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Chine

People's Liberation Army soldier © Jason Lee / Reuters

La Chine empêchera toute tentative américaine ou sud-coréenne de mener des frappes préventives sur la Corée du Nord ainsi que toute tentative de prendre le leadership local, mais elle restera neutre si Pyongyang lance ses missiles le premier sur des cibles américains, déclare le très officiel « Global Time ».

 

L’avertissement a été délivré par l’entremise d’un éditorial du Quotidien d’Etat ce jeudi, alors que les USA et la Corée du Nord continuaient à échanger des remarques incendiaires, augmentant le risque d’une action disproportionnée ou d’une mauvaise estimation au sujet de la crise.

 

Pékin tient à être clair : «  Si la Corée du nord lance des missiles qui menacent le sol des USA et que les USA répliquent, la Chine restera neutre ", déclare le « Global Time ».

 

Mais si les USA et leur allié Sud-Coréen attaquent Pyongyang et tentent de «  renverser le Régime Nord-Coréen et changer le paysage politique de la Péninsule Coréenne », la Chine fera en sorte d’agir pour que cela ne soit pas possible, insiste l’article.

 

Le quotidien de masse, publié par la presse quotidienne officielle du Parti Communiste, précise aussi que les derniers événements sont vus par Pékin avec une irritation grandissante et de profondes implications.

 

Si la Guerre éclate réellement, les USA ne pourront en tirer aucun bénéfice stratégique et la Corée du Nord sera placée face à des risques sans précédents » alerte l’article. « La Corée du Nord souhaite pousser les USA à la négociation avec elle, alors que les USA désirent la pousser dan ses derniers retranchements ».

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« La nouvelle guerre de Corée peut éclater à tout moment », (Ministre chinois des Affaires Etrangères).

Pékin est n’est pas en mesure aujourd’hui « de persuader Washington ou Pyongyang de reculer », précise le « Global Times », ajoutant qu’il soutenait en premier la Paix et la Stabilité ans la Région. Toutes les parties impliquées dans cette crise doivent comprendre que « si leurs actes mettent en danger les intérêts de la Chine, la Chine ripostera très fermement en premier », explique l’article gouvernemental.

 

La Chine et la Corée du Nord sont des alliés économiques et idéologique de longue date, et ont répété ce vendredi que tous les côtés impliqués dans la crise devaient « parler et agir avec précaution » afin de construire vraiment au lieu « d’alterner dans des démonstrations de force », ainsi que le Ministre des Affaires Etrangères l’a précisé à Reuter.

 

Au début de la semaine, le president des Etats-Unis, Donald Trump a jeté de l’huile sur le feu de la Crise Nord Coréenne, en déclarant que se précédentes menaces de lâcher « le Feu et la Fureur comme le Monde ne l’avait jamais vu », n’étaient peut-être « pas assez fortes ».

 

Parlant ce vendredi dans son golf de Bedminster, dans le New-Jersey, Trump a déclaré que les Nord Coréens « feraient bien d’en prendre acte ensemble ou qu’ils seraient soumis à des pressions comme peu de nations ont pu les subir en ce Monde ». Cette menace ouverte de Washington vient après que Pyongyang ait ridiculisé le « Feu et la Fureur » comme une « immense imbécillité ».

 

Pyongyang avait aussi dévoilé un plan détaillé qu’il venait juste de mettre au point permettant d’atteindre avec ses missiles la Base militaire US de Guam dans le Pacifique. En retour, les Militaires US avaient signalé qu’ils enverraient leurs bombardiers stratégiques B- 1 bombarder les sites de lancement de missiles, les installations souterraines et autre installations de Corée du Nord.

 

Un pareil « jeu irresponsable » pourrait avoir de graves conséquences déclare le Global Times. « Personne, ni Washington, ni Pyongyang ne désire réellement la guerre, mais la guerre peut éclater de diverses manières et ils n’ont aucune capacité de tenir untel jeu extrême sous contrôle ».

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Trump : "Les solutions militaires sont chargées et verrouillées contre la Corée du Nord".

« Les enjeux sont extrêmement élevés et chaque côté semble prêt pour le scénario du pire », confirme un ancien Général à la retraite Pavel Zoltarev, un spécialiste russe respecté, qui déclare à RT que la décision prise à Washington est « hors de toute logique, et que nous pourrions en subir de graves conséquences difficiles à estimer à priori ».

 

« Chaque Armée de chaque pays se doit élaborer un éventail de stratégies correspondant à toutes éventualités. Ce sont les Politiques, pas les Militaires, qui décident de comment user ou non de ces plans... Aussi, si les militaires nord-coréens parlent de tels plans, c’est qu’ils les possèdent effectivement » déclare-t-il dans ses commentaires au sujet des menaces de Pyongyang sur Guam.

« L’armée nord-coréenne peut infliger de graves dommages aux Forces armées de USA en cas de conflit conventionnel. Même si leurs équipement sont bien loin derrière ceux des Américains, leur capacité de combat ainsi que leur moral sont bien plus hauts » déclare le général en retraite.

 

Traduit par Geb.

 

Notes de Geb : "Echec et Pat".

 

Trump vient de se prendre une baffe par Xi. La même qu’Obama s’est prise avec Poutine lors de la "Ligne rouge en Syrie" sur les Armes chimiques d’Assad.

 

On attend l’information dans la Presse française. Ca va être dur à expliquer pour certains.

»» https://www.rt.com/news/399310-china-prevent-us-strike-nkorea/
URL de cet article 32184 

Publié par El Diablo

RUSSIE et CHINE répondent CONJOINTEMENT aux exercices militaires américains

«De très bons voisins» : A Moscou, Poutine et Xi Jinping saluent le partenariat russo-chinois

«De très bons voisins» : A Moscou, Poutine et Xi Jinping saluent le partenariat russo-chinois

Washington refuse d'admettre cette nouvelle réalité que constitue le monde multipolaire et l'époque où la Chine et la Russie acceptaient l’autorité des Etats-Unis est révolue, selon le commentateur politique John Wight.

La Royal Navy a suivi trois navires de guerre chinois qui traversaient les eaux territoriales du Royaume-Uni afin de rejoindre la mer Baltique pour prendre part à des manœuvres militaires avec la Russie.  

Lors de son entrée en mer du Nord, la marine chinoise s'est vue «escortée» par des navires néerlandais et britanniques.

RT: C’est la première fois depuis 2012 que la Russie et la Chine mènent des exercices conjoints. Est-ce un reflet des tensions que connaît le monde ?

J.W. : Sans aucun doute. Le développement des capacités militaires chinoises ces dernières années en est la preuve. Le gouvernement chinois a beaucoup investi dans le renforcement de ses armées, et notamment de la marine. Le fait que la Chine soit capable de déployer des forces navales à des milliers de kilomètres de ses eaux territoriales est un puissant message, qui témoigne, entre autres, du renforcement de l’alliance entre la Russie et la Chine. Cela est d’autant plus logique que les deux pays sont confrontés à la menace impérialiste des Etats-Unis et de leurs alliés. Désormais, à chaque fois qu’un camp conduit des exercices militaires, l’autre réagit en déployant ses propres navires afin de montrer qu’il est capable de répondre à toute menace. Ce sont des situations à haut risque, surtout lorsque des incidents se déroulent dans le ciel. Il y a peu, nous avons vu, alors qu'il se rendait à Kaliningrad, l’avion du ministre russe de la Défense être suivi par un avion de l’OTANqui s'en est rapproché dangereusement avant d'être chassé par l’escorte aérienne du ministre.

(...)

LIEN VERS LA SUITE DE L'ARTICLE CI-DESSOUS:

Russie et Chine répondent conjointement aux exercices militaires américains

 

Russie et Chine répondent conjointement aux exercices militaires américains

Washington refuse d'admettre cette nouvelle réalité que constitue le monde multipolaire et l'époque où la Chine et la Russie acceptaient l'autorité des Etats-Unis est révolue, selon le commen...

 

https://francais.rt.com/opinions/41338-russie-chine-r

La Chine fête ce 29 juillet la fondation de l’armée populaire de Chine (vidéo en français)

01 Aout 2017  

28 juillet 2017

Pierre Rousset, la réponse de Washington à la victoire de la révolution chinoise

 

"Le terme de « guerre froide », considère Pierre Rousset, ne convient qu’à l’Europe, là où la situation géopolitique se fige dans une division Est-Ouest. Il n’a aucun sens en Asie. La réponse de Washington à la victoire de la révolution chinoise est un ensemble de guerres brûlantes, dont la densité va dépasser celle des années 39-45. Le Nord de la Corée a été « aplati » au point que les pilotes US n’avaient plus de cibles définies à détruire. Le territoire indochinois a reçu un tonnage de bombes deux fois plus important que ce qui fut déversé pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Le coup d’Etat de 1965 en Indonésie est l’un des plus sanglants de l’histoire (si ce n’est le plus sanglant). L’affrontement global se joue pour une large part dans trois pays, à trois « moments » clefs de l’intervention US : la Corée (guerre de 1950-1953), le Vietnam et l’Indochine (escalade de la fin des années 50 au début des années 70), l’Indonésie (écrasement des forces progressistes en 1965-1966)..."

 

Reprenons la lecture de la présentation de l'histoire de la Chine...

 

Michel Peyret


Les guerres d’Asie et la politique internationale de la République populaire (1949-1979)

 

mercredi 19 juillet 2017, par ROUSSET Pierre

 

Contribution rédigée pour un livre sur la Chine à paraître en espagnol aux éditions Anticapitlistas. Ce texte est susceptible d’être ultérieurement corrigé, précisé ou étoffé.

 

De sa fondation en 1949 jusqu’au début des années 1980, la République populaire de Chine (RPC) a la guerre pour environnement. Disons plutôt les guerres. En effet, si dans un premier temps, elle se situe politiquement au sein du « camp socialiste », avec l’URSS, face au « camp impérialiste » dirigé par les Etats-Unis ; dans un second temps, Moscou et Pékin s’opposent frontalement, au point où chacun cherche jouer Washington contre l’autre.

La politique internationale de la RPC a donc pour toile de fond cet état de guerre permanent. Elle reflète aussi l’évolution politique et sociale du régime maoïste, liée à la cristallisation et à la montée en force de la bureaucratie. Cependant, durant toute cette période, la direction chinoise n’a pas pour objectif de s’intégrer à l’ordre capitaliste mondial de manière à faire du pays une grande puissance capable de rivaliser sur leur propre terrain avec les impérialismes traditionnels. Cette question ne se posera que dans les années 1990, corrélativement à la formation en Chine même d’une nouvelle bourgeoisie. 

 

La politique internationale du régime inclut les rapports avec des Etats, mais aussi avec des partis (notamment maoïstes) et des mouvements de libération. Elle se déploie simultanément à plusieurs échelles : mondiale et régionales, avec une importance particulière accordée à l’espace asiatique – l’Asie du Sud (l’Inde…), du Sud-Est (Vietnam, Indonésie…) ou du Nord-Est (Corée, Japon…). En règle générale, Pékin aura toujours plus d’un fer au feu.

 

La géopolitique de la diplomatie chinoise répond à plusieurs impératifs, comme la rivalité sino-étatsunienne, la rivalité sino-soviétique et la rivalité sino-indienne. Elle change suivant les périodes, mais ces changements de cadre ne sont pas nécessairement synchronisés en tous domaines. Elle intervient dès 1949 en ce qui concerne l’affrontement mondial avec les Etats-Unis, mais, en Asie du Sud, la coopération avec l’Indien Nehru dure plus longtemps et, avec Soekarno, en Asie du Sud-est insulaire jusqu’au le coup d’Etat indonésien de 1965. Pour tenter d’en rendre compte, la présentation qui suit est thématique quitte à ce que la chronologie et les « périodes » se chevauchent. 

 

I. 1945 et ses lendemains

 

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Asie orientale – de la Birmanie à la Corée – est sous occupation japonaise. La reddition de Tokyo, en 1945, crée une situation de vide étatique, administratif, simultanément dans tous les pays de cette région. Une situation exceptionnelle !

 

Les puissances alliées ont prévu une sortie contrôlée de la Seconde Guerre mondiale en se répartissant à l’avance les zones d’influence ou d’occupation, sanctionnées avec les accords de Yalta (février 1945) et de Potsdam (juillet-août 1945). Ces conférences réunissent l’Union soviétique, les Etats-Unis et le Royaume uni. Le périmètre des anciennes colonies d’Asie n’est pas toujours été respecté. Ainsi, le Vietnam devait être occupée au nord du 16e parallèle par l’armée chinoise du Guomindang (ce qui fut fait) et au sud par les Britanniques (ce que Paris réussit à éviter).

 

La place des partis communistes est plus importante au sein du mouvement de libération nationale en Asie orientale que dans toute partie du tiers monde. Il y a certes de notables exceptions, comme en Indonésie où le PKI est minoritaire, et des situations complexes (comme la place des organisations armées de groupes ethniques en Birmanie). La résistance antijaponaise a généralement été divisée entre des courants aux ancrages sociaux et aux orientations politiques antagoniques – la Chine en offrant un exemple criant (le face-à-face PCC/Guomindang). 

 

La décolonisation avortée

 

Il est impossible de restituer ici la complexité politique de l’immédiat après-guerre. Il y a partout un temps d’hésitation, concernant la portée effective des accords de Yalta ou la politique des gouvernements métropolitains. Certains mouvements de libération (à direction communiste ou pas) ont saisi la brèche ouverte par la défaite japonaise pour proclamer sans attendre l’indépendance (Vietnam, Indonésie, Corée) ou se sont préparés à la guerre civile (Chine) ; d’autres ont suspendu la lutte et ont commencé à désarmer avant d’être contraints par la répression à reprendre le combat (Philippines, Malaisie).

 

Témoin des incertitudes du moment, chaque métropole impérialiste a réagi en 1945 selon ses propres ambitions et ses propres contraintes. Question déterminante : voulait-elle et pouvait-elle reprendre le contrôle de son ou de ses anciennes colonies ?

 

Les Etats-Unis ne le voulaient pas. Ils ne reviennent administrer les Philippines que le temps d’octroyer l’indépendance. Ce choix politique avait été longuement préparé avec les élites locales afin d’arrimer durablement l’archipel au navire amiral US, en entrant de façon précoce et ordonnée dans l’ère néocoloniale. Ils sont les mieux à même d’agir ainsi.

 

Washington doit cependant aider le nouveau régime philippin à combattre l’insurrection des Huks, en 1946-1954. Formée durant la guerre, l’Hukbo ng bayan Laban sa Hapon (Armée populaire antijaponaise) – connue sous l’acronyme Hukbalahap ou, pour faire court Huks – était dirigée par le Parti communiste (PKP). Elle avait commencé à désarmer en 1945, mais ses unités étant massacrées, elle a repris le combat ; elle n’était cependant solidement implantée que dans une partie de l’île de Luzon, ce qui lui fut fatal.

 

Le Portugal le pouvait. Ce sont principalement les alliés néerlandais et australiens qui battent les Japonais au Timor oriental, avec un soutien discret des forces portugaises (Lisbonne étant officiellement neutre dans le conflit mondial). En 1945, le territoire est « rendu » à la dictature Salazar. Ce n’est pas la défaite nippone qui ouvre une brèche permettant de déclarer l’indépendance, mais – à l’initiative du Fretilin en 1975 – le renversement du régime portugais lors de la « révolution des œillets ».

 

Cette brèche est immédiatement refermée par l’invasion indonésienne. Le quart de la population trouve la mort sous le régime d’occupation. Le pays fait sécession en 1999 et son indépendance n’est formellement reconnue qu’en 2002.

 

Les Pays-Bas ne le pouvaient pas. Ils tentent de reconquérir l’Indonésie après la déclaration d’indépendance de 1945, mais ils doivent renoncer à cette ambition après quatre années de conflit armé (la « Revolusi »).

 

Plus la guerre coloniale se poursuit et plus l’influence du PKI, déjà importante, risque de se renforcer. En 1949, corrélativement à la victoire de la révolution chinoise, l’indépendance indonésienne est reconnue par La Haye.

 

La France a longtemps cru le pouvoir. Au Vietnam aussi l’indépendance est proclamée dès 1945 – mais de Gaule envoie un corps expéditionnaire rétablir l’Empire ; il s’en suit 30 années de guerres dévastatrices…

 

Le jusqu’au-boutisme de l’impérialisme français se manifeste quand vient l’heure de la défaite. La victoire vietnamienne de Diên Biên Phu, en 1954, sonne le glas de la reconquête coloniale ; mais plutôt que de reconnaître l’indépendance des pays indochinois, Paris passe la main aux Etats-Unis.

 

Le Royaume-Uni a, pour sa part, bénéficié des accords entre grandes puissances prévoyant le maintien de l’Asie du Sud-Est dans la sphère d’influence des anciennes métropoles. Il sait négocier à sa convenance l’indépendance.

 

Dans la péninsule malaise, l’Armée antijaponaise prononce en décembre 1945 sa dissolution et remet le pouvoir aux Britanniques, le PCM, qui la dirigeait, se préparant à poursuivre son combat sous d’autres formes. Bien qu’il ait acquis des soutiens notables parmi les classes populaires malaises, il a pour enracinement initial la communauté chinoise. Il n’est pas évident qu’il est, en 1945, en situation de postuler au pouvoir ; mais il semble bien avoir espéré que la Grande-Bretagne sous gouvernement Travailliste le laisserait opérer légalement. Il n’en est rien.

 

Londres est libre de refondre les institutions et l’ordre social, puis, en 1948, de décréter l’état d’urgence (elle dure jusqu’en 1960) pour briser le mouvement communiste. L’indépendance de la Malaisie est proclamée en 1957, dans le cadre du Commonwealth, puis en 1963, avec l’adjonction de Bornéo du Nord (renommé Sabah) et Sarawak, ainsi (très temporairement) de Singapour.

 

Il faut deux ans à Londres pour créer en Birmanie des conditions acceptables par la métropole d’une indépendance, proclamée en 1948. Le Parti communiste (PCB) et des minorités se soulèvent contre le nouveau régime, sans réussir à le renverser ; mais le pouvoir birman n’est pas non plus capable d’assurer son contrôle sur les régions montagnardes. 

 

La Thaïlande n’ayant jamais sous domination coloniale directe, la question de sa décolonisation ne se pose pas en 1945. Le régime militaire a collaboré avec les forces d’occupation nippones. La capitulation de Tokyo et l’activité des mouvements de résistance antijaponais permettent l’ouverture d’une fenêtre démocratique autour de la figure progressiste de Pridi Banomyong. Washington s’assure qu’elle est rapidement refermée, avec le retour au pouvoir, dès 1947-1948, du maréchal Phibun. Le royaume participe sous drapeau onusien à la guerre de Corée. En 1957, Phibun est lui-même victime d’un coup d’Etat soutenu par les Etats-Unis, qui inaugure la dictature militaire du maréchal Sarit Thanarat. Le royaume devient, à partir de 1961, une pièce maîtresse de l’intervention US dans l’Indochine voisine.

 

Ce n’est qu’en 1973 qu’un mouvement de masse initié par une révolte étudiante renverse le régime militaire et que le contexte national redevient favorable au Parti communiste de Thaïlande (PCT), durement réprimé et marginalisé. 

 

Aux yeux des puissances occidentales, les partis communistes deviennent très rapidement l’ennemi prioritaire à combattre. Le processus de décolonisation s’enferre dans la guerre.

 

Guerre froide en Europe, guerres brûlantes en Asie

 

Le terme de « guerre froide » ne convient qu’à l’Europe, là où la situation géopolitique se fige dans une division Est-Ouest. Il n’a aucun sens en Asie. La réponse de Washington à la victoire de la révolution chinoise est un ensemble de guerres brûlantes, dont la densité va dépasser celle des années 39-45. Le Nord de la Corée a été « aplati » au point que les pilotes US n’avaient plus de cibles définies à détruire. Le territoire indochinois a reçu un tonnage de bombes deux fois plus important que ce qui fut déversé pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Le coup d’Etat de 1965 en Indonésie est l’un des plus sanglants de l’histoire (si ce n’est le plus sanglant).

 

L’affrontement global se joue pour une large part dans trois pays, à trois « moments » clefs de l’intervention US : la Corée (guerre de 1950-1953), le Vietnam et l’Indochine (escalade de la fin des années 50 au début des années 70), l’Indonésie (écrasement des forces progressistes en 1965-1966).

 

La Corée. La question coréenne est traitée en détail dans le premier chapitre de la partie 6 [1]. Après la capitulation japonaise, le pays est rapidement occupé, d’un commun accord, par l’armée soviétique au nord du 38e parallèle et, au sud, par les forces étatsuniennes. Une situation de guerre civile apparaît au sud entre un mouvement de résistance, solidement implanté, animé par le Parti communiste, et l’administration soutenue par Washington et intégrant bon nombre d’anciens collaborateurs.

 

La guerre de Corée (1950-1953) transforme un conflit politique et social coréen en un affrontement international. La guérilla du sud et l’intervention des troupes régulières du nord balaient le régime de Séoul. Washington organise une contre-offensive, menée, au nom de l’ONU, qui conduit le corps expéditionnaire jusqu’aux abords de la frontière chinoise. Pékin intervient à son tour sous le commandement de Peng Dehuai. Le front finit par se stabiliser à nouveau autour du 38e parallèle.

 

En 1950, le régime maoïste avait pour priorité absolue la reconstruction, pas la guerre aux frontières. C’est contraint qu’il est intervenu. Plus de deux millions de soldats chinois ont combattu en Corée, 180.000 d’entre eux y ont trouvé la mort. Le conflit a coûté la vie à 800.000 militaires coréens (les deux côtés compris) et à peut-être deux millions de civils, ainsi qu’à 57.000 membres des forces onusiennes. Une grande partie du pays est dévasté, notamment du fait des bombardements.

 

Le Vietnam. Au Vietnam, après avoir obtenu le départ des armées chinoises du Guomindang qui occupaient le nord du pays, le gouvernement Hô Chi Minh est confronté au corps expéditionnaire français. Ce dernier peut dans un premier temps reconquérir des territoires grâce à sa puissance de feu. En s’appuyant sur une mobilisation populaire multiforme (la fameuse « guerre du peuple ») le Vietminh équilibre progressivement le rapport des forces et bénéficie, à partir de 1950, de l’aide d’une frontière amie au Nord : la Chine de Mao.

 

En 1953, l’état-major français planifie la bataille de Diên Biên Phu qui doit lui assurer une victoire déterminante – ce fut effectivement une victoire décisive, mais vietnamienne. Elle sonne le glas de l’empire colonial français au-delà même des frontières indochinoises. L’indépendance, proclamée en 1945, est à nouveau à portée de main. Le mouvement de libération fait cependant les frais d’accords entre grandes puissances, à l’occasion des négociations de Genève de 1954. Moscou et Pékin font pression pour imposer une division « temporaire » du pays, au niveau du 17e parallèle. La réunification devait avoir lieu à l’occasion d’élections, que le gouvernement Hô Chi Minh aurait emportées – et qui ne se sont donc jamais tenues. C’était prévisible : les Etats-Unis, les nouveaux « parrains » du régime sud-vietnamien, avaient pris soin de ne pas s’engager en refusant de signer ces accords.

 

Le Parti communiste vietnamien tire une leçon de cette expérience amère : quand, près de vingt ans de guerre plus tard, de nouveaux pourparlers s’engagent avec les Etats-Unis, il ne convie à la table de négociation ni Moscou ni Pékin.

 

Au tournant des années 60, les accords de Genève n’ayant pas été respectés et le régime saïgonnais pourchassant communistes et progressistes, la lutte armée de libération reprend, avec succès. Face à ces développements, les Etats-Unis ont doublement réagi :

 

D’une part, en engageant en Indochine une escalade sans précédent, menant la politique de contre insurrection, sur tous les plans : militaires (bombardiers B52, technologies innovantes…), sécuritaires (programme d’assassinats du plan Phoenix…), écologique (usage massif des défoliants…), démographique (regroupements de la population au sud dans les « hameaux stratégiques…), socio-économiques (réforme agraire capitaliste opposée à la réforme agraire égalitaire du FNL…), étatique (politique de « vietnamisation » de la guerre via le régime saïgonnais…), etc. La guerre d’Indochine comme « guerre totale » n’a probablement pas d’équivalent contemporain.

D’autre part, en soutenant en Indonésie le coup d’Etat du général Suharto. 

 

L’Indonésie. Sur un registre différent d’au Vietnam, Djakarta défie l’ordre mondial étatsunien. Soekarno accueillant en 1955 la conférence de Bandung (voir plus loin). Au début des années 60, les tensions sont de plus en plus vives entre l’armée et le bloc politique noué entre Soekarno et le Parti communiste indonésien (PKI). Des officiers de gauche tentent un putsch, probablement à titre préventif, mais ne reçoivent pas l’appui de Soekarno (le PKI restant pour sa part sur une position très prudente). Avec l’aide de la CIA, le général Suharto saisit l’occasion pour prendre le pouvoir. Les forces armées, les paramilitaires et les milices anticommunistes mènent une véritable campagne de liquidation et d’incarcération arbitraire contre toute personne suspectée de sympathies de gauche (et incidemment contre la communauté chinoise). Elle se poursuit pendant plus d’un an et fait plus d’un demi-million, voire plus d’un million de morts selon les chiffres les plus souvent cités, un nombre équivalent de personnes étant placées en détention. Le PKI était considéré comme le plus grand parti communiste du monde capitaliste ; il est détruit. Le règne dictatorial de Suharto s’est maintenu 33 ans, sans partage.

 

Les Etats-Unis ont ainsi « sécurisé » l’Asie du Sud-Est insulaire. Ils constituent un arc de points d’appui et de bases militaires qui va de la péninsule coréenne (le Sud) à la péninsule sud-est asiatique (Thaïlande, Vietnam Sud) en passant par le Japon (Okinawa), Taïwan, et les Philippines – sans oublier la très puissante VIIe Flotte. Ils contrôlent ainsi l’accès aux océans Pacifique et Indien tout en créant un vaste espace où ils peuvent déployer librement leurs forces armées et assurer leur maintenance.

 

La République populaire ne peut opposer une force aéronavale au formidable dispositif US. Elle répond sur trois plans :

 

• Dans le pays même, l’approfondissement du cours révolutionnaire, le renforcement de la répression et le maintien d’une armée de terre nourrie par la mobilisation populaire. L’envoi par l’impérialisme d’un corps expéditionnaire pour « reconquérir » la Chine continentale apparaît ainsi une entreprise beaucoup trop risquée pour être tentée.

 

• Le soutien à la Corée du Nord et à la révolution vietnamienne qui « verrouillent » ses frontières continentales au sud et au nord-est. Un appui aux partis communistes d’Asie du Sud-est (et au-delà à des mouvements de libération nationale).

 

• Une offensive politique et diplomatique tous azimuts pour éviter de se retrouver isolée sur le plan international. La Chine rouge ne doit pas faire peur, mais être perçue comme une alliée possible pour résister à la volonté hégémonique des Etats-Unis – le soutien aux révolutions « voisines » n’est donc pas inconditionnel, comme les Vietnamiens en ont fait l’expérience en 1954 : la direction chinoise montre à cette occasion qu’elle n’est pas « jusqu’au-boutiste », qu’elle peut négocier et imposer, de concert avec Moscou, des compromis internationaux. 

 

Pékin réussit un tour de force en 1955. Les rapports entre la RPC et l’URSS sont alors étroits, au sein du « camp socialiste ». Pourtant, Pékin participe activement (et sans Moscou) à la conférence de Bandung qui célèbre la « troisième voie », prélude au mouvement des non-alignés, où elle apparaît avant tout comme un grand pays asiatique, plus encore que communiste. 

 

II. Le temps de Bandung

 

Du côté de Pékin, la conférence de Bandung (avril 1955) est précédée d’une offensive de charme intense [2]. Les visites en Chine de chefs d’Etat, personnalités politiques, journalistes, partis plus ou moins frères se multiplient. Mao lui-même est à la peine. Le conflit frontalier avec la Corée du Nord est réglé, au prix parfois de concessions. Des traités bilatéraux sont proposés pour régler la question de la double nationalité là où résident d’importantes communautés chinoises en Asie du Sud-Est. Des gestes sont faits en direction du Royaume-Uni, de la France, du Japon pour qu’ils affirment leur autonomie vis-à-vis des USA.

 

L’Inde joue alors un rôle moteur pour affirmer la présence asiatique dans le monde. Jawaharlal Nehru, Premier ministre, dirigeant du Parti du Congrès, est une figure de référence sur la scène internationale, perçu comme le représentant du mouvement national indien (Gandhi a été assassiné en 1948). Dès mars-avril 1947, il organise une « conférence des relations asiatiques » à laquelle participent une trentaine de délégations, dont 25 de pays indépendants.

 

Nehru a noué d’étroites relations avec Nasser en Egypte et avec Soekarno en Indonésie – ce dernier s’appuie sur l’Inde et l’Australie pour faire reconnaître l’indépendance de l’archipel. A cette fin, il organise en janvier 1949 une conférence Asie-Moyen-Orient à laquelle participent l’Ethiopie et l’Egypte, mais aussi l’Australie.

 

Pour son grand projet asiatique, Nehru veut réunir les mondes chinois et indiens. Il souhaite même que ce soit Pékin qui entre au Conseil de sécurité de l’ONU plutôt que Delhi. Dans un premier temps, la direction maoïste l’assure que la RPC ne soulèvera aucune revendication frontalière dans l’Himalaya (en fait, les problèmes commencent dès 1957). 

 

L’ordre américain peine à s’imposer. Sommées en 1950 de choisir entre les deux Vietnam (Saigon ou Hanoï), l’Inde, la Birmanie et l’Indonésie refusent. La création de l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-est (OTASE), en septembre 1954, ne fait pas recette. Elle est composée de puissances coloniales (Royaume-Uni, France), des deux pays asiatiques « sous contrôle » (Philippines, Thaïlande) et du Pakistan qui veut s’armer face à l’Inde.

 

Nehru est réticent sur l’opportunité d’organiser la conférence de Bandung, mais il s’y joint. Sous l’égide de Soekarno, elle accueille aussi Gamal Abdel Nasser (Egypte), Hocine Aït Ahmed (Algérie), Kwame Nkrumah (Ghana), Zhu Enlai (Chine). Le Japon est là. Au total, 29 pays sont représentés – il y avait moins d’Etats du Sud lors de la fondation, à San Francisco, de l’ONU qui a, par ailleurs, bloqué les admissions à la nouvelle organisation internationale. L’un des rôles de la conférence de Bandung est d’avoir fait sauter ce verrou. 

 

Bandung fut un événement de portée mondiale. Le Mouvement des Non-Alignés est né à sa suite, créant un espace propre au pays du « tiers monde ». Les divergences entre les gouvernements participants sont cependant fondamentales (notamment sur la question de la « menace communiste ») et les « petits » Etats craignent la domination des géants que sont l’Inde, la Chine et l’Indonésie. Les impérialismes manœuvrent pour étouffer toute dynamique révolutionnaire. Les relations économiques afro-asiatiques restent très limitées.

 

Le souffle de Bandung ne résiste pas à la crise de Suez, en 1956.

 

Pour sa part, c’est à la crise tibétaine auquel le rapprochement sino-indien ne résiste pas. Cette question est traitée dans un chapitre ultérieur (partie VI). La frontière himalayenne héritée de l’ère coloniale est rejetée par Pékin. A la suite d’une courte guerre, en 1962, où la suprématie militaire chinoise s’affirme, deux territoires restent contestés : l’Aksai Chin, revendiqué par l’Inde et l’Arunachal Pradesh, revendiqué par la Chine.

 

Après la géopolitique fluide de la coopération, les rapports sino-indiens se figent dans l’antagonisme. Delhi s’adosse à Moscou pour éviter la dépendance US et se garder de Pékin. Le RPC apporte son soutien à la dictature militaire pakistanaise pour faire pièce à l’Inde.

 

En Asie orientale, le Japon et l’Indonésie de Suharto s’intègrent à l’alliance régionale anticommuniste impulsée par les Etats-Unis. La géopolitique de guerre impose dorénavant sa loi.

 

Hors Asie, Pékin reste en priorité tourné vers l’Afrique. La Chine soutient le FLN dès 1958 ; elle est le premier Etat non arabe à reconnaître le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Son aide militaire est limitée, mais elle organise des manifestations massives de solidarité. Des équipes médicales sont envoyées en 1963 en Algérie ; d’autres partiront en Afrique au cours des années 70. Des experts chinois introduisent les plantations de thé en Guinée sous Sékou Touré et au Mali. En 1963-1964, Zhu Enlai vient sur le continent prôner l’afro-asiatisme (offrant une alternative tout à la fois aux impérialismes occidentaux et à Moscou).

 

L’autre Chine, celle du Guomindang, tisse des liens en Amérique latine. Les combats de libération menée en Chine et au Vietnam ont permis d’élargir la pensée politico-militaire marxiste en incorporant des expériences variées et riches de « guerre du peuple », de « guerre révolutionnaire prolongée ». L’Asie orientale fut corrélativement un véritable laboratoire de la contre-insurrection moderne – déjà mise en œuvre par le colonel Lansdale, agent réputé de la CIA, pour réduire le soulèvement des Huks philippins (en 1962, il prépare l’opération Mongoose (mangouste) visant à renverser le régime castriste).

