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Chronique d’un espoir déchu ou le triomphe de la maladie infantile

 

PUBLIÉ LE 
 

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Comme je suis heureux de retrouver ce blog, la plume après cette longue séquence électorale. Naviguant sur d’autres océans numériques le tant de la campagne législative, je n’avais plus le temps de l’alimenter. Ce blog, il est une toile où j’épanche égoïstement mes colères ou mes espérances. Pour autant, je sais que vous êtes quelques camarades à le lire avec attention. J’en profite pour vous remercier pour vos messages réguliers d’encouragement. Il y a un compteur avec des lignes de chiffres froides, abstraites. Je sais donc que je suis lu mais par qui, pourquoi. Alors vos retours sont toujours d’une saveur unique. Merci.

 

Ceci étant dit, comme vous vous y attendez logiquement, je veux revenir sur les événements récents. L’élection d’Emmanuel Macron, les élections législatives et la gauche en lambeaux … Alors que des espoirs fleurissaient de nouveau contre toute attente, il y a un an de cela nous avions tous la certitude d’un retour fracassant de la droite au pouvoir, Mélenchon entre temps réussissant à mobiliser un électorat que nous n’attendions pas dans un contexte propice à sa candidature, tout cela se pulvérisa avec violence sur le mur du gauchisme crétin, vicieux, dangereux.

 

10 à 15 députés vraiment à gauche, une phalange au ventre mou de survivants socialistes, un modeste groupe de députés de droite, 5 à 10 députés fascistes et une lourde, écrasante, désespérante majorité toute acquise au jeune président-banquier.

 

La bourgeoisie a réussi le grand chelem avec, il faut le reconnaître, une très grande aisance. Un boulevard dépeuplé au milieu du désert. La démocratie n’est plus qu’une affreuse poupée poussiéreuse oubliée dans les dédales du temps. La chose publique ne fait plus rêver que les petits parasites chèrement parfumés et vêtus des écoles de commerce.

 

Le business, l’horrible dictature des chiffres, du tout consommable détruit avec systématisme. Quand des mythes se sont faits sur une main providentielle changeant l’acier en or, le libéralisme lui pourrit tout ce qu’il touche. Le capitalisme plus globalement, disons-le. Un capitalisme et sa classe qui n’a jamais pris Marx tant au sérieux. Car oui, n’en doutons pas, nous vivons un épisode historique de lutte des classes. Seulement et comme vous le savez, notre classe, celle des exploités (oui je parle moi d’exploités quand d’autres balancent par calcul électoral un horrible « les gens »), n’est pas celle qui mène le combat. Rarement le rapport de force a été si vertigineusement déséquilibré qu’en ce moment. Le syndicalisme survit, la gauche est liquéfiée, le parti communiste est dangereusement menacé, la France Insoumise réanime vigoureusement le cadavre fou de la social-démocratie rose pâle. Mélenchon la teinte néanmoins d’un drôle de bleu, le résultat étant une sorte de synthèse artificielle entre un patriotisme gloubli-boulga (une frange non négligeable d’Insoumis capable de passer du vote Mélenchon au vote Le Pen) et de l’interventionnisme keynésien aux couleurs de l’écologie.

 

Je veux ici dire ou plutôt redire mon opposition radicale à l’entreprise politique de Mélenchon. Non pas pour alimenter à mon tour la bataille rangée et délirante entre communistes et insoumis, notamment sur les réseaux sociaux, royaume de l’insoumis soldat, mais pour rappeler à certains, aux camarades désœuvrés, l’importance des mots et des concepts. Mélenchon a réussi avec un talent que je lui reconnais sans hésitation, à créer un imaginaire capable de dépasser les clivages traditionnels, les clivages de classe même. Une opposition binaire et simplifiée entre une élite très large, sorte de monolithe à pensée unique composé de tout ce qui n’est pas labellisé insoumis ou presque, et « le peuple », sorte d’ovni politique dont on ne sait finalement pas grand chose. C’est le bon peuple qui n’est ni journaliste, ni banquier, ni socialiste, ni encarté …

 

Mélenchon fait de la science appliquée et du mimétisme. Tout cela, c’est le travail de la sociologue Chantal Mouffe, dont il n’est pas toujours simple de comprendre le positionnement politique, et une déclinaison tricolore du Podemos espagnol. Ce que d’autres ont conceptualisé comme le populisme de gauche. Ce chemin est à mes yeux un leurre, une erreur. Cette entreprise de substitution de la lutte des classes ne nous mènera qu’au désastre. Il est indéniable que cette stratégie paye électoralement. Encore qu’elle ne mène qu’à la seconde ou troisième marche du podium. Mais elle trompe les travailleurs qui d’ailleurs, pour une part importante et c’est heureux finalement, continuent de bouder tout de même les urnes. Un tel discours choquera nombre de mes camarades communistes tant ils ont oublié par nos pratiques récentes , combien le combat politique ne se gagnera pas dans les hémicycles. Pas pour sa grande part en tout cas ! Ce qu’il manque cruellement aujourd’hui, c’est un grand parti organisé et son frère syndicaliste. Le mouvementisme est l’ennemi de la révolution. Il me semble que Podemos et la France Insoumise font plus de dégâts qu’il ne pansent de plaies. Je reviendrais peut-être dans un prochain billet plus en détails sur ce point.

