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Le monde d’hier … et celui d’aujourd’hui

Le monde d’hier … et celui d’aujourd’hui

 

16 Avril 2018

Résultat de recherche d'images pour "stefan Zweig le monde d'hier et d'aujourd'hui"« Le monde d’hier », est la biographie testament de Stephen Zweig. Rédigé en 1941, aux heures les plus sombres du siècle et alors que Stephen Zweig, exilé au Brésil, avait déjà décidé de mettre fin à ses jours, il a été réédité l’an passé, avec une nouvelle traduction de Serge Niemetz.

 

Stephen Zweig nous y propose un témoignage bouleversant sur les transformations inouïes qui mènent le monde insouciant et stable de l’avant 14 à trentes années de guerres et de révolutions, et le verront lui, traverser toutes les turpitudes du destin :

« Mais, nous, qui à soixante ans pourrions légitimement avoir encore un peu de temps devant nous, qu’avons nous pas vu, pas souffert, pas vécu ? (…) A moi seul, j’ai été le contemporain des deux plus grandes guerres qu’ait connu l’humanité, et je les ai même vécues sur deux fronts différents : la première sur le front allemand, la seconde sur le front opposé. J’ai vécu dans l’avant-guerre la forme et le degré les plus élevés de la liberté individuelle et, depuis, le pire état d’abaissement qu’elle eût subi depuis des siècles, j’ai été fêté et proscrit, j’ai été libre et aservi, riche et pauvre. Tous les chevaux livides de l’Apocalypse se sont rués à travers mon existence : révolution et famine, dévalorisation de la monnaie et terreur, épidémie et émigration. »

Commenter l’actualité de cet ouvrage magnifique mérite largement plusieurs articles. Parler du bouleversement du monde, apporter un témoignage précis et de première main sur la nature du fascisme, évoquer la profonde différence entre la première et la seconde guerre mondiale. Il faudrait un article complet sur l’histoire des juifs d’Europe, sur leur place dans la société d’avant-guerre, et sur l’inimaginable tragédie du nazisme.

 

Actualité oblige, le point de départ que je voudrais aborder aujourd’hui est le déclenchement de la première guerre mondiale. Après une semaine de tensions internationales, qui nous ont approchées d’une guerre ouverte entre les USA et la Russie, la question de la guerre mondiale se pose avec une acuité qui paraissait jusqu’ici inimaginable.

 

Après mon article précédent, consacré à Jaurès, avocat infatigable de la paix, et qui, dès la fin du 19ème siècle, était conscient, avertissait et appelait à s’opposer au risque de la grande tragédie, je voudrais, en m’appuyant sur le témoignage de Zweig, revenir sur le déclenchement de la guerre, ses raisons profondes, ses préparatifs, et sa mécanique inexorable.

 

La guerre mondiale ne vient pas comme un coup de tonnerre dans un ciel d’azur. Les alertes, que Jaurès n’est pas le seul à lancer, le montrent bien.   Pourtant, la période qui précède la guerre n’a pas totalement volé son nom de « belle époque », en tous cas pour la bourgeoisie européenne, qui vit effectivement une sorte d’âge d’or, et, selon Zweig, cette exubérance européenne n’est pas sans rapport avec la violence inouie qui va se déchainer :

« Quarante années de paix avait fortifié l’organisme économique des pays, la technique avait accéléré le rythme de l’existence, les découvertes scientifiques avaient empli de fierté l’esprit de cette génération ; un essor commençait, qui se faisait presque également sentir dans tous les pays de notre Europe. Les villes devenaient plus belles et plus populeuses d’année en année, le Berlin de 1905 ne ressemblait plus à celui que j’avais connu en 1901, (…). Chaque fois que l’on revenait à Vienne, à Milan, à Paris, à Londres, à Amsterdam, on était étonné et comblé de joie. Les rues se faisaient plus larges, plus fastueuses, les batiments publics plus imposants, les magasins étaient plus luxueux et aménagés avec plus de goût. (…) Même nous, les écrivains, le remarquions à nos tirages, qui, en ce seul espace de dix années, avaient triplé, quintuplé, décuplé. »

