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L’intervention du Royaume-Uni en Russie pendant la Première Guerre mondiale

L’intervention du Royaume-Uni en Russie pendant la Première Guerre mondiale

 


Par Nikolai Gorchkov – Le 5 avril 2018 – Source Sputnik

 

L’intervention militaire britannique en Russie de 1918-1919 était illégale et indéfendable, révèlent des documents du gouvernement britannique des Archives nationales. À cause d’elle, l’opinion publique russe à l’égard de la Grande-Bretagne est passée d’amicale à hostile.

 

En mars 1918, le gouvernement bolchévique a signé un traité de paix avec l’Allemagne, comme il l’avait promis à son peuple, épuisé par quatre années de guerre aussi dévastatrice qu’absurde. C’est l’aspiration générale à la paix qui a déclenché la Révolution russe. L’armée russe, exsangue, ne pouvait tout simplement pas continuer à se battre. La Grande-Bretagne et la France ont immédiatement accusé la Russie de trahir la cause alliée et ont envoyé leurs troupes. Sous prétexte de « solidarité », comme aujourd’hui, une douzaine d’alliés, des Anglais et des Français ont participé à l’intervention armée en Russie. L’excuse officielle était de protéger le front de l’est contre l’Allemagne et d’empêcher le matériel de guerre russe de tomber aux mains des Allemands.

 

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Voir la carte des interventions militaires étrangères en Russie en 1918-1919.

 

En réalité, les Britanniques, les Français, les Américains, les Japonais et bien d’autres se sont battus contre la population locale en se livrant à des « frasques »  et en se « comportant avec arrogance » selon les documents du gouvernement britannique.

 

Nul ne s’est penché sur la légalité, au regard du droit international, de cette intervention avant 1972, date à laquelle le gouvernement britannique ne sachant comment se sortir d’un différend avec Moscou au sujet de leurs dettes mutuelles, a demandé l’expertise d’une conseillère juridique du Foreign Office, Eileen Denza. Sa réponse a été si accablante pour Londres qu’elle a été gardée secrète pendant longtemps.

 

« À mon avis, il n’y a aucune justification légale aux principales opérations d’intervention des forces britanniques » a écrit Mme Denza dans son papier. « Je n’ai pas non plus eu l’impression, à partir (…) des recherches effectuées dans des sources comme les archives du ministère des Affaires étrangères et les documents du Cabinet que les aspects juridiques de la question aient été pris en considération à l’époque par ceux qui étaient à Londres ou par les commandants de l’armée qui trouvaient alors en Russie. »

 

Mme Denza avait cherché un moyen de  défendre l’intervention britannique, mais elle n’a pas trouvé d’argument convaincant.

 

Argument 1.  Certaines opérations d’intervention ont eu lieu à l’invitation d’un gouvernement russe que la Grande-Bretagne avait reconnu de facto.

 

Cet argument, selon Mme Denza, pouvait couvrir l’intervention en Estonie [que la Grande-Bretagne a aidée à se détacher de la Russie – NG] mais pas les autres occasions où les troupes britanniques se sont invitées en Russie. La Grande-Bretagne a bien reconnu le gouvernement provisoire russe après le renversement du Tsar en mars 1917 mais après qu’il a lui-même été renversé par les bolcheviks en novembre, la Grande-Bretagne n’a donné aucun signe qu’elle continuait à le reconnaître. La preuve, c’est que lorsque son premier ministre Kerensky est venu en visite plus tard en Grande-Bretagne, il a été traité comme un réfugié et non comme le Premier ministre d’un gouvernement en exil ou d’un gouvernement que Londres reconnaissait de facto.

 

« Nous avons fait des affaires avec les bolcheviks » a rappelé Mme Denza au gouvernement britannique. « Nous avons maintenu les relations consulaires jusqu’à bien après le début de l’intervention et l’envoyé du Premier ministre, Bruce Lockhart, s’est vu (…) accorder des privilèges et des immunités diplomatiques [dont il a abusé – NG]. »

 

Au début, Lockhart s’est donné beaucoup de mal pour que les bolcheviks demandent aux Alliés d’intervenir, mais, quand il a échoué, il a conseillé au gouvernement britannique d’intervenir quand même. Il a commencé à comploter pour renverser les bolcheviks et il a fait de son mieux pour persuader le président américain Woodrow Wilson, qui était réticent, de soutenir l’intervention britannique et japonaise dans le nord et la partie la plus à l’est de la Russie.

 

Argument 2. L’intervention visait à protéger la vie et les biens des Britanniques.

 

Il n’y avait pas de véritable communauté britannique en Russie.