 

La présidentielle a donc été une aventure unique. Du départ, je ne soutenais pas la candidature de Mélenchon. Minoritaire dans ma section, dans mon parti suite à la consultation interne, je respectai néanmoins le choix souverain des communistes mais je ne fis ni meeting, ni publicité de la candidature. J’ai néanmoins glissé le bulletin dans l’urne, à regret aujourd’hui. 7 millions de voix dont beaucoup de jeunes se sont portées sur ce même nom. C’était, il faut bien le dire, d’un point de vue de la stratégie électorale, une belle assise pour dynamiter le projet Macron. Avec un tel score le soir du premier tour, il y avait là matière à lancer une dynamique intéressante pour la suite des événements. Alors que nous aurions du voir apparaître un candidat souriant, victorieux, appelant à ratatiner l’extrême-droite, à bâtir un beau et combatif premier mai, à investir au plus vite avec intelligence et rassemblement les circonscriptions pour aller chercher 100 à 200 députés voire plus qui mèneraient la résistance à l’Assemblée, est apparu un Mélenchon au teint blafard, ne reconnaissant pas sa défaite, renvoyant le centre-droit et l’extrême-droite à l’idée d’un péril similaire,faisant preuve d’un sectarisme abscons. Je suis resté estomaqué devant la scène. C’est donc à cet homme qu’il faudrait confier la conduite de notre ligne de front.

 

C’est à la suite de cela, que les législatives sont devenues ce qu’elles sont. Une déroute sans nom. La gauche va pratiquement disparaître et la représentation nationale ne va jamais prendre autant les traits ce dimanche qu’un entre-soi de classe radicalement affirmé. Un quinquennat d’une très grande violence sociale est à redouter alors même que le scénario pouvait finalement ne pas être si évident. Combien de circonscriptions bêtement perdues, dommages collatéraux de la folie insoumise. Combien de mains tendues pour finalement essuyer des crachats arrogants et d’une désespérante stupidité. Ici chez moi, à Lens, nous devions gagner la circonscription. Il n’en sera rien pour 221 voix. Pis, nous aurons peut-être un vieux fasciste aigri de 73 ans comme député. Comment ne pas enrager, comment ne pas se promettre de tout faire pour faire tomber le cavalier JLM de sa monture diabolique. La colère n’est pas tant nourrie par esprit de parti que par l’idée de ces concitoyens croisés tous les jours qui n’auront pas demain ce parlementaire de combat et de conviction qu’aurait été mon camarade maire d’Avion, Jean-Marc Tellier. Quel immense gâchis !

 

Mais il serait beaucoup trop simple de jeter la pierre à l’unique France Insoumise. Le PCF porte lui aussi une telle responsabilité. Il est cette coquille vide, portée à bout de bras par des hommes et des femmes exceptionnels sur le terrain mais dévastée par une succession de dirigeants qui finissent par faire honte à son histoire. Dénaturé, vidé de toute substance, de toute dynamique, compromis dans le ronronnement institutionnel, il n’apparaît plus, ne vend plus aucune forme d’espérance. Bien sur ici ou là il a encore du sens, il est reconnu et estimé parce qu’il lutte avec humilité et constance. C’est là où dimanche dernier il arrive encore à aller chercher quelques voix, mais le voilà pratiquement aphone, muet. Nous avons pourtant tant besoin de lui.

 

Au diable les procès, les vieux démons, l’improbable idée de l’obsolescence de sa matrice quand on se sait un peu philosophe. Le communisme est une idée neuve. Des jeunes de plus en plus nombreux s’intéressent à lui, les faits lui donnent plus que jamais raison. Alors pourquoi nous-mêmes continuerions nous donc à en douter ? Si nous tendons un peu l’oreille, un cri puissant s’envole des quartiers populaires, des chaînes de production, de ces retraités aux pensions de misère. Offrons-leur une voie, une perspective, le tableau rayonnant des jours heureux. Je suis prêt, de toutes mes forces, à redorer ces trois lettres, paradigme d’un autre monde, celui du triomphe collectif. Et toi, camarade ?

 

Guillaume Sayon