » selon Iouri Outchakov, conseiller du président Erdogan, va lancer la construction de la première centrale nucléaire turque à Akkuyu pour un coût de $20 milliards. Le premier réacteur devrait être prêt en 2023 et l’usine sera la propriété de la Russie.

 

Suite à un contrat signé en décembre dernier, Moscou fournira également le système de défense sol-air S-400 à Ankara avant 2020, plus tôt que prévu « À la demande de nos amis et partenaires turcs », selon Poutine. L’OTAN n’est pas vraiment satisfaite.

 

Et puis, il y a le gazoduc Turkish Stream, d’une valeur de $12 milliards qui est en cours de développement. Le segment terrestre va bientôt recevoir un permis d’Ankara.

 

Plusieurs membres de l’UE ne sont pas vraiment satisfaits.

 

Tout cela annonce que la diplomatie russe renforce soigneusement ses relations avec des États membres bien précis de l’UE et de l’OTAN. Même si l’objectif ultime est de convaincre l’OTAN de se dégager des confins occidentaux de la Russie, ou du rideau de fer de la guerre froide de la mer Baltique à la mer Noire, il reste encore beaucoup à faire pour changer la donne au point que la Turquie laisse tomber l’OTAN.

 

Un bras de fer sera certainement atteint car une offensive de charme concertée de la Russie et la Chine pourrait conduire M. Erdogan à considérer les avantages de l’adhésion à l‘Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Ankara approfondit ses liens d’affaires avec le Pakistan, membre à part entière de l’OCS, et l’Iran, désormais en statut d’observateur et sur le point de devenir membre à part entière.

 

La Russie, la Chine et l’Iran sont les trois vecteurs clés de l’intégration eurasienne, incluant tout depuis le Pipelinistan, jusqu’aux réseaux de connectivité des flux commerciaux. Erdogan ne convoite pas le rôle de spectateur dans les tribunes.

 

Exactement comme un mouvement d’horlogerie, un élément supplémentaire d’intégration de la Russie et de l’Iran pourrait être ajouté car Téhéran devrait rejoindre l’Union économique eurasiatique (UEE) dirigée par la Russie avant la fin de l’année. Le libre échange dans l’UEE − qui comprend aujourd’hui la Russie, le Kazakhstan, le Bélarus, le Kirghizistan et le Vietnam − suscite l’intérêt de tous, de la Chine, de l’Inde, de l’Indonésie, jusqu’à la Serbie, Israël et les pays sud-américains. Erdogan surveille certainement cela avec attention.

 

Et maintenant il est temps de reconstruire

 

Dès le début, l’affrontement en Syrie était une guerre du Pipelineistan. Un objectif majeur était d’abandonner la perspective d’un gazoduc Iran-Irak-Syrie de $10 milliards − pour lequel un mémorandum d’accord a été signé en 2011 − et de le remplacer par un gazoduc Qatar-Turquie après un changement de régime en Syrie.

 

Le Qatar et la Maison des Saoud ont fini par être les perdants géopolitiques certifiés en Syrie. Le blocus saoudien du Qatar a échoué lamentablement. La nouvelle équation révèle que le Qatar, soutenu par Oman et le Koweït, se rapproche de l’Iran et se rapproche encore plus de la Turquie.

 

Ankara opère la base militaire de Tariq bin Ziyad au Qatar. L’Iran et le Qatar renforcent leur coopération à South Pars − le plus grand champ gazier de la planète. Des choses plus étranges sont arrivées que de simplement planifier un pipeline qui sera finalement achevé dans un proche avenir, transportant du gaz Iran-Qatar et transitant par la Turquie alors même que la Russie et la Chine restent activement impliquées dans l’industrie gazière qatari.

 

Avec la perspective d’une reconstruction syrienne enfin à portée de main, Beijing va mettre le turbo pour faire de la Syrie une étape importante sur sa Route de la Soie (OBOR).

 

Sur le front russe, le ministre de l’Énergie, Alexandre Novak, a confirmé que les géants de l’énergie, Lukoil et Gazprom Neft, se concentrent déjà sur la reconstruction et le développement des infrastructures énergétiques de la Syrie, gravement endommagées, à la suite d’une  feuille de route pour la coopération signée en février dernier.

Les entreprises russes ont été invitées à moderniser la raffinerie de Baniyas et à construire une nouvelle raffinerie en partenariat avec l’Iran et le Venezuela. Damas et Moscou vont ouvrir une ligne maritime directe pour faciliter le commerce et mettre en place une banque contrôlée par leurs propres banques centrales.

 

Selon le Premier ministre syrien Wael al-Halqi, des accords sur l’énergie, le commerce et la finance ont été signés pour un montant de $1 milliard. Auparavant, l’ambassadeur syrien en Russie, Riyad Haddad, a promis que les nations qui ont aidé la Syrie à combattre le terrorisme « ont le droit d’être en tête » pour restaurer l’économie du pays.

 

Autrement dit, principalement la Russie, l’Iran et la Chine. Il reste à voir quel rôle − s’il y en a un − sera joué par le nouvel ottomanisme d’Erdogan.

 

Pepe Escobar

Ziouganov: Les Etats de la Nouvelle Entente se comportent dans le monde comme des bandits de grand chemin

Ziouganov : Les Etats de la Nouvelle Entente se comportent dans le monde comme des bandits de grand chemin

 

14 Avril 2018

https://kprf.ru/party-live/cknews/174807.html

 

RIA Novosti :La « Nouvelle Entente », les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France se comportent comme de véritables bandits, agissant comme des états terroristes, a déclaré le chef du Parti communiste Guennady Ziouganov, commentant les attaques de missiles samedi contre la Syrie.

 

D’après les matériaux de RIA Novosti

14-04-2018

 

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont lancé des attaques sur des installations du gouvernement syrien samedi matin, qui, selon eux, sont utilisées pour fabriquer des armes chimiques. De 3.42 heures (heure de Moscou) à 5.10 heures (heure de Moscou), ils ont lancé contre la Syrie plus de 100 missiles, dont la plupart ont été abattus par la défense aérienne syrienne. Les forces russes n’étaient pas impliquées, mais elles surveillaient tous les lancements. Le président russe Vladimir Poutine a qualifié ces attaques d’agression contre un État souverain, alors que ni les experts militaires russes ni les résidents locaux n’ont confirmé le fait de l’attaque chimique, qui est utilisée comme prétexte à des frappes.

 

« Cette nuit a été effectué un raid crapuleux par l’Entente de trois Etats – Etats-Unis, Grande-Bretagne et France -, cette nouvelle Entente se comporte dans le monde comme des bandits de grand chemin. » « Cependant une commission d’experts devait commencer aujourd’hui ses travaux afin d’enquêter s’il y avait des substances toxiques dans la Douma (syrienne) », a déclaré samedi Ziouganov à RIA Novosti.

 

Selon le politicien, ces agissements montrent que ce sont des pays qui «ne respectent rien – ni les droits de l’homme, ni la dignité, ni leurs propres déclarations selon lesquelles ils combattent les terroristes». « En réalité, ils soutiennent les terroristes, ils agissent eux-mêmes comme des terroristes, essayant de redresser leur image à l’intérieur de leur pays ». « Le président Donald Trump voit son autorité contestée et n’est pas capable de faire face à une situation difficile, Theresa May a conduit son pays dans une impasse et ne sait plus quoi faire », a déclaré le politicien, ajoutant que les discours du président Emmanuel Macron sont une honte pour la France.

 

G.A. Ziouganov a noté que la France a toujours été un pays fier et démocratique, qui en tous temps a montré un exemple à l’Europe. « Dans le cas présent, Macron est totalement irresponsable et humilie le peuple français, la France n’a jamais soutenu un tel banditisme, et je suis sûr que les Français condamneront de telles actions de M. Macron », a-t-il dit.

 

Le politicien a également souligné que près de 70 missiles samedi en Syrie ont été abattus principalement par des armes soviétiques – S-125, S-200, témoignage éloquent de la puissance de l’Union soviétique qui existait auparavant.

 

« Tous les hommes de bonne volonté doivent se lever sur la planète pour défendre la Syrie et le peuple syrien qui est aux avant-postes de la lutte contre le terrorisme, défend son honneur et sa dignité  » a également déclaré le politicien.

 

Ziouganov, en outre, a remercié la Chine et la Biélorussie pour leur position sur les événements en Syrie.

 

« Nous devons être vigilants et plus soudés que jamais, car la véritable menace d’une grande guerre est imminente », a déclaré le chef du Parti communiste de la Fédération de Russie.

 

G.A. Ziouganov estime que la Russie doit « ne pas céder aux provocations », tout en faisant son maximum pour renforcer les mesures de défense aérienne en Syrie et « prendre des mesures dans le pays pour notre sécurité commune ».

 

Traduction Marianne Dunlop pour H&S

 

Frappes en Syrie : le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit d’urgence

Frappes en Syrie : le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit d’urgence

 

14 Avril 2018

En provenance du Canada qui ne s’est pas associé à l’opération… (note de danielle Bleitrach)

 

 

Une réunion au Conseil de sécurité de l'ONU.

À la demande de la Russie, le Conseil de sécurité des Nations unies a été saisi de la question des frappes américaines, britanniques et françaises contre la Syrie. Photo : Reuters/Eduardo Munoz

Le Conseil de sécurité des Nations unies a entamé une réunion d’urgence, samedi à 11 h, à la demande de la Russie et suite aux frappes aériennes menées contre des installations militaires en Syrie par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.

 

RADIO-CANADA AVEC AGENCE FRANCE-PRESSE, ASSOCIATED PRESS ET REUTERS
 

« La Russie convoque une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU pour évoquer les actions agressives des États-Unis et de leurs alliés », avait plus tôt indiqué le Kremlin dans un communiqué.

 

Selon le secrétaire de la Défense américaine James Mattis, cette opération « ponctuelle » menée dans la nuit de vendredi à samedi visait des cibles associées au programme d’armes chimiques du gouvernement syrien.

 

Ces bombardements ont été menés conjointement par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, après l’attaque chimique présumément commise le 7 avril par le régime syrien dans la région de la Ghouta orientale.

 

Le président Donald Trump s’est dit être prêt à poursuivre dans cette voie jusqu’à ce que les forces progouvernementales syriennes cessent d’utiliser des armes chimiques.

 

M. Trump a montré du doigt la « responsabilité » de la Russie, soutien indéfectible au régime de Bachar Al-Assad.

Cette opération est la conséquence directe de l’incapacité de la Russie à empêcher l’utilisation des armes chimiques par le régime syrien.

 

Donald Trump, président des États-Unis

Selon le président russe Vladimir Poutine, les forces militaires russes aident le gouvernement légitime à combattre le terrorisme.

 

Des informations qui émanent de L’Élysée mentionnent que M. Poutine n’aurait pas été prévenu de l’imminence des frappes.

 

Moscou nie la réussite de l’opération militaire américaine coordonnée avec ses alliés français et britanniques.

 

Tôt samedi, le ministère russe de la Défense a indiqué qu’aucun des missiles tirés n’était entré dans les secteurs où se trouvent les bases navale et aérienne utilisées par les forces russes et protégées par des systèmes de missiles sol-air.

 

Selon le ministre russe de la Défense cité par l’agence de presse russe TASS, l’essentiel des tirs a été intercepté par la défense aérienne du gouvernement syrien.

 

« Plus de 100 missiles de croisière et missiles air-surface ont été tirés par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France depuis la mer et les airs sur des objectifs syriens militaires et civils » a indiqué le ministère dans un communiqué cité par l’agence de presse officielle RIA Novosti.

 

« Un nombre significatif » de ces missiles a été abattu par la défense aérienne syrienne, a précisé le communiqué.

 

Des manifestants pro-Assad font le V de la victoire au lendemain des frappes américaines en Syrie.

Des manifestants pro-Assad font le V de la victoire au lendemain des frappes américaines en Syrie. Photo : AFP/Getty Images/LOUAI BESHARA

 

Manifestations à Damas contre les frappes

 

Au lever du soleil à Damas, des centaines de partisans du régime arborant des drapeaux syriens, russes et iraniens se sont rassemblés sur l’emblématique place des Omeyyades, au son des klaxons et de musiques patriotiques en signe de défiance face aux frappes occidentales de la nuit précédente.

 

Nedher Hammoud, fervent partisan du régime, âgé de 48ans, était sur son toit pour « regarder les missiles se faire descendre comme des mouches ».

Nous nous fichons de Trump ou de tous les gens comme lui. Nous nous fichons des missiles. Nous leur tenons tête avec notre armée.

Rahmeh Abou Hamra, manifestante prorégime

Les frappes occidentales sont pour eux le signe de la victoire du régime, qui a notamment repris le bastion rebelle de la Ghouta orientale, situé aux portes de la capitale.

 

Les insurgés du groupe islamiste Jaich al-Islam ont accepté d’évacuer la ville de Douma, au lendemain de l’attaque chimique présumée.

 

Samedi, des forces de sécurité du régime syrien sont entrées dans la ville de Douma, ultime fief rebelle dans la Ghouta orientale près de la capitale Damas, ont rapporté des médias étatiques.

 

« Des unités des forces de la sécurité intérieure entrent à Douma », a indiqué la télévision d’État, précisant que la ville rebelle sera vidée d’ici quelques heures « de la présence terroriste », en allusion aux combattants rebelles.

 

Les rebelles de Douma considèrent que les frappes en Syrie sont « une farce » tant que Bachar Al-Assad reste au pouvoir.

 

Des manifestants brandissent des drapeaux syriens et des portraits du président Bachar Al-Assad

Des rassemblements patriotiques contre les frappes américaines ont provoqué des embouteillages dans les rues des Damas Photo : AFP/Getty Images/LOUAI BESHARA

Frappes en Syrie : la classe politique française réagit

Frappes en Syrie : la classe politique française réagit
 
 
14 Avril 2018

Il est midi, quelqu’un at-il entendu parler de la réaction de Pierre Laurent ou d’un autre membre du secrétariat?

Frappes en Syrie : la classe politique française réagit©Panoramic

6Medias, publié le samedi 14 avril 2018 à 11h30

 

Dans la nuit de vendredi à samedi, Washington, Londres et Paris ont décidé de frapper la Syrie militairement. De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, en passant par Manuel Valls, beaucoup ont réagi : de la condamnation au soutien.

 

En compagnie des États-Unis et de la Grande-Bretagne, la France a mené des frappes contre le régime syrien dans la nuit de vendredi à samedi.

 

Les Occidentaux accusent Bachar el-Assad d’avoir utilisé des armes chimiques notamment contre la ville de Douma samedi dernier. Ce samedi matin, une bonne partie de la classe politique française a réagi, et ils sont nombreux à condamner cette intervention.

 

À commencer par le Front national et Marine Le Pen qui fustige cette stratégie sur son compte Twitter. « Ces frappes contre la Syrie nous engagent dans une voie aux conséquences imprévisibles et potentiellement dramatiques. La France perd à nouveau une occasion d’apparaître sur la scène internationale comme une puissance indépendante et d’équilibre dans le monde. »Même son de cloche du côté de son père, Jean-Marie Le Pen, lui aussi sur les réseaux sociaux : « À partir d’une évidente provocation, qui rappelle la désastreuse politique en Irak, la coalition, sans l’accord de l’ONU, s’est livrée à une agression militaire criminelle. » Le vice-président du parti, Nicolas Bay, dénonce, lui sur Twitter, des « frappes irresponsables en violation totale du droit international »/ alors que Florian Philippot voit lui la France « réduite au rôle de supplétif contre la paix du monde et ses propres intérêts ».

 

 

Macron « irresponsable »


À gauche, Jean-Luc Mélenchon n’est guère plus tendre. Sur Twitter, il stigmatise une « escalade irresponsable ». « Les frappes contre la Syrie se font sans preuve, sans mandat de l’ONU et contre elle, sans accord européen et sans vote du Parlement français. Et cela sans aucune perspective politique en Syrie. » Même terminologie employée par le député La France Insoumise de Seine-Saint-Denis, Éric Coquerel : « Emmanuel Macron est irresponsable », déclare-t-il sur BFMTV.

 

 

Pas plus de soutien à droite, à l’image des déclarations de Thierry Mariani sur son compte Twitter. « Alors qu’aucune preuve sur la responsabilité d’une attaque chimique en Syrie n’a été publiquement présentée et qu’aucun mandat international n’a été donné par l’ONU, en suivant aveuglément les USA, la France renonce hélas à avoir sa propre politique indépendante sur la Syrie. » Christine Boutin, elle a tweeté, en disant s’être réveillée « avec froid dans le dos », pointant du doigt un manque de preuves. Le député Debout la France de l’Essonne, Nicolas Dupont-Aignan, s’est exprimé dans une vidéo sur son site internet ce samedi matin, en blâmant cette intervention. Il s’est dit « méfiant et sceptique », tout en « condamnant la précipitation du gouvernement ».

 

 

Quelques soutiens


Pour trouver des soutiens à ces frappes, il faut se tourner vers Manuel Valls, l’ancien Premier ministre. « Cette décision s’imposait. Je l’approuve. La production et l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien contre son propre peuple ne pouvaient rester sans une réponse forte et proportionnée », dit-il sur les réseaux sociaux.

 

 

Le président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, va lui aussi dans ce sens. « Nous soutenons Emmanuel Macron dans sa décision de frappes militaires contre le régime syrien pour détruire ses capacités à produire ou employer des armes chimiques. » Enfin, Hervé Morin a apporté un appui au chef de l’État : « Si les preuves d’attaques chimiques sont avérées, il fallait mener ces frappes », a -t-il déclaré au micro de BFM TV.

 

Le soutien de Benoît Hamon et François Hollande

 

La tonalité n’est pas la même du côté de Benoît Hamon et de l’ancien président socialiste, François Hollande. Tous deux se sont dits favorables cette semaine à une riposte militaire – même sans l’aval d’une ONU bloquée par les veto russe – afin de mettre un terme « au massacre » du peuple syrien.

 

« Le crime de frapper sa propre population par des armes chimiques ne doit pas rester impuni (…) Je suis lassé de voir comment ce dictateur soutenu par beaucoup de pays autour, dont la Russie, continue à massacrer sa propre population, notamment en utilisant des armes chimiques », a déclaré le fondateur de Génération.s, mercredi sur France Inter.

 

De son côté, François Hollande a de nouveau appelé à « une réaction forte », soulignant qu’« il ne s’agit pas de faire la guerre aux Russes ». « Je soutiendrai toutes les réactions, y compris militaires, car ce qui a été commis en Syrie est inadmissible et ne doit pas être sans réponse », a-t-il déclaré jeudi également sur France Inter.

 

L'Ukraine s'enferre dans son rôle de victime

vendredi 13 avril 2018

L'Ukraine s'enferre dans son rôle de victime

La revendication d'"indépendance" de l'Ukraine, qui était pourtant un pays indépendant depuis la chute de l'URSS se termine dans les chaînes de la victimisation, rôle dans lequel l'Occident voit le pays, unique intérêt que présente l'Ukraine pour le combat atlantiste. En contre-partie, un soutien inconditionnel est apporté à la détérioration du pays, maintenu sous perfusion en situation de crise permanente.
 
L'Ukraine continue ce qu'elle pense être la voie occidentale, c'est-à-dire la voie anti-russe. Ce qui semble en effet être devenue l'essence de l'occidentalisme actuel. Alors qu'elle n'était pas entrée comme membre à part entière dans la CEI, le président ukrainien Poroshenko a donné l'ordre de mettre un terme officiel à la participation de l'Ukraine dans les organes de cette organisation:
"En tenant compte du fait que l'Ukraine n'a jamais été membre de la CEI et que cette organisation a refusé de condamner l'agression russe, je recommande qu'en commun avec le Gouvernement nous préparions la proposition de la cessation officielle de notre participation dans les organes statutaires de la CEI, ainsi que de la fermeture de la représentation ukrainienne auprès de cette organisation à Minsk."
L'Ukraine ayant officiellement dans sa législation reconnu la Russie comme pays agresseur, cette démarche était attendue. Le pays continue à se priver de toute possibilité de contact direct avec la Russie et se met en situation de dépendance totale face à l'Occident pour la résolution de ce conflit.
 
Or, l'Occident a besoin du conflit en Ukraine, car il a besoin d'une "Russie pays agresseur", partout où cela peut être construit. Tant que l'Ukraine remplit le contrat, elle est soutenue. Tant qu'elle joue son rôle de victime. 
 
Dans la foulée du scandale Skripal et de l'attaque de Douma, la course aux "victimes" de la Russie et de ses alliés s'intensifie. L'Ukraine ne doit pas s'endormir, les médias sont des monstres affamés, insatiables, qu'il faut nourrir constamment et d'une alimentation diversifiée. Le front ukrainien ne doit pas disparaître derrière le front syrien, il doit rester disponible, prêt à ressortir à tout moment.
 
Pour préparer la prochaine étape, l'Ukraine a été conviée à la réunion du G7 qui doit se tenir le 22 avril à Toronto. Toute la presse ukrainienne est en fête, il faut dire que c'est la première fois que le pays est invité à participer à un évènement de cette ampleur. Pour autant, on ne lui demande pas de participer d'égal à égal, on lui demande de tenir le rôle de la victime de la Russie, de venir pleurnicher un peu, d'émouvoir la bonne conscience occidentale, qui doit se souvenir pourquoi elle est entrée en guerre contre la Russie. La mémoire est chose volatile.
Pour la première fois dans l'histoire, l'Ukraine sera présente à un événement à part entière des pays du G7 :
"Le moment est venu de prendre des décisions stratégiques sérieuses sur l'Ukraine, la Russie et de faire en sorte que le monde se tourne vers la paix et la sécurité international. Nous sommes heureux que l'Ukraine puisse se joindre à cette conversation difficile mais cruciale, et nous espérons apporter une contribution importante à de futures décisions conjointes".
L'ambassadeur a confirmé que le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Pavlo Klimkine, avait reçu une invitation de la part de son homologue canadienne, Chrystia Freeland, à participer à la réunion, qui débutera à Toronto le 22 avril prochain.
La situation en Ukraine est effectivement tendue. Sans compter que dans ce bel exemple de reconversion européenne  l'on tire allègrement dans la capitale au lance-grenades puisque le pouvoir est incapable d'endiguer l'hémorragie d'armes dans le pays en dehors des zones de conflits, la Trêve de Pâques entrée en vigueur le 30 mars est totalement violée par l'armée ukrainienne.
Dès le 4 avril, la quantité de munitions utilisée (allant jusqu'au calibre 120 mm) fait un bon à 610 pour ensuite se stabiliser autour d'environ 300 par jour.
 
Dans la nuit du 10 au 11 avril, les tirs se sont rapprochés de Donetsk et intensifiés:
Du 10 au 11 avril à 6 heures, l’armée ukrainienne a ainsi violé le cessez-le-feu à 28 reprises, tirant 587 munitions contre le territoire de la RPD. Pour la première fois depuis le début de la trêve de Pâques, les soldats ukrainiens ont utilisé l’artillerie lourde de 152 mm, contre la zone proche de l’aéroport de Donetsk (centre Volvo). En plus des 20 obus d’artillerie de 152 mm, l’armée ukrainienne a tiré durant ces 24 heures, 115 obus de mortier de 120 mm et 58 obus de mortier de 82 mm.
 
Une partie de ces derniers a atterri sur les zones résidentielles des districts de Kouibychevskyi et Kirovskyi à Donetsk ainsi que sur la localité de Staromikhaïlovka. La plupart des tirs ayant touché les zones civiles ont eu lieu tôt ce matin dès 5 h, pour ne s’arrêter qu’à 7 h 30. 
 
Le bilan matinal de trois civils blessés et 12 habitations endommagées a été brutalement revu à la hausse en cours de journée alors que les informations étaient transmises aux autorités. Le bilan final fait état de sept civils blessés (quatre dans le district de Kouibychevsky, et trois à Staromikhaïlovka), ainsi que de huit maisons et 12 immeubles endommagés (dont presque toutes les fenêtres ont été soufflées par les explosions dans certains cas).
Le 12 avril, les soldats ukrainiens ont repris leur activité favorite, surtout qu'elle ne présente pour eux aucun danger: tirer sur les bus scolaires.
 
Zaïtsevo, ce fut le cas, pour continuer vers un tir continu sur le village. 
 
Evidemment, aucune réaction internationale. Un silence de plomb. L'Ukraine est une victime. Ca ne se discute pas. Elle va venir à Toronto pour discuter de "l'agression russe" et pas une seule voix ne s'élèvera pour poser la question des agressions menées par l'armée ukrainienne contre les civils, pour parler des violations du cessez-le-feu, pour parler des violations par l'Ukraine des accords de Minsk, qu'elle seule peut exécuter. Ce n'est pas la Russie qui peut adopter les lois nécessaires, ce n'est pas la Russie qui va ordonner à l'armée ukrainienne de ne pas tirer. Ce n'est pas la Russie qui va déterminer le calendrier politique de l'Ukraine. L'Ukraine maintenue par l'Occident en situation de dépendance, l'Etat dépecé, le territoire déchiré, le peuple fracturé. Finalement, c'est l'Occident qui a  fait la guerre à l'Ukraine. Qui a conquis le territoire et le pouvoir.
 