Ce puissant développement économique, cette « vague tonique de force », fait pourtant planer de sombres nuages, et la description de Zweig rejoint les thématiques de Jaurès. Les puissances capitalistes qui se développent sont concurrentes, et déjà en partie ennemies les unes des autres :

La tempête de fierté et de confiance qui soufflait alors sur l’Europe charriait aussi des nuages. (…) La France regorgeait de richesses. Mais elle en voulait davantage encore, elle voulait encore une colonie, bien qu’elle n’eût pas assez d’hommes, et de loin, pour peupler les anciennes ; pour le Maroc, on faillit en venir à la guerre. L’Italie voulait la Cyrénaïque, l’Autriche annexait la Bosnie. La Serbie et la Bulgarie se lançaient contre la Turquie, et l’Allemagne, encore tenue à l’écart, serrait déjà les poings pour porter un coup furieux. Partout, le sang montait à la tête des états, y portant la congestion.

Le fer de lance de ces appétits, c’était la grande industrie.

« Les industriels français, qui gagnaient gros, menaient une campagne  de haine contre les Allemands, qui s’engraissaient de leur côté, parce que les uns et les autres voulaient livrer plus de canons – les Krupp et les Schneider du Creusot. Les compagnies de  navigation hambourgeoises, avec leurs dividendes formidables, travaillaient contre celles de Southampton, les paysans hongrois contre les serbes, les grands trusts les uns contre les autres ; la conjoncture les avait tous rendus enragés de gagner toujours plus dans leur concurrence sauvage. (…) »

Et le vecteur majeur de développement de la grande industrie, ce fût rapidement l’industrie d’armement. Alors, pour défendre ses intérêts, la grande industrie nourrissait le nationalisme :

« En Autriche, nous nous sentions tout particulièrement au coeur de la zone de turbulence. (…) A l’intérieur, les pressions, poussant les nationalités les unes contre les autres allaient croissant. A dehors, l’Italie, la Serbie, la Roumanie et, en un certain sens l’Allemagne, attendaient pour se partager l’Empire. La guerre des Balkans, où Krupp et les Schneider du Creusot faisaient l’essai de leur canon respectifs sur un « matériel humain » étranger, comme plus tard, les Allemands et les Italiens devaient faire l’essai de leurs avions au cours de la guerre civile d’Espagne nous entrainait de plus en plus dans le courant de la cataracte.

Dans le capitalisme moderne, le développement de l’industrie d’armement, le développement de l’arsenal de guerre des plus grandes puissances, le « réarmement » est un signal clair de la préparation de la guerre. Dans les phases de crises économiques, le réarmement est d’abord un outil de relance de la production. Les commandes militaires sont des commandes d’état. Elle peuvent être financées par l’emprunt, l’impôt ou diverses formes de « cavalerie budgétaire ». Les commandes militaires font tourner les secteurs les plus capitalistiques, les industries de pointe et la technologie, car il faut sans cesse améliorer la performance, la grande industrie, car il faut produire en quantité, et les industries de bases : acièries, chimie, …

 

Au dela d’un certain stade, toutefois, l’industrie ne peut se satisfaire de la simple constitution d’un stock d’armes inutilisées. D’abord, comme le signale Zweig, il convient de tester le matériel le plus innovant sur de véritables opérations militaires. « Combat proven », comme dit Serge Dassault en parlant de l’avion Rafale.

 

Ensuite, pour véritablement générer une intense activité, il est préférable que les munitions soient utilisées, plutôt qu’attendre dans des entrepot leur date limite de validité.

 

Par exemple, entre 1905 et 1913, les budgets des marines de guerre des principales puissances évoluent de la manière suivante (source Wikipedia) :

 

  • Allemagne : de 231 Millions de Goldmarks à 467
  • Autriche – Hongrie : 97 Millions de Goldmarks à 155
  • France : 254 Millions de Goldmarks à 412
  • Grande Bretagne : 676 Millions de Goldmarks à 945
  • Japon : 49 Millions de Goldmarks à 203
  • Italie : 106 Millions de Goldmarks à 205
  • Russie : 252 Millions de Goldmarks à 498
  • USA : 467 Millions de Goldmarks à 595.

De même, entre 1932 et 1939, le budget militaire allemand sera multiplié par plus de 40 (correction faite de l’inflation) (source Wikipedia).

 

Franck Marsal

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