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Nous sommes loin de France et près de vous… méditation sur les incohérences stratégiques

 

13 Juin 2017

Un tableau soviétique de la galerie nationale de Kazan (cliquez dessus pour mieux le voir)…

 

Nous sommes à Kazan toujours et sommes en train d’accumuler plein de croquis et de compte-rendus d’interview, que je pense mette en forme en milieu de semaine, mais bien sûr la situation française nous préoccupe. Nous répondons à nos interlocuteurs qui nous interrogent, nous donnent aussi leur opinion sur « Macron », en général cela débute par un poli: « avec le nouveau président, nous espérons que la Russie pourra lier des relations positives ». Pas un mot sur Hollande qui paraît oublié de tous même si au début du séjour le premier habitant de Kazan avec lequel nous avions discuté nous avait expliqué que « le nouveau président a été créé par l’ancien ».

 

Marianne pense très fort à ses camarades du Pas de Calais, aux candidates d’Arras, mais moi je n’ai aucune raison affective pour ressentir le même élan pour les candidats marseillais, j’avais laissé dans mon vote par procuration une consigne: ne voter que communiste pour le premier comme pour le second tour. Et désormais il n’y a plus le choix, ni même d’hésitation possible. C’est dire si je me sens dans une sorte de distance par rapport à l’immédiat. j’imagine que c’est le cas de beaucoup d’entre vous. Une sorte d’écœurement, le désir que tout ce cirque s’arrête, avec un président qui avec 15% des voix des inscrits obtient 75% et plus des sièges après avoir été lui-même, par un quart seulement des « exprimés », élu par haine de son adversaire créé de toute pièce pour nous conduire à ce rejet.

 

ILLEGITIMITE OUI MAIS LEGALITE DE L’OPPRESSION. QUELLE REPONSE?

 

Un ami français qui se trouve à Kazan nous dit que c’est là la seule consolation, savoir que ce président est illégitime. Je lui réponds qu’il ne doit pas se faire d’illusions: nos institutions et en particulier notre mode d’élection est tel qu’il est justement fait pour légaliser l’illégitime et l’imposer sans états d’âme. Et ce cynisme dans la manière de nous infliger une minorité élitiste, caricaturale, fait partie du jeu, tant que nous ne serons pas en mesure de changer les règles du jeu. Nous aurons les représentants que nous méritons. Cette course aux postes pour leur intérêts personnels ne s’arrêtera pas là, on imagine aisément qu’un certain nombre de députés LR et PS fraîchement élus vont s’empresser de rejoindre Macron. Nous allons avoir la plus étonnante des représentations nationales, une sorte de caricature de l’art d’éliminer les ouvriers, les employés, les vieux, les pas beaux et les petites gens de la compétition républicaine. Les Institutions plus le poids du capital sur l’uniformité médiatique crée un nouveau suffrage censitaire et son mépris de classe pour tous ceux qui à cinquante ans auront raté leur vie pour ne pas être en mesure de s’acheter une rolex… Et leur faire payer mesures après mesures, ordonnances après ordonnances, lois après lois, l’enrichissement des vainqueurs.

 

Ce sera ça la légalité donc la légitimité. La seule chance que nous avons de la leur contester est de prouver leur caractère minoritaire non dans les mots, mais dans les actes, dans la perspective politique que nous serons capables de tracer pour rassembler cette majorité désormais inerte, désunie, écœurée et qui en l’état n’est plus que refus. Là encore, il faut réfléchir un minimum à la cohérence, soit on se situe dans une élection dont on accepte les règles, on agite des petits drapeaux bleu, blanc et rouge, on revendique le consensus républicain et on prétend prendre la place du PS, tout en se proclamant insoumis, ce qu ne mange pas de pain, à ce moment là, il faut tenir des élections telles qu’elles sont et envisager les alliances indispensables. Soit on sort les drapeaux rouges, on va s’emparer des armes à la forteresse Pierre et Paul et on prend d’assaut le palais d’Hiver, la majorité est celle des masses et non des urnes. J’ajouterai que cela exige également un parti discipliné capable de chevaucher les masses en situation insurrectionnelle, d’en prendre la tête partout dans leurs assauts comme dans la création des soviets. Quelques échappés de Solferino et des groupuscules gauchistes n’y suffisent pas.  Il y a des radicalités qui interrogent du point de vue stratégique. On peut tabler comme l’envisageait le PCF du temps de Georges Marchais sur une articulation des deux moments, celui des urnes et celui des luttes, mais cela exige une mise en cohérence sans faille dans le rassemblement et la définition de ses buts. C’est une voie abominablement difficile et qui n’a pas encore fait ses preuves.