L'Ukraine est peut-être une victime. Mais une victime en adoration devant ses bourreaux. Et la Russie n'a strictement rien à voir ici. 
 

Lavrov se prononce sur les conséquences d’une éventuelle frappe US contre l’armée syrienne

Lavrov se prononce sur les conséquences d’une éventuelle frappe US contre l’armée syrienne

 

 
12 Avril 2018
La réflexion de Poutine sur la France est encore plus sarcastique: « Voilà un pays qui envoie 2500 gendarmes contre 80 gauchistes et un chien et qui veut donner des leçons à la Syrie qui affronte des terroristes djiadistes ».
 
(note de danielle Bleitrach)

Vladimir Pesnya

INTERNATIONAL

 

Les conséquences d’une frappe américaine contre les forces gouvernementales syriennes seront des plus graves, estime le ministre russe des Affaires étrangères.

 

Dans le cas d’une frappe américaine sur les Forces gouvernementales syriennes, les conséquences seront des plus graves, affirme Sergueï Lavrov en réponse à la rhétorique belliciste des États-Unis.

 

«Mme Haley (Nikki Haley, la représentante permanente des États-Unis à l’Onu, ndlr) doit comprendre que si se servir du microphone au Conseil de sécurité de l’Onu est une chose, le fait que les militaires russes et américains ont des canaux de communication — par le biais desquels il est strictement réglementé ce qui est permis et ce qui ne l’est pas — en est une autre», a-t-il expliqué.

 

Nikki Haley a menacé lundi la Syrie d’une frappe similaire à celle réalisée par Washington en avril 2017. Elle a annoncé que Washington était prêt à effectuer une nouvelle frappe sur les Forces gouvernementales syriennes, si l’Onu s’avérait incapable d’obtenir l’arrêt des offensives dans la Ghouta orientale, banlieue est de Damas.

 

 

 

Fin janvier, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a accusé les autorités syriennes d’avoir utilisé des armes chimiques contre des civils dans la Ghouta orientale. Moscou, selon Washington, fait tout pour protéger le pouvoir de Bachar el-Assad qui continuerait à avoir recours aux armes chimiques.

 

Moscou a rétorqué que les accusations américaines se fondaient uniquement sur des rumeurs, sur des publications sur les réseaux sociaux et sur des témoignages de terroristes.Les autorités syriennes ont à plusieurs reprises démenti tout recours aux armes chimiques contre les civils ainsi que contre les terroristes, en soulignant que l’ensemble des arsenaux chimiques syriens avaient été retirés du pays sous le contrôle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

 

Surkov : le destin de la Russie, la solitude n'est pas l'isolement

mardi 10 avril 2018

Surkov : le destin de la Russie, la solitude n'est pas l'isolement

La radicalisation du comportement de l'Occident face à la Russie, l'attitude de rejet constant et répété, le complexe de supériorité, semblent avoir épuisé l'incroyable patience du pays. Prenant conscience d'un état de choses qui ne va pas s'améliorer, tirant les leçons du passé, la Russie est en train de construire sa propre voie pour l'avenir. Le tournant de 2014 a décomplexé la Russie, l'hystérie que nous vivons aujourd'hui lui a définitivement ôté toute illusion quant à ses "partenaires". Ni Occidentale, ni Orientale, un peu des deux, il est temps qu'elle devienne elle-même. Vladislav Surkov, conseiller du Président Poutine, notamment en charge de l'Ukraine, esprit brillant et surprenant, a publié sa vision de l'avenir du pays dans la revue La Russie dans la politique globale. En voici une présentation: la solitude qui va toucher la Russie pour une très longue période n'est pas de l'isolement. C'est le résultat d'un choix supérieur et conscient, celui de l'indépendance. 
 
La vitesse prévaut sur la profondeur et les analyses restent souvent à la surface des choses, les prévisions sont de piètre qualité, ce qui ne semble pas inquiéter les lecteurs habitués. Pourtant, au-delà des sursauts événementiels, il existe des lames de fond d'une importance géopolitique et historique. Le poids contre la légèreté. La masse contre le superficiel. 
 
Les évènements de 2014 sont de ceux-là. Tout a déjà écrit à ce sujet. Sauf leur importance stratégique. Cette carrure que prennent les évènements avec le temps.
"Cet événement marque l'aboutissement du voyage épique de la Russie en Occident, la fin des nombreuses tentatives douloureuses de devenir une partie de la civilisation occidentale, de s'apparenter "aux bonnes familles" des peuples européens."
2014 a ouvert la voie à une nouvelle époque de solitude géopolitique, "14+", dans laquelle la Russie va se trouver pour une longue période (un siècle, deux siècles, plus?). 
"L'occidentalisation, commencée avec légèreté d'esprit par le Faux Dimitri et résolument continuée par Pierre le Grand, en 400 ans a été tentée sous tous les angles. Qu'est-ce que la Russie n'a pas fait pour devenir la Hollande, la France, l'Amérique ou le Portugal. De quel côté seulement n'a-t-elle pas tenté de faire sa place en Occident. Notre élite a pris avec un grand enthousiasme, peut-être en partie inutile, toute idée, toute secousse, qui venait de là-bas."
Les familles royales se mélangeaient, l'armée russe a pris part dans toutes les grandes guerres européennes et l'a payé très cher en hommes et en sang, ce qui a rapporté des territoires au pays, mais pas des amis.
 
La Russie a systématiquement repris les valeurs et idéologies européennes, que ce soit les valeurs chrétiennes sous l'Ancien Régime, ou le marxisme lorsqu'il devint à la mode:
"Ils avaient tellement peur d'être en retard par rapport à l'Occident"
Peur que la grande révolution passe à côté d'eux. Lorsqu'ils ont mis en place l'URSS, ils se sont alors rendu compte que la grande révolution mondiale n'a pas eu lieu, le monde occidental n'est pas devenu un monde de paysans et de travailleurs, mais un monde capitaliste.
 
Fatigué de son unicité, à la fin du siècle précédent, le pays s'est à nouveau adressé à l'Occident:
"Il a alors semblé à certain que la taille avait un sens, il fallait diminuer d'importance:  nous n'entrerons pas en Europe, car nous sommes trop gros, d'une largeur qui fait peur. Donc, il faut réduire le territoire, la population, l'économie, l'armée, les ambitions jusqu'au niveau d'un pays européen moyen, et alors c'est certain, ils nous prendront pour l'un des leurs."
Mais même comme ça, réduite, la Russie n'entre pas dans le cadre européen. Finalement, il a été décidé de mettre un terme aux prières et au dénigrement, de faire valoir ses droits. 2014 était inévitable.
 
Pour autant, prendre un virage vers l'Orient, ne servira à rien, la Russie a déjà vécu cette période de son histoire. Elle s'est construite, à l'origine, dans son combat contre les Hordes.
"Ainsi, 400 ans la Russie est allée vers l'Orient. 400 ans vers l'Occident. Et ni d'un côté ni de l'autre n'a pu prendre ses racines. Ces deux voies ont été épuisées. Maintenant, va être réclamée l'idéologie de la troisième voie, le troisième type de civilisation, la troisième Rome... Et néanmoins il est peu probable que nous soyons une troisième civilisation. Plutôt double, duale. Qui comprend et l'Orient et l'Occident. Et européenne et asiatique en même temps et de là ni asiatique, ni européenne totalement."
Notre culture fait alors plutôt penser à celle d'un mariage mixte. Métis. Etranger parmi les siens. Comprenant tous, incompris par eux.
 
Quelle sera la solitude qui nous attend? Une longue traversée du désert ou la solitude heureuse du Chef qui ouvre la voie? Cela dépendra de nous.
"La solitude ne signifie pas l'isolement total. L'ouverture sans limites est également impossible. Et l'une et l'autre serait la répétition des erreurs passées."
La Russie va faire du commerce, échanger des idées, provoquer l'intérêt, la jalousie, la sympathie, la curiosité, la haine, la fierté. "Simplement sans leurre et sans abnégation."

 

Ce sera intéressant.

 

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A propos de la Russie mal aimée

A propos de la Russie mal aimée


Par Jean-Marc − Avril 2018

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Conjuguée avec la diabolisation de Poutine, la russophobie continue de faire des ravages dans les médias. On l’a vu dans une des récentes éditions de Temps présent, qui se veut l’émission phare de notre TV étatique. Le titre parlait pour lui-même : Poutine, Le Parrain.

 

Conclusion de cette sombre descente dans les milieux mafieux du Saint Saint-Pétersbourg des années 90 : Poutine a été contraint de briguer un nouveau mandat dans le seul but de conserver son immunité de président et d’échapper à des poursuites judiciaires. De l’homme d’État, qui a su relever son pays au bord de la déliquescence et se faire respecter du grand gendarme – et brigand – international, pas un mot. En bref, une mauvaise caricature.

 

Il y a heureusement quelques exceptions au brouillage médiatique sur la Russie. Au moment où l’on pourrait désespérer de Billag, notre TV romande sait parfois faire son métier de chaîne publique et refléter la diversité des faits et des opinions. Ainsi, dans une de ses dernières émissions d’« Histoire vivante » intitulée « Poutine, le Nouvel Empire » elle nous offre un autre visage de Poutine, celui d’un pro-occidentaliste qui a bien des raisons de se sentir dupé par ceux qu’il n’a cessé d’appeler ses « partenaires ». Elle nous donne aussi un condensé des moments décisifs de l’Histoire qui depuis la chute du Mur ont amené la Russie à chercher sa propre voie et à réaffirmer son identité en dehors des canons de la bien-pensance occidentale.

 

Cette production française plante le décor là où il fallait commencer : par la célébration à Moscou des 70 ans de la victoire sur l’Allemagne nazie, où aucun leader occidental n’a daigné venir rendre hommage aux 27 millions de victimes russes qui ont permis de gagner la guerre. Rien ne peut mieux faire comprendre le sentiment d’ingratitude qu’éprouve le peuple russe à l’égard de l’Europe et les raisons qui ont fait plébisciter son président (tout autant que le retour de la Crimée dans le giron russe). Les mouvements d’opposition ne sont pas pour autant ignorés, mais ils ne sont pas présentés comme l’unique source d’information crédible, ainsi que les correspondants occidentaux accrédités à Moscou ont tendance à le faire croire.

 

Il en faudra bien plus pour rééquilibrer la balance et entamer les préjugés russophobes qui des années durant ont été entretenus par la presse et sur les ondes, et qui sont profondément ancrés dans l’opinion occidentale. Un test sera de voir comment les Britanniques − et à leur suite l’opinion européenne − vont gober l’attaque au poison du Royaume-Uni. Le leader de l’opposition travailliste Corbyn a été conspué jusque dans les rangs de son propre parti pour oser demander que la procédure normale – et notamment celle que prévoit le traité international de 1997 sur les armes chimiques − soit respectée avant d’incriminer la Russie et de lui imposer de nouvelles sanctions. Le coup de la fiole qui avait justifié le déclenchement de la guerre d’Irak, va-t-il à nouveau réussir au risque de nous entraîner dans un affrontement qui pourrait devenir planétaire ?  Pour une fois, l’Union européenne et Lady May sont tombés d’accord et appliquent à la Russie un nouveau principe : celui de la présomption de culpabilité. Voilà une belle leçon donnée à la Russie sur le respect de l’état de droit dans nos vieilles démocraties.

 

Pour tous ceux qui recherchent une information moins lourde de préjugés et plus empathique sur les Russes et leur président, on ne peut que recommander l’ouvrage de Héléna Perroud « Un Russe nommé Poutine » (Éditions du Rocher). Née en Russie, cette binationale a été la collaboratrice de Jacques Chirac et a dirigé l’Institut français de Saint Saint-Pétersbourg. Elle sait se mettre à la place de ses compatriotes et voir de leurs propres yeux, pour mieux nous faire comprendre comment Poutine s’inscrit dans l’histoire de leur pays. Slobodan Despot a interviewé Héléna Perroud dans Antipresse. Autre témoignage empathique, plus proche de nous, celui de Frédérique Burnand, arrière petite fille du peintre, qui s’est prise de passion pour la Russie et raconte dans « Jours de Russie » (Éditions de l’Aire), son immersion dans la vie quotidienne des simples gens, dont elle déchiffre les préoccupations et qu’elle parvient à nous rendre proches.

À la pêche sur Internet, on trouve le meilleur et le pire. L’hebdomadaire en ligne Antipresse de Slobodan Despot, cité plus haut, reste un bon port d’attache. Il est en voie de métamorphose pour prendre de la hauteur sous le nom de Drone. On peut l’aider à prendre son envol en s’y abonnant. J’ai le plaisir de lui prêter ma plume dans la rubrique « main courante » http://log.antipresse.net/.

 

La barque de l’information est déjà bien lourde. Ce qui précède n’a pas la prétention de la faire déborder.

 

La ville de Toula, à deux cents kilomètres au sud de Moscou, a failli subir le même sort que Leningrad pendant la dernière guerre. A l’automne 41, les Allemands étaient déjà à ses portes et en deux mois, ils avaient presque encerclé la ville. Dans un sursaut d’héroïsme, les défenseurs pris au piège avaient réussi à desserrer l’étau et avant la fin de l’année à repousser définitivement les assaillants.

 

La guerre, les gens de Toula n’ont pas besoin d’un dessin pour leur rappeler ce que c’est. Au musée historique de la ville, situé dans l’enceinte du kremlin, une affiche annonce une conférence sur le siège de la ville intitulée « A deux pas de la guerre ». Comment ne pas faire le rapprochement avec la situation internationale et la nouvelle ronde de sanctions qui pourraient nous amener « à deux doigts de la guerre » ? Le préposé au vestiaire, tout en prenant mon manteau, a lu dans mes pensées : « Mais qu’est-ce qu’ils nous veulent encore ? ». Les nouvelles sanctions infligées par l’Occident alimentent l’inquiétude, mais réveillent aussi un vieux sentiment de résistance. « Les sanctions sont bonnes pour nous. Elles nous apprennent à nous suffire à nous-mêmes et nous avons tout ce qu’il nous faut ».

 

Il n’est pas difficile ici de croire à la menace réelle d’un conflit, qui pourrait se transformer en en affrontement planétaire. Les marques de la dernière guerre sont encore bien présentes. Dans la bucolique propriété de Tolstoï, à huit kilomètres de Toula, la guide nous montre sur des photos l’état dans lequel les Allemands ont laissé la bibliothèque du romancier et vieux pacifiste barbu, avant de battre en retraite.

 

Contraste : La démocratique et pacifique Europe cherche elle à se faire peur par des attaques imaginaires, sans penser une minute que des va-t-en-guerre jouent avec le feu. L’Angleterre avait déjà donné l’alerte en janvier dernier. Son nouveau ministre de la Défense Williamson avait déclaré dans une interview au Telegraph que la Russie espionnait son réseau de communication et prévenu des dangers d’une possible «agression russe» pouvant causer des milliers de morts. Mais cette fois-ci la presse n’y avait pas cru et le Daily Mail révélait que Williamson avait lancé ce bobard pour détourner l’attention et masquer le scandale d’une liaison extraconjugale qu’il avait eue en 2004 ! Aujourd’hui, le Secrétaire à la Défense remet ça et il n’a plus rien à cacher.

 

En 2016, le vénérable Chomsky nous avertissait : il est minuit moins trois, soit deux minutes de moins qu’au pire moment de la guerre froide. Une autre Cassandre américaine, le Professeur Stephen Cohen, continue de répéter à longueur de semaines sur la dernière petite chaîne de radio new yorkaise où on veut bien lui donner la parole, que la situation est bien plus dangereuse qu’au pire moment de la crise des missiles de Cuba. Faut-il le croire ? Ou au contraire, les jappements du caniche britannique face à la placidité de l’ours russe, ne font que trahir son impuissance ?

 

En 1935, Giraudoux écrivait « La Guerre de Troie n’aura pas lieu ». A quel acte en sommes–nous aujourd’hui ?

 

Jean-Marc

Toula, 3 avril 2018

Le Donbass, laboratoire du solidarisme ?

Le Donbass, laboratoire du solidarisme ?

 


Par Emmanuel Leroy − Avril 2018

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Depuis bientôt trois ans que je vais régulièrement dans cette région en guerre apporter avec mes amis un maigre secours aux enfants du Donbass victimes de la guerre de conquête de l’OTAN, j’observe une société en profonde mutation, arc-boutée sur la volonté inébranlable de ne pas céder un pouce de terrain face aux hommes de la junte de Kiev et résistant victorieusement à tous les assauts tel un fameux village gaulois encerclé par les séides d’un nouvel empire marchand.


De mai 2015 lors de ma première visite jusqu’à la dernière en août 2017, j’ai vu la république de Donetsk restaurer ses routes, relever ses ruines, remplacer les milliers de vitrines brisées et changer les conduites d’eau ou de gaz perforées par les bombes et offrir aujourd’hui le spectacle d’une capitale pimpante, fleurie et avenante où il ferait bon vivre si l’on n’entendait tous les jours tomber les obus sur la ligne de front située à moins de 4 km du centre-ville et si l’on ne voyait la mort faucher presque chaque jour son tribut macabre de civils ou de miliciens.

 

J’y ai vu l’ancien Mc Do© de la place Lénine transformé en Don’ Mak© et cesser du jour au lendemain d’envoyer l’argent de la jeunesse de Donetsk alimenter les comptes en banque de cette multinationale de la malbouffe. J’y ai vu les banques fermées et les panneaux publicitaires débarrassés des images agressives de vamps dénudées vantant n’importe quelle marchandise frelatée. J’ai vu une société civile tout entière derrière son armée de volontaires, jusqu’à voir un père s’engager dans le même bataillon où le fils a perdu la vie au combat le mois précédent.

 

J’ai vu des femmes engagées dans les forces spéciales dépenser le temps précieux de leurs permissions pour nous accompagner dans des maraudes près de la ligne de front pour apporter de la nourriture et des douceurs aux babouchkas et aux enfants qui vivent dans des maisons délabrées ou dans des bunkers souterrains datant de la guerre froide.

 

J’ai vu des volontaires venus de Russie, des deux Amériques, de France, de Serbie, d’Arménie, de Géorgie, d’Allemagne ou d’Italie et d’autres parties du monde encore pour offrir leur vie dans cet affrontement total qui oppose deux conceptions du monde parfaitement antagonistes et irréductibles l’une à l’autre et que l’on peut résumer dans la lutte éternelle entre Carthage et Rome, entre les puissances de la mer et celles de la terre, et au-delà entre le monde fluide de l’argent et le monde où les choses qui sont sacrées ne s’achètent pas.

 

Je suis en train d’achever la lecture du livre en hommage au Donbass de Zakhar Prilépine, cet auteur russe, célèbre dans son pays, et que j’ai eu le plaisir de rencontrer au salon du livre russe à Paris en février dernier. Nous avons d’ailleurs convenu de réaliser ensemble une mission humanitaire à Donetsk ces prochaines semaines.

 

La lecture de ce livre que je vous recommande chaudement pour comprendre comment et pourquoi cette rébellion du Donbass contre Kiev et ses donneurs d’ordres occidentaux a pris chair, donne un éclairage particulièrement intéressant à tout ce que j’ai pu observer moi-même sur le terrain depuis bientôt trois ans. Ce qui ressort de manière très claire de cet ouvrage étonnant, et fort bien écrit par ailleurs, est que cette sédition a été réalisée par des hommes qui n’avaient aucun intérêt matériel à la faire et qui au contraire avaient tout à perdre, et d’abord leur vie, en refusant les ukases de Kiev. L’entrée en rébellion n’a pas été faite, ou suscitée, par les oligarques du Donbass, bien au contraire, ces derniers ont tout fait pour la saboter et ils étaient prêts à s’entendre avec leurs homologues de Kiev ou de Kharkov pour sauvegarder leurs intérêts et leurs rentes. Non, cette révolution a été faite par des insurgés venus du peuple, mineurs et paysans, encadrés par des gens de la classe moyenne – Alexandre Zakharchenko, le Président de la République Populaire de Donetsk était électromécanicien avant le début de la guerre − alors que les bourgeois de Donetsk, hauts fonctionnaires et dirigeants d’entreprise, ont quitté le Donbass pour Kiev ou la Russie dès les premiers coups de feu pour sauver leur peau et leurs comptes en banques, bien convaincus que sans eux, personne ne serait capable à Donetsk et à Lugansk de remettre l’économie et l’administration en marche.

 

Et c’est là que le miracle s’accomplit, car les rebelles du Donbass, confrontés à une guerre d’agression très violente entre 2014 et 2015 puis à une guerre d’usure et à un blocus sans faille depuis lors, ont non seulement réussi à stopper les assauts des troupes de Kiev et de leurs alliés de l’OTAN, mais ils ont surtout réussi à remettre sur pied des circuits commerciaux, des usines fermées depuis des lustres ou détruites pendant la guerre, des administrations indispensables à la vie quotidienne (hôpitaux et santé, services des eaux, du gaz, de l’électricité, des transports, de l’entretien des routes, des écoles, des universités…). Tout cela fonctionne mais, et c’est cela qui est véritablement révolutionnaire, pas sur des principes libéraux et pas non plus sur des principes socialistes, même si un grand nombre d’entreprises ou de commerces abandonnés par les oligarques ont été nationalisés. Le Donbass est en train de montrer au monde que le profit n’est pas le destin d’un peuple et qu’une société, même en guerre, peut s’épanouir sans lutte des classes, dès lors que les prévaricateurs et les banquiers sont hors du jeu.

 

Dans le livre de Zakhar Prilépine, ce dernier qui se décrierait volontiers comme un patriote socialiste, relate ses nombreuses rencontres avec le Président Zakharchenko, qui se verrait lui plutôt comme un monarchiste, ce qui intrigue manifestement Prilépine qui ne s’attendait pas à cette réponse et ce qui est extraordinaire c’est que cette mayonnaise improbable est en train de prendre sur ces terres noires du Donbass. À Donetsk aujourd’hui, un président de la république nostalgique du temps des tsars est aux côtés d’un patriote socialiste qui a fleureté avec le national-bolchevisme et ils luttent tous deux contre un Système qui a érigé l’argent en valeur suprême. Le point nodal de leur combat est la recherche du bien commun pour les populations slaves du Donbass et non pas la recherche des privilèges ou des avantages pour quelques-uns, que ce soient des boyards ou une nomenklatura quelconque.

 

Plus précisément encore, et le livre de Prilépine le montre très bien, se dessine dans le Donbass une nouvelle philosophie politique où la solidarité prime sur l’égoïsme. La puissance régalienne qu’incarne Alexandre Zakharchenko est en mesure de rétablir les équilibres et de réparer les injustices : un exemple parmi des dizaines : des conseillers lui ayant fait remarquer que les prix du marché central de Donetsk avaient tendance à s’envoler, Zakharchenko est allé voir le directeur et lui a demandé de faire baisser les prix. Devant le refus de ce dernier, il lui a alors annoncé qu’il était muté sur un autre poste, et le lendemain, le directeur s’est retrouvé en première ligne sur le front et revêtu de l’uniforme ad hoc pour méditer sur les dangers de s’opposer à l’autorité régalienne lorsque celle-ci veut protéger les intérêts du peuple. La « punition » devait durer trois mois, mais comme le directeur était père de famille nombreuse, grâce à la magnanimité du Président, elle fut ramenée à un mois. Quoi qu’il en soit, dès le lendemain, les prix sur le marché avaient baissé de manière substantielle, et tous les autres marchés de la capitale s’étaient alignés.

 

Mais alors me direz-vous, le solidarisme, qu’est-ce que c’est ? Eh bien c’est cela ! L’exact contraire de l’atomisation des individus que l’on observe dans toutes les sociétés occidentales afin de les laisser sans défense contre la « main invisible » du marché. Tout est fait dans le Donbass pour protéger une communauté, un peuple – sans considération raciale – sans chercher à privilégier une catégorie plutôt qu’une autre. À la différence de la Révolution française qui fut une révolution bourgeoise qui mit les boutiquiers au pouvoir à la place de l’aristocratie, la révolution du Donbass est une authentique révolution populaire qui s’est débarrassée de ses oligarques et qui est en train, sous nos yeux, de créer un modèle pour le monde de demain. J’y suis d’ailleurs à nouveau invité en mai prochain pour assister au 4e anniversaire de l’indépendance de la République de Donetsk et j’irai avec plaisir saluer son Président et le féliciter pour le travail accompli.

