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Pourquoi la nécessité de l’histoire ?

Pourquoi la nécessité de l’histoire ?

 

22 Février 2018

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Comprendre, retrouver les clés du passé pour mieux comprendre en quoi cette histoire conditionne le présent est la chose qui me passionne le plus, peut-être est-ce un effet de la vieillesse?

 

Non ce n’est pas seulement un effet de la vieillesse, mais peut-être la passion du chercheur qui m’a emplie y compris à l’adolescence. Je me souviens de l’incroyable joie éprouvée quand j’ai découvert sur un chapiteau d’un cloître, derrière un ange et un diable, le fléau d’une balance. Révélation,   c’était la représentation de la pesée des âmes d’Origène qui avait été popularisée par le Beatus de l’apocalypse…cette sculpture témoignait d’ une influence orientale qui sentait le fagot de l’arianisme et d’autres hérésies. Ce qui n’était pas sans signification du temps de la guerre d’Algérie. Je travaillais sur l’évolution des mentalités du XI e au XIIIe siècle à partir de l’étude iconographique des cloîtres provençaux. Mon bonheur fut alors si intense!  J’en restais d’autant plus étonnée que je ne voyais dans ce chapiteau aucune utilité par rapport à ce qui me paraissait l’essentiel de mon époque,:  les luttes anti-coloniales, la répression de mon pays en Algérie.Pourtant   cette influence orientale supposée ramenaient ces combats à ma conscience…  je me suis sentie coupable de distraction face à l’urgence historique. Je n’avais pas le droit de me plonger avec délices dans cette histoire refroidie et d’oublier celle brûlante qui continuait à torturer mes contemporains…Il m’arrive de regretter cette paix des cloîtres.unepart de moi s’en réglait comme du silence des bibliothèques. je crois que j’étais ainsi faite que si on m’avait invitée à une recherche sur le commerce du sel en basse Normandie au XIII e siècle, j’aurais fini par m’engouffrer dans le sujet et y trouver d’intenses satisfactions. Et là   il y avait de surcroît l’étrangeté orientale. Un peu sans doute ce qui avait à la même époque rapproché Aragon de la fin de Grenade… ou des traces des pas des chevaux sur le sable dans le retour des rois dans la Semaine sainte… Avec le peintre Géricault.

 

Je m’étais engagée au parti en me disant que jamais je ne me laisserais conduire dans un camp d’extermination comme un mouton, que je me battrais. J’étais devenue  communiste en voyant mes héros pendus à un croc de boucher à Budapest.  peut-être que sur le plan personnel, je combattais par l’engagement politique, par son éthique, ce sentiment de solitude glaciale  hérité de la manière dont j’avais vécu l’extermination des juifs.  Ce plaisir pur du chercheur m’a paru relever de cette indifférence aux autres que risquait d’entretenir en moi  cette formidable injustice…

 

Peut-être est-ce là qu’il faut fouiller… ce sentiment de solitude glaciale qui fait que je peux rompre avec n’importe qui sans en éprouver autre chose qu’un vague regret, alors même que j’éprouve de l’affection, mais pas au point d’avoir besoin de cette présence là, ni d’aucune autre, comme si j’avais été en éternel sursis devant la chambre à gaz avec un sentiment lourd de fatalité.

 

Le fait qu’en revanche l’humanité m’intéresse au plus haut point dans le temps long de l’histoire, mais  que souvent sa réalité m’ennuie tant je perds de l’estime de ce qui m’entoure. Ce dont je me repends comme d’une sorte de vice qui pourrait me conduire à ce qu’il ne faut surtout pas être…De la race des Bourreaux…

 

Il en faut beaucoup pour que je renonce à cette responsabilité historique. Beaucoup! Mais il y a un grand soulagement à lever le pied, comme  quand j’ai décidé récemment que je n’étais plus concerné ni par le sort des Israëliens, ni celui des Palestiniens . J’en avais réellement assez que les supporters de ces derniers s’obstinent à comparer ce qui se passait là-bas avec la shoa, ce qui est doublement faux, d’une part pa(rce qu’heureusement les exploits du likoud ne sont en rien comparable à ceux des nazis même s’ils sont odieux, il faudrait plus de 350 ans au rythme de ce qui se passe à gaza pour atteindre le seul Auschwitz, mettre un signe d’équivalence est une ignominie historique. Ensuite parce que de ce fait, cette propagande sur l’équivalence a tendance à m’englober moi qui n’ai jamais mis les pieds en israël, les membres de ma famille mort dans l’extermination avec les méfaits de Netanyoun, ce qui va a contrario du but recherché et qui m’a en fait libéré de ce militantisme. Je ne suis pas la seule. Ils m’ont usée…   l’indifférence pour leur sort m’étonne comme un soulagement, enfin il existe une part de l’humanité dont je ne suis plus redevable, il suffit comme Alice au pays des merveilles de proclamer à la Reine de cœur qu’elle n’est qu’un stupide jeu de carte et qu’elle n’a pas à tenir compte de gens incapables de comprendre l’absurdité d’une telle référence et l’insulte pour quelqu’un comme moi. Mais peut-être qu’ils en sont là et c’est la seule victoire qu’ils escomptent: me faire passer en procès injustement faute d’être capable d’une vraie bataille pour se libérer. Ils ne sont pas les seuls, nous nous sommes tous retrécis ainsi comme si nos seuls adversaires se trouvaient dans les réseaux sociaux… une négation de l’Histoire, une comparaison qui émousse l’indignation et rend dérisoire le vrai crime…

 

Il y avait là  il est vrai, un noyau toujours à vif de ma relation aux autres. j’ai fait 7 ans de psychanalyse et je n’ai rien appris, simplement je me fie plus à ce que je désire ou ce que je refuse. Ce que je désire c’est comprendre…Comprendre pourquoi cette tentative formidable de transformer le monde que nous avions réussi à porter a été au moins suspendue, ce qu’est devenu l’archipel de ceux aux côtés de ceux avec lesquels je m’étais engagée, qu’ai-je à apprendre de leur parcours, etc… je n’en attends rien sinon de comprendre…cela se rapproche du « point de vue de l’histoire » de Carlo Ginzburg, ce qu’il recherche dans ses reconstitutions c’est la compréhension d’un trauma auquel il a pensé dans son enfance comme s’il y avait été étranger, la conscience qu’il y a un noyau de vérité dans tout cela et le refus d’aller jusqu’au bout du post modernisme qui est un négationnisme. Oui cela s’est passé et je dois continuer à racler l’histoire jusqu’à l’os.

 

Danielle Bleitrach

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