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PCF Vie et débats 2017

Mais quelle est donc la contradiction principale ? (première partie)

 

par  Jean-claude Delaunay

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Pierre-Alain Millet a évoqué, dans un texte récent, l’immense effort politique qu’il faudra selon lui accomplir pour mettre en mouvement les masses populaires de ce pays et les aider à changer leur vie. Comparé à l’un de ses textes de février 2017 portant sur 5 propositions d’un programme communiste pour «  bousculer le rapport de force », cette dernière réflexion me paraît plus réaliste. Centrée sur le seul thème de l’emploi, elle se présente comme un essai concret de réponse à un problème immédiat : les travailleurs, en France, veulent un emploi stable et le revenu qui va avec. Mais manifestement, ils ne croient pas à ce qu’on leur raconte à ce sujet.

 

PAM avance donc 5 propositions pour satisfaire cette exigence de manière renouvelée. C’est en même temps un texte appelant à l’examen collectif et à l’approfondissement. Je souhaite y contribuer sans phrases excessives. Je vais d’abord développer 3 points. Je reviendrai en conclusion sur les propositions que PAM soumet à la discussion.

 

L’état actuel du monde et de l’économie française dans cet ensemble ?

 

Ce premier point vise à rappeler des analyses qui sont aujourd’hui à peu près claires concernant l’état actuel du monde. Quatre idées organisent ce premier point.

 

1) La première est que notre époque est l’héritière d’une crise globale des structures capitalistes, apparue au cours des années 1970. Le capitalisme monopoliste d’Etat, qui fut la forme typique de fonctionnement du capital des pays développés après la deuxième guerre mondiale, montra alors ses limites. Ces phénomènes ont été abondamment étudiés. Le programme commun de gouvernement de la gauche fut un essai pour faire face à ces limites. Il a échoué pour des raisons qui sont encore en discussion. Cet échec a marqué et marque encore les esprits et les comportements.

 

2) La deuxième idée est que les grandes entreprises capitalistes et leurs Etats ont alors mis en œuvre « une autre solution », celle de la mondialisation capitaliste. Cette dernière a reposé sur la libéralisation, complète en théorie mais diversifiée dans la pratique, des flux de marchandises, des flux humains, des marchés du travail, des investissements, des secteurs publics, de la vente et de l’achat des entreprises, des inventions, de la finance, de la monnaie, du capital-argent, des taux d’intérêt, et de tout ce qu’il était possible de sortir de l’influence étatique et démocratique.

 

Avant 1980, les sociétés conduisaient tant bien que mal leur destinée. Elles entretenaient entre elles des relations internationales. Elles fonctionnaient sur la base de législations compensatrices des déséquilibres capitalistes. Après 1980, leurs destinées sont passées sous la conduite des marchés financiers, c’est-à-dire du grand capital financier, qui est devenu à peu près totalement incontrôlé. Pendant 20 ans, ce système a produit des effets certes négatifs pour les travailleurs dans les pays développés mais positifs pour le grand capital, qui s’est déployé dans le monde. Le système socialiste de type soviétique s’est effondré au cours des années 1990. Les dirigeants du monde capitaliste ont cru qu’ils avaient trouvé « LA SOLUTION ». La crise économique de 2007-2008, qui n’est pas résorbée, est venue sonner le rappel de ces illusions.

 

3) La troisième idée a trait aux conséquences de la mondialisation capitaliste sur le développement économique des pays dits du SUD. Il s’est produit une coïncidence heureuse entre, d’une part, la quête, par le grand capital des pays développés, de nouvelles sources d’exploitation et de nouveaux marchés et le besoin de développement des pays du Tiers-monde, d’autre part. Le capitalisme n’a donc pas terminé son existence avec la crise profonde et durable des années 1970. Il a trouvé, dans la mondialisation capitaliste et dans les pays en développement qui en avaient les moyens, la chance d’un nouveau rebond.

 

Certes, cela n’a pas mis fin aux crises qui le traversent en permanence. Celles-ci, au contraire, ont été amplifiées suite à la destruction des filets de sécurité qui fonctionnaient antérieurement au plan national, alors même qu’il n’existe pas d’Etat mondial susceptible d’en compenser certains effets.

 

En outre, le déploiement mondial du capital s’est traduit par l’accroissement des inégalités entre les différents pays du monde. Certains d’entre eux, comme la Chine ou l’Inde, sont entrés dans l’ère de l’industrialisation et de la vie moderne. Les investissements étrangers ont aidé à ce décollage. D’autres, au contraire, ne recevant même plus les miettes publiques que leurs distribuaient autrefois les Etats les plus riches sont entrés dans un état de misère encore plus grande. D’autres, ont été détruits par les pays développés, voulant en contrôler sans faille les ressources naturelles.

 

Enfin, la mondialisation du capital a engendré des formes visibles de surexploitation du travail dans tous les pays, sous-développés comme développés. Dans les pays sous-développés, les travailleurs acceptent ces formes pour que la raison que, n’ayant absolument rien, ils ont le sentiment de sortir de leur misère. Dans les pays développés, où les travailleurs ont réussi, par leurs luttes et leur épargne, à gagner un petit quelque chose, le sentiment général justifié est celui de la régression.

 

Le système capitaliste et ses rapports sociaux ont donc profondément évolué au cours des 50 dernières années. Les pays du monde entier ont été et sont bouleversés par cette évolution, qui s’accompagne de fortes migrations de population. Il s’agit, bien souvent, pour elles, de survivre en fuyant la misère.

 

Et pourtant, le système capitaliste en tant que tel n’a pas fini d’accomplir sa mission historique, qui est de contribuer à la production « des choses matérielles », à l’industrialisation du monde. Les pays de Tiers-monde (80% de la population) avaient essayé « les solutions socialistes » pour se développer. Mais ils ont pris conscience de ce que le moyen le plus rapide de le faire était de recourir au capitalisme, fût-ce sous contrôle. Ce dernier n’est donc pas mort.

 

4) La quatrième idée a trait aux organisations régionales, formées après 1945 ou au cours de cette période. L’une d’elle, l’Union européenne, nous concerne de très près, évidemment. Le premier traité important relatif à cette union fut signé en 1957, avant, par conséquent, que ne s’affirme le processus de mondialisation capitaliste. Mais ce dernier s’en est emparé et les forces sociales qui le dirigent ont réussi à lui donner la forme qu’elles souhaitaient lui donner :

 

a) être un chaînon intermédiaire de rationalisation des rapports entre les pays développés européens, généralement de petite taille, et le marché capitaliste mondial,

 

b) harmoniser et intensifier les règles de l’exploitation capitaliste sur le territoire européen lui-même, ou à ses frontières. Le mécanisme de la monnaie unique placé sous la direction du grand capital allemand, est la forme résumée de ces exigences.

 

Cela dit, le chaînon intermédiaire, que l’on peut appeler « La Petite Mondialisation », n’a pas fait mieux que la chaîne tout entière, « La Grande Mondialisation ». L’Union européenne est un échec tout comme la Mondialisation capitaliste.

 

Au terme de cette présentation, je tire, pour ma part, 4 conclusions pour ce qui concerne les préconisations immédiates relatives à l’emploi salarié en France :

 

1) Le problème majeur actuel que l’on doit aider les salariés de ce pays à résoudre n’est pas tant celui de la sortie et de l’abolition du capitalisme, que celui de sa maîtrise, de son guidage, de son recul, tant au plan national qu’européen et mondial. Dans ce processus, un certain nombre de capitalistes ont leur place. Mais les prolétaires devront assurer un rôle, en tout cas moral, de guidage effectif.

 

2) Les destructions engendrées par la mondialisation capitaliste ne seront pas réparées en quelques minutes. Ce ne sont pas seulement des destructions de répartition. Ce sont aussi des destructions de production, de rapports sociaux de production. Pour réparer, il faut, il faudra choisir ce qui doit être réparé en priorité.

 

3) La solution de ces problèmes obligera les forces révolutionnaires, en France, à affronter celles qui orientent et commandent la mondialisation capitaliste. Ces forces révolutionnaires devront trouver des alliés.

 

4) Elles devront également affronter les forces dirigeantes de l’Union européenne, qui est le complémentaire régional de la mondialisation capitaliste. Or l’Union européenne n’est pas réformable. Delenda est. Mais à l’intérieur de l’Union européenne, la France devra également trouver des alliés.

 

La contradiction principale sous-jacente à la crise européenne et mondiale actuelle du capital est déterminée par la structure sociale du capitalisme financier mondialisé

 

S’interroger sur la contradiction principale de la situation que l’on observe vise à mieux cerner les forces sociales et politiques sur lesquelles le mouvement révolutionnaire peut et doit prendre appui ainsi que les forces sociales et les organisations politiques à combattre.

 

Avec la théorie de Marx, il est clair que la contradiction principale caractéristique de la crise sévissant actuellement en France est celle entre le Capital et le Travail. Ce résultat est bien connu. Comme l’écrit PAM, « seule l’intervention organisée et unie du monde du travail peut faire reculer le capital mondialisé et son cortège d’inégalités et de violences ».

 

Je crois, cependant, qu’il serait insuffisant d’en rester à ce niveau d’analyse, et que, en raison même de l’existence du processus actuel de la mondialisation capitaliste, totalement nouveau par rapport à ce qu’analysait Marx, il convient de se demander s’il n’y a pas lieu d’enrichir cette conceptualisation de base. Je vais décomposer ma réponse à l’aide de 3 sous-points.

 

1) Premier sous-point. Dire que la contradiction principale dans le capitalisme est celle du Capital et du Travail est un énoncé banal. C’est aussi un énoncé de base, quelque chose qu’il convient de ne jamais oublier. Pour les marxistes, la contradiction pouvant expliquer toute crise économique dans le contexte du système capitaliste, est celle existant entre les capitalistes et les travailleurs. Il s’agit, pour eux, d’une contradiction profonde, ne pouvant être dépassée que par « la négation » de l’un des sujets de la contradiction. Comme ils disent, elle est antagonique. Dans la mesure où elle se déploie aujourd’hui dans un contexte mondial, certains en déduisent même que l’histoire contemporaine aurait atteint la phase ultime d’existence du capitalisme. J’ai déjà, dans le point précédent, mis en doute cette conclusion et je vais y revenir, tout en expliquant le contenu de cette contradiction.

 

Pourquoi cette contradiction est-elle « basique » ? Pour les marxistes, l’économie est le fondement de toutes les activités sociales, qui ont nom : production, partage de la production, recommencement de la production. Selon eux, l’interprétation de ce processus, de sa dynamique, en serait donnée par la connaissance des rapports de propriété privée s’exerçant, directement ou indirectement, sur les moyens de production, de commercialisation, de financement, et sur la production. Or la contradiction en question porte sur l’ensemble du produit et sur le partage, qui s’en déduit, entre les profits et le reste. C’est donc la contradiction principale. Les classes sociales qui sont motrices de cette contradiction sont les classes sociales fondamentales.

 

La contradiction Capital/Travail, c’est à peu près ça. Sans m’expliquer davantage, je rappelle que cette contradiction est, c’est ma conviction, constitutive de la vie quotidienne de tous les salariés, publics et privés, et qu’un certain nombre de petits patrons, qui sont aussi des travailleurs, en subissent eux aussi, et parfois durement, les effets.

 

Raisonner à partir de cette contradiction, disent les marxistes, revient à s’en référer à l’essentiel. Car il existe d’autres contradictions, certainement plus visibles, plus immédiatement ressenties, mais qui ne sont que les dérivées de la contradiction principale. Ainsi en est-il, par exemple, de la contradiction pouvant exister, dans la crise, entre les travailleurs eux-mêmes, sur le marché du travail, ou même entre les possédants, les entrepreneurs, sur le marché des produits et pour le partage du profit. La crise peut les opposer entre eux de manière visible et brutale.

 

Toutefois, derrière ces contradictions quasiment palpables et d’origine concurrentielle, se tient, disent encore les marxistes, la contradiction essentielle entre Capital et Travail. Car la contradiction entre travailleurs ne porte que sur les salaires, lesquels sont une fraction du produit total. La contradiction entre les capitalistes ne porte, elle aussi, que sur une fraction du produit total, le profit macroéconomique. Ce sont donc des contradictions de second ordre, alors que la contradiction Capital/Travail porte sur tout le produit. C’est elle qui, simultanément, met en mouvement l’ensemble de la société.

 

2) Deuxième sous-point. Je crois que tel est le schéma de raisonnement inconsciemment mis en œuvre aujourd’hui, en France, par une partie de l’opinion publique, à l’égard des travailleurs étrangers, plus généralement de l’immigration, et de la perception de leurs rapports avec les travailleurs et la population française. La crise économique serait marquée par deux sortes de contradictions : une contradiction Capital/Travail et deux contradictions Capital/Capital et Travail/Travail. La contradiction Travail/Travail serait, comme la contradiction Capital/Capital, de nature secondaire.

 

De plus, si on laisse de côté la contradiction Capital/Capital (celle entre les entreprises), cette partie de l’opinion publique estime qu’il serait toujours possible de trouver, voire d’inventer des contradictions économiques et raciales entre les travailleurs pour dédouaner le Capital de ses propres responsabilités, tout en entraînant une partie de la population pauvre et modeste dans des voies sans issues. Tenir pour important la contradiction entre Travail des résidents en France et Travail des étrangers signifierait que l’on prendrait le secondaire pour l’essentiel, tout en risquant de se fourvoyer dans des impasses idéologiquement dangereuses.

 

Les spectres du fascisme et du nazisme sont présents derrière ces interprétations, plutôt favorables à l’immigration. La vraie contradiction principale serait la contradiction classique, celle opposant le Capital et le Travail. Les trotskistes du NPA, par exemple, qui sont des ayatollahs du marxisme, préconisent l’ouverture complète des frontières aux travailleurs du monde entier, sans doute pour la raison que, indépendamment de leur tendance naturelle à l’irresponsabilité politique la plus totale, cette contradiction ne serait, selon eux, que secondaire.

 

3) Troisième sous-point. Ce que je crois, cependant, est que cet énoncé, bien que fondamental, est une abstraction. Pour l’instant, je ne fais même pas allusion au fait qu’il relève de l’économisme le plus complet. Comme si les habitants d’un pays ne vivaient que dans « des rapports de production » ! C’est avoir une approche bien étroite du marxisme que de réduire la vie dans un pays à ce genre de vision économique exclusive.

 

Cela dit, en s’en tenant au seul niveau de l’économie, s’en tenir, sans autre examen, à la seule contradiction « Capital/Travail », c’est comme parler du capitalisme en général. Or il n’y a pas de capitalisme en général. Il existe, il a existé, par exemple, un capitalisme commercial, un capitalisme industriel, un capitalisme financier, et ainsi de suite, et dans chacune de ces déterminations, de nouvelles déterminations aident à préciser les premières.

 

Si l’on veut sortir des platitudes et surtout éviter l’erreur, il faut préciser de quel capitalisme on cherche à décrire la contradiction fondamentale. Selon moi, l’abstraction que je critique a le défaut majeur de ne pas tenir compte de la situation concrète, de ce qui se passe réellement aujourd’hui. Les marxistes ne peuvent prétendre être scientifiques (ce sont d’ailleurs eux qui le disent et nul n’est forcé de les croire) que s’ils tiennent compte des faits.

 

Il me semble, précisément, que 7 catégories de faits au moins doivent être intégrées à l’analyse marxiste du capitalisme contemporain pour répondre à la question que j’ai soulevée en tête du présent article. La société contemporaine n’est pas structurée par « le capitalisme » (ce qui est une généralité). Elle est aujourd’hui structurée par « la mondialisation capitaliste financière ».

 

Je suis personnellement très critique de celles et de ceux pour qui « le capitalisme » a toujours été mondial, et qui, pour cette raison, se croient autorisés à ne pas tenir compte des différences profondes existant entre les diverses étapes de l’histoire. Comme le capitalisme aurait toujours été mondial, du coup, le capitalisme contemporain serait comme les autres, et basta.

 

Non, cette démarche n’est pas scientifique. Il faut observer les faits. A supposer que le capitalisme ait toujours eu une vocation mondiale, les rapports qui l’ont structuré ont varié d’une époque à l’autre de mondialisation. Cela veut dire que, selon moi, la mondialisation capitaliste contemporaine n’est pas « un petit quelque chose » dont il faudrait saupoudrer le concept de capitalisme pour savoir comment fonctionnent les économies aujourd’hui.

 

La mondialisation capitaliste contemporaine est la forme moderne du capitalisme. C’est la structure essentielle du capitalisme contemporain. Elle a un nom. Pour ma part, je l’appelle « capitalisme financier mondialisé ».

 

Si l’on raisonne de cette manière, il se dégage de cette perception des rapports sociaux actuels une analyse de la contradiction principale entre Capital et Travail que je crois plus exacte que celle découlant du modèle marxiste abstrait que j’ai évoqué ci-dessus. Les 7 catégories de faits que je retiens sont les suivantes :

 

a) Dans le contexte de la mondialisation capitaliste, le rapport entre Capital et Travail est, médiatisé par les Etats, les Nations, les Grandes organisations internationales, les grandes firmes multinationales, les populations. Le rapport Capital/Travail n’est pas un rapport direct, c’est un rapport médiatisé. Par conséquent, les éléments de la médiatisation sont des acteurs concrets, certains très puissants, d’autres de rang inférieur, du processus considéré.

 

b) La mondialisation capitaliste contemporaine induit que le Capital fonctionne de plus en plus comme capital fictif. Pour Marx, dans Das Kapital, le capital fictif (de même que la monnaie) étaient l’aboutissement de sa réflexion théorique. Aujourd’hui, le capital fictif est le point de départ permanent et régulier du fonctionnement du capitalisme mondialisé. Le rapport général entre capital et travail prend donc aujourd’hui la forme concrète spécifique du rapport entre Capital fictif et Travail. Ce rapport n’est pas le même que celui existant entre Capital et Travail au sein du capitalisme industriel de la machine-outil.

 

c) La mondialisation capitaliste engendre d’importantes migrations de populations. Celles-ci se déplacent pour des raisons économiques de survie, que ce soit par suite de l’appauvrissement extrême de leur économie ou de destructions guerrières impérialistes. Cela fut déjà vrai au 19ème siècle : les migrations irlandaises, polonaises, allemandes, etc. Mais aujourd’hui, il semblerait que ce processus touche l’ensemble des populations du monde, à une époque où la population en général a fortement augmenté.

 

d) Les entreprises multinationales jouent le plus rôle actif dans la mondialisation du Capital et du Travail. Elles poussent à la formation d’un tissu mondial de places financières. Elles définissent de nouvelles lois de fonctionnement du marché capitaliste mondial et de nouvelles règles de formation de la valeur des marchandises. Elles impulsent de nouvelles technologies, de nouvelles règles de management des entreprises. Elles tendent à se subordonner, autant qu’elles le peuvent, toutes les populations du monde, toutes les ressources du monde.

 

Elles interviennent également et prioritairement sur le Travail à l’échelle mondiale. Elles le façonnent et le répartissent selon leur besoins. Dans ce processus, par exemple, le Travail est scindé en plusieurs segments. L’un est lié aux territoires nationaux et à leur Etat (les administrations, les activités du marché intérieur), l’autre est lié aux territoires du monde prospectés par ces multinationales. On observe, par ailleurs, que ces entreprises refusent de payer l’impôt national pour des motifs de compétitivité mondiale. Pour les mêmes raisons, elles soutiennent toute politique de réduction drastique des services publics nationaux, ainsi que des acquis sociaux des travailleurs. De manière générale, leur action mondiale, qui a une origine privée, est évidemment engagée sans aucune précaution et sans souci des conséquences. L’intérêt collectif n’est pas leur problème.

 

e) Pour agir mondialement, les entreprises multinationales ont créé progressivement et de manière expérimentale un tissu complexe d’organisations internationales. Elles continuent à le faire. Elles contribuent à l’élaboration d’accords divers entre les Etats, entre les zones économiques. Le socialisme de type social-démocrate puise dans ces organisations une partie de ses ressources humaines dirigeantes.

 

f) Compte tenu, via la mondialisation capitaliste, de la généralisation du mode capitaliste de production à toute la planète (c’est-à-dire à 80% de populations supplémentaires par rapport au monde de 1970), la contradiction Capital/Travail s’est doublée de la contradiction Capital/Nature. Certes, cette contradiction est apparue avant 1970. La recherche désespérée du développement économique s’est accompagnée, dans certains pays, de vastes destructions naturelles. Dans les pays développés eux-mêmes, la nature a été mise à contribution de manière irréfléchie et dangereuse. Mais avec la mondialisation capitaliste, ce processus a encore pris de l’ampleur. On observe aujourd’hui la tendance spontanée du capitalisme à transformer certains Etats en vastes poubelles, à déverser sur d’autres pays les productions les plus polluantes. Certains gouvernements prennent, dans ce cadre, des décisions planétairement irresponsables, comme celles actuellement en cours aux Etats-Unis. Pour prendre place dans la compétition économique mondiale, ces pays sont prêts à réduire les frais sociaux de production de tous les faux-frais liés à la protection de la nature.

 

g) Enfin, on ne peut manquer d’observer que la mondialisation capitaliste contemporaine, bien qu’économique dans ses motivations, agit comme un phénomène social total. Ce ne sont pas seulement les aspects matériels de la vie des sociétés qui sont bouleversés et mis en rapport. Ce sont aussi leurs dimensions idéelles, intimement liées à leurs dimensions matérielles. Les religions, qui sont au principe de la formation des sociétés, sont aux premières loges de cette confrontation souvent brutale. Je vais faire état, ici, d’une distinction sémantique, que je trouve commode et de bon sens, entre les civilisations et les cultures. Je suis évidemment prêt à écouter ce qu’en disent les anthropologues.

 

Les civilisations exprimeraient, selon moi, notre commune humanité. De ce point de vue, elles seraient toutes équivalentes. Les cultures exprimeraient au contraire, les diversités et différences découlant de l’histoire des sociétés, et notamment de la dynamique de leurs rapports sociaux. Je respecte, pour ma part, toutes les civilisations. Il me semble, en revanche, que les cultures ne se valent pas. Il faudrait certes, aller au-delà de ces premières intuitions, ne serait-ce qu’en raison des relations qui s’établissent entre les civilisations et les cultures. Le fait remarquable est, toutefois, que la mondialisation capitaliste oblige, de manière quasiment quotidienne, à entreprendre ce genre de recherche, à y réfléchir, à en tirer des conclusions pratiques.

 

Dans ce contexte, d’autres contradictions mériteraient certainement d’être mentionnées ou examinées. L‘agriculture, par exemple, est une activité fortement mondialisée quoique dotée de particularités. Comment la mondialisation capitaliste s’empare-t-elle de ces particularités ? Ou encore : Le capital industriel est certainement, de tous les capitaux réels, le plus susceptible d’être mondialisé. Mais peut-on, par exemple, développer dans un pays une recherche scientifique nationale conséquente si le tissu industriel de ce pays est complètement éparpillé et mondialisé ?

 

Pour résumer ce que j’estime être les traits principaux de l’incidence de la mondialisation capitaliste sur les Etats et les nations des années 1950-1970 (les 7 aspects précédents), je dirai que le système capitaliste relève d’une dialectique nouvelle, faite de rapports sociaux de production, de consommation et d’idéologie, modifiés non pas dans leur essence ultime que dans la profondeur de leur forme. Les Etats, les Nations, les populations continuent d’exister avec l’apparence que revêtaient ces entités étaient avant la crise structurelle des années 1970. Mais elles ont changé de configuration. Elles se meuvent dans des rapports politiques et culturels inédits. Elles sont traversées ou portées par des techniques qui les bouleversent complètement. Elles sont soumises à des rapports économiques et politiques qui les soumettent à des tensions considérables et les font exploser. Le problème que l’humanité doit aujourd’hui résoudre est celui de la maîtrise de de cette dialectique nouvelle. Par quels rapports politiques nouveaux en orienter le cours ?

 

Je vais maintenant essayer de conclure globalement le point en question.

 

Selon moi, la contradiction principale caractéristique de la France actuelle est, certes, abstraitement perçue, une contradiction entre Capital et Travail mais on doit la préciser de plusieurs manières. Je vais en évoquer 3.

 

1) Cette contradiction fonctionne concrètement comme contradiction entre « forces de la nation et forces de la mondialisation ». Comment peut-on affirmer que la nation est l’un des pôles de cette contradiction et que l’autre pôle est le monde capitaliste ?

 

a) Un premier élément de réponse consiste à noter que, dans un pays comme la France, le territoire national est le cadre dans lequel se déroule la consommation de celles et de ceux vivant sur ce rocher et ne pouvant le quitter. Cette consommation est en partie satisfaite par des productions nationales. Ce qui compte, pour ces entreprises, est la Demande Intérieure.

 

D’un autre côté, existe la consommation permettant l’écoulement de la production des grandes entreprises. L’espace national n’est pour elles qu’un segment de l’espace mondial. Pour ces grandes et très grandes entreprises, ce qui compte est la Demande mondiale.

 

La mondialisation capitaliste met la Nation sous tension dans la mesure où les exigences de la Demande mondiale dominent celles de la Demande intérieure, entièrement subordonnée.

 

b) Les contraintes propres à la demande mondiale (formation d’un prix unique mondial, qui soit le plus bas possible pour un niveau de qualité adéquat) se répercutent, via les capitaux multinationaux investis sur le territoire national, comme contraintes sur les travailleurs, et les petits entrepreneurs liés au marché intérieur. Le temps de travail, les conditions de travail, les rémunérations, qu’elle soit directes ou indirectes, sont concernées. Inutile de faire un dessin.

 

c) L’organisation juridique et institutionnelle de ces contraintes est d’abord effectuée au plan national. Celle-ci est doublée, en France, par un système de contraintes organisées au niveau de l’Union européenne. Les travailleurs et les producteurs nationaux subissent donc 3 niveaux convergents de contraintes, économiques et institutionnelles : la contrainte mondiale, la contrainte de l’Union européenne, la contrainte française stricto sensu.

 

2) Je crois que celles et ceux des communistes pour lesquels la contradiction principale actuelle est celle entre Capital et Travail, laquelle prendrait la forme de la contradiction entre Capitalisme et Socialisme, font reposer leur conviction sur 2 hypothèses, que je ne partage pas, pour les raisons suivantes, dont il faudrait approfondir la discussion, cela va de soi.

 

La première est l’idée selon laquelle le capitalisme aurait complètement fait son temps. Qu’on le regrette ou qu’on s’en réjouisse, le moins que l’on puisse dire est que les évolutions ne se réalisent pas en 5 minutes et que les révolutions mettent du temps avant de murir. Le capitalisme a encore de l’avenir devant lui. J’ai déjà abordé ce point.

 

La deuxième correspond à l’idée selon laquelle les salariés sont unis par le même intérêt contre le capital. Je pense que le capital, en se mondialisant, engendre deux catégories de salariés dont les intérêts tendent à diverger fortement.

 

Au total, sur ce point, ma conclusion est que la contradiction entre travail et capital, dans le cadre de la mondialisation capitaliste, peut faire apparaître une certaine convergence d’intérêts entre diverses couches de capitalistes et de salariés, sur la base de l’intérêt national. Il est possible, à mon avis, de dire à ces capitalistes : nous ne pensons pas que le capitalisme va disparaître dans l’immédiat. Cela ne veut pas dire que les entreprises, surtout les plus puissantes, puissent faire n’importe quoi.

 

Je crois que, au contraire, cette contradiction peut engendrer concrètement de fortes divergences d’intérêts entre les salariés « fixés sur le rocher » et les salariés entraînés dans le cours de la mondialisation capitaliste.

 

3) Le raisonnement que je tiens me conduit à percevoir autrement que certains de mes camarades le dépassement de la contradiction Capital/Travail. Pour ceux qui pensent que la forme actuelle de la contradiction Capital/Travail est la lutte entre le Capitalisme et le socialisme, l’objectif à atteindre est celui de la Souveraineté du Prolétariat.

 

Dans la mesure où je pense que la forme actuelle de la contradiction entre Capital et Travail est celle entre la Nation et la Mondialisation capitaliste, l’objectif que j’estime raisonnable est celui de la souveraineté nationale, ou encore celui de la souveraineté du peuple.

 

4) Que signifie, pour la France, le fait de recouvrer sa souveraineté ? Pour la France, recouvrer la souveraineté de son économie suppose qu’elle recouvre sa souveraineté monétaire et de financement. Si les Français se donnent majoritairement ce but, la France doit donc sortir de l’euro ainsi que des filets d’emprisonnement tissés, depuis plusieurs années déjà par le Capital fictif mondial, pour contraindre les travailleurs à subir toutes les pressions des grandes entreprises, pour orienter l’épargne nationale à son gré, pour restreindre la dépense publique. Je reprends un trait mentionné ci-dessus : le capital fictif est aujourd’hui la forme active dominante du Capital au sein du Capital mondialisé. Je me permets d’ajouter ici, sans insister, qu’il ne s’agit pas seulement de recouvrer la souveraineté monétaire et financière, mais qu’il faut l’organiser pour que, dans le processus même de son exercice, elle se reproduise comme activité souveraine.

 

5) C’est à peine si j’évoque la souveraineté militaire de la France tant, dans le cadre d’une politique ouvertement pacifique, elle devrait être une évidente obligation. Il se trouve, hélas, que des individus se disant les héritiers de Jaurès, et même des « socialistes », mais plus pour très longtemps, je crois, apprécient de se soumettre, à travers l’OTAN, aux pulsions guerrières incontrôlées du grand capital américain et des russophobes maladifs de l’Europe centrale.

 

6) Enfin, il me semble tout à fait clair que la France doive recouvrer sa souveraineté démographique.

 

Il revient d’abord à la nation de favoriser les naissances, si les nationaux le souhaitent. Contrairement à d’autres populations (allemande, par exemple), les Français aiment plutôt les enfants. Il faut encourager ce sentiment, car, chaque couple peut l’observer, élever un enfant coûte cher. Mais que serait une nation qui n’aurait pas d’enfant ?

 

Il revient ensuite à cette même nation de mettre en place une politique d’immigration, de regroupement familial, de degré de tolérance aux manquements à la loi, qui soit adaptée aux contraintes économiques et sociales.

 

Une telle politique n’a rien à voir avec la xénophobie et le racisme. Je me permets de rappeler que Georges Marchais, en son temps, avait pris l’initiative d’attirer l’attention des Français sur les dangers d’une politique d’immigration non contrôlée, satisfaisant seulement les besoins des entreprises en main-d’œuvre mobile, flexible et pas chère.

