Recherche


Qui est en ligne

Nous avons 1915 invités et aucun membre en ligne

Copyright Joomla

Copyright © 2017 PCF Bassin Arcachon - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public

Le lettré chinois est un chamane, par Christian Fauré

 

 

13 Juillet 2017 

Christian Fauré

Hypomnemata : supports de mémoire

 

Résultat de recherche d'images pour "carapaces de tortue divinatoire en Chine"

 

Je suis l’exact contraire de Marianne, les langues ne sont pas pour moi un moyen de communication et je déteste parler une autre langue que la langue française, mais en revanche les langues peuvent devenir objet d’étude, compréhension d’une civilisation et je privilégie les « langues mortes », la traduction, l’écriture. Je serais encore en train d’étudier le chinois si l’on ne s’était obstiné à vouloir que je le parle. En revanche, je me souviens avec délice des cours de civilisation et parmi eux un cours sur l’écriture chinoise sur les carapaces de tortue, pratique divinatoire. Ce texte, cette interprétation me ravit

 

(note de Danielle Bleitrach)


 

by CHRISTIAN on 9 JUILLET, 2013

 

Il est toujours délicat de parler de “lettrés” chinois quand on sait qu’il n’y a précisément pas de lettres dans l’écriture chinoise.

 

Aussi, tous les éclairages que produit Sylvain Auroux dans “La révolution technologique de la grammatisation”, quand il met en lumière le processus de constitution des grammaires et des vocabulaires de la langue qui s’écrit en spatialisant la parole grâce au découpage des mots en une suite finie de lettres – ces processus de grammatisation qui sur-déterminent largement notre philosophie et nos modes de pensées – tous ces éclairages donc, deviennent “lettre morte” quand on porte notre regard vers l’empire du milieu.

 

Si la culture chinoise diverge autant de notre culture occidentale c’est très certainement dans le rapport à l’écriture et c’est donc à partir de sa spécificité qu’il faut poser le problème. L’écriture idéographique est donc le marqueur qu’il faut éclairer si l’on veut saisir ce qui se joue dans cette autre visage de l’écriture qui produit d’autres mode de pensée.

 

Qui sont donc les “lettrés” chinois que l’on n’arrive pas à nommer à partir de nos catégories issues de la grammatisation occidentale ?

 

Léon Vandermeersch propose une analyse stimulante de cette question dans son dernier ouvrage, “Les deux raisons de la pensée chinoise”, sous-titré “Divination et idéographie”.

 

Sa thèse est la suivante : l’écriture idéogrammatique chinoise se distingue non seulement de l’écriture alphabétique mais également de toute autre forme d’écriture idéogrammatique (par exemple les hiéroglyphes) en cela qu’elle a été inventée sous le règne de Wu Ding (13° siècle av. JC) non pas pour noter des énoncés de la langue parlée mais pour noter des protocoles d’opération de divination.

 

Pour Léon Vandermeersch, l’origine et la spécificité de l’écriture chinoise réside dans le fait qu’elle invente des inscriptions d’équations divinatoires. Ce n’est que bien plus tard, au VIII° siècle de notre ère, que l’écriture chinoise, au travers diverses transformations que nous pourrions qualifier d’idéographisation en écho à la grammatisation, s’est généralisée comme une pratique d’écriture qui retranscrit la parole.

 

La différence entre idéogramme chinois et écriture alphabétique occidentale repose in fine sur la différence entre la spéculation manticologique chinoise et la théologie occidentale : culture du chamane d’un côté versus culture du prêtre et du clerc de l’autre.

 

D’ailleurs, dans une note de son introduction, Léon Vandermeersch rappelle que:

 

“lettré” en chinois se dit “ru”, étymologiquement “faiseur de pluie” ; or la danse chamanique a survécu comme danse pour faire tomber la pluie.

 

Sur la base de cette thèse, l’auteur se demande ce que la Chine contemporaine va faire de son nouveau statut de puissance majeure mondiale, et notamment si elle va redécouvrir la fécondité de sa propre culture basée sur une raison chamanique ou “manticologique” au lieu de la raison théologique occidentale.