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Mais quelle est donc la contradiction principale ? (I)

 

Version revue et complétée le 6 Mai 2017....

 

par  Jean-Claude Delaunay

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La première contribution transmise par Jean-Claude Delaunay nous a été proposée le 13 avril. Nous avions prévu après échange de la publier en deux parties compte tenu de sa longueur, avec un article (Quel avenir pour le parti communiste ?) pour ouvrir un débat indispensable au défi auquel les communistes sont confrontés. Nos échanges ont conduit Jean-Claude a proposer cette version révisée entre les deux tours des présidentielles, version en trois parties que nous republions donc sous cette forme.

 

Mais quelle est donc la contradiction principale


- première partie : 

L’état actuel du monde et l’économie française dans cet ensemble


- deuxième partie : 

La contradiction principale sous-jacente à la crise européenne et mondiale actuelle du capital est déterminée par la structure sociale du capitalisme financier mondialisé 


- troisième partie 

Contradiction économique principale, rapports des forces politiques, nature du Front national, positions de la gauche radicale relativement à la nation et à la mondialisation

 

Mais quelle est donc la contradiction principale ?

 

Le texte qui suit a été rédigé avant le premier tour de l’élection présidentielle. Je ne prétends pas apporter de lumières particulière sur la situation française du moment. Je crois cependant que l’analyse économique de référence marxiste à laquelle je suis conduit peut présenter un intérêt pour les lectrices et les lecteurs de ce site. J’ai donc le souci de le leur soumettre.

 

Dans ce texte, j’essaie de tirer au clair les raisons pour lesquelles la situation politique en France serait articulée aujourd’hui, dans les discours, autour de « 3 contradictions principales ». Il y en aurait 2 de trop. Quel est mon choix ?

 

Comme on le verra, cela m’a conduit à émettre quelques hypothèses concernant la nature du Front national.

 

Pour terminer cette introduction par une opinion de vote, qui ne se confond pas avec mon analyse, je dirai que je ne voterai ni Le Pen, ni Macron. Je ne voterai pas pour Marine Le Pen parce que son parti relève d’une idéologie que je m’efforce de comprendre sans vociférations mais qui m’est étrangère et dont je perçois les faiblesses et les déviances, tout en ayant une idée de plus en plus précise de son succès. Je ne voterai pas davantage pour Macron car cet individu est au centre de l’une des pires saloperies que la bourgeoisie d’affaires et leurs alliés socialistes et centristes en France aient concocté depuis longtemps.

 

Première partie : L’état actuel du monde et l’économie française dans cet ensemble.

 

Ce premier point vise à rappeler des analyses qui sont aujourd’hui à peu près claires concernant l’état actuel du monde. Je vais reprendre quatre idées.

 

1) La première est que notre époque est l’héritière d’une crise globale des structures capitalistes, apparue au cours des années 1970. Le capitalisme monopoliste d’Etat, qui fut la forme typique de fonctionnement du capital des pays développés après la deuxième guerre mondiale, montra alors ses limites. Ces phénomènes ont été abondamment étudiés. Le programme commun de gouvernement de la gauche fut un essai pour faire face à ces limites. Il a échoué pour des raisons qui sont encore en discussion. Cet échec a marqué et marque encore les esprits et les comportements.

 

2) La deuxième idée est que les grandes entreprises capitalistes et leurs Etats ont alors mis en œuvre « une autre solution », celle de la mondialisation capitaliste. Cette dernière a reposé sur la libéralisation, complète en théorie mais diversifiée dans la pratique, des flux de marchandises, des flux humains, des marchés du travail, des investissements, des secteurs publics, de la vente et de l’achat des entreprises, des inventions, de la finance, de la monnaie, du capital-argent, des taux d’intérêt, et de tout ce qu’il était possible de sortir de l’influence étatique et démocratique.

 

Avant 1980, les sociétés conduisaient tant bien que mal leur destinée. Elles entretenaient entre elles des relations internationales. Elles fonctionnaient sur la base de législations compensatrices des déséquilibres capitalistes. Après 1980, leurs destinées sont passées sous la conduite des marchés financiers, c’est-à-dire du grand capital financier, qui est devenu à peu près totalement incontrôlé. Pendant 20 ans, ce système a produit des effets certes négatifs pour les travailleurs dans les pays développés mais positifs pour le grand capital, qui s’est déployé dans le monde. Le système socialiste de type soviétique s’est effondré au cours des années 1990. Les dirigeants du monde capitaliste ont cru qu’ils avaient trouvé « LA SOLUTION ». La crise économique de 2007-2008, qui n’est pas résorbée, est venue sonner le rappel de ces illusions.