 

Il serait temps que les partisans sincères de l’Euromaïdan, ceux qui ont cru mettre un terme à la corruption en Ukraine, ouvrent les yeux pour se demander s’ils ne se sont pas trompés de camp et cessent enfin cette guerre voulue par les Anglo-Saxons contre leurs frères slaves du Donbass.

 

Emmanuel Leroy

Président de l’association humanitaire
Urgence Enfants du Donbass

L'opération « Cousine » peut désamorcer l'affaire Skripal

samedi 7 avril 2018

L'opération « Cousine » peut désamorcer l'affaire Skripal

Les miracles s'enchaînent et se ressemblent, période oblige. Pour la Pâques catholique nous avons eu droit au réveil de la fille Skripal, qui se porte vraiment à merveille et déclare que son père va bien et se "repose". Et nous qui les croyons presque morts ... Mais lui aussi revient de l'au-delà, cette fois-ci pour la Pâques orthodoxe. Décidément, Dieu équilibre ses miracles. Toutefois, remettons les choses dans l'ordre, les Anglais n'ont pas de leur plein gré grillés leurs "victimes", ils ont dû trouver une réponse à une cousine envahissante. Ou comment la Russie, elle, a réveillé Victoria. Un petit roman d'espionnage comme on les aime.
 
Il était une fois une famille ordinaire. Le père, Sergueï Skripal, espion russe, retourné par le MI6, condamné en Russie pour haute trahison, rendu aux Britanniques en échange d'un autre espion. Il vit depuis en Angleterre. La fille, dans le business, fait des allers-retours entre la Russie et la Grande-Bretagne, aurait perçu suite au décès de son frère une somme importante un mois avant l'opération "empoisonnement" - finalement, peu de choses sont connues sur elle. 
 
Et les Skripal sont "empoisonnés". Thérésa May déclare qu'ils sont dans un état critique dont ils ne pourront pas sortir, car c'est un gaz militaire très fort qui a été employé - par la Russie. Agression d'un Etat (la Russie) sur le sol d'un autre Etat contre des civils. Presque une déclaration de guerre. La bonne conscience politique internationale s'emballe, la Russie devient likely un Etat terroriste, ça ne s'est pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale. Des diplomates sont expulsés - c'est le moins que l'on puisse faire. Le maximum aussi. L'Occident se drape dans son bon droit, dans le linceul du Bien. Qu'a-t-on besoin d'une enquête lorsque l'on a le coupable? 
 
C'est alors qu'apparaît ... la cousine Victoria. Celle qui vit à Iaroslavl, qui est interviewée par les médias et s'inquiète de ne pouvoir avoir de nouvelles de ses proches, empoisonnés et dans un état critique, qui demande un visa pour aller à Londres voir ce qui se passe. Celle qui commence à faire du bruit. Est interviewée par des journalistes britanniques. Qui est soutenue par l'Ambassade russe en Grande-Bretagne, qui l'aide pour les démarches. 
 
Cette cousine qui est lancée dans cette petite opération Skripal, sous contrôle. Cette cousine comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Qui est mise en avant sur les plateaux de télévision russe. Cette cousine qu'il faut écarter à tout prix. 
 
L'on apprend alors que la fille Skripal se porte beaucoup mieux, qu'elle a repris connaissance et enfin qu'elle peut parler. Premier miracle, elle qui était dans un état critique. Mais que ne ferait-on pour rassurer la cousine envahissante. 
 
Victoria est alors contactée le 5 mars par l'Ambassade britannique qui lui propose de venir. Elle refuse car ne se trouve pas à Moscou. C'est alors que le miracle suivant se produit: Yulia Skripal téléphone à Victoria, depuis un numéro inconnu. Sa voix est parfaite, elle se porte à merveille. Le but des Anglais est de calmer cette cousine qui n'était pas prévue dans le scénario pour qu'elle ne vienne pas mettre son nez dans les affaires londoniennes.
 
Mais la conversation est enregistrée et diffusée. Et en effet, elle est sensationnelle. Même sans être russophone, écoutez la conversation (à la 35e minute), ce n'est vraiment pas la voix d'une personne qui sort du coma et vient de voir la mort en face. C'est plutôt celle d'une personne qui revient de vacances ...
 

Pour les non russophones, voici la traduction:
Victoria: Allô
Yulia: Allô, tu m'entends?
V.: J'entends.
Y.: C'est Yulia Skripal.
V.: Oh! Yulia, c'est toi! Mon Dieu! J'entends à ta voix que c'est toi! Je n'y comprends rien! On t'a donné le téléphone, c'est ça?
Y.: oui, oui, oui.
V.: Oh, merci mon Dieu! Ma petite Yulia, tout va bien pour toi?
Y.: Ca va. Tout va bien.
V.: Regardes, si demain j'obtiens le visa, je pourrai venir te voir lundi.
Y.: Hum, Vic, personne ne donnera le visa.
V.: Bon, c'est aussi ce que je pense. Bon, mais s'ils le donnent, j'ai besoin que tu dises si je peux te voir ou pas. Il faut dire oui.
Y.: Hum, je ne pense pas. Ici, la situation est telle. On verra plus tard.
V.: Oui, je sais. Je sais tout.
Y.: Oui, plus tard, ce sera mieux. Bref, tout va bien. Après tout sera plus clair.
V.: C'est ton téléphone?
Y.: C'est un temporaire, tu sais, ceux-là.
V.: Hum, compris.
Y.: Pour l'instant tout va bien. Après on verra, on réglera tout au fur et à mesure. Seulement la situation est telle, tu comprends. Bref, tout va bien. Tout va bien. Tout va se régler. Tout le monde va guérir. Tout le monde est en vie.
V.: OK. Pour papa, tout va bien?
Y.: Tout va bien. Maintenant il se repose. Il dort. Tout le monde est en bonne santé. Rien d'irréparable pour personne. Voilà. Je vais bientôt sortir de l'hôpital. Tout va bien.
V.: Bon d'accord, je t'embrasse mon lapin.
Y.: Aller, salut!
Donc si l'on résume, les mourants sont en bonne santé, ils se reposent. Et surtout la cousine ne doit pas venir voir. Voir quoi? Que personne n'est malade en fait? Et ne l'a jamais été? Que tout ceci n'est qu'une énorme fumisterie?
 
De fait, son visa vient de lui être refusé sans motif - elle est quand même un parent et on lui refuse de venir voir ses proches malades. Où est l'empathie de la civilisation occidentale? Il faut dire que le jeu de Yulia n'est pas clair du tout non plus. Puisque la proposition d'aide consulaire lui a été transmise et elle ne l'a pas acceptée.
 
Et le dernier miracle en date. Après que la Russie ait révélé la conversation entre les cousines, les Anglais ont bien dû réveiller le père aussi. Qui se porte bien, et se rétablit rapidement. Décidément, quelle époque formidable! Une crise internationale, alors que l'on ne sait pas où est produit la substance incriminée, comment elle a été employée, par qui quand et où et il semblerait même qu'elle n'ait jamais été employée.
 
En sortant la carte de la cousine, il se pourrait bien que la Russie ait neutralisé l'opération Skripal, qui devrait avoir épuisé sa capacité de nuisance. Ce qui ne veut pas dire que la situation en général va se normaliser, il n'y a pas de fondement à cela et les nouvelles sanctions américaines le démontrent, mais ce faux-empoisonnement va s'éteindre doucement.
 
PS: Les enquêteurs de l'OIAC sont venus voir les lieux où le renseignement anglais disait qu'il y avait du Novitchok entreposé en Russie. Ils ont certifié qu'il n'y avait aucune trace d'un quelconque produit chimique. 
 

Préparons-nous pour de nouvelles batailles. Rapport du Président du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie G.А. Ziouganov au Plénum de mars 2018 du Comité central du Parti

 

05 Avril 2018

Service de presse du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie

31-03-2018

https://kprf.ru/party-live/cknews/174480.html

 

 

Chers camarades,   

               

Nous venons de vivre une campagne politique complexe et très responsable. Les élections du chef de l’Etat ont eu lieu en Russie. Dans cette campagne, nous avons déclaré avec assurance: le pays a besoin d’un programme de développement, d’un programme de progrès économique, d’une nouvelle industrialisation et de l’instauration de la justice sociale. Sans la mise en œuvre de cette stratégie, la Russie ne peut éviter un effondrement mettant en danger  sa souveraineté. Chacune de nos étapes dans cette élection a été subordonnée à l’objectif de sortir pacifiquement et démocratiquement le pays de la crise, de l’impasse où il était conduit par le régime oligarchique.

                                          

En décembre de l’année dernière, lors du XVIIe Congrès du Parti, nous avons nommé l’un des dirigeants d’entreprise les plus talentueux et les plus prospères de Russie – Pavel NikolayevitchGroudininecomme candidat à la présidence. Seul notre candidat s’est présenté aux élections présidentielles avec un plan clair et bien fondé pour résoudre les tâches les plus difficiles auxquelles la Patrie est confrontée. Le programme anti-crise du Parti communiste a formé la base du programme « 20 étapes de Pavel Groudinine. »

 

Nos propositions pré-électorales, l’activité de toutes les structures et le candidat lui-même, une large union du Parti communiste avec les forces populaires, de gauche et patriotiques assuraient un soutien massif des citoyens. Et notre candidat, contre vents et marées, a acquis la stature d’un grang politicien.

 

Vladimir Ilitch Lénine a enseigné que le parti doit analyser de manière exhaustive à la fois ses succès et ses erreurs. Pour avancer avec confiance, nous devons évaluer objectivement ce que nous avons mené avec succès lors de cette dernière campagne électorale, et quelles ont été nos lacunes.

 

Des élections sur fond de crise

 

La campagne électorale s’est déroulée dans le contexte d’une crise croissante de l’économie et de la sphère sociale. Les élections ont été accompagnées d’un effondrement de l’industrie nationale. Elles ont été précédées par une période prolongée de baisse des revenus des citoyens et une augmentation des inégalités sociales. Pratiquement tout témoigne du fait que le modèle de capitalisme sauvage imposé au pays engendre la dégradation et la déchéance, démontre sa banqueroute complète.

 

La détérioration de la situation se produit dans le contexte d’une exacerbation sans précédent de la situation de la politique étrangère depuis la guerre froide. Les Etats-Unis ont directement déclaré la Russie leur adversaire géopolitique et militaire, avec qui il est nécessaire de se battre avec tous les moyens disponibles. Les Américains l’ont déclaré ouvertement dans la doctrine de la sécurité nationale.

 

L’Occident crée constamment de nouvelles provocations destinées à discréditer la Russie et à justifier des attaques agressives contre elle. En fait, des mesures sont prises pour former la prochaine Entente pour lutter contre notre pays. Il devient de plus en plus clair que nous est déclarée une guerre d’anéantissement.

 

La Fédération de Russie a réagi en améliorant le complexe militaro-industriel et en renforçant son bouclier nucléaire. Soutenant cette étape, nous insistons sur le fait que pour une sécurité fiable, l’arsenal nucléaire à lui seul est catégoriquement insuffisant.

 

Les adversaires de la Russie se comportent de manière de plus en plus débridés. Ils comprennent comment notre économie est affaiblie et vulnérable, minée par des «réformes» libérales. L’oligarchie avide mine le pays de l’intérieur, renforce sa scission. Plus longtemps le système actuel odieux se maintiendra, plus la Russie sera vulnérable face aux adversaires extérieurs. Ils s’attendent à ce que, avec la crise croissante dans l’industrie, la science et la gouvernance, nous ne serons pas en mesure de renforcer nos défenses et de maintenir la stabilité interne.

 

Le taux de déclin de la production industrielle au cours de la dernière année a montré un record dans cette décennie. Presque tous les secteurs de l’économie continuent de se détériorer. Les investissements dans ceux-ci diminuent constamment. Dans le développement innovant de l’industrie, la Russie est 4-5 fois plus bas que les principaux pays industriels. La faible croissance du PIB russe est invisible au microscope, et si l’on ne prend pas en compte le secteur des matières premières, il baisse.

 

Contrairement aux promesses des autorités, l’économie russe ne s’est pas libérée de sa dépendance aux matières premières. Au contraire, elle devient de plus en plus « accros » aux hydrocarbures Le cours actuel condamne le pays au rôle d’appendice d’États hautement développés. Même dans le secteur des matières premières, la détérioration de la capacité de production a atteint 55%. Les experts préviennent que si la situation ne change pas, dans 10-15 ans, le pays ne sera pas en mesure de produire de « l’or noir » dans les volumes nécessaires à l’exportation. Et si les autres branches restent en ruines, il n’y aura rien pour reconstituer le budget et les réserves d’or et de devises étrangères.

 

Déjà dans le budget actuel pour la prochaine période de trois ans, les libéraux du gouvernement ont prévu une réduction substantielle des dépenses sur pratiquement tous les éléments économiques et sociaux. Ils contraignent l’industrie et la médecine, et l’éducation, et la science à se serrer la ceinture. Ils les privent de leurs dernières ressources qui leur permettraient de se développer véritablement.

 

Au cours des quatre dernières années, les revenus réels des Russes ont diminué d’au moins 13%. Il y a plus de 20 millions de miséreux dans le pays. Une personne sur quatre est incapable de payer pour le logement et les services communaux à temps. Selon les recherches, au cours des 2-3 dernières années, 37% des Russes n’avaient pas les ressources pour s’adapter à la crise. En conséquence, ils ont commencé à emprunter de plus en plus. À l’automne 2017, la part de ceux qui empruntaient à des parents et amis est passée de 40 à 60% et celle de ceux qui achètent à crédit de 12 à 22%. Pour survivre, les gens tombent dans le servage de crédit. Le volume de prêts bancaires à la population a atteint 12 milliards de roubles. La dette des citoyens sur les prêts en roubles est à un sommet historique.

 

À l’époque, le Mahatma Gandhi a posé une question: « Quelle est la différence pour les morts, les orphelins et les sans-abri, au nom de quoi ils subissent la tyrannie et la destruction – au nom du totalitarisme ou au nom sacré du libéralisme et de la démocratie ». Donc en Russie, le principe constitutionnel d’un état social est ouvertement bafoué.

 

Dans le contexte de l’appauvrissement des masses, les milliardaires en dollars et les millionnaires continuent de s’enrichir. Par le taux de croissance de leurs capitaux, la Russie a pris la tête dans le monde. La crise ne fait que contribuer à l’enrichissement des nouveaux riches. Leur fortune personnelle est égale à trois budgets annuels de la Russie. Le développement du pays, c’est le cadet des soucis de ces messieurs. Au cours des dernières années, ils ont apporté plus de 60 milliards de roubles aux banques étrangères et offshore. Alors que la campagne présidentielle était en cours, près de 10 milliards de dollars étaient encore versés hors du pays. C’est plus de deux fois plus qu’au début de l’année dernière. Dans le même temps, les autorités continuent à assurer que la Russie « se relève « . Cependant, la part des capitaux étrangers dans les secteurs les plus importants de notre économie se situe déjà entre 45% et 95%.

 

Quelques jours après les élections, des événements tragiques se sont déroulés qui ont pleinement exposé la nature laide et destructrice du capitalisme imposé à notre pays. Des dizaines de personnes sont mortes lors d’un terrible incendie dans le centre commercial de Kemerovo « Winter Cherry ». Et à Volokolamsk, près de Moscou, plus de cinquante enfants ont été empoisonnés par les émissions de gaz d’une gigantesque décharge privée. Voici les conséquences pour la société d’un système basé sur la déification des profits et encourageant ceux qui sont prêts à mettre en péril la santé et même la vie des citoyens pour le profit. Un tel système devient mortel pour la société. Ces tragédies confirment l’importance de notre lutte, notre volonté de changer de cap, de construire un socialisme renouvelé. Une société de la dignité et de l’optimisme social.

 

Une autre voie existe

Camarades!

 

En allant aux urnes, le Parti communiste et notre candidat à la présidentielleGroudinineont étudié tous les problèmes criants qui menacent le pays d’une catastrophe. Nous avons clairement indiqué comment y résister en mettant en œuvre notre programme.

 

Nous avons justifié la nécessité de nationaliser les sphères les plus importantes de l’économie. Cela permettrad’ôter les leviers de commande à l’oligarchie compradore, pour former un budget à part entière, de remettre  sous contrôle de la société les bénéfices énormes des sociétés, les diriger vers l’industrie et l’agriculture, l’industrie de la défense et la médecine, l’éducation et la science, mener à bien une nouvelle industrialisation. Nous avons proposé des mesures efficaces pour lutter contre la pauvreté et garantir les droits sociaux des travailleurs, des retraités et des jeunes familles. Nous avons montré comment résister à l’effondrement technologique et à la croissance des tarifs dans les services de logement et communaux.

 

Le parti communiste et les forces patriotiques du peuple ont démontré au public les perspectives d’une Russie nouvelle, forte et prospère, avec le triomphe de la justice et du droit. Nous avons une fois de plus prouvé qu’il est impossible de changer l’état des choses pour le mieux sans un virage à gauche.

 

À la fin des années 90, après le défaut, le pays a été sauvé par le gouvernement de coalition Primakov-Maslyukov-Gerashchenko, soutenu par le Parti communiste. Aujourd’hui, seul un gouvernement d’intérêts national, agissant dans la logique de nos propositions constructives, peut sauver la situation.

 

Dans une situation qui menace de devenir une catastrophe nationale, les autorités sont obligées de garantir une discussion approfondie des mesures de relance de la Russie. Leur devoir envers le peuple était de mener un débat à part entière, permettant au pays de choisir exactement le programme qui répond à ses intérêts et qui aidera à faire face à la crise. Mais elles n’ont pas pris cette voie. De plus, le gouvernement a tout fait pour empêcher le KPRF et notre candidat de communiquer leur programme à tous les électeurs. La compétition honnête a été remplacée par un spectacle sale, la calomnie et les provocations.

 

Les cercles dirigeants sont prêts par tous les moyens à empêcher l’éveil politique de la société et à préserver le cours féodal-oligarchique, conduisant le pays à la dégradation. Ils sont prêts à tout pour empêcher le développement de l’autorité de nouveaux politiciens capables d’orienter la Russie sur la voie de la justice sociale et du développement. Dans notre programme anti-crise, ce pouvoir ne voit pas un moyen de sauver le pays, mais une menace à son existence. Une menace qu’elle doit être neutralisée – même contre les intérêts de la Russie.

 

Comme l’ont montré les élections, non seulement les autorités, mais aussi d’autres acteurs de la lutte politique ne sont pas en mesure d’offrir un programme clair pour surmonter la crise et la renaissance de la Russie. Cela a été fait seulement par la KPRF et ses alliés. Notre coalition national-patriotique démontre avec confiance qu’il y a un autre moyen. Une fois de plus, nous avons prouvé que nous avions un programme d’actions qui répond aux intérêts de la majorité absolue des citoyens.

 

Aujourd’hui nous avons encore une raison d’affirmer: nous sommes une véritable force d’opposition qui a prouvé son droit moral et professionnel au pouvoir.

 

Sans la mise en œuvre de notre programme, les droits des travailleurs continueront d’être violés. Le gouvernement discute déjà de la question de l’augmentation de l’impôt sur le revenu de 13% à 15% (1). En cas d’annulation du taux préférentiel de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), il y aura une augmentation de 8% du coût des aliments, des biens pour enfants et des médicaments et enfin, à partir du 1er juillet, les tarifs des services publics augmenteront dans toutes les régions du pays. L’augmentation sera de 3 à 6%.

 

Un cirque au lieu d’un débat

Chers participants au plénum!

 

Pavel NikolayevichGroudinine est devenu la cible principale pour ceux qui ont essayé de transformer ces élections en une scène de foire. Il est le seul qui a rejoint la campagne électorale, ayant une bonne expérience économique derrière lui. Sa prospère ferme  d’Etat Lénine peut servir de modèle convaincant pour le développement de la Russie. Il est le seul à avoir offert aux électeurs non des promesses vides et de nouvelles aventures sans lendemain, mais un avenir digne d’un grand pays.

 

Les autorités non seulement ne voulaient pas seulement l’admettre, mais elles ont été effrayéesau plus haut point, mettant en oeuvre tout leur arsenal de propagande, de calomnie et de faux. Elles ont utilisé les méthodes les plus viles afin de discréditer le candidat du peuple et de tromper la société. Dans ce contexte, même les sales tours de la clique Eltsine de 1996 pâlissent. L’arbitraire et l’anarchie se répandent dans tout le pays.

 

Le régime de pleine faveur dans les médias a été accordé à un seul candidat. Le service politique de ceux qui ont plongé des millions de personnes dans la pauvreté, est resté silencieux sur la façon dont l’oligarchie pille la Russie. Mais du matin au soir elle a crié sur les « milliards » inventés de Groudinine. D’autres journalistes ont envahi la vie personnelle de notre candidat, espionné ses enfants et propagé la calomnie. Tout cela a transformé l’élection en une bacchanale humiliante.

 

Même dans les années 90, nos adversaires ne se sont pas abaissés au point d’organiser des provocations savamment orchestrées lors des débats télévisés. Et maintenant nous avons vu comment, pour créer un scandale supplémentaire, des personnages douteux ont réussi comme par hasard à faire intrusion dans un studio de télévision (2). Le débat a été construit de manière à en faire des bagarres ridicules et à éviter une discussion sérieuse des problèmes. Ce n’était pas un débat, c’était une parodie d’une conférence de presse misérable, où le problème le plus difficile devrait être exposé en une minute ou deux.

 

Dans les jours précédant les élections, le président sortant a exhorté à se rendre aux urnes et à voter pour une «nouvelle Russie». En réalité, les autorités n’ont pas offert au pays une image de l’avenir. Ce n’est pas une nouvelle Russie. Ce sont les anciennes cartes de la corruption, par lesquelles les grands fonctionnaires, les oligarques et leurs serviteurs mènent un jeu malhonnête contre les intérêts du pays et du peuple.

 

L ‘«union chaleureuse» du pouvoir et du capital a fixé la tâche de neutraliser Pavel Groudinine. Pour ce faire, toutes les ressources étaient impliquées. Les fonctionnaires sur le terrain se sont mis au garde à vous et se sont précipités pour fournir le taux de participation maximal et le résultat souhaité. Les méthodes en ont été élaborées depuis longtemps: effrayer et conduire aux bureaux de voteles employés d’état, organiser des « carrousels » et l’acheminement en masse de faux électeurs, opérer des machinations avec des urnes portatives etc. Un fait scandaleux s’est produit à Moscou, lorsque notre activiste, membre de la commission électorale territoriale, Ivan Yegorov, a été battu juste à côté d’un bureau de vote. Maintenant, il doit subir une lourde opération.

 

Sur la protection des délinquants se tenait la police. La police a arrêté nos activistes, saisi des produits de propagande, ignoré les violations insolentes des autres candidats. Elle obéit docilement aux ordres des autorités, oubliant leurs vraies tâches – assurer la sécurité et la paix des citoyens.

 

La veille même du scrutin, notre siège a envoyé plus d’une centaine de plaintes bien argumentées à la Commission électorale centrale concernant des violations de la loi. Mais nous n’avons pas entendu de réponses claires: déjà ces faits suffisent pour que le résultat obtenu par les autorités lors des élections ne soit pas reconnu comme honnête.

 

Hélas, de nombreuses voix en faveur du cours actuel ont été données sous la pression de calomniateurs et de provocateurs. Cette « artillerie lourde » du pouvoir n’était pas juste pour nous. Elle a frappé tous les citoyens du pays, piétinant leur droit de faire un choix significatif. Les élections ont été ouvertement noyées dans une mer de mensonges sans scrupules. Ainsi, le gouvernement a encore plus miné sa crédibilité et sa confiance aux yeux du peuple. Ce n’est pas un hasard si peu de temps après les élections, les masses de la banlieue étaient prêtes à protester contre les hauts fonctionnaires qui ne remplissaient pas leurs devoirs envers le peuple.

 

Oui, le gouvernement actuel continued’être soutenu par une partie importante de la société, c’est le résultat d’une propagande télévisée frénétique. Mais l’alternative est en train de se former. Le nombre de ceux qui tirent leurs informations d’autres sources que pro-gouvernementales ne cesse de croître. Contrairement à la sociologie officielle, l’audience Internet a montré le plus large soutien de notre candidat. Parmi les quelques centaines de milliers de participants aux plus grands sondages sur Internet, 56% préféraient Pavel Groudinine. Et nous devons encore intensifier le travail sur Internet, qui est déjà devenu la source la plus importante de la position civile et politique pour la jeune génération.

 

Les résultats officiels des élections sont déjà connus. Le Kremlin s’était fixé des tâches spécifiques à cette occasion. Et ces tâches ont été réalisées. Ayant placé l’enjeu sur l’agenda de la politique étrangère, les autorités ont pu compter sur différentes couches de la société. Selon les données officielles, un peu plus de la moitié de tous les électeurs du pays ont soutenu Poutine. Il a remporté l’avantage dans toutes les régions, parmi les électeurs de tous âges et de tous les métiers. Formellement, les autorités ont réussi à confirmer la «légitimité» de ces élections.

