Recherche


Qui est en ligne

Nous avons 2088 invités et aucun membre en ligne

Flux RSS

Copyright Joomla

Copyright © 2017 PCF Bassin Arcachon - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public

Politique française 2017

Elections législatives des 11 et 18 Juin 2017

8 ème circoncription de Gironde Bassin d'Arcachon


Arcachon - La Teste - Gujan Mestras - Le Teich - Mios - Marcheprime - Biganos - Audenge - Lanton - Andernos - Arès - Lège Cap-Ferret

 

Bassin – Élections législatives : Danielle Trannoy, candidate du parti communiste pour les législatives, s’exprime sur sa candidature (TVBA)

 

Nous retrouver sur Facebook

 

2017 Législatives 8e Journal de campagne Page 1

Lire le document complet format PDF


2017 Lgislatives PROF FOI   8e circo Page 1

Lire le document complet format PDF


2017 Transports Tract Biganos 22 03 17

 

 

 


2017 La Sociale 22 02 17 Page 1

 

2017 La Sociale 22 02 17 Page 2

 

 

 


 

 

2017 Paix Ares 04 02 17 Compte rendu Page 1

Lire le document complet format PDF

 

 


2017 Paix Poème de Loan Diaz Pour l'amour de l'humanité  Arès 04 02 17 Page 1

Lire le document complet format PDF

 


 2017 Paix Tract Débat Arès 04 02 17 Page 1

Lire le document complet format PDF

 

 


 

2016 Arès Conseil Municipal Déclaration Section 27 09 16

 

2009 Tram train tract 24 04 09 Page 1

Lire le document complet format PDF

 


 

2009 Scot réunion publique 29 10 09 Page 1

 

Lire le document complet format PDF


2010 Hopital Arcachon 30 01 10 N B Page 1

Lire le document complet format PDF

 

 

 

 

 

La représentation d’une minorité par une élite, par Christian de Brie  

 

27Juin 2017

Quand les citoyens ne sont pas égaux devant les urnes

 

 Résultat de recherche d'images pour "fresque du bon et du mauvais gouvernement lorenzetti"

Le Monde diplomatique
La représentation d’une minorité par une élite

«Très rarement, il y a eu en Europe des gouvernements légitimes, dans quelque pays que ce soit, depuis la première guerre mondiale », affirmait M. Henry Kissinger quelques mois avant la chute du président Richard Nixon. Parole d’évangile au paradis des bons apôtres. Mais, cette fois, c’est l’aveugle qui est le roi des borgnes. Car si le principe majoritaire veut dire quelque chose, la Maison Blanche n’a jamais été occupée que par une longue lignée d’usurpateurs. D’une élection présidentielle à l’autre, avec des variations en définitive bien faibles. Il suffit en moyenne de recueillir les suffrages d’un Américain sur cinq, d’un électeur sur trois ou quatre, pour exercer « démocratiquement » un pouvoir presque sans partage. C’est au nom de la volonté exprimée tous les quatre ans par 32 à 45 millions de citoyens que le président conduit la mission historique et planétaire des Etats-Unis, imposant légitimement le droit du plus fort non seulement, à un peuple de plus de 200 millions d’habitants, mais aussi aux deux tiers de l’humanité.

 

Quant au Congrès, le principe majoritaire y est encore plus mal respecté. Les démocrates, qui dominent largement la Chambre des représentants depuis vingt ans, ont conquis la majorité des deux tiers avec les voix de 15 Américains sur 100, moins d’un électeur sur quatre.

 

Par comparaison, dans les autres grandes démocraties occidentales – Grande-Bretagne, Italie, France, Allemagne, – la légitimité est un peu moins mal fondée. A peine. A quelques très rares exceptions près, dans aucun pays, la « majorité » au pouvoir n’a jamais rassemblé beaucoup plus d’un tiers des citoyens électeurs. On croit rêver, sachant que tous pratiquent le suffrage universel depuis plusieurs décennies.

 

Mais que, d’une élection à l’autre 35 % des électeurs se prononcent pour un candidat, pour un parti, pour une coalition, et il ne sera question que de « raz de marée », de « victoire incontestable », de « vote massif », de « majorité confortable ». Avec 30 % des suffrages, on commentera le « succès difficile », voire le « demi-échec » du vainqueur qui l’emporte « de justesse, », « maintient ses positions » et n’obtient qu’une « victoire toute relative ». En affirmant par exemple qu’à la suite d’un « raz de marée » (le seul raz de marée en l’occurrence ayant été celui des abstentions, 62 %, record toutes catégories), les démocrates obtiennent la majorité des deux tiers à la Chambre des représentants (élections américaines de novembre 1974) ou que « les Français ont voté massivement pour les candidats U.D.R » (élections législatives de 1968), que veut on dire alors que ni les uns ni les autres n’ont rassemblé plus d’un tiers du corps électoral ?

 

Certes, les voix, les sièges obtenus par l’homme, le parti, la coalition qui accède au pouvoir ou s’y maintient dépassent toujours les 50 %. Mais c’est à la suite d’un subtil déshabillage. En passant de la population globale aux citoyens, des citoyens aux électeurs potentiels, des électeurs potentiels aux inscrits, des inscrits aux votants, des votants aux suffrages exprimés – seuls pris en compte pour le partage des fonctions et le calcul des pourcentages, – le suffrage perd en cours de route son caractère universel.

 

Plusieurs catégories d’exclus

 

Car tous les membres d’une communauté nationale ne sont pas des citoyens à part entière. II faut en retirer les étrangers, c’est-à-dire pour l’essentiel les millions de travailleurs immigrés, qui participent à la production économique mais non à la vie politique. Ensuite, tous les citoyens n’ont pas le droit de vote : certains condamnés, les aliénés, les interdits en sont exclus ; les femmes, jusqu’en 1920 aux Etats-Unis, 1923 en Grande-Bretagne, 1944 en France ; jusqu’aux années 70, les jeunes de 18 à 21 ans, et pourquoi 18 et pas 19 ou 16 (1) ?

