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En Russie, le débat se poursuit sur les purges de Staline alors qu’en France il est déjà jugé

 

25 Décembre 2017

 Le fantôme de Staline par Fédorovski

 

A gauche le pin dont nous avons fait état dans notre livre : 1917-2017, Staline un tyran sanguinaire ou un héros national (Delga) qui montre Poutine sur fond de l’URSS avec une faucille et un marteau et en slogan: le plan avance. L’idée étant bien sur que le but de Poutine est de recréer l’URSS, ce que certains Russes croient. Notre livre pour ceux qui l’ont lu ne prétend en aucun ca apporter des réponses définitives mais il cherche d’abord à vaincre chez nos compatriotes, qui croient toujours tout savoir, l’illusion d’un savoir immédiat.

 

Si tout le monde est d’accord en Russie sur le rôle positif de Staline dans la construction d’une nation multiethnique, dans la modernisation du pays et sur son rôle dans la deuxième guerre mondiale, il reste un point qui est l’objet de controverses, à savoir la répression des années trente. Je dois dire que j’en suis là également et si je peux comprendre que dans le contexte il y ait eu des excès et même des crimes, je ne sais toujours pas la réalité du phénomène.

 

Récemment le chef des services de sécurité russes (FSB), Alexandre Bortnikov, a fait une déclaration concernant ces purges massives de Staline dans les années trente.

 

Dans une interview accordée la semaine dernière au quotidien Rossiiskaya Gazeta, Alexandre Bortnikov avait déclaré que les archives mettaient en évidence qu’une « part significative » des dossiers criminels de cette époque « avaient objectivement un aspect » criminel. Sans vouloir « blanchir qui que ce soit », le chef du FSB avait dénoncé en particulier les « liens existant entre des conspirateurs de coup d’Etat et des agences de sécurité étrangères ».(1)

 

Cette interview avait été donnée à l’occasion du centième anniversaire de la Tchéka, la première police secrète du pouvoir soviétique.

 

En France, nous n’avons rien su du contenu de cet interview, des arguments de celui qui a effectivement à sa disposition d’importantes archives, dans les rares quotidiens et sites qui ont fait état de ce débat, il a été bien sur insisté sur le FSB successeur du KGB et de la Tcheka, le tout de sinistre mémoire.

 

Mais qu’en est-il des faits?

 

Alexandre Bortnikov fait partie du « clan de saint Petersbourg et est considéré comme un « libéral », un proche du très impopulaire Medvedev, premier ministre, l’homme des olicarques,  pas un nationaliste se référant à Staline, mais pas un mot là-dessus.  Pour la presse occidentale, il  est le successeur du KGB et de  la Tcheka et rien de plus. Comme jamais il n’est dit à propos de la réaction d’une trentaine de membres de l’académie des sciences qui sont -ils? quelles sont leurs spécialités ?  Nous ignorerons de même le nombre général d’académiciens (2). Il faut noter la présence de bons nombres d’académiciens dans l’aéropage convoqué par le KPRF à propos de la célébration d’Octobre et dont les opinions allaient dans un sens inverse. Qui sont le 1% des académiciens qui protestent? Des « libéraux » très minoritaires?

 

Et d’où parle Alexandre Bortnikov? Il connait les archives certes mais pourquoi cette intervention dans une période de célébration de la Révolution d’octobre dont le pouvoir ne savait visiblement que faire?

 

Il est des accointances chez les monarchistes ou chez les nationalistes nettement plus préoccupantes que l’affirmation de la sympathie de Poutine pour Staline. A partir d’une déclaration comme celle d’Alexandre Bortnikov, l’église orthodoxe et certains ultra nationationalistes (grands russes comme Soljenitsyne) peuvent retrouver le vieil antisémitisme et même le faux tsariste: le pacte des sages de Sion pour mettre en cause « un complot juif pour dominer le monde », on l’a vu récemment avec leur proposition de voir dans l’assassinat de Nicolas II et sa famille un crime rituel judéobolchevique. Comme dans la tentative d’isoler la présence juive autour de la figure détestée de Trotski dans une vision ouvertement antisémite.  Si Poutine est réputé être un philosémite et représenté avec la kippa, il en est pas de même des forces réactionnaires les plus anticommunistes qui le soutiennent mais aussi jouent sa déstabilisation. Donc que signifie l’intervention d’Alexandre Bortinikov et quel est son rôle exact.

 

On mesure la complexité du débat et la nécessité de voir qui est qui et au nom de quoi il parle… dans une société qui massivement considère que l’Union soviétique a été une période privilégiée de son histoire, même si l’Union soviétique ne saurait se résumer à Staline, époque dans laquelle personne n’a vécu, mais qui a assuré la pérennité du socialisme et de l’amitié entre les peuples et qui dont historiquement bénéficie d’une image favorable. La majorité de la société russe, en outre, vomit ce qui lui a été imposé sous couvert de démocratie à l’occidentale.

 

Personne ne songe à contextualiser, ici en France, la seule loi est celle de leur propagande « antitotalitaire » qui finit par orchestrer la répression des communistes en appuyant les anciens nazis partout dans ce qui fut le socialisme européen et à transformer Poutine en héritier de Staline, c’est-à-dire aller jusqu’à incohérence totale d’en faire un nouvel Hitler. ce que cette fois aucun russe ne peut comprendre.