 

Mais indépendamment de cette référence, je dirai que la souveraineté démographique est, dans une nation, une exigence légitime, à la fois pour aujourd’hui et pour demain. L’insertion dans la population française de populations nouvelles doit être réalisée de manière raisonnée, sans perturber le milieu d’arrivée de manière excessive. C’est particulièrement vrai à l’époque du capitalisme mondialisé.

 

Ce sont des propos de bon sens, qui visent à préserver les intérêts matériels et moraux « des Français de fraîche date » comme « des Français plus anciens ». La mondialisation capitaliste rompt les équilibres démographiques, en attaquant tous les lieux de production du monde. Elle engendre alors des mouvements massifs de population de nature économique, allant des pays pauvres vers les pays riches, et elle contribue au déplacement de ces populations vers des lieux de plus en plus éloignés de leurs cultures originelles.

 

Autrement dit, l’insertion de populations nouvelles, en France par exemple, tend non seulement à soulever des problèmes de production (rivalités sur le marché du travail) et de redistribution du revenu (accès aux allocations publiques). Elle soulève également des problèmes de consommation, en particulier de consommation de l’espace public.

 

Au moment où la mondialisation met en contradiction frontale la consommation intérieure des ménages et la production des grandes entreprises, orientée vers la demande mondiale, la consommation intérieure est elle-même mise en contradiction, par l’intermédiaire de flux migratoires qui ne sont plus contrôlés, ou qui le sont difficilement, entre une consommation résidente (dont les agents perçoivent la réduction) et une consommation d’origine externe (dont les agents expriment l’exigence immédiate). Cette contradiction économique est elle-même, à son tour, surdéterminée par des contradictions culturelles exprimant les écarts de développement et de maturité des sociétés.

 

Je crois pouvoir répéter que les civilisations se valent car elles sont l’expression de notre commune humanité mais les cultures ne se valent pas, car elles sont l’expression de structures sociales historiquement différenciées. Je ne vois aucune raison, par exemple, de considérer que l’excision des jeunes filles devienne le fin du fin de la culture française.

 

Voici les conclusions que j’estime pouvoir énoncer au terme de ce deuxième point :

 

1) Dans le cadre de la mondialisation capitaliste, la contradiction principale entre Capital et Travail est transformée en contradiction entre Nation et Mondialisation. Il est clair que ce choix théorique a des conséquences. La perception que l’on a du monde et de l’action politique est différente si l’on pense que la contradiction principale est celle existant entre capitalisme et socialisme.

 

2) Les forces de la Nation ne recouvrent pas exactement l’ensemble des salariés, dont une partie est tirée vers la Mondialisation. Les forces de la Mondialisation capitaliste ne recouvrent pas exactement l’ensemble des capitalistes, dont une partie est tirée vers la Nation.

 

3) Le contrôle de l’immigration est une partie intégrante de la défense actuelle des intérêts des salariés qui la subissent. Les mots d’ordre de lutte auprès des travailleurs résidents en France sont totalement inaudibles s’ils ne sont pas accompagnés de préconisations explicites et d’actions réelles, relatives aux sources de travail que fournit l’immigration, aux dépenses qu’elle induit pour la collectivité, aux profiteurs de cette immigration.

 

4) Les contradictions liées à l’immigration sont des contradictions dérivées. D’une part, on ne saurait les sous-estimer. Elles doivent être abordées et traitées de manière explicite. Mais d’autre part, l’essentiel de l’action politique à mener est de viser les acteurs de la mondialisation, beaucoup plus que les pauvres ères qui en sont les victimes.

 

5) S’il est vrai que la contradiction principale actuelle est celle opposant les forces de la Nation aux forces de la Mondialisation, alors il faut détruire la Mondialisation, que ce soit dans sa forme mondiale achevée ou dans sa modalité européenne. Mais détruire aujourd’hui la mondialisation capitaliste, ce n’est pas détruire le capitalisme.

Comment l’analyse qui vient d’être présentée permet-elle d’interpréter le rapport des forces que révèlent les sondages actuels ? Comment conduit-elle à se situer par rapport aux partis politiques et personnalités figurant dans la présente élection présidentielle ? Au centre de cette interrogation se trouve évidemment celle concernant la nature du Front national et le rapport qui s’en déduit.

 

deuxième partie et conclusion à venir

Après le premier tour des élections présidentielles

Une impasse mortifère : Pas une voix pour le FN !

 

Déclaration du réseau Faire Vivre et Renforcer le PCF

 

 
par  lepcf.fr
 

Ce premier tour de l’élection présidentielle laisse un goût amer. Les deux candidats qualifiés pour le second tour sont la candidate de l’extrême droite, du recul social et de la haine Marine Le Pen et le candidat du systéme, du patronat et des banques grand défenseur de l’empire européen, Emmanuel Macron. Le piège a bien fonctionné, chacun se nourrissant de l’autre.

 

De très nombreux citoyens dont beaucoup de jeunes ont pourtant cherché une issue en s’emparant du bulletin de vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon, affirmant ainsi leur exigence d’une république sociale et solidaire, des services publics, d’une juste rétribution du travail, d’une émancipation de l’Union européenne et d’une France active pour la paix et libérée de l’OTAN. Cette mobilisation importante n’a cependant pas été suffisante pour s’imposer au second tour et ne doit pas masquer l’affaiblissement de la gauche renvoyée à un de ses plus mauvais scores, tandis que l’abstention a progressé depuis 2012.

 

La décision de ne pas présenter de candidat nous a largement effacés dans ce scrutin. L’engagement de Pierre Laurent en 2016 pour la participation à la primaire du PS, les tentatives de présenter Benoit Hamon comme un candidat acceptable pour toute la gauche, les appels à l’unité irréalistes au regard du bilan gouvernemental et des renoncements de la gauche depuis 1983, la défense obstinée du maintien dans l’Union européenne...tout cela rend le PCF inaudible.

 

Pour de nombreux communistes, le renvoi du rassemblement aux discussions de sommet, l’enfermement dans un modèle de l’union de la gauche qui n’a plus de sens alors que le parti socialiste cherche son avenir chez l’ultra libéral Macron, le tête à tête sans issue avec les insoumis...tout cela devient inssupportable. Pire que tout le manque de courage et l’opportunisme de notre direction, surfant sur les vaguelettes successives du feuilleton politique, incapable de porter une bataille communiste et d’affronter la bataille de classe, cherchant toujours la béquille lui permettant de survivre de plus en plus chichement alors que de nombreux communistes se battent dans des conditions difficiles pour que le PCF continue d’exister et conserve un ancrage populaire.

 

Dès le soir du premier tour, Pierre Laurent appelle à voter Emmanuel Macron avant même que le Conseil National se soit réuni et que les communistes aient pu s’exprimer sur ce point qui fait beaucoup discuter dans nos organisations de base. Ne tirant aucune leçon de ces derniers mois et contre toute analyse réelle de la situation, le mythe de « l’unité de la gauche qui pourrait ainsi être victorieuse aux législatives » est relancé et un nouvel effacement du PCF programmé sous ce prétexte. Nous avons pourtant un réel espace dès aujourd’hui si nous nous engageons dans une bataille offensive autour de nos candidats aux élections, pas pour une majorité de gauche mais pour des députés porteurs des aspirations et des combats populaires, outils de résistance face au capital et aux lois réactionnaires, porteurs d’une démarche qui privilégie l’action populaire plutôt que la représentativité.

 

Si tous les communistes sont d’accord pour dire qu’aucune voix ne doit aller au Front national, ils savent aussi qu’il faut beaucoup plus qu’un vote Macron pour empêcher la progression de l’extrême droite. Allons donc plus loin : projet, lutte, organisation...construisons les outils dont la classe ouvrière d’aujourd’hui a besoin pour construire son émancipation. Regardons avec lucidité le fossé qui s’est creusé entre nous et les catégories populaires au fil de nos choix stratégiques et d’organisation. Le résultat en est l’imposture de Marine Le Pen pouvant se présenter comme porteuse des aspirations de la classe ouvrière.

 

La stratégie poursuivie depuis bientôt 20 ans nous a bel et bien conduit dans une impasse mortifère que le résultat de Jean Luc Mélenchon à la présidentielle ne fait que souligner car c’est sur notre renoncement qu’il tente d’installer une nouvelle force qui renvoie le communisme au passé.

 

Conscients des combats difficiles qui s’annoncent, de nombreux communistes souhaitent un débat fraternel et sans tabou ni à priori. Ouvrons le en grand à la rentrée avec une assemblée nationale des délégués de section.

 

Les commentaires

 

Publié par  El Diablo

2ème tour des élections présidentielles : nous aurons en face DEUX ADVERSAIRES de classe [ANC]

2ème tour des élections présidentielles : nous aurons en face DEUX ADVERSAIRES de classe [ANC]

Le verdict est donc tombé. Avant de pouvoir faire une analyse précise des chiffres et tirer tous les enseignements de ce scrutin quelques éléments à chaud.

Le taux d’abstention reste très fort et c’est particulièrement vrai dans les quartiers populaires là où vivent celles et ceux qui ont le plus intérêt à un renversement du système. Ce refus de vote montre bien qu’il y a encore du chemin à faire pour redonner une perspective et un espoir au monde du travail et de la précarité.

Cet élément relativise grandement le résultat du candidat arrivé en tête à l’issue de ce premier tour en particulier quand on le rapporte au pourcentage des inscrits (18%) et plus encore quand on y ajoute toutes celles et ceux qui sont privés de droit de vote.

Cette victoire de premier tour est d’abord celle des médias qui ont consacré à leur poulain un matraquage médiatique sans précédent. Elle permet au PS (et à François HOLLANDE) désavoué par le peuple de trouver avec Macron une solution de raccroc qui fait de lui l’artisan d’un retour à la 4ème république au temps de l’alliance des socialistes et de la droite.

Avec 3 candidats dans le carré de tête la droite et son extrême montrent à nouveau qu’elles sont fortes électoralement dans ce pays. Par-delà leurs idées, il est quand même rassurant que le candidat de droite pris la main dans le sac du pillage des fonds publics, ne soit pas au second tour.

L’élément nouveau, en l’absence de candidat communiste, est la forte progression du score de Jean Luc MÉLENCHON (+8%, + de 3 millions de voix supplémentaires), candidature et programme dans lequel se sont reconnus nombre de militant-e-s du monde du travail, nombre de personnes des milieux populaires et qui ont vu dans cette candidature la possibilité de s’appuyer dessus pour aller plus loin et changer de système.

Au passage on peut noter que ce score aurait certainement été encore plus fort si Benoit Hamon n’avait pas maintenu sa candidature, voire ce dernier aurait permis à Jean Luc Mélenchon d’atteindre le deuxième tour. De ce fait, au vu du résultat final, Benoit Hamon et le PS sont objectivement les alliés de Macron.

On peut se demander quelle sera la majorité issue des législatives et nous pouvons déjà entrevoir les tripatouillages auxquels elles vont donner lieu à droite et au PS en tenue de camouflage.
Face à eux, il appartient aux forces qui affirment vouloir rompre avec le capitalisme de s’unir pour cette échéance.

Sans attendre, nous l’avions dit avant le premier tour, cela est encore plus vrai ce soir, tout dépendra de nos luttes.

Avec LE PEN (la candidate de l'extrême droite xénophobe et anti ouvrière) et MACRON (le représentant d'UBER et du CAC 40), le capital est assuré d’avoir un pouvoir a son service et cela nous impose dès le 1er mai de dire haut et fort que nous ne laisserons pas faire.

Dans l’immédiat nous appelons à renforcer l’ANC afin de contribuer à donner au pays l’organisation révolutionnaire dont il a besoin.

Le bureau de l’ANC (Association Nationale des Communistes)

Le 24 avril 2017

SOURCE:

 

Association Nationale des Communistes

 

http://ancommunistes.org/

En bref, les choses ne changent pas aussi vite qu’il y paraît

 

27 Avril 2017

 

Le texte de Pierre Alain Millet, publié ici présente de nombreux mérites, c’est une bonne base de discussion, mais je pense qu’il mérite discussion parce qu’il ouvre les facteurs de transformation du pouvoir politique. Il a raison et je l’ai dit dès le départ de voir dans la résistible ascension de Macron la main de Hollande, Macron ne surgit pas du néant, mais bien de structures existant dans la société française fortement liées à l’Europe et à l’atlantisme et il bénéficie pour une part essentielle des partis y compris socialistes et ce n’est pas dans la région lyonnaise avec le soutien dès le départ de Collomb que nous pouvons ignorer ce phénomène. Le fait que même si le capitalisme est à l’offensive. Il est contraint d’inaugurer des transformations profondes parce qu’il ne tient plus la colère des peuples avec les structures démocratiques existantes.

 

J’en tire deux conséquences rapides, premièrement effectivement nous sommes à la fin du cycle inauguré à Epinay autour de la prise en main du parti socialiste par François Mitterrand avec une union de la gauche soumettant le PCF et le transformant en force d’appoint. ce dont semble étonnement nostalgique Pierre Laurent. Ce cycle mérite d’être analysé comme le suggère PAM comme celui d’une stratégie du PCF qui ne se comprend que dans sa rupture avec la conquête du pouvoir non pas d’un point de vue militaire mais insurrectionnel. Tout cela a besoin d’être analysé, compris. Personnellement j’attribue un rôle central à ce que j’appelle « la destalinisation ratée » et donc la non résolution du caractère original de la démocratie et du pouvoir politique dans le  socialisme en transition.

 

Mais si nous sommes à la fin d’un cycle, il ne faudrait pas croire non plus que la situation fait table rase de l’antérieur, le nouveau surgit sur le cadavre de l’ancien s’en nourrit. Et nous risquons de voir les législatives être l’occasion par exemple du renforcement des résistances locales autour des partis. De ce point de vue, la recommandation vaut aussi bien pour « En, marche » que pour les « Insoumis », plus gravement d’ailleurs pour les insoumis que pour En marche parce que le rapport de classe ne joue pas en leur faveur et un affrontement avec le PCF serait catastrophique pour tous. Pour le mouvement « Insoumis » comme d’ailleurs pour le PCF, ce dont semble ne pas se rendre compte la direction de ce parti.

 

Macron ce n’est pas la nouveauté(1), c’est la permanence d’une politique à la recherche d’une nouvelle relation avec les citoyens, il va probablement être élu et la question de sa majorité (grande coalition ou et cohabitation) semble assurer une stabilité qui n’est que fictive donc il s’agit de lui assurer une majorité mais aussi une opposition et visiblement le choix est Marine Le pen. On aura noté que Hollande est intervenu en fin de campagne, non pas pour contrer Marine le Pen, mais Mélenchon(2). Ce dernier risquait en effet de rompre avec le piège tendu à l’éléctorat populaire : ou accepter la poursuite de la politique ou aller noyer sa colère dans le FN. C’est d’ailleurs la possibilité d’échapper au piège de devoir appprouver une politique soutenue par moins d’un quart de l’éléctorat au nom de la grande peur inspirée par l’autre quart qui m’a fait personnellement choisir Mélenchon, ça et sa politique de paix. Malheureusement nous n’avons pas pu éviter la catastrophe présente mais il ne faut surtout pas partir du piège pour définir une issue.

 

D’où le caractère pour le moins étonnant de l’appel dramatique  de Pierre Laurent, appel grotesque qui non seulement prétend renforcer la légitimité de Macron en pesant sur l’abstention et en provoquant le vote et dans le même temps faisant de madame Le Pen le danger commun d’une opposition stigmatisée. exactement la stratégie de Hollande qui en fait ne vise qu’à se donner une base avec les débris du PS pour tenter d’endiguer l’assaut des insoumis contre ses élus. Cela dit ceux qui veulent absolument qu’on prenne position pour l’abstention ne sont pas plus malins et à leur manière renforcent la situation.  Non seulement le parti communiste n’a pas compris la rupture avec Epinay choisie par Hollande et ce qu’il représente, mais il entérine la poursuite de la dite stratégie en confortant le vote autour de Macron et la désignation d’un opposant iséal. Donc il est dangereux de croire que nous sommes en pleine rupture.

 

OUi pourtant nous sommes cependant en pleine transformation, à la fois avec l’ébranlement des forces productives, la contrerévolution capitaliste pour impulser à son profit cette révolution technologique, et bien sur les dangers de guerre et de fascisme. Mais le monde est un laboratoire que dans le cadre trop longtemps maintenu d’une stratégie dépassée, nous communistes avons refusé de voir, parce que l’acceptation de la domination du PS se faisait en lui déléguant la compréhension  de la situation internationale et de la mondialisation. Nous avons sous l’influence du PS, mais aussi des courants trotskistes, accepté par haine de l’URSS une adhésion totale  à une pseudo idéologie des droits de l’homme, véritable intervention néo-coloniale,  dominée par le capital des Etats-Unis. Nous avons ce faisant perdu pied y compris dans un monde en pleine mutation.  La force de Mélenchon a été de vouloir s’extraire de cette gangue, ce qui lui permet de porter un discours sur la paix profondément original.

 

Rien ne naît de rien et je crois reconnaître la stratégie de l’Amérique latine, celle qui y compris comme Fidel lui-même et Chavez ont considéré que l’anticommunisme était trop fort et qu’il fallait construire un mouvement national, d’indépendance anti-colonialiste à côté. A la seule différence que Fidel était marxiste et a réussi de ce fait à lier constamment non alignés et communisme.  Je suis prête à discuter de tout cela et c’est un peu ce que nous avons tenté ici. Il est clair que la France n’est pas l’Amérique latine ne serait que parce que nous avons été un pays colonisateur et le sommes encore, le dernier même en Amérique latine autant qu’en Afrique selon les latinos eux-mêmes. le fait que nous sommes un pâys qui depuis l’ère Mitterrand a accentué à la fois son rôle de prêteur usurier et aussi de vendeur d’armes ce qui l’a lié inextricablement au capital américain.

 

En outre, le modèle spécifique de l’Amérique latine avec son leader charismatique s’adressant directement au peuple et privilégiant le rôle de l’armée, malgré notre passion pour les maréchaux et général n’est pas le même… Déjà, tout le continent sud américain a un problème avec ce modèle surtout lié à des économies de rente, c’est l’absence d’un parti. même à Cuba, si les syndicats, l’armée révolutionnaire, les organisations de masse jouent un rôle fondamental dans la formidable résistance du peuple cubain, le rôle du parti est toujours plus problématique, que dire alors du Vénézuela où le parti de Chavez est accusé de toutes les corruptions. Ailleurs le rôle du parti est beaucoup plus central comme dans l’ex-URSS qui au contraire s’est toujours méfié du militaire… Mais ce qui est sûr c’est que la société française a inventé les partis, la droite , la gauche et ce n’est pas demain la veille qu’elle pourra se passer d’une telle structuration. PAM a raison de poser la question du parti simple machine électorale ou en capacité de restructurer la société civile, la classe ouvriere, les intellectuels comme a pu le faire le PCF.

 

Je lance toutes ces questions en réponse au texte de PAM pour dire à quel point nous avons un grand chantier devant nous.

 

Danielle Bleitrach

 

(1) Le Monde décrivait la manière dont il a emporté avec lui l’équipe de son ministère: auquel il faudrait ajouter l’Institut montaigne qu’il se partageait avec Fillon, au profit des mêmes, ou l’imbrication de la haute fonction publique, du monde des affaires, là encore un modèle développé tout au long de la  et singulièrement sous Mitterrand.

 

« Dès le lancement d’En marche !, en avril 2016, M. Macron s’est entouré de jeunes technocrates, souvent d’anciens strauss-kahniens, issus pour la plupart de son cabinet au ministère de l’économie. Les plus importants, ceux qui disposent d’un bureau au 6e étage du QG, à côté du candidat, se comptent sur les doigts d’une main. On y trouve Ismaël Emelien, 30 ans, qui dissèque l’opinion publique et établit la stratégie, même si le dernier mot revient toujours à M. Macron. Barbe de trois jours et grosses lunettes, cet ancien d’Havas a été le premier à quitter Bercy, en avril 2016, pour structurer le mouvement.

 

Dans sa valise, il a emmené Julien Denormandie, 36 ans, alors directeur de cabinet adjoint. Discret, cet ingénieur agronome de formation, qui a vécu deux ans en Egypte, est devenu le secrétaire général adjoint du mouvement et a un œil sur tout. Lui aussi venu de Bercy après un passage au cabinet de Jean-Paul Huchon au conseil régional d’Ile-de-France, Stéphane Séjourné, 31 ans, s’occupe des relations avec les élus. Il assiste notamment Jean-Paul Delevoye à la commission d’investiture pour les législatives. »

 

(2) Melenchon, c’est au contraire le monde des capacités qui ne trouve pas d’emploi et dont on sait le rôle qu’il a joué dans la Révolution de …. 1848. Oui nous sommes dans un monde nouveau mais qui parfois fait furieusement songer à l’univers Balzacien… Macron ce serait Rastignac organisant le raccord entre la vieille aristocratie et les nouveaux riches barons … avec le monde vendu des médias…

Quel avenir pour le parti communiste ?

 

26 Avril 2017

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Un début de réflexion de Pierre Alain  Millet qui est doublement intéressant, premièrement parce qu’il s’agit d’un langage de vérité qui ne se paye pas de mots sur la situation qui est la nôtre, Français mais aussi communistes face à une recomposition accélérée du paysage politique. Deuxièmement il ouvre un débat sans concession sur l’impossibilité de continuer comme avant  et il le fait essentiellement à partir d’un questionnement sur la nation. Il donne de l’air par rapport à la médiocrité des débats sur l’appel à voter ou non pour Macron dans lequel on tente de nous enfermer comme si nous ne savions plus que bégayer. C’est une piste mais il y en a bien d’autres et il existe de partout dans le monde des réflexions auxquelles nous aurions intérêt à nous confronter. JLM a par exemple complètement intégré la stratégie qui s’est développée en Amérique latine et qui repose sur une figure typique dans ce continent, l’alliance entre un leader charismatique et un peuple. La faiblesse de ce modèle tient, même à Cuba, au rôle réel du parti révolutionnaire. Depuis pas mal d’années, je suis convaincue de la nécessité de ces confrontations non pour les copier, mais pour enrichir notre réflexion par rapport à une stratégie qui a fait son temps et qui vient d’exploser en plein vol, celle du programme commun avec le parti socialiste et communiste issus d’Epinay et de Mitterrand. Donc, il faut poursuivre et avancer sur des questions pour moi aussi importante que celle de la nation qui structure ce premier article.

 

(note de danielle Bleitrach pour histoire et societe)


 

Hugo Chavez ne manquait JAMAIS d'intervenir dans les congrès PCV (Parti communiste Venezuelien) dans sa dernière intervention, peut de temps avant qu'il nous quittent, conscient des lacunes du PSUV il a déclaré : "Notre drame c'est que nous n'avons pas de parti révolutionnaire"

Par ce texte de Pierre-Alain rejoint les réflexions traversants la grande majorité des communistes de Bassin et d'ailleurs qui nous faut sortir, si possible, au plus vite du bourbier social démocrate dans lequel nous sommes embourbés.


Bernard Trannoy


Mercredi 26 avril 2017, par  pamillet

Le premier tour des élections présidentielles 2017 accélère la recomposition politique pour accompagner la transformation du capitalisme. Il n’était plus possible dans le cadre politique ancien d’organiser une alternance assurant une majorité. François Hollande l’avait parfaitement compris et a mis en oeuvre avec brio le mouvement « en marche ».

 

Certes, tout cela est une mascarade « tout change pour que rien ne change » pour que la mondialisation capitaliste et sa déclinaison européenne continuent de détruire les acquis de la république, du Front populaire, de la résistance, de mai 68… d’insérer toujours plus la France dans l’atlantisme et le partage du monde sous une domination US de plus en plus militaire et agressive…

 

Il reste que le coup est réussi. Comme beaucoup d’autres, je pensais que la bulle allait se dégonfler, que la droite historique n’avait pas dit son dernier mot…. Or le résultat accélère la recomposition politique, à droite avec la fin du gaullisme, à gauche avec la fin du PC et du PS du programme commun

 

Il faut donc ouvrir en grand la discussion de nos analyses et discours, s’interroger sur leurs limites, non pas pour renier notre engagement communiste, mais pour en comprendre les insuffisances. Elles peuvent être tactiques, elles peuvent aussi être plus profondes et reposer les questions que les communistes, notamment en France, se posaient dans les années 60 sur la nature d’une transition démocratique au socialisme.

 

Car visiblement, nous en sommes loin. Le capitalisme n’est pas sur sa fin. Il est bien vivant, détruit toujours et construit toujours, organise le monde qui lui permet de se reconstituer plus vite et plus fort… et il invente de nouvelles formes économiques et politiques qui correspondent à son développement. Nous aurions tort de considérer que la violence de sa crise contiendrait par elle-même ce qui permettrait de changer de société… Le peuple connait bien la réalité du rapport de forces, et il ne sert à rien de « positiver » pour tenter de lui faire croire qu’il serait possible d’éviter la dureté de la résistance, de l’affrontement avec ce système.

 

Nous devons ouvrir ces chantiers dans un contexte défavorable d’affaiblissement de notre organisation, de notre capacité à mobiliser, unir, construire des convergences. Ceux qui ont participé à diverses tentatives de rapprocher des groupes communistes divers dans et en dehors du parti le savent, mais aussi les communistes qui constatent l’émiettement de la direction du PCF qu’a révélé le dernier congrès. Cette situation freine ce qui est pourtant indispensable, la réflexion collective, partagée, confrontée à l’expérience, au réel, sans lequel trop de déclarations ne sont que des mots…

 

Si l’urgence est la bataille des législatives où des points d’appuis de députés communistes de combat peuvent être gagnés, l’enjeu du 2eme semestre 2017 portera sur la capacité ou non d’engager une réflexion de fonds sur le changement de société et la place d’un parti communiste. Sous forme interrogative souvent, voici une première liste de questions…

 

Le capitalisme a-t-il « fait son temps » ?

 

Quand on constate la destruction du tissu industriel, l’arrogance des oligarchies et des couches aisées qui se concentrent dans le coeur des métropoles, l’impuissance des systèmes sociaux à faire reculer la pauvreté, le mal logement, le délitement de la vie citoyenne au plan, associatif, syndical, de la vie locale… on peut penser que cela révèle l’incapacité du capitalisme à être porteur d’un avenir, d’un développement de l’humanité, qu’il nous emmène à la guerre de tous contre tous, et donc à la guerre tout court. Nous en tirons souvent la conclusion que « le capitalisme a fait son temps »…

 

Pourtant, nous voyons bien à l’échelle de la planète qu’il a aussi produit sur les deux dernières décennies un développement extraordinaire, tiré notamment par le développement de la Chine, mais aussi par la révolution numérique, une nouvelle étape de mondialisation qui ne concerne pas que l’accès aux matières premières mais qui organise une chaine de production intégrée à grande échelle…

 

Le capitalisme est bien à la manœuvre sur la planète, et s’il produit des guerres, il produit aussi des milliers d’investissements, de production, de services, d’infrastructures qui sont d’ailleurs souvent des enjeux dans le (re)partage permanent du monde…

 

Est-il dépassé dans les pays développé ? Le capitalisme du siècle dernier, qui, dans la confrontation avec le socialisme, se présentait comme vertueux, installé dans le compromis social, est effectivement dépassé. Il n’a plus besoin des oripeaux sociaux et démocratiques dont il s’était fait l’étendard. Le monde libre peut avec violence se présenter pour ce qu’il est, fondé sur la concurrence, la domination, la guerre.

 

Le compromis social, la promesse de l’égalité des chances, la démocratie même, sont des formes politiques historiques qui ne lui sont plus nécessaires. Mais pas parce qu’il dépérit, au contraire ! Il innerve de larges couches sociales qui sont bénéficiaires de son développement, et qu’il peut rassembler pour reconstruire sa capacité à gouverner… ce que confirme l’élection de Trump comme la réussite de Macron… Il redéfinit la place de l’état au service de la domination de la bourgeoisie, se recentre sur l’usage de la force, et redonne au marché, un rôle beaucoup plus large d’organisation sociale.

 

Il semble que les promesses d’une situation prérévolutionnaire, où ceux d’en haut ne peuvent plus diriger et ceux d’en bas ne veulent plus être dirigé étaient largement prématurées…

 

La transition pacifique au socialisme ? révolution, étapes ?

 

Dans ce cadre, la question fondamentale de la nature d’une « révolution » dans un pays capitaliste développé est ré-ouverte. Il y a 60 ans, le PCF a longuement étudié et discuté de ce qui allait devenir la « voie pacifique au socialisme » du 22eme congrès. Les débats ont été vifs entre l’idée qu’il ne manquait que quelques voix chrétiennes pour faire basculer électoralement la France, et les inquiétudes devant les risques de faire passer l’intervention populaire au second plan… En 1976, les communistes font de la bataille électorale du programme commun le cœur de leur stratégie. La leçon historique est amère. C’est un échec couteux.

 

Peut-on revenir alors sur la conception de la révolution d’avant 1976 ? Personne ne peut sérieusement justifier une voie « militaire ». Elle est historiquement liée aux situations de guerre, mondiale ou d’indépendance nationale. Personne ne peut choisir la guerre quand elle n’est pas imposée par le capitalisme. Le rapport entre luttes et élections, légalité et dissidence, organisation populaire et institutions doit cependant être réinterrogé, y compris en tenant compte des expériences latino-américaines qui montrent à quel point la bourgeoisie a toujours la violence à sa disposition.

 

Entre le « grand soir » d’une révolution qui renverserait d’un coup le capitalisme, et l’insertion électorale dans les institutions avec l’illusion de gagner quelques pas, quelle conception avons-nous du processus révolutionnaire dans l’optique d’une transition socialiste dont nous savons en 2017, bien mieux qu’en 1917, qu’elle sera de longue durée. [1]

 

Le choix du programme commun correspondait à l’idée d’une « étape intermédiaire » entre capitalisme et socialisme, d’une « démocratie avancée » qui ressemble sans doute à ce que certains comprennent aujourd’hui comme la « 6eme république ». Pourtant, tout confirme qu’il n’y a pas de « marges » dans ce capitalisme décomplexé, fortement mondialisé et dont la dématérialisation est largement plus forte que ce qu’analyse Lénine dans l’impérialisme… Sommes-nous dans un stade nouveau du capitalisme ? Avec quelles couches sociales qui ne font pas le choix du socialisme peut-on passer des alliances ?