 

Un centre de formation à la contre-insurrection est établi à Formose (Taïwan) dans les années 1950. Destiné à l’armée du Guomindang, il accueille aussi des officiers latino-américains. Des instructeurs chinois se rendent, à partir de 1974, au Guatemala (de même les Français ont transmis sur le continent américain leur expertise en matière de torture acquise durant la guerre d’Algérie).

 

III. Pékin et les « partis frères »

 

Dans les années 60-70, la majorité des mouvements communistes d’Asie du Sud-Est (hors Indochine) sont maoïstes. Ils ont tous des programmes en 10 points, que ce soit celui du front ou du parti lui-même. Ils se réfèrent tous à la stratégie de lutte armée et d’encerclement des villes par les campagnes. Ils ne sont pas pour autant des clones. Ils diffèrent par leur histoire, leur insertion sociale, leur système d’organisation, leur degré de dépendance par rapport à Pékin.

 

Ils sont représentés dans la capitale chinoise. La plupart d’entre eux peuvent émettre sur les ondes radio, dans leurs langues, à partir de studios établis à Kunming, dans le sud de la Chine. Ils reçoivent une aide multiforme, bien que mesurée. Le nouveau Parti communiste philippin (PCP) semble à la marge de la famille. Il n’a été fondé que tardivement (1968), n’a pas de frontière terrestre, n’est pas spécifiquement implanté dans la communauté chinoise et commence par faire preuve d’un amateurisme décourageant (deux cargaisons d’armements fournies par la Chine n’arrivent jamais à bon port).

 

Les liens de ces partis avec l’URSS sont ténus, même dans les années 1950. Les partis vietnamien et chinois dressent en quelque sorte un écran protecteur vis-à-vis du centre stalinien, ayant tous deux pris leur distance par rapport aux « ordres de Moscou ». Durant les années 20 et 30, l’envoyé du Comintern fut Nguyen Ai Quoc (Ho Chi Minh) qui milita notamment dans le Nord-est thaïlandais et forma des cadres de la région à Hong Kong. Dans les années 50, la capitale de référence de ces partis est Pékin.

 

La situation en Asie orientale diffère donc de celle qui prévalait en Europe. La question du respect ou non des accords de Yalta et de Potsdam ne se pose pas dans les mêmes termes. Le partage des zones d’influence entre puissances est certes un facteur à prendre en compte (la position de Moscou a des implications négatives sur les rapports de forces) et peut conforter des illusions quant au respect par les métropoles des règles démocratiques dans leurs colonies ; mais d’autres considérations entrent en jeu : la situation réelle dans le pays, pour les colonies britanniques des interrogations sur les équilibres politiques à Londres (gouvernement travailliste), etc.

 

La politique internationale chinoise et ses évolutions ont évidemment des implications majeures et communes sur ces partis, mais médiées par leurs identités distinctes. Comparons les cas thaïlandais et philippins.

 

Le Parti communiste thaïlandais. Dans les années 1970, il bénéficie de bases frontalières, au Laos principalement et au Cambodge. Il reçoit une aide matérielle du PC vietnamien, mais ce dernier n’est pas censé « interférer » politiquement, la ligne de référence restant exclusivement maoïste. Il y a un fossé de génération considérable entre les dirigeants historiques de ce parti et les nombreux jeunes qui ont cherché refuge auprès du PCT après le coup d’Etat sanglant de 1976. Les premiers sont généralement issus de la communauté chinoise et – vivant à la périphérie du royaume ou en exile – ils n’ont pas connu la transformation du pays (y compris l’intégration des Chinois à la société thaïe). Les seconds sont issus de la radicalisation étudiante, du combat pour la démocratie, des activités syndicales et de masse… Ces jeunes ont beaucoup de respect pour les « anciens » qui ont dédié leur vie au combat révolutionnaire, mais le dialogue intergénérationnel ne va pour le moins pas de soi.

 

En Thaïlande même, le PCT est devenu ce que l’on peut appeler un « parti de jungle ». Ses membres vivent dans des camps établis sous la protection de la forêt et se rendent, surtout de nuit, dans les villages avoisinants. Des zones « rouges », « roses » et « blanches » se côtoient. Le parti est surtout implanté à la périphérie : le nord (alliance avec des tribus montagnardes) ; le nord-est (Isan) de population pauvre et délaissée, largement lao ; le sud, région de dissidences où sont aussi basés le Parti communiste malaisien et des mouvements musulmans.

 

La guerre d’Indochine a plongé la Thaïlande dans une crise morale profonde. Elle accueille les bombardiers qui dévastent les pays voisins. Elle sert de base arrière et récréative aux soldats américains – la prostitution (préexistante) explose littéralement. Les tensions sociales s’aiguisent avec l’industrialisation, le développement des bidonvilles et l’occupation par les paysans des dernières terres libres aux marges du royaume. L’influence du PCT grandit, il a la possibilité objective de développer à nouveau un travail de masse bien au-delà de ses zones d’influence habituelles.

 

Tout ce potentiel est réduit à néant quand explose le conflit sino-indochinois. La direction historique du PCT, vivant pour une bonne part en Chine, ne peut ou ne veut rompre avec Pékin – le parti se retrouve du côté des Khmers rouges, des USA et de l’Etat thaïlandais (!) contre les Vietnamiens. Ses camps au Laos sont en conséquence fermés ; il perd l’essentiel de ses bases arrière et de ses approvisionnements en armes. Les désaccords en son sein grandissent et l’hémorragie militante commence. Des groupes de jeunes tentent de reconstruire des organisations « hors jungle », mais ils n’ont pas d’enracinement social, pas d’emploi, pas de revenus ; il leur faut en priorité trouver un travail… Au cours des années 80, les dernières unités de guérilla du PCT négocient leur retour discret à la vie civile.

 

Malgré de très vives tensions, la crise du PCT ne débouche pas en Thaïlande sur des purges physiques, des liquidations ; cela mérite d’être souligné. Néanmoins, pour une longue période, la gauche politique n’est plus un facteur visible de la vie politique thaïlandaise.

 

Le Parti communiste des Philippines. Fondé dans la cadre de la radicalisation internationale de la jeunesse des années 1960, le PCP est homogène sur le plan générationnel. Son analyse de la société philippine (semi-féodale, semi-coloniale) et son projet stratégique sont très rigides, nourris par une version appauvrie du maoïsme chinois (nous sommes à l’époque de la « révolution culturelle ») : primauté permanente de la lutte armée, encerclement des villes par les campagnes et (après quelques tâtonnements coûteux) constitution simultanée de fronts de guérilla dans les grandes iles de l’archipel, aux frontières montagneuses de plusieurs provinces.

 

Le PCP est le seul parti d’extrême gauche qui réussit à survivre à l’imposition en 1972 du régime de loi martiale, puis à se développer. Les autres courants disparaissent, passent un compromis avec la dictature ou restent longtemps trop minoritaires pour peser sur la situation. De ce fait, l’essentiel de la génération qui combat le régime Marcos intègre les rangs du parti maoïste ou rejoint les « fronts » qu’il dirige.

 

Le PCP s’est très tôt associé les Chrétiens pour la libération nationale. Il est à même de bénéficier de la remontée des luttes étudiantes ou ouvrières, démocratiques et sociales et gagne une implantation nationale (bien que marginale en territoire musulman au sud de l’archipel).

La crise éclate au cours des années 80, alors que le mouvement maoïste philippin est à son apogée. Il est le théâtre d’une purge massive, paranoïaque : la direction est convaincue que le parti est profondément infiltré par des agents de l’armée ; la torture aidant, un très grand nombre d’innocents avouent des crimes qu’ils n’ont pas commis et sont exécutés. Par ailleurs, suivant les régions et les secteurs d’intervention, la pratique politique du PCP se diversifie, mais les références idéologiques restent figées – et son organe exécutif, à une très faible majorité, exclut que le régime Marcos puisse tomber à l’occasion des élections de février 1986. Cela ne rentrait pas dans le schéma stratégique du parti, mais cela s’est pourtant produit.

 

Le pluralisme de la gauche philippine s’affirme, y compris au sein du PCP. La tenue d’un congrès (il n’y en a pas eu depuis la fondation du parti) est finalement rejetée par le noyau de direction. De 1993 à 1996, plusieurs régions du parti scissionnent, ainsi que des commissions nationales. Le PCP assassine des dizaines de cadres dissidents. Une rupture de générations apparaît entre celle qui est entrée en lutte sous la dictature et celle qui lui succède. Cependant, l’expérience de la résistance au régime Marcos a été si profonde que la gauche politique reste aux Philippines plus active et plus composite que dans la plupart des autres pays d’Asie du Sud-Est.

 

Le PCP a cherché de l’aide en Chine, en Corée du Nord, en Libye…, mais il n’a jamais été aussi directement dépendant de Pékin que le PCT. La comparaison de leurs trajectoires montre à quel point l’histoire propre à chacun de ces partis doit être prise en compte et combien les labels (« prochinois »…) peuvent masquer la diversité réellement existante entre eux. L’influence chinoise n’en a pas moins été très profonde et a contribué à la crise du parti aux Philippines.

 

La direction du PCP s’est refusée à étudier les leçons de la révolution vietnamienne (le PCV n’ayant pas rompu avec Moscou) ou des expériences latino-américaines. La richesse de l’histoire du PCC, en Chine, n’est pas prise en compte. Le désaccord et le débat politiques ne sont pas perçus comme légitimes, reflet d’une pratique complexe, mais comme l’expression d’une « lutte entre deux lignes », au risque d’identifier rapidement cette dernière à une lutte de classes.

 

Pour le parti, l’existence de la Chine rouge est une condition à la fois nécessaire et suffisante pour assurer la survie d’un éventuel gouvernement révolutionnaire aux Philippines – et voilà que Pékin normalise ses rapports avec Washington et avec Manille. Comment comprendre le conflit sino-indochinois et ses alliances contre nature entre la RPC et les Etats-Unis, entre le droitier Deng Xiaoping et les ultragauches Khmers rouges ? La vision géopolitique très univoque du PCP ne lui permet pas d’intégrer à sa pensée les bouleversements à l’œuvre dans l’arène mondiale. D’un côté, de nombreux membres et cadres du parti aspirent à débattre pour comprendre, de l’autre, une partie décisive de la direction sur replie sur le dogme : le remettre en question, c’est ouvrir une boîte de pandore.

 

IV. Le conflit sino-soviétique

 

Le changement de période est brutal. Au début des années 70, l’impérialisme américain n’est pas certain de pouvoir endiguer la révolution sur le continent, dans la péninsule. En Thaïlande et en Malaisie notamment, l’influence des Partis communistes grandit. Quelques années plus tard, il réalise que Ferdinand Marcos, par népotisme clanique, n’assure pas la « modernisation » espérée de l’Etat philippin. L’avenir est en balance, jusqu’au jour où les soubresauts du conflit sino-soviétique frappent de plein fouet la région.


Les tensions politiques entre les directions maoïste en Chine et stalinienne en URSS remontent aux années 1920, c’est-à-dire aux origines. Si Mao Zedong « existait » avant, le maoïsme comme courant politique distinct est en effet né en réaction à l’écrasement de la Seconde Révolution chinoise et à la responsabilité de Moscou dans ce désastre [3]. Les tensions n’ont cessé de se renouveler à chaque étape de la lutte révolutionnaire, jusque et y compris la conquête du pouvoir en 1949, à laquelle Staline ne croyait pas [4].

 

La guerre de Corée n’a rien arrangé, l’URSS contrant les forces onusiennes par armée chinoise interposée, mais elle ne fournit pas à cette dernière la couverture aérienne qui lui aurait permis d’être protégée des bombardements US, même si des pilotes soviétiques sont engagés sur place (comme ce fut le cas en Espagne et en Chine dans les années 1930).

 

L’alliance entre Pékin et Moscou au début des années 50 est cependant une réalité, sanctionnée par un pacte de coopération et un ensemble d’accords économiques et politiques dans le cadre desquels l’URSS apporte une aide à la RPC. Cette aide s’accompagne d’un modèle de développement (priorité à l’industrie lourde…) que la direction maoïste finit par mettre en question.

 

Les intérêts communs face à la menace impérialiste, l’aide et la coopération vont de pair avec le cynisme d’Etat et la défiance. Les tensions s’expriment au sein du « camp socialiste ».

 

D’emblée, à Bandung notamment, le PCC et la RPC affirment leur autonomie et leur volonté de parler au nom de l’Asie et du tiers monde. Pour Pékin, l’URSS est européenne ; la direction stalinienne s’inquiète pour sa part des ambitions maoïstes en Sibérie – et la direction maoïste de manœuvres soviétiques envers le Xinjiang (le pays ouïghour, de population musulmane). Le devenir de la Mongolie extérieure est une pomme de discorde.

 

Le processus de rupture commence sur la question de l’armement atomique. Dans un premier temps, la Chine engage des recherches en ce domaine avec l’assistance de l’URSS. Cependant, à partir de 1958, Nikita Khrouchtchev condamne le radicalisme maoïste (c’est l’époque du Grand Bond en avant), prône la coexistence pacifique, ouvre des négociations avec les Etats-Unis sur le contrôle international de l’arme nucléaire et refuse d’en doter la RPC. Ce qui n’empêche pas Pékin de faire exploser sa première bombe en 1964.

 

Les accords de coopération URSS-RPC sont suspendus en 1960, près de 1400 techniciens soviétiques quittent brutalement le pays ; un coup dur pour l’économie. La rupture est consommée en 1963, quand Moscou soutient Delhi lors de la guerre sino-indienne. La détérioration des relations débouche finalement en 1969 sur une confrontation militaire à la frontière sibérienne du fleuve Oussouri.

 

Le PC chinois joue à son tour la normalisation avec Washington, faisant de l’URSS son « ennemi principal ». En 1971, la RPC devient membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU (un poste qui était occupé par Formose/Taïwan). En 1972, Richard Nixon, président des Etats-Unis, se rend à Pékin – alors que l’escalade militaire US bas son plein en Indochine et que les pourparlers de paix entre belligérants se tiennent à Paris. Un coup de poignard dans le dos.

 

Il ne faut cependant pas sous-estimer l’importance de l’aide soviétique et chinoise à Hanoï durant une grande partie des années de guerre. Elle est à la fois considérable et politiquement mesurée à l’aune des intérêts d’Etat de Moscou et Pékin.

 

Le soutien s’impose tout d’abord parce que les directions soviétique et chinoise savent qu’elles sont directement visées par l’intervention US en Indochine. Il doit se maintenir, car le prestige international du combat mené au Vietnam est immense. En temps de rivalité, ni Moscou ni Pékin ne peuvent abandonner Hanoi. L’aide peut enfin être utilisée au moment voulu comme un moyen de pression (ce qui est notamment le cas en 1954).

 

L’aide (y compris soviétique, qui transite par la Chine) continue à être acheminée durant la période chaotique de la Révolution culturelle grâce à l’armée qui reste alors le seul corps d’Etat cohérent capable de coordonner son action sur l’ensemble du territoire chinois.

 

En 1954, la Chine se serait volontiers contentée d’un gel à la coréenne de la situation au Vietnam, le Nord servant d’Etat tampon tenant les Etats-Unis à bonne distance. Dans les années 60, Pékin prône au contraire la lutte sans compromis, alors que Moscou et Washington se rapprochent. En 1962, Hanoi reçoit gratuitement 90 000 fusils et pistolets. En réponse au bombardements US sur le Nord, des batteries chinoises terre-air sont installées et des unités du génie viennent notamment réparer routes et voies ferrées. Malgré sa volonté de poursuivre une politique de détente, Moscou est obligée d’augmenter elle aussi massivement son aide – elle se garde cependant de doter Hanoi de ses armements les plus performants, capable d’interdire à l’aviation US le survol du territoire, pour ne pas « provoquer » outre mesure Washington. 

 

Bien que soumis à des pressions contradictoires qui se reflètent au sein du bureau politique, le PCV est alors en mesure de jouer sur la rivalité sino-soviétique pour s’assurer un appui militaire et économique indispensable face à l’escalade US. Ce jeu d’équilibre devient impossible quand Pékin bascule du côté de Washington. Les Vietnamiens comprennent qu’il faut sans plus tarder obtenir la signature des accords négociés à Paris avec Washington. Ils lancent un appel solennel au mouvement antiguerre des Etats-Unis et à toutes les composantes de la solidarité internationale pour qu’ils se mobilisent et imposent cette signature. C’est chose faite en 1973. En 1975, le régime saïgonnais s’effondre après une offensive militaire éclaire de l’armée populaire.

 

Une victoire historique, suivie d’une crise majeure. L’Indochine est devenue l’otage d’un conflit de puissances inédit (« interbureaucratique ») et de la volonté de revanche de Washington. Une alliance idéologiquement paradoxale se constitue entre la Chine de Deng Xiaoping (Mao est mort en 1976), les Etats-Unis et le Cambodge des Khmers rouges, tous unis contre le Vietnam qui ne peut plus compter que sur Moscou. Une crise aux multiples facettes se solde en 1978-1979 par l’intervention vietnamienne au Cambodge et l’attaque chinoise du Vietnam par la Chine. Un désastre qui casse la dynamique révolutionnaire ouverte par la victoire de 1975.

 

Malgré cela, l’impérialisme étatsunien sort très affaibli de sa défaite indochinoise. Un puissant mouvement antiguerre s’est développé. Le coût économique de l’escalade militaire a été exorbitant. Il traverse lui aussi une crise politique majeure. Pendant toute une période, il ne peut jouer efficacement son rôle de gendarme mondial de l’ordre capitaliste.

 

Pierre Rousset

 

Notes

[1] Pierre Rousset, ESSF (article 41214), La crise coréenne et la géopolitique en Asie du Nord-Est : du passé au présent.

[2] Cette partie s’appuie notamment sur le travail de synthèse de Pierre Grosser, L’histoire se fait en Asie. Une autre vision du XXe siècle, Odile Jacob : Paris 2017.

[3] Pierre Rousset, ESSF (article 11137), La Chine du XXe siècle en révolutions – I – 1911-1949 ou de la chute des Qing à la victoire maoïste.

[4] Pierre Rousset, ESSF (article 13546), La Chine du XXe siècle en révolutions – II – 1949-1969 : crises et transformations sociales en République populaire.

 

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·        La Chine du XXe siècle en révolutions – VI – Annexe 4 : maoïsme et « sinisation » du marxisme

·        La Chine du XXe siècle en révolutions – V – Annexe 3 : L’Armée rouge chinoise, les débats militaires du PCC, la guerre populaire et le double pouvoir territorial

 

1996-2017  — Europe Solidaire Sans Frontières

Posté par Michel Peyret

Comment la Chine est devenue chinoise

 

14 Juillet 2017
 
 

Un extrait du livre de Jared Diamond « de l’inégalité parmi les sociétés ». 

 

A sa parution en 2004, « Effondrement » a suscité une importante polémique. La thèse du géographe américaine (les sociétés choisissent inconsciemment la voie du suicide collectif lorsqu’elles minimisent les facteurs environnementaux dans leur processus de développement) a été diversement accueillie. Il y a eu en particulier un article polémique du Monde diplomatique reprochant à Diamond sa propension à lier problèmes environnementaux, problèmes démographiques et problèmes migratoires (notamment en Californie) ou à conférer au secteur privé une meilleure efficience en matière de préservation des ressources.

 

Je ne suis pas d’accord avec ces arguments, un des aspects les plus intéressant de son livre « effondrement » est l’analyse qu’il fait de la catastrophe environnementale de la CHine. pollution de l’air, réduction de la biodiversité, réduction des terres arables, assèchement des marécages, dégradation des pâturages, catastrophes naturelles en chaîne liées à l’anthropisation forcenée des milieux naturels, salinisation et érosion des sols, augmentation de la production d’ordures, pollution des eaux, augmentation des espèces invasives, réduction du débit des cours d’eau… Cette liste de menaces, non exhaustive, entraîne des impacts multiples, dans les domaines économiques, sociaux et sanitaires, et à toutes les échelles. Jared Diamond montre que cette situation ne date pas d’aujourd’hui,et que la déforestation date du XVIII ème siècle. Il insiste sur les facteurs géographiques mais aussi l’accélération dûe à une croissance économique accélérée et une urbanisation rapide avec le développement d’une population qui aspire au modèle occidental (voitures, électroménager, viande), ce qui est un problème non chinois mais mondial puisque cela pose la question d’un modèle de vie qui n’est possible que s’il est totalement inégalitaire au niveau de la planète.

 

La seule réponse qui ait été trouvé à travers cette mondialisation capitaliste est le renforcement des inégalités et la pression accrue sur la vie de la majorité au profit d’une « élite » de plus en plus restreinte et qui poursuit le pillage à une échelle rarement atteinte. Quand un pays sous développé comme la CHine est désormais la seconde voir la première puissance du monde chacun de ses mouvements influe sur la totalité de la planète. Nous avons donc montée en puissance d’un peuple en situation de sous développement et modèle autodestructeur disons occidental, celui du « marché ». 

 

La description de la situation environnementale chinoise  est certes saisissante mais il faut voir aussi que si Diamond n’est pas tendre avec la gestion des communistes qu’il s’agisse du grand bond en avant ou de l’industrialisation et du marché plus récent, on ne peut pas dire qu’il ne voit pas les atouts de la CHine dans une différence essentielle avec le modèle occidental, en particulier dans la planification et dans le socialisme. Simplement, il ne parle pas de celui-ci et préfère faire remonter la centralisation et le dirigisme chinois à l’histoire parfaitement originale de la Chine et c’est le sujet de l’extrait de son livre « de l’inégalité parmi les sociétés » que nous publions ci-dessous.  Ainsi il aboutit à l’idée que « l’un des atouts de la Chine est son immensité et son absence de morcellement politique. Si l’état central veut élaborer une politique environnementale aussi volontariste que celle de l’enfant unique, il peut en imposer les termes sur l’ensemble du territoire chinois en même temps (soit plus de neuf millions de kilomètres carré). Chose que l’Union européenne ou l’état fédéral américain sont encore loin de pouvoir réaliser. »

 

On peut certes s’interroger sur ce qui a fait que le communisme s’est installé en Chine, est-ce  parce qu’il avait été précédé par une unification millénaire? Ou alors ce genre d’analyse peut être extrapolée à d’autres civilisations et la France avec son unification, le poids de son autorité centralisée jouit effectivement d’atouts comparables qui ne sont pas ceux des Etats-Unis ou encore moins de l’Europe, l’essentiel est bien dans la démonstration de Jared Diamond: quand nous sommes à un niveau de mondialisation tel, la réponse ne peut être apportée que par une planification centralisée. 

 

Effectivement, quand on voit la manière dont disons depuis les jeux olympiques, il y a eu une véritable mutation de la Chine sur la question environnementale, c’est au niveau du pouvoir central, du parti communiste que s’élabore aujourd’hui cette mutation. Et si l’on suit la thèse de Jared Diamond sur le fait que le problème de la Chine n’est pas celui de ce pays mais qu’il est celui de l’humanité toute entière avec en particulier un modèle occidental capitaliste complètement destructeur et qui apparaît d’autant plus comme tel que dès que des pays aspirent au développement ils contribuent à cette destruction. Donc quelles que soient les opinions politiques de Jared Diamond et je n’ai aucune raison de penser qu’il soit pro-communiste, il n’en demeure pas moins qu’il montre la nécessité d’une planification, voire d’une « dictature du prolétariat » qui peut seule combiner développement pour tous et lutte contre la catastrophe environnementale (ce qui est encore plus vrai si l’on considère des questions comme la paix et la guerre). L’autogestion des ressources par des micro-sociétés n’est plus aujourd’hui la solution. C’est pour cela que quels que soient les critiques qui ont été faites à Jared Diamond, la réflexion qu’il développe ma paraît incontournable. 

 

(note de Danielle Bleitrach pour histoire et société)


Un extrait du livre de Jared Diamond « de l’inégalité parmi les sociétés ». 

 

Le chapitre 16 pp 331-345 sur la Chine. La thèse est que la Chine a réalisé, 3000 ans avant les autres, l’unité administrative, économique, sociale et culturelle pour des raisons d’avantages géographiques, de ressources pour la production de nourriture par l’agriculture et l’élevage, et d’adaptation à l’environnement. En témoignent l’unité de langage et d’écriture (le Mandarin), l’accroissement de la population de l’an 0 à 1820 début de la révolution industrielle en Europe occidentale après quatre siècles de découvertes du monde par les occidentaux: portugais, espagnols, puis les hollandais et les anglais. Voir Angus Maddison « The world economy, a millennial perspective » sur la Chine, l’Inde et le Japon.

 

Immigration, mesures antidiscriminatoires en faveur des minorités, multilinguisme et diversité ethnique : la Californie, où je vis, a été l’un des premiers États à adopter ces politiques controversées et à en subir aujourd’hui le contrecoup. Un simple coup d’oeil dans les salles de classe de Los Angeles, où mes fils sont scolarisés, donne un visage à ces débats abstraits. Ces enfants représentent plus de 80 langues parlées dans leurs foyers — les Blancs anglophones étant minoritaires. Chaque camarade de jeu de mes fils a au moins un parent ou un grand-parent né hors des Etats-Unis. Tel est aussi le cas de trois des quatre grands-parents de mes fils. Mais l’immigration ne fait que rendre à l’Amérique la diversité qui était la sienne depuis des milliers d’années. Avant la colonisation européenne, le continent nord-américain abritait plusieurs centaines de tribus, et de langues indigènes, qui ne sont passées sous l’autorité d’un gouvernement unique qu’au cours des cent dernières années.

 

À tous ces points de vue, les États-Unis sont un pays profondément « normal ». Les six nations les plus peuplées du monde sont toutes, sauf une, des melting-pots dont l’unification politique est récente et où continuent à vivre des centaines de langues et de groupes ethniques. Jadis petit État slave centré sur Moscou, par exemple, la Russie n’a commencé son expansion au-delà de l’Oural qu’en 1582. Jusqu’au xixe siècle, elle devait englober des dizaines de populations non slaves, dont beaucoup ont conservé leur langue d’origine et leur identité culturelle. De même que l’histoire américaine est l’histoire de l’américanisation de notre continent, l’histoire de la Russie nous dit comment la Russie est devenue russe. L’Inde, l’Indonésie et le Brésil sont aussi des créations politiques récentes (dans le cas de l’Inde, une recréation), où coexistent respectivement 850, 670 et 210 langues.

 

La grande exception à cette règle du melting-pot récent est la nation la plus peuplée du monde : la Chine. Politiquement, culturellement et linguistiquement, elle fait aujourd’hui figure de monolithe, tout au moins pour les profanes. Politiquement, elle était déjà unifiée en 221 ay. J.-C. et, pour l’essentiel, elle l’est restée. Depuis le début de l’alphabétisation, elle n’a connu qu’un système d’écriture, tandis que l’Europe emploie plusieurs dizaines d’alphabets modifiés. Sur les 1,2 milliard d’habitants de la Chine, plus de 800 millions parlent le mandarin — de loin la langue la plus parlée au monde. Quelque 300 millions parlent sept autres langues aussi proches du mandarin, et les unes des autres, que l’espagnol l’est de l’italien. Ainsi, non seulement la Chine n’est pas un melting-pot, mais il paraît absurde de demander comment la Chine est devenue chinoise. Aussi loin qu’on remonte dans son histoire ou presque, la Chine a été chinoise.

 

Cette unité apparente de la Chine nous paraît tellement évidente que nous oublions de nous en étonner. L’une des raisons pour lesquelles cette unité aurait dû nous surprendre est d’ordre génétique. Tandis qu’une classification raciale sommaire des populations mondiales range tous les Chinois dans la catégorie des « mongoloïdes », cette catégorie dissimule des variations bien plus grandes que les différences entre Suédois, Italiens et Irlandais en Europe. En particulier, les Chinois du Nord et du Sud sont assez différents génétiquement et physiquement : ceux du Nord sont très proches des Tibétains et des Népalais, ceux du Sud des Vietnamiens et des Philippins. Mes amis chinois du Nord et du Sud se reconnaissent souvent au premier coup d’oeil : les Chinois du Nord sont généralement plus grands, plus corpulents et plus pâles. Ils ont aussi le nez plus pointu et des yeux plus petits, qui semblent plus « bridés » (à cause de ce qu’on appelle le pli « épicanthique »).

 

Le nord et le sud de la Chine diffèrent également par l’environnement et le climat : le nord est plus sec et plus froid, le sud plus humide et plus chaud. Les différences génétiques apparues dans ces milieux différents supposent une longue histoire d’isolement relatif entre les populations. Comment ont-elles pu, alors, avoir des langues et des cultures si proches, voire identiques ?

 

L’unité linguistique apparente de la Chine est également déroutante au regard de la diversité linguistique d’autres parties du monde peuplées de longue date. Avec une superficie dix fois inférieure à celle de la Chine et 40 000 ans d’histoire humaine seulement, la Nouvelle-Guinée compte, elle, un millier de langues dont plusieurs douzaines de groupes linguistiques avec des différences beaucoup plus grandes qu’entre les huit grandes langueschinoises. L’Europe occidentale, quant à elle, a élaboré ou acquis une quarantaine de langues dans les 6 ou 8 000 ans qui ont suivi l’arrivée des langues indo-européennes (y compris des langues aussi différentes que l’anglais, le finnois ou le russe).


Or des fossiles attestent la présence de l’homme en Chine depuis plus d’un demi-million d’années. Qu’est-il advenu des dizaines de milliers de langues distinctes qui ont dû apparaître en Chine au cours d’un si long laps de temps1 ?

 

Ces paradoxes laissent penser que la Chine était jadis aussi diverse que le sont les nations très peuplées aujourd’hui. La Chine se distingue uniquement par une unification bien plus précoce. Sa « sinisation » s’est soldée par l’homogénéisation drastique d’une immense région dans un ancien melting-pot, ainsi que par la repopulation de l’Asie du Sud-Est tropicale et une influence massive sur le Japon, la Corée et peut-être même l’Inde. L’histoire de la Chine est donc la clé de l’histoire de tout l’Est asiatique et l’on verra ici comment la Chine est devenue chinoise.

 

La carte linguistique détaillée de la Chine fournit un point de départ commode (figure 16.1). Le fait est que, outre les huit « grandes » langues de la Chine — le mandarin et ses sept proches parents (souvent désignés collectivement sous le nom de « chinois »), qui comptent entre 11 et 800 millions de locuteurs chacun —, la Chine possède plus de 130 « petites » langues, parlées par quelques milliers de personnes seulement. Toutes ces langues, « grandes » et « petites », appartiennent à quatre familles importantes, très différentes par le caractère compact de leur distribution.

 

À un extrême, le mandarin et les langues apparentées, qui forment la sous-famille chinoise de la famille linguistique sino-tibétaine, sont distribués de manière continue du nord au sud. On peut traverser la Chine de part en part, de la Mandchourie au golfe du Tonkin, sans quitter les terres occupées par des populations qui parlent le mandarin ou des langues parentes. Les trois autres familles ont des distributions fragmentées et forment des « îles » linguistiques entourées par un « océan » de locuteurs du chinois et d’autres familles linguistiques.

 

1. Jared Diamond traite de l’éradication des langues au cours du processus d’hominisation et d’expansion de l’espèce humaine dans Le troisième chimpanzé, op. cit., chapitres 8, « Les passerelles vers le langage humain », et 15, « Les chevaux, les Hittites et l’Histoire ». (N. d. É.)

 

La distribution de la famille miao-yao (alias hmong mien) est particulièrement fragmentaire, constituée de six millions de locuteurs divisés en cinq langues aux noms colorés : le miao rouge, le miao blanc (ou rayé), le miao noir, le miao vert (ou bleu) et le yao. Les locuteurs du miao-yao vivent dans une douzaine de petites enclaves, toutes entourées de locuteurs d’autres familles linguistiques, éparpillées sur plus de 1300 km’ depuis la Chine du Sud jusqu’à la Thaïlande. Plus de 100000 réfugiés vietnamiens de langue miao ont porté leur famille linguistique aux États-Unis, où ils sont mieux connus sous le nom de Hmong.


Un autre groupe linguistique fragmenté est celui de la famille austro-asiatique, dont les langues les plus largement parlées sont le vietnamien et le cambodgien. Ses 60 millions de locuteurs sont dispersés du Viêt-nam, à l’est, jusqu’à la péninsule malaise au sud et au nord de l’Inde à l’ouest. La quatrième et dernière des familles linguistiques de la Chine est la famille taikadai, dont font partie le thaï et le lao et dont les 50 millions de locuteurs sont dispersés depuis la Chine du Sud jusqu’à la Thaïlande péninsulaire et Myanmar à l’ouest (figure 16.1).

 

Naturellement, cette fragmentation des locuteurs de la famille miao-yao n’est pas l’effet d’un saupoudrage à travers le paysage asiatique. On pourrait au contraire imaginer qu’il y a eu jadis une distribution plus continue, qui s’est fragmentée lorsque d’autres familles linguistiques se sont étendues ou ont amené les miao-yao à abandonner leurs langues. En fait, cette fragmentation linguistique est pour l’essentiel intervenue au cours des 2 500 dernières années suivant un processus historique bien connu. Les ancêtres des locuteurs modernes du thaï, du lao et du birman sont tous venus du sud de la Chine et des régions voisines, jusqu’à leur place actuelle, au point d’inonder par vagues successives les descendants installés des migrations antérieures. Les locuteurs des langues chinoises ont fait preuve d’une singulière vigueur pour remplacer et transformer linguistiquement d’autres groupes ethniques, jugés primitifs et inférieurs. L’histoire de la dynastie Zhou, de 1100 à 221 ay. J.-C., retrace la conquête et l’absorption de l’immense majorité de cette population de langue non chinoise par des États sinophones.


