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L’Humanité : Rapport Khrouchtchev, l’histoire d’une occasion manquée

L’Humanité : Rapport Khrouchtchev, l’histoire d’une occasion manquée

 

28 Février 2018
 
Même si je ne partage pas tout ce que dit ici Serge Wolikow, je considère que l’on peut se féliciter de la publication de sa contextualisation et la description des faits souvent justes. Il y a le contexte international, le fait qu’un pays dirigé par un parti communiste et qui revendique l’héritage, analyse les raisons de la chute de l’URSS, la Chine rend ce bilan incontournable.
 
Mais si l’Humanité publie cet article c’est à la fois un contre-feu et le témoignage que nos combats sont en train de payer.
 
Certains communistes ont posé le problème, en particulier Jean Salem, Annie Lacroix Riz, les éditions Delga qui ont publié les auteurs anglo-saxons et je crois aussi en toute modestie que notre livre (sur lequel se poursuit le silence et la censure) 1917-2017, Staline un tyran sanguinaire ou un héros national? qui en est à sa deuxième édition, ce blog y est pour quelque chose. Nous ne prétendons pas à une réhabilitation, nous disons premièrement que les Russes n’ont pas la même vision que nous et deux que des faits, voire des livres à charge s’inscrivent a contrario de ce que dit le rapport Khrouchtchev et que la publication de celui-ci a eu trop d’incidences pour que l’on en reste là. Toutes Ces voix sont reprises non seulement au PRCF, mais à l’intérieur du parti lui-même. On peut donc considérer cette publication comme une avancée dont on ne saurait cependant se contenter sur le plan politique 
 
(note de Danielle Bleitrach)
 
  1. Résultat de recherche d'images pour "Khrouchtchev"
VENDREDI, 24 FÉVRIER, 2006
L’HUMANITÉ
 

Historien, professeur d’université, Serge Wolikow analyse les circonstances et les raisons du retard des mouvements communistes à tirer tous les enseignements des crimes du stalinisme.

 

Dans la nuit du 24 au 25 février 1956, au cours d’une séance à huis clos, les délégués au 20e Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique écoutent abasourdis, le premier secrétaire Nikita Khrouchtchev lire un « rapport » entièrement consacré aux erreurs et aux crimes de Staline. Ce réquisitoire d’une violence inouïe révélait le comportement dont s’était rendu coupable celui auquel l’ensemble du pays vouait, de son vivant et bien après sa mort le 5 mars 1953, un culte débordant. Le rapport, qui ne fut jamais rendu public, liait la terreur et l’arbitraire au « culte de la personnalité », sans proposer toutefois une analyse critique du système en place.

 

Le rapport Khrouchtchev appartient à la mémoire communiste. Au-delà, il a souvent été interprété comme un tournant de l’histoire du XXe siècle. Qu’est-ce que l’historien sait aujourd’hui qu’il ignorait encore il y a dix ou vingt ans ?

 

Serge Wolikow. Du strict point de vue des connaissances, l’ouverture des archives et les progrès de l’historiographie de l’URSS ont relativisé l’intérêt historique de la critique de Staline. Il faut par ailleurs se méfier de l’anachronisme, de la tentation de faire dire au texte, à la lumière de la chute du communisme soviétique par exemple, des choses qu’il n’a jamais dites s’agissant d’une possible réforme du système. Il est en effet marqué par le moule, la forme historique du communisme qui s’était développée après la révolution russe. Le comportement de Khrouchtchev ne peut pas se comprendre en dehors d’un contexte qui le conduit à prendre cette initiative tout à fait incroyable, qui constitue une révélation pour une grande partie de militants et qui constituera en même temps une démystification, une décrédibilisation du système communiste comme tel. Certains ne lui pardonneront jamais d’avoir « soulevé le couvercle ».

 

Qui est Khrouchtchev ?

 

Serge Wolikow. L’homme est issu d’un milieu modeste. C’est un cadre assez typique dont l’ascension sociale a été rendue possible par l’élimination des vieux bolcheviks et des dirigeants de la révolution dans les années vingt et trente. Il entre au Bureau politique au moment où les grandes purges continuent de se développer et il reste dans le voisinage de Staline jusqu’à la mort de son protecteur. Il n’entreprend de le critiquer qu’à ce moment-là, c’eût été, il est vrai, suicidaire avant. Khrouchtchev incarne une certaine volonté de réforme. Mais on peut également estimer qu’il est de ceux qui ont voulu faire porter à Staline l’essentiel des responsabilités des erreurs commises, de façon à dédouaner l’ensemble du système. Ainsi, tout en prônant un certain retour à Lénine, il opère un choix unilatéral dans les reproches adressés à la période stalinienne. Il ne dit mot par exemple du débat qui avait porté sur la construction du socialisme dans un seul pays, ni sur la voie choisie de l’industrialisation lourde et de la collectivisation des campagnes, à l’origine de la grande famine qui fit des millions de morts au début des années trente en Ukraine et dont Khrouchtchev avait été un des acteurs.