 

Oui, les élections ont été validées. Oui, Poutine a réussi à obtenir la majorité. Mais nous savons aussi que notre résultat est beaucoup plus élevé. Formellement, le candidat du Parti communiste et des forces patriotiques du peuple Pavel Groudinine a pris la deuxième place, recevant 11,8% des voix. C’est moins que notre résultat à la dernière élection présidentielle, mais 1,6 million de voix supplémentaires pour le parti qu’aux élections de la Douma en 2016. Notre candidat est apparu comme l’opposant principal de V.V. Poutine. En outre, PN. Groudinine a obtenu plus que V.V. Zhirinovsky, K.A. Sobchak, G.A. Yavlinsky, B.Yu. Titov, M.A. Suraykin, S.N. Baburin tous ensemble.

 

Par ailleurs, les chiffres sont suspects dans plusieurs régions. Pendant longtemps, les mauvaises traditions d ‘«ajustement des résultats» sévissaient dans les régions de Mordovie, de Kemerovo et de Rostov et d’autres. Maintenant s’y sont joints la Kabardino-Balkarie, des territoires de la région de Moscou et un certain nombre d’autres régions.

 

Beaucoup sont sceptiques devant le  résultat mirobolant du pouvoir, obtenu dans un contexte de  dévastation du pays. Pour atténuer cette impression, les cercles dirigeants ont accepté d’invalider des élections dans un certain nombre de bureaux de vote. Cependant, en général, les résultats du vote suscitent beaucoup de questions. Par exemple,dans des bureaux de votevoisins, les résultats diffèrent radicalement. Comment pouvez-vous convaincre les gens de la « pureté » de ces données?

 

Le philosophe espagnol Jose Ortega y Gasset a déclaré: « Le sort de la démocratie sous toutes ses formes et son développement dépend d’un détail technique infime – la procédure d’élection. Le reste est secondaire.  » Un des résultats probables des élections passées est un changement dans le système de falsification. Ainsi, le nouveau système de vote « sur le lieu de résidence » n’est rien de plus que la légalisation des « carrousels ». Nous ne pouvons pas exclure la distorsion directe des résultats de vote utilisant lesKOIB (vote électronique). Ceci est démontré par une diminution linéaire des résultats de vote de pratiquement tous les candidats et une augmentation des résultats de l’un d’entre eux à mesure que progresse le décompte des voix de l’Extrême-Orient vers le centre du pays.

 

En général, les élections n’étaient ni justes ni équitables. Notre représentant à la Commission électorale centrale E.I. Kolyushin, interrogé à ce sujet, a courageusement souligné que les élections n’étaient ni équitables ni objectives.

 

Je tiens à vous rappeler que ceux qui falsifient les élections participent à l’appropriation du pouvoir et au vol des pouvoirs officiels. L’«Ajustement » des résultats réels du vote constitue un crime sans prescription, pour lequel les coupables seront punis tôt ou tard.

 

Pour résumer

 

Les dernières élections se sont avérées sales et malhonnêtes à bien des égards. Elles ont prouvé le besoin de renforcer notre lutte pour l’abandon de l’actuelle voie destructrice, pour la lutte dans l’intérêt des travailleurs. Et nous avons le devoir d’agir en ce sens.

Notre parti a pour ce faire une base idéologique et organisationnelle forte. Les « rebuts administratifs » des cercles dirigeants ne sont pas parvenus à désorganiser le Parti communiste. De plus, de nombreux comités ont réussi à unir les partisans d’autres organisations politiques pour la première fois.

 

Le bloc des forces patriotiques du peuple de la République de Sakha-Iakoutie, ainsi que le Parti communiste sont entrés dans le mouvement « Les gens choisissent Groudinine » avec l’union des camionneurs. Le Comité du Parti républicain a organisé un travail actif dans les réseaux sociaux. La République a le pourcentage le plus élevé de vote pour notre candidat – 27,25%.

 

Notre quartier général des élections à Primorye(extrême-orient) a attiré d’importantes ressources supplémentaires. Au cours de cette campagne, les chefs d’entreprise et les petites entreprises ont eux-mêmes offert leur aide spécifique. Grâce à ce travail, le programme anti-crise du Parti communiste et de son candidat a été soutenu par 21,4% des résidents du territoire.

 

Dans le territoire de l’Altaï et dans la République de l’Altaï, où le résultat de P.N. Groudinine était de 23,67% et 20,66% respectivement, toutes les forces populaires-patriotiques ont activement rejoint la campagne électorale du Parti communiste.

 

Dans la région d’Omsk, nous avons également reçu plus de 20%. L’une des plus fortes branches du Parti communiste ici reçu l’appui d’un certain nombre de syndicats, d’associations d’« actionnaires »victimes de fraude, des anciens combattants et des enfants de la guerre.

 

Les représentants de plus de 40 associations publiques de Bachkirie sont entrés dans le bloc républicain de soutien à Groudinine.

 

La pratique de la branche régionale de Sverdlovsk du Parti communiste de la Fédération de Russie incluait des technologies avancées. Fin janvier, une « ligne directe » de notre candidat à la présidence a été lancée ici. Les appels ont été reçus 24 heures sur 24. Le travail du centre a été assuré par 44 bénévoles. Au total, environ 70 000 appels sont arrivés. Ce travail a permis de reconstituer la base des partisans du Parti communiste dans tout le pays. Les citoyens les plus influents et les plus actifs ont apporté un soutien important au parti.

Afin de préserver le résultat du parti, des équipes d’observateurs ont été formées lors des élections. Au total, pour assurer le contrôle dans les bureaux de vote, le Parti communiste de la Fédération de Russie a pu mobiliser 238 000 personnes.

 

Notre système de comptage parallèle des votes s’est révélé nécessaire. Au total, 25 708 protocoles y ont été inscrits, soit 27% de leur nombre total. Aucun autre parti politique n’a un tel outil.

 

En 2016, les résultats des élections à la Douma d’Etat ont fait apparaître sur la carte russe, la  « ceinture rouge » de la Sibérie. Le soutien à Russie unie n’a pas dépassé 40% ici, tandis que le soutien du KPRF était de l’ordre de 20-30%. Cette ceinture se composait des Régions d’Omsk, Novossibirsk et Irkoutsk, la République de l’Altaï, la Khakassie et la Bouriatie.

 

Maintenant, comparativement à la baisse générale des résultats en pourcentage dans le pays, la « ceinture rouge » s’est significativement élargie, atteignant presque toute la Sibérie et l’Extrême-Orient. En 2016, il y avait six territoires dans ce groupe de régions où le résultat du Parti communiste était de 1,5 à 2 fois plus élevé que la moyenne nationale. En 2018, il y avait beaucoup plus de telles régions. Un fort contingent est constitué par laSakha-Yakoutie et le territoire de l’Altaï. On a 15% et plus pour notre candidat dans les régions d’Omsk, Tomsk et Novossibirsk, le territoire de l’Altaï, la République de l’Altaï et de Khakassie, la  région d’Irkoutsk, de Bouriatie, Sakha-Iakoutie, Amour et la région autonome juive, Khabarovsk, Primorye et le Kamchatka, l’oblast de Sakhaline. A ces 15 régions sont adjacentes la  région de Magadan, les territoires de Transbaïkalie et Krasnoyarsk, où les résultats de Groudinine sont également au-dessus de la moyenne nationale. Ainsi, parmi les 21 régions de la Sibérie et de l’Extrême-Orient le seul problème pour le Parti communiste reste la région de Kemerovo, Touva et la Tchoukotka.

 

Dans les vingt régions avec les meilleurs résultats pour Grudini il y a  huit régions de la Sibérie, sept régions de l’Extrême-Orient, trois régions de la région de la Volga (régions Mari El, Oulianovsk et Orenbourg) et deux de Russie centrale (régions de Kostroma et Ivanovo).

 

D’une part, il faut remercier les organisations du Parti et les électeurs de la Sibérie et l’Extrême-Orient, qui ont résisté à l’impact monstrueux de la propagande officielle et de l’arbitraire administratif. D’un autre côté, le parti communiste a perdu son soutien dans un certain nombre de régions importantes pour nous. Dans 10 territoires, notre résultat a diminué de 5% ou plus par rapport à 2016.

 

Cependant, Groudinine a été en mesure de l’emporter dans de nombreux territoires emblématiques. Tout d’abord, dans sa banlieue. Dans son district Leninsky, il a reçu plus de 31% des voix. Et à deux bureaux de vote dans le village de la ferme d’État, 55,6% et 67% des électeurs ont voté pour lui, seulement 35,7% et 41,6% pour Poutine. Et ce malgré le fait que les autorités ont amené ici près d’un millier d’électeurs dont ce n’était pas le lieu de résidence.

 

Fait très intéressant: Groudininee l’a emporté au bureau de vote du Consulat général de Russie en Iran. Mais plus important encore, notre candidat a reçu de 25 à 37% des voix dans de nombreuses régions «universitaires». Cela signifie qu’il a été soutenu par une proportion notable de jeunes électeurs.

 

Notant nos succès, nous devons faire attention aux lacunes graves. Dans plusieurs régions, nos bureaux n’ont pas réussi à organiser de travail explicatif, n’ont montré aucune activité dans la diffusion de documents imprimés, n’ont pas fait campagne sur Internet. Les plus remarquables sont les carences dans les régions de Briansk, Kaliningrad, Magadan, Mourmansk, Tambov, dans les districts autonomes de Tchoukotka. Cela a directement affecté les résultats de notre candidat.

 

Parmi les problèmes majeurs d’aujourd’hui, l’agenda de la politique étrangère est un problème particulier. En l’utilisant, les autorités assurent leurs succès de propagande. Nous devons en tenir compte. Chacun d’entre nous doit se souvenir: sans la fermeté dans la défense des intérêts nationaux, sans le patriotisme et la volonté d’affronter l’hégémonie américaine, aucun politicien aujourd’hui ne peut compter sur le soutien de la majorité. Personne ne peut espérer que les électeurs le croiront.

 

La tâche la plus importante en même temps est de montrer la nature compradore de l’oligarchie russe. Ce public est complètement dépourvu de sentiments patriotiques et absolument corrompu. Son idéologie est le cosmopolitisme et le profit. Nous avons de nombreuses occasions de rappeler que le Parti communiste a toujours agi comme un défenseur cohérent des intérêts nationaux. Nous avons expulsé l’OTAN de Feodosia, nous ne l’avons pas laissé entrer à Oulianovsk et Nijni Novgorod. Nous insistons sur la reconnaissance des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk. Et c’est nous qui envoyons régulièrement des convois humanitaires au Donbass.

 

Après la bataille

Chers camarades, amis, camarades d’armes!

 

Nous sommes sortis forts, quoique avec des pertes, d’une bataille très difficile. Malgré tout, nous avons grandement réussi. Nous continuerons de corriger les lacunes et d’utiliser la meilleure expérience. Nous avons accepté le combat et sommes devenus plus expérimentés et intelligents. Nous irons de l’avant avec foi dans la justesse de nos idées et dans leur victoire inévitable.

 

Aujourd’hui, dans la foulée, il est très important de tirer un certain nombre de conclusions fondamentales. Je vais me concentrer sur les dix principales. Et l’analyse des résultats se poursuivra avec leco-rapport d’IvanMelnikov, qui dirige depuis de nombreuses années le travail de l’état-major électoral du Parti communiste.

 

Premièrement. En préparant les élections et en formant notre stratégie, nous avons à juste titre rejeté la tactique de leur boycott. Il a été décidé de profiter de toutes les occasions pour participer à la campagne électorale afin de promouvoir le programme du parti, de mobiliser nos atouts, d’attirer de nouveaux adhérents, de toucher les travailleurs et la population en général. En conséquence, nous avons été en mesure de diriger la vague de mécontentement avec l’état actuel des choses. Les gens ont un espoir de changement pour le mieux. Nous avons senti leur soutien sous diverses formes – depuis l’augmentation du nombre de demandes pour rejoindre le parti à la créativité des masses dans les réseaux sociaux.

 

Notre lutte juste continue. La demande de changements dans la société devient plus aiguë. Nous continuerons à en tenir compte dans notre travail quotidien. Ce n’est pas par hasard que les médias d’État ont formé l’image de Poutine non seulement en «garant de la stabilité», mais aussi en «initiateur de changements futurs». Une partie significative des citoyens de Russie attend de lui des initiatives qui peuvent améliorer la qualité de vie. Si le gouvernement ne répond pas à cette demande de la société, il peut rapidement provoquer une crise politique de grande ampleur.

 

Deuxièmement. À la nouvelle étape de la lutte, nous continuerons à résoudre la tâche principale – mener une lutte active pour la mise en œuvre de notre programme pour la renaissance socialiste de la patrie. D’une campagne électorale à l’autre, nous proposons de véritables mesures pour sauver le pays. Lors du Forum économique d’Oriol en 2016, j’ai pu présenter le programme «Dix étapes pour une vie digne». Il s’appuyait sur l’expérience soviétique et mondiale, sur les nombreuses années d’expérience du Parti. Maintenant, il s’incarne dans les « Vingt pas de Paul Groudinine ». Nos propositions reçoivent une réponse vive parmi la population. Une nouvelle unité d’idées et d’actions se développe autour d’elles. Il est temps de déployer un mouvement national à l’appui de notre programme et la formation sur cette base du gouvernement de la confiance populaire.

 

Dans le même temps, nous avons la possibilité d’approfondir notre offre à travers de nouveaux programmes sectoriels et législatifs dans l’intérêt du développement de la science, de la sécurité de la production, de l’écologie et de bien d’autres enjeux.

 

Nous devons tous bien nous préparer pour les prochaines étapes de la lutte. Et nous donnons la parole que nous suivrons de près les agissements des autorités, nous les surveillerons constamment et analyserons chacune de leurs étapes douteuses. Nous montrerons honnêtement la situation réelle, qui est très différente de l’image de la télévision. Nous exhortons nos alliés sur le terrain à s’engager activement dans ce travail. C’est la seule façon d’amener les gens à la vérité et de les encourager à faire un bon choix politique.

 

Troisièmement. Nous sommes la seule véritable opposition, la seule alternative au pouvoir. Notre parti a tenu bon dans cette campagne électorale d’une bassesse sans précédent, untabassage médiatique inouï du candidat indésirable et un encensement incroyable des autorités. La Commission électorale centrale n’a même pas réussi à maintenir une impartialité extérieure. Par ses actions, elle a seulement souligné le caractère donné de ce qui se passait. Nous avons fait face à l’arbitraire de l’administration  et de la commission électorale  et une attaque féroce des médias. Le KPRF condamne fermement toutes les actions visant à discréditer les élections présidentielles en Russie. Nous chercherons à enquêter en profondeur sur les faits de violation de la législation électorale et à traduire en justice les auteurs d’infractions pénales.

 

Comme dans la campagne présidentielle de 1996, avec le journal « A Dieu ne plaise » et le slogan « Achetez de la nourriture pour la dernière fois! », a été utilisé contre nous la même méthode de diffamation,  de mensonge éhonté et malveillant. De plus, cela a créé des menaces de division du  parti et, devant tous ces défis, notre candidat et toute notre équipe s’en sont tirés avec succès. Le parti a fait preuve de courage et de force d’âme, a livré une bataille décisive aux provocateurs de tous poils. Le Parti communiste a montré sa stabilité et sa solidarité, sa capacité de rénover le style de travail et de s’adapter aux nouvelles conditions.

 

À la suite du vote, la majorité présidentielle constitue une masse sociale extrêmement hétérogène. Le chef de l’Etat est allé aux élections en tant que candidat indépendant. Son refus de se présenter au nom de Russie unie est un signe de méfiance envers ce parti. En outre, ce fait est l’un des signes de l’établissement d’un régime de pouvoir personnel. Mais l’expérience historique montre que de tels régimes ne jouissent pas de stabilité à long terme.

 

L’opération spéciale visant à élever Jirinovski au rôle de deuxième homme politique du pays a échoué lamentablement. Les positions du Parti libéral-démocrate se sont fortement affaiblies. Les perspectives de « Russie juste » sont encore plus vagues. Elle n’a pas osé se lancer dans la course pré-électorale et est arrivée très près de l’achèvement de son cycle de vie.

 

Pendant les élections, il a été misé sur le nouveau projet libéral de Sobchak-Gudkov. C’est Gudkov, avec Katz, qui a aidé le parti Yablokoà obtenir de bons résultats aux élections de Moscou en 2017. À l’avenir, les chances de succès de la présentatrice de Dom-2 peuvent augmenter. Cependant, à ce stade, il y a un effondrement complet des libéraux. Le soutien à toutes les forces pro-occidentales est tombé à 3,5%.

 

En général, la majorité des candidats n’ont pas mené de lutte sérieuse. Ils ont accepté d’agir comme des figurants médiocres et cyniques. Suraykin et Baburin sont devenus les spoilers de notre candidat. Et les autres se battaient contre nous, et pas contre le pouvoir actuel. Les spoilers se sont ridiculisés. La vidéo pré-électorale au sujet de notre expérience créative de la ferme Lénine a été reprise à leur manière, non seulement par Suraykin mais aussi par Titov. Cependant, ceux qui utilisent ce genre de techniques, franchement parlant, sont engagés dans la criminalité et n’ont aucun avenir sérieux.

 

Quatrièmement.LeKPRF a mis à l’ordre du jour l’exigence d’un renouvellement de la vie politique russe. Nous avons nommé l’une des figures les plus prometteuses de la Russie moderne en tant que candidat à la présidence. Nous avons mis en avant celui qui incarne la combinaison de l’entreprise commerciale et de la justice sociale, en prenant soin des citoyens et en maîtrisant les dernières technologies. Une partie significative de la société a vu dans PavelGroudinine un homme avec qui il est possible de renouveler la Russie et de guérir les plaies à vif de notre société.

 

L’expérience unique de la ferme d’état de Lénine est devenue célèbre dans tout le pays. L’image de l’homme a été renforcée par deux douzaines de voyages de notre candidat dans les principales régions et plus d’une centaine de rencontres avec des électeurs et des journalistes. Nos événements publics ont commencé avec la présentation des porte-paroles, puis se sont poursuivis avec le VI Congrès de la jeunesse de la Fédération de Russie, la célébration du 100 e anniversaire de l’Armée rouge, la journée du 8 Mars, et se sont terminés avec les rassemblements nationaux « Pour des élections justes » et le mouvement du forum « Enfants de la guerre. » Le succès de Groudinine au cours du vote par Internet indique l’expansion de nos opportunités parmi ceux qui sont d’âge jeune et moyen.

 

Cinquième. Dans les bureaux de vote, où se trouvent les entreprises populaires de Groudinine, Kazankov, Bogachev, Sumarokov, notre candidat a reçu un soutien convaincant. C’est ici que l’expérience sociale personnelle des gens les convainc des avantages du socialisme, de l’efficacité des formes collectives d’organisation du travail. C’est pourquoi ils ont passé le test et rejeté toute la saleté qui coulait sur notre candidat. Nous continuerons à élargir constamment les possibilités des entreprises nationales. Elles démontrent le mieux la nécessité d’une transition du capitalisme bandit-oligarchique au socialisme renouvelé.

 

Le film « Territoire de l’optimisme social » a parfaitement fonctionné pour la campagne électorale. Nos camarades sur le terrain l’ont activement utilisé. Mais ce n’est pas tout. Dans cette courte période de la campagne électorale notre chaîne de télévision « Ligne rouge » a publié 18 documents spéciaux sur la ferme d’État VI Lénine. Lénine, à propos de la vie de l’entreprise et de ses habitants. Deux rapports spéciaux leur ont été ajoutés concernant le procès des « actionnaires », 12 portraits vidéo des principaux producteurs et 2 rapports spéciaux – «Education sans barrières» et «Pourquoi la ferme d’État de Lénine». Je suis sûr que tous nos militants ne connaissaient pas ces nombreux matériaux. Cela doit être fait. Considérons en particulier ceci dans les études de parti et dans la communication avec les citoyens.

 

Sixièmement. Au cours de la campagne électorale, nous avons réalisé une large unification de la gauche et des forces patriotiques du peuple. Nous avons créé un bloc, dont le noyau est notre parti. Le Parti communiste a confirmé sa volonté d’unir les patriotes sur des questions majeures, multiplié sa riche expérience des relations alliées et est prêt à l’augmenter. Elle est prête à maximiser son potentiel avec ceux qui chérissent la Russie. Nous le démontrons depuis longtemps dans le cadre de l’état-major du mouvement de protestation panrusse qui, sous la direction de Kachine défend résolument tous ceux qui sont humiliés par la vie présente.

 

En même temps, nous devons nous rappeler les leçons amères d’une telle expérience liée à G.Semigin, S.Glaziev, S.Baburin et d’autres.

 

Tout d’abord, il est nécessaire de renforcer le parti, d’élargir ses capacités de toutes les manières possibles. Nos alliés les plus fiables sont les travailleurs, notre idéologie et nos structures organisationnelles, notre volonté et notre expérience dans la lutte pour le pouvoir des Soviets. Ce n’est qu’en renforçant nos organisations, alimentées par la jeunesse et la formation des cadres, que nous serons en mesure de résoudre des tâches de plus en plus complexes. Les conditions pour doubler nos effectifs ont mûri.

 

Septièmement. Nous avons mené une campagne électorale énergique. Nos propositions de programme ont été distribuées par millions d’exemplaires. Les comités centraux et régionaux ont publié plus de 100 millions d’exemplaires de produits imprimés. Les numéros spéciaux de la Pravda et de SovetskayaRossiya ont bien fonctionné. Nos vidéos pré-électorales ont présenté l’expérience unique de la ferme d’État de Lénine et ont transmis l’image de notre candidat – réfléchie, active, énergique.

 

Notre chaîne « Ligne rouge », a fonctionné à plein, offrant chaque jour des nouvelles, des films documentaires, et la discussion des problèmes dans le programme « Point de vue ». Tout le temps d’antenne était subordonné à l’obtention du résultat politique nécessaire. 32 émissions issues d’événements préélectoraux ont été organisées. Nous avons accumulé une expérience fondamentalement nouvelle dans les réseaux sociaux. Des résultats intéressants ont été montrés par un groupe de travail d’agitateurs volontaires du parti dans un réseau dirigé par Marat Muzaev. Pour nous, c’est la première campagne électorale que la KPRF et ses partisans ont menée sur Internet presque sur un pied d’égalité avec le service d’information du régime au pouvoir. Le rôle de notre activité sur Internet continuera de croître. Nous devons en tenir compte dans le travail pratique au centre et sur le terrain.

 

Huitièmement. Beaucoup de nos camarades pendant les élections ont montré leurs meilleures capacités d’organisation et de propagande. Il s’agit de Yuri Afonin, Dmitry Novikov, Leonid Kalachnikov, NikolaiKolomeytsev, AlexeiKornienko et Alexander Iouchtchenko, Alexander Kravets Nina Ostanina, Viktor Gubarev, LioubovChvets Viktor Romachkine Valery Izhitsky Maria Prusakova Roman Kobyzev Anatoli Dolgacev et bien d’autres. En toute confiance, ceux qui représentaient un large éventail de nos alliés ont fait leurs preuves. C’est Viktor Sobolev, Larisa Baranova, Maxim Shevchenko, Yuri Boldyrev. Nos dépenses pour la préparation de la relève au Centre d’études politiques se justifient pleinement. Cette année, le nombre de ses diplômés dépassera un millier de personnes, et nous devons prendre soin d’étendre la gamme de programmes de formation, en fonction de notre expérience.

 

Neuvièmement. La formation d’un gouvernement de confiance nationale est la principale condition de mise en œuvre dans la vie de notre programme anti-crise. Mais la lutte pour sa mise en œuvre ne sera pas facile. Nous ne pouvons pas obtenir de résultats sans multiplier les manifestations, sans augmenter l’activité dans la rue et sans faire monter le mouvement ouvrier. Chaque communiste devrait accorder le maximum d’attention à ces domaines de nos activités. De plus, la participation au développement de protestation de masse devrait être l’élément principal l’établissement de relations avec nos alliés.

 

Dixièmement. Les plans pour le travail du parti pour l’année en cours sont connus. Nous devons célébrer l’anniversaire de VI. Lénine et le 200e anniversaire de la naissance de Karl Marx, organiser nos actions les jours des 1 et 9 mai,la cérémonie d’admission pour les pionniers, préparer de manière adéquate le 100 e anniversaire du Komsomol léniniste.