Plusieurs types de raisonnement sont possibles pour essayer de reconstituer la carte linguistique de l’Asie de l’Est il y a plusieurs millénaires. On peut d’abord étudier à rebours les expansions linguistiques historiquement connues des récents millénaires. On peut aussi imaginer que les régions modernes qui ne comptent qu’une seule langue, ou un groupe de langues parentes occupant une vaste zone continue, témoignent d’une expansion géographique à ce point récente de ce groupe que le temps a manqué pour une différenciation en de multiples langues. Enfin, on peut imaginer à l’inverse que les zones modernes à forte diversité linguistique au sein d’une même famille se trouvent plus près du centre de distribution originaire de cette famille linguistique.

 

En recourant à ces trois formes de raisonnement pour faire tourner à rebours l’horloge linguistique, nous en arrivons à laconclusion que la Chine a été à l’origine occupée par des populations de langues sino-tibétaines, chinoise et autres ; que les différente s parties de la Chine du Sud ont été diversement occupées par des populations de langues miao-yao, austroasiatiques et tai-kadai ; et que les populations de langues sino-tibétaines ont remplacé la plupart des locuteurs de ces autres familles dans la Chine du Sud. Un bouleversement linguistique encore plus radical a dû balayer le Sud-Est asiatique tropical jusqu’au sud de la Chine — Thaïlande, Myanmar, Laos, Cambodge, Viêt-nam et Malaisie. Les langues qui y étaient parlées à l’origine doivent être toutes éteintes aujourd’hui, parce que toutes les langues modernes de ces pays semblent être des envahisseurs récents, essentiellement venus de Chine du Sud ou, dans certains cas, d’Indonésie. Comme les langues miao-yao ont réussi à survivre, nous pourrions aussi conjecturer que la Chine du Sud abritait jadis d’autres familles linguistiques que les familles miao-yao, austroasiatique et tai-kadai, mais que rien n’a survécu de ces familles aujourd’hui. On verra que la famille linguistique austronésienne (à laquelle appartiennent toutes les langues philippines et polynésiennes) a sans doute été l’une de ces familles, disparues du continent chinois que nous ne connaissons que parce qu’elle a gagné les îles du Pacifique et y a survécu.

 

Ces remplacements linguistiques de l’Asie de l’Est nous rappellent la diffusion des langues européennes, en particulier de l’anglais et de l’espagnol, dans le Nouveau Monde, jadis foyer d’un millier ou plus de langues indigènes. Nous savons, par l’histoire récente, que l’anglais n’a pas pris la place des langues des Indiens d’Amérique parce que ceux-ci le trouvaient agréable à l’oreille. Par la guerre, le meurtre et les maladies, les immigrés anglophones ont exterminé la grande majorité des Indiens, tandis que les survivants se voyaient contraints d’adopter l’anglais, langue de la nouvelle majorité. Les causes immédiates de ce remplacement linguistique ont été les avantages tirés par les envahisseurs européens de la technologie et de l’organisation politique, eux-mêmes issus des avantages de l’essor précoce de la production alimentaire. Ce sont fondamentalement les mêmes processus qui expliquent le remplacement des langues aborigènes d’Australie par l’anglais, et des langues des Pygmées et des Khoisans d’Afrique équatoriale par les langues bantoues.

 

Les bouleversements linguistiques de l’Est asiatique soulèvent donc une question du même type : qu’est-ce qui a permis aux locuteurs de la famille sino-tibétaine de se propager de la Chine du Nord à la Chine du Sud, et aux locuteurs des familles linguistiques originaires de la Chine du Sud (austroasiatique et autres) de se propager au sud jusqu’en Asie du Sud-Est tropicale ? C’est ici qu’il faut demander à l’archéologie des preuves d’avantages technologiques, politiques et agricoles que certains Asiatiques ont manifestement acquis sur d’autres.

 

Comme partout ailleurs dans le monde, les recherches archéologiques en Asie de l’Est, pour le plus clair de l’histoire humaine, n’ont exhumé que les débris des chasseurs-cueilleurs se servant d’outils de pierre non polis et ignorant la poterie. Les premiers signes de quelque chose de différent viennent de Chine où apparaissent autour de 7500 ay. J.-C. des restes de récolte, des ossements d’animaux domestiques, de la poterie et des outils de pierre polie (néolithiques). A un millier d’années près, on retrouve la date du début du néolithique et de la production alimentaire dans le Croissant fertile. Mais parce que le précédent millénaire est archéologiquement mal connu en Chine, on ne saurait dire à l’heure actuelle si les origines de la production alimentaire chinoise sont contemporaines, légèrement antérieures ou légèrement postérieures à celles du Croissant fertile. En revanche, nous pouvons à tout le moins affirmer que la Chine a été l’un des premiers centres mondiaux de la domestication végétale et animale.

 

En réalité, la Chine a bien pu englober deux ou plusieurs centres indépendants d’origines de la production alimentaire. J’ai déjà évoqué les différences écologiques entre le nord, froid et sec, et le sud, chaud et humide. A une latitude donnée, il existe aussi des distinctions écologiques entre les terres, basses, de la côte et les terres, hautes, de l’intérieur. Ces milieux disparates se distinguent par des plantes sauvages indigènes différentes, qui auraient donc été diversement à la portée des premiers agriculteurs chinois. De fait, les toutes premières cultures identifiées sont deux espèces de millet, résistant à la sécheresse en Chine du Nord, mais le riz en Chine du Sud, ce qui suggère la possibilité de centres de domestication végétale septentrionaux et méridionaux séparés.

 

Les sites chinois possédant les tout premiers signes de culture contenaient aussi des os de porcs domestiques, de chiens et de poulets. A ces premiers animaux et à ces cultures vinrent progressivement s’ajouter les nombreux autres domesticats de la Chine. Parmi les animaux, les plus importants furent les buffles d’eau (pour tirer les charrues), mais il y eut aussi les vers à soie, les canards et les oies. Parmi les cultures chinoises plus tardives, figurent le soja, le chanvre, les agrumes, le thé, les abricotiers, les pêchers et les poiriers. En outre, de même que l’axe est-ouest de l’Eurasie a permis, dans l’Antiquité, à nombre d’animaux et de cultures chinois de se propager à l’ouest, les domesticatsouest-asiatiques se sont aussi propagés vers l’est, en Chine, et y ont pris de l’importance. Le blé et l’orge, les vaches et les chevaux et, dans une moindre mesure, les moutons et les chèvres ont été des contributions occidentales, particulièrement significatives, à l’économie de la Chine ancienne.


En Chine, comme ailleurs dans le monde, la production alimentaire a progressivement débouché sur les autres marques caractéristiques de la « civilisation » (évoquées dans les chapitres 11 à 14). Une superbe tradition de métallurgie en bronze a trouvé ses origines dans le troisième millénaire ay. J.-C. et a permis à la Chine de développer de loin la plus ancienne production de fonte du monde, autour de 500 ay. J.-C. Les 1 500 années suivantes ont vu la profusion d’inventions techniques chinoises mentionnées dans le chapitre 13: entre autres, le papier, la boussole, la brouette et la poudre à canon. Les villes fortifiées firent leur apparition au troisième millénaire, avec des cimetières dont la grande diversité des tombes, tantôt dénuées d’ornement, tantôt luxueusement meublées, trahit l’émergence des différences de classes. Les sociétés stratifiées dont les dirigeants pouvaient mobiliser de grandes forces de roturiers sont également attestées par de grandes murailles défensives, de grands palais et, finalement, le Grand Canal (le plus grand canal du monde, de plus de 1 600 kilomètres) qui relie la Chine du Nord à celle du Sud. La présence de l’écriture est attestée depuis le deuxième millénaire, mais elle est probablement apparue plus tôt. Notre connaissance archéologique des cités et États émergeants de la Chine est ensuite complétée par des chroniques des premières dynasties de la Chine, à commencer par la dynastie Xia, apparue autour de 2000 ay. J.-C.

 

Pour ce qui est du sous-produit le plus sinistre de la production alimentaire, les maladies infectieuses, nous ne saurions préciser où sont apparues la plupart des grandes maladies originaires d’Europe. En revanche, des écrits romains et médiévaux décrivent clairement l’arrivée depuis l’Orient de la peste bubonique et, peut-être, de la variole, si bien que ces germes pourraient être d’origine chinoise ou est-asiatique. Pour la grippe espagnole (transmise par les cochons), la probabilité qu’elle soit apparue en Chine est plus grande encore, quand on sait que les porcs y ont été domestiqués très tôt et y ont pris rapidement de l’importance.

 

La superficie et la diversité écologique de la Chine ont donné naissance à maintes cultures locales, que l’archéologie permet de distinguer par les différents styles de poterie et d’artefact. Au cours du quatrième millénaire ay. J.-C., ces cultures locales se sont étendues géographiquement et ont commencé à interagir, à rivaliser et à se fondre les unes dans les autres. De même que les échanges de domesticats entre les différentes régions écologiques ont enrichi la production alimentaire chinoise, les échanges entre les différentes régions culturelles ont enrichi la culture et la technologie chinoises, tandis qu’une concurrence farouche entre chefferies guerroyantes s’est soldée par la formation d’États toujours plus grands et plus centralisés (chapitre 14).

 

Le gradient nord-sud de la Chine, s’il a retardé la diffusion des cultures, y fut toutefois moins une barrière qu’aux Amériques ou en Afrique. Cela pour différentes raisons : d’abord les distances nord-sud de la Chine étaient plus petites et puis la Chine n’est coupée par aucun désert, comme le sont l’Afrique et le nord du Mexique, ni par un isthme étroit, comme l’est l’Amérique centrale. Au contraire, les longs fleuves est-ouest de la Chine (le fleuve Jaune au nord, le fleuve Bleu au sud) ont facilité la diffusion des cultures et des techniques entre la côte et l’intérieur des terres, tandis que son immense étendue est-ouest et son terrain relativement accessible, qui a permis finalement de rejoindre par des canaux ces deux systèmes fluviaux, ont facilité les échanges nord-sud. Tous ces facteurs géographiques ont contribué à l’unification culturelle et politique précoce de la Chine, tandis que l’Europe occidentale, avec un espace semblable mais un terrain plus accidenté et sans unification par les fleuves, a résisté jusqu’à ce jour à l’unification culturelle et politique.

 

Certains développements se sont propagés du sud de la Chine vers le nord, en particulier la fonte du fer et la culture du riz. Mais la propagation s’est faite surtout du nord vers le sud. La tendance est on ne peut plus claire en ce qui concerne l’écriture : contrairement à l’Eurasie occidentale, qui a produit de bonne heure pléthore de systèmes d’écriture — le cunéiforme, les hiéroglyphes, le hittite, le minoen et l’alphabet sémitique —, la Chine n’a élaboré qu’un seul système d’écriture bien attesté. Mis au point en Chine du Nord, il s’est propagé jusqu’à préempter ou remplacer tout autre système naissant, puis donner naissance à l’écriture encore employée en Chine aujourd’hui. D’autres traits majeurs des sociétés chinoises du Nord se sont propagés vers le sud, dont la technologie du bronze, les langues sino-tibétaines et la formation de l’État. Les premières dynasties de la Chine — les Xia, les Shang et les Zhou — sont toutes trois nées en Chine du Nord au deuxième millénaire ay. J.-C.

 

Les écrits du premier millénaire avant notre ère qui nous sont parvenus montrent que les Chinois avaient déjà tendance à cette époque (comme c’est souvent le cas aujourd’hui) à se sentir culturellement supérieurs aux « barbares » non chinois. Les Chinois du Nord avaient même tendance à tenir leurs homologues du Sud pour des barbares. Un auteur de la fin de la dynastie Zhou, au premier millénaire ay. J.-C., décrivait, par exemple, en ces termes les autres peuples de la Chine : « Les peuples de ces cinq régions — les Etats du milieu et les Rong, les Yi et autres tribus sauvages autour d’eux — ont tous eu leurs natures diverses, dont on ne pourrait les faire changer. Les tribus de l’est étaient appelées Yi. Ils portaient les cheveux dénoués et exhibaient des tatouages sur le corps. Certains d’entre eux mangeaient leur nourriture sans la faire cuire. » L’auteur Zhou de décrire ensuite les tribus sauvages du sud, de l’ouest et du nord qui s’abandonnaient à des pratiques également barbares, comme de tourner les pieds en dedans, de se tatouer le front, de porter des peaux, de vivre dans des grottes, de ne pas consommer de céréales et, naturellement, de manger leurs aliments crus.

 

Les États organisés par celui de la dynastie Zhou, de la Chine du Nord, ou calqués sur lui, se sont propagés en Chine du Sud au cours du premier millénaire ay. J.-C., pour aboutir finalement à l’unification politique de la Chine, sous la dynastie des Qin, en 221 avant notre ère. Son unification culturelle s’accéléra au cours de cette même période, alors que les États chinois civilisés » et lettrés absorbèrent les « barbares » illettrés, à moins qu’ils n’aient été copiés par ceux-ci. Cette unification culturelle fut parfois féroce : par exemple, le premier empereur Qin condamna toutes les chroniques historiques écrites jusque-là ; les jugeant sans valeur, il ordonna qu’elles fussent brûlées, au grand dam de notre compréhension des débuts de l’histoire et de l’écriture chinoises. Ces mesures draconiennes et d’autres ont dû contribuer à l’essor des langues sino-tibétaines de la Chine du Nord à travers la majeure partie du pays et à réduire le miao-yao et les autres familles linguistiques à la distribution fragmentée qu’on leur connaît aujourd’hui.

 

En Asie de l’Est, les débuts précoces de la Chine dans le domaine de la production alimentaire, de la technologie, de l’écriture et de la formation de l’État ont aussi fortement contribué à l’essor des régions voisines. Jusqu’au quatrième millénaire ay. J.-C., par exemple, la majeure partie de l’Asie du Sud-Est tropicale était encore occupée par des chasseurs-cueilleurs élaborant des outils de pierre appartenant à la tradition hoabinhienne, du nom du site vietnamien de Hoa-Binh. Par la suite, les cultures d’origine chinoise, la technologie néolithique, la vie villageoise et les poteries semblables à celles de la Chine du Sud se sont répandues en Asie du Sud-Est tropicale, probablement accompagnées par les familles linguistiques de la Chine du Sud. L’expansion vers le sud des Birmans, des Laotiens et des Thaïs depuis la Chine du Sud a achevé la sinisation de l’Asie tropicale du Sud-Est. Tous ces peuples modernes sont des rejetons récents de leurs cousins de Chine du Sud.

 

Ce rouleau compresseur chinois était si écrasant que les anciens peuples du Sud-Est asiatique tropical ont laissé peu de traces dans les populations modernes de la région. Seuls trois groupes de chasseurs-cueilleurs ont survécu : les Négritos Semang de la Malaisie péninsulaire, les habitants des îles Andaman et les Négritos Vedda du Sri Lanka — reliquat qui suggère que les anciens habitants du Sud-Est asiatique tropical avaient peut-être la peau sombre et les cheveux bouclés, comme les Néo-Guinéens modernes et à la différence des Chinois du Sud et des habitants du Sud-Est asiatique moderne à la peau claire et aux cheveux raides qui en sont les rejetons. Ces reliquats de population Négritos de l’Asie du Sud-Est sont peut-être les derniers survivants de la population source à partir de laquelle la Nouvelle-Guinée a été colonisée. Les Négritos Semang ont persisté en tant que chasseurs-cueilleurs, commerçant avec leurs voisins paysans, mais ont emprunté à ceux-ci une langue austroasiatique — un peu comme, nous le verrons, les Négritos des Philippines et les chasseurs-cueilleurs Pygmées d’Afrique ont adopté les langues de leurs partenaires commerciaux voisins. Ce n’est que dans les lointaines îles Andaman que persistent des langues sans rapport avec les familles linguistiques des Chinois du Sud — ultimes survivants linguistiques de, sans doute, plusieurs centaines de langues aborigènes du Sud-Est asiatique aujourd’hui éteintes.

 

Même la Corée et le Japon ont été fortement influencés par la Chine, bien que leur isolement géographique leur ait évité de perdre leurs langues ou leur singularité physique et génétique, comme le Sud-Est asiatique tropical. La Corée et le Japon adoptèrent le riz de la Chine au cours du deuxième millénaire ay. J.-C., la métallurgie du bronze au premier millénaire avant notre ère et, enfin, l’écriture au premier millénaire apr. J.-C. La Chine transmit aussi le blé et l’orge d’Asie de l’Ouest à la Corée et au Japon.

 

En décrivant ainsi le rôle séminal de la Chine dans la civilisation est-asiatique, gardons-nous d’exagérer. Il serait inexact de prétendre que tous les progrès culturels d’Asie de l’Est soient venus de la Chine tandis que les Coréens, les Japonais et les populations asiatiques du Sud-Est tropical n’auraient été que des barbares incapables d’inventer. On doit aux Japonais quelques-unes des plus anciennes poteries du monde. De plus, en tant que chasseurs-cueilleurs, ils s’établirent dans des villages vivant des richesses de la mer bien avant l’arrivée de la production alimentaire. Certaines cultures ont été probablement domestiquées d’abord ou indépendamment au Japon, en Corée et en Asie tropicale du Sud-Est.

 

La Chine n’en a pas moins eu un rôle disproportionné. Par exemple, le prestige de la culture chinoise est encore si grand au Japon et en Corée que le Japon n’a pas songé à se défaire de son système d’écriture d’inspiration chinoise malgré ses inconvénients pour la langue japonaise, tandis que la Corée entreprend aujourd’hui seulement de remplacer son écriture peu maniable dérivée du chinois par son merveilleux alphabet indigène, le han’gul. Cette persistance de l’écriture chinoise au Japon et en Corée est un héritage vivant de la domestication des plantes et des animaux en Chine il y a près de 10 000 ans. C’est grâce aux succès des premiers paysans de l’Est asiatique que la Chine est devenue chinoise et que les populations allant de la Thaïlande à l’île de Pâques sont devenues leurs cousins.

 

Que cherche la Chine en investissant autant en Afrique ?

 

14 Juillet 2017

Publié le 13 juillet 2017 à 13h06 — Mis à jour le 13 juillet 2017 à 14h26

 

Jamais Pékin n’avait investi à ce point sur le continent africain, devenu un véritable laboratoire de ses ambitions internationales. Et l’Afrique apprécie ce partenaire non interventionniste qui lui apporte financements et infrastructures. Système gagnant-gagnant ? Le débat est lancé.

 

Vieilles de plusieurs siècles, les relations entre la Chine et l’Afrique n’ont jamais été aussi fortes qu’au cours des quinze dernières années. Et le niveau d’engagement de l’empire du Milieu sur le continent a atteint des niveaux inédits. Cette offensive est menée à la fois par les entreprises publiques et privées, les décideurs politiques et les diplomates, et est autant le fruit d’actions spontanées que d’une stratégie bien orchestrée par Pékin.

 

Tous les investisseurs internationaux voient en l’Afrique un important réservoir de minerais et sont attirés par le pétrole angolais et nigérian, par le cuivre de la RD Congo et de la Zambie ou encore par l’uranium namibien. Mais les Européens et les Américains la perçoivent également comme une inquiétante source d’instabilité, de migration et de terrorisme, tandis que la Chine préfère se concentrer sur ses opportunités.

 

Récemment, les entreprises de l’empire du Milieu ont réussi à sécuriser leur accès au cobalt, crucial pour la production des batteries de voitures électriques, en rachetant à coups de milliards de dollars des parts dans les mines de la RD Congo, premier producteur mondial.

 

Un investissement qui va au-delà des matières premières

Ce qui l’attire en Afrique, c’est aussi le marché de consommateurs qu’elle constitue pour ses manufacturiers et ses entreprises de construction

Mais cet intérêt pour le continent va au-delà des matières premières. D’ailleurs, les États-Unis investissent dans l’exploitation minière beaucoup plus que la Chine (66 % du total des investissements pour les premiers, contre 28 % pour la seconde). Ce qui attire celle-ci en Afrique, c’est aussi le marché de consommateurs qu’elle constitue pour ses manufacturiers et ses entreprises de construction.

 

Un pays en est la parfaite illustration : l’Éthiopie. Affichant une croissance soutenue depuis près d’une décennie, comptant plus de 100 millions d’habitants – soit la deuxième plus importante population du continent derrière le Nigeria – et stratégiquement située dans la Corne de l’Afrique, elle est devenue l’une des destinations phares des investissements chinois, malgré sa pauvreté en ressources naturelles.

 

Depuis 2000, elle a été la deuxième plus grande bénéficiaire des prêts chinois en Afrique, recevant des financements pour la construction de barrages, de routes, de chemins de fer et d’usines de manufacture pour plus de 12,3 milliards de dollars, selon les chercheurs de l’université Johns-Hopkins. Cela correspond à plus du double du montant prêté au Soudan, producteur de pétrole, et à la RD Congo, dont le sous-sol regorge de minerais.

 

Un intérêt diplomatique

 

Par ailleurs, et c’est peut-être l’aspect le moins bien compris, l’Afrique offre à la Chine un très bon moyen d’étendre son influence géopolitique. « Avoir de bonnes relations avec les 54 pays africains est très important pour la Chine », explique Jing Gu, directrice du Centre pour les puissances émergentes et le développement global à l’université du Sussex, soulignant qu’elle entretient par ailleurs des rapports très tendus avec ses voisins, de Tokyo à Hanoï.

La Chine a utilisé le continent comme une sorte de laboratoire pour ses ambitions internationales croissantes

Pékin compte aujourd’hui 52 missions diplomatiques dans les capitales africaines, contre 49 pour Washington, et est le membre du Conseil de sécurité des Nations unies qui dispose du plus grand nombre de Casques bleus sur le continent, soit plus de 2 000, au Congo, au Liberia, au Mali, au Soudan et au Soudan du Sud.

 

Selon Jing Gu, spécialiste des questions de développement et consultante pour plusieurs institutions internationales, dont la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, la Chine a utilisé le continent comme une sorte de laboratoire pour ses ambitions internationales croissantes. Et la nature multidimensionnelle de son approche n’est souvent pas reconnue, qu’il s’agisse de ses participations aux opérations de maintien de la paix ou à la construction de routes, de ports et de chemins de fer, destinés à relier le monde en développement à l’empire du Milieu via une nouvelle route de la soie.

 

Howard French, l’auteur du livre China’s Second Continent, qui retrace l’expérience d’environ 1 million d’entrepreneurs chinois partis s’installer sur le continent, partage cette analyse : « L’Afrique a été un atelier de nouvelles idées qui sont maintenant devenues de grands atouts stratégiques. »

 

Quelques chiffres l’illustrent : en 2000, le commerce sino-africain était estimé à 10 milliards de dollars, selon la Johns Hopkins School of Advanced International Studies, à Washington. En 2014, il a atteint 220 milliards de dollars, avant de connaître une baisse liée à la chute des prix des matières premières. La Chine contribue à environ un sixième du total des prêts accordés à l’Afrique, selon une étude du John L. Thornton China Center à la Brookings Institution.

 

Pour beaucoup, la démarche de Pékin s’apparente à un système néocolonialiste dans lequel les entreprises qui extraient des minerais en échange d’infrastructures et de financements de projets agissent comme des intermédiaires pour le gouvernement chinois.

 

Un avantage pour l’Afrique

Les pays africains ont besoin de commerce et d’investissement. Peu importe d’où cela vient – de Chine, d’Inde, de Turquie, de Russie, du Brésil

Il n’empêche que, d’un point de vue africain, bien qu’il comporte de nombreux risques, le partenariat avec la Chine apporte des avantages tangibles en matière de financement et d’infrastructures.

 

Et, plus important encore, il offre un choix bienvenu aux gouvernements africains, qui ont développé durant des décennies des relations souvent improductives avec les bailleurs de fonds internationaux. Même si ces derniers ont apporté des milliards de dollars en aide, ils ont également aussi imposé, dans les années 1980 et 1990, des réformes inspirées du consensus de Washington, qui ont été destructrices pour les économies africaines.

 

« La relation entre les donateurs et les bénéficiaires a considérablement changé avec l’arrivée de la Chine », soutient Dambisa Moyo, économiste zambienne et auteur du livre Dead Aid, publié en 2009 et mettant en cause les liens de l’Afrique avec l’Europe et les États-Unis fondés sur l’aide.

 

Attractivité de la politique non-interventionniste

 

« Les pays africains ont besoin de commerce et d’investissement. Peu importe d’où cela vient – de Chine, d’Inde, de Turquie, de Russie, du Brésil –, c’est toujours une bonne nouvelle d’avoir de nouveaux partenaires », ajoute-t-elle. Pour Jeffrey Sachs, le directeur de l’Earth Institute à l’université Columbia, l’enthousiasme de la Chine en Afrique représente même « la plus importante source de développement pour le continent de notre génération ».

Un sondage réalisé par Afrobarometer en 2016 dans 36 pays du continent a montré que, pour 63 % des Africains, l’influence chinoise a été « plutôt » ou « très » positive

De même, la politique officielle non interventionniste de la Chine la rend encore plus attractive pour les dirigeants africains, dont ceux de l’Angola et du Zimbabwe, qui disent en avoir assez de l’attitude de « donneurs de leçons » des anciennes puissances coloniales en matière de droits de l’homme et de démocratie.

 

À travers le continent, les populations et les décideurs politiques partagent ce sentiment. Un sondage réalisé par Afrobarometer en 2016 dans 36 pays du continent a montré que, pour 63 % des Africains, l’influence chinoise a été « plutôt » ou « très » positive. Et 24 % des personnes interrogées pensent que la Chine présente le meilleur modèle de développement pour l’Afrique, juste derrière les États-Unis, avec 30 % d’avis favorables.

 

La menace de la dette

C’est toujours la même histoire : la Chine conquiert l’Afrique, mais quel profit en tire l’Afrique ?

Mais un sentiment de malaise persiste à propos de son importance grandissante. « Je pense que les Chinois savent ce qu’ils veulent alors que les Africains, eux, ne le savent pas, estime PLO Lumumba, le directeur de la Kenya School of Law. La Chine veut gagner de l’influence, elle veut être une puissance mondiale ».

 

Selon lui, les gouvernements africains contractent tellement de dette envers la Chine qu’ils mettent en gage leur indépendance politique et économique. Godfrey Mwampembwa, caricaturiste connu dans toute l’Afrique sous le nom de « Gado », partage la même analyse : « C’est toujours la même histoire : la Chine conquiert l’Afrique, mais quel profit en tire l’Afrique ? » Dans l’un de ses dessins, il représente les leaders africains en lilliputiens secouant leurs mains devant un énorme visage chinois. Avec ce texte : « Nous sommes des partenaires égaux. »

 

Le Kenya a bénéficié de l’aide chinoise – pour un montant évalué à plusieurs milliards de dollars – ainsi que de leur expertise en ingénierie afin d’améliorer ses infrastructures. Mais dans une interview accordée récemment au Financial Times, le président Uhuru Kenyatta a exprimé son inquiétude au sujet du déficit commercial de l’Afrique face à la Chine.

 

Il estime cependant que Pékin « commence à comprendre que, pour qu’une stratégie gagnant-gagnant fonctionne, la Chine doit s’ouvrir à l’Afrique comme l’Afrique s’ouvre à elle ». De même, le sentiment des Africains à l’égard des Chinois a évolué.

 

D’après Howard French, même s’ils ont globalement un a priori positif, l’enthousiasme d’antan a fait place à une certaine réserve. Si les infrastructures sont bien accueillies, l’opinion publique insiste sur la nécessité d’exiger des entreprises chinoises qu’elles emploient plus de main-d’œuvre locale et qu’elle la traite bien.

 

Selon cet expert, les populations s’indignent également de voir le coût des projets augmenter pour permettre à certains de leurs gouvernements de bénéficier de rétrocommissions. Des soupçons qui pèsent actuellement sur le projet ferroviaire Mombasa-Nairobi, d’un montant de 4 milliards de dollars, inauguré au mois de juin 2017.

 

Une récente prise en compte de la société civile

 

Les entreprises chinoises sont aujourd’hui conscientes du problème. Il y a une décennie, elles estimaient que leurs relations avec les gouvernements suffisaient. Désormais, elles comprennent qu’il est indispensable d’échanger avec la société civile et les ONG internationales sur les questions environnementales ou sur le transfert de technologies. Un nombre croissant de ces sociétés communiquent sur la transmission de leur savoir-faire aux Africains.

 

Par exemple, le géant des télécoms Huawei, qui réalise 15 % de ses revenus sur le continent, forme chaque année 12 000 étudiants en télécommunications dans des centres en Angola, au Congo, en Égypte, au Kenya, au Maroc, au Nigeria et en Afrique du Sud. Selon les chercheurs de Johns-Hopkins, 80 % des employés des projets chinois en Afrique sont des locaux, même si beaucoup d’entre eux occupent les postes à faible niveau de compétence. « Les Chinois ont rapidement progressé, reconnaît Howard French. Ils sont maintenant devenus des joueurs sophistiqués. »

 

Selon Jing Gu, il est important pour la Chine que sa relation avec l’Afrique apparaisse comme mutuellement bénéfique. « Elle poursuit activement une stratégie d’industrialisation. Au cours des dix prochaines années, elle espère relocaliser sa production manufacturière sur le continent », explique-t-elle.

 

Selon notre consultante, il est vital que les gouvernements africains reprennent le contrôle de leurs relations avec leurs partenaires étrangers, qu’il s’agisse de l’Occident ou de la Chine. Ce qui signifie établir des priorités, insister sur le transfert des connaissances et négocier selon leurs propres conditions. « Les Africains doivent être clairs et déterminer qui joue quel rôle. C’est à eux de décider, et non pas aux étrangers. »

© Financial Times et Jeune Afrique 2017


Peut mieux faire

 

Dans un rapport publié le 28 juin, McKinsey prédit un bel avenir aux relations sino-africaines. Le cabinet international de conseil avance deux scénarios. Le premier : si les investissements chinois sur le continent se poursuivent sur le même rythme, les groupes de l’empire du Milieu verront leurs recettes africaines passer de 180 milliards de dollars aujourd’hui à 250 milliards en 2025.

 

Le second : d’après McKinsey, les entreprises chinoises peuvent significativement accroître leurs activités africaines, que ce soit dans les secteurs qu’elles occupent prioritairement aujourd’hui – les mines et les infrastructures – ou dans d’autres domaines tels que l’agriculture, la bancassurance, les télécoms, les transports et la logistique. Dans ce dernier cas, leurs revenus pourraient atteindre 440 milliards de dollars en 2025


La Chine-Afrique s’invite à Marrakech

 

Plus de 400 décideurs chinois et africains de haut niveau sont attendus les 27 et 28 novembre à Marrakech dans le cadre de la 2e édition du China-Africa Investment Forum (CAIF).

 

Au cœur des discussions de cet événement coorganisé par le ministère marocain de l’Industrie et de l’Investissement, Jeune Afrique Media Group et BOAO Business Consulting : les implications financières de la nouvelle route de la soie pour les économies africaines, les solutions à privilégier pour tirer profit de cette nouvelle dynamique et faire du continent une véritable plateforme industrielle

Le lettré chinois est un chamane, par Christian Fauré

 

 

13 Juillet 2017 

Christian Fauré

Hypomnemata : supports de mémoire

 

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Je suis l’exact contraire de Marianne, les langues ne sont pas pour moi un moyen de communication et je déteste parler une autre langue que la langue française, mais en revanche les langues peuvent devenir objet d’étude, compréhension d’une civilisation et je privilégie les « langues mortes », la traduction, l’écriture. Je serais encore en train d’étudier le chinois si l’on ne s’était obstiné à vouloir que je le parle. En revanche, je me souviens avec délice des cours de civilisation et parmi eux un cours sur l’écriture chinoise sur les carapaces de tortue, pratique divinatoire. Ce texte, cette interprétation me ravit

 

(note de Danielle Bleitrach)


 

by CHRISTIAN on 9 JUILLET, 2013

 

Il est toujours délicat de parler de “lettrés” chinois quand on sait qu’il n’y a précisément pas de lettres dans l’écriture chinoise.

 

Aussi, tous les éclairages que produit Sylvain Auroux dans “La révolution technologique de la grammatisation”, quand il met en lumière le processus de constitution des grammaires et des vocabulaires de la langue qui s’écrit en spatialisant la parole grâce au découpage des mots en une suite finie de lettres – ces processus de grammatisation qui sur-déterminent largement notre philosophie et nos modes de pensées – tous ces éclairages donc, deviennent “lettre morte” quand on porte notre regard vers l’empire du milieu.

 

Si la culture chinoise diverge autant de notre culture occidentale c’est très certainement dans le rapport à l’écriture et c’est donc à partir de sa spécificité qu’il faut poser le problème. L’écriture idéographique est donc le marqueur qu’il faut éclairer si l’on veut saisir ce qui se joue dans cette autre visage de l’écriture qui produit d’autres mode de pensée.

 

Qui sont donc les “lettrés” chinois que l’on n’arrive pas à nommer à partir de nos catégories issues de la grammatisation occidentale ?

 

Léon Vandermeersch propose une analyse stimulante de cette question dans son dernier ouvrage, “Les deux raisons de la pensée chinoise”, sous-titré “Divination et idéographie”.

