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« Si nous tuons le rêve, nous nous tuons aussi »

« Si nous tuons le rêve, nous nous tuons aussi »
 
Philippe Pivion a lu « A demain, camarades ! », de Manuel Tiago
 

Connaissez-vous Manuel Tiago ? Il s’agit du pseudonyme d’Álvaro Cunhal. Voilà, oui, le secrétaire général du Parti Communiste Portugais de 1961 à 1992. Eh bien, si au Portugal il est reconnu aussi pour sa qualité d’écrivain, il ne l’est pas du tout en France. Il est méritoire pour la maison d’édition du Temps des Cerises de permettre au lecteur ignorant la langue portugaise de bénéficier d’une lecture passionnante.

 

À demain, camarades est édité au lendemain de la révolution des œillets (avril 1974). Il s’agit d’une histoire de militants communistes clandestins sous la dictature de Salazar, en 1944. Ces femmes et ces hommes tissent des liens avec la population, distribuent des tracts, vendent des journaux dans un contexte étouffant et mortifère. Les descriptions de l’extrême pauvreté, de l’abnégation et du sacerdoce de ces militants sont poignantes. On suit à perdre haleine leurs parcours d’un hameau à l’autre, leurs traversées des champs, des forêts, épiant leur ombre en permanence pour deviner s’ils ne seraient pas pistés. On découvre avec intérêt ces fonctionnaires du PCP, qui n’ont rien de fonctionnaires mais qui donnent tout à leur idéal et à leur parti.

 

Dans la campagne profonde, arriéré, spoliée par la dictature et le patronat, les personnages doutent de leur action, de l’efficacité de leurs initiatives dans une subtile dialectique. Dans ce Portugal de régression, mettre un tract sous une pierre dans un champ en espérant qu’il sera lu, c’est aussi risquer la vie, pour le moins la prison et la torture. Ils tentent de convaincre de la justesse de leur analyses et proposent des actions notamment une grève. Celle-ci d’une ampleur dépassant leurs espérances où la paysannerie la plus pauvre rejoint les ouvriers, provoquera une réaction des plus vives de la dictature. On est bouleversé à la mort d’Isabel, de Ramos et d’autres. On est pantois devant la profondeur de l’amour inabouti de Maria pour Ramos.

 

L’écriture est souple, articulée et belle. Il y a du Germinal et de l’Aragon avec les Communistes dans cette fresque romanesque. Le rapport de classe est souligné lors d’un repas chez un avocat communiste où Maria est invitée : 


« Malgré les privations des dernières semaines, Maria, troublée et intimidée, avait à peine touché au riche déjeuner. Animés par la conversation et ce moment de partage, ni l’avocat, ni sa femme, ni même Antonio n’avaient remarqué qu’elle ne s’était presque rien servi et n’avait presque pas touché à ses assiettes. Seule une personne l’avait remarqué, seule une personne l’avait comprise : l’employée. »

 

Álvaro Cunhla surprend. Il n’écrit pas un livre pour diffuser une conception politique, non, il rédige un récit dans lequel il illustre la condition des femmes et des hommes qui vivent leur idéal, il glisse de ci de là quelques remarques soulignant que l’émancipation humaine n’est pas un processus linéaire, que le sens de l’Histoire donne raison à ses héros, qu’il faut vivre pour militer. Il met dans la bouche de Paulo des propos d’une grande beauté politique, tels : 


« Les militants donnent tout, camarade, mais ils ne doivent pas renoncer à tout. Si nous tuons le rêve, nous nous tuons aussi en tant qu’êtres humains. »  

 

Il sait de quoi il parle, Cunhal, arrêté par la PIDE, la police politique de Salazar en 1949 après des années de clandestinité, il est emprisonné. Il s’évade après onze ans de geôle, et la direction clandestine du PCP le fait exiler à Moscou, Prague puis à côté de Paris, à Montreuil jusqu’en 1974. Une vie peu commune, qui transpire dans ses écrits. C’est un livre d’une profonde humanité qui marque le lecteur.

 

À demain, camarades ! de Manuel Tiago. Editions le Temps des Cerises.


Commentaire de B.T :

« Si nous tuons le rêve, nous nous tuons aussi ». Affirmation à laquelle je souscris totalement. Mais qui a des conséquences terribles pour les militants du PCF. N'aurions-nous pas des tueurs parmi nous et au plus haut ?

 

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