 

Une grande élection régionale s’annonce. Nous devons mener trente campagnes. Les questions de préparation à leur égard devraient être placées au centre des préoccupations des organisations du parti. Contre nousa été utilisé non seulement du matériel compromettant, mais aussi une manipulation directe des résultats. Le groupe parlementaire du Parti communiste dans la Douma d’Etat continuera à travailler sur la refonte du système électoral. Il est tout aussi important d’améliorer le mécanisme des partis pour surveiller le processus de vote. En ce qui concerne les violations flagrantes de la loi, nous ne reconnaissons pas les résultats des élections dans la région de Kemerovo, en République de Mordovie et Kabardino-Balkarie, et dans un certain nombre de territoires. Afin de participer avec succès aux élections de septembre il faut mobiliser les forces pour identifier les zones de totale falsification, exigerdes condamnations et le licenciement des personnes responsables.

 

Camarades! Le Parti a accumulé une grande expérience politique. Nous en aurons grandement besoin. Nous devons renforcer la lutte pour atteindre nos objectifs! Pendant la campagne électorale, le programme des forces patriotiques du peuple est devenu la propriété de tout le pays. La lutte pour sa mise en œuvre ne s’arrêtera pas un jour, pas une heure.

 

Des milliers de personnes au cours de la campagne ont annoncé leur désir de rejoindre les rangs du Parti communiste. Ayant reçu le mandat de confiance de millions de Russes, nous devons le justifier. La Russie du futur,c’est un socialisme renouvelé et la justice sociale. Un pays de la haute technique et de l’espace. Construire une nouvelle société nécessitera des combattants politiques qui sont prêts à ne pas reculer devant les provocations et l’arbitraire. Des gens convaincus, courageux, forts et déterminés.

 

« Pas un pas en arrière! Tel doit être notre principal mot d’ordre.  » Ce sont les paroles de l’ordre légendaire n ° 227, que Staline a signé en ces jours difficiles où les fascistes se battaient de toutes leurs forces contre la Volga. Avec ces mots, l’armée soviétique a écrasé l’ennemi. Et aujourd’hui, quand la tâche de sauver la patrie nous revient, nous pouvons répéter ces mots comme un appel à notre lutte pour la Russie, pour son avenir.

 

Derrière nous se tient la vérité de l’histoire! Avec nous – les aspirations et les espoirs du peuple, l’expérience d’un grand pays!

 

La lutte continue!

La route sera maîtrisée par celui qui marche.

Bonne route, mes camarades et amis!

 

Notes :

  • Il n’existe toujours pas d’impôt progressif sur le revenu en Russie !
  • Les « communistes de Russie » de Saint-Pétersbourg se sont officiellement excusés pour cette pitrerie organisée par leur candidat Souraïkine

Traduction Marianne Dunlop

Expulsion des diplomates : la Russie répond

vendredi 30 mars 2018

Expulsion des diplomates : la Russie répond

Hier, Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, a annoncé les réponses du pays face aux expulsions en chaîne de diplomates russes dans les pays de la "coalition Skripal". Au-delà de l'expulsion symétrique de diplomates, quelques mises au point. Une réponse qui manifestement ne plait pas. Pour des raisons évidentes.
 
Une réponse symétrique, qui dérange 
 
Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, a annoncé que à l'instar des Etats-Unis, la Russie expulse 60 diplomates et ferme le consulat de Saint-Pétersbourg. Le ministre a par ailleurs indiqué que des mesures identiques seront prises à l'égard de tous les pays qui ont expulsé des diplomates russes. 
 
En prenant en priorité des mesures contre les Etats-Unis, la Russie a indiqué qui, à son avis, se trouvait à la tête de cette vandetta. 
 
La réponse, en elle-même, ne présente aucune surprise. Ce qui est plus surprenant, est la réaction des Etats-Unis qui ne reconnaissent pas la "parité" dans la démarche russe. Ils sortent totalement la réponse russe de son contexte pour la considérer comme une agression:
Le département d’Etat américain a répondu que Moscou n’avait aucune raison d’expulser des diplomates et que la Russie ne devait pas se poser en victime. « Il n’y a aucune justification à la réaction russe », a dit Heather Nauert, sa porte-parole, lors d’un point de presse. « Nous nous réservons le droit d’y répondre », a-t-elle poursuivi, soulignant que les « options étaient en train d’être examinées ».

Les mesures prises par le Kremlin « marquent une nouvelle étape dans la détérioration des relations » bilatérales, a pour sa part assené la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders.
L'ambassadeur américain à Moscou n'a par ailleurs pas exclu que les Etats-Unis gèlent les actifs russes - ce qui provoquerait une crise sans précédent. Lavrov ayant répliqué que la Russie répondrait évidemment.
 
Autrement dit, l'Occident a le droit d'expulser des diplomates, car ce sont des espions russes, et il est important de défendre le Bien contre le Mal. Or la Russie est le Mal, c'est d'ailleurs ce qui ressort de cette étrange diatribe de ce qui est quand même le ministre des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne:
 

 
La Russie est le pays du "Novitchok", alors que la Grande-Bretagne est celui des "sabres lumineux". Pour la défense du pays, il est à espérer que l'armée britannique dispose d'autres d'armes - valables également dans le monde réel...
 
En tout cas, voici le niveau de la diplomatie britannique aujourd'hui.
 
Désespérant et inquiétant.
De drôles d'accointances
Afin de remettre à leur place les auteurs du discours anti-russe, de la comparaison du Mondial de foot avec les JO hitlérien, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe a diffusé des documents montrant la très grande proximité entre des Lords anglais et le régime hitlérien, où ils étaient des invités de marque de ces JO de 1936:
«Nous avons réussi à retrouver une brochure intitulée "Les invités d’honneur des XIèmes Jeux olympiques". Je l’ai dans les mains. […] Alors, qui représentait le Royaume-Uni aux JO de 1936?», s’est-elle interrogée avant d’énumérer huit noms. (...)" «Cela ne signifie qu’une seule chose: les personnes citées participaient aux manifestations officielles liées aux Jeux olympiques. Elles étaient sur le stade, elles étaient présentes lors de la cérémonie d’ouverture. Elles avaient entretenu à Berlin des contacts actifs avec les officiels allemands»
L'Occident enferré dans une farce de mauvais goût 
 
La Russie prévient qu'elle ne va pas s'arrêter là, elle veut toute la vérité sur l'affaire Skripal:
"Pour rétablir la vérité", la Russie a demandé la convocation d'"une session extraordinaire du Conseil exécutif de l'OIAC (l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques)", a indiqué Sergueï Lavrov, appelant les Occidentaux à avoir "une conversation honnête" avec la Russie. Un refus "serait une confirmation de plus que tout ce qui se passe n'est qu'une grossière provocation", a-t-il affirmé.
C'est alors qu'un miracle se produit. Rappelons que les Britanniques ont dès le départ annoncé que le produit chimique utilisé contre les Skripal était particulièrement puissant, à tel point qu'il tue immédiatement sauf à injecter l'antidote dans les minutes qui suivent. Dans ce cas, la personne est condamnée à un état végétatif. Bref, une horreur. Et la BBC nous apprend hier, reprise par toute la presse, que la fille de Skripal sort du coma (déjà, étrangement elle n'est pas morte sur le coup), qu'elle se remet vite et pourra bientôt parler... 
 
Difficile de ne pas se demander ce qui lui est réellement arrivé? Rappelons que le consulat russe n'a pu avoir accès ni à l'hôpital, ni à la patiente, ni aux médecins, alors qu'elle est citoyenne russe, qu'une demande officielle a été envoyée conformément au droit international et qu'elle a été ignorée. 
 
Etrange quand même, non? 
 

Le TPU : Donbass met en place un Tribunal populaire ukrainien contre les crimes commis par le régime post-Maïdan

jeudi 29 mars 2018

Le TPU : Donbass met en place un Tribunal populaire ukrainien contre les crimes commis par le régime post-Maïdan

Ce 20 mars, les habitants de DNR et LNR ont entériné la création d'un Tribunal populaire ukrainien (TPU) devant juger des crimes commis par le régime putschiste ukrainien qui s'est emparé du pouvoir à Kiev après le Maïdan en 2014. Parallèlement, les recours sont régulièrement envoyés au Tribunal pénal international et à la CEDH. L'intérêt est de fixer juridiquement les crimes commis par le groupe de politiciens agissant depuis 2014 au nom de l'Ukraine.
 
Pour les russophones, voici une émission intéressante qui permet d'avoir une plus grande compréhension du processus de formation du TPU:
 

 
Depuis les évènements tragiques de 2014, et fatidiques pour l'Ukraine, une ONG appelée "Défense équitable" travaille dans le Donbass, collecte des éléments de preuves, constitue des dossiers et s'adresse à la justice internationale. Plus de 300 dossiers ont bien été confirmés devant le Tribunal pénal international et 1800 recours devant la CEDH. Ce qui est une goutte dans l'océan des crimes commis par le pouvoir ukrainien contre les habitants du Donbass, dont plus d'un million a été touché, mais cela permet d'attirer l'attention des structures internationales sur les aspects d'un conflit qu'ils ne veulent pas voir.
 
Sur la base de cette association, le 15 mars un groupe d'initiative populaire a annoncé la création d'un tribunal populaire pour juger des crimes commis par l'Ukraine contre les populations civiles. L'idée sous-jacente est bien celle du tribunal de Nuremberg, qui a débuté avec différents tribunaux populaires dans les villes d'Union soviétique. Une différence de taille doit toutefois être notée: Nuremberg est intervenu après le conflit armé, ici l'armée ukrainienne continue à attaquer les populations civiles, comme par exemple encore hier le recours à l'artillerie contre les habitants de Gorlovka. La justice internationale est la justice des vainqueurs, il faudra d'abord remporter ce conflit avant de mettre les criminels sur le banc des accusés. Mais l'idée de fixer juridiquement les crimes commis, pour ne pas laisser perdre les preuves et abandonner les victimes dans le marais de l'oubli est une bonne initiative.
 
Comme l'explique E. Chichkina, l'une des figures centrales de ce mouvement, la loi sur la réintégration du Donbass récemment adoptée par l'Ukraine a été le détonateur de cette initiative populaire. En légitimant les crimes commis par les militaires ukrainiens contre les populations civiles, il est devenu évident qu'une option pacifique et politique n'est pas envisagée par Kiev. De plus, tous les recours des juristes du Donbass devant les juridictions ukrainiennes contestant la constitutionnalité de cette loi furent simplement rejetés. Devant la défaillance systémique de la justice ukrainienne, par ailleurs défaillance reconnue par la CEDH (voir notre article ici), les victimes se sont constituées en tribunal. D'où, le terme de tribunal "populaire".
 
Le 20 mars, une assemblée constituante s'est rassemblée, qui a adopté le Statut du TPU, élu les trois magistrats, le procureur, désigné l'avocat et élu les jurés populaires, des habitants de la région. Ainsi, le Procureur est Sergueï Kojemiakine; le juge est Elena Chichkina; les deux assesseurs sont Liubov Batiachova et Tatiana Kravtchenko.
 
Le nombre des victimes et des faits d'agression étant trop important pour être jugés individuellement, ils furent regroupés en plusieurs catégories: torture, blocus, formation illégale de groupes armés, crimes de guerre, utilisation des forces armées contre les populations civiles, génocide et propagande de guerre. Les accusés ont été officiellement informés du procès et ont reçu une convocation, à laquelle évidemment ils ne répondront pas, ce qui finalement à ce stade ne change rien:
Les accusations ont été lancées contre 8 leaders de la junte kiévienne, dont le président ukrainienne Piotr Porochenko lui-même, le ministre de l'Intérieur Arsène Avakov, le secrétaire du conseil de la sécurité et de la défense nationale Alexandre Tourtchinov, le Premier ministre Vladimir Hroïsman, le chef de l'Etat-major de l'armée Victor Moujenko, le ministre de la Défense Stépan Poltorak, le président de la Rada Suprême (le Parlement ukrainien) André Parouby, l'ex-premier ministre Arsène Iatseniouk.
Lors de la première audience, qui s'est tenue le 26 mars, un certain nombre de victimes, de témoins et d'experts ont été entendus, des vidéos et autres éléments de preuves ont été produits et enregistrés, notamment en ce qui concerne les localités de Donetsk, Makeevka, Kirovski et Lougansk. Pour l'instant, 5 audiences sont prévues.
 
Pour autant, ce processus ne peut être interprété comme une tentative de justice restauratrice, ce que, à sa manière, a très clairement exprimé le dirigeant de DNR, Zakhartchenko:
Quand on me pose des questions sur notre éventuel retour en Ukraine, je réponds toujours ceci : « Comment pourrais-je traverser à la nage ce fleuve de sang qui coule désormais entre moi et l'Ukraine, comment pourrais-je oublier des centaines d'amis tués, des femmes et des enfants péris ? » Cela soulève en moi une colère et une envie de rendre notre propre Etat différent.

Foot et racisme: la Russie highly likely infréquentable !

mercredi 28 mars 2018 

Foot et racisme: la Russie highly likely infréquentable !


A la Une des médias français après le match amical du 27 mars, remporté par l'équipe de France contre la Russie à Saint-Pétersbourg: l'équipe victime de racisme de la part des supporteurs russes. Enfin, on l'aurait entendu. Certains le disent. Et les internautes aussi. "Highly likely" a encore frappé, car finalement est-il bien raisonnable de venir en Russie pour le Mondial de cet été? Juste une question en passant ... Rien de personnel, mais , quand même ... Highly likely que pas vraiment. 
 
3 - 1 en faveur des Bleus, mais nos pauvres joueurs, ces petits être fragiles, semblent avoir été maltraités par les supporteurs russes. Des cris de singes auraient été entendus, enfin pas par tous, mais par certains, lorsque Ousman Dembélé a touché le ballon. Et peut-être aussi envers Paul Pogba. 
 
Faisons le point. Acte 1:
La Coupe du monde approche à grands pas et la Russie s’apprête donc à recevoir de nombreux pays sur son vaste territoire. Ainsi, maintenant, elle accueille des matches amicaux pour se préparer sur le rectangle vert, mais aussi sur les autres terrains qui inquiètent les autorités. Nous parlons bien évidemment du hooliganisme bel et bien présent dans les rangs russes, mais ce n’est pas que ça puisque le pays hôte espère bien éloigner le racisme des stades cet été.
Acte 2:
« Avec le casque, je n’ai rien entendu mais plusieurs journalistes au bord de la pelouse affirment qu’ils ont entendu des cris de singes durant la rencontre » a expliqué Jean Rességuié sur RMC. 
Oups, Highly likely pointe le bout de son nez ...  Acte 3:
Selon plusieurs internautes, qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux pendant le match, des cris de singe ont également visé le milieu de terrain tricolore Paul Pogba aux alentours de la 73eme minute. 
Chers amis, le Haut tribunal populaire et politique de la bonne conscience et des moeurs est prêt à siéger et à rendre son verdict. Donc des "cris de singes" auraient été poussés, ils ont été entendus. C'est quoi un cri de singe? Comment vous l'identifiez et le distinguer? Dans un stade où tout le monde hurle??? C'est une plaisanterie? Peu importe, l'on ne discute pas le verdict populaire. Le peuple a parlé. Enfin l'on a parlé pour lui, alors qu'il se taise.
 
Et miracle, Acte 4:
Le réseau antidiscriminations Fare a recensé 89 incidents liés au racisme et l'extrême droite dans le championnat russe lors de la saison 2016/17. Parmi les cas récents, des chants racistes de supporters du Spartak envers le gardien brésilien du Lokomotiv Moscou, pour lesquels l'instance disciplinaire de la Fédération russe a lancé un "dernier avertissement" au club moscovite, avant de suspendre une partie du stade. "Je ne pense pas que nous ayons du racisme sur une échelle qui doit être combattue", avait toutefois déclaré le sélectionneur de la Russie Stanislav Cherchesov sur la chaîne brésilienne Globo TV début mars. Pour Cherchesov, il y a "toujours des cas isolés (de hooligans), et comme dans les autres pays, ces gens sont punis".
Ces Russes sont vraiment infréquentables, heureusement que l'on expulse leurs diplomates, que l'on censure leur télévision, au nom de la liberté et de la tolérance. Que la liberté doit être parfaitement contrôlée et la tolérance impitoyable! 
 
Amen.
 

Billet d'urgence : l'expulsion des diplomates russes nous entraîne dans une période de forte instabilité internationale

mardi 27 mars 2018

Billet d'urgence : l'expulsion des diplomates russes nous entraîne dans une période de forte instabilité internationale

Comme l'on pouvait s'y attendre, après la Grande-Bretagne, au moins 22 pays se lancent à qui mieux mieux dans le grand mouvement d'allégeance atlantiste et chacun apporte sa contribution à la fin du monde issu de la Seconde Guerre mondiale, sans pour autant avoir la moindre idée du monstre que leur docile fadaise enfante. Plus de 113 diplomates russes expulsés dans les jours qui viennent de part et d'autre de l'Atlantique ne vont certainement pas permettre de résoudre l'affaire Skripal. Alors quel est l'enjeu de cette manoeuvre? 
 
La Grande-Bretagne, alors que l'enquête sur l'empoisonnement de l'ancien espion russe travaillant pour le MI6, Skripal, et de sa fille est toujours en cours et que personne ne sait qui les a empoisonné, comment, quand et avec quoi, Thérésa May se décide à expulser 23 diplomates russes. Et ensuite est surprise par la réponse équivalente de la Russie. Infantilisme? Non, le but est ailleurs, la mécanique est lancée. 
 
La méthodologie de création d'une coalition 
 
Il serait stupide de penser que la Grande-Bretagne soit réellement à l'origine de ces grandes manoeuvres et que Skripal en soit la raison profonde. A la lumière de l'idéologie dominante, les mécanismes utilisés ressortent assez facilement: 
 
  • Il "faut jouer collectif", phrase benoîtement ressortie par tous les managers en mal d'imagination - ce qui concerne aussi les politiques. Les Etats-Unis ont justement "joué collectif", laissé la Grande-Bretagne (qui de toute manière sort de l'UE et lui fait un joli cadeau de départ) prendre la tête du mouvement - l'image de la "diplomatie américaine" est trop mal en point, ils ne sont plus à la mode en Europe, il a fallu un autre porte-drapeau. Et ça n'a pas trop mal marché, une grande partie des pays de l'UE ont bêtement suivi. Et la pseudo-solidarité permet de cacher l'allégeance.
 
  • Il faut "jouer sur les bandes", la rhétorique primitive du jeu est très à la mode. Le but n'est évidemment pas Skripal ou sa fille, dont nos beaux et bons dirigeants se moquent comme de leur première layette. Eux ont remboursé leur dette à la Grande-Bretagne, qui a marchandé le rachat de Skripal à la Russie lorsqu'il a été pris pour espionnage. C'est un message aussi à tous ceux qui se sont acoquinés avec la Grande-Bretagne, il faut toujours rembourser ses dettes, rien n'est gratuit, it's just business. Le cas Skripal n'a été provoqué que pour cacher le but véritable: la protection de l'ordre atlantiste, mis en danger par le retour inconsidéré de la Russie, malgré prévisions et sanctions. L'on ne peut quand même - encore - ouvertement demander aux Etats qui doivent préserver les apparences de se lancer au combat contre la Russie, en passant outre leur intérêt national, pour servir la globalisation. Les populations le prendraient mal. Mais défendre les "droits de l'homme", ça c'est vendable. 
 
  • Il faut attaquer tout en évitant d'être l'agresseur, question d'image. D'où l'intérêt de la guerre de l'information et du contrôle des médias, ce qui fonctionne à merveille. Ainsi, les journalistes russes ne sont pas des journalistes, mais des propagandistes et les diplomates russes ne sont pas des diplomates, mais des espions. Le Président n'est pas légitime, les élections sont faussées car sans véritable opposition et Poutine ne défend pas les intérêts de son pays, c'est simplement un dictateur tyrannique. Donc tout est permis, il n'y a pas de restriction par le droit international, car la Russie ne peut être un sujet de droit international, elle est un "paria". Question d'ailleurs posée par la presse belge:
 

Le devoir d'allégeance
Ainsi, nos chers dirigeants peuvent entrer la danse qui a été écrite pour eux, tout en gardant bonne conscience: ils ne détruisent pas l'ordre international hérité de la Seconde Guerre mondiale au prix de millions de morts pour le déposer simplement aux pieds des Etats-Unis. Non. Ils le détruisent allègrement pour protéger le Bien (eux), contre le Mal (la Russie). C'est simple, c'est clair, ils peuvent le comprendre sans trop de difficultés et le répéter en boucle dans la presse. Les journalistes le comprennent aussi. C'est merveilleux. Ils le répètent également en boucle dans leurs articles d'une diversité époustouflante. Plus personne ne se pose de questions, de toute manière c'est épuisant (il faut les formuler et parfois même y répondre) et ça ne sert à rien, toutes les réponses sont déjà apportées: "highly likely" permet de clore toute discussion. 
 
Les pays qui expulsent le plus de diplomates russes sont dans l'ordre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Ukraine. Dans ce trio, l'Ukraine est un pion, qui paie lui aussi son tribut au soutien financier et militaire qui est apporté à ses groupes extrémistes, qui lui permettent de briser des siècles de tradition et de réécrire dans le sang son histoire. Elle est là pour faire du chiffre. Les têtes cachées sont anglo-saxonnes, elles sont idéologiques: c'est bien la question de la survie de l'ordre global qui est en jeu. Le reste est une question d'allégeance. 
 
Les pays de l'UE se divisent, seulement la moitié a décidé d'expulser des diplomates russes, mais d'autres "réfléchissent", comme la Belgique qui doit réunir un Conseil des ministres restreint aujourd'hui. En attendant, chacun fait en fonction de ses moyens et de ses convictions: la France et l'Allemagne
 
- 4; la République tchèque et la Lituanie
 
- 3; l'Espagne, l'Italie, le Danemark et la Hollande
 
- 2; la Finlande, la Hongrie, la Lettonie, l'Estonie, la Roumanie et la Suède
 
- 1. En dehors de l'UE, on retrouve classiquement le monde anglo-saxon avec le Canada (4) et l'Australie (2). La Norvège, à la pointe de l'idéologie post-moderne, ne pouvait rester en dehors, elle expulse symboliquement un diplomate et confirme ainsi sa place dans le clan du Bien. Les pays qui ont été "libérés du "joug socialiste", comme l'Ukraine (13), l'Albanie (2). Chacun confirme à sa manière son adhésion au clan atlantiste, dirigé par les Etats-Unis, qui expulsent eux 60 diplomates et ferment le consulat russe de Seattle (après celui de San Francisco).
 
La création de l'image de l'ennemi justifiant la violation des règles 
 
Mais j'oubliais, ce ne sont pas des "diplomates", ce sont des agents du renseignement. Toujours la rhétorique visant à discréditer l'ennemi dans une guerre, ce qui justifie le combat.
 
Le communiqué officiel du Département d'Etat ne parle ainsi pas de "diplomates", mais d'agents actifs du renseignement:
La presse anglo-saxonne reprend, en toute indépendance, le même crédo répété en stéréo par Thérésa May. L'on apprend ainsi dans The Telegraph, que selon la Grande-Bretagne, il ne s'agit pas d'une expulsion de diplomates, mais du démantèlement d'un réseau d'espions russes travaillant en Occident sous statut diplomatique:
Acter le monde unipolaire américano-centré garantissant la globalisation
 
L'opération fonctionne. La requalification est en cours. Une coalition se met ainsi en place, autour des intérêts protégeant la globalisation. Le danger existentiel pour cette transformation du monde issu de la Seconde Guerre mondiale vient de la Russie, qui sans remettre en cause l'intégration économique refuse la dissolution politique. Or l'un ne va pas sans l'autre, tout a un prix et le rappel à l'ordre est violent. Mais la Russie signe et persiste, elle a repris sa place dans l'ordre mondial et la globalisation est en danger: si elle n'est pas globale, elle n'est pas. La politique souveraine de la Russie est alors décrite comme particulièrement agressive, comme dans cet article du New York Times, où l'on peut lire en première page de leur site:
Mais si dans les faits, la domination américaine a été dans l'ensemble acquise, elle n'est pas traduite ni dans les organes internationaux, ni dans les règles de droit. Pour reformater ce système de règles et d'organes issu de la Seconde Guerre mondiale, pour lequel l'URSS a lourdement payé son droit d'être un élément-clé, il faut discréditer la Russie. Et reprendre le contrôle. Ce ne sont pas des diplomates, mais des espions. Ils n'ont donc pas le droit de siéger au Conseil de sécurité.
 
La reprise de contrôle du Conseil de sécurité de l'ONU est le but intermédiaire essentiel qui doit permettre au clan atlantiste-globaliste d'acter le monde unipolaire américano-centré.
Les Etats-Unis s'arrogent ainsi, en violation des Conventions internationales de 1946 et de 1947, réglementant la présence des délégations étrangères sur le territoire américain et obligeant les Etats-Unis à garantir l'accès des diplomates ainsi accrédités à leur lieu de fonction, le droit d'expulser 12 diplomates russes travaillant à l'ONU. De cette manière, les Etats-Unis prennent des sanctions au nom de l'ONU, ce qui ne dérange en rien la communauté internationale qui accuse la Russie de violer systématiquement le droit international. 
 
