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Le monde réel dans une journée fantasmée

Le monde réel dans une journée fantasmée

 
29 Mars 2018

Je suis en convalescence mais je vous donne de mes nouvelles.

 

Hier, j’ai fui les réseaux sociaux et leurs miasmes en écho à une double célébration dans laquelle tout le monde se débattait et parlait faux… En fin de matinée,  j’ai renouvelé ma carte de Bibliothèque en vitupérant contre Macron et la CSG, avec l’assentiment de l’employée. Qu’est-ce que ça soulage de ne pas imaginer cet individu en train de jouer les héraults de la République, le défenseur de l’excellence de ses fonctionnaires et de se souvenir qu’il est en train de couler la dite République sur consigne de l’UE… D’envisager de fait une armée de métier au niveau de l’OTAN. qu’est-ce qu’on se sent mieux d’échapper aux  débats sur le héros qui masque de fait les assauts contre le service public. Pendant qu’on parle de ça, il n’est plus question des luttes pour la défense du dit service public, attaqué de toute part avec l’assentiment des mêmes… Je ne renonce pas à protester, je me sens un peu seule, d’ailleurs les communistes semblent avoir totalement disparus. ON ne sait pas si on doit être soulagés de ne pas être pris avec mélenchon dans ses pàalinodies ou si on peut voir là la poursuite de la tactique de Pierre Laurent, nous effacer définitivement… pourtant il me semble qu’on aurait bien besoin des communistes, enfin ceux que j’ai connus…

 

La bibliothèque municipale, est l’ancien music hall, l’Alcazar, en plein quartier arabe, sur le Cours Belzunce. Jadis au XVIII e siècle c’était le quartier aristocatique mais aussi celui des Révolutionnaires, les Républicains de Marseille, des enragés autogestionnaires, admirateurs de Robespierre. A midi j’ai été déjeuner chez Toinou, le marchand de coquillage, de l’autre côté de la Canebière. C’est de là exactement qu’est parti le bataillon des Marseillais, 300 jeunes gens tirant canons, chantant tout le long de la route la Marseillaise et réclamant la tête du roi. Belzuince et le monde arabe déborde, mais il y a des ponctuations du vieux Marseille, le marchand de fleuirs avec ses bouquets élégantissimes, le chapelier, et Toinou, avec son étal de fruits de mer, je commande  une dizaine d’oursins énormes et trois huitres charnues et iodées plus un verre de vin blanc, le bonheur. Je donne rendez-vous à Hamid, djaouida et Maya, chez le père Blaise, l’herboriste à côté, une institution provençale comme Toinou dans un quartier qui ressemble à Babel oued. J’achète une tisane, un pot de miel et de la guimauve. Maya fait la grimace, elle préfère les marshamallow d’Haribo. Nous retournons elle et moi en bibliothèque, elle est chargée de m’aider dans l’ascenseur transparent, les coursives aux parois de verre, ce qui me donne le vertige. Je m’accroche à elle.

 

Je sais qu’elle est désormais une lectrice assidue de mon blog et elle me pose des questions. Ce qui l’intéresse c’est l’intelligence artificielle et ses conséquences, elle me demande est-ce que ça peut être la fin du monde? Je crois que c’est l’article sur stephen Hawkings qu’elle a interprété en ces termes.J’essaye de lui expliquer qu’il peut y avoir des gens très riches qui tenteront de se passer des êtres humains. « Pourquoi ils sont comme ça? » me demande-t-elle… Et nous voilà parties dans un cours abregé sur la soif d’accumation du capital. Le monde est divisé entre riches et pauvres et les premiers qui sont simplement une poignée pour continer à dominer, inventent des oppositions entre les pauvres… Le racisme par exemple… Elle hoche la tête et commente: « nous sommes tous des êtres humains? « Bien sûr et j’appuie ma démonstration par une interprétation personnelle du monologue de Shylock dans lequel j’alimine toute référence précise pour qu’elle puisse s’identifier…

 

Traduction de Victor hugo:

 

Il m’a couvert d’opprobre, il m’a fait tort d’un demi-million, il a ri de mes pertes, il s’est moqué de mes gains, il a conspué ma nation, traversé mes marchés, refroidi mes amis, échauffé mes ennemis ; et quelle est sa raison ? … Je suis un juif ! Un juif n’a-t-il pas des yeux ?Un juif n’a-t-il pas des yeux, des organes, des proportions, des sens, des affections, des passions ?N’est-il pas nourri de la même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, échauffé et refroidi par le même été et par le même hiver qu’un chrétien ?Si vous nous piquez, estce-que nous ne saignons pas ? Si vous nous chatouillez, est-ce-que nous ne rions pas ? Si vous nous empoisonnez, est-ce-que nous ne mourons pas ? Et si vous nous outragez, est-ce-que nous ne nous vengerons pas ?Si nous sommes comme vous du reste, nous vous ressemblerons aussi en cela.