 

Les conditions de l’unité du peuple..

 

Les communistes ont eu dans l’histoire la capacité d’organiser de fantastiques outils sociaux de solidarité, d’éducation populaire, et les militants n’étaient pas connus d’abord pour les campagnes électorales, mais pour leur rôle multi-forme dans des réponses concrètes à des urgences sociales, au travail ou dans la cité, locales comme de solidarité internationales. L’unité du peuple s’est construit dans la résistance, les luttes sociales, les luttes anti-coloniales d’abord dans cette « contre-société » que représentait le parti communiste, ses militants et ses élus.

 

Or, au moment ou la pauvreté, la précarité, les violences minent le tissu social dans tant que quartiers populaires, ce sont d’autres réseaux, souvent religieux, salafistes comme évangélistes ou d’autres, qui construisent une « contre-société » à partir des questions sociales, pour développer une idéologie souvent communautaire, toujours réactionnaire.

 

Peut-on réellement redonner de la force au peuple en ne lui parlant que d’élections ? Bien sûr que non, mais quelles conclusions faut-il en tirer pour les communistes sur le lien avec l’activité syndicale, associative, de solidarité ?

 

Le patriotisme contre la fin des nations ?

 

Pour poser la question d’une transition au socialisme, quelle que soit sa durée et son rythme, il faut savoir à quelle échelle on pense pouvoir réaliser cette transition. A l’origine, les communistes pensaient que la révolution ne pouvait être que mondiale. La révolution russe a placé les communistes devant l’obligation d’assumer une révolution « dans un seul pays », et le siècle entier, de Cuba au Vietnam, d’Angola au Venezuela, n’a montré que des ruptures politiques dans un cadre national. Le lien entre luttes nationales et transition socialiste a été fort dans le contexte de la décolonisation. La mondialisation change-t-elle la donne ?

 

Cette question est au cœur du débat sur l’Union Européenne et il faut noter que le succès de Jean-Luc Mélenchon repose aussi sur son discours affirmé sur la sortie des traités européens et la possibilité d’un plan B sans lequel le discours de l’Europe sociale est vide… discours bien loin de la répétition paralysante du slogan par le PCF…

 

Surprise, c’est Macron qui veut être le « président des patriotes » pour le 2eme tour, bien entendu pour des raisons marketing comme tous ces discours. Mais il confirme ainsi ce que la direction du PCF refuse de voir en face. Laisser la nation et ses patriotes de Valmy et de la résistance au Front National est suicidaire pour les communistes !

 

Ce n’est pas qu’une question idéologique, mais bien une question fondamentale de toute stratégie de changement de société. Soit on le renvoie plus loin et donc plus tard, et on se retrouve dans l’idée que la révolution n’est pas possible, qu’il faut faire avec le système pour le changer graduellement… soit on reconnait qu’il ne peut exister de souveraineté populaire que dans un cadre géographique, historique, et donc en un mot, « national ». Or le stade atteint par la mondialisation capitaliste met clairement en cause les nations, autant dans les pays du Sud que l’impérialisme détruit parfois militairement pour continuer à exploiter des ressources en pleine guerre, comme en Libye, que dans les pays du Nord ou l’état « social » est appelé à disparaitre au profit de technocraties administrant de grandes zones géographiques mondialisées à des échelles le plus éloignées possible de toute intervention populaire majoritaire…

 

Comment réouvrir le chantier d’un patriotisme révolutionnaire ?

 

La fin de l’union de la gauche

 

Toutes ces questions confirment que la situation historique est radicalement nouvelle. La stratégie de l’union de la gauche inventée par le PCF des années 60 [2] était liée à l’idée d’une « étape » avant le socialisme, d’un compromis possible avec des forces sociales non engagées pour le changement de société, d’une voie électorale à la rupture politique. Tout cela est derrière nous.

 

D’ailleurs au plan politique, la recomposition est en marche… et elle s’accélère. Certains espèrent que les législatives vont redonner un peu de force à ce qui a été bousculé ce 23 avril, mais derrière les personnes et les générations, ne faut-il pas reconnaitre que le résultat traduit une réorganisation sociale et politique déjà ancienne, que montrait l’affaiblissement des organisations historiques, associatives, syndicales, politiques, comme le développement accéléré de nouveaux modes de communication et de rapports entre les citoyens et la vie économique et politique. L’incroyable développement de « l’économie collaborative » ou des auto-entrepreneurs a des conséquences dans les rapports sociaux et les consciences qui ne peuvent être sous-estimées.

 

Dans ce cadre, la campagne de JLM est une réussite avec la création de son nouveau parti, le contrôle étroit qu’il en a notamment par son rapport direct aux individus, avec les réseaux sociaux, contournant le besoin d’organisation locale autonome, menant une campagne efficace mais avec un niveau de mobilisation de terrain incroyablement faible en dehors des grands meetings.

 

Il a clairement pris de l’avance sur une direction du PCF empêtrée dans sa recherche éperdue d’accords de sommets, son entêtement aveugle à « refaire la gauche », sans jamais tirer les leçons des échecs de ces dernières années, et sans jamais tirer les leçons du temps long de la stratégie, et notamment de cette fin de la période historique ouverte par le programme commun.

 

Sur ce point, le temps n’est plus aux questions, mais au réalisme…

 

La direction du PS a compris depuis longtemps que l’union de la gauche était derrière nous. Emmanuel Macron est le retour du PS d’avant Epinay, quand JLM est la reconstruction d’une gauche qui efface 1920, celle dans laquelle le parti communiste n’a plus d’utilité.

 

Le parti communiste peut-il être utile ?

 

C’est la question que Pierre Laurent n’évoque jamais et sa déclaration au soir du premier tour est désespérante, une fuite en avant électoraliste, terrible au moment où il est important de dire aux électeurs de JLM qu’il faut se préparer à la lutte dans la longue durée, qu’il n’y aura pas d’issue en dehors de luttes massives et organisées… et que c’est pour ces luttes qu’il faut gagner le maximum de députés, donc de députés communistes, et non pas pour « sauver la gauche », au moment ou il faut dire aux communistes qu’il est possible et urgent de faire vivre leur parti.

 

Se cacher ainsi derrière l’électoralisme pour appeler à voter Macron, sans rien dire du besoin du parti est terrible pour lui, pour les communistes

 

Comment peut-on dire que ces élections permettent de « déverrouiller le système politique et la démocratie » justement quand le piège construit depuis des mois pour le verrouiller a fonctionné parfaitement ?

 

Comment parler de « NOUVELLE PAGE DE LA GAUCHE FRANÇAISE  » sans dire ce qui est fini dans cette ancienne page de la gauche, la démarche du programme commun, celle qui a conduit à effacer le PCF derrière le PS, puis derrière le Front de Gauche… avant que les insoumis ne prennent la place que nous avons délaissé …sans dire qu’il n’y aura pas de réponse à la droite sans retrouver un grand parti communiste ?

 

Comment dénoncer Le Pen sur les thèmes utilisés par les médias, et notamment la critique de ce dangereux Poutine sans dire que le plus dangereux est bien la mondialisation capitaliste qui détruit toute souveraineté populaire… Comment abandonner ainsi la nation et le peuple de Valmy ?

 

Comment parler de députés de résistance, sans jamais dire qu’il faut des députés communistes ?

 

Si le parti communiste peut être utile, ce n’est pas en écoutant Pierre Laurent, totalement engagé dans la recomposition politique d’une nouvelle gauche dans laquelle parti communiste est inutile, et dont la place est déjà prise par JLM.

 

Si nous sommes d’accord pour rejeter la délégation de pouvoir, l’illusion du sauveur suprême, si nous pensons qu’il faut un peuple organisé, conscient, mobilisé, uni pour imposer une rupture politique, interdire les renoncements ou trahisons à la Tsipras, alors il faut réaffirmer que ce peuple se construit d’abord dans la résistance et la lutte, et donc dans une capacité du parti communiste à être le cœur d’une contre-société.

 

Il faut alors définitivement rejeter les illusions du rassemblement électoral de sommet et construire un rassemblement populaire tourné vers le changement de société, et donc dans lequel les communistes jouent un rôle central.

 

[1] Les chinois parlent d’un siècle pour construire un socialisme de marché dans une société de « moyenne aisance »…

 

[2] comme le rappelle utilement JLM dans son discours bilan raisonné de 1981

EN BREF: la catastrophe imminente et les moyens de la conjurer…

 

 

26 Avril 2017
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Donc, la question est que pouvons nous construire pour faire face à cela ? Si au lieu de s’invectiver entre ceux qui veulent faire barrage au fascisme et aller voter Macron et ceux qui préférent voter blanc, on s’entendait sur un slogan qui nous évitait ce déchirement inutilde « PAS UNE VOIX AU FRONT NATIONAL » et on voyait pour une fois un peu plus loin que le bout de son nez? Aussi étrange que cela puisse paraître pour une situation qui tient de la catastrophe imminente sans moyen de la conjurer dans laquelle nous nous retrouvons entre Trump et le candidat officiel du capital, le premier jouant la lutte des classes dont le second tel Warren Buffet est convaincu que sa caste l’a déjà gagnée et le fête à la Rotonde, Bernie Sanders ayant été écarté,que reste-t-il à faire, pas seulement fairte barrage au Front National, mais aller attaquer le fascisme dans son ventre toujours fécvond…  

 

La France n’est pas les Etats-Unis. Comme dirait Marx ce vieux pays de la lutte des classes ou « cette nation d’émeuties » peut encore réserver des suprises, encore faut-il que nos politiciens n’oublient pas  qu’ils ne sont pas proprétaires des votes et que nos vies ne tiennent pas dans leurs urnes. Que les couches populaires n’ont pas besoin de profs mais de camarades pour mener le combat ensemble. Celui qui à l' »instar de Macron croira par des manoeuvres d’appareil répondre à la situation se trompera lourdement, parce que tout reste à construire et qu’il faut mettre à profit ces 5 ans. Déjà chacun parait la proie de ses démons, Le PS cherche la grande coalition, la direction du PCF court derrière le PS pour tenter d’endiguer l’appétit des petits chefs des insoumis, c’est la route de l’échec.

 

« Dans les pays fascistes, le capitalisme n’existe plus que comme fascisme, et le fascisme ne peut être combattu que comme la forme la plus éhontée, la plus impudente, la plus oppressive, la plus menteuse du capitalisme » (1)

 

Avant que nous soyons contraints par les mêmes au fascisme peut-être faut-il songer à combattre le capitalisme. Et pour combattre fascisme et capitalisme, je ne connais rien de mieux qu’un parti communiste, mais le seul vrai problème est que nous ne l’avons pas (encore) à notre disposition. 

 

Danielle Bleitrach

 

(1) Brecht repris de Dimitro, l’homme qui mena le procès contre Hitler… et lança une ligne de rassemblement antifasciste

Extrême-droite vs candidat des banques : la catastrophe n’est pas imminente, elle est déjà là

 

26 Avril 2017
Toujours optimistes nos camarades du NPA, mais là je dois dire que je ne suis pas loi de partager leur diagnostic, ne serait-ce que parce que nous n’avons pas un Lénine capable de dénoncer la catastrophe imminente mais aussi les moyens de la conjurer. remarquez à quel point cet article s’entend comme celui publié ici par le Figaro sur la caricature de lutte des classes que représente cet alternative catastrophique. Pourtant il est aussi évident ne serait-ce qu’à travers le vote mélenchon, s’est dessiné un autre possible, même si selon moi quels que soient les mérites du candidat là aussi il a manqué un parti. L’avenir nous dira ce que nous sommes capables d’inventer et de créer pour sortir de cette « catastrophe imminente »
 
(note de danielle Bleitrach)
Disons-le clairement : cette configuration de second tour est une catastrophe.
 
Parce que le FN y est présent, bien entendu, et que le peu de réaction que cela suscite en dit malheureusement long sur la normalisation de l’extrême-droite.
 
Mais aussi parce que l’adversaire de Le Pen au second tour est, malgré sa large avance dans les sondages, l’opposant rêvé pour le FN.
 
Polarisation de classe
 
Macron est en effet celui qui incarne le plus le mythe de la mondialisation heureuse, et des prétendues vertus du néo-libéralisme, de la dérégulation financière, de la déréglementation du marché du travail, de l’eurobéatitude, etc. Face à celui qui se pose fièrement en champion de la mondialisation néo-libérale, Le Pen se pose frauduleusement, mais logiquement, en représentante des exclu-e-s de cette mondialisation.
 
Et il suffit de faire un peu de sociologie électorale pour mesurer l’étendue des dégâts : plus on est dans les « CSP+ », plus on vote Macron, plus on est dans les « CSP- », plus on vote Le Pen ; plus on a des hauts revenus, plus on vote Macron, plus on a des bas revenus, plus on vote Le Pen ; plus on est diplômé, plus on vote Macron, moins on est diplômé, plus on vote Le Pen, etc. Ces tendances opposées, qui font écho à la sociologie de la France du « Oui » et de celle du « Non » au référendum de 2005, n’ont jamais été aussi marquées qu’à l’occasion de ce second tour.
Autant dire que le vote du 7 mai va être marqué par une polarisation de classe, et risque de se solder par un vote avec de puissantes dynamiques de classe. Tout n’est évidemment pas chimiquement pur et ces dynamiques de classe n’équivalent pas, côté FN, à un vote de classe à strictement parler, puisque les motivations premières de son électorat sont racistes et sécuritaires, et non économiques et sociales. Mais les tendances lourdes sont là, aussi contradictoires soient-elles, et c’est ce qui est le plus inquiétant.
 
Le discours dominant chez les éditorialistes, sondologues et responsables politiques enfonce encore un peu plus le clou : les électeurs et électrices de Macron seraient pour la modernité, la marche « normale » du monde, le renouvellement politique qui accompagne le progrès technologique, etc. ; les autres seraient tournés vers la passé, peu cultivés, réfractaires au progrès, fermés sur le monde : des beaufs ouvriers, des chômeurs décérébrés.
 
La nécessaire mobilisation contre le FN, formation politique qui représente le pire des dangers pour les libertés démocratiques, pour les classes populaires, pour les femmes, les LGBTI, les étranger-e-s et les Français-es non-Gaulois, ne peut s’abstraire de ces considérants de classe. Et c’est pour cela que la configuration du deuxième tour, avec un Macron qui incarne une vraie politique de classe, celle des dominants, est catastrophique.
 
Le vote Macron n’est ni le problème, ni la solution
 
Et voilà pourquoi, comme tant d’autres, je n’appelle pas à voter Macron. Et absolument pas, comme je le lis ici ou là à propos de celles et ceux qui sont sur cette position, parce que nous tracerions un trait d’égalité entre Macron et Le Pen, entre la démocratie bourgeoise et le fascisme. Je suis en ce sens en plein accord avec la déclaration de Philippe Poutou le soir du premier tour, qui désigne clairement le FN comme notre adversaire mortel et qui ne dénigre aucunement celles et ceux qui iront voter Macron.
 
Mais face à une telle polarisation de classe, il me semble inenvisageable, lorsque l’on a publiquement soutenu une candidature de classe comme celle de Philippe Poutou, de joindre ma voix au chœur de ceux qui non seulement nous écrasent depuis des décennies, mais sont fiers d’annoncer qu’ils vont continuer à le faire. Le résultat du premier tour et la polarisation qui s’annonce au deuxième tour sont la conséquence du brouillage des repères de classe, et autant éviter de les brouiller encore plus en appelant à voter Macron.
Ce qui ne signifie pas, contrairement à ce que certains affirment, être passif et « laisser les autres aller voter en se bouchant le nez ». Car se battre pour que Le Pen ait le moins de voix possible, ça ne se résume pas à voter ou faire voter Macron. Ce n’est pas seulement faire baisser son score en valeur relative, mais aussi en valeur absolue, en décourageant les gens de voter pour elle. C’est le sens du mot d’ordre « Pas une voix pour Le Pen », que l’on retrouve notamment dans les communiqués de la FSU et de la CGT, peu suspectes de naïveté face à l’extrême-droite, et qui n’appellent pas elles non plus à voter Macron.
 
Faire reculer le FN, pas le contenir
 
Or faire perdre du soutien et des voix à Le Pen, c’est possible : a-t-on déjà oublié l’impact du « grand débat » du 4 avril, et de l’attaque de Philippe Poutou contre Le Pen qui est apparue bien impuissante face à un ouvrier qui expliquait qu’elle faisait partie du système ? Une attaque frontale face à laquelle elle est restée, c’est suffisamment rare pour le souligner, silencieuse. De l’aveu même des dirigeants du FN, ça leur a fait beaucoup de mal, ça leur a fait perdre des voix, ça a largement écorné son image de « candidate du peuple » et ça a laissé des traces.
 
Pas plus tard que ce matin, sur le marché de Rungis, Le Pen s’est faite huer par des commerçants aux cris de « Poutou ! Poutou ! ». Et il y a fort à parier que ces commerçants n’avaient pas voté Poutou… Il ne s’agit évidemment pas de dire que tout se résume à quelques minutes de télévision le 4 avril dernier. Cependant, ce qui est certain, c’est qu’il n’y a aucune fatalité à ce que la majorité des exclus de la mondialisation votent Le Pen. Mais on ne les convaincra pas de voter Macron, candidat assumé des forces qui ont provoqué leur exclusion.
Il ne s’agit évidemment pas de sombrer dans des discours du type « il faut comprendre les préoccupations des électeurs du FN ». Ça, on sait où ça mène : on commence par dire que le FN pose de bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses, puis on dit que le FN pose de bonnes questions mais que toutes ses réponses ne sont pas bonnes, et enfin on dit que le FN pose de bonnes questions et apporte de bonnes réponses mais qu’il n’a pas la capacité à les mettre en œuvre, contrairement à nous, gens responsables.
 
Donc ne rien concéder sur les questions antiracistes, sur l’internationalisme, sur les droits des femmes et des LGBTI, sur les questions de démocratie, de libertés publiques, etc. Et le dire haut et fort dans les jours qui viennent (et après). Mais comprendre aussi que cela ne suffit pas, et qu’il faut également attaquer le FN sur son autre terrain de prédilection : le parti soi-disant hors système, au service des petits et des exclus. Car si on ne fait pas ça, on passe à côté de la problématique de classe, et on n’effrite que très peu le socle électoral du FN.
 
Là où il est élu, le FN réduit les subventions attribuées aux cantines scolaires, contraignant les plus pauvres à retirer leurs enfants de la cantine. Là où il est élu, le FN baisse les budgets des écoles, supprime le 13ème mois aux employés municipaux, ferme les locaux du Secours populaire. Au Parlement européen, le FN vote pour la directive « Secret des affaires » présentée par la commission européenne, qui permet aux multinationales de toujours mieux tricher, frauder et persécuter les lanceurs d’alerte.
 
Le FN pique dans les caisses, le FN détourne de l’argent, le FN se planque derrière les lois du « système » qu’il prétend combattre. Le FN est dirigé par une riche héritière, qui vit de la politique, et qui est entourée de gens qui méprisent les ouvrier-e-s, les salarié-e-s, les pauvres, comme ils ont eu l’occasion de le démontrer en injuriant Philippe Poutou après le débat du 4 avril, à propos de sa tenue vestimentaire, de sa façon de parler, de son investissement syndical pour défendre les conditions de travail chez Ford et ailleurs.
La catastrophe ne va pas arriver : elle est arrivée
 
Et tout ça, ce ne sont évidemment pas les partisans de la mondialisation néo-libérale, qu’ils soient au PS, chez Macron ou aux Républicains, qui vont le dire, car ils font pareil. Alors ne nous trompons pas d’adversaires, ni d’alliés. Notre problème n’est pas de nous empailler entre nous à propos du vote Macron. Pour ma part, je ne mènerai aucune campagne contre le vote Macron, ni ne tenterai de décourager ou de faire culpabiliser celles et ceux qui vont aller voter. Et ce serait bien que cela marche dans les deux sens, car on a autre chose à faire.
 
Si la discussion se polarise, et c’est bien ce que certains voudraient, autour de la question du bulletin de vote Macron, les questions politiques disparaissent, ainsi que toute perspective au-delà du 7 mai. Or c’est bien de cela dont il s’agit. Face au FN, il s’agit de construire un front social et politique aussi intransigeant sur les questions antiracistes, internationalistes, féministes, démocratiques… que sur les questions de justice sociale, de partage des richesses, de déprofessionnalisation de la politique, de lutte contre la marchandisation du monde et l’appropriation capitaliste. Le premier rendez-vous, c’est le 1er mai prochain. Et il faudra en organiser bien d’autres.
 
À nous de mener campagne ensemble contre notre adversaire mortel, le FN. À nous de mener une campagne antiraciste, internationaliste, féministe, démocratique, contre l’ultra-réaction que représentent Le Pen et son parti. Mais une telle campagne ne pourra faire reculer le FN, à court, moyen ou long terme, que si elle intègre aussi, et sans tergiverser, les questions de classe. Alors, que l’on vote Macron (à reculons) ou pas, il faudra clairement dénoncer les politiques, et les responsables politiques, qui ont permis l’ascension du FN, y compris Macron. Et que l’on soit militant-e dans un parti ou pas, dénoncer le FN comme un parti du système, et contribuer à reconstruire du collectif et de la conscience de classe là où elle a quasiment disparu.
 
Le pire n’est jamais certain, mais un deuxième tour mettant aux prises le candidat des banques et la candidate de l’extrême-droite n’est pas l’annonce d’une catastrophe qui pourrait survenir. La catastrophe est déjà là. Et s’il ne s’agit évidemment pas d’adopter une posture professorale, on peut se le dire franchement : l’heure n’est ni aux leçons de morale, ni aux raccourcis électoraux, ni aux demi-mesures, mais bien à l’engagement, collectif, durable, et radical.

La réflexion du jour : 5 ans pourquoi faire ?

 

25 Avril 2017

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Macron est bien le poulain de Hollande, son élection risque de déboucher sur 5 ans de blocage. Les tentatives d’action iront toujours dans le même sens, celui d’un libéralisme débridé qui renforcera le fascisme, non seulement par dégoût du spectacle mais parce que le capital lui-même ne verra plus d’autre solution.

 

C’est la poursuite des habiletés de Hollande.  Comme le disait Martine Aubry, quand j’ai pris sa suite à Solférino même les waters étaient bouchés. Son « génie manoeuvrier » (déjà celui de Mitterrand était purement tactique, le sien est simplement manoeuvrier) consiste à mener un congrès du PS jusqu’à l’occlusion intestinale, nous y sommes…On ne peut que continuer à nous expliquer que tout est à la faute soit des immigrés, soit des Russes et peut-être des deux…

 

Après nous l’avoir joué ni droite, ni gauche et pratiques nouvelles, nous voilà dans un champ de ruine où les partis ou leurs débris dans ce qu’ils ont de pire vont se lancer dans des jeux politiciens pour tirer à eux cette marionette et les transactions se feront toujours contre les travailleurs, les retraités, les chômeurs, la jeunesse. Les grandes manoeuvres ont déjà commencé et chacun se jette sur les circonscriptions pour tenter de sauver les meubles. je dois constater que les dirigeants des petits derniers, les insoumis ne sont pas en reste.. Ce qui est certes ignoble sur le plan moral mais pire encore une faute sur le plan politique si l’on considère ce que le parlement va devoir affronter et les risques de fractures au sein du monde du travail… 

 

..Bayrou – après Hollande- gourmande Macron: « pas la moment d’annoncer les candidatures aux législatives! » Décidément ce jeune godelureau n’a pas l’air de voir dans quel pétrin il est et nous par la même occasion, c’est ça l’inconvénient des prototypes lancés dans l’urgence… 

 

Donc, la question est que pouvons nous construire pour faire face à cela ? Si au lieu de s’invectiver entre ceux qui veulent faire barrage au fascisme et aller voter Macron et ceux qui préférent voter blanc, on s’entendait sur un slogan qui nous évitait ce déchirement inutile « PAS UNE VOIX AU FRONT NATIONAL » et on voyait pour une fois un peu plus loin que le bout de son nez?

 

Aussi étrange que cela puisse paraître pour une situation qui tient de la catastrophe imminente sans moyen de la conjurer dans laquelle nous nous retrouvons entre Trump et le candidat officiel du capital, le premier jouant la lutte des classes et le second tel Warren Buffet convaincu que sa caste l’a déjà gagnée, Bernie Sanders ayant été écarté, la France n’est pas les Etats-Unis.

 

Comme dirait Marx ce vieux pays de la lutte des classes ou « cette nation d’émeutiés » peut encore réserver des suprises, encore faut-il que nos politiciens n’oublient pas  qu’ils ne sont pas propruétaires des votes et que nos vies ne tiennent pas dans leurs urnes.

 

Celui qui à l'instar de Macron croira par des manoeuvres d’appareil répondre à la situation se trompera lourdement, parce que tout reste à construire et qu’il faut mettre à profit ces 5 ans. Déjà chacun parait la proie de ses démons, Le PS cherche la grande coalition, la direction du PCF court derrière le PS pour tenter d’endiguer l’appétit des petits chefs des insoumis, c’est la route de l’échec.

 

Avant que nous soyons contraints par les mêmes au fascisme peut-être faut-il songer à combattre le capitalisme. Et pour combattre fascisme et capitalisme, je ne connais rien de mieux qu’un parti communiste, mais le seul vrai problème est que nous ne l’avons pas (encore) à notre disposition. 

 

Danielle Bleitrach

 

(1) Brecht repris de Dimitro, l’homme qui mena le procès contre Hitler… et lança une ligne de rassemblement antifasciste

Oui mais, non mais…

 

25 Avril 2017

http://www.ips-journal.eu/in-focus/france-at-a-crossroads/article/show/yes-but-no-but-2004/

 

Macron deviendra probablement président de la France. Trouver un soutien parlementaire pour ses politiques sera un défi plus important. cet article  émane de International Politics and Society qui  est un magazine récent mais avec une histoire beaucoup plus ancienne, lié à la social démocratie allemande et aux instances européennes. Lancé en janvier 2017, le journal en ligne est engagé « dans les valeurs de la social-démocratie européenne, il se veut un lieu de rencontre de qualité avec des contributions originales » Bien sûr dans cet article il suit avec intérêt la trajectoire de Macron, mais n’en masque pas aussi les dangers et le risque que son élection de voir 5 ans de blocage et donc au bout de 5 ans « une nouvelle montée des extrêmes » et peut-être même de nouvelles élections. A un programme déjà libéral, la logique voudrait selon l’article que l’on assiste à un durcissement obtenu par la droite qui aura obtenu soit une coalition, soit une cohabitation. Peut-être que les communistes, les salariés auraient intérêt à penser les aléas de la période avec autant de lucidité et le slogan le plus approprié me semble être « PAS UNE VOIX POUR LE FN » et rien de plus.  

 

(note et traduction de danielle Bleitrach)


Par Stefan Dehnert | 25.04.2017

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Qui appuiera Emmanuel Macron?

 

Le grand duel entre les deux challengers présidentiels de la France: le libéral Europhile, Emmanuel Macron, et le leader d’extrême droite Marine Le Pen, aura lieu le 7 mai. Macron, l’ancien ministre de l’économie du président François Hollande et fondateur de ‘En Marche!’ Mouvement, a couru coude  à coude avec le Front National de Marine Le Pen lors de la campagne pour le premier tour des élections présidentielles. Maintenant que Macron s’est qualifié pour le deuxième tour le 7 mai – qu’il devrait gagner -, la question est de savoir avec quelle majorité parlementaire il pourrait et voudrait gouverner après les élections législatives des 11 et 18 juin.

 

Macron, avance  sur un ticket indépendant, il  prétend pouvoir gagner une majorité. En Marche! a utilisé un processus de demande ouverte pour désigner  un candidat pour chaque circonscription  électorale parmi les  15 000 candidats. Si Macron était assuré de la victoire, je pourrais m’arrêter ici. Mais nous ne pouvons rien prendre pour acquis. Le système de vote majoritaire aux élections législatives permet à tout candidat qui obtient  plus de 12,5 pour cent du vote dans sa circonscription de prétendre  au deuxième tour,  alors deux, trois ou même quatre candidats peuvent être en compétition. Dans le passé, les partis ont essayé de créer des alliances avant le deuxième tour. Mais depuis dans sa  campagne, Macron s’est présenté comme un outsider politique, ne voulant pas se commettre  avec les partis établis, de tels arrangements lui  portent préjudice plutôt que de l’aider. En outre, L’électorat français tend à favoriser le conservatisme et la prime que Macron a  obtenu du scandale de François Fillon ne sera pas applicable aux élections de l’Assemblée nationale. Pourtant, les candidats d'' En Marche!’  ont besoin des conservateurs pour gagner.

 

Chimie naturelle?

 

Si Macron ne gagne pas de majorité parlementaire, il a encore des options: l’un des plus grands partis pourrait accepter de conclure une coalition avec lui, une caractéristique que De Gaulle a inventée  avec la cinquième république. Il n’est pas  probable que Macron reçoive un soutien sans un accord formel de coalition ou soit contraint à la « cohabitation » (où le président agit avec un Premier ministre de l’opposition). Les adversaires politiques de Macron aiment le décrire comme le protégé de Hollande qui poursuivra le programme de son  mentor, mais cela ne veut pas dire que le  Parti Socialiste (PS) est le partenaire naturel de Macron. Peut-être que le PS sera achevé  lors des élections législatives, tout comme le candidat à la présidence Benoît Hamon. Lorsque vous retirez les gauchistes de PS qui refusent de défendre Macron de toute façon, cela ne lui laisse qu’un faible soutien. Macron a besoin de l’aile centriste du PS pour mettre en œuvre son programme social-libéral. Qu’il obtienne ce soutien dépend de la rapidité avec laquelle le PS se repositionne après son éreintage  lors des élections présidentielles.

 

Sans le PS, Macron devra se tourner vers Les Republicains (LR) sur la droite, dont les vues sur l’économie et le marché du travail souvent sont en accord avec les siennes. Au cours de la campagne, Fillon a appelé la France à se  « resserrer sa ceinture », promettant de réduire de 500 000 emplois de la fonction publique et de réduire de 100 milliards d’euros des dépenses publiques. Les propositions de Macron sont à la fois plus modestes et optimistes, avec des plans visant à réduire seulement 120 000 emplois et à réduire les dépenses publiques de 60 milliards d’euros. Il est concevable que lui et les conservateurs puissent s’entendre sur les principales réformes. Une coalition de style allemand est peu probable: les républicains visent à obtenir une majorité parlementaire et à « cohabiter » avec leur propre Premier ministre.

