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Europe 2017

Publié par  El Diablo

Le RÊVE des milieux d’affaires et des dirigeants européens : un président qui ressemble à MACRON avec le programme de FILLON

Le RÊVE des milieux d’affaires et des dirigeants européens : un président qui ressemble à MACRON avec le programme de FILLON

Les milieux d’affaires et les dirigeants européens commencent a rêver secrètement d’un président qui ressemblerait à Macron mais avec le programme de François Fillon

La semaine qui vient va être déterminante pour l’avenir de François Fillon, qui reste soutenu par la majorité de ceux qui l‘avaient choisi lors de la primaire de la droite et du centre. Du coup, c’est la mobilisation générale sur le terrain, même si le dossier reste compliqué à défendre. Compliqué, difficile, et risqué…

Le soutien des dirigeants européens est aussi discret qu’il est embarrassé mais ce soutien est néanmoins réel.

Le problème est très simple. Les marchés et les dirigeants étrangers s’inquiètent du risque qu’il y aurait à voir la France tomber dans la démagogie et le populisme. Parce que trois des candidats les mieux placés - Marine Le Pen, Jean Luc Mélenchon et Benoit Hamon - sont antisystème. Ils sont tous, peu ou prou contre l’économie de marché. Contre l’Europe. Contre l’euro. Ils ne croient pas que le système capitaliste soit créateur de richesses et de progrès. Ils ne croient même plus à la valeur travail. A eux trois, ils représentent près de 60% des électeurs du premier tour. Ce qui veut dire que plus de la moitié des français qui votent sont près à voter pour un candidat antisystème.

Cette perspective de voir l’altermondialisme arriver au pouvoir ne passe pas.

Les soutiens à François Fillon sont donc plus contraints et forcés qu'enthousiastes. Chacun se rend bien compte que la part de passion, d’estime ou même d’affection souvent nécessaire dans le choix d’un candidat a, pour beaucoup, complètement disparu, reste la part du rationnel du raisonnable. Pour beaucoup, il n’y a pas d’autre choix possible face au débordement de démagogie, de la part des candidats de l’extrême gauche et de l’extrême droite.


[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS:

Les milieux d'affaires et les dirigeants européens commencent a rêver secrètement d'un président qui ressemblerait à Macron mais avec le programme de François Fillon

Les milieux d'affaires et les dirigeants européens commencent a rêver secrètement d'un président qui ressemblerait à Macron mais avec le programme de François Fillon

Le problème est très simple. Les marchés et les dirigeants étrangers s'inquiètent du risque qu'il y aurait à voir la France tomber dans la démagogie et le populisme. Parce que trois des cand...

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/milieux-affaires-et-

Publié par El Diablo

CETA : après le vote du Parlement européen, faisons échec à la ratification par le PARLEMENT FRANÇAIS

CETA : après le vote du Parlement européen, faisons échec à la ratification par le PARLEMENT FRANÇAIS

Le Parlement européen a adopté le traité de libre-échange conclu entre l’UE et le Canada (ou CETA) ce midi. 90 % de ce traité entrera en application provisoire à partir du 1er mars, sans approbation des Parlements des États membres.


La phase des ratifications nationales commence donc à partir d’aujourd’hui, et ce sont 38 parlements nationaux ou régionaux qui vont devoir se prononcer sur le traité pour qu’il soit définitivement valide dans l’ordre juridique européen.

Pour Thomas Borrell, des Amis de la Terre, « Malgré la mobilisation croissante en Europe et au Canada depuis des mois, et le déplacement de centaines de manifestants européens à Strasbourg pour appeler les eurodéputés à ne pas soutenir par principe un accord dont la dangerosité est largement démontrée, les membres du Parlement ont cédé aux arguments des lobbies : c’est une décision lourde de conséquences, mais qui n’affaiblit en rien notre détermination à faire échec à ce traité ».

Amélie Canonne, de l’AITEC déplore : « Il est frappant de constater que la DG Commerce et les promoteurs du traité le défendent depuis des semaines avec un seul argument, tant ses vertus et avantages intrinsèques sont inexistants : la nécessité prétendue d’approfondir le libre-échange pour faire échec à l’isolationnisme de Trump. Mais c’est tout l’inverse qui va se produire ! L’avènement du CETA va encore aggraver la défiance populaire à l’égard de l’Europe et de ses dirigeants, et alimenter l’entreprise des populistes d’extrême-droite, plus soucieux d’instrumentaliser la peur que d’organiser une transition juste, durable et solidaire. »

Murielle Guilbert de l’Union syndicale Solidaires explique : « Avec l’application du CETA, 92% des produits agricoles canadiens entreront sans aucun droit de douane sur le marché européen, la "coopération réglementaire" qui vise à niveler les normes sanitaires, sociales ou environnementales par le bas va s’organiser, les investissements des entreprises européennes dans les sables bitumineux canadiens vont augmenter. Les quelques 35500 communes françaises devront appliquer les procédures du CETA dans le domaine des marchés publics, de l’ouverture de leurs services locaux ou encore de la réglementation des activités des entreprises canadiennes sur leur sol. Ce sont des évolutions silencieuses mais très lourdes dans leurs implications sur le terrain».

« On ne peut pas accepter le CETA, un accord qui menace les réglementations protégeant l’environnement, les droits sociaux ou encore l’alimentation (OGM, pesticides, etc…), ne garantit pas le principe de précaution, et en plus est incompatible avec la Constitution française », insiste Karine Jacquemart, de foodwatch France.

Andrée Desvaux du Collectif Roosevelt précise : « D’une part le CETA aggravera encore la crise agricole, les problèmes de santé publique et la destruction de la planète, et d’autre part il inaugure une nouvelle génération de traités commerciaux qui déposséderont les gouvernements et les parlements de leur capacité d’agir et de réglementer dans l’intérêt général. Car la Commission, soutenue par la plupart des États membres, entend multiplier ce type d’accords très larges, comprenant des dispositions d’arbitrage, de coopération réglementaire ou encore de libéralisation des services par voie de liste négative, ou d’ouverture de nos marchés publics à davantage d’entreprises étrangères. »

Jean Michel Coulomb d’Attac commente, « Nous n’avons aucune idée de la date de ratification prévue en France, mais nos organisations seront mobilisées pour faire en sorte que la France ne ratifie pas le traité. Une résolution de l’Assemblée nationale votée la semaine dernière appelle à une consultation publique authentique avant cette ratification, nous espérons, quelle que soit la majorité politique, qu’elle se soumettra à un minimum de règles démocratiques, et qu’elle organisera le débat authentique dont nous avons besoin, en impliquant véritablement l’opinion publique. »

Les traités européens ne fixent aucun calendrier contraignant, et les conséquences d’une éventuelle ratification négative sont incertaines car le droit européen est muet sur ce point.

« Au delà du CETA lui-même, c’est l’avenir de la politique commerciale de l’UE qui se pose à court terme. La Commission veut-elle persister dans une vision qui fait primer la concurrence sur les droits les plus fondamentaux, et qui détruit à la fois nos sociétés et notre planète, ou entend-elle les millions de personnes en Europe, et leurs homologues partout dans le monde, qui, bien qu’attachés à la circulation des idées et des personnes, demandent que la mondialisation économique et commerciale soit régulée et que la planète comme les hommes et les femmes soient protégés. Le CETA a lancé le débat, nous allons faire en sorte que les propositions de nos associations, mouvements ou syndicats soient entendues dans les mois à venir », conclut Michel Dubromel, vice-Président de France Nature Environnement.

Le collectif Stop TAFTA/CETA regroupe plus de 80 organisations de la société civile en France. Plus d’informations sur http://collectifstoptafta.org.

SOURCE :

CETA : après le vote de Strasbourg, faire échec à la ratification nationale

https://www.collectifstoptafta.org/actu/article/ceta-apres-le-vote-de-strasbourg-fa

Notre industrie, celle de l'Allemagne, la courbe réciproque de leur production depuis la mise en place de l'Euro

 

 

Notre industrie, celle de l'Allemagne, , la courbe réciproque de leur production depuis la mise en place de l'Euro

 

Des courbes parallèles, l'une vers le haut, l'autre vers le bas ...

 

Le traité de Maastricht, en 1992, avait annoncé la couleur : dans le partage des activités européennes entre la France et l'Allemagne, cette dernière se dotait de l'Industrie, et notre pays héritait du tourisme et des emplois de proximité.

 

Chercher l'erreur !

 

Crapulerie européiste

 

Jacques SapirPar  · publication  · mis à jour 

Sur le site quasiment officiel de l’Union européenne, Euractiv.fr[1], M. Emmanuel Grynszpan me met en cause dans un article consacré à la soi-disant campagne des autorités russes contre Emmanuel Macron[2]. Signalons que ce site a pour but de « compléter la « perspective bruxelloise » sur les affaires européennes en ajoutant un point de vue national et en adaptant le contenu aux besoins de l’opinion publique locale ». Le titre du papier est déjà tout un programme (à la différence de Macron qui n’en a point) : « Les médias pro-Russes s’engouffrent dans le tout sauf Macron ». Ainsi donc me voici enrôlé, sans que l’on ait demandé mon avis dans une sorte de croisade.

 

Regardons ce qui m’est reproché. Selon l’auteur, mon crime serait celui-ci : « Les politologues invités à commenter sa campagne, comme Jacques Sapir, le descendent en flamme : « Monsieur Macron et ses mystérieux soutiens financiers […] Il est le candidat des oligarques, du MEDEF, de ces affairistes qui confondent l’industrie avec un immense jeu de Monopoly », écrit Sapir, qui défend systématiquement la politique du Kremlin sur son blog ».

 

Relevons ici une imprécision, une erreur, et une volonté évidente de nuire.

 

L’imprécision tout d’abord. Le lecteur ne sait pas ce que j’ai dit et ce que j’ai écrit. M. Grynszpan cultive ici l’ambiguïté comme d’autres leur jardin ou le cannabis. Il se fait que j’ai donné une interview à RT en français[3], mais que j’ai écrit deux (et non pas un) article concernant Monsieur Macron[4], le premier étant motivé par ce qui m’apparaissait comme un profond mépris du personnage pour les habitants du Nord de la France, une région où j’ai enseigné à mon début de carrière. Quand je me suis exprimé sur RT France, l’interview ne portait pas exclusivement sur Emmanuel Macron, loin s’en faut. J’ai aussi parlé de François Fillon, de Marine le Pen, et de bien d’autres choses. Mais ici, par la magie de formules vagues, et somme toute aussi vagues que le programme d’Emmanuel Macron, on laisse à croire que l’interview aurait porté exclusivement sur ce dernier. La phrase citée correspond, en réalité à une note publiée sur mon carnet. Ce dernier aurait pu être cité. Le lecteur aurait, ainsi, pu aller vérifier et il aurait alors constaté que l’argumentaire va au-delà de la question du financement.

 

L’erreur vient ensuite. Elle consiste à me présenter, moi et les critiques de M. Macron, comme exclusivement focalisé sur ce personnage. Si M. Grynszpan s’était donné la peine de lire ce que mon carnet contient il aurait pu voir qu’attaquer M. Macron n’est pas une de mes priorités. J’attaque aussi M. Fillon, pour la déchéance morale dont il a fait preuve[5], tout comme j’attaque M. Hamon, pour l’escroquerie en bande organisée que représente sa candidature[6]. Tout ceci est aisément vérifiable. Mais il semble bien que M. Grynszpan, que j’ai connu à l’EHESS et en Russie, quand il travaillait pour un journal et me demandait des articles, ait oublié tout ce que mes collègues et moi avions pu lui apprendre en matière de respect des sources, de vérification et d’honnêteté. De fait, son article s’apparente à un cas de « fake news » sur ce point. Mais, il y a une raison. M. Grynszpan n’a retenu de l’enseignement qu’il a reçu que l’idée que le fait de raconter une histoire est plus important que le contenu de la dite histoire. Il nous construit donc un « storytelling » où ce pauvre Emmanuel Macron serait la cible de l’abominable homme du Kremlin, je veux parler de Vladimir Poutine en personne. Comme si nous avions besoin d’attendre ce que pense Vladimir Poutine pour nous poser des questions très sérieuses sur ce qu’est M. Macron, sur ce qu’il représente, sur son bilan. Il y a là un mensonge, certes par omission, mais un mensonge tout de même. Et le but de ce mensonge est clair : discréditer toute critique de M. Macron. On voit bien alors le but de la manœuvre, qui repose sur une série de syllogismes : Poutine soutient Bachar, donc Poutine est le Diable. Tel est le premier syllogisme. Si le Diable attaque quelqu’un, ce dernier ne peut être qu’innocent. Tel est le deuxième syllogisme. Oui, mais voilà, la politique n’est pas réductible, sauf dans les fantasmes des fanatiques comme les islamistes, à une lutte entre le Bien et le Mal. Ici encore, j’ai bien peur qu’il ne reste rien de l’Emmanuel Grynszpan que j’ai pu connaître et qui semble avoir été dévoré tout cru par l’idéologie européiste, au point de perdre toutes ses références et tous ses repères.

 

Venons en à la volonté de nuire. Elle est évidente par les raccourcis auxquels M. Grynszpan a recours, surtout quand on sait à quel point il connaît les positions qui sont les miennes. La dernière phrase du passage cité le montre bien : « …qui défend systématiquement la politique du Kremlin sur son blog ». Tout d’abord, je mets au défi le lecteur de mon carnet de trouver une seule note ou je ferai l’apologie de Vladimir Poutine. Je discute, et souvent de manière critique, la politique économique du gouvernement russe. Je discute, de manière assurément plus favorable, les prises de positions internationales, et j’ai salué en son temps comme un moment intellectuel important le « discours de Munich » que Vladimir Poutine prononça en 2007[7]. Ceci ne faisait nullement de ce livre un ouvrage à la gloire de Vladimir Poutine, et les traductions en coréen ou en polonais de cet ouvrage en témoignent.

 

L’image que cherche à construire Emmanuel Grynszpan est donc celle d’un « blog » qui serait systématiquement en faveur du Président russe, et qui de ce point de vue n’aurait aucune indépendance intellectuelle. C’est insultant, mais c’est surtout diffamatoire. Ici encore, le jeu auquel se livre Grynszpan n’est que trop évident. Il s’agit de mettre à l’abri de toute critique M. Emmanuel Macron. Et, la meilleure manière pour M. Grynszpan consiste à prétendre que toutes les critiques contre son chouchou ne sont que le produit d’une pensée téléguidée. Mais, le texte qu’Adrien de Tricornot, ancien journaliste au Monde, ancien responsable de la société des Rédacteurs de ce journal, a écrit au sujet d’Emmanuel Macron est dix fois plus dévastateur pour Emmanuel Macron que mes deux notes[8]. Je le recommande d’ailleurs aux lecteurs car il montre à la perfection qui est le véritable M. Macron. Alors, faudra-t-il que M. Grynszpan prétende que M. de Tricornot tient lui aussi un blog pro-Poutine ? Nicolas Canteloup à fait un fort bon sketch sur Macron dans son émission de 20h45 sur TF1. Faudra-t-il que M. Grynszpan prétende que Nicolas Canteloup est un « troll de Poutine » suivant l’expression convenue? On voit bien le ridicule de cette affaire.

 

On touche ici à l’absurde. Mais, la haine de la vérité entraîne des comportements absurdes, nous le savons bien. La peur de voir se dévoiler la vacuité du candidat Macron a donc conduit M. Grynszpan à fouler aux pieds tous les principes de déontologie que devrait respecter un journaliste, digne de ce nom. Il s’est transformé en un désinformateur grossier. Le plus grave est qu’il puisse sévir sur un site largement financé par l’Union européenne.

 

[1] http://www.euractiv.fr

[2] http://www.euractiv.fr/section/politique/news/les-medias-pro-russes-sengoufrent-dans-le-tout-sauf-macron/

[3] Que l’on peut retrouver dans la note publiée le 11 février 2017 https://russeurope.hypotheses.org/5686

[4] Une note le 11 février 2017 https://russeurope.hypotheses.org/5690 et une note le 15 janvier 2017 https://russeurope.hypotheses.org/5593

[5] Par exemple le 7 janvier (avant le PenelopeGate) sur son instrumentalisation de la religion catholique https://russeurope.hypotheses.org/5581 et le 2 février 2017 https://russeurope.hypotheses.org/5655 sans oublier l’analyse critique de son programme à la suite de sa victoire à la « primaire » de la droite le 28 novembre 2016 https://russeurope.hypotheses.org/5472

[6] Voir ma note du 29 janvier 2017, https://russeurope.hypotheses.org/5641

[7] Sapir J., Le Nouveau XXIè Siècle, le Seuil, Paris, 2008.

[8] De Tricornot, A., Comment Macron m’a séduit puis trahi

http://www.streetpress.com/sujet/1486723160-macron-le-monde

12 février 2017

Charles Sannat, Banque Centrale Européenne ? Fou rire ! Ahahahahahahahahah !

 

« La réalité est nettement plus triste puisque, en quelques mois à peine, tous les grands principes de l’union bancaire européenne censés nous sauver ont volé en éclat.Au départ, les banques ne devaient pas être sauvées. Finalement, l’Italie a sauvé les siennes sur fonds publics.Au départ, il devait y avoir un mécanisme de résolution… Il n’y a rien, pire même : désormais, c’est la BCE, la Banque centrale européenne, elle-même qui explique que ce sera à chaque pays d’assumer ses propres pertes.Autant dire que le grand saut fédéral n’est pas pour demain. Logiquement… cela veut dire que comme il n’y aura pas plus d’Europe, il y en aura moins, et l’on voit déjà le retour à la gestion nationale des problèmes.Si les problèmes financiers sont gérés de façon nationale, alors les écarts entre chaque pays vont se creuser encore plus... »

 

Reprenons le décryptage impertinent de Charles Sannat...

 

Michel Peyret


euro barrage explose

A la uneRéflexions personnelles

 

« Détricotage de l’euro en cours. La BCE plaide pour des « bad banks » nationales !! »

 

L’édito de Charles SANNAT

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

 

Vous vous souvenez sans doute de tous les grands communiqués de victoire sur l’union bancaire européenne, sur l’autorité bancaire européenne qui était mise en place et donc, à cette époque, tout était fini. La crise était terminée ! L’Europe avait vaincu grâce à sa clairvoyance et son intelligence.

 

Comme j’aime être cruel – surtout après avoir été pris ostensiblement pour un imbécile qui ne comprenait rien –, avant de vous expliquer comment et pourquoi l’Europe est en train de s’effondrer sous vos yeux, je ne résiste pas à la tentation de vous citer notre Pierre Moscovici qui, si aujourd’hui il sévit tranquillement à l’abri des institutions européennes, nous disait doctement en 2013 que l’union bancaire c’était génial. J’en pouffe encore de rire.

 

« L’union bancaire est une avancée politique pour tous les peuples d’Europe »

 

Ça, c’était le titre de l’article du Monde de l’époque qui se devait de relayer la « bonne parole » auprès du petit peuple des manants dont nous faisons partie.

 

« Dans une tribune au Monde, Pierre Moscovici estime qu’à travers l’union bancaire s’affirme une ambition politique nouvelle, pour l’Europe et pour ses peuples.

 

Les ministres des finances des vingt-huit pays européens ont conclu, le 18 décembre, un accord historique qui donne vie à l’union bancaire : c’est la plus grande étape d’intégration financière en Europe depuis la création de la monnaie unique. L’union bancaire décidée au sommet européen de juin 2012 à l’initiative du président de la République, construite en un an et demi, va voir le jour dans le calendrier imparti. C’est l’aboutissement d’un engagement politique déterminé, suivi d’une mise en œuvre résolue.

 

À travers l’union bancaire s’affirme une ambition politique nouvelle, pour l’Europe et pour ses peuples.

 

L’union bancaire porte d’abord l’ambition de reprendre la main après trois décennies de dérégulation financière qui ont mené l’Europe au bord de l’abîme. L’ensemble des composantes de l’union bancaire – la supervision européenne intégrée, les mécanismes de résolution des crises, la garantie des dépôts – sont autant de digues pour ramener la finance dans son lit et tourner définitivement la page de l’instabilité financière, qui a été à l’origine de la crise de 2008. »

 

Les mauvais machins européens finissent tous dans les poubelles de l’histoire. Souvenez-vous encore du MES ou du FES ? Mécanisme européen de stabilité ou Fonds européen de solidarité, d’autres bidules où des pays surendettés devaient cotiser avec de l’argent qu’ils n’avaient pas pour prêter à des pays qui ne rembourseraient jamais rien…

 

Pourtant, là encore, il fallait s’extasier sur le génie luminescent des mamamouchis qui nous dirigeaient.

 

Source journal Le Monde de 2013 ici

Fou rire ! Ahahahahahahahahaha !

 

Bon, voilà, ça c’était le communiqué de victoire digne du politburo. En réalité, c’est la Bérézina européenne !!

 

La réalité est nettement plus triste puisque, en quelques mois à peine, tous les grands principes de l’union bancaire européenne censés nous sauver ont volé en éclat.

 

Au départ, les banques ne devaient pas être sauvées. Finalement, l’Italie a sauvé les siennes sur fonds publics.

 

Au départ, il devait y avoir un mécanisme de résolution… Il n’y a rien, pire même : désormais, c’est la BCE, la Banque centrale européenne, elle-même qui explique que ce sera à chaque pays d’assumer ses propres pertes.

 

Autant dire que le grand saut fédéral n’est pas pour demain.

 

Logiquement… cela veut dire que comme il n’y aura pas plus de d’Europe, il y en aura moins, et l’on voit déjà le retour à la gestion nationale des problèmes.

 

Si les problèmes financiers sont gérés de façon nationale, alors les écarts entre chaque pays vont se creuser encore plus.

 

Si les écarts sont encore plus importants, les tensions seront encore plus considérables. Si les tensions sont trop grandes, alors il faudra que chaque pays puisse retrouver des marges de manœuvre pour pouvoir y faire face.

 

Conséquence ? C’est bien le détricotage de l’euro auquel vous assistez.

 

« La BCE plaide pour des « bad banks » nationales »

 

C’est une dépêche Reuters qui nous apprend que le vice-président de la Banque centrale européenne « a appelé vendredi à la création de structures de défaisance (« bad banks ») pour contribuer à absorber les quelque 1 000 milliards d’euros de créances douteuses issues de la crise financière.

 

Face aux difficultés des banques en Italie et dans d’autres économies plus fragiles de la zone euro, Vitor Constancio a appelé à la mise d’un plan européen de création de sociétés de gestion d’actifs (asset-management companies-AMC) dans le respect de la réglementation sur le sauvetage des banques.

 

Il y a moins d’une semaine, l’Allemagne s’est opposée à une proposition de l’Autorité bancaire européenne de mise en place d’une structure de défaisance à l’échelle de l’Union européenne, notant que les prêts à risque étaient concentrés dans quelques pays comme l’Italie, Chypre et le Portugal. »

 

Voilà pour le plus important. En gros, l’Allemagne ne veut pas payer pour d’autres. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas un scoop me direz-vous, et vous aurez raison !

 

Alors il faut en tirer les conclusions ! Et la plus importante des conclusions est que l’Europe est en train progressivement de se défaire puisqu’elle ne peut plus avancer vers plus d’intégration.

 

Le stade ultime de cette décomposition sera évidemment l’explosion plus ou moins contrôlée de l’euro. C’est la raison pour laquelle celles et ceux qui veulent spécifiquement s’y préparer peuvent se procurer mon rapport spécial « Comment survivre à l’Eurocalypse » ici.

 

Sachez également que ce rapport spécial « Comment survivre à l’Eurocalypse » est offert pour tout abonnement aux 12 prochains mois à la lettre STRATÉGIE, de même que l’accès à toutes les archives et les dossiers déjà parus. Pour vous abonner à la Lettre STRATÉGIE, c’est ici.

 

Il est déjà trop tard. Préparez-vous !

 

Charles SANNAT

« Insolentiae » signifie « impertinence » en latin


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 « À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

 

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

 

Source dépêche Reuters ici via Yahoo finances

Posté par Michel Peyret

10 février 2017

Charles Sannat, Patrick Artus et l'Euro

« Pour lui, Artus, il est impossible de libeller les dettes autrement qu’en euros… Et si, question au hasard, l’euro explose et n’existe plus par exemple parce que la France ou l’Italie seraient en faillite, les dettes, on les compte en quoi ? En raviolis ? En branches d’épinard ? Ou en coquillages ? Évidemment, en cas de retour aux monnaies nationales lié à une explosion de l’euro, tout serait à nouveau comptabilisé en… monnaie nationale, avec des dévaluations plus ou moins fortes de valeur par rapport à quoi ? À l’ancien euro qui n’existe plus et qui donc ne serait plus coté ? Et coté par rapport à quoi ? À d’autres monnaies qui ne se portent pas forcément très bien elles non plus? Là où Artus a en revanche raison, c’est qu’il y a plus de chance que ce soit le chaos que de chance que tout se passe dans l’allégresse la plus totale !... »

Reprenons l'argumentation de Charles Sannat...

Michel Peyret


A la unePolitique et économie

« Pour Artus, le problème de l’euro c’est que ça ne marche pas »

L'Edito de Charles Sannat

Charles Sannat , 9 février 2017

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

La situation devient véritablement passionnante et les langues se délient. Elles se délient d’autant plus que la situation évidemment s’aggrave de jour en jour.

Patrick Artus n’est pas à franchement parler un anti-européen primaire. Au contraire. Il est pro-européen.

Il n’est pas fasciste ni extrémiste, et non il ne défend pas le programme de Marine Le Pen, il ne faut même pas d’ailleurs lui parler du FN. Il n’est pas « trumpiste », ni pro-Brexit. Bref, Artus est bien politiquement correct comme il se doit et, à ce titre, peut passer dans les médias.

Pourtant, malgré ce pedigree officiel, même un type comme Artus ne peut plus cacher que pour l’euro les jours sont comptés et que le sinistre « tic-tac » est enclenché depuis trop longtemps.

Il résume la situation avec cette formule lapidaire et « assez juste » :

eurocalypse dossier

« Le problème de l’euro c’est que ça ne marche pas mais qu’on ne peut pas en sortir. »

Je disais donc « assez juste » car à mon sens, nous sommes bien tous d’accord sur le fait que « le problème de l’euro c’est que ça ne marche pas », mais ce n’est pas évidemment une autoroute sans sortie. On peut sortir de l’euro de la même façon que nous y sommes rentrés, à savoir sur des décisions politiques.

On peut en sortir, tel n’est pas du tout le problème. Le véritable problème c’est le « comment en sortir » sans trop de casse et là, c’est objectivement une autre paire de manches. Nous y reviendrons.

Pour Artus, donc, les problèmes techniques de l’euro sont les suivants, et je partage son analyse. C’est dire ! Et ce n’est même pas moi qui le dis. Quel bonheur de voir la réalité s’imposer à tous.

1/ Il n’y a pas de mobilité du capital entre les pays.

2/ Les ajustements sont forcément dépressifs.

