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Pourquoi je ne supporte plus le catéchisme qui se substitue à l’analyse historique…

 

08 Novembre 2017

 

Pourquoi le PCF refuse-t-il de considérer l’Histoire et d’abord sa propre histoire, choisissant les divisions et les factions au lieu d’accepter une véritable confrontation Et ce en priorité  avec sa propre histoire alors que se pose la question de sa survie?

 

Il est vrai que tout est dit quand Fabien affiche le portrait de Trotski, ce qui ne me gène pas, mais supprime celui de Staline. Un simple retournement de la figure manichéenne du traître cause de tous nos maux par rapport à un idéal. Pourtant il serait intéressant de s’interroger sur la difficulté qu’il y avait à se débarrasser d’un Staline épuisé, mais auréolé légitimement de l’immense gloire de la deuxième guerre mondiale, alors même que nous sommes incapables de remettre en cause des directions qui depuis le Congrès de Martigues nous ont menés où nous en sommes.  Nous nous contentons de poursuivre  la fiction en réhabilitant Trotski par rapport au méchant Staline. C’est sordide non seulement par rapport à l’histoire de l’Union soviétique mais par raport à l’histoire du PCF qui fut le parti le plus fidèle à l’histoire et aux conquêtes de l’Union soviétique, c’est notre propre histoire nos propres dirigeants que nous insultons.

 

Cela contribue à une vision totalement fausse de l’histoire de l’Union soviétique.

 

Ou on estime que de fait, le communisme n’a existé nulle part et que l’URSS ne mérite pas en dehors d’un bref élan initial la moindre référence socialiste, pas plus d’ailleurs que toutes les autres révolutions,  la faute de ces échecs étant attribuée à un grand paranoïaque qui a trahi la Révolution et qui n’aurait accompli même durant la deuxième guerre mondiale que des catastrophes et des crimes inutiles.  On adopte ce faisant la vision de ceux qui n’ont jamais fait la Révolution nulle part et n’ont su engendrer que divisions et « entrisme ». quitte à perdre toute crédibilité et à rejoindre la vision bourgeoise du caractère inutile des Révolutions.  Après avoir pratiqué l’entrisme dans le PS et avoir mené celui-ci par des alliances avec la droite et avec la gauche de ce parti, en le coupant toujours plus de sa base ouvrière, ceux qui se définissent comme des « trotskistes » poursuivent sur le PCF le même travail de sape.  De Julien Dray, Le Guen, Cambadelis à Filoche et Mélenchon, en passant par ceux qui ont rallié le PCF ont peut dire qu’en dehors de ces manoeuvres tactiques,  ils ont y compris rompu avec la réalité de Trotski lui-même qui au moins a su s’impliquer dans une Révolution.

 

Cette caricature va avec une politique que l’on tente de distiller à un parti qui n’en veut pas: le retour à avant le congrès de Tours dans un parti socialiste.

 

Ou alors aujourd’hui on s’accorde sur la nécessité d’un véritable regard historique et osons ce que revendiquait  Thorez face au rapport Khrouchtchev : « Est-ce qu’on a le droit de dire les mérites de Staline » ou faut-il comme le rapport les nier?  Ou encore faut-il oublier que les Chinois  refusèrent cette caricature de Staline? Que ce fut là le véritable affaiblissement du camp socialiste que cette division?

 

Ce qui ne signifie pas plus s’interdire la critique de cette expérience, son analyse, au contraire. Personnellement je pense que rompre avec le dogmatisme passe par une véritable reconsidération de l’ensemble de ce qu’a été l’URSS, y compris ce qu’on a appelé le stalinisme, le refus de toutes les caricatures et diabolisations.