La fin justifie les moyens, sans le Conseil de sécurité, où la Russie arrive à bloquer la politique américaine et oblige les Etats-Unis à agir, comme en Syrie, ouvertement sans couverture de l'ONU, le monde atlantiste ne pourra être estampillé. 
 
Risque: déstabiliser l'ordre international et ouverture d'une nouvelle période de conflit généralisé pour entériner un nouveau rapport de forces. 
 
Cette remise en cause de l'ordre découlant de la Seconde Guerre mondiale déstabilise profondément et dangereusement le fragile équilibre alors obtenu, entraîne un risque de "dérapage" et d'escalade en conflit armé. Par ailleurs, toutes ces conséquences ne sont absolument pas maîtrisées par les apprentis sorciers à la vision bornée qui se lancent dans combat purement idéologique. La communauté internationale est entrée dans un état de transe. 
 
Dans ce mouvement collectif d'une grande partie des pays occidentaux, mais pas de tous, il y a comme la réaction d'adolescents qui ont besoin de montrer qu'ils existent. Même si c'est contre-productif, même si ça ne leur apportera rien en fin de compte, même s'ils ne veulent pas se battre et ont peur des coups, il faut s'opposer et jouer au grand. Il faut s'opposer à la Russie qui les défie et qui y arrive. Elle n'a pas baissé l'échine devant les Etats-Unis, mais a relevé la tête, quand les pays de l'UE sont entrés en servage. Elle relève son économie envers et contre les sanctions. La Russie a restauré son armée, malgré la chute de l'URSS et elle reprend pied sur la scène internationale. 
 
La force de l'autre est toujours une gifle face à sa propre petitesse. Les Etats-Unis ont parfaitement instrumentalisé la bassesse de l'orgueil blessé européen pour attaquer la Russie. Et le New York Times le titre:
C'est humiliant. C'est cette "victoire" que célèbre Thérésa May et les pays qu'elle a entraînés à sa suite. C'est ce qui reste de la grandeur des nations souveraines européennes: des caniches outragés qui aboient sur commande dans un combat que non seulement ils ne maîtrisent pas, mais qui les dépasse totalement. 
 

La tragédie de Kemerovo va-t-elle enfin faire sortir la Russie du culte primaire du business?

lundi 26 mars 2018

La tragédie de Kemerovo va-t-elle enfin faire sortir la Russie du culte primaire du business?

Hier, l'énorme complexe commercial de Kemerovo a brûlé. Au moment où j'écris ce texte, l'on compte plus de 50 morts, des dizaines de blessés et de disparus, dont de nombreux enfants (une classe entière était dans les locaux). Une telle catastrophe a été possible car la signalisation d'incendie n'a pas fonctionné, ni les extincteurs automatiques. Les pompiers ont travaillé 19 heures. Pourquoi, il y a dû y avoir des vérifications de sécurité incendie dans un centre avec des cinémas, un petit zoo, une patinoire etc.? Et bien non, car l'Ombudsman des entrepreneurs, B. Titov, a réussi a obtenir en 2015 une suspension de trois ans du contrôle d'Etat "qui étouffe le business". Et cela concerne les normes incendies. Etrangement, Boris Titov n'a pas présenté ses condoléances aux familles victimes de son initiative législative - qui, paraît-il, doit être prolongée et généralisée à toutes les formes de contrôle. Peut-être le désastre de Kémérovo sonnera-t-il la fin de la sacralité primitive du business en Russie? 
 
Le feu s'est déclaré au 4e étage du complexe commercial de Kemerovo hier après-midi. A cet étage se trouvent des salles de cinéma, un petit zoo où les enfants peuvent toucher les animaux, des centres d'activités pour enfants, etc. Mais la signalisation anti-incendie n'a pas fonctionné, l'évacuation a été cahotique, l'électricité a été coupée, pas d'extincteurs automatiques. Les gens sont sortis comme ils ont pu. Les 200 animaux n'ont pu être avacués et sont tous morts. Deux des trois salles de cinéma se trouvant au 4e étage sont "tombées" au 3e. Pour tenter de se sauver, des personnes ont sauté du 4e étage par les fenêtres. Des jeunes pris au piège envoyaient des messages d'adieu à leurs proches. Une tragédie difficile à décrire. Impossible à décrire. 
 

 
Les chiffres évoluent en fonction des sources. 53 à 55 morts (dont 9 enfants), 12 blessés encore hospitalisés, plus d'une trentaine a eu des soins ambulatoires, une trentaine de personnes ont également été hospitalisées, 59 personnes disparues (dont 41 enfants). 
 
Et c'est alors que l'on apprend que de véritables inspections, notamment incendie, n'ont pu être réalisées en 2016. Le Comité d'enquête mène les opérations:
« Quatre personnes, dont le locataire des locaux où se trouvait apparemment l'épicentre de l'incendie, ont été placées en garde à vue et interrogées dans le cadre de l'enquête ». (...) « Le chef de la société gérant le centre commercial a été également placé en garde à vue »
Soit, mais pourquoi n'y a-t-il pas eu de vérification des organes de l'Etat? Parce que sur initiative de Boris Titov, il a été obtenu que le petit et moyen business ne doive pas "subir la pression des organes de l'Etat" pendant trois ans, pour pouvoir se développer tranquillement. Car, comme de bien entendu, l'Etat ne peut être que répressif et empêche les pauvres hommes d'affaires de donner du travail au bon peuple. Et cette rhétorique primitive fonctionne. V. Poutine l'a reprise dans son adresse au Parlement en 2015 et cela a été légiféré: pas plus d'un contrôle sur trois ans. Bref, les entrepreneurs sont tranquilles jusqu'au 31 décembre 2018. 
 
En 2017, Titov fait son rapport au Président et déclare que ce système a fait ses preuves, mais il y a encore trop de contrôle de la part de l'Etat, trop de "pression" sur le business, donc il faut encore reporter de trois ans le mécanisme et l'étendre à toutes les formes de contrôle qui n'entraient pas dans la forme initiale. Autrement dit, le business doit être intouchable. Et pour cause, selon l'Ombudsman des entrepreneurs, les autorités publiques chargées du contrôle du business ne font en fait que du "commerce de documents". Le système étatique doit être réduit au minimum.
 
Il est difficile de souligner le niveau de cynisme de ces paroles à la lumière de l'incendie et de la tragédie qui a touché toutes ces familles. En effet,  le système a "bien fonctionné". Il n'y a pas eu de contrôle. Le business a pu se développer comme il l'a voulu, les administrations ne l'ont pas obligé à "acheter des certificats" et aucune mise aux normes n'a été faite. 
 
Boris Titov va-t-il présenter ses condoléances aux familles?
 
Mais comme le rappelle le ministère du développement économique, la baisse du contrôle n'est pas une fin en soi, il ne peut concerner que les entreprises qui ne présentent pas un risque particulier, ni dans les domaines de l'enseignement ou de la santé. Parfait, mais où n'y a-t-il pas de risque? Les cinémas peuvent brûler, la nourriture peut être de mauvaise qualité. Il n'y a pas que les avions qui peuvent s'écraser qui présentent un risque. Cette rhétorique spécieuse issue des slogans de l'OCDE fait des ravages.  
 
Il est à espérer que cette tragédie permettra de revenir au fond du problème: mettre fin à la fuite en avant néolibérale de cette dérégulation hystérique, le retrait systématique de l'Etat considéré comme une barrière et non une protection (l'expression barrière administrative est significative) et le retour d'urgence à un équilibre. L'Etat est la seule structure indépendante qui va protéger les consommateurs, les gens qui veulent aller au cinéma en toute sécurité, qui achètent des appartements dans des immeubles en construction et veulent voir réaliser l'immeuble et non s'envoler leurs économies, ces gens qui vont manger au restaurant et ne veulent pas être empoisonnés. La logique du marché ne repose pas uniquement sur les vendeurs, elle a aussi besoin d'acheteurs. Et ils ont aussi des droits. Pas uniquement le business. L'Etat défend l'intérêt public, qui évidemment dérange le business, car il l'oblige à dépenser de l'argent pour les mises aux normes, pour atteindre une certaine qualité, alors qu'ils pourraient éviter ces dépenses "superflues" et augmenter le profit, ce qui est le but premier. Evidemment le business veut le retrait le plus total possible de l'Etat. Mais ce n'est que dans un pays sous-développé que l'on peut voir réaliser ce genre de fantasme. 
 
Les familles des victimes, les parents des enfants disparus, seront certainement très heureux d'entendre Titov et les auteurs de cette loi sur la suspension du contrôle étatique leur expliquer à quel point l'Etat pèse sur le business, à quel point l'Etat est néfaste, à quel point la société serait plus heureuse sans Etat. Je suis certaine qu'elles comprendront immédiatement que leurs proches ne sont pas morts ou n'ont pas été blessés pour rien. Mais qu'ils ont apporté leur contribution à la lutte légitime de la libération du business. Le reste n'a manifestement aucune importance pour ces Titov and Co.
 

Anne Nivat : « Un Continent Derrière Poutine ? », 85 Minutes Pour Survoler Ce Continent – Et Les Faits ?

Anne Nivat : « Un Continent Derrière Poutine ? », 85 Minutes Pour Survoler Ce Continent – Et Les Faits ?

 

24 Mars 2018

Le 18 Mars dernier, France 5 a diffusé ce reportage. La promesse d’Anne Nivat est d’aller à la rencontre des Russes, afin de les connaître et de les comprendre. Le voyage au sein de la Russie actuelle aura duré environ 4 mois. Le reportage, lui, dure 85 minutes. Elle rappelle que c’est un pays « immense, complexe ». Mais à peine ce rappel est-il effectué, qu’elle évoque un pays partagé entre de « vieux démons » (un langage religieux significatif) et ses « désirs d’émancipation ». Pour faire ce voyage, elle a décidé de mettre ses pas dans ceux de Soljenitsyne, un auteur controversé – il faut dire que Papa Nivat est un inconditionnel et un spécialiste de celui-ci (il faudrait savoir pourquoi  : pour son anticommunisme ? son soutien au royalisme ? à l’Eglise orthodoxe ?).

 

Le reportage, en fait, est en décalage, avec la promesse, impossible : aller à la rencontre DES Russes, et ce sont seulement quelques Russes qui sont rencontrés, avec lesquels elle dialogue. Plusieurs questions se posent : comment a t-elle été mise en contact avec ces Russes ? Quels ont été les critères de sa sélection ? Le fil rouge du voyage et des rencontres, est le rapport de ces Russes à M. Poutine, identifié, dans le reportage, comme un autocrate, voire un dictateur. Le premier Russe rencontré, Pacha, de Vladivostok, évoque Alexis Navalny, et la journaliste affirme que la plupart de ses interlocuteurs lui ont parlé de cet « opposant », lequel n’a pas pu se présenter à l’élection présidentielle russe.

 

Ce candidat d’extrême-droite, soutenu par les Etats-Unis (comme ses semblables l’ont été, le sont, en Ukraine), fait l’objet, comme d’autres figures, comme Soljenitsine en son temps, d’un soutien actif, étatique, médiatique, dans les pays occidentaux, sans rapport avec ce qu’il signifie socialement, politiquement, en Russie. Et c’est avec de telles références, que le reportage devient très faible, parce qu’il n’y a aucune comparaison avec les pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, la France. Par exemple, en France, pour pouvoir être candidat(e) à l’élection présidentielle, il faut bénéficier de parrainages par les maires de France. Il s’agit d’un contrôle censitaire, qui a empêché de nombreux citoyens et de nombreuses citoyennes, de présenter officiellement et validement leur candidature.

 

Et un candidat comme Coluche a subi des menaces de mort, et ces menaces l’ont conduit à annuler sa candidature. Par l’absence, systématique, de comparaison, les problèmes évoqués par la journaliste paraissent spécifiquement russes, et particulièrement graves. Un autre interlocuteur n’a pas été aidé pour créer son entreprise. En France, des aides existent…, sur le papier. Mais en fait, les petits entrepreneurs ont les plus grandes difficultés pour en obtenir une, et, en général, ne les obtiennent pas. Elles sont, en général, très conditionnées. Quand il s’agit des souhaits/rêves de Sasha pour la Russie, ils peuvent être, sans aucun problème, transposés en France : avoir la possibilité d’un choix (d’un vrai choix, ce qui signifie, d’avoir des alternatives, et non des candidates et candidats qui relèvent d’un même système, logique, ce qui est le cas en France, et pire encore aux Etats-Unis, avec la tenaille Républicains/Démocrates), que des personnes qui ont des compétences et des talents puissent les mettre au service du pays (et en France ? !), qu’il y ait moins de corruption (rires).

 

Quand il s’agit d’évoquer la période soviétique et ses constructions, la journaliste parle de « stigmates ». Quid des banlieues et périphéries, de Paris, Lyon, etc ? Quid de quartiers abandonnés, avec des immeubles de type victorien, à New-York, où des familles pauvres étaient et sont entassées ? ! Parlerait-elle de « stigmates » ? ! Quand il s’agit du système de santé, il faut comparer, et la comparaison s’avère pénible – pour nous. En effet, quand le système de santé russe a beaucoup progressé, s’est vu doté de moyens suffisants pour, les naissances, les opérations, notre propre système de santé est mis en difficulté par un sous-financement, et aux Etats-Unis, le système de santé public est dans une situation très grave.

 

A l’occasion d’un échange avec un responsable d’un site médical, l’un des propos, sens, politiques, du reportage, apparaît clairement : alors que le professionnel évoque les efforts qui ont été faits, en matière d’investissement, mais qui auraient pu être plus importants encore, la journaliste compare ces dépenses avec les actions et dépenses militaires de la Russie, notamment en évoquant (elle le fait à plusieurs reprises), « la Crimée », avec ces dépenses pour la santé des Russes. Or, cette question, cette journaliste, et au-delà d’elle, les journalistes installés, à Paris, la posent t-ils, pour l’Etat français, dont le budget militaire reste, encore, important (et pour certains, pourtant, très insuffisant), au profit donc d’un budget supérieur pour la Sécurité Sociale ? ! Les éléments de langage concernant « la Crimée » sont ceux des élites européennes, des Etats-Unis : la Crimée aurait été annexée par la Russie.

 

Or, là encore, à l’exception du reportage de Paul Moreira sur « la Révolution Orange » ou « de Maïdan », nous n’avons vu aucun reportage diffusé sur les chaînes françaises concernant les influences étrangères qui ont agi pour réussir à faire destituer le pouvoir en place, installer celles et ceux qui, depuis, sont au pouvoir dans ce pays, avec les « résultats » que l’on connaît (notamment concernant les mafias ukrainiennes). Concernant les sentiments, avis, propos, de ce médecin, sur « l’homosexualité », là encore, une comparaison serait utile : serait-il si difficile de trouver en France, aux Etats-Unis, un père de famille, homophobe ou non homophile ? ! Comment expliquer alors que, avec « la Manif pour tous », la France ait vu défiler des centaines de milliers de personnes, dans Paris ? Lorsqu’elle interroge un photographe professionnel, celui-ci met en cause le gouvernement pour la situation économique. La même question est-elle posée à des citoyens en France ?

 

Lors de cet échange, elle salue le propos anti-Poutine de ce photographe – preuve que c’est ce qui était très recherché. Même problème : et si nous parlions de la situation des photographes professionnels indépendants en France ? ! Concernant le fait que, avec le système politique, « tout est déjà décidé », tout est sous contrôle, il faudrait comprendre que ce qui se passe en Russie est particulièrement grave et spécifique, mais comment comprendre l’énorme abstentionnisme en France ? ! Idem sur le sujet des revenus et des retraites : elle entend que la situation économique s’est améliorée, mais les revenus et retraites cités sont souvent faibles, par comparaison avec nous. Mais pour pouvoir les mesurer, il faut prendre en compte les coûts et les prix, locaux, nationaux.

 

En France, certaines, certains, perçoivent une retraite très faible, une allocation, également très faible, une retraite, également très faible, lesquelles permettent seulement de survivre – et encore. La journaliste passe par le Birobidjan, cette République Soviétique, refuge pour les Juifs soviétiques, unique dans le monde, avant la création d’Israël. En France, combien peuvent dire, comme Sergueï, que le résultat des élections ne changera rien (en mieux), à leur situation ? Inversement, tous les Dimitri Ramouzov du monde ont de grandes maisons, ont des revenus importants. Quoiqu’il en soit, les Russes inclinent en faveur de la stabilité, de la paix, et ne marchent pas dans les coups de communication des « opposants », et ils ont de la mémoire, sur ce qu’ils ont subi, de la part de cette Europe de l’Ouest, avec son armée nazie/fasciste. Hélas, avec l’OTAN présente dans tous les Etats frontaliers de la Russie, les Etats baltes, la Pologne, etc, une réplique de cette armée a été reconstituée, dans un projet de guerre, contre la Russie. Le reportage se termine par une rencontre, un échange, avec deux jeunes homosexuels.

 

L’homophobie, les agressions, les crimes homophobes, une spécialité russe ? ! Et en France ? Et aux Etats-Unis ? L’un d’eux reconnaît même qu’il existe une loi, en Russie, contre les discriminations. Il faut dire que, désormais, une organisation comme l’OTAN  a récemment déclaré sa flamme aux personnes homosexuelles, discriminées. C’est que ses dirigeants ont désormais décidé que les préférences affectives et sexuelles de ses soldats, officiers, leur importaient peu, tant qu’ils exécutaient les ordres, notamment en cas de guerre contre la Russie. Il est terrible de voir que des personnes puissent être instrumentalisées pour tenter d’attaquer, discréditer, un pouvoir, un pays, alors que, par ailleurs, il y a tant de problèmes graves, identiques ou quasi, dans d’autres pays du monde. Il faut souhaiter que de tels reportages, et surtout plus substantiels, seront faits, en parcourant la France, les Etats-Unis. Des reportages sérieux révéleront, révéleraient, des réalités et des problèmes civiques, inouïs.

 

A la fin des années 90, elle a obtenu un Bourse américaine :https://fr.wikipedia.org/wiki/Programme_Fulbright

 

P.S à propos de Soljejntsyne , je vous recommande cette critique tout à fait pertinente de la revue Persée sur son livre sur les juifs : (danielle Bleitrach)

 

https://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_2004_num_75_3_6922

Zakhar Prilepine : « On demande aux Russes d’avoir honte de leur existence »

Zakhar Prilepine : « On demande aux Russes d’avoir honte de leur existence »

 

22 Mars 2018
  • Oui je sais on va encore me reprocher (enfin leca va me reprocher) de publier cet interview de cet écrivain qui a eu sa période trouble y compris ultra-nationaliste et antisémite. Cela dit personne ne battra dans ces domaines Soljénistsyne. Prilepine a évolué à l’inverse de celui-ci qui démeurait l’oracle de l’occidrt alors qu’il en était à valider les « pacte des sages de Sion », ce faux tasriste qui connait une seconde jeunesse dans les pays arabes pour donner corps au complot juif. Prilepine n’en a jamais été là, il a quitté le sulfureux parti national bolchvique de Limonov et il parle lucidement de la Russie.
  • (note de danielle BGleitrach)

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – L’écrivain Zakhar Prilepine était invité au Salon du Livre à Paris, qui a mis la littérature russe à l’honneur. L’auteur de «Ceux du Donbass», un récit de sa guerre aux côtés des rebelles pro-russes en Ukraine, se livre à un examen de la situation politique, religieuse et internationale de la Russie.


Zakhar Prilepine est l’un des romanciers les plus en vogue de la Russie contemporaine. Ancien membre du part national-bolchévique de Limonov, il mène une double vie d’écriture et d’aventure politique. Son roman L’Archipel des Solovki (Actes Sud, 2017), une fresque de 800 pages intense et dostoïevskienne, raconte l’histoire du premier camp de rééducation mis en place par les bolchéviques dans les années 1920. Il publie aux éditions des Syrtes Ceux du Donbass, un récit de sa guerre aux côtés des rebelles pro-russes qui se sont insurgés contre le pouvoir ukrainien.


FIGAROVOX.- Que pensez-vous de la réélection triomphale de Vladimir Poutine?

 

Zakhar PRILEPINE.- Je respecte le choix du peuple. À l’heure actuelle il n’existe pas en Russie un membre de l’opposition qui puisse contrebalancer ce choix. Un ex-membre des services secrets français a dit un jour que Poutine était un animal politique. Apparemment, ça plaît au peuple russe. Mais je crois que la Russie reste un pays démocratique. On regarde toujours les quatre mandats de Poutine: mais Merkel aussi entame son quatrième mandat. Aux États-Unis, il y a des dynasties présidentielles: Bush père et fils, les Clinton!

 

 «Je n’aime pas beaucoup le pouvoir soviétique. Simplement, ceux qui ne l’aiment pas du tout appartiennent à un type d’individus qui, en général, me révulsent » écrivez-vous dans L’Archipel des Solovki. Êtes-vous dans la nostalgie de l’URSS?

 

Ce n’est pas le pouvoir soviétique qui compte en ce moment pour les Russes, il est écrasé, pitoyable, renié. Les gens font leur choix en grande partie par nostalgie. Ils réagissent à un antisoviétisme qui a viré à la russophobie chez certains. Les Occidentaux ont tendance à penser que les Russes ne regrettent pas le pouvoir soviétique, mais c’est pourtant le cas. Dans les années 1990, nous avons détruit le pays, anéanti l’économie, supprimé l’idée de gauche. Nous avons écrit des centaines de livres, de films, où il était question de haine à l’égard de l’union soviétique. On nous demande de nous sentir coupables, honteux de ce passé, de notre existence.

 

On accuse les Russes d’être partout, de truquer les élections. Pensez-vous qu’il existe une russophobie en Occident?

 

Je pense que la russophobie existe dans l’élite politique, mais qu’elle ne touche pas la plupart de la population. Je suis venue en France au moins 25 fois, et je n’ai jamais eu de conflits avec les lecteurs. La France est le seul pays européen à avoir accepté d’éditer mon livre «Ceux du Donbass». En revanche, les récits de ceux qui combattent côté ukrainien sont édités partout.

Boycotter la littérature russe, c’est boycotter ce qu’il y a de plus européen en Russie.

Que pensez-vous de la décision d’Emmanuel Macron de boycotter le pavillon russe au Salon du Livre de Paris où vous étiez présent?

 

Poutine n’aurait jamais fait ça en Russie. Ce n’est pas un geste contre la Russie de Poutine, mais un geste contre la littérature russe, qui est peut-être ce qu’il y a de plus européen en Russie. La littérature reste, tandis que les présidents passent.

 

Dans Ceux du Donbass (éd. des Syrtes, 2018), vous racontez les chroniques de votre guerre en Ukraine. Pourquoi vous êtes-vous engagé dans le Donbass?

 

Parce que je suis pour la démocratie. Les gens qui expriment le désir de vivre dans un espace culturel et politique souverain en ont parfaitement le droit. Les ambassadeurs occidentaux se sont déplacés place Maïdan où il y avait 300.000 personnes qui manifestaient contre le régime de Ianoukovitch (NDLR: président renversé par un mouvement anti-corruption et pro-UE en 2014), mais ils auraient dû aussi se déplacer dans le Donbass où des centaines de milliers de personnes manifestaient contre le régime de Porochenko [NDLR: président ukrainien depuis 2014]. Que les Européens m’expliquent quelle est la différence entre la liberté revendiquée à Kiev et celle revendiquée dans le Donbass? Pourquoi n’auraient-ils pas les mêmes droits?

 

Comment jugez-vous la manière dont les médias occidentaux ont traité le conflit?

 

La presse européenne ne s’intéresse pas à présenter les événements de manière objective. Le 2 mai 2014 a lieu à Odessa un incendie criminel de la Maison des syndicats par des rebelles pro-Maïdan, qui a coûté la vie à 42 manifestants anti-Maïdan. Ce massacre a été sous-traité par les médias occidentaux. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Que les Européens m’expliquent quelle est la différence entre la liberté revendiquée à Kiev et celle revendiquée dans le Donbass ? Pourquoi n’auraient-ils pas les mêmes droits ?

Nous allons fêter cette année le centenaire de la naissance de Soljenitsyne. VotreArchipel des Solovki s’inspire de L’Archipel du Goulag. Quelle place tient-il dans votre filiation littéraire?

 

Soljenitsyne est une figure immense, qui est à mon avis beaucoup plus politique que littéraire. Le texte de L’Archipel du goulag comporte énormément d’imprécisions et d’erreurs, ce qui peut se comprendre étant donné que Soljenitsyne n’a jamais eu la possibilité de consulter les archives à l’époque. Dans les années 1980, Soljenitsyne a écrit des textes assez nombreux qui parlaient de la perestroïka comme d’une énorme catastrophe pour la Russie. Ce ne sont pas les plus connus.