3/ De façon générale, les unions monétaires fabriquent de l’hétérogénéité. Cela fabrique des pays pauvres, qui se spécialisent dans le tourisme par exemple ou dans les tâches à faible valeur ajoutée, et des pays riches comme l’Allemagne ou l’Autriche, qui produisent du haut de gamme et exportent.

Et de conclure après ces trois constats… : « Donc l’euro ne marche pas. C’est un échec aujourd’hui. »

« L’euro est un échec aujourd’hui! »

J’adore. Enfin, j’adore, façon de parler, parce que bien évidemment quand on fait des bêtises, ces bêtises ont des conséquences, et si les conséquences sur les très riches restent supportables, sur les plus fragiles c’est nettement moins drôle.

Non, ce que « j’adore » c’est qu’intellectuellement nous avons raison, nous autres les contrariens et les impertinents. Nous avons raison et les faits restent têtus !

Artus fait donc le même constat, à savoir que "l'on sait aujourd’hui que si on veut une monnaie unique il faut des ajustements symétriques, ce qui implique une dose de fédéralisme comme aux USA avec des pays pauvres qui reçoivent des revenus des pays plus riches ».

Dit autrement, et c’est exactement ce que je dis depuis des années, il faut une union de transfert, il faut que les riches allemands acceptent de payer pour "l'escroc grec » ! Autant dire que ce n’est pas gagné !

Si la BCE cesse ses injections de liquidités, l’euro explose !

Il est bien ce Patrick Artus tout de même quand il dit la vérité.

« C’est la BCE avec son QE qui achète les dettes publiques de tous les pays. Du coup les taux sont bas et ils divergent peu. La BCE évite donc le pire mais pas jusqu’à la fin des temps et cela ne pourra pas être poursuivi pendant des années. Et rien n’a été réparé des problèmes actuels. Lorsque cette politique de la BCE cessera, on peut légitimement être inquiet sur la solidité de l’euro »… Hahahahahahahaha !

Oui, vous pouvez être très inquiets !

Bon, vous pouvez aussi acheter un peu d’or ou mon dossier spécial sur comment survivre à l’Eurocalypse icipour savoir comment ne pas vous faire totalement tondre et ruiner lorsque l’inéluctable se produira…

D’ailleurs, le titre du dernier livre d’Artus, pour lequel il était invité, est :

europe ca mexit

« Euro par ici la sortie ? »

Tout un programme, d’ailleurs quand le journaliste fait remarquer à Artus que sortir de l’euro c’est le programme du FN, Artus sort ses deux rames, pour expliquer qu’économiquement ce n’est pas possible, que les dettes sont en euros, et que si quand on était en francs il était normal de les convertir en euros, quand elles sont libellées en euros il est impossible de les convertir en francs nouveaux et futurs…

C’est fou comme l’idéologie peut faire dire des âneries même à des gens « brillants ». Si Marine Le Pen dit que le ciel est bleu, pour s’en « dissocier » vous serez obligés d’affirmer que le ciel est rouge… Ce qui est un peu abruti, vous en conviendrez !

Pour justifier cela, il explique que le nouveau franc serait dévalué de 50 %, ce qui reviendrait à faire défaut sur notre dette, cela étant impossible, ou alors c’est (insulte suprême) « l’Argentine » !

Mais c’est exactement cela ! Voyons, soyons sérieux ! La France EST en faillite ! Nous sommes déjà en défaut de paiement. Nous masquons la réalité et cela peut durer encore certainement, mais la triste réalité c’est que jamais nous ne serons en mesure de rembourser ces monceaux de dettes qui constituent l’épargne des … gens !!

Voilà ce que dit Artus : « Un argument que tout le monde commence à comprendre c’est les dettes en euros, les dettes en francs sont devenues des dettes en euros. Or les dettes en francs vaudront beaucoup moins, c’est incompatible avec toutes les règles internationales… ces dettes resteraient en euros ou alors c’est un défaut… et donc les avoirs seraient saisis, ce serait un chaos total si le franc se dévalue de 50 %, ce sera un chaos absolu »…

Mon Patrick, mon Patrick… dis la vérité !

Je vais juste vous dire un truc qui va vous démontrer par A+B que ce que raconte Artus est totalement stupide.

Pour lui, il est impossible de libeller les dettes autrement qu’en euros… Et si, question au hasard, l’euro explose et n’existe plus par exemple parce que la France ou l’Italie seraient en faillite, les dettes, on les compte en quoi ? En raviolis ? En branches d’épinard ? Ou en coquillages ? Évidemment, en cas de retour aux monnaies nationales lié à une explosion de l’euro, tout serait à nouveau comptabilisé en… monnaie nationale, avec des dévaluations plus ou moins fortes de valeur par rapport à quoi ? À l’ancien euro qui n’existe plus et qui donc ne serait plus coté ?

Et coté par rapport à quoi ? À d’autres monnaies qui ne se portent pas forcément très bien elles non plus ?

Là où Artus a en revanche raison, c’est qu’il y a plus de chance que ce soit le chaos que de chance que tout se passe dans l’allégresse la plus totale !

Personne ne sait comment sortir de l’euro !

La triste réalité c’est que PERSONNE ne sait COMMENT sortir de l’euro.

Et comme personne ne sait, personne ne veut faire le grand saut dans l’inconnu.

Et comme personne ne veut y aller le premier, eh bien nous sommes condamnés collectivement à attendre qu’il nous explose à la figure sans s’y être préparé.

Enfin, voici la conclusion d’Artus, qui devrait vous faire frémir de peur.

« L’euro a un problème majeur de fonctionnement. Il va falloir le réparer et l’Allemagne va devoir contribuer à un budget européen, il faut le fédéralisme ! C’est l’union de transfert. Il faut commencer à construire un budget fédéral sur des fonctions simples. L’indemnisation du chômage par exemple »…

Hahahahahaha, imaginez un instant les Allemands payer des impôts « simples » pour payer les chômeurs français et grecs, houhouhou j’en rigole encore, ou alors il va falloir sacrément revoir les règles d’indemnisation et je peux vous assurer que cela va couiner très fort !

Bref, comme le dit Artus, en réalité, pour l’euro, c’est par ici la sortie, et pour vous préparer, c’est par ici pour vous abonner à la lettre STRATÉGIE et recevoir le rapport « Comment survivre à l’Eurocalypse » ainsi que les 12 prochains mois et tous les rapports passés (le spécial placements ou encore « comment choisir la banque la plus sûre »… ou la moins pourrie, au choix). Le tout pour la modique somme de seulement 98 euros, il faut cliquer ici !!

Si vous voulez acheter uniquement le rapport sur « Comment survivre à l’Eurocalypse » à 49 € c’est ici.

Il est déjà trop tard. Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Insolentiae » signifie « impertinence » en latin


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 « À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

Posté par Michel Peyret

08 février 2017

Jean-Pierre Alliot, le mouvement ouvrier pour en finir avec l'Union européenne

 

 

« Quelle force, interroge Jean-Pierre Alliot, peut s’opposer aux naufrageurs, si ce n’est celle qui a conduit le progrès social au profit de l’ensemble du pays ? Cette force, c’est le mouvement ouvrier. Il est remarquable que plus les idéologues annoncent la fin des ouvriers et de la classe ouvrière, plus les capitalistes les mettent au centre de leurs préoccupations. Que ce soit en délocalisant les usines ou que ce soit en les relocalisant, ils montrent que c’est la force de travail à exploiter qui est leur quête permanente. Que c’est la réduction du coût de cette force de travail qui est leur but le plus constant, ce qu’ils justifient par la lutte pour la compétitivité, organisée par la « concurrence libre et non faussée ».Cette force du mouvement ouvrier et démocratique ne peut produire ses effets que si elle ne s’encombre pas d’illusions sur une réforme des institutions de brigandage de l’Union européenne... »

 

Reprenons l'exposé de Jean-Pierre Alliot...

 

Michel Peyret


 

 

Par Jean-Pierre Alliot • 2017

 

Puisque La Sociale commence son enquête par la question de l’Union Européenne, prenons le temps d’examiner ce qu’est cette institution. À grands traits, c’est d’abord le Conseil européen, qui rassemble les chefs d’État et de gouvernement. Autour, ce sont des administrations comme la Commission européenne, une cour de justice, une banque centrale et un lieu de palabres sans pouvoir, le Parlement européen. Malgré les tonnes de papier que déversent chaque année les vingt-huit hauts fonctionnaires nommés par les vingt-huit gouvernements de l’Union pour siéger à la Commission européenne, chacun sait bien, au fond, que ce sont les chefs d’État et de gouvernement qui décident de ce que seront les traités européens et du moment où il est utile de les mettre à l’écart pour mieux les activer à un moment plus opportun.

 

Mais qu’est-ce donc que le Conseil européen ? Comme l’a analysé en son temps Michel Troper, dans une des Notes de feu la Fondation Marc Bloch, « dans l’ensemble des pays démocratiques, le pouvoir législatif est confié à des parlements élus au suffrage universel direct et non à des gouvernements, élus indirects qui ne sont pas choisis par le peuple sur leurs programmes. Or, dans le système européen, le pouvoir législatif appartient pour l’essentiel au Conseil, où siègent les représentants des gouvernements nationaux. Les traités aboutissent ainsi à conférer aux gouvernements nationaux un pourvoir législatif que les constitutions démocratiques lui refusent ».

 

Voilà pourquoi, lorsqu’on rappelle que quatre-vingt pour cent des lois votées par le Parlement français viennent de Bruxelles, on profère une vérité qu’il convient de compléter par celle qui rappelle le rôle que le gouvernement français, comme les vingt-sept autres (bientôt vingt-six) a joué dans la mise au point de directives prises en commun contre chacun des peuples, en contournant l’exigence de la séparation des pouvoirs. 

 

La Ve République avait déjà réduit le Parlement au statut de chambre d’enregistrement des décisions d’un Chef de l’État, César élu au suffrage universel direct. Gravement mis en échec en 1968-1969, le régime a trouvé le moyen de se mettre d’accord avec ses alliés européens pour faire du Marché Commun de 1957 une machine de guerre efficace contre la démocratie. Efficace aussi pour la compétitivité de chacune des classes dominantes, en rognant progressivement les conquêtes sociales qu’elles avaient dû concéder dans le cadre de la lutte des classes.

 

Progressivement, s’est donc mis en place une sorte de Congrès de Vienne permanent. Au cours de cette rencontre historique, après la chute de l’éphémère empire de Bonaparte, les empereurs, rois et roitelets des puissances du continent se sont partagé ses dépouilles. Aujourd’hui, les 28-27 prétendent les imiter, de manière formellement réglée, et se livrent à une guerre économique entre eux tout en se mettant d’accord sur des mesures communes de concurrence libre et non faussée pour permettre à tous de s’affronter à armes égales sur le marché. Principalement en faisant disparaître progressivement les services publics dus aux populations et les garanties collectives des travailleurs qui, variant d’un pays à l’autre faussaient scandaleusement la concurrence, devenue « déloyale » aux yeux des capitalistes de chacun des pays de l’Union. 

 

Par cette association institutionnelle des malfaiteurs gouvernementaux, les plus attaqués sont ceux qui vivent de leur travail, ceux qui en sont privés et se retrouvent au chômage et ceux dont la retraite, retardée, est progressivement amoindrie. Autour des travailleurs salariés, c’est toute la population qui est touchée. Parmi les reculs que les bandits rassemblés à Bruxelles ont imposés en France, l’un des plus flagrants est la destruction progressive de la Sécurité sociale. Fondée sur les acquis du mouvement ouvrier, généralisée à toute la population ou presque en 1945, elle a permis un progrès inespéré dans la santé de tous, notamment en favorisant la recherche médicale et l’hospitalisation à chaque fois que c’était nécessaire et non à chaque fois qu’il y avait un lit disponible, comme cela se passe aujourd’hui.

 

Quelle force peut s’opposer aux naufrageurs, si ce n’est celle qui a conduit le progrès social au profit de l’ensemble du pays ? Cette force, c’est le mouvement ouvrier. Il est remarquable que plus les idéologues annoncent la fin des ouvriers et de la classe ouvrière, plus les capitalistes les mettent au centre de leurs préoccupations. Que ce soit en délocalisant les usines ou que ce soit en les relocalisant, ils montrent que c’est la force de travail à exploiter qui est leur quête permanente. Que c’est la réduction du coût de cette force de travail qui est leur but le plus constant, ce qu’ils justifient par la lutte pour la compétitivité, organisée par la « concurrence libre et non faussée ».

 

Cette force du mouvement ouvrier et démocratique ne peut produire ses effets que si elle ne s’encombre pas d’illusions sur une réforme des institutions de brigandage de l’Union européenne. Que si elle ne nourrit aucun fantasme sur les possibilités d’amadouer, au nom d’une prétendue Europe « plus sociale », les gouvernements coalisés. Ils le sont, et pour rien d’autre, pour des réformes antisociales, présentées comme nécessaires, comme étant les dernières des dernières, mais toujours suivies de nouvelles destructions d’acquis sociaux, qui sont autant d’acquis de la civilisation. Ce qui s’est passé en Grèce et les ravages qui s’y perpètrent continûment devraient montrer à tous qu’il est impossible de sortir du marasme sans en finir totalement avec les traités européens, sans rompre non seulement avec leur logique mais surtout avec les institutions qu’ils ont mises en place. Cela s’appelle abroger les traités et non les renégocier comme Hollande a prétendu le faire, le temps d’une élection. 

 

Un appel pour la rupture avec l’Union européenne et la Cinquième République circule actuellement parmi mes confrères de la presse et un peu partout. Chacun de ses signataires a ses raisons d’en finir avec ce système. Bon nombre de ces raisons nous sont communes, au-delà des positions de chacun au sujet des prochaines élections, qu’elles soient ou non exprimées dans un vote. Ils affirment que seule une rupture totale avec les institutions actuelles permettra de dégager une issue positive à la crise que connaît le pays. Je relève particulièrement, dans cet engagement, celui d’agir pour la reconquête de la démocratie politique à tous les niveaux, de la commune au sommet de l’État et pour la défense de toutes les libertés publiques ainsi que l’élection d’une Constituante souveraine. Cet appel fait partie de nombre d’initiatives, de tentatives de regrouper les forces du peuple travailleur contre les menées des couches dirigeantes qui, en France et en Europe, s’unissent en permanence contre lui.

 

D’un certain point de vue, après le déplorable échec de la Grèce, le Brexit montre la voie. Il est le résultat d’un double mouvement. En bas, le peuple ne veut plus d’un système qui permet aux classes dirigeantes de lui imposer toujours plus de privations. En haut, la majorité des capitalistes ne veulent plus des règles qu’ils ont en leur temps mises au point avec leurs compères du continent. C’est qu’ils sont de moins en moins assurés aujourd’hui que cette Union européenne serait capable d’étouffer la révolte globale.

 

Aujourd’hui, les gouvernements, unis contre leurs peuples, affichent leurs divisions et la lutte âpre que tous mènent contre tous. C’est le cas notamment dans le domaine de la fiscalité où ils s’appliquent, d’État à État, la règle de la concurrence libre et non faussée. C’est le cas dans d’autres domaines, plus discrets. Pourtant, cela ne freine pas cette bande d’agir dans les domaines où les intérêts de ses membres sont communs. Alors, le danger grandit et devient plus imminent. Comme une bête blessée, l’association malfaisante est prête à frapper avec la dernière énergie, sans craindre de tout dévaster sur le Vieux Continent. Il revient à tous ceux qui, comme La Sociale et tant d’autres mouvements, ont engagé la lutte pour l’émancipation politique et sociale du peuple travailleur d’intensifier leur mobilisation contre l’existence même de l’Union européenne, rassemblement de gouvernements hostiles au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et compagnie des grands travaux de régression sociale. 

 

Jean-Pierre Alliot

 

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Posté par Michel Peyret 

Allemagne. Désinformation : pas de preuve contre Poutine

 

08 Février 2017
Je signale à ceux qui l’ignoreraient, que l’ingérence des services secrets des Etats-Unis, y compris concernant le portable de madame Merkel n’ont même pas besoin de donner lieu à enquête tant les faits sont patents… Il n’empêche même avec Trump aux manettes, nul ne s’en inquiète alors que la rumeur se poursuit sur les Russes et de fait justifie les plus folles des dépenses militaires européennes.
(note de danielle Bleitrach)
Publié le 07/02/2017 – 15:59

Le président russe Vladimir Poutine lors d’une conférence de presse conjointe avec la chancelière allemande Angela Merkel, à Hanovre, le 8 avril 2013. RONNY HARTMANN/AFP

 

Après un an d’enquête, les services de renseignement allemands n’ont pu trouver aucune preuve que le Kremlin cherche à mener une campagne de désinformation contre le gouvernement Merkel. Pour autant, l’enquête se poursuit, ce dernier estimant que Moscou n’est pas blanchi.

 

Après une enquête menée pendant un an à la demande de la chancelière Angela Merkel, les services de renseignement allemands (intérieur et extérieur, respectivement BfV et BND) n’ont pas réussi à trouver des “preuves tangibles de l’ingérence politique de la Russie en Allemagne”, relate en exclusivité laSüddeutsche Zeitung (SZ).

Faute de preuves, une publication du rapport de 50 pages ne paraît pas opportune, confie un expert de la sécurité au quotidien de Munich. Cela n’aurait pour effet que de renforcer les tensions – déjà existantes – avec la Russie.”

L’enquête des services de renseignement allemands avait démarré il y a un an après “l’affaire Lisa”, du nom de l’adolescente prétendument violée par un migrant (accusation mensongère) qui avait fortement mobilisé la communauté allemande d’origine russe à Berlin, mais aussi les médias russes et jusqu’au ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. L’implication du gouvernement russe ou de ses services secrets n’a “en rien pu être démontrée”, affirme le rapport.

 

Vigilance maintenue

 

La SZ passe en revue tous les cas évoqués dans le rapport : après l’affaire Lisa, l’annonce d’un “djihad du sexe” le 14 février 2016 (jour de la Saint-Valentin), la prise d’influence sur l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, droite populiste) ou sur l’extrême gauche ou sur certains milieux sportifs, le travail des médias et surtout celui des hackers dans l’éventualité d’une cyberguerre contre le Bundestag – aucune preuve ni de soutien ni de financement par les services russes n’a pu être avancée, résume le journal.

 

Au final, deux conclusions s’imposent aux enquêteurs : soit Poutine ne fait rien de ce qu’on prétend, soit les services russes sont assez malins pour ne pas se faire prendre. Les acteurs russes sont “imprévisibles”, aucun “pronostic concret n’est donc possible concernant l’Allemagne”. Dans ces conditions, il convient, recommande expressément le rapport, que le gouvernement allemand maintienne sa “vigilance” dans ce domaine.

 

Coopération europénne

 

Et de fait, la chancellerie a demandé que l’enquête se poursuive, souligne la SZ, le gouvernement allemand estimant que Moscou n’est pas blanchi. Un rapport spécial sur le site d’information Sputnik et la chaine RT met en effet en évidence la “tendance à la confrontation” de la Russie et “l’hostilité” des médias russes envers l’Allemagne. Mais, constatent les auteurs du rapport, il est difficile de faire la distinction entre une information partisane et faussée d’une part et d’autre part la désinformation. “Un nouveau défi” à relever, qu’il convient d’analyser plus profondément.

“Plus généralement, ce qui inquiète, c’est le fait que la Russie puisse s’immiscer dans les élections allemandes – comme cela a été prétendu aux États-Unis – par la divulgation de documents confidentiels obtenus par des hackers ou par le soutien aux partis populistes de droite”, résume le quotidien allemand. À la veille des élections qui vont se tenir en France (avril-mai) et aux Pays-Bas (mars), ajoute la SZ, “les services de renseignement allemands ont conclu un accord d’étroite coopération[avec ces deux pays]”.

 

Danièle Renon
Illustration : Nate Kitch.

Il a fallu aux entreprises américaines un moment pour se réconcilier avec Donald Trump. Certaines de ses positions, en particulier sur le commerce, ont horrifié les chefs d’entreprise. Beaucoup d’entre eux préféraient Ted Cruz ou Scott Walker. Mais une fois Trump nominé, Big money a commencé à y voir une occasion en or.

 

Trump a été préparé non seulement pour promouvoir la cause des entreprises au sein du gouvernement, mais aussi pour transformer le gouvernement en une sorte de corporation, dotée de personnel et dirigée par des cadres et des lobbyistes. Son incohérence n’était pas un défaut, mais une ouverture : son programme politique pouvait être façonné. Et le réseau d’argent noir déjà développé par certaines sociétés américaines était parfaitement bien placé pour le faire. L’argent noir [dark money] est le terme utilisé aux États-Unis pour le financement des organisations qui se livrent au lobbying politique et qui ne sont pas obligées de révéler d’où provient l’argent. Peu de gens verraient une compagnie de tabac comme une source crédible pour parler de santé publique, ou une société de charbon comme un commentateur neutre sur le changement climatique. Afin d’avancer leurs intérêts politiques, ces entreprises doivent payer d’autres pour parler en leur nom.

 

Peu de temps après la Seconde Guerre mondiale, certaines des personnes les plus riches d’Amérique ont commencé à mettre en place un réseau dethinktanks [groupes de réflexion] pour promouvoir leurs intérêts. Ceux-ci prétendent offrir des opinions impartiales sur les affaires publiques. Mais ils ressemblent davantage à des lobbyistes d’entreprise, qui travaillent pour ceux qui les financent.

 

Il est impossible de comprendre ce qui nous arrive sans comprendre comment fonctionne ce réseau d’argent noir. L’histoire remarquable d’un député britannique nous offre un aperçu unique de ce réseau, des deux côtés de l’Atlantique. Il s’appelle Liam Fox. Il y a six ans, sa carrière politique semblait s’achever lorsqu’il démissionna du poste de secrétaire à la Défense après avoir été surpris en train de confondre ses intérêts privés et publics. Mais aujourd’hui, il est de retour au premier rang, et avec un portefeuille crucial : secrétaire d’État au commerce international.

 

En 1997, année où les conservateurs ont perdu le pouvoir au profit de Tony Blair, Fox, qui est à la droite dure du parti conservateur, fonda une organisation appelée The Atlantic Bridge [le pont de l’Atlantique]. Sa mécène était Margaret Thatcher. Au sein de son conseil consultatif, siégeaient les futurs ministres Michael Gove, George Osborne, William Hague et Chris Grayling. Fox, un des principaux militants du Brexit, a décrit la mission d’Atlantic Bridge ainsi : « rassembler les gens qui ont des intérêts communs ». Il défendrait ces intérêts contre les « intégrationnistes européens qui cherchent à creuser un fossé entre la Grande-Bretagne et les États-Unis ».

 

Atlantic Bridge fut ensuite enregistrée comme un organisme de bienfaisance. En fait, il faisait partie du réseau britannique d’argent noir : ce ne fut qu’après son effondrement que l’on a découvert ses véritables financeurs. Son principal sponsor était l’immensément riche Michael Hintze, qui a travaillé chez Goldman Sachs avant de créer le hedge fund CQS. Hintze est l’un des plus importants donateurs du Parti Conservateur. En 2012, il a été révélé qu’il était un bailleur de fonds de la Global Warming Policy Foundation, qui jette le doute sur la science du changement climatique. En plus de distribuer des subventions et des prêts à Atlantic Bridge, il a prêté à Fox son jet privé pour des allers/retours à Washington.

 

Un autre bailleur de fonds était la société pharmaceutique Pfizer. Celle-ci a financé un poste de chercheur chez Atlantic Bridge, occupé par une dénommée Gabby Bertin. Celle-ci est devenue la secrétaire de presse de David Cameron, et siège maintenant à la Chambre des Lords : Cameron l’a nommée « Pair à vie » [Pairs à vie= Lords nommés par la reine sur proposition du Premier ministre - NdT] dans sa liste d’honneur de démission. 


Les honneurs de démission du Premier ministre au Royaume-Uni sont des honneurs accordés à la demande d’un premier ministre sortant suite à sa démission. Dans une telle liste, un premier ministre peut demander au monarque d’accorder des honneurs à un nombre quelconque de personnes de son choix. - NdT]

 

En 2007, un groupe appelé l’American Legislative Exchange Council (ALEC) a mis en place une organisation sœur, Atlantic Bridge Project. ALEC est peut-être le thinktank financé par des entreprises le plus controversé aux États-Unis. Il se consacre à réunir des lobbyistes d’entreprises avec les élus fédéraux et nationaux pour élaborer des projets de loi types. Les législateurs et leurs familles bénéficient de l’hospitalité luxueuse du groupe, puis ramènent ces projets de loi à la maison pour les promouvoir comme s’ils en étaient les auteurs.

 

ALEC a affirmé que chaque année plus de 1.000 de ses projets de loi sont présentés par les législateurs, et un sur cinq devient une loi. ALEC a été fortement financée par les compagnies de tabac, la compagnie pétrolière Exxon, des compagnies pharmaceutiques et Charles et David Koch - les milliardaires qui ont fondé les premières organisations du Tea Party. Pfizer, qui finança le poste de Bertin à Atlantic Bridgesiège au conseil d’administration d’ALEC. Certaines des lois les plus controversées de ces dernières années, telles que les projets de loi visant à abaisser le salaire minimum, les lois qui accordent aux sociétés l’immunité de poursuites et les lois interdisant les enquêtes sur les pratiques agricoles industrielles - ont été développées par ALEC.

 

Pour diriger la branche US d’Atlantic Bridge, ALEC a fait appel à son directeur des relations internationales, Catherine Bray - une Britannique qui avait précédemment travaillé pour le député conservateur Richard Ashworth et l’eurodéputé Roger Helmer, du parti UKIP. Bray a ensuite travaillé pour le député conservateur et le militant du Brexit, Daniel Hannan. Son mari est Wells Griffith, l’homme chargé de la campagne électorale de Trump dans les Etats décisifs.

 

Parmi les membres du Conseil consultatif US d’Atlantic Bridge figuraient les sénateurs ultraconservateurs James Inhofe, Jon Kyl et Jim DeMint. Inhofe aurait reçu plus de 2 millions de dollars en dons de campagne de la part des industries du charbon et du pétrole. Koch Industries et ExxonMobil ont été les principaux donateurs.


Kyl, à présent retraité, agit actuellement comme le ’sherpa’ guidant la nomination de Jeff Sessions au poste de Procureur général [Ministre de la Justice – Ndt] de Trump par le Sénat. Jim DeMint a démissionné de son siège au Sénat pour devenir président deHeritage Foundation - le thinktank fondé avec une subvention de Joseph Coors de l’empire de brasseries Coors, et développé avec l’argent du milliardaire bancaire et pétrolier Richard Mellon Scaife. Comme ALEC, il a été richement financé par les frères Koch. C’est Heritage, sous la présidence de DeMint, qui mena l’opération auprès du Congrès US pour bloquer le budget fédéral, paralysant ainsi temporairement le gouvernement en 2013. L’ancien conseiller spécial de Fox au ministère de la Défense, un américain appelé Luke Coffey, travaille maintenant pour cette fondation.