 

Il faut pour reconnaître l’apport immense de la Révoution russe, y compris dans les acquis sociaux et démocratiques de la classe ouvrière, aujourd’hui savoir porter un regard historique sur cette Révolution. Il faut considérer que jamais l’Union soviétique n’a été libre dans son instauration du socialisme et que la matrice de « la mère » de toutes les Révolutions socialistes, de tous les mouvements d’émancipation a dû se développer dans un modèle militarisé qui n’a pas été inventé par Staline, tout en ayant eu l’immense mérite de faire la preuve que le capitalisme n’était pas la fin de l’histoire. Il faut mesurer l’ampleur de cette histoire à toutes les formes d’émancipation humaine y compris à notre propre classe ouvrière et au-delà. La manière dont le capital a cédé du terrain par peur…

 

Si on adopte cette démarche historique et que l’on regarde ce à quoi ces géants ont été contraints, on est obligé de constater que même ce que l’on désigne comme la « terreur » de cette Révolution ne démarre pas avec Staline. c’est sous Lénine que les partis ont été interdits. La Tchéka existait sous Lénine, Trotski a participé à tous les excès de cette époque – et la violence d’Etat, ce que nous appellerions la « terreur » a existé dès 1918. Et que l’URSS y compris sous Staline a accompli un pas immense dans la libération de l’humanité.

 

Mettre le portrait de Trotski dans les couloirs de Fabien et raconter la noire légende de Staline, quelle est l’utilité  alors d’une telle manipulation ?

 

De ce fait quand on en est là, il  en découle une autre légende:  « l’attribution des succès, des échecs,  des tragédies du régime soviétique au parti communiste et à lui seul. » C’est trop d’honneur, disait déjà Staline en juillet 1917, quand le gouvernement provisoire accusait ce parti d’avoir entièrement désorganisé le pays. Comment voulez-vous que 24.000 militants aient pu atteindre un tel résultat? « la même réponse pourrait s’adresser, quatre-vingt ans après, à ceux qui attribuent à la ligne du parti, et à elle seule, la nature du régime soviétique. Raisonner ainsi, c’est admettre qu’un parti politique, ses militants peuvent exercer une sorte de monopole dans le mouvement de la société »,  dit à juste raison Marc Ferro.

 

De ce point de vue, un autre trotskiste, mais véritable historien, Moshe Lewin a montré la complexité de la société soviétique. Staline l’emporte peut-être parce que c’est celui qui coïncide le plus avec cette société. Ceci doit nous conduire à réfléchir aux réponses particulières que chaque parti, les militants, apportent à la colère des masses, leur dimension particulière de la crise du capitalisme, le refus du modèle. Nous avons encore beaucoup à tirer de leçons, de perspectives de cette histoire surhumaine.

 

Personnellement c’est cette vision qui m’intéresse et j’ai tenté au contraire de construire l’évolution de cette relation entre la société de l’ex-URSS ou plutôt « les sociétés hétérogènes » et le parti, ses militants et dirigeants. Ce qui m’intéresse c’est la plébéianisation de l’appareil d’Etat à partir de 1917 jusqu’aux années soixante, et la manière dont ce que l’on peut considérer comme des épisodes de la Terreur (au sens de la Révolution française) sont menés avec de nouveaux cadres issus du prolétariat. En revanche dans les années soixante et soixante et dix, ce sont les enfants de ceux-ci, instruits, diplômés qui investissent les différentes instances du pouvoir. Si on ajoute à ce phénomène assez proche de celui que nous avons connu dans les partis ouvriers en France, la monstrueuse saignée des communistes les plus convaincus (guerre civile 11 millions de morts, guerre contre Hitler 26 millions de morts)et la montée de bureaucrates, est-ce que l’on peut ignorer ces phénomènes et tout attribuer à des individus au sommet de l’Etat?

 

Nier cela est le travail du capital et de ses porte-voix…

 

C’est exactement le travail de sape accompli par des Furet et autres.  Quand ça les arrange, ils retrouvent le déterminisme qu’ils prétendent dénoncer. Ainsi pour Furet octobre 1917 découlerait de février 1917, ce qui lui permet de retrouver sa démarche sur la Révolution française de la dérive jacobine et qui selon lui est l’essence de toute Révolution.

