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Georges Marchais et l’URSS, impressions et témoignage

 

17 Novembre 2017

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Je pourrais longuement écrire sur la manière dont Georges Marchais se situait par rapport à l’Union soviétique, le souci qu’il avait de marquer sa distance par rapport à toutes les violations des libertés individuelles, celle de la création en particulier. À ce titre j’étais un des membres du Comité des libertés qu’il avait créé, je partageais cet honneur avec René Andrieu, Pierre Juquin, Louis Aragon, Georges Séguy, Georges Marchais lui-même, et quelques autres personnalités. je me souviens de notre première réunion et de ma stupéfaction en contemplant tous ces yeux bleus… Mais l’équilibre se faisait et ma propre indéfectible fidélité à l’URSS n’était jamais violée.

 

Jamais Georges Marchais n’a autorisé la moindre remise en cause de l’apport de l’Union soviétique, même si l’expression « bilan globalement positif » n’est pas de lui mais de Fitterman, cela résumait sa pensée et la mienne d’ailleurs je n’ai jamais compris pourquoi cette réflexion a suscité un tel tollé… Il était normal de voir les ombres et les lumières et surtout de voir quels étaient les problèmes.

 

Là encore je me souviens de la préparation du 25e congrès où nous étions chargées Gisèle Moreau et moi de préparer la partie sur le socialisme « réel ». Toujours obstinée j’avais fait état de statistiques qui montraient que pour la première fois en Union soviétique le taux de mortalité était reparti dans le mauvais sens, on mourait plus jeune. Il y avait d’autres indicateurs qui témoignaient déjà des ravages de la stagnation autant que de la désorganisation gorbatchévienne. J’avais rédigé ce constat sans grande précaution avec ma redoutable franchise et mon amie Gisèle avait assumé mes propos iconoclastes.

 

Georges s’est mis en colère et nous a dit que l’on ne pouvait pas limiter la réalité de l’Union soviétique à ces propos. Je me souviens encore la manière dont tous les autres rédacteurs du projet du congrès nous ont regardées Gisèle et moi, le chef avait parlé et nous étions des pestiférées. Les pires dans le genre étaient Blottin et Gayssot qui sont devenus ce que l’on sait. Je demandais une prise en compte des problèmes et ceux qui plus tard noieront le bébé avec les eaux du bain me regardaient avec horreur parce que le chef, qu’ils mépriseront un peu plus tard, avait parlé.

 

Mais le lendemain Georges nous a embrassées, a plaisanté avec nous et nous étions revenues en grâce. Combien de fois ai-je vécu cette situation où un entourage qui après s’est avéré assez ignoble avec Georges, le poussait à ne pas analyser mais à réagir. Lui était un animal politique, doué d’un flair incroyable mais il ne faisait pas que réagir, il avait un ancrage de classe que d’autres ne possédaient pas et qui lui était à la base de ses fidélités à l’URSS, à Cuba, tout en s’ouvrant à la Chine…

 

C’était une intelligence, une fidélité, un respect du parti et de ses militants, mais une partie de son entourage était pourri et le poussait aux excès médiatiques. Il valait mieux que ça. Cela dit cette indéfectible fidélité doublée d’une aussi sincère volonté de défendre les libertés produisait bien des contradictions. Surtout quand l’entourage de Georges Marchais, son secrétariat nettement plus opportuniste, sans parler de Pierre Juquin chargé des relations avec la presse, avaient tendance à privilégier « les coups » d’éclat plus que l’analyse.

 

J’ai haï ce congrès de Martigues ou non contents de couper le parti de sa base prolétarienne, de le désorganiser à la Gorbatchev, les dirigeants de l’époque ont refusé cet hommage à Georges Marchais qu’il avait amplement mérité. C’est alors que comme bien d’autres je suis entrée en dissidence et je me suis juré de ne plus croire aveuglément…

 

Danielle Bleitrach

 

PS J’ajouterai la manière dont sans me demander mon avis on m’a fait signer la pétition sur l’Afghanistan, après son intervention à la télévision sur le sujet. Je l’aurais probablement signée mais ceux qui ultérieurement joueront le plus les censeurs de l’URSS ne m’ont pas demandé mon avis, il faisait un froid de canard, j’étais malade à la suite d’une soirée avec Jean Ristat au Rocambole où il croyait me choquer en me faisant vivre au milieu des travestis, ce dont je me moquais parfaitement et j’avais partagé de nombreuses coupes, fraternisé avec les « copines » et le lendemain Ristat était lui allé signer en pleine connaissance de cause en disant à l’Humanité à qui il donnait un papier « j’ai choisi mon camp » que c’était moi qui l’avait convaincue. Je lui avais simplement dit: si tu choisis de soutenir le Parti ils ne te lâcheront plus comme Louis Aragon, ils ne reconnaîtront jamais tes qualités de poète, si tu trahis on te fera pour un temps un pont d’or et de gloire. Il a choisi son camp et moi j’étais malade, grippe et gueule de bois.

 

On m’a fait signer sans me le dire. Mais moi aussi j’avais choisi mon camp.