 

Heritage Foundation est maintenant au cœur de l’administration Trump. Ses membres et son personnel constituent une grande partie de l’équipe de transition. Parmi eux se trouvent Rebekah Mercer, qui siège au comité exécutif de Trump ; Steven Groves et Jim Carafano (Département d’Etat) ; Curtis Dubay (Trésor) ; Et Ed Meese, Paul WinfreeRuss Vought et John Gray (Budget). Selon CNN, « aucune autre institution de Washington n’a un tel poids dans l’équipe de transition ».

 

Le plan extraordinaire de Trump visant à réduire les dépenses fédérales de $10,5 milliards a été élaboré par la Heritage Foundation, qui l’a qualifié de « plan directeur pour une nouvelle administration ». Vought et Gray, qui sont passés de Heritage à l’équipe de Trump, sont en train de transformer ce projet en son premier plan budgétaire.

 

S’il est adopté, il entraînera des réductions dévastatrices sur les soins de santé, la sécurité sociale, l’aide juridique, la réglementation financière et la protection de l’environnement ; Éliminera les programmes visant à prévenir la violence à l’égard des femmes, à défendre les droits civils et à financer les arts ; Et privatisera la Société de radiodiffusion publique. Trump, chaque jour qui passe, ressemble de moins en moins à un président et de plus en plus à un exécutant qui met en œuvre un ordre du jour qui lui a été communiqué par d’autres.

 

En juillet de l’année dernière, peu de temps après sa nomination au poste de Secrétaire au commerce, Liam Fox s’est envolé pour Washington. Une de ses premières visites fut un lieu qu’il a souvent fréquenté au cours des 15 dernières années : le bureau de Heritage Foundation, où il s’est entretenu avec, entre autres, Jim DeMint. Une demande d’information a révélé que l’un des sujets abordés lors de la réunion fut l’interdiction européenne du poulet américain lavé au chlore : une interdiction que les producteurs espèrent sera levée par le Royaume-Uni dans le cadre d’un nouvel accord commercial. Par la suite, Fox a écrit à DeMint, en exprimant sont intérêt de « travailler avec vous pendant que le nouveau gouvernement Britannique développe ses priorités en matière de politique commerciale, y compris dans les secteurs à forte valeur-ajoutée dont nous avons discutés, comme la Défense ».


Comment Fox est-il arrivé à ce poste, après le scandale qui l’a fait tomber en 2011 ? C’est le scandale lui-même qui fournit un indice : l’affaire concernait un franchissement des frontières entre intérêts publics et privés. L’homme qui dirigeait la succursale britannique d’Atlantic Bridge était son ami Adam Werritty, qui opérait depuis l’immeuble de Michael Hintze. Le travail de Werritty était étroitement imbriqué dans les affaires officielles de Fox en tant que Secrétaire à la Défense. Werritty, qui portait une carte de visite qui le désignait comme conseiller de Fox mais qui n’avait jamais été employé par le ministère de la Défense, se joignait au secrétaire d’État pour de nombreuses visites ministérielles à l’étranger et effectuait de fréquentes visites au bureau de Fox.

 

Au moment où les détails de cette relation ont commencé à être révélés, la Charity Commission avait enquêté sur Atlantic Bridge et a trouvé que son travail ne paraissait pas si charitable que ça. Il a dû rembourser la taxe dont il avait été exonérée (c’est Hintze qui régla l’addition). En réponse, les administrateurs ont fermé l’organisation. À mesure que l’histoire de l’implication non autorisée de Werritty dans les affaires gouvernementales se développait, Fox a fait un certain nombre de déclarations trompeuses. Il n’avait plus d’autre choix que de démissionner.

 

Quand Theresa May a ramené Fox dans le gouvernement, ce fut un signal clair et net sur les intentions de son gouvernement. Les traités commerciaux que Fox est chargé de développer fixent des limites à la souveraineté. Les normes alimentaires et environnementales des États-Unis ont tendance à être moins strictes qu’en Grande-Bretagne et le seront encore moins si Trump obtient gain de cause. Tout traité commercial que nous signerons créera un ensemble commun de normes pour les produits et les services. L’administration de Trump exigera que les nôtres soient ajustés à la baisse, afin que les sociétés US puissent pénétrer nos marchés sans avoir à modifier leurs pratiques. Toutes les cartes du vote post-Brexit, sont entre les mains des États-Unis : si le Royaume-Uni ne coopère pas, il n’y aura pas d’accord commercial.

 

May avait besoin de quelqu’un qui n’allait pas opposer de résistance. Elle a choisi Fox, qui est devenu un membre indispensable de son équipe. Les relations diplomatiques parallèles qu’il a développées via Atlantic Bridge lui donnent un accès direct à l’administration de Trump.

 

Bien avant la victoire de Trump, le financement des campagnes électorales US avait systématiquement corrompu le système politique. Une nouvelle analyse de politologues états-uniens établit une relation linéaire presque parfaite, sur une période de 32 ans, entre l’argent recueilli par les deux partis pour les élections au Congrès et les voix obtenues. Mais un autre changement s’est produit aussi au cours de ces dernières années : les entreprises sont devenues les principales sources de financement des campagnes.

 

En liant notre sort à celui des États-Unis, le gouvernement britannique nous lie à leur système. C’était de cela dont il était - en partie - question lors du Brexit : les conservateurs eurosceptiques avaient décrit les lois européennes protégeant l’intérêt public comme des intrusions intolérables sur la liberté des entreprises. Sortir de l’Europe signifie une plus grande intégration avec les États-Unis. La relation spéciale transatlantique est une relation spéciale entre le pouvoir politique et le pouvoir des entreprises. Ce pouvoir est cimenté par les réseaux que Liam Fox a aidé à développer.

 

En avril 1938, le président Franklin Roosevelt envoya au Congrès US l’avertissement suivant : «  La liberté d’une démocratie est menacée si le peuple tolère le renforcement du pouvoir privé au point où celui-ci devient plus puissant que l’Etat démocratique lui-même. C’est, dans son essence, du fascisme. » C’est un avertissement que nous ferions bien de nous rappeler.

 

George Monbiot

Traduction "Ayééééé, j’ai compris la candidature Macron et la cabale contre Fillon" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/feb/02/corporate-dark-m...
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Italie : Cartographie des inégalités sociales

 

lundi 6 février 2017 

 

A la fin de l’année 2016 – une fois oubliée la propagande démesurée de notre ex-premier ministre – émergent les données chiffrées et les explications concernant la condition sociale et de classe qui caractérisent notre pays. A commencer par l’accroissement des inégalités sociales.

 

Selon des analyses élaborées au moment où se tient le World Economic Forum de Davos1, en Italie, les 20% les plus riches détiennent plus du 69% de la richesse du pays, les 20% suivants en détiennent le 18%, tandis que 60% doivent se partager le 13% restant. Selon le magazine économique new-yorkais Forbes, en 2016, parmi les 20% les plus riches, 10 Italiens détiennent en tout 86 milliards d’euros2, soit l’équivalent de ce que possèdent 500’000 familles ouvrières (Censis, Centro Studi Investimenti Sociali, 2014).

 

L’accroissement des inégalités sociales constitue la principale cause matérielle de la rage et du désespoir qui gagnent les sociétés européennes et l’Italie, résultant de la forme économico-sociale que prend le capitalisme de ces dernières décennies. Tandis que la richesse des couches les plus aisées s’accroît, la classe des travailleurs ainsi qu’une part non négligeable desdites couches moyennes font du surplace ou s’appauvrissent. La pauvreté est une notion du XIXe siècle qui refait surface aujourd’hui, devenant une catégorie explicative de nombreuses enquêtes et recherches sociologiques.

 

Des données impitoyables

 

Les données de l’Istat (Institut italien de statistiques) relatives à 2016 signalent que le chômage atteint 12%3. Parmi les personnes occupées, il est inquiétant de constater que la part des salarié·e·s de plus de 50 ans augmente, alors que la part des moins de 35 ans diminue, le chômage dépassant dans ce dernier cas les 39%. La Loi Fornero4, qui a repoussé brutalement l’âge de la retraite, explique statistiquement l’augmentation du nombre de salarié·e·s de plus de 50 ans, le faible renouvellement générationnel de la force de travail et les lourdes conséquences que cela a sur le chômage des jeunes.

 

Mais un autre aspect de la réalité explique également que les salariés vieillissent dans les bureaux et les fabriques, repoussant d’autant l’engagement des jeunes. En effet, les employeurs ont saisi la balle au vol des modifications de la législation sur le travail, préférant embaucher ou garder des travailleurs âgés, proches de la retraite, ce qui représente un engagement moindre dans la durée, dans la mesure où ils pourront s’en défaire à relativement brève échéance. En outre, un travailleur âgé représente certains avantages : il ne va pas suivre de formation, il a une grande expérience et, étant bientôt à la retraite, il n’a pas d’exigences pressantes en matière de salaire.

 

Depuis mars 2015 le Jobs Act5 a reconfiguré, en les aggravant, les relations de travail en Italie, particulièrement en ce qui concerne les petites et moyennes entreprises en crise6, en donnant à l’employeur les instruments légaux pour restructurer un secteur ou une activité de l’entreprise sans y aller par quatre chemins. Démissions imparties par l’employeur, ambiance de plomb dans l’entreprise, les salarié·e·s sont durement mis sous pression. Les licenciements pour raisons disciplinaires se multiplient (+28% dans les huit premiers mois de 2016), conformément aux dispositions du Jobs Act et de son contrat à protection progressive (contratto a tutele crescenti)7. Même dans les rares domaines d’activité où le niveau d’emploi a augmenté, la productivité générale a diminué et la croissance est restée faible, du fait du poids croissant des emplois non qualifiés et d’un marché du travail essentiellement basé sur de petits emplois précaires. Avec un tel scénario – innovations au niveau des normes réglementaires, défiscalisation et Jobs Act – le marché du travail a retenti du boom des vouchers8 : 277 millions de contrats voucher ont été stipulés en 2015, englobant 1’380’000 salariés, avec une moyenne de 83 contrats par personne, tandis que pour le seul premier semestre 2016 il y en a eu 70 millions.

 

C’est le signe, écrit le Censis (Centre d’étude des investissements sociaux), que la forte demande de flexibilité et de baisse des coûts est en train d’alimenter les petits boulots, c’est-à-dire des emplois précaires à très bas revenus qui relèguent avant tout les jeunes salarié·e·s dans les limbes de la flexibilité la plus dure, voulue par le mode de fonctionnement actuel du capitalisme sauvage. Une génération entière est ainsi marginalisée.

 

Les bons de travail [le paiement du travail au voucher s’effectue par le biais de bons correspondant à un salaire horaire de 7,5 euros par heure] sont la certification légale de cette précarité devenue condition permanente des salariés. A l’opposé du réformisme du XIXe siècle, qui tendait à améliorer les conditions de travail, l’actuel (contre)réformisme ne cesse de les aggraver.

 

Précarisation et emploi

 

Brancaccio, Garbellini et Giammetti, trois experts de la question, soulignent (24 Ore/Il Sole, 19 décembre 2016) que de nombreuses recherches mettent en évidence l’inexistence d’une corrélation entre précarisation du travail et accroissement de l’emploi. Autrement dit, les normes qui facilitent le licenciement des salariés sous contrat de durée indéterminée restent sans effets statistiques significatifs sur le niveau de l’emploi. En d’autres termes, ces données démentent l’axiome selon lequel la dérégulation du marché du travail crée des emplois et réduit le chômage. Bien au contraire, la réduction des protections des travailleurs et travailleuses est statistiquement en lien non pas avec la croissance de l’emploi, mais avec l’augmentation des inégalités, dans la mesure où la précarisation a un effet direct sur le pouvoir contractuel des salariés, attaque à la baisse les salaires et alimente la différenciation sociale par le bas. Les inégalités sociales sont une notion des XIXe et XXe siècles, que les idéologues de la fin des idéologies se gardent d’utiliser. Or, ne pas énoncer les choses ne signifie pas les faire disparaître ; cela peut tout au plus être tranquillisant, mais cela n’élimine pas pour autant la condition d’inégalité.

 

S’il y a eu un accroissement de l’emploi, au cours des premiers mois de mise en œuvre du Jobs Act, alors que les entreprises jouissaient des généreux investissements publics accordés par le gouvernement, les données récentes révèlent que cette croissance n’a pas permis de réduire la pauvreté absolue, ayant généré soit des revenus trop bas, soit des emplois dans des milieux qui ne sont pas atteints par la pauvreté.

 

Le jour même où le célèbre éditorialiste du quotidien La Stampa, Mario Deaglio, écrivait qu’il fallait continuer à prendre part au grand marché global sur lequel se fonde notre bien-être »9 (ou s’agit-il de celui de sa propre couche sociale ?), commençait à être publiée une étude, en quatre parties, sur les inégalités sociales en Italie, réalisée par Linda Laura Sabbadini (parue les 12, 17, 23 et 30 décembre 2016)10. Elle fournit des données et des observations dont je vais me servir dans la suite de cet article.

 

Laura Sabbadini a été déchargée de son poste de directrice du Département des statistiques sociales et environnementales de l’Institut national de statistique en avril 2016. Dieu sait pourquoi ! Tandis que la propagande gouvernementale de l’ex-premier ministre [Matteo Renzi] affabulait sur la magnifique amélioration sociale et nous enfumait sans retenue, Sabbadini osait écrire qu’une telle inégalité sociale « n’est pas tolérable dans une société démocratique, que cela mine les bases de cette société, nie les principes constitutionnels qui garantissent l’égalité des chances pour tout un chacun et altère le pacte social qui cimente la confiance entre les citoyens et les institutions. » (La Stampa, 23 décembre 2016)

 

La longue crise du système capitaliste a eu des effets transversaux sélectifs, en frappant davantage le Sud que le Nord. Les écarts se sont accrus et la chute est plus rude pour les plus mal lotis. Au Sud, s’est amorcée une descente brutale depuis de nombreuses années, aggravée par la crise récente. La combinaison de deux phénomènes a particulièrement pesé lourd sur le Sud : l’inexistence d’un accroissement de l’emploi féminin et le long déclin de l’emploi masculin. En 2015, face à un Centre-Nord comptant plus de 300’000 emplois supplémentaires par rapport à 1977, le Sud comptait 600’000 emplois en moins. Ce qui s’ajoute au fort affaiblissement en « capital humain », déterminé par le départ de jeunes adultes en masse vers le Centre-Nord, migration ayant touché 1’600’000 personnes en 15 ans, le 60% d’entre elles âgées de 20 à 45 ans.

 

Appauvrissement familial

 

Le pourcentage de familles en condition de pauvreté relative ou absolue et comptant à leur tête un salarié ou assimilé [c’est-à-dire un indépendant en situation de dépendance salariale], sont passées de 2% en 2007 à 12% en 2015. En valeurs absolues, cela donne des chiffres impressionnants : 1’582’000 familles en situation de pauvreté, soit quelque 4’598’000 personnes. Le manque de travail est la raison principale de cette détresse. Les familles ayant à leur tête un chômeur sont les plus pauvres en termes absolus et sont en augmentation. Et lorsqu’un seul membre de la famille a un emploi, celle-ci n’est pas protégée contre la pauvreté pour autant.

 

Selon les informations de la Banque d’Italie, citées par Sabbadini, le 46% des familles ouvrières ont un seul revenu et près de la moitié d’entre elles ne possèdent pas leur logement. Dans de telles conditions, la pauvreté guette. Une pauvreté qui, pour cette catégorie de familles, a déjà commencé à croître avant la crise de 2008, pour ensuite exploser, passant de 4% à 7% en 2009 et même 12% en 2013 comme en 2015. En dix ans, l’indicateur de pauvreté des familles ouvrières a triplé, alors qu’un seul emploi par famille ne constitue plus une garantie de ne pas devenir pauvre ni de sortir de la pauvreté. Si on demande aux familles italiennes quelle a été le facteur négatif qui a le plus durement bouleversé leur existence, l’écrasante majorité mentionne la baisse du revenu familial. Le 61% de la population italienne considère que les inégalités ont augmenté, le 34% qu’elles ont stagné, le 5% qu’elles ont diminué (voir le graphique ci-dessous).


http://alencontre.org/laune/italie-cartographie-des-inegalites-sociales.html#more-38658

 

 

 

La pauvreté absolue a atteint le 10% de la population au Sud contre presque 7% au Nord. Les familles ouvrières sont pareillement touchées, mais de manières différentes : au Sud il s’agit principalement de familles italiennes ; au Nord il s’agit aussi de familles immigrées, victimes de la crise de l’emploi qui a touché le secteur industriel et la construction et génie civil, privant les hommes de leur revenu. Ce phénomène a moins touché les femmes actives dans les services d’assistance personnalisée aux familles, le seul secteur qui, pendant la crise, a enregistré une augmentation de l’emploi. Dans l’ensemble, le revenu disponible moyen par tête des familles résidant au Sud n’atteint que le 63% de celui des familles résidant au Nord. Ainsi la distance entre riches et pauvres est plus grande au Sud qu’au Nord et qu’en Europe. D’une manière générale, la crise, le chômage, la baisse des revenus ont aussi touché plus durement les enfants mineurs des mères séparées ou divorcées, à plus forte raison lorsqu’il y a plus qu’un enfant, en général au Sud ou dans des familles immigrées au Nord. Quant aux enfants nés dans des familles ouvrières, ils sont en situation précaire sur tout le territoire.

 

Dans tout le pays, près de 3% des jeunes de moins de 16 ans vivent dans des familles qui ne peuvent se permettre d’assurer deux paires de souliers par enfant et près de 9% ne peuvent se faire payer des habits neufs. 7% des familles ne parviennent pas à organiser l’anniversaire de leur enfant avec des amis. Près de 8% n’achètent pas de livres extrascolaires aux enfants, 11% ne participent pas aux excursions scolaires ni aux événements scolaires exigeant paiement, 11% n’ont pas un espace adéquat pour étudier. L’enfant pauvre aura donc davantage de difficultés à saisir les possibilités de se construire socialement, il cumulera des retards difficilement récupérables. La pauvreté infantile constitue une lourde hypothèque sur les futurs jeunes et adultes.

 

Dans une famille qui se trouve à la limite du seuil de pauvreté, pour laquelle un seul revenu ne suffit plus, le travail féminin va faire la différence, constituant une parade essentielle contre la pauvreté. Il est clair qu’actuellement la baisse du revenu par tête dans les familles de la classe des travailleurs a été telle, que deux revenus sont devenus nécessaires là où un seul revenu suffisait autrefois. Or l’emploi féminin a chuté ces dernières années, du fait d’un marché du travail plus en baisse pour les femmes, tendance déjà amorcée dans la seconde moitié des années 1990. Aggravation ressentie autant qualitativement (augmentation des professions non qualifiées et diminutions des professions techniques) que quantitativement (temps partiel involontaire et difficulté à concilier les temps de la vie familiale et les temps de travail).

 

Condition des jeunes

 

La condition des jeunes est structurellement déterminée aujourd’hui par un haut taux de chômage et des emplois précaires peu rémunérés. C’est la première fois, depuis l’après seconde guerre mondiale, que les enfants sont plus démunis que les parents. Ils ont un revenu 15% plus bas que le revenu général moyen. Les ménages de moins de 35 ans ont une richesse familiale qui se situe à 42% de la moyenne des ménages. Par rapport aux mêmes classes d’âge il y a 25 ans, les jeunes ont actuellement un revenu inférieur de 27%.

 

Rester au sein de la famille est donc devenu une obligation pour se préserver de la pauvreté. La situation est particulièrement critique pour les jeunes de 25 à 34 ans : la moitié d’entre eux vit encore avec ses parents, soit 6% de plus qu’en 2011, 22% de plus qu’en moyenne européenne, 40% de plus qu’en France et 46% qu’au nord de l’Europe. Le taux d’activité des jeunes a baissé de 9% durant la crise, une chute remarquable qui prétérite lourdement la construction future de ces jeunes.

 

La nouvelle génération a un problème de mobilité sociale. Elle n’est plus bloquée vers le haut, comme on disait autrefois, mais elle est débloquée vers le bas, ayant une plus grande probabilité de voir sa situation se dégrader. La crise a profondément conditionné les temps et les modalités de transition vers la vie adulte, repoussant des étapes fondamentales de la vie. Même avec un travail, la modestie des revenus et l’intermittence des emplois pèsent sur les choix de vie. Seul un quart des jeunes vit en couple et 7% vivent seuls. Ceux qui sont à la tête d’une famille ont souvent un revenu insuffisant, qui les contraint à recourir à l’aide des parents voire des grands-parents.

 

Le Censis a mis ces données en relation avec des informations sur l’affection relationnelle. Ainsi, les personnes nées entre le début des années 1980 et le début des années 2000 ont « perdu » le sens social du mariage et s’orientent vers d’autres formes de relation. Les célibataires constituent désormais le 81% de ces jeunes (ils étaient 71% il y a 10 ans), les mariés 19% (28% il y a 10 ans). Parmi les célibataires, 40% sont absolument single, 3% sont dans des relations sans engagement, 57% ont une relation de couple stable tout en ne vivant pas sous le même toit. La précarisation du travail fragilise la vie relationnelle et sentimentale. Le choix d’une vie commune stable, avec ou sans mariage, est considéré comme une option lourde, qui nécessite avant tout un emploi (pour 72% des jeunes), une épargne constituée (pour 50%), d’avoir déjà eu une expérience de vie commune avec son partenaire pour quelque temps (pour 30%) et avoir terminé ses études, selon le 28%.

 

Sommes-nous tous en meilleure forme et vivons-nous tous plus longtemps ?

 

Tous les citoyens n’ont pas bénéficié dans les mêmes proportions des progrès de l’assistance sanitaire. Dans ce cas, comme pour le reste, les choses dépendent du revenu, de la condition de classe, du lieu de vie. Les citoyens du Mezzogiorno [le Sud de l’Italie], par exemple, et plus généralement les bas statuts sociaux, tombent plus souvent malades, guérissent moins, perdent plus tôt leur autonomie et meurent avant les autres.

 

Selon l’Istat, le 11% de la population a renoncé aux prestations sanitaires ou pharmaceutiques en 2013, alors qu’elle en avait besoin. Même le bien-être psychologique et mental s’est détérioré, en particulier pour les personnes ayant un bas niveau d’instruction, moins de ressources économiques, pas d’emploi stable, vivant dans des conditions de logement précaires. Il en va de même avec l’espérance de vie, cyniquement mise à contribution pour augmenter inconsidérément le nombre d’années de travail nécessaires pour atteindre le droit à la retraite. Hormis le fait que l’année passée l’espérance de vie a diminué de presque une année, elle n’est pas distribuée également. Comme par hasard, ce sont les habitants du Mezzogiorno, les ouvriers, les chômeurs, les statuts sociaux les plus bas qui ont une espérance de vie moindre.

 

Bref on retombe encore et toujours sur les questions de l’emploi et du chômage, du revenu et de son importance, de la distribution de la richesse en entonnoir en descendant des élites vers les salarié·e·s (image particulièrement détestée par les opinion makers du libéralisme économique et méritocratique). Ce sont là les questions centrales de la crise actuelle. Ce sont aussi les indicateurs sociaux de la grande transformation de celle qui fut la gauche réformiste du XIXe siècle, ayant donné le pire de soi dans le cadre des politiques du travail actualisées par les gouvernements de centre gauche au cours des dernières décennies.

 

Diego Giacchetti , Publié par Alencontre le 23 - janvier - 2017

 

Transmis par Linsay

A l’encontre

 

(Article paru le 17 janvier 2017 sur le site de Sinistra Anticapitalista. Traduction Dario Lopreno)

 

1/ Cf. Oxfam, Disuguitalia, I dati sulla disuguaglianza economica in Italia. Inserto del rapporto Un’Economia per il 99% a cura di Oxfam Italia, Roma, 2016 https://www.oxfamitalia.org/wp-content/uploads/2017/01/Inserto-Italia-rapporto-Davos-2017.pdf 

 

2/ Jacqueline Facconti, « Classifica Forbes : ecco gli italiani più ricchi », sur le site Finanzasulweb http://finanzasulweb.it/notizie/classifica-forbes-gli-italiani-piu-ricchi/ 

 

3/ Précisons ici que certaines estimations qui englobent tous les chômeurs, y compris les chômeurs découragés, ceux qui ne recherchent plus de travail, donnent un taux de chômage de 23% en 2014 (soit 6.6 millions de chômeurs), par exemple, au lieu des 13% (soit 3.5 millions) officiels de l’Istat (Cf. http://scenarieconomici.it/analisi-esclusiva-disoccupazione-reale-quota-66-milioni-tasso-228/ )

 

4/ En vigueur dès 2013, la Loi Monti/Fornero (du nom du président du Conseil des ministres et de la ministre du Travail et des politiques sociales) introduit notamment ces nouveautés : elle repousse la pleine retraite anticipée à 62 ans (sauf pour celles et ceux qui ont travaillé respectivement 41 et 42 ans continus), la retraite normale à 66 ans (67 dès 2021), elle instaure un mécanisme qui permet de déplacer progressivement l’âge de la retraite au fur et à mesure que l’espérance de vie augmente, elle augmente les primes versées par les indépendants, elle accroît le poids des caisses de pension privées (Cf. Giampiero Falasca, « Pensioni, ecco che cosa cambia dal 1° gennaio », Il Sole 24 Ore, quotidien, Milan, 01/01/2012). [ndt]

 

5/ Avec le Jobs Act, en vigueur depuis mars 2015, nouveau cadre légal libéralisant le marché du travail « les entreprises peuvent bénéficier d’une liberté totale de licenciement et leur capacité de chantage – avec la peur qui peut en découler – et d’exploitation des salarié·e·s est encore renforcée » (Italie. Le « Jobs Act », réalité et métaphore d’une victoire des dominants, Franco Turigliatto, 11/05/2015, publié sur ce site). [ndt]

 

6/ Selon l’étude Struttura e competitività delle imprese industriali e dei servizi de l’Istat, les petites et moyennes entreprises (moins de 250 collaborateurs) regroupent le 80% des salariés du secteur privé italien en 2013. [ndt]

 

7/ Le contrat à protection progressive est un contrat de droit privé, accordant à l’employeur trois ans et demi de dégrèvements fiscaux, supprimant l’obligation de réintégration au poste de travail pour les nouveaux engagés en cas de licenciement abusif, accordant aux salariés déjà en place une possible indemnité pour licenciement injustifié. indemnité progressive en fonction de l’ancienneté (d’où l’appellation de contrat à protection progressive). En cas de restructuration, l’employeur n’est plus contraint à la recherche du reclassement du ou des salariés concernés dans un autre secteur ou une autre fonction de l’entreprise, il est par contre autorisé à imposer un reclassement dans une fonction différente, moins qualifiée, moins bien rémunérée, le tout en mettant au placard l’obligation d’assistance syndicale pour ces tractations https://www.forexinfo.it/jobs-act-contratto-tutele-crescenti-cos-e  et http://www.adessolosai.it/ , « Tutto quello che non ti hanno detto sul Jobs Act »). [ndt]

 

8/ Le travail au voucher est le travail accessoire (même si régulièrement répété), rémunéré par un salaire horaire de 7,5 euros par heure, ne donnant droit à aucune prestation de sécurité sociale, tout en étant reconnu pour l’obtention du droit à la retraite, selon l’Institut national de la prévoyance sociale (INPS, http://www.inps.it/ 

 

9/ Cf. Mario Deaglio, « L’inevitabile percorso delle riforme », La Stampa, Turin, 12/12/2016 (disponible sur http://www.lastampa.it/2016/12/12/cultura/opinioni/editoriali/linevitabile-percorso-delle-riforme-QYoLadEZ1n3ikV8YFl815O/pagina.html 

 

10/ Les quatre articles de Linda Laura Sabbadini, publiés dans le quotidien La Stampa de Turin, sont disponibles aux adresses suivantes [ndt] :

« Con la crisi non basta più il lavoro di uno solo in famiglia », 12/12/2016
http://www.lastampa.it/2016/12/12/economia/con-la-crisi-non-basta-pi-il-lavoro-di-uno-solo-in-famiglia-IcsFnFissrMfZ7lvupjEGL/pagina.html 

« Sempre peggio al Sud, la crisi ha cancellato il lavoro », 17/12/2016
http://www.lastampa.it/2016/12/17/italia/cronache/sempre-peggio-al-sud-la-crisi-ha-cancellato-il-lavoro-tg5dD5eL4VYL5kdxFFfPhJ/pagina.html 

« Cresce il divario generazionale. La crisi ha colpito di più i bambini », 23/12/2016
http://www.lastampa.it/2016/12/23/italia/cronache/cresce-il-divario-generazionale-la-crisi-ha-colpito-di-pi-i-bambini-mlqZ6gT93tPomkbYjACP8N/pagina.html 

« La crisi incrina la salute al Sud più che al Nord », 30/12/2016
http://www.lastampa.it/2016/12/30/economia/la-crisi-incrina-la-salute-al-sud-pi-che-al-nord-vE4XOPiBcpL9h6biMtRfRL/pagina.html 

lundi 6 février 2017

Malte: l'Union européenne en pleine crise existentielle

A l'occasion du sommet informel de Malte, toute la faiblesse de l'Union européenne a explosé en plein jour. Et tout cela à cause de D. Trump, qui a dit que le Roi était nu. Car c'est l'impasse: l'Union européenne ne pourrait survivre qu'en commençant une politique "européenne", or elle en est incapable.
 