 

Le président Macron serait obligé de faire de grandes concessions qui irait contre ses propres promesses  et pourrait même forcer à de nouvelles élections.

 

Si, entre maintenant et mi-mai, lorsque les candidats parlementaires sont confirmés, les libéraux sociaux dans le PS, comme l’ancien Premier ministre Manuel Valls, s’unissent pour adopter une position plus centriste, cela améliorera considérablement les chances d’une coalition. Sur la piste de campagne, Macron a pris soin de ne pas attaquer, ni la gauche, ni la droite. Au lieu de démanteler la précieuse semaine de travail de 35 heures, il a proposé une clause de flexibilité qui permettrait aux employeurs et aux employés de négocier des termes individuellement. Il veut également investir 50 milliards d’euros pour les changements structurels dans l’infrastructure, la formation et l’éducation, la santé et l’agriculture – pas comme des coûts en cours. Mais les plans pour réduire jusqu’à 120 000 emplois de la fonction publique au cours de son mandat de cinq ans sont encore un anathème pour le PS.

 

Si Macron devient président, il devra s’appuyer sur un large soutien pour mettre en œuvre ses politiques. Cinq ans de paralysie politique nuiraient à la fois à la France et à l’Europe, avec Macron agissant comme président intérimaire jusqu’à la prochaine élection – lorsque les extrémistes auront leur mot à dire.

Publié par  El Diablo

LÉGISLATIVES : les relations « compliquées » entre Jean-Luc MÉLENCHON et le PCF

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent (PCF) - (source: PaSiDupes - blogger)

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent (PCF) - (source: PaSiDupes - blogger)

Législatives : Pierre Laurent ne « comprend pas le silence » de Jean-Luc Mélenchon aux appels du PCF

Décidément, les relations entre le Parti communiste français (PCF) et la France insoumise sont bien compliquées depuis des mois, même si le PCF a soutenu Jean-Luc Mélenchon durant la présidentielle. Si ce dernier n’a pour l’instant pas donné de consigne de vote pour le second tour, ce qui déplaît au PS, Pierre Laurent et les communistes appellent eux à "barrer la route" à Marine Le Pen en "utilisant le seul bulletin qui lui sera malheureusement opposé", celui d’Emmanuel Macron.

Lors d’une conférence de presse, ce mardi 25 avril, Pierre Laurent a affiché ses divergences avec la France insoumise sur une autre question : les législatives, prévues les 11 et 18 juin. Le secrétaire national du PCF s’est en effet inquiété du "temps qui presse" à propos d’un éventuel accord entre le PCF et le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Il a déclaré :

« Je lance un appel, notamment à la France insoumise, dont je ne comprends pas le silence à nos appels depuis dimanche, pour une discussion commune sur les législatives, mais aussi à toutes les forces de gauche qui sont prêtes à s'en saisir. »

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Législatives : Pierre Laurent ne "comprend pas le silence" de Jean-Luc Mélenchon aux appels du PCF - Le Lab Europe 1

 

 

Législatives : Pierre Laurent ne "comprend pas le silence" de Jean-Luc Mélenchon aux appels du PCF - Le Lab Europe 1

Julien Chabrout Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Décidément, les relations entre le Parti communiste français (PCF) et la France insoumise sont bien compliquées depuis des mois, même si le PCF a sou...

 

http://lelab.europe1.fr/legislatives-pierre-laurent-ne-co

Que faire ?

 

Publié le 25 Avril 2017

« Il faut que tout change

pour que rien ne change »

« Le Guépard »

 

Giuseppe Tomasi di Lampedusa

 

Que faire ?

Peut-on combattre le pire du 20e siècle avec ce qu'il y a eu de pire du 19e, avec pour espoir d'inscrire une perspective novatrice dans le 21e ?

 

Après le résultat du premier tour de l'élection présidentielle, c'est en substance la question de fond qui frappe de plein fouet celles et ceux qui persistent à se battre pour des lendemains qui chantent.

 

Il est nécessaire de partir d'un premier constat qui, s'il était évacué, interdirait toute réflexion cohérente et toute possibilité de construction sauf à reprendre les chemins de l'ornière dont il faut s'extirper.

 

L'idée de rassemblement autour d'une nébuleuse pilotée d'abord en force puis par consentement tacite par la social-démocratie est d'une part arrivée au bout de sa logique de refus de la transformation radicale de la société voulue par ses promoteurs et d'autre part désertifie l'espace sur lequel peut se construire la riposte. 

 

Les dégâts sont immenses et vont au-delà du simple résultat des élections : Ce demi-siècle de pratiques politiques a cautionné les reculs sociaux, justifié la casse industrielle, organisé la spoliation du pays de ses leviers économique, travaillé en profondeur le renoncement à la souveraineté populaire pour permettre au capital d'installer son talon de fer.

 

Alors que le socle social progressiste contemporain de notre pays s'est bâti dans la lutte contre le capital et son bras séculier le fascisme, la défaite cuisante que le mouvement populaire lui a infligé en 1945,  la SFIO relookée PS, poisson pilote du capital, pour permettre au libéralisme débridé de reprendre la main, n'a eu de cesse de cultiver un repoussoir issue de la pensée fasciste des miradors du 3e Reich articulée sur les vieux réflexes pétainistes. C'est sa responsabilité historique. Il faudra bien que le mouvement populaire la lui fasse assumer.

 

Aujourd'hui, pour reconstruire, il faut rassembler toutes les forces clairement décidées à s'en prendre à la fois au capital et à son bras séculier le plus violent, le fascisme.

 

Depuis dimanche soir, tous les liberticides, qui d'état d'urgence en répression des syndicalistes, de chasses au faciès en garde à vue de journalistes, de piquets de grève matraqués et embarqués en jeunes violentés dans les citées ou flashballisés devant les lycées, nous montent une chorale appelant à contrer le monstre qu'ils ont enfanté et choyé et qui pourrait à la marge venir les mordiller. 

 

Pour Gattaz  faire cause commune avec Berger, l'extase.

 

Voir Hue jouer à la crapette avec  Estrosi met la bourse en epectase.

 

Pour les jetés de Wihrpool, les polemploïsiés de GS&M , les suicidables des services publics, quel horizon avec Macron, quel avenir avec Le Pen ? 

 

Un ton comminatoire, culpabilisant, pour faire oublier la loi travail, les coups portés à la protection sociale ayant poursuivi sous Ayrault et Valls le travail de Fillon que jamais la haine n'a et pour cause condamné met chacun en demeure de se rendre ou d'être complice des fascistes. 

 

Obscène façon de se dédouaner, tous, ayant apporté duvets et brindilles permettant au f-haine d'installer son nid et d'importer ses hordes de vautours gardées par leur Hyènes.

 

Pas question à ce moment pour Canaille le Rouge de donner un quelconque conseil. De quel droit aurait-il plus de science et sapience que ceux à qui et par quelle unité de mesure de "l'honnoriscosabilité" politique pourrait-il énoncer ses oracles ? 

 

Demander de soutenir l'héritier de Thiers pour combattre les enfants de Pétain ? Vous trouveriez cela pertinent ? 

 

Les jours qui viennent pourront faire bouger les lignes de vos, nos réflexions. Pour caler le fond et préserver l'avenir, pour chasser le fascisme lové dans le giron du f-haine, garder la boussole de l'analyse de classe est seule pertinente pour dégager l'avenir.

 

Sauf à attirer sur un récif mortel, la bouée Macron est plus une sirène à faire des Titanic qu'un auxiliaire efficace de navigation.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Le légitimisme nous a « tuer »

 

25 Avril 2017
 

Le « stalinisme » qu’il faudra  bien interroger un jour c’est celui qui a poussé des millions de gens à s’aligner sur des directions qui visiblement les menaient dans un sens contraire à ce qui les avait poussé à s’engager et à tout sacrifier à cet engagement.

 

Henri Alleg a décrit cette scène extraordinaire dans laquelle le parti communiste d’Union soviétique a été dissous par ses dirigeants qui se sont pour certains partagé le dépeçage de l’Union soviétique et de l’Etat socialiste. Il y avait, dit-il, 2000 délégués. 1800 d’entre eux n’étaient pas d’accord mais ils attendaient un ordre, les 200 aurtres étaient en train de commencer le pillage.

 

Personnellement je crois que cette scène renouvelle ce que j’appelle une « destalinisation ratée », celle du rapport khrouchtchev.

 

Le personnage et le groupe qui lance cette opération est l’un de ceux qui est le plus mouillé dans les crimes qu’il prétend dénoncer, il s’agit pour lui et sa faction de s’assurer le pouvoir et il va faire un rapport qui met tout sur le dos d’une personnalité Staline, de la peur qu’il inspire et du culte qui s’était instauré autour de lui et il peut le faire parce qu’il commence effectivement une répression ouvrière et qu’il bénéficie comme plus tard Eltsine et Gorbatchev de la sympathie intéressée du monde capitaliste, de ses idéologues autant que de la crise du PCUS.

 

Tout cela mérite d’être analysé en particulier en mettant à jour la profonde saignée qu’a subi ce parti durant la guerre civile comme durant la deuxième guerre mondiale, les conditions de la construction du premier Etat socialiste. C’est sur cela que je voudrais travailler et que j’ai commencé à le faire. de nombreux travaux existent dans le monde entier, en particulier dans les ex-pays socialistes  comme en Chine où les raisons de la chute de l’URSS sont étudiées avec des moyens importants.

 

Nous allons Marianne et moi présenter un premier rapport sur la situation française et les effets de cette déstalinisation ratée y compris aujourd’hui où l’on assite au paradoxe d’une gauche qui a complètement abandonné la classe ouvrière et les couches populaires, celles-ci se réfugiant dans l’abandon ou pour un minorité tenté par la dénonciation de la mondialisation plutôt que du capitalisme sous une forme raciste, xénophobe et fasciste, un mouvement que l’on constate partout et qui tente de s’imposer alors que les français n’en veulent pas. Cette situation depuis plus de vingt ans assure la domination du capital, parce que le parti communiste a renoncé à son rôle. Nous allons tenter d’une part de montrer la France sous un autre jour alors que les Russes sont convaincus que nous sommes complètement vassalisés à l’OTAN et aux Etats-Unis et que la seule force de résitance est la force pour eux simplement conservatrice de Marine le pen. Il s’agit d’une réunion académique dont nous souhaiterions des prolongements  dans des rencontres des échanges indispensables.

 

Il nous faut en effet soulever la chape de plomb  que constitue cette histoire non élucidée et que les communistes ont accepté d’analyser comme le voulait la bourgeoisie ou à travers certaines haines trotskistes seulement. Il ne s’agit pas de réhabilitation mais d’avoir le courage de voir notre passé du point de vue de la construction nécessaire d’une société socialiste, la vraie, celle ou non seulement sera remise en cause la propriété des grands moyens de production, mais aussi une nouvelle relation émancipatrice entre les individus et la société.

 

Nous avons en effet accompli le paradoxe de conserver un légitimisme absurde tout en acceptant les tendances qui nous divisent, nous épuisent, le légitimisme devient alors le moyen de scléroser les tendances derrière des compromis de sommet dans les couloirs pendant que l’on jette les militants sur celui qui ose poser une question. C’est le fonctionnement de la social démocratie qui l’a conduite là où elle est, à cette rupture totale avec les couches populaires. Nous acceptons un légitimisme pour ne pas discuter de choix qui détruisent l’organisation mettent à mal la formation des militants. Nous acceptons aujourd’hui les alternatives absurdes dans lesquelles on prétend nous enfermer entre appeler à voter macron ou faire élire le front national. le véritable problème n’est-il pas de nous appuyer sur ce vote de classe qu’à commencé à dessiner le vote de Melenchon pour commencer une véritable campagne contre le fascisme et ceux qui nous y conduisent, pour éliminer enfin ceux qui tentent de créer des passerelles racistes et faussement patriotiques entre eux et nous.

 

Notre ultime chance est d’avoir un Congrès dont les buts et les moyens soient clairement définis et où les procès d’intention ne tiennent pas lieu de moteur. En aurons nous le courage? Pourtant c’est urgent, Mélenchon a fait une très bonne campagne et la principale réussite me parait celle d’avoir enfin entraîné un vote de classe (on le perçoit bien dans une ville comme Marseille où il arrive en tête face à Le pen et où Macron ne touche pas sa bille), le vote suit exactement les contours du vote communiste de toujours de sa dimension de classe…OUi mais je n’ai pas changé sur mes réticences à une candidature de ce type au lieu d’une candidature communiste, comme je n’ai pas changé sur l’absurdité des primaires et ce qu’il est advenu du PS le prouve, une candidature unique issue de ces primaires aurait entraîné encore plus de dérives vers le vote Macron. L’unité se construit et l’existence d’un parti communiste ancré dans sa dimension de classe est la seule garantie du rassemblement. Même si Melenchon a été le moins pire de ce qui pouvait se faire faute de l’existence de ce parti.   Allons nous accepter que ce vote de classe ne trouve pas son parti, celui qui correspond à ses aspirations, il y a des tas de possiblités de dévoiement de ce réveil, le rassemblement, l’alliance ou les petites querelles derrière des chefs aux dents longues… Oui nous avons besoin d’un parti communiste digne de ce nom pour que l’espérance devienne réalité au-delà du simple vote, dans la capacité à créer des solidarités au quotidien et des formations.  Un chantier s’ouvre devant nous avec ses étapes, un grand premier mai, les législatives qui peuvent être une avancée ou le pire des reculs… Mais aussi la construction d’une organisation dont nous avons besoin et qui ne pourra jamais faire table rase de l’expérience et de la réflexion sur cette expérience.

 

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25 avril 2017
André Tosel, un intellectuel en phase avec ses idées...

"Militant communiste dans les années 1970, membre de la direction du PCF dans les Alpes-Maritimes, son honnêteté intellectuelle, ses interrogations, toujours et encore, l’amènent à s’éloigner de son parti dans les années 1980. A-t-il, pour autant, cessé d’être communiste ? Non ! Toujours engagé – il a été vice-président de l’université de Nice –, il n’a eu de cesse de défendre l’enseignement supérieur contre les attaques gouvernementales, n’oubliant jamais les droits des étudiants et ceux des personnels ouvriers, techniques et de service – les Atos, comme on les appelait alors –, tout en continuant ses travaux philosophiques. En somme, un intellectuel en phase avec ses idées, en toute conscience..."

Reprenons cette présentation de la vie et de l'oeuvre de André Tosel...

Michel Peyret


André Tosel, ou l’action avec Marx, Spinoza et Gramsci

 

Pierre Barbancey et Pierre Chaillan présentent André Tosel

Le philosophe marxiste, ancien professeur de l’université de Nice, ancien directeur du Centre d’histoire de pensée moderne de Paris-I, est décédé à l’âge de 75 ans.

Né le 15 juin 1941 à Nice (Alpes-Maritimes), André Tosel reçoit une éducation catholique. Après deux années en classe préparatoire au lycée Masséna à Nice et une année en khâgne au lycée Louis-le-Grand à Paris, il est admis au concours de l’École normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm, en 1961. Engagé depuis son entrée à l’Union nationale des étudiants de France (Unef), où la jeunesse étudiante chrétienne (JEC) joue un rôle important, il participe aux luttes pour la paix en Algérie. Inscrit pour préparer une licence de philosophie et un diplôme d’études supérieures sur Spinoza, il suit l’enseignement de Louis Althusser.

Influencé par ce dernier, il se rapproche des maoïstes. Comme l’indique l’historien Jacques Girault dans sa notice du Maitron : « Il conserve de ces années l’objectif essentiel de vouloir trouver par la recherche théorique les conditions d’élaboration d’une stratégie politique. » Reçu à l’agrégation en 1965, il est nommé au lycée de jeunes filles de Nice en 1966. Le professeur de philosophie, maintenant éloigné des milieux catholiques, adhère au Syndicat national des enseignements de second degré, dans lequel il est proche de la tendance « école émancipée ». Militant d’un groupe « pro-Chinois », il participe aux actions du Comité Vietnam.

À partir de 1967, recruté à la faculté des lettres de Nice, il vit le mouvement de Mai 68 dans l’enseignement supérieur. Les errances de la Chine le font douter. Il découvre la pensée d’Antonio Gramsci au début des années 1970. Assistant, puis maître de conférences au département de philosophie de l’université de Nice, militant du Snesup (1967-2003), secrétaire de la section syndicale de Nice-Lettres de 1970 à 1980, il est élu au Comité national des universités de 1971 à 1975.

De 1981 à 1988, il devient le vice-président de l’université. Ces années voient sa participation au tome 3 de la Pléiade sur l’histoire de la philosophie (1974), son approfondissement des analyses de Gramsci (ouvrage éponyme aux Éditions sociales) puis, plus tard, de nombreux articles écrits dans le Dictionnaire critique du marxisme (sous la direction de Georges Labica, PUF, 1982).

Dans les milieux de la recherche marxiste, il joue un rôle actif dans les réflexions théoriques et collabore au Centre d’études et de recherches marxistes. Refusant les approches de la « gauche non communiste », André Tosel adhère au Parti communiste fin 1973. Pendant cette période, son activité de chercheur connaît un nouvel élan. Spécialiste de Gramsci et du marxisme, André Tosel s’impose aussi par une lecture de Spinoza et de Kant. Il favorise dans son approche les contacts avec l’Italie et les spécialistes, comme lui, de la philosophie politique et de la rationalité moderne.  

La philosophie, avant tout une façon de vivre

Contrairement à certaines personnalités, l’homme Tosel ne se cache pas derrière le philosophe. Il est un ! La philosophie n’est pas seulement une passion ou une manière de réfléchir les choses et les autres. C’est avant tout une façon de vivre. Parce qu’il est marxiste, serait-on tenté d’écrire. Parce qu’il est gramscien, pourrait-on rappeler. Après tout, la « philosophie de la praxis » du communiste sarde n’a-t-elle pas attiré un André Tosel toujours dans l’interrogation historique, prise au sens du groupe social mais également dans son acception individuelle ?

Militant communiste dans les années 1970, membre de la direction du PCF dans les Alpes-Maritimes, son honnêteté intellectuelle, ses interrogations, toujours et encore, l’amènent à s’éloigner de son parti dans les années 1980. A-t-il, pour autant, cessé d’être communiste ? Non ! Toujours engagé – il a été vice-président de l’université de Nice –, il n’a eu de cesse de défendre l’enseignement supérieur contre les attaques gouvernementales, n’oubliant jamais les droits des étudiants et ceux des personnels ouvriers, techniques et de service – les Atos, comme on les appelait alors –, tout en continuant ses travaux philosophiques.

En somme, un intellectuel en phase avec ses idées, en toute conscience. « Il est vrai que, du fond de ma province inculte, je n’ai pas eu accès en ces années de formation (1951-1961) au meilleur de la philosophie de l’époque – Nice, avec sa direction politique localiste et affairiste, avec son tout-tourisme, avec son indifférence à la culture, avec son irréductible vocation historique de droite et d’extrême droite, ne brillait ni par le souci de l’esprit, ni par l’accueil des humains les plus pauvres ; et sa lumière en la matière est toujours un lumignon. » Voilà ce qu’il disait à Gianfranco Rebucini (à retrouver sur revueperiode.net).

En 2012, de retour à Nice après une fin de carrière passée à l’université de Franche-Comté, à Besançon, il retrouve le PCF via le Front de gauche. Dans cette ville qui l’a vu naître, il multiplie les conférences et les débats, collabore au Patriote Côte d’Azur. Il venait d’être élu président de l’association les Amis de la Liberté, dont les activités et la pluralité des sujets traités ne pouvaient que l’enthousiasmer.

Dans les deux dernières décennies, toujours en alerte sur le monde qui nous entoure, il publie de nombreux ouvrages et analyses sur la mondialisation, collabore à Actuel Marx, la Pensée et l’Humanité et poursuit ses travaux sur Gramsci (éditions Kimé). Hier matin, fatigué, il s’est assis sur un banc, dans son jardin. Et il s’en est allé avec la discrétion qui l’a toujours caractérisé. La marque des hommes intègres.

Article paru dans l’Humanité

De nombreux textes d’André Tosel sont accessibles sur notre site.




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Posté par Michel Peyret

Pas un pour sauver l’autre…

 

24 Avril 2017
 

Y a un mec sur BMTV qui vient jouer le porte parole de Macron et qui explique que la Brasserie de la rotonde c’est pour les économiquements faibles en quelque sorte, les chauffeurs, les secrétaires que l’on veut remercier, d’ailleurs le menu est « seulement » à 45 euros… on appréciera !!!

 

Quand je pense que Marianne est en train de nous concocter un voyage à Saint Petesbourg puis à Kazan et dans le Caucase dont elle a le secret: on dépasse pas 25 euros par jour, on loge dans des squatts ou dans des maisons éventrées, des hôtels dont la literie date de l’UNion soviétique et on prend des moyens de transport les plus improbables le tout à 80 ans pour la CAUSE…

 

Et encore je suis une privilégiée, je connais des tas de gens qui se crèvent toute une journée dans des travaux pénibles au black pour moins que ça, beaucoup moins… Ces gens sont snobs, incroyablement snobs…

 

Heureusement cinq minutes après quand j’entends Marine le Pen et sa préférence nationale j’ai envie de la massacrer, ça équilibre un peu le côté tête à claque de Macron et de ses partisans.

 

Parce que dites moi ce que vous pensez de ça ?

 

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L’Obs avec Vincent Jauvert, journaliste à l’Obs. toute honte bue, imagine la main de Moscou dans suivez mon regard…

 

Entre nous si ce sont les Russes qui ont bidouillés ces résultats, ce sont de gros nuls, tandis que la CIA visiblement avec Macron elle n’a pas perdu la main… Mais l’évidence ne suffit pas à ce mytho de Serge Raffy et au Nouvel OBS… 

 

3 h 

 

Payé

Les services de propagande du Kremlin sont sur les rangs

Le Kremlin va-t-il laisser perdre Le Pen sans intervenir ? Sûrement pas

 

TEMPSREEL.NOUVELOBS.COM

 

Remarquez on peut toujours se consoler en se disant que c’est le Nouvel Obs. Il y a pire c’est quand le secrétaire du PCF recourt à l’instar de Clémentine Autain au même genre d’argument…

 

Mais où va la direction du PCF ?

 

24 Avril 2017

Je me demande si quelqu’un se rend compte à quel point Macron est le candidat idéal pour le FN, la caricature d’une « élite » irresponsable, il ne représente même pas 25% de l’électorat (elle non plus) et il est évident qu’elle peut rejouer le numéro de Trump…

 

Cette joie des médias et du candidat people est indécente, et je comprends la gravité qui s’est emparé de nous. Alors que nous pourrions nous réjouir des scores de Mélenchon (à Marseille il est en tête), sur le fait qu’il a commencé à mordre sur un électorat populaire et que nous pouvons sur ces bases là mener une bonne campagne des législatives, la déclaration de Pierre laurent trop préoccupé de ses alliances avec un PS en décomposition et pas assez des couches populaires dit n’importe quoi dans un langage hérité du temps de la gauche plurielle… Est-ce qu’on se rend bien compte de l’opportunité offerte par un premier mai de lutte, par cette campagne des législatives et la tonalité que nous devons donner à cette bataille?

 

Que faire quand le secrétaire du PCF se retrouve au niveau politique d’une Clémentine Autain et est incapapble de dire autre chose pour mettre en garde contre le FN que de dénoncer  sa position anti-européenne ou ses sympathies pour Poutine.  Tout cela pour coller à la roue d’un Hamon dans la débâcle et un PS qui a décidé depuis pas mal de temps de suivre le cac 40 et les alliances transatlantique. Macron n’a qu’un petit quart de l’électorat et moins que Hollande en 2012 et il est même en rupture avec le reste de l’électorat autant que Marine le pen et ils ont aussi peu de députés pour une majorité.

 

Mais Si Macron n’est pas le vainqueur que l’on croit en revanche le Cac40 ce matin s’est envolé et les commentateurs ont crié leur joie « l’Europe respire dit une site financier et voici la suite:

 

Le scénario d’un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen pour la présidence française étant écarté, les places financières peuvent souffler. Les indicateurs avancés européens pointent en vive hausse ce matin. Les banques ont pu fermer les cellules de crise qu’elles avaient mises en place au cas où il aurait fallu vendre à tour de bras dès l’aube. Une sorte d’euphorie inverse s’est installée. Macron est « presque président », comme l’écrit ce matin l’économiste d’Oddo Bruno Cavalier, car l’issue finale dépend de plusieurs paramètres « qui jouent au détriment de Marine Le Pen ». Mais le spécialiste, comme nombre de ses confrères, se projette déjà sur les législatives, car l’explosion du paysage politique français rendra difficile l’émergence d’une majorité pour gouverner.

 

La véritable chance de Macron, le seul candidat qui s’est déclaré ouvertement en faveur du traité transantlantique est ce que représente son adversaire, mais là il faut bien mesurer ce sur quoi il faut mener campagne, c’est certainement pas Poutine et les ambiguités de notre gouvernement sur Daech. Le parti communiste doit s’adresser aux travailleurs sur des bases de classe pas sur les fantasmes atlantistes du PS. Et le secretaire du PCF est incapable de faire vibrer au positif cette dimension de classe à la fois pour battre marine Le pen  et pour préparer une campagne des législatives digne de ce nom.

 

Au risque de me retrouver en porte à faux je n’ai pas envie de diviser les communistes et les progressistes entre ceux qui voteront et ceux qui refusent d’alimenter la stratégie des pouvoirs qui nous créent une marionnette pour nous imposer leur politique dont personne ne veut. Mais je suis stupéfaite le mot est faible de voir le secrétaire du PCF faire un tel cadeau au FN que de lui laisser les préoccupations des couches populaires. Allons nous être en train de soutenir sans condition sous prétexte de « faire barrage au FN parce qu’il est l’allié de Poutine » alors que nous lui laissons le bénéfice de réclamer la fin de la loi Khomery, la retraite à 60 ans, un protectionnisme face aux délocalisation… etc… N’avons-nous rien d’autre à dire pour mener le combat qui est le nôtre? Mélenchon dans sa campagne est allé nettement plus loin et son score est remarquable, il rejoint celui d’un certain jacques Duclos confronté à deux candidats dont le peuple français n’avait rien à attendre….Et il a eu l’intelligence stratégique de ne pas diviser son propre camp en prétendant soutenir sans réflexion collective un Macron…

 

Jusqu’où accepterons-nous des directions dont on découvre à quel point elles détruises le PCF de l’intérieur et ont été les alliés d’un PS lui même complétement inféodé. ?

 

Danielle Bleitrach


Commentaire de B.T : Comment expliquer ces positions, comment discerner une stratégie ?? Lâcheté, état de dépendance, médiocrité, bas de plafond ou tout cela à la fois. Y a t'il un pilote dans l'avion. Avec un tel équipage c'est le crash assuré. Je suis dubitatif. Mais ne veulent-ils pas en finir dans un scénario à l'italienne. OUI le poisson pourrit TOUJOURS par la tête. J'avais prédit au secrétaire fédéral Gironde, il a plus de 2 ans, qu'il risquait d'être celui qui fermerait la porte derrière lui. J'espérais me tromper mais n'est-il pas un train de réaliser l'exploit, Peut-être était-ce sa mission ?? A lui de me faire mentir. Incapable de penser l'échec d'une stratègie, mais y-en a t'il une ? on peut en douter. La première qualité d'un dirigeant est d'associer, autant que faire se peut, les communistes aux mécanismes de prises de décisions. Mais là on ne peu que constater que c'est le cadet de ses soucis, rien à battre des péquenots "d'en bas". Franchement mais pour qui roule cette nomenklatura la question fini par se poser.

Résultats du 23 avril : Déclaration de Michèle Picard, maire PCF de Vénissieux

 

23 Avril 2017 , Rédigé par Le Vénissian

 

DÉCLARATION

Premier tour Présidentielle 2017

Le 23 avril 2017

 

Indécis, désorientés, résignés, jamais les Français n’ont montré autant de doutes, voire de défiance, au cours d’une campagne présidentielle. Le climat délétère et pollué qui règne depuis des mois a parasité et occulté le débat de fond que les électeurs étaient en droit d’attendre. Il a alimenté la confusion, les amalgames et contribué également au ras-le-bol d’une partie des Français, qui se réfugient, élection après élection, dans l’abstention et le rejet des partis politiques.

 

Des problèmes de fond et des choix cruciaux ne manquaient pourtant pas. Comment mettre fin aux politiques d’austérité que l’Europe libérale et le précédent gouvernement ont imposé au peuple français et aux collectivités territoriales ? Comment relancer l’emploi, lutter contre la précarité grandissante et redonner du pouvoir d’achat à l’ensemble des salariés ? C’est à ces questions concrètes, auxquelles on peut ajouter l’accès à la santé, au logement, à l’éducation de nos enfants, que les Français attendent des réponses fermes et porteuses d’espoir. Ils ne croient plus aux promesses, mais veulent des actes et des mesures à la hauteur de l’urgence sociale actuelle.

 

La campagne présidentielle ne leur en a malheureusement pas fourni l’occasion.

 

A Vénissieux, Jean-Luc Mélenchon arrive largement en tête. Les électeurs ont ainsi clairement exprimé leur choix d’une gauche qui porte les exigences d’une société plus juste. Il est également à noter, que, contrairement au niveau national, le FN ne progresse pas sur la ville.

 

Lors du second tour, les Français auront le choix entre la politique xénophobe, discriminatoire et réactionnaire de Marine Le Pen et du Front National d’un côté, une politique inqualifiable et inimaginable, et le libéralisme d’Emmanuel Macron, à la solde de l’Europe et de la finance, de l’autre. Les Français, le monde du travail et tous les progressistes vont donc devoir se rassembler et se battre pour défendre les acquis sociaux et construire un nouveau pacte social, solidaire et juste. Dans ce cadre de luttes à venir, l’heure de la reconstruction d’une gauche de combat, une gauche authentique, fière de ses valeurs et de son histoire, a plus que jamais sonné.