 

Vous situez-vous comme lui dans une tradition slavophile?

 

Non, car Soljenitsyne, à la différence de moi, avait l’idée d’une union des trois pays slaves: la Russie, l’Ukraine, et la Biélorussie. Je pense pour ma part que la Russie est un pays beaucoup plus complexe. Il y a une population musulmane, une population bouddhiste. Nous sommes plus proches aujourd’hui de certains pays asiatiques, comme la Chine, que d’autres pays slaves, comme l’Ukraine. Comme le disait Poutine, «si l’Europe ne veut pas entamer de dialogue avec nous, nous allons nous tourner vers la Chine et l’Inde».

 

La Russie ne fait pas partie de l’Europe?

 

C’est un espace eurasien, c’est à la fois l’Europe et l’Asie. Mais notre culture, elle, reste européenne. Dans une certaine mesure, la Russie garde la tradition européenne.

Nous sommes plus proches aujourd’hui de certains pays asiatiques, comme la Chine, que d’autres pays slaves, comme l’Ukraine.

Pourquoi la Russie sécrète-t-elle de si grands écrivains?

 

C’est un pays très vaste à l’histoire complexe. Sans vouloir vous flatter, vous avez une littérature aussi bonne que la nôtre! Je pense que la francophilie russe qui existe depuis longtemps a eu un impact important sur la littérature russe. Lorsque la Russie est critiquée en France, les Français devraient se rendre compte que c’est eux-mêmes qui ont apporté beaucoup de choses à la Russie. Moi par exemple, on me reproche mon militarisme, mais je prends exemple sur Guillaume Apollinaire, Romain Gary et Antoine de Saint-Exupéry, avec qui j’ai grandi!

L'Archipel des Solovki, roman magistral traduit chez Actes Sud

«Notre différence tient dans le fait que nous nous punissons très vite et de nos propres mains – nous n’avons pas besoin pour cela des autres peuples.» écrivez-vous dans L’Archipel…

 

Il existe un masochisme russe, c’est vrai. Nous nous donnons nous-mêmes le fouet, mais parfois nous aimons que d’autres y participent. Prenons l’exemple de la Seconde Guerre mondiale: les pertes subies ont été énormes, 19 millions de personnes. Elles sont mortes en majeure partie en 1941-1942, tuées par l’Allemagne et ses alliés. Personne ne parle de ces millions de Russes sacrifiés pour vaincre le nazisme. Cette ingratitude et cet oubli blessent les Russes.

 

Vous vous êtes rapproché récemment de l’Église orthodoxe. L’orthodoxie est-elle un pilier de l’identité russe?

 

J’ai été baptisé en 1975, à l’époque soviétique. Nous avions des icônes et la Bible à la maison. Je ne suis pas un fervent croyant, toutefois je crois que Dieu existe, et que la religion orthodoxe fait partie de notre tradition culturelle. Mais en Europe, les gens exagèrent l’impact de l’église orthodoxe sur la politique russe et la population. Il y a plus de pratiquants dans les pays scandinaves ou en Grande-Bretagne qu’en Russie!

 

La « décroissance » est un poison pour l’agroécologie sur le livre de Paul Aries « Les rêves de la jeune Russie des Soviets ». 

 

, par  Guillaume Suing

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Une réaction de l’auteur de "L’écologie réelle, une histoire soviétique et cubaine" (Delga, 2018) au dernier essai de Paul Ariès "Les rêves de la jeune Russie des soviets" (2017, Les bords de l’eau).

 

Arcady Plastov, Fenaison. 1945

 

Science ? Théorie politique ? Agronomie ? Nostalgie romantique ? Un malentendu plane souvent sur le terme d’écologie… ce qui invite certains « décroissants » à réduire par exemple l’immense expérience soviétique en la matière à sa seule dimension de « protection de l’environnement » contre un homme par nature mauvais et dilapidateur de ressources. C’est dans ce contexte qu’à la faveur du centenaire de la révolution d’Octobre, nombreux sont ceux, à gauche, qui finissent par reconnaître l’héritage « écolo » des jeunes années du bolchevisme… pour mieux souligner bien sûr son écrasement rapide par le tyran Staline.

 

Il faut dire que cette histoire écologique de l’URSS est restée jusqu’aux ouvrages de Bellamy Foster [1], assez largement inconnue du grand public. A tel point que beaucoup de communistes eux mêmes, ignorant ce précieux patrimoine, se sentent obligés de défendre l’agriculture chimique ou l’Uranium pour mieux se démarquer d’une dernière mue de la « gauche anticommuniste », voire de ce que les intellectuels nomment « l’écosocialisme » (adjonction à un marxisme « incomplet » d’une question écologique qu’il aurait manqué).

 

Dans le récent essai de Paul Ariès « Les rêves de la jeune Russie des Soviets, une lecture antiproductiviste de l’histoire du stalinisme » (2017, Ed. Le bord de l’eau), un chapitre est justement consacré à cette question cruciale, un siècle après le fameux décret Lénine sur la protection des forêts et jardins (1921), fondateur du mouvement. Celui-ci, en nationalisant l’ensemble du territoire russe, imposa pour la première fois à cette échelle la création de vastes réserves naturelles intégrales, interdisant absolument l’accès à l’homme (sauf quelques scientifiques désignés) ; les fameux zapovedniks, « must  » des réserves naturelles y compris à ce jour.

 

Pour Paul Ariès, il y eu bien un influent mouvement de protection de la nature dans les premières années, qui disparut brutalement sous Staline avec la construction du socialisme (NEP puis collectivisation). Il est vrai que l’ensemble des dispositions prises par les bolcheviks pour la protection des forêts, considérées comme partie de la richesse nationale à préserver absolument, fut un virage à 180 degrés par rapport à la politique de déforestation intense et de commerce du bois qu’organisait le Tsar jusque là. Mais celle-ci, soulignons le dès maintenant, atteint son apogée non sous Lénine mais bien sous Staline à la fin des années quarante, après une longue période de restructurations et de reculs [2] liés aux aléas de la sociologie rurale. Car, du point de vue scientifique, l’agroécologie réelle ne se développe malheureusement pas par décret : elle suppose une vraie accumulation de richesses tant du point de vue technique (la polyculture est plus couteuse que la monoculture par exemple en terme de matériel de récolte), que du point de vue scientifique (la permaculture suppose un bond en avant des connaissances en biologie végétale et en pédologie) et social (elle suppose aussi un plus haut degré d’éducation et de formation chez les paysans, qui passent de statut d’exécutant à celui d’agronomes de leur propre sol). En URSS comme plus récemment à Cuba, actuel leader mondial du développement durable et de l’agroécologie, il a fallu une NEP écologique pour obtenir ensuite des résultats tangibles.

 

Pionniers de l’agroécologie dans les années trente et quarante

 

Un paradoxe : les zapovedniks, ces réserves naturelles intégrales, qui protégèrent l’infinie richesse des paysages soviétiques. On ne s’y attarde pas dans le livre, et pour cause : ils n’ont jamais cessé de se développer, en nombre et en surface… jusqu’aux années cinquante, avant l’arrivée au pouvoir de Khrouchtchev. Celui-ci, décidant brutalement de suivre le modèle productiviste agricole américain, balaya en effet d’un revers de main ces « surfaces improductives »… qui ne se redéveloppèrent qu’à partir des années 70.

 

Mais il y a plus grave : rien n’est dit dans ce chapitre, au-delà de la simple « protection de la Nature », sur l’agriculture soviétique elle même ! Quel écologiste actuel pourrait se désintéresser des questions agricoles, en particulier de la lutte contre l’agriculture intensive et court-termiste, pour ne se consacrer qu’aux seules réserves naturelles ? Nous le montrerons plus loin : cette ombre est elle aussi très opportune pour servir le propos, car c’est bien dans les années trente et surtout quarante que l’URSS développa à grande échelle une agriculture de type résolument écologique, opposée à « l’agriculture chimique » à la mode à l’époque en Occident.

 

C’est sur les hommes et les théories politiques, bien plus que sur les acquis, bien réels, de la politique forestière et agricole soviétique que se penche Paul Ariès, pour sa démonstration. C’est assez peu scientifique et très individualiste. Mais là encore, on peut se permettre quelques doutes.

 

Vernadski fut appuyé par Staline, non par Lénine

 

S’agissant du célèbre Vernadski, le premier, le plus célèbre des écologistes scientifiques, l’inventeur du concept central de « biosphère », et qui fût soviétique, l’auteur convaincu a priori de l’hostilité du « tyran rouge », attribue l’appui politique à sa première publication, « La biosphère » (1926)… à Lénine ! Ou plutôt au spectre de Lénine, puisque ce dernier était mort depuis deux ans…

 

L’exemple de Vernadski est pourtant un exemple très parlant du niveau de reconnaissance qu’eut l’Etat soviétique pré-khrouchtchévien pour les sciences et la protection de l’environnement. Lui qui mourut en 1945 avait donc « survécu » au stalinisme sans tracas politique. Pour Ariès, c’est parce qu’il était devenu « intouchable » [3] par cette gloire scientifique qu’avait adoubé (le spectre de) Lénine en 1926. En réalité ce que ne dit pas le livre, c’est que Vernadski n’était pas bolchevik ! Il était même avant Octobre, parallèlement à sa carrière de scientifique, un des cadres du parti Cadet (le parti de droite aux affaires entre février et octobre 1917). C’est pour cette raison qu’il resta en exil jusqu’en 1926, date de son retour en Russie.

 

N’est-il pas particulièrement incompréhensible, sous cet angle de vue étroit, qu’un tel profil ait pu devenir en quelques années le « père de la science soviétique », bardé de médailles et donnant son nom à tant de rues et d’immeubles soviétiques après sa mort en 1945 ? Qu’il ait pu avoir droit cette année là à des obsèques nationales et officielles ?

 

A l’évidence, que l’Etat soviétique consacre un tel scientifique pour son œuvre écologiste, puisqu’elle n’était pas la récompense d’une soumission politique (Vernadski n’était pas communiste), prouve qu’au cœur de l’histoire écologiste de l’URSS se tenait l’Etat lui-même, plutôt que quelques initiatives individuelles, réprimées ou non.

 

Du romantisme décroissant à la maturation d’une véritable permaculture nationale

 

Si on examine cette époque d’un peu plus près on comprendra que la jeune Russie soviétique n’avait pas vu naître un mais plusieurs courants « écologistes » dans le sens que l’on entend aujourd’hui. Deux pour l’essentiel : le courant « antiproductiviste », composé d’intellectuels plus enclin aux mythes naturels qu’aux sciences biologiques, et le courant « scientifique », lié à la prestigieuse Académie des Sciences, qui quant à lui expérimentait à l’époque une agriculture tirant profit de la nature de façon « durable », pour utiliser le vocabulaire en vogue.

 

Le premier courant, que Paul Ariès met en avant, était un mouvement à forte connotation romantique et radicalement naturaliste, d’aucuns diraient « gauchistes », tandis que l’autre représentait, nous le montrerons, la véritable maturité du courant « écologique » en URSS, sa traduction opérante, concrète. Le premier, fort naturel dans les premières années quand explosaient toutes sortes de courants idéalistes ou maximalistes, en pédagogie, en art, en littérature, en urbanisme, dans tous les domaines de la société, fut défait avec le retour au réel et les premières famines que connut l’URSS – contexte omis par Paul Ariès – tandis que le second se construisit progressivement jusqu’aux expériences agroécologiques d’après guerre, celles qui furent démantelées quelques années plus tard par le seul véritable « productiviste » qu’ait connu l’URSS : Khrouchtchev.

 

Le tort de Staline d’après Ariès serait d’avoir discrédité, caché derrière les intellectuels soviétiques Déborine ou Prezent, les cadres du mouvement écologiste « conservateur » pour cause d’« anti-productivisme »… au début des années trente.

 

Comment peut-on sérieusement soutenir le courant idéaliste des Lounatcharsky et autres Bogdanov qui voulaient soustraire la « Nature » à « l’exploitation » humaine quand les famines des années vingt et trente devenaient le principal problème à résoudre pour l’Etat soviétique ? Le précieux travail de l’historien américain Mark Tauger ("Famine et transformation agricole en URSS", Delga) démontre que c’est bien vers la fin des années trente (fin de la collectivisation des campagnes) que les famines disparurent. Une disparition qui fut définitive dans l’immédiat après guerre, après les disettes liées à l’invasion nazie et non liées aux infrastructures agricoles. Or c’est à cette époque qu’on put se permettre de mettre en place sur une très large échelle de véritables expériences d’agroécologie, tant moquées par les agronomes occidentaux de l’époque, adeptes sans scrupules de l’agriculture chimique et intensive.

 

Rien sur cette période cruciale dans le livre de Paul Ariès donc, c’est dommage. Ce point est pourtant crucial pour les permaculteurs d’aujourd’hui, qui s’intéresseraient sans doute, y compris de façon critique, à un tel héritage technique. Ariès oppose dans son livre le courant « écologiste » des Lounatcharsky et Bogdanov, à un courant péjorativement « scientiste », supposé incarner le retour du productivisme contre la protection de l’environnement. Sortons donc de telles caricatures.

 

Dans les années trente, l’agronomie soviétique était elle-même le siège d’un affrontement entre deux écoles de pensée : d’une part celle d’un certain Pryanichnikov, zélateur du modèle chimique d’agriculture intensive très influencé par l’occident dans ses pratiques et ses techniques, et d’autre part celle de Williams, Lyssenko [4] et plusieurs autres adeptes « mitchouriniens » d’une méthode « agrobiologique », plus naturelle, prudents vis-à-vis des engrais chimiques et hostiles aux pesticides, considérant le sol et sa préservation comme la base de toute fertilité[5].

 

Pryanichnikov eut lui aussi son heure de gloire, assez courte, pendant les années de guerre, quand l’industrie militaire produisait des déchets azotés utilisables en agriculture pour doper la productivité et tenter dans l’urgence d’enrayer les famines (en particulier les nitrates). Mais dans les années suivantes, alors que cette production d’engrais continua opportunément de se développer en agriculture à l’ouest jusqu’aujourd’hui, avec les résultats que l’on sait, l’agronomie soviétique prit un tournant extraordinaire en rejetant les méthodes (productives mais court-termistes) de Pryanichnikov pour installer dès 1948 un « grand plan de transformation de la nature » sous la forme de la plus grande entreprise d’agroforesterie de l’histoire, sur une surface deux fois supérieure à la France, dans la Russie méridionale.

 

AGROBIOLOGIE SOVIÉTIQUE CONTRE AGROCHIMIE OCCIDENTALE

 

Les permaculteurs parlent aujourd’hui d’agroécologie plutôt que d’agriculture « bio », car au-delà d’une simple suppression des engrais chimiques et des pesticides en agriculture, produire « autant » (puisqu’il s’agit de nourrir les hommes dans leur ensemble et non quelques privilégiés) sans de tels dopants relève bien sur d’une science naturelle complexe : L’agroécologie considère par définition le sol fertile comme une « usine » qu’il faut entretenir pour qu’elle soit productive, quand les chimistes de l’agriculture intensive le considèrent comme un « réservoir » passif et sans vie, qui n’aurait qu’à accumuler les intrants nécessaires à la croissance des plantes cultivées.

 

Il y avait bien en URSS une lutte théorique entre les chimistes partisans d’un sol « réservoir », donc à fertilité « limitée » et qu’il faut nier/supplanter par la chimie (en niant la biologie du sol), et les agrobiologistes partisans d’un sol « usine » qu’il faut gérer pour que celui-ci soigne à son tour les plantes qu’on y cultive. Telle est aujourd’hui encore la définition de la permaculture. Or pour gérer un sol et la vie qu’il abrite, il faut se départir des intrants toxiques qui le fragilisent à long terme, quand même ils augmenteraient son rendement à court terme.

 

C’est par la voix des plus « antistaliniens » de l’époque qu’on peut mesurer à quel point l’agronomie soviétique était à contre courant, face à un occident massivement converti à la monoculture chimique intensive. Jaurès Medvedev, célèbre auteur de « Grandeur et chute de Lyssenko » (1971), préfacé par le Nobel Jacques Monod, raillait cette agronomie d’après guerre qui « préconisait de ne pas développer l’industrie des engrais, de laisser les champs en trèfle pendant deux ou trois années d’affilée, (...) [et invitait aussi à] renoncer à utiliser certaines machines (herses, tracteurs) qui détruisent la texture du sol ». Dans « La petite histoire des grandes impostures scientifiques » (Gilles Harpoutian, 2016), on se rassure en rappelant : « Staline meurt en 1953. Khrouchtchev et son gouvernement abandonnent le "système Lyssenko" de rotation des cultures, imposé avec autorité à l’ensemble de la filière agricole soviétique, mais incontestablement inefficace. Les méthodes américaines de production du maïs sont reprises. (...) Pendant la seconde guerre mondiale, Lyssenko [dirigeait] un projet forestier en Sibérie et [imposa] une étonnante idée de plantation en nids de graines d’arbres afin de sauver la toundra du dessèchement ». Medvedev moque aussi la volonté d’inverser la recette des compostes naturels habituellement composés de 80% de fumier et de 20% de paille, c’est-à-dire en y mêlant 80% de paille et 20% de fumier. Cette absurdité, selon Medvedev et tant d’autres admirateurs de l’agriculture intensive occidentale, reflète pourtant une réalité que connaissent bien les praticiens soucieux d’augmenter le rapport C/N des sols cultivés (plus de carbone organique, issu des pailles, moins de nitrates, issus du fumier) donc de stimuler la vie du sol, facteur de fertilité naturelle.

 

Le plus vaste plan d’agroforesterie au monde

 

Plus encore, l’agroforesterie est souvent considérée dans le milieu de l’agroécologie, comme la forme la plus aboutie de coopération entre plantes pour repousser les parasites et mauvaises herbes sans recours à la chimie. Les arbres sont, on le sait aujourd’hui, les maîtres du sol et les garants naturels de sa fertilité (les sols de forêts sont les plus « productifs » au monde, sans intervention humaine) : ils favorisent par leur enracinement la vie du sol et la formation lente de complexes argilo-humiques retenant les sels minéraux contre le lessivage, autant de facteurs qui améliorent la structure du sol, plus que sa simple composition chimique. Structure qui détermine à la fois la facilité d’enracinement, la capacité de retenir l’eau contre le dessèchement, et la capacité à produire de façon endogène et à retenir les sels minéraux indispensables aux plantes cultivées.

 

En général la polyculture agroforestière préconisée par les permaculteurs se compose d’une stratification à trois étages de productivités décroissantes : les herbacées annuelles au sol, les arbustes pour les couvrir, eux même couverts par les arbres à productivité lente. L’étage arborescent peut être composé d’avocatiers, couvrant des arbustes tels que les bananiers ou des goyaviers à Cuba. Il peut être une palmeraie couvrant des grenadiers arbustifs ou des figuiers, etc dans les oasis africains, le tout protégeant des cultures annuelles de légumes au sol. C’est exactement sous une telle forme qu’on développera en 1948 le plan d’afforestation le plus ambitieux du monde en URSS. Et c’est d’ailleurs une ambition parfaitement cohérente avec la théorie des agronomes « mitchouriniens » soucieux de protéger la texture des sols sur le long-terme, contre les labours profonds, les sols nus et la chimie destructrice de la microfaune et des champignons du sol.

 

Dans la prose un peu ésotérique de Lyssenko, on retrouvera à la lettre une telle approche :

« Jusqu’à présent la steppe [écosystème de sol pauvre et de "mauvaises herbes", ndla], dans la plupart des cas, triomphait de la forêt. Ce n’était point parce que la forêt, comme fait naturel, n’est jamais en mesure de lutter contre la steppe, mais parce que l’intervention de l’homme dans la nature, étant donné l’anarchie du mode d’exploitation capitaliste, contribuait toujours à la victoire de la steppe sur la forêt, et rarement au résultat contraire... Car, tout récemment encore, dans la très grande majorité des cas, l’homme se contentait d’abattre la forêt et ne se préoccupait guère de la faire repousser. C’est pourquoi, qu’il le voulût ou non, il aidait la steppe contre la forêt. Il est vrai qu’après avoir défriché la forêt afin de faire place nette pour les cultures, il prenait toujours des mesures en vue d’empêcher l’envahissement des champs cultivés par la végétation sauvage de la steppe.

 

La végétation sauvage de la steppe est donc l’ennemi commun de la forêt et des plantes cultivées. Mais par l’agrotechnie l’homme a toujours protégé ces dernières contre les plantes adventices [mauvaise herbes, ndla], y compris les pionniers de la végétation de la steppe tel que le chiendent. Nous savons aussi, vous et moi, que dans la steppe les forêts assurent des conditions favorables à la culture. Elles atténuent et même font disparaître des facteurs climatiques défavorables tels que les vents violents ou desséchants, les tempêtes de poussière.

 

Ne pouvons-nous donc, travailleurs de la science, associer la culture des jeunes plantations et semis forestiers à celle de différentes plantes utiles afin qu’ils fassent front contre l’ennemi commun, la végétation sauvage de la steppe et les facteurs climatiques défavorables, et ne pouvons-nous dans la circonstance avoir pratiquement l’avantage ? » (Agrobiologie, Trofim Lyssenko, 1953).

Il s’agit bien de lutter contre les mauvaises herbes, non par l’emploi de quelque ancêtre du glyphosate, mais bien par la « coopération » entre espèces cultivées ensemble, dont les permaculteurs actuels sont coutumiers.

 

Les préconisations sont précises, mais pour garantir sur un territoire immense des résultats tangibles, là où tous les permaculteurs actuels misent sur la « miniaturisation » des cultures (idéologie malthusienne « décroissante » vivement opposée à la mécanisation « en grand » jugée productiviste) [6]. On remarquera même une mise en avant du « semis sous couvert végétal » (SCV) comme alternative au labour, fort à la mode chez les agriculteurs bio, assez légitimement puisque le sol nu a toujours tendance à s’appauvrir en matière organique (baisse du rapport C/N) et à perdre sa texture friable apte à retenir l’eau : « Quand on fera la récolte, on se gardera de couper les tiges [des maïs ou des tournesols, ndla]. Il faut les laisser pour qu’en hiver, elles retiennent la neige sur toute la surface du semis forestier. » (id.). De même « Il faut quand on récolte le seigle couper la tige le plus haut possible afin d’avoir un chaume élevé pour retenir la neige sur l’écran forestier. » (Id.).

 

On y retrouve bien les trois niveaux d’exploitation des parcelles selon les principes actuels de l’agroforesterie : « Cette protection sera assurée tant par le tapis de ces dernières que par les façons données au terrain qu’elles occupent. Là réside l’avantage que les jeunes sujets d’essences forestières retireront de leur association avec les semis de plantes annuelles cultivées, tant que les branches des arbres et des arbrisseaux ne se seront point suffisamment rapprochées. Après quoi, le mélange d’essences recommandé par nous, — chênes, érables et arbrisseaux — qui constitue l’écran forestier, sera en mesure de résister par lui-même à la végétation de la steppe, et ne laissera s’installer ni le chiendent, ni aucun autre ennemi de la forêt. » (Id.).

 

Nulle place ici on le voit pour l’agrochimie, mais au contraire un ensemble de soins minutieux et rationnels dans le temps, pour favoriser la récolte de façon durable et adaptée à chaque environnement, contre tout nihilisme agrochimique pratiqué chez nous indifféremment dans toutes les régions.

 

Pour la mécanisation agricole, l’énergie renouvelable !

 

Nous allons de surprises en surprises, puisqu’à l’évidence ce qui gêne nos décroissants actuels dans le prétendu « productivisme » soviétique n’est pas tant la méthode que la nature « extensive » de son agriculture. Comme s’il fallait par décret limiter à la plus petite surface possible les cultures bio… Mais comment explique-t-on cette volonté de limiter les cultures ? Est-ce la « mécanisation », consommatrice de carburants polluants, inhérente à la culture de grandes surfaces ?

 

Si tel est le cas, on pourrait rétorquer que tout dépend de l’énergie utilisée, car en URSS, même sur ce plan là des expérimentations étaient réalisées contre le « tout pétrole ». Dans le rapport de Malenkov pour le 19ème congrès du PCUS en 1952, concernant l’agriculture, on découvre de surprenantes propositions : « La construction de grandioses centrales hydroélectriques et des systèmes d’irrigation sur la Volga, le Don, le Dniepr et l’Amou-Daria (…) ouvrent de grandes perspectives. (…) Ces travaux offrent de larges possibilités pour l’électrification de la production agricole, pour l’introduction de l’électrification des labours, pour l’emploi des moissonneuses batteuses et autres machines mues par l’électricité. ».