 

En outre, tous ceux qui sont titulaires du droit de vote, électeurs potentiels, ne peuvent pas l’exercer. Soit qu’ils en soient pratiquement empêchés, soit le plus souvent qu’ils ne remplissent pas les conditions formelles plus ou moins strictes : enregistrement, inscription, résidence. Dans tous les pays, quelques millions de personnes appartenant pour la plupart aux catégories sociales les plus démunies, les plus instables, les moins instruites, les moins aptes à comprendre et suivre les réglementations administratives, se trouvent éliminées du débat électoral.

 

Enfin, tous ceux qui ont le droit de vote ne l’exercent pas. Une forte proportion d’électeurs s’abstiennent : 40 à 60 % aux Etats-Unis, 25 à 35 % au Japon, 20 a 30 % en Grande-Bretagne, 15 à 25 % en France, 15 à 20 % en Italie, 10 à 15 % en Allemagne. Quand il s’agit d’élections locales ou partielles, le taux de participation chute brutalement et les abstentions dépassent en général 50 %, atteignant fréquemment 60, voire 70 %. L’effeuillage du suffrage universel se termine avec la proportion non négligeable des votants qui ne s’expriment pas valablement – bien peu appartiennent aux catégories sociales privilégiées – et dont les votes, blancs ou nuls, ne sont pas pris en compte.

 

L’idéologie libérale s’accommode mal de ces abstentionnistes pour la plupart volontaires (2) Les études sur le sujet ne manquent pas, les explications non plus (3) Les motifs d’abstention ne plaident pas en faveur des démocraties. Défaut d’information et de conscience politique : 55 % des Américains interrogés en 1972 ignoraient que des élections législatives allaient avoir lieu. Sentiment qu’il n’y a pas d’alternative réelle, en particulier entre républicains et démocrates, conservateurs et travaillistes, mais aussi en France Pompidou-Poher c’est « bonnet blanc et blanc bonnet » 30 % d’abstention à l’élection du 15 juin 1969, contre 12 % seulement le 19 mai 1974 dans l’affrontement entre MM. Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand.

 

Circonscriptions trop « sûres » pratiquement sans compétition, voire à candidat unique en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Scepticisme et aliénation politique : en 1972, 79 % des Américains déclaraient n’avoir qu’une confiance faible ou moyenne dans le gouvernement (76,7 % en 1968, 59,9 % en 1964) en 1970, 50 % d’entre eux estimaient que le pays était dirigé pour le bénéfice de grands intérêts et non pour le bien de tous (contre 29 % en 1964), Depuis, les pourcentages se sont sensiblement accrus. En Europe, les proportions sont à peine moins élevées (4)

 

Tous comptes faits, en prenant pour référence le total des électeurs potentiels citoyens âgés de dix-huit ans et plus on constate qu’aucun gouvernement, dans aucun pays, n’est majoritaire dans le meilleur des cas, le pouvoir tire sa légitimité d’une minorité des deux cinquièmes dans le pire, d’une minorité d’un quart. En moyenne, il représente un tiers des électeurs. Partout à l’exception de l’italie et de l’Allemagne, ceux qui ne participent pas au jeu électoral forment le premier « parti ».

 

Ni universel, ni vraiment égal

 

Deux précautions valent mieux qu’une : qu’un tiers de la population ne participe jamais ou presque à la désignation des gouvernants, c’est un bon résultat pour l’élite au pouvoir, ce n’est pas une garantie suffisante.

 

Il n’est pas assez que dans la plupart des cas ce soient les plus jeunes et les plus vieux, les femmes seules, les minorités raciales, religieuses et ethniques, les habitants des ghettos urbains et des zones rurales isolées et presque toujours les plus déshérités, les moins instruits, bref tous ceux qui auraient de bonnes raisons de contester l’ordre établi, n’ayant aucun intérêt à sa conservation, qui se trouvent en droit ou en fait exclus de la démocratie politique. Il faut encore assurer la sur représentation des castes privilégiées et de leurs clientèles traditionnelles, des catégories sociales les plus intéressées au maintien du système, les moins aptes au changement, les plus conformistes, tout en préservant l’apparence du pluralisme et l’illusion de l’alternance.

 

On y parvient par trois moyens principaux :

 

1°) En faisant élire séparément au suffrage universel différents organes du pouvoir d’Etat, on diminue les risques d’un changement radical, un centre de décision légalement conquis par l’élection pouvant être légitimement annihilé par les autres ; on affaiblit ainsi la volonté populaire éventuellement mise en contradiction avec elle-même. Quand l’élection du président de la République permet, comme c’est le cas en France, de jouer une consultation contre une autre, on assiste à l’ineffable débat sur le point de savoir si le suffrage universel est plus souverain aux élections présidentielles qu’aux législatives.

 

2°) Combiné avec le précédent, le procédé du suffrage indirect garantit qu’au niveau de certains organes d’Etat la raison – c’est toujours celle du plus fort – l’emporte sur l’imagination. Il a surtout pour effet d’éloigner les gouvernés des gouvernants et de limiter l’action des premiers sur les seconds. Employé pour la désignation des chambres hautes, en France et en Allemagne, comme pour le président des Etats-Unis, iI l’est aussi, en fait, pour celle des gouvernements dans les régimes parlementaires : Italie, Grande-Bretagne, Allemagne, Japon.

 

3°) Le « principe » un homme, une voix (tous les électeurs sont juridiquement égaux) est dénaturé par deux moyens, éventuellement cumulés : l’inégalité des circonscriptons et le système électoral. Le premier produit les effets les plus iniques en France, aux Etats-Unis et au Japon, où le vote d’un électeur peut poser de deux à quatre fois plus lourd dans une circonscription que dans une autre. Le principal effet est de pénaliser les zones les plus actives où se concentre une population urbaine, ouvrière, jeune, au profit des régions les moins dynamiques et des centres villes où se maintient une population âgée, en partie inactive et bourgeoise. Les techniques de représentation nationale des collectivités locales, des régions autonomes et des Etats fédérés produisent des effets analogues, les inégalités étant alors camouflées derrière des arguments décentralisateurs et fédéralistes. Quant au scrutin de type majoritaire – où le vainqueur prend tout – ses résultats sont particulièrement iniques dans tous les pays – Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Japon – où il est pratiqué.