 

23 avril 2017

Collectif communiste Polex - Débat public – « Libertés de circulation et capitalisme mondialisé » - Samedi 13 mai


 

Débat public organisé par le  Collectif communiste Polex

Samedi 13 mai 2017

de 14 h 30 à 17 h

 Espace Maymana, 8 rue Raspail             

Saint Ouen

Métro Garibaldi, ligne 13

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LIBERTÉS DE CIRCULATION

"des capitaux,des marchandises, des services, et des hommes"(selon l'Union Européenne )

et CAPITALISME MONDIALISÉ

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Intervenants en introduction au débat:

        Un représentant du Collectif Polex

        Monika Karbowska,militante polonaise

     Vladimir Caller, directeur du Drapeau rouge( Belgique )

     Bruno Drweski, enseignant-chercheur, ARAC

    Charles Hoareau, CGT 13, ancien dirigeant des comités CGT des chômeurs

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17h a 19h30: centenaire de la Révolution Soviétique

Un film évocation de 1928, accompagné par un pianiste russe:

DZIGA VERTOV, la onzième année

Exploités et dominés, pas une voix de plus pour le front national !

 

PUBLIÉ LE 
Militant, adjoint à la culture de la ville d'Avion et membre de la direction départementale du PCF (62)

 

contrepetrie-marine-le-penAprès une longue journée d’attente, les résultats sont tombés très vite. Macron en tête et le fascisme en embuscade. Autant dire que le scénario de la bourgeoisie s’est déroulé sans embûches. Une fois de plus, le fascisme joue parfaitement son rôle en permettant au candidat de l’oligarchie d’être élu. Je crois que les choses ne sont pas tellement plus compliquées que cela. La ficelle est maintenant connue, elle est tirée à chaque fois et elle permet aux puissants de continuer leurs sales besognes pour leurs seuls intérêts particuliers. L’OTAN vivra, l’Europe continuera d’étrangler toujours un peu plus les travailleurs, la dérégulation et la casse des conquis salariaux permettront de contrecarrer encore pour quelques temps la baisse tendancielle du taux de profit. Pour un moment encore … Quand ils n’auront plus le choix, ils utiliseront le fascisme et ainsi recréeront de l’ordre, le leur.

Il va sans dire que Macron, de par son parcours et son identité peut être la dernière tentative de chantage au fascisme. Son futur quinquennat, s’il était élu, ne serait pas pire que celui qui s’achève, pas meilleur non plus mais la colère populaire prend une telle envergure que tout cela pourrait finir dramatiquement. Preuve en-est de cette colère, la claque historique des deux candidats du bloc central, PS et Républicains. Un cycle semble s’éteindre doucement mais durement. La difficulté dans un tel contexte consistera à faire vivre avec force et rassemblement l’alternative progressiste. On peut accuser Hamon d’avoir fait perdre Mélenchon sur la dernière marche, la réalité est que Mélenchon nous fait perdre lui-même. Même s’il a mené une remarquable campagne, qu’il a su trouver les mots justes pour incarner notre espoir de paix, qu’il a su insuffler une vision enthousiasmante pour l’avenir, il a cruellement manqué de sens du rassemblement. Ses invectives en direction des communistes et de tout ceux qui ne graviteraient pas par nature autour de lui et de son projet, nous qui n’avons jamais pu trouver grâce à ses yeux. C’est une faute tactique qui lui coûte le triomphe auquel il aspirait sincèrement si l’on en juge par sa mine déconfite hier soir lors de son discours.

Les choses sont ainsi faites et il ne servirait à rien de tourner le couteau encore un peu plus dans la plaie. Par rapport à 2012, Mélenchon va tout de même chercher 3 millions de voix supplémentaires quand Le Pen en arrache 1,6 millions en plus. Alors même que l’instrumentalisation médiatique, les attentats, ont joué à plein tube le refrain de la peur et du besoin de sécurité et d’ordre. En réalité, Le Pen fait un mauvais score hier soir même si ce dernier lui permet d’accéder au second tour. Elle était annoncée à 28 % je le rappelle. Il y a fort à parier d’ailleurs que d’importantes dissensions internes naîtront rapidement dans leurs rangs. La stratégie Le Pen/Philippot va commencer à poser problème pour certains et c’est tant mieux. Les problèmes judiciaires ne risquent pas d’arranger leurs affaires non plus.

Alors, je lis et j’entends le traditionnel peste ou choléra. Effectivement, on retrouve une fois de plus au second tour d’un scrutin les deux faces d’une même pièce : le fascisme et son terreau, le libéralisme des puissants et son outil de maintien. Pour autant c’est très clair pour moi comme cela peut l’être pour tous les communistes. On ne tergiverse pas avec l’extrême-droite, jamais ! Macron est un multimillionnaire sous perfusion des puissants c’est vrai. Macron est une bulle insipide qui vogue selon les vents, c’est vrai aussi. Mais les personnages comme Macron, on les pratique depuis toujours et on sait qu’on peut les combattre, qu’on peut les mettre en difficulté. On sait vers quoi ils veulent toujours tendre. Avons-nous les mêmes certitudes avec les fascistes ? Bien entendu que non. Le Pen présidente, c’est le risque de la terreur pour la classe ouvrière et plus encore pour celles et ceux qui se battent, malgré toutes les difficultés, pour défendre ses intérêts de classe.

Soyons d’une clarté exemplaire, pas une voix supplémentaire pour le front national ! Pas une caution populaire de plus pour nos ennemis de classe les plus violents et redoutables. Avec les 7 millions de voix engrangées par Mélenchon, nous avons là une force qui peut nous permettre d’ériger demain un rapport de force face au président banquier Macron. Ce qui va compter, c’est d’envoyer un maximum de députés du peuple à l’Assemblée Nationale. Et plus encore, ce qui sera la mère des batailles, c’est de nous armer dans nos lieux de travail, dans nos partis et syndicats, dans la rue pour faire plier la volonté de fer des puissants. On travaille donc à ne pas permettre aux fascistes de prendre le pouvoir et on se prépare à la lutte déterminée et rassembleuse. Voilà, je crois, le plan de travail que nous devons nous fixer pour les semaines et mois à venir.

G.S

L’escamoteur et ceux qui l’utilisent…

 

24 Avril 2017

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Bernard Siegler avait dit en décembre 2015 : le FN est un escamoteur, je lui ai répondui :

 

« 12 DÉC
Lui est un « escamoteur » comme tous les fascismes, mais que dire de ceux qui utilisent sciemment ce dévoiement pour n’avoir pas de comptes à rendre sur leur politique, sur leur volonté réactionnaire d’interdire le changement nécessaire? Que dire de ceux qui aujourd’hui nous habituent à ne plus voter que POUR ou contre le FN? Faut-il vraiment rentrer dans leurs manœuvres? »

 

Danielle Bleitrach

Ce qui nous a manqué et ce que nous devons construire

 

24 Avril 2017

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Une vieille histoire, une force qui vient de loin et dont il ne faut pas oublier les leçons

 

Quelques démonstrations importantes viennent d’être faites par ce scrutin:

 

Le fascisme a prouvé à quoi il servait à jouer les éclaireurs et les repoussoirs. Il est depuis plus de vingt ans destiné à obtenir du peuple français qu’il vote pour le candidat de l’OTAN, des traités transatlantique, de la loi El Khomry plus récemment, ce dont la majorité de notre peuple ne veut pas mais qu’on l’invite  à accepter parce qu’autrement il serait coupable de l’instauration du dit fascisme selon, les promoteurs du dit piège. Ce petit jeu que l’on nous joue depuis plus de vingt ans, personne n’en veut plus et la preuve en est la formidable raclée que les deux protagonistes du système ont pris, le PS et les Républicains. Ils en sont désormais à nous inventer un pur produit de marketing qu’ils feront élire sous prétexte de l’alternative fasciste. Nous n’avons pas intérêt à rester dans ce piège et nous devons le dénoncer mais en laissant libre les électeurs sans pour autant appeler à l’abstention: faire une analyse politique claire de la situation et laisser le choix Le slogan approprié serait par exemple : Pas une voix pour le Front National, pour le reste que chacun juge en son âme et conscience. Mais notre analyse peut et doit éclairer les consciences sur la nature du piège et pourquoi nous n’avons pas pu l’éviter même si nous avons avancé …

 

Parce que le jeu du repoussoir tire à sa fin au point de nous inventer un leurre qui va être élu président malgré nous, sa politique qui est la simple poursuite de celle battue par les Français, celle de sarkozy et Hollande va provoquer de plus en plus de colère et si celle-ci demeure impuissante ou divisée comme elle l’est aujourd’hui, le capital finira bien par choisir le fascisme, l’exemple de Trump est là pour nous alerter . Le moins que l’on puisse dire est que nous n’avons pas eu la force nécessaire, même si la magnifique campagne de Mélenchon a pu nous entretenir dans l’illusion d’un hypothétique présence au deuxième tour, celle-ci était impossible sans l’union. En effet, l’élan rhétorique de Mélenchon qui parfois touchait si juste dans notre aspiration à la paix et à la justice de notre pays qu’il nous masquait la profonde division qui était la notre et qui est le principal obstacle à surmonter. L’union pas pour l’union, mais bien le rassemblement, celle qui faisait dire à nos grands parents, l’union à la base toujours, l’union à la base et au sommet quelquefois, l’union seulement au sommet jamais. Déjà nous dénoncions les combinaisons d’appareil comme une fausse union, celle derrière le PS que nous imposait cette constitution liberticide et notre propre faiblesse.  Pourtant  nous n’avons cessé y compris avec Mélenchon  et le Front de gauche de rechercher les combinaisons d’appareil, avec les verts, avec les frondeurs, mais peu à peu une autre conception est en train de surgir.

 

Il faut aller plus loin, pas dans la peur des organisations et des partis, mais dans l’exigence d’autres partis et d’autres organisations. Il faut que ces partis et ces organisations soient capables de faire bouger les principales victimes en leur présentant une issue crédible. Un parti certes capable de faire face aux échéances électorales, mais capable surtout de créer la vie politique en dehors de ces échéances.

 

D’abord parce que pour les exploités ce sont tous les jours qui comptent, l’apprentissage de la résistance autant que la solidarité, la confiance s’acquiert avec le temps, la présence au quotidien. Là encore il est bon de se rappeler les principes, dans une élection nous utilisons le terrain tel qu’il est, donc ce terrain doit être préparé et ne pas être laissé en jachère entre deux élections. Un parti communiste digne de ce nom doit plonger ses racine dans la vie quotidienne sur les lieux de travail plus encore que dans les lieux de résidence. Ceux qui ont mené « la mutation » et qui ont eu à coeur de détruire ce tissu savaient ce qu’ils faisaient et la manière dont ils nuisaient à nos combats. Tout a été fait depus plus de vingt ans pour priver les peuples des moyens de se rassembler pour se défendre et ce moment électoral intense que nous venons de vivre a montré cette carence, le danger de voir sans cesse surgir des combats de petits chefs autour de leader charismatiques le temps d’une élection.

 

Ce qui c’est joué et qu’il ne faut pas sous estimer à savoir le renvoi des deux principaux partis qui sclérosaient la vie politique est le fruit du grand mouvement qui l’an dernier à secoué notre pays contre le démantèlement du code du travail, déjà à cette époque c’est dans le cadre de l’Europe, la corruption et la désunion syndicale qui a été l’arme du capital comme elle l’est aujourd’hui sur le plan politique.

 

L’Europe telle qu’elle est s’avère à la fois l’instrument de cohésion des politiques d’austérité néo-libérale et de la division par mise en concurrence des travailleurs. Ceux qui se proclament anti-européen comme les fascistes mais le font en créant les conditions d’une plus grande division des travailleurs vont de fait dans le même sens. D’où l’extraordinaire confusion de la période et le fait que de repoussoir le fascisme xénophobe et raciste peut devenir l’ultime solution quand la démocratie n’est plus qu’un gadget. Nous n’en sommes pas loin. Les conditions paraissent réunies pour un éclatement et une lutte autour des postes de député que vont se livrer non seulement la droite et la gauche mais au sein des partis eux-mêmes. La droite a tenté de se rassembler en accordant tout de suite son soutien à Macron sous prétexte que Le pen c’était pareil que Mélenchon (sic), l’anticommunisme est toujours sa boussole dans un temps où la différence est de plus en plus difficile à faire entre elle et le fascisme. On va assister à une lutte au couteau à l’intérieur du PS pour chaque poste d’élu, ce qui demeure le seul bien d’un parti en déshérence. Nous ne devons pas participer à ce spectacle mais bien chercher les conditions de lunité et du rassemblement.

 

Parce que ce qu’il manque c’est l’unité en particulier sur des bases politiques, dans le grand mouvement contre la loi Khomery ce sont les syndicats, la CGT en particulier qui ont du assumer un rôle politique mais aujourd’hui éclate la formidable carence dans ce domaine et la manière dont cette absence nous a livré à des manoeuvres. médiatico politique dont Macron est le piètre bénéficiaire.Tant que nous n’aurons pas une force collective determinée et disciplinée, nous serons soumis aux jeux bourgeois dans lesquels ces gens là ne peuvent que nous gruger.

 

Il nous a manqué un parti communiste à la hauteur de ce mouvement pour l’amplifier et lui donner une perspective, un parti capable à la fois de rassembler et d’ancrer le pays dans une dimension de classe, sans sectarisme, sans caricature. La destruction de l’extérieur et de l’intérieur du PCF a joué une rôle essentiel dans cette carence. Il est arrivé à un tel niveau que l’on peut s’interroger sur les chances qu’il a de ressurgir d’une telle autodafée, d’une telle incapacité à être. Pourtant les faits sont là et tout doit être désormais posé en ce sens: il faut une grand mouvement face à la politique qui va se poursuivre et s’amplifier, celui-ci a besoin de l’unité, du rassemblement, de surmonter les divisions et d’un parti qui sache rassembler et construire une perspective politique. Tous les mouvements basiques auxquels nous assitons et qui ne sont pas sans mérite parce qu’ils accélèrent la prise de conscience se heurtent à cette absence.

 

Dans l’immédiat, le grand rendez-vous doit être celui du premier mai et aussi les législatives. Dans ces deux cas ne donnons pas le spectacle de nos divisions mais rassemblons-nous pour battre à la fois le candidat de l’atlantisme et celle du fascisme en nous donnant des élus qui sauront faire face avec courage et détermination aux mauvais coups qu’ils nous préparent. de ce point de vue l’expérience de la loi khomery est là, les candidats communistes et Front de gauche ont été les plus efficaces, rassemblons-nous à la base sur le terrain pour avoir les candidats dont nous avons besoin et en qui nous pouvons avoir confiance.

 

Nous avons connu bien des combats, des victoires et des échecs, mais nous pouvons avancer si nous savons tirer la leçon de ces derniers.

 

Danielle Bleitrach

Publié par  El Diablo

PRÉSIDENTIELLE : QUE FAIRE AU SECOND TOUR ? [première réflexion]

PRÉSIDENTIELLE : QUE FAIRE AU SECOND TOUR ? [première réflexion]

Le problème est que quand vous votez pour un candidat même si c'est pour barrer la route à l'autre, le dit candidat s'attribue ce vote comme un soutien - Dans le cas de figure Macron-Le Pen, voter Macron c'est nourrir une dynamique servant ses candidats pour les législatives - les deux candidats ne représentent pas, ensemble, la moitié des exprimés donc il faudrait laisser leurs électorats respectifs s'affronter: Macron gagnerait ainsi d'une courte tête mais avec moins d'un quart des inscrits donc délégitimé dès le départ - Toute autre démarche nourrit la logique libérale, atlantiste et européiste de Macron qui ouvrirait un boulevard au FN pour la prochaine fois .

El Diablo

Publié par  El Diablo

MÉLENCHON manque de peu le second tour : trop de bobos, pas assez de prolos !

capture de la page web de france info

capture de la page web de france info

TRIBUNE LIBRE

Le point de vue de Gilles Questiaux Réveil Communiste:

Jean-Luc Mélenchon n'aura donc pas réussi à atteindre le second tour. C'est dommage. Je n'ai jamais été un inconditionnel de son programme, loin de là, mais j'ai de la sympathie pour le personnage. Il a l'étoffe d'un grand dirigeant.

Il a eu le courage d'être le candidat de la paix, et de proposer un véritable changement social dans l'intérêt des classes populaires.

Il a contribué aussi à la ruine du PS, cette formation qui trahit le peuple depuis sa création, en 1920.

Je n'ai pas mis en avant les limites de sa campagne, pendant sa campagne, pour des raisons évidentes. Maintenant, il est temps d'analyser ce qui est un succès pour la formation politique qu'il a créé pour la porter, mais reste une défaite pour parler concrètement : la France ne quittera pas l'OTAN, la loi El Khomri restera et sera aggravée. Et la cantine scolaire ne sera pas rendue gratuite.

Il obtient environ 19% des voix, ce qui parait un score honorable. Cependant ce qu'il est encore convenu d'appeler "la gauche" ne réunit pas plus de 27% ! Il semble donc que Jean-Luc Mélenchon se soit trompé de stratégie en tentant de phagocyter la candidature Hamon, qui avait été lancée précisément pour lui faire concurrence avec un discours de pseudo-radicalité. Alors qu'il avait dit lui-même, à ceux qui lui demandaient de se retirer face aux sondages truqués qui le mettaient derrière Hamon, que leurs électorats n'étaient pas compatibles. Et il était pendant ce temps-là trop aimable avec l'ennemi principal. Il a ménagé les préjugés géopolitiques de l'électorat socialiste, il a tiré sur l'ambulance Fillon, et il a laissé passer tranquille le petit banquier. Fatale erreur.

Ayant assisté au débat télévisé dont il s'est pourtant bien sorti, je n'ai jamais cru que ces simples apparitions justifiaient sa remontée dans les sondages d'opinion. Les sondeurs l'ont simplement ramené au niveau réel où il se trouvait depuis le milieu de l'automne, à un niveau réaliste, leur crédibilité future étant en cause.

Significativement, il a choisi de consacrer à l'Est parisien sa dernière semaine, et ce district embourgeoisé depuis longtemps n'en valait pas la peine. Il s'est affiché symboliquement dans la péniche du Canal Saint Martin aussi loin que possible de la France périphérique des perdants de la mondialisation. Lors de son multi-meeting, il a aussi effectué un rétropédalage sur la question européenne («ne les croyez pas, ceux qui disent que je veux quitter l'union européenne") qui lui a peut-être couté la seconde place.

Il aurait bien mieux valu aller à Belfort, auprès des ouvriers d'Alstom, dénoncer Macron qui les a bradés aux Américains !

Il aurait mieux valu se tourner plus résolument vers le prolétariat. Pour celui-ci, il fallait parler clair : sortie de l'Europe, limitation de l'immigration, nationalisation des banques. Le prolétariat est divers et métissé, sans doute, mais il est opposé comme il l'a toujours été et comme il sera toujours à l'importation de nouvelle main d'œuvre.

Il aurait fallu que dans le programme de la "France insoumise" le chapitre social soit mis en avant. Il y paraissait secondaire par rapport à l'écologie, et à la constituante.

La soudaine complaisance des médias à partir des débats télévisés était un mauvais signe. Leur retournement soudain, avec l'affaire bolivarienne n'aurait pas dû le prendre au dépourvu. Au lieu de se défendre de toute affinité avec des "dictateurs" (ce qui laissait supposer que Maduro en était un) il aurait mieux fait de dire : "le Venezuela n'est pas une dictature, les élections sont libres, Maduro est démocratiquement élu, l'assemblée nationale d'opposition l'est aussi, les manifestations de rues pacifiques sont autorisées, les manifestations violentes sont réprimées, comme ici, ni plus ni moins". Qu'est-ce que ça lui coûtait ?

Je pense qu'il n'appellera pas à voter Macron, et c'est à son honneur. Mais il y a trop de monde, en particulier au PCF et chez les « gauche-pattes » qui s'est déjà joint au soi-disant Front républicain. Marine le Pen est sans doute une ennemie de la République. Macron est un ami du Capital, et comme tel un ennemi de l'humanité. Il représente un danger mortel : la suppression pure et simple du droit social, de la démocratie politique, et le gouvernent direct des banquiers et de l'oligarchie mondialisée.

Alors pour nous, qu'il soit clair, pas une voix pour Macron. Plutôt crever !

Marine Le Pen n'est pas une alternative comme tous les fascistes utilise un langage de gauche pour tromper le peuple. Donald Trump n'a pas attendu longtemps pour jeter son programme aux orties. Le vote FN est le vote conseillé par les médias et l'oligarchie à ceux qui n'aiment pas les médias et l'oligarchie

Quant à "La France Insoumise", c'est peut-être une bonne chose qu'elle ait raté de peu la fenêtre de tir qui lui aurait permis de s'emparer du pouvoir en France, par surprise. Sa base sociale est pour le moment trop étroite pour lancer ce qui était potentiellement une révolution. Partie remise ? Certainement !

GQ, 23 avril 2017

SOURCE :

Analyse de la défaite de Mélenchon : trop de bobos, pas assez de prolos. - Réveil Communiste

http://www.reveilcommuniste.fr/2017/04/analyse-de-la-defaite-de-melenchon-tro


Commentaire de B.T : Les possibilités pour Macron de ne pas battre Marine sont quasi nulles (il a toute la droite derrière lui, dans ses versions P.S et PR, pourquoi en rajouter). Par contre un Macron élu à 60% pour 50% de votants ou moins cela nous ouvrirait un sacré espace aux luttes face à un président finalement mal élu. A gauche appeler à faire barrage à Marine revient en fait à donner de la légitimitée à celui qui va nous en mettre plein la gueule, patience le temps des "fourches" est de retour. 

 

Les acquis du premier tour avant même qu’il n’ait eu lieu

Badia Benjelloun
pour le Comité du Commun, plus que visible.

 

Le Programme commun, puis le mittérandisme avaient en leur temps grandement aidé à la disparition du Parti communiste français en tant que parti de classe. Au fil du temps, il s’est transformé en appareil moribond destiné uniquement à pourvoir en sièges de députés ou sénateurs la parentèle et les amis des cadres du Parti.

 

L’inadéquation manifeste entre la nouvelle présentation du capitalisme, plus transnational que jamais et tirant une part essentielle de son profit d’activités parasites (la financiarisation), et le cadre politique qui fut créé au cours des deux siècles derniers pour ses besoins industriels dans un cadre national a abouti ces jours-ci à la disparition, ou presque, de cette forme maintenant sans objet des partis nationaux. Aucun d’eux ne peut prétendre à être en compétition pour satisfaire à la démocratie.

 

Les peuples le savent tant et si bien que le seul qui gagne en nouvelles recrues est celui de l’abstention. Une bonne part de ceux qui se déplacent et portent leur bulletin dans l’urne espère sanctionner l’élu précédent qui les a déçus et trompés.

 

De plus en plus, et même en l’absence d’une conscience de classe qui constituerait l’acteur d’une histoire qui mettrait hors de nuire le mode de domination idéologique du capitalisme, le ‘peuple’ se rend compte que les décisions sont prises depuis une scène à laquelle il n’a pas accès. L’exercice de la désignation par des élections nationales de fondés de pouvoir du capitalisme à son stade actuel est vain et perçu comme tel.

 

Le phénomène Macron est un produit de la marchandisation de ce rituel, venu pallier à la désintégration des partis qui jouaient jusque là à simuler une alternance. Le Pari socialiste n’est plus.

 

Le parti gaulliste ou ce qu’il en tenait lieu est décédé, pourri comme son partenaire dans la comédie représentative par la prévarication, les scandales financiers et autres joyeusetés qui accompagnent inévitablement des entités devenues sans objet.

 

Macron prétend transcender une bipolarité inexistante dans la réalité.

 

Quelques observateurs se sont plu à faire l’inventaire de ses expressions favorites, la plus emblématique est "mais en même temps", lui permettant d’annoncer une proposition tout en avalisant sa contraire. Au siècle précédent, les grands établissements financiers choisissaient la fleur des intellectuels sécrétée par l’école française. Pompidou était un normalien qui fut recruté par la banque Rothschild. D’Estaing avait concouru et réussi Polytechnique. Le palais de l’Elysée se propose maintenant d’accueillir un raté de Normale, joli garçon, qui peut faire rêver la ménagère de 50 ou 60 ans, célibataire ou divorcée, et elles sont légion dans l’hexagone auquel on a appris à bien balancer les arguments dans un discours. Il est le prototype même du sophiste qui parcourait les espaces publics à Athènes pour enseigner la rhétorique aux jeunes patriciens, une fois que le pouvoir se conquérait par le verbe et non à la pointe de l’épée.

 

Bien sûr, toute une machinerie médiatique, à laquelle il a rendu service lors de son court passage auprès du Dernier Socialiste de la 5ème République, s’est mise en route pour lui assurer le plus grand des espaces à partir desquels il a harangué continûment les foules.

 

Un candidat qui se revendique du gaullisme et du programme du CNR, F. Asselineau a établi une corrélation qui peut valoir de loi, la proportionnalité entre le pourcentage obtenu aux élections et le temps d’exposition des postulants sur les medias. L’arrivée au pouvoir de Trump n’est pas une exception à cette règle, il a bénéficié d’une publicité indirecte contre-productive pour sa concurrente tant il a été caricaturé et attaqué.

 

Le Front National n’est pas un parti fasciste.

 

Xénophobe. Oui

 

Capitaliste. Oui

 

Mais il partage ces deux traits avec l’ancien RPR ou LR et une bonne frange des socialistes. Il drague les derniers nostalgiques de l’Algérie française et les Harkis trahis par la France ? Oui. Sarközy avait pêché des voies dans ce même conservatoire d’une France d’avant les années 60.

 

Est-il fasciste pour autant ?

 

A-t-il la volonté de conquérir un espace vital pour un capitalisme plein de vitalité industrielle à l’étroit dans ses frontières, ce qui est la caractéristique majeure du fascisme allemand et italien ? Bien sûr que non. Il n’en a pas les moyens non plus.

 

A-t-il des velléités totalitaires, certes oui.

 

Mais pas plus que le Parti socialiste qui a institué un état d’urgence sans fin sous prétexte d’un terrorisme qu’il a contribué à créer.

 

Depuis 2001, les différents pays vivent un incendie du Reishtag à intervalles réguliers, au rythme d’attentats plus ou moins bien ficelés.

 

La surveillance et le contrôle du moindre fait et geste des citoyens est déjà advenue : internet, cartes bancaires, téléphonie satellitaire.

 

La désignation d’un ennemi de l’intérieur figuré par l’immigré arabe et musulman est un logiciel de campagne électorale validé depuis longtemps par l’ensemble du corps politique français. On a même vu un communiste qui n’a jamais proposé de loi au cours de sa très longue vie de député se lever sous le règne de Sarközy commettre la loi contre la Burqa, alimentant un discours devenu normatif qui a conduit à la création d’un Ministère de l’Identité Nationale.

 

La version Front National du capitalisme n’a pas été comprise par ses adversaires de "gauche". Elle prétend reconstruire un souverainisme qui n’a rien de péjoratif en soi. Mais ici, il est arc-bouté sur une vision mythique d’une dénaturation de l’essence française en raison d’une invasion programmée par les hordes d’Africains et de Nord-Africains. Elle ne veut pas voir que depuis 1945, la France est soumise à une américanisation culturelle intensive, comme le reste du monde (non communiste).

 

Sortir des traités européens qui stérilisent toute politique nationale reste une condition nécessaire pour rendre possible les luttes sociales à cette échelle.

 

Quand le FN défend cette position, il la popularise, et c’est un gain. Mais le FN, même dans sa mouture nationaliste, reste impérialiste car il ne renonce pas aux ressources de la Françafrique et ne s’élève pas contre les guerres menées par la France au sein de l’OTAN. Il ne s’est pas levé pour protester, publiquement et fortement, contre la guerre qui a été faite au peuple et à l’Etat libyen et à sa suite à des centaines de millions d’Africains subsahéliens. Il n’a pas dénoncé avec l’énergie nécessaire l’implication de la France dans la réorganisation de l’Orient arabe au profit de l’idéologie fasciste sioniste.

 

Le mouvement des Insoumis.

 

Avec un (ex-?)socialiste à sa tête peut-il faire avancer une construction de moyens organisationnels pour trancher les mille têtes de l’hydre capitaliste ?

 

Dans l’état actuel des forces en présence, le risque est très grand d’une déception majeure à la Tsipras, avec toute une génération de jeunes qui seront perdus pour l’espoir et donc pour entreprendre de mettre fin à cet ordre aberrant.

 

Nous ne sommes pas en 1914, à un niveau de crise de surproduction et de moindre profit qui va se régler par un nouveau partage des richesses et des marchés à l’échelle mondiale. Le moindre recoin de la planète est domestiqué et pris en charge par une globalisation qui met (assez peu) en concurrence des multinationales pour aboutir à des éliminations non par la guerre mais par des fusions-acquisitions.

 

Nous ne sommes pas en 1936 dans un marasme économique lié à un nouveau cycle de récession avec des forces ouvrières organisées, indépendantes et puissantes car de leur combat naissent des réformes à l’avantage des travailleurs. Ce qui allait contribuer à produire en réaction à l'échelle mondiale 1939.

 

Nous ne sommes donc pas non plus en 1939. Où la rivalité entre puissances impérialistes de potentiel égal existait et où le capitalisme était menacé par la révolution bolchévique, deux facteurs qui ont été la cause et la condition de la guerre.

 

Nous sommes à une phase de déclin de l’hégémonie économique et politique de la nation qui a tiré profit des tueries des Européens entre eux sans que n’émerge une réelle puissance concurrente. Ce paysage de désolation est installé dans un décor de guerres faites à des nations sans défense qui osent la souveraineté et une existence sans dette vis-à-vis des prêteurs prédateurs. Il en résulte pour la France et les pays de l’UE une situation de protectorat, "protection contre soumission" assurée à toutes les puissances européennes résiduelles de la part de l'hyperpuissance d'outre-Atlantique. Empêtrée dans une crise structuelle immobilisante, elle affecte les postures, certes dangereuses, d'un catcheur exhibant ses gonflettes, à l'occasion de guerres d'intimidation et de pure destruction, sans plus aucune capacité de reconstruction ni même d'exploitation rationnelle du pays détruit.

 

Une réelle instabilité avec menace d’affrontement nucléaire toujours profilée à l’horizon depuis maintenant deux décennies est désormais installée. Le capitalisme à ce stade de décomposition avancée a choisi cette solution de guerre permanente, préventive ou encore contre le terrorisme ou mieux encore, révolutions colorées disent-ils comme mode de perpétuation de son existence. Il n’a plus rien à offrir sinon destructions et rapines.

 

Quel mouvement a-t-il assez de forces pour au moins concrétiser deux prérequis fondamentaux qui convergent sur la souveraineté nationale :

 

Faire cesser les guerres
et
sortir du carcan européen ?

