Recherche


Qui est en ligne

Nous avons 771 invités et aucun membre en ligne

Flux RSS

Copyright Joomla

Copyright © 2017 PCF Bassin Arcachon - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public

Europe

Dimanche 29 décembre 2013

La Commission européenne craint que la population ne rejette les négociations transatlantiques

usa-ue

CONTEXTE : 

Les négociations entre les États-Unis et l'Union européenne sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (PTCI) ont débuté en juillet.

Si un accord est conclu, il concernerait plus de 40 % du PIB mondial et représenterait les plus grandes parts commerciales et d'investissement directs étrangers. Les échanges commerciaux entre les deux continents sont déjà les plus importants au monde. Le commerce des biens

et services équivaut à 2 milliards d'euros.

Cet accord pourrait faire économiser des millions d'euros aux entreprises et créer des centaines de milliers d'emplois. Un ménage européen moyen pourrait économiser chaque année 545 euros et le PIB de notre économie grimperait d’environ 0,5 %, si l’accord est complètement mis en œuvre.

Bruxelles et Washington ont établi l'objectif ambitieux de conclure les négociations d'ici la fin 2014.

*****

Un document interne de la Commission révèle les craintes de l'UE dans sa négociation avec les Etats-Unis. La faiblesse de la croissance en Europe et les divisions en amont des élections européennes pourraient aboutir à un rejet de l'accord commercial avec les États-Unis par les peuples européens.

La Commission a tenu une réunion secrète le 22 novembre 2013 avec des représentants des 28 États membres, selon le magazine danois Notat, plutôt eurosceptique.

Lors de cette réunion, la Commission a affirmé que l'UE devait adopter une stratégie de communication « radicalement différente » sur le Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (PTCI) par rapport aux initiatives commerciales précédentes.

« L'objectif est de définir les termes du débat en communiquant de façon positive sur le PTCI (par exemple : les gains économiques, ou encore l'accès à un leadership mondial sur les questions commerciales), et non en adoptant une attitude défensive, en communiquant sur ce qu'il n'est pas (le partenariat ne traite pas des données à caractère personnel, ne vise pas à abaisser les normes réglementaires européennes, etc. », indique le document. 

Selon ce même document, la Commission a expliqué aux États membres que la peur relative aux négociations commerciales était liée à la perception de la « faiblesse de la position » de l'UE vis-à-vis des États-Unis dans les pourparlers.

« Une autre explication étant que l'UE est actuellement dans une situation économique plus difficile que les États-Unis et ipso facto a plus besoin du PTCI que ces derniers, » selon ce document.

« Nous devons dissiper les doutes et affirmer que ce n'est pas le cas. Malgré la crise, l'UE reste le marché le plus vaste au monde et est, en tant que tel, un partenaire indispensable pour toute économie commerciale. Les deux parties ont donc un grand intérêt économique dans ces négociations. »

Des acteurs issus du secteur de la santé ou des groupes de consommateurs ont déjà exprimé leurs inquiétudes en ce qui concerne l'accord de libre-échange. Selon eux, il pourrait mettre à mal les systèmes de santé européens, les systèmes bancaires, la protection des données ou encore les règlements en matière de sécurité alimentaire. Le Parlement européen avait rejeté le projet ACTA, le traité contre la contrefaçon et le piratage, pour les mêmes raisons.

Dans ledit document, la Commission explique aux États membres qu'elle a fourni une série d'arguments en vue de communiquer sur le PTCI. Le but étant de réfuter toute analogie avec ACTA.

La Commission a souligné qu'il était essentiel que l'UE parle d'une seule voix. Elle a également rappelé à cette occasion l'importance de la prochaine campagne pour les élections européennes, qui pourrait bien faire office de caisse de résonance pour les partis rejetant l'accord commercial.

« Il semble évident que des groupes politiques de plusieurs États membres vont prendre position sur différents volets des discussions, étant donné l'importance que revêt la négociation », selon le document.

D'après une source rencontrée par EurActiv, la Commission a présenté son nouveau site Internet concernant le PTCI au cours de la réunion. Le but premier de ce site est d'informer les petits États membres sur la manière de communiquer sur les négociations commerciales auprès des citoyens.

EurActiv a contacté la Commission, mais celle-ci a refusé de faire tout commentaire quant au document révélé.

Lire également ici

Stratfor, le « cabinet fantôme de la CIA », au sujet de l’Ukraine : faire reculer la Russie et se tourner vers l’Allemagne

 

jeudi 26 décembre 2013, par Comité Valmy

Stratfor, le « cabinet fantôme de la CIA », au sujet de l’Ukraine : faire reculer la Russie et se tourner vers l’Allemagne

Le 10 décembre, l’un des principaux services secrets américains privés, Stratgic Forecasting, Inc. (abrégé Stratfor) a publié sur son site Internet un bref rapport sur les opérations en Ukraine. Le texte est intitulé « Ukraine’s Demonstrations Heat Up » [les manifestations s’échauffent en Ukraine] et décrit les procédés et les acteurs en Ukraine, commente les deux et donne des recommandations pour la politique américaine.

Stratfor est un service qui prétend offrir des analyses et des prévisions sur le plan géostratégique et concernant les conflits internationaux. Selon un commentaire bienveillant, il s’agit de rapports « concis et précis et venant rapidement aux faits ». Ensuite, toujours selon ce commentaire : « Les analyses de Stratfor en tant qu’information approfondie et rapide sur des conflits régionaux et les développements nationaux ne sont pas seulement appréciées par les milieux journalistiques, mais aussi par des institutions gouvernementales, des entreprises et des instituts scientifiques. » Le magazine américain Barron’s a désigné Stratfor en 2010, en raison de ses capacités dans le domaine du renseignement, de « cabinet fantôme de la CIA ».

Stratfor a été fondée en 1966 par George Friedman. Il est président et président-directeur général de l’entreprise. En Allemagne, il est également connu comme auteur. Il a écrit le livre « Die nächsten hundert Jahre. Die Weltordnung der Zukunft » [Les cents prochaines années. L’ordre mondial de demain], paru en allemand en 2009. La thèse principale du livre est que le XXIe siècle serait, malgré quelques revers initiaux, le siècle américain, que la Russie (et également l’Allemagne) seraient en déclin et que sur la voie vers le « Nouvel ordre mondial » une nouvelle guerre mondiale serait inévitable. Les critiques du livre disent que les pronostics présentés ne correspondent moins à un regard sérieux vers l’avenir – ce qui n’est de toute façon guère possible – mais plutôt aux rêves de l’auteur. Tout comme les soi-disant analyses, probablement aussi les « prévisions », relèvent plutôt des plans de certains milieux aux Etats-Unis que d’un développement logique ; car ce sont les gens qui décident de l’évolution du monde – et non pas Statfor. Et, ils peuvent parfaitement agir différemment que Stratfor le désire. Un bref regard sur les analyses de Stratfor nous donne, cependant, quelques aperçus intéressants de la façon de penser de certains milieux américains. Sous l’angle des événements actuels en Ukraine ces aperçus sont particulièrement révélateurs, c’est pourquoi nous en citons quelques passages :

« En dehors de l’Ukraine, l’intérêt est grand de savoir ce qui se passera à l’avenir. Pour la Russie, l’avenir de l’Ukraine est étroitement lié à son propre avenir. L’Ukraine est une région qui s’étend loin dans le cœur de la Russie et si elle perdait l’Ukraine de sa sphère d’influence, la Russie ne pourrait plus se défendre. A travers l’Ukraine passe la voie de transit principale pour les sources d’énergie russes vers l’Occident, la base de l’économie russe. Cela signifie que la Russie se battra farouchement pour maintenir la plus grande influence possible en Ukraine.

Pour les Etats-Unis, le soutient des forces politiques en Ukraine représente le moyen le plus efficace pour faire reculer la Russie. Moscou a évincé Washington de manière diplomatique à plusieurs reprises ces derniers temps, entre autres concernant la Syrie et l’affaire Snowdon. Le soutien américain pour les mouvements de protestation en Ukraine est un moyen de fixer l’attention de la Russie sur sa région et de la détourner de l’offensive contre les Etats-Unis.

L’acteur indiquant le ton est pourtant l’Allemagne, qui, dans le passé, a cherché à maintenir un équilibre au sein de l’Ukraine – par exemple en refusant à l’Ukraine l’adhésion à l’OTAN – pour maintenir les relations avec la Russie, le partenaire le plus important de Berlin dans la question énergétique. Selon divers rapports, l’Allemagne entretient des liens étroits avec un des manifestants-clé de l’opposition à Kiev, ce qui soulève cependant la question de savoir où l’Allemagne se positionne actuellement en ce qui concerne l’avenir de l’Ukraine et quelle sera la position ultime de l’Allemagne concernant les relations avec la Russie.
Par conséquent, les manifestations marquent un tournant, non seulement dans l’avenir de l’Ukraine, mais également concernant un des plus importants aspects en vue des relations futures entre l’Occident et la Russie et concernant la direction que l’Europe centrale prendra. »

Dans les faits, la politique allemande soutient massivement les opposants au gouvernement ukrainien et en particulier l’éventuel candidat à la présidence, Vitali Klitschko et son parti UDAR (Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme). Et cela déjà depuis plusieurs années. Le parti a été fondé en avril 2010 et s’est développé dès lors en collaboration avec la Fondation Konrad Adenauer, proche du parti CDU. Il y a quelques jours encore, on pouvait lire sur le site du politicien Werner Jostmeier (CDU de la Rhénanie du Nord-Westphalie), dans un texte publié le 12 décembre 2011, que la Fondation Konrad Adenauer avait chargé Klitschko « de créer un parti conservateur chrétien en Ukraine […] ». Fin 2011, début 2012, la Fondation Konrad Adenauer a publié une « analyse », d’environ 40 pages, très détaillée sur les possibilités de coopération militaire entre l’UE et l’Ukraine : 
« Potentials for the cooperation between Ukraine and the European Union in the sphere of security » [le potentiel d’une coopération entre l’Ukraine et l’Union européenne dans le domaine de la sécurité]. Sur le site de la fondation on peut lire actuellement que sur invitation de la fondation, une délégation du parti est venu à Berlin la dernière semaine de novembre 2013. La fondation elle-même a commenté la visite, entre autre, comme suit : « Il s’agit d’une préoccupation majeure de la Fondation Konrad Adenauer de conseiller le parti également dans son travail au sein du Parlement. » Pourquoi ? « D’ici à la fin de l’année, des lois déterminantes devraient être introduites en Ukraine pour l’intégration du pays au sein de l’UE. » En Allemagne, les fondations proches d’un parti politique sont financées principalement par les deniers publics. En 2011, les fondations proches d’un parti politique ont reçu plus de 400 millions d’euros des contribuables.

Enfin, il faut attirer l’attention sur les extraits d’un communiqué de presse du 26 novembre, publié par le ministère russe des Affaires étrangères (cf. encadré p. 6) donnant une autre image des événements en Ukraine que celle que les médias occidentaux nous présentent. Au sens d’un « audiatur et altera pars », il faut au moins en prendre connaissance de manière sérieuse – étant donné que ces extraits soulèvent des questions qui ont trop peu été évoquée jusqu’à présent.

Source :Horizons et debats 
23 décembre 2013

Commentaire du département de l’Information et de la Presse du ministère des Affaires étrangères de la Russie suite à la déclaration de l’Union européenne sur l’Ukraine, le 25 novembre 2013

Moscou a fait attention à la déclaration conjointe du 25 novembre 2013 du Président du Conseil européen Herman van Rompuy et du Président de la Commission européenne José Manuel Barroso sur l’Ukraine, qui a exprimé une « extrême désapprobation de la position et des actions de la Russie » dans le contexte de la décision de l’Ukraine de suspendre le processus de préparation de la signature de l’accord d’association et la création d’une zone étendue de libre-échange avec l’UE.

Ce genre de déclarations, ainsi que d’autres annonces faites ces derniers jours par d’autres hommes politiques et leadeurs de l’Union européenne, suscitent de l’embarras et de la déception. En Russie, on dit « porter le blâme sur les autres ». Ils sont évidemment motivés par le désir de porter sur la Russie la responsabilité pour des problèmes causés par la politique de la pression non dissimulée sur la société ukrainienne de la part de l’Union européenne à l’égard de l’Ukraine et d’autres pays dans le cadre du « Partenariat oriental ».
La Russie a à plusieurs reprises, y compris au niveau du président Vladimir Poutine, parlé du caractère néfaste d’une telle ligne. Nous avons toujours souligné que le choix des unions économiques est une question de souveraineté de nos voisins, que nous respectons. La Russie ne proposait que de calculer les conséquences économiques de l’accord d’association avec l’UE pour nos relations commerciales et économiques, compte tenu du fait que l’UE avait ouvertement mis en garde l’Ukraine sur l’impossibilité de l’existence simultanée dans deux unions douanières avec différents niveaux de la réglementation douanière. De nombreux experts soulignent que les dividendes provenant des accords d’association avec l’UE sont évidentes seulement pour l’Union européenne. L’entrée en vigueur des articles commerciaux et économiques des accords d’association risquait de mettre l’Ukraine, ainsi que nos autres voisins, dans une longue période de problèmes économiques, de désindustrialisation, de faillite des PME agricoles et, comme conséquence, de la hausse du chômage et la baisse du niveau de vie. […]

A cet égard, nous comprenons les raisons du gouvernement ukrainien qui l’ont poussé à « faire une pause » dans le processus de l’intégration européenne, d’envisager des mécanismes pour compenser la perte pour l’économie ukrainienne suite à l’entrée en vigueur de l’accord d’association avec l’UE. On a adressé à l’Union européenne et à la Russie la proposition d’étudier conjointement cette question. Toutefois, en réponse à une telle mesure de Kiev, Bruxelles a commencé à mettre encore plus de pression sur les dirigeants ukrainiens, en essayant de les convaincre d’accepter à signer un accord à tout prix. En même temps, l’UE ne peut pas ne pas être au courant qu’une ingérence pareille dans les affaires intérieures d’un Etat souverain incite une partie de la société ukrainienne en opposition au pouvoir à protester et mener des actions illégales contre les autorités ukrainiennes légitimes.
Nous sommes convaincus que nous devrions tous nous aspirer à ne pas créer de nouvelles lignes de division en Europe et de construire sur un pied d’égalité un espace économique européen commun avec des règles prévisibles et compréhensibles à tous nos Etats, qui répondrait à la tâche de la modernisation de nos économies, de leur technologie de pointe et l’innovation, le soutien mutuellement avantageux de la coopération industrielle.
Source :
www.mid.ru/bdomp/brp_4.nsf/7b52686a865d7fd943256999005bcbb4
/79ab00e4dbbfd10b44257c360047896a  !OpenDocument, du 26/11/13

131003_Cunhal.jpg

Centenaire d’Alvaro Cunhal : pensée et action d’un grand dirigeant du mouvement communiste portugais et international

 

En cette année 2013 s'achève le centenaire de la naissance de celui qui incarna pendant près de sept décennies le communisme portugais mais aussi une certaine conception du communisme, toujours actuelle, celle qui ne renonce jamais à l'idéal, en l'inscrivant dans l'analyse concrète de la situation concrète, dans la transformation révolutionnaire par un Parti communiste fort et rassembleur.

Nous vous proposons ci-dessous un texte résumant l'apport de la pensée et de l'action d'Alvaro Cunhal au mouvement communiste portugais et international. Nous vous encourageons vivement à lire la traduction en français de son ouvrage fondamental "Le parti en toute transparence" (paru aux Editions Delga en 2013) où il expose la conception du Parti par le premier dirigeant du Parti communiste portugais

Article d’IF pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ 

Homme politique, dirigeant communiste, révolutionnaire, mais aussi écrivain, peintre, intellectuel, Alvaro Cunhal est une personnalité majeure du XXème siècle portugais et une référence incontournable pour le mouvement communiste international.

Sa vie et son œuvre, qui sont intimement liées et se mêlent souvent à l'Histoire de son parti, le PCP (Parti communiste portugais), constituent, dans toutes ses dimensions, un patrimoine riche de contenu et d'une profonde actualité. 

Alvaro Cunhal a 17 ans lorsqu’il adhère au PCP. Nous sommes en 1931 et le Portugal assiste à la consolidation de l'appareil d'état fasciste, tout comme aux premiers pas d'une résistance, essentiellement communiste, qui se constitue avec l'aide de l'URSS et de l'Internationale Communiste.

Le PCP, seul parti à maintenir son activité après l'interdiction des partis politiques en 1927, peine cependant à s'adapter aux conditions de clandestinité: la répression fasciste le frappe de plus en plus violemment tout le long des années 30, neutralisant la plupart de ses cadres dirigeants.

C'est ainsi qu'en 1940, une réorganisation s'impose : moment clé de l'Histoire du PCP, la réorganisation de 1940/41 sera aussi le moment des premières grandes contributions théoriques et organiques d'Álvaro Cunhal.

La construction du Parti de classe et de masse

Affaibli par la répression, le PCP a, en 1940, un double besoin : élargir son influence, de mieux s'ancrer dans les masses populaires et se protéger, se doter d'un appareil clandestin solide et capable de résister à la répression fasciste.

Ces deux nécessités, cependant, loin d'être séparées ou même opposées sont, aux yeux d'Alvaro Cunhal, intimement liées, car « l’organisation et l’activité et la lutte de masses sont dialectiquement unies. Elles sont, l’une pour l’autre, dans leur développement parallèle, simultanément cause et effet (…)

L’organisation est l’instrument fondamental pour promouvoir, orienter et développer l’activité et la lutte de masses.  Et l’activité et la lutte de masses constituent le terrain fertile où germe, se développe, fleurit et fructifie l’organisation du Parti».

Deux grandes lignes présideront ainsi à cette réorganisation :

- sur le plan organique, l'application effective d'un centralisme démocratique qui puisse, malgré les contraintes de la clandestinité éviter les tentations dirigistes, pour construire une vraie démocratie interne, qui se traduit essentiellement  « dans le travail collectif, la notion et la dynamique du grand collectif du parti ». Loin de s’identifier à l’individualisme et à la division, la démocratie résulte, dans une organisation communiste, de la discussion collective, de l’intervention effective de tous les militants dans l’élaboration et la mise en œuvre de la ligne du Parti,  seul garant de son unité et de sa force. Les principes du centralisme démocratique, compris dans sa plénitude et correctement appliqués, sont les caractéristiques qui  distinguent les partis communistes de « toutes les autres organisations politiques » et qui lui permettent d’être « la vraie avant-garde ».

- sur le plan politique, la définition d'une ligne de travail de masses, car « c’est par la lutte populaire de masses qu’on arrive à la Révolution, en elle-même une action de masses. Et la lutte populaire de masses ne se développe pas avec des phraséologies pseudo-révolutionnaires, mais par des objectifs concrets, précis, correspondant à la situation existante à un moment donné. Ceux qui ne l’ont pas compris  n’ont rien compris à la dynamique de la lutte de masses, force motrice des transformations révolutionnaires ».

Refusant aussi bien tout opportunisme parlementaire ou légaliste que l’impatience gauchiste, qu'il conçoit comme deux manifestations d’un même phénomène – l’influence de la petite bourgeoisie sur le mouvement populaire – cette orientation vers une ligne unitaire de masses guidée par le marxisme-léninisme et définissant son orientation à l'aide des faits - ne manque pas de produire des résultats.

Tout au long des années 40 les luttes de masse s'intensifient; le pays connaît des mouvements de grève, d'énormes manifestations – notamment en juillet/août 1943 et les 8 et 9 mai 1944 -  et aussi les premiers pas du mouvement unitaire antifasciste, avec la création du MUNAF – Mouvement national d’unité antifasciste, en 1943

Le travail dans les syndicats corporatifs - orientation qui ne manqua pas, à l'époque, de créer quelque polémique - poursuivie dès les années 40 jusqu'au 25 avril 1974, permettra aux communistes de former, en 1970 et donc en pleine dictature, le noyau de ce que deviendra, en 1973, la CGTP.

Et surtout de développer, chez les travailleurs portugais, une conscience de classe capable de les faire entrer, dès 1943, les premiers dans les rangs de la lutte contre le fascisme.

La Révolution démocratique et nationale

Après les grandes luttes des années 40, le PCP connaît, tout au long des années 50, maintes difficultés: c'est une époque de reflux révolutionnaire marqué, entre autres, par des déviations de droite dans la stratégie comme dans la pratique organique du parti.

Dans ce contexte, le Congrès de 1965 va marquer un deuxième moment essentiel dans la construction du PCP comme dans l’intervention de son désormais Secrétaire-Général, Alvaro Cunhal.  

« Vers la victoire » (Rumo a vitoria) – rapport qui servira de base au programme du PCP - est avant tout une analyse extraordinairement détaillée de la situation portugaise, sur les plans économique, politique et social, symbole de l'importance accordée par Cunhal à l'analyse concrète de la réalité: "dans l'élaboration de l'orientation du Parti", écrit-il, "nous n'oublions jamais que les faits sont la seule base solide sur laquelle puisse s'appuyer la tactique" (4) .

Dans un pays tel que le Portugal des années 60, occupant une position intermédiaire dans le système capitaliste mondial, à la fois colonialiste et colonisé, avec un grand retard des forces productives et simultanément un haut développement des relations capitalistes de production, vivant depuis plus de 40 ans sous une dictature arriérée et pourtant bien intégrée dans les institutions internationales, la révolution doit être d'abord démocratique et nationale, car seul un processus de démocratisation politique, économique et sociale peut créer les conditions nécessaires au développement de la lutte pour le socialisme.

Grand théoricien de la révolution des œillets, Alvaro Cunhal sera également un de ses plus grands acteurs, jouant, en tant que secrétaire-général du PCP, un rôle de premier plan dans l’impulsion des multiples luttes de masses - seul moteur des vraies transformations: nationalisations, réforme agraire, contrôle ouvrier des usines, le processus révolutionnaire de 1974/75 confirme pleinement le lien étroit, exposé par Cunhal dans ses textes sur la Révolution Démocratique et Nationale, entre changement politique et changement de la structure économique, entre la fin de la dictature et la fin de la mainmise des monopoles et des grands propriétaires sur l'économie portugaise.

Pendant ces deux ans, et malgré les complicités qui se nouent, très tôt, entre le Parti Socialiste, la droite et les fascistes pour contrer la révolution, « les forces révolutionnaires ont eu la capacité de réaliser des transformations démocratiques profondes. Mais elles n'ont pas pu construire un État Démocratique, garant essentiel pour la sauvegarde de la révolution » - le 25 novembre 1975 met fin au processus révolutionnaire et sonne le début de la restauration capitaliste au Portugal.

Face à la contre-révolution, une défense du socialisme

Le 25 novembre 1975 signifie, au Portugal, le passage des forces révolutionnaires à la résistance : la défense des conquêtes de la révolution est mise en avant, bien comme la nécessité de préserver son héritage vivant dans l'esprit des masses.

Alvaro Cunhal ne cessera d'étudier cette expérience fondamentale des travailleurs et du peuple portugais, contribuant ainsi à enrichir les thèses et le programme de son Parti.

Privilégiant, de par sa formation marxiste-léniniste, une lecture dialectique de la réalité politique et sociale et l'idée selon laquelle « l'idéal communiste n'est pas [...] seulement un projet de futur mais aussi un idéal dont la concrétisation se prépare et se développe dans une attitude de réflexion, de critique, d'intervention, de lutte constante pour le changement du présent », il ne regarde pas la victoire de la contre-révolution comme une victoire définitive, mais seulement comme un moment de reflux dans un processus toujours actuel.

Mais les années 80 sont aussi le début d'une époque difficile pour le mouvement communiste international, tout au long de laquelle  Álvaro Cunhal n'a jamais cessé d'affirmer l'actualité de l'engagement communiste: portant un regard toujours critique sur les différentes expériences révolutionnaires - y compris la portugaise - et défenseur d'une analyse profonde des conditions particulières de chaque pays dans la définition de la stratégie révolutionnaire de chaque Parti Communiste, il ne manque pas de souligner qu'une voie nationale ne peut en aucun cas signifier la négation des caractéristiques essentielles et universelles du socialisme et les principes fondamentaux du marxisme-léninisme.

De même, les travailleurs ne peuvent pas se passer d'un parti totalement indépendant des intérêts et de l'influence idéologique de la bourgeoisie.  Dans son ouvrage, « Le Parti en toute transparence », Alvaro Cunhal revient sur son Parti, le PCP, et, à travers son Histoire et ses expériences, sur les traits essentiels d'une organisation communiste: profond ancrage  dans le monde du travail - avec la prédominance des cellules d'entreprise comme forme d'organisation des militants et une majorité ouvrière dans le Comite central -, travail collectif à tous les niveaux de responsabilité, centralisme, discipline et unité construites sur la base d'une vraie démocratie interne, de la discussion franche et ouverte à l'intérieur du parti et du respect mutuel sont les seuls garant de cette indépendance de classe nécessaire à toute lutte victorieuse. Car l'objectif des communistes est bien de continuer de lutter et de vaincre: "l'idéal communiste", écrit Cunhal à la fin de sa vie, "n'est pas une utopie. Il continue d'être valide et à avoir du futur. Partout où les partis communistes disparaissent, les travailleurs et les peuples, les créeront à nouveau [...) Ce n'est pas au capitalisme, mais au communisme, qu'appartient l'avenir".

Le droit à l'avortement remis en cause en Espagne


27 Décembre 2013 , Rédigé par caroleone Publié dans #PolitiqueS

Cet article est reposté depuis coco Magnanville.


Les femmes n'auront plus le droit à l'avortement en Espagne. C'est ce que vient de décider le Parti populaire au pouvoir en Espagne en imposant des règles plus drastiques encore que celles existant aujourd'hui.

Seuls cas autorisés: le viol (à condition qu'il y ait eu plainte) et "dangers physique ou psychique". Et encore, ce dernier danger devra-t-il être évalué par deux médecins différents et étrangers à l'établissement pratiquant l'avortement.

Recul grave donc pour les femmes espagnoles considérées à nouveau comme mineures mais aussi privatisation en germe comme le fait remarquer la Jeunesse communiste espagnole.


Vous trouverez, ci-dessous, l'appel à la manifestation demain à 13h00 devant l'ambassade d'Espagne, place Pierre Brisson (métro Alma) à Paris, organisée par le Planning familial Ile de France, la CADAC et le collectif Thenon ainsi, qu'ici même (en cliquant ici) le communiqué de Jeunes communistes espagnols.

Communiqué de presse 

Avortement en Espagne : 1 pas en avant, 3 pas en arrière !

Le projet de loi du gouvernement Rajoy supprimant l'accès à l'avortement libre a été approuvé par le conseil des ministres le 20 décembre 2013. 

Ce projet interdit l'accès à l'avortement aux femmes en Espagne sauf en cas de viol (ayant fait l'objet d'une plainte) et de "danger physique ou psychique" pour la femme, danger qui devra être évalué par deux médecins différents et étrangers à l’établissement pratiquant l’avortement.

L'intention du gouvernement conservateur, sous l'influence des associations anti-choix et de l'Eglise catholique est hypocrite : il s'agit de fait, de rendre quasi-impossible l'accès à l'avortement et revenir à la situation d'avant la loi de 2010. Cette loi avait permis aux femmes d'interrompre leur grossesse jusqu'à 14 semaines et jusqu'à 22 semaines en cas de malformation du fœtus, elle sera désormais annulée.

