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Je prends souvent le métro, notamment les ligne 1 et 9. Je suis comme vous de plus en plus révolté. Je n’ai jamais autant croisé de personnes dans une détresse extrême. Le froid arrivant, des femmes, des hommes affamés, à qui on ne donne plus d’âge tant ils sont esquintés par la vie, abrutis par les piquettes infâmes qu’ils ingurgitent pour se réchauffer et oublier leur condition, se réfugient dans les stations ou les couloirs du métro... Ces stations où peu à peu, la RATP plus soucieuse de son image que compatissante, remplace les banquettes classiques par des sièges "anti-SDF". Des jeunes femmes, des jeunes hommes, certains errant sur les quais, blancs comme des zombies, bavant, hagards, et qui nous interpellent pour réclamer un euro, un ticket restaurant ou quelque chose à manger. A Nation, chacun peut croiser cette vieille femme à moitié nue, crasseuse, couchée à même le sol, en plein milieu d’un couloir et que nous contournons tous pudiquement... Par sa ruine, toute dignité lui a été retirée. Elle est pour moi le symbole cruel de la démission ou de l’indifférence de l’État français. J’ai appelé le SAMU social... Elle a disparu un moment puis est revenue au même endroit, propre sur elle... pour combien de temps ?

Rien que pendant la petite demi-heure de métro me menant de St Augustin à Nation, pas moins d’une dizaine de personnes en haillons ont sillonné la rame pour réclamer de quoi bouffer ou une aide à trouver un refuge, un toit. Toutes disent ne plus avoir droit à rien. Les voyageurs baissent la tête, scrutent leur portable au moment où la main se tend. Je sors une pièce de 2 euros et la dépose dans un verre en plastique qu’une femme maigre, sale, les traits creusés, les cheveux en bataille, le regard halluciné, me tend en tremblant. Cette jeune femme ne doit pas avoir 30 ans ! Des voyageurs me jettent un regard de travers. D’autres font semblant de ne rien voir. Tout le monde se tait. Personne d’autre dans la voiture n’a donné un centime. Je ne leur jette pas la pierre. Des tas de bonnes raisons peuvent les retenir et puis on ne peut pas donner à tout le monde, et ce tout le monde a tellement grossi ces derniers temps que c’en est effrayant !

 

Mon voisin de gauche, un jeune homme noir avec un bonnet sur la tête, semble vouloir me dire quelque chose. Nos regards se croisent et nous échangeons quelques mots sur les conditions qui font basculer un être humain dans la misère la plus abjecte. On est d’accord : ça n’arrive pas qu’aux autres et les politiques violemment antisociales menées successivement sont les seules responsables et les grandes coupables de cette explosion de misère. Et qu’on ne me parle surtout pas de faibles comparés aux forts, ni de fainéants opposés aux entreprenants, la civilisation n’est pas la jungle... Tant qu’une Nation laisse crever certains de ses enfants sur le bas-côté, elle est indigne de ce nom. Et ces enfants qui n’ont plus l’air de rien, il suffit de les regarder pour les voir. Ils sont partout, non seulement dans le métro, mais aussi sous les porches, dans un renfoncement d’immeuble, sur un trottoir, sur les grilles d’aération du métro, emballés dans des cartons pour échapper au froid de l’hiver.

 

Oui, elle galope cette misère humiliante puisque comme le reprochait en son temps Victor Hugo au gouvernement en scandant : "Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et qui ont travaillé peuvent être sans asile ! tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes...". Plus de cent cinquante ans après, je ne changerai pas un mot de ce discours puissant du grand Hugo, toutefois aujourd’hui j’y ajouterai : non seulement vous n’avez rien fait mais vous avez beaucoup défait et continuez à défaire !

 

Ce n’est pas la charité que ces femmes et ces hommes demandent, non, c’est la solidarité et la dignité qu’ils réclament et qu’un État juste se doit de garantir au peuple par des droits inaliénables, en n’oubliant jamais, comme le proclamait un poète latin (*), né esclave, au 1er siècle avant JC, que "le comble de la misère est une vieillesse pauvre". La protection sociale est l’une des plus hautes vertus d’un État. Sans elle, nul pays n’est en droit de se dire civilisé.

 

Michel TAUPIN

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