 

Jacques Sapir a raison quand il note que l’étatisation, et la collectivisation sont le fruit des contraintes plutôt que d’un plan sur ce que devait être le socialisme. Il a raison de dire que les bolchvicks quand ils prennent le pouvoir n’ont pas de doctrine économique et que les textes de Lénine portent plus sur la nécessité d’un parti que sur des choix déterminés qui seront imposés à la fois par l’état de cet immense pays que de la manière dont il est assiégé, tout en conservant le cap sur cet Etat prolétarien de justice et de paix.. De même, la « terreur », les initiatives sur le terrain sont le fruit de comités, en proie à la colère autant qu’à des nécessités. Il y a y compris dans le fonctionnement du parti, une militarisation, mais ce qui demeure est l’actualité de la fin du capitalisme et celle d’un pouvoir prolétarien.

 

La critique opérée actuellement par le parti communiste chinois sur la  fin de l’Union soviétique, comme celle opérée par d’autres révolutions comme les Cubains est beaucoup plus intéressante que ces niaises légendes d’une Révolution trahie par un méchant paranoïaque alors qu’un vertueux Trotskiste, un grand humaniste comme chacun sait mériterait d’être réhabilité et aurait gagné sur son vieil adversaire.  Une telle manière de tronquer non seulement l’histoire réelle de l’Union soviétique mérite les « poubelles de l’histoire », mais elle sert simplement les manœuvres actuelles pour finir de détruire le PCF, sans remettre en question une stratégie destructrice qui nous a conduit là où nous en sommes. Et qui pourrait utilement nous faire nous interroger sur la manière dont nous avons été coupés de notre base prolétarienne, quand et comment?

 

Une telle déformation historique qui n’a aucun rapport avec la manière dont les peuples qui ont participé à cette Révolution, ni même notre propre peuple français a perçu cette histoire ne nous permet pas une véritable critique, une véritable connaissance de tout le patrimoine révolutionnaire du XXe siècle et d’aujourd’hui. Alors même que nous sommes en capacité de repenser ce qui relève de contraintes historiques et de réponses à ces contraintes. Nous poursuivons dans ce que dénonçait Lukacs comme étant le propre de la déformation  stalinienne, à savoir la manière de transformer un choix tactique en dogme, pour conforter des directions.

 

Pouvons-nous ignorer la réflexion des Cubains, des Chinois et de bien d’autres. Allons-nous leur rejouer ce qu’ils ont dépassé et qui ne les a jamais réellement intéressés: le bon ou le méchant Trotski et Staline ou l’inverse. Nous voici repartis pour un tour ce qui nous permet alors que nous avons atteint le niveau de notre propre disparition de continuer de donner des leçons de pureté révolutionnaire et de vertu, tout en reconstituant le PS fruit de l’antisoviétisme autant que de l’entrisme qui s’est effondré sur lui-même quand le capitalisme a cru n’avoir plus besoin d’eux.

 

Qu’est-ce que l’on peut retenir qui soit réellement l’apport spécifique du marxisme-Léninisme, y compris à la lumière d’un Fidel Castro ou de la Révolution chinoise ? C’est-à-dire plus que jamais l’actualité du socialisme dans un monde qui, comme le disait Fidel est confronté à une triple crise: crise alimentaire, crise climatique et crise politique. Ce à quoi il faut ajouter que les trois piliers de l’hégémonie de l’impérialisme US ne sont plus d’une grande utilité pour faire face à ces crises. Les trois piliers étant la puissance militaire, monétaire et médiatique. Nous avons donc trois crises et un empire totalement défaillant, lui et ses alliés occidentaux, c’est-à-dire nous-mêmes.

 

Ce qui distingue effectivement le génie politique du « simple routinier de la science ou de la politique », c’est qu’il a une conscience claire de l’influence vivante d’une époque, percevoir l’actualité de la Révolution. Il ne s’agit pas de généraliser une expérience locale particulière, mais il perçoit en tous lieu l’actualité de la Révolution. C’est ce qu’il faut retenir de « la dictature du prolétariat », c’est une conscience telle de l’évolution du capitalisme que l’on soit partout en situation de se donner les moyens de poser l’actualité de la fin du capitalisme et de la construction originale du socialisme en fonction de ce que veulent les masses. D’où la nécessité d’un parti révolutionnaire qui corresponde à l’analyse des possibles.

 

Je propose que l’on réfléchisse à tout cela sans tabou… si nous ne le faisons pas, il est clair que nous accepterons la fin du PCF.

 

Danielle Bleitrach