 

Quel est le propos d’ensemble du rapport ?

 

Serge Wolikow. Ce qui frappe, c’est l’audace extrême des révélations qu’il fait et en même temps la timidité des généralisations, des conséquences qu’il tire, comme si Khrouchtchev avait peur de ce qu’il venait de dire. Le texte évoque le conflit entre Staline et Lénine, il saute ensuite aux années trente pour évoquer la manière dont Staline se débarrasse des révolutionnaires et des compagnons de Lénine, puis dénonce les erreurs militaires du « maréchalissime ». Il reste très discret sur les procès qui ont touché les généraux, et rapide sur les purges et complots plus récents. Il concentre ses critiques sur la personnalisation de la figure de Staline, sur la manière dont il s’est comporté à l’égard du Parti communiste en réduisant son rôle dans la société au profit de la police politique. Mais Khrouchtchev ne développe aucune réflexion critique à propos du fonctionnement de la société, de l’État-parti, de la paysannerie, de la conception du parti unique ou du parti guide, du système de sécurité ou du goulag. Le point de vue vise essentiellement à redonner au Parti le rôle dirigeant de la révolution au sein duquel se discute l’avenir du pays « du peuple tout entier ».

 

Comment expliquez-vous cette forme extravagante de discussion politique, qui consiste à lire un rapport secret, dont la presse ne parle pas, mais dont les communistes soviétiques sont ensuite systématiquement informés dans des réunions internes ?

 

Serge Wolikow. C’est la gestion du secret. Il s’agit d’associer des militants et des cadres à un secret, afin de leur faire partager la responsabilité de ce qu’ils apprennent et en même temps de les associer à la nouvelle façon de diriger le Parti. Une contradiction dont le secrétaire général aura beaucoup de peine à se sortir : le rapport n’étant pas diffusé ni publié, il sera très difficile de pousser la réflexion plus loin. Khrouchtchev est contraint de louvoyer. La conférence des partis communistes en 1957, puis le XXIe Congrès de 1959 seront marqués par une très grande réserve des dirigeants soviétiques pour confirmer les réflexions du rapport sur les crimes de Staline. Il faudra attendre le XXIIe Congrès de 1961 pour que le secrétaire général se lance dans un récapitulatif des thèmes du XXe Congrès aux yeux du monde et de son parti. C’est à ce moment-là qu’il tente de concrétiser une certaine libéralisation, du côté des artistes, avec la publication du livre de Soljenitsyne, ou quelques réformes économiques touchant l’administration de la planification. Mais ceci est réalisé de manière fragmentée et finalement incohérente. Jamais Khrouchtchev n’ira plus loin, sur le fond, que ce qu’il a dit en 1956.

 

Les mouvements populaires et politiques qui éclatent en Pologne, puis en Hongrie contre le pouvoir communiste à la fin 1956 sont aussi des effets du rapport Khrouchtchev ?

 

Serge Wolikow. Le rapport a ébranlé les systèmes et l’image politique des partis qui étaient les plus liés à l’URSS et se trouvaient au pouvoir dans des conditions fragiles. En Pologne, la mort du dirigeant stalinien Bierut provoque une certaine hésitation dans le choix du successeur. Les manifestations populaires vont conduire les Soviétiques à accepter la désignation de Gomulka, un dirigeant communiste polonais mis à l’écart par Staline et dont la réintégration symbolise un compromis, une prise de distance avec certains aspects du modèle stalinien en vigueur jusque-là. En Hongrie en revanche, après l’affaire de Suez lors de laquelle l’URSS a fait une démonstration de son autorité internationale, les dirigeants soviétiques se sentent suffisamment forts pour intervenir militairement à deux reprises afin de briser un mouvement qui semble leur échapper davantage qu’en Pologne. Les révélations du rapport Khrouchtchev ont eu un effet de décrédibilisation du Parti communiste à l’égard d’une grande partie de la population échaudée par l’échec de réformes engagées trois ans auparavant. La dynamique de la contestation associera, outre quelques réformateurs communistes, une grande partie des opposants fondamentaux à un régime fondé sur l’occupation soviétique, après la défaite des régimes fascistes hongrois. L’intervention brutale et la répression de masse menée par l’armée soviétique sont le signe d’une volonté de stopper toutes les dérives d’interprétations possibles du XXe Congrès dans l’ensemble de la zone d’influence soviétique.

