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À propos des élections CORSES de décembre 2017 [une analyse de Francis Arzalier]

Publié par El Diablo

À propos des élections CORSES de décembre 2017 [une analyse de Francis Arzalier]

photo d'illustration (source: pcf)

Vous lirez ci-dessous un texte de Francis Arzalier, membre de l’ANC(Association Nationale des Communistes) et fin connaisseur du milieu politique corse.

 

Quelques remarques d’un militant, qui pratique la Corse et les Corses depuis plus d’un demi-siècle, assez pour savoir qu’ils sont porteurs d’une histoire et d’une culture spécifiques, et en même temps très majoritairement attachés à la nation française. Toute analyse sérieuse des derniers scrutins en Corse doit tenir compte de cette contradiction, et éviter les caricatures qui imprègnent les médias hexagonaux (« triomphe nationaliste", prise en compte nécessaire de leurs exigences par l’état français, marche vers l’indépendance, etc. ).

 

Remarquons d’abord que l’électorat Corse a été appelé à voter 6 fois depuis le printemps 2017, ce qui a entraîné une certaine lassitude. A cela s’ajoute un discrédit des partis constitués comme dans l’ensemble de la France. Seules différences, ce discrédit a entraîné en Corse la quasi disparition du Parti Radical majoritaire à gauche depuis des décennies (au lieu du PS nationalement), et l’affaissement du Parti de Droite (Républicains), que n’a pas compensé le faible score du parti Macronien.

 

La croissance énorme de l’abstention (presque un électeur sur deux) a les mêmes causes qu’ailleurs, avec des spécificités aggravantes. Il suffisait d’écouter les conversations ajacciennes cet été pour savoir que la plupart des électeurs trouvaient inutile un nouveau scrutin insulaire, la Collectivité régionale ayant été élue il y a seulement deux ans. L’électorat insulaire a réagi au scrutin de novembre 2017 comme s’il s’agissait d’une élection superflue après annulation : on sait que seuls les partisans des sortants invalidés se déplacent pour assurer leur remise en place. Les opposants considèrent que les jeux sont faits, et se mobilisent peu.

 

Car la coalition des nationalistes dirigeait déjà la Région Corse, grâce à l’abstention et au mode de scrutin majoritaire. Leur réélection ne faisait aucun doute, d’autant qu’ils ont eu l’intelligence et la prudence durant leur court passage aux rênes, de se démarquer de la " lutte armée " clandestine antérieure, de certains de leurs soutiens xénophobes et racistes (" Arabi fora ") et de certaines revendications d’indépendance immédiate trop brutales.

 

Parallèlement, ils ont peaufiné leur emprise sur le tissu économique et culturel, et profité au maximum du discrédit de la majorité radicale antérieure ( Giacobbi ) accusée à juste titre de corruption et clientélisme par la justice. Aujourd’hui, cette équipe dirigeante nationaliste est surtout l’expression d’une bourgeoisie insulaire, d’inspiration ultra-libérale, COMME MACRON ET SES AMIS, COMME LA DROITE "RÉPUBLICAINS", et tentée de passer avec eux des accords politiciens, comme c’est déjà le cas à la mairie de Bastia. Leurs divergences essentielles portent sur la répartition des postes, leur idéologie est pour l’essentiel identique.

 

Compte tenu du mode de désignation, les nationalistes disposeront à l’Assemblée territoriale unique d’une majorité aussi écrasante (et aussi peu représentative) que les macronistes " En Marche " à l’Assemblée nationale.

 

Autre remarque, il faut éviter de faire de l’Union Européenne le Deus Ex Machina des élections corses. Certes, les dirigeants nationalistes, férus de libéralisme, ne trouvent que des vertus à l’UE, qui incarne le Capitalisme transnational actuel, et ils apprécient beaucoup ses objectifs d’Europe politique fédérale, dans lesquels ils espèrent insérer leur projet d’autonomie de l’île. Mais ne nous aveuglons pas : leurs concurrents de Droite, En Marche, et même la majorité précédente radicale sont tout aussi partisans de l’Union Européenne, et de son catéchisme libéral. Le résultat des élections corses ne découle pas d’un complot fédéraliste de l’UE, mais de la crise sociale et idéologique de la société insulaire.

 

En fait, la dimension marquante de ce scrutin Corse de novembre n’est pas la réélection prévisible de la coalition nationaliste, mais le résultat désastreux du PCF : Il avait déjà cédé la moitié de son électorat à la France Insoumise au printemps dernier, et coalisé avec FI au scrutin territorial, il n’atteint pas 6 pour cent des votants : Il ne peut de ce fait participer au second tour, il n’y aura aucun élu Corse communiste ou de gauche à l’Assemblée, pour la première fois !

 

C’est pourquoi je rejoins tout à fait notre camarade Alain Benielli sur l’urgence d’analyser de façon autocritique les résultats désastreux du PCF en Corse. Il a dilapidé l’audience acquise par les communistes corses dans l’insurrection antifasciste de 1943, organisée par les résistants communistes Nicoli, Benielli, etc. Cela lui conférait il y a encore 15 ans des scores électoraux supérieurs à la moyenne française, bien que l’île livrée au tout tourisme ne dispose pas de concentrations industrielles.

 

Cet effondrement a certainement des causes anciennes, notamment la prise en compte insuffisante par le PCF insulaire de revendications populaires parfaitement justes : contre la spéculation immobilière et le non-développement au profit de l’invasion touristique, l’accaparement des rivages et des sites par les affairistes et les touristes fortunés, la destruction de la culture corse( langue et musique ), le centralisme "parisien" étouffant, la condamnation de l’île à devenir le "bronze-cul de l’Europe ", etc.

 

À l’issue de ce processus depuis 50 ans, la spéculation immobilière a multiplié le prix des appartements à tel point que les jeunes Corses, salariés ou pas, ne peuvent se loger, et qu’ils doivent comme leurs ancêtres quitter l’île pour chercher un emploi. Près de 40 pour cent de l’habitat en Corse est constitué de résidences secondaires ! Comment dès lors condamner sans nuances comme xénophobes l’idée de dispositions légales privilégiant le recrutement local des salariés, et les freins apportés à la multiplication de résidences secondaires et touristiques, parce que ce sont des thèmes favoris des nationalistes ?

 

Mais l’effondrement récent du PCF en Corse tient surtout à sa collaboration à l’ancienne majorité régionale " de gauche", dirigée par le Radical Giacobbi, condamné par le tribunal (a 3 ans de prison ferme, sous réserve de confirmation en appel) pour ses méthodes de gestion.

 

La "gauche" radicale n’y a pas survécu. Le PCF Corse risque le même sort, mérité ou pas, sans une sérieuse analyse critique du passé : une problématique bien proche de celle du PCF en général.

 

F.A.

 

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