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Soutiens à la filière bois : des milliards d’euros en fumée ?

 

La stratégie française de subventions à la construction en bois se heurte à de nouvelles critiques, notamment sur la valeur écologique du matériau.

En France, où la forêt est domaniale à 10% et propriété d’autres collectivités publiques pour 15%, l’intervention de l’État est tout sauf neuve. Le Grenelle de l’Environnement, il y a dix ans, mettait la forêt au centre des enjeux du réchauffement climatique, favorisant à la fois le bois pour le bâtiment et en tant qu’énergie. Après les dommages subis par les forêts du sud-ouest en 2009 (eux-mêmes rappelant la catastrophe de la grande tempête de 1999), les aides ne se sont guère ralenties pour cette filière qui joue de l’image d’un secteur à la fois écologique et en difficultés.

 

En 2015, dans un rapport sur la filière bois, la Cour des comptes s’étonnait pourtant de l’importance des soutiens apportés à cette filière et notait en même temps que « la gouvernance actuelle de la filière ne permet pas d’apporter une cohérence à ces soutiens dispersés. » Pourtant un programme national de la forêt et du bois voté en même temps que la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt a été lancé par le ministre Stéphane Le Foll en 2017, visant à augmenter la production de bois et surtout à augmenter son usage dans la construction, que ce soit dans le secteur public ou privé.

 

L’augmentation de la commande publique est un des ressorts de cette action. Le programme prévoit une augmentation de la consommation de bois énergie d’ici 2023, avec un potentiel de 203 millions de tonnes équivalent pétrole (Tep) d’ici une dizaine d’années. Le programme d’aide triple quasiment : 28 millions d’euros par an d’aides à travers le fonds stratégique d’investissement pour le bois, 82 autres millions annuels devant être fournis par d’autres investisseurs institutionnels pour moderniser la filière bois. Plus récemment, juste avant l’élection présidentielle, Emmanuelle Cosse, alors ministre du logement, avait lancé avec les acteurs de la filière une Alliance nationale pour la construction et la rénovation (ministère, associations de la région Ile-de-France, acteurs de la filière bois) pour favoriser l’emploi du bois dans la construction. L’Alliance regroupe l’ensemble des contrats de la filière (30 millions d’euros de soutiens publics) et le plan national de bois-construction 2017-2020 (40 autres millions) ; celui-ci doit favoriser l’investissement dans les entreprises du bois de construction et permettre de lever des « freins culturels » à son usage. Il est maintenant envisagé pour des bâtiments de plus de dix étages. L’État s’engage donc fortement dans cette direction, en s’appuyant sur des justifications économiques et écologiques.

 

Or, toutes ces aides et ces soutiens par l’argent public reposent sur le postulat qu’il faut développer la forêt française et utiliser au maximum un matériau de construction présenté comme local, durable, recyclable, confortable, naturel, absorbant beaucoup carbone, etc. De fait, toute cette argumentation repose sur un découpage habile qui ne présente qu’une partie du cycle de vie et d’usage du bois.

 

Ainsi, si l’on considère que le bois ne se contente pas de croître en absorbant du CO2, mais qu’il faut, une fois abattu, le scier, le raboter, le transporter et, qu’un jour où l’autre, il brûlera, se décomposera ou deviendra un déchet, tout change. Ce matériau consomme de l’énergie et des combustibles, ce qui alourdit considérablement son bilan carbone. Par ailleurs, les transports (de la forêt à la scierie et de la scierie au chantier) le rendent beaucoup moins « local » et économe qu’on le présente habituellement. N’oublions pas qu’en France, pays pourtant couvert au tiers de bois, et dont la forêt a doublé de surface depuis 150 ans, le bois de sciage provient à 60% de l’étranger (Russie, Scandinavie, Finlande, etc.) creusant le déficit de notre balance commerciale, tout en représentant un coût écologique en CO2 non négligeable (par exemple : 250 kg CO2 par tonne de bois transportée depuis la Finlande en moyenne (selon l’ADEME). Ce paradoxe tient au fait que notre forêt est déjà exploitée à 54% et non exploitable à 30 %, ce qui implique qu’au-delà des 16% encore utilisables (selon l’enquête annuelle de l’Agreste, le rapport PIPAME), il faudra de toute façon recourir à l’importation.

 

Bien d’autres qualités supposées du bois sont aussi contestées, notamment sa résistance au feu qui, au-delà de 250 ou 300°C, température à laquelle il s’enflamme, présente une bien moindre résistance et des risques que les matériaux minéraux ne présentent pas. Peu durable « au naturel » car sensible à l’eau, aux insectes et aux champignons, régulant mal l’humidité, demandant un entretien assez lourd, il exige de surcroît l’adjonction de films plastiques, adhésifs, colles, ossatures de vis et clous, traitements préventifs fongicides et insecticides, des parois supplémentaires isolantes...

 

Le bois est, en fait, un matériau exigeant et moins écologique qu’on veut bien le croire. Ce sont autant de coûts indirects financiers et écologiques. L’ensemble fait ressortir un bilan carbone global du matériau moins éblouissant. Une évaluation objective de ce qu’implique réellement et concrètement l’usage du bois en construction s’oppose ainsi aux arguments de certains lobbies, pratiquant sans retenue des formes de « greenwashing », soit l’art de présenter comme écologique et positif tout ce qui est en réalité uniquement favorable à certains intérêts économiques.

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