 

Les ressources énergétiques de l’URSS sont à l’image du système socialiste : Une capacité d’investir massivement dans des grands chantiers (comme ceux des coûteux barrages hydroélectriques) producteurs d’une énergie constante, propre, locale, inépuisable et massive… là où le « capitalisme vert » et son anarchie de la production ne parvient qu’à multiplier les médiocres et intermittentes éoliennes (à peine 3% de l’énergie produite en France). Bien sur, le développement du nucléaire et des énergies fossiles ne tarderont pas à supplanter de tels chantiers par « facilité » après les années cinquante, pendant qu’on commença sous Khrouchtchev à vider la Mer d’Aral, à polluer les sols au DDT dès la décennie suivante.

 

Rien ne prédestine en fait l’agroécologie à se limiter aux « petits lopins ». Même à Cuba ces dernières années, on assiste au développement en surface et en main d’œuvre des organoponicos (kolkhozes bio) les plus productifs. Ce qui ne remet pas en cause le caractère agroécologique de ces cultures, bien au contraire, puisqu’elles contribuent à l’objectif logique de l’Etat cubain ; l’autosuffisance alimentaire de l’île et par conséquent le renforcement de sa souveraineté nationale.

 

La question de l’énergie est donc là encore, au centre de la polémique entre « décroissants » malthusiens et partisans d’une agriculture biologique productive. Avec un réel investissement dans des énergies propres et renouvelables (dont les plus productives imposent une coût financier colossal au départ, autant que des bonds scientifiques décisifs, plutôt qu’un simple retour aux techniques du moyen âge), il n’y a plus d’opposition entre la nécessité de nourrir les hommes à hauteur de leurs besoins et celle de protéger la nature et les sols. Ces derniers, conçus comme nous l’avons dit comme des « usines » plutôt que comme des « réservoirs », sont des parties intégrantes de la nature, que l’homme doit connaître au lieu de le nier, à petite comme à grande échelle, sur le court comme sur le long terme.

 

S’il faut par exemple corriger les méfaits du poids des machines agricoles sur la compaction des sols, ce n’est pas par l’abandon des machines pour un retour au rude travail manuel, mais au contraire par une recherche scientifique pour l’allègement des machines !

 

Voilà bien le nœud du problème, car une telle expérience soviétique, visant explicitement à augmenter la production pour nourrir tous les citoyens soviétiques, offre aux agriculteurs actuels la démonstration qu’on peut allier production immédiate et protection des sols et des ressources sur le long terme.

 

Malenkov le rappelle dans son rapport au congrès de 1952 : « En peu de temps, le niveau d’avant guerre de la production agricole a été rattrapé et dépassé (…) Les superficies ensemencées de toutes les cultures agricoles ont, en 1952, dépassé de 5 300 000 hectares le niveau d’avant guerre. Dans les années d’après guerre, la création d’ouvrages d’irrigation et la plantation de bandes forestières de protection se sont développées sur une plus grande échelle encore (qu’avant guerre). Depuis 1948 (…) on effectue d’importants travaux pour créer dans les zones des steppes et des forêts-steppes de la partie européenne de l’URSS de grandes bandes forestières d’Etat pour protéger les champs, et on aménage des écrans forestiers protecteurs de kolkhoz et de sovkhoz (…). Au cours des trois dernières années et demi, les kolkhoz, les sovkhoz et les exploitations forestières ont boisé une superficie de 2.600.000 hectares et ont aménagé 12 000 étangs et points d’eau. » (Id.).

 

Est-ce vraiment un hasard si, alors que Cuba est reconnu par toutes les instances internationales à commencer par l’ONU, comme l’avant-garde de l’agroécologie [7], la Chine est quant à elle à l’avant-garde de la transition écologique sur le plan énergétique, celle qui investit aujourd’hui le plus massivement dans les centrales à énergie renouvelable et les « villes forêts » [8] ?

 

Les décroissants sont malthusiens, pas écologistes

 

Au fond, les décroissants sont un peu les faux frères des agrochimistes qui ont détruits les sols européens ces dernières décennies : Pour les uns et les autres, les sols constituent un réservoir limité de « fertilité » (considérée comme une substance brute, de façon très idéaliste). En réalité, la fertilité des sols ressemble plus, partant de la vie du sol qui la reproduit, à une « force de travail » telle que Marx et Engels la concevait chez l’homme : une force qui produit plus de valeur qu’elle n’en coûte. C’est bien sur ce point qu’il faut insister : en considérant le sol comme une usine plutôt que comme un simple réservoir « limité » de fertilité, on peut augmenter la productivité d’un champs, sans être taxé de productivisme (produire pour nourrir n’est pas « produire pour produire »), sauf à imaginer que la démographie humaine croîtra de façon exponentielle sans jamais atteindre de limite (bond qualitatif déjà atteint pour les pays les plus développés aujourd’hui). Jean Ziegler indiquait récemment que si nous sommes actuellement 7 milliards (9 en 2050 nous dit-on), la production agricole brute mondiale actuelle permettrait déjà de nourrir 12 milliards d’hommes. C’est bien la surproduction actuelle qui pose problème, et non la croissance démographique et l’insuffisance alimentaire qu’elle induirait, comme ils veulent nous le faire croire.

 

Entendons-nous bien : dans des situations périlleuses de blocus où les énergies sont de fait limitées, comme à Cuba, des mesures « décroissantes » ont sans doute leurs avantages. Mais dans le contexte d’un socialisme offensif et d’un rapport de force favorable permettant une réelle redistribution mondiale, une véritable solidarité internationaliste entre les peuples, elles n’ont plus de raisons d’être, sauf à vouloir contraindre les peuples en développement à ne jamais atteindre le niveau déjà atteint sans contrepartie par les pays capitalistes développés actuels.

 

En définitive l’écologie « décroissante » est une forme réactionnaire d’écologie, celle qui répond aux vieux principes de Malthus. Il faut en tirer les conséquences et, pour accomplir la véritable révolution écologique qui nous est désormais imposée pour sortir de ce système capitaliste à bout de souffre et destructeur, se tourner vers la science, vers l’avenir, vers le progrès, en biologie notamment… certainement pas vers un passé mythifié et qui a fait son temps.

 

[1] Marx écologiste, John Bellamy Foster. Editions Amsterdam, 2011

 

[2] Il y eu en effet en même temps que le recul tactique de la NEP sous Lénine sur le plan économique, dans un pays encore largement féodal, des reculs sur le plan écologique. Ce qui ne veut pas dire qu’on théorisa de tels reculs comme des « avancées », puisqu’ils ont été surmontés ensuite.

 

[3] Quel antistalinien, par exemple trotskiste, peut sérieusement prétendre que dans les années trente et quarante des « personnalités » puissent avoir été intouchables, si Trotski lui-même ne le fut pas.

 

[4] Notons tout de même que sur le plan strictement théorique, l’agronome Trofim Lyssenko, dans une conception erronée selon laquelle existeraient « deux sciences », l’une bourgeoise et l’autre prolétarienne, rejoignait les « empiriocriticistes » illuminés Bogdanov et Lounatcharski qu’avait pourtant combattu Lénine dans « matérialisme et empririocriticisme » comme Staline (contre le linguiste Marr). L’agronomie soviétique ne souffrit pas dans ses résultats d’une telle erreur conceptuelle, tant les expériences tentées restaient collectives, empiriques et ancrées sur les pratiques traditionnelles locales. Notons au passage que les héros de la « décroissance » Bogdanov et Lounatcharski étaient tellement proches de la science concrète qu’ils finirent dans des clubs spirites faisant tourner les tables. Bogdanov mourrut même suite à une tentative de transfusion sanguine collective visant à atteindre l’immortalité.

 

[5] Le territoire soviétique se caractérise par une diversité extrême de paysage, de types de sols, très riches à très pauvres, qui explique que les premiers pédologues (sciences des sols) furent russes, et que l’agriculture fut toujours plus extensive (comment fertiliser plus de surfaces) qu’intensive (comment doper des sols limités en surface avec de la chimie).

 

[6] « Après la mise, en place des glands en nids, on sèmera dans les larges intervalles de 4 mètres (un mètre à peu près sur cinq étant occupé par les semis de glands), une plante sarclée : cucurbitacée, pomme de terre, plante-racine, maïs, tournesol ; ou demandant un grand espacement, tels le millet et le sarrasin ; ou une céréale non sarclée comme le froment, l’orge, l’avoine. En semant ainsi dans les larges intervalles des plantes sarclées ou des céréales, on a un champ où des bandes de plantes annuelles cultivées, larges d’un peu moins de 4 mètres, alternent avec des bandes d’un peu plus d’un mètre de largeur, dans lesquelles un mètre sur trois est déjà occupé par un semis (nid) de glands. Sur les deux mètres restés libres nous recommandons toujours de semer du maïs ou du tournesol en nids séparés par des intervalles de 50 centimètres. On aura trois nids de maïs ou de tournesol sur un emplacement large d’un peu plus d’un mètre et long de deux. Dans chaque nid, on laissera de 3 à 5 pieds de maïs ou de tournesol. Il y aura donc trois nids de maïs ou de tournesol entre deux nids de chênes. » (Les semis d’essai d’écrans forestiers par la méthode des nids. Agrobiologie, T. Lyssenko).

 

[7] Voir l’article « Socialisme cubain et agroécologie : le renforcement mutuel » G. Suing, 2017. Legrandsoir.info

 

[8] Voir l’article « La Chine, à l’avant-garde de l’écologie réelle » G. Suing, 2017. Legrandsoir.info

 

Voir en ligne : Sur le site Germinal, le journal matérialiste des sciences de la vie et de l’environnement

 

Documents joints

Billet du jour : Cachez-moi ce Sloutski que je ne saurais voir!

jeudi 22 mars 2018

Billet du jour : Cachez-moi ce Sloutski que je ne saurais voir !

La vague anglo-saxonne du harcèlement sexuel est arrivée en Russie, néo-féministes du monde entier unissez-vous, le jour de gloire est arrivé! Mais comme les femmes russes sont depuis longtemps libres, considérées égales aux hommes et n'ont donc pas besoin d'être "libérées", il a bien fallu les aider à comprendre l'urgence de rejoindre la mode globale. Ici comme ailleurs, l'aide est venue de nos chers amis d'Outre-Atlantique en la personne de journalistes travaillant pour ou avec les médias anglo-saxons en Russie et ce contre le député Léonid Sloutski, celui-là même qui fait venir tant de politiciens européens en Crimée. Un scandale qui ne cesse de grandir, car la Russie ne joue pas le jeu.  
 
Tout a commencé lorsqu'en février, en pleine campagne électorale pour les présidentielles, une journaliste de Dojd (média d'opposition) prenant une interview de Jirinovsky (LDPR) lui raconte des tentatives de harcèlement sexuel contre les journalistes accréditées à la Douma. Jirinovsky déclare alors qu'il faut voir ce qui se passe. La mécanique est lancée. 
 
Rapidement, sur le site de Dojd apparaissent des accusations anonymes de journalistes contre le député Léonid Sloutski (LDPR), président de la commission de la Douma pour les affaires étrangères. C'est lui qui fait régulièrement venir des délégations étrangères de politiciens et d'hommes d'affaires en Crimée. Bref, un homme qui dérange. Et en plus un individu qui semble assez mal dégrossi, aux manières assez (trop) directes, à la façon de parler forte. 
 
L'image parfaite du prédateur se met en place et la mécanique se précise avec les "victimes". Ces journalistes ont - étrangement - en commun de travailler pour des médias d'opposition, voire étrangers. La première à lancer le mouvement est la Géorgienne E. Kotrikadze, pour des faits remontants à 7 ans, travaillant aujourd'hui à New York pour RTVI. Ensuite, la journaliste "nationalise" le mouvement, pour ne pas être trop caricatural, avec la productrice de la chaîne d'opposition Dojd D. Jouk pour des faits remontant à l'automne 2014. Mais rien ne se passe, la BBC vient à la rescousse et F. Roustamova s'épanche. 
 
Le tableau est prêt: 

 

  • Une cause incontestable : la lutte contre le harcèlement sexuel, qui peut être contre? 

 

  • des victimes intouchables: les journalistes, surtout d'opposition ou étrangers, font peur, ils ont une capacité de nuisance particulièrement importante dans un monde hypermédiatisé; 

 

  • Un bourreau prêt-à-consommer: politicien, donc mauvais, brut de batterie, qui en plus a le mauvais goût de s'occuper assez efficacement de la Crimée.
 
Après le fleuve d'accusations dans la presse, les journalistes se sont adressées début mars au Comité d'éthique de la Douma. Et il y a déjà eu de la perte en cours de route: la première, celle de New York, s'est arrêtée à la justice populaire médiatique, il est vrai que devant le Comité il faut apporter des éléments de preuves en plus de ses allégations. 
 
Donc, deux journalistes, Roustamova de la BBC et Jouk de Dojd. La première a produit quelques feuilles de papier devant être le script de l'enregistrement des "avances" faites le député L. Sloutski. Et l'on découvre avec horreur l'ampleur de l'atteinte portée: il plaisante (très) lourdement et propose à la journaliste de quitter la BBC pour devenir sa maîtresse. L'on comprend son indignation, toucher ainsi à la réputation d'un tel organe de propagande, pardon de presse, ça ne se fait pas. Comment quitter la BBC? 
 
La seconde, Jouk de Dojd, c'est encore pire. Il a tenté de lui faire un bisou et en plus a posé comme condition de sa participation à une émission qu'il puisse l'inviter au restaurant. Là aussi, bon elle a pu repousser un type un peu lourd et bavouilleux, certes. Mais se faire inviter au resto? Non, mais vous plaisantez? Les femmes sont libres, elles peuvent payer l'addition quand même. En passant, il ne s'agissait que de sa parole. 
 
Plus sérieusement, l'on est assez loin des scandales d'Hollywood, des viols, des coucheries en vrac pour obtenir des rôles et faire sa carrière. Ici, l'on a un comportement lourd et pouvant être désagréable, mais qui n'emporte aucune qualification pénale. Il faudrait quand même encore savoir se défendre seule et envoyer se balader les importuns. Ce qui les calme immédiatement. D'autant plus qu'à la différence de Hollywood, la carrière de ces journalistes ne dépendait en rien de ce député.  
 
La commission d'éthique n'a donc pas surfé sur la vague globale de la victimisation des femmes, de leur transformation en caniche effarouché, transformation tant voulue pour déstabiliser les rapports hommes-femmes dans nos sociétés déjà fragilisées. Ce refus, puisque la commission n'a pu authentifier l'enregistrement et que les faits reprochés étaient loin de constituer une infraction, à provoquer l'ire des médias d'opposition, qui en remettent une couche
 
RBK, chaîne de télévision de tendance (très) libérale, a lancé l'appel à la "résistance" en déclarant retirer tous ses journalistes accrédités auprès de la Douma, puisqu'ils ne peuvent y travailler en toute sérénité. Elle a été immédiatement suivie par Dojd. Rappelons que ces chaînes ont un très grand nombre de projets communs avec des médias américains. Un détail certainement, une coïncidence. Ou bien simplement faut-il bien suivre la voix de son maître. Evidemment les très démocrates Echos de Moscou n'ont pu rester en retrait de ce combat du Bien contre le Mal. Pour sa part, le journal Kommersant a décidé de boycotter Sloutski et la Commission d'éthique de la Douma, démarche assez émotive et non professionnelle. Certainement, d'autres grandes déclarations suivront, car il faut bien forcer la Douma à réagir comme attendu, c'est-à-dire à rentrer dans le jeu et non pas à l'ignorer. Ignorer les tendances mondiales est la pire insulte qui puisse être faite à ce nouvel ordre. 
 
Les journalistes, comme toute personne, peuvent s'adresser à la justice. Au pénal, si les faits constituent une infraction pénale. Mais une tentative de bisou, une blague - même très lourde - et une invitation au restaurant ne constituent pas encore des infractions pénales, même lorsqu'elles émanent d'un homme envers une femme. En revanche, si cela leur a réellement causé un préjudice moral et qu'elles peuvent apporter des éléments de preuves sérieux permettant d'établir et les faits et la réalisation du préjudice, elles peuvent en demander réparation au civil. Toutefois, si des allégations sont suffisantes pour le tribunal populaire médiatique, devant la "véritable" justice, la vengeance et l'opportunisme ne sont pas suffisants. 
 

Comment expliquer ? Pourquoi des Russes qui regrettent l’UNion soviétique votent Poutine et pas nécessairement communiste ?

Comment expliquer ? Pourquoi des Russes qui regrettent l’union soviétique votent Poutine et pas nécessairement communiste ?

 

20 Mars 2018

 

Plus de 60% des Russes regrettent l’Union soviétique. Même s’il est le second et la seule opposition crédible à Poutine, le Parti communiste de la fédération de Russie n’atteint pas les 15%. Poutine lui dépasse les 70%, nous pondérons les chiffres en tenant compte de la fraude massive. la différence entre la nostalgie et le vote commence à s’expliquer si nous demandons comme nous l’avons fait aux nostalgiques s’ils croient à un retour possible de l’URSS. Ils sont très peu nombreux à y croire. Il y a eu moment clé quand les communistes l’avaient emporté et que par fraude l’élection leur a été volée. Certains ont reproché au KPRF de ne pas s’être obstinés, mais peut-être faut-il également noter qu’ils ont plutôt partagé l’analyse faite par le KPRF à ce moment: le peuple n’avait pas la force d’affronter une nouvelle guerre civile avec les puissances occidentales liguées contre eux. ce que les russes expliquent en disant que les mentalités ont changé, qu’ils sont devenus trop individualistes, d’autres aspirent à un nouveau Staline, ils sont moins nombreux, mais 38% en font le plus grand homme de tous les temps. Il faut un homme fort pour en finir avec tout ça, ce désordre, le capitalisme, etc…  le peuple lui le supporterait-il?

 

Dans notre livre 1917-2017, Staline un tyran sanguinaire ou un héros national ? (Delga-novembre 2017), nous reproduisons ce pins que j’ai d’ailleurs accroché à la porte de mon réfrigérateur. On y voit un Poutine en bras de chemise et en jeans comme un ouvrier, derrière l’union soviétique en rouge avec la faucille et le marteau et un slogan: « le plan avance »…

 

Quand Poutine est venu sur la scène montée sur la place rouge remercier ses électeurs avec une foule qui à sa suite scandait Russia! Russia! il y avait des drapeaux de toutes sortes, mais il y avait aussi pas mal de drapeaux à rayures noirs et jaunes qui célèbrent la victoire de l’Union soviétique sur les nazis, certains d’entre eux agrémentés de drapeaux rouges avec faucilles et marteaux …

 

Je crois qu’il y a des choses que nous avons du mal à comprendre pour expliquer la complexité de la situation et le vote russe. le plus important est de percevoir la terrible tragédie de 1991, comment elle a été vécue, la misère, la fin des droits, l’arbitraire, ils ont mis dix ans à sortir de cette abomination dont nous nous félicitions comme de la démocratie retrouvée… ils sont reconnaissants à Poutine du semblant d’ordre et de la dignité retrouvée, celle où on ne vend plus leurs femmes et leurs enfants à l’encan…

 

Nous y avons été confrontées dès notre voyage en Crimée et je vous recommande en particulier l’interview faite à cette époque intitulée « L’homo soviéticus ne fait plus de politique ». C’était un communiste du Donbass qui méprisait profondément les communistes pour avoir vendu l’URSS et qui n’avait aucune confiance dans le parti communiste d’Ukraine. Il les avait vus -disait-il- autour de Gorbatchev, l’approuvant. Il attendait un nouveau lénine et surtout Staline,pour foutre en l’air les oligarques. En attendant il considérait que Poutine était un moindre mal au moins il défendait la patrie, en restaurait la dignité.

 

Il faut manger une tonne de sel avec un peuple pour le connaître et nous français, à peine avons-nous vu un reportage à la télé ou un voyage organisé, nous savons… Il y a une vision colonialiste là-dedans, le ridicule déjà dénoncé par Montesquieu du Français s’ébaudissant « Comment peut-on être Persan? Un parti communiste devrait nous aider à nous débarrasser de ces supériorités stupides, ce mépris… cela fait partie de notre lutte contre les arrogants qui nous gouvernent et en usent avec nous avec le même mépris.

 

Ce que je souhaiterais ce serait un parti communiste Français qui nous ferait renouer partout avec les communistes qui partout se battent comme nous le faisons en france pour défendre la justice et la paix… pour refuser l’austérité, la toute puissance des monopoles financiarisés… la défense du service public, ce noyau de communisme que nous avions réussi à installer au coeur du capitalisme… Nous écouterions ce qu’ils ont à nous dire, nous les défendrions en cas de répression sans leur donner de leçons sur la manière dont ils doivent se battre…

 

Nous avons interrogé, tenté de comprendre les communistes et le peuple celui qui ne parle pas anglais et nous en avons déduit que nous avons moins de chance de nous tromper en les écoutant et en popularisant leurs combats…

 

En ce qui concerne le peuple russe, Rien ne me met plus en colère que de le voir traité comme des esclaves prêts à subir n’importe quoi… Comment peut-on considérer que ce peuple qui a fait la plus fabuleuse des révolutions, celle sur laquelle tout le 20 e siècle s’est adossé, obtenant décolonisation et émancipation ouvrière, celle des femmes, le peuple qui a donné 26 millions des siens pour nous sauver du nazisme serait un peuple d’esclaves? Il faut vraiment être les toutous du capital pour penser ainsi…

 

danielle Bleitrach

Élection de Poutine : les communistes principale force d’opposition, hystérie dangereuse de la propagande anti russe

Élection de Poutine : les communistes principale force d’opposition, hystérie dangereuse de la propagande anti russe

 
 
19 Mars 2018
 

Un excellent article d’initiative communiste… sur les raisons de l’attitude occidentale à l’égard de l’élection russe

 

(note de Danielle Bleitrach)


Ce serait comique si ce n’était si dangereux: les mediacrates qui, en France, soutiennent à l’unisson Macron et son offensive euro-thatcherienne, ceux là même qui nous expliquent sans trêve que Macron, élu avec moins de 19% des inscrits au premier tour de la présidentielle, n’en est pas moins “légitime” pour dévaster nos conquêtes sociales, déclarent sans rire que l’élection russe n’a aucune signification, que le score imposant de Poutine n’est que trucage, que le résultat du candidat du PCFR ( KPRF – arrivé deuxième) est insignifiant et que seule compte la performance de la candidate libérale et pro-occidentale (moins de 2 %!).

 

A l’arrière-plan de cette partialité grossière, on trouve les gravissimes préparatifs de guerre impérialiste à l’encontre de la .

 

Pour s’en convaincre, il suffit de lire le dernier numéro du Monde diplomatique: non seulement il y apparaît que la seule AUGMENTATION annuelle du budget militaire américain, totalement tourné contre les Russes, est supérieure au budget total de l’armée chinoise, mais l’un des articles du Diplo est significativement intitulé “Arte veut faire saigner la Russie”…


Alors, à la veille d’un printemps social que nous espérons aussi rouge que possible, associons plus étroitement que jamais le combat pour le progrès social à la défense de la paix mondiale ; car le grand capital qui écrase nos acquis ne fait qu’un avec l’impérialisme qui, contre le peuple russe frère, prépare la revanche odieuse de Stalingrad.

 

Les résultats de la présidentielle en Russie

 

D’après la commission centrale électorale – chiffres à prendre donc avec précaution – sur 99,84% des bulletins décomptés, Poutine a été élu avec 76.66% des voix, le meilleur score qu’il ait jamais réalisé.

 

Réalisant une meilleure performance que celle projeté par les sondages, le second de l’élection est principale opposant à Poutine est le candidat du parti communiste de la fédération de Russie, avec 11,8% des voix. Pavel Grudinin avaient pourtant été la cible de toutes les attaques des médias du régime. Un autre candidat communiste, Maxime Suraikin du parti des communistes de Russie réalise un score de 0.68%.

 

L’ultra nationaliste Jirinovski termine troisième loin derrière à 5.66% des voix.

 

Les candidats se revendiquant de l’ultra libéralisme ou soutenus par l’axe impérialiste euro atlantique ne réalisent ensemble que 4.2% des voix. ( Ksenia Sobchak, ancienne vedette de la telé réalité et fille du maire de Saint Petersbourg ne réalise que 1,76%, tandis que Yavlinski du parti ultra libérale Yabloko ne fait que 1.04%, l’oligarque Boris Titov  du parti du droit des entrepreneurs 0.76% et Sergei Baburin 0.65%)

 

Rappelons que les résultats des élections publiés peuvent être sujets à caution. On se souvient par exemple qu’en 1996, Eltsine, soutenu par l’occident, avait été déclaré vainqueur de la présidentielle, alors que Ziouganov, le candidat communiste a vraisemblablement gagné l’élection, ce qui a été confirmé par le premier ministre actuel de la Russie ( Medvedev).

 

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