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Le double visage de mai 68 et le mitterrandisme : Macron héritier?

Le double visage de mai 68 et le mitterrandisme : Macron héritier?

 

27 Février 2018

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Le mouvement de mai 68 dans le monde des intellectuels, celui des facs et des Beaux arts en grève a été plein de créativité. L’alliance entre intellectuels et prolétaires a été au coeur de cette créativité. Mais cette alliance était déjà fantasmée, pour une partie des gauchistes, ce qui l’interdisait était le « stalinisme », celui du PCF et donc de l’URSS. Ils étaient des traîtres à la classe ouvrière, mais ce discours servait aussi d’alibi à la révolution conservatrice qui était en train, dans une nouvelle phase d’accumulation du capital,  de mener l’assaut contre tout ce que la classe ouvrière avait réussi à imposer. La dénonciation d’un « stalinisme » jamais  analysé, devenu la simple diabolisation d’un individu a servi de leurre,  qui  masqué les effets d’une contre-révolution qui a mis à mal toute une manière révolutionnaire de penser le monde et de prétendre le transformer. De quoi Staline est-il le nom ? Voilà la question que nous avons prétendu poser à l’histoire de ces cinquante dernières années et dans lesquelles mai 68 prend place.

 

Macron, l’héritier du projet mitterrandien de réduire le rôle politique de la classe ouvrière

 

Macron s’apprête à célébrer l’événement, une sorte de danse du scalp sur la destruction programmée de la sécurité sociale, de la fonction publique et de la SNCF, une manière a-t-il avoué d’en finir avec « la soviétisation de la France imposée au patronat collaborationniste par la classe ouvrière qui n’avait pas trahi » et mené « la bataille du rail ». En quoi cette revanche a-t-elle à voir avec mai 68? Aussi étrange que cela puisse paraître cela n’a rien d’étonnant, Macron  doit beaucoup à ce qui s’est mis en place à ce moment là et que le mitterrandisme a imposé.  Mais il y a eu aussi en mai 68 en France l’irruption de la classe ouvrière, l’augmentation des salaires de 30% , la section syndicale à l’entreprise. Ce fut souvenez-vous de l’intervention de Mitterrand autant que la descente de la réaction sur les champs Elysées et l’appel à de De gaulle aux forces armées de Massu en Allemagne qui siffla la fin de partie. Le spectre aussi qui se levait du côté de la Tchécoslovaque… mais c’est un autre chapitre…  Sur tout ce mouvement inabouti L’opération Mitterrand fut un contrefeu du début à la fin et en tant que telle elle obtint l’aval des Etats-Unis, qui savait déjà si l’on en croit les documents déclassifiés de la CIA qui soutenir parmi ces soixante-huitards. . On pourrait résumer l’objectif de Mitterrand, tant sur le plan de sa politique que sur le travail opéré dans le monde intellectuel,  par la volonté obstinée  d’isoler ce puissant acteur ouvrier, de le réduire en influence et pour cela d’utiliser les tendances anticommunistes de l’autre parti du mouvement de mai 68. C’est ce qui a été exigé des « élites », du haut fonctionnaire à l’enseignant, de « l’artiste » au personnel des médias, une véritable mobilisation. Macron n’est pas un électron libre, il a bien été couvé dans la social-démocratie, le PS que met en place Mitterrand et qui se caractérise partout par la volonté de couper le monde ouvrier de sa capacité d’intervention y compris dans le PS lui-même dont la composition ouvrière est minorée. Cette opération contre le monde ouvrier s’est réalisé au dépend de l’ensemble des autres catégories sociales, y compris les intellectuels, pour le seul bénéfice de ceux que représente aujourd’hui Macron.