 

Les distorsions ainsi produites ne sont pas plus neutres que celles résultant des restrictions de droit ou de fait au suffrage universel. Leur effet sélectif s’exerce au profit de certaines catégories de de citoyens, dont elles garantissent la sur-représentation. Mais le maintien de ces pratiques électorales est toujours justifié par une philosophie de l’ordre politique qui n’a pas grand chose à voir avec la démocratie : garantir la stabilité, réduire les possibilités de choix, assurer une majorité de gouvernement.

 

La représentation du peuple par ceux qui ne le connaissent pas

 

C’est un fait dans toutes les démocraties libérales, avec une remarquable constance, le peuple choisit systématiquement ses représentants au sein de la minorité privilégiée. Alors que partout la grande masse des électeurs – lesquels sont à peu près également partagés entre hommes et femmes – est âgée de moins de quarante-cinq ans, constituée de salariés, essentiellement ouvriers et employés, aux revenus faibles ou moyens, d’origine sociale modeste, n’ayant eu accès ni à l’enseignement supérieur ni aux fonctions de responsabilités, le personnel politique est, à l’inverse, presque exclusivement composé d’hommes âgés de plus de cinquante ans, diplômés, issus d’un milieu social aisé, disposant de revenus élevés, hommes d’affaires, industriels, commerçants, membres des professions libérales, cadres supérieurs, hauts fonctionnaires, responsables des appareils syndicaux.

 

Ni les professionnels ni les analystes politiques ne s’étonnent outre mesure que, d’une consultation à l’autre, le peuple porte délibérément au pouvoir ceux-là mêmes dont les intérêts sont radicalement opposés aux siens et que tout sépare : le milieu social, le niveau de revenu, l’âge, l’éducation, le style de vie et jusqu’au langage.

 

Désignés par une « section du peuple », les gouvernants se distinguent en outre par leur absence de représentativité. Dans ce domaine, la France fournit une bonne illustration. A l’Assemblée nationale élue en 1968 – l’une des législatures les plus élitistes de toute l’histoire parlementaire contemporaine – près des neuf dixièmes des députés (86 %), représentant moins de 15 % de la population active, appartenaient aux catégories sociales les plus aisées : industriels, professions libérales, cadres supérieurs… Dans la même assemblée, les travailleurs (ouvriers, employés, techniciens, contremaîtres, cadres moyens), soit plus de 70 % de la population active, étaient représentés par seulement 8 % des parlementaires (5). Des ouvriers à l’Assemblée nationale ? Pour quoi faire ? Il n’y en a pas un seul, dans aucun groupe, sauf chez les communistes. Dans la majorité parlementaire, plus de la moitié de la population active n’a pratiquement aucun élu qui soit issu de ses rangs, parle son langage, connaisse ses problèmes, vive sa condition sociale.

 

La structure de la majorité élue en 1973 présente les mêmes caractéristiques de classe que la précédente. Encore convient-il de préciser qu’il s’agit ici des hommes politiques censés être les plus proches de la base, à l’écoute forcée de leurs électeurs. Au Sénat, filtré par un collège de notables, à plus forte raison au gouvernement, chasse gardée de la bourgeoisie, la représentativité est encore plus marginale et le gouvernement du peuple par le peuple une clause de style.

 

La situation est très comparable dans tous les autres pays : Etats-Unis, Allemagne, Italie, Japon, Grande-Bretagne. Partout, le pouvoir politique est principalement exercé par les représentants des classe dirigeantes et consacre la sous-représentation des classes populaires majoritaires. Partout, l’écart sociologique entre le peuple et ses élus, loin de se réduire, a tendance à s’accentuer et l’élitisme est d’autant plus prononcé que l’on se rapproche des véritables centres du pouvoir.

 

L’indécrottable sexisme de la démocratie libérale fournit une autre vérification de ces propositions. Alors que les femmes représentent en moyenne la moitié ou plus du corps électoral, le pouvoir politique reste réservé aux hommes, qui monopolisent les sièges parlementaires : 98,5 % en France, 98 % aux Etats-Unis, 96,8 % en Italie, 95,9 % en Grande-Bretagne, 94,2 % en Allemagne occidentale (6). Certes, on trouve quelques brillantes exceptions, comme Mme Thatcher, dirigeant du parti conservateur britannique, ou Mme Simone Veil, ministre de la santé en France. Elles ne sauraient masquer la réalité : l’exclusion des femmes des responsabilités politiques. Quand elles y accèdent, rarement, c’est presque toujours pour y occuper la place qui leur est naturellement réservée dans nos sociétés : la seconde.

 

Ce qui est vrai pour la masse des travailleurs, pour les femmes, l’est également pour les minorités raciales et ethniques, comme pour les jeunes. Dans tous les pays, l’âge minimum est plus élevé pour être éligible que pour être électeur. En pratique, un député de moins de trente ans, un sénateur de moins de cinquante ans, un ministre de moins de quarante ans sont des curiosités : benjamins de la politique dont on nous invite à suivre les premiers pas à l’âge où, en majorité, les travailleurs ont déjà effectué la moitié de leur vie professionnelle. Passe encore quand la promotion des élus à l’intérieur du système politique n’est pas contrôlée par une gérontocratie tyrannique, comme c’est le cas au Sénat et à la Chambre des représentants aux Etats-Unis, au gouvernement et au Parlement japonais.

 

Un zeste d’ouvriers, deux pincées de jeunes, un soupçon de femmes, quelques gouttes de minorités raciales et ethniques telle est la recette aromatisée de la bonne représentation démocratique faite à base de bourgeois de bonne souche, aisés, instruits, âgés.

