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Les camarades belges saluent : France : le printemps social est sur les rails

Les camarades belges saluent : France : le printemps social est sur les rails

 
13 Avril 2018
Cet air de liberté qui donne aux peuples le vertige…
 
Photo Cyrille Graslin/CGT
Photo Cyrille Graslin/CGT
13 Avril 2018
Jonathan Lefèvre
 

Cheminots, éboueurs, pilotes d’Air France, électriciens, étudiants… Chaque semaine, un nouveau secteur semble se joindre à un mouvement social grandissant… Il se passe quelque chose chez nos voisins, qui concerne tous les travailleurs européens.

 

Certains médias français font des journées entières de direct pour donner la parole aux navetteurs en colère. Qui ne le sont pas tant que ça finalement. Chaque jour depuis des semaines, les quotidiens affichent en Une des travailleurs en lutte. Ou alors un membre du gouvernement en difficulté, quand ce n’est pas le président lui-même. Que se passe-t-il donc en France, et quelle est l’importance de ce mouvement dont on ne mesure parfois bien l’ampleur, tant ses contours sont flous ? Tentative de décryptage.

 

« Les transformations profondes ont commencé et se poursuivront avec la même force, le même rythme, la même intensité pour l’année 2018. » Au moment d’adresser ses vœux pour la nouvelle année, le président français Emmanuel Macron (En Marche) annonçait son intention de poursuivre avec la même méthode : aller vite, « réformer », passer en force. Un président en marche qui est passé au pas de course, pour tout casser, y compris et surtout les acquis sociaux…

 

La SNCF, tout un symbole

 

« La réforme de la SNCF est hautement symbolique pour le président, onze mois après son élection. Emmanuel Macron, qui ambitionne de relancer l’Europe, veut montrer que l’Hexagone entreprend les réformes de structures exigées par l’UE. La rigueur budgétaire doit être gage de bonne volonté pour obtenir le soutien de l’Allemagne à une refondation qu’il a appelée de ses vœux lors du discours de la Sorbonne en septembre dernier », pouvait-on lire dans « Le Soir » il y a quelques jours.1

 

A la Sorbonne, le président français a annoncé vouloir renforcer la gouvernance européenne et envisage même d’instaurer un gouvernement de la zone euro. Cela voudra sans doute dire plus d’austérité, plus de libéralisations et plus de privatisations. Mais Angela Merkel ne voudra pas transférer plus de pouvoir à la Commission européenne si la France ne va pas d’abord dans le sens du modèle allemand. Sur ce point, Macron et Merkel concordent : l’Europe libérale passe aussi par la destruction des services publics en France.

 

L’ex (?) banquier de Rotschild n’a eu de cesse d’aller plus loin dans la casse du Code du travail (Loi Travail déjà menée lorsqu’il n’était « que » ministre, puis Loi Travail XXL une fois à l’Elysée), mépris des organisations syndicales, de la démocratie (recours aux ordonnances, c’est à dire au passage en force sans discussions à l’Assemblée nationale, même quand il a une opinion publique majoritairement contre lui, envoi de CRS pour casser les occupations d’universités, pour s’en prendre très violemment aux occupants de Notre-dame-des-Landes (voir plus loin)), etc.

Et ce sont les cheminots et les usagers du rail qui en font maintenant les frais. Il veut faire de la SNCF un exemple.

 

Les cheminots, bastion ouvrier européen

 

Pourquoi la SNCF ? Les cheminots ont un taux de syndicalisation beaucoup plus élevé que dans les autres secteurs. Si le rail compte entre 20 et 25 % de travailleurs syndiqués, la moyenne nationale est de 7 à 8 %. Historiquement, la sympathie pour les cheminots est grande. Leur combativité lors du mouvement de 1936 qui allait déboucher sur les congés payés, la participation à la résistance, à Mai 68, etc. fait que le rail est un secteur cher au cœur de nombreux Français. Malgré un matraquage médiatique de la part des éditorialistes professionnels de l’establishment (« les cheminots sont privilégiés », « ils prennent le pays en otage », « refuser les réformes c’est du conservatisme », etc.), la moitié de la population soutient le mouvement. Ce qui est remarquable dans une grève d’une telle ampleur (grève « intermittente », deux jours de grève, trois jours de travail, jusque fin juin). Ce soutient se marque aussi financièrement. Une réclote de fonds organisée via Internet a déjà recueilli plus de 700 000 euros en trois semaines… Une nécessité pour les syndicats dont les caisses de grève ne sont pas aussi fournies que les caisses des grandes entreprises que défendent Macron et son gouvernement…