22 avril 2017

La société Orys, sous-traitante dans le nucléaire... Orys est condamné par la justice pour harcèlement moral... L'ordre des médecins donne raison... au groupe industriel qui veut faire saisir les biens du médecin...

 

Défendons les médecins du travail !

 

Sur le site de la CGT

Voir en ligne : Signez la pétition !

La société Orys, sous-traitante dans le nucléaire, en veut au Dr Dominique Huez, médecin du travail à la centrale nucléaire EDF de Chinon dans l’Indre et Loire, maintenant retraité. Ce dernier a eu le malheur d’émettre un certificat médical en 2011 faisant état de harcèlement moral contre l’un de ses employés.


La justice a depuis reconnu le harcèlement moral, en condamnant Orys à 20 000 euros de dommages et intérêts, au profit du salarié harcelé. Nonobstant, Orys a poursuivi le Dr Dominique Huez pour certificat mensonger devant la chambre disciplinaire du Conseil de l’Ordre.


Contre toute attente, la chambre disciplinaire a condamné en appel Dominique Huez à un avertissement et au versement de 1000 euros au bénéfice de Orys, en septembre dernier. Non contente de ne pas avoir obtenu le versement de ses 1000 euros, Orys a fait saisir deux véhicules ainsi qu’un compte épargne appartenant au Dr Huez, le tout représentant une somme de… 30 000 euros.

Couverture

Orys fait partie de ces employeurs qui veulent empêcher les médecins du travail de remplir leur mission au service des salariés. Leur objectif est d’obliger les médecins du travail à ne pas indiquer l’existence d’un lien entre santé et travail. Une centaine de praticiens sont ainsi visés chaque année en France. Il s’agit d’une stratégie globale qui tend à remettre en cause l’ensemble des protections des salariés (loi Macron, inspection du travail, loi travail, etc.)

Nous demandons

- Que cessent les poursuites et les pressions envers le Docteur Huez, les médecins du travail, et tous les médecins qui exercent en pleine conscience leurs activités de prévention et de soin.


-  À l’Ordre des Médecins, de ne pas recevoir les plaintes des employeurs et de respecter la conscience professionnelle de ses pairs.


- Couverture À l’État, garant de la protection de la santé et de la sécurité au travail, de veiller au respect des droits des travailleurs.

Couverture

Signez la pétition !

Quand l'huissier débarque chez l'ex-médecin du travail...

Quand l'huissier débarque chez l'ex-médecin du travail...

Dominique Huez, hier matin, chez lui, avec les actes d'huissier. Dominique Huez, ancien médecin du travail à la centrale de Chinon, a reçu vendredi la visite d'un huissier. Nouvel épisode d'un ...

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2017/03/14/Quand-l-huissier-debarque-chez-l-ex-medecin-du-travail-3032262

Qui est Orys ?
C'est une entreprise de sous-traitance du nucléaire ( maintenance ) qui fait de gros profits :
"Orys espère doubler de taille avant 2020. Depuis 1992, le groupe réalise 20 % de croissance annuelle." ( Les Echos - 23/09/2015 - Voir l'article ci-dessous )
 

Le programme de maintenance des centrales dope les activités d'Orys

Le programme de maintenance des centrales dope les activités d'Orys

Le groupe de services à l'industrie Ortec vient de marquer un point dans la compétition que se livrent ETI et PME pour figurer en bonne place dans le chantier de grand carénage des centrales ...

 

https://www.lesechos.fr/23/09/2015/LesEchos/22029-104-ECH_le-programme-de-maintenance-des-centrales-dope-les-activites-d-orys.htm

21 avril 2017

Présidentielles, les flous de Sapir

 

A propos d’une vidéo et d’un texte plus récent.

 

Il faut remettre la vidéo, https://youtu.be/P7eXh4PmV_g dans son contexte, une écoute même superficielle permet de la situer dans le temps c'est-à-dire au lendemain du ralliement de Valls à Macron.

 

Sapir y réaffirme le préjugé favorable qu’il a pour les thèses de Mélenchon, qui pour l’auteur de ces lignes n’aurait pas trouvé grâce auprès des médias s’il était véritablement dangereux pour le système. Ce même Sapir n’hésitera pas plus tard à écrire que la mise en œuvre de son plan A est illusoire et qu’il lui faudrait, s’il était élu, revoir sa copie et mettre en œuvre en urgence son plan B dont la présentation pour le moins brouillonne laisse, selon lui, des lendemains d’élection difficiles qui pourrait conduire le candidat de la France dite insoumise, à s’incliner, tel Stipras, face aux mesures de rétorsion de l’Euro groupe contrairement à ses rodomontades actuelles.

 

Voir à ce sujet l’article publié sur Russeurope le 14 avril https://russeurope.hypotheses.org/5906 intitulé : La sortie de l’euro repris par le comité Valmy.

 

Il a toujours formulé des réserves sur une possible intégration du front national, qu’il juge encore porteur de relents du passé, dans le champ politique traditionnel pour la constitution d’une majorité alternative. Il n’écarte pas cependant une telle éventualité à la base tant de nombreux électeurs et électrices de Mélenchon et de Marine Le Pen, qui a, du moins en apparence,  tué le père, partagent les mêmes options voire les mêmes fausses solutions. De cet aspect il note que les factions protestataires anti système de ces deux électorats, pourraient se reporter sur l’un ou l’autre des deux candidats au second tour.

 

Sapir fait également des réserves sur la procédure de sortie de l’Euro adoptée par le FN qui fait reporter la décision sur un référendum à venir, par conséquent les conséquences de l’abandon de l’euro, sur les d’électrices et les électeurs.

 

Sapir critique beaucoup l’un et l’autre, souligne leurs faiblesses respectives mais ne s’engage pas vraiment et surtout ne n’indique pas la méthode pour sortir de la zone euro qui handicape la croissance de l’économie française et creuse le déficit par rapport à l’Allemagne.

 

En fait sur les onze candidats en lice 10 sont peu ou prou européistes. Je n’insisterai pas sur l’indigence de l’extrême gauche, Poutou qui propose rien moins que d’armer les terroristes, criminels, instrumentalisés par l’occident au Moyen Orient , le « y-a qu’à faut qu’on » les promesses qu’ils ne pourront tenir, comme Melenchon en restant dans l’Union européenne et avec l’euro monnaie unique.

 

Une hausse des salaires, et des pensions donnerait vraisemblablement un léger coup de pouce temporaire au PIB dont le produit serait confisqué au titre des profits capitaliste pour être exilés dans les paradis fiscaux ou et être investis dans les pays à plus bas coûts faute de contrôle des mouvements de capitaux.

 

Par ailleurs l’insistance de Melenchon en faveur de la transition énergétique est la preuve d’une méconnaissance totale du sujet : L’abandon progressif du nucléaire que ni l’éolien ni la biomasse, ni le photovoltaïque ne pourront remplacer à des condition économiques équivalentes aura comme corollaire le renchérissement du prix du kilowatt/h, et l’accroissement du déficit de notre balance des échanges. Il faut poursuivre la recherche dans le domaine nucléaire jusqu’à la maîtrise de la fusion thermonucléaire.

Passons sur le fondé de pouvoir des banques, des transnationales économiques et financières, le clone d’un Hollande en fin de mandat, Macron qui veut ubériser la France, casser le code du travail, démanteler la protection sociale,qui vient de déclarer qu’il ne regardait pas courbe du chômage, qui pour regagner en compétitivité veut une réduction drastique du pouvoir d’achat et du nombre de fonctionnaires, comme Fillon d’ailleurs, qui est plus honnête intellectuellement en annonçant une austérité renforcée s'il était élu.

 

L’un ou l’autre, opposé à la candidate du Front National au second tour, celui des deux qui n’y serait pas appellera et tous les autres avec lui à faire barrage à l’extrême droite alors que le bulletin Marine Le Pen restera le seul moyen pour beaucoup d’exprimer leur ras le bol des alternances successives sans changement d’orientation politique.

 

Dans l’hypothèse Fillon, son élection étant assurée avec les mêmes ralliements, Dupont Aignan, à moins d’une déclaration de principe pour s'assurer un strapontin de député n’aurait nul besoin d’appeler ses électeurs à lui accorder leurs suffrages.

 

Je cite Hamon pour mémoire car son programme plein de contradiction ignore la réalité nationale et internationale, il appelle à l’ingérence à l’encontre de tous les pays qui n'accepteraient pas de s’agenouiller face à l’impérialisme occidental; ses déclarations ne sont pas dignes d’intérêt.

 

Lassalle, Européiste, Cheminade qui l’est moins sont là pour amuser la galerie et n’apportent rien de plus à la compréhension des enjeux, non plus qu'à  la solution du problème posé.

 

Soyons clairs aucun de ces 10 candidats, petits ou grands, ne propose une démarche de nature à sortir du marasme dans lequel nous resteront englués tant que nous serons assujettis aux critères de Maastricht.

 

François Asselineau lui, indique très clairement la condition sine qua non du retour de la croissance économique et par conséquent du progrès socialsociale : Mise en œuvre de l’article 50 du traité constitutionnel pour sortir de de l’Union européenne puis revenir à notre monnaie nationale, dans na foulée retrait de l’OTAN. Respect du   droit des peuples à s’auto gérer et entretenir des relations dans le cadre des dispositions de la Charte de l’ONU.

 

C’est une démarche Gaullienne compatible avec les luttes sur le terrain de classe, plus faciles à mettre en œuvre que lors de la seconde guerre mondiale dans la France occupée mais il est vrai qu’aujourd’hui le PCF , sa direction en particulier, n’est plus, hélas, ce qu’il était à l’époque. Inaudible, trop longtemps sous perfusion de l’électorat d’un PS, en pleine déliquescence, il tente de se rebrancher sur celui de Melenchon qui est potentiellement tout aussi volatil : Plus dure sera la chute à moins que la partie la plus consciente de sa base ne réagisse pour accompagner la révolte des gueux qui interviendra fatalement tôt ou tard.

 

Quelque soit l’issue du scrutin, en démocratie bourgeoise une consultation électorale n’a d’autre objet que de prendre le pouls de l’opinion à l’instant où elle se déroule.

 

Rien n’étant définitivement acquis ou perdu, résistons et préparons la contre attaque. Les lendemains qui chantent ne sont pas hors de portée…

 

Le rôle de la politique selon Marx. Entretien avec Stathis Kouvélakis

 

21 Avril 2017
Dans le cadre de notre réflexion sur la politique, le marxisme et la théorie
 
(Danielle Bleitrach)

A l’occasion de la réédition par les éditions La Fabrique de son livre Philosophie et révolution, de Kant à Marx, nous republions cet entretien avec Stathis Kouvélakis, initialement paru en septembre 2009 sur le site de la revue Que faire ?

 

Ton livre, Philosophie et révolution, de Kant à Marx, retrace le parcours de Marx vers des positions révolutionnaires à travers sa prise de conscience de la nécessité d’une intervention politique, cristallisée par la question du pouvoir et de l’Etat. Dans quelle mesure cette réflexion est-elle éclairée et, à son tour, éclaire-t-elle la situation politique actuelle, notamment la crise politique ouverte par le référendum français et les élections allemandes ?

 

J’ai commencé à écrire ce livre vers la fin des années 1990, dans une conjoncture lourdement marquée par l’effondrement de l’URSS et l’expérience de la défaite des révolutions du XXe siècle. En même temps, des contre-tendances commençaient à s’affirmer d’une manière plus claire avec les luttes de novembre-décembre 1995 en France et, au niveau mondial, avec le cycle de mobilisations qui se réfère à Seattle, Gênes et aux processus en cours en Amérique latine. Le projet initial, que je maintiens en tant que programme de recherche, était de situer Marx dans le cadre d’un ‘portrait de groupe’ générationnel et de couvrir à la fois la période qui précède et celle qui suit les révolutions de 1848, grande césure du XIXe siècle. La trajectoire intellectuelle et politique de Marx se joue en effet la-dessus. Marx est un ‘quarante-huitard’ comme on disait à l’époque, c’est un révolutionnaire allemand vaincu, qui passera l’essentiel de sa vie en exil, en apatride. Dès qu’il le pourra, il réfléchira sur les raisons profonde de la défaite de 48 et c’est cela qui constitue à mes yeux le véritable sens du projet de ‘critique de l’économie politique’, qui culminera dans Le Capital : faire l’anatomie du cosmos bourgeois qui s’est édifié sur les ruines de l’espérance émancipatrice portée par l’’ère des révolutions’, c’est-à-dire, comme l’a très bien expliqué Eric Hobsbawm, par l’ensemble de la séquence qui s’étend de 1789 à 1848.

 

Pour les raisons habituelles (temps, ampleur de la tâche), j’ai dû toutefois m’arrêter bien avant, en 1844, au début de la première période d’exil de Marx, à son moment ‘parisien’. Cette histoire a souvent été racontée et elle fait l’objet d’interprétations contradictoires, qui renvoient à des enjeux décisifs pour la théorie marxiste. De mon côté, j’ai essayé d’une part de décentrer le récit, de montrer – au moyen du portrait de groupe dont je parlais à l’instant (et qui comprend Moses Hess, le jeune Engels, et le Heine des années 1840) – que Marx n’était qu’une possibilité parmi d’autres, donc d’en resituer sa véritable originalité. De l’autre, j’ai essayé de rendre compte de cette trajectoire en la replaçant dans son contexte historique, en sortant d’une simple ‘histoire des idées’, c’est-à-dire en montrant qu’elle n’est compréhensible qu’en analysant la manière dont Marx réagit, certes avec des outils théoriques, mais aussi dans des cadres institutionnels précis (il passe en trois ans de l’université à l’exil via une phase d’intense activité journalistique), à une situation mouvante et à un problème qui est fondamentalement politique : comment mettre fin à l’ancien régime allemand, comment mettre l’Allemagne à l’heure de la modernité politique incarnée par la Révolution française. Bien sûr, c’était déjà le problème des intellectuels majeurs de la philosophie classique, Kant et Hegel, et la génération de Marx en hérite. Marx lui-même commence d’ailleurs par en partager, dans les grandes lignes, les réponses : il croit à la possibilité d’une réforme, tout particulièrement à travers le développement du débat public, stimulé par celui d’une presse libre (il dirige lui-même en 1842-43 la Gazette rhénane, principale voix de l’opposition démocratique avant son interdiction par le gouvernement), dans des termes qui rappellent fortement la thématique de l’’espace public’ développée dans les années 1960 par Jürgen Habermas.

 

Marx est donc au départ un démocrate réformiste, comme la quasi-totalité des démocrates allemands à ce moment-là, et il ne passera à des positions révolutionnaires que lorsque cette voie réformiste se révélera impraticable, du fait, essentiellement, du durcissement autoritaire du régime prussien. Il faut fortement insister sur le fait que s’il n’est pas seul (voir du côté de Heine, qui s’était exilé à Paris dès les lendemains de la révolution de 1830), Marx est très minoritaire dans sa nouvelle orientation, défendant la nécessité d’une ‘révolution radicale’ comme seul moyen d’abattre l’absolutisme. D’une manière générale, parmi les intellectuels mais aussi dans les organisations clandestines du mouvement ouvrier allemand émergeant (essentiellement parmi l’émigration allemande à Paris et à Londres), ce sont, quasiment jusqu’à la veille de 1848, des orientations réformistes, en général teintées de religiosité, qui prédominent, quand ce n’est pas la confusion ou le pessimisme élitiste.

 

Pour répondre directement à ta question, cette radicalisation de Marx a pour moi une valeur exemplaire, profondément actuelle : d’une certaine façon, elle est toujours à reprendre, à partir de l’expérience singulière de chaque génération. Aujourd’hui, comme dans les années qui précèdent 1848, on assiste à une remontée des mouvements sociaux, qui remettent en cause des aspects précis du système capitaliste, mais de manière fragmentée et, souvent, avec beaucoup d’illusions sur la possibilité de changer les choses sans toucher à l’ensemble, aux fondements du système, ou, ce qui revient au même, sans poser la question du pouvoir politique.

 

C’est ici que la référence à Marx me paraît indispensable. Défendre, en 1844, la perspective d’une révolution allemande, de surcroît comme clé de la révolution européenne, c’était scandaleux, quasiment inouï. Le ‘retard’ politique de l’Allemagne par rapport au reste de l’Europe était énorme, les fameuses ‘conditions’ n’étaient ‘pas remplies’, etc. Eh bien, contre cela, Marx permet de penser l’espace qui est celui de l’intervention politique précisément à partir de ce retard, de ce manque : dire que les conditions n’existent pas, c’est dire qu’elles sont à créer, non par un coup de baguette magique, en vertu du pur volontarisme, mais en déployant l’initiative politique, celle qui permet d’ouvrir une possibilité nouvelle, qui révèle le point de basculement d’une situation, qui en condense les contradictions à un moment déterminé. Contrairement à un point de vue très répandu actuellement, selon lequel Marx aurait bien compris la nature du capitalisme, ou anticipé sa phase ‘mondialisée’, mais n’aurait rien à dire de spécifique sur la politique, je pense que Marx est par excellence un penseur politique et que, pour lui, le nom de la politique est celui de ‘révolution’.

 

Pour Marx, à la veille de 1848, il s’agissait de constituer un large bloc démocratique sous hégémonie prolétarienne, seul à même de renverser le régime despotique et d’enclencher un processus révolutionnaire ‘permanent’, s’attaquant à la propriété privée des moyens de production et d’échange. Le déroulement concret des révolutions de 1848 a montré qu’il s’agissait de la seule hypothèse réaliste, mais qu’elle était très fragile, et elle a été balayée par la réaction. Pour nous aujourd’hui, l’objectif immédiat est d’infliger une défaite majeure aux politiques néolibérales et de libérer de la sorte le potentiel anticapitaliste qui se construit dans les luttes. Pendant quelques années, dans de larges secteurs de la gauche sociale et ‘mouvementiste’, on a vécu dans l’idée d’une autosuffisance des mouvements sociaux, l’idée qu’ils formaient en eux-mêmes le nouveau ‘sujet politique’, que le rôle des partis était secondaire, voire superflu. Cette période est désormais derrière nous ; les limites des mouvements sociaux sont clairement apparues, les mobilisations contre la guerre, la bataille sur la Constitution européenne et les avancées de la gauche antilibérale ont agi comme de puissants facteurs de politisation. La question décisive de notre situation est celle de la construction d’une alternative politique, et elle renvoie à son tour à celle de l’hégémonie, de la capacité d’initiative des forces révolutionnaires, de la reconstruction des conditions d’un front de classe, après des années de recul et de revers pour le mouvement ouvrier. A mon sens, dans un pays comme la France, la question de la constitution d’une nouvelle force politique, anticapitaliste et de classe, regroupant les principaux secteurs de la ‘gauche rouge’, est maintenant à l’ordre du jour.

 

Tu soulignes le point de départ très différent d’Engels, presque sociologique grâce à son analyse et son contact avec le mouvement ouvrier anglais. Les rapprochements avec une partie de la gauche radicale aujourd’hui, mais aussi avec des approches théoriques comme celles de Bourdieu viennent immédiatement à l’esprit. Dans quelle mesure sont-ils valables pour toi ?

 

Engels est un penseur original, et il le restera même après sa rencontre avec Marx. Ce que j’étudie dans le livre cependant, c’est la période qui précède cette rencontre et le travail en commun qui s’est ensuivi (dès 1845-46). On pense souvent que, du fait de son séjour en Angleterre, de sa connaissance de première main de la condition ouvrière et de l’économie politique, Engels est en avance sur Marx, qui demeure à l’époque un intellectuel plus classique, de formation philosophique universitaire, dont le terrain d’intervention est celui d’une presse s’adressant à la bourgeoisie éclairée. Or, il est frappant de constater, à la lecture de textes comme La situation de la classe laborieuse en Angleterre, ou, de manière encore plus nette, les textes des conférences qu’il a données avec Moses Hess au début 45 dans les villes de Rhénanie, qu’Engels s’inscrit plutôt dans la mouvance dite du ‘socialisme vrai’. Son discours politique est très modéré, ou, plus exactement, Engels cherche à déplacer le problème du terrain politique vers un autre, celui du ‘social’. Ce ‘social’, il le conçoit, conformément à la tradition fondée par Saint-Simon et reprise par la suite par la science sociale française de Comte ou de Durkheim, comme un principe d’harmonie, comme un ‘lien social’ pour reprendre une terminologie qui domine massivement la sociologie contemporaine. Pour lui, la véritable contradiction du capitalisme n’est pas tant l’antagonisme de classe à proprement parler, mais celle entre le principe ‘social’ d’organisation et le marché, porteur de chaos et de concurrence illimitée.

 

Engels fut très impressionné par les capacités d’auto-organisation du prolétariat anglais qu’il a pu constater lors de son séjour britannique. Il y a vu des expériences nouvelles, celle des associations éducatives, des sociétés d’entraides, des syndicats, qui permettaient de faire avancer concrètement l’émancipation ouvrière. Il pensait que, moyennant bien sûr un rapport de forces plus favorable, et même par la menace d’une insurrection, la bourgeoisie pouvait être convaincue de la nécessité de réformes. Et cela d’autant plus que, précisément, le prolétariat anglais (qui lui sert de référence) évitait de poser la question du régime politique et écartait, de ce fait une révolution politique ‘à la française’. Bien sûr, Engels soutient pleinement le mouvement chartiste, qui demande le suffrage universel masculin, ce qui est une revendication politique, mais qui n’implique pas en soi de remise en cause de la monarchie. Il voit même dans ce légitimisme politique du prolétariat anglais une radicalité supérieure, une avancée par rapport à ceux du continent européen, trop absorbé par les questions du régime et du pouvoir d’Etat. Pour le dire autrement, la position du jeune Engels est très exactement celle que défend aujourd’hui John Holloway avec son mot d’ordre de ‘changer la société sans prendre le pouvoir’. Avant lui, bien entendu, toute la tradition du socialisme associationniste, puisant son inspiration chez Saint-Simon ou Proudhon, l’avait proclamé et même concrètement tenté.

 

La position de Marx est, je l’ai suggéré auparavant, aux antipodes : Marx cherche dans le social le principe de l’antagonisme qui sous-tend les luttes politiques, il affirme la dimension constitutivement politique des luttes de classes et voit dans la question du régime et du pouvoir d’Etat le terrain même où se décide la capacité d’une classe à diriger la société, sa capacité d’hégémonie comme le diront par la suite les marxistes russes et Gramsci. Marx, et c’est un point crucial, ne commence pas par le prolétariat, il y parvient au terme d’un cheminement politique et théorique, parce qu’il cherche à identifier les forces possibles d’une révolution dont il a découvert préalablement l’exigence. C’est la raison pour laquelle le prolétariat n’est jamais chez lui une simple réalité sociologique, mais d’emblée un processus politique. Il est le nom de l’antagonisme que la société bourgeoise s’acharne à refouler, en vain naturellement, puisqu’il lui est consubstantiel.

 

Aujourd’hui, la sociologie dominante, en France et ailleurs, reprend, dans une version très affadie et domestiquée, cette ambition originelle de la pensée du ‘social’. Elle pense que sa mission est de contribuer à ‘faire du lien (ou du ‘sens’) social’, et elle a substitué la lutte contre ‘l’exclusion’ à celle pour l’abolition des rapports capitalistes. En ce sens, la sociologie de Bourdieu, qui met au contraire l’accent sur la domination inhérente aux rapports sociaux se place à contre-courant, même si elle a tendance à fragmenter la base de cette domination dans la multiplicité des ‘champs’ spécialisés des pratiques sociales. Elle partage cependant une aporie qui était déjà celle d’Engels, à savoir la difficulté à penser les conditions d’une praxis transformatrice, révolutionnaire, à partir du champ des pratiques existantes des groupes sociaux dominés.

 

Engels contourne la difficulté en juxtaposant en quelque sorte deux prolétariats, un prolétariat disons ‘empirique’, plongé dans les affres de l’exploitation et porteur passif des tares de la révolution industrielle, et un prolétariat largement idéalisé, déjà organisé en un ‘mouvement ouvrier’ luttant pour son émancipation. Il est intéressant de constater que lorsqu’il se radicalise politiquement et tente de sortir du cercle de la reproduction posé par le couple habitus/pratiques (qui condamne concrètement les groupes dominés à se livrer à d’interminables luttes mutuelles de classement au sein de rapports sociaux intangibles), Bourdieu n’arrive finalement pas à autre chose qu’à réintroduire un point de vue subjectif proche de l’enquête dont se sert Engels pour construire son ‘prolétariat empirique’. On reste dans le cadre d’une « sociologie de la misère »[1], qui rend compte de la souffrance des classes exploitées, dans le meilleur des cas d’une certaine capacité (elle-même très problématique) à y résister, mais jamais de l’émergence d’une praxis collective mettant en cause les fondements des rapports sociaux existants. Même conçu de manière conflictuelle (ce qui n’est pas le cas chez le jeune Engels ou dans la sociologie dominante), le ‘social’ tend à évacuer le politique, et, du même coup, l’histoire. C’est pourquoi, lorsque des proches de Bourdieu comme Pialoux et Beaud analysent, ce qui est exceptionnel et il faut leur rendre hommage, la réalité d’une usine[2], y compris dans sa dimension historique, des luttes etc., ils parlent de la ‘condition’ ouvrière, ils raisonnent en termes d’analyse d’un groupe donné, constitué, en l’occurrence le ‘groupe ouvrier’ (de telle usine, il pourrait tout aussi bien être question d’un autre groupe, ouvrier ou pas), et non en termes de classes, ou plutôt de luttes de classes à travers lesquelles les groupes et les rapports sociaux qui les définissent se constituent et se transforment.

 

Ton livre est d’un point de vue théorique très rigoureux. Son approche dialectique de l’articulation entre l’action politique et les circonstances matérielles, y compris la présence et les positions des organisations ouvrières, apparaît central. En même temps ce sont des concepts parfois ardus pour la compréhension. Comment peut-on comprendre aujourd’hui le rôle des ‘intellectuels’, leur lien avec une organisation révolutionnaire, et plus généralement avec la classe ouvrière ?

 

Il me semble que ta question part d’un présupposé, qui est que les ‘intellectuels’ sont d’une certaine façon les professionnels du concept, ou de l’idéologie (sans aucune connotation péjorative en l’occurrence). Or, il ne s’agit là que d’une couche particulière d’intellectuels, que Gramsci désignait d’’intellectuels traditionnels’. En tant qu’universitaire, enseignant en philosophie et auteur d’ouvrages relativement spécialisés, j’en suis certainement un. Mais pour revenir à Gramsci, dont l’analyse est le point de départ obligé de toute réflexion marxiste (et même de toute réflexion sérieuse) sur la question des intellectuels, l’élaboration de la théorie révolutionnaire est une affaire collective. Elle est, plus exactement, l’affaire d’un ‘intellectuel collectif’, qui n’est autre que l’organisation politique révolutionnaire. Ce collectif se comprend lui-même comme un tout différencié, dans lequel s’intègrent aussi bien des ‘intellectuels traditionnels’ que ceux que Gramsci considérait comme les ‘intellectuels organiques’ à proprement parler des groupes sociaux dominés, à savoir les militants, ou plus exactement les cadres (politiques, syndicaux, culturels etc.) qui permettent concrètement d’affirmer l’autonomie et la capacité dirigeante du groupe en question.

 

La véritable césure qu’instaure selon Gramsci l’avènement du marxisme en tant que forme hybride théorico-pratique est donc double : elle renvoie à la fois au ‘passage’ d’’intellectuels traditionnels’, et même de ceux que Gramsci qualifiait de “grands idéologues”, de porteurs d’une conception du monde radicalement nouvelle comme Marx et Engels, dans l’orbite du mouvement ouvrier et à l’apparition d’un type nouveau, inédit, d’intellectuel, le militant du parti ou du syndicat, le journaliste de la presse ouvrière, le permanent de l’organisation, et, naturellement, le dirigeant politique. En ce sens, on le sait, Lénine occupait pour Gramsci une position de prééminence, y compris par rapport à Marx et Engels, car en tant que dirigeant de la première révolution socialiste victorieuse, il incarnait une forme aboutie, pleinement effective et vivante, de l’articulation de la théorie et de la pratique.

 

Au sein donc de l’ »intellectuel collectif », que je n’identifie pas à l’organisation dont je fais partie, la LCR, car il comprend pour moi l’ensemble des organisations qui, même de manière limitée et contradictoire, rendent possible l’autonomie des groupes dominés dans la société actuelle (y compris, naturellement, la LCR, qui n’est elle-même pas à l’abri des contradictions et des limitations), au sein donc de ce collectif, la tâche de l’intellectuel traditionnel se pose pour moi de manière très ‘classique’. Ce qui ne veut pas dire ‘simple’, car elle consiste d’une part à faire son travail spécifique, à savoir mener la bataille dans l’idéologie (surtout contre les formes les plus systématisées et sophistiquées de l’idéologie dominante) et dans la théorie, donc à produire des objets relativement spécialisés et non accessibles de fait à une grande partie des militants. D’autre part, elle implique de veiller à ce que ce travail spécifique communique et circule au sein du collectif en question, moyennant bien sûr les nécessaires médiations, et que, réciproquement, l’expérience que les autres militants y apportent lui parvienne à son tour. Il convient toutefois d’être lucide, les deux aspects comportent une certaine tension. Il n’est pas toujours facile d’établir cet échange à double sens, les effets de la division du travail de la société capitaliste sont bien réels. Les militants se méfient souvent des ‘intellectuels traditionnels’ (ils ont souvent raison, mais ce rejet comporte également un prix) et ces derniers éprouvent une grande difficulté à sortir des limites de leur travail spécialisé, car cela implique aussi une remise en question d’eux-mêmes, de leur position établie au sein des rapports sociaux (avec tout ce qu’elle comporte d’’habitus’ et de pratiques acquises, sur ce point aussi Bourdieu peut s’avérer utile).