 

« La question de la défense des biens britanniques n’a jamais été soulevée, ni mise en avant à aucun moment », écrit la conseillère juridique du Foreign Office (FCO) « … et il a toujours été bien compris que c’est l’intervention qui a conduit les bolcheviks (qui au début étaient des amis de la Grande-Bretagne) à prendre des mesures beaucoup plus extrêmes contre les biens en général et à décider qu’aucune compensation ne serait jamais versée aux Alliés pour leurs biens expropriés, car c’est la situation causée par les pressions extérieures et l’intervention des Alliés qui a rendu nécessaire la saisie de biens étrangers à une telle échelle. »

 

Argument 3. L’intervention se justifiait car elle était un acte de nécessité militaire ou d’autodéfense, afin de protéger la position militaire alliée à l’est, après le retrait de la Russie de la guerre à la suite du traité de paix de Brest-Litovsk signé avec l’Allemagne en mars 1918.

 

À l’époque, la Grande-Bretagne a affirmé encore et encore au public que le motif de l’intervention était entièrement lié à la conduite de la guerre et qu’il n’y avait aucune intention d’intervenir dans les affaires intérieures de la Russie. Cependant, une fois arrivées en Russie, les forces britanniques et les autres forces alliées « ne se sont pas limitées à couper l’approvisionnement des Allemands », a écrit Mme Denza. « Elles ne se sont pas contentées de soutenir des factions qui avaient clairement déclaré qu’une fois au pouvoir, elles ramèneraient la Russie dans la guerre. »

 

« Dans l’ensemble, les commandants sur le terrain semblent s’être livrés à leurs propres frasques sans grande coordination politique. » [Ces « frasques » incluaient tuer les habitants à la baïonnette et forcer les artilleurs russes capturés à retourner leurs canons contre leurs compatriotes, selon les registres de combat des commandants britanniques qui sont aux Archives nationales – NG].

 

 

Lorsque l’intervention à grande échelle a commencé à l’été 1918, la Grande-Bretagne a retiré sa mission diplomatique et consulaire embryonnaire de Russie [reconnaissant par là qu’il s’agissait d’une invasion plutôt que d’une intervention – NG].

 

« Plus important encore, écrit Mme Denza, l’intervention n’a pas cessé avec la reddition de l’Allemagne en novembre 1918. En effet, la situation militaire qui aurait pu justifier l’intervention et qui avait peut-être existé pendant les nombreux mois d’élaboration et de discussion des plans d’intervention, a pratiquement cessé d’exister très peu de temps après que nos troupes sont entrées [en Russie – NG] en nombre substantiel. [peu avant l’Armistice – NG]

 

Dans l’ensemble, a conclu la conseillère juridique du FCO l’analyse de l’intervention des Britanniques et des Alliés en Russie fait ressortir ‘un tableau tout à fait accablant’. »

 

« L’effet immédiat de l’intervention a été de prolonger une guerre civile meurtrière, a écrit l’historien américain James W Loewen, ce qui a coûté des milliers de vies supplémentaires et causé d’énormes destructions dans une société déjà meurtrie. »

 

Lors des négociations sur la dette anglo-soviétique en 1972-1973, ces destructions ont été estimées à un montant de deux et quatre milliards de livres sterling.

 

Les documents du gouvernement britannique de l’époque font état de discussions frénétiques à Whitehall sur la façon d’éviter d’avoir à reconnaître la moindre responsabilité pour les dommages causés par l’intervention illégale. Comme on le lit dans une note :

 

« Je pense qu’il est inévitable que les Russes soulèvent la question de la légalité de l’intervention en réponse à ce que le gouvernement de Sa Majesté décide de faire. » [par exemple, confisquer l’or russe détenu par la Grande-Bretagne en paiement de la dette russe – NG].

Dans ce cas, nous devrons :

 

a) Éviter d’admettre l’illégalité de l’intervention (ce qui serait inacceptable).

 

b) Éviter de discuter de la légalité et de la moralité de notre intervention (Mme Denza, dans sa minute du 28 juillet, a montré que nous ne pouvions pas l’emporter sur ce point) et par conséquent, il nous faudra :

 

c) Réduire au minimum la couverture médiatique défavorable.

 

Couverture médiatique ou pas, l’intervention a engendré des sentiments très défavorables à la Grande-Bretagne en Russie soviétique.

 

En 1921, un comité parlementaire britannique a produit un rapport dont un paragraphe manifeste une certaine lucidité :

 

« Il est démontré que jusqu’à l’époque de l’intervention militaire, la majorité des intellectuels russes étaient bien disposés envers les alliés et plus particulièrement envers la Grande-Bretagne mais qu’ensuite l’attitude du peuple russe envers les alliés s’est caractérisée par de l’indifférence, de la méfiance et de l’antipathie. » [Rapport (politique et économique) du Comité chargé de recueillir des informations sur la Russie (Russie (n° 1), 1921, Cmd. 1240].

 

L’historien américain William Henry Chamberlin, correspondant à Moscou du Christian Science Monitor dans les années 1920-1930, a écrit que l’intervention avait « empoisonné à jamais les relations Est-Ouest, contribué de manière significative à la Seconde Guerre mondiale et à la guerre froide qui a suivi, et inscrit dans les esprits des réflexes de suspicion et de haine réciproques susceptibles d’engendrer des catastrophes encore plus graves dans les temps futurs ».

 

Dieu fasse que sa prophétie ne se réalise pas…

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