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Quel avenir pour le parti communiste ?

 

26 Avril 2017

 

Un début de réflexion de Pierre Alain  Millet qui est doublement intéressant, premièrement parce qu’il s’agit d’un langage de vérité qui ne se paye pas de mots sur la situation qui est la nôtre, Français mais aussi communistes face à une recomposition accélérée du paysage politique. Deuxièmement il ouvre un débat sans concession sur l’impossibilité de continuer comme avant  et il le fait essentiellement à partir d’un questionnement sur la nation. Il donne de l’air par rapport à la médiocrité des débats sur l’appel à voter ou non pour Macron dans lequel on tente de nous enfermer comme si nous ne savions plus que bégayer. C’est une piste mais il y en a bien d’autres et il existe de partout dans le monde des réflexions auxquelles nous aurions intérêt à nous confronter. JLM a par exemple complètement intégré la stratégie qui s’est développée en Amérique latine et qui repose sur une figure typique dans ce continent, l’alliance entre un leader charismatique et un peuple. La faiblesse de ce modèle tient, même à Cuba, au rôle réel du parti révolutionnaire. Depuis pas mal d’années, je suis convaincue de la nécessité de ces confrontations non pour les copier, mais pour enrichir notre réflexion par rapport à une stratégie qui a fait son temps et qui vient d’exploser en plein vol, celle du programme commun avec le parti socialiste et communiste issus d’Epinay et de Mitterrand. Donc, il faut poursuivre et avancer sur des questions pour moi aussi importante que celle de la nation qui structure ce premier article.

 

(note de danielle Bleitrach pour histoire et societe)


 

Hugo Chavez ne manquait JAMAIS d'intervenir dans les congrès PCV (Parti communiste Venezuelien) dans sa dernière intervention, peut de temps avant qu'il nous quittent, conscient des lacunes du PSUV il a déclaré : "Notre drame c'est que nous n'avons pas de parti révolutionnaire"

Par ce texte de Pierre-Alain rejoint les réflexions traversants la grande majorité des communistes de Bassin et d'ailleurs qui nous faut sortir, si possible, au plus vite du bourbier social démocrate dans lequel nous sommes embourbés.


Bernard Trannoy


Mercredi 26 avril 2017, par  pamillet

Le premier tour des élections présidentielles 2017 accélère la recomposition politique pour accompagner la transformation du capitalisme. Il n’était plus possible dans le cadre politique ancien d’organiser une alternance assurant une majorité. François Hollande l’avait parfaitement compris et a mis en oeuvre avec brio le mouvement « en marche ».

 

Certes, tout cela est une mascarade « tout change pour que rien ne change » pour que la mondialisation capitaliste et sa déclinaison européenne continuent de détruire les acquis de la république, du Front populaire, de la résistance, de mai 68… d’insérer toujours plus la France dans l’atlantisme et le partage du monde sous une domination US de plus en plus militaire et agressive…

 

Il reste que le coup est réussi. Comme beaucoup d’autres, je pensais que la bulle allait se dégonfler, que la droite historique n’avait pas dit son dernier mot…. Or le résultat accélère la recomposition politique, à droite avec la fin du gaullisme, à gauche avec la fin du PC et du PS du programme commun

 

Il faut donc ouvrir en grand la discussion de nos analyses et discours, s’interroger sur leurs limites, non pas pour renier notre engagement communiste, mais pour en comprendre les insuffisances. Elles peuvent être tactiques, elles peuvent aussi être plus profondes et reposer les questions que les communistes, notamment en France, se posaient dans les années 60 sur la nature d’une transition démocratique au socialisme.

 

Car visiblement, nous en sommes loin. Le capitalisme n’est pas sur sa fin. Il est bien vivant, détruit toujours et construit toujours, organise le monde qui lui permet de se reconstituer plus vite et plus fort… et il invente de nouvelles formes économiques et politiques qui correspondent à son développement. Nous aurions tort de considérer que la violence de sa crise contiendrait par elle-même ce qui permettrait de changer de société… Le peuple connait bien la réalité du rapport de forces, et il ne sert à rien de « positiver » pour tenter de lui faire croire qu’il serait possible d’éviter la dureté de la résistance, de l’affrontement avec ce système.