 

L’offensive idéologique tout azimut contre « le collectivisme » au nom des droits individuels

 

On a du mal à mesurer le travail opéré par la contre-révolution sur la capacité à penser elle-même, on en voit les résultats dans l’émiettement, la victoire d’une pseudo compétence technocratique sur le simple bon sens, les applaudissements face au démantèlement du « modèle français », de la sécurité sociale à la SNCF, l’acceptation de faire payer aux pauvres, aux isolés, la toute puissance du capital devenu logique irréfutable. Le monde des enseignants, de la culture, tous les fantassins du social invité à courber l’échine devant la modernité. L’incapacité à exprimer la colère qui emplit les cœurs et l’invite à passer sous les fourches caudines. Tout cela n’est pas né aujourd’hui mais on a le sentiment d’assister à l’assaut final qui a réussi à individualiser, interdire toute coalition, ne plus voir que midi à sa porte et l’ennemi dans le voisin. Les histrions ont accompagné cette émiettement de la force combative avec une philosophie de pacotille.

 

Comment est-on passé de la France intellectuelle de Jean Paul Sartre, des intellectuels communistes, bastion contre l’américanisation à celle de Macron, il n’y a pas de rupture, mais offensive continue dans laquelle l’idéologie anti-totalitaire, la stigmatisation de toute révolution devient le fer de lance au prix d’une véritable déroute des exigences : on est passé de l’école de Soboul et d’autres à la popularisation de Stephan Bern et Lorant Deutch (la transition ne s’est-elle pas opérée dans la gauche française non seulement grâce à Furet mais par  la popularisation de quelqu’un comme Olympe de Gouges, l’apologie de la contre-révolution au nom du féminisme dont l’ennemi devient Robespierre et les sans culottes). Toutes les aspirations « sociétales » ont été ainsi utilisées par les tenants de l’anti-totalitarisme comme un retournement contre le prolétariat et sa capacité politique qu’avait symbolisé les victoires de l’Union Soviétique. Ce n’est pas seulement les communistes, leur parti, mais bien la classe ouvrière elle-même, la possible dictature du prolétariat tuée dans l’oeuf. Et ce en violation de l’évidence des faits, à savoir le rôle joué par les communistes, de l’URSS et du PCF dans la promotion de la condition féminine, dans la libération des moeurs, le combat mené contre les forces réactionnaires partout.

 

L’affaiblissement du parti révolutionnaire est un objectif dit et répété, pas un complot. Comme l’est la volonté de faire surgir l’extrême-droite destinée à diviser la droite, en rabattre une partie vers la social démocratie qui poursuit sa dérive vers un parti démocrate à l’Américaine. cette extrême-droite joue un rôle de repoussoir qui assure la victoire électorale mais aussi d’éclaireur en matière idéologique jusqu’à la confusion actuelle.

 

Quelques prises de conscience rapidement isolées… 

 

C’est Deleuze qui a eu le courage de s’atteler aux  nouveaux philosophes en montrant leur absence de travail conceptuel. « Une pensée creuse comme une dent creuse qui ne mord sur rien », une pensée qui joue avec des oppositions binaires élémentaires, pourquoi à cause de ce qui devait être dit et surtout ce qui devait être exclu du champ, la pensée de supermarché ainsi les décrivait-il était vide mais pas dénué d’objectifs préconçus. Tout cela était hélas vrai, mais il y a eu plus que ça, dans le sillage de cette « nouvelle philosophie » s’est opéré un véritable travail de déconstruction sur la manière de penser la réalité, le monde et les possibles offerts à ceux qui cherchaient à résister. Ce travail idéologique a essentiellement porté sur la dénonciation de toute forme collective devenus appareils d’aliénation. L’idéologie anti-totalitaire qui a en France plus que partout prétendu à une scientificité que personne ne lui a jamais reconnu en matière de recherche s’est étalée sur les plateaux de télévision et est devenu pour des milliers de Bouvard et Pécuchet l’équivalent d’une explication du monde, voir une morale de l’attitude à défaut d’être une attitude morale. En France, elle a connu un soutien actif à travers l’organisation courtisane de la notoriéte et l’accès aux prébendes sous l’ère Mitterrand. Il n’y a plus eu la moindre tentative de démocratisation de la culture depuis la décentralisation de la Libération, mais celle-ci a été utilisée pour favoriser le clientélisme. Tout cela en rupture parfaite du monde de l’art et des intellectuels avec « le prolétariat ».