 

La fonction de l’organisation est justement de contrecarrer en permanence cette tension, en contribuant à ce travail élaboration de l’’intellectuel collectif’ au moyen de sa presse, de ses publications, de ses activités de formation, et tout simplement par le débat politique qui s’y déroule. L’expérience historique nous indique qu’il y là un problème essentiel pour le mouvement ouvrier. Dans les partis communistes par exemple, dont je suis moi-même issu (j’ai milité auparavant au PC Grec eurocommuniste et au PCF), les ‘intellectuels traditionnels’ étaient à la fois valorisés (on savait que ‘ça comptait’, les plus connus apportaient au ‘Parti’ caution, prestige et légitimité culturelle), ils avaient leur lieux d’expression et de travail propres (souvent d’excellente qualité : voire certaines revues, instituts de recherche, maisons d’éditions etc.). Mais, en même temps, on s’en méfiait, on savait qu’ils disposaient de ressources qui pouvaient mettre en question les positions de la direction. Par dessus tout, on veillait à les isoler des militants et des cadres ouvriers, de l’ossature des ‘intellectuels organiques’ de l’organisation. Ils devaient rester dans leur ghetto ‘pour intellectuels’ et respecter certaines limites dans leur travail spécifique, celles qui laissaient intacte la ‘ligne’ défendue par la direction. C’est avec tout cet héritage qu’il nous faut rompre, et ce n’est pas une tâche aisée parce qu’il est profondément enraciné dans le mouvement ouvrier.

 

Plus personnellement, j’ai découvert les idées d’un ami et camarade de Marx, le poète allemand Heine, exilé à Paris dans les années 1840, à travers ton livre. Tu sembles dire qu’en quelque sorte Heine précède Marx dans son appréciation de l’homme politique révolutionnaire. Pourquoi, parfois, les artistes peuvent-ils devancer la politique ?

 

Parce qu’ils sont ‘dans’ le langage, dans le langage tout court pour les poètes ou les écrivains, ou dans celui qui est spécifique à leur pratique artistique pour les peintres, les musiciens etc. Et dans leur rapport au langage, c’est d’une certaine façon, la totalité de leur rapport au monde, à la société et à leur époque qui est en jeu et qui trouve son expression, sa vérité. Sartre disait qu’une littérature qui ne se rapportait pas à cette exigence de totalité “ne valait pas une heure de peine”. Il précisait immédiatement qu’elle est portée par le rapport au langage, par l’élaboration d’une forme spécifique.

 

Heine incarne au plus haut point cette exigence de totalité précisément parce qu’il est l’inventeur d’une nouvelle forme poétique et intellectuelle qui visait à embrasser la totalité de son époque en en épousant les contradictions et en les menant jusqu’au bout, par les moyens du langage. Heine est ainsi l’inventeur d’une poésie intégralement ‘dialectique’, qui n’accepte de convoquer les formes léguées par la tradition (notamment celle du romantisme, qui domine l’horizon de l’époque) que pour les subvertir de l’intérieur, leur conférant ainsi une signification nouvelle, chargée d’ironie et d’autodérision, ouvertement sarcastique, satirique ou polémique. Souvent cette violence est intériorisée, dans ce cas l’aspect sombre domine et l’expérience du poète rend compte du ‘travail du négatif’, mais elle ne se complait jamais dans la mélancolie, et finit toujours par retourner sa pointe vers l’extérieur, et se transforme ainsi en critique. Elle parvient ainsi à dire le conflit de l’époque, indissociablement individuel et collectif, depuis le registre le plus ‘totalisant’, celui de l’intervention dans les grandes batailles de son temps (cf. son célèbre cycle poétique Allemagne, conte d’hiver, écrit au moment de la rencontre avec Marx) jusqu’au plus subjectif, ou intime. Heine exprime ainsi, dans des poèmes d’apparence anodine, de l’impossibilité de l’amour romantique, de son mensonge intrinsèque, et, dans d’autres, qui ont fait scandale (même parmi les proches) de l’apparition d’une expérience inédite, dans l’anonymat de la grande ville, où désir amoureux et sexualité sont irrémédiablement dissociés, travaillés en secret par la violence des rapports sociaux.

 

Elève de Hegel à l’université de Berlin, ayant connu Goethe, ami de Marx, Heine est un intellectuel engagé, révolutionnaire au sens radical de ce terme. Sa poésie et ses essais philosophiques, sur lesquels je me suis plus particulièrement attardé parce qu’ils contiennent la première lecture révolutionnaire de Hegel et de la philosophie classique allemande communiquent parfaitement, on peut dire qu’il s’agit de deux modalités d’une même pensée. Sa portée sera immense pour la génération de Marx.

 

Témoin de la grande brisure de son siècle, l’écrasement de l’espérance émancipatrice de 1848, (il y a un parallélisme stupéfiant entre son recueil poétique Romanzero et le Dix-huit Brumaire de Marx), Heine nous en livre, avec les armes qui lui sont propres (Marx aura les siennes, plus spécialisées sans doute, mais plus analytiques, dotées de la puissance des abstractions conceptuelles) le contenu de vérité, la signification universelle. Avec lui débute une tradition qui se poursuivra, notamment dans la tradition allemande, avec Kurt Tucholsky et, avant tout, avec Bertolt Brecht, grand dialecticien, poète, écrivain et penseur marxiste dont l’importance proprement théorique est souvent sous-estimée. La signification de la rencontre de Heine avec Marx, à Paris, en 1844, est pour moi proprement ‘épocale’, comme disent les philosophes, au sens où elle inaugure une nouvelle époque, dont la promesse persiste et nous hante car elle demeure inaccomplie.

 

Propos recueillis par Nick Barrett. 

 

Notes

[1] Cf. le titre éloquent de l’ouvrage collectif qu’il a dirigé et qui inaugura sa phase plus « engagée » : La misère du monde, Seuil, 1993

[2] S. Beaud, M. Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Fayard, 1999.

 

Précisions sur un choix qui n’a rien d’un engouement

21 Avril 2017

 

A la suite de ma prise de position en faveur du vote pour Mélenchon, il y a eu de multiples interprétations dont certaines me reprochant le caractère tardif. Et il ne s’agit pas bien sûr de moi mais de tous ceux qui comme moi dans le PCF ont mesuré les conséquences d’un tel vote pour notre organisation. Il est clair que nous entrons, que Mélenchon soit élu ou pas, dans une période d’incertitude, ne serait-ce que parce qu’il risque d’y avoir des difficultés à constituer des majorités parlementaires dans un tel contexte. Cette inadéquation entre les partis et l’élection ne m’inquiète pas trop, je fais confiance à tous ces gens là pour se recomposer au mieux de leurs intérêts. Mais le véritable problème est que leurs politiques vont susciter une vague de colère et de désespoir face à laquelle ils ne savent pas encore quels moyens résister, l’intérêt personnel, les stratégies politiciennes trop évidentes allant même à l’encontre du but recherché…

 

Il y a bien sur le fascisme, il y a aussi le leurre Macron et le bonheur d’être moderne et gagnant. On nous a jeté un pur produit de marketing, mais quelles garanties de stabilité dans l’illusion offre-t-il. On l’imagine flanqué de Villepin et Bayrou voir Robert Hue qui tend la sébile aux côtés de Braouzec. Ceux-là seront faciles à contenter,  mais les deux premiers n’ont cessé de faire profession de traîtrise.  Pour mesurer la fragilité de l’homme il faut voir le caractère hétéroclite de ses soutiens y compris l’adoubement atlantiste… Il est tout de même extraordinaire qu’Obama après le succès qui a été le sien dans la défense de Clinton ait choisi l’ingérence en faveur de Macron. Son grand atout comparable à l’exploit de Hollande est d’avoir tellement bien jeté les USA que son peuple excédé ait fini par choisir un clown fascisant… Ca c’est la vision optimiste qu’ils prétendent nous vendre avant de recourir au fascisme… plutôt Trump que la paix disent-ils déjà… Après l’élection de Trump et la manière dont la « gôche » type l’OBS le dénonçait, je me suis demandé combien de temps il leur faudrait pour s’y rallier… Vite fait, il a suffit du viol de la loi internationale, du bombardement en Syrie pour qu’ils reconnaissent leur devoir, Macron et Hamon ont suivi.

 

Alors oui la paix est la grande question du moment… Et ce n’est pas un hasard si je m’accroche à ce combat et je le répète de ce point de vue ce que dit Mélenchon est crédible dans un temps où un Macron et un Hamon « comprennent » l’attitude inqualifiable d’un Trump. …

 

Mais je crois que vous ne comprendrez pas ma position si vous la limiter à cette seule adhésion et si vous ne prenez pas en compte la nécessité d’avoir des forces qui nous aideront à résister au trio libéral Fillon-Le Pen, Macron. de ce point de vue. Je choisis de voter Mélenchon non seulement par défaut, ça c’est à peu près clair, mais parce que je souhaite mettre l’accent justement sur le défaut et pour tenter si faire ce peut d’y résister… Sur le fond, je considère que nous assistons à un cas de suicide de la part du PCF et de ceux qui se prétendent communiste. Ce suicide vient de loin pour moi disons de la déstalinisation complètement ratée et qui a consisté à partir de là à se mettre à la remorque de la social démocratie sous ses diverses formes. Depuis plus de vingt ans le PCF est attaqué de l’extérieur et autant de l’intérieur, il s’agit partout de faire oublier ce que l’existence du PCF a pu représenter de progrès social, culturel même pour la classe ouvrière et notre pays.

 

N’êtes vous pas frappés qu’il y ait au moins trois candidats qui sont des trotskystes comme si l’effacement des communistes qui demeurent au plan international dans la tradition des révolutions du XXe siècle qui ne sont pas trotskistes. Pourquoi nous retrouvons-nous avec ces trois tendances trotskystes Mélenchon, Arthaud et Poutou. Quel communisme qui n’a jamais pu réaliser son projet et qui se voue à la marginalisation quelle que soit la force du militantisme? Ce qui est tout de même étonnant c’est à quel point le capital et la petite bourgeoisie ont conservé la grande peur au point que celui qui prétend occuper la place communiste se retrouve immanquablement accusé d’être le pouvoir soviétique dans ses pires caricatures, un peu comme quand l’on souffre du membre dont on a été amputé. Ils ont senti passer si près le vent du boulet qu’ils en frémissent encore et surtout ils savent que cela demeure une de leur chance de perdurer en l’absence de perspective. De ce point de vue, il arrive qu’un Mélenchon ait plus de courage que ceux qui ne cessent en vain de vouloir se faire pardonner ce dont ils ne sont pas coupables au point d’entretenir le doute. Tout cela ne vit que d’avoir été et veut pourtant en effacer la mémoire.

 

La Social démocratie dans sa tendance fondamentale qui se confond avec la droite et est profondément atlantiste par haine là encore de l’expérience du XXe siècle? La SFIO qui a mènée la guerre froide et les luttes coloniales, le rocardisme tout aussi atlantiste, les faux gauchistes à la Cohn-Bendit plus proche de la CIA que de la révolution et tout ce beau monde portant Mitterrand au pouvoir et avec lui qu’on le veuille ou non une certaine revanche de la France de Vichy sur la résistance. Ma remarque a l’air dure, mais si l’on peut considérer comme hasard la décoration de la francisque, voir l’amitié jusqu’au bout avec Bousquet, il y a deux faits fondamentaux qui ne pardonnent pas, le projet réussi de réduire le PCF et le choix de faire monter le Pen… Ce relent de pétainisme dans les valeurs y compris l’intérêt pour Charonne et pour une France comparable à celle de Fillon apparaît dans la logique de celui qui n’a jamais été socialiste et à partir duquel la vieille SFIO a commencé sa mutation anti-ouvrière.

 

Ou encore comme en réponse à cette rupture assumée de la gauche avec le monde ouvrier qui a nom le plan Davignon, la destruction de l’industrie française et le passage à la banque sous l’ère Mitterrandienne autant que la prise en main par de purs produits de l’ENA de la vieille maison socialiste, il y a eu le  retour au syndicalisme révolutionnaire à la Proudhon y compris avec son antisémitisme violent parfois? L’anarchisme, l’ouvriérisme produit à la fois du refus de tous les compromis à leurs dépends et de l’incapacité à prendre le pouvoir, être hégémonique, représentant toute la société. La réponse malheureuse de la classe ouvrière trahie qui consiste à vouloir ressembler au service d’ordre de la fête de l’Humanité faute d’avoir un projet politique.

 

C’est non seulement de la déstalinisation ratée que sont sortis tous ces fantômes de l’impuissance, mais la direction du PCF ou plutôt les directions successives se sont acharnées à détruire ce qui restait du parti léniniste. La mutation de Robert Hue a détruit tout ce qui pouvait l’être en matière d’organisation, MG. Buffet très proche de fait des refondateurs socialistes a consacré le primat de ces courants sur le parti communiste et Pierre Laurent, le fantôme incapable d’aller vers les travailleurs, homme d’appareil a perdu son mandat à tenter de faire tenir ensemble tout cela, en vain.

 

La déstalinisation ratée puisque la seule chose que les communistes ont conservée a été le pire. Le légitimisme des directions quelles que soient leurs errances, une vision religieuse des directions et la capacité de jeter les chiens sur celui qui proteste. Il y a eu cet éclatement et l’impuissance du congrès à faire un choix clair y compris d’un candidat communiste. Puis l’acceptation de n’importe quoi, l’incapacité à s’unir pour conserver un parti. Tout cela nous a conduits à nous ranger derrière un nouveau Mitterrand qui finissait par être plus courageux que nos directions, ce qui n’était pas très difficile. Personne n’a voulu lire complètement ce qui m’a fait choisir à Marseille de voter pour Mélenchon.

 

Il y a eu le discours sur la paix, il ne reste plus que ça avec la sortie de l’OTAN, tout le reste en particulier l’Europe est abandonné avant même l’épreuve du feu. Oui mais quelle alternative réelle, le fantomatique Pierre Laurent et le parti qui pourtant représente un potentiel de militants de dévouement sans équivalent incapable d’exister dans de telles conditions. Il y a encore l’implantation locale, le rôle des élus communistes qui n’a rien à voir avec la légèreté et l’inconsistance de ceux qui entourent Mélenchon, alors au moins sauvons cela. Donnons à la France ce minimum de protection. Il faut que les législatives sauvent les meubles.

 

Si je réagis c’est à cause de l’imbécile qui tente de nous attribuer, de m’attribuer le fait que Mélenchon ne sera pas président… Et un de plus pour les communistes, ces gens sont insupportables, ils ne mesurent même pas comment ils ont brisé l’élan en prétendant présenter des candidats contre les députés du PCF. Non tout est toujours de la faute des communistes comme les petits bourgeois qu’ils sont.

 

J’ai passé ma vie à défendre l’existence du PCF, la nécessité d’avoir un parti communiste ancré dans la classe ouvrière et l’alliance avec les intellectuels, un parti de la nation autant que de l’internationale… j’ai vu peu à peu remettre en cause cette identité indispensable à tous. Mon obstination peut paraître folie mais on dit que quelqu’un qui poursuit sa folie devient sage. De ma folie donc je conserve la recherche de l’issue qui nous éloigne d’un désastre programmé. C’est la raison de mon choix.

 

Voilà je pose de ce que je pense avant l’élection ou plutôt les élections… et je développerai quand le temps de la réflexion et des débats viendra enfin.

 

Danielle Bleitrach

 

PS. Je reprends la parole parce qu’un ami très gentil mais complétement à côté de la plaque dit qu’il comprend mon amertume. il y a le sentiment d’un terrible gachis et des conditions dégradés d’un combat qui vont faire perdre beaucoup de temps et générer des souffrances inutiles pourquoi voyez-vous toujours mes motivations sous un angle aussi stupide et mesquin… Le vote en faveur de Mélenchon est la tentative d’aller vers une accélération de la prise de conscience sans laquelle ces souffrances seront encore amplifiées. Peut-être certains imbéciles qui déjà attribuent aux communistes leurs échecs se rendront-ils compte de la lucidité politique qu’il nous faut pour faire ce choix…

Voter, ou faire de la politique ? Alain Badiou

 

20 Avril 2017

L\'installation du street-artiste EFIX à Montpellier en avril 2017.

 

Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’à partir de prémisses quelquefois communes j’aboutis à des conclusions opposées à celle d’Alain Badiou, qu’il s’agisse de son appréciation sur la Chine de hier ou celle d’aujourd’hui, qu’il s’agisse de sa conception de la politique qui exclut l’exercice du vote au lieu de le replacer dans une perspective, il n’en demeure pas moins que j’aime bien sa vision critique même si elle ne préconise pas grand chose en définitive, elle a le mérite de faire un travail conceptuel indispensable sur le communisme et de poser comme je ne cesse de le réclamer la nécessité d’un véritable bilan de l’expérience communiste. Parce que tant que nous n’aurons pas procédé à ce travail au plan national et international nous serons effectivement enchaînés au parlementarisme, ses fausses alternatives et nous pourrons dire « Nos vie ne rentrent pas dans vos urnes »…  

 

(note de Danielle Bleitrach)


Nombreux sont les électeurs qui restent encore indécis quant au scrutin présidentiel, pourtant imminent. Je peux les comprendre. Ce n’est pas tant que le programme des candidats tenus pour éligibles soit obscur, ou confus. Ce n’est pas tant– je reprends ici une tournure que j’avais appliquée naguère à Sarkozy, et qui a connu un certain succès – qu’il faille se demander « de quoi ils sont le nom ». C’est bien plutôt que ce n’est que trop clair. Marine Le Pen est la version modernisée, donc féminisée, de l’extrême droite française de toujours, dévouée au capitalisme et à la propriété privée sur le fond, mais démagogiquement populiste, nationaliste à la petite semaine, xénophobe et boutiquière.

 

François Fillon est le bourgeois provincial catholique intolérant, totalement ignorant de ce que c’est que vivre hors de son milieu rance, et dont la philosophie, personnelle ou budgétaire, se résume à « un sou est un sou ». Sinon qu’il n’est pas regardant sur la provenance de ses propres sous, et par contre d’une intransigeance et d’une avarice sordides quand il s’agit des dépenses budgétaires, et donc des sous des autres, et surtout des sous des pauvres.

 

Benoît Hamon est le représentant timide, quelque peu étriqué, du « socialisme de gauche », détermination qui a toujours existé, bien qu’elle soit plus difficile à identifier et découvrir que l’Arlésienne, sinon par sa différence indifférente d’avec le socialisme colonial et musclé des Lacoste ou des Valls.

 

Jean-Luc Mélenchon, certes le moins antipathique, n’est est pas moins le parlementaire de ce qu’on appelle aujourd’hui la gauche « radicale », à la lisière précaire entre vieux socialisme en ruine et communisme fantomatique, misant sur l’éloquence « à la Jaurès » et sur une énergie partagée à la bonne franquette pour masquer qu’au pouvoir, il ne ferait que ce qui est déclaré possible par nos vrais maîtres, et donc presque rien de ce qu’il annonce à son de trompe.

 

Emmanuel Macron, lui, est une créature sortie du néant par eux, nos vrais maîtres, les plus récents, ceux qui ont acheté, par précaution, tous les journaux, les capitalistes de la dernière vague, ceux de la mesquine « révolution » informatique et de ses bas-côtés. Il porte beau, ce faux jeune, et s’il croit et dit que la Guyane est une île ou que le Pirée est un homme, ce n’est que parce qu’il sait que parler n’a jamais engagé personne dans le camp qui est le sien, et que, comme on disait dans le Midi du vieux socialisme de cassoulet, « il est bien pôvre, celui qui ne peut pas promettre ».

Alors, obscurément, ceux qui hésitent sentent que dans ce théâtre de rôles anciens et connus, la conviction politique, la révolte, la demande populaire, une dangereuse situation mondiale presque au bord de la guerre, le malheur planétaire de centaines de millions de gens, que tout cela ne compte guère, ou n’est qu’un prétexte pour de fallacieux effets de manche.

 

C’est pourquoi il est utile de partir de la question : qu’est-ce que la politique ? Et qu’est-ce qu’une politique, repérable, affichée ?

 

Une politique peut toujours se définir, matériellement, à partir de trois composantes : D’abord, la masse des gens ordinaires, avec ce qu’ils font et ce qu’ils pensent. Appelons ce terme « le peuple ». Ensuite, diverses formations collectives plus ou moins denses : associations, syndicats et partis, en somme tous les regroupements capables d’action collective.

 

Enfin, les organes du pouvoir d’Etat : armée et police, bien sûr, députés et autorités à tous les niveaux, mais aussi, et de façon essentielle, les organes du pouvoir économique et/ou médiatique (la différence est devenue presque imperceptible), soit tout ce qu’on appelle aujourd’hui, d’un terme tout à la fois pittoresque et accablant, les « décideurs ».

 

Une politique consiste toujours à poursuivre des objectifs en articulant ces trois éléments, en les imbriquant, en les hiérarchisant. Alors on peut voir que, en gros, dans le monde moderne, il a existé quatre orientations politiques fondamentales : fasciste, conservatrice, réformiste et communiste.

 

L’orientation conservatrice et la réformiste constituent le bloc central du parlementarisme dans les sociétés capitalistes avancées : droite et gauche en France, républicains et démocrates aux USA, conservateurs et travaillistes au Royaume uni, démocrates-chrétiens et sociaux-démocrates en Allemagne, etc.

 

Ces deux orientations ont en commun un point fondamental : elles affirment que le conflit entre elles, notamment à propos de l’articulation des trois éléments, peut et doit rester dans des limites constitutionnelles qu’elles acceptent l’une et l’autre. Autrement dit, l’alternance au pouvoir de l’une puis de l’autre de ces tendances centrales n’est que le mode de perpétuation, par de petits changements portant sur des nuances, d’un consensus fondamental.

 

Ce qu’il y a de commun aux deux autres orientations, la communiste et la fasciste, c’est qu’elles soutiennent que le conflit des partis quant à la question du pouvoir d’Etat est tendanciellement violent, c’est-à-dire qu’il ne se laisse par limiter par un consensus constitutionnel. Elles refusent d’intégrer dans leur conception de la société et de l’Etat des objectifs contradictoires aux leurs, voire simplement différent des leurs.

 

Bien entendu, les objectifs de ces deux tendances sont – contrairement à ce qui règle le duo conservatisme/réformisme – totalement opposés. Le fascisme est un capitalisme d’Etat greffé sur le mythe d’une identité collective, raciale, nationale religieuse, culturelle, supérieure à toute autre. Le communisme entend, lui, briser le droit bourgeois, limiter de façon drastique la propriété privée des moyens de production, et s’adresse, hors identité fermée, à l’humanité tout entière. Mais l’un et l’autre s’opposent, au sein des opinions répandues dans le peuple, au bloc consensuel central.

 

On peut appeler « parlementarisme », en tant que forme d’Etat dominante dans ce qu’on appelle communément l’Occident, une organisation du pouvoir d’Etat qui, par la médiation de la machinerie électorale, des partis et de leur clientèle ainsi que de ressources financières souvent occultes, assure l’hégémonie partagée des conservateurs et des réformistes, et élimine, sur ses bords, toute prétention étatique sérieuse des fascistes et des communistes.

 

Il faut pour cela qu’existe un tiers terme, une puissante base contractuelle commune, à la fois extérieure et intérieure aux deux orientations principales. Il est clair que dans nos sociétés, cette base est le capitalisme libéral. La liberté d’entreprendre et de s’enrichir sans limites, le respect absolu, garanti par la justice et par une lourde police, du « droit » de propriété, la confiance dans les banques, la souveraineté des marchés, la possibilité pour les grandes sociétés privées d’acheter tous les moyens de propagande, l’éducation des jeunes, sous couvert de « démocratie », à la concurrence, à l’appétit pour la « réussite », au mépris des loosers, l’affirmation répétée du caractère utopique et nuisible de l’égalité : voilà la matrice des « libertés » consensuelles. Ce sont ces libertés dont les deux partis dits « de gouvernement » s’engagent plus ou moins tacitement à garantir la pérennité.

 

Le devenir du capitalisme impérial et mondialisé peut introduire dans les populations, notamment dans la petite bourgeoisie menacée d’une déchéance de son statut, ou dans les régions ouvrières ravagées par la désindustrialisation, quelques incertitudes quant à la valeur du consensus parlementaire, et donc quant à la confiance accordée, lors du rituel électoral, aux « grands » partis conservateurs ou réformistes. C’est le cas en Occident — USA et Europe –, où une forme de décadence est perceptible au vu de la montée en puissance, sur le marché mondial, des pays d’Asie. Cette crise subjective favorise aujourd’hui unilatéralement les orientations fascisantes, nationalistes, religieuses, islamophobes et guerrières, et cela pour deux raisons. D’abord parce que la peur est mauvaise conseillère, et que ces subjectivés de crise, ravagées par la peur, sont tentées de se cramponner à des mythes identitaires. Ensuite et surtout, parce que l’hypothèse communiste est sortie terriblement affaiblie de l’échec historique de ses toutes premières versions étatisées, les principales étant l’URSS et la Chine Populaire.

 

Les tenants intellectuels du consensus parlementaire, tant les conservateurs éclairés que les réformistes réalistes, tout ce qui va de Fillon à Mélenchon en passant par Macron et Hamon, nous supplient de voter « utile » pour barrer la route au proto-fascisme désormais installé dans le paysage. Mais qui a ouvert cette route ? Qui, par des campagnes ignorantes, acharnées, persécutrices, s’est employé à identifier l’orientation communiste à un crime ? Qui nous a enjoint de penser qu’une Idée égalitaire, le motif d’une émancipation de l’humanité toute entière, rompant avec une dizaine de millénaires de dictature de la propriété privée, pouvaient et devaient être jugés sur soixante ans d’expérimentations étatiques localisées, entre 1917 (révolution russe) et 1976 (échec définitif de la révolution culturelle chinoise) ?

 

Nous admettons certes que ces courtes expérimentations ont parfois pu prendre la forme de terribles tragédies. Mais tragédies pour tragédies, qui décide, dans ces conditions, du pardon donné au libéralisme démocrate pour celles dont il est responsable, sans que ses normes et son but, contrairement au cas du communisme, ait par ailleurs la moindre valeur universelle ? S’il ne s’agit que de compter les morts, et à s’en tenir à la seule France, qu’on écrive sur la grande table de l’accusation les millions de morts engendrés en trois petits siècles par le capitalisme impérial. Parlons des massacres aveugles de la conquête de l’Algérie, des tortures et des camps de concentration de sa guerre de libération, en passant par les dizaines de milliers de mort lors de la répression des émeutes de Sétif. Qu’on convoque l’esprit des milliers de révoltés malgaches massacrés juste après la dernière guerre mondiale, souvent jetés vivants depuis des avions.

 

Parlons de la répression de l’insurrection au Cameroun, avec les têtes des victimes exposées au seuil des villages. N’oublions pas les trente mille ouvriers morts sur le pavé de Paris lors de la répression de la Commune par ces parfaits démocrates qu’étaient messieurs Jules Ferry et Jules Favre. Et qu’on n’oublie surtout pas non plus que la seule première guerre mondiale, à partir des seuls Etats occidentaux et démocratiques, et pour des enjeux répugnants de rivalité impériale, créa l’époque où les morts à la guerre devaient désormais se compter par dizaines de millions. Qu’on se souvienne des atroces listes de jeune morts pour-rien qui composent de sinistres monuments dans le moindre de nos villages.

 

Oui, comparons, concluons. Le fléau de la balance ira invinciblement du côté de l’expérience communiste, laquelle, contre l’oligarchie minuscule qui cumule des profits extorqués, annonce, depuis très peu de temps, et dans la première grande vision étayée sur le réel, une libération de l’humanité tout entière. Quelques décennies de tentatives, brutalement encerclées et attaquées, ne peuvent convaincre quelqu’un de bonne foi qu’elles suffisent à annuler cette promesse et nous contraignent à y renoncer pour toujours.


Alors, voter ? Soyons, sur le fond, indifférent à cette demande de l’Etat et de ses organisations. On peut voter pour le moins pire, on peut ne pas voter par principe : c’est l’indifférence qui est en tout cas la bonne subjectivité. Car nous devrions désormais tous le savoir : voter, ce n’est jamais que renforcer, contre une autre, une des orientations conservatrices du système existant.

 

Ainsi, ramené à son contenu réel, le vote est une cérémonie qui dépolitise les peuples. Commençons par rétablir dans ses droits la vision communiste de l’avenir, partout. Que des militants convaincus aillent en discuter le principe dans toutes les situations populaires du monde, et qu’alors, comme le proposait Mao, « nous rendions au peuple, dans sa précision, ce qu’il nous donne dans la confusion ».

 

Oui, recommençons le communisme, au ras de la fusion entre son Idée et l’existence populaire. C’est cela, faire de la politique.

 

Les dérives brunes de Maïdan

Comment en est-on arrivé à l’émergence en Ukraine d’un conflit gelé ?
 
VENDREDI, 14 AVRIL, 2017
L'HUMANITÉ
 

Par Jean Geronimo Enseignant-chercheur à Grenoble-III

 

Issue d’un mouvement ultranationaliste d’apparence démocratique, mais intrinsèquement fasciste, la « révolution » de Maïdan a fondé sa légitimité sur une Ukraine eurolibérale, libérée de la tutelle russe et focalisée contre le « complot communiste », dont Moscou serait la matrice historique. Pour Washington, ce contexte a justifié une atmosphère de guerre froide surfant sur les forces radicales et réactivant, via une stratégie de désinformation, le mythe de l’ennemi russe en Ukraine.

 

Un putsch nationaliste fascisant, aiguillé par Washington

 

Le coup d’État du samedi 22 février 2014 contre Ianoukovitch a été permis par la violation de l’accord du 21 février, consécutive à l’insurrection organisée par des forces obscures sous bienveillance occidentale. À ce jour, l’ONU – à la suite du Conseil de l’Europe – dénonce le retard de la justice sur les dérives meurtrières à Kiev et Odessa de ce putsch nationaliste nourri de l’idéologie antirusse et fascisante de Bandera. Après une courte transition politique, ce putsch sera le socle du couronnement présidentiel de Petro Porochenko le 25 mai 2014, défenseur des intérêts américains, du grand capital et des oligarques contre le « bolchevisme ». Son objectif est l’intégration à l’UE néolibérale – le rêve européen, sous verrou américain.

 

À terme, cette inflexion européenne de Kiev sera le catalyseur de son rapprochement avec l’Otan, relais de la diplomatie américaine.

 

Dans ce but, Porochenko construira sa stratégie contre la « menace russe ». Structurellement imprégné depuis la guerre froide par la doctrine Brzezinski du refoulement de la puissance russe, Washington peut avancer ses pions – et ses bases – sur l’échiquier eurasien. Au moyen de stratégies déstabilisatrices s’appuyant sur des forces extrémistes, son but est d’empêcher le retour russe en Europe, qui, de facto, remettrait en cause son leadership hérité de la lutte anticommuniste. Aujourd’hui, décorés de croix gammées et opérant un blocus des régions séparatistes, les radicaux de Maïdan apparaissent comme des « libérateurs » de l’Ukraine bandériste. Une façon, d’abord, de justifier une guerre nationaliste. Une façon, ensuite, de justifier l’aide américaine aux groupes paramilitaires antirusses et à la formation de la garde nationale ukrainienne, issue d’éléments radicaux. Une façon, enfin, pour Washington de justifier le formatage idéologique des élites ukrainiennes – au nom du devoir d’ingérence, déjà acté en Serbie (1999), en Irak (2003), en Libye (2011) et en Syrie.