 

Certes vous me direz que certains théoriciens de Podemos ont tablé sur la violence du rejet et sur la possibilité donc de prendre à la source ce rejet, y compris en matière électorale, mais quand il s’agit d’utiliser la désorganisation des masses, la capital sera toujours plus rapide que nous. Et Macron vint, pour ne changer rien en paraissant tout changer… Podemos en revient et reconsidère les alliances communistes.

 

UN PAS TARDIF VERS LA COHERENCE STRATEGIQUE

 

Ce matin aux aurores, selon mon habitude, je découvre que la porte-parole de la France Insoumise appelle à voter pour les candidats communistes et ceux des socialistes qui ont voté contre la loi travail, c’est la voix de la sagesse parce qu’ils se sont enfin rendu compte de l’évidence: sans alliés, non seulement ils ne créeront pas à eux tout seuls une majorité présidentielle concurrente de celle de Macron, mais ils ne pourront même pas franchir le second tour et donc avoir un groupe à l’Assemblée nationale. Dans un article récent, j’avais souligné que quelque soit l’art de prendre sa vessie pour une lanterne, Mélenchon et ses lieutenants ne pouvaient pas imaginer atteindre le but proclamé, ils privilégiaient donc la destruction des partis traditionnels pour achever sur les ruines d’inscrire leur propre parti. Quitte à ce que disparaisse pour un temps déterminé et peut-être pour toujours toutes solution de gauche de la représentativité parlementaire et celle des élections qui suivront. En aidant le pays à aller vers une solution à l’américaine où une sorte d’anarchie impuissante à l’italienne.

 

IL N’Y A PAS QUE LES INSOUMIS QUI DOIVENT REPENSER LEUR COHERENCE STRATEGIQUE

 

Entendons nous bien, Mélenchon et le dégagisme de son équipe ne sont pas seuls en cause et les partis de gauche traditionnels y compris le parti communiste ont largement contribué à ce qu’il en soit ainsi. Il n’y aura pas d’espoir de survie pour eux sans un examen profond de leurs responsabilités en la matière.

 

Il semble qu’une vision réaliste des conditions des élections législatives ait donc ramené à la raison les dirigeants de la France insoumise, mieux vaut tard que jamais, mais que de temps perdu, l’élan brisé et les risques de voir l’électorat se détourner de cette proposition de sagesse qui a si longtemps été piétinée comme une « manœuvre d’appareil. » Que l’on se rassure, là encore s’il va être difficile de pousser dans cette voix ceux qui se sont reconnus dans les insoumis, cela va être pire pour les socialistes, et pour les communistes. J’en parle en connaissance de cause en ayant un haut le coeur à l’idée de voter non seulement pour ceux avec lesquels je n’ai cessé de ferrailler ces derniers temps, mais plus encore peut-être pour des communistes qui se sont ralliés à eux et qui pour moi sont désormais tout sauf des communistes.

 

Il n’y a pas d’autre solution, il faut pour s’en convaincre simplement considérer ce qui nous attend et la nécessité d’ériger en tous lieux des barricades institutionnelles contre l’assaut macronien, ce capitalisme décomplexé.

 

Une des leçons à tirer de toute cette histoire de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ou le peuple qui prétend être plus fort que le capital dans la désunion, c’est que tout cela n’a aucun sens, ni les « alliés » que l’on combat et que l’on veut mettre à genoux, et faire passer sous les fourches caudines d’une illusoire puissance, ni le « dégagisme » qui laisse un pays, une classe ouvrière, des salariés, des anciens, une jeunesse désemparés.

 

A méditer pour se reprendre, c’était prévu et prévisible non seulement au vu de cette campagne invraisemblable mais quand l’on part à la bataille sans stratégie et en ne cessant de désorienter ses propres troupes, et là je ne parle pas de Mélenchon et de la France insoumise.

 

Certains parmi les plus anciens des communistes se souviendront sans doute de cette phrase que nous répétions moitié convaincus, moitié goguenards : « quand la ligne est tracée, les cadres et l’organisation font tout » (en fait le terme exact était « décident de tout », mais la traduction du russe n’est pas la bonne, la phrase originale  insiste sur le faire). Nous n’avons plus de ligne ou celle-ci n’est plus qu’une suite de segments erratiques brisés, plus de cadres et plus d’organisation. Une autre connaissance que nous avions dans notre besace était qu’en matière d’élections il ne fallait jamais changer de ligne dans le parcours parce que nous perdions alors sur tous les bords à la fois.

 

Danielle Bleitrach