« Pourtant, indique Stéphane Benoit-Godet, au moment où beaucoup s’interrogent sur la fin de l’ère du libre-échange, c’est un Chinois – le premier d’entre eux qui plus est – qui prend la défense de la mondialisation. Même si le sens de l’intervention avait largement été exposé avant même qu’elle ne soit prononcée, celle-ci a fait son effet devant un public en état de choc depuis l’élection de Donald Trump. La forte délégation chinoise – à mettre en parallèle avec une représentation américaine bien en dessous de ce qui est habituel dans la station grisonne – démontre aussi l’émergence d’un nouveau pôle de pouvoir dans le monde. On le savait d’un point de vue économique depuis longtemps. Mais quand le président Xi fait en ouverture du WEF la leçon à Donald Trump sur l’importance de respecter les accords de Paris sur le climat, c’est que le monde tel que façonné par l’Occident et ses valeurs échappe à ce dernier en partie désormais... »

Reprenons l'exposé de Stéphane Benoit-Godet...

Michel Peyret


Xi Jinping donne une leçon de mondialisation
 

Plus d'information sur l'image Le président Xi Jinping, pendant son discours d'ouverture du forum de Davos.

Stéphane Benoit-Godet
Publié mardi 17 janvier 2017 à 14:41.

WEF

Depuis Davos, le président chinois a mis en garde Donald Trump sans le nommer. Pour l’invité le plus important du Forum, «il n’y aura pas de vainqueur dans une guerre commerciale»

Il aura fallu réaliser 47 éditions du World Economic Forum (WEF) à Klaus Schwab pour avoir un président chinois sur scène. Mais le fondateur de la réunion la plus courue de la planète peut se féliciter d’y être parvenu et cela dans un moment qui ne pouvait être plus propice. Xi Jinping a donné mardi aux participants de l’édition 2017 une véritable leçon de mondialisation. Il a surtout occupé le trou béant laissé par Donald Trump.

Alors que ce dernier – qui promeut protectionnisme et barrières douanières – sera investi président des Etats-Unis vendredi, son homologue chinois a rappelé les bénéfices de la globalisation. «Cela ne sert à rien de blâmer cette dernière pour les problèmes de la planète», a-t-il rappelé, citant le chômage, les migrations et la crise financière de 2008 dans une longue intervention que personne à Davos n’aurait voulu rater.

Le peuple des «Davos men»

Xi Jinping a posé le cadre – «personne n’émergera en vainqueur d’une guerre commerciale» – et les participants du Forum ont saisi l’ironie du moment. Le WEF a été tout au long de son histoire le temple de la mondialisation: les participants sont dénommés ici des «global leaders» et le «Davos man», tel que décrit par le professeur à Harvard Samuel Huntington, est le membre typique de l’élite qui a profité de la liberté de se déplacer et de commercer dans le monde entier connue depuis les années 90. Pendant très longtemps, les figures les plus importantes du Forum se comptaient dans les rangs des grands banquiers d’affaires de Wall Street, des industriels européens et des chefs d’Etat occidentaux.

La leçon de Xi à Donald Trump

Pourtant, au moment où beaucoup s’interrogent sur la fin de l’ère du libre-échange, c’est un Chinois – le premier d’entre eux qui plus est – qui prend la défense de la mondialisation. Même si le sens de l’intervention avait largement été exposé avant même qu’elle ne soit prononcée, celle-ci a fait son effet devant un public en état de choc depuis l’élection de Donald Trump. La forte délégation chinoise – à mettre en parallèle avec une représentation américaine bien en dessous de ce qui est habituel dans la station grisonne – démontre aussi l’émergence d’un nouveau pôle de pouvoir dans le monde. On le savait d’un point de vue économique depuis longtemps. Mais quand le président Xi fait en ouverture du WEF la leçon à Donald Trump sur l’importance de respecter les accords de Paris sur le climat, c’est que le monde tel que façonné par l’Occident et ses valeurs échappe à ce dernier en partie désormais.

Xi Jinping a même reconnu que la mondialisation constituait une «lame à double tranchant» aux conséquences négatives potentielles et qu’il fallait la «rééquilibrer». Le président chinois a filé la métaphore maritime en rappelant que le bateau ne devait pas rebrousser chemin face à la tempête, sinon il n’atteindrait jamais sa destination. Plus ferme, et sans jamais nommer Donald Trump, il a souligné que «les pays devraient concevoir leurs intérêts dans un contexte plus large et se restreindre de poursuivre leurs propres intérêts au détriment des autres».

Les massives importations chinoises à venir

Combatif et à l’aise, Xi Jinping a rappelé que son pays importerait des biens pour des sommes considérables ces prochaines années – signe que la Chine ne peut plus être perçue seulement comme l’atelier du monde – et que sa population avait connu une élévation de son niveau de vie tout à fait spectaculaire. La toute-puissance de ses capacités d’investissement n’enlevant rien au fait que le monde entier va continuer à réaliser des projets sur son sol.

Exactement ce que remet en cause le président élu américain qui menace de mesures de rétorsion les entreprises actives sur le marché américain si elles ne produisent pas sur place. La Chine va annoncer vendredi qu’elle a enregistré une croissance de 6,7% de son économie l’an dernier et déjouer ainsi les pronostics pessimistes qui assuraient un atterrissage catastrophe pour la deuxième économie du monde. Un autre signal que la mondialisation, même si elle n’est pas un long fleuve tranquille, produit des effets positifs.


A propos de la visite de Xi Jinping