Le nouveau Président américain n'a pas une attitude très amicale envers l'Union européenne. Il lui reproche son gouvernement bureaucratique, l'hégémonie de l'Allemagne qui a conduit l'organisation dans une crise migratoire - devenue identitaire - sans précédent, l'existence d'une monnaie qui bloque le développement économique des pays membres.
 
Ces critiques furent particulièrement mal prises, car finalement, D. Trump n'a fait que dire tout haut ce que déjà beaucoup n'osaient formuler. Le départ assumé de la Grande Bretagne, des élections incertaines en France et en Allemagne, cumulé à tout cela, l'Union européenne chancelle sous le poids d'interrogations qu'elle n'est pas prête à assumer.
 
Comme si tout cela n'était pas déjà suffisant, Ted Malloch, ambassadeur américain auprès de l'UE, fait une déclaration cinglante à la BBC:
« J’ai déjà eu des postes diplomatiques dans le passé qui m’ont permis d’aider à abattre l’URSS. Alors, peut-être qu’une autre Union a aussi besoin d’être domptée »
D. Tusk a donné le ton d'entrée de jeu: la question est existentielle, dans le sens direct du terme.
« Ce qu'il nous faut, c'est du courage, de la détermination et de la solidarité politique entre Européens », a-t-il plaidé avant de menacer : « Sans cela, nous ne survivrons pas »
Mais d'où vient cette subite frayeur? D'autant plus que l'Union européenne reconnait manifestement le bien fondé des critiques de Trump sur l'immigration, et d'une seule voix les dirigeants déclarent la nécessité de mettre fin à l'immigration clandestine qui submerge l'Europe et l'Italie en premier lieu et pour cela travailler plus étroitement avec la Libye. Ce pays miraculeusement devenu plus problématique que démocratique depuis l'intervention des pays, eux, évidemment hautement démocratiques et l'assassinat qu'ils ont froidement perpétré de Khadafi.
 
Mais immédiatement l'Union s'empêtre dans son politiquement correct. Certes, elle veut travailler avec Libye, comme elle a tenté de le faire avec la Turquie. Construire sur place des camps pour les candidats à l'immigration clandestine, renforcer les frontières du pays, soutenir les autorités locales, contribuer au retour des immigrés clandestins, puisque finalement c'est bien de cela qu'il s'agit et non de mythiques "migrants", dans leurs pays d'origine lorsqu'ils n'ont pu être régularisés. Et quel scandale, les ONG s'insurgent, pauvres d'eux, nous bafouons les droits de l'homme. Et D. Tusk de faire marche arrière toute: ne vous iquiétez pas, nous respecterons les droits de l'homme. Manifestement, le droit de certains hommes est plus important que le droit - tout court. Ce qui remet totalement en cause le fondement d'état de droit des sociétés européennes. D'autant plus que le commerce d'immigrés clandestins est très lucratif pour les pays de transit:
« Il y a aussi maintenant un engagement direct avec les tribus dans le sud de la Libye, qui ont jusqu'à présent collaboré avec les trafiquants et gagné entre 5 et 6 millions d'euros par semaine grâce à cela »
Il l'est beaucoup moins pour les pays qui se trouvent confrontés à l'afflux incessant d'immigrés, comme l'Italie, qui a perdu, sans compter les problèmes posés pour le tourisme, plus de 8 milliards d'euros ces trois dernières années:

D'un seul coup aussi, l'UE se souvient que les Etats Unis ont leur part de responsabilité dans la crise migratoire, puisqu'ils ont allègrement bombardé ces pays. Ce qui est vrai. Mais le soutien de l'UE ... non, parlons d'autres choses. Par exemple, des "valeurs de l'UE", comme la mondialisation, l'abolition des frontières... L'UE est donc devenu le chantre de la globalisation et cette nouvelle Amérique ne lui plait pas, car elle a changé de discours. Alors certains pays de l'Est européen ne suivent pas le discours des fonctionnaires européens et ici aussi pas de consensus.
 
Comme le disait D. Tusk:
« Le changement à Washington place l’UE dans une position difficile, avec une nouvelle administration qui semble remettre en cause soixante-dix ans de politique étrangère américaine. »
Et l'UE n'est pas prête à s'adapter à la nouvelle réalité. Beaucoup n'y croient pas, préfèrent ne pas y croire, et se bercent d'illusion au lieu de s'interroger sur les faiblesses de l'UE. Ils préfèrent parler de"post-vérité", terme propre à une société politique affaiblie, qui va leur renvoyer en plein visage la dure réalité des choses. Mais non, les Etats Unis cèderont, donc pour l'instant, il vaut mieux ne pas faire de vagues:
« Pas question d’entrer dans une polémique qui risquerait de dégénérer. Pour l’instant, les décisions de Washington paraissent assez inarticulées. Un jour ou l’autre, Trump va devoir en revenir au lien transatlantique », explique un diplomate, traduisant un sentiment assez répandu à Bruxelles. A la Commission, « on ne souhaite pas jeter de l’huile sur le feu, ou participer à l’hystérie »
Dans cette grande attention de ne rien faire, l'on entend poindre une autre voix, plus radicale, qui en appelle à la fin de la naïveté politique de l'Europe face aux Etats Unis. Il faut s'assumer: encore plus global, encore plus mondialiste face aux Etats Unis qui jouent le protectionnisme.
Le secrétaire d'État français chargé du Commerce extérieur, Matthias Fekl, a estimé dimanche que l'Union européenne devait sortir de sa "servitude" vis-à-vis des Etats-Unis en matière de mondialisation. (...) "Face à cela, l'Europe doit en revanche savoir peser sur la mondialisation, et sortir de sa servitude volontaire vis-à-vis des États-Unis. Elle doit mettre un terme à la naïveté dont elle fait parfois preuve et appliquer pleinement le principe de réciprocité dans ses relations économiques"
Le bateau coule? Allons encore plus haut, encore plus loin. C'est un combat politique que l'on voit poindre au niveau des Etats européens: souverainisme v. globalisme. La Grande Bretagne a fait son choix, la France est en train de le faire dans la douleur, d'autres pays s'y engagent. Les enjeux sont assez clairs: soit l'UE peut devenir le nouveau corps du système néolibéral globalisant, au prix des Etats européens et de leurs populations, soit les Etats tentent de mettre en place un projet qui soit réellement européen, mais sans l'Union européenne. 
 

Védrine et l’Union européenne

 

Par  · publication  · mis à jour 

Recension de l’ouvrage d’Hubert Védrine par M. Thibault Laurentjoye, doctorat au CEMI-EHESS.

 

Védrine H., Sauver l’Europe !, Editions Liana Levi, Collection Opinion, Paris, 2016.

 

Afficher l'image d'origineHubert Védrine est assurément l’une des personnalités françaises les plus connues, voire reconnues, en matière de politique étrangère. Collaborateur de François Mitterrand durant ses deux septennats (de 1981 à 1995), puis ministre des affaires étrangères dans le gouvernement dirigé par Lionel Jospin de 1997 à 2002, Hubert Védrine a été aux premières loges, voire au cœur de l’action de maints évènements et décisions à l’origine de la situation actuelle de l’Europe. Ceci donne une coloration toute particulière aux propos tenus dans ce livre. La petite taille de l’ouvrage l’empêche de se livrer à une accumulation encyclopédique et exhaustive de détails, mais lui permet en revanche de conserver un caractère concis rempli de formules et de bons mots pour décrire l’état de l’Union Européenne. Car c’est bien de l’UE dont il s’agit, et non uniquement de la zone euro, dans l’après-coup du Brexit et en prévision d’une avalanche de défis posés par le regain des partis nationalistes dans de nombreux pays. Le titre pose le décor : Hubert Védrine entend sauver l’Europe institutionnelle – y compris d’elle-même. Et dans son diagnostic comme dans ses propositions, on peut reconnaître qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère.

 

Diagnostic

 

Pour Védrine, l’UE est en déréliction (p.9), en crise existentielle (p.25), affaiblie et minée de l’intérieur (p.23). Elle est en décalage avec la réalité, et a fait reposer ses « aspirations touchantes » sur une vision fantasmée de la réalité, un « monde anhistorique » (p.13) qu’elle a pensé pouvoir faire advenir de façon auto-réalisatrice grâce à l’emploi d’une propagande basée sur des formules creuses, éléments de « narration à l’eau de rose » (p.12) et autres « mythes rétroactivement fondateurs mais inopérants » (p. 31). Hubert Védrine liste plusieurs de ces affirmations péremptoires : « l’Europe c’est la paix » (p.31), « Etats et nations sont dépassés » (p.32), ou encore « l’Europe ce n’est pas le problème mais la solution » (p.35). L’idée qu’il faudrait « nous en remettre à l’Europe » est attribuée à une combinaison de fatigue historique, de lâcheté et dogmatisme (p.69), et Védrine pointe le caractère téléologique de l’« Union sans cesse plus étroite » (p.79).

 

Le culte de la divinité européenne est allé de pair avec la destruction des idoles nationales. L’Europe institutionnelle s’est bâtie sur le refoulement du patriotisme, des souverainetés et identités nationales, et finalement sur le déni de la démocratie. Hubert Védrine souligne que les souverainetés nationales sont une conquête démocratique, et qualifie ironiquement d’exploit le fait d’en avoir fait une tare (p.12). Il fustige l’« acharnement à ridiculiser tout sentiment patriotique » (p.17) et insiste sur la « légitimité de l’attachement des peuples à la souveraineté » (p.51). Parallèlement à la construction de la mythologie européenne, Védrine reproche à l’UE d’avoir fait fausse route sur le plan de sa philosophie de politique économique. Loin de protéger les citoyens européens de la « concurrence économique débridée, issue de la dérégulation excessive de l’économie globale de marché, qui nous oblige à être compétitifs sans que nous ayons rien demandé » (p.13), l’UE a au contraire adopté une « interprétation maximaliste du marché unique » (p.58-9).

 

La concurrence libre et non faussée, Graal de l’organisation économique voulue par l’UE, a servi de « prétexte à tout niveler, tout réglementer de façon ubuesque » (p.76). Il s’agit d’une critique récurrente de Védrine à l’encontre de l’UE : celle-ci est atteinte de « furie normalisatrice » (p.37), d’ « autisme réglementaire hypertrophié » (p.43), elle a une « façon bureaucratique de niveler le marché » (p.15), elle s’est « mêlée trop de tout » (p.21), ce qui a abouti à un « abus de décisions détaillées » (p.22). Et l’auteur de pointer la liste « interminable de ces réglementations abusives, intrusives, trop détaillées ou inopportunes » sur des sujets aussi variés – et dont on saisit mal le caractère stratégique à l’échelle européenne – que « la chasse, les fromages, les étals en plein air, la contenance des chasses d’eau, la forme des pommeaux de douche, la taille des concombres ou des bananes, la définition du chocolat », allant jusqu’à qualifier – à nouveau ironiquement – la directive chocolat de « bijou » (p38). A force de déployer une énergie considérable en s’immisçant dans des détails, l’Europe semble ne plus en avoir pour s’attaquer aux grands enjeux. Pour cette raison notamment, Védrine écrit que « l’Europe a été bâtie à l’envers » (p.43). En se construisant dans le désordre, l’UE s’est condamnée à une stratégie permanente de « fuite en avant institutionnelle » (p.33), basée sur la « théorie du vélo, selon laquelle si l’Europe n’avance pas, elle tombe » (p.31). Hubert Védrine attribue la responsabilité de cette situation à la pensée européiste qui a gangrené la construction européenne, la rendant exclusive et à sens unique. D’après lui, la part des européistes ‘ultra’, les fédéralistes, au sein de la démographie électorale totale est relativement restreinte, mais surreprésentée au sein des élites et des faiseurs d’opinion. Védrine évalue le pourcentage de pro-européens ‘modérés’ à 15-20% du total des électeurs suivant les pays, celui des anti-européens véritables à 15-25%, celui des eurosceptiques (au sens large et étymologique, ni pour ni contre idéologiquement, mais qui s’interrogent) à 60%, et les fédéralistes à 1% (p.23). C’est cette minorité qui propage le « mythe fédéral » (p.77), ou celui des Etats-Unis d’Europe, qu’Hubert Védrine qualifie d’« analogie trompeuse » (p.79).

 

Le dernier paragraphe de la seconde partie de l’ouvrage exprime résume bien, et sans besoin d’interprétation, le diagnostic d’Hubert Védrine sur l’Europe : « La priorité n’est donc pas de « relancer » l’Europe sur des bases inchangées mais, au préalable, de rétablir le lien entre élites et populations. Les élites et les dirigeants européistes, qui n’ont jusqu’ici jamais envisagé un quelconque droit d’inventaire sur leur bilan et réagissent sur un ton outragé à la moindre critique, doivent s’y résoudre enfin : l’utopie européiste fédéraliste, au départ sincère, et que les horreurs du nationalisme semblaient justifier, a fini par entraîner un profond rejet. Les gouvernements doivent admettre un compromis historique avec les peuples, d’autant que, répétons-le, il n’y a pas de chemin démocratique vers le fédéralisme, ni par le référendum ni par les Parlements. Plus que jamais il faut, pour sauver le projet européen, le libérer du dogme européiste et le repenser » (pp.39-40).

 

Le plan Védrine

 

En réponse à la situation dont il a livré le diagnostic, Hubert Védrine propose de « recentrer l’Europe » sur des « projets concrets », insistant en particulier sur la nécessité de rendre « Schengen viable » (p.35-36), et d’élargir les objectifs de politique monétaire à la croissance, l’emploi et le développement durable. Pour mener à bien cette tâche, il préconise de remettre au centre de l’Europe institutionnelle le principe de subsidiarité (p.37), de pratiquer une « harmonisation par objectifs » (p.38), de « tenir compte des peuples » (p.43), de suivre une « diète normative » (ibid), et de faire de la maîtrise des flux financiers et migratoires une priorité (p.46).

 

Sur la forme du processus à suivre, Védrine propose un plan d’action en trois volets : « pause, conférence, refondation » (p.51) de « rebâtir l’ensemble du système » (p.51)). La pause concerne essentiellement le processus d’élargissement de l’UE, ainsi que l’expansion incessante du domaine des prérogatives de la Commission. La conférence se tiendrait de préférence « dans une vieille ville non capitale », et serait l’occasion pour la France et l’Allemagne de « mettre entre parenthèses leurs différences » (p.54). Cette conférence aurait pour but une « clarification du rôle de la Commission » (p.56), qui serait ramenée « à sa véritable mission d’origine », pensée comme «‘extranationale‘ […] et non ‘supranationale’ […] dans l’intérêt général européen » (p.58), après un « inventaire à la hache » (ibid). Un processus de refondation s’ensuivrait sur les nouvelles bases, afin de rééquilibrer le processus politique européen. La réflexion sur le concept de subsidiarité sous-tend implicitement tout l’argumentaire de Védrine. Notons qu’il fait partie des principes centraux de l’Union Européenne, et l’article 5 du TFUE lui est d’ailleurs dédié. La définition habituelle qui en est donné est la suivante : dans un système de décision et d’organisation à plusieurs échelons, le principe de subsidiarité consiste à réserver à l’échelon supérieur uniquement ce que les échelons ne peuvent pas effectuer aussi efficacement. La définition ‘védrinienne’ de la subsidiarité est un peu moins systématique, mais plus pragmatique : elle consiste en la situation actuelle des choses, en une « retenue dans l’usage du pouvoir des institutions européennes » (p.56).

 

Pour ce qui est de l’identification des échelons pertinents de gouvernance, Hubert Védrine propose de distinguer trois types de missions : 1) les missions pour lesquelles l’Europe est l’échelon de gouvernance le plus adapté, 2) les missions pour lesquelles les Etats nationaux sont plus pertinents, 3) les missions dont la nature requiert une coopération entre échelons nationaux et européen. D’après lui, trop de missions ont été indûment confiées à la Commission Européenne (qui se les est en réalité auto-confiées), ce qui a abouti à un « complexe juridico-bureaucratique » (p.38). Il incombe donc prioritairement à la mission de reformation de retirer à l’échelon européenne les prérogatives qui n’auraient jamais dû lui revenir. Parmi les missions dont le cadre pertinent est l’Etat-Nation, et dont il n’y a d’après Hubert Védrine rien à attendre de l’Europe, figure la gestion des systèmes sociaux. Védrine considère que l’Europe sociale n’est rien d’autre qu’un « beau slogan » (p.19), un mythe qui a servi à justifier à la aussi bien le vote en faveur du TCE que son rejet. Pour Védrine, l’Europe n’a en l’état actuel des choses vocation à être ni sociale ni anti-sociale. Idéalement elle pourrait sociale, mais il n’existe « aucune majorité » allant en ce sens (p.19). En conséquence, la gestion des systèmes sociaux devrait redevenir une prérogative absolue des Etats nationaux, sans aucune intrusion de l’Europe sur cette question.

 

Hubert Védrine reconnaît que si sur un plan purement logique, certains problèmes actuellement gérés par les Etats pourraient mieux l’être à l’échelon européen, il met toutefois en garde contre le ras-le-bol actuel vis-à-vis de l’Europe institutionnelle, et insiste pour se limiter à des thèmes pour lesquels il existe une « valeur ajoutée européenne évidente » (p.56). Védrine prône le recentrage sur les missions essentielles de l’Europe institutionnelle, à commence par un « Schengen crédible » (p.59), basé sur un juste équilibre entre droit d’asile et intégration (p.62).

 

Dans le domaine économique, Hubert Védrine souhaite dépasser l’opposition entre vues française et allemande. Son jugement du modèle économique français est sévère, doté selon lui d’une « incapacité enkystée à créer des emplois non subventionnés » (p.19), mais il n’en reconnaît pas moins qu’un assouplissement des positions allemandes est nécessaire, sans quoi plusieurs pays sortiront de la zone euro (p.72). Il suggère en particulier de mener de « vraies réformes structurelles en France » (sans préciser ce que cela signifie) pour obtenir en échange un « élargissement des missions de la BCE », laquelle aurait désormais pour mission de rechercher une « croissance durable, non inflationniste et créatrice d’emplois » (pp.71-72). Plus généralement, Védrine juge nécessaire de parvenir à une « synthèse entre assainissement des finances publiques et croissance durable » (p.72). En ce qui concerne de la défense et de la politique étrangère, Védrine aspire à une Europe-puissance « pacifique – et non pas pacifiste » (p.66), notant au passage que l’Europe semble avoir abdiqué depuis 1945 de l’idée de puissance (ibid). Dans les faits, cela passe par des coopérations militaires ou industrielles, et non par une illusoire Europe de la défense (p.70). Il faut d’après Védrine « rassembler collectivement nos forces » afin de mener une politique étrangère commune à 27 (p.67). Au lieu « d’empiler traités et procédures », il serait « plus efficient de charger les Etats les plus opposés entre eux, de proposer des synthèses acceptables par tous » (pp.68-69).

 

Dans le cas où les mesures proposées ne pourraient pas être mises en œuvre, par absence de consensus entre les pays européens ; si le retour à la « fédération d’Etats-Nations » souhaitée par Védrine n’était pas possible, alors il faudrait tirer les conséquences de cette impasse, et – le livre se termine sur ces mots – « la France devrait avancer ses propres propositions » (p.95).

 

 Commentaires

 

Le livre d’Hubert Védrine met le doigt sur plusieurs problèmes fondamentaux de l’Union Européenne, sans chercher à minimiser l’ampleur ni à en éluder les causes. Il faut saluer l’effort de l’auteur de reconnaître la gravité de la situation, et de proposer un plan plus réaliste que nombre de propositions fédéralistes naïves.

 

On peut cependant se demander à quel point l’engagement d’Hubert Védrine dans le processus historique de la construction affecte dans son jugement. En effet, le doute est permis quant à la capacité de l’UE à s’auto-réformer, devenir plus démocratique et limiter ses pouvoirs, même si cela était justifié par le principe de subsidiarité censé être au centre de sa philosophie de construction.

 

L’analyse d’Hubert Védrine nous semble faire l’impasse sur deux points en particulier, dont la prise en compte aurait abouti à un diagnostic plus pessimiste – et à notre avis plus réaliste – sur l’avenir de l’UE et de la zone euro. Le premier point a trait à l’incohérence de la philosophie économique de l’Union Européenne, prônant à la fois la circulation des capitaux et la maîtrise des déficits, mélange explosif aboutissant à la dégradation des économies européennes dans leur ensemble. Le second point concerne la question des conditions de viabilité des zones économiques, et en particulier la nécessité de se doter de mécanismes de redistribution entre pays partageant une même monnaie. On ne peut donc pas, ainsi que le fait Hubert Védrine, adopter des objectifs économiques communs à l’échelle européenne et accepter la relégation intégrale des questions de protection sociale au niveau national – à moins de se doter d’un pouvoir de relance significatif à l’échelle de la zone euro.

 

La philosophie économique de l’UE, basée sur la liberté parfaite de circulation des facteurs de production et des capitaux financiers entre pays européens(1), présente des inconvénients importants, ce que reconnaît Hubert Védrine. Des pays comme l’Irlande ou les Pays-Bas vivent notoirement de la concurrence fiscale, qui est une forme typique de comportement non coopératif. Si l’on ajoute à cela un autre pilier de la philosophie de l’UE, à savoir les règles de maîtrise des déficits budgétaires nationaux, on aboutit logiquement à une situation dans laquelle les Etats nationaux, globalement perdants à l’issue du processus d’optimisation fiscale, se trouvent forcés à mettre en place de néfastes politiques d’austérité. Il y a là un vice fondamental de l’UE, qui provoque une atrophie progressive des budgets nationaux, et un accroissement plus que proportionnel du poids des intérêts sur la dette publique – actuellement artificiellement compensée par les politiques de très faible taux d’intérêt des banques centrales. L’UE, telle le dieu grec Chronos, est donc en train de manger ses ‘petits’ – ou ses parents, suivant comment on se place(2). Or, toute décision concernant l’harmonisation de la fiscalité au sein de l’UE est soumise à la règle de l’unanimité. En d’autres termes, elle devrait faire l’objet d’une approbation ou d’une abstention de tous les Etats-membres, y compris des pays profitant de la situation actuelle. Il est absolument clair qu’une telle unanimité ne pourrait pas être atteinte, et que dans les faits les pays pratiquant des politiques non-coopératives ont un pouvoir de veto(3). Deux options s’offrent alors : la désobéissance ou la sortie. La première option est prônée par l’ancien ministre des finances grec Yanis Varoufakis(4). Sans nier sa pertinence, il nous semble toutefois que les problèmes de l’UE sont à présent tellement profonds que l’on ne peut pas y répondre sans une réponse également plus profonde.

 

Il est devenu progressivement évident que l’UE n’est pas la forme institutionnelle adaptée aux pays européens, caractérisées par une hétérogénéité culturelle qui les distingue foncièrement des Etats-Unis d’Amérique, trop souvent pris pour référence. Cela ne remet pas en cause en soi la possibilité de construire une Europe institutionnelle viable – tout comme la déroute économique de l’euro ne condamne pas toute possibilité de monnaie commune ou unique à l’échelle de plusieurs pays, pour peu que ceux-ci aient des cultures et des préférences de politique économique compatibles. Une communauté de nations avec davantage de latitude à divers niveaux (nationaux, mais aussi régionaux, voire communaux) serait une forme institutionnelle plus adaptée aux caractéristiques européennes, que l’actuelle union d’Etats rigide et vampirisante comme le souligne Hubert Védrine.

 

L’autre point concerne plus spécifiquement la zone euro en tant que zone monétaire nécessitant des institutions adaptées. La méthodologie suivie par Hubert Védrine, consistant à laisser les questions sociales dans le giron national, tout en suggérant de rechercher davantage de convergence entre pays sur le plan économique, nous semble relever de la quadrature du cercle. L’économique et le social sont souvent les deux faces d’une même pièce. Ainsi, lorsqu’un pays entre en crise, et que son déficit budgétaire augmente, c’est à la fois du fait des moindres rentrées fiscales (TVA, IR, etc) et de la hausse des dépenses sociales (allocations chômage, RSA en France, etc). Demander à un pays de réduire son déficit en considérant le versant économique ‘pur’ des choses est proprement insensé. Par ailleurs, la frontière entre économique et social est souvent artificielle. Les lois Hartz en Allemagne, que Védrine qualifie de courageuses (p.84) relèvent-elles de l’économique ou du social ? Les deux à la fois, puisqu’elles concernent aussi bien des aspects de la politique sociale tels que les conditions d’indemnisation des chômeurs, que les circonstances économiques de formation des coûts dans les secteurs ou les emplois à (très) bas salaires sont créés. On ne peut pas donc dissocier l’économique et le social, et les considérer comme deux domaines distincts, auxquels on pourrait appliquer des méthodes de gouvernance indépendantes. Cela rejoint les apports de la théorie des zones monétaires optimales (TZMO) issue des travaux de Robert Mundell, raffinés depuis, qui ont identifié plusieurs critères de viabilité des zones monétaires. Le critère essentiel est la capacité à absorber des chocs asymétriques au sein de la zone, ce qui peut être réalisé soit à travers un mécanisme de redistribution, soit à travers des procédures de relance systématiques de l’activité dans les zones touchées par des chocs.