 

A propos de cette intervention de Alexandre Bortnikov, nous saurons simplement que dans une lettre ouverte publiée sur le site internet du quotidien Kommersant, plus d’une trentaine de membres de l’Académie des Sciences redoutent qu’une « révision » du rôle de la police secrète de Staline soit intentionnelle et invitent l’opinion publique à se joindre à leurs protestations, mais leur protestation semblent mêler les deux cent mille  morts attribués à cette répression des années trente à celles de la guerre civile et à celles de la deuxième guerre mondiale, ce qui finit par atteindre le total de 20 millions de morts et plus.

 

Vladimir Fedorovski qui dans un flot de ragots et d’auto justifications reste sincèrement russe, a souligné la manière dont Poutine était un admirateur de Staline et s’insurgeait contre les caricatures qui avaient été faites de lui, lie cette réhabilitation de Staline au courant patriotique qui voit dans la manière d’assumer la totalité de l’histoire russe la meilleure chance de résister aux manœuvres continuelles des occidentaux pour diviser le pays. En revanche les « libéraux » qui veulent se rapprocher des occidentaux insistent sur les « crimes » de Staline et du communisme d’une manière proche de la nôtre. Ils sont nettement minoritaires dans l’opinion publique non seulement chez les communistes mais chez  ceux qui se rallient à Poutine, disons pour des raisons « gaulliennes ». Encore que ce qui concerne les soutiens de ce dernier, ils excédent nettement le parti Russie unie , de plus en plus impopulaire. Ce dont Poutine a du tenir compte dans la présentation de sa candidature en quelque sorte au-dessus des partis.

 

Le soutien apporté à Poutine est réel, parce qu’il symbolise la résistance à l’occident, et à ce titre la référence de ce dernier aux grands défenseurs de la patrie que sont Staline mais aussi Ivan le terrible (dont Poutine vient de déclarer qu’il n’a pas assassiné son fils) correspondent à un état d’esprit de plus en plus convaincu de l’hostilité de l’occident. A ce titre, il attire une part de ceux qui voteraient pour le KPRF comme le Kremlin provoque la création de partis communistes qu’il gère directement.

 

En outre, il faut également considérer que les votes sont préfabriqués dans bien des endroits, en sont victimes essentiellement les communistes qui sont la première force d’opposition au pouvoir en place et qui subissent une véritable répression. Mais ce n’est certainement pas sur Staline et sur ses mérites que réside l’opposition, c’est sur le rôle des oligarques et la manière dont ils saignent la Russie et sont de fait des agents occidentaux. Là encore si le parti communiste ne rentre pas dans ces démonstrations, les ultra-nationalistes (3) désignent les oligarques comme étant des juifs et tout ce qui arrive à la Russie comme étant les crimes juifs. Une tendance qui est nettement moins développée qu’en Ukraine ou en Pologne, mais qui existe.

 

C’est dire si la trentaine de protestataires probablement proches de la minorité « libérale », chérie de l’occident, ou inquiets pour d’autres raisons que l’on peut partager, ne sont pas la voix d’un peuple indignée ou d’une science compétente sur la question.

 

Bref cette « nouvelle » de la vertueuse protestation des académiciens face aux propos du chef de FSB, hypothètique successeur de la tcheka, relève de l’habituel enfumage et ne nous fait pas avancer d’un iota sur la question.

 

Danielle Bleitrach

 

(1) Dans sa très importante préface aux « Guerres de Staline » GEOFFREY ROBERTS publié chez Delga, Annie Lacroix Riz fait référence elle aussi aux archives dans le même sens, en particulier en ce qui concerne l’armée.

 

(2) L’Académie des sciences de Russie (ASR; en russe : Российская академия наук, РАН, littéralement Académie russienne des sciences) est une organisation qui regroupe des instituts scientifiques et savants situés dans toute la Fédération de Russie. Être élu membre de cette académie est un honneur. Au temps de l’Union soviétique, elle était connue sous le nom d’Académie des sciences d’URSS. Le président actuel de l’ASR est le physicien Alexandre Sergueïev (en) depuis le 27 septembre 2017

Il y a deux niveaux d’adhésion à l’académie des sciences: membre à part entière ou académicien, le plus haut niveau, et membre correspondant. Ces membres doivent être citoyens de la Fédération de Russie au moment de leur élection (certains membres non-russes élus durant l’ère soviétique y sont toujours). En décembre 2017, il y avait 903 académiciens et 1123 correspondants.

Il existe de plus la catégorie des membres étrangers (494 membres)

 

(3) Le nationaliste Jirinowski qui est de père juif et qui s’appelle Eidelstein (il a pris le nom de sa mère) joue moins sur cette corde, il est nettement dépassé là-dessus par l’église orthodoxe, les grands russes à la mode Soljenitsyne (le héros de la liberté et le dénonciateur du Goulag de l’occident), et même des rouge-bruns qui se disent communistes. Ils ne représentent pas grand chose à eux tous, mais ils tentent de réveiller l’antisémitisme ancestral.