 

Nous devons ouvrir ces chantiers dans un contexte défavorable d’affaiblissement de notre organisation, de notre capacité à mobiliser, unir, construire des convergences. Ceux qui ont participé à diverses tentatives de rapprocher des groupes communistes divers dans et en dehors du parti le savent, mais aussi les communistes qui constatent l’émiettement de la direction du PCF qu’a révélé le dernier congrès. Cette situation freine ce qui est pourtant indispensable, la réflexion collective, partagée, confrontée à l’expérience, au réel, sans lequel trop de déclarations ne sont que des mots…

 

Si l’urgence est la bataille des législatives où des points d’appuis de députés communistes de combat peuvent être gagnés, l’enjeu du 2eme semestre 2017 portera sur la capacité ou non d’engager une réflexion de fonds sur le changement de société et la place d’un parti communiste. Sous forme interrogative souvent, voici une première liste de questions…

 

Le capitalisme a-t-il « fait son temps » ?

 

Quand on constate la destruction du tissu industriel, l’arrogance des oligarchies et des couches aisées qui se concentrent dans le coeur des métropoles, l’impuissance des systèmes sociaux à faire reculer la pauvreté, le mal logement, le délitement de la vie citoyenne au plan, associatif, syndical, de la vie locale… on peut penser que cela révèle l’incapacité du capitalisme à être porteur d’un avenir, d’un développement de l’humanité, qu’il nous emmène à la guerre de tous contre tous, et donc à la guerre tout court. Nous en tirons souvent la conclusion que « le capitalisme a fait son temps »…

 

Pourtant, nous voyons bien à l’échelle de la planète qu’il a aussi produit sur les deux dernières décennies un développement extraordinaire, tiré notamment par le développement de la Chine, mais aussi par la révolution numérique, une nouvelle étape de mondialisation qui ne concerne pas que l’accès aux matières premières mais qui organise une chaine de production intégrée à grande échelle…

 

Le capitalisme est bien à la manœuvre sur la planète, et s’il produit des guerres, il produit aussi des milliers d’investissements, de production, de services, d’infrastructures qui sont d’ailleurs souvent des enjeux dans le (re)partage permanent du monde…

 

Est-il dépassé dans les pays développé ? Le capitalisme du siècle dernier, qui, dans la confrontation avec le socialisme, se présentait comme vertueux, installé dans le compromis social, est effectivement dépassé. Il n’a plus besoin des oripeaux sociaux et démocratiques dont il s’était fait l’étendard. Le monde libre peut avec violence se présenter pour ce qu’il est, fondé sur la concurrence, la domination, la guerre.

 

Le compromis social, la promesse de l’égalité des chances, la démocratie même, sont des formes politiques historiques qui ne lui sont plus nécessaires. Mais pas parce qu’il dépérit, au contraire ! Il innerve de larges couches sociales qui sont bénéficiaires de son développement, et qu’il peut rassembler pour reconstruire sa capacité à gouverner… ce que confirme l’élection de Trump comme la réussite de Macron… Il redéfinit la place de l’état au service de la domination de la bourgeoisie, se recentre sur l’usage de la force, et redonne au marché, un rôle beaucoup plus large d’organisation sociale.

 

Il semble que les promesses d’une situation prérévolutionnaire, où ceux d’en haut ne peuvent plus diriger et ceux d’en bas ne veulent plus être dirigé étaient largement prématurées…

 

La transition pacifique au socialisme ? révolution, étapes ?

 

Dans ce cadre, la question fondamentale de la nature d’une « révolution » dans un pays capitaliste développé est ré-ouverte. Il y a 60 ans, le PCF a longuement étudié et discuté de ce qui allait devenir la « voie pacifique au socialisme » du 22eme congrès. Les débats ont été vifs entre l’idée qu’il ne manquait que quelques voix chrétiennes pour faire basculer électoralement la France, et les inquiétudes devant les risques de faire passer l’intervention populaire au second plan… En 1976, les communistes font de la bataille électorale du programme commun le cœur de leur stratégie. La leçon historique est amère. C’est un échec couteux.

 

Peut-on revenir alors sur la conception de la révolution d’avant 1976 ? Personne ne peut sérieusement justifier une voie « militaire ». Elle est historiquement liée aux situations de guerre, mondiale ou d’indépendance nationale. Personne ne peut choisir la guerre quand elle n’est pas imposée par le capitalisme. Le rapport entre luttes et élections, légalité et dissidence, organisation populaire et institutions doit cependant être réinterrogé, y compris en tenant compte des expériences latino-américaines qui montrent à quel point la bourgeoisie a toujours la violence à sa disposition.