 

En fait j’interprète dans le sens de Timon d’Athènes, l’autre pièce de Shakespeare qu’aimait Marx, la dénonciation du Capital. je m’obstine dans ma rustique lutte des classes. Elle m’écoute comme un oracle, elle  a rencontré la semaine dernière un jeune écrivain d’origine algérienne d’une vingtaine d’années et elle lui a gravement expliqué qu’elle avait une mamie « très ancienne » qui était une écrivaine et qu’elle pourrait lui donner des conseils. C’est flatteur mais si j’avais quelques doutes sur mon apparence, me voilà servie… je suis très très ancienne…

 

Je découvre des livres, les derniers achetés exposés, je voudrais tous les lire… Un véritable accès de boulimie… la vieillesse ne fait rien à l’affaire, je suis toujours fascinée par les bibliothèques, tous ces livres, c’est l’endroit où je travaille le mieux… Je suis plongée dans un livre qui m’aide à comprendre ce qu’avait tenté de m’expliquer Monika sur la Pologne, c’est la traduction d’un auteur des Etats-Unis Timothy Snyder,sur « la reconstruction des nationalités », Pologne, lituanie, Ukraine… je vais l’emporter chez moi pour le week end.Retrouver les livres, les recherches pour fuir le grand n’importe quoi d’internet, quel soulagement. Maya qui s’exerce sur un ordinateur à côté de moi et qui se plonge dans ma biographie selon wikipedia, m’emprunte un petit cahier moleskine vierge et décide d’écrire un roman. Elle m’interroge: Mamie, tu ne pourrais pas faire de moi un personnage d’un de tes romans, par exemple « les enfants du mauvais temps? » je lui dis »Non parce que tu n’es pas assez passionnante! » et j’ajoute en riant « mais tu peux le devenir, à toi de découvrir comment être passionnante! » Cinq minutes après elle me tend le cahier sur lequel elle a inscrit notre conversation… « Comment est-ce que je peux devenir passionnante? « … A toi de le découvrir? En attendant je lui propose que nous allions ensemble dimanche au cinéma… Elle manque d’attention, il faut qu’elle apprenne à s’immerger dans une lecture, tout oublier, jouir du silence de la bibliothèque, de l’odeur des livres…

 

Le temps a passé il est quatre heures, Maya part à son cours de gym et Hamid vient me chercher avec un copain algérien qui n’a pas mis les pieds en France depuis dix ans et qui vient retrouver son fils pour qu’il revienne en Algérie avec lui. Je m’aperçois que c’est son père qui faisait partie de ma génération, celle avec laquelle j’ai partagé les combats anti-colonialistes, ceux pour l’indépendance de l’Algérie… la génération que j’avais rencontrée en 1963 à Alger, lors de la venue de Nasser… Encore une confrontation avec le temps qui s’efface…  Son père est un militant, lui non. Nous parlons de l’Algérie, il est inquiet et déclare que rien ne va bien, mais qu’il faut éviter le pire. Le pire c’est comme ce qui se passe en France mais au lieu de deux ou trois morts de temps en temps c’est deux cent mille morts, on sait quand on sort, mais on ignore quand on va rentrer. Le pire c’est ce qui se passe en Irak, en Syrie, en Libye. On ne sait pas d’où la mort va venir. Face à ces gens là, il n’y a qu’une solution, les tuer comme quand ils avaient occupé une entreprise gazière dans le sud algérien. Les militaires étaient rentrés, ils avaient tué tout le monde y compris les employés étrangers… Non il ne faut pas que l’Algérie connaisse ça, la Libye, la Syrie… Et ce qui l’a détruite…

 

hamid et son copain algérien me raccompagnent jusque chez moi pour m’aider à porter livres, pot de miel et guimauve… dans la rame du métro, nous discutons encore… je leur dis que les enfants sont notre talon d’Achille, s’il n’y avait pas la peur pour l’enfant je me sentirai intouchable, prête à tous les défis… Hamid proteste « les enfants sont la seule richesse »… une femme nous écoute et elle me donne raison: « C’est l’expérience qui parle par votre bouche, les enfants sont notre fragilité, notre tournment, nous avons peur pour eux! »

 