 

Verrouillage et parrainage

 

Sous prétexte d’éliminer les « fantaisistes », les démocraties libérales ont multiplié les dispositions restrictives (listes de signatures, dépôts et cautions, accès à l’information) qui empêchent en droit ou en fait les nouveaux venus de se faire connaître, de mener une campagne et de participer à la compétition électorale. Celle-ci tend à être réservée à ceux qui présentent le bon profil dessiné par les professionnels. Dans la plupart des cas, les meilleures chances de succès vont aux candidats au moins issus de la classe moyenne, parlant le langage et ayant les bonnes manières de la bourgeoisie, exprimant les opinions et prenant les positions qui attireront l’attention et le soutien des responsables politiques et des intérêts établis, disposant de moyens financiers ou dépendant de ceux qui en ont pour financer leur lancement local.

 

Au sein des grands partis et des machines électorales, c’est la plupart du temps à l’échelon le plus élevé, dans le secret des cabinets feutrés d’états-majors, que sont distribuées les investitures, arbitrées les candidatures, arrêté l’ordre des listes. La cooptation du personnel politique est hiérarchisée. Caciques et leaders des grands partis qui arbitrent la sélection occupent les têtes de Iistes et les circonscriptions les plus sûres. Lorsqu’ils sont membres de l’appareil gouvernemental ou placés à des postes clés dans les commissions parlementaires, cela revient à une assurance tous risques (7).

 

Avec une remarquable logique, la stabilité de l’emploi grandit avec les moyens que confère la fonction politique. « Je crois à la division du travail », expliquait aux investisseurs privés un sénateur républicain de Pennsylvanie, Boles Penrose, au début du siècle : « Vous nous menez jusqu’au Congrès. Nous votons des lois qui vous permettent de gagner de l’argent. Grâce à vos profits, vous pouvez nous apporter, pour nos campagnes électorales, une aide financière qui nous permettra de retourner voter des lois grâce auxquelles vous serez à même de gagner encore plus d’argent » (8). Moins naïfs, beaucoup d’hommes politiques bien en place aujourd’hui ont conservé la méthode qui a fait ses preuves.

 

Christian de Brie

Maître assistant à l’U.E.R. de droit et de sciences économiques de l’université de Reims, auteur de l’Inégalité par l’impôt (Le Seuil, 1973) et de Dossier F comme fraude fiscale (Alain Moreau, 1975), en collaboration avec Pierre Charpentier.
 

Soutenez-nous !

La défense de notre singularité et la poursuite de notre développement dépendent de votre mobilisation financière à nos côtés.

Faites un donAbonnez-vous

(1) Le droit social française reconnaît le droit de vote à partir de seize ans pour l’élection des délégués du personnel dans les entreprises.

(2) On estime à 5 ou 8 % les abstentionnistes involontaires et les erreurs.

(3) Voir en particulier Alain Lancelot, l’Abstentionnisme électoral en France, Armand Colin, Paris, 1968 ; A. Campbell, The Passive Citizen ; S.M. Lipset, l’homme et la politique, Le Seuil, Paris, 1963.

(4) Voir W.R. Schonfeld et M.F. Toinet, Les absentionnistes ont-ils toujours tort ?, Revue française de science-politique, Paris, août 1975.

(5) Voir : le Député français, R. Cayrol, J.-L. Parodi, C. Ysmal, Fondation nationale des sciences politiques, Armand Colin, 1975.

(6) Voir : les Femmes françaises face au pouvoir politique, Albert Brimo, Editions Montchrestien, Paris, 1975.

(7) Aux élections législatives française de 1973, les trente membres du gouvernement avaient posé leur candidature. Treize furent élus au premier tour, quinze au second, deux furent battus.

(8) Main basse sur le pouvoir, Ralph Nader, J.-C. Lattès, « Edition spéciale », Paris, 1973.

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Un nouveau service à la Poste: veiller sur vos vieux parents en leur rendant visite

Attention, ce n'est pas gratuit et la société anonyme à fric qu'est devenue cet ancien service public le monnaye à 19, 90 euros. Oui, parce que 20 euros ça aurait fait pile 20 euros et 19,90 euros, 19 euros pour le bon chaland qui a de l'attention pour ses vieux parents ou sa très vieille grand-mère.

Une visite par semaine du facteur à vos chers ascendants, c'est donc 19,90 euros, 4 semaines 99, 90 euros et le summun: 6 semaines 139,90 euros. Toujours les 90 centimes pour faire prendre des vessies pour des lanternes.

Tout ça, si vous avez vu la pub à la téloche, pour une visite de 5 à 10 minutes. Ensuite, ledit facteur ou factrice vous enverra un SMS du genre:"j'ai rendu visite à votre grand-maman, elle va très bien". Entretemps, la vieille grand-mère offre un café de sa poche à son visiteur monnayé par ses descendants.

Bon, le visiteur aura une formation adéquate de 3 heures, manière de savoir faire la conversation et d'avaler son café sans le renverser. Autrefois, c'était gratos lorsque le facteur discutait sur le pas de la porte avec un usager, jeune ou très vieux. Désormais, dans la structure capitaliste qu'est devenue la Poste, où le marché est libre et non faussé,le client doit banquer.

Ce n'est qu'un début, la Poste a pris une participation majoritaire dansAxeo Services, 180 agences spécialisées dans l’aide à domicile. Et comme il n'y a pas de fumée sans feu ni de la gêne pour faire du profit, le marché des vieux, qui ont de l'âge et qu'on oublie dans notre mauvaise société, est plus que juteux.

Justement en parlant de profits, selon la CGT, en 2017, le groupe la Poste a fait un bénef de 849 millions d’euros, soit plus 33%.. En 2015, il remportait la palme des bénéficiaires du CICE, avec 341 millions d’euros d’aide publique. Et malgré 629 millions d’euros de bénéfices, 6 284 postes furent supprimés la même année.