Avec la décision de son conseil des ministres, exclusivement composé d'hommes, l'Espagne s'apprête à voter la loi la plus autoritaire et répressive à l'égard des droits des femmes depuis la fin de la dictature en Espagne. Un recul dramatique pour les droits et la santé sexuelle et reproductive des espagnoles, qui seront obligées de recourir à des avortements illégaux ou de partir à l'étranger.

Il ne reste que quelques jours avant que le Parlement n’entérine cette loi, avec le soutien du Parti populaire, majoritaire à l'assemblée, c'est pourquoi nous devons nous mobiliser pour faire reculer ce projet.

Parce que l'avortement sûr et légal doit être un acquis pour toutes les femmes, en Europe et dans le monde, le MFPF IDF, le Planning Familial de Paris, la CADAC,l'ANCIC et le collectif Tenon appellent à un rassemblement de soutien aux Espagnoles le vendredi 27 décembre à 13H devant l'ambassade d'Espagne, RDV Place Pierre Brisson ( à l'angle de la rue Bizet et la rue Goethe ), 75008 Paris, métro Alma Marceau.

Le droit à l'avortement remis en cause en Espagne. Manifestation demain


Le droit à l'avortement remis en cause en Espagne. Manifestation demain


Les femmes n'auront plus le droit à l'avortement en Espagne. C'est ce que vient de décider le Parti populaire au pouvoir enEspagne en imposant des règles plus drastiques encore que celles ...


http://www.marcjammet.fr/article-le-droit-a-l-avortement-remis-en-cause-en-espagne-manifestation-demain-121785710.html


Source

Madame Merkel et ses « contrats »


par Jacques Sapir

vendredi 27 décembre 2013, par Comité Valmy

Madame Merkel et ses « contrats ». 


Par Jacques Sapir

25 décembre 2013

Il est caractéristique, et à vrai dire symptomatique, que Madame Merkel, Chancelière désormais à la tête d’un gouvernement dit « de grande coalition » en Allemagne, ait pu déclarer le 19 décembre dernier sans provoquer d’émoi particulier dans la presse au sujet de l’Euro que : « Tôt ou tard, la monnaie explosera, sans la cohésion nécessaire »[1]. Au premier abord, cette déclaration est parfaitement juste. Sans « cohésion », c’est-à-dire sans l’existence d’un système de transferts financiers extrêmement importants, l’Euro n’est pas viable. On le sait, et le calcul de ce qu’il faudrait consacrer pour que fonctionne ce système fédéral a été fait par plusieurs auteurs. Pour ma part, j’ai estimé entre 8% et 10% de son PIB le montant que l’Allemagne devrait fournir[2]. Il est parfaitement clair qu’elle ne peut le faire sans détruire son « modèle » économique et, de ce point de vue, exiger de l’Allemagne un « solidarité » avec les pays de l’Europe du sud pour des montants de 220 à 232 milliards d’euros par an (aux prix de 2010) équivaut lui demander de se suicider[3].

Mais, c’est la suite de cette déclaration qui est plus particulièrement intéressante. Madame Merkel, parfaitement consciente de ce que les pays de la zone Euro renâclent devant de nouveaux abandons de souveraineté, proposent alors des « contrats » entre ces derniers et l’Allemagne. Dans les faits, cela aboutirait à construire, à côté des institutions européennes un autre système institutionnel ou, le contrat valant loi pour les Allemands, les différents pays seraient liés à l’Allemagne de manière contraignante. On voit bien l’intérêt d’une telle formule. Madame Merkel ne se berce d’aucune illusion sur un quelconque « peuple européen ». Elle sait très bien ce qu’en pense la cour constitutionnelle de Karlsruhe qui, à ce sujet, a été très clair dans son arrêt du 30 juin 2009[4]. Il est important de comprendre que, pour la cour de Karlsruhe, l’UE reste une organisation internationale dont l’ordre est dérivé, car les Etats demeurent les maîtres des traités[5]. De ce point de vue, il est clair que l’Allemagne ne partage pas, et ne partagera pas dans un avenir proche, les fumeuses vues sur un « fédéralisme » européen. Pour les dirigeants allemands, faute de « peuple » européen, ce qui est logique au vue de la conception germanique de ce qu’est un « peuple », il ne peut y avoir d’État supra-national. Par contre, l’Union Européenne et la zone Euro peuvent exercer un pouvoir dérivé. Mais, de ce point de vue, l’Allemagne le peut tout aussi bien. Et c’est là le sens des « contrats » proposés par Madame Merkel à ses partenaires. En échange d’une garantie de souveraineté, car vous aurez « librement » accepté ces « contrats », engagez-vous à respecter certaines règles contraignantes dans une structure de contrats vous liant à l’Allemagne.

La question de l’Union bancaire, saluée récemment à grand son de trompe, confirme cette démarche. À l’automne 2012, les pays du sud de la zone Euro avaient, de concert avec la France, arrachés le principe d’une « Union bancaire » qui devait être à la fois une mécanisme de surveillance et de régulation des banques de la Zone Euro, mais aussi un mécanisme assurant une gestion concertée des crises bancaires. À peine l’encre de cet accord était-elle sèche que l’Allemagne a tout fait pour le vider de toute substance. Et, bien entendu, elle est arrivée à ses fins. L’accord qui a été signé dans la nuit du 18 au 19 décembre 2013, et qui a été salué par certains comme « un pas décisif pour l’Euro »[6], n’a strictement rien réglé[7]. Le mécanisme de supervision ne concerne que 128 banques sur les 6000 que l’on compte dans la zone Euro. Quand au fond de résolution des crises, il n’atteindra son montant de 60 milliards, somme par ailleurs ridiculement faible, qu’en…2026 !

Que conclure de tout cela ?

Tout d’abord, il est vain de continuer à mettre un quelconque espoir dans une Europe « réellement » fédérale, et il est profondément trompeur de continuer à présenter cette possibilité comme une alternative à l’UE telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Ce discours est profondément mensonger, et il ne peut que contribuer à nous enfoncer aujourd’hui un peu plus dans le malheur. Il n’y aura pas d’Europe fédérale parce qu’en réalité personne ne la veut réellement et personne n’est disposé à la faire. Opposer ainsi une « perspective fédérale », qui est parfaitement hypothétique et dont pour tout dire la probabilité de réalisation est moindre que celle d’un débarquement des martiens, à la situation actuelle n’a plus aucun sens, si ce n’est de tromper le chaland et de lui faire prendre des vessies pour des lanternes ! Le rêve fédéraliste s’est révélé être un cauchemar. Il convient donc de se réveiller.

Deuxièmement, l’Allemagne est parfaitement consciente de ce qu’une forme de fédéralisme est nécessaire à la survie de l’Euro, mais elle ne veut pas – et l’on peut parfaitement le comprendre – en payer le prix. Donc, ce qu’elle propose en fait à ses partenaires ce sont des « contrats » qui les conduiront à supporter la totalité des coûts d’ajustements nécessaires à la survie de l’Euro alors que, elle-même, sera la seule à tirer profit de la monnaie unique. Mais, ces « contrats » plongeront alors l’Europe du Sud et la France dans une récession historique, dont ces pays sortiront industriellement et socialement laminés. Accepter ces contrats sera la mort rapide de la France et des pays de l’Europe du Sud. Laurent Faibis et Olivier Passet viennent de publier une tribune dans Les Échos qu’il convient de lire avec attention[8]. Ils expliquent pourquoi l’Euro ne peut profiter qu’à un pays, qui s’est installé au sommet de la chaîne industrielle, et pourquoi au lieu de mettre l’Euro au service de l’économie, c’est l’économie qui est sacrifiée au profit de l’Euro. Une telle situation serait pérennisée si nous devions, par malheur, avoir un gouvernement qui accepte de passer sous les fourches caudines des « contrats » de Madame Merkel.

Troisièmement, il faut entendre le non-dit, l’implicite, dans la déclaration de Madame Merkel. Puisqu’une Europe fédérale n’est pas possible et n’est en réalité même pas concevable d’un point de vue allemand, et si une mise en « cohérence » qui ne signifie rien d’autre que d’accepter la totalité des conditions allemandes ne se fait pas, alors l’Allemagne est prête à faire son deuil de l’Euro. Madame Merkel voudrait faire de cette alternative une menace pour nous forcer à accepter l’idée de ses « contrats ». Au contraire, nous devons la prendre au mot et lui proposer au plus vite la dissolution de la zone Euro. Mais, pour cela, il faudra un autre gouvernement, et un autre Premier Ministre, que celui que nous avons.

Les déclarations de Madame Merkel sont en un sens inouïes. Pour la première fois peut-être, depuis 1945, un dirigeant allemand expose aussi crûment le projet de domination de l’Europe par l’Allemagne. Mais, ces mêmes déclarations ont cependant l’immense avantage de jeter une lumière crue sur notre situation. Nous devrions nous en souvenir et nous en en inspirer lors des prochaines élections européennes. Non pas pour obéir à Madame Merkel, mais pour la prendre au mot et lui dire que, de son Euro, nous n’en voulons plus !


[1] P. Ricard, Le Monde, 21/12/2013/ URL : http://www.lemonde.fr/acces restreint/europe/article/2013/12/21/6d68659e68686cc594676269619671_4338534_3214.html 

[2] J. Sapir, « Le coût du fédéralisme dans la zone Euro », in RussEurope, 10 novembre 2012, http://russeurope.hypotheses.org/453 

[3] Patrick Artus, « La solidarité avec les autres pays de la zone euro est-elle incompatible avec la stratégie fondamentale de l’Allemagne : rester compétitive au niveau mondial ? La réponse est oui », NATIXIS, Flash-Économie, n°508, 17 juillet 2012.

[4] http://etoile.touteleurope.eu/index.php/post/2009/07/02/Karlsruhe-%3A-le-peuple-europeen-nexiste-pas 

[5] M-L Basilien-Gainche, L’ALLEMAGNE ET L’EUROPE. REMARQUES SUR LA DECISION DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE FEDERALE RELATIVE AU TRAITE DE LISBONNE, CERI-CNRS, novembre 2009, http://www.sciencespo.fr/ceri/sites/sciencespo.fr.ceri/files/art_mbg.pdf 

[6] Voir le ridicule et trompeur éditorial « Union bancaire : un bon accord qui corrige les failles de la zone euro » in Le Monde, du 19 décembre 2013. URL : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/12/19/un-bon-accord-qui-corrige-les-failles-de-la-zone-euro_4337259_3232.html 

[7] D. Plihon, « Union bancaire : une réforme en trompe l’œil » , La Tribune, 23 décembre 2013,
http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20131223trib000802542/union-bancaire-une-reforme-en-trompe-l-oeil.html

[8] L. Faibis et O. Passet, « L’euro pour tous et chacun pour soi : le nouveau débat interdit », Les Échos, 23 décembre 2013, http://m.lesechos.fr/idees-et-debats/le-point-de-vue-de/l-euro-pour-tous-et-chacun-pour-soi-le-nouveau-debat-interdit-0203193619902.htm


Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

More Posts

Lundi 23 décembre 2013

Comité VALMY: « Une juste colère populaire monte du cœur de notre nation » [un tract à imprimer et à diffuser autour de vous]


Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens

lundi 23 décembre 2013 


Engagées en 2008, les discussions sur l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne ont abouti le 18 octobre. Un bon présage pour le gouvernement américain, qui espère conclure un partenariat de ce type avec le Vieux Continent. Négocié en secret, ce projet ardemment soutenu par les multinationales leur permettrait d’attaquer en justice tout Etat qui ne se plierait pas aux normes du libéralisme.

Imagine-t-on des multinationales traîner en justice les gouvernements dont l’orientation politique aurait pour effet d’amoindrir leurs profits ? Se conçoit-il qu’elles puissent réclamer — et obtenir ! — une généreuse compensation pour le manque à gagner induit par un droit du travail trop contraignant ou par une législation environnementale trop spoliatrice ? Si invraisemblable qu’il paraisse, ce scénario ne date pas d’hier. Il figurait déjà en toutes lettres dans le projet d’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) négocié secrètement entre 1995 et 1997 par les vingt-neuf Etats membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) [1]. Divulguée in extremis, notamment par Le Monde diplomatique, la copie souleva une vague de protestations sans précédent, contraignant ses promoteurs à la remiser. Quinze ans plus tard, la voilà qui fait son grand retour sous un nouvel habillage.

L’accord de partenariat transatlantique (APT) négocié depuis juillet 2013 par les Etats-Unis et l’Union européenne est une version modifiée de l’AMI. Il prévoit que les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique se plient aux normes du libre-échange établies par et pour les grandes entreprises européennes et américaines, sous peine de sanctions commerciales pour le pays contrevenant, ou d’une réparation de plusieurs millions d’euros au bénéfice des plaignants.

D’après le calendrier officiel, les négociations ne devraient aboutir que dans un délai de deux ans. L’APT combine en les aggravant les éléments les plus néfastes des accords conclus par le passé. S’il devait entrer en vigueur, les privilèges des multinationales prendraient force de loi et lieraient pour de bon les mains des gouvernants. Imperméable aux alternances politiques et aux mobilisations populaires, il s’appliquerait de gré ou de force, puisque ses dispositions ne pourraient être amendées qu’avec le consentement unanime des pays signataires. Il dupliquerait en Europe l’esprit et les modalités de son modèle asiatique, l’accord de partenariat transpacifique (Trans-Pacific Partnership, TPP), actuellement en cours d’adoption dans douze pays après avoir été ardemment promu par les milieux d’affaires américains. A eux deux, l’APT et le TPP formeraient un empire économique capable de dicter ses conditions hors de ses frontières : tout pays qui chercherait à nouer des relations commerciales avec les Etats-Unis ou l’Union européenne se verrait contraint d’adopter telles quelles les règles qui prévalent au sein de leur marché commun.

Tribunaux spécialement créés

Parce qu’elles visent à brader des pans entiers du secteur non marchand, les négociations autour de l’APT et du TPP se déroulent derrière des portes closes. Les délégations américaines comptent plus de six cents consultants mandatés par les multinationales, qui disposent d’un accès illimité aux documents préparatoires et aux représentants de l’administration. Rien ne doit filtrer. Instruction a été donnée de laisser journalistes et citoyens à l’écart des discussions : ils seront informés en temps utile, à la signature du traité, lorsqu’il sera trop tard pour réagir.

Dans un élan de candeur, l’ancien ministre du commerce américain Ronald (« Ron ») Kirk a fait valoir l’intérêt « pratique » de « préserver un certain degré de discrétion et de confidentialité [2] ». La dernière fois qu’une version de travail d’un accord en cours de formalisation a été mise sur la place publique, a-t-il souligné, les négociations ont échoué — une allusion à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), une version élargie de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) ; le projet, âprement défendu par M. George W. Bush, fut dévoilé sur le site Internet de l’administration en 2001. A quoi la sénatrice Elizabeth Warren rétorque qu’un accord négocié sans aucun examen démocratique ne devrait jamais être signé [3].

L’impérieuse volonté de soustraire le chantier du traité américano-européen à l’attention du public se conçoit aisément. Mieux vaut prendre son temps pour annoncer au pays les effets qu’il produira à tous les échelons : du sommet de l’Etat fédéral jusqu’aux conseils municipaux en passant par les gouvernorats et les assemblées locales, les élus devront redéfinir de fond en comble leurs politiques publiques de manière à satisfaire les appétits du privé dans les secteurs qui lui échappaient encore en partie. Sécurité des aliments, normes de toxicité, assurance-maladie, prix des médicaments, liberté du Net, protection de la vie privée, énergie, culture, droits d’auteur, ressources naturelles, formation professionnelle, équipements publics, immigration : pas un domaine d’intérêt général qui ne passe sous les fourches caudines du libre-échange institutionnalisé. L’action politique des élus se limitera à négocier auprès des entreprises ou de leurs mandataires locaux les miettes de souveraineté qu’ils voudront bien leur consentir.

Il est d’ores et déjà stipulé que les pays signataires assureront la « mise en conformité de leurs lois, de leurs règlements et de leurs procédures » avec les dispositions du traité. Nul doute qu’ils veilleront scrupuleusement à honorer cet engagement. Dans le cas contraire, ils pourraient faire l’objet de poursuites devant l’un des tribunaux spécialement créés pour arbitrer les litiges entre les investisseurs et les Etats, et dotés du pouvoir de prononcer des sanctions commerciales contre ces derniers.

L’idée peut paraître invraisemblable ; elle s’inscrit pourtant dans la philosophie des traités commerciaux déjà en vigueur. L’année dernière, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a ainsi condamné les Etats-Unis pour leurs boîtes de thon labellisées « sans danger pour les dauphins », pour l’indication du pays d’origine sur les viandes importées, ou encore pour l’interdiction du tabac parfumé au bonbon, ces mesures protectrices étant considérées comme des entraves au libre-échange. Elle a aussi infligé à l’Union européenne des pénalités de plusieurs centaines de millions d’euros pour son refus d’importer des organismes génétiquement modifiés (OGM). La nouveauté introduite par l’APT et le TTP, c’est qu’ils permettraient aux multinationales de poursuivre en leur propre nom un pays signataire dont la politique aurait un effet restrictif sur leur abattage commercial.

Sous un tel régime, les entreprises seraient en mesure de contrecarrer les politiques de santé, de protection de l’environnement ou de régulation de la finance mises en place dans tel ou tel pays en lui réclamant des dommages et intérêts devant des tribunaux extrajudiciaires. Composées de trois avocats d’affaires, ces cours spéciales répondant aux lois de la Banque mondiale et de l’Organisation des Nations unies (ONU) seraient habilitées à condamner le contribuable à de lourdes réparations dès lors que sa législation rognerait sur les « futurs profits espérés » d’une société.

Ce système « investisseur contre Etat », qui semblait rayé de la carte après l’abandon de l’AMI en 1998, a été restauré en catimini au fil des années. En vertu de plusieurs accords commerciaux signés par Washington, 400 millions de dollars sont passés de la poche du contribuable à celle des multinationales pour cause d’interdiction de produits toxiques, d’encadrement de l’exploitation de l’eau, du sol ou du bois, etc. [4]. Sous l’égide de ces mêmes traités, les procédures actuellement en cours — dans des affaires d’intérêt général comme les brevets médicaux, la lutte antipollution ou les lois sur le climat et les énergies fossiles — font grimper les demandes de dommages et intérêts à 14 milliards de dollars.

L’APT alourdirait encore la facture de cette extorsion légalisée, compte tenu de l’importance des intérêts en jeu dans le commerce transatlantique. Trois mille trois cents entreprises européennes sont présentes sur le sol américain par le biais de vingt-quatre mille filiales, dont chacune peut s’estimer fondée un jour ou l’autre à demander réparation pour un préjudice commercial. Un tel effet d’aubaine dépasserait de très loin les coûts occasionnés par les traités précédents. De leur côté, les pays membres de l’Union européenne se verraient exposés à un risque financier plus grand encore, sachant que quatorze mille quatre cents compagnies américaines disposent en Europe d’un réseau de cinquante mille huit cents filiales. Au total, ce sont soixante-quinze mille sociétés qui pourraient se jeter dans la chasse aux trésors publics.

Officiellement, ce régime devait servir au départ à consolider la position des investisseurs dans les pays en développement dépourvus de système juridique fiable ; il leur permettait de faire valoir leurs droits en cas d’expropriation. Mais l’Union européenne et les Etats-Unis ne passent pas précisément pour des zones de non-droit ; ils disposent au contraire d’une justice fonctionnelle et pleinement respectueuse du droit à la propriété. En les plaçant malgré tout sous la tutelle de tribunaux spéciaux, l’APT démontre que son objectif n’est pas de protéger les investisseurs, mais bien d’accroître le pouvoir des multinationales.

Procès pour hausse du salaire minimum

Il va sans dire que les avocats qui composent ces tribunaux n’ont de comptes à rendre à aucun électorat. Inversant allègrement les rôles, ils peuvent aussi bien servir de juges que plaider la cause de leurs puissants clients [5]. C’est un tout petit monde que celui des juristes de l’investissement international : ils ne sont que quinze à se partager 55 % des affaires traitées à ce jour. Evidemment, leurs décisions sont sans appel.

Les « droits » qu’ils ont pour mission de protéger sont formulés de manière délibérément approximative, et leur interprétation sert rarement les intérêts du plus grand nombre. Ainsi de celui accordé à l’investisseur de bénéficier d’un cadre réglementaire conforme à ses « prévisions » — par quoi il convient d’entendre que le gouvernement s’interdira de modifier sa politique une fois que l’investissement a eu lieu. Quant au droit d’obtenir une compensation en cas d’« expropriation indirecte », il signifie que les pouvoirs publics devront mettre la main à la poche si leur législation a pour effet de diminuer la valeur d’un investissement, y compris lorsque cette même législation s’applique aussi aux entreprises locales. Les tribunaux reconnaissent également le droit du capital à acquérir toujours plus de terres, de ressources naturelles, d’équipements, d’usines, etc. Nulle contrepartie de la part des multinationales : elles n’ont aucune obligation à l’égard des Etats et peuvent engager des poursuites où et quand cela leur chante.

Certains investisseurs ont une conception très extensive de leurs droits inaliénables. On a pu voir récemment des sociétés européennes engager des poursuites contre l’augmentation du salaire minimum en Egypte ou contre la limitation des émissions toxiques au Pérou, l’Alena servant dans ce dernier cas à protéger le droit de polluer du groupe américain Renco [6]. Autre exemple : le géant de la cigarette Philip Morris, incommodé par les législations antitabac de l’Uruguay et de l’Australie, a assigné ces deux pays devant un tribunal spécial. Le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly entend se faire justice face au Canada, coupable d’avoir mis en place un système de brevets qui rend certains médicaments plus abordables. Le fournisseur d’électricité suédois Vattenfall réclame plusieurs milliards d’euros à l’Allemagne pour son « tournant énergétique », qui encadre plus sévèrement les centrales à charbon et promet une sortie du nucléaire.

Il n’y a pas de limite aux pénalités qu’un tribunal peut infliger à un Etat au bénéfice d’une multinationale. Il y a un an, l’Equateur s’est vu condamné à verser la somme record de 2 milliards d’euros à une compagnie pétrolière [7]. Même lorsque les gouvernements gagnent leur procès, ils doivent s’acquitter de frais de justice et de commissions diverses qui atteignent en moyenne 8 millions de dollars par dossier, gaspillés au détriment du citoyen. Moyennant quoi les pouvoirs publics préfèrent souvent négocier avec le plaignant que plaider leur cause au tribunal. L’Etat canadien s’est ainsi épargné une convocation à la barre en abrogeant hâtivement l’interdiction d’un additif toxique utilisé par l’industrie pétrolière.

Pour autant, les réclamations n’en finissent pas de croître. D’après la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), le nombre d’affaires soumises aux tribunaux spéciaux a été multiplié par dix depuis 2000. Alors que le système d’arbitrage commercial a été conçu dès les années 1950, il n’a jamais autant rendu service aux intérêts privés qu’en 2012, année exceptionnelle en termes de dépôts de dossiers. Ce boom a créé une florissante pépinière de consultants financiers et d’avocats d’affaires.

Le projet de grand marché américano-européen est porté depuis de longues années par le Dialogue économique transatlantique (Trans-Atlantic Business Dialogue, TABD), un lobby mieux connu aujourd’hui sous l’appellation de Trans-Atlantic Business Council (TABC). Créé en 1995 sous le patronage de la Commission européenne et du ministère du commerce américain, ce rassemblement de riches entrepreneurs milite pour un « dialogue » hautement constructif entre les élites économiques des deux continents, l’administration de Washington et les commissaires de Bruxelles. Le TABC est un forum permanent qui permet aux multinationales de coordonner leurs attaques contre les politiques d’intérêt général qui tiennent encore debout des deux côtés de l’Atlantique.

Son objectif, publiquement affiché, est d’éliminer ce qu’il appelle les « discordes commerciales » (trade irritants), c’est-à-dire d’opérer sur les deux continents selon les mêmes règles et sans interférence avec les pouvoirs publics. « Convergence régulatoire » et « reconnaissance mutuelle » font partie des panneaux sémantiques qu’il brandit pour inciter les gouvernements à autoriser les produits et services contrevenant aux législations locales.

Injuste rejet du porc à la ractopamine

Mais au lieu de prôner un simple assouplissement des lois existantes, les activistes du marché transatlantique se proposent carrément de les réécrire eux-mêmes. La Chambre américaine de commerce et BusinessEurope, deux des plus grosses organisations patronales de la planète, ont ainsi appelé les négociateurs de l’APT à réunir autour d’une table de travail un échantillon de gros actionnaires et de responsables politiques afin qu’ils « rédigent ensemble les textes de régulation » qui auront ensuite force de loi aux Etats-Unis et dans l’Union européenne. C’est à se demander, d’ailleurs, si la présence des politiques à l’atelier d’écriture commercial est vraiment indispensable…

De fait, les multinationales se montrent d’une remarquable franchise dans l’exposé de leurs intentions. Par exemple sur la question des OGM. Alors qu’aux Etats-Unis un Etat sur deux envisage de rendre obligatoire un label indiquant la présence d‘organismes génétiquement modifiés dans un aliment — une mesure souhaitée par 80 % des consommateurs du pays —, les industriels de l’agroalimentaire, là comme en Europe, poussent à l’interdiction de ce type d’étiquetage. L’Association nationale des confiseurs n’y est pas allée par quatre chemins : « L’industrie américaine voudrait que l’APT avance sur cette question en supprimant la labellisation OGM et les normes de traçabilité. » La très influente Association de l’industrie biotechnologique (Biotechnology Industry Organization, BIO), dont fait partie le géant Monsanto, s’indigne pour sa part que des produits contenant des OGM et vendus aux Etats-Unis puissent essuyer un refus sur le marché européen. Elle souhaite par conséquent que le « gouffre qui se creuse entre la dérégulation des nouveaux produits biotechnologiques aux Etats-Unis et leur accueil en Europe » soit prestement comblé [8]. Monsanto et ses amis ne cachent pas leur espoir que la zone de libre-échange transatlantique permette d’imposer enfin aux Européens leur « catalogue foisonnant de produits OGM en attente d’approbation et d’utilisation [9] ».

L’offensive n’est pas moins vigoureuse sur le front de la vie privée. La Coalition du commerce numérique (Digital Trade Coalition, DTC), qui regroupe des industriels du Net et des hautes technologies, presse les négociateurs de l’APT de lever les barrières empêchant les flux de données personnelles de s’épancher librement de l’Europe vers les Etats-Unis (lire La traque méthodique de l’internaute révolutionne la publicité). « Le point de vue actuel de l’Union selon lequel les Etats-Unis ne fournissent pas une protection de la vie privée “adéquate” n’est pas raisonnable », s’impatientent les lobbyistes. A la lumière des révélations de M. Edward Snowden sur le système d’espionnage de l’Agence nationale de sécurité (National Security Agency, NSA), cet avis tranché ne manque pas de sel. Toutefois, il n’égale pas la déclaration de l’US Council for International Business (USCIB), un groupement de sociétés qui, à l’instar de Verizon, ont massivement approvisionné la NSA en données personnelles : « L’accord devrait chercher à circonscrire les exceptions, comme la sécurité et la vie privée, afin de s’assurer qu’elles ne servent pas d’entraves au commerce déguisées. »

Les normes de qualité dans l’alimentation sont elles aussi prises pour cible. L’industrie américaine de la viande entend obtenir la suppression de la règle européenne qui interdit les poulets désinfectés au chlore. A l’avant-garde de ce combat, le groupe Yum !, propriétaire de la chaîne de restauration rapide Kentucky Fried Chicken (KFC), peut compter sur la force de frappe des organisations patronales. « L’Union autorise seulement l’usage de l’eau et de la vapeur sur les carcasses », proteste l’Association nord-américaine de la viande, tandis qu’un autre groupe de pression, l’Institut américain de la viande, déplore le « rejet injustifié [par Bruxelles] des viandes additionnées de bêta-agonistes, comme le chlorhydrate de ractopamine ».