 

De ce point de vue quand Derrida dans le spectre de Marx retourne à celui-ci, il note l’essentiel, la capacité à dire l’injustice, mais pas comme un balbutiement comme une conception du monde, de l’action.

 

Le structuralisme et l’Eurocommunisme… Et sur le plan économique le démantèlement européen 

 

Le fait essentiel par rapport à cet ultime recours à Marx c’est qu’il n’y a pas eu de résistance dans le contexte de l’eurocommunisme du côté du parti révolutionnaire qui avait pourtant eu une influence hégémonique France. La tentative de barrage opérée par Althusser s’est retourné contre la volonté de son auteur, en laissant un groupe de jeunes gens issus de Normal supérieur opérer un retour à Marx sans sortir de la salle d’étude autrement que pour y dénoncer la traîtrise conceptuelle du Parti communiste Français qui était censée redoubler celle de l’Union soviétique, le projet venait renforcer celui de l’anti-totalitarisme et celui qui faisait de mai 68 le premier de la série des révolutions de couleur. Chez les anti-althussériens, le retour à l’individu a été accueilli avec enthousiasme dans le cadre de la dénonciation du « stalinisme » et l’adhésion à l’eurocommunisme. Althusser se voulait un contrepoison à l’abandon de la dictature du prolétariat, le « retour à Marx » à travers le structuralisme l’a accompagné, la meilleure preuve comme il le disait lui-même qu’on ne sort pas de l’idéologie par l’idéologie. mais il faut noter que tout cela se présente comme une tentative de sauver le communisme après le « stalinisme ».

 

Un certain nombre de ces jeunes gens regroupés autour d’Althusser, de Robert Linhart à Pierre Goldman ont dénoncé l’opération, il ont perdu la vie à tenter de s’y opposer. Ils étaient plus ou moins seuls. Ils n’avaient pas pu faire jonction avec le mouvement ouvrier français qui une fois de plus dans notre histoire avait fait de mai 68-maidan réactionnaire, libéral libertaire, un moment de la lutte des classes en France, comme en 1848 face au reste de l’Europe, le prolétariat s’était invité dans le mouvement petit bourgeois qui continuait à mener un combat parodique contre les féodalités, mais attaquait déjà en priorité le parti révolutionnaire symbole de collectivisme honni.Tout le travail de l’ère mitterrandienne a été d’isoler ce mouvement ouvrier surgi en 68 et contre lequel dès cette époque il s’était employé à manoeuvrer. Il s’agissait, il ne s’en cachait pas de lui faire perdre en influence et de s’ouvrir largement au libéralisme libertaire, non seulement au plan artistique et intellectuel, mais en opérant une restructuration en profondeur de l’économie française, attaquant l’industrie et renforçant son pouvoir financier; les nationalisation ont servi à ça. Et si aujourd’hui nous avons du mal à employer ce terme, ce n’est pas seulement à cause de la manière dont a avancé dans les esprits la dénonciation de « la collectivisation soviétique », mais également à cause de l’expérience concrète de l’ère Mitterrand: achat largement payé aux anciens propriétaire, retructuration, perte de milliers d’emploi et transformation d’entreprises nationales comme EDF et d’autres en vaisseaux de guerre pour annexer des marchés étrangers.

 

En Amérique latine, le capital flanqué de ses bourreaux torturait pour obtenir cela, en France un socialiste au pouvoir, flanqué de ministres communistes imposait la même orientation, il a été difficile de s’en dégager, l’assaut a même été mené à l’intérieur du parti contre Marchais qui voulait quitter le gouvernement, un assaut contrôlé par Mitterrand allié avec les autres dirigeants de l’eurocommunisme de Rome à Madrid. Retour au stalinisme criait-ils et il s’est trouvé pas mal d’intellectuels pour appuyer l’opération de déstabilisation, pour obliger le parti communiste à devenir le vassal de la social démocratie totalement intégrée aux visées du capitalisme européen et à l’UE.