Avis à mes descendants, je n'aime pas trop le café. A l'heure où passe le préposé de la société anonyme dite la Poste, je préfèrerai un ballon de rouge plutôt que du café. Et si le gentil jeune homme ou la gentille jeune femme levait le poing en chantant avec moi l'Internationale, je prends. Cela me rappellera le temps où on ne vivait surtout pas mieux, mais me semble-t-il, on était moins con.

Ah, c'est plus cher? Merde alors, laissez donc faire Macronléon Bonaparte, avec sa csg pour les retraités riches à partir de 1 200 euros de pension. Et surtout, qu'il n'augmente pas les pensions de retraite dans le pays le 5e plus friqué du monde.

De toute façon, en 2017, une majorité de retraités qui a voté, a voté pour les droites et leur extrême: ah les cons! Vraiment.

Un nouveau service à la Poste: veiller sur vos vieux parents en leur rendant visite

Publié par El Diablo

CODE du TRAVAIL : le projet destructeur de MACRON expliqué par le SAF (Syndicat des Avocats de France)

 

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Rentrée des classes à l'Assemblée nationale

Je devrais écrire plutôt rentrée de la classe politique, tant il est vrai que l'abstention massive lors des législatives montre le décalage gigantesque entre la Nation et les représentants de la dite nation que sont les députés élus pour améliorer le sort du peuple français.

Ci-dessous, une partie de la somme des lois votées qui vont si bien au capital.

Rentrée des classes à l'Assemblée nationale

Revue de détail parmi les différents groupes qui vont siéger au palais Bourbon. Résidence princière de l'Ancien régime qui retrouve vraiment sa désignation originelle dans l'histoire de France. En effet, Anne ma soeur Anne n'a vu sous les ors de notre mauvaise république tout sauf des ouvriers, des employés,des sans-emploi,  des petits paysans ou artisans.

Ceci constaté, lors de leur conclave de ce dimanche, les 308 députés à la semelle de plomb d'Emmanuel Macronléon Bonaparte ont reçu une gomme de belle taille. Il faut ça pour effacer plus de 100 ans de droits conquis par la classe ouvrière et les travailleurs de progrès.

Côté droite, des gommes ont été aussi distribuées pour cette même action anti-sociale, le parti historique des riches et du patronat ne voulant pas en être de reste. Il s'est scindé en deux: la droite historique toujours prête à s'aboucher avec l'extrême droite et la droite constructive(sic) qui, selon les circonstances, s'allient avec la gôche ou avec ni gauche ni droite pour une politique en faveur du capitalisme pour les deux options.

Côté gôche, la rue Solférino à Paris, qui n'est pas à vendre mais à céder purement et simplement, une vingtaine de députés pour gérer loyalement les dites affaires du capitalisme, certains en restant à gôche, d'autres pour être constructifs-encore!- avec le parti macroniste.

Manuel Valls, toujours encarté rue Solférino et qui a participé à la primaire chargée de ripoliner le PS, va former lui aussi un groupe de reconstructifs- non, là, ce n'est pas un peu trop?-. Avec un peu de tout ou chacun amènera ce qu'il a pour sauver le CAC 40 et l'UE du capital.

France insoumise demeurera fidèle à son leader, insoumise. J'aurais préférer révolutionnaire, sinon rebelle. Ben oui, au-delà de l'éclat des discours tribuniciens, quel positionnement dans les luttes sociales et les organisations syndicales pour révolutionner notre mauvaise société?

Côté Pcf, un groupe formé avec des députés ultra-marins qui n'en sont pas. Comment vont-ils s'exprimer tous lors des différents votes au palais Bourbon? Le Pcf, quant à lui, part pour rencontrer les "classes populaires". Il était peut-être temps pour cette formation politique dirigée par Pierre Laurent et ses amis de la gauche radicale européenne genre Syriza en Grèce. Encore que le terme de classes populaires? Sincèrement, je pensais qu'il n'existait que des catégories populaires et la lutte de classe des exploités contre les exploiteurs pour transformer la société par la nationalisation des moyens de productions et de souveraineté nationale. Loin c'est vrai, de la collusion d'élus Pcf dans la gestion de la crise avec des collectivités territoriales aux mains de la gôche, quand ce n'est pas dans les griffes de la droite comme dans la métropolke anti-démocratique du Grand-Paris-Seine-et-Oise.

En attendant, ma carte postale du jour:

Rentrée des classes à l'Assemblée nationale

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Qui sont ces 577 députés dont la grande majorité va voter une politique des plus réactionnaires?

Ils vont siéger dès le 27 juin dans cette nouvelle législature. Rien de bon à attendre des macronistes, des socialistes qui vont s'aboucher avec eux, de la droite et de son extrême, plus une poignée classée divers.

Le Monde a scruté niveau de leurs études, activités professionnelles, participations financières, engagements associatifs, parcours militants et mandats électifs. M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dit qu'aucun ouvrier n'est représentant de la nation?

Pour en revenir à l'enquête du journal: une centaine soit disant vierge en politique a occupé  un poste proche du pouvoir politique dans des ministères, des collectivités locales ou auprès d’élus, et une trentaine a un membre de sa famille engagé en politique. On est loin de l'entrée en masse de la société civile à l'Assemblée nationale.

Un quart des députés a été réélu. 270 sont élus municipaux, 78 départementaux, 64 régionaux, 1 est sénateur, 4 sont eurodéputés.

Pour faire de la vieille politique, il faut des jeunes partisans de la vieille politique. La nouvelle Assemblée nationale en est l'exemple frappant.

Les 308 députés aux semelles de plomb de Macronléon Bonaparte se sont réunis en séminaire de travail. Richard Ferrand, débarqué du gouvernement pour du business le concernant trop en Bretagne, auto-désigné grand sachem des députés de la majorité présidentielle, a été proclamé à ce poste. Au cas ou cela chaufferait sous son fauteuil de député, il aurait droit à l'immunité parlementaire. Oui, toujours de la politique politicienne sous les ors de la 5e République.