La ractopamine est un médicament utilisé pour gonfler la teneur en viande maigre chez les porcs et les bovins. Du fait de ses risques pour la santé des bêtes et des consommateurs, elle est bannie dans cent soixante pays, parmi lesquels les Etats membres de l’Union, la Russie et la Chine. Pour la filière porcine américaine, cette mesure de protection constitue une distorsion de la libre concurrence à laquelle l’APT doit mettre fin d’urgence.

« Les producteurs de porc américains n’accepteront pas d’autre résultat que la levée de l’interdiction européenne de la ractopamine », menace le Conseil national des producteurs de porc (National Pork Producers Council, NPPC). Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, les industriels regroupés au sein de BusinessEurope dénoncent les « barrières qui affectent les exportations européennes vers les Etats-Unis, comme la loi américaine sur la sécurité alimentaire ». Depuis 2011, celle-ci autorise en effet les services de contrôle à retirer du marché les produits d’importation contaminés. Là encore, les négociateurs de l’APT sont priés de faire table rase.

Il en va de même avec les gaz à effet de serre. L’organisation Airlines for America (A4A), bras armé des transporteurs aériens américains, a établi une liste des « règlements inutiles qui portent un préjudice considérable à [leur] industrie »et que l’APT, bien sûr, a vocation à rayer de la carte. Au premier rang de cette liste figure le système européen d’échange de quotas d’émissions, qui oblige les compagnies aériennes à payer pour leur pollution au carbone. Bruxelles a provisoirement suspendu ce programme ; A4A exige sa suppression définitive au nom du « progrès ».

Mais c’est dans le secteur de la finance que la croisade des marchés est la plus virulente. Cinq ans après l’irruption de la crise des subprime, les négociateurs américains et européens sont convenus que les velléités de régulation de l’industrie financière avaient fait leur temps. Le cadre qu’ils veulent mettre en place prévoit de lever tous les garde-fous en matière de placements à risques et d’empêcher les gouvernements de contrôler le volume, la nature ou l’origine des produits financiers mis sur le marché. En somme, il s’agit purement et simplement de rayer le mot « régulation » de la carte.

D’où vient cet extravagant retour aux vieilles lunes thatchériennes ? Il répond notamment aux vœux de l’Association des banques allemandes, qui ne manque pas d’exprimer ses « inquiétudes » à propos de la pourtant timide réforme de Wall Street adoptée au lendemain de la crise de 2008. L’un de ses membres les plus entreprenants sur ce dossier est la Deutsche Bank, qui a pourtant reçu en 2009 des centaines de milliards de dollars de la Réserve fédérale américaine en échange de titres adossés à des créances hypothécaires [10]. Le mastodonte allemand veut en finir avec la réglementation Volcker, clé de voûte de la réforme de Wall Street, qui pèse selon lui d’un « poids trop lourd sur les banques non américaines ». Insurance Europe, le fer de lance des sociétés d’assurances européennes, souhaite pour sa part que l’APT « supprime » les garanties collatérales qui dissuadent le secteur de s’aventurer dans des placements à hauts risques.

Quant au Forum des services européens, organisation patronale dont fait partie la Deutsche Bank, il s’agite dans les coulisses des pourparlers transatlantiques pour que les autorités de contrôle américaines cessent de mettre leur nez dans les affaires des grandes banques étrangères opérant sur leur territoire. Côté américain, on espère surtout que l’APT enterrera pour de bon le projet européen de taxe sur les transactions financières. L’affaire paraît d’ores et déjà entendue, la Commission européenne ayant elle-même jugé cette taxe non conforme aux règles de l’OMC [11]. Dans la mesure où la zone de libre-échange transatlantique promet un libéralisme plus débridé encore que celui de l’OMC, et alors que le Fonds monétaire international (FMI) s’oppose systématiquement à toute forme de contrôle sur les mouvements de capitaux, la chétive « taxe Tobin » n’inquiète plus grand monde aux Etats-Unis.

Mais les sirènes de la dérégulation ne se font pas entendre dans la seule industrie financière. L’APT entend ouvrir à la concurrence tous les secteurs « invisibles » ou d’intérêt général. Les Etats signataires se verraient contraints non seulement de soumettre leurs services publics à la logique marchande, mais aussi de renoncer à toute intervention sur les fournisseurs de services étrangers qui convoitent leurs marchés. Les marges de manœuvre politiques en matière de santé, d’énergie, d’éducation, d’eau ou de transport se réduiraient comme peau de chagrin. La fièvre commerciale n’épargne pas non plus l’immigration, puisque les instigateurs de l’APT s’arrogent la compétence d’établir une politique commune aux frontières — sans doute pour faciliter l’entrée de ceux qui ont un bien ou un service à vendre au détriment des autres.

Depuis quelques mois, le rythme des négociations s’intensifie. A Washington, on a de bonnes raisons de croire que les dirigeants européens sont prêts à n’importe quoi pour raviver une croissance économique moribonde, fût-ce au prix d’un reniement de leur pacte social. L’argument des promoteurs de l’APT, selon lequel le libre-échange dérégulé faciliterait les échanges commerciaux et serait donc créateur d’emplois, pèse apparemment plus lourd que la crainte d’un séisme social. Les barrières douanières qui subsistent encore entre l’Europe et les Etats-Unis sont pourtant « déjà assez basses », comme le reconnaît le représentant américain au commerce [12]. Les artisans de l’APT admettent eux-mêmes que leur objectif premier n’est pas d’alléger les contraintes douanières, de toute façon insignifiantes, mais d’imposer « l’élimination, la réduction ou la prévention de politiques nationales superflues [13] », étant considéré comme « superflu » tout ce qui ralentit l’écoulement des marchandises, comme la régulation de la finance, la lutte contre le réchauffement climatique ou l’exercice de la démocratie.

Il est vrai que les rares études consacrées aux conséquences de l’APT ne s’attardent guère sur ses retombées sociales et économiques. Un rapport fréquemment cité, issu du Centre européen d’économie politique internationale (European Centre for International Political Economy, Ecipe), affirme avec l’autorité d’un Nostradamus d’école de commerce que l’APT délivrera à la population du marché transatlantique un surcroît de richesse de 3 centimes par tête et par jour… à partir de 2029 [14].

En dépit de son optimisme, la même étude évalue à 0,06 % seulement la hausse du produit intérieur but (PIB) en Europe et aux Etats-Unis à la suite de l’entrée en vigueur de l’APT. Encore un tel « impact » est-il largement irréaliste, dans la mesure où ses auteurs postulent que le libre-échange « dynamise » la croissance économique ; une théorie régulièrement réfutée par les faits. Une élévation aussi infinitésimale serait d’ailleurs imperceptible. Par comparaison, la cinquième version de l’iPhone d’Apple a entraîné aux Etats-Unis une hausse du PIB huit fois plus importante.

Presque toutes les études sur l’APT ont été financées par des institutions favorables au libre-échange ou par des organisations patronales, raison pour laquelle les coûts sociaux du traité n’y apparaissent pas, pas plus que ses victimes directes, qui pourraient pourtant se compter en centaines de millions. Mais les jeux ne sont pas encore faits. Comme l’ont montré les mésaventures de l’AMI, de la ZLEA et certains cycles de négociations à l’OMC, l’utilisation du « commerce » comme cheval de Troie pour démanteler les protections sociales et instaurer la junte des chargés d’affaires a échoué à plusieurs reprises par le passé. Rien ne dit qu’il n’en sera pas de même cette fois encore.

Lori M. Wallach, novembre 2013

Transmis par Linsay

Lori M. Wallach 
Directrice de Public Citizen’s Global Trade Watch, Washington, DC, www.citizen.org

[1] Lire « Le nouveau manifeste du capitalisme mondial », Le Monde diplomatique, février 1998.

[2] « Some secrecy needed in trade talks : Ron Kirk », Reuters, 13 mai 2012.

[3] Zach Carter, « Elizabeth Warren opposing Obama trade nominee Michael Froman », Huffington Post, 19 juin 2013.

[4] « Table of foreign investor-state cases and claims under NAFTA and other US “trade” deals » (PDF), Public Citizen, août 2013.

[5] Andrew Martin, « Treaty disputes roiled by bias charges », Bloomberg, 10 juillet 2013.

[6] « Renco uses US-Peru FTA to evade justice for La Oroya pollution » (PDF), Public Citizen, 28 novembre 2012.

[7] « Ecuador to fight oil dispute fine », Agence France-Presse, 13 octobre 2012.

[8] Commentaires sur l’accord de partenariat transatlantique, document du BIO, Washington, DC, mai 2013.

[9] « EU-US high level working group on jobs and growth. Response to consultation by EuropaBio and BIO » (PDF),http://ec.europa.eu

[10] Shahien Nasiripour, « Fed opens books, revealing European megabanks were biggest beneficiaries », Huffington Post, 10 janvier 2012.

[11] « Europe admits speculation taxes a WTO problem », Public Citizen, 30 avril 2010.

[12] Courrier de M. Demetrios Marantis, représentant américain au commerce, à M. John Boehner, porte-parole républicain à la Chambre des représentants, Washington, DC, 20 mars 2013, http://ec.europa.eu

[13] « Final report. High level working group on jobs and growth » (PDF), 11 février 2013, http://ec.europa.eu

[14] « TAFTA’s trade benefit : A candy bar », Public Citizen, 11 juillet 2013.

Les esclaves de la Chinatown toscane

 

dimanche 22 décembre 2013 

Prato, en Toscane, est la troisième ville chinoise d’Europe. Le 1er décembre, sept employés chinois d’une usine de textile ont péri dans un incendie. Au delà de l’opinion que l’on peut avoir sur la pertinence des solutions proposées par l’auteur de l’article, celui-ci a le mérite de mettre en lumière les conditions de travail auxquelles sont soumis ces esclaves modernes.


L’émotion est arbitraire. Même au beau milieu d’une tragédie, un simple détail suffit à la déclencher. Sur le carrelage noir de cendres et d’eau, des boutons. Des centaines, des milliers de boutons, de toutes les formes et de toutes les couleurs. Archéologie contemporaine. Un tapis de boutons à la dérive dans une Pompéi chinoise à Prato.

Il est 16 heures passées. Le médecin légiste ressort de l’antre encore fumant. Il a repéré trois cadavres, ou plutôt ce qu’il en reste. "Il y a une femme. Les autres morceaux ne permettent pas de déterminer le sexe, pour le moment." Déjà quatre corps reposent à la morgue. Le bilan s’élève donc à sept victimes. Sur les quatre personnes secourues, deux sont sorties de l’hôpital. Les deux autres sont dans un état grave mais "pas désespéré", annonce Mme le préfet de Prato, Maria Laura Simonetti, en poste depuis trois mois.

Dès que j’en aurai le temps, j’aimerais lui demander combien de salariés, à la préfecture et dans les services de police, parlent chinois ou du moins le comprennent. Après Londres et Paris, Prato est la troisième ville chinoise en Europe. Les pompiers sont venus de toute la province – Prato est au carrefour de Florence, Lucques, Pistoia et Pise. Ils travaillent d’arrache-pied depuis le petit matin et n’ont pas encore maîtrisé l’incendie. Ils craignent que les gravats cachent d’autres corps.

Des usines incontrôlables

Les victimes n’étaient probablement pas en train de travailler [au moment de l’incendie]. Dans ces entrepôts, on travaille presque tout le temps, mais surtout la nuit. Les ouvriers venaient peut-être de se coucher, après avoir cherché un moyen de se réchauffer. Avec les premières lueurs de décembre sont arrivés le froid et le vent. "Ils travaillent et chargent les camions de nuit, pour éviter les contrôles." Je n’ai pas le temps de demander en quoi, depuis l’invention de l’électricité, les poids lourds passent davantage inaperçus la nuit. En parlant de contrôles, le maire, les dirigeants de l’agence sanitaire locale et la police expliquent que pratiquement chaque inspection se termine par une mise sous séquestre. Mais ils ont beau faire 300 contrôles, les usines se comptent par milliers et poussent comme des champignons, sans même se préoccuper de ressembler à des usines. Cette fois, le drame s’est produit dans la zone développée, "commerciale", et non parmi les vieux abris de fortune accolés aux fourmilières humaines. Comme quoi, les alcôves funéraires qui servent de dortoirs et les showrooms ne sont pas incompatibles.

Je suis arrivé avec le président de la région de Toscane, Enrico Rossi [Parti démocrate, gauche]. Selon lui, cette tragédie, cette humiliation de l’humanité qui se joue tous les jours dans le tristement célèbre district de la confection,"nous en sommes tous responsables". Il entend par là l’administration, l’Etat. Prato était gouverné par la gauche à l’époque où la colonie chinoise a commencé à se greffer à l’industrie florissante du textile. La gauche a fini par perdre Prato, en raison de ses divisions internes, aussi infantiles que séniles. Si cette défaite ne fut que provisoire, elle n’en fut pas moins symbolique. Outre le lieu où elle s’est produite, elle a surtout laissé place libre à une campagne à forts relents xénophobes, aussi tapageuse que velléitaire. La communauté chinoise était comme invisible. Mais pour qu’un élément soit invisible, il faut aussi que des personnes, au moins la moitié, ferment les yeux.

Ils travaillent seize heures par jour

Le 2 décembre, interrogé sur le nombre de Chinois qui travaillent (et vivent, en supposant qu’ils en aient le temps) ici, le maire de Prato, Roberto Cenni [Liste civique, centre droit] a donné une réponse vague : "’Officiellement, on en dénombre 16 000.’ En réalité, ils sont entre 20 000 et 40 000. Cela dit, l’édile a un jour laissé entendre qu’ils seraient près de 50 000..." Cette incertitude à forme d’hyperbole coïncide avec une extraterritorialité croissante. Pour Enrico Rossi, c’est comme si le tissu de Prato – la ville, ses dortoirs, ses magasins et ses logements – s’était délocalisé sans même changer de place, comme s’il s’était transformé en une Chine à domicile. Une Chine qui travaille quinze ou seize heures par jour dans le meilleur des cas, qui est payée pour produire des vestes d’une valeur de 19 euros mais qui seront vendues à 100 ou 200 euros aux consommateurs européens du prêt-à-porter.

Ce réseau de production et de distribution, cette grande Rosarno [ville des Pouilles connue pour abriter des saisonniers africains] où le textile se substitue aux tomates et aux oranges, s’affranchit en grande partie des lois et des droits italiens. Le racket chinois, fait de menaces et d’extorsions, fournit les services nécessaires : un double régime fiscal en somme. Il y a bien eu quelques actions répressives, mais les méthodes policières, pour être efficaces, conduiraient à l’arrestation de l’ensemble de la population chinoise de Prato. Une folie.

Un secteur fondé sur l’esclavage

La réintégration du travail illégal permettrait en revanche quelques avancées élémentaires, comme un toit et une dignité pour les travailleurs, ainsi qu’une économie qui ne serait plus fondée sur l’esclavage. Pour cela, l’Etat italien doit intervenir. Il doit revendiquer l’autorité qui est la sienne sur un territoire aussi précieux et trouver le bon compromis avec l’interlocuteur asiatique : que la criminalité chinoise se limite à frapper ses compatriotes, comme c’est le cas aujourd’hui.

Grâce à la Toscane, les Chinois bénéficient d’un système de santé efficace, avec une protection particulière pour les femmes enceintes. Mais le vrai changement ne peut s’opérer à l’échelle locale. Prato se sent oublié par l’Etat italien qui ferme les yeux depuis les années 1960 et 1970, quand la population doubla presque du jour au lendemain. Le drame d’hier est un petit Lampedusa. Il a braqué les projecteurs sur la Chine de Prato. Dommage qu’il s’agisse de la lumière d’un incendie.

Adriano Sofri La Repubblica le 03/12/2013

Transmis par Linsay

Lundi 23 décembre 2013

« Union bancaire européenne » : 55 milliards mobilisables pour les banques ou pas

 

MES

Le 18 décembre 2013, les 28 pays européens ont créé l’Union Bancaire Européenne. Pour les protagonistes, il s’agit d’éviter ou de neutraliser les conséquences de la faillite d’une banque européenne et de protéger l’Euro. Il s’agit d’éviter la situation de crise de 2008.

Pour ce faire, un fond de 55 milliards d’euros sera mis en place par les banques de la zone euros et permettra de décider de renflouer ou de laisser en faillite une banque en difficulté.

Le 1er novembre 2014, sous l’autorité de la Banque Centrale Européenne un« mécanisme unique de supervision » scrutera les comptes de 250 établissements (85% du marché). Si un problème apparait pour une banque, un "comité de résolution" se réunit pour réfléchir aux restructurations possibles (recapitalisation ou au contraire mise en faillite) et fera des propositions. Peuvent être mis à contribution les actionnaires, les créanciers, voire les déposants les plus riches (comptes de plus de 100 000 euros), mais surtout un "fonds unique de résolution" qui sera à terme (2026) doté de 55 milliards d’euros abondé par les banques. La Commission avalisera, mais, si elle refuse, c’est leConseil des ministres qui sera saisi.

Ce dispositif renforce les pouvoirs de la BCE et considère que les banques sont des organismes à risque, cotés en bourse, et que ce risque est apprécié par leurs actionnaires, donc par les marchés.

Selon l’Allemagne cette mise en commun de fonds ne peut passer que par un nouveau traité européen.

source: POI

Lundi 23 décembre 2013

« Noire finance », en couleurs par deux vidéos

Le Blog d'Olivier Berruyer

21
Déc
2013

Un remarquable documentaire - j’ai eu la chance de rencontrer longuement les auteurs en début d’année…

1/2. La grande pompe à phynances.

Réalisateurs : Jean-Michel Meurice, Fabrizio Calvi.

Dans ce premier volet, les auteurs remontent au fameux jeudi noir d’octobre 1929 à Wall Street, jusqu’à la libéralisation sous Reagan et Thatcher.

Dans ce premier volet, les auteurs remontent au fameux jeudi noir d’octobre 1929 à Wall Street, pour montrer comment une crise boursière se transforme en crise bancaire, qui elle-même se développe en crise économique mondiale. Des ” barons voleurs ” d’hier aux golden boys des années Tapie, des accords de Bretton Woods à la création de l’euro, il retrace ensuite les différentes étapes qui ont conduit à la libéralisation des flux financiers. Assurances, produits dérivés, fonds spéculatifs (hedge funds)… : les dispositifs techniques se succèdent pour accroître les profits, augmentant toujours plus le risque et la fraude systémiques.

Pourquoi faut-il donner de l’argent public aux banques privées en faillite ? C’est par cette question sans ambiguïté que s’ouvre ce passionnant documentaire qui, pendant plus de deux heures, nous entraîne dans les arcanes d’un système financier devenu incontrôlable. Y répondre n’était pas gagné d’avance, tant est opaque l’univers de la finance. Mais Jean-Michel Meurice et Fabrizio Calvi (déjà coauteurs pour ARTE de Série noire au Crédit Lyonnais et de ELF : les chasses au trésor) nous ont habitués depuis longtemps à traiter sous une forme accessible des dossiers complexes. Noire finance s’inscrit dans cette veine : un montage très éclairant de propos de spécialistes, émaillé de scènes d’animation, retrace l’histoire politique des déréglementations qui ont abouti à la financiarisation de l’économie mondiale, au profit d’une spéculation criminelle.


1/2 – La Grande Pompe à Finance par sebastienreyes

2/2. Le bal des vautours.

 Réalisateurs : Jean-Michel Meurice, Fabrizio Calvi.

Le second volet montre comment, à travers l’éclatement de la bulle immobilière et la crise des subprimes des années 2000, le “piège à pauvres” s’est refermé. Il décortique les rouages de la “machine à dette” et expose avec clarté les logiques boursières qui ont mené à la crise mondiale actuelle. Dénonçant l’impunité des ” banksters ” et leur emprise sur la classe politique occidentale (aux États-Unis, on parle même d’un ” gouvernement Goldman Sachs “), les réalisateurs concluent leur enquête sur un chiffre éloquent : les principaux dirigeants financiers mondiaux totalisent 95 milliards de dollars de salaire alors qu’ils ont accumulé 1 000 milliards de perte…


2/2 – Le Bal Des Vautours par sebastienreyes

noire finance

Sortir de l’Euro 


Jacques Sapir

dimanche 22 décembre 2013, par Comité Valmy

Sortir de l’Euro

Par Jacques Sapir

21 décembre 2013

Magali Pernin (Contre la Cour) et son équipe ont réalisé une interview de moi où j’explique les conditions et les conséquences d’une sortie de l’Euro.

Je la publie avec son accord, en la remerciant, ainsi que son équipe, pour le travail remarquable de montage qu’ils ont réalisé

Jacques Sapir
Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.
More Posts

Europe : quelques articles ahurissants


Note de Bruno Arfeuille

dimanche 22 décembre 2013, par Comité Valmy


En Europe, nous sommes en train de vivre une régression sociale historique.

Toutes les belles promesses des partisans de la construction européenne ont été détruites par le monde réel.

Chiffres Eurostat d’octobre 2013 :

Grèce : 27,3 % de chômage
Chez les jeunes de 15 à 24 ans : 54,8 % de chômage

Espagne : 26,7 % de chômage
Chez les jeunes de 15 à 24 ans : 57,4 % de chômage

Croatie : 17,6 %
Chez les jeunes : 52,4 %

Chypre : 17 %
Chez les jeunes : 43,3 %

Portugal : 15,7 %
Chez les jeunes : 36,5 %

Slovaquie : 13,9 %
Chez les jeunes : 31,5 %

Bulgarie : 13,2 % Chez les jeunes : 28,8 %

Irlande : 12,6 %
Chez les jeunes : 26 %

Italie : 12,5 %
Chez les jeunes : 41,2 %

Voici quelques exemples de cette régression sociale historique :

France : avec un million de bénéficiaires, les Restos du cœur battent un triste record d’affluence.

C’est un bien triste record. Et tout un symbole. Un mois à peine après l’ouverture de la 29e campagne hivernale, et pour la première fois dans l’histoire de l’association, le cap du million d’inscrits a été franchi.

http://www.rfi.fr/france/20131220-france-un-million-restos-coeur-battent-triste-record-affluence

Grèce :

Près d’un tiers des Grecs sans couverture sociale.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/12/09/pres-d-un-tiers-des-grecs-sans-couverture-sociale_3528051_3214.html

Economie de guerre au Portugal.

Le Portugal est un pays exsangue. Le chômage officiel, qui approchait les 20%, a diminué ces deux derniers trimestres « à la faveur » d’une baisse de la population active. Celle-ci est le fruit d’une émigration de masse dont les flux atteignent, voire dépassent, ceux des années 60 qui avaient vu un grand exode des Portugais, fuyant la misère, la dictature et la guerre coloniale. La moitié des chômeurs ne bénéficie pas d’allocation chômage, et on compte par milliers les exclus du revenu minimum d’insertion, des allocations familiales ou du complément social vieillesse.

http://www.liberation.fr/monde/2013/12/10/economie-de-guerre-au-portugal_965506

La reprise en Espagne ? Un grand nombre d’Espagnols ne la voit pas.

"C’est bientôt Noël. Mes enfants vont me demander des cadeaux. Je fais comment ?", se désole Esmeralda Inglés venue, sans l’avouer à son mari et à ses enfants, prendre son petit déjeuner dans le centre d’accueil Caliu de Barcelone et chercher de quoi les nourrir.

http://www.boursorama.com/actualites/la-reprise-en-espagne—un-grand-nombre-d-espagnols-ne-la-voit-pas-1f1de6234193e59438220f18c0385d12

Italie : le patronat inquiet pour la cohésion sociale.

Le patronat italien a mis à son tour en garde jeudi contre les risques de troubles sociaux qui menacent le pays, et ce malgré les signes d’une sortie de la crise économique.

La Cofindustria, qui regroupe près de 150.000 entreprises italiennes, a revu en baisse jeudi ses prévisions économiques et table désormais sur une contraction de 1,8% du produit intérieur brut (PIB) cette année, contre un repli initialement prévu de 1,6%.

« Le principal risque réside dans l’éclatement de la cohésion sociale en raison de l’augmentation des manifestations organisées par des groupes qui prônent la désobéissance et le renversement des institutions », a déclaré la branche responsable des prévisions économiques au sein de la Cofindustria.

http://bourse.lesechos.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/italie-le-patronat-italien-inquiet-pour-la-cohesion-sociale-938440.php

Dimanche 22 décembre 2013

Appel national pour le boycott de l’élection européenne

 

Le 18 décembre 2013.

Les signataires de cet Appel créent le Comité national républicain pour la résistance à l’Union européenne (CNR-RUE) et s’engagent, en France, dans une campagne de boycott militant de l’élection des représentants de la France au parlement européen, le 25 mai 2014. Ils invitent à la création de comités similaires dans les départements et localités. 

L’Union européenne (U.E.) et sa monnaie unique martyrisent les peuples sous le talon de fer de l’austérité à perpétuité. Le 25 mai 2014, cette politique et ce système devront être sanctionnés. Le meilleur moyen sera de délégitimer l’U.E., l’euro, les traités, la Commission, la Banque centrale européenne et le parlement européen par une abstention massive, une véritable grève du vote.

Le devoir de tout citoyen, lorsqu’une élection est organisée démocratiquement, et que son résultat peut avoir un effet politique sur les institutions, est d’utiliser son droit de vote conquis de haute lutte. Ce n’est pas le cas de l’élection au parlement européen.

1.- C’est le principe même de l’élection à un parlement européen qui doit être récusé. Un parlement, à l’échelle européenne, n’a pas lieu d’être car il n’existe aucun peuple européen susceptible, au moyen d’un Etat européen, de se former en communauté politique à l’échelle du continent et d’y exercer sa souveraineté. Si tel était le cas, les pouvoirs de ce parlement européen s’exerceraient nécessairement au détriment des pouvoirs des parlements nationaux, les pays à forte démographie écrasant les autres.

2.- Le vote du 25 mai 2014 sera totalement stérile puisque le parlement européen n’a pas les pouvoirs de faire évoluer l’Union européenne. Il ne possède aucune des prérogatives d’un vrai parlement : il ne peut pas changer les traités qui fondent l’U.E., ne peut pas voter l’impôt, n’a pas l’initiative des lois… En outre, que les libéraux, les sociaux-démocrates européens, les Verts, Le Parti de la gauche européenne gagnent des sièges, cela ne changera rien aux orientations politiques puisque l’eurodroite et la social-démocratie pilotent ensemble les travaux parlementaires.

3.- Le boycott des élections européennes servira aussi à dénoncer le double jeu politicien du Front national. Ce dernier, en effet, d’un côté prétend vouloir sortir de l’euro et de l’Union européenne, et d’un autre côté veut entrer dans le système – dans lequel il est déjà entré par la présence de madame Le Pen, députée européen - pour se goberger comme les autres. Il cautionne ainsi et profite lui-même de ces institutions qui lui garantissent à la fois des revenus substantiels, et son rôle de verrou du système politique. On comprend pourquoi, car en réalité le FN ne veut pas sortir unilatéralement la France de l’U.E. et de l’euro. La prétendue « sortie concertée et progressive » de l’euro prônée par Mme Le Pen perd toute portée pratique quand on sait que le FN la subordonne très officiellement au feu vert de l’Allemagne.