 

Le premier type d’arrangement institutionnel, le mécanisme de redistribution, renvoie aux questions fiscales déjà évoquées, point d’impasse de l’UE, mais aussi à la question des systèmes sociaux(5). Or, si comme le souligne Hubert Védrine l’Europe sociale est un leurre, c’est avant tout parce que le fossé entre pays européens est trop important, ils ne sont pas au même point de la courbe de développement et n’ont pas les mêmes aspirations, ni les mêmes préférences de politique économique. Il faudrait alors se tourner vers la seconde forme d’arrangement institutionnel : un mécanisme de soutien automatique de la demande.

 

C’est pour cette raison que nous ne partageons pas l’opinion d’Hubert Védrine dénonçant l’inutilité des politiques de relance keynésiennes et leur propension systématique à générer un endettement relatif au PIB supérieur à la situation avant relance – notons que le plan Juncker échappe curieusement à cette critique. Nous considérons au contraire que l’une des grandes erreurs de la construction de l’Europe institutionnelle, et monétaire en particulier, a été son biais anti-keynésien qui a abouti à une dégradation lente mais in fine significative de l’économie européenne. Au lieu de pratiquer des politiques ponctuelles de déficit actif visant à soutenir l’économie, la non-relance permanente a provoqué un déficit passif dû à la hausse des recettes moins rapide que celle des dépenses sociales issue de la dégradation de la situation de nombreuses personnes. Et l’argument consistant à dire que certains pays s’en sortent et qu’il faut suivre leur modèle n’a aucune valeur, dès lors que leur succès se fait intrinsèquement aux dépens des autres pays.

 

La conclusion de cette recension portera sur la dernière phrase du livre, comme quoi en cas d’échec du plan Védrine la France devra avancer ses propres propositions. Cela nous semble mériter plus qu’une ligne, dans la mesure où l’UE, pour les raisons évoquées, a peu de chance de se maintenir à flot dans sa forme actuelle, trop large, hétérogène, et désunie(6). L’UE est irréformable en l’Etat, du fait de la nécessité de statuer à l’unanimité sur les questions les plus importantes. Il n’apparaît pas d’autre solution que de renoncer à aller plus loin dans cette voie, mais cela n’exclut pas de former des partenariats privilégiés avec d’autres pays européens, sur des sujets où il existe de réelles convergences.

 

Notes

(1) Delaume C. & Cayla D., La fin de l’Union Européenne, Editions Michalon, Paris, 2017.

(2) Sapir J., L’euro contre la France, l’euro contre l’Europe, Les éditions du Cerf, Paris, 2016.

(3) Cf. à ce sujet Maurel E., « L’impôt à 0%, symbole des blocages européens », Site internet Les Echos, 3 février 2017.

(4) Varoufakis Y., « It is time for Europe’s humanists to reclaim Europe », Site internet de DiEM, 12 septembre 2016.

(5) Il faut également signaler que la mobilité des travailleurs est également limitée par l’hétérogénéité des systèmes sociaux. En l’absence d’harmonisation fiscale et sociale, un travailleur peut avoir intérêt à rester dans le pays où il est contribuable, afin de continuer à bénéficier de crédit d’impôts par exemple, alors qu’il pourrait être plus intéressant pour le système dans son ensemble que ce travailleur se déplace (plus ou moins longtemps) pour aller travailler dans un autre pays.

(6) Delaume C., Europe, les Etats désunis, Editions Michalon, Paris, 2014.

Qui fournit l’information ? (London Review of Books)

Le point culminant de la couverture médiatique occidentale des guerres en Irak et en Syrie a été le siège d’Alep-est, qui a commencé sérieusement en juillet et s’est terminé en décembre, lorsque les forces gouvernementales syriennes ont pris le contrôle des dernières zones tenues par les rebelles et plus de 100 000 civils ont été évacués. Pendant les bombardements, les chaînes de télévision et de nombreux journaux semblaient désintéressés de savoir si tel ou tel reportage était vrai ou faux, et ont même rivalisé pour publier l’histoire d’atrocité la plus spectaculaire, même lorsqu’il n’y avait que peu de preuves qu’elle avait réellement eu lieu. Les chaîne NBC a rapporté que plus de quarante civils avaient été brûlés vivants par les troupes gouvernementales, en citant comme source de vagues « médias arabes ». Une autre histoire largement médiatisée - qui a fait les manchettes partout, du Daily Express au New York Times - fit celle de vingt femmes qui s’étaient suicidées le matin même pour éviter d’être violées par les soldats qui arrivaient, la source étant un insurgé bien connu, Abdullah Othman, dans une citation d’une seule phrase accordée à the Daily Beast.

 

L’histoire la plus crédible sur des atrocités fut diffusée dans le monde entier par Rupert Colville, porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, qui a déclaré que son agence avait reçu des informations fiables selon lesquelles 82 civils, dont 11 femmes et 13 enfants, avaient été tués par des forces pro-gouvernementales dans plusieurs endroits nommés dans Alep-est. Il fut précisé que les noms des morts étaient connus. D’autres enquêtes du HCR en janvier ont porté le nombre de morts à 85 sur une période de plusieurs jours. Colville a dit que les auteurs ne sont pas l’armée syrienne, mais deux groupes de milices pro-gouvernementales - al-Nujabah d’Irak et un groupe palestinien syrien appelé Liwa al-Quds - dont les motifs étaient « l’inimitié personnelle et des disputes entre familles ». Interrogé s’il y avait d’autres rapports de civils exécutés au cours des dernières semaines du siège, Colville a dit qu’il y avait des rapports sur des membres de l’opposition armée tirant sur des personnes qui tentaient de fuir l’enclave rebelle. L’assassinat de 85 civils confirmés par de multiples sources et le meurtre d’un nombre inconnu de personnes avec des bombes et des obus étaient certainement des atrocités. Mais il est exagéré de comparer les événements d’Alep-est - comme les journalistes et les politiciens des deux côtés de l’Atlantique l’ont fait en décembre - avec l’assassinat massif de 800 000 personnes au Rwanda en 1994 ou plus de 7000 à Srebrenica en 1995.

 

Toutes les guerres produisent toujours de fausses histoires d’atrocités - ainsi que de véritables atrocités. Mais dans le cas syrien, les nouvelles fabriquées et les reportages unilatéraux ont dominé les informations à un degré probablement jamais vu depuis la Première Guerre mondiale. La facilité avec laquelle la propagande peut désormais être diffusée est souvent attribuée à la technologie de l’information moderne : YouTube, smartphones, Facebook, Twitter. Mais il ne faut pas s’étonner que dans une guerre civile, chaque partie utilise tous les moyens possible pour faire connaître et exagérer les crimes de l’ennemi, tout en niant ou dissimulant des actions similaires dans son propre camp. La véritable raison pour laquelle les reportages sur le conflit syrien ont été si mauvais est que les médias occidentaux se sont presque entièrement fié aux rebelles.

 

Depuis au moins 2013, il est trop dangereux pour les journalistes de visiter les zones tenues par les rebelles en raison de craintes bien fondées d’êtres enlevés et détenus pour un rançon, ou assassinés, habituellement par décapitation. Les journalistes qui ont pris le risque ont payé un lourd tribut : James Foley a été enlevé en novembre 2012 et exécuté par l’Etat islamique en août 2014. Steven Sotloff a été enlevé à Alep en août 2013 et décapité peu de temps après Foley. Mais il y a une forte demande du public pour savoir ce qui se passe là-bas, et les médias, presque sans exception, ont répondu en déléguant leurs reportages aux médias locaux et aux militants politiques, qui apparaissent régulièrement sur les écrans de télévision à travers le monde. Dans les régions contrôlées par des gens si dangereux qu’aucun journaliste étranger n’ose y mettre les pieds, l’idée que des citoyens locaux non affiliés puissent s’exprimer librement n’a jamais été crédible.

 

A Alep-est, tout reportage devait être effectué avec l’approbation d’un des groupes salafi-jihadistes qui dominaient l’opposition armée et contrôlaient la région - y compris Jabhat al-Nusra, anciennement la branche syrienne d’Al-Qaida. Le sort de tous ceux qui critiquent, s’opposent ou même agissent indépendamment de ces groupes extrémistes a été mise en évidence dans un rapport d’Amnesty International publié l’année dernière et intitulé « La torture était ma punition : enlèvements, tortures et assassinats sommaires sous la règne des groupes armés à Alep et Idlib » : Ibrahim, que les combattants d’al-Nusra ont suspendu au plafond par les poignets et battu, pour avoir tenu une réunion pour commémorer le soulèvement de 2011 sans leur autorisation, est cité : « J’avais entendu et lu des choses sur les techniques de torture des forces de sécurité gouvernementales. Je pensais que je serais en sécurité dans une zone tenue par l’opposition. J’avais tort. J’ai été soumis aux mêmes techniques de torture, mais aux mains de Jabhat al-Nusra. »

 

Le fait que les groupes liés à Al-Qaida avaient le monopole sur les informations sortant d’Alep-est ne signifie pas nécessairement que les reportages dans la presse sur les effets dévastateurs des bombardements étaient faux. Les images de bâtiments démolis et de civils recouverts de poussière de ciment n’ont pas été fabriquées. Mais elles étaient sélectives. Il convient de rappeler que - selon les chiffres de l’ONU - il y avait entre 8000 et 10.000 combattants rebelles à Alep-est, mais pratiquement aucune image de télévision n’a montré des hommes en armes. Les médias occidentaux se sont généralement référés aux groupes défendant Alep-est comme « l’opposition » sans mention d’al-Qaida ou de ses groupes associés. Il y avait une supposition implicite que tous les habitants d’Alep-est étaient fermement opposés à Assad et soutenaient les insurgés. Il est pourtant frappant de constater que lorsqu’on leur a offert le choix à la mi-décembre seuls un tiers des évacués - 36.000 - ont demandé à être rejoindre Idlib, une ville tenue par les rebelles. La majorité - 80.000 - ont choisi Alep-ouest, contrôlée par le gouvernement. Ce n’est pas nécessairement parce qu’ils s’attendaient à être bien traités par les autorités - c’est juste qu’ils pensaient que la vie sous les rebelles était encore plus dangereuse. Dans la guerre civile syrienne, le choix est souvent entre le mauvais et le pire.

 

Les reportages partisans sur le siège d’Alep-est l’ont présenté comme une bataille entre le bien et le mal : Le Seigneur des Anneaux, avec Assad et Poutine dans les rôles de Saruman et Sauron. En prenant leurs source principalement auprès des militants locaux, les agences de presse les incitaient involontairement à éliminer - par l’intimidation, l’enlèvement et le meurtre - tout journaliste indépendant, syrien ou non, qui pouvait contredire leur version. Les dirigeants étrangers et les médias internationaux prédisaient un massacre à l’échelle des pires massacres de l’après-guerre. Mais, de manière honteuse, au moment où le siège a pris fin, ils ont complètement perdu tout intérêt pour l’histoire et savoir si les horreurs qu’ils avaient racontées avaient réellement eu lieu ou non. Plus grave encore, en présentant le siège d’Alep-est comme la grande tragédie humanitaire de 2016, ils ont détourné l’attention d’une tragédie encore plus grande qui se déroulait à 450km à l’est, dans le nord de l’Irak.

 

L’offensive contre Mossoul, la plus grande ville encore détenue par l’Etat islamique, a commencé le 17 octobre, lorsque les troupes de l’armée irakienne, avec le soutien de la puissance aérienne US, sont entrées dans les quartiers de l’est de la ville. Les espoirs d’une victoire rapide ont été rapidement déçus lorsque les soldats irakiens ont commencé à souffrir de lourdes pertes parce que des unités de petite taille, mais très mobiles, d’une demi-douzaine de combattants, se déplaçaient de maison en maison à travers des tunnels cachés ou des trous percés dans les murs pour occuper des positions de sniper, placer des pièges et des mines anti-personnelles. Les populations locales dont les maisons avaient été réquisitionnées disent que les tireurs d’élite étaient des Tchétchènes ou des Afghans qui parlaient un arabe approximatif. Ces combattants étaient soutenus par l’Etat Islamique local qui a également aidé à cacher les kamikazes qui devaient conduire des véhicules bourrés d’explosifs. Au cours des six premières semaines de l’offensive, il y a eu 632 attentats-suicides avec de telles véhicules. Un groupe de l’EI occupe une maison jusqu’à ce qu’elle soit repérée par les forces gouvernementales irakiennes et qu’elle soit sur le point d’être détruite par des armes lourdes ou des frappes aériennes menées par les Etats-Unis. Avant cette contre-attaque, le groupe se déplace vers une autre maison. L’EI a traditionnellement favorisé la tactique fluide, chaque escouade ou détachement agissant indépendamment et avec un contrôle hiérarchique limité. Adaptée à un environnement urbain, cette approche permet à de petits groupes de combattants de harceler des forces beaucoup plus importantes, en se repliant rapidement puis en s’infiltrant dans les quartiers capturés qui doivent à leur tour être repris, encore et encore.

 

Les gouvernements irakien et US avaient toutes les raisons de minimiser le fait qu’ils n’avaient pas réussi à prendre Mossoul et avaient plutôt été aspirés dans la plus grande bataille menée en Irak et en Syrie depuis l’invasion US en 2003. Ce fut seulement au cours de la deuxième semaine de janvier que les forces spéciales irakiennes ont atteint le Tigre après des combats féroces : avec l’appui d’avions, d’hélicoptères, d’artillerie et de renseignements US, ils ont finalement pris le contrôle de l’Université de Mossoul, qui avait servi de quartier général de l’EI pour l’Est de la ville et les 450 000 habitants de la région. Mais atteindre le Tigre était loin d’être la fin de la partie. Le 13 janvier, l’EI a fait sauter les cinq ponts qui enjambaient la rivière. La partie ouest de la ville est un défi beaucoup plus important : elle compte 750 000 habitants, dont on pense que beaucoup sont sympathisants de l’EI. C’est un quartier plus vaste, plus pauvre et plus ancien, avec des ruelles étroites reliées entre elles et faciles à défendre. Seules les organisations humanitaires, confrontées aux nombreuses victimes civiles et aux perspectives d’une lutte à mort par l’EI, ont pu juger de l’ampleur de ce qui se passait : le 11 janvier, Lise Grande, coordonnatrice humanitaire de l’ONU en Irak, a déclaré que la ville était « témoin d’une des plus grandes opérations militaires urbaines depuis la Seconde Guerre mondiale ». Elle a averti que l’intensité des combats était telle que 47% des personnes traitées pour des blessures par balle étaient des civils, bien plus que dans d’autres sièges dont l’ONU avait l’expérience. Le plus proche parallèle à ce qui se passe à Mossoul serait le siège de Sarajevo entre 1992 et 1995, où 10 000 personnes ont été tuées, ou le siège de Grozny en 1994-1995, où environ 5500 civils sont morts. Mais le bilan à Mossoul pourrait être beaucoup plus lourd que dans l’une ou l’autre de ces villes parce qu’elle est défendue par un mouvement qui ne négociera pas, ni ne se rendra, et exécute tous ceux qui montrent le moindre signe d’hésitation. L’EI croit que la mort au combat est l’expression suprême de la foi islamique, ce qui cadre bien avec une résistance acharnée jusqu’à la mort.

 

Sur la même période, le nombre de civils blessés à Mossoul au cours des trois derniers mois pourrait bien dépasser celui d’Alep-est, en partie parce que dix fois plus de gens ont été pris dans les combats à Mossoul, dont la population selon l’ONU est de 1,2 million ; 116 000 civils ont été évacués d’Alep-est. Parmi eux, 2126 malades et blessés de guerre ont été évacués vers les hôpitaux, selon l’OMS. Les pertes dans la campagne de Mossoul sont difficiles à chiffrer, en partie parce que le gouvernement irakien et les États-Unis ont pris soin d’éviter de donner des chiffres. Les responsables de Bagdad ont dénoncé avec colère la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Irak en annonçant que 1959 soldats, policiers, Peshmergas kurdes et leurs alliés paramilitaires avaient été tués au cours du seul mois de novembre. L’ONU a été forcée de s’engager à ne pas divulguer à l’avenir des informations sur les pertes militaires irakiennes, mais des officiers américains ont confirmé que certaines unités de la Golden Division composée de 10 000 hommes - une force d’élite formée aux États-Unis au sein de l’armée irakienne – avaient subies 50 pour cent de pertes à la fin de l’année. Le gouvernement irakien est également silencieux sur le nombre de victimes civiles et a insisté sur sa grande retenue exercée dans l’usage de l’artillerie et de frappes aériennes. Mais les médecins du Kurdistan irakien qui soignent les blessés fuyant Mossoul sont moins réticents à parler : ils se plaignaient d’être submergés. Le 30 décembre, le ministre kurde de la Santé, Rekawt Hama Rasheed, a déclaré que ses hôpitaux avaient reçu 13 500 soldats irakiens et civils blessés et qu’ils manquaient de médicaments. L’ampleur des pertes civiles n’a pas diminué depuis : le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires en Irak a déclaré qu’au cours des deux premières semaines de l’année, quelques 1500 Irakiens de Mossoul souffrant de traumatismes étaient arrivés dans les hôpitaux kurdes, principalement des zones de front et que « la plupart de ces blessures ont été infligées juste après l’intensification des combats à la fin du mois de décembre ». Ces chiffres ne donnent qu’une idée approximative des pertes réelles : ils n’incluent pas les morts ou les blessés dans l’ouest de Mossoul qui ne voulaient pas partir - ou qui ne pouvaient pas, parce qu’ils étaient utilisés comme boucliers humains par l’EI. L’ONU dit que beaucoup de gens ont été abattus par les combattants de l’IE alors qu’ils essayaient de s’enfuir.

 

Un grand nombre de ces pertes ont été infligées avant même que Mossoul ne soit totalement encerclée : la dernière route principale encore franchissable vers la Syrie, par où arrivaient la nourriture, les médicaments, le carburant et le gaz de cuisson depuis la prise de la ville il y a deux ans et demi, a été fermée en novembre par les paramilitaires chiites. Les pistes sont toujours ouvertes, mais elles sont dangereuses et ne peuvent souvent pas être utilisées pendant les pluies d’hiver. En conséquence, les prix sur les marchés de Mossoul ont grimpé en flèche : le prix d’un simple œuf a été multiplié par cinq, à 1000 dinars irakiens. Dans le principal marché des fruits et légumes, il n’y a que des pommes de terre et des oignons à vendre, et à des prix élevés. Au fur et à mesure que les bouteilles de gaz se vident, le bois prélevé sur des chantiers abandonnés se vend au prix fort. Le siège sera probablement long : s’il y a un endroit où l’EI peut livrer une bataille, c’est bien à Mossoul, là où le gouvernement irakien et l’armée US peuvent faire preuve de plus de retenue dans l’utilisation de leur puissance de feu qu’ailleurs en Irak. Les précédents sont inquiétants : en 2015-16, des frappes aériennes et des tirs d’artillerie ont détruit 70% de Ramadi, la capitale de la province d’Anbar, qui comptait 350 000 habitants. L’EI a toutes les raisons de se battre jusqu’au bout à Mossoul : en plus d’être la deuxième ville d’Irak, elle a une signification iconique pour l’EI. C’est ici, en juin 2014, que quelques milliers de ses combattants ont défait une garnison du gouvernement irakien d’au moins 20 000 soldats ; et c’est grâce à cette victoire miraculeuse que le chef de l’EI, Abu Bakr al-Baghdadi, a déclaré son califat. Ceux qui sont pris au piège à Mossoul ne sont pas optimistes : « Ce que nous craignions est en train de se produire », a déclaré une femme de soixante ans qui s’est présentée comme Fatima au journal en ligne Niqash, qui a publié un compte rendu des conditions qui régnaient dans la ville. « Le siège commence réellement. A partir de maintenant, chaque graine et chaque goutte de carburant compte parce que seul Dieu sait quand cela finira. »

 

Malgré la férocité des combats à Mossoul et les avertissements de l’ONU sur les pertes dans la ville qui pourraient dépasser celles de Sarajevo et de Grozny, l’attention internationale s’est presque exclusivement portée sur Alep-est. Ce ne serait pas la première fois dans la région que la presse occidentale se trompe de bataille : j’étais à Bagdad en novembre 2004, alors que la plupart des journalistes occidentaux couvraient la fin du siège de Falloujah. Les Marines l’ont finalement capturée, mais les généraux américains ont compris - et les médias ont à peine remarqué - que pendant que les troupes américaines combattaient à Falloujah, dans le centre de l’Irak, les insurgés s’étaient emparés de la plus grande ville de Mossoul, dans le nord. Cette victoire s’est révélée significative, car l’armée US et le gouvernement irakien n’ont jamais réellement repris le contrôle incontesté de la ville, de sorte que les prédécesseurs de l’EI ont survécu à une pression militaire intense et on pu se refaire une santé en attendant la révolte en Syrie en 2011 qui leur a donné de nouvelles opportunités.

 

Il y a beaucoup de similitudes entre les sièges de Mossoul et d’Alep-est, mais les reportages étaient différents. Lorsque des civils sont tués ou leurs maisons détruites lors du bombardement mené par les États-Unis à Mossoul, c’est l’État islamique qui est censé être responsable de leur mort : les victimes étaient des boucliers humains. Lorsque la Russie ou la Syrie visent des bâtiments à Alep-Est, ce sont eux les coupables et les rebelles n’y sont pour rien. Des images déchirantes d’Alep-Est montrant des enfants morts, blessés ou souffrant de traumatismes ont été diffusées dans le monde entier. Mais lorsque, le 12 janvier, une vidéo a été publiée montrant des personnes cherchant des cadavres dans les ruines d’un bâtiment à Mossoul qui semblait avoir été détruit par une attaque aérienne de la coalition dirigée par les États-Unis, aucune station de télévision occidentale n’a diffusé les images. « Nous avons sorti 14 corps jusqu’à présent », a dit un homme hagard en regardant la caméra, « et il y en a encore neuf sous les décombres ».

 

Patrick Cockburn

Traduction "après ça, c’est sûr que les petits merdeux "les Décodeurs" du journal Le Monde classeront une des publications les plus respectées au monde parmi les sites complotistes" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» https://www.lrb.co.uk/v39/n03/patrick-cockburn/who-supplies-the-news
URL de cet article 31484 

« L'Union européenne tue l'Europe », entretien au Figarovox

 

 

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN

(paru le 28 janvier 2016). 

 

A l'occasion de la sortie de leur dernier livre, La fin de l'union européenne, Coralie Delaume et David Cayla ont accordé un entretien fleuve au FigaroVox. Ils analysent notamment les conséquences du Brexit et de l'élection de Trump.

Votre essai s'intitule La fin de l'Union européenne, sans point d'interrogation. Pourquoi considérez-vous que l'Union européenne est déjà morte ?

 

Il faut commencer par dire que l'Union européenne n'est pas l'Europe. L'Europe, c'est un ensemble de pays qui s'efforcent de s'ajuster les uns aux autres depuis des siècles, souvent en s'opposant durement mais aussi en collaborant. L'Union européenne, elle, est un ensemble institutionnel et juridique très récent né de l'idée - sans doute un peu présomptueuse - qu'on allait se débarrasser des frottements et des oppositions pour toujours.

 

L'Union européenne, ce sont avant tout des règles de rang supranational, c'est à dire qui surplombent et encadrent l'action des États-membres. Cette Union n'existe, in fine, que tant que ces règles sont respectées. Or, force est de constater qu'elles le sont de moins en moins.

 

Sans même parler de celles qui sont arbitraires (par exemple le critère de 3 % de déficit public pour les pays membres de la zone euro ), ces règles sont uniformes, et souvent inadaptées à la situation réelle et aux besoins des différents pays. C'est pourquoi la plupart d'entre eux - parce qu'ils y sont poussés par les circonstances et non par «europhobie» ou par goût du «repli national» - transgressent ces règles ou les contournent. L'Irlande et le Luxembourg transgressent les règles de la concurrence non faussée en pratiquant de longue date un dumping fiscal agressif ; les pays d'Europe du Sud, victimes de la crise et d'une désindustrialisation accélérée transgressent les règles du Pacte budgétaire ; l'Allemagne, qui doit faire face au défi du vieillissement de sa population, dégage une épargne incompatible avec les équilibres macroéconomiques de la zone euro et fait fi du ratio maximal d'excédent courant autorisé par Bruxelles. Enfin, les pays d'Europe centrale qui ont dû faire face à l'afflux de centaines de milliers de migrants en 2015 ont également transgressé de nombreuses règles sur la libre circulation des personnes et l'accueil des réfugiés dans l'espace Schengen.

 

Du coup, si plus personne ne respecte les règles européennes que reste-t-il de l'UE ? Si nous nous autorisons à parler de «la fin de l'Union européenne», c'est parce que nos analyses nous contraignent à établir un constat d'échec. Ne parlons même pas du retour des tensions et des oppositions qui semblent renaître intactes et de toute part, comme si le temps s'était arrêté. L'incroyable âpreté de le relation germano-grecque depuis quelques années en témoigne. Lorsque paraît, au printemps 2015 dans le journal allemand Die Welt, un texte à la limite de l'essentialisme accusant les Grecs de détruire «l'Ordre européen» comme ils l'avaient fait dans l'Europe de la Saint Alliance en se soulevant contre la domination turque, on se dit que décidément, le projet européen d'unir le continent sous les auspices du marché, de la monnaie et de la jurisprudence de la Cour de Luxembourg, a échoué.

 

Vous expliquez qu'une petite région comme la Wallonie peut bloquer l'UE, sous-entendant que Bruxelles ne pourrait pas tenir très longtemps si un pays fondateur comme la France se rebellait. L'une des origines de la crise ne tient-elle pas du fait que les nations se sont sous-estimées et que l'on a trop considéré l'UE, notamment sa Commission, comme un super-Etat omnipotent?

 

En octobre dernier, à l'initiative du social-démocrate Paul Magnette, la Wallonie a en effet paralysé pendant plusieurs jours la signature du traité CETA, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada. Les Wallons ont fini par obtenir ce qu'ils attendaient de l'État fédéral belge et par remettre l'épée au fourreau.