 

Une « révolution » anticommuniste, détournée contre Moscou

 

Catalysé par des opposants nationalistes néonazis, le mouvement révolutionnaire a été guidé de l’étranger. À la suite du référendum criméen du 16 mars 2014, il s’est radicalisé avec une chasse aux « ennemis » – russes et communistes – débouchant, à partir du 15 avril 2014, sur une terrible répression gouvernementale dans l’Est – avec, le 2 mai 2014, le honteux massacre des « rouges » d’Odessa (plus de 40 morts). Ressuscitée de la guerre froide, cette fièvre maccarthyste est à l’origine de lois de « décommunisation » conduisant à l’interdiction du Parti communiste ukrainien le 24 juillet 2015 et, par ricochet, à la sacralisation des vieux héros nationalistes collaborationnistes liés à la Waffen-SS. Troublante révision de l’histoire niant le rôle clé de l’Armée rouge dans la libération de l’Europe et portée par les idéologies nazies de groupes paramilitaires comme Azov, Donbass et Pravy Sektor – contre le fantôme (et les statues) de Lénine. Avec un silence médiatique assourdissant.

 

La « révolution » kiévienne s’inscrit dans le prolongement des révolutions colorées néolibérales, ciblant l’espace postsoviétique dans les années 2000 et visant à installer des dirigeants proaméricains, via le soutien de rébellions nationalistes, fascistes ou religieuses initié par la stratégie afghane de Brzezinski en 1979 – voire par le putsch anticommuniste de 1973 contre Allende au Chili. À l’instar du modèle yougoslave de 2000 – appliqué en Géorgie (2003), en Ukraine (2004) et au Kirghizstan (2005) –, le scénario ukrainien est une mécanique parfaitement huilée, sous l’œil de l’ambassade américaine comme superviseur de la « révolution ». Le rôle des organisations gouvernementales et non gouvernementales étrangères, ainsi que l’ingérence « droit-de-l’hommiste » des dirigeants occidentaux (John Kerry, Victoria Nuland, Catherine Ashton) ont été décisifs – avec les obscurs snipers de Maïdan – dans la construction du point critique provoquant le putsch. Sans oublier le vernis moral de la contestation étudiante.

 

Le 14 juillet 2016, l’ONU a regretté l’absence de « volonté réelle » de Kiev pour trouver les responsables du massacre de Maïdan (plus de 50 morts le 20 février 2014). Or aujourd’hui, il est clair que ces snipers sont liés à l’opposition radicale anti-Ianoukovitch et ont été intégrés – avec les milices brunes – dans la stratégie de déstabilisation du régime prorusse. Une pression « démocratique » a été impulsée par des fondations privées, les élites oligarchiques et le duo Neid-Usaid – moteur des révolutions postsoviétiques – via un soutien dollarisé à l’opposition ukrainienne et à la propagande anticommuniste pour « ouvrir » la société civile. En forte hausse –dépenses quadruplées en 2017 –, ce soutien est désormais intégré dans le budget américain en vue de financer sa stratégie antirusse sur l’espace eurasien, dans le cadre d’une guerre hybride centrée sur l’information. Par le soft power, il s’agit d’éradiquer l’idéologie soviéto-communiste symbolisée par le « dictateur » Poutine resté, dans la croyance libérale, l’homo-soviéticus aspirant à restaurer l’Empire et à satelliser l’Europe. Délirant.

 

Kiev, pivot du néomaccarthysme

 

Au final, au cœur de l’Eurasie, on assiste au réveil d’un anticommunisme primaire réactivant, contre Moscou, la nostalgie brune ancrée dans un nationalisme identitaire visant, désormais, la pensée et les journalistes « déviants ». Avec, au nom d’un intégrisme libéral, l’émergence en Ukraine d’un conflit gelé, nourri par une hystérie néomaccarthyste renforçant l’extrême droite et, depuis le 29 janvier 2017, relancée par l’offensive gouvernementale dans le Donbass. Une « révolution », 10 000 morts – et après ?

 

Par Jean Geronimo Enseignant-chercheur à Grenoble-III

Dernier ouvrage paru ! "Ukraine. Une bombe géopolitique, au cœur de la guerre tiède", éditions Sigest, 2015.


Commentaire de B.T : Voilà un texte qui se risque à l'analyse, que je considère de grande qualité parce que ne perdant pas de vue les enjeux de classe. Ce texte est une tribune libre et de fait n'engage, ni la direction de l'Humanité, ni la direction du PCF. Un texte que se révèle incapable de produire le secteur international du PCF. Un texte très loin de la russophobie, de la Poutinophobie d'un Francis Wurtz engagé qu'il est dans la promotion de U.E c'est à dire in fine du Capital. Sur la barricade du combat capital/Travail il a choisi en connaissance de cause de ne pas se mettre du côté du travail. Force est de constater qu'au sein du PCF il n'est pas seul. Un Francis Wurtz gangrené par l'esprit néo colonial de l'"occident" incapable de comprendre que Poutine ou pas c'est d'abord l'affaire des russes, point barre. Comme Hollande c'est d'abord notre affaire et personne d'autre.

 

18 avril 2017

Jean-Pierre Page, on ne se plaindra que l'on parle de Gramsci...

"Pour ma part, précise Jean-Pierre Page, l'alternative ce n'est pas le devenir de la « gauche », les problèmes existentiels de celle-ci n'intéressent plus guère de monde, la messe est dite. Par contre ce qui importe c'est la stratégie à mettre en oeuvre pour permettre la prise de pouvoir qui mettra à bas le capitalisme. C'est l'enjeu auquel l'humanité toute entière est confrontée. Il faut relire à ce sujet la contribution du Père Miguel d'Escotto en son temps Président de l'Assemblée Générale de l'ONU et que nous avions publié dans « La Pensée Libre ». C'est le sujet qui se pose partout et singulièrement dans les pays les plus développés, USA et Europe en tout premier lieu, mais aussi avec une certaine acuité dans les pays du Sud!..."

Reprenons la lecture des réflexions de Jean-Pierre Page...

Michel Peyret


A propos de Gramsci... Et de la situation actuelle

Jean-Pierre Page

Réponse de Jean-Pierre Page à l’article de Dayan Jayatileka paru dans GLOBAL-E, revue de l’Université de Californie-Santa-Barbara (USA), 5 mars 2017
mis à jour le : 20 Mars, 2017

Evidemment on ne se plaindra pas que l'on parle de Gramsci, il faut y revenir une évidence, d'autant qu'il est terriblement actuel et qu'il serait préférable de ne pas lui faire dire ce qu'il n'a jamais dit. Il y aurait beaucoup de choses à commenter sur le propos de Dayan Jayatileka dans le rapport critique avec ce qui caractérise la situation réelle et celle de la "gauche" en quête d'alternative!  L'évocation qu’il fait de la période historique que nous vivons, a pour autant des limites. De mon point de vue cette époque doit être contextualiser en mettant en évidence, combien était correcte et prémonitoire la pensée de Gramsci.    

Je pense qu’il aurait pu parler beaucoup plus,  sur ce que Gramsci a dit sur l'hégémonie culturelle, sur le rapport des intellectuels au monde du travail, sur l'intellectuel organique, sur le bloc historique, en relation avec les enjeux qui découlent de la crise systémique du capitalisme dans toutes ses dimensions. Ces sujets sont au coeur du débat politique actuel singulièrement parmi ceux qui se réclament de la "gauche". On le voit d'ailleurs de manière remarquable avec les suites de l'élection de Trump, le Brexit, l’avenir de l’union Europénne, celle de l’Euro, la confusion qui domine dans les pays de l'Europe de l'est, les enjeux géo politiques à travers la place inédite de la Russie et de la Chine dans les rapports de forces internationaux enfin tout ce qui dorénavant est caractérisé de "populisme" sans trop savoir ce que cela veut dire, mais qui est devenu un concept commode pour mettre dans le même sac les charlatans de la politique avec ceux qui défendent l'esprit critique, rationnel, les anticapitalistes et anti-impérialistes conséquents...  

Pour ma part l'alternative ce n'est pas le devenir de la « gauche » les problèmes existentiels de celle-ci n'intéressent plus guère de monde, la messe est dite. Par contre ce qui importe c'est la stratégie à mettre en oeuvre pour permettre la prise de pouvoir qui mettra à bas le capitalisme. C'est l'enjeu auquel l'humanité toute entière est confrontée. Il faut relire à ce sujet la contribution du Père Miguel d'Escotto en son temps Président de l'Assemblée Générale de l'ONU et que nous avions publié dans « La Pensée Libre ». C'est le sujet qui se pose partout et singulièrement dans les pays les plus développés, USA et Europe en tout premier lieu, mais aussi avec une certaine acuité dans les pays du Sud!

Or ce qui fait défaut c'est la lutte de classes au coeur même du capitalisme, là ou se nouent les contradictions là où se concentrent tous les pouvoirs. En sommes nous convaincus, c'est  une des  questions à résoudre! On ne s'en sortira pas avec des "jérémiades" et encore moins de bonnes intentions, mais en associant étroitement la critique et l'action, pas l'un sans l'autre. Nous n'en sommes pas là! Comme le dit le milliardaire US Warren Buffet "la lutte de classes existe mais depuis 20 ans c'est nous qui la gagnons." C'est pourquoi concernant la "gauche “on peut poser la question suivante: a t'elle encore l'intention de la gagner (la lutte de classes)? Si oui, elle doit s'y prendre comment, compte tenu de la faillite de toutes les "alternatives, pétitions morales et de principes que la "gauche" continue à défendre?  

Par exemple, Gramsci a beaucoup écrit sur les causes et les moyens de l'hégémonie culturelle de la bourgeoisie! Or ou en sommes nous de l'analyse de classe et de la bataille contre les efforts démentiels mis en oeuvre aujourd'hui  par l'establishment politico/mediatico/financier pour encadrer la pensée et détourner les masses de toute réflexion critique quant à la situation qui est la leur, voir jusqu'à leur interdire d'entendre et lire autre chose, comme le démontre actuellement la campagne sur les"fake news."

Quelle confrontation permanente est menée contre "les chiens de garde", ces intellectuels qui se soumettent, capitulent et collaborent en s'employant à ré écrire l'histoire passée ou à interpréter celle présente? Une même pensée unique au service du mensonge, quand celui-ci est devenue dorénavant  une manière de gouverner avec une arrogance insupportable. Or la "gauche" fait le choix d'échanger, de partager, de s'associer en cherchant une illusoire respectabilité dans ces prétendues débats entre gens de bonne compagnie, dans une “consanguinité de classe." Dans la recherche d'une légitimité politique il ne peut y avoir d'arrangements, de "compromis historiques" entre les forces de progrès et le conservatisme néo libéral. De l'avoir envisager et mis en pratique a contribué à l'abdication de la gauche et aux échecs que nous savons. Ne faut il pas en tirer les leçons une bonne fois pour toute!  

On évoque la défense des revendications et des droits des travailleurs mais comment ne pas répliquer à ces campagnes pour intégrer socialement et idéologiquement travailleurs et syndicats sur le caractère indépassable du capitalisme comme on l'a vu en France avec la réforme du code du travail et depuis. Pourquoi évite t'on de parler d'exploitation de l'homme par l'homme? Gramsci affirmait que, sous le capitalisme moderne, la bourgeoisie peut maintenir son contrôle économique en laissant la société politique accorder un certain nombre de revendications aux syndicats et aux partis politiques de masse. Ces concessions sur des intérêts économiques immédiats ne sont en fait que des modifications des formes de son hégémonie. Cela n’est même plus nécessaire aujourd'hui puisque la bourgeoisie fait pour la première fois la proposition à travers la candidature Macron, de mettre un terme a la politisation des syndicats( entendons par là: la CGT et pourtant!!!). On attend la réaction des syndicats, de la "gauche"!  

Par conséquent, un des problèmes auquel il faut faire face c'est l'abdication de la dite "gauche" quand a ses responsabilités à contribuer à éclairer les enjeux de classe, son refus de confronter radicalement la logique même du capital c'est à dire le sacro saint principe de la propriété , celui de convaincre que le problème au fond ce n'est pas tant l'orientation de la politique gouvernementale et ceux qui la conduisent qu'il faudrait changer mais le capitalisme qu'il faut défaire et vaincre, qu'il soit d'ailleurs géré par la droite ou la "gauche."   

Je pense que depuis que la "gauche" a abandonné toute analyse de classe, celle-ci est devenue incapable de poser le problème de la lutte pour la prise du pouvoir en termes de stratégie révolutionnaire,  elle s'est réfugiée dans la "combinazione" politicienne qui est réduite aux hommes (et femmes) providentiels comme à la survie de  leurs appareils/partis/syndicats qui participent  comme le faisait remarquer Gramsci a l'ordre des choses celui voulu par la bourgeoisie et donc le Capital. Que devient la misère matérielle, la maladie, le chômage, les guerres, etc. La référence à l'éthique, à une morale dont parle Dayan Jayatileka n'est ce pas au fond, de l'idéalisme, n'est ce pas là ce qui sert à justifier et perpétuer les "valeurs morales" et socio économiques de la bourgeoisie. Que devient l'exploitation des hommes et des peuples par le Capital? Que disons nous quant à l'impunité dont s'arroge la bourgeoisie? Ne se pare t'elle pas d’habits qui ne sont au fond que des oripeaux? Comme le remarquait Paul Nizan le problème c'est que la bourgeoisie comme classe "doit convaincre qu'elle agit pour le bien de l'humanité et elle doit faire en sorte de le croire elle même" (“Les chiens de garde,” Paul Nizan, 1932).   

Gramsci insiste justement sur la relation entre les intellectuels et le peuple comme sur la nécessité pour eux et ensemble d'interpréter la conjoncture non de manière  abstraite mais de manière concrète afin de transformer la conception et la vision de la société en un “ordre nouveau" des choses. Il dit « tous les hommes sont des intellectuels, mais tous n’ont pas la fonction d’intellectuels »

C'est de mon point de vue la bataille d'idées essentielle qu'il faut mener si l'on veut qu'en s'emparant des masses, l’idée même de révolution devienne une force matérielle. Ce "bloc historique" comme concept stratégique à construire est nécessaire pour être l'instrument non pas d'un changement de gouvernement mais d'une prise de pouvoir révolutionnaire par les masses. Voila pourquoi il faut contribuer à ce que celles-ci reprennent l'offensive dans une perspective de transformation radicale de la société, ce qui pose la question du contenu des objectifs à atteindre et donc en premier lieu des causes réelles de la crise. N’idéalisons rien, comme on le voit les tentatives diverses et variées en Amérique latine que l’on évoque souvent ne sont pas à l'abri des retournements! 

Rien n'est permanent, de le croire entraine toujours des déconvenues, le mouvement ouvrier en a connu un certain nombre et non des moindres. Les bons sentiments à eux seuls s'accordent assez mal avec la lutte des classes. De le reconnaitre ne saurait justifier un quelconque pessimisme mais au contraire lucidité et confiance dans la force matérielle que représente nos convictions. N'est ce pas Gramsci qui disait, citant Romain Rolland "il faut allier le pessimisme de l'intelligence a l'optimisme de la volonté" (“Cahiers de prison,” décembre 1929).

Dans la dernière partie de son exposé Dayan Jayatileka évoque l’impuissance de la “gauche” à se renouveler. Il suggère ainsi que la France serait le pays des ”occasions manquées” en invoquant la mémoire, la pensée et l’action d’une “constellation” d’hommes politiques et d’intellectuels éloignés les uns des autres, aux parcours variés et parfois controversés.

L’alternative pour la “gauche" serait elle réduite à la seule réflexion de quelques uns ou doit elle être en phase avec l’expérience concrète du plus grand nombre? On ignore trop souvent les seconds, ils sont pourtant décisifs ! C’est sans doute pourquoi on ne débouche au final que sur des visions politiciennes et partisanes, qui conduisent à réduire la politique à des arrangements d’appareils, à l’illusion d’alliances incertaines, électorales et autres qui se brisent lorsqu’il faut assumer la responsabilités de choisir entre les intérêts du Capital et ceux du peuple. Gramsci a fait une critique sévère de cette façon de faire de la politique mais pourtant l’on persiste.

Nous vivons la fin d’une époque, il est urgent d’en tenir compte ! On le vérifie chaque jour à travers les mouvements sociaux et politiques qui se cherchent des débouchées et des perspectives, les contestations radicales qui animent la jeunesse, la critique forte des institutions et des élites, l’abstentionnisme massif dans les élections, la crise des représentations politiques et syndicales. On me rétorquera que tout cela est contradictoire ou encore que « c’est compliqué » comme chaque fois que l’on ne peut expliquer une chose. J’ai la faiblesse de penser que les peuples consciemment ou confusément ou parfois les deux ont la forte envie de dire « Assez ! » et qu’ils sont déjà a la recherche d’une issue.

Certains diront c’est bien insuffisant ! Mais ne faut il pas commencer par dire Non si l’on veut dire Oui à autre chose. On se souvient que le 15 juillet 1789 après la prise de la Bastille, Louis XVI demandait au duc de Liancourt si c’était une révolte, ce dernier lui répondit « non sire, c’est une révolution » ! Nous n’en sommes pas là ! Mais si ce n’est pas encore une « révolution », ne peut on dire que c’est déjà une « rébellion ». Faut il prendre en compte cette réalité incontournable ou faut il renouer, comme Dayan Jayatileka le suggére, avec la répétition de modèles ou encore avec l’interprétation hasardeuse de périodes révolues pour trouver des réponses à la fameuse question: “quelle alternative pour la gauche”?

Dayan a raison lorsqu’il affirme qu’en France « la gauche a oublié la nation – et ce non pas de manière accidentelle – elle a également oublié l'internationalisme en y substituant un globalisme indifférencié ». Il serait intéressant de savoir pourquoi ? A mon sens les causes ne sont rien d’autre que l’impasse faite par cette « gauche » sur l’analyse critique des causes de la crise du système capitaliste, sur la signification des luttes des classes, en d’autres termes sur le sens et le contenu a donner a une stratégie anticapitaliste et anti-impérialiste. Or la crise systémique impose un « contenu et des ambitions élevées» non d’en rabattre dans la recherche de l’éternel compromis « centriste de gauche » qu’Edgar Faure situait « au fond du couloir a droite.»

Il est un fait qu’en cédant sur le « contenu », en capitulant en rase campagne, en pratiquant l’exorcisme vis a vis de ce que furent « ses idées » « la gauche » a fait le choix de la globalisation comme horizon indépassable et le droitdel’hommisame comme pétition morale. Ce faisant et fort logiquement elle a renoncer aux idées intangibles de souveraineté nationale. Un reniement aux principes au bénéfice de l’air du temps. Comme disait Fidel « on peut tout négocier sauf les principes.»

Ces principes n’appartiennent pas à une minorité agissante mais au patrimoine du mouvement populaire dans son ensemble, ouvriers et intellectuels, pas l’un sans l’autre ! Comment construire le « bloc historique » dont parle Gramsci sans s’appuyer sur l’intervention consciente du monde du travail à tous les niveaux et en premier lieu là ou se noue les contradictions c’est a dire sur le lieu de travail, et dans ceux ou s’organise et se diffuse la pensée unique, c’est à dire l’hégémonie culturelle de la bourgeoisie ! « Les pensées de la classe dominante, sont aussi les idées dominantes de chaque époque » (Karl Marx- Friedrich Engels, l’idéologie allemande, 1845/46) ?

C’est pourquoi je voudrai rappeler à mon ami Dayan ce qui est la part du mouvement ouvrier français à l’idée de souveraineté populaire et donc de souveraineté nationale. Celle-ci s’est forgée dans les combats quotidiens contre le Capital, elle s’est construite dans la résistance à l’envahisseur et dans la solidarité de classe avec les luttes de libération nationale. La Commune de Paris ne fut elle pas l’exemple de « ceux qui montèrent à l’assaut du ciel ». Depuis la Révolution française et les lumières le patrimoine populaire s’est enrichi de l’idée de Nation. Celui-ci prend tout son sens parce que le peuple prend part à la bataille non plus pour un roi ou un tuteur colonial mais pour lui même, pour l’égalité la liberté la fraternité entre les peuples. Il n’est pas sans signification que l’idée de Nation s’imposa à Valmy en 1792 qui vit le peuple pieds nus résister victorieusement aux envahisseurs prussiens. Ce ne fut pas seulement la victoire de la République mais sa naissance. Celle de « ceux qui luttent et qui espèrent sous le signe du drapeau rouge et du drapeau tricolore » (Maurice Thorez, la lutte pour le pain, juin 1936). Jean Jaurès ne disait il pas « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramene »(Jean Jaures, l’armée nouvelle, l’Humanité, 1915) et il ajoutait « que la nation est le seul bien des pauvres.» La défense du cadre national reste plus que jamais une idée fondamentalement progressiste et donc internationaliste.

Par conséquent internationalisme et souveraineté populaire ne font qu’un et si nous revendiquons ce droit pour nous mêmes alors nous nous devons de le reconnaitre pour les autres peuples. C’est ensemble et avec eux que nous devons le défendre. La souveraineté n’est elle pas au fond la véritable démocratie puisqu’il s’agit de décider en commun et sans ingérence extérieure de quel système économique social et politique l’on veut. Pour être cohérent l’internationalisme doit être orienté a travers le combat contre le Capital de son propre pays et donc contre l’impérialisme.

Il est vrai que cette exigence se heurte au ralliement sans condition de ceux qui au sein de la « gauche » ont adhéré sans états d’ame à de nouveaux concepts inspirés par la bourgeoisie ! Ainsi à « transnationalisation » ou « impérialisme » on a préféré « globalisation », « équité » a remplacé « égalité » on parle dorénavant d’ « état de droit », de « bonne gouvernance » ou de « société civile » dans le but d’affaiblir l’état. De cette manière on a progressivement rendu illusoire l’objectif de lutter efficacement contre le capitalisme. Cela explique par exemple l’impasse du mouvement altermondialiste qui s’est réfugié dans l’incantation et la référence à la soi disante « société civile » au détriment de liens concrets et de lutte avec les travailleurs. On pourrait aussi parler de la fascination qu’exerce sur les syndicats l’institutionnalisation de la négociation. Il en va de même avec les problèmes sociétaux comme les droits de ceux que l’on appelle les minorités et qui dorénavant comme on le voit aux USA ont pris le pas sur les revendications sociales et les droits du plus grand nombre.

Cette prétention à incarner une alternative stratégique faite en réalité de fausses solutions, de programmes et de déclarations de « bonnes intentions » est toujours la cause de l’impasse dans tout projet de rupture avec le capital. En fait « la gauche » est aujourd’hui passé du ralliement passif à un engagement actif sans nuances au service de la mise en œuvre du programme du capital C’est là qu’il faut chercher les causes de nouveaux échecs comme ceux de Syriza en Grèce ou la faillite du gouvernement Hollande en France. Comment ensuite parler de crédibilité de « la gauche » !

Evidemment on ne saurait se taire sur les responsabilités de cette situation pitoyable. Dayan se livre dans son propos à une sorte d’amalgame indistinct de ce qui compose la « gauche », elle se présenterait dorénavant comme un projet politique au gout et a l’apparence indéfinissable ? Un peu comme pour la « Cosa » le film de Nanni Moretti qui évoque la transformation et la liquidation du Parti Communiste Italien. Or que reste t’il de la « Cosa » en Italie ou de son équivalent français baptisé la « mutation » ? Poser la question c’est y répondre. A écouter certains il ne resterait plus que la nostalgie pour se consoler ! Apres Charles Trenet faudrait il chanter « que reste t’il de nos amours » ?

Le PC Italien s’est transformé en Parti Démocrate à l’américaine qu’il singe, par un « Blairisme » made in Italie. Le PC Français paye le prix d’avoir renoncé au marxisme depuis de nombreuses années comme d’avoir abandonné les victimes de la crise au bénéfice de classes moyennes urbaines, éduqués, celles que l’on appelle les « bobos » ! Oublié le prestige passé de ses dirigeants ouvriers et de ses intellectuels de renom ! En persistant dans le « bourbier » dans lequel il se complait avec obstination, il espère dans un vain espoir sauver un appareil qui n’est plus que l’ombre de lui même. Comme on le voit à travers ces deux exemples le résultat est d’avoir conduit le mouvement populaire dans une impasse et de n’offrir aujourd’hui aucune perspective à celui-ci. Comme le disait Lénine : « les faits sont les faits et les faits sont têtus » !

Faut il revenir alors à d’anciens modèles pour en tirer des leçons « salutaires » ? Dayan évoque le Front Populaire à travers des alliances politiques qui furent pourtant relatives et de circonstance. On connaît ce que furent leurs durées! Par contre, ne faut il pas mieux prendre en compte le mouvement de grèves et d’occupations d’usines sans précèdent engageant des millions de travailleurs et qui contribua aux avancées sociales historiques qui sont encore aujourd’hui la mémoire du Mouvement populaire? Ce n’est pas Léon Blum qui permit de gagner les congés payés, mais c’est la confrontation radicale avec le capital. Par contre c’est à Léon Blum que l’on doit la « non intervention » en Espagne et la capitulation face au fascisme, au moment ou les héroïques brigades internationales faisaient front. Le Parti Socialiste avait soutenu la première guerre mondiale, en 1938 il signa et vota pour Munich puis pour les pleins pouvoirs à Pétain, faisant interdire le PCF et emprisonner ses parlementaires puis nombre de ses dirigeants avant qu’ils ne soient fusillés. Ne faut il pas se le rappeler !

Contrairement à ce qu’affirme Dayan ce n’est pas la division entre communistes et sociaux démocrates qui ouvrirent la voie au nazisme en Allemagne. C’est d’abord la grande bourgeoisie et les Konzerns qui craignaient la contagion de la révolution bolchevique au sein du monde du travail, puis c’est la République de Weimar dont ses dirigeants les sociaux démocrates Noske, Ebert, Pabst firent assassiner Rosa Luxembourg, Karl Liebknecht et anéantir le mouvement spartakiste, c’est a dire ceux là mêmes qui étaient le rempart principal à Hitler.

Faudrait il ignorer encore dans quel camp se situa et se situe toujours une social démocratie censée incarner la « gauche » en France ou ailleurs sans évoquer la mise en oeuvre et son soutien empressé au plan Marshall, à la guerre froide, à la construction européenne, aux guerre coloniales et la féroce répression à Madagascar, au Cameroun, en Indochine, en Algérie, à l’OTAN et l’alignement atlantiste, “le drapeau de l’indépendance et de la souveraineté nationale jeté par dessus bord” (comme disait Staline au 19e congrès du PCUS en1952), à la répression anti ouvrière, à la trahison des engagements pris dont Mitterrand, Jospin et Hollande furent les fossoyeurs, aux guerres d’Irak, de Lybie de Syrie en passant par la Yougoslavie. A ce sujet si il est vrai que Chevènement en 2008 prononça des paroles fortes pour condamner la reconnaissance du Kosovo, on ne saurait oublier que le gouvernement Jospin participa au premier rang dans une guerre qui conduit à l’éclatement et à la disparition de la Yougoslavie. C’était en 1999, Chevènement était alors Ministre de l’intérieur et s’il démissionna en 2000 c’était pour le statut de la Corse pas pour celui de Belgrade. Rendons a César ce qui appartient a César- « Quae sunt Caesari Caesari». Alors, dans ces conditions qu’on nous dise ce que veut dire« la gauche » ?

Il y a mieux à faire en revenant à Gramsci ! Le nouveau « bloc historique » implique une autre manière de faire de la politique au-delà de la traditionnelle conception parlementaire bourgeoise. Cela correspond précisément au besoin de nouvelles formes d’organisation au sens large que Gramsci donnait à cette vision. Dayan Jayatileka évoque avec raison Louis Althusser qui encourageait à s’adresser résolument aux masses populaires, à renouer avec la tradition vivante des luttes populaires.

Pour leur dire, qu’il leur sera nécessaire de s’organiser de manière autonome, sous des formes originales, dans les entreprises, les quartiers, les villages, autour des questions des conditions de travail et de vie, autour des questions de l’habitat, de l’école, de la santé, des transports, de l’environnement, etc., pour définir et défendre leurs revendications, d’abord pour préparer l’avènement de l’État révolutionnaire, ensuite pour le soutenir, le stimuler et le contraindre en même temps à « dépérir ».(contribution au 22e congres du PCF, février 1976)

Il faut donc inventer de nouvelles formes de pouvoir politique, d’autogestion, de contrôle ouvrier. Lénine et Gramsci ont tous deux pensé qu’il ne pouvait pas y avoir de processus de transformation sans une vaste expérimentation sociale et politique, aussi bien avant qu’après la révolution

Nous sommes entrés dans une nouvelle époque ou justice et barbarie, guerre ou paix seront les choix qui détermineront le futur de l’humanité, voilà sans doute pourquoi il s’agit de construire et de multiplier les réseaux, les contrepouvoirs face aux institutions supranationales, aux institutions économiques et financières, aux puissances hégémoniques pour imposer les rapports de force dont le mouvement populaire, les travailleurs ont besoin..

Ne faut il pas se donner les moyens d’un vaste débat tout autant sur la stratégie que sur les contours qui devraient être ceux d’une société capable de mettre l’ensemble des ressources productives du monde au service des besoins légitimes, des aspirations des travailleurs et donc des habitants de la planète en faveur de la paix, du progrès social, de la solidarité et de la coopération, pour un internationalisme de notre temps.

On ne peut faire l’économie de la discussion sur la stratégie révolutionnaire et la perspective socialiste pour le XXIe siècle sans tenir compte de l’expérience historique et des réalités c’est pourquoi, malgré mes différences avec Dayan Jayatileka, je suis d’accord avec lui pour considérer que Gramsci nous offre la possibilité de repenser la politique dans une perspective radicalement nouvelle.

Nous vivons une période inédite de la lutte des classes nationale et Internationale. Toute la question est maintenant de savoir si nous serons capable de nous hisser a la la hauteur de ce qu'elle exige!

Posté par Michel Peyret