4.- L’élection au parlement européen n’est qu’une farce électorale. Elle n’a d’autre but que de simuler un acte démocratique et légitimer ainsi tout le système de l’U.E. C’est un devoir citoyen de voter quand le suffrage sert à la souveraineté du peuple, c’est aussi un devoir civique de refuser de voter quand le suffrage vise à détruire la souveraineté nationale et populaire. D’ailleurs, comment se faire prendre deux fois au même piège ? En refusant de tenir compte du « non » français du 29 mai 2005 au traité constitutionnel européen, le système a démontré son caractère tyrannique et dictatorial. Aucune élection juste n’y est possible. 

Face à cette entreprise d’effacement national et de régression sociale, aucune des grandes forces politiques françaises en lice lors des prochaines élections européennes ne porte de projet alternatif et progressiste. Certaines de ces forces annoncent leur participation à ces élections pour faire parler d’elles. D’autres, espérant obtenir quelques élus, veulent faire du parlement européen une caisse de résonnance à leurs revendications. Ce ne sont qu’illusions et diversions. Illusions, car les grands médias ignorent les petites listes, tandis que l’absence de couverture médiatique des débats de ce parlement d’opérette interdit de donner le moindre écho aux mouvements euro-critiques. Diversions, car en participant à ce simulacre électoral, ces forces politiques cautionnent le système européen qu’elles prétendent dénoncer par ailleurs.

Seuls les citoyens qui se seront abstenus auront clairement délégitimé l’U.E. Leur acte sera un coup de tonnerre politique ôtant toute crédibilité à l’Union européenne, la ridiculisant et ouvrant un espace sans précédent aux luttes populaires. Le véritable enjeu de cette mascarade électorale sera donc l’abstention citoyenne.

Le 25 mai 2014, le meilleur choix pour manifester son mécontentement à l’égard de l’U.E. sera de boycotter activement l’élection européenne !

 

NOM
PRENOM
CODE POSTAL
ADRESSE ELECTRONIQUE
PROFESSION/COMMENTAIRE

****

La décision de création de ce comité a été prise par le PRCF, le M'PEP et les clubs Penser la France. Sans aucun doute d'autres organisations les rejoindront prochainement.

Vous pouvez communiquer vos coordonnées via le blog de Diablo qui fera suivre au Comité National de Républicain pour la Résistance à l'Union Européenne - Merci

Comment l’UE finance des médias européens (Mediapart)


Par la rédaction le 03/12/2013

Presseurop, Euractiv, Café Babel ou encore Euronews : l'Union européenne subventionne une multitude de médias européens plus ou moins connus. Mediapart a tenté d'y voir plus clair dans ce "maquis des financements publics". Avec quelques surprises à la clé : qui savait que l'UE allait participer au financement des opérations spéciales de France inter pour les Européennes 2014 ?

La fin du contrat de Presseurop, et l'annonce de la suppression de 26 postes équivalents temps plein à la rédaction de Courrier international qui assurait cette revue de presse européenne, a rappelé une pratique méconnue : comme de nombreux états européens, dont la France, l'Europe subventionne, elle-aussi, des médias. D'après l'enquête de Mediapart, pour l'année 2013, le montant de ses subventions, versées par la direction de la communication de la commission européenne, s'élève à 40 millions d'euros. Objectif officiel ? Favoriser un débat public européen. Mais certains critères d'attribution de ces subventions font polémique : dans l'appel d'offres Presseurop 2013, annulé depuis, la commission entendait accorder des subventions en échange d'obligations éditoriales plus ou moins contraignantes (par exemple, suivre en priorité l'agenda de la commission).

Le maquis des financements

C'est bien évidemment ce type de contreparties qui pose problème, ainsi que l'opacité des critères d'attribution. Par exemple, 30% du budget de la chaîne Euronews provient de subventions de la commission. En échange de quoi ?"La chaîne s'engage à respecter des formats précis, à la fois pour l'information à chaud et le magazine, dictés par l'exécutif européen", indique Mediapart. Quitte à céder à des opérations de communication, comme lors du discours sur l'état de l'Union de José Manuel Barroso en septembre 2013. Parfois, ce sont certains programmes de la chaîne qui sont coproduits avec des organismes européens, comme c'est le cas avec Space, une émission consacrée à l'actualité de l'espace, co-produite avec l'agence spatiale européenne. "C'est comme si Bercy finançait directement une émission consacrée à l'économie sur France 2", remarque Mediapart.

Logos Europe

Les financements sont divers et variés : le portail francophone Toute l'Europe a reçu, dans le cadre d'un fond de la commission européenne, 141 000 euros pour un projet baptisé "Le Shakeur" dont l'objectif est de développer une "communauté" de jeunes (17-34 ans) en leur parlant d'Europe autour de sujets qui les préoccupent. Autre exemple de financement : 12% du budget du site Euractiv consacrée à l'actualité institutionnelle de l'UE correspond à des subventions. Quant au site Cafe Babel, regroupant 2 000 rédacteurs volontaires, il touche "en particulier des subventions « de fonctionnement » de la commission, au titre du programme « citoyenneté - Europe pour les citoyens »", détaille Mediapart. 

Des médias généralistes peuvent également prétendre à des subventions. C'est le cas par exemple... de France inter. D'après Mediapart, "les opérations spéciales de France Inter pour les élections européennes (la délocalisation dans une capitale européenne, tous les quinze jours jusqu'en mai, d'une partie de leurs émissions, comme ce fut le cas ici à Rome) devraient elles aussi bénéficier d'une aide, versée par le parlement, au titre de la couverture du scrutin 2014". Philippe Val, le patron de la radio, a même fait le déplacement à Bruxelles pour obtenir ces subventions dont le montant n'est pas encore connu. Dans le cadre des élections européennes de 2014, ce type d'opérations subventionnées devrait se multiplier.

Maj 5 décembre : précisions sur le financement du projet Le Shakeur du site "Toute l'Europe"

De l’Allemagne-2014


dedefensa.org

vendredi 20 décembre 2013, par Comité Valmy



De l’Allemagne-2014

Dans une de ses chroniques furieuses, la plus récente d’ailleurs, Paul Craig Roberts, affirme que les USA veulent la guerre générale, nucléaire, décisive, avec la Russie et la Chine. (Le texte est repris sur divers sites, notammentPressTV.ir du 17 décembre 2013.) Le propos peut paraître exalté mais il nous apparaît pourtant substantivé par des considérations psychologiques et symboliques à partir de l’idée quasi-religieuse de “l’exceptionnalisme” qui, dans le cas des USA, ne peuvent être écartés, surtout si l’on considère que ce pays s’est constitué au cœur d’un Système dont la dynamique a ce singulier caractère d’être à la fois animée par l’affirmation de la surpuissance et la finalité de l’autodestruction. Mais pour ce cas qui n’est pas le débat de notre propos, notre intérêt n’est pas dans l’argument central de Roberts mais dans sa conclusion. Ayant posé la question des pays qui soutiennent les USA (grosso modo, le bloc BAO) et s’étant interrogé sur “leur intérêt”, ou leur aveuglement, à soutenir un pays dont le dessein est si radicalement destructeur selon lui, Roberts termine par ce paragraphe qui peut paraître énigmatique, parce que pouvant aussi bien figurer comme une spéculation gratuite ou comme une allusion à des indications plus précises :

« Germany alone could save the world from war while simultaneously serving its own interests. All Germany has to do is to exit the EU and NATO. The alliance would collapse, and its fall would terminate Washington’s hegemonic ambition. »

Cette remarque est faite au moment où l’on s’agite beaucoup à propos de l’Allemagne, et il nous paraît probable que Roberts n’a pas écrit cela sans avoir été influencé, consciemment ou non, par le comportement de l’Allemagne vis-à-vis des USA dans la crise Snowden/USA. Nous en parlons dans deux textes récents, le F&C du 19 décembre 2013, certes, et plus spécifiquement les Bloc-Notes du 4 novembre 2011 et, surtout, du 12 décembre 2013 où l’on entend un quasi porte-parole de Merkel par ses fonctions au Bundestag (Hans-Peter Uhl) tenir des propos d’une incroyable dureté à l’encontre des USA. Un autre fait impressionnant de ces derniers jours, parce que fait structurel et méthodique, bien dans la manière allemande, est la réorientation du ministère de l’intérieur dans le nouveau cabinet Merkel. (Notre F&C du 19 décembre 2013 : « Le nouveau ministère de l’intérieur allemand tel qu’il se constitue se transforme en une machine de guerre anti-NSA, reléguant la lutte contre le terrorisme qui structure la coopération transatlantique et la coopération Allemagne-USA au second plan ; le ministre Friedrich est écarté, pour n’avoir pas montré assez de fermeté face aux USA dans cette affaire, et remplacé par une équipe sûre pour Merkel, garantissant l’efficacité de cette lutte contre la NSA, et contre les USA par conséquent... »)

On connaît par ailleurs les conditions objectives de la position politique de l’Allemagne aujourd’hui. C’est un pays qui a une position triomphante en Europe, dans une Europe aux abois, position favorisée par la complète abdication française dans la stupéfiante stupidité de sa politique étrangère depuis 2007, développée par une génération politique marquée par une inculture et une perversion intellectuelle à mesure, c’est-à-dire également stupéfiantes. (Vite dit : en abandonnant la politique d’indépendance souveraine du gaullisme, – cet abandon est un fait indiscutable hors des rodomontades insipides de l’un ou l’autre, – les Français ont volontairement abandonné le levier d’une puissance principielle, exprimée tant politiquement que stratégiquement et militairement [puissance nucléaire], qui permettait d’équilibrer le poids contraignant de l’économie allemande dans les rapports franco-allemands.) Cette position d’affirmation allemande est aussi bien marquée par des affirmations de puissance dans l’orientation de l’Europe, dans des interventions à la limite de la violence et de la contrainte comme en Grèce, et débarrassée de toute retenue comme en Ukraine ; elle est aussi bien marquée par de bons rapports avec la Russie, qui n’empêchent nullement l’Allemagne de s’affirmer contre la Russie dans telle ou telle occurrence (l’Ukraine, encore). Il s’agit donc d’une situation de puissance remarquable qui se marque aussi, et peut-être plus encore éventuellement, avec l’affirmation allemande contre les USA dans la crise Snowden/NSA, sujet principal dont on débat ici.

A ce point, nous voudrions apporter une appréciation psychologique concernant Merkel, – non pas ce qu’elle a fait, sa position politique, ses activités, etc., mais sa psychologie profonde qui nous semble s’exprimer dans la réaction qu’elle montre, et qu’elle impulse dans l’appareil du gouvernement, à l’encontre des USA dans la crise Snowden/NSA. Merkel est une Allemande de l’Est (RDA jusqu’en 1989-1991) et elle n’est nullement une “réfugiée”, un de ces citoyens de la RDA passant à l’Ouest par amour de la liberté et haine du régime communiste. (Voir sa biographie dans l’article Wikipédia, en s’en tenant aux faits et non à leur interprétation.) Au contraire, ses parents, qui avaient certaines “sympathies” communistes, avaient choisi volontairement de s’installer en RDA dans les années 1950, avec toute une période où ils firent la navette entre RFA (Allemagne de l’Ouest) et RDA. Merkel elle-même eut une jeunesse puis des années de formation qui n’avaient rien de dissidentes, suivant au contraire les filières autorisées par le parti régnant (le SED) et s’y distinguant. Il ne s’agit pas ici de faire le procès de Merkel, dans le genre affectionnée par les procureurs d’un passé éventuellement redessiné pour faire la promotion du Système, de ces procureurs-flics qui pullulent dans nos élites ; cela ne présente aucun intérêt pour nous, et nous en avons encore moins le goût. Il s’agit simplement de comprendre que les années de jeunesse consciente puis de formation de la jeune Merkel (10 ans en 1964, 20 ans en 1974) se passèrent dans une époque où la RDA n’était nullement le pseudo-pays en décomposition des années 1980, mais bien le satellite le plus sûr de lui de l’Europe soviétisée, le plus affirmé, le plus puissant du point de vue technologique et industriel, du développement économique, du point de vue des forces militaires et de sécurité, voire le plus autonome vis-à-vis de Moscou (ou disons le plus “parlant d’égal à égal” avec le maître soviétique).

C’était le temps où la RDA était baptisée “la Prusse rouge”, cette partie de l’Allemagne placée dans le camp intensivement propagandiste du communisme, et dans le camp du pays qui terrassa l’Allemagne nazie et s’affirma comme l’ennemi juré de ce nazisme. Cela produisit un effet intéressant : les citoyens de la RDA avaient certainement une grande souffrance des conditions de restriction des libertés imposées par le communisme, voire de son absurdité bureaucratique, mais ils avaient aussi, et peut-être même encore plus par contraste et réflexe de survie, un réel orgueil allemand, n’ayant pas subi l’énorme massage et pression psychologiques de la “repentance” et du complexe de culpabilité du nazisme qui régnait en RFA. Ce fait fut remarquable surtout dans la situation des années 1960 et 1970, entre l’érection du Mur de Berlin (1961) qui enfermait opérationnellement et symboliquement la RDA dans le camp communiste, et la rupture du pays entraînant le développement du climat pacifiste et politiquement plus “gorbatchévien” qu’antirusse des années 1980. Même si Merkel a souffert des contraintes de la Stasi, les dualité souvent remarquables de la psychologie font que son intervention auprès d’Obama pour dénoncer la NSA, telle que l’a révélée le New York Times, peut être interprétée de deux façons qui se complètent. Il s’agit à la fois une dénonciation des méthodes de la NSA vis-à-vis des libertés publiques et privées, où la NSA est effectivement mise sur le même banc d’infamie que la Stasi ; mais il s’agit aussi d’une critique acerbe de l’incompétence de la NSA qui pourrait être accompagnée de cette pensée non exprimée, – “la Stasi allemande, elle, ne se serait jamais faite avoir par un ‘freluquet de 30 ans’ comme Snowden”. Cette hypothèse psychologique, qui ferait l’hypothèse renversée d’une RDA conquérant “psychologiquement” à terme la RFA en 1991 alors que la RFA avalait économiquement la RDA, en dit long sur les possibilités de modification fondamentale de la position allemande vis-à-vis des USA.

Il nous paraît tout à fait concevable que cette psychologie de Merkel se soit communiquée à un appareil politique et bureaucratique allemand qui n’attendait que cela, et que nous ayons ainsi une Allemagne secrètement transformée (car la chose ne s’est pas encore exprimée de façon trop éclatante) par rapport à l’Allemagne (RFA principalement) complètement alignée sur les USA depuis 1945-1948. (On observera que l’Allemagne du camp occidental avec ses rapports avec les USA a déjà connu des périodes de triomphe économique depuis son redressement de 1948-1950, et que cela ne déboucha jamais sur les affirmations de puissance que l’on distingue aujourd’hui, – mais justement, il n’était question que de la RFA.) Cela ne signifie pas que nous fassions l’hypothèse de la résurgence d’une puissance hégémonique suivant l’affirmation bruyante de sa supériorité économique, d’une puissance comme celle qui se manifesta entre 1864 et 1945. La dimension militaire et stratégique est absente. Répétons-le, l’Allemagne d’aujourd’hui n’a pas la Wehrmacht et le reste, ni une structure capable d’en constituer le noyau (pas d’état-major général, pas d’intégration stratégique des armées, l’OTAN ayant à cet égard son mot à dire pour ce pays-là, vaincu de 1945, précisément) ; elle n’a ni les moyens technologiques ni le temps nécessaire, ni sans doute l’idée, d’en reconstituer une, etc. De toutes les façons, l’Allemagne distinguerait rapidement les désavantages d’une telle orientation, qui trouverait la Russie sur sa route sans lui apporter quelque avantage que ce soit en Europe, par rapport à sa position dominante actuelle.

Cela signifie que l’Allemagne peut effectivement jouer un rôle inattendu dans un sens qui n’a guère de rapports avec les habituels modèles hégémoniques stratégiques, voire idéologiques, ni selon les orientations géographiques et ethniques correspondantes, tout cela issus de l’ère géopolitique qui a cédé la place à l’ ère psychopolitique. Ce rôle inattendu, s’il se manifestait, se ferait du point de vue de l’influence et de la communication et aurait de fortes chances de se manifester plutôt à l’intérieur du Système (du bloc BAO), selon les concurrences d’influence et de prépondérance. Bien évidemment, ce n’est pas gratuitement que nous évoquons ces hypothèses à propos de l’antagonisme USA-Allemagne à propos de la NSA, qui est un “modèle parfait” à cet égard. De ce point de vue, l’antagonisme avec les USA brise, pour les dirigeants allemands, deux tabous fondamentaux : d’une part, la perception allemande d’un certain respect de la puissance allemande de la part des USA, avec une certaine loyauté dans les rapports ; d’autre part la certitude de la puissance des USA, tant du point de vue quantitatif que du point de vue qualificatif, battue en brèche par la débâcle sans précédent de la NSA.

A partir de ces possibilités de situation, naissent des perspectives intéressantes, avec notamment la question des liens de sujétion de l’Allemagne à l’OTAN, qui impliquent que les USA pourraient tourner la défense allemande anti-NSA par le biais de l’OTAN. Si la nouvelle humeur allemande se confirme, il y a là des possibilités d’actions de forte rupture, dans tous les cas de la tentation d’une distance à établir entre l’Allemagne et l’OTAN. L’argument initialement très fondé que l’Allemagne, depuis 1945, a toujours évité des situations de confrontation avec ses alliés, et essentiellement avec les USA, doit largement être nuancé par l’incertitude et le désordre des temps depuis 2008-2010, et par cette espèce de “néo-psychologie” allemande à l’image de Merkel, l’ex-Allemande de l’Est, que nous évoquions. Dans tous les cas, ce que nous voyons de l’orientation, des effets et des conséquences de la possibilité d’une telle fronde interne au bloc BAO, c’est de plus en plus de désordre au sein du bloc, avec, en flanc-garde des occasions à saisir, la Russie qui est naturellement prête, et au meilleur des motifs, à exploiter toute fissure profonde à l’intérieur du bloc BAO.

Parfois, dans une situation politique complexe, il faut suivre des maîtres inévitables sinon nécessaires, – mais souvent temporaires. C’est le cas surtout pour les entités historiques aventureuses, qui connaissent des hauts et des bas, des triomphes et des défaites au bout de leurs entreprises de tentative de domination. Les Allemands, qui alternent de façon surprenante dans l’histoire l’arrogance de l’hybris qui triomphe et la “servilité volontaire” jusqu’à la veulerie du vaincu qui assume avec discipline, pourraient se trouver au point où ils n’ont plus assez d’estime pour la puissance US pour continuer dans le registre de la servilité, d’autant qu’ils retrouvent un peu de leur hybris perdu. La psychologie-Merkel fait parfaitement l’affaire pour cette opération. C’est alors qu’on verrait se développer la position exposée ici dans son esquisse, et qu’on verrait ce retournement étonnant de l’Histoire de cet opérateur de l’idéal de puissance” que fut l’Allemagne jusqu’en 1918-1945, se retourner contre celui qui lui succéda dans l’exercice opérationnel de ce même “idéal de puissance”, les USA depuis 1918-1945...

D’où l’hypothèse de Paul Craig Roberts ? Quoi qu’il en soit, l’hypothèse évoquée concernant spécifiquement l’Allemagne a certainement le mérite de rencontrer une indubitable potentialité. Si ce n’est pas dans le cadre de la course à la “der des ders”, la Guerre mondiale de la fin de l’espèce, cela peut être aussi bien dans le cadre déjà connu de la crise de la NSA devenue “crise haute finale”.

dedefensa.org

Mis en ligne le 20 décembre 2013

Vendredi 20 décembre 2013

Lettre d’Espagne « Pour l’unité des communistes »


publié le : 20 Décembre, 2013 sur Parlons Clair par Polex


Sous ce titre, 13 militants espagnols ont publié une longue analyse dont la lucidité, utile à leurs camarades de la péninsule, nous concerne aussi, tant les similitudes sont grandes de part et d’autre des Pyrénées.

Ils constatent d’abord les ravages des politiques d’austérité et de chômage imposées aux travailleurs par les gouvernements inféodés au capitalisme, « socialiste » d’abord, puis conservateur aujourd’hui. Ils constatent ensuite que l’impact des communistes dans les mouvements de résistance populaire, n’est pas à la hauteur des besoins, ni à celle des luttes glorieuses du parti communiste d’Espagne, contre la dictature franquiste autrefois. La raison de cette inefficacité réside d’abord dans « la dispersion entre différentes organisations ». Et une bonne partie des communistes, écoeurés par « l’opportunisme et le réformisme » qui les a gangrenés, sont en dehors de tout parti. L’objectif à long terme est donc de rassembler les communistes en un parti efficace et crédible, mais cela ne peut se faire sans un projet cohérent de programme de combat contre le capitalisme et ses conséquences, pour une société socialiste contemporaine.

Le collectif Polex avec l’autorisation des auteurs vous présente la traduction, faite par ses soins, d’extraits de ce projet. Les hispanophones peuvent consulter l’original dans son intégralité, sur le site espagnol « rebelion.org »  :

 Si, comme indiqué dans le projet de thèses politiques au 19ème congrès du PCE (thèse nº 2), « la situation européenne actuelle révèle de manière claire, les objectifs réels du processus d’intégration européenne commencé dans les années 50 du siècle dernier, et accéléré avec le traité de Maastricht » (signé par le gouvernement de Felipe Gonzalez en 1992), cette situation n’est pas sans lien avec l’effondrement de l’Union soviétique et de l’ex bloc socialiste. Les objectifs de ce processus sont dictés par le grand capital aux instances européennes, sous l’hégémonie incontestée des grandes entreprises allemandes. L’euro est un instrument majeur de sa dictature destinée à appauvrir les travailleurs et à asservir les peuples. Cela n’a pas empêché jusque là l’alignement de l’UE sur l’impérialisme nord-américain dont la suprématie militaire au sein de l'OTAN n’est pas moins incontestable. UE et OTAN sont les rouages du dispositif impérialiste au service des intérêts des grandes sociétés transnationales, et de l’hostilité aux gouvernements populaires.

Nous devons être cohérents avec notre analyse. L’UE n’est pas réformable. Il s’agit d’une machine de guerre contre le pouvoir d’achat et les droits des salariés. Elle renforce la destruction des services publics, l’exploitation des peuples et les profits capitalistes, grâce à la suppression des protections douanières au nom du libre marché. Tout cela dans un contexte global de prolifération des guerres, de destruction des Etats souverains, de nouvelles courses aux armements, de soumission aux sociétés transnationales, au détriment des besoins essentiels de l’humanité : santé, alimentation, éducation et environnement.

Nourrir les illusions d’un retour aux « temps meilleurs » dans les règles du capitalisme, bavarder de politiques keynésiennes, c’est ignorer la nature de la dynamique actuelle, ou la dénaturer.

Malheureusement ces illusions sont très importantes dans le « Parti de la gauche européenne » (présidé par Pierre Laurent) et ses composantes (PCF, PCE, Syriza, Die Linke…). Obsédés par le désir de se faire accepter par les centres de pouvoir du capitalisme, et d’apparaître comme leur recours possible, ils aggravent la confusion, la division et les frustrations dans les milieux populaires.

On ne peut pas mener une politique favorable aux grandes majorités sociales sans souveraineté monétaire et financière, qui ne peut exister sans quitter la zone euro.

Aujourd’hui, il n’y a pas de souveraineté en Europe, entravée qu’elle est par l’UE sous l’hégémonie allemande imposée par la dictature du capital. La sortie de l’euro en soi ne garantie pas la souveraineté populaire, mais sans elle, il n’y a pas de projet progressiste possible d’une « Europe des nations ». Masquer cette réalité ou ne l’admettre qu’à moitié et de manière purement formelle, pour ensuite la reléguer en invoquant les difficultés des combats à mener, revient à tromper les gens.

De plus, dans un contexte de grave crise sociale, l’abandon de ce combat facilite l’exploitation démagogique des effets de la crise par le fascisme, qui se présente en défenseur des intérêts « nationaux ». Chacun sait les risques que cela comporte.

Renoncer aux objectifs et aux batailles nécessaires est le moyen le plus sûr pour ne pas gagner les consciences et ne pas changer le rapport des forces en faveur des travailleurs.


Signataires : Joaquin Sagaseta, Miguel Fernandez-Medina Aceytuno, Arturo Borges, Fernando Sena, Jose Maria Alfaya, Jose Manuel Rivero, Aaron Cohen, Javier Doreste, Pedro Liminana, Jose Ramon Perez Menendez, Maria Victoria Calvo, Alejandro Perez Penate, Noemi Santana.

Ce que disait Jean Duret, de la CGT, lors de la mise en route du Marché commun

 

20 Décembre 2013 , Rédigé par Le Mantois et Partout ailleurs Publié dans #politique

 

Jean Duret était directeur du Centre d'études économiques de la CGT et membre du Conseil économique français. Il a écrit sur l'Europe avant la signature du Traité de Rome, en 1956 - 1957.


1) La domination de l'Allemagne sur l'Europe

L'enjeu est énorme : le Marché commun conduit infailliblement, à plus ou moins brève échéance, à la disparition des souverainetés nationales, à la création d'un super-Étateuropéen, réduisant à sa plus simple expression tout ce qui pourrait subsister d'individuel, de politiquement et économiquement indépendant chez les membres de la Communauté. Ce super-État sera dominé par le pôle d'activité économique le plus puissant : la Ruhr; par la puissance la plus énergique et la plus dynamique : l'Allemagne de l'Ouest. [...] Pour la France, la réalisation du Marché commun c'est l'acceptation de l'hégémonie allemande. Son industrie ne pouvant lutter contre la concurrence d'outre-Rhin tombera sous la coupe des konzerns de la Ruhr.  

2) Mise en concurrence des salariés au plus grand profit des "cartels"

La réalisation du Marché commun se ferait à la fois sous l'égide de l'intensification de la concurrence et sous le signe du renforcement et de la prolifération des cartels internationaux. [...] « Il faut que notre production soit concurrentielle. » Ce slogan servira à freiner le mouvement revendicatif dans les pays à rémunération plus basse et à exercer une pression sur les salaires globaux réels des pays ou des régions plus favorisés. Le monde du travail sera soumis à une triple pression : celle de la concurrence entre prix de revient, celle de l'armée de réserve du travail (la masse des chômeurs de l'ensemble de la Communauté pouvant plus facilement être dirigée vers les points stratégiques), enfin celle des capitaux migrateurs qui déserteront les régions où le prolétariat est combatif et les conquêtes sociales appréciables pour s'investir dans les régions où l'exploitation des travailleurs sera plus facile et les surprofits assurés. En toutes circonstances, cette triple pression sur les conditions de la classe ouvrière constitue un danger redoutable.  

3) Le règne de la finance

Dans leur offensive contre la classe ouvrière, les classes possédantes disposeront encore d'un puissant atout : la libre circulation des capitaux. On ne manquera pas de souligner, qu'après tout, les détenteurs de capitaux sont libres de le placer là où les garanties de sécurité et de rentabilité sont les plus grandes. Les capitaux auront tendance à déserter les régions et les pays où la classe ouvrière fera preuve de combativité, où les salaires seront relativement élevés, où certaines lois sociales seront susceptibles de gêner une exploitation trop éhontée, pour émigrer vers les régions de la Communauté où les conditions pour la réalisation des surprofits leur paraîtront meilleures.