Si les crétins qui dans les réseaux sociaux s’obstinent à croire que c’est en excusant les « terroristes », si les proches des indigènes de la République, voulaient bien se rendre compte que la plupart des familles algériennes qui hantent Belzunce ont une expérience tragique du terrorisme, qu’elles sont prêtes à supporter un régime algérien qui ne les satisfait pas, parce qu’elles ont une peur bleue de voir revenir les années de plomb et de meurtre, ce serait déjà un immense pas. L’ami algérien me dit: « Pour les arabes il faut des dictateurs! » Je proteste mais je conviens que tant qu’il y aura des divisions tribales à la base de la société civile, il faut un dirigeant qui combine deux traits, celui de l’homme fort qui s’appuie sur l’armée ou plutôt émane de l’armée et le négociateur capable d’engager le dialogue avec les divers élements de la mosaïque. Il est évident qu’une telle société est patriarcale avec un poids particulier accordée à la vieille femme sage. je suis assez bien dans le rôle. Non seulement je fais régner l’ordre et je tiens les enfants sans avoir besoin d’élever la voix, y compris Adlane qui est sorti miraculeusement de ses hallucinations, mais j’ai fait le tour du monde. A propos les cartes postale ont eu un effet bénéfique, il en a reçu de Paris, de Chambery, de Montréal, de Grand bretagne… Il a décidé d’y répondre, le 5 avril au parloir je lui porte des cartes timbrées. Fini la crise de mysticisme, il affirme à nouveau son refus de toutes ces croyances débiles qui mènent à Daech. Résultat, la famille est soulagée, Djouida m’explique: « nous on a été élevés là-dedans! Mais lui en prison ce n’est pas bon. Il vaut mieux qu’il soit comme toi! » Il se lave, brique sa cellule. Donc je bénéficie d’un savoir apaisant et dans le même temps je connais ce qui se passe en Chine. C’est un pays qui les intrigue. Il y a beaucoup de chinois en Algérie m’expliquent-ils, ce sont d’énormes travailleurs. je leur propose de se marier tous avec des Chinois, plus on est mélangé mieux ça vaut… Ils rient, ils ont compris ce que ma proposition contenait d’aimable critique, il faut qu’ils se mettent au boulot, pas celui d’esclave sous des ordres colonialistes, non celui de choisir le meilleur pour leur magnifique pays…

 

Honnêtement il y a une telle distance entre ce que je lis dans les réseaux sociaux et mon immersion au quotidien dans la « vie réelle » marseillaise que je crois de moins en moins à ce que je lis dans la presse et sur l’ordinateur. J’éprouve dans mon propre pays, l’expérience de mes voyages. L’incroyable distance entre ce qu’on en dit et ce que je vis auprès des habitants du pays, qu’il s’agisse des Cubains ou des habitants de la Crimée. On m’invente des conflits qui n’existent pas, des affrontements qui ne servent qu’à justifier les interventions du pouvoir et tout cela est faux , archifaux, dans la réalité on se débrouille comme on peut…. L’ennui c’est que malheureusement les militants politiques y compriqs chez moi,  sont le plus souvent ceux qui répétent comme parole d’évangile ce qu’ils croient être le réel et qui n’est que fantasme autoproduit  pour dame patronesse  et ils sont incapables de s’adresser à ce mode réel, à son histoire, ses expériences, ses préoccupations. Jadis le parti communiste grâce à ses cellules baignait dans la réalité, son discours tranchait. Je suis un vieux reste de ce temps-là… Un individu oublié d’une autre époque… Moi je n’ai pas besoin de céder à l’antisémitisme y compris à la mode de l’UJFP pour avoir un langage commun et ce serait le plus détestable des tours que d’y céder. L’UJFP, je ne les supporte plus depuis qu’ils se sont permis d’attribuer à la politique d’Israël le meurtre des petits enfants par Merah. Si une sous merde attribuait l’assassinat de petits enfants turcs de trois ans à la politique d’Erdogan, je crois que n’importe qui lui cracherait à la gueule, mais ça parait normal parce que ce sont des juifs. Ces gens là sont les meilleurs alliés de l’extrême-droite israélienne… Quand est-ce que tous ces gens-là comprendront que faire de la politique est nécessaire pour lutter contre l’injustice mais que le débat politique a des limites au-delà desquelles, elle devient incompréhensible.

 

Un ami communiste m’écrit :

 

https://www.humanite.fr/antisemitisme-la-fois-plus-de-violence-et-plus-de-tolerance-652892#comment-form

 

Que penses du fait que l’Humanité publie le premier développement de la personne interrogée. Je n’arrive pas à à comprendre que l’Huma interroge une personne qui planque ce qu’elle pense derrière un sondage.


Et qui laisse penser que l’antisémitisme est une opinion comme les autres.

 

Oui voilà typiquement ce qui me semble nocif et qui se combine bien avec l’incapacité des communistes a réellement s’adresser à toute cette population avec qui le dialogue de classe serait pourtant fructueux. Simplement en partageant avec eux des choses fondamentales comme leur préoccupation pour l’avenir des enfants.

 

Nous avons tous un grand projet, quand Adlane sortira, on partira tous faire le tour de l’Algérie, la côte, mais aussi jusqu’à Tamanrasset…

 

Danielle Bleitrach

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