En tous les cas, les 308 députés godillots sont fin prêts pour fusiller à bout portant le Code du travail et d'autres droits conquis par les luttes ouvrières. Il est vrai qu'en matière de subordination dans le travail, la grande majorité d'entre eux sont patrons ou gérants d'entreprise, dans les professions libérales, cadres supérieurs ou politiciens. De ce fait, pas la peine de se fatiguer à leur démontrer que le droit du travail est à défendre.

Le quarteron restant des députés socialistes s'est aussi réuni en conclave. Ils se disent hors de la majorité présidentielle, tant il est vrai que beaucoup de socialistes sont déjà au gouvernement de notre mauvaise république et dans la majorité godillot.

A mes lecteurs présents et à venir: je vais prendre mes quartiers d'été et donc mon blog jouera quelque peu en sourdine. Sauf si l'actualité m'ordonne l'inverse.

Pour ceux qui pourront partir en vacances, bonnes vacances. Pour ces derniers et ceux qui ne le pourront pas, n'oubliez pas que votre coeur est à gauche, au propre comme au figuré et vraiment à gauche. Et surtout pas du bord des sociaux-traitres. C'est ainsi que se désignait autrefois le PS qui exécutait une politique de droite. Les temps ont-ils changé?

En attendant, à toutes et à tous, portez-vous bien. Et une première carte postale pour cet été:

Qui sont ces 577 députés dont la grande majorité va voter une politique des plus réactionnaires?

Voyage en Assemblée inconnue : enquête sur le profil des 577 nouveaux députés

 

http://www.lemonde.fr/elections-legislatives-2017/article/2017/06/21/voyage-en-a

Publié le  par Descartes

La nouvelle république est arrivée...

 

Maintenant que les banderoles sont rangées et que les porte-voix se sont tus, on peut commencer à faire un bilan de la longue – trop longue – séquence électorale que nous venons de vivre. Et le résultat n’est guère encourageant. Il faut se rendre à l’évidence, nous sommes engagés dans un processus qui conduit à la paralysie de nos institutions, et il faut rendre grâce à la plasticité des institutions de la Vème République : sans elles la crise finale serait arrivée depuis longtemps.

 

Prenons d’abord la présidence de la République. On salue l’arrivée à ce fauteuil d’un « condottiere » de 39 ans ; d’un touche à tout, un jour philosophe, un autre banquier, un troisième ministre ; d’un homme sans autre programme que d’y arriver. Mais il faut voir ce que cette arrivée signifie. D’abord, elle signifie que l’establishment politique est si faible, qu’il a tellement perdu sa légitimité, qu’il n’est même plus capable de défendre efficacement son territoire. Hier, il était impensable d’être élu sans être au préalable investi par un parti politique, tout simplement parce que le parti politique, avec ses militants, ses cadres, ses institutions étaient des prescripteurs d’opinion. Les citoyens les écoutaient, avaient confiance en eux et suivaient leurs appels. Ce n’est plus du tout le cas, d’une part parce que les électeurs n’ont plus confiance, mais surtout parce que les partis sont incapables de fournir une « prescription » quelconque. Car il faut bien voir une chose : si l’on laisse de côté les candidatures de témoignage et à une exception près on n’a pas vu dans cette élection présidentielle un seul candidat qui soit porteur d’une véritable investiture de son parti.

 

Les égo-politiciens Macron et Mélenchon se sont faits eux-mêmes leurs programmes, décidé eux-mêmes des thèmes de campagne.

 

Les candidats LR et PS n’ont pas été désignés par les instances de leurs partis, mais par le vote d'un corps électoral non identifié dans des « primaires », où chaque candidat défendait son programme personnel, et où les perdants pouvaient s’affranchir allègrement de leur obligation de soutenir le gagnant. Seule parmi les candidats des grands partis, Marine Le Pen est allée au combat avec une véritable investiture de son parti – et encore, elle a cherché à déguiser le fait en invoquant le fantomatique « rassemblement bleu marine ».

 

Ce scrutin constate l’effacement des partis politiques en tant qu’instances collectives de discussion, d’élaboration et de décision politique. Et cet effacement marque l’entrée dans une nouvelle ère, celle ou la raison s’efface derrière l’émotion, ou la forme prime sur le fond, où le projet n’est rien et l’empathie est tout. Où un débat télévisé est plus important que le travail programmatique, et l’hologramme permet de gagner des voix.

 

La mutation du champ politique avec l’effacement des institutions qui l’organisaient et la transformation de la politique en une affaire purement individuelle marque la victoire d’une idéologie, celle du « bloc dominant » composé de la bourgeoisie et surtout des « classes moyennes ». Et tout particulièrement le volet anti-institutionnel de cette idéologie. Car le « bloc dominant » se méfie depuis longtemps des institutions politiques, les seules sur lesquelles sa domination n’est pas acquise. Le « bloc dominant » peut s’assurer le contrôle des médias, des universités, des comités techniques, des entreprises, des institutions européennes. Mais les institutions politiques nationales dépendent du suffrage universel, et il suffit que les électeurs fassent leur crise pour que ces institutions leur échappent. Affaiblir les institutions qui concourent à la formation du pouvoir politique et l’Etat qui est leur instrument est donc une priorité pour le bloc dominant. Et cela, depuis très longtemps.