4) La monnaie unique (l'Euro)

Certains économistes estiment que le Marché commun conduit inéluctablement à la monnaie commune. Pour les uns, c'est la conséquence du fonctionnement du marché commun, pour d'autres, « une condition préalable ». « Un haut fonctionnaire, financier international », signant « XXX » écrit dans « France-Observateur » : « L'instauration d'un marché commun implique, il faut qu'on le sache », un abandon peut-être graduel, mais en définitive complet, de la souveraineté monétaire. Privés de cette souveraineté, les États participants n'auront guère plus de pouvoirs - en matière économique - que nos autorités départementales actuelles. Au demeurant, la voie du marché commun ne sera pas facilement réversible. Tout ralentissement du progrès dans cette voie risque de susciter les ressentiments extérieurs et les dissensions internes.... ».  

5) L'Europe "vassale" des Etats-Unis

« La réalisation du marché commun permettra de discuter sur un pied d'égalité avec les autres grands espaces économiques (États-Unis, URSS). Elle permettra aux pays de l'Europe continentale, se trouvant sous la tutelle des États-Unis, de retrouver toute leur indépendance » - affirmations purement démagogiques car dès le premier moment, dès ce premier pas, le Marché commun aura besoin de la tolérance, de la protection, de l'aide financière des États-Unis. En poussant à la création du Marché commun, les dirigeants américains poursuivent des objectifs dont ils ne se laisseront point détourner. Ils veulent amalgamer les six États du Vieux Continent, conférer la direction économique et politique à l'Allemagne, braquer ce bloc contre les pays de l'Europe de l'Est et le « danger communiste de l'intérieur ». Ils veulent favoriser les investissements directs des capitaux privés américains qui pourraient se placer dans les régions les plus favorables et disposeraient ainsi d'un immense marché. Ils n'ont nullement l'intention de jouer aux apprentis sorciers, de permettre aux États européens de se libérer de l'emprise du dollar, de se créer eux-mêmes des concurrents ou des rivaux.5) L'austérité

D'un oeil distrait, on lit dans les journaux que la situation tragique de l'économie française nécessite des sacrifices. Les classes possédantes acceptent ce principe allègrement, à condition que sacrifices et privations ne soient pas pour eux mais pour le voisin. La victime toute désignée de l'opération est la classe ouvrière. Quand on parle d'austérité et de privations, on sous-entend que c'est surtout à elle que sera appliquée cette maxime. [...] L'austérité, en principe, devrait être obligatoire pour tout le monde, mais il suffit d'analyser les moyens dont on veut se servir pour comprendre qu'elle est surtout à l'usage des classes laborieuses. Nous n'avons pas entendu jusqu'ici les économistes officiels prôner l'introduction des taxes de luxe massives grevant le prix des articles dont la consommation demeure l'apanage des couches privilégiées. Une augmentation du prix de l'essence frappera bien plus durement les consommateurs à revenu relativement modeste que les couches riches. Il en sera de même pour l'ensemble des impôts indirects...

Pour conclure : Le gouvernement socialiste accomplit une besogne qu'un gouvernement bourgeois n'aurait jamais osé entreprendre.

Source: le blog de Bernard Conte

 

Note de ma pomme: le gouvernement en question était dirigé par le socialiste Guy Mollet. Le Parlement vota la formation du Marché commun, prélude à notre UE. Seul le goupe communiste vota contre. Depuis PS et droite s'entende comme larrons en foire au seil de l'UE capitaliste.

Vendredi 20 décembre 2013

UNION EUROPEENNE : Il n’y a pas de démocratie européenne possible [Anne-Marie Le Pourhiet]

Invitée dans l’émission Ce Soir ou Jamais de Frédéric Taddéi du 26 Novembre 2009, la constitutionnaliste et membre du Conseil Scientifique de Res Publica Anne-Marie Le Pourhiet ne mâche pas ses mots sur la « démocratie européenne ».

Anne-Marie-Le-Pourhiet.jpg

Citant un arrêt de la Cour Constitutionnelle allemande, elle affirme qu’étant donné qu’il n’existe pas de peuple européen toute recherche de démocratie à l’échelle européenne est vouée à l’échec. Elle finit son discours en s’indignant, prenant un exemple précis, du Parlement français qui est ramené dans certains cas à une simple transposition mot à mot des directives dictées par la Commission européenne.

{dmotion width="600" height="480"}xbaum9{/dmotion}

Aller plus loin : 

Il faut arrêter d’utiliser le mot démocratie à toutes les sauces, parler de démocratie, de concertation, de choses comme ça, ça n’a pas de sens. La démocratie ce n’est pas non plus droite contre gauche forcément, l’Allemagne vient de passer une période ou elle avait un gouvernement de coalition droite-gauche et que je sache c’était une démocratie quand même, même si ce n’est pas l’idéal d’avoir un gouvernement de coalition.

C’est pas ça la démocratie. La définition magnifique de la démocratie vient d’être donnée outre-Rhin par la Cour Constitutionnelle allemande le 30 Juin 2009 dans un arrêt qui est une référence. C’est 75 pages de cours de philosophie politique ou on vous explique qu’il n’y a pas de peuple européen et qu’il n’y a donc pas de démocratie européenne possible.

Qu’en conséquence de quoi le pouvoir final et le dernier mot doit rester en tout état de cause dans les parlements nationaux et en ce qui concerne l’Allemagne, qui est un état fédéral, dans les parlements des Länder. Et elle a exigée au terme d’un exposé d’une dureté, on a rarement fait analyse plus implacable du déficit démocratique de l’Europe, elle a imposée que pour un certain nombre de décisions il y ait une loi qui soit votée en Allemagne et qui prévoit l’autorisation du Parlement sur un certain nombre de décisions prévues par le traité de Lisbonne notamment les fameuses clauses passerelles, la clause de flexibilité…etc…

Mais il faut lire cet arrêt pour comprendre que les souverainistes sont à la cour Constitutionnelle de Karlsruhe et eux ils ont dits ce qu’il y avait à dire en la matière. Donc on pourra se perdre indéfiniment dans la recherche d’une démocratie européenne on ne la trouvera pas parce que la démocratie c’est pas seulement voter

C’est pas parce qu’il y a un Parlement européen avec des gens pour lesquels on vote, sur des listes qui plus est avec des tas de gens qu’on ne connait pas, la démocratie ne se résume pas à un vote. Il faut représenter un corps politique, un demos et c’est celui là qui n’existe pas, qui existe en Amérique mais qui n’existe pas chez nous, et c’est pour ça que c’est vain de rechercher une démocratisation.

On va pouvoir améliorer les procédures, on va pouvoir également ramener des compétences vers les Etats parce qu’on a délégué beaucoup trop de choses à l’Europe qui en fait dix fois trop, il faut récupérer beaucoup de choses. 

Je vous signale que quand on dit que les Parlements vont être associés davantage, ils pourront l’être s’ils le veulent.

Je vous rappelle simplement un fait : récemment, avant la présidence française du Conseil européen, une secrétaire d’Etat vient défendre devant le Sénat français un projet de loi de transposition d’une directive sur les discriminations. Une série de sénateurs disent que le projet de loi est contraire à la tradition républicaine française, c’est du communautarisme anglo-saxon, ce n’est pas dans cet esprit là que nous voulons transposer, nous voulons nos termes à nous, conformes au droit français, au droit continental et elle dit même à la tradition latine. Elle a raison, c’est une sénatrice qui le dit.

Elle s’est fait renvoyée dans ses buts par la secrétaire d’Etat qui lui a dit que la France va prendre la présidence du Conseil européen, nous ne pouvons pas nous mettre à dos la Commission, hors la Cour suit la Commission dans 95% des cas donc nous devons…et elle reprend dix fois pendant le débat « nous devons transposer mot à mot ». Voilà à quoi sert le Parlement français, à recopier mot à mot des directives d’inspiration anglo-saxonnes pour ce qui est de celle-là.

source: http://article-50.eu/

Marché transatlantique : un document confidentiel confirme les pouvoirs accrus des entreprises

ContreLaCour

                                 

 

Marché transatlantique: un document confidentiel confirme les pouvoirs accrus des entreprises

Business_alliance_visual_Small_

Corporate Europe Observatory (CEO) a publié aujourd’hui une version « fuitée » d’un document exposant les positions de la Commission européenne en matière de coopération réglementaire dans le cadre du futur « marché transatlantique » (TTIP).  


Le document est destiné à la réunion d’aujourd’hui à Washington.


Traduction de l’article publié aujourd’hui sur le site de Corporate Europe Observatory.


Une proposition fuitée de la Commission

augmente la puissance de l’entreprise

dans la prise de décision


Une nouvelle fuite relative à l’accord commercial UE-États-Unis révèle les plans de la Commission européenne visant à modifier fondamentalement la façon dont les règlements seront adoptés à l’avenir. Ces réformes, si elles sont adoptées, pourraient gravement compromettre les règles actuelles de l’UE sur la sécurité alimentaire, la protection des consommateurs, de l’environnement et de nombreux autres domaines. En effet,  les propositions de la Commission donnent de nouveaux pouvoirs aux entreprises qui pourront mettre un terme à un projet de loi qui porte atteinte à leurs intérêts, ou re- négocier des règlements existants.


Comme la troisième série de négociations pour un partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) commence aujourd’hui à Washington (États-Unis), la fuite d’un document, destiné à la réunion d’aujourd’hui, montre les détails de ce qu’on appelle « la coopération réglementaire » pour être inclus dans l’accord.


Un rapport publié aujourd’hui par Corporate Europe Observatory “Regulation – none of our business?” expose le document de la Commission et comment il se propose de mettre en place un « Conseil de coopération réglementaire » qui évaluerait les règlements existants sur les deux côtés de l’Atlantique afin de s’assurer qu’ils sont «compatibles» et ne portent pas atteinte à des intérêts commerciaux. Le monde des affaires a été impliqué dès le début du processus de négociation, bien avant tout débat public et démocratique, et disposent ainsi d’excellentes possibilités de s’opposer à des initiatives importantes pour améliorer les normes alimentaires ou protéger consommateurs.


L’auteur du rapport, PDG chercheur Kenneth Haar a déclaré: « Ce modèle de « co-écriture » a mis les groupes d’affaires à la table des négociations avec les organismes de réglementation. La réglementation européenne actuelle et future devra passer par des procédures lourdes et de longues négociations avec une présence commerciale forte, de façon à éviter tout débat démocratique significatif. Il y a des chances que cela se traduise par une grande offensive de déréglementation ».


Le rapport du directeur général montre comment la proposition de la Commission démontre clairement l’accès et l’influence dont jouissent les lobbyistes d’entreprise. Il montre comment la Commission européenne a déjà eu des discussions sur ces propositions spécifiques avec des groupes de pression d’entreprise, et il révèle comment la position de la Commission est remarquablement similaire à une proposition présentée par BusinessEurope et la Chambre de commerce des États-Unis.


Kenneth Haar a déclaré: «Les protestations du public montre qu’il pourrait ne pas être possible pour les négociateurs commerciaux de l’UE de passer outre les préoccupations du public sur les OGM d’origine américaine (organismes génétiquement modifiés), les poulets chlorés ou le bœuf aux hormones. Mais même si ces produits ne sont pas inclus dans la phase de négociation de l’accord, ils pourraient facilement être admis dans le long terme par ce système de coopération réglementaire. Si elle est adoptée, cette proposition sera une grande victoire pour le lobbying des entreprises des deux côtés de l’Atlantique ».


La proposition de la Commission européenne suggère une procédure assez longue et complexe, où les entreprises disposeront du droit d’exiger des informations et de faire partie des négociations sur des mesures réglementaires. Le système comprend un mécanisme d’alerte précoce pour permettre aux groupes de pression de l’industrie de réagir rapidement à la réglementation proposée, ainsi que la surveillance des nouvelles réglementations des États membres de l’UE afin de s’assurer qu’ils sont conformes aux objectifs en faveur des entreprises de TTIP.


Le rapport avertit que cette proposition pourrait même amener la Commission à s’abstenir de présenter des propositions de nouvelles réglementations à l’avenir si elle craint l’opposition des autorités américaines ou des lobbies d’affaires.


Lire le rapport complet ici .


Remarque: Corporate Europe Observatory a ouvert un appel aux dons de € 5000 afin d’intensifier son travail d’enquête et de campagne pour dénoncer et contester la menace du TTIP.

Le congrès du PGE, l’inutilité fait institution

 

Après l'article de libération sur le congrès du PGE, voici comment le PCF entend les choses, s'il déplore le retrait provisoire du PG, il se félicite et voit sans aucun doute dans l'évènement  qui vient de se produire, une raison nouvelle, un espoir pour les peuples d'Europe et un congrès qui fera date. Comme d'habitude ! Vous connaissez la chanson: « nous avions de l'eau jusqu'à la ceinture et le capitaine nous disait d'avancer.... »

 

Fraternellement


Gilbert Rémond

 


 

Communiqué du PCF

 

Congrès du PGE : une force et un espoir pour la gauche européenne et pour une Europe solidaire Pleine réussite à Madrid, pour un congrès qui fera date dans l'histoire du Parti de la gauche européenne (PGE), de la gauche européenne et pour une Europe solidaire.

 

Le 4e Congrès du Parti de la gauche européenne (PGE) vient de s'achever à Madrid. Les 300 délégués venus de toute l'Europe, de pays membres ou non de l'Union européenne, ont décidé de faire du PGE dans les années qui viennent un acteur majeur du combat politique en Europe contre les politiques d'austérité, les régressions démocratiques et pour construire un front social et politique européen offrant aux forces sociales, politiques, de la culture, de la création et citoyennes du continent une alternative de gauche en Europe. 

Un front qui permettra d'ouvrir les chemins du rassemblement et de l'espoir des peuples européens pour refonder une construction régionale de nations et de peuples souverains, libres et associés au plan régional pour le progrès social, démocratique, économique, écologique, la paix et fondée sur les principes des respects des souverainetés et de la richesse culturelle, politique et sociale. 

Le PCF s'engage dans la réussite des trois grandes initiatives décidées par le PGE : 

1-   La grande campagne de sensibilisation et d’action pour mettre en échec le projet de Grand marché transatlantique (TAFTA) ;

En mars prochain à Bruxelles un sommet sur la dette ;

La tenue chaque année du « forum européen des alternatives », un nouvel espace politique ouvert à toutes les forces politiques, sociales et syndicales qui veulent travailler avec nous et dont la première édition pourrait se tenir à l’automne 2014 

En France, le Front de gauche doit impulser cette dynamique en entrant le plus vite possible en campagne pour mettre la gauche anti-austérité en tête aux élections européennes de mai 2014. 

La décision du Parti de gauche de suspendre sa participation au PGE à l’issue de ce magnifique congrès est incompréhensible et incohérente. 

Le PCF fera tout, pour sa part, pour que ne soit pas entravé l’engagement uni du Front de gauche dans les élections européennes. 

Le PCF salue la réélection de Pierre Laurent à la tête de la présidence collégiale du Parti de la gauche européenne (PGE) composée d'Alexis Tsipras (Syriza, Grèce), Marisa Mattias (Bloco, Portugal), Maïte Mola (PCE-IU, Espagne) et de Margarita Mileva (Bulgarian Left, Bulgarie), et du trésorier Diether Dehm (die Linke, Allemagne) dont le travail engagé en 2010 a permis, en 3 ans, de renforcer l'unité et l'action du PGE. 

Le PCF se félicite du choix de présenter la candidature d'Alexis Tsipras, président de Syriza, député grec et vice-président du PGE, à l'élection de la présidence de la Commission européenne. « Alexis Tsipras portera la voix de la résistance et de l'espoir » de la gauche dans la dynamique des échéances électorales européennes du printemps 2014. 

Parti communiste Français 

Le 16/12/2013 


  

Paul Barbazange, CN du PCF, 17/11/2013 - Convention « Refonder l’Europe » : Nous avons besoin d’une campagne aux européennes menée par le PCF - le 22/11/2013

Paul Barbazange, CN du PCF, 17/11/2013 - Convention « Refonder l’Europe » : Accord et désaccord - le 22/11/2013

Marie-Christine Buriccand, CN du PCF, 17/11/2013 - Convention « Refonder l’Europe » : Et si on commençait par la nation ? - le 20/11/2013

Danielle Trannoy, CN du PCF, 17/11/2013 - Convention « Refonder l’Europe » : Nouveau projet européen - le 18/11/2013

Pasquale Noizet, CN du PCF, 16 novembre 2013 - L'Union Européenne, une dictature qui cache son jeu - le 17/11/2013

Jean Jacques Karman prend position contre la « refondation de l'UE » suggérée par la direction du PCF le 12/11/2013

Commentaire de B.T « souverainiste » et pas honteux de l’être, plus documents : 

Avec ce communiqué voilà le genre de positionnement qui passant en pertes et profits la nécessaire lutte pour « un peuple souverain dans une nation souveraine » ce font de fait les meilleurs alliés de Marine. 

NON CAMARADES LA SOUVERAINETE CELA NE SE PARTAGE PAS ? ETRE SOUVERAIN OU PAS TELLE EST QUESTION ? C’EST DU MEME TONNEAU QUE LES GUERRES HUMANITAIRES ?      

Cela devient une manie pour les « dirigeants » du PCF ils appellent à voter NON à Maastricht, ils appellent à voter NON au traité constitutionnel Européen.

Mais après, immanquablement ils adoptent sans coup férir la position de ceux qui ont appelé à voter OUI.

Vous pouvez en être sûr « La grande campagne de sensibilisation et d’action pour mettre en échec le projet de Grand marché transatlantique (TAFTA) » ubira le même sort. 

« un congrès qui fera date dans l'histoire du Parti de la gauche européenne (PGE), de la gauche européenne et pour une Europe solidaire » plus promis aux poubelles de l’histoire qu’à la postérité. 

« un acteur majeur du combat politique en Europe contre les politiques d'austérité » Ce sera plutôt à fleuret moucheté, le capital n'a rien à craindre. D'ailleurs il le sait. 

« Alexis Tsipras portera la voix de la résistance et de l'espoir », c’est bon pour ceux qui croit au père noël, voir ci-dessous. 

Le gauchisme en général, le PG, et les dirigeants du PCF en particulier reprennent le vocabulaire marxiste tout en oubliant le principe fondamental de la réflexion marxiste : que c’est le mode de production, c'est-à-dire la manière dont la richesse est produite, qui détermine en dernière instance les rapports sociaux. En imaginant qu’on peut penser la société en dehors du processus productif, on rend la pensée totalement inoffensive. Ainsi réduire la crise, au seul rôle de la finance, ou à modifier les règles de la BCE, c'est produire à l'analyse politique ce que le cassoulet de Castelnaudary est au Big Mac. A analyse fausse il ne faut pas alors s'étonner que corresponde une orientation forcément hors sujet, hors champ.  

Alexis Tsipras, un foudre de guerre qui fait la tournée des popotes pour rassurer le FMI, la BCE, la RFA, la Maison Blanche, la City. Peut-on faire confiance à un « pinpin » qui a de telles mauvaises fréquentations ? Si ces institutions sont rassurées autant de raisons pour que je le sois pas, mais alors pas du tout. 

La révolution est en marche, le 4ème Congrès du PGE propose un nouveau PDG pour présider le conseil d’administration (commission européenne) de cette Europe du CAPITAL fondée sur « la concurrence libre et non faussée ». Nous avons nommé le ci-devant Alexis Tsipras, préalablement certifié bon pour le service par le FMI, la City et autres organisations représentatives du monde du CAPITAL. C’est en effet ce qui ce fait de mieux sur le marché des prétendants bon pour le service du CAPITAL. Le meilleur outil disponible sur le marché pour intégrer le monde du travail aux objectifs du CAPITAL. 

Documents Europe, €uro : 

Lettre d’Espagne « Pour l’unité des communistes ». [Suite…]

Partis communistes en Europe face au projet du PGE. [Suite…]

Pour la justice de l'UE la Sécurité Sociale est illégale ... Jean Claude GRAZIANI nous informe que... [Suite…]

Ce que disait Jean Duret, de la CGT, lors de la mise en route du Marché commun. [Suite…]

UNION EUROPEENNE : Il n’y a pas de démocratie européenne possible [Anne-Marie Le Pourhiet]. [Suite…]

De la nation au chauvinisme : Entre la Division Charlemagne et l’Affiche Rouge. Pedro da Nóbrega. [Suite…]

Marché transatlantique : un document confidentiel confirme les pouvoirs accrus des entreprises. [Suite…]

IV ème Congrès du Parti de la gauche européenne (PGE) : « Refonder l'Europe », la grande illusion réformiste[Suite…]

Madrid congrès du PGE : Hors sol en séminaire. [Suite…]

Descartes : Front de gauche: fluctuat et mergitur ? [Suite…]

Le Parti de gauche ne marche plus avec les communistes en Europe. [Suite…] 

Alexis Tsipras qui est-il ? 

Alexis Tsipras rassure le journal allemand bourgeois Die Zeit, « La fin de l'euro, ce serait la fin de l'idée européenne : nous devons les défendre, peu importe le prix »

Grèce : Syriza, un parti grec au service du capital

Alexis Tsipras (Syriza) tend à nouveau la main aux sociaux-démocrates à Vienne pour « sauver l'Europe d'elle-même »

Les contradictions de Syriza

Conférence fondatrice de SYRIZA : un nouveau « parti unique » ... mais avec les anciens du PASOK !

Le chef de Syriza, Alexis Tsipras, rencontre à Madrid ... les dirigeants du PS espagnol et propose des points de convergence

L’Alter Sommet à Athènes et ses objectifs dangereux

GRECE - SYRIZA ou « l'Europe sociale » : Tsipras entre « radicalisme » et « opportunisme »

Grèce - Syriza : Alexis Tsipras entre radicalisme et « réalisme »

Quand viennent les ténèbres dans les jardins de la Grèce eurothanasiée

Tsipras rassure les dirigeants du FMI à Washington: « Je ne suis pas dangereux : SYRIZA gardera la Grèce dans la zone euro »

Izquierda Unida organise avec le PGE sa mue en une SYRIZA espagnole : entre « gauchisme institutionnel » et « réformisme radical »

Syriza trop européiste pour décrocher la timbale

Tsipras de SYRIZA promet de sauver le capitalisme grec et européen

Alexis Tsipras, responsable de Syriza, l'équivalent du Front de gauche en Grèce, rassure les diplomates des Etats-Unis et des grandes puissances capitalistes : il ne sortira pas du camp impérialiste

Grèce : Ralliement de l’ex-ministre PASOK, Louka Katseli, à Syriza. L’opération politique se précise

Grèce, UE et PGE, allons-y pour voir de plus près 

Autres documents sur et autour de la question européenne et de l'€uro

Joseph Stiglitz sur l'euro. [Suite…]

Milton Friedman : Un économiste ultra libéral mettait en doute des 1996 la possibilité de réussite de l'intégration européenne telle qu'elle est aujourd'hui. [Suite…]

Nouvelle offensive de l’union européenne contre la sécurité sociale. [Suite…]

Descartes : Parti de gauche : bêtement antinucléaire. [Suite…]

Frédéric Lordon favorable à une SORTIE DE L'EURO.... [Suite…]

SORTONS DE L’EURO ! Restituer la souveraineté monétaire au peuple. [Suite…]

Jacques Sapir : Sortir de l'Union Européenne, pour quitter l'euro. [Suite…]

« A quoi sert l’Europe ? » Débat sur France 2 avec Emmanuel Todd (vidéo]. [Suite…]

UE : effondrement économique, chaos social et dictature policière. Nicolas Bourgoin. [Suite...]

La désinformation sur l’euro continue. [Suite...]

Toujours plus de Nobel d'économie euro-critiques ! [Suite...]

Quand les économistes critiquent l'euro et le libre-échange. [Suite...]

Jacques Sapir : « L’euro est la cause essentielle de nos malheurs économiques depuis plus de 10 ans ». [Suite...]

« Les nations ont encore de beaux jours devant elles », entretien avec Valère Staraselski. [Suite…]

Deux vidéos importantes - Jacques Sapir - Olivier Berruyer - L'Europe, l'€uro en question. [Suite...]

« Le néolibéralisme domine la planète en causant toujours plus de dégâts ». Michel Rogalski. [Suite…]

L'Union européenne n'est pas un facteur d'harmonie entre les Etats : la logique capitaliste fait jouer la concurrence entre eux. [Suite…]

Traité de libre-échange USA - UE : Menace mortelle pour le social, la démocratie et le Net. [Suite…]

L'accord transatlantique est une attaque frontale en règle contre la démocratie. [Suite…]

Pour de nouvelles coopérations entre nations souveraines, Reprenons les droits et pouvoirs que l’Union européenne nous a volés ! Texte collectif du réseau FVR-PCF [Suite...]

Coup de force du PGE qui impose Alexis Tsipras comme candidat à la Commission européenne pour « refonder l’Europe ». [Suite…]

Jacques Sapir : EURO - DICTATURE : En sortir pour s’en sortir. Une situation dégradée…. [Suite…]

Jacques Sapir : « Pour retrouver la croissance, il faudrait sortir de la zone euro ! ». [Suite…]

L’histoire, l’Europe et l’Euro. Jacques Sapir. [Suite…]

La sortie de l’Union Européenne n’est pas du tout une idée extrémiste. [Suite…]

PCF - FdG Europe : Les autruches, les gribouilles. Bernard Trannoy. [Suite...]

Peut-on être encore « européens » ? Bernard Cassen. [Suite...]

Vers une nouvelle étape de l'intégration européenne vers le « fédéralisme » ? [Suite…]

La dissolution de l’Euro: une idée qui fait son chemin. Jacques Sapir. [Suite...]

Parler d'une sortie de l'Euro n'est plus tabou ! [Suite...]

Gouvernance économique européenne et démocratie française. La souveraineté de la France, c'est fini... [Suite…]

A lire : l'introduction de « En finir avec l'Europe » (coordonné par Cédric Durand). [Suite...]

Les scenarii de dissolution de l'euro. Une étude de Jacques Sapir et Philippe Murer, avec la contribution de Cédric Durand, septembre 2013. [Suite...]

