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Modèles de propriétés publiques

Modèles de propriétés publiques

 

12 Février 2018

Modèles de propriétés publiques

Deuxième traduction de l’économiste marxiste britannique Michael Roberts.

 

Cet article, dans une perspective française, a à mon sens un double intérêt.

 

D’abord, il permet de prendre un peu de recul dans la multitude des mouvements européens qui résultent de la crise de la social-démocratie « néo-libérale ». La situation du Labour Party, dirigé par Jérémy Corbyn depuis 2015 montre que la constitution d’une alternative populaire sérieuse et conséquente ne nécessite ni recours au populisme, ni dégagisme, ni démagogie « anti-parti ».

 

Surtout, la question de la propriété publique des moyens de productions stratégiques, des services publics et des « postes de commande de l’économie » que sont les grands banques et institutions financières est une question centrale. Dans la perspective britannique, en cours de sortie de sortie de l’Union Européenne, poser la question de la propriété publique des moyens centraux de production ne se heurte plus aux traités européens.

 

Intéresant de voir le bilan négatif  (y compris en termes de productivité et d’investissement) tiré des privatisations britanniques des 40 dernières années. Privatisations qui ont servi de modèle à l’Europe et qui ont été plus loin que dans nimporte quel autre pays.

 

Intéressant de voir que le Labour Party se saisit à bras le corps de la question de la propriété publique des services de bases de la société.

 

Intéressant aussi de voir qu’un des modèles de gestion publique est la nationalisation des industries électriques et gazières, par le communiste Marcel Paul (dont, selon la formule consacrée, chaque travailleur devrait connaitre le nom et la biographie) en 1946.

 

Intéressante enfin la critique que fait Michaël Robert de la position du Labour, en montrant qu’une nationalisation limitée au services de base, laissant de coté les principales institutions financières, même avec un plan d’investissement public massif de 1 à 2 % du PIB, ne permet pas de contrôler l’économie, de rétablir l’emploi ni de faire face à une éventuelle récession.

 

Franck MARSAL


 

Modèles de propriété publique


Article de Michaël Roberts, publié le 10 février 2018 sur son blog. (traduction F. Marsal)

 

Je viens juste d’assister à une conférence spéciale, convoquée par le Parti Travailliste britannique pour discuter des modèles de propriété publique. Le but de la conférence était de développer des idées nouvelles sur la manière dont un futur gouvernement « Labour » pourrait construire le secteur public, s’il parvenait à remporter les prochaines élections générales.

 

La pièce maîtresse de la conférence était un rapport, préparé par la direction du parti et publié l’automne dernier, intitulé Modèles aternatifs de propriété (étrangement, sans mention du terme « public »).

 

Le porte-parole du parti pour l’économie et les finances, John McDonnel (et auto-proclamé « marxiste ») présenta les idées principales du rapport qui s’appuyait sur une large série d’experts académiques, dont Andrew Cumbers de l’Université de Glasgow, qui a beaucoup produit sur le sujet de la propriété publique. Et Cat Hobbs, de Weownit donna un bilan convaincant des échecs et des gaspillages des privatisations passées.

 

Sous de nombreux aspects, le discours de McDonnel frappait par la volonté authentique du futur gouvernement travailliste sous Jeremy Corbyn et McDonnel de restaurer des services publics solidement constitués et financés et de revenir sur les privatisations passées de secteurs économiques clés par les précédents gouvernements conservateurs et travaillistes de la période néolibérale des 30 années qui ont précédées la Grande Récession.

 

McDonnel et le rapport ont mis en avant une série de modèles pour de futurs services et actifs de propriété publique : depuis les coopératives, les services municipaux et la nationalisation de secteurs clés comme la santé, l’éducation et des biens communs comme l’eau, l’énergie et les transports – les soi-disant « monopoles naturels ».

 

Comme le rapport le démontre abondamment, les privatisations des 30 dernières années ont clairement échouées, y compris par rapport à leurs propres objectifs affirmés : plus d’efficacité et une productivité plus élevée, davantage de concurrence, et une meilleure équité. La réalité a été totalement contraire. La productivité de l’économie britannique s’est effondrée, et, comme l’ont montré de nombreuses études (voir mon récent article), les industries privatisées n’ont pas été plus efficaces du tout.

 

Elles ont principalement été des sociétés destinées à réaliser un profit rapide pour les actionnaires, aux dépens de l’investissement, du service rendu aux clients et des conditions de vie et de travail des salariés (salaires, retraites et charge de travail). En réalité, le mot d’ordre des chemins de fer, de l’eau, de l’énergie et des services postaux privatisés a été ‘court-termiste’ c’est à dire augmenter la valeur des actions, payer aux dirigeants des bonus élevés et verser de gros dividendes au lieu d’investir pour le long-terme dans une vision sociale de l’intérêt général.