 

La mise en pièce de tout un patrimoine intellectuel , organisationnel accumulé depuis des siècles, la mémoire ouvrière, la transmission et l’actualité

 

C’est peu dire qu’attaqué de toute part la classe ouvrière a eu du mal à résister. La chute de l’Unions soviétique a accéléré une liquidation de tout un énorme patrimoine intellectuel révolutionnaire. Il suffit de relire Marx, de voir comment lui-même a opéré un travail conceptuel sur des termes hérités de l’antiquité et déjà repris à travers des luttes et les balbutiements de la théorie socialiste. Le terme de prolétaire par exemple récupéré depuis les Romains en passant par les canuts qu’il a fait passer de pauvres à exploités, nous ne l’employons plus, en revanche les « gens » ont envahi toutes non pas analyses, il y en a peu, mais proclamations. Pour masquer ce détournement on a utilisé les poètes comme le défunt almach Vermot utilisait les citations. Ce qui ne muscle rien et renforce au contraire l’impression du vide et du confus. C’est un signe terrible de faiblesse que de ne pouvoir penser que dans les termes qui vous sont imposés par l’idéologie dominante.

 

Mais sans remonter aussi loin que cet abandon de toute référence au prolétariat et surtout à sa possible « dictature », il faut mesurer comment pour se faire accepter, pour collaborer à la modernité social démocrate nous communistes avons souvent contribué à la mise en pièce du « collectif ». En relisant l’analyse que fait Maurice Thorez de la nécessité des cellules et les critiques adressées aux sections qui sont tout à fait appropriées pour rendre compte de l’état du parti aujourd’hui, nous voyons mieux en quoi au Congrès de Martigues, il y a eu un choix, conscient ou non?- de démembrer le travail d’organisation du dit prolétariat, de le faire revenir de l’état de classe sociale aux « gens ».

 

Le travail de sape mené dans le cadre d’une contre-révolution et la difficulté dans laquelle les communistes se sont trouvés pour y résister est devant nous. Cela ne sera certainement pas traité au Congrès pour beaucoup cela apparaîtrait comme un travail inutile face à la nécessité de mener le combat contre l’assaut néo-libéral de Macron, un potentiel de division. Ce travail se fera néanmoins à partir de ce combat et d’une réflexion sur l’état du monde. On s’aperçoit bien qu’il faut une organisation à la hauteur des tâches autant que des concepts pour penser la situation internationale, la crise d’hégémonie des Etats-Unis, l’apparition de nouveaux rapports sud-sud, le devenir de la Chine à lui seul exige un travail énorme de réflexion, appelle on le voit un travail conceptuel, l’étude des faits, des collaborations avec d’autres partis communistes.

 

Si le PCF a survécu, il le doit sans doute au coup de frein à l’eurocommunisme que Georges marchais a su imposer à temps et plus encore à son non renoncement total à sa dimension de classe. Il faut partir de là sans s’en contenter.

 

Je suis convincue qu’il y a des choses à transmettre, des choses « attendues » de fait… Si nous prenons par exemple l’écho qu’a eu la découverte du rôle d’Ambroize Crozat et en tirant le fil on découvre cette intervention ouvrière imposant au niveau de l’Etat une tout autre conception des droits du monde du travail étendu à tous, une autre conception de la société faite de solidarité y compris intergénérationnelle, comme la conscience que nous sommes au niveau international en pleine mutation et que le communisme n’y est pas étranger, cela pose l’urgence d’un renouveau stratégique et des moyens, une autre base de l’alliance entre intellectuels et classe ouvrièrs dont les frontières se sont transformées mais dont la dynamique reste celle de la lutte des classes.

 

On a employé le mot de chantier, pour quoi pas, celui-ci donne envie de s’y atteler.

 

Danielle Bleitrach

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