A Propos de la chronique de Francis Wurtz dans l’Humanité Dimanche (22 au 28 Aout 2013). « Quelques repères dans le débat sur l’€uro ». Bernard Trannoy. [Suite…]

L'euro est-il un pari manqué ? Un récent article du Financial Times prédit l’inexorable séparation de la zone euro, la monnaie unique n'ayant pas réussi à être une force d'harmonisation. [Suite…]

Sortir de l’euro, oui, pour sortir du capitalisme. Maurice Decaillot[Suite…]

Des origines peu affriolantes de la doctrine de l'euro. Etat des lieux de la pensée qui le sous tend. [Suite…]

De Clichy à Trappes, pour finir par la Lanterne. Jacques Sapir[Suite…]

Sur l'Euro, silence dans les rangs. Descartes. [Suite…] 

L’illusion d’une commission européenne « de gauche ». Bernard Cassen - le 12/12/2013

Peut-on vraiment parler de citoyenneté européenne ? Anicet Le Pors - le 04/12/2013

15ème meeting international des partis communistes et ouvriers  Le PCF tente d’expliquer sa mutation aux autres partis communistes...  Et pour la première fois, en anglais, sans version française, c’est l’UE qui est contente ! - le 17/11/2013

XIXème Congrès du PC espagnol : la position de rupture avec l'UE et l'Euro avance … non sans contradictions ! - le 18/11/2013

L'Union européenne n'est pas un facteur d'harmonie entre les Etats : la logique capitaliste fait jouer la concurrence entre eux. -  le 17/11/2013

Deux vidéos importantes - Jacques Sapir - Olivier Berruyer - L'Europe, l'€uro en question. - le 16/11/2013

Coup de force du PGE qui impose Alexis Tsipras comme candidat à la Commission européenne pour « refonder l’Europe » - le 12/11/2013

Ensemble, boycottons les élections européennes ! L’UE supranationale et néolibérale est illégitime - M'PEP le 06/11/2013

Mettre en place une monnaie commune mondiale libérée de la tutelle impérialiste américaine : une approche convergente du PCC et du PCF. Jean-Claude Delaunay - le 06/11/2013

La sortie de l’Union Européenne n’est pas du tout une idée extrémiste - le 05/11/2013

PCF - FdG - Europe : Les autruches, les gribouilles. Bernard Trannoy - le 03/11/2013

Que faire de l’Europe ?  Michel Rogalski - Chronique revue Recherches internationales - le 29/10/2013

Frédéric Lordon : « Revenir aux monnaies nationales, pour refaire une monnaie commune » - le 02/10/2013

Union Européenne : cette Europe qui pousse les pauvres à se faire la guerre - le 28/10/2013

François Heisbourg contre l'€uro (Vidéo). - le 26/10/2013

« La France européenne », c'était déjà la propagande allemande sous Vichy... - le 26/10/2013

George Steiner : « L’Europe est en train de sacrifier ses jeunes » - le 26/10/2013

FUNKPROPAGANDA ! Les Echos et l’€uro. Jacques Sapir - le 22/10/2013

Marcel Gauchet : « le fonds de sauce européiste dans lequel nous sommes enlisés »... - le 25/10/2013

La fondation Robert Schuman aime la crise - le 24/10/2013

Même un économiste libéral le disait, il y a quatorze ans... et de plus dans « Le Figaro » - le 21/10/2013

La mondialisation capitaliste est très couteuse. Jean-Claude Delaunay - le 22/10/2013

Pascal Lamy défend la mondialisation, critique de JC Delaunay (1/5) - le 01/10/2013

Maurice Decaillot - Sortir de l’€uro, oui, pour sortir du capitalisme - le 13/08/2013

Rémy Herrera - Réflexions sur la crise - le 04/11/2012

Rémy Herrera - Un autre capitalisme n’est pas possible - le 08/06/2012

Rémy Herrera - Le temps est venu d’une rupture - le 16/04/2012

La destruction des partis communistes par le haut, et comment y remédier, ou la fin du centralisme démocratique. - le 13/10/2013

Les partis adhérents au PGE


 

img1024-700_dettaglio2_MOVIMENTO-FORCONI-600x400.jpg

De quoi les « Forconi » sont-ils le nom ? Jacquerie instrumentalisée, dérive fascisante et faillite de l’organisation de classe en Italie


Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Ce qui se passe en Italie ne peut qu’attirer notre attention. Un mouvement parallèle aux « bonnets rouges », dans un contexte analogue, enraciné dans une même exaspération collective, une même récupération patronale, une même faillite des organisations de classe.

De quoi les « Forconi » sont-ils le nom ? Un mouvement de classe, peut-être mais de quelle classe. Une vague anti-système « spontanée » mais pourtant si bien organisée.

Une impulsion de masse à la caractérisation difficile : entre jacquerie et poujadisme, populisme a-politique et proto-fascisme.

Derrière les étiquettes simplistes, il convient de revenir sur la base (et la direction) de classe du mouvement, les intérêts qu’il sert et la place qu’il occupe dans le système.

La base de classe du mouvement des « Forconi »  : un mouvement de la petite-bourgeoisie désemparée

La base de classe du mouvement s’ancre dans une petite-bourgeoisie traditionnelle, écrasée par la crise, engagée dans une « révolte anti-fiscale »  : chauffeurs routiers, petits commerçants et artisans, agriculteurs et éleveurs.

Une fronde aux accents de jacquerie et de poujadisme à l’italienne, avec la même explosion de colère confuse contre le pouvoir central, l’Etat, les taxes, les « politiques ».

Anti-parti, anti-politique, anti-Etat, c’est le triptyque du mouvement basé sur un rejet populiste de la transformation sociale par l'organisation  : « tutti a casa » (Qu’ils s’en aillent tous), « non ce le facciamo piu » (on nous la fait plus) sont les slogans qui reviennent dans le mouvement.

Une « révolte » qui a pris aussi progressivement un caractère de plus en plus anti-européen mais nationaliste, la référence omniprésente à la « nation », aux « trois couleurs » gomme tout antagonisme de classe, sert d’alternative vague aux affiliations partisanes ou idéologiques.

Ce mouvement est parti début 2012 en Sicile d’une série de blocages routiers organisés par les chauffeurs routiers, suivis par les agriculteurs, avant de s’étendre à la fin de cette année à toute l’Italie, à partir d’une manifestation nationale le 9 décembre.

A Naples, Turin, Milan, Parme, Bari, du nord au sud, toute l’Italie a été touchée par la vague des « Forconi  ». Les cortèges urbains ont été remplis de jeunes chômeurs, de marchands ambulants, mais aussi d'étudiants de jeunes travailleurs – souvent infiltrés par des groupes d'extrême-droite comme « CasaPound » ou « Forza nuova », présents parmi les jeunes des quartiers populaires.

C’est par cette alliance entre une petite-bourgeoisie rurale en déclin mais fortement organisée, et d’un lumpen prolétariat urbain agité mais sans direction claire que les « Forconi » ont pris forme.

Il serait par ailleurs naïf de penser que le mouvement est né « spontanément ». Tant dans les villes, avec les centres sociaux, les groupes de supporters ultra que dans les campagnes, avec les puissants syndicats catégoriels, le mouvement est fortement encadré et organisé.

Qui est derrière le mouvement  ? Les mains des franges les plus réactionnaires du patronat

Pour comprendre le mouvement des « Forconi », il faut saisir ceux qui en sont à l’origine, l’encadrent et l’instrumentalisent. Ce sont des organisations incarnées par des personnages pas du tout « a-politiques », avançant leurs intérêts dans la confusion générale.

D’abord, ce sont des syndicats (patronaux) catégoriels – proche de la droite extrême. Loin de souhaiter un affrontement général, il s’agit de faire du lobbying et du chantage auprès de l’Etat pour obtenir des « allégements de charge  », des avantages fiscaux

C’était la perspective des syndicats de chauffeurs routiers et agriculteurs siciliens  : obtenir une baisse des taxes sur les carburants (tout en bénéficiant des subventions publiques  !). Sur la satisfaction de cette revendication, les chauffeurs routiers ont déjà arrêté le mouvement.

Les leaders syndicaux n’ont rien de neutre. Du côté des routiers, Salvatore Bella, leader d’AITRAS (Association italienne des transporteurs siciliens) est un ancien de Forza Italia, le parti de Berlusconi, le « Mouvement autonome des transporteurs » se revendique de … l’Aube dorée grecque  !

Parmi les syndicats agricoles, les liens avec les mouvements d'extrême-droite sont étroits.

Azione Rurale est l'héritière de la branche « agricole » de l’ex-parti fasciste Alleanza Nazionale  ; les « COBAS du lait » sont réputés pour leurs liens avec la Ligue du nord, tandis que la Ligue pour la terre est l’émanation du groupuscule néo-fasciste, « Force nouvelle » (FN). Tout un programme.

Ensuite, ce sont des leaders «  autonomistes » et pro-européens qui pilotent le mouvement. Si la base reprend des slogans anti-européens, nationaux, les directions sont tentées par la révolte autonomiste, quasi-féodale, intégrée à une « Europe des régions ».

En premier lieu la « troika » dirigeante  : le propriétaire agricole latin Danilo Calvani (venu à Rome rencontrer les manifestants en jaguar!), l'artisan-menuisier vénitien Luca Chiavegato et le gros agriculteur sicilien Mariano Ferro.

Ainsi, le leader du mouvement au Nord, Luca Chiavegato est un militant indépendantiste vénitien, européiste, fondateur du mouvement LIFE (les Libres entrepreneurs fédéralistes européistes !) dont le drapeau reprend le drapeau de la Vénétie et celui de l'Union européenne.

En Sicile, tant Salvatore Bello que la figure du mouvement, Mariano Ferro, sont des cadres de la branche sicilienne (« le Parti des Siciliens ») du « Mouvement pour les autonomies » (MPA), qui a fait une percée spectaculaire aux dernières élections régionales, avec 10 % de voix.

Le « Parti des siciliens », dont Ferro et Bello sont des représentants, est un partenaire historique de la « Ligue du nord », désormais un allié du Parti des libertés de Berlusconi – son fondateur a été condamné dernièrement à 10 ans d'inéligibilité pour liens avec la Mafia, ce qui soulève des questions sur les véritables instigateurs du mouvement des Fourches.

Il suffit de voir le programme des « Forconi » en 2012 pour comprendre son orientation politique  : baisse de la charge fiscale sur les entreprises, rétablir des formes de protectionnisme pour soutenir la compétitivité des firmes italiennes. Un programme clairement des petits et moyens patrons.

Le «  fascisme des origines  » ? Un parallèle troublant quoique limité

A-t-on affaire à un mouvement proto-fasciste  ? Nombre sont ceux qui appellent au loup – à des finalités politiciennes –, la réalité est à la fois troublante de parallèles historiques, mais elle incite objectivement à la prudence face à de tels rapprochements.

Le rejet viscéral de la politique, des partis, syndicats, la seule référence à la nation (les cris « Italia, Italia »), tout comme l’indifférence (le « me ne frego » des fascistes, je m’en fous, proche de celui des Forconi), la haine, la destruction (l’ « anti-tout ») ont formé le terreau du fascisme en Italie.

Déjà, les manifestations dans le nord de l’Italie ont dégénéré en assauts contre les centres de travail de la CGIL au nord du pays, plusieurs librairies se sont retrouvés attaquées, leurs livres incendiés.

Le mot d’ordre des « forconi »  : « arrêtons l’Italie » ne doit passer ni par une grève générale ni par le syndicat, mais plutôt dans la collaboration avec les forces de l’ordre, comme ce fut constaté en divers lieux, comme l’appelle de ses vœux un Beppe Grillo.

Un des leaders du mouvement, Danilo Calvani, a même souhaité la mise en place d’un « gouvernement militaire de transition » à la place du gouvernement en place. Certains avaient appelé à une « marche sur Rome » le 11 décembre, finalement annulée.

Tout comme la récupération de thèmes sociaux, voire traditionnellement accolés aux organisations de classe, est typique du fascisme des origines : la critique de l’Europe du grand patronat, la défense de l’emploi industriel, le parti des « petits  » contre les « gros ».

Le parallèle est troublant jusque dans le choix du symbole. Le fascisme avait repris le « fascio », ce fagot de bois devenu le symbole des syndicats agricoles siciliens début du XX ème siècle, tout comme le mouvement a pris la « forca  », la fourche, typique des jacqueries.

Le parallèle fasciste trouve une résonance dans la faillite de la classe politique italienne, discréditée et impuissante à trouver une « solution normale », à la merci des apprentis sorciers Berlusconi et Grillo, prêts à saborder la « démocratie bourgeoise » pour des aventures populistes incertaines.

Toutefois, le parallèle rencontre aussi des limites.

Le mouvement n’a pas encore de centre organisé, il ne rencontre pas une force antagoniste révolutionnaire – contre laquelle le fascisme constitue nécessairement une réaction – enfin, le mouvement est lui-même tiraillé par des contradictions internes.

La faillite de la « gauche » : protester contre les protestations plutôt que mener des manifestations sur des positions de classe  

La responsabilité de la « gauche » italienne dans ce mouvement de colère périlleux est lourde. Les jeux politiciens détestables se multiplient, s’entremêlent, quitte à jeter par-dessus-bord ce qu’il reste de la démocratie italienne.

Le PD (Parti démocrate) n’hésite pas à gonfler le mouvement pour pouvoir ensuite se présenter comme un rempart face aux « Forconi » et Grillo  : une gauche « responsable », européiste, libérale face à un mouvement populiste, anti-européen, nationaliste et fascisant.

Même son de cloche du côté de l’aile libérale du Parti des Libertés (PdL), chez un Angelino Alfano ou chez les deux derniers présidents du conseil centristes Mario Monti ou Enrico Letta, soudant l’ « Union sacrée » bourgeoise contre le populisme, peut-être demain avec Matteo Renzi à sa tête, le jeune loup du PD, un ultra-libéral à faire passer Berlusconi pour un modéré  !

Mais c’est surtout du côté de ce qu’il reste du mouvement de classe, des organisations révolutionnaires que la faillite est totale.

Les héritiers du PCI – le PdCI et Refondation communiste – sont incapables d’impulser un mouvement social de classe de cette ampleur. Refondation et d’autres lorgnent déjà vers la constitution d’un « Parti de gauche » à l’italienne, nouvelle combinaison politicienne.

Du côté du syndicat, la dérive est encore plus tragique.

La CGIL, syndicat de classe historique, a signé un texte commun en octobre dernier avec le patronat (Confindustria) et les syndicats de collaboration (CISL, UIL) réclamant … la baisse du coût du travail par des allégements fiscaux  !

C’est pour masquer cette collaboration ouverte, l’absence totale de mouvement social – si ce n’est la grève du 18 novembre lancée par les syndicats de base de l’USB, notamment dans les transports – que la CGIL tente désormais de se faire entendre dans l’opposition au populisme des « forconi ».

La CGIL, si discrète face à la boucherie patronale, a été prompte à dénoncer légitimement les actes violents de certains manifestants contre les sièges du syndicat, à mettre en garde contre les «  solutions autoritaires  ».

Les « Forconi » (tout comme Grillo dans un créneau analogue) jouent ainsi un rôle plaisant pour le système  :

ils permettent de renforcer l' « Union sacrée » contre le fascisme montant ; de faire monter une opposition assimilée à la réaction, et canalisée dans une impasse ; enfin surtout de dévoyer des positions sur l'Union européenne, la fiscalité, le rejet du consensus dominant.

Le mouvement des «  Forconi  » ne se laisse pas facilement analyser, seul l'histoire nous dira de quoi il était porteur. Néanmoins, comme en France, il est révélateur autant des potentialités de la colère populaire que des risques qu'ils portent, ils révèlent surtout le pire que peut receler la liquidation des organisations de classe, révolutionnaires.

Mercredi 18 décembre 2013

Stiglitz sur l'euro


Un article de Stiglitz poliment titré « Comment sauver l'euro ? »


J'en retiens trois points :

1. la crise européenne actuelle résulte de l'euro : « Les déficits et la dette n'ont pas entraîné la crise mais en sont la conséquence. [...] L'euro devait apporter croissance, prospérité et sentiment d'unité à l'Europe. Mais il a été porteur de stagnation, d'instabilité et de divisions. »

2. les conditions qui permettraient de sauver l'euro ne peuvent être réunies avant longtemps. Pour sauver l'euro, il faudrait notamment : « Une politique industrielle permettant aux pays à la traîne de rattraper leur retard. Cela suppose de revoir les structures en place qui interdisent une telle politique, considérée comme une intervention inacceptable sur les marchés. » [...] « Une banque centrale qui se préoccupe non seulement de l'inflation, mais aussi de la croissance, du chômage et de la stabilité financière.  »

Et se débarasser des « contraintes budgétaires décidées par l'Europe [qui] ne faciliteront pas une reprise rapide et n'éviteront pas une nouvelle crise. »

3. si les différentes conditions qu'il énumère ne sont pas réunies, « alors il faudra peut-être abandonner l'euro pour sauver le projet européen. »

C'est sa conclusion, qui rejoint ainsi celle de François Heisbourg mais aussi celle, récemment exprimée, d'un autre prix Nobel, Christopher Pissarides.

Pissarides parle d'une « génération perdue » à cause de l'euro. L'expression n'est pas que rhétorique, quand on lit que Médecins du Monde s'alarme du nombre d'enfants grecs non vaccinés.


Mercredi 18 décembre 2013

Quand un économiste ultra libéral mettait en doute des 1996 la possibilité de réussite de l'intégration européenne telle qu'elle est aujourd'hui

 

Le Blog d'Olivier Berruyer

16 Décembre 2013
Un entêtement suicidaire, par Milton Friedman 1/2 [1996]

Comme vous le savez, j’aime bien croiser les visions, pour me faire mon opinion. Cela me fait recevoir alternativement des mails me traitant “de vil gauchiste” puis après “de libéral” ou de “souverainiste” et autres bouilleurs d’enfants.

Moi, je pense qu’il faut donner de l’information, la plus complète possible, et laisser les gens se faire leur propre opinion, éclairée par des débats entre de vrais contradicteurs compétents. Et je pense qu’il y a souvent des choses intéressantes dans tous les bords intellectuellement charpentés, et qu’il est toujours utile de ne pas tout rejeter en bloc avant d’avoir écouté et analysé.

Pour illustrer, travaillant un peu sûr Maastricht, je suis stupéfait de voir que des propos phares du débat de 1992 sont totalement absents d’Internet, qui n’existait certes pas, mais enfin, je parle ici d’une trentaine de contributions phares à tout casser, des plus grands. Je n’ai d’ailleurs aucun doute que, si Internet avait existé à l’époque, le Non l’aurait emporté comme en 2005.

Alors, pour combler le vide comme je le fais avec Allais) je vous propose aujourd’hui une interview de Milton Friedman de 1996, réalisé pour le magazine Géopolitique, que j’ai trouvée hallucinante.

Bien sûr, vous savez que Friedman est un des pères spirituels du néolibéralisme, avec sa vision intégriste du marché, des inégalités et de l’égoïsme cupide. Ceci étant, disons aussi que ce néolibéralisme a échappé à ses créateurs, et que Friedman – pour intégriste qu’il fût – n’aurait très probablement jamais accepté les renflouements des banques en 2008, le non-retour à la séparation des activités bancaires, le retour des bonus faramineux et les interventions à outrance des banques centrales. Le néolibertarisme, c’est la liberté du libéralisme, mais surtout sans la contrepartie des responsabilités/sanctions.

Mais si on oublie son intégrisme des marchés, sa vision de la monnaie (c’était son sujet d’études économiques, qui lui a valu le prix Nobel) est des plus intéressantes, et il fait preuve ici de ce qui manque en général aux économistes (en particulier à Robert Mundell, autre prix Nobel et “père de l’euro”, par exemple – car oui, “en théorie”, ça peut marcher, comme le communisme…), à savoir le besoin de tenir compte AUSSI des réalités politiques ! Et encore, en tant qu’américain, il lui en manque certaines, comme l’absence totale de vision démocratique ou de responsabilité de nos talibans politico-économiques, que Charles Gave appelle si bien “les oints du Seigneur”, ce qui explique qu’il se soit trompé dès la première question. Mais la suite est passionnante…

Pour commenter, je me suis contenté de mettre en gras ce que j’ai adoré, et en italique mes points de désaccord profond. À vous de vous faire maintenant votre opinion en exerçant votre esprit critique ! 

par Milton Friedman [1996]


Unification économique, unification politique et souveraineté
L’autonomie de la politique économique
Intégration par les marchés et Intégration politique


Unification économique, unification politique et souveraineté

Milton Friedman

Robert Lozada – Croyez-vous à la possibilité d’une monnaie unique en Europe ?


Milton Friedman – Pas de mon vivant en tout cas. Du vôtre peut-être, encore que je sois sceptique, mais pas du mien. Je ne crois pas à la création d’une monnaie unique en Europe dans les années à venir. Pas plus en 1997, la date originellement mentionnée, qu’en 1999, celle qui est maintenant avancée, qu’en 2002.


R.L. Mais n’en est-on pas à discuter la forme des pièces et la couleur des billets ? Un calendrier précis de mise en œuvre du projet a été établi et un nom nouveau, l’euro, a été adopté pour la monnaie européenne. Quelle preuve supplémentaire voulez-vous de la détermination de nos dirigeants à faire aboutir cette entreprise ?

Milton Friedman : Se mettre d’accord sur un nom est une chose. Rendre opérationnel un pareil projet est autre chose. Le rêve d’unification européenne ne constitue pas exactement ce que l’on peut appeler une récente découverte. Sans remonter plus loin, les projets abondent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La monnaie unique, on en parlait déjà au temps de l’Union européenne des paiements (UEP) et de la création du Marché commun dans les années 50, on en parlait encore à la fin des années 60 sous le nom de Communauté économique, on continuait d’en parler au temps du serpent monétaire de 1972 à 1978, puis du Système monétaire européen qui lui succéda en 1979 et dont la quasi-fixité des changes, avec une marge de fluctuation de chacune des monnaies limitée à 2,25 % de part et d’autre de la parité, était censée constituer un prélude à la monnaie unique.

Or, le système s’est, en fait, effondré, sinon officiellement, du moins en pratique sous le coup des crises de 1992 et 1993 qui ont conduit, soit à la sortie de certaines monnaies (lire, livre sterling), soit à l’élargissement des marges dans des proportions telles, 15 % de part et d’autre du taux pivot, que cela équivaut à un flottement de fait. Et je n’évoque pas ici les échecs d’autres tentatives de changes fixes non limitées à l’Europe : Le Fonds monétaire international dans sa version originelle de 1944 ou l’accord du Louvre de 1987 entre les sept pays les plus industrialisés.

Pourquoi accorder davantage de chances de succès à la tentative en cours qu’aux précédentes ?

R.L. N’est-ce pas une affaire de volonté politique ? En Allemagne, le chancelier Kohl a imposé, en 1990, l’unification monétaire avec la RDA à un taux de parité entre les deux marks qui paraissait inconcevable à la Bundesbank. De la même façon, n’imposera-t-il pas sa vision politique pour la monnaie unique en 1998, au moment de la décision ?

Milton Friedman : Je n’ai aucun doute que M. Kohl croit sincèrement à l’opportunité de créer une monnaie unique en Europe. Mais cette aspiration ne fonde pas d’elle-même les institutions et les conditions économiques nécessaires à la réussite du projet. Or, ces conditions ne me paraissent pas réunies. Nous sommes nombreux sur cette terre à aspirer à des choses irréalisables. Le projet de monnaie unique suppose la suppression du rôle de toutes les banques centrales existantes, Banque d’Angleterre, Banque de France, Banque d’Italie, etc. Et même la Bundesbank. Toutes remplacées dans leurs fonctions essentielles par une Banque centrale unique, la Banque centrale européenne (BCE), dont les pays membres du système sont censés devoir accepter les décisions. À mon avis, pour que cette banque puisse imposer son autorité, il faut que la zone couverte soit politiquement unifiée ou dans une situation équivalente sur le plan monétaire.

On peut avoir une unification économique sans unification politique. À condition de combiner la liberté du commerce et des mouvements de capitaux avec des changes flottants, car ceux-ci préservent l’autonomie des politiques économiques des pays concernés. Si les changes sont fixes, cette autonomie disparaît. Il n’existe plus de politique économique spécifique à chaque pays et répondant aux conditions particulières existant dans le pays en question.

Considérez, par exemple, la situation des États-Unis au cours du demi-siècle écoulé. Il y a quelques années, la Nouvelle-Angleterre souffrait d’un ralentissement économique nettement plus marqué que celui sévissant dans le reste du pays. Les capitaux et les hommes fuyaient vers le sud des États-Unis. Si la Nouvelle-Angleterre avait été une entité nationale, elle aurait dévalué sa monnaie pour endiguer cette détérioration économique. Mais les liens politiques ancestraux empêchant de même songer à une pareille démarche. La situation en Europe est toute différente. Les pays de la zone n’ont pas la même homogénéité politique, sociale et culturelle que les cinquante États américains. La mobilité des hommes et même des biens et des capitaux reste limitée, les langues sont diverses, les autorités politiques des différentes entités nationales ne sont pas prêtes à sacrifier l’intérêt de leur pays, tel qu’ils le conçoivent, à l’intérêt supérieur de l’Union européenne et à ajuster leur politique économique à celle déterminée par la Banque centrale unifiée.

R.L. Il me semble que vous êtes en train de dire que l’unification européenne ne constitue pas une proposition politiquement réaliste. Pourtant, vous avez souvent souligné que les économistes devaient se limiter à évaluer la validité économique des projets qui leur sont soumis, sans chercher à estimer leur opportunité politique, car cette estimation est pleine d’aléas.

Milton Friedman : Non, mon jugement n’est pas strictement d’opportunité politique. Ce n’est pas exact. Il s’agit d’apprécier quelle institution politique est nécessaire pour qu’une Banque centrale européenne puisse réellement fonctionner.

Les citoyens des pays participants devront non seulement accepter l’effacement de leur propre Banque centrale, mais aussi les conséquences économiques qui en résulteront, par exemple davantage de chômage ou d’inflation, sans pouvoir essayer de tempérer ces conséquences. La monnaie unique fait perdre à chaque pays sa liberté d’appréciation concernant la politique économique qui est la plus appropriée à sa situationC’est un sacrifice considérable auquel je ne crois pas les Européens prêts.

L’exemple le plus évident des problèmes qui se posent est celui de la réunification allemande. Avant cette réunification, l’Allemagne de l’Ouest avait un excédent de sa balance des paiements, elle vendait plus à l’étranger qu’elle ne lui achetait. Autrement dit, elle exportait des capitaux, pour l’essentiel vers les pays de la Communauté européenne. En un sens, les partenaires européens de l’Allemagne obtenaient de celle-ci des marchandises sans avoir à en payer le prix. Cette situation supposait que les prix allemands étaient bas relativement à ceux en vigueur chez leurs partenaires ou encore que le deutsche mark était sous-évalué par rapport aux autres devises européennes.

Survient la réunification. L’Allemagne ne veut plus être exportatrice de capitaux, mais importatrice, car elle a besoin de ces capitaux pour développer l’ancienne RDA. La réunification modifie le caractère de son économie et, en conséquence, de sa balance des paiements.

Cette transformation d’exportateur en importateur de capitaux suppose une modification du rapport des prix entre l’Allemagne et ses partenaires européens, dont la France. Cette modification peut se produire de trois façons : soit une inflation en Allemagne, ce dont les intéressés ne veulent pas et la Bundesbank agit en conséquence ; soit une dévaluation des monnaies européennes par rapport au deutsche mark qui, en rendant la monnaie allemande plus chère, freine les exportations de ce pays, stimule les importations et donc permet le renversement recherché de la balance des paiements; soit, troisième possibilité, une déflation chez les partenaires de l’Allemagne afin de faire baisser leurs prix chez eux par rapport aux prix allemands.

Très rapidement, en septembre 1992, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Espagne n’insistent pas et choisissent la dévaluation. Par contre, la France adopte la voie du fameux franc fort, c’est-à-dire de la déflation. Non seulement en septembre 1992, mais même en août 1993, lorsque la spéculation oblige les autorités à une défense élastique en acceptant un élargissement des marges à 15 %, la Banque de France choisit de tenir le niveau du franc par rapport au deutsche mark par des taux d’intérêt à court terme élevés. Le coût inévitable est la montée du chômage dans votre pays.

Franchement, cet entêtement m’a paru à l’époque, et me paraît encore aujourd’hui, relever d’un comportement suicidaire.

R.L. Il prouve aussi qu’on ne peut pas écarter l’hypothèse que les autorités françaises, après tant de sacrifices, se sentent tenues, au moment de la décision de 1998, d’accepter le passage à la monnaie unique qui est en somme devenue la Terre promise.