 

Les rédacteurs de la Constitution de 1958, qui avaient une piètre opinion de ces « classes moyennes » sans grandeur, sans sens du tragique, l’avaient bien compris. Ils ont donc construit un ordre institutionnel qui garantissait des institutions fortes. Depuis un demi-siècle, les « classes moyennes » n’ont eu de cesse que de chercher à les affaiblir. La victoire de 1981 permit de bien avancer sur cette voie, avec la décentralisation, la ratification du traité de Maastricht et la cohabitation. Depuis, le quinquennat et l’affaiblissement de l’exécutif par rapport au Parlement au cours des réformes successives sont venus compléter ce dispositif. Avec l’effondrement des partis politiques, nous avons aujourd’hui le régime le plus faible depuis 1958. Pourtant, me direz-vous, Macron est président de la République avec une légitimité que personne ne conteste, avec une majorité solide. Et bien, tout cela est trompeur. Macron est un président faible, et cela se voit un peu plus chaque jour. Prenons quelques exemples, si vous le voulez bien :

 

D’abord, la formation du gouvernement. Pendant des années, le président de la République nommait, sur recommandation du premier ministre, les différents ministres. Il couvrait donc de son autorité leur nomination. Un ministre pouvait perdre la confiance de l’opinion publique, être accusé de tout et n’importe quoi, mis en examen même, et il restait à sa place aussi longtemps qu’il avait la confiance du président et du premier ministre. Parce que c’était là l’essentiel. Aujourd’hui, non seulement on a érigé en principe le fait que « un ministre mis en examen doit démissionner », mais avec Macron on est allé plus loin : un ministre qui est simplement suspecté d’avoir quelque chose à voir avec une affaire en cours d’instruction doit faire ses bagages.

 

Je voudrais que mes lecteurs comprennent bien à quel point ce changement implique une abdication de la part du président. Hier, il était seul juge de la capacité d’un homme à servir le pays. Aujourd’hui, il doit déférer à l’opinion d’un juge – car au stade de la mise en examen, il ne s’agit que d’une opinion – et même à l’anticipation par l’opinion publique d’une telle opinion. Macron estimait en mai que Ferrand était digne de servir son pays à un poste de haut niveau. Et on peut se dire qu’il le pense toujours, puisqu’il lui propose de présider le groupe LREM à l’Assemblée. Si tel est le cas, alors il aurait du refuser sa démission. Depuis quand le président de la République se laisse dicter la composition du gouvernement par l’opinion d’un juge ou pire, par l’opinion publique ?

 

Cette affaire – à laquelle s’additionnent les démissions de Bayrou, de De Sarnez, de Goulard – montre que le président est tellement peu sûr de son autorité qu’il n’ose même pas affronter l’opinion publique sur une question aussi capitale que le choix de ses collaborateurs, alors que les fautes qui sont reprochées à ceux-ci n’ont aucun rapport avec l’exercice de leurs fonctions ministérielles. Pensez-vous que De Gaulle, Pompidou ou Mitterrand auraient renvoyé un ministre pour des raisons aussi maigres ?

 

Etions nous pour autant plus mal gouvernés ?

 

L’affaiblissement du président s’accompagne d’un affaiblissement de l’Assemblée nationale. Jamais dans notre histoire parlementaire nous n’avions eu un Parlement dont la composition soit aussi peu consistante. C’est là la manifestation de deux diktats idéologiques, celui du « jeunisme » et celui de la « représentation par les pairs », tous deux vieux serpents de mer des « classes moyennes ».

 

Commençons par le « jeunisme ». On nous explique que les « vieux » ont échoué. Qu’ils sont corrompus, fainéants, pourris jusqu’à l’os, ossifiés dans leurs traditions. Il faut un bon coup de balai, mettre de nouvelles têtes, et tout ira mieux. Or, cette idéologie – qui cache mal l’ambition des jeunes loups qui trouvent que les vieux mettent trop de temps à leur laisser les bonnes places – repose sur un raisonnement fallacieux. Si les « vieux » sont corrompus et pourris, il doit bien y avoir une raison. Et sauf à considérer qu’il y a une tare génétique affectant toute une génération, il faut se rendre à l’évidence : s’ils sont ainsi, les causes sont à chercher dans la manière dont les institutions fonctionnent, dans le réseau de contraintes dans lequel les élus font leur travail. Et les mêmes causes provoquant les mêmes effets, il n’y a pas de raison pour que les « jeunes » élus ne soient, après quelques mois de pratique, aussi corrompus, aussi fainéants, aussi improductifs que leurs aînés. Aragon avait raison : c’est avec les jeunes cons qu’on fait de vieux cons, plus tard…

 

Mais surtout, il faut comprendre que ce « jeunisme », qui se manifeste autant dans la sélection des élus que des hauts fonctionnaires ou des dirigeants des entreprises, a une fonction qui est intimement lié à la logique idéologique des « classes moyennes ». Si on invoque à tout propos le besoin de renouveau, c’est parce qu’on veut couper les liens avec le passé. Pour parachever la victoire des « classes moyennes », ce groupe social qui ne vit que dans le présent, il faut une société sans mémoire.

 

Cela fait déjà des années qu’on affaiblit l’enseignement de l’histoire, en prenant soin de noircir le passé en présentant chaque page glorieuse de notre histoire nationale sous le prisme du crime contre l’humanité ou de l’indignité. Cette tentation d’effacer le passé se manifeste par exemple – vous me direz que c’est un point mineur, mais il me semble très révélateur – dans le changement permanent des noms des ministères, des entreprises et des institutions: ANPE (Agence nationale pour l’emploi), GDF-Suez (fusion de Gaz de France et de la société financière IndoSuez) ou SFR (« société française du radiotéléphone ») sont des noms parlants, qui nous rappellent une histoire. Pole-Emploi, Engie ou Altice ne nous disent absolument rien ni de leur création, ni de leur objectif.

 

En envoyant les « vieux » à la retraite on supprime la mémoire. En les remplaçant par des jeunes qu’on a au préalable persuadé que le passé n’a rien à nous apprendre, on fait un pas supplémentaire : on s’assure d’une coupure dans la transmission. Dans une assemblée de trentenaires, il n’y aura personne pour expliquer comment on faisait les choses avant, quelles ont été les réformes qu’on a essayé et qui n’ont pas marché, quel est le sens de certaines procédures, de certaines cérémonies, de certains interdits. Bien sur, dans la réalité, il reste quand même pas mal de vieux routiers à l’Assemblée, et parmi les jeunes beaucoup ne le sont pas tant que ça, venant de la filière bien éprouvée des assistants parlementaires et connaissant parfaitement les usages de la profession. Mais c’est l’intention qui compte.

