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Du PS à Macron : l’ultime décomposition?

 

© AFP 2017 Eric Feferberg

Jacques Sapir

 

Les dernières déclarations de Manuel Valls éclairent définitivement le processus de décomposition qui affecte le parti socialiste. Cette décomposition, longtemps latente, a pris désormais un tour aigüe. La migration de nombreux cadres et dirigeants du PS vers le « mouvement » d’Emmanuel Macron, le démontre.

 

Cette migration fait d'ailleurs mécaniquement monter Emmanuel Macron dans les sondages portant sur le premier tour des élections présidentielles, mais risque fort d'assécher sa réserve d'électeur s'il devait concourir lors du second tour. Mais, ces déclarations jettent aussi une lumière crue sur le mécanisme des « primaires » dites citoyennes qu'avait initié la Parti socialiste en 2007. Il montre à tous ceux qui étaient encore dupes que ce mécanisme a essentiellement pour fonction de faire avaliser par une base que l'on souhaite passive un choix d'état-major, choix qui peut être conflictuel entre les différents courants.

 

L'ultime trahison de Valls et des hiérarques socialistes

 

En de décidant à ne pas parrainer le candidat élu dans cette « primaire », Manuel Valls, ancien Premier-ministre, montre de quoi il s'agit. Si le résultat de cette « primaire » ne convient pas, on l'ignore! Il ne pouvait cependant pas ignorer, ayant été battu par le vote de électeurs, que ce ne serait pas sa « ligne », si tant est qu'il en est une, qui serait appliquée. Comment ne pas voir que ce geste, après de nombreux autres, contient un formidable mépris pour la démocratie et pour la souveraineté du peuple? Car, un vote est un vote! Bien entendu, on n'attend pas d'un vote qu'il fasse changer les idées. Les perdants de ce vote sont déçus, ce qui est normal et naturel. Mais, ils se devraient de se plier à la discipline démocratique qui veut que, quand on est battu on accepte la victoire de son opposant, et on le reconnaît comme légitime. En démocratie, la majorité gouverne (et respecte le droit à la parole de la minorité).

 

 

C'est du moins ainsi que fonctionnent les règles dans la politique, autrement dit non pas dans un affrontement entre amis-ennemis mais dans un affrontement entre adversaires partageant des principes communs. Mais ce n'est pas ainsi que l'entendent les amis de Manuel Valls et de François Hollande. Et, ce comportement nous en dit long sur le mépris des principes démocratiques qui les habite.

 

L'imposture des primaires dévoilée

 

Il faut cependant aller plus loin qu'un simple constat. Le comportement de Manuel Valls, mais aussi de bien d'autres hiérarques « socialistes » qui ont entrepris la migration devant les conduire chez Macron, témoigne que, pour ces gens, les affrontements au sein du PS ne relevaient pas de la politique mais du politique, soit un affrontement entre amis-ennemis. Autrement dit que les conflits politiques entre courants du PS étaient irréconciliables. Mais, pourquoi ne l'ont-ils dit plus tôt? Pourquoi, dans ce cas, prétendre organiser un « primaire » qui n'a de sens que si l'on se situe dans la politique? Il y a là une imposture énorme. Comment ne pas voir que leur comportement, à tous ces hiérarques cumulards, discrédite radicalement le mécanisme de la « primaire » citoyenne?

 

Emmanuel Macron
© AFP 2017 ERIC FEFERBERG
 
 

C'est ce que Jean-Luc Mélenchon avait bien détecté dans sa critique radicale du mécanisme de la « primaire » de la gauche. Quand il y a une différence irréductible de ligne, différence qui met en jeu des principes politiques, penser qu'un vote va permettre de résorber ces différences est une escroquerie. C'est pourquoi il avait analysé cette « primaire » non pas comme un exercice en démocratie (ce qu'elle n'était pas car la base électorale était indéfinie et, il faut le rappeler la démocratie implique des frontières) mais comme un exercice en manipulation. Il avait, alors justement décidé de ne pas y participer.

 

La victime de tout cela s'appelle Benoît Hamon, qui se retrouve aujourd'hui dans une position intenable, et qui voit les intentions de vote en sa faveur fondre comme neige au soleil. Il est désormais talonné par Jean-Luc Mélenchon. S'il veut tirer toutes les conséquences de l'imposture à laquelle il a participé, son retrait de l'élection présidentielle s'impose. Il devrait s'incliner devant la dynamique qui semble aujourd'hui devoir porter la candidature de J-L Mélenchon, qui a réussi une démonstration de force place de la République ce samedi 18 mars.

 

Le discrédit du PS, et celui de « la » politique

 

Il n'en reste pas moins que les principes que peuvent évoquer ces hiérarques fuyant vers le paradis macroniste se réduisent, en réalité, à diverses prébendes et autres fiefs électoraux. Ce qui donne une forte envie de vomir tant cela dégrade encore plus l'image de la politique. On voit ainsi des femmes et des hommes qui, hier, juraient la main sur le cœur de leur attachement au Parti Socialiste, de leur engagement pour le bien commun, et qui aujourd'hui se précipitent, tels des rats quittant un navire faisant naufrage, vers un autre candidat. Cet autre candidat, il est vrai, est issu en partie de leur sérail, ce qui rend la conversion certainement moins douloureuse.

 

Mais, cette image est aussi profondément dégradée par l'existence même de la candidature d'Emmanuel Macron, un candidat promu comme un paquet de lessive ou de couches pour bébé, un candidat sans programme (mais, hélas pas sans idées, et ces dernières sont nocives), sans expérience, et sans principes (mais pas sans valeurs, tant mobilières qu'immobilières). Le mépris du peuple qui entoure la candidature d'Emmanuel Macron, mépris dont on retiendra par exemple ses déclarations sur l'alcoolisme des gens du Nord, mépris qui s'exprime dans le langage courant des élites boboïsées des grandes métropoles contres la fameuse « France périphérique », est une insulte à la démocratie et à la politique, dans ce qu'elle peut avoir de plus noble. Le populisme se nourrit de tout cela, et — dans sa version la plus progressiste — il entend abattre le système qui a produit ce discrédit de la démocratie, pour rétablir la souveraineté du peuple. C'est bien pourquoi le populisme n'est pas aujourd'hui l'ennemi.
 

En cela, la candidature d'Emmanuel Macron achève de manière judicieuse le calamiteux quinquennat de François Hollande. On commence à percevoir clairement que cette candidature est en réalité celle de la continuité. On y trouve tout ce qui fut la marque de l'actuel Président, du mépris du peuple à l'indécence dans la fonction.