 

3) La troisième idée a trait aux conséquences de la mondialisation capitaliste sur le développement économique des pays dits du SUD. Il s’est produit une coïncidence heureuse entre, d’une part, la quête, par le grand capital des pays développés, de nouvelles sources d’exploitation et de nouveaux marchés et le besoin de développement des pays du Tiers-monde, d’autre part. Le capitalisme n’a donc pas terminé son existence avec la crise profonde et durable des années 1970. Il a trouvé, dans la mondialisation capitaliste et dans les pays en développement qui en avaient les moyens, la chance d’un nouveau rebond.

 

Certes, cela n’a pas mis fin aux crises qui le traversent en permanence. Celles-ci, au contraire, ont été amplifiées suite à la destruction des filets de sécurité qui fonctionnaient antérieurement au plan national, alors même qu’il n’existe pas d’Etat mondial susceptible d’en compenser certains effets.

 

En outre, le déploiement mondial du capital s’est traduit par l’accroissement des inégalités entre les différents pays du monde. Certains d’entre eux, comme la Chine ou l’Inde, sont entrés dans l’ère de l’industrialisation et de la vie moderne. Les investissements étrangers ont aidé à ce décollage. D’autres, au contraire, ne recevant même plus les miettes publiques que leurs distribuaient autrefois les Etats les plus riches sont entrés dans un état de misère encore plus grande. D’autres, ont été détruits par les pays développés, voulant en contrôler sans faille les ressources naturelles.

 

Enfin, la mondialisation du capital a engendré des formes visibles de surexploitation du travail dans tous les pays, sous-développés comme développés. Dans les pays sous-développés, les travailleurs acceptent ces formes pour que la raison que, n’ayant absolument rien, ils ont le sentiment de sortir de leur misère. Dans les pays développés, où les travailleurs ont réussi, par leurs luttes et leur épargne, à gagner un petit quelque chose, le sentiment général justifié est celui de la régression.

 

Le système capitaliste et ses rapports sociaux ont donc profondément évolué au cours des 50 dernières années. Les pays du monde entier ont été et sont bouleversés par cette évolution, qui s’accompagne de fortes migrations de population. Il s’agit, bien souvent, pour elles, de survivre en fuyant la misère.

 

Et pourtant, le système capitaliste en tant que tel n’a pas fini d’accomplir sa mission historique, qui est de contribuer à la production « des choses matérielles », à l’industrialisation du monde. Les pays de Tiers-monde (80% de la population) avaient essayé « les solutions socialistes » pour se développer. Mais ils ont pris conscience de ce que le moyen le plus rapide de le faire était de recourir au capitalisme, fût-ce sous contrôle. Ce dernier n’est donc pas mort.

 

4) La quatrième idée a trait aux organisations régionales, formées après 1945 ou au cours de cette période. L’une d’elle, l’Union européenne, nous concerne de très près, évidemment. Le premier traité important relatif à cette union fut signé en 1957, avant, par conséquent, que ne s’affirme le processus de mondialisation capitaliste. Mais ce dernier s’en est emparé et les forces sociales qui le dirigent ont réussi à lui donner la forme qu’elles souhaitaient lui donner :

 

a) être un chaînon intermédiaire de rationalisation des rapports entre les pays développés européens, généralement de petite taille, et le marché capitaliste mondial,

 

b) harmoniser et intensifier les règles de l’exploitation capitaliste sur le territoire européen lui-même, ou à ses frontières. Le mécanisme de la monnaie unique placé sous la direction du grand capital allemand, est la forme résumée de ces exigences.

Cela dit, ce chaînon intermédiaire, que l’on peut appeler « La Petite Mondialisation », n’a pas fait mieux que la chaîne tout entière, « La Grande Mondialisation ». L’Union européenne est un échec tout comme la Mondialisation capitaliste proprement dite.

 

Au terme de cette présentation, je tire, pour ma part, la conclusion suivante pour ce qui concerne la contradiction principale propre à la société française :

 

Le problème majeur actuel que l’on doit aider les salariés de ce pays à résoudre n’est pas tant celui de la sortie et de l’abolition du capitalisme, que celui de sa maîtrise, de son guidage, de son recul, tant au plan national qu’européen et mondial. Cela veut dire que dans ce processus, un certain nombre de capitalistes ont leur place, quand bien même les prolétaires devraient tenir un rôle éminent dans ce guidage effectif.

 

Mais comment peut-on prétendre que la contradiction principale actuelle n’est pas celle qui oppose et unit le capitalisme au socialisme ?

 

La globalisation n’a-t-elle pas étendu les rapports capitalistes à toute la planète au point que désormais, la lutte se déroulerait entre le système mondial capitaliste et les travailleurs du monde entier ?