 

(Lire plus sur la réforme de la SNCF ici)

 

Le mouvement des cheminots français est important pour tout le continent. La « bataille du rail » est un enjeu européen. Partout, les chemins de fer qui ne le sont pas encore doivent être privatisés ou du moins se préparer à la concurrence avec le privé. L’exemple le plus marquant est la Grande-Bretagne. Dans les années 1980, la Première ministre conservatrice Margareth Thatcher a frontalement attaqué les syndicats du rail. Le but ? Casser la locomotive de la résistance sociale britannique. Face aux attaques de l’ensemble de l’establishment local, et européen, le rail a été privatisé. Conséquence ? Les Britanniques paient leur billet de train trois à quatre fois plus cher, les problèmes s’accumulent sur le réseau et les accidents sont fréquents.

 

S’attaquer au rail, un risque pour un gouvernement…

 

Là où le rail est aux mains du privé, en partie ou entièrement, les problèmes s’accumulent autant que les minutes de retard des trains. Au Japon, par exemple, les trains sont conduits par… sept sociétés. Résultat ? La maintenance est sous-traitée à des entreprises qui emploient majoritairement des intérimaires non formés. Les accidents graves se multiplient (en 2005 par exemple, 106 passagers meurent dans un accident dans l’ouest du pays). Face à ces drames, une compagnie décide… d’arrêter l’exploitation de certaines lignes. Les usagers ? Ils prennent maintenant le car. Et aucune des sept sociétés n’a assuré le maintien des « petites » lignes en zones rurales, moins « rentables ».

 

Malheureusement pour Macron et compagnie, s’attaquer aux cheminots comporte des risques. Alain Juppé peut en témoigner. En 1995, alors qu’il veut toucher aux retraites des fonctionnaires, le Premier ministre de Jacques Chirac (droite) provoque le plus grand mouvement social depuis Mai 68. Et ne résiste pas à la pression de la rue. Il doit renoncer à son plan devant l’ampleur de la mobilisation (plus de 2 millions de personnes dans les rues en décembre). L’année suivante, la droite perd les élections législatives anticipées et Juppé doit quitter son poste.

 

Et cette fois ? Les premières journées d’action (grève, manifestations) du 22 mars ont rassemblé un peuple de gauche encore marqué par la lutte contre la loi Travail de 2016. Si la loi de la ministre El Khomri est passée, et que la suivante aussi, la mobilisation massive a laissé des traces. Des braises plutôt.

 

Sur celles-ci, un mouvement social capable d’obtenir des résultats peut-il grandir ? Il est trop tôt pour le dire. Mais la CGT, syndicat majoritaire dans le secteur, est bien préparée. « Il y a un an et demi, nous avons commencé la résistance », explique le secrétaire général de la CGT Cheminots, Laurent Brun.2 « La difficulté à laquelle on s’est heurté, c’est le fatalisme. Partout, les cheminots étaient mécontents, mais ils disaient : “On ne nous aime pas, on ne peut rien faire”. Il a fallu casser l’image d’isolement des cheminots en créant des liens avec les usagers, en provoquant des rencontres. » Pari gagné quand on voit la réaction de la moitié de la population… malgré la réaction patronale.

 

Le MEDEF, organisation patronale française, et ses alliés ont tout tenté pour décrédibiliser le mouvement. « Un peu de concurrence fait progresser les gens, la compétition fait progresser les personnes », selon son président, Pierre Gattaz.3 « Il faut bien voir que les organisations syndicales ont été créées après la guerre pour répondre à une réalité qui aujourd’hui n’existe plus », a osé la présidente du lobby patronal Ethic, Sophie de Menthon. Qui encourage le président de la SNCF à « porter plainte contre ceux qui empêchent les autres de travailler »…

 

Pas seuls sur le pavé

 

Depuis plusieurs semaines, les étudiants sont aussi en lutte. Au départ, une trentaine de facs étaient occupées pour refuser la sélection à l’université. Entretemps, beaucoup d’étudiants ont élargi leurs revendications. Ils ont déjà reçu une réponse du gouvernement : évacuation par les forces de l’ordre, avec violences en prime. Et des milices d’extrême-droite se sont jointes à la fête. (Lire ici)

 

La répression de l’État ne s’arrête pas aux amphithéâtres des universités. Les occupants de Notre-Dame-des-Landes (près de Nantes), qui se sont opposés avec succès à la construction d’un aéroport, reçoivent les félicitations des forces de l’ordre. A l’heure d’écrire ces lignes, des images de blindés au milieu de la campagne française semblent irréelles…

 

Mais revenons au mouvement social mené par les cheminots, rejoints par beaucoup d’autres secteurs.