 

Sa thèse est la suivante : l’écriture idéogrammatique chinoise se distingue non seulement de l’écriture alphabétique mais également de toute autre forme d’écriture idéogrammatique (par exemple les hiéroglyphes) en cela qu’elle a été inventée sous le règne de Wu Ding (13° siècle av. JC) non pas pour noter des énoncés de la langue parlée mais pour noter des protocoles d’opération de divination.

 

Pour Léon Vandermeersch, l’origine et la spécificité de l’écriture chinoise réside dans le fait qu’elle invente des inscriptions d’équations divinatoires. Ce n’est que bien plus tard, au VIII° siècle de notre ère, que l’écriture chinoise, au travers diverses transformations que nous pourrions qualifier d’idéographisation en écho à la grammatisation, s’est généralisée comme une pratique d’écriture qui retranscrit la parole.

 

La différence entre idéogramme chinois et écriture alphabétique occidentale repose in fine sur la différence entre la spéculation manticologique chinoise et la théologie occidentale : culture du chamane d’un côté versus culture du prêtre et du clerc de l’autre.

 

D’ailleurs, dans une note de son introduction, Léon Vandermeersch rappelle que:

 

“lettré” en chinois se dit “ru”, étymologiquement “faiseur de pluie” ; or la danse chamanique a survécu comme danse pour faire tomber la pluie.

 

Sur la base de cette thèse, l’auteur se demande ce que la Chine contemporaine va faire de son nouveau statut de puissance majeure mondiale, et notamment si elle va redécouvrir la fécondité de sa propre culture basée sur une raison chamanique ou “manticologique” au lieu de la raison théologique occidentale.

 

 

La Longue Marche, un jalon historique incontournable

 

06 Juillet 2017
La Chine n’oublie pas son histoire et plonge dans ses racines la force des défis actuels. (note de Danielle Bleitrach)
 
2017-03-13      Texte de Li Xia

 

Le 23 septembre 2016, le président chinois Xi Jinping et d’autres hauts responsables de l’État, y compris Yu Zhengsheng, Liu Yunshan, Wang Qishan et Zhang Gaoli, visitent une exposition qui marque le 80e anniversaire de la fin de la Longue Marche au Musée militaire de la révolution populaire chinoise de Beijing. Crédits photo : Lan Hongguang / Xinhua

 

Il y a 80 ans, l’Armée rouge des ouvriers et des paysans chinois est arrivée à sa destination dans la province du Shaanxi, après avoir parcouru 12 500 kilomètres. La manœuvre militaire menée par l’armée sous la direction du Parti communiste chinois (PCC) d’octobre 1934 à octobre 1936 sera appelée la Longue Marche.

 

Le PCC et son armée se sont mis en marche vers l’ouest et ont ensuite viré vers le nord, endurant des difficultés et des souffrances inimaginables ; manquant de nourriture, ils ont subsisté en mangeant des racines et l’écorce des arbres. Beaucoup portaient des chaussures de paille et avaient à peine de quoi se couvrir durant l’hiver glacial. Ils ont traversé plus de vingt montagnes enneigées, endurant le manque d’oxygène dans des endroits que peu avaient bravé à des altitudes de plus de 4 000 mètres. De tous les marais qu’a traversés l’armée rouge, celui de Songpan sur le plateau oriental du Qinghai-Tibet était le plus dangereux. D’une superficie de 15 200 kilomètres carrés, il comprend de nombreux étangs boueux et tranchées.

 

Le 24 septembre 2016, Wang Tianbao (à gauche), ancien conseiller des Forces aériennes de Chine, examine un morceau de chaîne de fer lors d’une exposition marquant le 80e anniversaire de la fin de la Longue Marche au Musée militaire de la révolution populaire chinoise de Beijing. Crédits photo : Par Yin Gang / Xinhua

 

« J’avais de plus en plus de mal à respirer au fur et à mesure que l’oxygène se raréfiait, j’étais à peine capable de parler », s’est rappelé un des anciens dirigeants du PCC aujourd’hui décédé, Dong Biwu, en évoquant la traversée d’un pic enneigé pendant la Longue Marche. « Il faisait si froid que la vapeur que j’exhalais se figeait aussitôt, mes mains et mes lèvres étaient pourpres. Certaines personnes et têtes de bétail ont glissé dans la rivière glacée et ont disparu à jamais. Ceux qui se sont assis pour se reposer ont été rapidement engourdis par le froid. »

 

En plus de ces conditions naturelles rudes, l’armée rouge était assiégée par les forces du Kuomintang. Le récit de l’Armée rouge prenant le pont de Luding témoigne de l’ardeur des batailles. Pour arrêter la progression de l’armée rouge, les troupes du Kuomintang ont retiré les planches du pont suspendu sur la rivière Dadu, ne laissant que 13 chaînes de fer. Finalement, 22 soldats de l’Armée rouge ont risqué leur vie pour capturer le pont après une lutte féroce. La Longue Marche est un miracle de l’histoire humaine et une épopée glorieuse écrite par le PCC et l’Armée rouge.

 

Une unité de la Première armée du front de l’Armée rouge des ouvriers et des paysans chinois pose pour une photo après son arrivée dans le nord de la province du Shaanxi. En octobre 1935, la Première armée du front a achevé la Longue Marche après avoir rompu les sièges orchestrés par les troupes du Kuomintang et vaincu diverses barrières naturelles. CFB

 

Après avoir mené avec succès l’Armée rouge dans le nord du Shaanxi, où le soutien du peuple était fort, le PCC a vaincu les envahisseurs japonais et le Kuomintang et a fondé la République populaire de Chine en 1949. La Longue Marche a jeté des bases importantes pour cette victoire.

 

Après sa fondation en 1921, le PCC s’est d’abord allié au Kuomintang pour lancer la Grande Révolution visant à renverser les seigneurs de la guerre féodaux. La révolution s’est soldée par un échec, tout comme la coopération entre le PCC et le Kuomintang. Le premier a alors dirigé indépendamment la Révolution territoriale et organisé des opérations armées contre le gouvernement corrompu et contre-révolutionnaire du Kuomintang. En conséquence, l’Armée rouge et ses bases révolutionnaires ont continué à se développer. À son apogée en 1933, la zone soviétique centrale du PCC, qui se développait à partir de bases révolutionnaires dans le sud de la province du Jiangxi et dans la province occidentale du Fujian, couvrait 60 comtés, une population de 4,35 millions de personnes et un territoire d’environ 84 000 kilomètres carrés.

 

 

La tour des forces interarmées de l’Armée rouge à Huining, dans la province du Gansu. Ce mémorial s’élève à 28,78 mètres et se compose de trois pagodes de style traditionnel. La plaque de marbre au milieu porte les inscriptions de Deng Xiaoping : « Tour commémorative de la convergence des Première, Deuxième et Quatrième Armées des ouvriers et des paysans chinois ». CFB

 

En 1931, l’armée japonaise a organisé l’incident du 18 septembre dans le but d’occuper le nord-est de la Chine. Pour sauver la nation, le PCC s’est engagé dans la résistance contre l’agression japonaise. Cependant, le gouvernement du Kuomintang a rassemblé des forces pour assiéger la zone soviétique centrale, dans une tentative d’éliminer le PCC et son armée. Certains dirigeants du PCC ont commis l’erreur de s’attacher fermement au dogmatisme de gauche, entraînant l’échec de la cinquième campagne contre l’encerclement et la suppression menée par les troupes du Kuomintang. L’Armée rouge a été obligée de commencer la Longue Marche pour se retirer vers les zones dans lesquelles le Kuomintang était faible, plus près des fronts anti-japonais, afin de conserver ses forces pour se défendre contre les envahisseurs.

 

Le mont Jiajin traversé par l’Armée rouge pendant la Longue Marche dans la préfecture autonome tibétaine Aba et Qiang de la province du Sichuan. CFB

 

Comme l’a dit Deng Xiaoping, bien que la Longue Marche ait été une retraite militaire provoquée par les erreurs dogmatiques gauchistes de certains dirigeants du PCC et le siège imposé par les troupes du Kuomintang, le but ultime était de résister à l’agression japonaise et de sauver la nation. Pendant la Longue Marche, le PCC a diffusé des informations pour sensibiliser le public aux efforts de résistance contre les envahisseurs japonais et a recruté dans l’Armée rouge. Même dans les régions éloignées et isolées, les efforts de l’armée pour résister à l’agression japonaise ont gagné le respect et l’appui des résidents locaux.

 

Partout où elle est arrivée, l’Armée rouge a aidé les pauvres à renverser les despotes locaux, à distribuer les terres et à abolir les lourdes taxes. Les paroles d’une ballade populaire appellent à « soutenir l’Armée rouge pour gagner la guerre, la seule manière pour les ouvriers et les paysans d’être libérés ». Des slogans tels que « Peuple pauvre et affamé, viens rejoindre l’Armée rouge » et « L’Armée rouge sauve les pauvres » étaient visibles dans les villages traversés durant la Longue Marche.

 

En octobre 1936, les forces principales de l’Armée rouge, à savoir les Première, Deuxième et Quatrième armées du front, convergent à Huining, dans la province du Gansu, mettant fin à la Longue Marche qui durait depuis deux ans. CFB

 

Lorsque l’Armée rouge est arrivée dans la ville de Bijie, dans la province du Guizhou, les dirigeants du PCC ont rencontré Zhou Suyuan, un dignitaire local, et ont expliqué les théories marxistes et les points de vue du PCC. Zhou Suyuan est ensuite devenu commandant de l’armée du salut national et de résistance anti-japonaise du Guizhou du PCC et a rejoint la Longue Marche au nord du Shaanxi. Lorsque l’Armée rouge est arrivée dans les régions habitées par les minorités ethniques, son département politique général a ordonné à tous les officiers de se plier inconditionnellement aux coutumes et aux règles des minorités ethniques locales et de clarifier ces coutumes et règles à tous les soldats, de s’opposer aux préjudices et concepts de suprématie de l’ethnie han, ainsi que faire connaître les objectifs de l’Armée rouge aux personnes de toutes les minorités ethniques, en particulier ses idées sur l’autonomie ethnique et l’égalité. L’Armée rouge a appliqué avec rigueur les politiques du PCC sur l’égalité ethnique et la religion, ce qui lui a permis de gagner la confiance et le soutien des Tibétains locaux, dont huit moines éminents du monastère de Guihua à Zhongdian, dans la province du Yunnan. Le monastère a donné cinq tonnes de grain à l’Armée rouge.

Une arche de papier coloré construite par l’Armée rouge dans le nord du Shaanxi pour saluer les troupes arrivant de la Longue Marche. CFB

 

Dans son livre Étoile rouge sur la Chine, le journaliste américain Edgar Snow a écrit que « les commandants les plus élevés mangent et s’habillent comme des soldats ordinaires. Le Parti communiste n’a pas de fonctionnaires et généraux généreusement payés ou corrompus, alors que dans d’autres organisations militaires chinoises, une grande partie des fonds destinés aux militaires sont détournés par les officiers. » Malgré les difficultés de la Longue Marche, les idéaux, le courage, la sagesse et l’action du PCC ont inspiré les gens tout au long du chemin, et beaucoup d’entre eux ont rejoint l’Armée rouge. Par exemple, en février 1935, plus de 3 000 personnes se sont jointes à l’effort à Zhaxi, dans le Yunnan, et 6 000 autres de Jiangyou et Zhongba dans le Sichuan se sont jointes à l’Armée rouge entre avril et mai 1935. Les premières données montrent qu’un total de 43 000 personnes vivant le long du parcours ont rejoint l’Armée rouge entre novembre 1934 et septembre 1936.

 

Vestiges d’une planche traversée par l’Armée rouge pendant la Longue Marche. CFB

 

Le président Mao Zedong a dit que « la Longue Marche est la première de son genre dans les annales de l’Histoire. Elle est un manifeste, une force de publicité et une machine à semer des graines. Qui a fait de la Longue Marche une victoire ? Le Parti communiste. Sans le Parti communiste, une marche de ce genre aurait été inconcevable. »

 

Les chaînes de fer du pont Luding sur la torrentielle rivière Dadu. Le 25 mai 1935, l’Armée rouge a emprunté le pont Luding après sa première bataille de la Longue Marche, écrasant la tentative de Chiang Kai-shek d’éliminer les troupes communistes au sud du fleuve. CFB

 

Le PCC a surmonté les échecs en convainquant beaucoup avec peu de moyens et en vainquant les forts avec les faibles. La clé de la victoire de la Longue Marche est que le PCC a suivi l’appel des temps, a maintenu ses idéaux, a répondu aux espoirs du peuple, et a gardé son esprit d’altruisme. C’est l’héritage précieux que la Longue Marche a laissé au PCC, qui a progressivement facilité la création d’énormes richesses au cours de la révolution chinoise et du développement économique subséquent. Tout comme le président chinois Xi Jinping l’a déclaré, « la Longue Marche était une grande expédition en quête d’idéaux et de foi, testant la vérité et ouvrant de nouveaux horizons. »

 

Des herbes sauvages mangées par l’Armée rouge et un gilet porté par un soldat pendant la Longue Marche. CFB

 

Le 21 octobre 2016, le Comité central du PCC a tenu un rassemblement pour commémorer le 80e anniversaire de la victoire de la Longue Marche. Dans son discours, le président Xi a remarqué que « le grand esprit de la Longue Marche est la richesse spirituelle précieuse qui a coûté au Parti et au peuple un lourd tribut de lutte douloureuse. À chaque génération, nous devons garder à l’esprit, apprendre et promouvoir le grand esprit de la Longue Marche, en préservant sa force spirituelle qui continue à motiver le Parti, l’État, le peuple, l’armée et la nation pour progresser vers un avenir encore meilleur. » En soutenant l’esprit de la Longue Marche, les Chinois sont confiants dans leur propre développement et sont prêts à assumer les responsabilités de l’humanité et de l’avenir. C’est pourquoi le PCC chérit l’héritage de la Longue Marche.

La Chine lance la construction de la ligne ferroviaire la plus difficile du monde

 

06 Juillet 2017

 Résultat de recherche d'images pour "Le chemin de fer Sichuan-Tibet"

Publié le 2017-07-05 à 15:38 | french.xinhuanet.com

 

Quand on songe à la longue marche que de chemin parcouru par ce pays… (note de Danielle Bleitrach)
CHENGDU, 5 juillet (Xinhua) — Des paysages à couper le souffle et des dangers saisissants, voilà ce que les ingénieurs chinois devront affronter en s’attaquant à la construction du chemin de fer le plus difficile du monde.
 

Le chemin de fer Sichuan-Tibet sera la deuxième ligne ferroviaire dans la région autonome du Tibet, après le chemin de fer Qinghai-Tibet. La ligne traversera le sud-est du plateau Qinghai-Tibet, l’une des zones les plus actives géologiquement du monde.

 

« La construction et le fonctionnement du chemin de fer Sichuan-Tibet doivent surmonter les risques les plus importants du monde », a indiqué You Yong, ingénieur en chef de l’Institut des risques et de l’environnement dans les régions montagneuses de l’Académie chinoise des Sciences, à la tête d’une équipe de soutien scientifique et technologique pour la prévention des catastrophes dans les montagnes.

 

La China Railway Eryuan Engineering Group Co. Ltd., responsable de la conception de la ligne, a indiqué qu’elle partirait de Chengdu, capitale de la province du Sichuan (sud-ouest), traverserait Ya’an et Kangding avant d’entrer au Tibet via Qamdo. Puis elle traversera les préfectures de Nyingchi et de Shannan avant d’arriver à Lhassa, capitale du Tibet. La longueur totale de la construction sera d’environ 1.700 kilomètres et elle coûtera 250 milliards de yuans (environ 36,88 milliards de dollars).

 

Les travaux ont commencé aux deux extrémités de la ligne. La section entre Chengdu et Ya’an devrait entrer en service en juin 2018. L’étude de faisabilité sur la section entre Ya’an et Kangding a été achevée. La section entre Lhassa et Nyingchi est en construction.

 

Cependant, la section entre Kangding et Nyingchi, la section la plus difficile et la plus longue, est encore dans sa phase de conception. Sa construction devrait commencer en 2019 et pourrait durer environ sept ans, selon le China Railway Eryuan Engineering Group Co. Ltd.

 

Le chemin de fer Sichuan-Tibet sera une ligne importante dans le réseau ferroviaire de l’ouest du pays, reliant le Tibet à davantage de régions développées du centre et de l’est. La vitesse de conception se situe entre 160 et 200 km/h. A son achèvement, la durée du trajet en train entre Chengdu et Lhassa ne sera plus que de 13 heures environ, contre 48 heures actuellement.

 

You Yong, qui a consacré presque 30 années à l’étude des risques dans les régions montagneuses, a indiqué que la ligne traverserait l’est du plateau Qinghai-Tibet, sujet à des variations brusques du terrain.

 

Selon lui, la structure géologique active de cette région est la cause de forts séismes. La ligne devrait traverser des zones sismiques telles que la montagne Longmen et la rivière Yarlung Zangbo.

 

« Construire une ligne ferroviaire dans un tel environnement géologique complexe se heurtera à de nombreux difficultés scientifiques et technologiques. La prévention et le contrôle des risques dans les régions de montagne seront cruciaux pour son succès », a indiqué M. You.

The Guardian : La Chine met en miettes les promesses  faites au Royaume-Uni et montre au monde qui est le maître… 

 

03 Juillet 2017

Xi Jinping n’a offert aucune concession sur les libertés civiles lors de sa visite à Hong Kong. En gros la Chine dans son style fleuri inimitable explique que la temps de la colonisation est terminé et que soit les nobles étrangers acceptent de le comprendre soit la Chine fera comme s’ils le comprenaient
 
(note et traduction de Danielle Bleitrach).
Le président chinois Xi Jinping
Le message du président chinois Xi Jinping à la Grande-Bretagne était que la Chine n’admettrait aucune ingérence extérieure dans l’ancienne colonie. 
Photo: Jerome Favre / EPA 

Samedi 1 juillet 2017

 

Les conversations difficiles de Xi Jinping à Hong Kong reflètent une confiance croissante dans la capacité de la Chine à façonner les événements mondiaux ou à ignorer les pays moins puissants comme la Grande-Bretagne.

 

Le président chinois aurait pu jeter un os à ronger au mouvement pro-démocratie. Il aurait pu offrir une libéralisation sur les libertés civiles et les droits politiques à l’opinion occidentale. Au lieu de cela, il a montré à Hong Kong qui était le patron.

 

Xi, l’homme dur a établi la loi selon Pékin…

 

Son message à la Grande-Bretagne était aussi brutal, limite dédaigneux. La Chine n’accepterait pas d’ «ingérence» dans l’ancienne colonie. Oubliez les garanties d’une société libre et ouverte négociée minutieusement avant le transfert de 1997.

 

« Toute tentative de mettre en danger la souveraineté de la Chine et de contester le pouvoir du gouvernement central est absolument inadmissible », a déclaré Xi.

 

Selon la version tronquée de Xi de la Loi fondamentale, toute critique est désormais interdite, sous peine de conséquences graves. Boris Johnson a bénéficié au début de la semaine d’une importante leçon concernant  le nouvel équilibre des pouvoirs.

 

« En ce qui concerne l’avenir, la Grande-Bretagne espère que Hong Kong fera plus de progrès vers un système de gouvernement entièrement démocratique et responsable », a souligné le secrétaire aux affaires étrangères avec une douceur inhabituelle.

 

La déclaration de Johnson était honteusement déférente. Il a pu, et devrait, avoir été plus énergique quant aux responsabilités de Pékin et à sa propre ingérence brutale, parfois illégale. Mais la Chine en a pris de l’ombrage tout de même. Liu Xiaoming, l’ambassadeur de la Chine à Londres, a déclaré  directement à Johnson que les questions concernant Hong Kong doivent désormais être «traitées correctement» ou les liens globaux en souffriraient.

 

Le pire  était  encore à venir. Vendredi, le ministère chinois des Affaires étrangères a officiellement renoncé à la déclaration conjointe sino-britannique de 1984, base sur laquelle la Grande-Bretagne a accepté de renoncer au contrôle de la colonie. Les deux parties avaient convenu que le traité resterait en vigueur pendant 50 ans.

 

« La déclaration conjointe sino-britannique, en tant que document historique, n’a plus de signification pratique, et n’est pas du tout contraignante pour la direction du gouvernement central sur Hong Kong », a déclaré le porte-parole Lu Kang. Le Foreign Office a rapidement rejeté le propos. Mais dans son humeur optimiste actuelle, Xi n’écoute pas.

 

La position de durcissement de la Chine menace profondément Hong Kong et les relations bilatérales. Cela suggère que la parole officielle de la Chine ne peut pas être considérée comme digne de confiance, qu’il s’agisse des libertés continues de Hong Kong (et de Taiwan), de l’expansion militaire régionale illégale ou de l’investissement dans l’industrie nucléaire, le commerce et les achats immobiliers de la Grande-Bretagne.

 

Le sentiment évident de l’impunité de la Chine est également humiliant pour la Grande-Bretagne. Il souligne la baisse de la position  de la Grande-Bretagne dans le monde et la pénurie alarmante d’amis et d’alliés fiables. Donald Trump aidera-t-il? Une union européenne aliénée? Improbable.

 

Le gouvernement de Theresa May est confronté à un choix entre le maintien du principe juridique et les valeurs démocratiques, et son besoin chronique de post-Brexit pour le commerce et les affaires chinoises à tout prix.

 

Pas de prix, ou des parapluies jaunes, pour prédire à quel moment May et Johnson seront balancés.

La Chine a commencé la construction de la première ville-forêt du monde

 

03 Juillet 2017

Toujours dans le cadre de ce gigantesque laboratoire qu’est la Chine. Si quelque chose est bien socialiste, au vrai sens du terme, c’est cet aspect laboratoire de la modernité que l’on retrouve dans toutes les expériences socialistes
 
(note de Danielle Bleitrach).

Crédits : Stefano Boeri Architetti

 

Un projet inédit est en marche dans la province chinoise du Guangxi, au sud de la Chine. Dans la préfecture de Liuzhou, la première ville-forêt du monde est en cours de construction pour lutter contre la pollution. Designée par le cabinet d’architecte italien Stefano Boeri Architetti, qui développe des projets du même type  partout dans le monde, cette Ville Forêt futuriste accueillera une communauté d’environ 30 000 personnes. Elle devrait être inaugurée en 2020.

 

 

Couverte de verdure, la construction abritera près d’un million de plantes de plus de 100 espèces différentes, ainsi que 40 000 arbres. Ils absorberont ensemble chaque année près de 10 000 tonnes de dioxyde de carbone et 57 tonnes d’agents polluants, tandis qu’ils produiront 900 tonnes d’oxygène. La Ville Forêt aidera par conséquent à faire baisser la température de l’air moyenne, à améliorer la qualité de l’air local. En plus de générer des espaces d’habitation, la zone créera des écrans acoustiques naturels et améliorera la biodiversité dans la région. En tant que centre industriel de la province du Guangxi, la qualité de l’air actuelle à Liuzhou est préoccupante.

 

 

La Ville Forêt de Liuzhou sera également auto-suffisante et alimentée grâce aux énergies renouvelables telles que l’énergie solaire et géothermique. La ville connectée inclura des zones commerciales, des quartiers résidentiels, des espaces récréatifs, un hôpital et deux écoles. Elle sera reliée à la ville de Liuzhou par une ligne ferroviaire électrique ouverte aux voitures électriques.

 

  

Source et crédits : Stefano Boeri Architetti

Le PCC compte près de 89,5 millions de membres

 

 
02 Juillet 2017
 

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Voici une manière de célébrer la fondation du parti communiste chinois, en décrire l’évolution. Depuis une dizaine d’années, il est privilégié l’excellence  et la qualification. Une sorte de méritocratie axée sur la production et le développement (comme la planification qui est orienté du passage à l’usine du monde au développement scientifique et technique) les membres jouissant de diplômes supérieurs formant 41% du recrutement,Les efforts déployés par le pays pour encourager l’innovation et pour faire que les progrès scientifiques et techniques jouent à partir de 2011 et surtout 2013 dans la restructuration industrielle et le développement d’industries stratégiques. La Chine attache de plus en plus  d’importance aux projets scientifiques mais aussi à ceux qui vont vers l’environnement et le bien être du peuple  tout en ne négligeant pas la compétitivité internationale. L’un des principaux objectifs consiste à réduire la dépendance de la Chine à l’égard d’autres pays  dans les technologies clés. On retrouve ces axes dans la planification, dans les directives imposées aux investissements privés et publics dans le pays aussi bien que dans la composition du parti communiste.

 

(note de danielle Bleitrach)


Publié le 30 juin 2017 par anonyme
BEIJING, 30 juin (Xinhua) — Le Parti communiste chinois (PCC) comptait 89,447 millions de membres fin 2016, a annoncé vendredi le Département de l’organisation du Comité central du PCC.
 
Le nombre des membres du PCC a augmenté de 688.000 par rapport à 2015, soit une hausse de 0,8%. Les unités de base du Parti ont augmenté de 105.000 pour atteindre 4,518 millions, en hausse de 2,4%, a précisé le département dans un communiqué publié à la veille du 96e anniversaire de la fondation du PCC du 1er juillet.
 
Les statistiques montrent que la vigueur et la vitalité du Parti ont été renforcées, indique le communiqué.Le taux de croissance du nombre de membres du PCC a baissé alors que la structure de ses membres a été améliorée depuis 2013, date à laquelle le Parti a appliqué une règle de recrutement qui met l’accent sur la qualité de ses membres tout en en limitant la quantité.
 
En 2016, le PCC a recruté 1,911 million de nouveaux membres, 54.000 de moins que 2015, dont 953.000 jouent des rôles de premier plan dans la production, soit 49,9% des nouveaux membres.Au total, 1,571 million de ces nouveaux membres étaient âgés de moins de 35 ans, soit 82,2% de tous les nouveaux membres en 2016, en hausse de 0,4 point de pourcentage par rapport à 2015.
 
Parmi ces nouveaux membres, 785.000 sont titulaires de diplômes pré-universitaires ou au-dessus, représentant 41,1%, en hausse de 1,5 point de pourcentage par rapport à 2015, selon le communiqué.Le Parti comptait 22,982 millions de membres féminins fin 2016, soit 25,7% du total, tandis que 6,3 millions de membres étaient originaires de groupes ethniques minoritaires, représentant 7% du total
 
 
Publié dans PCC

Nouveau record de la Chine: une province fonctionne durant  7 jours avec seulement des énergies renouvelables

 

02 Juillet 2017
 
La Chine a choisi une politique environnementale et y met la même énergie que dans d’autres domaines, à suivre
 
(note de danielle Bleitrach)
Publié le 28 Juin, 2017 15:23 GMT

La province du Qinghai en Chine a réussi à courir pendant une semaine en utilisant uniquement l’énergie éolienne, hydraulique et solaire, battant le précédent record, qui a eu lieu par le Portugal.

 

Nouveau record de la Chine: une province travaille pour 7 jours seulement des énergies renouvelables

China Network Stringer / Reuters
La province du Qinghai en Chine, avec une population de 5,8 millions de personnes, a utilisé pendant sept jours ( du 17 au 23 Juin ) , seulement  les sources d’énergie renouvelables (vent, eau et soleil) pour produire de l’ électricité, rapporte l’agence Nouvelles chinoise « Xinhua ». Le paysa battu le précédent  record du Portugal , qui a utilisé  l’ énergie propre pendant quatre jours  (du 7 au 11 mai 2016).

 

 
Selon de Quan Shengming, directeur général du réseau électrique Qinghai, la consommation d’électricité au cours de cette période se chiffrent à 1,1 milliards de kilowattheures, ce qui équivaut à 535.000 tonnes de charbon . Ses centrales hydroélectriques ont  fourni 72,3% de cette énergie, alors que le reste provenait d’installations solaires et éoliennes.

 

Une grande partie de cette énergie est produite par Laxiwa hydroélectrique, située sur la rivière Jaune, qui produit une moyenne de 10,2 milliards de kilowattheures par an. Le personnel de la station pendant des mois révisait les installations et les heures supplémentaires de travail pour assurer le bon fonctionnement pendant la période de test.

 

Au cours du mois de mai, le réseau provincial avait une capacité installée de 23,4 millions de kilowatts, 82,8% proviennent de sources d’énergie renouvelables.

 

Ambitions plans futurs

 

Selon le plan quinquennal 13.º de la province, le Qinghai a fixé un objectif d’augmenter sa capacité d’énergie solaire et éolienne pour atteindre 35 millions de kilowatts d’ici 2020 et de fournir 110 milliards de kilowattheures d’énergie propre par an à d’autres régions de la Chine centrale et orientale.

 

La Chine prévoit d’ investir environ 370 milliards de dollars  pour accroître sa production d’énergie renouvelable, qui devrait aussi entraîner la création de plus de 13 millions d’ emplois.

 

02 Juillet 2017

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Par Sylvestre Huet, Journaliste à «Libération» — 11 juin 2012 à 19:16
 
  • La Chine, superpuissance scientifique

Pour anticiper l’évolution du monde, certaines informations pèsent d’un poids très lourd. Voici l’une d’elles : en 2022, la Chine pourrait produire davantage d’articles scientifiques que les Etats-Unis. C’est écrit dans l’éditorial de la dernière livraison de Nature Publishing Asia, spécial Chine. Et cette prédiction n’a rien d’un pari fou de futurologue, elle ne fait qu’extrapoler l’évolution du nombre de publications scientifiques issues des laboratoires de ces deux pays depuis 1990.

 

Les chiffres peuvent donner le tournis. En 2000, la Chine produisait près de 30 000 articles scientifiques. Et près de 150 000 en 2010. De leur côté, les Etats-Unis sont passés, durant cette période, de 250 000 à 280 000 articles. En 2022, si les courbes se poursuivent, ils produiront chacun 350 000 articles.

 

Cette inflation suit une double logique : la croissance vigoureuse du nombre de scientifiques – 90% de ceux qui ont existé depuis deux mille ans sont vivants ; et des politiques d’évaluation malsaines qui les poussent à publier des résultats partiels, voire douteux, afin de booster leurs nombres de publications.

 

Mais le phénomène majeur des dix dernières années, c’est l’irruption brutale d’un nouveau géant de la science, la Chine.

 

L’empire du Milieu est dirigé par des ingénieurs qui ont appris une leçon de leur histoire : le dépeçage de leur pays par les puissances coloniales fut rendu possible par l’avance technologique et scientifique de ces nations. Aujourd’hui, l’effort de rattrapage colossal engagé au milieu des années 80 porte ses fruits.

 

Telle une Formule 1 confrontée à des camionnettes de livraison, le démarrage chinois est spectaculaire face à la stagnation de la plupart des «vieux» pays berceaux de la science, singulièrement en Europe. Dès octobre 2008, la Chine devenait le deuxième pays au monde par le nombre de publications scientifiques issues de ses laboratoires, des publications qui couvrent l’ensemble du front de la recherche, de la physique des particules à la biologie.

 

Quelle est la qualité de cette recherche, s’interrogeront ceux qui veulent croire encore et toujours au monde d’hier ? Parmi ces articles scientifiques, un nombre croissant a été publié dans des revues d’excellence comme Nature, Science et d’autres de première catégorie. La part chinoise dans le 1% des articles scientifiques les plus cités par d’autres scientifiques – une manière de mesurer leur influence et leur importance – est passée de 1,85% en 2001 à 11,3% en 2011, une percée fulgurante. Si les Etats-Unis trustent encore la moitié de ces articles au «top», la Chine n’est plus dépassée que par le Royaume-Uni et l’Allemagne (14% chacun). Si l’on extrapole la tendance, ces deux pays seront dépassés en 2014.

 

La fin de la domination américaine sur la production scientifique est engagée, puisque sa part des articles les plus cités a chuté de 65% en 2001 à 50% en 2011. L’hégémonie américaine sur la science des années 50 à 70 paraît ainsi bien lointaine.

 

Cette évolution rapide est probablement sous-estimée par nombre de responsables politiques qui croient vivre encore dans un monde dominé par la triade (Etats-Unis, Japon, Europe) techno-scientifique. Ou espèrent cantonner la Chine dans un rôle de fabricant d’objets conçus ailleurs.

 

La Chine n’est déjà plus seulement l’atelier du monde, on y fabrique désormais avions ou IRM pour les hôpitaux européens. Les Chinois disposent d’équipements scientifiques qui rivalisent avec les meilleurs mondiaux, comme en biologie avec leur parc de machines à séquencer l’ADN.

 

Ainsi, alors que la Chine a été pratiquement absente du grand challenge du séquençage du génome humain, lancé au milieu des années 80 (sous le nom de Hugo), elle sera probablement leader du grand programme d’analyse moléculaire des protéines humaines baptisé… Hupo.

 

Son supercalculateur Tianhe 1A, a occupé le premier rang mondial de ces machines d’octobre 2010 à juin 2011 et vient d’être dépassé par une seule machine, japonaise.

 

La Chine est le quatrième déposeur de brevets au monde depuis l’an dernier. C’est une puissance spatiale capable d’effectuer 19 tirs en 2011, et qui disposera de son propre système GPS (Beidou), avant l’Europe.

 

Ces informations dessinent un monde vraiment nouveau et interdisent d’espérer fonder l’avenir économique de l’Europe, et de la France, sur les échanges inégaux que permettait l’avance scientifique et technique.

 

Nos sociétés et leurs leaders en ont-ils vraiment conscience ?