 

Entre le « grand soir » d’une révolution qui renverserait d’un coup le capitalisme, et l’insertion électorale dans les institutions avec l’illusion de gagner quelques pas, quelle conception avons-nous du processus révolutionnaire dans l’optique d’une transition socialiste dont nous savons en 2017, bien mieux qu’en 1917, qu’elle sera de longue durée. [1]

 

Le choix du programme commun correspondait à l’idée d’une « étape intermédiaire » entre capitalisme et socialisme, d’une « démocratie avancée » qui ressemble sans doute à ce que certains comprennent aujourd’hui comme la « 6eme république ». Pourtant, tout confirme qu’il n’y a pas de « marges » dans ce capitalisme décomplexé, fortement mondialisé et dont la dématérialisation est largement plus forte que ce qu’analyse Lénine dans l’impérialisme… Sommes-nous dans un stade nouveau du capitalisme ? Avec quelles couches sociales qui ne font pas le choix du socialisme peut-on passer des alliances ?

 

Les conditions de l’unité du peuple..

 

Les communistes ont eu dans l’histoire la capacité d’organiser de fantastiques outils sociaux de solidarité, d’éducation populaire, et les militants n’étaient pas connus d’abord pour les campagnes électorales, mais pour leur rôle multi-forme dans des réponses concrètes à des urgences sociales, au travail ou dans la cité, locales comme de solidarité internationales. L’unité du peuple s’est construit dans la résistance, les luttes sociales, les luttes anti-coloniales d’abord dans cette « contre-société » que représentait le parti communiste, ses militants et ses élus.

 

Or, au moment ou la pauvreté, la précarité, les violences minent le tissu social dans tant que quartiers populaires, ce sont d’autres réseaux, souvent religieux, salafistes comme évangélistes ou d’autres, qui construisent une « contre-société » à partir des questions sociales, pour développer une idéologie souvent communautaire, toujours réactionnaire.

 

Peut-on réellement redonner de la force au peuple en ne lui parlant que d’élections ? Bien sûr que non, mais quelles conclusions faut-il en tirer pour les communistes sur le lien avec l’activité syndicale, associative, de solidarité ?

 

Le patriotisme contre la fin des nations ?

 

Pour poser la question d’une transition au socialisme, quelle que soit sa durée et son rythme, il faut savoir à quelle échelle on pense pouvoir réaliser cette transition. A l’origine, les communistes pensaient que la révolution ne pouvait être que mondiale. La révolution russe a placé les communistes devant l’obligation d’assumer une révolution « dans un seul pays », et le siècle entier, de Cuba au Vietnam, d’Angola au Venezuela, n’a montré que des ruptures politiques dans un cadre national. Le lien entre luttes nationales et transition socialiste a été fort dans le contexte de la décolonisation. La mondialisation change-t-elle la donne ?

 

Cette question est au cœur du débat sur l’Union Européenne et il faut noter que le succès de Jean-Luc Mélenchon repose aussi sur son discours affirmé sur la sortie des traités européens et la possibilité d’un plan B sans lequel le discours de l’Europe sociale est vide… discours bien loin de la répétition paralysante du slogan par le PCF…

 

Surprise, c’est Macron qui veut être le « président des patriotes » pour le 2eme tour, bien entendu pour des raisons marketing comme tous ces discours. Mais il confirme ainsi ce que la direction du PCF refuse de voir en face. Laisser la nation et ses patriotes de Valmy et de la résistance au Front National est suicidaire pour les communistes !

 

Ce n’est pas qu’une question idéologique, mais bien une question fondamentale de toute stratégie de changement de société. Soit on le renvoie plus loin et donc plus tard, et on se retrouve dans l’idée que la révolution n’est pas possible, qu’il faut faire avec le système pour le changer graduellement… soit on reconnait qu’il ne peut exister de souveraineté populaire que dans un cadre géographique, historique, et donc en un mot, « national ». Or le stade atteint par la mondialisation capitaliste met clairement en cause les nations, autant dans les pays du Sud que l’impérialisme détruit parfois militairement pour continuer à exploiter des ressources en pleine guerre, comme en Libye, que dans les pays du Nord ou l’état « social » est appelé à disparaitre au profit de technocraties administrant de grandes zones géographiques mondialisées à des échelles le plus éloignées possible de toute intervention populaire majoritaire…

 

Comment réouvrir le chantier d’un patriotisme révolutionnaire ?

 

La fin de l’union de la gauche

 

Toutes ces questions confirment que la situation historique est radicalement nouvelle. La stratégie de l’union de la gauche inventée par le PCF des années 60 [2] était liée à l’idée d’une « étape » avant le socialisme, d’un compromis possible avec des forces sociales non engagées pour le changement de société, d’une voie électorale à la rupture politique. Tout cela est derrière nous.