Milton Friedman : C’est possible. D’autant plus que l’Allemagne est en récession, ce qui l’incite à une politique d’expansion monétaire de nature à aider la France à sortir de l’ornière dans laquelle elle s’est enfoncée. La politique du franc fort peut s’en trouver provisoirement revigorée. Mais, dans l’avenir, des tensions ne manqueront pas de réapparaître, car ces nations qui portent le poids d’une longue histoire distincte ne vivent pas rigoureusement au même rythme. D’autres crises surviendront jusqu’au moment où la tentative de changes fixes ou d’unification monétaire sans fusion politique s’effondrera.

Au demeurant, la question est de savoir s’il y aura une véritable monnaie européenne, c’est-à-dire incluant non seulement la France et l’Allemagne, mais également la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne, etc.

C’est cela le traité de Maastricht et non pas seulement une union monétaire franco-allemande complétée par les petits pays limitrophes de l’Allemagne et dont la monnaie est traditionnellement rattachée au deutsche mark : Benelux, Autriche et peut-être Danemark.

 

L’autonomie de la politique économique


R.L. Les partisans de la monnaie unique soulignent que celle-ci laisse place à des différences de politique budgétaire entre les pays participants. L’abdication de souveraineté ne serait donc pas totale.

Milton Friedman : Les États américains, Californie, État de New York, etc., ont chacun leur budget, mais ils n’ont pas la possibilité de battre monnaie. Leur capacité d’endettement est donc rigoureusement limitée. De plus, leur autonomie est réduite par l’accroissement de la puissance relative du gouvernement fédéral. La France est-elle vraiment prête à devenir… serait-ce même l’État de New York des États-Unis d’Europe ?

Il est vrai que l’on trouve sur la planète des pays indépendants, tous relativement petits, qui ne croient pas devoir posséder leur propre Banque centrale.

L’exemple type, à ma connaissance, est Hong-Kong. Ce territoire de six millions d’habitants utilise le dollar bien qu’il l’appelle dollar de Hong-Kong. Il a donc une monnaie commune avec les États-Unis tout en ayant une politique budgétaire bien différente. Mais Hong-Kong ignore les droits de douane et la structure des salaires y est extrêmement flexible. Incidemment, l’Argentine essaie, elle aussi, de lier sa monnaie avec le dollar, mais, comme dans le cas de l’euro, la réussite du projet est beaucoup plus douteuse parce que l’économie de l’Argentine est loin d’être aussi libre que celle de Hong-Kong.

R.L. Il existe des pays qui ont une Banque centrale et dont la parité avec une monnaie de référence n’est nullement mise en question. Les Pays-Bas et l’Autriche dont les monnaies respectives sont fixes par rapport au deutsche mark constituent des exemples frappants.

Milton Friedman : Je ne connais pas ces cas en détail. Mais la seule explication logique que je vois est que ces pays se comportent sur le plan monétaire comme si la Banque centrale n’existait pas. En principe, il est absolument nécessaire en matière monétaire, si l’on veut éviter un complet contresens, de distinguer l’unification des monnaies, type Hong-Kong (Luxembourg avec le franc belge ou encore Panama avec le dollar) où les partenaires du pays de référence renoncent purement et simplement à leur Banque centrale. Leur monnaie, même si elle existe sur le papier – la monnaie de Panama s’appelle en principe le balboa et non pas le dollar – est en fait celle du pays de référence. Par contraste, beaucoup de pays dans le monde prétendent lier leur monnaie à une autre ; c’est le cas des pays qui, dans le cadre du Système monétaire européen, sont attachés au deutschemark. Ils préservent, toutefois, l’existence de leur Banque centrale propre, ce qui prouve tout simplement qu’ils ne sont pas vraiment sérieux dans leur volonté de fusion monétaire puisqu’ils se gardent le moyen, sous la forme de leur institut d’émission, de reprendre éventuellement leur liberté monétaire si la politique de la Banque centrale de référence ne leur convient plus.

Sur le papier, les Pays-Bas et l’Autriche appartiennent à cette catégorie des ” changes administrés ” qui est radicalement différente de l’unification monétaire même si les apparences sont les mêmes. En pratique, tout se passe comme si la Banque centrale des Pays-Bas et celle d’Autriche se comportaient vis-à-vis du deutsche mark comme la caisse de conversion de Hong Kong se comporte vis-à-vis du dollar. C’est-à-dire de façon totalement passive. Il n’existe pas, semble-t-il, de politique monétaire néerlandaise ou autrichienne indépendante de celle de la Bundesbank. Ce qui explique la pérennité des taux de change. Dans d’autres cas, la situation est beaucoup moins nette parce que le petit pays, voisin du grand, n’abdique pas son indépendance monétaire. Pensez à la Suisse vis-à-vis de l’Allemagne ou au Canada face aux États-Unis (et qu’en serait-il si le Québec était indépendant?).

Or, la France, en principe, depuis la création du SME en 1979 et résolument depuis 1983, prétend se comporter monétairement à l’égard de l’Allemagne comme les Pays-Bas ou l’Autriche, tout en s’efforçant par le verbe de sauver les apparences d’un condominium monétaire franco-allemand. C’est un exercice d’équilibre qui n’est pas commode.

R.L. Une monnaie a besoin d’un point d’ancrage. Il est nécessaire de maîtriser sa production par un mécanisme ou par un autre. Au XIXe siècle, pour le franc, c’était l’étalon-or Aujourd’hui, c ‘est à la recherche de la fixité du change avec le deutsche mark que le gouvernement a recours pour assurer cette régulation. L’étalon deutsche mark a remplacé l’étalon-or. Est-ce inconcevable ?

Milton Friedman : Ce n’est pas inconcevable, mais c’est déconcertant. De même que Hong-Kong a choisi de se lier au dollar, la France est libre d’attacher sa monnaie au deutsche mark. C’est ce qu’elle fait avec une détermination digne d’un meilleur sort depuis dix ans. Ce qui revient à dire que les Français ont plus confiance dans la politique monétaire allemande que dans la leur propre. Je peux à la rigueur comprendre qu’un pays pratique une telle politique pendant un certain temps, mais qu’une nation de taille relativement importante et très sourcilleuse de sa souveraineté comme la France accepte de façon permanente de sacrifier son autonomie monétaire me paraît peu crédible. L’Allemagne, tout au long de son histoire, n’a pas toujours été un modèle d’orthodoxie monétaire. Elle a connu des hyperinflations, des dépressions, qui sait ce qu’il en sera dans l’avenir.

R.L. Les défenseurs (à Paris) de la monnaie unique expriment l’espoir que ce système rendra la politique monétaire de la France moins dépendante de la Bundesbank qu’elle ne l’est actuellement, car le pouvoir sera partagé au sein de la Banque centrale européenne.

Milton Friedman : D’abord, la France est monétairement dépendante de la Bundesbank parce qu’elle le veut bien. La seule façon indiscutable de recouvrer la pleine souveraineté monétaire serait non pas de se fondre dans un organisme collectif, mais de rompre avec l’attitude de soumission à l’égard du deutsche mark. L’économiste Alain Cotta écrit : “L’idée de derrière la tête denos inspecteurs des Finances est de déterminer “enfin”, “eux aussi”, la politique monétaire européenne, une fois l’unification réalisée. Cette ambition tient de l’arrogance“. Je crains qu’il n’ait raison. D’ailleurs, si les autorités françaises ne se croient pas capables de mener une politique monétaire saine de leur propre chef, pourquoi croient-elles que leur action au sein de la Banque centrale européenne sera mieux inspirée ? Comme le dit un autre de vos économistes, Pascal Salin : “Ce qui est utile aux citoyens, ce n’est pas une monnaie unique, ce sont de bonnes monnaies, c’est-à-dire essentiellement des monnaies non inflationnistes”. A ce sujet, la libre circulation des capitaux et des monnaies constitue une condition plus décisive que la monnaie unique. Margaret Thatcher, elle aussi, distingue une Europe de nations indépendantes commerçant librement les unes avec les autres d’une Europe dominée par une bureaucratie centralisée qui prétend imposer ses règlements à l’ensemble des pays participants.

 

Intégration par les marchés et Intégration politique


R.L. Pascal Salin, que vous venez de citer condamne le concept d’intégration mis en œuvre par la Commission européenne, comme n’étant qu’une vaste politique de cartel s’exprimant en particulier par la fameuse ” harmonisation ” des politiques.

Milton Friedman : J’approuve complètement. Il faut distinguer l’intégration par les marchés d’un côté, la seule intégration authentique aux yeux des libéraux, de l’intégration bureaucratique qui prétend mettre en place des soi-disant politiques communes dans le but déclaré de permettre la fusion des différentes économies nationales et qui aboutit à la négation de l’économie de liberté.

L’action de la France depuis l’origine, c’est-à-dire la signature du traité de Rome en 1957, a tendu à faire triompher cette conception étatique et le projet de monnaie unique représente une expression caractéristique de cette tendance. La démarche doit aboutir à la formation d’un super-État européen, mais c’est une logique abstraite qui me paraît avoir peu de chance de résister à l’épreuve des faits.

J’éprouve beaucoup de difficultés à comprendre pourquoi les Français, qui constituent l’un des peuples de la Terre le plus attaché à son identité nationale, dont le patriotisme est proche du chauvinisme, pourquoi ce peuple croirait-il renforcer son autorité en se fondant dans un État multinational dans lequel il ne constituera qu’une minorité.

Revenons un instant à cette question centrale de la nécessité d’un point d’ancrage de la politique monétaire assurant la stabilité des prix. Une raison essentielle, semble-t-il, de l’opinion favorable dont bénéficie le Système monétaire européen en France tient au rôle décisif qu’on lui attribue dans la quasi-disparition de l’inflation dans un pays qui paraissait voué depuis 1914 à la dégradation monétaire. C’est une illusion d’optique, car le recul de l’inflation est un phénomène mondial et non pas uniquement français ni même européen. Le SME n’explique pas le ralentissement profond de la hausse des prix aux États-Unis, au Chili, en Nouvelle-Zélande ou même en Grande-Bretagne. Ce phénomène général tient moins à la mise en œuvre de tel ou tel mécanisme qu’à un changement d’attitude de l’opinion vis-à-vis de l’inflation et aussi à la quasi-disparition des avantages que les gouvernements pouvaient attendre de la hausse des prix (les tranches d’imposition sont indexées et le marché mondial des obligations est extrêmement sensible à toute déviation monétaire).

R.L. En 1984, à Paris, vous aviez, en effet, annoncé la probabilité de perspectives non inflationnistes à long terme dans le monde.

Milton Friedman : Et le SME ne jouait aucun rôle dans cette appréciation. Ce mythe d’un SME indispensable à la victoire contre le laxisme monétaire vous aura coûté très cher en entretenant la confusion entre discipline monétaire française et soumission à la règle allemande dans ce domaine.

R.L. Supposons que la Banque centrale européenne soit effectivement instituée en 1999. Comment voyez-vous le système fonctionner ?

Milton Friedman : Je ne me pose guère la question, car je crois qu’en quelques années au plus le système s’effondrerait. Comme se sont effondrées toutes les tentatives semblables depuis cinquante ans ?

R.L. Mais n ‘expliquez-vous pas que la différence entre une entreprise privée et une institution publique réside dans le fait que, en cas d’échec, la première disparaît tandis que la seconde continue et, au besoin, se développe ?

Milton Friedman : Pas dans ce cas. Le projet paraît si contraire à la tendance politique fondamentale que je ne crois pas même à la possibilité d’une survie artificielle. Je considère le patriotisme français comme une force politique fondamentale. De même que le nationalisme italien ou britannique. Je ne peux pas croire que la Grande-Bretagne soit prête à sacrifier la Banque d’Angleterre, une institution vieille de trois cents ans, sur l’autel de la monnaie unique.

R.L. La Grande-Bretagne a renoncé à des traditions qu’on aurait pu croire impérissables. Elle a décimalisé son système monétaire, elle a accepté le tunnel sous la Manche, surtout, elle est entrée dans le Marché commun européen en 1972. Pourquoi pas un renoncement supplémentaire ?

Milton Friedman : C’est vrai. La Grande-Bretagne a accepté bien des choses que je n’aurais pas cru possible qu’elle acceptât. Mais il y a des limites à ces renoncements. Je ne vois pas la vieille dame de Threadneedle Street (la Banque d’Angleterre) être jetée par-dessus bord afin de faire place à l’union monétaire avec l’Allemagne. Le Royaume-Uni est entré dans le Marché commun, mais il semble n’avoir jamais cessé de le regretter depuis lors. Si un référendum était organisé sur ce sujet, je ne suis pas certain que les partisans de l’Europe l’emporteraient. Pas plus qu’en Allemagne d’ailleurs. Mais les gouvernements de nos pays ne sont pas vraiment démocratiques.

R.L. En France, nous avons eu, en septembre 1992, ce référendum que vous évoquez. Vous connaissez le résultat : le traité de Maastricht a été approuvé par 51 % des voix contre 49%.

Milton Friedman : Je trouve démentiel un système politique qui permette une modification aussi fondamentale de l’équilibre politique de la nation que celle prévue par le traité de Maastricht au bénéfice d’une majorité aussi courte que 51 contre 49 ! Il faudrait une majorité massive, proche de l’unanimité, pour que le système ait une chance de fonctionner. Cette approbation, plus que chichement mesurée, présente toutes les apparences d’un ” oui ” de politesse qui n’engage, au fond, personne et dont les promoteurs du projet, eux-mêmes, ne sont pas sûrs de la consistance. Il me semble qu’il existe des cas évidents où la règle de la majorité simple ne devrait pas suffire. Si 51 % des électeurs votent en faveur de la mise à mort des 49 autres %, faut-il obéir à ce verdict ?


Suite de l’interview demain, ici.

« 1914-2014 : l’Europe sortie de l’histoire ? » de Jean-Pierre Chevènement

La critique d’Eric Le Lann

Pour Tony Judt, que cite Jean-Pierre Chevènement dans son livre, 1914-2014 : l’Europe sortie de l’histoire ?, le XXème siècle est en train de glisser « dans l’obscurité de la mémoire approximative » pour devenir « un palais de la mémoire morale, un musée des horreurs historiques pédagogiquement utiles ». A contrario de cette « mémoire approximative », avec une certaine hauteur de vue au regard de la production politique contemporaine, Jean-Pierre Chevènement s’efforce avec cet ouvrage d’apporter une pierre à une commémoration qui n’entrave pas la compréhension, compréhension qui ne peut surgir que de la confrontation des interprétations.


Nul n’en sera surpris, l’ex-député de Belfort insiste sur le fait que pour la France envahie la guerre de 14-18 a été « avant tout une guerre de défense nationale » et sur l’inégalité des responsabilités immédiates quant à son déclenchement. Sur ce dernier point, en considérant que « l’irréversibilité » est acquise dès lors que l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, on peut juger que Jean-Pierre Chevènement passe un peu vite sur l’aveugle soutien de la France à la Russie tsariste, dénoncé par Jaurès lui-même à la veille du conflit. Centrée sur la question des responsabilités, sa démarche en vient malgré tout à celle des causes, reprenant finalement à son compte la grille de lecture « impérialiste » des évènements. « L’histoire, écrit-il, à première vue, semble avoir donné raison à Lénine plutôt qu’à Kautsky. L’impérialisme s’est révélé incapable de dépasser ses contradictions » [1]. On relèvera qu’il met en évidence avec précisions « la lutte pour la suprématie mondiale entre l’Allemagne et l’Angleterre », mais se montre moins prolixe pour décrire l’impérialisme français. Tout de même, la France agressée n’avait rien d’une France pacifique et le militarisme n’était pas purement allemand. Les fractures de Tours au sein du mouvement socialiste sont décidément encore vivaces !


L’auteur explore davantage l’histoire de l’Allemagne au XIXème siècle, son « chemin particulier », un « sonderweg » évoqué comme une sorte de nature profonde. Si dans sa volonté de défendre le Traité de Versailles, il passe sous silence la rapine des vainqueurs sur les colonies des vaincus, il s’avère davantage convainquant lorsqu’il analyse la fin de la guerre et l’immédiat après-guerre en Allemagne, le terrain sur lequel le nazisme va germer puis prospérer. “Pour l’état-major et les milieux conservateurs” , écrit-il, avec la demande d’armistice il s’agissait d’obtenir une “simple trêve” qui aurait permis à l’Allemagne victorieuse de la Russie de reprendre ultérieurement sa marche en avant [2], mais “ la conférence de Versailles fit entrevoir aux négociateurs des conditions beaucoup plus drastiques que celles auxquelles ils s’attendaient ”. Puis “la répression de l’insurrection intervient en janvier 1919 [3(…) va engendre une division et une haine durable entre socialistes et communistes allemands”. Au total, “la gauche sort divisée de l’épreuve tandis que les bases de la droite, “le compromis social bismarkien entre l’aristocratie militaire des junkers et les industriels” sortent intactes”“les forces conservatrices qui ont voulu la guerre, l’ont conduite sans partage et l’ont perdue, gardent leur prestige et la place dominante qu’elles occupent dans la société. A l’inverse, les forces démocratiques doivent assumer les néfastes conséquences de la guerre. Là réside la faiblesse originelle de la République de Weimar”.


De fait, l’auteur reprend donc la notion de “Guerre de Trente ans” avancée notamment par Arno Mayer pour qui la Seconde Guerre mondiale est reliée “comme un cordon ombilical” à la première [4], rejoint à sa façon par Georges Mosse mettant en évidence les conséquences durables de la “mort de masse” pendant 14-18.


On sera surpris de l’agacement manifesté devant la “lecture sociale” des deux guerres mondiales, qui selon lui tendrait “de plus en plus à s’imposer” et à mettre en avant “d’autres acteurs que les nations”, alors que l’auteur insiste sur le rôle de l’aristocratie foncière et militaire. Pourquoi donc opposer les deux lectures ? Pourquoi aussi ce raccourci sur “le rejet viscéral de la nation” des bolchéviques, faisant fi de l’effort d’appropriation du terrain national qui a marqué le mouvement communiste dans l’entre-deux guerre ?


Qu’on ne s’y trompe pas, c’est le sérieux du livre qui invite au débat, à passer au crible les clés de lecture. La deuxième partie du livre sur les impasses actuelles de l’Europe et de la mondialisation est moins prenante, mais au total, on ne boude pas son plaisir de voir un homme politique faire des questions d’histoire des questions politiques.

Notes :
[1] Selon Jean-Pierre Chevènement, Kautsky considérait que “l’ultra-impérialisme” ou “sur-impérialisme” inaugurerait “la phase de l’exploitation de l’univers en commun par le capital financier uni à l’échelle internationale”.
[2] Signalons qu’il relève à juste titre que le “projet de colonisation à l’Est” ne date pas d’Hitler mais de “dès avant 1914”.
[3] L’auteur relève qu’Ebert, le dirigeant du Parti Social-démocrate lança aux unités de la Garde impériale venues écraser la révolution spartakiste en vertu de l’accord passé avec l’état-major : “je vous salue, vous qu’aucun ennemi n’a vaincu sur les champs de bataille”.
[4] Lire La Persistance de l’Ancien Régime. L’Europe de 1848 à la Grande Guerre, Flammarion, Paris, 1983
Mercredi 18 décembre 2013

Ukraine : les Etats-Unis menacent, et McCain rencontre l'extrême-droite

 

Devant 200 000 manifestants anti-gouvernement (chiffres occidnetaux) le sénateur étatsunien belliciste John McCain a déclaré hier 15 décembre " Le monde libre est avec vous, l'Amérique est avec vous, je suis avec vous ... Ukraine améliorera l'Europe et l'Europe améliorera l'Ukraine." (Agences). McCain et le président de la sous-commission Europe du Sénat américain Chris Murphy ont rencontré divers représentants de l'opposition comme l'ex-champion de boxe Vitaly Klitchko, l'ex-ministre de l'économie Arseny Yatsenyouk et le nationaliste d'extrême droite Oleh Tyahnybog. Tyahnybog jusque là était surtout connu pour ses prises de position antisémites (cf Israel Hayom ci-dessous).
 
 Photo credit: Reuters

The leader of Ukraine's far-right Svoboda party, Oleh Tyahnybok, has been chosen as "Personality of the Year" by the respected Korrespondent magazine. Korrespondent is one of the most influential weekly news magazines in Ukraine.

svoboda2-bf140

 

Le gouvernement des Etats-Unis suit aussi la pente de l'ingérence "Je ne vais pas entrer dans les détails (mais) nous envisageons certaines options politiques --bien évidemment aucune décision n'a été prise-- et les sanctions en font partie", a déclaré mercredi la porte-parole de la diplomatie américaine Jennifer Psaki. Le même jour également, le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a mis en garde son homologue ukrainien Pavlo Lebedev contre tout envoi de soldats contre les opposants: "Il a souligné les dégâts que pourraient causer toute intervention de l'armée pour réprimer les manifestations" (Agences).


Après plus de trois semaines de manifestations, les députés du parti gouvernemental, le Parti des régions, ont demandé aujourd'hui au premier ministre, Mykola Azarov, de remanier profondément le gouvernement. Russia Today elle évalue le nombre de manifestants pro-Europe à Kiev à seulement 20 000 et celui des ant-Europe à Mariinsky Park à 15 000.

Russie-Ukraine : une coopération tous azimuts (SYNTHESE)


 

Viktor Ianoukovitch et Vladimir Poutine


Viktor Ianoukovitch et Vladimir Poutine


© RIA Novosti. Serguei Gouneev
23:04 17/12/2013
MOSCOU, 17 décembre - RIA Novosti

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch s'est rendu mardi à Moscou pour rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine dans le cadre d'une réunion de la commission intergouvernementale russo-ukrainienne. Cette visite a fourni aux deux dirigeants l'occasion d'évoquer les problèmes existant dans les relations entre les deux pays et de définir les démarches à déployer pour intensifier la coopération bilatérale.


Cette visite a également fourni à Moscou et Kiev l'occasion de signer plusieurs documents bilatéraux portant notamment sur la production des gros-porteurs Antonov An-70 et An-124, la construction d'un pont enjambant le détroit frontalier de Kertch et la coopération dans la lutte contre le trafic de stupéfiants.


L'Agence spatiale russe (Roskosmos) et l'Agence spatiale d'Ukraine ont également signé un mémorandum d'entente.


Le gaz russe coûtera moins cher


Le prix du gaz russe pour l'Ukraine constitue depuis longtemps une pomme de discorde dans les relations entre Moscou et Kiev. Ce différend a enfin trouvé mardi sa solution: les deux pays ont signé des avenants à leurs contrats gaziers.


« Gazprom et Naftogaz ont signé un avenant permettant à Gazprom de vendre du gaz à l'Ukraine au prix de 268,5 dollars les 1.000 m3. Le prix actuel approche les 400 dollars », a déclaré le président russe Vladimir Poutine. Cependant, a-t-il souligné, « il s'agit d'une décision provisoire adoptée dans l'hypothèse que des ententes à long terme pourraient être et seront conclues ».

 

Selon le président russe, les dispositions arrêtées mardi s'appliqueront « aussi bien aux livraisons de gaz à l'Ukraine qu'à son transit ininterrompu à destination de nos consommateurs en Europe ».


. Le nouveau prix du gaz sera en vigueur jusqu'en 2019.


Coopération industrielle


Il ne fait aucun doute que la réduction du prix du gaz permettra à l'économie ukrainienne de respirer plus librement. Mais pour faire renaître son potentiel d'autrefois, Moscou propose à Kiev une série de projets faisant largement appel aux hautes technologies.


« Vladimir Poutine et moi avons défini des démarches susceptibles, à notre avis, d'accélérer la mise en œuvre de projets infrastructurels faisant appel aux hautes technologies », a indiqué Viktor Ianoukovitch. Ces démarches concernent, selon lui, les « projets portant sur les constructions aéronautiques et navales, le nucléaire civil et le complexe aérospatial ».

 

« Il s'agit notamment d'achever les essais de l'avion An-70 et de prendre - sur la base des résultats obtenus - la décision de lancer la production en série de cet appareil », a déclaré le président ukrainien.

 

Son homologue russe a pour sa part fait savoir que la Russie envisageait en outre de mobiliser les capacités de l'industrie d'armement ukrainienne.


« Nous sommes prêts à examiner une telle éventualité au fur et à mesure du rapprochement de nos économies », a déclaré M. Poutine, précisant qu'il s'agissait « d'utiliser  les capacités de l'industrie d'armement ukrainienne dans l'intérêt des forces armées russes ».

 

Coordonner les actions, sans s'ingérer dans les affaires intérieures


La Russie et l'Ukraine ont convenu de mieux coordonner leurs actions sur la scène internationale, a indiqué M. Poutine. Il s'agit notamment de démarches

« portant en premier lieu sur la stabilité stratégique et la sécurité en Europe et permettant de faire face aux nouveaux défis mondiaux », a précisé le chef de l'Etat russe.


La Russie souhaite promouvoir une coopération mutuellement avantageuse avec l'Ukraine, sans s'ingérer dans ses affaires intérieures, a déclaré mardi aux journalistes le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov.


«  Nous sommes intéressés par le développement d'une coopération mutuellement avantageuse. Le volume de cette coopération vient d'être été présenté par le président Poutine. A la différence de certains autres pays, nos représentants ne prononcent pas de discours sur place de l'Indépendance à Kiev, ne se promènent pas parmi les manifestants et ne réclament rien. Ceci est évident, et Vladimir Poutine a à plusieurs reprise évoqué le principe fondamental de non-ingérence », a répondu M. Peskov à la question de savoir si les dirigeants des deux pays avaient discuté de l'association de l'Ukraine à l'Union européenne ou de son adhésion à l'Union douanière (Russie, Biélorussie, Kazakhstan).

 

Le porte-parole du Kremlin a fait savoir que les deux présidents n'avaient pas évoqué l'adhésion de l'Ukraine à l'Union douanière.

Le conseiller diplomatique du président russe, Iouri Ouchakov, a pour sa part affirmé que les perspectives d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne n'avaient pas non plus été évoquées par les deux chefs d'Etat.

UE : la « tendance génocidaire » en action


 

• Situation des pauvres et des exclus dans l’UE. • Une tendance génocidaire conforme au Système.

Comme l’on sait, s’il n’y avait “l’Europe ! L’Europe !” (comme disait un cabri), c’est-à-dire l’UE, nous serions très malheureux. L’on sait également combien l’UE est acclamée en général pour l’apport économique qu’elle procure à ses États-membres. L’on sait enfin que l’UE, frappée d’une très grave crise depuis 2008-2009, nous rassure chaque jour sur la chronologie de la chose, et qu’en fait nous voilà qui remontons la pente après avoir touché le fond. Cela fait partie de la narrative générale pour laquelle les braves et pauvres Ukrainiens, agitant leur fureur dans les rues de Kiev avec l’approbation bienveillante de diverses autorités-Système du bloc BAO et de leurs habituels bras armés chargés de subventions plantureuses (uniquement pour les désordres, pas pour les pauvres), courent derrière leur promesse des “lendemains qui chantent”. Ainsi l’Ukraine a-t-elle changé de mirage des “lendemains qui chantent”, passant d’Est en Ouest et d’URSS en UE. C’est un parcours qui ne croit pas si bien dire...