 

Sylvestre Huet Journaliste à «Libération»

DE LA DICTATURE DEMOCRATIQUE POPULAIRE: En commémoration du 28e anniversaire du Parti communiste chinois

 

02 Juillet 2017

 

Voici un texte qui nous rappelle que le parti communiste chinois a été fondé un 30 juin 1921. Il y a quelque paradoxe à célébrer la naissance d’un parti en espérant sa fin qui sera aussi celle espérée de l’Etat et des classes sociales. Ce qui ne paraît pas à l’ordre du jour dans l’immédiat, mais qui peut exactement savoir quelle est la véritable perspective de l’actuel parti communiste chinois. Il  est absolument évident  qu’ils la pensent sur plus de cinquante ans, c’est même la plus élémentaire nécessité pour des chefs d’etat a fortiori s’ils se prétendent communistes.  Comme le disait Aragon : la chine s’est mise en commune… Et encore aujourd’hui cette situation demeure une des inconnues et un des avenirs les plus difficilement prévisibles, donc le plus passionnant.

 

(note de Danielle Bleitrach)


(30 juin 1949)

 

Ce 1er juillet 1949, le Parti communiste chinois compte déjà vingt huit ans d’existence. De même qu’un être humain, un parti politique a son enfance, sa jeunesse, sa maturité et sa vieillesse. Le parti communiste chinois n’est plus un enfant ni un adolescent, mais un adulte. Lorsqu’un homme est arrivé à la vieillesse, il va vers sa fin ; il en est de même pour un parti politique. Quand les classes auront disparu, tous les instruments de la lutte de classes, partis politiques et machine d’Etat, n’ayant plus de rôle à jouer, n’étant plus nécessaires, dépériront graduellement, achèveront leur mission historique, et la société humaine accédera à un stade supérieur. Nous sommes l’opposé des partis politiques de la bourgeoisie. Ils craignent de parler de la disparition des classes, de celle du pouvoir d’Etat et de celle des partis politiques ; nous, au contraire, nous déclarons ouvertement que c’est justement pour créer les conditions qui amèneront la disparition de tout cela que nous luttons énergiquement. La direction exercée par le Parti communiste et le pouvoir d’Etat de dictature populaire constituent de telles conditions. Qui n’admet pas cette vérité n’est pas un communiste. Les jeunes camarades qui viennent d’adhérer au Parti sans avoir étudié le marxisme-léninisme ne comprennent peut-être pas encore cette vérité. Pour avoir une  juste conception du monde il faut qu’ils la comprennent. Il faut qu’ils comprennent que la voie de la suppression des classes, de la suppression du pouvoir d’Etat et de la suppression des partis politiques est la voie que prendra toute l’humanité; ce n’est qu’une question de temps et de conditions. Les communistes dans le monde entier sont supérieurs à la bourgeoisie, ils connaissent les lois de l’existence et du développement des choses et des phénomènes, ils connaissent la dialectique et ils voient plus loin. Si la bourgeoisie n’applaudit pas à cette vérité, c’est qu’elle ne veut pas être renversée. Etre renversé ; comme la clique réactionnaire du Kuomintang vient de l’être par nous, comme l’impérialisme japonais l’a été par nous et par les peuples d’autres pays, c’est quelque chose de douloureux, d’effroyable à envisager pour ceux qui doivent l’être. Pour la classe ouvrière, le peuple travailleur et le Parti communiste, la question n’est pas de se voir renversés, mais de travailler dur pour créer les conditions auxquelles les classes, le pouvoir d’Etat et les partis politiques disparaîtront tout naturellement et l’humanité entrera dans le monde de la Grande Concorde[1]. Ces perspectives lointaines du progrès humain ne sont évoquées ici que dans le but d’expliquer clairement les problèmes que nous allons aborder.

 

Notre Parti compte donc vingt-huit années d’existence. Comme tout le monde le sait, le Parti n’a pas traversé ces années dans la paix, mais au milieu des épreuves: nous avons eu à combattre des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur et des ennemis au sein et en dehors du Parti. Nous sommes reconnaissants à Marx, Engels, Lénine et Staline de nous avoir donné une arme. Cette arme, ce n’est pas la mitrailleuse, mais le marxisme-léninisme.

 

Dans son ouvrage La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), écrit en 1920, Lénine relate comment les Russes ont cherché une théorie révolutionnaire[2]. Ce n’est qu’après plusieurs dizaines d’années d’épreuves et de souffrances que les Russes ont découvert le marxisme. Beaucoup de choses étaient identiques ou semblables en Chine et dans la Russie d’avant la Révolution d’Octobre : même oppression féodale, semblable retard économique et culturel. Les deux pays étaient arriérés, la Chine encore plus. Autre trait commun : animés du désir de faire renaître leur pays, les hommes de progrès n’ont pas reculé devant les luttes, même les plus âpres, dans la recherche de la vérité révolutionnaire.

 

Depuis la défaite de la Chine dans la Guerre de l’Opium de 1840[3], les hommes de progrès chinois ont passé par d’innombrables épreuves alors qu’ils recherchaient la vérité auprès des pays occidentaux. Hong Sieou-tsiuan[4], Kang Yeou-wei[5], Yen Fou[6] et Sun Yat-sen représentaient ces hommes qui, avant la naissance du Parti communiste chinois, se tournaient vers l’Occident pour rechercher la vérité. A l’époque, les Chinois aspirant au progrès lisaient n’importe quel livre, pourvu qu’il contînt les idées nouvelles de l’Occident. Le nombre des étudiants envoyés au Japon, en Angleterre, aux Etats-Unis, en France et en Allemagne était impressionnant. Dans le Pays même, le système des examens impériaux[7] fut aboli et les écoles modernes surgirent comme pousses de bambou après la pluie printanière ; on faisait beaucoup d’efforts pour s’instruire auprès de l’Occident. Dans ma jeunesse, j’ai entrepris, moi aussi, de telles études. C’était la culture de la démocratie bourgeoise occidentale, ou ce qu’on appelait « science nouvelle », comprenant les doctrines sociales et les sciences de la nature de l’époque, en opposition avec la culture féodale chinoise, appelée « science ancienne ». Pendant longtemps, ceux qui avaient appris cette science nouvelle restèrent convaincus qu’elle pouvait sauver la Chine. A part les adeptes de la vieille école, la nouvelle école ne comptait guère de partisans qui en doutaient. Le seul moyen de sauver le pays était de le moderniser, et pour le moderniser il fallait se mettre à l’école des pays étrangers. Parmi les pays étrangers de l’époque, seuls les pays capitalistes occidentaux représentaient le progrès : ils avaient réussi à édifier des Etats bourgeois modernes. Les Japonais avaient obtenu de bons résultats en se mettant à l’école de l’Occident, et les Chinois souhaitaient également apprendre auprès des Japonais. Aux yeux des Chinois de cette époque, la Russie était un pays arriéré, et rares étaient ceux qui voulaient s’instruire auprès d’elle. Voilà comment les Chinois cherchèrent à se mettre à l’école des pays étrangers depuis les années 40 du XIXe siècle jusqu’au début du XXe.

 

L’agression impérialiste brisa les rêves des Chinois qui s’efforçaient de s’instruire auprès de l’Occident. Chose étonnante : pourquoi les maîtres commettaient-ils toujours des agressions contre leurs élèves ? Les Chinois avaient appris beaucoup de choses de l’Occident, mais ils se heurtaient à la pratique, leurs idéaux ne se réalisaient toujours pas. Leurs luttes répétées, y compris le mouvement à l’échelle nationale que fut la Révolution de 1911[8], aboutirent toutes à un échec. La situation du pays empira de jour en jour et la vie devint impossible. Des doutes naquirent, grandirent et se développèrent. La Première guerre mondiale ébranla tout le globe. Les Russes firent la Révolution d’Octobre et créèrent le premier Etat socialiste du monde. Sous la direction de Lénine et de Staline, l’énergie révolutionnaire du grand prolétariat et du grand peuple travailleur de Russie, énergie restée jusqu’alors latente et inaperçue des étrangers, fit soudain éruption comme un volcan, et les Chinois, comme l’humanité entière, virent les Russes avec d’autres yeux qu’auparavant.

 

Alors, et alors seulement, une ère toute nouvelle apparut dans la pensée et la vie des Chinois. Ils découvrirent cette vérité universellement valable qu’est le marxisme-léninisme, et la physionomie de la Chine se mit à changer.

 

C’est par l’intermédiaire des Russes que les Chinois découvrirent le marxisme. Avant la Révolution d’Octobre, non seulement Lénine et Staline, mais Marx et Engels étaient inconnus des Chinois. Les salves de la Révolution d’Octobre nous apportèrent le marxisme-léninisme. La Révolution d’Octobre a aidé les hommes de progrès de la Chine comme ceux du monde entier à adopter, en tant qu’instrument pour l’examen des destinées d’un pays, la conception prolétarienne du monde pour reconsidérer leurs propres problèmes. S’engager dans la voie des Russes, telle a été leur conclusion. En 1919, la Chine vécut le Mouvement du 4 Mai. En 1921, le Parti communiste chinois fut fondé. Au plus profond de son désespoir, Sun Yat-sen rencontra la Révolution d’Octobre et le Parti communiste chinois. Il salua la Révolution d’Octobre, il salua l’aide des Russes aux Chinois et il salua la coopération proposée par le Parti communiste chinois. Puis, Sun Yat-sen mourut et Tchiang Kai-chek arriva au pouvoir. Au bout d’une longue période de vingt-deux ans, Tchiang Kai-chek avait entraîné la Chine dans une situation sans issue. Pendant cette période, dans la Seconde guerre mondiale, antifasciste, où l’Union soviétique était la force principale, trois grandes puissances impérialistes ont été abattues, deux autres affaiblies, et une seule est restée intacte : les Etats-Unis d’Amérique. Mais les Etats-Unis connaissaient une crise intérieure très profonde. Ils voulaient asservir le monde entier ; ils aidaient Tchiang Kai-chek à massacrer des millions de Chinois en lui fournissant des armes. Sous la direction du Parti communiste chinois, le peuple chinois, après avoir chassé l’impérialisme japonais, a mené trois années durant une guerre de libération populaire et remporté, fondamentalement, la victoire.

 

Ainsi, la civilisation bourgeoise occidentale, de même que la démocratie bourgeoise et le projet d’une république bourgeoise ont fait faillite aux yeux du peuple chinois. La démocratie bourgeoise a fait place à la démocratie populaire dirigée par la classe ouvrière, et la république bourgeoise à la république populaire. D’où cette possibilité : passer par la république populaire pour accéder au socialisme et au communisme, pour parvenir à la suppression des classes et au monde de la Grande Concorde. Kang Yeou-wei a écrit le Livre de la Grande Concorde, mais la voie menant à la Grande Concorde, il ne l’a pas trouvée et il lui était impossible de la trouver. La république bourgeoise, qui existe à l’étranger, ne peut exister en Chine, car la Chine est un pays opprimé par l’impérialisme. Sa seule voie, c’est de passer par la république populaire dirigée par la classe ouvrière.

 

Toutes les autres voies ont été essayées et toutes ont abouti à l’échec. Parmi ceux qui s’y étaient attachés, certains sont tombés, d’autres ont pris conscience de leurs erreurs et d’autres encore sont en train de changer d’esprit. Les événements évoluent avec une rapidité telle que beaucoup en ont été surpris et éprouvent le besoin de recommencer à apprendre. Cet état d’esprit est compréhensible et nous saluons ce louable désir de se remettre à apprendre.

 

L’avant-garde du prolétariat chinois s’est initiée au marxisme-léninisme après la Révolution d’Octobre et a fondé le Parti communiste chinois. Il est entré aussitôt dans la lutte politique et ce n’est qu’après une marche de vingt-huit années sur un chemin sinueux qu’il a remporté la victoire fondamentale. De l’expérience accumulée durant vingt-huit années, comme de « l’expérience accumulée durant quarante années » dont Sun Yat-sen parle dans le testament qu’il a fait à son lit de mort, nous avons pu tirer la même conclusion : nous sommes profondément convaincus que pour remporter la victoire, « nous devons éveiller les masses populaires et nous unir, en une lutte commune, avec les nations du monde qui nous traitent sur un pied d’égalité ». Sun Yat-sen avait une conception du monde différente de la nôtre et partait d’une autre position de classe pour examiner et traiter les problèmes ; cependant, dans les années 20 de ce siècle, il parvint, sur la question de savoir comment lutter contre l’impérialisme, à une conclusion qui est pour l’essentiel identique à la nôtre.

 

Vingt-quatre années se sont écoulées depuis la mort de Sun Yat-sen, et la révolution chinoise dirigée par le Parti communiste chinois, a fait d’énormes progrès en théorie comme en pratique, et cela a changé radicalement la physionomie de la Chine. L’expérience principale et fondamentale acquise jusqu’à présent par le peuple chinois se résume en deux points:

 

1) A l’intérieur du pays, éveiller les masses populaires. Cela signifie unir la classe ouvrière, la paysannerie, la petite bourgeoisie urbaine et la bourgeoisie nationale en vue de former un front uni placé sous la direction de la classe ouvrière et, à partir de là, édifier un Etat de dictature démocratique populaire dirigé par la classe ouvrière et basé sur l’alliance des ouvriers et des paysans.

 

2) A l’extérieur, nous unir, en une lutte commune, avec les nations du monde qui nous traitent sur un pied d’égalité, ainsi qu’avec les peuples de tous les pays. Cela signifie nous unir avec l’Union soviétique, les pays de démocratie populaire ainsi qu’avec le prolétariat et les larges masses populaires de tous les autres pays en vue de former un front uni international.

 

« Vous penchez d’un côté ». C’est exactement cela. Pencher d’un côté, voilà ce que nous enseignent les quarante années d’expérience de Sun Yat-sen et les vingt-huit années d’expérience du Parti communiste chinois ; et nous sommes profondément convaincus que, pour remporter la victoire et la consolider, nous devons pencher d’un côté. L’expérience accumulée au cours de ces quarante années et de ces vingt-huit années montre que les Chinois se rangent ou du côté de l’impérialisme ou du côté du socialisme ; là, il n’y a pas d’exception. Impossible de rester à cheval sur les deux, la troisième voie n’existe pas. Nous sommes contre la clique réactionnaire de Tchiang Kai-chek qui se range du côté de l’impérialisme et nous sommes aussi contre les illusions au sujet d’une troisième voie.

 

« Vous provoquez par trop ». Nous parlons de la manière de traiter les réactionnaires de l’intérieur et de l’extérieur, C’est-à-dire les impérialistes et leurs valets, et personne d’autre. Â l’égard de tels réactionnaires, la question de les provoquer ou non ne se pose pas. Qu’on les provoque ou non, cela revient au même, puisqu’ils sont des réactionnaires. Ce n’est qu’en traçant une ligne nette entre réactionnaires et révolutionnaires, en dévoilant les intrigues et complots des réactionnaires, en éveillant la vigilance et l’attention dans les rangs de la révolution, en affermissant notre volonté de combat et en abattant l’arrogance de l’ennemi que nous pourrons isoler les réactionnaires, et les vaincre ou prendre le pouvoir à leur place. Devant une bête fauve, il faut se garder de montrer la moindre timidité. L’histoire de Wou Song[9] sur la colline de Kingyang doit nous servir d’exemple. Aux yeux de Wou Song, le tigre de la colline de Kingyang était un mangeur d’hommes, qu’on le provoquât ou non. Ou bien tuer le tigre, ou bien se laisser manger par lui, c’était tout l’un ou tout l’autre.

 

« Nous voulons faire du commerce ». C’est tout à fait exact, le commerce se fera toujours. Nous ne sommes contre personne, à l’exception des réactionnaires de l’intérieur et de l’extérieur qui nous empêchent de faire du commerce. Tout le monde doit savoir que ce sont les impérialistes et leurs valets, les réactionnaires de la clique de Tchiang Kai-chek, et personne d’autre, qui nous empêchent de faire du commerce, voire d’établir des relations diplomatiques avec les pays étrangers. Lorsque nous aurons uni toutes les forces intérieures et internationales et écrasé les réactionnaires de l’intérieur et de l’extérieur, nous pourrons faire du commerce et établir des relations diplomatiques avec tous les pays étrangers sur la base de l’égalité, de l’avantage réciproque et du respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale.

 

« On peut remporter la victoire même sans l’aide internationale ». C’est là une idée fausse. A l’époque où existe l’impérialisme, il est impossible qu’une véritable révolution populaire puisse, dans quelque pays que ce soit, remporter la victoire sans l’aide, sous différentes formes, des forces révolutionnaires internationales ; et même si la victoire était remportée, elle ne pourrait être consolidée. Cela est vrai pour la victoire et la consolidation de la grande Révolution d’Octobre, ainsi que Lénine et Staline nous l’ont dit il y a longtemps. C’est vrai également pour l’écrasement des trois puissances impérialistes pendant la Seconde guerre mondiale et pour la création des Etats de démocratie populaire. Et C’est vrai également pour le présent et l’avenir de la Chine populaire. Réfléchissez : sans l’existence de l’Union soviétique, sans la victoire sur le fascisme dans la Seconde guerre mondiale, sans la défaite de l’impérialisme japonais, sans la naissance des Etats de démocratie populaire, sans la lutte des nations opprimées d’Orient qui se lèvent, et sans la lutte des masses populaires des Etats-Unis, d’Angleterre, de France, d’Allemagne, d’Italie, du Japon et d’autres pays capitalistes contre les réactionnaires qui les dominent, sans le concours de tous ces facteurs, les forces réactionnaires internationales qui pèsent sur nous auraient certainement été on ne sait combien de fois supérieures à ce qu’elles sont. Aurions-nous pu remporter la victoire dans de telles conditions ? Evidemment non. Et même s’il y avait eu victoire, elle n’aurait pu être consolidée. Le peuple chinois en a fait plus qu’assez l’expérience. Cette expérience s’est reflétée il y a longtemps déjà dans la déclaration que fit Sun Yat-sen à son lit de mort au sujet de la nécessité de s’unir aux forces révolutionnaires internationales.

 

« Nous avons besoin de l’aide des gouvernements britannique et américain ». A l’heure actuelle C’est là aussi une idée puérile. Les dirigeants actuels de l’Angleterre et des Etats-Unis sont toujours des impérialistes; vont-ils aider un Etat populaire? Pourquoi avons-nous des relations commerciales avec ces pays, et, à supposer qu’ils veuillent à l’avenir nous prêter de l’argent sur la base de l’avantage réciproque, quelle en sera la raison ? C’est que les capitalistes de ces pays veulent gagner de l’argent et leurs banquiers toucher des intérêts pour sortir de leur propre crise ; il ne s’agit pas de venir en aide au peuple chinois. Les Partis communistes ainsi que les partis et groupements progressistes de ces pays sont en train de presser leurs gouvernements d’établir avec nous des relations commerciales et même diplomatiques. Voilà de la bonne volonté, voilà de l’aide, mais les actes de bourgeoisie de ces pays ne peuvent être mis sur le même plan. Que de fois au cours de sa vie Sun Yat-sen s’est-il adressé aux pays capitalistes pour obtenir de l’aide ! Ce fut toujours en vain, et il essuya d’impitoyables rebuffades. Sun Yat-sen ne reçut d’aide étrangère qu’une fois dans sa vie et ce fut l’aide soviétique. Que les lecteurs se reportent au testament du Dr Sun Yat-sen ; ce qu’il y recommande instamment, ce n’est pas de tourner les regards vers l’aide des pays impérialistes, mais de « nous unir avec les nations du monde qui nous traitent sur un pied d’égalité ». Le Dr Sun avait de l’expérience : il avait eu des mécomptes, il avait été trompé. Retenons ses paroles et ne nous laissons pas tromper à notre tour. Sur le plan international, nous sommes du côté du front anti-impérialiste ayant à sa tête l’Union soviétique, et pour obtenir une aide vraiment amicale, nous ne pouvons nous tourner que de ce côté et non du côté du front impérialiste.

« Vous exercez une dictature ». Mes bons messieurs, vous avez raison, c’est exactement ce que nous faisons. Toute l’expérience accumulée par le peuple chinois au cours de plusieurs dizaines d’années nous enseigne à appliquer la dictature démocratique populaire, c’est-à-dire à priver les réactionnaires du droit à la parole et à ne réserver ce droit qu’au peuple.

 

Qu’entend-on par peuple ? En Chine, dans la phase actuelle, le peuple, c’est la classe ouvrière, la paysannerie, la petite bourgeoisie urbaine et la bourgeoisie nationale. Sous la direction de la classe ouvrière et du Parti communiste, ces classes s’unissent, forment leur propre Etat, élisent leur propre gouvernement et exercent la dictature sur les valets de l’impérialisme, c’est-à-dire sur la classe des propriétaires fonciers et sur la bourgeoisie bureaucratique, ainsi que sur ceux qui représentent ces classes, les réactionnaires du Kuomintang et leurs complices. Elles exercent sur eux leur oppression, ne leur permettant que de marcher droit, sans tolérer de leur part aucun propos ou acte contre le pouvoir établi. Tout propos ou acte de ce genre sera aussitôt réprimé et puni. C’est au sein du peuple que la démocratie est pratiquée; le peuple jouit de la liberté de parole, de réunion, d’association, etc. Le droit de vote n’appartient qu’au peuple il n’est point accordé aux réactionnaires. D’un côté, démocratie pour le peuple, de l’autre, dictature sur les réactionnaires; ces deux aspects réunis, c’est la dictature démocratique populaire.

 

Pourquoi faut-il agir de la sorte? Tout le monde en comprend bien la raison. Si I’on agissait autrement, la révolution échouerait, le peuple en souffrirait et l’Etat périrait.

 

« Ne voulez-vous donc pas supprimer le pouvoir d’Etat ? » Si, nous le voulons, mais pas pour le moment ; nous ne pouvons pas encore le faire. Pourquoi ? Parce que l’impérialisme existe toujours, parce que la réaction intérieure existe toujours, parce que les classes existent toujours dans le pays. Notre tâche actuelle est de renforcer l’appareil d’Etat du peuple, principalement l’armée populaire, la police populaire et la justice populaire, afin de consolider la défense nationale et de protéger les intérêts du peuple. A cette condition, la Chine pourra, sous la direction de la classe ouvrière et du Parti communiste, passer, d’un pas assuré, de l’état de pays agricole à celui de pays industriel, de la société de démocratie nouvelle à la société socialiste et communiste, supprimer les classes et réaliser la Grande Concorde. L’appareil d’Etat, qui comprend armée, police et justice, est l’instrument avec lequel une classe en opprime une autre. A l’égard des classes ennemies, c’est un instrument d’oppression ; c’est de la violence et non de la « bienveillance ». « Vous n’êtes pas bienveillants ».C’est parfaitement vrai. Jamais nous n’userons d’une politique de bienveillance envers les activités réactionnaires des éléments et des classes réactionnaires. Nous appliquons la politique de bienveillance uniquement au sein du peuple, et non aux activités réactionnaires des éléments et des classes réactionnaires, qui sont en dehors du peuple.

 

L’Etat populaire protège le peuple. C’est seulement lorsque le peuple dispose d’un tel Etat qu’il peut, par des méthodes démocratiques, s’éduquer et se réformer à l’échelle nationale et avec la participation de tous, se débarrasser de l’influence des réactionnaires de l’intérieur et de l’étranger (influence très grande encore à l’heure actuelle, qui subsistera longtemps et ne pourra pas être détruite rapidement), rejeter les habitudes et idées néfastes acquises dans l’ancienne société, éviter de se laisser entraîner dans une fausse direction par les réactionnaires et continuer à avancer vers la société socialiste et la société communiste.

 

La méthode employée à cet effet est une méthode démocratique, c’est la persuasion et non la contrainte. Lorsque quelqu’un du peuple viole la loi, il doit, lui aussi, être puni, emprisonné ou même condamné à mort ; mais il s’agirait tout au plus de quelques cas isolés, et-de là à la dictature sur les réactionnaires en tant que classe, il y a une différence de principe.

 

Quant aux éléments des classes réactionnaires et de la réaction, tant qu’ils ne se rebellent pas, ne sabotent pas et ne provoquent pas de troubles après le renversement de leur pouvoir politique, on leur donnera à eux aussi, de la terre et du travail, afin de leur permettre de vivre et de se réformer par le travail, de devenir des hommes nouveaux. S’ils ne veulent pas travailler l’Etat populaire les y forcera. Un travail de propagande et d’éducation sera entrepris  aussi parmi eux, et cela avec soin et dans toute la mesure nécessaire, tout comme nous l’avons fait pour les officiers prisonniers. Ceci aussi peut être appelé une « politique de bienveillance » si l’on veut ; mais cette politique est imposée par nous à ceux qui appartenaient aux classes ennemies et elle ne peut être mise sur le même plan que le travail d’auto-éducation mené au sein du peuple révolutionnaire.

 

Un tel travail de rééducation des éléments des classes réactionnaires ne peut être effectué que par un Etat de dictature démocratique populaire placé sous la direction du Parti communiste. Si ce travail est mené à bien, les principales classes exploiteuses de Chine, la classe des propriétaires fonciers et la bourgeoisie bureaucratique (classe du capital monopoleur), seront définitivement éliminées. Reste la bourgeoisie nationale ; dans la phase  actuelle, nous pouvons déjà entreprendre un important travail d’éducation approprié auprès de beaucoup de ses membres. Quand le moment sera venu de réaliser le socialisme, c’est-à-dire di nationaliser les entreprises privées, nous pousserons plus avant ce travail d’éducation et de rééducation. Le peuple a entre ses mains un puissant appareil d’Etat et il ne craint Pa§ de voir la bourgeoisie nationale se rebeller.

 

Le grand problème, C’est l’éducation des paysans. L’économie paysanne est dispersée, et la socialisation de l’agriculture, à en juger par l’expérience de l’Union soviétique, exigera un temps très long et un travail minutieux. Sans socialisation de l’agriculture, il ne peut y avoir, de socialisme intégral, solide. La socialisation de l’agriculture doit s’accorder dans son processus avec le développement d’une industrie puissante dont le secteur principal est constitué par les entreprises d’Etat[10]. L’Etat, de dictature démocratique populaire doit résoudre méthodiquement les problèmes de l’industrialisation. Cet article ne se proposant pas de traiter les questions économiques en détail, je ne m’étendrai pas sur ce sujet.

 

En 1924, le 1er Congrès du Kuomintang, dirigé par Sun Yat-sen lui-même et auquel participaient les communistes, adopta un manifeste célèbre qui déclarait :

 

Dans les Etats modernes, le système dit démocratique est le plus souvent monopolisé par la bourgeoisie et est devenu tout simplement un instrument pour l’oppression des gens du peuple. Par contre, le principe de la démocratie du Kuomintang représente le bien commun de tous les gens du peuple, et non quelque chose qu’une minorité peut s’arroger.

 

En dehors de la question de savoir qui doit diriger, le principe de la démocratie dont il est question ici correspond, en tant que programme politique général, à ce que nous appelons démocratie populaire ou démocratie nouvelle. Un système d’Etat qui soit le bien commun des gens du peuple et non la propriété privée de la bourgeoisie, avec, en plus, la direction de la classe ouvrière, ce sera le système d’Etat de dictature démocratique populaire.

 

Tchiang Kai-chek trahit Sun Yat-scn et se servit de la dictature de la bourgeoisie bureaucratique et de la classe des propriétaires fonciers comme d’un instrument pour opprimer les gens du peuple en Chine. Cette dictature contre-révolutionnaire fut exercée pendant vingt-deux ans et a été renversée aujourd’hui seulement par les gens du peuple, sous notre direction.

 

Les réactionnaires étrangers qui nous accusent d’exercer la « dictature » ou le « totalitarisme » sont ceux-là mêmes qui l’exercent. Ils exercent sur le prolétariat et le reste du peuple la dictature d’une seule classe, le totalitarisme d’une seule classe, la bourgeoisie. Ce sont ces gens-là que Sun Yat-sen visait en parlant de la bourgeoisie qui, dans les Etats modernes, opprime les gens du peuple. Et c’est de cette canaille réactionnaire que Tchiang Kai-chek a appris la dictature contre-révolutionnaire.

 

Tchou Hsi, philosophe de la dynastie des Song, a écrit beaucoup de livres, tenu beaucoup de propos, aujourd’hui oubliés ; cependant, il nous souvient encore d’une phrase de lui : « Traite les gens comme ils te traitent »[11]. C’est exactement ce que noue faisons ; nous traitons les impérialistes et leurs valets, les réactionnaires de la clique de Tchiang Kaï-chek, exactement comme ils nous ont traités. C’est tout, et que pourrait-il y avoir d’autre!

 

La dictature révolutionnaire et la dictature contre-révolutionnaire sont de nature contraire, mais la première est sortie de l’école de la seconde. Cet enseignement est très important. Si le peuple révolutionnaire n’arrive pas à posséder la méthode permettant d’exercer la domination sur les classes contre-révolutionnaires, il ne sera pas à même de maintenir son pouvoir d’Etat, la réaction intérieure et extérieure le renversera pour restaurer sa propre domination en Chine, et le désastre s’abattra sur le peuple révolutionnaire.

 

La dictature démocratique populaire est basée sur l’alliance de la classe ouvrière, de la paysannerie et de la petite bourgeoisie urbaine, et principalement sur l’alliance des ouvriers et des paysans, parce que ces deux classes représentent 80 à 90 pour cent de la population chinoise. Le renversement de l’impérialisme et de la clique réactionnaire du Kuomintang est dû principalement à la force de ces deux classes, et le passage de la démocratie nouvelle au socialisme dépend principalement de leur alliance. La dictature démocratique populaire a besoin de la direction de la classe ouvrière, parce que la classe ouvrière est la classe la plus clairvoyante, la plus désintéressée, celle dont l’esprit révolutionnaire est le plus conséquent. Toute l’histoire de la révolution prouve que la révolution échoue sans la direction de la classe ouvrière et qu’elle triomphe avec la direction de la classe ouvrière. A l’époque de l’impérialisme, aucune autre classe, dans quelque pays que ce soit, ne peut mener une véritable révolution à la victoire. La preuve en est que les révolutions dirigées à plusieurs reprises par, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale de Chine ont toutes échoué.

 

La bourgeoisie nationale est d’une grande importance à l’étape actuelle. Nous avons toujours l’impérialisme en face de nous, et c’est un ennemi très féroce. L’industrie moderne de Chine ne représente encore qu’une très faible part dans l’ensemble de l’économie nationale. Pour le moment, les statistiques précises font défaut, mais à en juger par certaines données, la valeur de la production de l’industrie moderne, avant la Guerre de Résistance contre le Japon, ne représentait dans toute l’économie nationale que 10 pour cent environ de la valeur globale de la production. Pour faire face à l’oppression impérialiste et porter son économie retardataire à un niveau plus élevé, la Chine doit mettre à profit le capitalisme des villes et de la campagne et en faisant jouer tous les facteurs qui soient profitables, et non nuisibles, à l’économie nationale et à la vie du peuple ; nous devons nous unir avec la bourgeoisie nationale en vue d’une lutte commune. Notre politique actuelle consiste à limiter le capitalisme et non à le supprimer.

 

Mais la bourgeoisie nationale ne peut jouer le rôle dirigeant dans la révolution ni ne doit occuper une place prépondérante dans le pouvoir d’Etat. La raison en est sa faiblesse, déterminée par sa position sociale et économique ; cette classe manque de clairvoyance et du courage nécessaire ; bon nombre de ses membres ont peur des masses populaires.

 

Sun Yat-sen recommandait d’« éveiller les masses populaires », d’« aider les paysans et les ouvriers ». Mais qui doit les « éveiller » et les « aider » ? Sun Yat-sen pensait à la petite bourgeoisie et à la bourgeoisie nationale. En fait, elles en sont incapables. Les quarante années de révolution de Sun Yat-sen ont abouti à l’échec. Pourquoi ? Parce qu’à l’époque de l’impérialisme, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale ne peuvent mener aucune révolution véritable à la victoire.

 

Nos vingt-huit années à nous ont été tout à fait différentes. Nous avons acquis beaucoup d’expériences précieuses. Un parti discipliné, armé de la théorie marxiste-léniniste, pratiquant l’autocritique et lié aux masses populaires ; une armée dirigée par un tel parti un front uni de toutes les classes révolutionnaires et de tous les groupements révolutionnaires placés sous la direction d’un tel parti; voilà les trois armes principales avec lesquelles nous avons vaincu l’ennemi. Et c’est ce qui nous distingue de nos prédécesseurs. Nous avons remporté la victoire fondamentale en comptant sur ces trois armes. Nous avons parcouru une route sinueuse. Nous avons lutté, au sein de notre Parti, contre les déviations opportunistes tant de droite que « de gauche ». Chaque fois que nous avons commis de graves erreurs en ces trois domaines, la révolution a connu des revers. Instruits par les erreurs et les revers, nous avons grandi en sagesse et notre travail s’en trouve mieux fait. Pour n’importe quel parti politique, pour n’importe quel individu, il est difficile d’éviter les erreurs. Nous demandons qu’on en fasse moins. Dès qu’une erreur est commise, nous voulons qu’elle soit corrigée, et le plus vite, le plus complètement sera le mieux.

