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Retour sur la commémoration d’Octobre 17 : révolution défaite, trahie, révolution victorieuse ?
 
Par Eric Le Lann
 

Octobre 17 a été commémoré, et même célébré. Mais est-ce une victoire ou une défaite qui a été célébrée ? Il me semble que ceux qui ont célébré 17 ont souvent célébré une tentative avortée, un peu à la manière dont on célèbre la Commune de Paris. Ce qu’écrivait Gérard Filoche dans un des numéros spéciaux de l’Humanité consacré à Octobre 17 en est une illustration flagrante : « …Mais, malheureusement, ensuite, après 1918, la révolution n’a pas survécu à ses ennemis, Hitler dehors et Staline dedans. Tout est à refaire et nous avons l’envie fougueuse de le refaire ». Je ne m’arrêterai pas sur le parallèle entre Hitler et Staline, digne de la propagande de Stéphane Courtois, ou plutôt j’y reviendrai. Remarquons qu’une telle lecture n’a rien d’encourageant ! Quand les peuples entrent dans l’histoire, ils sont défaits ou trahis, mais rien n’en reste !

 

Sur le fond, cette vision ne tient pas quand on fait l’effort d’inscrire l’irruption durable du pouvoir soviétique issu de la révolution, même si évidemment ses caractéristiques évoluent, dans celle du 20ème siècle. C’est le philosophe italien Domenico Losurdo qui résume le mieux ce qu’est le XXème siècle : « le siècle où le pouvoir totalitaire et les pratiques génocidaires qui traversent en profondeur la tradition coloniale font irruption au sein même du continent d’où est partie cette histoire » [1]. Peut-on comprendre la Première guerre mondiale, qui pour certains historiens n’est que le début de la nouvelle Guerre de Trente ans, sans prendre en compte cette réalité des impérialismes, de leurs conflits, porteurs de la scission de l’espèce humaine, des exterminations, des Hereros par la famine ou par le travail au Congo, dès l’aube du siècle, après celle des Indiens ? La révolution d’Octobre et ses suites n’ont rien à voir avec cette histoire-là ? Mais alors le nazisme lui-même n’aurait rien à voir avec cette histoire-là ? Cela ne résiste pas aux faits. Il ne s’agit pas de dire que toutes les réalités coloniales ou impérialistes sont les mêmes, de nier les radicalisations qui s’opèrent mais d’avoir à l’esprit le tableau dans son ensemble.

 

Constatons aussi que c’est la défaite de la version la plus négatrice des droits humains, celle du nazisme, Hitler face à Staline l’on veut condenser sur des personnalités comme le fait Gérard Filoche, qui inaugure une phase nouvelle, la décolonisation, la victoire de la révolution chinoise.

 

La révolution d’Octobre fut tragique. Il est inévitable de rêver d’un autre cours. Mais futile aussi. Ainsi, si l’on ne peut que constater le drame de la collectivisation des terres issue de la liquidation de la « NEP », la nouvelle politique économique qui visait à utiliser les capitalistes, on peut aussi constater que sans l’industrialisation à marche forcée, il n’est pas sûr que l’URSS aurait eu les armes qui lui permirent de vaincre la Wehrmacht.

 

L’impact sur la durée du pouvoir issu de la révolution d’Octobre peut aussi se mesurer en Occident. L’économiste Friedrich Hayek, principal inspirateur du tournant néolibéral de Reagan et Thatcher, a-t-il tort quand il écrit : « Les droits économiques et sociaux sont l’invention ruineuse de la révolution marxiste », faisant référence à la révolution d’Octobre ? En France, les avancées de ces droits à la libération sont concrétisées par l’application du programme du Conseil national de la résistance. Mais ceux-là même qui rédigèrent ce programme était bien conscients que son application ne pouvait que passer par la défaite du nazisme et de ses alliés.

 

C’est si vrai que la plus grande partie de ce programme est consacrée à la lutte contre l’occupant. Là encore, ayons à l’esprit les faits historiques : 80% des soldats allemands qui furent tués le furent sur le front de l’Est. Pour aller vite, Stalingrad et la Sécurité sociale en France ne sont pas des réalités étrangères l’une à l’autre.

 

Et s’agissant de la reconnaissance des droits civiques dans leur acceptation libérale, rappelons qu’en 1952, le ministre de la Justice des États-Unis écrivait à la Cour suprême : « Vous devez absolument déclarer l’inconstitutionnalité des lois qui établissent la ségrégation contre les Noirs, sinon cela va profiter à l’Union soviétique et au mouvement communiste dans le tiers-monde et dans le monde colonial ». Sur cette question de l’égalité des hommes, voyons aussi la Déclaration universelle des droits de l’homme : quelle différence avec le texte fondateur de la Société des nations, alors que la révolution russe était aux abois, et que Wilson s’opposait avec succès à ce que l’égalité des races soit reconnue !

 

Bref, si l’on considère l’histoire de l’humanité, écrite par les luttes émancipatrices, Octobre peut donc être célébré comme une victoire.

 

Notes :

[1] Contre-histoire du libéralisme

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