 

Cet épisode n'est pas sans rappeler la crise grecque de 2015 durant laquelle l'Union entière a eu les yeux braqués sur la Grèce, un pays qui ne représente pourtant que 2 % du PIB de la zone euro. A l'approche du référendum de juillet 2015, les menaces adressées à l'électorat de ce petit État par la presse et la classe politique de tout le continent témoignait de l'angoisse dans lequel se trouvait alors toute « l'Europe officielle ». Si les Grecs avaient mené à son terme leur projet de recouvrer leur souveraineté, ils auraient fini par quitter la zone euro. Et la peur de l'effet domino était palpable. Un pays même petit, même très affaibli par la crise mais qui décide de s'affirmer, peut faire trembler tout l'édifice commuautaire.

 

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'Eurogroupe et la Banque centrale européenne se sont employés à harceler Athènes. Le travail de sape de la BCE - qui a mis sciemment les banques grecques à genoux - a été décisif. Car l'UE, ce n'est pas seulement la Commission de Bruxelles. Des trois grandes institutions supranationales que sont la Banque centrale européenne, la Cour de justice de l'Union (CJUE) et la Commission, cette dernière est sans doute la plus soumise à l'action des États membres.

 

Pour autant, les deux autres ne sont pas omnipotentes. N'ayant aucune légitimité démocratique, elles ne «tiennent» que parce que les pays membres acceptent de leur céder des prérogatives. C'est de la servitude volontaire en somme. Un pays qui en a la volonté politique peut tout à fait se reprendre. Le processus du Brexit est en train d'en faire la preuve. L'une des premières choses annoncées par Theresa May lors de son discours sur le Brexit du 17 janvier a été sa volonté de répudier à terme la jurisprudence de la CJUE. L'exemple hongrois est également très intéressant. Sans même prendre la peine de sortir de l'Union, la Hongrie a réformé sa Constitution et sa justice afin de ne plus avoir à appliquer sur son sol les décisions de la CJUE. Une sortie en douce de l'ordre juridique européen, en quelque sorte, que les autorités européennes sont impuissantes à condamner.

 

La force d'une monnaie reposant d'abord sur la confiance qu'elle inspire, est-ce à dire que l'euro est en sursis? Comment expliquez-vous que, dans les sondages, les opinions européennes soient encore très majoritairement attachées à la monnaie unique (même si la proportion de ‘satisfaits' n'a certes cessé de diminuer)?

 

La force des monnaies ne se résume heureusement pas à la confiance qu'elles inspirent! Si l'euro existe c'est parce que, juridiquement, c'est la seule monnaie qui a cours légal dans un ensemble économique qui représente plus de 300 millions d'habitants. La monnaie, c'est la conjugaison d'un système juridique qui impose son usage et d'un marché qui, par sa taille, lui donne une certaine profondeur en lui permettant d'être facilement utilisée comme paiement.

 

Néanmoins, contrairement à ce qui avait été annoncé lors du traité de Maastricht, l'euro ne s'est pas imposé comme une alternative sérieuse au dollar. Sur les marchés, dans les transactions, comme unité de compte, dans les réserves des banques centrales étrangères, le dollar domine encore très largement. Il représente par exemple plus de 60% des réserves de change dans le monde… soit environ la même part qu'avant la création de l'euro. Contrairement au dollar, l'euro n'est donc pas une monnaie qui inspire spécialement confiance à ceux qui ne sont pas contraints de l'utiliser. Cela tient en partie à l'aspect «incomplet» de la monnaie unique qui ne peut s'appuyer sur une autorité politique unifiée. Sur cet aspect, il faut lire les travaux de Michel Aglietta, qui font référence.

 

Il est pourtant naturel que les populations des pays européens soient réticentes à l'idée de sortir de la monnaie unique. Au plus fort de la crise de 2015, les Grecs (dont on a ainsi découvert que leur gouvernement ne le souhaitait pas et ne l'avait pas préparé) ont été menacés d'être exclus de l'euro après avoir perdu une grande partie de leurs revenus, de leurs emplois et de leur prospérité. Concrètement et pendant plusieurs jours, ils ne pouvaient plus retirer librement de l'argent dans les distributeurs ou accéder à leur épargne. Cette situation s'était déjà produite à Chypre en 2013 ou en Argentine en 2001. Même si on essaie de rassurer la population en expliquant que le retour à une monnaie nationale n'est qu'une question technique, pour la majorité des gens, changer de monnaie signifie prendre des risques qui apparaissent plus immédiats que les bénéfices. Face à ce sentiment, les discours rassurants des économistes sont malheureusement impuissants.

 

Du coup, on peut aller jusqu'à envisager que l'Union européenne disparaisse mais que l'euro subsiste. Cela s'est déjà vu dans l'histoire: des monnaies peuvent perdurer des siècles après la disparition des empires qui les avaient émises. De même, il existe aujourd'hui des petits pays qui n'ont pas de monnaie nationale et qui utilisent une devise étrangère comme l'Équateur, dont la monnaie officielle est le dollar américain ou le Monténégro qui utilise l'euro. On peut donc imaginer que, même si l'euro n'est pas une monnaie qui inspire particulièrement confiance, elle puisse continuer d'être utilisée de manière transitoire dans un État qui serait juridiquement sorti de l'Union européenne.

 

Vous citez ce mot de Bismarck: « J'ai toujours trouvé le mot ‘Europe' dans la bouche de politiciens qui tentaient d'obtenir des concessions d'une puissance étrangère sans oser les demander en leur propre nom ». N'est-ce pas précisément le cas de l'Allemagne vis-à-vis de Bruxelles et l'une des causes des dysfonctionnements de l'Union européenne aujourd'hui?

 

Cette formule visait à dénoncer l'hypocrisie consistant à nier l'existence des intérêts nationaux au profit d'un évanescent «intérêt général européen». En effet, contrairement à ce qu'on essaie de nous faire croire, non seulement les intérêts nationaux n'ont pas disparu avec l'avènement de l'UE, mais la construction européenne est elle-même devenue un champ d'affrontement extrêmement violent entre des intérêts nationaux contradictoires.

 

C'est particulièrement vrai pour l'Allemagne, grande gagnante du marché unique, qui est devenue au fil des années la puissance politique dominante du continent. Elle ne se prive pas d'utiliser le mot «Europe» pour imposer des politiques conformes à ses propres intérêts, y compris parfois sans en avoir pleinement conscience. Comme le disait récemment Wolfgang Streek, «l'Allemagne en est arrivée à tenir l'Union européenne pour une extension d'elle-même, où ce qui est bon pour l'Allemagne est par définition bon pour les autres (…) Proches en cela des États-Unis,les élites allemandes projettent ce qu'elles estiment évident, naturel et raisonnable sur leur monde extérieur, et s'étonnent que l'on puisse voir le monde autrement qu'elles».

 

Cela a été clair au moment de la crise grecque avec le refus obstiné d'Angela Merkel de s'engager dans un quelconque allègement de la dette publique hellène. L'Allemagne, grand pays créancier, y avait en effet tout à perdre. Mais tout en exigeant le respect scrupuleux des traités et de la clause «no bail out» (pas de sauvetage) elle s'autorisait à dégager des excédents courants largement en dehors des clous. Puis, quelques mois plus tard, la chancelière décidait unilatéralement de s'affranchir du règlement de Dublin sur les réfugiés. Ce respect à géométrie variable des règles européennes est le signe que la République fédérale - contrairement à d'autres - n'entend pas renoncer à ses intérêts nationaux quitte à décider unilatéralement que ceux-ci correspondent aux intérêt de la construction européenne dans son ensemble.

 

De manière générale, l'Allemagne s'avère particulièrement habile à faire converger les politiques européennes avec ses vues. Elle a notamment été en pointe dans les négociations autour du traité de libre-échange transatlantique (TAFTA) où la question centrale était pour elle d'imposer aux États-Unis la plus large ouverture possible dans le secteur automobile. Les intérêts français, notamment dans l'agriculture et les services devaient être otalement sacrifiés sur l'autel de l'industrie allemande.

 

En fin de compte le gouvernement français, qui s'était vraisemblablement peu investi dans ces négociations, avait fini par demander (sans être entendu) qu'on renonce au TAFTA. Le salut français est paradoxalement venu de l'élection de Donald Trump, qui enterre sans doute définitivement toute perspective de conclure un tel accord.

 

Pourtant Theresa May et Donald Trump semblent d'accord pour signer un accord de libre-échange ensemble. La sortie de l'Union ne signifie donc pas nécessairement un retour au protectionnisme…

 

L'important n'est pas tant la politique qu'on mène, qui dépend de la couleur politique du gouvernement, que le fait de pouvoir effectivement la mener et de contrôler les tenants et les aboutissants des négociations.

 

En sortant de l'Union européenne, le Royaume-Uni recouvre sa souveraineté en matière commerciale. Il peut donc négocier librement les accords qui lui chantent, en mettant toute sa force diplomatique au service de ces négociations. En France, notre diplomatie finit par être totalement accaparée par d'interminables négociations avec des partenaires européens aux intérêts contradictoires. On l'a d'ailleurs un peu oublié mais Trump est en train de le rappeler au monde: les traités commerciaux sont des éléments incontournable de la diplomatie. En délégant leur politique commerciales à l'échelon européen, les États membres se sont de fait amputés d'une partie de leurs capacités diplomatiques.

 

Le Royaume-Uni n'a pas sombré suite au référendum sur le Brexit. Comment voyez-vous l'avenir pour Londres ?

 

Il est compliqué mais au moins il n'est pas bouché. Contrairement au nôtre, pour l'instant.

 

Il est vrai que l'économie britannique tient bien le choc, au point que l'économiste en chef de la banque d'Angleterre s'est récemment excusé d'avoir joué les Cassandre à mauvais escient. Pour autant et comme il l'a immédiatement rappelé, l'article 50 n'a pas encore été engagé et le processus de sortie de l'Union n'est pas enclenché.

 

Il est sur les rails malgré tout, et il semble, de manière paradoxale, qu'un pays pourtant gouverné par les Tories soit en train d'amorcer une rupture avec le « laisser-faire » en matière économique. Le 23 janvier, soit une semaine après son grand discours sur le Brexit, Theresa May a présenté un «livre vert» sur l'industrie qui semble faire la part belle à l'interventionnisme étatique en la matière et à une stratégie de long terme. Le spécialiste de géopolitique Édouard Husson estime que nos voisins sont en train de «mettre fin au thatchérisme». Jean-Michel Quatrepoint estime pour sa part que le Brexit, sans être la seule, est l'une des manifestations de «la fin du cycle néolibéral entamé en 1971».

 

Il faut à présent se donner du temps pour voir si ces diagnostics sont les bons, et si le gouvernement britannique se donne les moyens de faire du « Brexit dur » qu'il a choisi un succès.

 

La critique de l'Union européenne est largement monopolisée aujourd'hui par le Front national. Pour les souverainistes, dont vous êtes, comment construire une alternative à l'UE quand le FN dispose d'un socle de 20% au premier tour des élections?

 

Notre livre n'est pas un manifeste « souverainiste » dans le sens où il ne préconise pas explicitement une sortie de l'Union européenne. Il est avant tout un constat: la tentative de construire une démocratie européenne qui transcenderait les nations est un échec. Nous essayons d'expliquer pourquoi, de démontrer plus que de dénoncer.

 

On nous reproche parfois de ne pas avoir conclu sur un appel clair et net au « Frexit ». Mais ce n'est pas notre propos. Puisque nous sommes en période électorale, nous essayons de faire saillir le caractère «surdéterminant» de la question européenne, de montrer quelle sera - ou ne sera pas - la marge de manœuvre réelle du Président qui sera élu en mai prochain. Et de toute évidence, si le cadre européen actuel reste inchangé, elle sera réduite. D'ailleurs, la manière dont les candidats des différentes primaires s'acharnent à nier les contraintes européennes nous inquiète, que ce soit à gauche ou à droite. Cela aboutit à ce que soit laissé au seul Front national le monopole de la critique de l'Union européenne. Comment s'étonner qu'il s'en saisisse?

 

Vous critiquez fortement la promotion dans le débat public du thème de l'identité, qui prospérerait selon vous sur le vide politique laissé par la perte de souveraineté. Plus de souveraineté permettrait-il de résoudre la crise identitaire des pays européens?

 

Le problème de l'identité, c'est que c'est une question insoluble. L'identité d'un pays, c'est la résultante de ce qu'il a réalisé, c'est le produit de son histoire. Or, l'histoire ne cesse jamais de se faire, elle s'écrit à chaque instant.

 

Mais un peuple ne peut écrire sa propre histoire que s'il dispose de lui-même, autrement dit s'il est souverain...

 

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Ce n’est pas l’Otan mais la gauche qui est « obsolète »

 

vendredi 3 février 2017 

Une analyse qui rejoint celle de la FSM...

 

Des voix influentes de la gauche européenne se sont unies à la protestation anti-Trump « No Ban No Wall », en cours aux Etats-Unis, oubliant le mur franco-britannique de Calais en fonction anti-migrants, et taisant le fait qu’à l’origine de l’exode de réfugiés il y a les guerres auxquelles ont participé les pays européens de l’Otan.

 

On ignore le fait qu’aux Etats-Unis le bannissement bloque l’entrée de personnes provenant de ces pays – Irak, Libye, Syrie, Somalie, Soudan, Yémen, Iran- – contre qui les Etats-Unis ont mené pendant plus de 25 ans des guerres ouvertes et secrètes : des personnes auxquelles ont été jusqu’à présent concédés les visas d’entrée fondamentalement non pas pour des raisons humanitaires, mais pour former aux Etats-Unis des communautés d’immigrés (sur le modèle des exilés anti-castristes) servant les stratégies étasuniennes de déstabilisation dans leurs pays d’origine. Les premiers à être bloqués et à intenter une class action (recours collectif) contre le bannissement sont un contractor (mercenaire) et un interprète irakiens, qui ont collaboré longtemps avec les occupants étasuniens de leur propre pays.

 

Tandis que l’attention politico-médiatique européenne se focalise sur ce qui se passe outre-atlantique, on perd de vue ce qui se passe en Europe. Le cadre est désolant.

 

Le président Hollande, voyant la France doublée par la Grande-Bretagne qui récupère le rôle d’allié le plus étroit des EU, se scandalise de l’appui de Trump au Brexit en demandant que l’Union européenne (ignorée par cette même France dans sa politique étrangère) fasse entendre sa voix. Voix de fait inexistante, celle d’une Union européenne dont 22 des 28 membres font partie de l’Otan, reconnue par l’Ue comme « fondement de la défense collective », sous la conduite du Commandant suprême allié en Europe nommé par le président des Etats-Unis (donc maintenant par Donald Trump).

 

La chancelière Angela Merkel, alors qu’elle exprime ses « regrets » » au sujet de la politique de la Maison Blanche envers les réfugiés, dans son entretien téléphonique avec Trump l’invite au G-20 qui se tient en juillet à Hamburg. « Le président et la chancelière – informe la Maison Blanche – s’accordent sur l’importance fondamentale de l’Otan pour assurer la paix et la stabilité ». L’Otan, donc, n’est pas « obsolète » comme avait dit Trump. Les deux gouvernants « reconnaissent que notre défense requiert des investissements militaires appropriés ».

 

Plus explicite la Première ministre britannique Theresa May qui, reçue par Trump, s’engage à « encourager mes collègues les leaders européens à acter l’engagement de dépenser 2% du PIB pour la défense, de façon à répartir la charge plus également ».

 

Selon les données officielles de 2016, seuls cinq pays Otan ont un niveau de dépense pour la « défense » égal ou supérieur à 2% du PIB : Etats-Unis (3,6%), Grèce, Grande-Bretagne, Estonie et Pologne. L’Italie dépense pour la « défense », selon l’Otan, 1,1% du PIB, mais est en train de faire des progrès : en 2016 elle a augmenté sa dépense de plus de 10% par rapport à 2015. Selon les données officielles de l’Otan relatives à 2016, la dépense italienne pour la « défense » se monte à 55 millions d’euros par jour. La dépense militaire effective est en réalité beaucoup plus élevée, étant donné que le budget de la « défense » ne comprend pas le coût des missions militaires à l’étranger, ni celui d’armements importants, comme les navires de guerre financés avec des milliards d’euros par la Loi de stabilité et par le Ministère du développement économique. L’Italie s’est en tous cas engagée à porter la dépense pour la « défense » à 2% du PIB [1], c’est-à-dire à environ 100 millions d’euros par jour.

 

De tout cela la gauche institutionnelle ne s’occupe pas, pendant qu’elle attend que Trump, à un moment libre, téléphone aussi à Gentiloni [2].

 

Manlio DINUCCI le 31/01/2017
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


Transmis par Linsay

Il Manifesto

 

[1Pour la France : en 2016 budget annoncé à 32 Md€, soit 1,77% du PIB et 87,7 millions d’euros par jour. Voir aussi : http://www.rougemidi.fr/plugins/auto/sarkaspip_3x/images/lien_out.gif

http://www.defense.gouv.fr/sga/le-sga-en-action/budget-finances-de-la-....  

Données Otan pour tous les pays membres : 

http://www.rougemidi.fr/plugins/auto/sarkaspip_3x/images/lien_out.gif

http://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/pdf_2016_07/20160705...  et http://www.rougemidi.fr/plugins/auto/sarkaspip_3x/images/lien_out.gif

http://www.touteleurope.eu/actualite/la-contribution-des-etats-europee..

 

[2Paolo Gentiloni, Président du Conseil depuis la démission de Matteo Renzi en décembre 2016, est membre du Parti démocrate.

L’UE: Donald Tusk contre le reste du monde et la France prépare le « soldat Macron » comme généralissime

 

01 Février 2017

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« Les Etats-Unis de Donald Trump, c’est une menace pour l’Europe, au même titre que la Russie, la Chine, l’islam radical, la guerre et le terrorisme. C’est ce qu’estime Donald Tusk, en visite en Estonie. Ce qui fait beaucoup on l’avouera.  Le président du Conseil européen après avoir ainsi décrit notre propre encerclement par à peu près tout ce que le monde compte de puissances et d’armées affirme que l’UE affronte ses défis les plus dangereux depuis 60 ans: Heureusement nous avons notre champion, poussé en avant par Hollande, Pierre Bergé, Gattaz et quelques patrons de presse qui sont aussi des marchands d’armes, le soldat Macron promu généralissime. D’un Front dont Tusk décrit les contours.

 

“Pour la première fois de notre histoire, dans un monde de plus en plus multipolaire, tant de gens deviennent ouvertement anti-européens ou au mieux eurosceptiques, a déclaré Donald Tusk. En particulier, le changement à Washington met l’Union européenne dans une situation difficile. Semblant remettre en question les 70 dernières années de la politique étrangère américaine.”

 

Ce qui inquiète Donald Tusk, en bon Polonais, ce ne sont certainement pas les restrictions du droit à l’avortement ou l’homophobie de l’Américain, là-dessus on peut s’entendre sans problème, ni même le refus de l’immigration, non ce sont les lueurs de bons sens dont Trump a fait preuve dernièrement à savoir le constat que l’OTAN était un machin obsolète, qui coûtait très cher pour pas grand chose et la dénonciation du foutoir bureaucratique que représentait l’UE, et le fait que n’importe quel dirigeant doué du moindre bon sens ne songerait qu’à en partir.


C’est ça le problème réel de Donald (Tusk) face à Donald (Trump) : Au lieu de s’interroger sur le bien fondé du diagnostic, comme notre président de la République française, il s’interroge: Quelle sera la politique étrangère américaine, à l‘égard d’une Europe qui s’inquiète d’une possible expansion russe ? Les troupes américaines qui se déploient pour neuf mois dans l’est de l’Europe, une décision de l’administration Obama vont-elles être rappelées par Donald Trump ? Le nouveau président a laissé entendre qu’il souhaite réduire les tensions avec la Russie. Cet homme n’aime pas l’Union européenne, il s’est félicité du Brexit, et pronostiqué le départ d’autres pays.

 

Bref comme Hollande, le guerrier, il fait la leçon à tous ces gens là et traite des Etats-Unis comme la France a coutume de le faire avec ses dépendances africaines.

 

Certes Tusk est un Polonais. Voici plus de 20 ans que la Pologne, son église, ses forces réactionnaires vendent aux Polonais la haine des Russes pour leur interdire de se souvenir qu’ils vivaient mieux dans le socialisme et que la nation polonaise est réellement née de la Pologne Populaire. Voilà plus de 20 ans que la politique contre les femmes, le conservatisme, la xénophobie, voire le bon vieil antisémitisme ont été érigés comme un bouclier face aux forces pacifistes, à celles qui revendiquent l’égalité et même le socialisme, le tout sous parapluie américain. la Pologne n’attendait rien de l’Europe et tout de l’allié américain, proche à ce titre des Anglais, le brexit a été un coup et dans ce contexte, les Polonais immigrés en Grande-Bretagne ont parfois subi ce qu’il savaient si bien infliger aux juifs.

 

Donald Tusk représente l’autorité de l’UE et pas seulement le fantasme des conservateurs polonais, l’outrance de ses propos ne doit pas nous cacher à quel point ils ont la même tonalité que ceux de Hollande. Incapable de se remettre en question, de comprendre réellement ce que sont l’Europe et l’OTAN, une sorte de panique les a saisis et l’ennemi est désormais partout. Que l’on en soit arrivé en France à jouer les élections présidentielles sur la carte Macron pour faire face à une telle paranoïa prouve où ils en sont.

 

Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, Hollande et les forces pro-européennes sont en train de nous fabriquer un champion qui devra affronter non seulement l’Islam radical, le terrorisme, la Russie, la Chine et maintenant les Etats-Unis flanqués de la Grande Bretagne… On imagine Macron chargé d’une telle mission croulant sous son barda…

 

Il y a la pesante madame Merckel qui s’est fait une réputation de bon sens et qui doit se demander s’il ne serait pas temps de quitter le navire et de proposer une alliance informelle à la Chine. Enfin il me semble que ça serait logique que discrètement elle envoie des signaux de ce côté là…

 

Le spectacle de ce qui se passe en France, les déclarations de Tusk doivent inciter le capitalisme allemand à chercher à son tour une porte de sortie.

 

Danielle Bleitrach

30 janvier 2017

Davos, Union européenne et capitalisme

 

« Toujours à l’ouverture du Forum de Davos, nous dit Bertrand de Kermel, Klaus Schwab, a déclaré à la presse que depuis toujours il reste attaché à une forme de capitalisme de type «rhénan», « d’économie sociale de marché à l’allemande » (NDLR des années 50-80), où tous les « stake holders » (les parties prenantes, dont les salariés) sont pris en compte, et pas seulement les « stock holders » (les actionnaires). « J’ai fait adopter une déclaration dans ce sens dès 1973 », aime t-il à rappeler. Cette idée est intéressante car elle figure à l’article 3 du traité sur l’Union Européenne que l’on bafoue régulièrement au profit d’une forme d’économie dont les principaux défauts sont (toujours selon Klaus Schwab) : «la corruption, le court-termisme des acteurs et des mécanismes fondés sur la méritocratie qui, en tant que tels génèrent des gagnants et des perdants. Or, les premiers tendent à se désintéresser totalement des seconds ». D’où la nécessité de réformer ce capitalisme en revenant tout simplement aux fondamentaux du projet européen... »

Revenons à la lecture de l'article de Bertrand de Kermel...

Michel Peyret


Davos 2017 : « Il faut réformer le capitalisme ».

20 JANV. 2017 

PAR BERTRAND DE KERMEL

BLOG : LE BLOG DE BERTRAND DE KERMEL

En ouvrant la session 2017 du Forum Economique Mondial de Davos, son Président fondateur, Klaus Schwab a hissé la réforme du capitalisme au rang de défi pour cette année. Rappelons que le même Klaus Schwab avait qualifié la gestion de la mondialisation d'échec collectif dans une tribune publiée le jour de l'ouverture de la session 2014 du Forum. Ca fait beaucoup. Il faut faire quelque chose.

Davos 2017 : « Il faut réformer le capitalisme ».

En ouvrant la session 2017 du Forum de Davos, son Président Monsieur Klaus Schwab a publié la liste des cinq défis les plus urgents à relever :

Réagir face à la quatrième révolution industrielle, établir un système de gouvernance mondiale dynamique incluant toutes les parties prenantes, restaurer la croissance mondiale, réformer le capitalisme et restaurer la cohérence entre le monde des affaires et le reste de la société, et enfin, répondre à la crise d’identité de plus en plus prégnante, due à l’érosion des normes et le reste de la société .

Tout cela se passe dans un contexte explosif. Le journal La Tribune titrait Lundi :« décalage frappant entre le moral des entreprises et la défiance des citoyens à Davos ». Le même jour, l’ONG Oxfam, qui, chaque année à DAVOS, dénonce l’accroissement des inégalités sur la planète nous apprenait que huit personnes détiennent autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Au sujet du capitalisme, rappelons enfin que le même Klaus Schwab avait déclaré en janvier 2014 que « la gestion des conséquences de la mondialisation est un échec collectif ». Il avait même ajouté : « au fond, le message des militants anti-mondialisation de la fin du siècle dernier était juste »!

Toutes les parties prenantes (Politiques, Société civile, Corps intermédiaires, Entreprises) doivent se saisir de ces défis. S’ils ne sont pas relevés, ils nous conduiront mécaniquement à de très graves désordres, si ce n’est à une guerre mondiale.

Prenons le défi N° 4, « Réformer le capitalisme et restaurer la cohérence entre le monde des affaires et le reste de la société », qui est en fait un prérequis pour résoudre les autres défis.

Dès son élection, le futur Président de la France pourrait inviter ses collègues chefs d’Etat à une conférence informelle, pour discuter de ce projet sur la base de deux points :

-      Où voulons-nous aller ?

-       Comment atteindre ce but ?

Où voulons-nous aller ? C’est assez simple.

Toujours à l’ouverture du Forum de Davos, Klaus Schwab, a déclaré à la presse que depuis toujours il reste attaché à une forme de capitalisme de type «rhénan», « d’économie sociale de marché à l’allemande » (NDLR des années 50-80), où tous les « stake holders » (les parties prenantes, dont les salariés) sont pris en compte, et pas seulement les « stock holders » (les actionnaires). « J’ai fait adopter une déclaration dans ce sens dès 1973 », aime t-il à rappeler. 

Cette idée est intéressante car elle figure à l’article 3 du traité sur l’Union Européenne que l’on bafoue régulièrement au profit d’une forme d’économie dont les principaux défauts sont (toujours selon Klaus Schwab) : «la corruption, le court-termisme des acteurs et des mécanismes fondés sur la méritocratie qui, en tant que tels génèrent des gagnants et des perdants. Or, les premiers tendent à se désintéresser totalement des seconds ». D’où la nécessité de réformer ce capitalisme en revenant tout simplement aux fondamentaux du projet européen, donc en appliquant à la lettre et dans son esprit le Traité européen. (Il sera intéressant de rendre publics les arguments de ceux des chefs d’Etats qui ne voudront pas en entendre parler).