 

Notre expérience peut se résumer en un seul point: la dictature démocratique populaire placée sous la direction de la classe ouvrière (par l’intermédiaire du Parti communiste) et basée sur l’alliance des ouvriers et des paysans. Cette dictature doit s’unir avec les forces révolutionnaires internationales. Telle est notre formule, telle est notre expérience principale, tel est notre programme essentiel. Les vingt-huit années d’existence de notre Parti sont une longue période, et nous n’avons fait qu’une seule chose : remporter la victoire fondamentale dans la guerre révolutionnaire. Elle mérite d’être célébrée, parce que c’est la victoire du peuple, parce que c’est une victoire remportée dans un grand pays tel que la Chine. Mais nous avons encore beaucoup à faire ; à comparer avec un voyage, le travail accompli n’est que le premier pas d’une longue marche de dix mille lis. Il nous reste encore des débris de l’ennemi à liquider. La lourde tâche de l’édification économique se pose devant nous. Parmi les choses que nous connaissons bien, il en est qui seront bientôt laissées de côté; d’autres choses que nous connaissons mal nous obligent à nous occuper d’elles. C’est là la difficulté. Les impérialistes comptent que nous serons absolument incapables de gérer notre économie ; ils sont là qui nous regardent, guettant notre échec.

 

Nous devons surmonter les difficultés, nous devons apprendre ce que nous ne connaissons pas. Nous devons apprendre de tous ceux qui s’y connaissent (quels qu’ils soient) à travailler dans le domaine économique. Nous devons en faire nos maitres, apprendre auprès d’eux humblement, consciencieusement. Quand on ne sait pas, on avoue son ignorance; il ne faut pas faire l’entendu. Nous ne devons pas prendre des airs de bureaucrates. Allons au fond des choses; au bout de quelques mois, d’un an ou deux, de trois ans ou de cinq ans, nous finirons par posséder la matière. Au début, certains communistes soviétiques aussi ne savaient pas très bien gérer les affaires économiques et les impérialistes escomptaient également leur échec. Mais le Parti communiste de l’Union soviétique a triomphé et, sous la direction de Lénine et de Staline, il a su non seulement faire la révolution, mais aussi édifier. Il a bâti un grand, un magnifique Etat socialiste. Le Parti communiste de l’Union soviétique est notre meilleur professeur, nous devons nous mettre à son école. La situation, à l’intérieur comme à l’extérieur, nous est favorable, nous pouvons pleinement compter sur l’arme qu’est la dictature démocratique populaire pour unir tout le pays, hormis la réaction, et, d’un pas assuré, arriver au but.

 

NOTES

 

[1]  Allusion à une société basée sur la propriété publique, sans exploitation ni oppression de classe – noble idéal caressé depuis longtemps par le peuple chinois. Ici, le monde de la Grande Concorde désigne la société communiste.

 

[2]  Voir La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), chapitre II, où Lénine dit : « Pendant près d’un demi-siècle, de 1840 à 1890, en Russie, la pensée d’avant-garde, soumise au joug d’un tsarisme sauvage et réactionnaire sans nom, chercha avidement une théorie révolutionnaire  juste, en suivant avec un zèle et un soin étonnants chaque ‘dernier mot’ de l’Europe et de l’Amérique en la matière. En vérité, le marxisme, seule théorie révolutionnaire  juste, la Russie l’a payé d’rn demi-siècle de souffrances et de sacrifices inouïs, d’héroïsme révolutionnaire sans exemple, d’énergie incroyable, d’abnégation dans la recherche et l’étude, d’expériences pratiques, de déceptions, de vérification, de confrontation avec l’expérience de l’Europe ».

 

[3] Pendant plusieurs décennies, à partir de la fin du XVIIe siècle, la Grande. Bretagne fit entrer en Chine de l’opium en quantité de plus en plus importante. L’opium importé intoxiquait dangereusement le peuple chinois et drainait la monnaie argent de la Chine. Des protestations s’élevèrent dans tout le pays. En 1840, sous prétexte de protéger son commerce, la Grande-Bretagne envoya des troupes qui envahirent la Chine. Les troupes chinoises, sous la conduite de Lin Tseh-siu, résistèrent, tandis que le peuple de Canton organisait spontanément des « Corps de répression anti-anglais » qui portèrent des coups sévères aux envahisseurs. Néanmoins, en 1842, le gouvernement corrompu des Tsing conclut avec les agresseurs anglais le « Traité de Nankin » aux termes duquel la Chine dut payer des indemnités et céder Hongkong à la Grande-Bretagne, et de plus ouvrir à son commerce les ports de Changhai, de Foutcheou, d’Amoy, de Ningpo et de Canton, et fixer conjointement avec elle les tarifs douaniers pour toutes les marchandises qu’elle introduirait en Chine.

 

[4] Hong Sieou-tsiuan (1814-1864), natif du Kouangtong, dirigeant de la guerre révolutionnaire paysanne du milieu du XIXe siècle. En 1851, il dirigea un soulèvement des masses dans le Kouangsi et proclama le Royaume céleste des Taiping qui, englobant de nombreuses provinces, tint tête à la dynastie des Tsing quatorze années durant. En 1864, cette guerre révolutionnaire échoua et Hong Sieou-tsiuan s’empoisonna. Voir « La Faillite de la conception idéaliste de l’histoire », note 4, pp, 483-484 du présent tome (Tome IV des œuvres choisies).

 

[5] Kang Yeou-wei (1858-1927), originaire du district de Nanhai, province du Kouangtong, En 1895, un an après la défaite infligée à la Chine par l’impérialisme japonais, Kang Yeou-wei se mit, à Pékin, à la tête de 1300 candidats aux examens impériaux, pour présenter à l’empereur Kouangsiu une « pétition de dix mille mots », réclamant « la réforme constitutionnelle et la modernisation », la transformation de la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle. En 1898, l’empeteur Kouangsiu appela Kang Yeou-wei, Tan Se-tong, Liang Ki-tchao et d’autres à prendre part à la conduite des affaires d’Etat en vue de réaliser des réformes. Plus tard, le retour au pouvoir de l’impératrice douairière Tseuhsi qui représentait les irréductibles mit le mouvement réformiste en échec. Kang Yeou-wei et Liang Ki-tchao s’enfuirent à l’étranger ct organisèrent pour la défense de l’Empereur un parti, qui devint une faction politique réactionnaire du fait qu’il s’opposait au groupe révolutionnaire de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie représenté par Sun Yat-sen, Parmi les œuvres de Kang Yeou-wei figurent : Falsifications apportées par l’école Sin aux classiques du canon confucéen, Confucius réformateur et Livre de la Grande Concorde.

 

[6] Yen Fou (1853-1921, de Foutcheou, province du Foukien, fit ses études dans une école navale d’Angleterre. Après la Guerre sino-japonaise de 1894, il préconisa la monarchie constitutionnelle et des réformes en vue de moderniser la Chine. Il traduisit des ouvrages tels que Evolution et éthique de T. H. Huxley, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d’Adam Smith, Logique inductive et déductive de J. S. Mill, Esprit des lois de Montesquieu, contribuant ainsi à  propager la pensée bourgeoise européenne en Chine.

 

[7] Système des examens en vigueur sous les dynasties autocratiques de Chine. C’était aussi un moyen utilisé par la classe féodale régnante pour sélectionner le personnel destiné à gouverner le pays et, en même temps, un procédé pour s’attacher les intellectuels. Inauguré au VIIe siècle de notre ère, ce système subsista  jusqu’au début du XXe.

 

[8]  Il s’agit de la Révolution de 1911 qui renversa la monarchie absolue des Tsing. Le 10 octobre de cette année-là,

une partie de la Nouvelle Armée se souleva à Woutchang à l’instigation des sociétés révolutionnaires de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie de l’époque ; des soulèvements se succédèrent par la suite dans d’autres provinces et bientôt la dynastie des Tsing croula. Le 1er janvier 1912, le Gouvernement provisoire de la République chinoise fut proclamé Â Nankin et Sun Yat-sen fut élu président provisoire de la République. Grâce à l’alliance de la bourgeoisie, des paysans, des ouvriers et de la petite bourgeoisie urbaine, la révolution aboutit à la victoire. Mais comme le groupe dirigeant de la révolution était, de par sa nature même, enclin aux compromis, qu’il n’apportait pas des avantages réels aux paysans et qu’il pliait sous la pression de l’impérialisme et des forces féodales, le pouvoir tomba entre les mains d’un seigneur de guerre du Peiyang nommé yuan Che-kai, et la révolution échoua.

 

[9] Héros du roman Chouei hou tchouan (Au bord de l’eau). Les mains nues, Wou Song tua un tigre sur la colline de Kingyang. Cet épisode est l’un des plus populaires de cette œuvre célèbre.

 

[10] Pour les relations entre la socialisation de l’agriculture et l’industrialisation du pays, voir les parties VII et VIII du rapport Sur le problème de la coopération agricole, présenté le 31 juillet 1955, par le camarade Mao Tsé-toung à la Conférence des secrétaires des comités provinciaux, municipaux et des régions autonomes du parti communiste chinois. Dans ce rapport, le camarade Mao Tsé-toung, sur la base de l’expérience de l’Union soviétique et de la pratique de notre propre pays, a largement développé la thèse selon laquelle les étapes de la socialisation de l’agriculture doivent s’accorder avec celles de l’industrialisation socialiste.

 

[11] Citation tirée des annotations faites par Tchou Hsi à l’ouvrage de Confucius Le Milieu invariable, chapitre XIII.


 

C’est notoire : la Chine est l’un des principaux pays pollueurs du monde. Evidemment on cite toujours le chiffre brut, jamais le chiffre par habitant (1)... mais il est désormais évident que le volontarisme de l’Etat chinois en matière de lutte contre la pollution de l’air et le réchauffement climatique, acte lors du dernier Congrès du Parti Communiste Chinois en 2012 en particulier, donne ses premiers fruits, qui sont de taille !

La Chine est en effet passée de la simple répression financière des usines les plus polluantes (qui se maintient mais rencontre évidemment des freins locaux au niveau du secteur privé) au financement massif de vastes plans urbains de restauration de la qualité de l’air et de la biodiversité, ainsi qu’une politique opiniâtre de reconversion énergétique du territoire.

 

Concernant l’énergie, on sait peu par exemple que des projets de centrales nucléaires chinoises reposaient initialement sur le principe de la « fission à sels fondus » (thorium) dont les chinois furent les pionniers dans les années 70, et s’opposant à celui de l’uranium (centrales nucléaires à hauts risques et à forte production de déchets radioactifs de nos pays) (2) . Ce type de centrale, qui limite considérablement les déchets (en volume, d’une facteur mille, comme en dangerosité), n’est plus à l’étude en Occident faute de financement et sous la pression du lobby militaro-industriel : celui-ci recycle l’uranium appauvri pour l’armement, alors que les centrales à sels dissous n’en produisent pas, et utilise le même combustible pour les bombes atomiques. C’est faute de technologie que le pays a dû abandonner cette opportunité dans les années 70, mais l’Etat chinois réalise actuellement le seul projet de grande ampleur actuellement pour la mise en place de telles centrales, avec un financement de 250 millions de dollars et une ouverture dans moins de vingt ans (source « Un nucléaire sûr existe, et la Chine ouvre la voie avec le thorium » (The Telegraph, mars 2011)(3). Celle-ci ouvrira la voie d’une véritable révolution énergétique dans la région.

 

L’Etat chinois veut donc se doter d’énergies dites « propres » sur le plan des rejets de gaz à effet de serre (non produit par le nucléaire) et à haut rendement néanmoins, pour sortir de la très polluante industrie charbonnière qui domine encore le marché chinois.

 

La Chine s’est encore récemment illustrée en mettant en place cette année la première méga-centrale flottante à énergie solaire à Huaïnan près de Shanghaï, et se place au premier rang mondial pour l’énergie hydroélectrique (renouvelable, non intermittente et sans déchet).

Concernant les projets urbains, nous sommes face à une incontestable avant-garde : l’Etat chinois promeut dans plusieurs villes la construction de « villes-forêts » pour 2020, et ce n’est pas une « belle promesse », c’est du concret ! On parle beaucoup ce mois-ci de la fameuse Liuzhou Forest City, qui sera la première ville entièrement conçue pour l’amélioration de la qualité de l’air, de la biodiversité et les économies d’énergie. Elle pourra accueillir 35 000 habitants. Une ville similaire de 100 000 habitants est également prévue à Shijiakhuang, ainsi que deux grandes « tours forestières » dans la ville de Nanjing (prévues pour 2018), immeubles revêtus de 23 espèces d’arbres et de 2500 arbustes.

 

Liuzhou Forest City c’est 40 000 arbres et plus de 100 espèces différentes, qui pourront accueillir la faune, notamment l’avifaune locale, et fournir à la ville une couverture thermique naturelle permettant des économies d’énergie l’hiver, et un ombrage suffisant l’été. Ce couvert végétal absorbera 1000 tonnes de dioxyde de carbone par an et 57 tonnes de polluants, tout en produisant 900 tonnes de dioxygène. La ville sera entièrement autosuffisante sur le plan énergétique : énergie solaire et énergie géothermique en seront les ressources exclusives.

 

Sa surface sera volontairement réduite (175 hectares) pour laisser plus de place à la nature environnante, et elle sera connectée aux villes alentours par un réseau ferroviaire et routier entièrement électrique.

 

L’exemple de Liuzhou Forest City devrait nous faire réfléchir au-delà de l’anecdote. Propagande totalitaire ? Bluff géopolitique ? « Capitalisme vert » ? Nos écologistes occidentaux feraient bien de poser les questions qui s’imposent. A partir du moment où un pays s’est suffisamment développé économiquement (c’est le cas chez nous comme en Chine), pourquoi l’écologie politique se détournerait avec suspicion de tels « projets pharaoniques » « démesurés » (termes rencontrés dans la presse ironique mais forcée d’en parler (4)) pour ne promouvoir que des solutions « familiales », « locales », au cœur d’un océan d’agrobusiness, de productivisme industriel débridé et de recherche capitaliste du profit maximum et immédiat ? N’est-il pas évident que les seuls projets viables et durables du point de vue de la protection de l’environnement à grande échelle ne peuvent s’appuyer que sur des politiques étatiques pensées, financées et planifiées par une économie nationale souveraine, jamais sur la libre entreprise et la concurrence inter-impérialiste ? N’est-il pas évident qu’à des échelles différentes, les seuls Etats à sortir du lot pour ce type de politique de protection environnementale soient Cuba et la Chine ?

 

Comme sur bien d’autres questions, de l’aérospatial aux grandes politiques industrielles dans les pays arriérés, c’est bien le socialisme, c’est-à-dire la capacité d’investir massivement (et sans retour immédiat sur investissement), à l’échelle nationale et de façon coercitive dans des plans de protection des sols, des ressources énergétiques et de l’environnement naturel, qui s’avère le plus efficace et prometteur.

 

Même à un degré moindre, des pays ayant subi des reculs politiques liés à la disparition du camp soviétique dans les années 90, se placent d’emblée à l’avant-garde d’une véritable « révolution verte » dont nos militants écolo au sein des pays impérialistes se doivent d’étudier les résultats.

 

Guillaume SUING

 

[1] Huit tonnes de carbone produit par habitant en Chine contre dix en Union Européenne et vingt aux EU.
[2] La centrale fonctionnant sur ce principe sont les seules pour lesquelles une surchauffe du réacteur s’éteint instantanément par dilution immédiate de la réaction en chaîne par la fonte d’un bouchon de contrôle : le sel fondu est à la fois le fluide porteur de chaleur et sa première barrière de confinement. Voir le documentaire ARTE « Thorium, la face cachée du nucléaire » 
(3) Source
[4] Source

»» https://germinallejournal.jimdo.com/2017/06/30/la-chine-avant-garde-de...
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La nouvelle « route de la soie » chinoise : cibler l’Europe en misant sur l’Afrique

 

20 Juin 2017
Un article clair et documenté sur une stratégie qui risque de changer la face du monde. Il y a bien sûr les investissements « irrationnels » du capital mais il y a aussi une planification des dits investissements avec des orientations qui donnent le sens en vue du développement plus que du profit qui change tout. Comme d’ailleurs la volonté affirmée du dit gouvernement de jouer la carte du développement du « Tiers monde » pour encercler le monde capitaliste et du développement scientifique et technique. La longue marche?
 
(note de Danielle Bleitrach)


 Par  |  14/06/2017, 14:32  |  837  mots
Le président chinois Xi Jinping durant son discours au Forum Chine-Afrique de Johannesburg, le 4 décembre 2015.
Le président chinois Xi Jinping durant son discours au Forum Chine-Afrique de Johannesburg, le 4 décembre 2015. (Crédits : Reuters)
Si l’activisme de l’économie chinoise n’est pas exempt d’un risque d’ubris « irrationnel », la nouvelle stratégie chinoise semble clairement viser à faire de l’Afrique une tête de pont vers les marchés à hauts revenus de l’Europe. Une analyse de Mariem Brahim, économiste à l’Ipemed (Paris), et de Hassan Ben Janena, professeur d’économie à l’ISG de Sousse (Tunisie).

Dans le contexte de l’apparent repli des États-Unis sur eux-mêmes et du Brexit britannique, la Chine fait figure de premier investisseur mondial. C’est ainsi que les investissements chinois ont dépassé en 2016 les 200 milliards de dollars, soit 40 % de plus que l’année précédente. La Chine est aussi le premier investisseur et le premier employeur étranger aux États-Unis, ce qui a poussé le nouveau président Donald Trump à jeter un regard davantage conciliant à son égard. Mais, à présent, c’est vers l’Afrique et l’Europe que l’ancien empire du Milieu jette son dévolu.

 

Accès aux marchés et transferts de savoir-faire, la double cible

 

Tous les secteurs économiques européens sont visés, à l’image de la société ChemChina qui vient d’acheter l’agrochimiste suisse Syngenta pour 43 milliards de dollars, tandis que China Chemical Corporation vient de s’emparer de l’industriel italien Pirelli. Et le conglomérat Ossun, quant à lui, qui possède le Club Med et le port du Pirée, est passé entre les mains d’investisseurs chinois, à hauteur de 67%.

 

Que ce soit aux États-Unis ou en Europe, les Chinois recherchent non seulement l’accès à des marchés portés par des pouvoirs d’achat parmi les plus élevés du monde, mais aussi la possibilité d’acquérir des savoir-faire et des technologies détenus jusque-là exclusivement par les entreprises rachetées. Sur fond de mondialisation et au nom de celle-ci, les plus beaux fleurons des économies occidentales semblent ainsi passer entre les mains de ces investisseurs chinois. Un activisme qui inquiète de plus en plus les Européens.

 

Le risque d’investissements « irrationnels »

 

Toutefois, cette stratégie n’est pas sans danger pour les Chinois. Les réserves en dollars du pays s’amenuisent. Le risque de dévaluation du yuan s’accroît, en dépit de la surveillance sourcilleuse de l’OMC. C’est pourquoi les autorités chinoises enjoignent à leurs entreprises de ne pas se lancer dans des investissements « irrationnels » à l’étranger, notamment en Europe.

 

Elles leur demandent de bien faire la distinction entre les investissements stratégiques, dispensateurs de technologies en retour, et les méga-acquisitions dans l’immobilier, le sport, voire le divertissement, toutes spéculatives mais présentant de nombreux risques. La presse financière chinoise s’en est fait l’écho : les autorités chinoises seraient décidées à davantage contrôler et encadrer les Investissements directs étrangers (IDE) de leurs entreprises. Les investissements de plus de 10 milliards de dollars pourraient tout simplement être proscrits. Et, si elles ne relevaient pas d’« activités stratégiques », les acquisitions de plus d’un milliard de dollars seraient interdites aux conglomérats chinois.

 

La stratégie du bas-coût africain ciblant l’Europe

 

Pour ce qui concerne le continent africain, la donne est différente. Certes, demeure l’attrait pour un marché en pleine croissance, mais les investisseurs chinois ont aussi retenu la proximité géographique avec l’Europe. D’où le souci de faire appel à une main d’œuvre locale, abondante et peu coûteuse, avec à terme l’invasion du marché européen par des produits fabriqués ainsi à bas coûts au sud de la Méditerranée.

Une autre raison les a conduits à bâtir cette stratégie. Elle est démographique. La politique de l’enfant unique engendrera, à plus ou moins long terme, la raréfaction de la main d’œuvre chinoise. À cet égard, le projet du groupe chinois Haite est très parlant. Il construit au nord du Maroc une nouvelle cité industrielle et résidentielle. S’étendant sur 2 000 hectares, elle devrait, dans les dix ans à venir, héberger près de 200 usines chinoises et engendrer 100 000 emplois.

 

L’opération devrait réclamer un investissement de 10 milliards de dollars. Ce sera de loin la plus importante plateforme industrielle chinoise établie sur le continent africain. De la même manière, HiSense, l’une des principales sociétés de fabrication électronique chinoise, s’est installée dans la province du Cap occidental, en Afrique du sud.

 

Quand Xi Jinping promet 60 Mds $ d’investissements en Afrique

 

Le faible pouvoir d’achat et le défaut d’infrastructures de qualité en Afrique n’arrêtent pas les investisseurs chinois. Ils n’oublient pas que ses habitants représenteront près du quart de la population mondiale à l’horizon 2030. Ce sont autant de futurs consommateurs. Raison pour laquelle le président chinois Xi Jinping a annoncé, lors d’un sommet à Johannesburg en 2015, un plan d’investissement sans précédent. Il s’est dit prêt à laisser injecter 60 milliards de dollars dans des projets locaux de développement. Avec pour objectifs la  stimulation de l’agriculture, la construction de routes, de ports, de voies ferrées et même l’annulation des dettes. Les faits sont là : le volume des échanges commerciaux entre la Chine et les pays africains a progressé de 16,8% au premier trimestre de cette année, par rapport à celui de 2016. Ils ont atteint 38,8 milliards de dollars.

 

Se dessine ainsi une nouvelle « route de la soie ». Elle passera par l’Afrique, notamment du Nord. Les pays qui ne sauront s’y positionner à l’horizon 2030 pourraient bien demeurer sur le bas-côté de l’histoire.

Des physiciens chinois établissent un record de distance dans la téléportation quantique

 
Par  posté le 16 juin 2017

Des physiciens chinois ont battu un nouveau record de téléportation quantique avec une distance de 1.200 kilomètres contre 100 kilomètres précédemment, une étape importante vers une révolution des télécommunications et du cryptage informatique sur internet.

 

©Ramberg / Istock.com

©Ramberg / Istock.com

 

Ces travaux publiés jeudi dans la revue américaine Science s’appuient sur les propriétés du monde subatomique, décrites par Albert Einstein, dans lequel les particules peuvent exister dans deux états différents simultanément, comme des jumelles.

 

Ces particules dites “intriquées”, photons ou neutrons, se comportent comme une seule entité même si elles sont séparées physiquement.

 

A l’aide d’un rayon laser, l’équipe du professeur Jian-Wei Pan, de l’Université de Hefei en Chine, a émis des paires de photons “intriqués” depuis un satellite en orbite.

 

Ces photons ont été séparés et captés dans deux stations au sol à 1.200 km de distance dans les montagnes du Tibet.L’altitude élevée a permis de réduire la densité de l’air à travers laquelle ces photons fragiles ont dû se déplacer.

 

Les physiciens ont modifié la polarisation d’une partie des photons et ont déterminé que leurs “jumeaux” situés à plus de 1.200 km avaient fait de même dans plus d’un millier de cas, soit bien plus fréquemment que ce que le hasard pourrait expliquer, confirmant ainsi la préservation de leurs propriétés quantiques sur une vaste distance.

 

C’est un énorme accomplissement”, a jugé Thomas Jennewein, un physicien à l’Université de Waterloo au Canada.

 

Ces propriétés quantiques offrent des applications potentielles importantes comme des ordinateurs dotés d’une puissance et d’une rapidité de calcul sans commune mesure avec les machines actuelles les plus puissantes.

 

Des équipes européennes et américaines proposent d’installer des instruments quantiques à bord de la Station spatiale internationale (ISS).

 

Un des objectifs est de voir si des particules peuvent préserver leurs propriétés quantiques en changeant de champ gravitationnel.

 

Pour ce faire, ces scientifiques veulent comparer un photon, une particule de la lumière, dans un environnement de microgravité de l’ISS et envoyer son partenaire “intriqué” sur Terre, explique Anton Zeilinger, un physicien de l’Académie autrichienne des Sciences à Vienne.

 

Il y a peu d’expériences qui testent les liens entre la gravité et la physique quantique”, relève-t-il.

 

Ces expériences pourraient un jour entraîner la création d’un réseau de satellites reliant des ordinateurs quantiques.

 

Je suis personnellement convaincu qu’internet sera basé à l’avenir sur les principes de la physique quantique”, estime le professeur Zeilinger.

 

AFP

 
Actif dans les rubriques Eco et Lifestyle du journal, j’ai rejoint Le Soir il y a trois ans pour une formidable aventure numérique. Globe-trotter passionné de photographie, je m’intéresse à tout ce qui touche aux nouvelles-technologies.
Twitter : @etiennefroment
 
 

La prochaine étape de la Chine pour détruire le dollar

Par Byron King – Le 31 Mai 2017 – Source dailyreckoning.com

China’s Next Step to Destroy the Dollar

 

La Chine modifie actuellement les termes de son commerce pétrolier avec l’Arabie saoudite. Plus précisément, la Chine travaille à un accord pour payer le pétrole saoudien en utilisant le yuan chinois. Cet effort représente une menace directe pour la sécurité du dollar.

 

Si cet accord Chine-Arabie saoudite se produit – paiement en yuan pour le pétrole – c’est une étape de plus vers la tombe pour le pétrodollar, qui a dominé la finance mondiale depuis 1974. Vous pouvez revoir l’article de Jim Rickards sur l’assaut contre le dollar.

Pour récapituler, le pétrodollar s’affaiblit parce que le dollar perd du pouvoir en tant que monnaie de réserve mondiale. Cela ressemble à la façon dont la Livre sterling a progressivement été abandonnée au moment du déclin de l’Empire britannique. Le déclin peut prendre beaucoup de temps, mais ce que nous voyons aujourd’hui est une autre étape de cette marche vers la mort du dollar.

 

Je vais vous dire comment protéger votre richesse en dollars après avoir expliqué ce changement.

 

Depuis 1974, l’Arabie saoudite a accepté le paiement de la quasi-totalité de ses exportations de pétrole – par tous les pays – en dollars. Ceci est dû à un accord entre elle et les États-Unis, datant de la présidence Nixon.

 

Il y a environ 15 ans, la Chine a cessé d’être autosuffisante en pétrole et a commencé à acheter du pétrole saoudien. Comme tous les clients saoudiens, la Chine devait payer en dollars. Même aujourd’hui, la Chine paie toujours le pétrole saoudien en dollars américains et non en yuans, ce qui perturbe les dirigeants chinois.

 

Depuis 2010, les importations totales de pétrole en Chine ont presque doublé. Selon Bloomberg News, la Chine a dépassé les États-Unis en tant que plus grand pays importateur de pétrole au monde. Voici un graphique montrant la tendance.

Dollar Gold New Levels Bloomberg

Comme la Chine importe de plus en plus de pétrole, l’idée de payer ce pétrole en yuans plutôt qu’en dollars devient plus critique. La Chine ne veut plus utiliser de dollars pour acheter du pétrole. Ainsi, la Chine commence à faire pression sur les Saoudiens à propos de la monnaie utilisée pour ses achats de pétrole. Elle le fait en réduisant régulièrement ses achats de pétrole en provenance d’Arabie Saoudite.

 

Actuellement, les trois principaux fournisseurs de pétrole de la Chine sont la Russie, l’Arabie saoudite et un pays d’Afrique de l’Ouest, l’Angola. En complément de ces trois fournisseurs clés, il y a une combinaison d’autres sources, Iran, Irak et Oman, qui contribuent à diversifier sa chaîne d’approvisionnement en pétrole.

 

Au cours des dernières années, la Chine a baissé ses achats de pétrole en provenance d’Arabie saoudite et les exportations pétrolières russes sont passées de 5% à 15% du total chinois.

 

La Chine importe plus de pétrole en provenance de Russie, d’Iran, d’Irak et d’Oman et moins d’Arabie saoudite.

 

La part de l’Arabie saoudite dans les importations chinoises est passée de plus de 25% en 2008 à moins de 15% maintenant. Pendant ce temps, les concurrents des Saoudiens, la Russie, l’Iran, l’Irak et Oman vendent plus de pétrole à la Chine.

 

L’Arabie saoudite voudrait inverser cette tendance à la baisse du commerce de son pétrole avec la Chine. Cependant, ces flux de pétrole importants ne se font pas dans le vide.

 

Il y a une bonne raison pour laquelle les ventes russes de pétrole en Chine augmentent. Comme vous le verrez dans l’article de Nomi, les services commerciaux et financiers sont souvent étroitement liés. Au cours des dernières années, la Chine a approfondi ses racines commerciales avec la Russie – maintenant, la Chine paie pour le pétrole russe en yuans. La Russie, à son tour, utilise le yuan pour acheter des produits en provenance de Chine.

 

Au-delà du commerce des marchandises, au cours des six derniers mois, la Russie a mis en place une branche de la Banque de Russie à Pékin. De là, la Russie peut utiliser son yuan chinois pour acheter de l’or sur le Shanghai Exchange. En un sens, le commerce du pétrole sino-russe est maintenant soutenu par un « étalon-or ».

 

À l’avenir, l’Arabie saoudite se trouvera de plus en plus privée du marché pétrolier chinois si elle ne vend pas son pétrole en yuan. Mais pour ce faire, les Saoudiens doivent s’éloigner des dollars américains – et des pétrodollars – s’ils veulent maintenir et accroître leur accès au marché pétrolier chinois.

 

Nous en saurons plus sur cette probabilité après la tournée de Donald Trump au Moyen-Orient.

 

Si l’Arabie saoudite accepte les yuans pour vendre son pétrole, tous les paris sont perdants pour le pétrodollar. Le pétro-yuan changera entièrement la dynamique monétaire des flux énergétiques mondiaux. Je m’attends à ce que le dollar américain s’affaiblisse sévèrement lorsque cette information va transpirer.

 

Une grande partie de cette information sur le pétro-yuan est publique. Pourtant, pour une raison étrange, il existe une forme de cécité dans les instances politiques occidentales et les milieux médiatiques concernant ses implications. L’idée est tellement « taboue » que de nombreux dirigeants politiques l’ignorent tout simplement.

 

Ne l’ignorez pas. Car nous pourrions nous réveiller un matin au milieu d’une crise monétaire massive, dans laquelle les valeurs en dollars chuteraient et les prix du pétrole en dollars monteraient en flèche.

 

Jim et moi recommandons fortement une allocation de 10% de votre portefeuille d’investissement en métal précieux.

 

Byron King

Climat: la Chine snobe l’envoyé de Trump

 

08 Juin 2017
Décidément la Chine opère un « grand bond en avant » en matière de défense de l’environnement et quand la Chine prend une orientation le monde bascule comme lors du barrage des trois gorges où la terre a bougé sur son axe, ou dans le passage du rural à l’urbain de la planète, ou encore en matière d’éducation y compris des filles
 
(note de Danielle Bleitrach).


Rick Perry, secrétaire américain à l’Energie, et Zhang Gaoli, vice-Premier ministre chinois, lors d’une rencontre à Pékin le 8 juin 2017
 
/ © POOL/AFP / Ng Han Guan
 

Soucieux d’avoir des partenaires fiables sur le climat, Pékin a accordé un accueil très distant cette semaine au secrétaire à l’Energie de Donald Trump, alors que le président, Xi Jinping, accueillait longuement le gouverneur de Californie, ardent défenseur des énergies propres.

 

En tournée asiatique quelques jours après l’annonce par la Maison Blanche que les Etats-Unis se retiraient de l’accord de Paris sur le climat, le secrétaire américain à l’Energie, Rick Perry, s’est attaché à rassurer.

 

« Nous ne reculons pas et nous ne laissons aucune place vacante (…) Les Etats-Unis ne renoncent pas à leur rôle de leader pour une planète propre », a-t-il plaidé lundi lors d’une escale à Tokyo, selon l’agence Bloomberg.

 

Avant d’ajouter, bravache: « si les Chinois veulent nous prendre la couronne (…) ce sera un gros défi ».

 

Plus diplomatiquement, M. Perry a vanté jeudi à Pékin les « opportunités extraordinaires » de coopération entre Chine et Etats-Unis sur les « énergies propres », lors d’un entretien avec le vice-Premier ministre chinois, Zhang Gaoli.

 

Reste à voir si l’administration Trump restera le partenaire privilégié de la Chine sur ce sujet.

 

Au mépris du protocole, le gouverneur de Californie, Jerry Brown, lui aussi à Pékin cette semaine, a ainsi pu rencontrer mardi le président Xi Jinping en personne, pour un long entretien qui a fait la Une des médias d’Etat chinois.

 

Mieux, M. Brown et le président Xi ont signé un protocole d’accord associant la Californie à la République populaire pour la promotion des « technologies vertes ».

 

Un camouflet pour Rick Perry, dont aucune rencontre avec le chef d’Etat n’a été annoncée.

 

Xi Jinping a dit « espérer que les Etats américains et provinces chinoises renforcent leurs synergies » sur la question climatique.

 

– ‘Réveiller les gens’ –

 

Venu participer dans la capitale chinoise à un forum ministériel sur les énergies propres, M. Perry – qui avait pourtant promu les énergies renouvelables quand il était gouverneur du Texas et s’était dit favorable à un maintien dans l’accord de Paris – s’y est montré extrêmement discret.

Après avoir défendu mardi les technologies de capture du CO2 au Texas, son Etat d’origine, il n’est pas apparu jeudi à un panel public où il devait s’exprimer.

