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Fais moi mal, Johnny Johnny Johnny !

Publié le  par Descartes

Fais moi mal, Johnny Johnny Johnny !

 

Les hystéries se suivent et ne se ressemblent pas. Après les débordements de l’affaire « #balancetonporc », la mort de Jean-Philippe Smet dit « Johnny Hallyday » occupe depuis deux jours 90% de l’espace médiatique. Et chaque personnalité, quel que soit son domaine d’action quel que soit sa célébrité, se voit tenue à prendre position sur le phénomène, sous peine de bannissement médiatique. Du docte sociologue qui écrit une tribune dans la section « idées » du Monde à l’homme politique qu’on voit étouffer des sanglots de crocodile devant les caméras, tout le monde s’y met.
 
Le plus drôle, dans cette affaire, c’est que s’il était né quelques années plus tard, Hallyday serait probablement trouvé cloué au pilori en tant que « porc » libidineux : en 2003 une femme, hôtesse sur son yacht, l’accuse de l’avoir violée. Mais à l’époque, on n’écoute pas encore « la parole des femmes » et on exige des preuves : l’affaire se conclut par un non-lieu, les juges estimant qu’aucune preuve sérieuse n’accuse le chanteur, et la plaignante sera lourdement condamnée, certaines des pièces utilisées dans sa plainte étant des faux. O tempora, o mores…
 
Mais trêve de méchancetés. Comme disait ma grand-mère, femme sage a défaut d’être sage-femme, « des morts, rien que du bien ». Le problème, c’est qu’avec Hallyday, les opportunités de dire du bien ne sont pas si nombreuses que ça. Oui, il avait une voix magnifique, une résistance physique rare, un sens profond du spectacle. Il était semble-t-il généreux, du moins avec ses amis, parce que lorsqu’il s’agissait de payer des impôts, ce n’était pas tout à fait le cas. Mais ce serait faire insulte à la vérité que de dire que Johnny avait une intelligence hors du commun et même une intelligence tout court, qu’il eut dans sa vie un comportement héroïque, qu’il se distinguait par son engagement civique ou pour son attention aux autres.
 
Alors, à quoi rime cette église de la Madeleine avec trois présidents de la République – deux anciens et un en exercice – entourés de tout ce qui compte de célébrités des arts et de la politique, retransmise par toutes les chaînes de télévision en direct ? A quoi rime le qualificatif de « héros français » que lui accorde le président de la République en exercice ?
 
Johnny Hallyday a été beaucoup de choses, mais certainement pas un « héros ». Et encore moins un « héros français », lui dont la source d’inspiration était plutôt de l’autre côté de l’Atlantique. Johnny Hallyday n’était pas un « héros » tout simplement parce qu’il n’a jamais, au cours d’une très longue vie, fait rien qui puisse être qualifié de « héroïque ». Il n’a jamais sauvé quelqu’un d’un incendie au péril de sa vie. Il n’a jamais pris le risque de chanter une chanson ou de publier un texte qui aurait pu lui valoir la prison ou la mort. En plus d’un demi-siècle de vie publique, il n’a pas une seule fois défié un pouvoir, pris un risque. Et s’il s’est engagé pour des « causes » - essentiellement en participant dans des concerts au bénéfice de celles-ci – c’était toujours des causes fort sages et conformistes : la famine en Ethiopie, les Restaurants du Cœur. Où est l’héroïsme là-dedans ?
 
Il n’y a pas de honte : il n’est pas donné à tout le monde d’être un héros. Et ce n’est pas seulement une question de qualités personnelles. Pour être un héros, il faut aussi avoir de la chance, vivre dans un contexte qui s’y prête. La génération qui avait 20 ans en 1940 avait devant elle une voie qui la conduisait à l’héroïsme. Une voie étroite, sans doute. Une voie difficile, c’est certain. Une voie qu’ils n’ont pas été si nombreux à emprunter. Mais une voie quand même. Johnny Hallyday appartient, lui, à une génération qui n’a pas eu cette possibilité. Tout au contraire : une génération choyée, élevée dans du coton dans une société devenue « libérale-libertaire ». Une génération chez qui être « rebelle » c’était porter un blouson noir et écouter une musique que les adultes trouvaient barbare. Une « rébellion » qui ne risquait pas de les conduire à Buchenwald ou devant le poteau d’exécution, comme ce fut le cas pour la génération précédente.
 
Lorsque nous pleurons les morts, c’est sur nous que nous pleurons. Johnny Hallyday est le symbole de cette génération, celle qui a eu la chance de vivre dans une société riche, fruit de l’immense effort de reconstruction accompli par leurs parents. Une génération qui n’avait pas à se soucier du chômage ou des responsabilités, et qui s’est amusée comme si la fête devait durer toujours. Une génération de « rebelles sans cause », pour reprendre le titre du film qui le mieux illustre sa problématique, et qui met en scène l’icône absolue de cette génération, James Dean. Une génération aussi à qui l’héroïsme était très largement étranger : leurs grands-parents étaient les héros de la première guerre mondiale, leurs parents ceux de la deuxième, de la Résistance et de la reconstruction. Pour la génération de Johnny, il fallait chercher dans les guerres coloniales finissantes – où l’héroïsme était toujours ambigu – ou l’engagement dans les aventures aux côtés de Bob Denard ou de Che Guevara. Pour les moins courageux, il restait « l’héroïsme de substitution » consistant à lancer des pavés sur les CRS – substitut symbolique des SS -, à porter des sacs de riz, à aider les sans-papiers, ou à faire un stage chez les « humanitaires ».
 
Johnny fut l’icône culturelle de la génération yé-yé, cette génération qui a pu se permettre le luxe de vivre en se regardant le nombril (1). Une génération rythmée par Sheila, Vartan ou Johnny là où la précédente avait écouté Brel, Brassens, Barbara, Ferré, Ferrat, Reggiani (sans compter les chanteurs plus commerciaux et cependant merveilleux comme Aznavour). Ce n’est pas une question de qualité, c’est une question de profondeur : Brel ou Barbara chantent le tragique. Vartan ou Johnny peuvent au mieux faire du dramatique. Brassens ou Ferré chantent pour des adultes, Sheila ou Johnny ont chanté – et cela jusqu’à la fin de leur vie –  pour des adolescents parce qu’ils sont restés eux-mêmes de grands adolescents. Et cela est aussi vrai pour leur public. Cela s’est vu d’ailleurs lors des obsèques : à seize ans pleurer hystériquement parce que votre chanteur préféré est mort, c’est compréhensible. A cinquante ans, cela pose problème.
 
Emmanuel Macron a raison quand il ajoute « qu’il faut des héros pour qu’un pays soit grand ». Mais le héros a une fonction exemplaire. Quel est l’accomplissement civique, artistique, scientifique, politique qu’on veut offrir à travers lui en exemple aux générations futures ? En quoi souhaiterions-nous que nos jeunes l’imitent ? En d’autres termes, de quoi Johnny est-il l’exemple ? Peut-être d’un homme qui parti de rien a gagné beaucoup d’argent. Pour un président qui disait il y a pas si longtemps qu’il fallait que nos jeunes rêvent de devenir milliardaires, c’est peut-être suffisant pour le rendre exemplaire… un « héros macronien », à défaut d’être un « héros français »…
 
Descartes

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