 

Comment expliquez-vous les réactions très différentes des partis communistes occidentaux au rapport Khrouchtchev. Les Français avec Thorez cachent complètement l’existence du rapport. Seule la direction communiste est informée, sur la base d’une interprétation fallacieuse qui minimise la critique de Staline. Les Italiens avec Togliatti s’engagent dans une critique plus exigeante du stalinisme…

 

Serge Wolikow. Thorez ne prend pas du tout en compte la dénonciation des crimes de Staline, ni la mise en cause du fonctionnement du Parti. C’est une attitude non circonstancielle, durable, réfléchie. Les archives du PCF éclairent comment la direction a engagé sa légitimité dans sa lecture du rapport devant le Comité central. Ni les purges, ni les exactions contre les dirigeants, ni les complots n’ébranlent la direction française qui se lance dans une sorte de sauvetage de la personne de Staline.

 

Pourtant, les communistes français ont montré dans d’autres circonstances leur indépendance d’esprit à l’égard de Staline ?

 

Serge Wolikow. Notamment s’agissant du Front populaire, de la démocratie, de l’indépendance nationale, ils ne partagent pas la vision du monde stalinienne. Mais ils se sont appuyés pendant des décennies sur le prestige acquis par l’URSS, dont l’image a constitué un soutien politique très efficace. D’où l’impasse et leur acharnement à défendre la préservation de cette image soviétique, identifiée à celle de Staline. La responsabilité que prennent les dirigeants est forte dans la mesure où on ne peut pas nier l’ampleur et la portée des crimes staliniens. Ce comportement a eu des effets néfastes sur la réflexion politique et stratégique et dans le fonctionnement même du PCF. Dans les années soixante, il ne s’y passe rien de très novateur en matière de réflexion sur le socialisme alors même que toute une partie de l’appareil théorique est considérée comme intangible, qu’il s’agisse du « marxisme-léninisme » ou de la dictature du prolétariat. Ce n’est qu’à la fin des années soixante-dix que les choses bougent, avec le développement de la réflexion sur l’eurocommunisme. La direction du PCF n’encouragera un travail de réflexion critique collectif sur l’histoire de l’URSS qu’à la fin des années soixante-dix. La publication du rapport Khrouchtchev par les Éditions sociales date seulement de 1982.

 

Les Italiens se montrent moins timorés…

 

Serge Wolikow. Paradoxalement, Togliatti, le secrétaire général du PCI, a été beaucoup plus proche de Staline que Thorez. Comme secrétaire de l’Internationale communiste, il a été impliqué dans la liquidation du Parti communiste polonais en 1937, mais il a une vision de la stratégie du mouvement communiste international plus large que celle des dirigeants français. Après quelques mois de prudence et d’attentisme, il va profiter du rapport Khrouchtchev pour affirmer des conceptions nouvelles. L’idée qu’il faut aller plus loin dans l’analyse des origines du stalinisme et vers des formes nouvelles de rapports entre démocratie et communisme. Il promeut d’une façon plus précoce l’idée de la diversité des positions et points de vue dans le Parti et la possibilité de les exprimer sous des formes variées. À long terme, les communistes italiens ont davantage été sensibles à la portée du XXe Congrès sur les transformations à l’oeuvre dans les pays d’Europe centrale. Ils ont mieux vu venir un certain nombre d’évolutions. Mais les questions de l’image de l’URSS, du modèle soviétique discrédité par la révélation des crimes et l’impossible réforme du système ne les ont pas davantage épargnés que les communistes français dans les années quatre-vingt.

 

Quelle leçon tirez-vous de l’épisode du XXe Congrès pour la perspective communiste aujourd’hui ?

 

Serge Wolikow. Khrouchtchev et son cercle proche ont été travaillés par cette question : pérenniser l’organisation politique communiste et les idées auxquelles ils croyaient en dénonçant les crimes commis en leur nom. Après avoir perçu que cette dénonciation impliquait la nécessité d’engager des réformes, ils n’ont pas été capables de les engager, peut-être parce que cela débouchait sur des transformations plus profondes encore touchant au système lui-même d’administration de la société comme de l’État-parti. Au bout du compte, la fin de l’URSS a sanctionné cette contradiction, au moment même où Gorbatchev a tenté de reprendre la démarche de Khrouchtchev en la poussant du côté politique sans toucher vraiment à l’économie administrée. Quoi qu’il en soit, le XXe Congrès a mis l’accent sur la question des « mains sales ». On ne peut pas faire une politique d’émancipation de l’homme et de l’humanité par n’importe quels moyens. La question des moyens et des fins, vieille question du mouvement ouvrier, reste une question d’actualité. Gardons-nous, en revenant sur cette histoire, d’en tirer des leçons immédiates, toujours un peu courtes, mais elle peut contribuer à mieux faire comprendre les relations complexes entre critique d’un système et transformation de celui-ci.

 

Entretien réalisé par Lucien Degoy

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