 

A l’inverse, Jerry Brown a multiplié les apparitions et les interviews, décochant des flèches contre l’administration Trump et vantant les efforts environnementaux de son Etat.

 

« La Californie est engagée avec les (Etats de) Washington, New York et autres pour se motiver à agir davantage » sur les énergies propres, « en grande partie à cause de M. Trump », a confié à l’AFP le gouverneur démocrate, dont l’Etat est évoqué comme la 6e économie mondiale.

 

Une coalition initiée la semaine dernière réunit une dizaine d’Etat américains et plus d’une centaine de villes engagés à réduire les émissions des Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur mondial de CO2, pour satisfaire aux objectifs de l’accord de Paris.

 

« J’essaie de réveiller les gens sur le combat face au changement climatique. La Chine est un allié de taille, dotée de gigantesques ressources (…) pour accélérer notre action », insiste M. Brown.

 

Autre revers diplomatique pour Washington: le plus haut diplomate américain en Chine, le chargé d’affaires David Rank vient de démissionner, a annoncé l’ambassade en début de semaine. Une décision prise en raison, selon la presse, de son opposition à la politique de Donald Trump sur le climat.

 

– ‘Déconnectée’ –

 

« Rick Perry est dans une position délicate. L’administration Trump est vraiment déconnectée de la communauté internationale, cela devient évident dans des réunions » comme celles de Pékin, grince Alex Perera, directeur adjoint de l’ONG WRI Energy Program.

 

M. Trump « semble vouloir revenir à la deuxième révolution industrielle » du XIXe siècle fondée sur le charbon, indique à l’AFP le vice-président de l’Union européenne, Maros Sefcovic. « Mais les maires et gouverneurs américains, eux, restent engagés » et « arrimés à la modernité ».

 

(©AFP / 08 juin 2017 11h39)

La Chine met en fonctionnement la plus grande centrale solaire flottante du monde

 
08 Juin 2017
Dans le même temps la Chine annonce la réduction de son exploitation du charbon plus polluant, ce qui prouve qu’à l’inverse des Etats-Unis la Chine prend au sérieux les accords de Paris; Meme si dans toute l’Asie du sud est le charbon reste une ressource incontournable.
 
(note de Danielle Bleitrach)

Le 07.06.2017 à 17h55

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/developpement-durable/la-chine-met-en-fonctionnement-la-plus-grande-centrale-solaire-flottante-du-monde_113632

 

Construite dans une mine de charbon désaffectée et inondée, cette centrale a été connectée en mai 2017 au réseau électrique chinois.

 

Une ferme solaire flottante en Chine

Une ferme solaire flottante en Chine

Crédit : Sungrow

 

Œuvre de la société chinoise Sungrow, une nouvelle ferme solaire vient d’être mise en activité à proximité de la ville de Huainan à environ 200 kilomètres au nord-ouest de Shanghai. En plein cœur de la province d’Anhui, une zone agricole assez pauvre autrefois, mais qui à partir des années 1950 a commencé à prospérer en partie grâce à l’exploitation de ses gisements miniers ainsi que de son… charbon. Or, c’est justement dans une mine de charbon à ciel ouvert, désaffectée puis inondée que cette centrale a été rapidement mise en place en 2016. Les milliers de panneaux solaires cumulent une puissance de 40 mégawatts. De quoi alimenter en électricité environ 15.000 foyers, chiffrent les médias chinois. Elle aurait été connectée au réseau du pays en mai 2017, et, de part sa capacité, serait désormais la plus puissante centrale solaire flottante du monde. Le précédent record était détenu par une autre installation très similaire, également située à Huainan et installée dans une mine de charbon désaffectée. Mise en place par le fabricant chinois Xinyi Solar, la capacité de cette centrale atteint les 20 MégaWatts. Un record qui risque d’être de courte durée puisque l’entreprise Sungrow a annoncé début juin que des travaux étaient en cours (dans la même région) pour la construction d’une nouvelle centrale flottante d’une capacité de… 150 Mégawatts. Un projet qui devrait s’achever « à la fin de l’année », selon nos confères du site pv-Tech.org.

 

Des panneaux plus efficaces

 

L’intérêt d’installer ainsi des panneaux solaires sur l’eau plutôt que sur la terre ferme présente plusieurs avantages. Tout d’abord, ces imposantes installations (800.000 mètres carrés pour la plus récente) n’empiètent pas sur des terres qui pourraient être consacrées à d’autres usages (bâtiments, exploitations agricoles…). La réverbération de la lumière sur l’eau accroît l’efficacité des panneaux, tandis que la proximité immédiate de l’eau offre une solution optimale pour refroidir l’installation. Ultime avantage : la surface de l’eau étant plate, aucun relief du terrain ne risque de venir faire de l’ombre sur les panneaux solaires. Depuis 2015, la Chine est devenue, en passant devant l’Allemagne, le plus grand producteur d’énergie solaire du monde. Et depuis, l’écart se creuse. La Chine a atteint ainsi une capacité de plus de 77 Gigawatts en énergie solaire installée fin 2016 chiffre l’administration nationale de l’énergie dans le pays. Et bien que le charbon constitue encore la principale source énergétique du pays (60%), les énergies renouvelables progressent. Elles représentent à ce jour 11% du mix énergétique chinois et pourraient doubler d’ici 2030.

 

Où vont les « Nouvelles routes de la Soie » ?

 

07 Juin 2017

 

 

 

Lancé en 2013, le projet « One Belt One Road », aussi surnommé les « Nouvelles Routes de la Soie », est l’un des projets majeurs d’infrastructures de la Chine en Asie. Bien placée, l’Asie centrale pourrait en bénéficier, si les projets arrivent à leur terme. 
 
https://www.novastan.org/fr/kirghizstan/ou-vont-les-nouvelles-routes-de-la-soie/

Novastan reprend ici un article publié originellement par notre partenaire, Asialyst.  Du 14 au 16 mai se tenait à Pékin le premier sommet international consacré au projet de « Nouvelles Routes de la Soie », avec des chefs d’État de 29 pays dont le Russe Vladimir Poutine et l’Indonésien Joko Widodo. Lancée par le président chinois Xi Jinping en 2013 depuis le Kazakhstan, l’initiative « One Belt One Road » (OBOR) vise à déployer 1 000 milliards de dollars d’investissements dans 65 pays.
 
 
Il s’agit essentiellement pour la Chine de soutenir des projets d’infrastructures – autoroutes, train, ports mais aussi énergies – afin de rééquilibrer son développement économique intérieur, renforcer sa politique de voisinage et devenir la première puissance influente sur la zone, devant les États-Unis et la Russie.
 

L’innovation, jalon du discours d’ouverture de Xi Jinping L’innovation dans ce projet tient une place particulière : prédominante dans la forme, peu substantielle dans le fond. Dans son discours d’ouverture, Xi Jinping l’aborde sous toutes ses coutures, parlant « d’apprentissage mutuel », mettant en avant le rôle historique des routes de la soie dans « l’échange de biens et de savoir-faire qui nourrissent de nouvelles idées ». L’initiative OBOR n’a pas pour objectif de « réinventer la roue » mais doit toutefois présenter les opportunités d’une « nouvelle révolution industrielle » et porter une vision « innovante, coordonnée, verte, ouverte et inclusive » du développement.

 

Lire aussi sur Novastan : La Chine et le retour en Asie centrale

 

L’innovation apparaît donc clairement comme un objectif d’OBOR et Xi a précisé le contenu des projets le 14 mai dernier : création d’un « Belt and Road Science Technology and Innovation Cooperation Action Plan », composé d’une plateforme d’échange, d’un laboratoire commun et d’un parc scientifique de coopération et de transfert technologique. Si le contenu de ces initiatives n’est pour l’instant pas précisé, leurs annonces détonnent avec la « diplomatie des transports » pour l’instant privilégiée par la Chine. Comment faire le lien entre ces infrastructures lourdes et ces technologies de pointe ?

Route de la soie Asie centrale Camion Montagne

Un modèle chinois de rattrapage technologique

 

La primauté donnée aux infrastructures reste cohérente avec le modèle de développement que la Chine a pu entreprendre par le passé. Il est permis de penser qu’elle souhaite exporter via OBOR ce modèle qui se déploie en quatre temps: tout d’abord, le développement d’infrastructures. Ensuite, l’acquisition de savoir-faire et de technologies via des joint-ventures. Viendra la montée en gamme par la recherche et développement permettant de dégager de la valeur ajoutée et enfin des innovations en R&D proches de la frontière technologique. L’innovation dans ce modèle arrive bien dans un second temps.

 

Le questionnement est double. Portées par le « Belt and Road Science Technology and Innovation Cooperation Action Plan », les politiques de cluster ex nihilo ne permettent pas nécessairement de remonter la chaîne de valeur si la maturation technologique n’est pas suffisante. En la matière, les 64 pays d’OBOR attestent de degrés de développement variés (du Bangladesh au Kazakhstan en passant par le Sri Lanka), constat toutefois réductible aux avantages comparatifs de chaque économie.

 

Une diplomatie des voies ferrées délicate

 

Certes, la Chine est la première puissance en terme de dépôts de brevets si l’on considère leur quantité et non leur qualité d’innovation. Mais a-t-elle la stature nécessaire pour constituer un moteur d’innovation à l’échelle de l’Asie ? La projection « innovation » d’OBOR reste aujourd’hui parcellaire et il est difficile de voir si la diplomatie des voies ferrées et des routes permettra de développer une « Asia Inc. » menée par la Chine.

 

On peut toutefois interroger l’effet d’opportunité pour Pékin de l’ensemble du projet et envisager plusieurs hypothèses. La première serait pour les Chinois d’utiliser les laboratoires OBOR afin d’employer sa main-d’œuvre qualifiée en accompagnant les pays bénéficiaires dans leur rattrapage technologique, à l’instar des ingénieurs occidentaux et japonais (sur le modèle des « quality infrastructures » nippones) qui ont formé les ouvriers chinois, notamment dans le secteur des télécommunications dans la décennie 1990 (lire les recherches de Jean-François Huchet à ce sujet).

 

http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/09/15/michel-onfray-ne-sera-pas-le-commissaire-de-l-exposition-consacree-a-camus_1760763_3246.html

 

LA NEF DES FOUS, par Michel Onfray, site du monde.fr (en réponse à Catherine Simon et à tous ses « détracteurs»)

 

La double page que votre journal consacre à ce qui est devenu depuisl’été « l’affaire Camus »  me décide à prendre le large de cette pétaudière où se mélangent de façon déraisonnable les egos surdimensionnés, la chiennerie de la politique politicienne, les pathologies mentales, les intrigues de réseaux, le copinage d’anciens combattants d’extrême gauche reconvertis dans l’opportunisme  social-démocrate,  la morgue de l’impuissance universitaire  , la niaiserie d’une ministre confondant usage public des crédits et punition idéologique, la veulerie des institutionnels  de la culture , le double langage de l’un, la schizophrénie de l’autre,  le tout sur fond de guerres picrocholines organisées et orchestrées par le journalisme parisien…
Je bénis cette aventure de m’avoir fait découvrir cette nef des fous ! Mais je n’en suis plus… Je n’avais encore rien signé, j’économise donc une démission. Pas besoin de quitter le bateau, il n’y aura jamais eu que le projet d’y être – mais la compagnie s’avère décidément trop nauséabonde. En France, l’atmosphère intellectuelle est toujours de guerre civile.
 
Albert Camus aura été le grand perdant de ce qui aurait pu être une belle aventure. Mais tout ce qu’il détestait est revenu dans cette affaire comme un boomerang : les politiciens, les héritiers, les réseaux, les tribus, les universitaires, les journalistes, les ministres, Paris… Rien de neuf sous le soleil.
 
J’avais pour fil conducteur le projet de montrer le trajet rectiligne d’un libertaire au XX° siècle, le combat reste à mener, je le mènerai ailleurs. Pour moi, il y a une vie après Camus… Que mes ennemis se rassurent, ils auront d’autres occasions de me poursuivre de leur haine, je prendrai soin de leur procurer d’autres raisons.
 
Michel Onfray
 
Chemin de fer Chine train soleil couchant soirée
 
 
Global Panorama
 

Deuxième hypothèse, OBOR permettrait à la Chine de repérer au stade du développement, des technologies ou des start-ups qui bénéficieront de ses investissements. Ainsi, cette feuille de route « Innovation », pour l’instant peu substantielle, semble permettre le déploiement d’une géoéconomie de l’innovation dominée par la Chine, et qui laissera peu de place aux investisseurs étrangers.

 

L’innovation, une géopolitique comme une autre

 

Que doit développer OBOR ? Le discours de Xi Jinping fait la liste des sujets (économie numérique, intelligence artificielle, nanotechnologie, calcul quantique), des secteurs (notamment les technologies vertes) et des procédés, qui doivent être incrémentaux, reposant sur les pools de connaissances et les écosystèmes entrepreneuriaux. Pour l’instant, les deux projets innovation les plus aboutis dessinent davantage une géopolitique de l’innovation à l’encontre de l’Inde, avec le lancement de satellites de télécommunication. Sur un marché de l’aérospatial dominé par les technologies occidentales et les situations de monopoles, l’Inde et la Chine tentent de disrupter les chaînes de valeur pour diminuer les coûts de lancement et démocratiser leurs usages. Il est donc stratégique pour elles d’exporter leur savoir-faire afin d’atteindre une légitimité internationale.

 

Lire aussi sur Novastan : L’Asie centrale, terre d’organisations régionales concurrentes ?

Le Livre Blanc du 28 décembre 2016, consacré aux activités spatiales chinoises, mentionne directement le projet OBOR comme un « moyen de déployer les services basiques de communication pour les pays le long de la route de la soie terrestre et maritime d’ici 2018, à travers un réseau constitué de 35 satellites mis en service d’ici 2020 ». Ces nouvelles technologies de communication spatiale viennent concurrencer une diplomatie d’influence initiée par l’Inde en 2014 lors du sommet de la SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation). Le sommet englobait 6 pays (Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Maldives, Népal et Sri Lanka) afin de connecter les réseaux, mais également de développer la télémédecine dans les régions rurales. La Chine a, quant à elle, aidé le Pakistan et le Sri Lanka à lancer des satellites et est en négociation avec les Maldives, le Bangladesh, l’Afghanistan et le Népal pour de futures opérations.

 

Cette géopolitique de l’innovation via OBOR est corroborée par la place prédominante donnée aux technologies vertes et à l’adaptation au climat dans le discours de Xi Jinping. Le président chinois souhaite ainsi développer une « coalition internationale du développement vert » et accompagner les pays d’OBOR dans « l’adaptation au changement climatique ». Face à une nouvelle administration climato-sceptique à Washington, la Chine a, encore une fois, saisi l’opportunité qui s’ouvrait à elle.

 

Alisée Pornet
Journaliste spécialisée sur les « Nouvelles Routes de la Soie »et l’évolution des sujets innovation et numérique en Asie, et plus particulièrement en Chine

 

Comment Pékin serait parvenu à démanteler la CIA en Chine, par Anaïs Cherif

 

24 Mai 2017


| 23/05/2017, 16:12

http://www.latribune.fr/economie/international/comment-pekin-serait-parvenu-a-demanteler-la-cia-en-chine-720936.html?


« L’une des pires brèches dans le travail du renseignement [américain] des dernières décennies », selon des sources anonymes interrogées par le New York Times. (Crédits : Reuters/Kevin Lamarque)


Pékin aurait éliminé « au moins une douzaine d’agents de la CIA » entre 2010 et 2012, selon une enquête du New York Times. Objectif : démanteler systématiquement les effectifs déployés par les services secrets américains.


Une secousse pour Washington. Entre 2010 et 2012, la Chine aurait tué « au moins une douzaine d’agents de la CIA », rapporte une enquête du New York Times publiée ce week-end. L’un d’entre eux aurait été exécuté dans la cour d’un bâtiment gouvernemental pour adresser un message à ses collègues. En parallèle, entre six à huit autres recrues de l’agence de renseignement américain auraient été emprisonnées. Le mot d’ordre donné par Pékin : démanteler sur le sol chinois le réseau des services secrets américains au cours d’une opération de contre-espionnage.

 

C’est « l’une des pires brèches dans le travail du renseignement [américain] des dernières décennies », ont confié au quotidien américain d’anciens ou actuels officiers Américains cités par le journal. « Certains étaient persuadés qu’une taupe était à l’œuvre et avaient trahi les Etats-Unis – quand d’autres pensaient à un piratage du système de communication par les sources chinoises. Des années plus tard, le doute n’a toujours pas été levé », affirme le New York Times.

 

Une « grande victoire » pour la Chine


Selon une enquête du FBI, des informateurs de la CIA auraient été trop imprudents, empruntant toujours les mêmes routes pour rejoindre leurs sources ou fixant des points de rendez-vous identiques… Facilitant ainsi le travail des espions chinois. « Certains officiers rencontraient leurs sources dans un restaurant truffé de micros par des agents chinois. Même les serveurs travaillaient pour l’espionnage chinois », rapporte au journal des anciens agents américains. Alors que le nombre d’informateurs en poste diminuait de fait, l’administration Obama en poste s’inquiétait du manque d’informations en provenance de Pékin.

 

Si cet article dit la vérité, nous aimerions applaudir les activités de contre-espionnage de la Chine, s’est félicité mardi un éditorial du Global Times, quotidien nationaliste proche du parti communiste chinois. « Non seulement le réseau d’espions de la CIA a été démantelé, mais Washington n’a aucune idée de ce qui s’est passé. Cela peut être considéré comme une grande victoire. »

 

Faits et chiffres : le combat chinois contre la pauvreté. On souhaiterait un tel combat en France...Mais les régimes sociaux des deux Etats sont antagonistes..

 

Faits et chiffres : le combat chinois contre la pauvreté. On souhaiterait un tel combat en France...Mais les régimes sociaux des deux Etats sont antagonistes..

Résultat de recherche d'images pour "Le pont routier Jinhan de Tianjin permet de mieux connaître la région Pékin-Tianjin-Hebei Images"

© Chine Nouvelle (Xinhua) - Xu Yongchun,

le 24/05/2017 16:53

La Chine a redoublé d'efforts dans la réduction de la pauvreté depuis le 18e Congrès national du Parti communiste chinois (PCC) organisé en 2012, jetant les bases permettant au gouvernement de réaliser son objectif d'éradiquer la pauvreté d'ici 2020.

Voici certains faits et quelques chiffres de la campagne chinoise de lutte contre la pauvreté, un élément clé de la mission du pays visant à construire une société modérément prospère à tous les niveaux d'ici 2020.

-- De 2013 à 2016, 55,64 millions de résidents ruraux, ou plus de 10 millions de personnes par an, sont sortis de la pauvreté en Chine.

-- De 2013 à 2016, les revenus des résidents ruraux vivant dans des régions pauvres ont augmenté plus rapidement que les revenus moyens à l'échelle nationale.

-- Pour la seule année de 2016, la Chine a aidé 12,4 millions de résidents ruraux à sortir de la pauvreté, atteignant son objectif de sortir de la pauvreté plus de 10 millions de personnes par an dès 2016.

-- Fin 2016, la Chine comptait toujours 43,35 millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté du pays, soit 2.300 yuans (environ 334 dollars) de revenus annuels à prix constants de 2010.

-- Le gouvernement central a alloué 196,1 milliards de yuans de fonds spéciaux destinés exclusivement à la réduction de la pauvreté ces quatre dernières années, chiffre en croissance annuelle de 19,22%, a déclaré en mars Mo Jiancheng, un inspecteur de la Commission centrale de contrôle de la discipline du PCC.

-- En 2016, les fonds destinés à la réduction de la pauvreté et débloqués par les budgets central et provinciaux ont totalisé pour la première fois plus de 100 milliards de yuans. Le gouvernement central a affecté 66,7 milliards de yuans, en croissance annuelle de 43,4%, alors que les gouvernements provinciaux ont alloué 40 milliards de yuans, en hausse de 50%.

-- A la fin de l'année 2016, les prêts en cours accordés par les institutions financières pour la réduction de la pauvreté ont totalisé 2.500 milliards de yuans, dont 818,1 milliards de yuans de prêts nouvellement accordés en 2016.

-- Les autorités chinoises ont souligné l'adoption de mesures ciblées et précises de lutte contre la pauvreté, la création de politiques différentes selon les diverses situations des régions et adaptées à leur demande. Les politiques portent sur le développement du commerce, le relogement des résidents pauvres, les subventions pour les paysans habitant dans des régions écologiquement fragiles, et la promotion de l'enseignement et l'amélioration de la sécurité sociale.

La Chine a aussi encouragé les régions développées dans l'est à aider des régions moins développées dans l'ouest à mieux lutter contre la pauvreté, avec des centaines de districts pauvres dans l'ouest et l'est ayant établi des partenariats.

-- Environ 775.000 responsables ont été envoyés dans des villages fin 2016 dans le cadre d'un programme du PCC visant à envoyer des responsables dans les régions rurales pour lutter contre la pauvreté.

-- Des dizaines de milliers de bureaux du Parti et du gouvernement, d'entreprises et d'institutions publiques ont pris part à cette campagne pour aider des villages dans le pays à sortir de la pauvreté. Fin

Vladimir Poutine s’aligne avec Xi Jinping pour élaborer un nouvel ordre mondial (commercial)

 

Vladimir Poutine s’aligne avec Xi Jinping pour élaborer un nouvel ordre mondial (commercial)
© Kenzaburo Fukuhara Source: Reuters
Vladimir Poutine et Xi Jinping

Le forum La Ceinture et la Route à Pékin a touché les points clés du partenariat stratégique eurasien et a montré que le projet de la Grande Eurasie avait toutes les chances de dissoudre l’hégémonie unipolaire, explique le journaliste Pepe Escobar.

 

L’Histoire retiendra que le forum La Ceinture et la Route à Pékin a marqué le moment où les nouvelles Routes de la Soie du XXIe siècle ont assumé leur plein caractère de deuxième étape de la globalisation, ou « globalisation équitable », comme l'avait défini le président Xi Jinping à Davos plus tôt cette année.

 

J’ai abordé les enjeux monumentaux que représentent ces nouvelles routes ici et . La terminologie, bien sûr, reste un problème mineur. Ce qui était autrefois baptisé Une Ceinture, une Route (OBOR pour One Belt, One Road) est maintenant promu sous le nom de La Ceinture et la Route (BRI pour Belt and Road Initiative). On perd beaucoup dans la traduction anglaise, mais ce qui importe, c’est que Xi Jinping a réussi à imprégner d'innombrables possibilités ce concept, en particulier dans l’hémisphère Sud.

Xi Jinping a introduit une stratégie où tous les coups sont permis, en prônant les mérites de l’intégration équitable de l’OBOR

En hôte aimable, Xi à Pékin a introduit une stratégie où tous les coups sont permis, en prônant les mérites de l’intégration équitable de l’OBOR/BRI. Une vision appuyée, en cours de route, par la belle trouvaille métaphorique des spécialistes chinois en relations publiques qui illustre comment l’OBOR/BRI devrait trouver sa force dans un effort commun pan-eurasien : «Les cygnes sauvages [race qui n'existe qu'en Asie, absente de la faune européenne] sont capables de voler loin sans problème, en résistant aux vents et aux tempêtes parce qu’ils se déplacent en nuées et s’entraident comme une équipe.»

 

Et, sans doute, le membre clé de cette nuée de cygnes sauvages se trouve être la Russie.

 

Suivez les oies

 

Le président Poutine et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov étaient les invités d’honneur de ce forum –  aux côtés de dirigeants tels que Noursoultan Nazarbaïev président du Kazakhstan et  Recep Tayyip Erdogan président de la Turquie. Lors d’un petit déjeuner d’affaires, Xi Jinping a placé Poutine à sa droite et Lavrov à sa gauche.

 

Le deuxième jour du forum, au cours d’une table ronde des dirigeants présents – sorte de Nations unies de la Route de la Soie, avec les micros ouverts pour tous – Poutine a abordé un point clé : la symbiose, formalisée depuis 2015, entre l’OBOR/BRI et la Communauté économique eurasiatique (CEEA) dirigée par la Russie, qui inclut actuellement la Russie, le Kirghizistan, le Kazakhstan, la Biélorussie et l’Arménie.

Au cours de son allocution à la première session du forum Poutine a réussi à distiller ce qui représente la quintessence de la politique étrangère russe

Comme l’a dit Poutine, «quelque 50 Etats européens, asiatiques et latino-américains» s’intéressent à la coopération avec la CEEA. Tandis que cette dernière et la Chine discutent de leur propre accord global commercial et économique, la CEEA consulte également d'autres pays parmi lesquels l’Iran, l’Inde, la Serbie, Singapour et l’Egypte.

 

Mais c’est au cours de son allocution à la première session du forum que Poutine a réussi à distiller dans son discours ce que l'on pourrait considérer comme la quintessence de la politique étrangère russe.

 

En voici les sujets principaux :

 

– Grâce à des «formats d’intégration tels que la CEEA, l’OBOR, l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai) et l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), nous pouvons bâtir les bases d’un partenariat eurasien plus vaste.»

 

– Il y a maintenant une «occasion unique de créer un cadre de coopération commun qui va de l’Atlantique jusqu'au Pacifique, pour la première fois dans l’histoire». C’est, en réalité, ce que Poutine lui-même avait autrefois proposé – et qui avait été à l'époque rejeté par l’UE et l’OTAN – avant même que Xi Jinping annonce le projet de l'OBOR en 2013.

 

– «La Russie est non seulement disposée à être un partenaire commercial fiable, mais elle cherche également à investir dans la création d’entreprises communes et de nouvelles capacités de production dans des pays partenaires, ainsi que dans des installations industrielles, commerciales et de services

– La Russie investit dans la construction d’«un système d'axes de transport modernes et bien reliés [...] en étendant la capacité de la liaison ferroviaire Baïkal-Amour et du Transsibérien, ainsi qu'en consacrant d'importantes ressources au développement du passage du Nord-Est».

 

– De plus, en prenant en compte l'ensemble «les projets d’infrastructures au sein de la CEEA et de l’initiative Une Ceinture, une Route, en conjonction avec le passage du Nord-Est peuvent permettre de réaménager complètement le système de transport sur le continent eurasien».

 

– Poutine s’attend à ce que «les institutions financières nouvellement établies, telles que la Nouvelle banque de développement (Banque de développement des BRICS) et la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), fournissent un soutien aux investisseurs privés».

 

Et enfin, il formule un argument décisif qui se marie parfaitement avec la vision de Xi Jinping : «La Grande Eurasie n’est pas un arrangement géopolitique abstrait, mais, sans exagération, un projet à l’échelle civilisationnelle, tourné vers l’avenir

La productivité de l’Asie orientale dépassera d’ailleurs celle de l’Amérique du Nord à l’époque de Trump

En cas de doute, appelez l’OCS

 

Face à la profondeur et à l’ampleur de cette vision partagée, rien n'est plus assommant que l’attitude des autorités indiennes : ils ont non seulement envoyé une délégation de moindre niveau à Pékin, mais ils diffusent via les grands médias indiens l’idée que l’OBOR/BRI n’est «guère plus qu’une entreprise coloniale [qui ne laisserait] dans son sillage que des dettes et des communautés détruites».

 

La nuée de cygnes sauvages volant vers l’intégration eurasienne est maintenant une réalité. La productivité de l’Asie orientale dépassera d’ailleurs celle de l’Amérique du Nord durant l'administration Trump. L’avenir, ou plutôt, la dissolution de l’hégémonie unipolaire sera décidée en Eurasie, et plus particulièrement en Asie orientale.

 

Il est bien possible que l’Inde garde en réserve son propre programme stratégique. Mais s'auto-marginaliser par rapport au seul et unique projet intégré de développement du XXIe siècle peut difficilement être un exemple de diplomatie perspicace.

 

Il semblerait donc que Poutine, une fois de plus, ait du pain sur la planche. L’Inde, partenaire historique de l’ancienne URSS, garde toujours de bonnes relations commerciales avec la Russie. L’Iran, de son côté, est un partenaire tout aussi clé en matière d’énergie, pour l’Inde comme pour la Chine. La future feuille de route montre que Moscou, tout comme Téhéran, joueront les intermédiaires qui tenteront d'attirer l’Inde vers le chemin de l'intégration eurasienne.

La Russie et la Chine, dans le cadre de leur partenariat stratégique, ont déjà travaillé dur pour gérer la double adhésion de l’Inde et du Pakistan à l’OCS

Cela pourrait se faire dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui dorénavant aura un agenda chargé, devant non seulement essayer de faciliter un processus de paix viable en Afghanistan, mais également veiller à ce que l’Inde et le Pakistan parviennent à une entente politique cordiale.

 

Ce sera un peu comme quand des frères aînés tentent de faire entendre raison à leurs cadets, car la Russie et la Chine, dans le cadre de leur partenariat stratégique, ont déjà travaillé dur pour obtenir la double adhésion de l’Inde et du Pakistan à l’OCS.

 

L’Iran en deviendra prochainement un membre titulaire de plein droit. Alors, nous aurons sous peu une OCS active de l’Asie du Sud-Ouest jusqu'à l’Asie du Sud, avec un agenda d’intégration politique et économique tout en renforçant l’effort initial de lutte contre les innombrables manifestations du terrorisme salafiste djihadiste.

 

Lentement mais surement, on assiste à une convergence vers de plus grands objectifs du partenariat stratégique sino-russe, qui, comme l’a démontré encore une fois le forum de Pékin, tourne avant tout autour d'un projet d'intégration eurasiatique.

 

L’histoire invisible que raconte ce forum de Pékin est que, même si la Turquie est un pays clé pour l’OBOR/BRI et le Kazakhstan en est un autre entre l’OBOR/BRI et le CEEA, ce sont la Chine et la Russie qui demeurent les acteurs moteurs de la feuille de route complexe qui attend ce «projet à l’échelle civilisationnelle».

 

Pourquoi la Chine défend-elle le libéralisme économique ?

 
18 Avril 2017
Il faut ré-écouter l’intervention d’Einstein publié ici, son choix du socialisme comme le seul apte à résoudre la contradiction délétère du capitalisme : https://youtu.be/E4V221YmioA l’individu est devenu de plus en plus dépendant de la societé et il la vit comme une menace alors que l’homme ne peut connaître l’épanouissement qu’en se dévouant pour la société. La contradiction du capitalisme est celle entre l’individu et la société, où l’individu devient prisonnier de son égotisme. Il y a en Asie une manière de s’approprier ce qui est né en occident comme le marxisme ou le capitalisme qui nous demeure largement encore opaque. Marianne me disait à quel point ce problème est ou devrait être au coeur de notre compréhension de ce qui se passe en Corée, celle du nord mais aussi celle du sud. L’intérêt de cet article est de ne pas se contenter d’une vision de surface de la politique chinoise, le « rêve chinois », le capitalisme d’Etat et de poser plus de questions qu’il n’apporte de réponse. Parce qu’il paraît intéressant de noter que les Chinois se divisent entre trois tendances, les libéraux, les collectivistes ou légistes et les traditionnalistes confucéens, cette propension à penser sur trois modes apparemment inconciliables et qui en fait forment synthèse est selon Anna Cheng une des caractéristiques de la pensée chinoise
 
(note de Danielle Bleitrach pour histoire et société)


 Par Gilles Campagnolo  |  17/04/2017, 16:13  |  1965  mots

Gilles Campagnolo.

Gilles Campagnolo. (Crédits : DR)

 

Lors du Forum de Davos, le président chinois a surpris son auditoire en plaidant en faveur de la mondialisation. Il mettait en garde contre un retour au protectionnisme, que préconise le président des Etats-Unis. Lors de leur première rencontre au début du mois, Xi Jinping a à nouveau soutenu sa position face à Donald Trump, car la Chine a largement profité de la « libéralisation » de son économie et entend bien continuer. Par Gilles Campagnolo, directeur de recherches au CNRS (1).

 

Enfoncés dans la campagne présidentielle, media et opinion publique de France limiteraient-ils (déjà)  leur horizon aux frontières nationales (hormis l’information « choc » sur les horreurs des conflits en cours) ? La rencontre des dirigeants des deux principales puissances à la fois commerciales (la Russie jouant à cet égard les seconds rôles) et militaires (que dire d’une Europe dont la communauté de défense échoua de sa fondation jusque maintenant?) a donné lieu à bien peu de commentaires, toute presse confondue. C’est dommage – car les enjeux en sont sans doute, et pour nous Français aussi, de plus de conséquence que les propos des bateleurs d’estrades électorales.

 

M. Donald Trump et M. Jinping Xi (en rétablissant l’ordre utilisé à l’Ouest pour nom et prénom) ou bien Ms. Trump Donald et Xi Jinping (selon l’ordre asiatique) se rencontraient pour la première fois. L’emploi le plus courant de leurs noms revient à mélanger les usages, puisqu’on parle de M. Donald Trump et M. Xi Jinping – une incohérence (qui entend peut-être respecter en même temps deux normes contradictoires) qui reflète l’inconsistance de la réception de discours à fronts renversés.