Comment atteindre ce but ? C’est également simple, mais il faudra du courage et du charisme

Les solutions techniques sont connues et publiques. Elles concernent toutes les formes de dumpings (monétaires, sociaux, fiscaux et environnementaux), le strict respect des normes sociales et environnementales internationales, la participation aux bénéfices des salariés, la préservation des biens communs, (océans par ex), la transition énergétique et écologique, la réciprocité des échanges, et une évolution drastique des accords de libre échange, notamment pour mettre sur un pied d’égalité les clauses sur le commerce, l’environnement et le domaine social. Leur vice fondamental est d’être bâtis sur la base de ce fameux capitalisme qui est à réformer, lequel érige le commerce et l’investissement en projet et l’Homme en un simple moyen au service de ce projet.

Cela signifie qu’il faut geler provisoirement les négociations des accords bilatéraux en cours, notamment pour revoir les mandats donnés à la Commission européenne, qui sont la cause des défauts ci-dessus exposés.

On notera aussi avec intérêt l’idée émise par le Parlement Européen dans sa résolution du 25 novembre 2010, proposant un règlement européen  interdisant l'importation dans l'Union de biens produits par le biais de formes modernes d'esclavage, du travail forcé, notamment du travail forcé de groupes particulièrement vulnérables, en violation des normes fondamentales des droits de l'homme. Aucune suite.

Pourtant, cette solution est légale, puisque les droits de l’Homme tels que définis en 1948 à l’ONU ont une valeur juridique supérieure aux accords sur le commerce.

Dans sa résolution du 25 octobre 2016, le Parlement européen a également proposé la création d'un label d'identification volontaire au niveau de l'Union, attestant qu'aucune violation des droits de l’Homme n'a été commise lors des différentes étapes de la chaîne de fabrication des produits concernés.

Est-ce tout ? Non bien sûr. Mais commençons par cela. 

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DERNIER COMMENTAIRE

TOUS LES COMMENTAIRES

20/01/2017 12:54 

PAR JACQUES DEPARIS

Quelqu'un de pas trop idiot aimait à dire qu'il ne fallait pas confier la résolution d'un problème à ceux qui l'on créé.

Je souscrit largement à cette préconisation.

Un système ne se réforme que pour lui-même et pour perdurer. Il me semble donc illusoire d'attendre, que de lui-même, le capitalisme devienne supportable à celles et ceux qui le subissent.

Posté par Michel Peyret

Publié par  El Diablo

Quand L'UNION EUROPÉENNE explosera, par Jack Dion - MARIANNE

Publié par  El Diablo

A propos de ces salariés low cost venus d'Europe de l'Est (Bulgarie, Roumanie, Slovaquie...)

A propos de ces salariés low cost venus d'Europe de l'Est (Bulgarie, Roumanie, Slovaquie...)

Autorisé par le droit européen, le recours à des travailleurs dits "détachés" venus de toute l’Europe explose. Au prix de nombreux abus.

Ne tirez plus sur le plombier polonais : la France, à présent, doit composer avec des maçons bulgares, des cueilleurs roumains ou des chauffeurs de poids lourds slovaques. Des salariés que l’on appelle "détachés", censés travailler pendant quelques semaines ou quelques mois dans un autre pays, en conformité avec la directive européenne sur le détachement. Leur rémunération nette est alignée sur celle de la branche dans laquelle ils travaillent.

En revanche, leurs cotisations sociales sont versées dans leur pays d’origine. Avec de solides économies à la clé : en 2011, les seules charges patronales se montaient à 38,9% du salaire en France, mais à 6,3% à Chypre… De la main-d’œuvre low cost, comme les centaines de travailleurs (polonais pour la plupart) qui ont été embauchés sur le chantier de l’EPR (centrale nucléaire) à Flamanville. Nombre d’entre eux étaient salariés de la société Atlanco, dont l’une des filiales est basée à Chypre.

Concurrence faussée

Ce procédé reste difficilement quantifiable, car il est sous-déclaré. Une chose est certaine, il n’est plus marginal.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L'ARTICLE CI-DESSOUS:

Ces salariés "low cost" venus de l'Est pour 10 euros de l'heure

Ces salariés "low cost" venus de l'Est pour 10 euros de l'heure

Ne tirez plus sur le plombier polonais : la France, à présent, doit composer avec des maçons bulgares, des cueilleurs roumains ou des chauffeurs de poids lourds slovaques. Des salariés que l'on...

 

http://www.challenges.fr/economie/ces-salaries-low-c

vendredi 27 janvier 2017

Ted Malloch: dans moins de 18 mois, il n'y aura plus d'euro

L'UE déjà en plaine crise existentielle s'attend à une grande tempête venue de l'Ouest. Le nouvel ambassadeur américain potentiel auprès de l'UE prévoit la disparition de cette institution bureaucratique dans moins de 18 mois. 
 
Ted Malloch, ambassadeur potentiel auprès de l'UE, vient de donner une interview à la BBC. Rappelons que T. Malloch est professeur d'économie, expert auprès de nombreux grands Think Tank comme The Hudson Institute, American Foreign Policy Council, Institute of Economic Analysis ou encore  the UK the Social Affairs Unit et the Institute of Economic Affairs.
 
Or, ce professeur d'économie vient tranquillement d'annoncer que l'euro est une monnaie morte, qui d'ici 18 mois ne devrait plus exister. Il félicite la Grande Bretagne de sortir de l'UE, lui souhaite, dans son intérêt, un Brexit dur qui lui permettra de se délivrer de la bureaucratie européenne et lui donnera toutes les chances de pouvoir conclure des accords intéressants pour son économie. Il envisage que les Etats Unis commencent rapidement les négociations avec T. May, et l'UE ne pourra rien y faire:
Mr Malloch added that any attempt by the EU to block Britain beginning negotiations with the US would be "absurd" and like a husband "trying to stop his wife having an affair".
Lorsque la question se pose, en revanche, de savoir si les Etats Unis se préparent à conclure un accord avec l'UE, la réponse est cinglante: il n'est pas sûre que d'ici là il existe encore une entité UE pour le conclure ... 
"I personally am not certain that there will be a European Union with which to have [free trade] negotiations," he said.
Et pendant ce temps-là dans l'Union européenne ...
 

Depuis deux jours, les médias sont occupés à compter les gens qui manifestent à Washington. 90,3% des électeurs de Washington avaient voté pour Clinton.

Un rassemblement républicain récente qui a eu lieu un jour de semaine pluvieux a attiré beaucoup de monde. Un rassemblement démocrate qui a suivi, un jour férié ensoleillé, a attiré plus de monde.

Les médias ont observé, compté et se sont dits « surpris ». On a écrit des milliers de lignes « d’analyses politiques » pour expliquer la différence d’importance de la foule sans mentionner l’influence de l’endroit où la manifestation avait lieu, ni celle du jour choisi, ni du temps qu’il avait fait. Toutes ces analyses n’ont aucun sens.

La nouvelle administration Trump fut très heureuse de ce détournement d’attention. Elle a en outre ridiculisé les médias quand son nouveau porte-parole a accusé la presse de ne pas savoir compter. Les analystes ont écrit à nouveau toutes sortes d’inepties au sujet de cette insulte.

Tout comme pendant la campagne électorale, les médias se sont laissés aller à la facilité et sont passés à côté des décisions et des événements sérieux qui avaient lieu en coulisse.

Aujourd’hui, l’administration Trump a annoncé la fin de l’accord de Partenariat transpacifique (TPP) :

Le retrait du président du pacte de commerce entre l’Asie et le Pacifique est un renversement radical de décennies de politique économique au cours desquelles les présidents des deux camps ont abaissé les barrières commerciales et élargi leurs relations internationales. Bien que les candidats à la présidence aient souvent critiqué les accords commerciaux pendant leur campagne, ceux qui sont arrivés à la Maison Blanche, y compris le président Barack Obama, ont fini par étendre leur champ d’application.

Le New York Times semble étonné que, contrairement à Obama, Trump ait tenu sa promesse. Les médias s’attendaient à autre chose et étaient occupés ailleurs. C’est seulement quand la décision a été prise qu’ils se sont réveillés.

Le TPP aurait imposé le « libre-échange » à un plus grand nombre de pays et de produits. Le mot « libre » dans ces relations commerciales signifie que les entreprises privées auraient été « libres » de passer outre les gouvernements nationaux et leur juridiction. Elles auraient pu poursuivre les États pour obtenir des « compensations » si un pays, pour des raisons de santé publique ou environnementales, refusait ou entravait un de leur projet commercial. Tout le monde devrait être heureux que ce monstre soit mort.

Les médias ont eu une autre surprise politique : une nouvelle coordination entre le Renseignement russe et étasunien en Syrie porte ses fruits :

La Russie a reçu des coordonnées de ciblage de Daech à Al-Bab, dans la province d’Alep, de la part des États-Unis via la « ligne directe », a annoncé lundi le Ministre russe de la Défense.

Les États-Unis ont fourni les coordonnées de cibles terroristes dans la ville d’Al-Bab dans la province d’Alep pour les frappes aériennes russes. Après le contrôle de reconnaissance, la Russie et deux avions de la coalition ont mené des attaques aériennes conjointes contre les cibles de Daech dans la région.

Les militaires étasuniens semblent le nier :

Tout engagement ou participation des États-Unis sur le terrain dans le pays, à l’appui d’une série de frappes aériennes russes contre la ville syrienne du nord d’al-Bab est « 100 % faux », a déclaré le porte-parole du Pentagone, Maj Adrian Rankine-Galloway.

Le porte-parole de la coalition étasunienne a également affirmé :

« ne pas coordonner les attaques aériennes avec l’armée russe en Syrie »

Avant de sauter en l’air en disant que les Russes mentent, les médias devraient prendre une loupe et relire les déclarations.

Le Département de la Défense n’a fait que réfuter les attaques aériennes coordonnées ou soutenues par du « matériel sur le terrain ». Il ne nie pas le transfert de coordonnées. Les Russes ne prétendent pas que les avions étasuniens ont pris part à la mission – ils parlent seulement de « jets de la coalition ». La Turquie fait partie de la coalition américaine et coordonne les attaques aériennes avec les forces russes en Syrie :

Plus tôt, les avions de combat russes et turcs ont mené une nouvelle série de frappes aériennes conjointes contre des cibles de Daech dans la Syrie déchirée par la guerre, a annoncé lundi le ministère russe de la Défense.

« Les avions russes et turcs ont mené des attaques aériennes conjointes contre des terroristes de l’Etat islamique dans la banlieue de la ville d’al-Bab, dans la province d’Alep, le 21 janvier », a déclaré le ministère dans un communiqué.

La déclaration russe est probablement aussi exacte que celle du Département étasunien de la Défense.

Ce qui est important ici au niveau politique c’est le transfert de coordonnées de ciblage de Daech directement d’une agence étasunienne aux forces russes en Syrie. C’est quelque chose que la Russie demande depuis plus d’un an et cela vient apparemment tout à coup de se produire.

Cela constitue, après la décision sur le TTP, le second changement significatif sous Trump, dont les médias ont omis de suivre le développement.

Tandis que les médias étasuniens et ceux de certains pays étrangers se déchaînent contre Trump, des décisions sérieuses sont prises et mises en œuvre par la nouvelle administration. Les médias échouent de façon systématique à faire leur travail. Ils montent en épingle des entorses mineures au « politiquement correct » à grands coups de titres ronflants pendant que d’importantes décisions politiques passent inaperçues. C’est pourtant simple : la tâche des journalistes par rapport à l’administration Trump est la même que pour tous les autres politiciens. Elle consiste à rapporter ce qu’ils font. Il ne s’agit pas d’écouter ce qu’ils disent, mais de regarder ce qu’ils font. Il est grand temps que les médias reviennent à cette règle de base.

Digression :

En tant qu’Allemand, je regrette beaucoup que mon gouvernement se sont montré incapable d’anticiper l’arrivée de Trump, et que, depuis son élection, il se montre tout aussi incapable de se préparer à l’assaut qui ne manquera pas de se produire contre son modèle économique orienté vers l’exportation. Les salaires en Allemagne ont été maintenus bas par tous les moyens (y compris par l’importation de main-d’œuvre supplémentaire en provenance de Syrie et d’ailleurs) et un énorme surplus d’exportation a été créé qui n’a bénéficié qu’à quelques oligarques. Ce processus a créé un énorme déséquilibre en Europe ainsi que la crise du crédit en Espagne, en Grèce et ailleurs. La politique de Trump va faire exploser ce modèle.

Mais ni l’un ni l’autre des partis au pouvoir en Allemagne n’a encore imaginé une alternative ou préparé le chemin vers un autre modèle. L’Allemagne doit réorienter son industrie vers la consommation locale. Il faut augmenter le pouvoir d’achat du grand public grâce à des salaires plus élevés et des impôts plus faibles. Une TVA plus dégressive et plus basse, compensée par des taxes progressives plus élevées sur les revenus non liés au travail serait une solution. Si de telles mesures ne sont pas prises à temps, les dégâts économiques seront importants et ouvriront la voie à une droite démagogue.

Moon of Alabama

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2017/01/distracted-media-fails-to-catch-t...
URL de cet article 31445 

jeudi 26 janvier 2017

Billet d'humour: du gel des avoirs de Amaz-Antey au gel de la justice européenne

Le Tribunal de l'Union européenne vient de rendre une décision des plus grotesque. Le but était de justifier le gel des avoirs de l'entreprise publique russe Almaz-Antey par le Conseil européen. Le raisonnement est simple: cette entreprise est russe, elle fournit des armes à la Russie, qui en fournit aux combattants dans le Donbass, puisque la presse l'écrit. Savoir si ces armes ont été utilisées ou non n'a aucun sens, les sanctions sont justifiées. Voyez-vous même.
 
Voici la décision en question du 25 janvier 2017.
 
Ainsi, en réponse à la guerre civile ukrainienne débutée en 2014, l'UE a adopté, suite aux Etats Unis, un certain nombre de sanctions contre des personnes physiques et morales, notamment l'entreprise publique russe Almaz-Antey sur ce motif:
« Almaz-Antey est une entreprise publique russe. Elle fabrique des armements antiaériens, notamment des missiles sol-air qu’elle livre à l’armée russe. Les autorités russes ont fourni des armes lourdes aux séparatistes de l’est de l’Ukraine, contribuant à la déstabilisation de l’Ukraine. Ces armes sont utilisées par les séparatistes, notamment pour abattre des avions. En tant qu’entreprise publique, Almaz-Antey contribue donc à la déstabilisation de l’Ukraine ». 
Donc, "les autorités russes ont fourni des armes". Et là nous attendons avec impatience ces fameuses preuves, dont l'on ne cesse de nous rabattre les oreilles, mais dont on ne voit jamais pointé le début de l'ombre. Enfin, la justice a mené une véritable enquête et l'on va tout savoir:
Le Conseil a par ailleurs produit de nombreux articles de presse faisant état de la destruction en vol d’aéronefs et d’hélicoptères de l’armée ukrainienne par les séparatistes, dont notamment un avion-cargo militaire transportant 49 soldats. Ces articles de presse, qui émanent de plusieurs sources différentes et qui sont suffisamment concrets, précis et concordants quant aux faits qui y sont décrits, corroborent l’existence d’une implication russe dans le conflit ukrainien, notamment par la fourniture d’armements et d’équipements militaires aux séparatistes à l’est de l’Ukraine.
Mais que deviendrait la jsutice sans les journalistes, ces enquêteurs des temps modernes, objectifs, en quête de vérité, sans a priori. De véritables oracles.
 
Et la perfection de la justice européenne atteint son paroxysme en démontrant son affirmation de l'utilisation de ces armes par les combattants du Donbass:
le Tribunal considère que le Conseil n’était pas tenu de démontrer positivement que les armes produites par Almaz-Antey ont été utilisées en Ukraine par les séparatistes. En effet, une telle preuve serait difficile à apporter, en particulier dans une situation de conflit où il est parfois difficile d’établir exactement les responsabilités précises et les types d’armements utilisés par chacune des parties belligérantes. Le Tribunal rappelle en outre que l’existence d’un simple risque qu’une entité adopte un comportement répréhensible peut être suffisante pour prononcer un gel de fonds à son encontre.
Traduction, si vous avez la possibilité de commettre un meurtre, c'est suffisant pour vous condamner à 30 ans de réclusion.  
 
Vraiment, ça fait du bien lorsque la justice est rendue! Bonne journée à tous!
 

Le deuil peut-il teinter de rose les œillets d’Avril au Portugal ?

 

mardi 24 janvier 2017 

 

La multiplication des panégyriques en cours à l’occasion du décès de Mario Soares, ancien secrétaire général du PS portugais, ancien ministre des Affaires Étrangères des gouvernements de la Révolution des Œillets, ancien Premier ministre et Président du Portugal, doit-elle obligatoirement comprendre un moment œcuménique d’amnésie sur le rôle qu’aura joué ce personnage politique dans l’évolution du pays depuis la libération des 48 ans de dictature fasciste par le biais de la Révolution des Œillets entamée par l’action des militaires du Mouvement des Forces Armées le 25 avril 1974 ?

 

 

Car si l’histoire retiendra son rôle de premier plan dans l’histoire du Portugal depuis la chute du régime fasciste, le moins que l’on puisse écrire est que son action a non seulement suscité des fortes contestations de la part de ceux qui précisément ont été des acteurs de cette révolution comme elle n’a jamais mérité de sa part un quelconque début d’autocritique.

 

Il aura tout fait pour empêcher que cette révolution puisse entraîner des transformations sociales, économiques et politiques permettant au peuple de prendre son destin en main, d’abord à l’occasion d’un processus de décolonisation laissant l’initiative aux mouvements de libération des pays concernés puis lors d’un processus politique à même de libérer le pays des tutelles économiques qu’il subissait depuis si longtemps.

 

C’est d’ailleurs en tant que ministre des Affaires Étrangères du gouvernement provisoire qu’il imposera, sur injonction des USA, la présence de l’UNITA à la conférence d’Alvor au Portugal en janvier 75 sur l’accession à l’indépendance de l’Angola, alors que ce mouvement qui est né de la collaboration avec l’armée coloniale portugaise pendant le conflit contre le MPLA, mouvement historique de libération, n’était même pas reconnu comme mouvement de libération par l’O.U.A., avec le résultat tragique pour le peuple angolais qui en résultera.

 

Il n’a jamais non plus hésité à présenter le Général Spinola, ancien Commandant du corps expéditionnaire de l’armée coloniale portugaise en Guinée, premier Chef de la Junte de Salut National, mise en place le 25 avril 1974 pour remplacer le pouvoir fasciste comme un grand chef militaire opposé au dernier Président du Conseil fasciste, Marcelo Caetano le successeur de Salazar, et comme un homme du 25 avril. Or Spinola, membre par le passé de la « División Azul » ayant combattu aux côtés des nazis sur le front soviétique, n’a jamais été lié aux Mouvements des Capitaines. S’il est devenu Chef de la Junte de Salut National, c’est par le biais d’un compromis entre le Mouvement des Forces Armées, auteur du mouvement militaire ayant mis fin au fascisme et qui lui préférait le Général Costa-Gomes, et les dirigeants de la dictature. Lorsque son interlocuteur avait l’outrecuidance de rappeler les liens de Spinola avec l’extrême-droite et ses tentatives de coup d’État contre la Révolution des Œillets, notamment le 11 mars 1975, SOARES ne s’embarrassait pas en répondant « qu’il ne sait pas s’il a tenté ou non un coup d’État et encore moins s’il avait des relations avec l’extrême-droite » alors que ces faits sont historiquement avérés. Mais il a sans ambages affirmé « Spinola a été un grand chef militaire, d’un courage exemplaire d’ailleurs. »

 

 

Lorsqu’il était questionné sur ses liens privilégiés avec Frank CARLUCCI, ambassadeur des USA nommé juste après le 25 avril 1974 et haut fonctionnaire notoire de la CIA, il avait le culot de dire qu’il n’en savait rien : « Les attaques des communistes contre Carlucci ont été totalement inutiles. Quant à être ou pas de la CIA, je ne saurais le dire, cela ne m’a d’ailleurs jamais intéressé. »

 

Des faits pas même contestés pourtant.

 

C’est le même Soares qui n’hésitait pas à traiter, lors d’un meeting contre la Révolution à Lisbonne le 19 juillet 1975, la direction du Parti Communiste Portugais « d’irresponsables et de cercle de paranoïaques » ainsi que les dirigeants de la grande centrale syndicale portugaise, la CGTP-Intersindical, d’être aussi un « repaire d’irresponsables que ne représentent pas le peuple portugais. » Lui aussi qui avouait que « lors du moment le plus difficile du Processus Révolutionnaire, Monsieur le Patriarche nous a aidés, j’ai d’ailleurs sollicité plusieurs audiences qu’il nous a accordés, certaines d’ailleurs secrètes. » Quand l’on sait quel a pu être le rôle contre la Révolution des Œillets de la hiérarchie catholique portugaise de l’époque, voilà qui se passe de commentaires.

Il est vrai qu’il n’hésitait pas à se targuer des excellentes relations qu’il entretenait avec Manuel Fraga Iribarne, franquiste notoire ainsi qu’avec Adolfo Suarez, autre néo-franquiste notoire.

 

Après avoir réussi à inverser le cours historique de la Révolution avec le Coup d’État du 25 Novembre 1975, il s’est méticuleusement investi dans la remise en cause de ses grandes conquêtes sociales comme la Réforme Agraire, les nationalisations et les droits des travailleurs notamment. Il aura été à ce titre le maître d’œuvre de l’adhésion du Portugal à la C.E.E., ancêtre de l’actuelle Union Européenne. Cela lui permettra, après une défaite aux législatives de 1985, d’être élu Président de la République en 1986 pour deux mandats successifs, sachant que le Président de la République au Portugal n’a pas le rôle de chef de l’exécutif qu’il a en France.

 

Là encore quelques citations de l’intéressé s’imposent :

 

« J’ai décidé de présenter ma candidature aux présidentielles en 1986, tout en ayant conscience d’avoir mené au gouvernement une politique impopulaire mais nécessaire, courant le risque de perdre les élections ! »

 

« Pour le Portugal, l’adhésion à la CEE représentait une option fondamentale vers un futur de progrès et de modernité. »

 

Les Portugais, confrontés à des politiques sociales de plus en plus dures et injustes justifiées soi-disant au nom de l’Union Européenne apprécieront sans aucun doute ces oracles lénifiants. Qu’il s’agisse des retraités obligés de survivre dans la misère, des jeunes contraints de s’expatrier pour essayer de trouver une planche de survie après s’être épuisés à force de contrats précaires, de tous les citoyens morts de n’avoir pu être pris en charge par un Service National de Santé sinistré malgré l’extrême dévouement de personnels pressés jusqu’au citron, de tous ceux qui se gèlent dans les établissements d’enseignement du pays depuis qu’ils ne sont plus chauffés, ils sont nombreux les Portugais à apprécier tout le sel, si tant est qu’il leur en reste pour agrémenter leur rata, de ces propos.

 

À propos justement de l’entrée dans l’Union Européenne, il ne dira rien sur la soumission aux logiques de marché du capital des forces politiques qu’il a mené, avec d’autres, pas un mot sur la responsabilité des dirigeants politiques, dont lui-même, dans cette évolution. Il gardera silence sur la complicité avérée de la social-démocratie et de la droite européenne dans ce processus d’éloignement des centres de décision des mécanismes de contrôle démocratique dont le rôle joué par Jean-Claude Juncker, actuel Président de la Commission Européenne pourtant mouillé jusqu’au cou dans le scandale LuxLeaks, n’est qu’une des tristes illustration.

 

Alors, un peu de décence malgré tout ne saurait nuire dans ce cortège funèbre qui n’est pas obligé de virer au funeste.

 

Pedro da Nóbrega le 12/01/2017

 

Transmis par Linsay

 

http://www.tlaxcala-int.org/


Pedro da Nóbrega

 

Né à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis, France, d’une mère française et d’un père réfugié politique portugais.
Il n’a connu le Portugal qu’en 1972 et y a vécu la Révolution des Œillets comme militant de 1974 à 1975.

 

Rentré en France à la fin des années 1970, il y vit depuis, d’abord à Paris, puis à Nice.

 

Diplômé d’histoire et d’anthropologie, il a des responsabilités nationales au sein du mouvement associatif portugais, écrit régulièrement des articles et anime débats et conférences.


Auteur d’un ouvrage paru en 2004, Le Portugal, une île méditerranéenne face à un océan Atlantique ?, Editions Thélès, Paris.

23 janvier 2017

A Bruxelles, plongez dans la discrète mais intense bataille que les lobbies livrent à l’intérêt général

 

À Bruxelles, plongez dans la discrète mais intense bataille que les lobbies livrent à l’intérêt général

par 

 

Plus de 10 000 organisations spécialisées dans le lobbying sont enregistrées à Bruxelles, dont environ un millier sont françaises.

 

Parmi elles, quelques ONG, mais surtout des grandes entreprises, des associations industrielles et des cabinets de consultants. Comment ces lobbyistes défendant les intérêts des milieux d’affaires œuvrent-ils pour faire entendre leurs positions auprès des décideurs européens ? Tous les acteurs de cette scène combattent-ils à armes égales ? Plongée au cœur du quartier européen de Bruxelles.

 

Lire la suite sur Basta Mag ci-dessous

 

À Bruxelles, plongez dans la discrète mais intense bataille que les lobbies livrent à l'intérêt général

 

 

À Bruxelles, plongez dans la discrète mais intense bataille que les lobbies livrent à l'intérêt général

" Un jour, un collègue de mon cabinet me contacte. Une entreprise cliente va être obligée de transférer des lignes de production à l'extérieur de l'Union européenne. A cause du règlement Re...

 

 

http://www.bastamag.net/A-Bruxelles-quand-les-lobbyistes-tentent-d-imposer-leurs-points-de-vues-au

24 janvier 2017

Union européenne, la France devient-elle un pays périphérique ?

 

« L’Union européenne, pense David Cayla, s’apparente de plus en plus à un projet d’intégration continentale sous férule allemande. Son centre de gravité n’a de cesse de se déplacer vers l’Est. C’est flagrant économiquement, tous les pays méditerranéens étant en train de décrocher, sous les effets de la « polarisation » générés par le fonctionnement du Marché unique. La France, si nous n’y prenons garde et si les choses continuent sur cette trajectoire, finira elle-même par devenir un pays périphérique. C’est vrai aussi politiquement, et les représentants de l’Europe de l’Est et du Nord sont de plus en plus présents au sein des institutions communautaires. Quant au « couple franco-allemand », on est en droit de se demander s’il a encore la moindre réalité. Dès 2012, la politiste allemande Ulrike Guerot expliquait que la Pologne était « la nouvelle France pour l’Allemagne ».

 

Reprenons le texte de l'entretien...