 

L’industrie d’état est réellement un modèle économique efficace et, ce même dans des économies principalement capitalistes. Le rapport travailliste évoque le fait que, la part des entreprises d’état dans le top 500 des multinationales a augmenté de 9 % en 2005 à 23 % en 2015 (bien que ceci soit principalement dû à l’ascension des sociétés d’état chinoise). L’histoire des réussites des économies d’Extrême-Orient fut en partie le résultat de secteurs à propriété d’état ou à contrôle étatique qui ont modernisé investi et protégé contre les multinationales américaine (bien que ce fut aussi la disponibilité d’une main d’oeuvre bon marché, de suppression des droits des travailleurs et de l’adoption de technologies importées).

 

Comme de nombreux auteurs, comme Mariana Mazzacuto l’ont montré, le financement par l’État, et la recherche ont été vitaux dans le développement de grandes sociétés capitalistes. L’industrie d’état et la croissance économique vont de pair – et le rapport travailliste cite « la success-story européenne rarement citée est l’Autriche, qui est parvenue au deuxième plus haut niveau de croissance économique (après le Japon) entre 1945 et 1987, avec le plus haut taux de propriété d’état dans l’économie dans l’ensemble de l’OCDE » (Hu Chang)

 

Le rapport met également en évidence qu’il ne devrait pas y avoir de retour vers les vieux modèles de nationalisation qui avaient été adoptés après la seconde guerre mondiale. Il s’agissait d’industries d’état, destinées principalement à moderniser l’économie et à fournir les industries de base subvenant au secteur capitaliste. Il n’y avait pas de démocratie, et pas d’implication des travailleurs ni même du gouvernement dans les entreprises d’état et certainement pas d’intégration dans le moindre plan élargi d’investissement ou de satisfaction des besoins sociaux. C’était ce qu’on appelait le modèle « Morrisonien », du nom du dirigeant de l’aile droite du parti travaillite, Herbert Morrison, qui supervisa les nationalisation d’après-guerre en Grande Bretagne.

 

Le rapport cite des exemples alternatifs de systèmes d’entreprises d’État démocratiquement responsables. Il y a le modèle novégien StatOil, où un tiers du conseil d’administration est élu par les employés ; plus approprié encore, le secteur français du Gaz et de l’Electricité (NdT : nationalisation proposée et organisée par le communiste Marcel Paul, alors ministre de la production industrielle, dans le gouvernement de la Libération dirigé par le Général de Gaulle) où le conseil d’administration des sociétés nationales était « composé de quatre représentants de l’État, quatre issus de groupes techniques et d’experts (dont deux représentants des intérêts des consommateurs et de quatre représentants syndicaux » (B Bliss).

 

Tout cela était de très bonnes nouvelles et il était clair que le public militant du parti travailliste était enthousiaste et prêt à implémenter un « changement irréversible vers des services publics gérés par les travailleurs » (McDonnel). L’objectif des dirigeants travaillistes est de revenir sur les pricédentes privatisations, de mettre fin aux iniques soi-disant « partenariats privé-public », d’arrêter la sous-traitance et la délégation de services publics aux sociétés privées et de sortir le National Health Service du marché … Ceci est excellent, comme leur volonté de considérer, non seulement la fausse idée d’un Revenu Universel de Base comme une alternative sociale à la perte d’emploi liée à l’automatisation future, mais également, l’idée progressiste d’un Service universel de base, ou les services publics comme la santé, l’assistance sociale, l’éducation, les transports et les communications sont délivrés gratuitement aux usagers – ce que nous, économistes, appelons les biens publics.

 

Pourtant, pour moi, la problématique demeure celle que j’ai soulevé d’emblée en considérant les ‘Corbynomics’lorsque Corbyn emporta pour la première fois la direction du parti travailliste en 2015. Si la propriété publique est confinée à ce qu’on appelle les monopoles naturels et aux services de base et n’est pas étendue aux banques, au secteur financier et aux industries stratégiques clés (les « postes de commande » de l’économie), le capitalisme continuera à prédominer dans l’investissement et l’emploi et la loi de la valeur et du marché continuera à prévaloir. Le plan du Labour pour une banque d’investissement d’état et un plan d’investissements public ajouterait environ 1-2 % à l’investissement total, au PIB britannique.  Mais le secteur capitaliste investit près de 12 – 15 % du PIB et demeurerait dominant à travers ses banques, la pharmacie, l’aérospatial, les conglomérats de services technologiques et financiers.

 

Il n’y eut pas de discussion sur la prise de contrôle de ces secteurs lors de la conférence. Il n’y eut même pas de discussion sur la prise de contrôle des cinq premières banques – ce que j’avais soulevé dans ce blog en contribuant à la rédaction d’une étude, pour le compte des syndicats de pompiers (et qui, formellement est la ligne des Trade Union Congres, les syndicats britanniques). Sans le contrôle de la finance et des secteurs stratégiques de l’industrie britannique, un gouvernement travailliste sera soit frustré dans sa volonté d’améliorer le sort des plus nombreux (son slogan « the many, not the few »), ou pire, sera confronté à l’impact d’une nouvelle récession mondiale, sans protection aucune face aux vicissitudes des marchés et de la loi de la valeur.

 

Michaël Roberts

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