 

D’ailleurs au plan politique, la recomposition est en marche… et elle s’accélère. Certains espèrent que les législatives vont redonner un peu de force à ce qui a été bousculé ce 23 avril, mais derrière les personnes et les générations, ne faut-il pas reconnaitre que le résultat traduit une réorganisation sociale et politique déjà ancienne, que montrait l’affaiblissement des organisations historiques, associatives, syndicales, politiques, comme le développement accéléré de nouveaux modes de communication et de rapports entre les citoyens et la vie économique et politique. L’incroyable développement de « l’économie collaborative » ou des auto-entrepreneurs a des conséquences dans les rapports sociaux et les consciences qui ne peuvent être sous-estimées.

 

Dans ce cadre, la campagne de JLM est une réussite avec la création de son nouveau parti, le contrôle étroit qu’il en a notamment par son rapport direct aux individus, avec les réseaux sociaux, contournant le besoin d’organisation locale autonome, menant une campagne efficace mais avec un niveau de mobilisation de terrain incroyablement faible en dehors des grands meetings.

 

Il a clairement pris de l’avance sur une direction du PCF empêtrée dans sa recherche éperdue d’accords de sommets, son entêtement aveugle à « refaire la gauche », sans jamais tirer les leçons des échecs de ces dernières années, et sans jamais tirer les leçons du temps long de la stratégie, et notamment de cette fin de la période historique ouverte par le programme commun.

 

Sur ce point, le temps n’est plus aux questions, mais au réalisme…

 

La direction du PS a compris depuis longtemps que l’union de la gauche était derrière nous. Emmanuel Macron est le retour du PS d’avant Epinay, quand JLM est la reconstruction d’une gauche qui efface 1920, celle dans laquelle le parti communiste n’a plus d’utilité.

 

Le parti communiste peut-il être utile ?

 

C’est la question que Pierre Laurent n’évoque jamais et sa déclaration au soir du premier tour est désespérante, une fuite en avant électoraliste, terrible au moment où il est important de dire aux électeurs de JLM qu’il faut se préparer à la lutte dans la longue durée, qu’il n’y aura pas d’issue en dehors de luttes massives et organisées… et que c’est pour ces luttes qu’il faut gagner le maximum de députés, donc de députés communistes, et non pas pour « sauver la gauche », au moment ou il faut dire aux communistes qu’il est possible et urgent de faire vivre leur parti.

 

Se cacher ainsi derrière l’électoralisme pour appeler à voter Macron, sans rien dire du besoin du parti est terrible pour lui, pour les communistes

 

Comment peut-on dire que ces élections permettent de « déverrouiller le système politique et la démocratie » justement quand le piège construit depuis des mois pour le verrouiller a fonctionné parfaitement ?

 

Comment parler de « NOUVELLE PAGE DE LA GAUCHE FRANÇAISE  » sans dire ce qui est fini dans cette ancienne page de la gauche, la démarche du programme commun, celle qui a conduit à effacer le PCF derrière le PS, puis derrière le Front de Gauche… avant que les insoumis ne prennent la place que nous avons délaissé …sans dire qu’il n’y aura pas de réponse à la droite sans retrouver un grand parti communiste ?

 

Comment dénoncer Le Pen sur les thèmes utilisés par les médias, et notamment la critique de ce dangereux Poutine sans dire que le plus dangereux est bien la mondialisation capitaliste qui détruit toute souveraineté populaire… Comment abandonner ainsi la nation et le peuple de Valmy ?

 

Comment parler de députés de résistance, sans jamais dire qu’il faut des députés communistes ?

 

Si le parti communiste peut être utile, ce n’est pas en écoutant Pierre Laurent, totalement engagé dans la recomposition politique d’une nouvelle gauche dans laquelle parti communiste est inutile, et dont la place est déjà prise par JLM.

 

Si nous sommes d’accord pour rejeter la délégation de pouvoir, l’illusion du sauveur suprême, si nous pensons qu’il faut un peuple organisé, conscient, mobilisé, uni pour imposer une rupture politique, interdire les renoncements ou trahisons à la Tsipras, alors il faut réaffirmer que ce peuple se construit d’abord dans la résistance et la lutte, et donc dans une capacité du parti communiste à être le cœur d’une contre-société.

 

Il faut alors définitivement rejeter les illusions du rassemblement électoral de sommet et construire un rassemblement populaire tourné vers le changement de société, et donc dans lequel les communistes jouent un rôle central.

 

[1] Les chinois parlent d’un siècle pour construire un socialisme de marché dans une société de « moyenne aisance »…

 

[2] comme le rappelle utilement JLM dans son discours bilan raisonné de 1981