 

Un agenda de cent jours

 

Résultat principal des 6 et 7 avril : un agenda de cent jours pour débattre de différends commerciaux où la Chine s’engage à tenter de réduire ses excédents (visant de la sorte à maîtriser son inflation) et les Etats-Unis mettent en sourdine leurs reproches. Le G7 a immédiatement suivi mais rien ajouté à cette inversion des discours qui se traduit par la réactivation d’un protectionnisme/isolationnisme par le président américain républicain et l’auto-proclamation de la promotion d’une mondialisation libérale par le secrétaire général d’un parti communiste (!) Or les débats économiques ont été éclipsés par les frappes militaires américaines en Syrie et l’envoi (à grande publicité) d’un porte-avions en manœuvre près de la Corée du Nord.  Les positions militaires bougeaient, tandis que les choix économiques confirmaient les deux coups de tonnerre de  l’élection états-unienne et du plaidoyer chinois de janvier, à Davos. Comment saisir ces discours à fronts renversés qui sont ainsi confirmés ?

 

Le plaidoyer datait de janvier : au Forum de Davos, M. Xi avait dit en substance que « la Chine a eu le courage de plonger dans l’océan des marchés mondiaux » (01/17/2017) et qu’elle sait nager, pour ainsi dire… Mme Ursula von der Leyen, ministre de la Défense allemande, entendit « un discours impressionnant, et un discours très stratégique, vibrant plaidoyer pour une politique de portes ouvertes, pour le dialogue direct et contre le protectionnisme », tandis que Carl Bildt, ancien Premier ministre suédois, trouvait, « en tous cas, assez étrange que nous devions demander au leader du Parti Communiste chinois de nous venir en aide sur le libre-échange » ! Ironie du propos nonobstant, cela est-il en vérité si étrange?

 

Le krach boursier de l’été 2015

 

Une interprétation facile, et répandue, de la situation paradoxale en Chine consiste à dire que celle-ci n’a de toute manière jamais pris pour argent comptant les conceptions occidentales de liberté et de libéralisme, fût-il économique – sans parler de ses formes politique et sociale. Non seulement ce que les Occidentaux nomment « libertés fondamentales » n’y aurait, de fait et pour des raisons culturelles profondes, jamais eu droit de cité, mais encore, les faux-semblants dans l’application des principes du capitalisme y furent (dès l’ouverture voulue par Deng Xiaoping en 1978, puis relancée en 1992), et y demeurent de règle jusque aujourd’hui. Si les effets de cette modernisation économique ont mis la Chine à la troisième, puis la deuxième et (bientôt?) la première place des puissances industrielles et commerciales, les arguments abondent certes en faveur de l’interprétation anti-libérale du processus chinois, de toute évidence au plan socio-politique mais également en économie: lors du krach boursier de l’été 2015 initié à Shanghai, les mesures gouvernementales n’équivalurent-elles pas à faire voir un régime qui peut siffler la « fin de partie » dès l’alerte donnée en manipulant à sa guise les règles comme les masses monétaires (et pas seulement démographiques)? L’hémorragie des fonds qui en résulta chez les investisseurs financiers est un de ces signes qui ne trompent pas dans le monde économique.

 

Pourtant, cette interprétation risque de voiler des enjeux plus cruciaux : la présidence américaine les rappelait d’ailleurs, de manière stratégique mais véridique, en soulignant qu’au jeu du libre-échange la Chine a gagné, et beaucoup, et qu’elle continue.

 

Mais penser que cela ne change rien quant « au fond » des choses (et de quel fond s’agit-il donc?), c’est à la fois supposer une Chine attachée de manière trop inaltérable à ses « valeurs éternelles » (qu’elles soient ancestrales est indéniable, mais il faut d’abord les expliciter) et pas assez pragmatique, trop rigide et pas assez rationnelle : comme si un régime qui sait combien il peut encore engranger de bénéfices au jeu qu’il a mené jusqu’ici et pour lequel il a frappé maintes fois aux portes de l’OMC (longtemps en vain) ne pensait pas sérieusement à poursuivre pas dans cette voie – sauf à s’en trouver empêché ?

 

Principale source des importations de l’UE

 

Les travaux du réseau de l’Union européenne « EU-East Asia LIBEAC Network (Liberalism In Between Europe And China) » ont permis de mener une analyse fine de la situation culturelle et économique de la Chine par rapport à ses voisins et des relations avec l’Union Européenne. Le défi « nouveau » (il y a quand même un bon tiers de siècle déjà !) qu’adresse la Chine à ses partenaires/adversaires (à commencer par le Japon) provient, concernant l’Union européenne, du simple fait que la Chine est désormais son premier partenaire commercial – dans un contexte d’échanges mondiaux certes en baisse mais toujours impressionnants, après trente ans de croissance continue qui ont imposé l’idée de « globalisation » à la fois ici mais (et peut-être plus encore) « là-bas ». La Chine est la principale source des importations de l’UE et un partenaire énorme des investissements directs mutuels (malgré un léger tassement récent et surtout le temps long des procédures de régulation de part et d’autre, comme le montre en ce moment la négociation CNCC – Chinese National Chemical Corporation – et Syngenta, par exemple). Oui, la « libéralisation » de l’économie chinoise a eu lieu. Que l’État y ait joué un rôle de chef de file du capitalisme confirme plutôt la chose que son contraire.

 

Le capitalisme chinois est d’État et fait feu de tout bois, y compris des « recettes » dites « libérales ».

 

Les difficultés rencontrées par la société chinoise (dont ont témoigné les crises de 2015 : krach boursier, explosion de l’usine chimique de Tianjin, autres catastrophes, etc.) et surtout le passage sous les 7% de la croissance selon des chiffres officiels (légèrement – volontairement ? – inférieurs à l’objectif fixé par le Parti) n’empêchent pas de conclure que la Chine a joué et jouera la carte de la liberté de certains échanges (au moins). Sous la houlette du Parti certes – et le rôle que l’AIIB (Asian Infrastructure Investment Bank) jouera va le montrer. Mais assurément, sauf à craindre une menace pour sa sécurité. Aussi le discours tenu par son leader ne peut-il pas relever d’un simple « lip-service » (propos de complaisance) aux « élites » réunies dans la station suisse de renom. A Davos, M. Xi disait au moins également ce que lui-même et ses conseillers (comme M. Liu He, au centre d’un des cercles du pouvoir chinois) savent devoir  penser pour l’avenir de la Chine.

 

La promesse du « rêve chinois »

 

Point de « bonne intention » à chercher là, d’ailleurs. Si une nouvelle interprétation s’impose (qui ne peut donc pas voir dans la politique annoncée par la Chine un simple trompe-l’œil), c’est que M. Xi a un agenda à tenir : celui de la promesse, que la propagande du PCC martèle, du « rêve chinois ». Ce leitmotiv doit détrôner, au moins à usage interne, un autre slogan qui a occupé notre modernité et contribué à faire tomber l’URSS (ce qui semble loin aujourd’hui reste en réalité proche – disons-le, en cette année 2017 de centenaire de la révolution d’où l’expérience soviétique émergea). Ce nouveau « rêve » est un plan promis pour 2049 (autre centenaire, celui de l’établissement de la République populaire de Chine par Mao Zedong). La devise qui a pris du plomb dans l’aile est celle du « rêve américain », que les dirigeants des Etats-Unis contribuent d’ailleurs, nolens volens, à effacer ces jours-ci. Pour nous, la perspective du « Chinese Dream » est difficile à imaginer, mais l’est-elle plus que celle d’une progression économique de la Chine qui, depuis 1978, toutes statistiques à l’appui, a connu un essor proportionnellement supérieur à celui de tout pays occidental, Grande-Bretagne de la première révolution industrielle de 1750 à 1850 comprise !

 

Marxisme et libéralisme ont leurs sources « à l’Ouest »

 

La difficulté à nous représenter un recentrage mondial autour de la Chine suscite en partie l’interprétation faussement rassurante évoquée plus haut, selon laquelle l’attrait de son système restera forcément marginal, la Chine n’ayant jamais « vraiment » intégré les valeurs que l’Occident a portées. Faut-il rappeler que marxisme et libéralisme ont leurs sources « à l’Ouest » ? Et suivirent ensuite leur propre chemin?[1] Que le néo-marxisme et le néo-confucianisme que le Parti revitalise viennent compléter des positions économiques qui ne leur doivent plus rien (vraiment plus rien du tout) ? Que nombre de nos conceptions du politique, du « public » et du « privé » sont le plus souvent totalement inadaptées, n’ayant pas de sens ou pas du tout le même[2]. Cette « distance notionnelle » qui nous sépare de l’Asie orientale invite d’autant plus à étudier, avec patience et prudence, ses civilisations et la relation qui lie désormais irrévocablement nos avenirs. Sans préjuger que puissent s’y développer une (des) forme(s) de libéralisme à quoi l’Occident (Etats-Unis comme Europe, France incluse) devraient ouvrir les yeux et s’adapter plutôt que se fermer. C’est bien à front renversé que Xi Jinping expliquait à un Occident supposément libéral réuni à Davos qu’« activer le protectionnisme revient à s’enfermer dans une chambre obscure ».

 

On s’enferme ainsi sans doute pour refuser de voir. Ce sans quoi, on ne peut alors ni savoir ni agir en connaissance de cause. Le programme de l’Union européenne intitulé LIBEAC signifiait aussi: « Libéralisme pour l’Action ».

 

Et les Etats-Unis ont, eux, agi depuis la rencontre de début avril : or l’on a pu voir des mouvements militaires plutôt que commerciaux.

 

(1) Gilles Campagnolo a dirigé de 2013 à 2016 pour l’Union européenne le réseau LIBEAC (« Liberalism In Between Europe And China ») et le volume collectif paru en 2016 : Liberalism and Chinese Economic Development : Perspectives from Europe and Asia (London & New York: Routledge, « Frontiers in the World Economy »). Directeur de recherches au CNRS (Groupe de recherche en économie quantitative d’Aix-Marseille), il est fréquemment invité pour son expertise au Japon, en Chine, en Corée du Sud. Il publie dans diverses revues internationales, notamment sur les sources des théories économiques (libéralisation, modernisation), leurs soubassements philosophiques et leur transfert entre mondes occidental et extrême-oriental. Il a récemment donné un grand entretien à La Tribune (22 février 2017).

 

[1] Voir notamment, par l’auteur de cet article: « Three Influent Western Philosophers in the Break-Up Period in China: Eucken, Bergson and Dewey in China » (Ma Ying et H.-M. Trautwein (dir.), Thoughts on Economic Development in China (London & New-York: Routledge, 101-136.)

[2] Jean-François Billeter l’écrivait dans Chine trois fois muette (Paris, Allia, 2000).

Corée du Nord: quiconque déclenchera une guerre « en payera le prix », selon Pékin

 

14 Avril 2017

 

Washington pourrait effectuer une frappe préventive contre Pyongyang afin d’empêcher un nouvel essai nucléaire, a annoncé la chaîne américaine NBC en citant des sources de renseignements. Selon le média, les services de renseignement américains sont sûrs que la Corée du Nord s’apprêterait à mener un nouvel essai nucléaire le 15 avril en riposte au déploiement de navires américains près de la péninsule nord-coréen.

 

Quiconque provoquerait un conflit dans la péninsule coréenne « devra assumer une responsabilité historique et en payer le prix », a martelé vendredi le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, après de nouvelles menaces de Donald Trump envers Pyongyang.

 

Dans le dossier du nucléaire nord-coréen, « le vainqueur ne sera pas celui qui tient des propos les plus durs ou qui montre le plus ses muscles. Si une guerre a lieu, le résultat sera une situation dont personne ne sortira vainqueur », a averti M. Wang, sans citer explicitement les récentes menaces du président américain.

 

(©AFP / 14 avril 2017 09h24)

Corée du Nord: la Chine appelle Trump au calme

 

13 Avril 2017

L’entreprise est nonj seulement noble mais nécessaire, mais malheureusement j’ai les plus grands doutes sur ce que l’on peut faire avec cette caricature que les Etats-Unis se sont donné de leur impérialisme de sherif convaincu de leur bon droit, massacrant, fabriquant des apocalypse pour les peuples et le faisant au nom d’une morale qui serait la leur…

 

(note de Danielle Bleitrach)


Image diffusée par la télévision sud-coréenne, le 5 avril 2017 à Séoul, d’un tir de missile nord-coréen / © AFP/Archives / JUNG Yeon-Je
 

La Chine a appelé mercredi Donald Trump au calme face à la Corée du Nord, après de nouvelles menaces du président américain qui s’est fait fort de « résoudre » seul le « problème », tandis que Pyongyang se disait prêt à la « guerre ».

 

« La Corée du Nord cherche des ennuis. Si la Chine décide d’aider, ça serait formidable. Sinon, nous résoudrons le problème sans eux! USA », a écrit mardi Donald Trump sur Twitter, en référence aux programmes nucléaire et balistique nord-coréens bannis par l’ONU.

 

Quelques jours après un sommet dans sa résidence de Floride avec son homologue chinois Xi Jinping, Donald Trump a en outre semblé lier les négociations commerciales entre les deux premières puissances économiques mondiales à la question nord-coréenne: « J’ai expliqué au président chinois qu’un accord commercial avec les Etats-Unis serait bien meilleur (pour eux s’ils résolvent le problème nord-coréen! »

Peu après le départ du président chinois, Washington a annoncé samedi que le porte-avions Carl Vinson et son escorte faisaient route vers la péninsule coréenne. Annoncé dans la foulée de la frappe punitive américaine en Syrie, cette décision a été largement interprété comme une démonstration de force de l’administration Trump.

 

 
Le président américain Donald Trump (g) et son homologue chinois Xi Jinping à Mar-a-Lago, le 7 avril 2017 à West Palm Beach, en Floride / © AFP/Archives / JIM WATSON
 

« Nous sommes en train d’envoyer une armada. Très puissante », a ajouté Donald Trump mardi lors d’un entretien sur la chaîne Fox Business Network. « Nous avons des sous-marins. Très puissants. Beaucoup plus puissants que le porte-avions ».

 

Pékin réagira fermement

 

En réponse, le régime nord-coréen s’est voulu déterminé.

 

 
Photo de l’US Navy photo du 31 mars 2017 montrant l’USS Carl Vinson et sa flotille / © US NAVY/AFP/Archives / MCS 3rd Class Matt BROWN
 

« Le déploiement insensé américain pour envahir la RPDC a atteint une phase préoccupante », a réagi un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères, cité par l’agence officielle KCNA, en utilisant le nom officiel du régime (République populaire démocratique de Corée).

 

La RPDC « est prête à réagir, quel que soit le type de guerre voulu par les Etats-Unis », a-t-il ajouté.

 

« Notre puissante armée révolutionnaire surveille attentivement tous les gestes des éléments ennemis et notre regard nucléaire est braqué sur les bases d’invasion américaines, non seulement en Corée du Sud et dans le Pacifique mais aussi sur le territoire américain », a menacé le quotidien du parti au pouvoir, Rodong Sinmun.

 

Missiles nord-coréen / © AFP/Archives / Adrian LEUNG, Jonathan JACOBSEN, Kun TIAN, John SAEKI
 

Face aux risques d’embrasement tout près de sa frontière, la Chine a tenu à appeler au calme. Lors d’un entretien téléphonique avec Donald Trump, son homologue Xi Jinping a plaidé pour une solution pacifique de la crise et « le maintien de la paix et de la stabilité » dans la péninsule coréenne, a rapporté mercredi la télévision nationale.

 

Les Etats-Unis considèrent la Chine comme l’alliée de la Corée du Nord et estiment que Pékin a les moyens de convaincre son voisin d’abandonner son programme nucléaire.

 

Dans un éditorial au ton inhabituellement virulent envers le régime de Kim Jong-Un, le quotidien chinois Global Times a mis en garde Pyongyang contre un sixième essai nucléaire qui pourrait coïncider avec les célébrations du 105e anniversaire de la naissance du fondateur du régime, Kim Il-Sung, le 15 avril.

 

« La péninsule coréenne n’a jamais été aussi proche d’un affrontement militaire depuis que le Nord a mené son premier essai nucléaire en 2006 », a observé dans un éditorial le quotidien, dont les positions nationalistes passent pour être très proches des dirigeants chinois.

 

Si la Corée du Nord devait procéder à un nouvel essai nucléaire ou à un tir de missile intercontinental, « Pékin réagira fermement », a averti le journal, estimant que la Chine soutiendrait de nouvelles sanctions de l’ONU allant jusqu’à des restrictions aux importations pétrolières de Pyongyang.

 

« Trump veut qu’on le considère comme un homme qui tient ses promesses », a prévenu le Global Times. « Pyongyang doit éviter de commettre un erreur en ce moment ».

 

(©AFP / 12 avril 2017 08h45)

Les « mises en garde » chinoises sur la défense anti missiles commencent à produire leur effet

 

23 Mars 2017

Представитель партии «Тобуро» Мун Джэ Ин, возможно, станет новым президентом Южной Кореи и пересмотрит решение о размещении американской системы ПРО

Представитель партии «Тобуро» Мун Джэ Ин, возможно, станет новым президентом Южной Кореи и пересмотрит решение о размещении американской системы ПРО
16 mars 2017

Photo: ToruHanai / Reuters

Texte: Andrei Rezchikov

http://www.vz.ru/world/2017/3/16/822964.html

 

Il semble bien que la Corée du Sud ait l’intention de reconsidérer sa décision de déployer sur son territoire le système de défense antimissile des États-Unis. Des allusions en ce sens ont commencé à apparaître au sein du parti dont le représentant est susceptible de diriger le pays après la prochaine élection. La Chine a trouvé des arguments très sensibles pour les Coréens.

 

Jeudi, le chef de l’opposition parlementaire sud-coréenne « Toburo » (« Ensemble ») A San-ho a appelé à renoncer à l’installation du système anti-missile US THAAD – tant que le pays n’aura pas obtenu le consentement de la Russie et de la Chine.

 

Le politicien a expliqué que le déploiement du système anti-missile n’est possible que si cela ne porte pas atteinte aux relations de Séoul avec les pays voisins, rapporte TASS en référence à « Yonhap. » « Nous devons être très prudents dans cette affaire délicate, – a-t-il dit. – La Chine exerce une forte pression économique ».

 

Début mars, le commandement du contingent américain en Corée du Sud a annoncé avoir commencé le déploiement du complexe anti- missile THAAD. Les deux premiers lanceurs ont été acheminés vers une base militaire près de la ville de Pyeongtaek, à 70 km de Séoul. Selon la position officielle de Washington, la raison de l’installation de THAAD dans la région a été la menace nucléaire de la Corée du Nord.

 

Initialement le déploiement de THAAD était prévu pour l’été, mais le processus a été accéléré après que la Corée du Nord a mené une série de lancements de missiles. A Moscou, le Conseil de la Fédération a qualifié l’apparition de THAAD en Corée du Sud « un nouveau défi à la Russie », une tentative de « l’encercler par l’est et l’ouest. » La Chine est encore plus préoccupée. Pékin estime que la puissance de THAAD est excessive pour dissuader la Corée du Nord, et son véritable objectif est la surveillance de la partie nord-est de la Chine avec l’aide d’un puissant radar. « Nous ne permettrons pas de porter atteinte à nos intérêts de sécurité nationale », – a déclaré à cette occasion le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hong Lei.

 

Le fait que ce soit la gauche qui s’oppose au déploiement du système antimissile américain n’est pas un hasard. Selon un expert de la Corée, le Professeur de l’Université d’Etat de St. Petersbourg Irina Lantsova, la vie politique de la Corée du Sud comprend principalement : une aile droite conservatrice, qui est basée sur une alliance étroite avec les Etats-Unis, et un groupe de partis, dont le « Toburo », qui peut être qualifié de centre-gauche. Ils préconisent une politique étrangère plus équilibrée avec un appui non seulement sur les États-Unis mais aussi d’autres puissances régionales.

 

« Déjà au printemps et en été de l’année dernière, beaucoup de personnalités de centre-gauche se sont opposées au système de défense antimissile en Corée. La Société en Corée du Sud n’est pas unie sur cette question. Et maintenant, avec la crise politique que connaît le pays, lorsque les chances pour l’arrivée du centre-gauche au pouvoir sont accrues, des voix s’élèvent à nouveau pour que soit révisée la décision sur la défense antimissile, » – dit Lantsova à notre journal.

 

Pour rappel, des élections présidentielles anticipées sont prévues à la date du 9 mai. Elles ont été rendue nécessaires après que le parlement a voté la destitution de la présidente Park Geun-hye , et maintenant la décision a été approuvée par la Cour constitutionnelle. Selon Lantsova, après le fiasco de Park Geun-hye, la cote de la droite a chuté et les chances d’arrivée au pouvoir du centre-gauche sont grandes. Comment l’écrivait jeudi « Kommersant », le favori incontesté de la course est aujourd’hui le représentant du parti « Toburo », Moon Jae-in.

 

Des sanctions non annoncées officiellement, mais néanmoins efficaces

 

En outre, un grand impact sur la politique de Séoul a été exercé par les sanctions de la Chine, qui a commencé à restreindre le commerce avec son voisin, y compris l’annulation officieuse des tournées de chanteurs et la diffusion de films en provenance de Corée du Sud. « La Chine est le principal partenaire économique de la République de Corée. Les restrictions commerciales concernent principalement les biens de consommation de la jeunesse. En outre, les Chinois ont limité la présence de grandes sociétés coréennes comme le groupe Lotte », – dit-elle. Le Ministère de la Défense coréen a reconnu que la tension dans ce domaine s’est également amplifiée – la coopération militaire entre les deux pays est presque au point mort. C’est la Société Lotte qui a fourni un emplacement sur le territoire de Corée pour l’installation de THAAD, et maintenant la moitié de son réseau de supermarchés en Chine a déjà fermé – sous divers prétextes.

 

Le politologue de Corée du Sud Pak No-ja a expliqué au journal VZGLIAD que, selon les sondages, la plupart des Coréens considèrent déjà ces sanctions comme une menace pour l’économie du pays, jusqu’à 30% du commerce étant effectué avec la Chine (en comptant Taiwan et Hong Kong). « Du point de vue de nombreux Coréens, qui sont essentiellement préoccupés par la survie économique, THAAD  est de la folie complète », – a dit Pak.

 

Le parti « Toburo » s’appuie sur de grands conglomérats tels que Samsung et Hyundai, qui sont maintenant liés à la Chine, et non aux États-Unis. La plus grande usine de Samsung pour la production de semi-conducteurs se trouve en Chine. « Du point de vue du capital monopoliste coréen, une rupture avec la Chine serait un coup mortel, couvrir de telles pertes à court terme serait absolument impossible, » – dit-il.

 

En fin de compte, tout se résume à qui l’emportera, du grand capital en alliance avec les libéraux et le centre-gauche, ou de la droite étroitement associée au lobby militaire, puisque le ministère de la Défense est le principal soutien du THAAD. Pak prévoit que l’élection de mai portera sans doute au pouvoir l’opposition, et le président sera le représentant de « Toburo » Mun, et ensuite, avec le soutien de la grande entreprise, le nouveau chef va se battre contre le ministère de la Défense. « Le résultat de cette lutte montrera quels sont les rapports de forces sociales et politiques dans la société, leur influence, leurs possibilités », – prédit Pak No-ja.

 

Dans le cas d’une telle lutte, l’expert n’exclut pas que les Etats-Unis par la suite abandonnent le système de défense antimissile en Corée du Sud, afin de conserver leur influence sur la partie sud de la péninsule coréenne. « Les Etats-Unis comprennent qu’il leur faut maintenir l’hégémonie idéologique. Il faut que la majorité des Coréens soient persuadés que la suprématie politique et militaire américaine en fin de compte est à leur avantage », – a-t-il conclu.

 

La situation autour du radar américain en Corée du Sud ressemble à celle autour du radar américain en Pologne. Les États-Unis envisagent de déployer un radar en Pologne pour surveiller la Russie, de même que leur radar en Corée du Sud est conçu pour avoir un œil sur la Chine. Cependant, la peur de fâcher la Chine en Corée du Sud, semble-t-il, a été beaucoup plus forte que la peur de fâcher la Russie en Pologne.

 

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

La Chine conserve les stocks plus élevés de devises du monde

 

16 Mars 2017

 

Face en particulier aux accusations de Trimp et des etats-Unis mais aussi aux bruits que ceux-ci feraient courir sur la baisse des réserves de devises,  le gouverneur de la banque centrale de Chine est intervenu dans une conférence de presse pour souligner que premièrement la Chine était de loin le pays ayant la plus grosse réserve de devises, mais que le gouvernement ne devait pas trop tabler sur cette facilité. Ensuite face aux accusations portée contre la Chine sur sa non conformité aux lois du marché en particulier dans le maniement de sa politique monétaire, la Chine a insisté sur la restructuration des actifs, dans laquelle le gouvernement conserve 50%, ce qui est énorme, mais laisse le reste au marché.

 

(Note et traduction de danielle Bleitrach pour histoire et societe)


 http://www.cubadebate.cu/noticias/2017/03/15/mantiene-china-las-reservas-de-divisas-mas-elevadas-del-mundo/#.WMofeG_hC71 

 

15 mars 2017 | 11 |

drapeau chinoisLa Chine possède la réserve le plus élevée de monnaie du monde, a déclaré aujourd’hui le gouverneur de la Banque centrale de Chine, Zhou Xiaochuan, qui a conseillé cependant de «ne pas tabler  de façon excessive » sur l’accumulation monétaire.

 

Parlant au Quotidien du Peuple, Zhou a déclaré que «la Chine a encore les plus grandes réserves de change dans le monde, beaucoup plus que le deuxième pays de la liste. »

 

Pourtant, a-t-il dit,  le pays ne doit pas tabler  de façon excessive aux stocks importants de devises étrangères, lors de l’élaboration de ses politiques.

 

Lors d’ une conférence de presse dans le cadre des « deux sessions », le gouverneur du la Banque centrale  chinoise a déclaré que les réserves se sont élevées à trois trillions 500 milliards de dollars à la fin Février , soit une augmentation de six mille 900 millions de dollars par rapport à janvier. La légère augmentation a également mis fin à sept – mois d’affaiblissement.

 

Les dernières données publiées par l’Administration d’Etat des Devises étrangères de Chine insistent sur le fait  que le gouverneur a indiqué que ces réserves comprennent également des jeux de trésorerie inutiles, et a expliqué que les réserves de change de la Chine ont commencé une chute rapide depuis 2002.

 

Après la crise financière mondiale, le flux de capitaux des pays développés ont adopté une augmentation considérable de mesures quantitatives flexibles vers les marchés émergents.

 

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que la liquidité créée par les pays développés atteint environ 4,2 milliards de dollars.

Zhou a ajouté qu’au moins un tiers de cet argent a coulé vers  la Chine. Avec la reprise économique dans certains pays développés, ces capitaux avec une moindre affluence  et  la stabilité couleront à nouveau, dit-il.

 

« Par conséquent, la tendance à la baisse des réserves en devises de la Chine est un phénomène normal, » at-il soutenu.

 

À son tour, le vice-gouverneur de la Banque de Chine, Yi Gang, a déclaré que le RMB, la monnaie chinoise, est au premier niveau de monnaies internationales après qu’elle ait  été inclue par le FMI dans  droit de tirage spécial (DTS).

 

Pan Gongsheng, député à l’APN, lors de la même conférence de presse, a déclaré qu’il y a eu des changements structurels vers une meilleure distribution en matière de  détenteurs d’actifs.

 

« Il y a plusieurs années, autour de  70-80 pour cent des stocks étaient détenus par des organismes gouvernementaux, alors qu’à la fin de l’année dernière, environ 50 pour cent d’entre eux étaient  dans les organes gouvernementaux et 50 pour cent dans des entités liées au  marché » , at-il dit.

 

(Avec des informations de Notimex)

 

Le contexte de cette intervention du gouverneur de la banque centrale de Chine

 

Les réserves de devises étrangères de la Chine, les plus grandes du monde, se sont établies à 3 120 milliards de dollars en octobre dernier, en baisse de 45,7 milliards de dollars par rapport au mois de septembre, marquant le plus bas niveau depuis mars 2011, selon des statistiques de la Banque populaire de Chine. Après avoir baissé de 107,9 milliards de dollars (97 milliards d’euros) en décembre 2015 – un record –, ses réserves de change ont fondu de 99,5 milliards de dollars en janvier pour tomber à 3 230 milliards, soit leur plus bas niveau depuis mai 2012, a indiqué la PBoC dimanche 7 février. Aujourd’hui en mars 2017, le gouverneur de la banque centrale montre que la chute est non seulement freinée mais qu’il y a amorce de renversement de tendance.

 

En juin 2014, la banque centrale chinoise disposait encore de 4 000 milliards de dollars de réserves. Depuis cette date, elles ont fondu de 770 milliards de dollars, dont 207,4 milliards au cours des mois de décembre 2015 et de janvier 2016. La diminution des réserves de change en janvier 2017, a été inférieure de 8,4 milliards à ce qu’elle était le mois précédent. Les différentes mesures de contrôle des capitaux récemment arrêtées par Pékin commencent à porter leurs fruits, même si leur côté dirigiste peut heurter les investisseurs étrangers.

 

En fait dans un envirronnement international plus que problématique, la Cine opère une transformation accélérée de son économie, elle passe d’une économie basée sur les exportations avec un faible coût de la main d’oeuvre à une économie orientée par la demande intérieure et la capacité d’innovation, un total bouleversement non seulement par rapport à ses orientations antérieures mais par rapport à celles de la mondialisation capitaliste. Cette transition engendre normalement un ralentissement de l’économie que les experts envisageaient comme trés brutal mais qui visiblement ne l’est pas. Les investisseurs étrangers, les Etats-Unis et leurs alliés n’ont cessé d’exercer des pressions à la baisse sur le yuan. Celuic-ci est tombé à son plus bas niveau face au dollar américain depuis cinq ans. La PBoC a donc vendu des billets verts pour soutenir le cours de la devise chinoise, alors que le pays cherche à enrayer des fuites de capitaux massives hors de Chine, évaluées pour 2015, selon les sources, de 735 milliards de dollars à plus de 1 000 milliards.

 

Le yuan a chuté de plus de 4 % par rapport au dollar depuis le début de l’année, en raison des fortes perspectives d’augmentation du taux d’intérêt par la banque centrale américaine.Cependant, certains experts sont convaincus que la dépréciation brutale et continue du yuan est injustifiée, car elle n’est pas soutenue par des principes fondamentaux.

 

Malgré les difficultés pour passer à une économie guidée par la consommation et l’innovation, le PIB chinois a progressé de 6,7 % au troisième trimestre, maintenant un niveau stable par rapport au deuxième trimestre et dépassant beaucoup de grandes économies.Les réserves d’or de la Chine ont augmenté à 59,24 millions d’onces en octobre, correspondant à 75,35 milliards de dollars, selon des chiffres de la banque centrale. C’est-à-dire que la Chine a vendu du dollar pour soutenir mollement le yuan et qu’elle a de surcroit acheté à la place de l’or.

 

« Si les réserves [en devises] représentent un trésor de guerre non négligeable, le rythme auquel elles sont en train de fondre ces derniers mois est tout simplement intenable », a déclaré, dimanche 7 février, Rajiv Biswas, chef économiste pour l’Asie-Pacifique chez IHS Global Insight. Pendant que la PBoC essaie de stabiliser le cours de la monnaie chinoise, observe-t-il, les investisseurs privés domestiques, les traders et les fonds spéculatifs continuent de miser sur la poursuite de la baisse du yuan. Une dévaluation plus prononcée du yuan est considérée comme un des principaux risques baissiers pour l’économie mondiale en 2016, en raison des chocs qu’elle représenterait pour les marchés des changes.

 

La conjonction du ralentissement de la croissance de la Chine, des capacités excédentaires de son industrie, de la hausse des taux américains et d’une chute plus forte du yuan face au billet vert sont autant de sources de stress pour les entreprises chinoises qui sont très lourdement endettées – à hauteur de plus de 160 % du produit intérieur brut. Elle pourrait conduire à une hausse des défaillances en 2016.

 

C’est dans ce contexte que s’est développé une polémique par rapport aux réserves de la Chine, polémique à laque répond l’intervention du gouverneur de la banque centrale ci-dessus. Cette intervention calme le jeu en montrant que la Chine continue à maîtriser son économie et il est clair que le socialisme de marché, selon le terme consacré conserve les moyens « dirigistes » Comme le souligne le site la Tribune  sont mis en cause les instissements à l’étranger qui ne sont d’aucun rapport ni pour la Chine, ni pour le pays dans lequel on investit. (Et parmi eux sont particulièrement dénoncés les superproductions hoolywoodiennes type la grande muraille sont dénoncées. Tant mieux, il y a suffisamment de navet comme ça.) « Certains ne sont pas conformes à nos exigences et nos politiques pour les investissements étrangers », comme la culture et le sport, assurait vendredi dernier, le gouverneur chinois Zhou, selon des propos rapportés par le Financial Times. Et d’ajouter : « Cela n’a pas apporté beaucoup de bénéfices à la Chine et a causé quelques plaintes à l’étranger. » C’est notamment le cas aux Etats-Unis, où la multiplication d’investissements chinois dans le cinéma inquiète Hollywood quant aux censures qu’ils pourraient entraîner.

 

Les restrictions imposées par Pékin sur les sorties d’argent hors du pays seraient à l’origine de l’échec du rachat des Golden Globes pour 1 milliard de dollars par le conglomérat chinois Wanda ce week-end, selon l’agence Bloomberg. Il avait déjà mis la main sur la chaîne américaine de cinémas AMC en 2012 et le studio Legendary (producteur de « Jurassic World », « Batman »…) pour 3,5 milliards de dollars en 2016.

 

Donc on voit que la Chine a décidé d’opérer un contrôle plus grand et de garder bien en main les manettes de son économie sans pour autant renoncer à la mondialisation, ni au « socialisme de marché)

 

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