Maintenant, la vérité de la situation. Pour ce qui concerne l’UE et dans cette situation générale que l’on connaît, les chiffres ont leur poids et leur signification. Russia Today* a choisi (le 9 décembre 2013) d’extraire une lignes de statistiques, dans les statistiques Eurostat qui viennent d’être publié pour 2012, et son collaborateur Egor Piskunov en a fait un dossier. La ligne choisie est finalement, du point de vue du “facteur humain”, la plus significative, puisqu’elle concerne la “population risquant la pauvreté ou l’exclusion sociale”. Cela a bien plus de signification que les chiffres du chômage ou d’autres références uniquement chiffrées ; il s’agit bien d’une condition humaine et psychologique, autant qu’économique et professionnelle. Il s’agit donc de la prise en compte d’un processus qui implique la possibilité, pour chaque individu considéré, de la destruction d’une vie dans les sens les plus larges des termes employés, – aussi bien “destruction” que “vie”.


Le résultat est extrêmement significatif. L’UE est réellement devenue, selon ce qu’on peut désormais nommer une “tendance” puissante extrapolée des années 2008-2012, une productrice performante de l’abaissement vers la destruction des êtres humains dans leurs milieux sociaux et économiques, et par le moyen notamment de ces milieux sociaux et économiques dont ils finissent par être exclus. Il s’agit bien là de la “tendance génocidaire” signalée le 13 novembre 2013 ; il s’agissait alors de l’accord de libre-échange UE-USA, cette fois il s’agit du fonctionnement normatif de l’UE. On a même, – dans le cas, au moins, de l’Italie, – une surprise qui ne déplaira pas trop aux démagogues-idéologues qui sont pour les quotas et qui jugent injustes que les immigrés (les “étrangers” dans le texte) payent un trop lourd tribut à l’entreprise génocidaire, par rapport aux populations qui traînent avec elles le vice irréfragable de vivre et de travailler dans leurs propres pays : une association d’aide alimentaire aux démunis accueillait, à Rome, 55% d’“étrangers” et 45% d’Italiens en 2010, elle a accueilli en 2013 35% d’“étrangers” et 65% d’Italiens...


« L’année dernière, 124,5 millions de gens, soit 24,8 % de la population européenne risquaient la pauvreté ou l’exclusion sociale alors qu’en 2011 c’était 24,3 % et en 2008, 23,7 %, révèle Eurostat dans un document publié au début de la semaine. Le sondage inclut des gens qui tombaient dans une de ces trois catégories : risquant la pauvreté, manquant sévèrement de ressources matérielles ou travaillant très peu.

On trouve en tête de liste la Bulgarie (49 %), la Roumanie (42 %) et la Lettonie (37 %) suivies par la Grèce, la Lituanie et la Hongrie. A l’opposé les Pays-Bas et la République tchèque (tous les deux 15 %), la Finlande (17 %), la Suède et le Luxembourg (tous les deux 18 %) peuvent s’enorgueillir d’avoir le plus bas taux de gens qui risquent la pauvreté.


 »Cependant même des pays fondateurs de l’UE comme l’Italie se débattent plus que jamais dans les difficultés. 18,2 millions d’Italiens risquent de tomber dans la pauvreté - il s’agit du chiffre le plus élevé de l’UE même si proportionnellement ((29.2 % de la population) le pays ne semble pas aller trop mal.

 

« Du fait que l’économie italienne connaît sa plus longue période de récession depuis la seconde guerre mondiale, 12% des adultes sont au chômage et quatre jeunes sur dix n’ont pas d’emploi. Il n’y a pas de données officielles concernant les sans logis, selon Egor Piskunov de RT.


« Marco, 46 ans, travaillait dans une pizzeria à faire les pizzas ce que beaucoup d’Italiens considéraient comme le "talent d’or", celui grâce auquel on pouvait toujours trouver du travail à Rome. Mais ça n’a pas été le cas pour Marco qui a été licencié et n’a pas retrouvé de travail depuis. Il vit dans la rue depuis quatre ans et il dit qu’il a peu de chance de retrouver une vie normale. "Quand on vit dans la rue, survivre vous occupe à plein temps. Prendre une douche est déjà toute une affaire. Cela prend un temps fou de prendre soin de soi-même comme tout un chacun. A la fin de la journée on n’en peut plus, et on déprime," a-t-il confié à RT. [...]

 

« A mesure que le nombre des nécessiteux augmente, de plus en plus d’Italiens ont recours à la charité et à l’aide humanitaire. [...] "Il y a deux ans, nous avions quelque 55% d’étrangers et 45% d’Italiens qui venaient ici", a expliqué [Pietro Zezza, un volontaire de Caritas Food Emporium à Rome]. Aujourd’hui, nous avons environ 65% d’Italiens et 35% d’étrangers. Les chiffres se sont inversés.” »


Ces chiffres sont très impressionnants dans la tendance qu’ils marquent (23,7% en 2008, 24,3% en 2011, 24,8% en 2012). Le système économique tel qu’il fonctionne, avec une redistribution systématiquement inégalitaire dans le sens privilégiant la richesse acquise (les plus riches devenant plus riches), il s’en déduits que le nombre de pauvres/exclus sociaux ne peut aller qu’en augmentant. La situation est évidemment pire aux USA, où ces conceptions sont pratiquement un fondement de ce pays, les épisodes avec des tendances à une redistribution vers les moins riches étant des exceptions considérées comme telles, et souvent considérées comme antiaméricanistes (notamment les épisodes des deux Roosevelt, Teddy et Franklin Delano, le second étant continué dans un certain sens par les deux présidents démocrates des années 1960, avant la réaction radicale de 1971-72, notamment avec le “Manifeste Powell” d’août 1971 [voir le 23 août 2003]).


La situation à laquelle nous nous référons rappelle celle de certains milieux dirigeants US liés, directement ou indirectement, au corporate power, durant les premières années de Grande Dépression. C’était notamment la position du secrétaire d’État au Trésor Mellon, une des plus grosses fortunes US à l’époque, qui s’opposait en 1931 à certaines tendances et mesures du président Hoover pour venir en aide aux chômeurs et aux “hyper-pauvres” engendrés par la crise. On le rappelait dans un texte du 6 mai 2013 :


« Par ailleurs, il importe de constater qu’existe effectivement un état d’esprit conduisant à envisager des logiques d’élimination (d’extermination ?) de la population, sous la forme de l’argument énoncé techniquement de “forces du travail” devenues inutiles (d’ailleurs inutiles par l’action même du corporate power). On retrouve dans son fondement du capitalisme prédateur et darwiniste l’état d’esprit de la grande Dépression, avant l’arrivée de Roosevelt, lorsque le secrétaire au trésor Mellon (l’une des plus grosses fortunes des USA à cette époque) déconseillait au président Hoover, en 1931, de venir en aide aux chômeurs, estimant que le chômage allait permettre l’élimination des individus inaptes au travail, incompétents, dépourvus de “conscience laborieuse” (c’était l’expression favorite de Mellon). Ce darwinisme social prend aujourd’hui des allures de folie engendrant la situation extrême qu’on connaît, dans tous les cas telle qu’elle est exposée par le système de la communication, et contenant évidemment une dimension d’autodestruction qui n’était pas perceptible durant la Grande Dépression. »


Mais, comme nous le suggérions dans ce texte, la démarche intellectuelle d’un Mellon et de ses pairs était structurée selon un darwinisme social impitoyable, en vogue aux USA depuis le début du siècle et surtout dans les années 1920, et qui d’ailleurs prolongeait dans l’esprit les démarches de génocide culturel aux USA, notamment contre les Indiens, ou Native Americans, sinon celle de “génocide écologique” du fait de l’hyper-industrialisation des USA à partir de la fin de la Guerre de Sécession. (Ce darwinisme social avait conduit au développements à des lois sur l’eugénisme dans nombre d’États US, du début du siècle jusqu’aux années 1920, qui servirent de modèle au nazisme après son accession au pouvoir. Ce précédent fut utilisé comme argument d’antériorité contre l’“exceptionnalisme maléfique nazi” par la défense juridique de divers nazis impliqués dans le procès de Nuremberg et d’autres procès du même type, pour retourner certaines accusations d’élimination de catégories sociales contre les accusateurs, les autorités US en Allemagne. Certains ont également comparé ce darwinisme social aux USA à la politique stalinienne de terreur policière et concentrationnaire, définie comme le moyen de l’apparition d’un “homme nouveau”, ou homo communistus, par élimination des réticents.) Comme on le voit, le courant du capitalisme hyperlibéral, ou plutôt “capitalisme sauvage”, porte en lui, dans l’extrême de sa logique, cette dimension génocidaire.


La différence, aujourd’hui, se trouve dans ce que nous désignons comme une “dimension de folie” dans la citation ci-dessus. Quoi qu’on puisse penser de l’aspect destructeur des années 1920-1930, – et il laisse à penser jusqu’aux jugements de condamnation les plus extrêmes, certes, – il n’y avait pas pour autant cette dimension nihiliste que nous assimilons également à une psychologie de démence. Parallèlement aux thèses de Mellon, le capitalisme d’alors développait aux USA une logique tactique de productivité qui renvoyait à une certaine préoccupation des segments de travailleurs ayant échappé au darwinisme social, par intérêt d’abord, éventuellement par un certain paternalisme sélectif (le “fordisme” de Henry Ford développait l’idée, et l’appliquait dans les usines de ce conglomérat, de la nécessité de hauts salaires pour les ouvriers, pour que la production automobile trouvât son débouché naturel également dans une classe ouvrière accédant à une certaine prospérité).


Aujourd’hui, tout cela est complètement absent, et d’ailleurs avec l’aide du désordre complet de la production, soumise à une globalisation qui est effectivement d’abord la création d’une situation chaotique de production, autant qu’au déchaînement incontrôlable du crédit qui écarte, en créant des “bulles” explosives génératrices de crises autodestructrices, la nécessité de la circulation de l’argent vraie sous la forme de l’emploi et d’un niveau de salaires (ces deux éléments, production et crédit, ont atteint un stade crisique de désordre et d’incontrôlabilité totalement déstructurant et dissolvant). La rupture du rapport de cause à effet entre la nécessité de maintenir un niveau de pouvoir d’achat pour la population et la lutte nécessaire contre la pauvreté est complète. La logique extrême d’extermination de ce “capitalisme sauvage”-là n’a plus aucune rationalité, même perverse ; elle est laissée à son déchaînement complet et transforme le “capitalisme sauvage” en un “capitalisme dément” totalement emporté par une fascination des situations les plus extrêmes sans la moindre conscience ni des conditions, ni des effets de la chose, – sans parler évidemment des arguments étiques, moraux, etc., totalement broyés et pulvérisés par la narrative moralisante des “valeurs” du Système couvrant d’un manteau de vertu faussaire la catastrophe en cours. La stricte orthodoxie de l’idéologie qui impose la terrorisation de l’esprit en l’habillant des charmes de l’hybris fait le reste (cette “idéologie”, en fait cette bouillie pour les chats de l’hyperlibéralisme, de la compétitivité, de la “destruction créatrice”, de la dénonciation de la dimension régalienne de la puissance publique, de la “liberté individuelle”, du même hybris charmeur caractérisé par sa dimension pathologique extrême).

On se trouve donc devant une situation qui n’est ni planifiée, ni pensée en elle-même comme planifiée, même si certains en jugent ainsi au nom eux-mêmes d’une déformation idéologique et d’un besoin d’explication rationnelle faisant de l’élément humain le moteur de toutes choses. Cette situation est simplement vécue, sinon subie avec désespoir, fascination ou extase selon de qui l’on parle, dans son complet déchaînement, sans qu’aucun esprit parmi les acteurs-figurants de la chose ne soit capable d’embrasser tous les facteurs de causes à effets, des fondements et de leurs conséquences, et surtout de ses causes originelles. C’est pourquoi, cette situation d’hyper-surpuissance, née selon nous d’irrésistibles mécanismes pervers dont l’origine renvoie au phénomène du “déchaînement de la Matière” et dont la volonté de destruction (selon le schéma dd&e) est avérée, qui accélère jusqu’à la démence une pathologie fondamentale de la psychologie de ceux qui la favorisent, cette situation donc ne peut déboucher sur un ordre fondé sur les liquidations en question ; elle ne peut déboucher au contraire que sur une accélération entropique massive et extrêmement rapide du désordre attaquant prioritairement l’aspect apparemment structuré de la dynamique de surpuissance, et réalisant ainsi l’équation surpuissance-autodestruction. Bien entendu, cette équation surpuissance-autodestruction s’applique également et parallèlement, au niveau ultime, à la destruction du monde par le Système, autre dimension génocidaire du Système, cette fois contre la nature elle-même, qui est le facteur formidable écrasant et définissant pour la métahistoire la dimension catastrophique de cette crise d’effondrement ; et là aussi, certes, avec l’équation surpuissance-autodestruction, le Système, qui a pris possession de la nature, s’avérant nécessairement le premier touché par ce processus de destruction de la nature qu’il suscite. Le fait est, selon nous, qu’il ne s’agit pas ici d’une prévision relevant d’un catastrophisme quelconque mais bien de l’observation de la situation en cours, sous nos yeux.

 

Note :
*http://rt.com/news/poverty-eurostat-italy-eu-911/

 

Traduction des parties en Anglais : Dominique Muselet

* http://www.dedefensa.org/article-ue_la_tendance_g_nocidaire_en_action_...
URL de cet article 23606 

Il ne manquait plus que les Verts allemands pour gérer le capitalisme en Allemagne


 

17 Décembre 2013 , Rédigé par Le Mantois et Partout ailleurs Publié dans #politique


Et pof, le père Noëll d'outre-rhin en a déposé trois dans les petits souliers d'Angela Merkel chancelière d'Allemagne et de l'UE. Et die Linke, le Fg allemand, qui espérait gouverner avec le SPD et les Verts parce qu'ils étaient de gôche!


En effet, 3 écolos de premier plan viennent d'être adoubés secrétaires d'Etat. Le camarade  Rainer Baake s'occupera de la politique énergétique, le camarade Jochem Flasbarth sera l'adjoint au ministre de l'écologie, le camarade Gert Billen, jusqu'ici, président de l'union fédérale des consommateurs, sera justement secrétaire d'Etat à la consommation.


Bon, c'est vrai que dans le lander de la Hesse, autour de Francfort, les écolos vont s'aboucher avec la CDU de Merkel pour diriger cet état-région.



Hé bien, papa Noêl m'a gâté cette année et en avance sur l'horaire (en allemand dans le texte)

Mardi 17 décembre 2013

L'UE, belliqueuse et antisociale


aggelia1_347_355.jpg

Une petite annonce dans un journal grec. Un père de famille sans emploi demande un radiateur pour chauffer ses deux enfants pendant l'hiver, dans la pièce qu'il occupe, prêtée par un ami. L'info développée est surun site en anglais dédié à l'information sur la Grèce. Voilà qui montre bien que l'euro est un progrès social incontestable. Ces manifestants qui remplacent à Rome un drapeau européen par le drapeau italienmanquent de culture et de sensibilité.


Côté l'Europe c'est la paix, tout va bien également, avec les pressions sur l'Ukraine pour une entrée dans l'Union européenne à tout prix. L'UE s'est assise sur plusieurs référendums dans des pays autrefois démocratiques, c'est pas un roitelet oriental qui va l'impressionner. 


Il faut chercher loin dans notre bonne presse (peur de rater dessubventions ?) pour trouver trace de l'existence pourtant avérée, semble-t-il, de partisans du président Ianoukovitch. L'UE jette donc de l'huile sur le feu, à pleins seaux.


Pas capable de chauffer ses citoyens l'UE mais déjà prête à engager des politiques de puissance contre ses voisins. 

L’Europe, la Hongrie et le fascisme d’aujourd’hui : l’alarme de Paxton par Eddy Plener


17 Décembre 2013

Paxton

Membre de l’Union européenne depuis 2004, la Hongrie est dotée depuis ce début d’année d’une nouvelle Constitution. Imposé par la droite extrême du premier ministre Viktor Orban, ce texte liberticide est bien plus qu’une régression démocratique. C’est une alarme pour tous les Européens sur ce que serait un fascisme d’aujourd’hui, son nouveau credo et ses nouveaux atours. Démonstration par le détour d’un livre trop peu commenté de l’historien américain Robert O. Paxton, Le Fascisme en action (Seuil, 2004).


Auteur notamment du célèbre La France de Vichy (Seuil, 1973), qui rappela combien la majorité des élites françaises de 1940 avaient accompagné la Collaboration, Robert O. Paxton (lire ici sa notice Wikipédia) publia cette étude, titrée The Anatomy of Fascism pour sa version anglaise, dans le contexte particulier de l’après-11 Septembre et de la présidence de George W. Bush, marquée par un crispation essentialiste, missionnaire et guerrière, de la nation américaine. Tout le propos du livre est de répondre à cette question aussi complexe à éclairer qu’elle est simple à formuler: «Qu’est-ce que le fascisme?». Et, après y avoir répondu en revisitant les deux fascismes qui s’imposèrent, l’italien et l’allemand, de se demander quelles formes prendrait un fascisme d’aujourd’hui. Posées en 2004, ces questions ont encore plus de force sept ans après, quand la crise financière ébranle les certitudes et les situations apparemment les plus solides et les mieux établies. Ce qui suit tient donc de la note de lecture plutôt que d’un article inédit, d’où sa place sur mon blog du Club plutôt que dans le journal de Mediapart.


La réponse de Paxton, c’est qu’il faut repérer et catégoriser le fascisme sur la base de son action concrète plutôt que de son apparence conjoncturelle, historiquement datée. «Il n’y a pas d’habit particulier pour ce moine-là», écrit-il après avoir démontré que les fascismes ont toujours été «plus hétéroclites que les autres "ismes"». Tout simplement parce que leur socle commun – le refus du droit naturel, du droit d’avoir des droits, de l’égalité des individus, de celle des "races", ethnies ou origines, et donc de celle des peuples et des nations – les mène toujours à une essentialisation d’une identité nationale fantasmée et exacerbée. «La communauté vient avant l’humanité dans le système de valeurs fasciste, explique Paxton, et le respect des droits individuels ou des procédures légales y laisse la place à l’asservissement à la destinée du Volk(version allemande) ou de la razza (variante italienne). Il s’ensuit que les mouvements fascistes nationaux ont pleinement exprimé leurs particularismes culturels.»


D’une rigueur aussi minutieuse que précautionneuse, l’ouvrage de Paxton comporte une mise en garde pour aujourd’hui, à la fois rationnelle dans ses attendus et mesurée dans son énoncé, et qui n’en a donc que plus de force. La voici: «Par définition, la vaccination de la plupart des Européens contre le fascisme originel, à la suite de son humiliation et de sa déchéance publiques en 1945, est temporaire. Les tabous de l’époque vont inévitablement disparaître avec la génération des témoins oculaires des faits. De toute façon, le fascisme du futur – réaction en catastrophe à quelque crise non encore imaginée – n’a nul besoin de ressembler trait pour trait, par ses signes extérieurs et ses symboles, au fascisme classique. Un mouvement qui, dans une société en proie à des troubles, voudrait "se débarrasser des institutions libres" afin d’assurer les mêmes fonctions de mobilisation des masses pour sa réunification, sa purification et sa régénération, prendrait sans aucun doute un autre nom et adopterait de nouveaux symboles. Il n’en serait pas moins dangereux pour autant.»


Par exemple, poursuivait en 2004 l’historien dans le contexte de la "guerre des civilisations" initiée par l’administration Bush en riposte aux attentats d’Al-Qaida, «toute nouvelle forme de fascisme diaboliserait forcément un ennemi, intérieur et/ou extérieur: mais cet ennemi ne serait pas forcément les Juifs. Un mouvement fasciste américain authentique serait religieux, anti-Noirs et, depuis le 11 septembre 2001, de surcroît anti-islamique; en Europe occidentale, il serait séculier et, ces temps-ci, sans doute plus anti-islamique qu’antisémite; en Russie et en Europe de l’Est, il serait religieux, antisémite, slavophile et anti-occidental.»


En d’autres termes, sous le choc de la brutalisation de la démocratie américaine par l’administration Bush, laquelle – ne l’oublions jamais – autorisa, organisa et systématisa la pratique de la torture, Robert O. Paxton nous prévenait que les possibilités d’apparition d’un nouveau fascisme, sous d"autres apparences et dans d’autres contextes, «ne sont pas moins grandes que dans les années 1930, et probablement même plus grandes, du fait, depuis 1945, des nombreuses expériences démocratiques et de gouvernements représentatifs ayant échoué». Dès lors, «c’est en comprenant comment les fascismes du passé ont fonctionné, et non en vérifiant la couleur des chemises ou en cherchant des échos de la rhétorique des dissidents nationaux-syndicalistes du début du XXe siècle, que nous pourrons en reconnaître un» – un fascisme d’aujourd’hui.


Avant de ramasser en synthèse ces caractéristiques du fascisme en action, par-delà les circonstances et les conjonctures, Paxton résumait le contexte favorable à sa renaissance dans une description anticipatrice, dont la résonance avec le climat politique actuel de certains pays européens est évidente: «Les signes avant-coureurs bien connus – propagande nationaliste exacerbée et crimes haineux – sont importants, mais insuffisants. Avec ce que nous savons aujourd’hui sur le cycle fasciste, nous sommes en mesure de découvrir des signes avant-coureurs beaucoup plus menaçants dans des situations de paralysie politique lors d’une crise, dans l’attitude de conservateurs à la recherche d’alliés plus énergiques et prêts à renoncer aux procédures légales et au respect de la loi afin d’obtenir un support de masse via la démagogie nationaliste et raciste. Les fascistes sont proches du pouvoir lorsque les conservateurs commencent à leur emprunter leurs méthodes, font appel aux passions mobilisatrices et essaient de coopter la clientèle fasciste.»


En lisant cet extrait, il est difficile de ne pas en entendre l’écho dans notre présent avec, en France, la stratégie sarkozyste de chevauchage du lepénisme, qui le consolide et le légitime plutôt qu’elle ne le réduit et le L’Europe égarée ou le désastre hongrois"). L’avertissement de Bruxelles fut sans frais, et le pire était à venir.


La nouvelle Constitution hongroise entrée en vigueur depuis le premier jour de l’année 2012 efface la «République de Hongrie» pour la remplacer par la «Hongrie», c’est-à-dire un pays qui ne se définit plus à travers son régime politique mais par une essence éternelle dont le peuple hongrois serait le seul socle, la nation hongroise ainsi définie incluant les minorités hongroises d’autres pays européens, même si elles n’ont pas la double nationalité. C’en est donc fini de la notion de citoyenneté, remplacée par un essentialisme national, dont un universitaire a souligné dans Le Monde les déterminations (lire son entretien ici): «un passé mythifié» avec un refrain victimaire, «une profession de foi, au sens religieux du terme» avec un prémabule «littéralement intitulé "Credo national"» où un Dieu chrétien et la Sainte Couronne sont les référents primordiaux, tandis qu’en découle le refus du pluralisme et de la diversité dans une quête obsessionnelle de l’unicité nationale (réduire les contre-pouvoirs, réduire la liberté des médias, favoriser le parti au pouvoir, imposer un ordre moral, etc.).


«Il est important de préciser que le premier ministre, Viktor Orban, n’est pas un fasciste», conclut cependant dans Le Monde cet universitaire, Paul Gradvohl, maître de conférences à l’Université Nancy-II. C’est pourquoi il faut lire et relire, d’urgence, Robert O. Paxton: pour ne pas se rassurer à si bon compte. Pour en décider – fasciste ou non –, la jauge n’est pas dans une comparaison figée avec un passé révolu mais dans l’attention vigilante aux «passions mobilisatrices» qui sont au ressort de l’action fasciste. Or quelles sont-elles, selon Paxton qui les résume à la fin de son ouvrage?


D’abord, «un sentiment de crise d’une telle ampleur qu’aucune solution ne pourrait en venir à bout»; ensuite, «la primauté du groupe, envers lequel les devoirs de chacun sont supérieurs à tous les droits, individuels ou universels, et la subordination à lui de l’individu; la croyance que le groupe d’appartenance est une victime (…); la peur du déclin du groupe sous les effets corrosifs du libéralisme individualiste, des conflits de classe et des influences étrangères; le besoin d’une intégration plus étroite, d’une communauté plus pure…». Je m’arrête là: nul besoin de reprendre cette énumération dans son exhaustivité pour entendre l’alarme qui sonne dans notre actualité européenne, et dont la Hongrie est aujourd’hui l’un des laboratoires.

Crise grave, impuissance politique, crispation nationaliste, pureté identitaire, peur du déclin, passé victimisé, etc. : ces thématiques sont présentes dans notre débat français, de l’extrême droite bien sûr à la droite extrême, qui en est issue ou inspirée, cousine ou voisine, hélas installée depuis cinq ans dans la République par la présidence de Nicolas Sarkozy. «Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve»: nous avons fait nôtre ce vers du poète Hölderlin qu’aime citer Edgar Morin. Le sursaut démocratique que nous appelons de nos vœux ne viendra pas d’un sentiment rassurant ou apaisant mais, tout au contraire, de la conscience de la catastrophe qui menace. «Pour avoir suivi l’itinéraire du fascisme, concluait Paxton dans Le Fascisme en action, nous savons qu’il n’a pas besoin de lancer quelque "marche" spectaculaire sur une capitale pour prendre racine: tolérer des décisions apparemment anodines touchant à la manière illégale de traiter des ennemis nationaux y suffit.»


Que ce soit une allusion transparente aux crimes de l’administration Bush, dont Guantanamo est le symbole toujours en place, ne doit pas nous rassurer – parce que ce serait ailleurs géographiquement et hier historiquement. Car c’est maintenant en Europe, dont les gouvernements démocratiques sont impuissants face à la crise financière, que se joue la réponse à la question posée par l’historien: l’émergence d’un fascisme d’aujourd’hui.


mediapart janvier 2012


Plus d'articles...

  1. Beppe Grillo et Silvio Berlusconi à cheval sur les « Forconi »
  2. Nouvelle offensive de l’union européenne contre la sécurité sociale
  3. Chez ces gens là, monsieur… Jacques Sapir
  4. Trafic de main d’œuvre dans l’Union Européenne – un reportage de « France 24 »
  5. L’europarlementaire fasciste est juif : Csanád Szegedi
  6. L’Ukraine, une révolution de « couleur » menée par des fascistes avec l’accord du capital
  7. La baisse du coût du travail organisée par la directive européenne sur les « travailleurs détachés » et le commentaire de Jean Levy
  8. « La croissance mondiale va s’arrêter ». Dennis Meadows
  9. IV ème Congrès du Parti de la gauche européenne (PGE) : « Refonder l'Europe », la grande illusion réformiste
  10. L’économie cannibale Par Jacques Sapir
  11. Frédéric Lordon favorable à une SORTIE DE L'EURO...
  12. SORTONS DE L’EURO ! Restituer la souveraineté monétaire au peuple
  13. Réflexions sur les manifestations en Ukraine. Alexandre Latsa
  14. L’accord de l’OMC à Bali est néfaste pour les pays du Sud
  15. UKRAINE : « QUELLE POSITION » ?
  16. Appel du premier secrétaire du Parti communiste d'Ukraine à soutenir les forces de gauche en Ukraine et à condamner les actions de l' « opposition » et du parti pro-fasciste « Svoboda »
  17. ITALIE : Les « Forconi », des « bonnets rouges » transalpins ?
  18. La charte de l’intervention armée des troupes de l’U.E. en cas de troubles, donc .. L'officialisation du statut de la France comme État à souveraineté limitée
  19. Le Parti de gauche ne marche plus avec les communistes en Europe
  20. Jacques Sapir : Sortir de l'Union Européenne, pour quitter l'euro