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Ce titre serait sans doute celui d’un média comme Le Figaro si cette annonce avait été reprise de l’AFP par son envoyé permanent à Pékin. Si Coluche disait de Roger Gicquel « Quand y a un avion qui s’écrase dans le monde, c’est sur les pompes à Roger Gicquel ! », ce « journaliste » ne sait visiblement relater aux lecteurs que les points noirs du pays qu’il est censé expliquer dans sa réalité. D’un autre côté, ces mêmes englués dans leurs certitudes verraient d’un assez mauvais œil un article honnête sur ce pays qui ne fait pas comme tous ceux alignés derrière la bannière étoilée. Comme les autres, ce journaliste n’est qu’un salarié d’une entreprise et doit donc suivre à la lettre les ordres de son patron prenant ici pour nom « ligne éditoriale ». Le Figaro appartenant à la famille Dassault, il suffirait que l’armée chinoise passe commande d’une cinquantaine de Rafales pour que la Chine devienne un paradis sur terre. Bon, passons !

 

La nouvelle est donc tombée en début de ce mois de février, les pensions versées aux retraités chinois les plus modestes n’augmenteront en 2015 que du même taux que les années précédentes, soit 10 %. Lorsque l’on sait que ces personnes n’ont que très peu cotisé en ayant bénéficié des avantages offerts dans ce domaine par l’ancien système collectiviste, on comprend d’ailleurs mieux le silence des moutons que sont certains médias français. Pas besoin d’avoir fait de longues études pour affirmer que d’ici 10 ans et si cette hausse se maintient, le montant de ces retraites de base aura ainsi doublé. Le taux d’inflation se situant aux alentours de 2,5 %, ces retraités dont une partie est composée de quinquagénaires voient ainsi leur pouvoir d’achat augmenter de 7,5 %.

 

Que du bonheur donc ? Pas exactement, car le montant de ces retraites est ici d’environ 1500 yuans par mois, ce qui permet seulement de survivre en devant oublier la plupart des extras liés à une société de consommation. S’il est précisé « ici », c’est pour la simple raison que les montants sont variables en fonction des régions et du niveau de vie de chacune. Un retraité de base vivant à Shanghai va ainsi recevoir sensiblement plus que ses homologues du Guangxi, les montants perçus étant également différents en fonction des zones (urbaines ou rurales). Malgré ces rentes limitées, ces Chinois consomment plus et mieux, ce qui est le « but de la manœuvre ». Multipliées par plusieurs centaines de milliers de bénéficiaires, ces quelques dizaines de yuans contribuent à faire tourner la machine économique et en particulier à donner du travail aux petits commerçants, justement ceux pour qui quelques dizaines de yuans supplémentaires permettent d’améliorer le quotidien. Ce secteur du petit commerce de proximité ne paye en effet pas de taxes, et tout yuan supplémentaire est à son tour introduit dans le système de consommation, mais à un niveau au-dessus de celui des retraités. Ces commerçants peuvent dès lors payer des études à leurs enfants dans de meilleures écoles, ce qui leur laisse espérer un emploi mieux rémunéré, etc.

 

Ces hausses annuelles s’accompagnant de celle concernant le quota, lui aussi annuel, de médicaments gratuits, les autorités chinoises sont également gagnantes d’un point de vue politique. Bien plus puissant que n’importe quel somnifère, ces augmentations ciblant les plus modestes font passer l’amère pilule des inégalités sociales et autres points sensibles. Cette population modeste étant traditionnellement celle à l’origine de troubles sociaux, le système politique chinois assure ainsi sa tranquillité et sa pérennité. Difficile en effet pour les couches sociales supérieures de réclamer plus alors que celles inférieures ne se plaignent pas ou peu. C’est ce que le Parti Communiste appelle le socialisme à la Chinoise, qui est sans aucun doute très loin d’être parfait, mais est sous certains aspects supérieur aux systèmes appliqués dans certains pays où la durée d’un mandat de 5 ans est utilisée pour mécontenter tout le monde. C’est peut-être pour cela qu’un envoyé permanent d’un média français de droite (ou de gauche) ne peut que difficilement décrire une situation que de toute manière il ne voit que depuis le 45e étage de ses certitudes.