 

Michel Peyret


Antidote 

Le blog politique de David Desgouilles

« L’Union européenne s’apparente de plus en plus à un projet d’intégration continentale sous férule allemande »

 

Posted on 12 Janvier 2017 by David Desgouilles 

 

Entretien avec Coralie Delaume et David Cayla

 

Dans le prologue de votre livre, vous dévoilez un secret de fabrication. Le titre de l’essai a été décidé à l’achèvement de vos travaux. Ces derniers vous ont donc convaincus que l’agonie de l’Union européenne est proche ?

 

Coralie Delaume : Non, mais ils nous ont très largement confirmés dans notre hypothèse initiale. Et si cela n’avait pas suffi, ce qui s’est passé en Belgique alors que nous mettions la touche finale, à savoir la révolte du social-démocrate wallon Paul Magnette contre la signature du traité de libre-échange euro-canadien CETA, aurait achevé de nous convaincre que l’Europe était définitivement entrée en phase d’agonie. Évidemment – et pour tout dire on n’en doutait guère – les Belges ont fini par rentrer dans le rang. Pour autant, on sent que désormais, les départs de flamme peuvent se produire n’importe quand et provenir de n’importe où. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux, moins maîtrisable que les autres, fera s’embraser l’ensemble. Sera-ce une sortie inopinée de l’Italie de la zone euro, ainsi que l’ont prévue tout à la fois Joseph Stiglitz et le patron du célèbre institut économique allemand Ifo ? Ou une victoire du PVV ( Parti pour la liberté) aux législatives néerlandaises de mars 2017 ? Difficile à anticiper. Mais l’épisode « Wallonie contre CETA » n’était pas prévisible non plus.

 

David Cayla : Quoi qu’il en soit, le « combo » crise grecque de 2015 / vote sur le Brexit de 2016, signe vraiment – ça on le savait déjà avant de prendre la plume – la mise en route d’un processus de désagrégation. Celui-ci commence, pour des raisons qu’on développe dans l’ouvrage, par les périphéries. Périphérie Sud pour la Grèce, car même si elle n’a pas quitté la zone euro, le simple fait que cela ait été envisagé – pas par elle-même d’ailleurs mais surtout par les Allemands – a enfoncé un coin dans le mythe de l’irréversibilité de l’euro. Périphérie Ouest pour la Grande-Bretagne, avec une décision de sortir qui change considérablement les perspectives d’avenir. L’Europe n’avait fait jusque là que s’élargir. Pour la première fois, elle se rétracte. C’est un événement décisif, quoique certains aient pu dire pour en minimiser la portée.

 

Coralie Delaume : Et puis, la Grande-Bretagne reste la plus vieille démocratie du monde. Le fait qu’elle décide d’assumer pleinement sa souveraineté nationale a valeur d’exemple.

 

Vous démontrez qu’il est finalement assez facile de désobéir à l’Union européenne, citant notamment le couple Chirac-Schroeder sur les déficits excessifs ou un petit pays comme la Hongrie aujourd’hui. Finalement, n’est-ce pas une solution plus commode que l’activation de l’article 50 que les électeurs britanniques ont décidée ?

 

Coralie Delaume : Les Britanniques ont fait les choses très proprement. Leur choix a d’ailleurs surpris car n’étant pas ni dans l’euro ni dans Schengen, ayant obtenu des « opt-out » (des dérogations) dans plusieurs domaines, ayant refusé de signer le Pacte budgétaire européen introduisant une règle d’or dans le domaine des finances publiques, ils semblaient avoir une situation très privilégiée au sein de l’Union. Du coup, Hubert Védrine va jusqu’à dire que le vote sur le Brexit de juin 2016 était « un vote absurde ». Nous pensons que c’est minorer deux choses. D’une part l’attachement très fort de la Grande-Bretagne au principe de la « souveraineté parlementaire », qui l’a conduite à envisager l’idée même de supranationalité avec une très grande défiance. Dans les débats préalables au référendum, la question de la soumission du pays à la jurisprudence de la CJUE (la Cour de justice de l’Union), et de la primauté du droit communautaire sur les droits nationaux, a tenu une place importante. Le droit de l’Union, le caractère « quasi-constitutionnel » des traités, la production incessante de jurisprudence par la Cour, sont moins bien connus que les questions économiques. C’est pourtant décisif car ça pose la question même de la démocratie. C’est pourquoi nous y consacrons un chapitre entier dans notre livre. Des trois institutions communautaires supranationales (Commission, Banque centrale européenne, CJUE), la dernière est entourée de la plus épaisse « cape d’invisibilité » selon les mots de sociologue Antoine Vauchez. Nous avons essayé de lever une partie du voile….

 

David Cayla :  L’Union européenne s’apparente de plus en plus à un projet d’intégration continentale sous férule allemande. Son centre de gravité n’a de cesse de se déplacer vers l’Est. C’est flagrant économiquement, tous les pays méditerranéens étant en train de décrocher, sous les effets de la « polarisation » générés par le fonctionnement du Marché unique. La France, si nous n’y prenons garde et si les choses continuent sur cette trajectoire, finira elle-même par devenir un pays périphérique. C’est vrai aussi politiquement, et les représentants de l’Europe de l’Est et du Nord sont de plus en plus présents au sein des institutions communautaires. Quant au « couple franco-allemand », on est en droit de se demander s’il a encore la moindre réalité. Dès 2012, la politiste allemande Ulrike Guerot expliquait que la Pologne était « la nouvelle France pour l’Allemagne ». Le spécialiste américain de l’Europe Tony Corn explique par ailleurs dans Le Débat : « Pour Berlin comme pour Varsovie, la stratégie non déclarée est de substituer au « Big Three » (Allemagne, France, Angleterre), un « triangle de Weimar » (Allemagne, France, Pologne) dans lequel l’Allemagne serait primus inter pares ». On peut sans doute comprendre, dans ses conditions, que la Grande-Bretagne ait éprouvé le désir de céder à l’appel du grand large…

 

Selon vous, la prochaine crise de l’euro sera-t-elle fatale à la monnaie unique européenne ? Finalement, cette dernière n’a-t-elle pas montré qu’elle était capable de survivre à la plus grande crise financière depuis quatre-vingts ans ?

 

David Cayla : La Banque centrale européenne s’est montrée capable d’un grand pragmatisme en plusieurs occasions. Elle a su se prêter à une interprétation hétérodoxe des traités et mener une politique accommodante visant à éviter l’entrée de l’eurozone en déflation. Cela n’a pas manqué d’ailleurs de provoquer des tensions avec les dirigeants allemands de la Bundesbank, qui ont résisté à toute force. La BCE s’est également montrée féroce pendant toute la durée de la crise grecque de janvier à juillet 2015. C’est son action, pour une large part, qui a provoqué la reddition de Tsipras après que les banques hellènes ont été délibérément mises à genoux. Le problème c’est qu’en prenant de sa propre initiative des décisions aussi lourdes, la Banque centrale européenne sort du champ technique et se transforme en acteur politique à part entière. Or une Banque centrale qui n’est soumise à personne (puisqu’elle n’est adossée à aucun État), qui ne rend de comptes à personne….ça pose quand même un problème démocratique majeur. Dans un futur proche et pour répondre à votre question, il est probable que l’efficacité de la politique monétaire finisse par atteindre ses limites. La BCE ne peut pas tout. Les taux d’intérêt sur les dettes souveraines sont en train de remonter, les phénomènes de polarisation conduisent à une divergence de plus en plus grande des trajectoires économiques des pays. Tous les économistes le savent : l’euro en l’état n’est pas viable. Certains, comme Michel Aglietta, proposent des transferts budgétaires massifs. D’autres, comme Olivier Passet, proposent de renégocier les traités. Nous nous attachons pour notre part à démontrer pourquoi il est illusoire d’espérer que de telles solutions soient jamais mises en œuvre….

 

Constater que la crise des migrants a davantage fait que l’austérité pour précipiter l’agonie de l’Union européenne ne titille pas les essayistes classés à gauche que vous êtes ?

 

Coralie Delaume : Pourquoi ? Il y aurait des questions politiques classées à gauche comme l’économie, et d’autres classées à droite comme les migrations ? La crise migratoire est une crise majeure qui a joué un rôle de révélateur. Comme nous l’expliquons, elle a montré que le principe intangible de la libre circulation des personnes, l’une des « quatre libertés » garanties par le Marché unique, pose des problèmes auxquels l’Europe n’a pas forcément réfléchi, obnubilée justement par l’objectif de s’intégrer économiquement, et ne voyant dans la circulation sans entrave des hommes qu’une manière de faire circuler le facteur de production « travail ». De plus la crise des migrants a souligné avec une intensité inédite l’incapacité des pays européens à coopérer, alors qu’ils sont engagés depuis plusieurs décennies dans un processus d’intégration supranationale qui génère en lui-même de la divergence et fabrique de la compétition. Il faut dire que cette crise a eu la particularité de se déclencher brutalement et de toucher tous les pays en même temps, alors que les politiques d’austérité sont plus lentes à produire leurs effets, et les produisent de manière très différenciées selon les pays. Il ne faut pas minorer pour autant l’impact de l’austérité et la manière dont celle-ci a contribué à rendre le problème insoluble. Les deux principaux pays d’entrée des flux migratoires sont la Grèce et l’Italie. En somme, il s’agit d’un pays dont l’économie a été volontairement pulvérisée et d’un autre pays, l’Italie, dont la croissance n’a pas bougé d’un pouce depuis 2000, c’est à dire depuis la mise en place de l’euro. C’est à eux qu’on demande prioritairement de faire face. Et on s’attend à ce qu’ils y parviennent ?

 

Angela Merkel demeure encore très populaire dans son pays malgré la montée de l’AfD et de Pegida. Sa réélection probable n’est-elle pas porteuse du statut quo pour quelques années encore ?

 

Coralie Delaume : Difficile à dire. D’abord parce qu’il y a d’autres élections importantes en 2017 comme les législatives aux Pays-Bas et la présidentielle française. Dès 2018 se tiendront également les législatives italiennes (si elles n’ont pas lieu en anticipé d’ici-là). L’Allemagne se positionnera forcément par rapport à ce qui se passera dans son voisinage. D’ailleurs, elle peut tout à fait durcir encore ses positions… Sur le plan intérieur, il faut aussi savoir que le parti de la chancelière, la CDU, devra trouver des partenaires de coalition pour former un gouvernement. Or là comme ailleurs, le paysage politique se fragmente. Les alliances seront peut-être difficiles à nouer, la question européenne étant évidemment appelée à jouer un rôle important dans les marchandages entre formations. 

 

La Fin de l’Union européenne – Editions Michalon

 

Ce contenu a été publié dans Les Entretiens d'Antidote par David Desgouilles. Mettez-le en favori avec son permalien

Posté par Michel Peyret

Publié par  El Diablo

Donald TRUMP et L’EUROPE: un pavé dans l’Atlantique

Donald TRUMP et L’EUROPE: un pavé dans l’Atlantique

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est une première. Un président des États-Unis affirme ne pas tenir à l’unité des Européens et considère l’Alliance atlantique comme obsolète. Pour sa première interview, à quelques jours de son investiture, Donald Trump vient de lancer un énorme pavé dans l’Atlantique. En prenant pour cible Angela Merkel, et pour modèle le Brexit.

Certes, ce ne sont pour l’instant que des mots. Mais ils émanent de l’allié historique, du garant de la paix européenne depuis 1945. Hier, les dirigeants européens étaient un peu sonnés par la vigueur de la charge. Avec des scènes ubuesques, comme ces propos du Secrétaire général de l’Otan affirmant « sa confiance absolue » dans l’engagement des États-Unis.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE DE OUEST-FRANCE CI-DESSOUS :

Donald Trump et l'Europe : un pavé dans l'Atlantique

Donald Trump et l'Europe : un pavé dans l'Atlantique

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, c'est une première. Un président des États-Unis affirme ne pas tenir à l'unité des Européens et considère l'Alliance atlantique comme obsolète. ...

 

http://www.ouest-france.fr/monde/etats-unis/donald-trum

Dissolution de l’OTAN et alliance militaire avec la Russie — 19 janvier 2017 - Par Sahra Wagenknechtr

 

22 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons

Dissolution de l’OTAN et alliance militaire avec la Russie  — 19 janvier 2017 - Par Sahra Wagenknechtr

Dissolution de l’OTAN et alliance militaire avec la Russie

 

— 19 janvier 2017


Sahra Wagenknecht, au nom de la gauche allemande, prend M. Trump au mot

 

Un système de sécurité militaire incluant la Russie devrait être mis sur pied pour remplacer l’OTAN, a déclaré dans une interview Sahra Wagenknecht, figure de proue du parti allemand Die Linke (« La Gauche »), en écho aux récentes déclarations de Trump sur l’OTAN.

 

« L’OTAN doit être dissoute et remplacée par un système collectif de sécurité incluant la Russie » a déclaré ce mardi Mme Wagenknecht au groupe de médias Funke.

 

Il faut dire que l’OTAN vient d’essuyer un certain nombre de critiques de la part des médias allemands, suite aux déclarations faites par le président élu dans une interview récemment accordée au Bild, au cours de laquelle il a qualifié l’OTAN d’« obsolète ».

 

« Je dis depuis longtemps que l’OTAN a des problèmes. En particulier, celui d’être obsolète, parce que cette organisation a été conçue il y a beaucoup, beaucoup d’années », a-t-il déclaré dimanche.

 

« Nous sommes censés protéger des pays, mais un tas de ces pays ne paient rien alors qu’ils devraient le faire, ce que je trouve très abusif à l’égard des États-Unis ».

 

Ces mots ont reçu le soutien de Wagenknecht, qui a ajouté que les commentaires de M. Trump « révèlent impitoyablement les erreurs et les échecs du gouvernement fédéral ».

 

L’interview [du président, ndt] n’a pas échappé à celui-ci. Un porte-parole de la chancelière Angela Merkel a dit qu’elle avait été « lue avec intérêt » par le bureau de la Chancellerie.

 

De leur côté, les officiels de l’OTAN se sont montrés « irrités » par les déclarations de M. Trump, selon le ministre des Affaires étrangères allemand Fred-Walter Steinmeier, qui a parlé à des reporters à l’issue d’une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Steinmeier a ajouté cependant qu’à l’OTAN on ne doute pas que l’administration US maintiendra les engagements de son pays envers l’alliance.

 

Alexander Graf Lambsdorff, vice-président du Parlement européen et membre du parti allemand FDP a dit aux gens de Funke que les déclarations de Trump « restent vagues et pas trop sensées ».

 

Die Linke est le groupe d’opposition le plus important au Parlement allemand et avait déjà appelé auparavant à des relations plus étroites avec la Russie.

 

Ces commentaires se font jour en pleine escalade d’une concentration de troupes, de tanks et d’équipements militaires US en Europe, aux frontières de la Russie, dans le cadre d’une opération de l’OTAN intitulée « Résolution Atlantique ». Après les manoeuvres militaires effectuées dans le cadre de cette opération, les troupes seront stationnées en Pologne, en Bulgarie, en Roumanie et dans les pays baltes, dépendant d’un Quartier Général qui se trouvera en Allemagne.

 

Rédaction – RT – 17 janvier 2017

 

Original : https://www.rt.com/news/373974-nato-dissolution-alliance-…

20 janvier 2017

Manlio Dinucci, chars de l'OTAN en Pologne ou le retour de la « guerre froide »

 

« Ainsi se trouve réexhumé, indique Manlio Dinucci, l’arsenal propagandiste USA/Otan de la vieille guerre froide : celui des chars d’assaut russes prêts à envahir l’Europe. En agitant le spectre d’une inexistante menace de l’Est, ce sont au contraire les chars d’assaut étasuniens qui arrivent en Europe. La 3ème Brigade blindée s’ajoute aux forces aériennes et navales déjà déployées par les USA en Europe dans l’opération « Atlantic Resolve », pour « rassurer les alliés Otan et les partenaires face à l’agression russe ». Opération que Washington a lancée en 2014, après avoir volontairement provoqué par le putsch de Place Maïdan une nouvelle confrontation avec la Russie. Stratégie dont Hillary Clinton a été la principale artisane dans l’administration Obama, visant à briser les rapports économiques et politiques de la Russie avec l’Union européenne dommageables pour les intérêts étasuniens... »

 

Reprenons l'article de Manlio Dinucci...

 

Michel Peyret


Chars d’assaut déployés en Pologne

L’art de la guerre

 

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 17 janvier 2017

ilmanifesto.infoPologne militarisation

 

Le 12 janvier, deux jours après son discours d’adieu, le président Obama a lancé le plus grand déploiement de forces terrestres en Europe orientale depuis la fin de la guerre froide : un long convoi de chars d’assaut et autres véhicules blindés étasuniens, provenant d’Allemagne, est entré en Pologne. C’est la 3ème Brigade blindée, transférée en Europe de Fort Carson dans le Colorado : composée d’environ 4000 militaires, 87 chars d’assaut, 18 obusiers automoteurs, 144 véhicules de combat Bradley et des centaines de Humvees. L’ensemble de l’armement est transporté en Pologne soit par route, soit par 900 wagons ferroviaires.

 

À la cérémonie de bienvenue qui s’est déroulée dans la ville polonaise de Zagan, l’ambassadeur étasunien Jones a dit qu’« au fur et à mesure que croît la menace, croît le déploiement militaire USA en Europe ». Ce qu’est « la menace » a été clarifié par le général Curtis Scaparrotti, chef du Commandement européen des Etats-Unis et en même temps Commandant suprême allié en Europe : « Nos forces sont prêtes et positionnées dans le cas où il y en aurait besoin pour contrecarrer l’agression russe ».

 

L’ambassadeur étasunien Jones en Pologne souhaitant la bienvenue aux troupes US

source : The Guardian

 

La 3ème Brigade blindée restera dans une base près de Zagan pendant neuf mois, jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par une autre unité transférée des USA.

 

À travers cette rotation, des forces blindées étasuniennes seront en permanence déployées en territoire polonais. De là, leurs détachements seront transférés, pour entraînement et exercices, dans d’autres pays de l’Est, surtout Estonie, Lettonie, Lituanie, Bulgarie, Roumanie et probablement aussi Ukraine : c’est-à-dire qu’ils seront continuellement déployés au bord de la Russie.

 

Un second contingent étasunien sera positionné en avril prochain en Pologne orientale, dans le dit « Suwalki Gap », une étendue de terre plate longue d’une centaine de kilomètres qui, prévient l’Otan, « serait un parfait passage pour les chars d’assaut russes ».

 

Ainsi se trouve réexhumé l’arsenal propagandiste USA/Otan de la vieille guerre froide : celui des chars d’assaut russes prêts à envahir l’Europe. En agitant le spectre d’une inexistante menace de l’Est, ce sont au contraire les chars d’assaut étasuniens qui arrivent en Europe. La 3ème Brigade blindée s’ajoute aux forces aériennes et navales déjà déployées par les USA en Europe dans l’opération « Atlantic Resolve », pour « rassurer les alliés Otan et les partenaires face à l’agression russe ». Opération que Washington a lancée en 2014, après avoir volontairement provoqué par le putsch de Place Maïdan une nouvelle confrontation avec la Russie. Stratégie dont Hillary Clinton a été la principale artisane dans l’administration Obama, visant à briser les rapports économiques et politiques de la Russie avec l’Union européenne dommageables pour les intérêts étasuniens.

 

Dans l’escalade anti-Russie, la Pologne joue un rôle central. À cet effet elle recevra sous peu des USA des missiles de croisière à longue portée, avec capacités pénétrantes anti-bunker, armables aussi de têtes nucléaires. Et en Pologne est déjà en construction une installation terrestre du système de missiles Aegis des Etats-Unis, analogue à celle déjà en fonction à Deveselu en Roumanie. Elle aussi dotée du système Mk 41 de Lockheed Martin, en mesure de lancer non seulement des missiles anti-missiles, mais aussi des missiles de croisière armables avec des têtes nucléaires. 

 

Missiles aegis.

Source : https://www.mda.mil/system/aegis_bmd.html

 

À Varsovie et dans les autres capitales de l’Est -écrit le New York Times- il y a cependant « une forte préoccupation » à propos d’un possible accord du républicain Trump avec Moscou qui « minerait la totalité de l’effort ».

 

Un cauchemar tourmente les gouvernants de l’Est qui fondent leurs fortunes sur l’hostilité avec la Russie : celui que s’en retournent à la maison les chars d’assaut envoyés par le démocrate Obama.

 

Manlio Dinucci

Article original en italien :

Pologne militarisation

Carrarmati Usa schierati in Polonia

Edition de mardi 17 janvier 2017 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/carrarmati-usa-schierati-in-polonia/

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.info

 

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.info, 2017

Posté par Michel Peyret

La CIA révèle que Santiago Carrillo a défendu le maintien des bases américaines en Espagne en 1975

 

20 Janvier 2017
Carrillo a critiqué le rôle de son homologue portugais dans la Révolution des Oeillets dans une conversation avec un responsable de la revue TIME comme la CIA l’avait noté dans un rapport déclassifié cette semaine. Ce que l’on peut remarquer, outre la stratégie du dirigeant du Parti communiste espagnol « eurocommuniste » c’est le fait que le représentant officiel du Time ne dédaignait pas servir d’informateur de la CIA. Et que Santiago Carillo savait parfaitement à qui il avait affaire. Est-ce que cette situation a vraiment changé?
 
(note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)


Carrillo veía
Santiago Carrillo et Juan Carlos de Borbón, image d’archive.

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« Les Américains peuvent être en Espagne pendant que les troupes russes restent en Tchécoslovaquie » a dit le Secrétaire Général du PCE en 1975, Santiago Carrillo, et il défendu aussi la présence des bases qu’alors les Etats-unis avaient sur le sol espagnol, selon un rapport du  renseignement américain déclassifié  cette semaine par la CIA. Le document comprend également la critique adressée par le  dirigeant du PCE à son homologue portugais, Alvaro Cunhal, pour son rôle dans la Révolution des oeillets et les conséquences qu’elle peut avoir en Espagne.

La Central Intelligence Agency (CIA, selon son sigle en anglais) a déclassifié cette semaine des centaines de milliers de rapports secrets, plus de 12 millions de pages dans lesquelles on trouve un nombre indéterminé de références à l’histoire récente de l’ Espagne. L’ un des documents publiés sur le site de l’agence d’espionnage de l’US ( ici en PDF ) contient une conversation qu’a eue en 1975 , le secrétaire puis général du PCE, Santiago Carrillo, et un responsable « officiel » du « Journal Time ».

Extracto del documento de la CIA con la opinión de Carrillo sobre las bases de EE UU en España.
Extrait de la CIA sur  l’avis du Carrillo sur les bases américaines en Espagne.

Le document est daté du 15 juillet 1975, quelques mois avant la mort du dictateur Franco, bien que les propos ne soient eux pas datés. Dans la conversation, Carrillo a souligne que le PCE va travailler « avec les autres partis » dans la réalisation « d’un gouvernement démocratique », selon le document de la CIA. Le chef du PCE prévoyait un « relativement pacifique » « renversement » de Franco.

 

Carrillo a également informé son interlocuteur que ses intentions étaient de « rétablir les libertés civiles et les institutions démocratiques » et non pas « d’établir le socialisme » toujours selon  le document. « Cela viendra plus tard », a-t-il déclaré à son interlocuteur

 

Quelques soient ses intentions, le chef du PCE, s’est opposé au rôle de son parti frère du Portugal et surtout celui de son homologue, Alvaro Cunhal, pour son rôle dans la Révolution des Oeillets.

 

Le secrétaire général des communistes espagnols craignait qu’un « gouvernement radical » au Portugal pourrait « endommager » ses propres options et son propre rôle « dans l’Espagne post-franquiste ». Un rôle qui, selon le document de la CIA, pourrait conduire à participer à un gouvernement. ce qui pourrait avoir lieu « si ses camarades  le demandaient », lit le rapport de renseignement américain.

 

Carrillo, qui a dit que le règne de Juan Carlos allait durer « quelques mois » et il a montré sa  préférence pour les droits dynastiques de Don Juan, le père de l’actuel roi émérite.

 

Enfin, l’interlocuteur de Carrillo l’a interrogé sur son opinion sur les bases américaines en Espagne. Le rapport contient la réponse textuelle du Secrétaire Général du PCE: « les Américains peuvent être en Espagne tant que les troupes russes restent en Tchécoslovaquie. »

 

Le rapport de la CIA note que Carrillo est opposé à l’intervention militaire de l’Union soviétique en Tchécoslovaquie en 1968, mais indique également que « dans le passé, » le leader communiste s’était  publiquement opposé à la présence militaire américaine. « Son changement d’attitude peut être un effort pour adoucir » la réaction des États-Unis à une éventuelle entrée de PCE dans un futur gouvernement, interprète le rapport.

Brexit, Gulliver et les lilliputiens

 

Publié le 18 Janvier 2017

ou les distingués

charognards

de luxe 

T-Shirt dessin vautour volant blagues méchant méchant

M. Gulliver patron de la si honorable banque HSBC est à Davos et delà bas, il a parlé du "Brexit".

Entre une poire à gruger et un fromage à capitaliser, il a été Interrogé sur la possibilité pour HSBC de déplacer ces activités londoniennes  ailleurs dans l’Union européenne, il a immédiatement clarifié sa position :

« Nous avons acheté le Crédit commercial de France en 2002, donc nous avons un service bancaire universel en France. Donc pour nous, c’est la France. »

Il a cru bon de préciser que sa banque n’avait pas besoin de « se presser » pour le faire. HSBC emploie déjà près de 9 500 salariés en France.

C'est là que les lilliputiens se manifestent : « Good news », (bonne nouvelle) s’est réjouie devant la presse Anne Hidalgo, depuis Davos où la maire de Paris  se trouve non loin de Ch Lagarde et autres condors charognards, allant jusqu'à ajouter :

« Nous avons beaucoup beaucoup de contacts de sociétés qui sont basées à Londres. Nous avons mis en place un guichet unique pour attirer des entreprises qui veulent être en Europe ».

 Paris, il y a problème pour les réfugiés, les sans abris, les urgences à l'hôpital, et plein d'autres choses à régler de façon urgente devant mobiliser tous les m2 disponibles.

 

A Paris des jeunes travailleurs en CDI ou à statut sont SDF.

 

Mais madame la maire, rempart financier de l'UE, se réjouit et s'apprête à faire la fête pour accueillir la banque complice de toutes les fraudes fiscales (laquelle est estimée à 80 milliards d'euros pour le budget 2017). Un racolage avec cette sorte d''échancrure putassière de la robe rose de la fédération de Paris du PS que ses élus vantent au chaland.

 

Jaurès allait au Pré St Gervais pour haranguer les foules.

 

Mitterrand pourtant si peu recommandable cherchait sa montagne à Solutré.

 

En 2017 la "plus à gauche des socialistes" fait son shopping à Davos.

 

On a les villégiatures qu'on mérite ; elles révèlent la nature de ses occupants.

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Rédigé par Canaille Lerouge