 

Les travailleurs de la fonction publique dans son ensemble se sont aussi mis en mouvement. En intersyndicale, ils se battent contre les coupes dans les budgets publics, un gel des rémunérations, baisse des effectifs, etc. Les hôpitaux sont particulièrement touchés. En réponse aux attaques gouvernementales, les syndicats organisent une journée de mobilisation le 22 mai.

 

Dans les Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées), le mouvement a commencé dès l’année dernière. Depuis, des grèves et une journée d’action, avec les retraités, ont eu lieu. Les travailleurs du secteur, qui sont majoritairement des travailleuses, pointent depuis longtemps le sous-financement des établissements et plus généralement un désinvestissement à l’aide aux personnes agées de la part du gouvernement. Le personnel était présent le 22 mars aussi.

 

Chez Air France, la méthode lutte des cheminots a donné des idées. Un mouvement de grèves intermittentes est en cours. Le personnel réclame 6 % d’augmentation salariale. La direction daigne en accorder 1 %. Et en deux ans, encore bien. Les syndicats ont déjà déposé un nouveau préavis de grève pour ces jours-ci.

 

Vers un « printemps de lutte » ?

 

Pour les éboueurs, trop c’est trop, aussi. Ils demandent un service public national des déchets et que leur métier soit reconnu comme pénible. La méthode est ici aussi l’arrêt de travail. Les syndicats ont déjà prévenu patronat et gouvernement : on se dirige vers un « printemps de lutte »…

 

Idem chez les travailleurs de l’énergie qui, avec la Fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME-CGT), ont annoncé « trois mois de lutte pour gagner », d’avril à juin. Comme les éboueurs, les électriciens et les gaziers demandent un service public de l’électricité et du gaz. Laurent Heredia, porte-parole de la FNME-CGT : « Nous serons dans l’action avec les cheminots, les salariés de Carrefour et tous ceux qui défendent leurs droits et leurs emplois. Nous avons une préoccupation commune : la défense du service public et son renforcement au service de tous. » 4

 

« J’ai du mal à voir une convergence » des luttes a déclaré le Premier ministre Edouard Philippe au Parisien le 8 avril dernier. Réponse du politologue, membre du parti de gauche la France Insoumise (FI), Thomas Guénolé : « Craindre une convergence des luttes ? Pourquoi “craindre” ? On peut au contraire la souhaiter ! Quand des grandes grèves bloquent l’économie, le gouvernement capitule. 1919, 1936, 1953, 1968, 1995… Pas d’exception. » 5 

 

« Votre lutte est un gage d’avenir »

 

Mais la meilleure réponse viendra de la rue. Les 19 avril et 22 mai prochains, prochaines dates où des actions communes cheminots/travailleurs de la fonction publique vont manifester ensemble, rejoints par des étudiants et des travailleurs d’autres secteurs. Encore.

 

Le 22 mars, plus de 200 cheminots belges ont fait le déplacement jusque Paris pour marcher avec leurs collègues français. Des délégations d’ici se préparent déjà à participer aux actions à venir.

 

Et, comme lors de la journée de mobilisation du 22 mars, le PTB et Comac, son mouvement étudiant, seront aussi de la partie.

 

Car, comme le dit si bien le philosophe Henri Pena-Ruiz, « amis cheminots, tenez bon, car votre combat est de portée universelle. Au-delà de vos conditions de travail et de vie, qu’aucun prétexte ne doit permettre de négliger, vous défendez l’intérêt général. A rebours du dénigrement médiatique, nous sommes de plus en plus nombreux à vous soutenir, car votre mouvement est exemplaire. Vous portez l’idéal solidariste du service public. Votre lutte est un gage d’avenir. Celui d’une société qui préserve le sens du bien commun »…6

 

• 1. « Pourquoi la bataille du rail est capitale pour Macron », Le Soir, 4 avril 2018
• 2. « Les cheminots préparent leur résistance “depuis un an et demi” », L’Humanité, 7 avril 2018
• 3. « Le patronat veut faire la peau à la grève », L’Humanité, 11 avril 2018
• 4. « Les autres foyers de contestation », Libération, 4 avril 2018
• 5. « Les informés », France Info, 4 avril 2018
• 6. « C’est l’intérêt général que défendent les cheminots », Libération, 9 avril 2018

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