 

Mais l’idée qui risque à terme d’affaiblir le plus le Parlement, c’est l’idée que n’importe qui peut être député. Que la fonction ne nécessite aucune préparation préalable, aucune expérience, aucun intérêt pour la chose publique. Qu’une personne qui – de son propre aveu – arrive à cinquante ans « sans jamais s’être intéressé à la politique » peut faire un député aussi bon – voire meilleur – que celui qui depuis l’âge de seize ans s’intéresse à la chose et la pratique assidûment. Le chef d’entreprise qui n’a jamais eu d’autre souci que de gagner de l’argent – car il faut arrêter de voir dans les chefs d’entreprise des philantropes – tout à coup, par la grâce du suffrage universel, deviendra un farouche militant de l’intérêt général.

 

Mais justement, ce qui est remis en cause, c’est l’idée même d’intérêt général. Car l’intérêt général, ce n’est pas l’intérêt partagé par tous, c’est un compromis délicat entre les intérêts des uns et des autres. La logique de l’égo-politique n’est pas celle de l’intérêt général, mais celle de l’intérêt commun : point besoin de compromis, puisqu’il existe une politique qui satisfait l’intérêt de tous – ou du moins, du « 99% ». Et du coup, chacun se sert en se racontant qu’il sert les autres. Les très nombreux entrepreneurs qui sont rentrés à l’Assemblée expliquent ainsi qu’en levant les obstacles qui pèsent sur les entreprises – c'est-à-dire, sur leurs propres intérêts – ils serviront les intérêts de tous puisque les entreprises créeront des emplois et payeront de meilleurs salaires – on sait bien que les entreprises qui utilisent ces dispositifs pour augmenter leurs marges ou délocaliser vers des cieux plus favorables n’existent pas et n’ont jamais existé…

 

La disparition de la notion d’intérêt général conduit à une autre logique destructrice, c’est celle de la « représentation par les pairs », ou pour le dire autrement, cette idée que nous ne saurions être véritablement représentés que par des gens qui nous ressemblent.

 

Si l’on fait de la politique avec les émotions, l’idée a un sens. Car si l’on peut comprendre rationnellement les motivations, les intérêts ou les revendications de ceux qui sont différents de nous, nous ne pouvons que très difficilement éprouver les mêmes émotions. Comment « ressentir » ce que sent un handicapé quand on est valide ? D’un noir lorsqu’on est blanc ? Mais si l’on admet que les choix politiques doivent être gouvernée par la raison, la « représentation par les pairs » est absurde. Le meilleur défenseur des sourds-muets de toute l’histoire, l’Abbé de l’Epée, n’était ni l’un, ni l’autre, et le psychiatre comprend mieux la psychose que le psychotique lui-même. D’ailleurs, lorsque vous choisissez un avocat pour vous représenter dans une procédure, quel est votre critère de choix ? Préférez-vous une personne intelligente, connaissant la loi et les usages judiciaires sur le bout des doigts ? Ou choisissez-vous quelqu’un qui a le même sexe, le même âge, la même couleur de peau que vous même ?

 

Tout au long de cette campagne, les candidats nous ont resservi le discours « nous sommes des gens comme vous ». Mais moi, je ne veux pas un représentant qui soit comme moi. Je veux quelqu’un qui soit meilleur que moi, plus cultivé, plus intelligent, plus savant, plus efficace, et qu’il mette ces capacités à mon service. Le fait que les députés « nous ressemblent » ne fait rien pour leur légitimité, au contraire. A terme, une élite ne peut se légitimer qu’en montrant qu’elle mérite sa place, en d’autres termes, qu’elle est meilleure que le reste de la société. Et l’idée qu’à l’Assemblée les noirs sont là pour défendre les noirs, les paysans pour défendre les paysans et les énarques pour défendre les énarques finit par détruire la légitimité même du corps politique.

 

Au demeurant, il y a dans cette idée de « représentation par les pairs » une grande ambiguïté. Car si l’élection législative a abouti à former une assemblée de « gens comme nous », il faudrait encore s’entendre sur ce que ce « nous » veut dire. L’Assemblée a beau avoir été « rajeunie et féminisée », du point de vue social elle est monocolore. Très rares sont les députés qui ne sont pas issus des « classes moyennes ». Quant aux ouvriers… je n’en dis pas plus !

 

L’arrivée de Macron et de sa majorité marque la banalisation de la fonction politique. Hier, la présidence ou la députation étaient réservées à ceux qui les désiraient vraiment, qui s’étaient battus pendant des décennies pour les avoir. Elles étaient la culmination d’une carrière politique, dont on ne sortait au sens figuré – et quelquefois au sens propre – que les pieds devant. Aujourd’hui, ces fonctions sont accessibles à un débutant, pourvu qu’il ait une gueule plaisante et pas de casseroles. Et qui aura le droit de les concilier avec sa vie professionnelle mais aussi sa sacro-sainte « vie personnelle ». Lorsqu’il aura à choisir entre siéger le mercredi ou passer du temps avec ses enfants, que choisira-t-il, ce « nouveau politicien » ?

 

Descartes

Macron : « Avec moi, ce sera la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans »

 

25 Juin 2017

Tous sports - JO - Emmanuel Macron a soutenu Paris 2024 raquette en main. (P.Lahalle/L'Equipe)

 
Après l’épisode désastreux et humiliant de François Hollande et d’un PS qui effectivement paraissait plus proche des néoconservateurs que de n’importe quoi d’autre, même Macron peut paraître sinon progressiste au moins réaliste. Comment interpréter ce qui peut paraître un virage à 180° sinon comme la volonté de sauver l’Europe au prix qu’il faudra y compris en insufflant un peu de réalisme au plan international. Mais qu’on ne se fasse pas d’illusion, le vecteur demeure et restera l’intérêt du capital. A ce titre il peut effectivement y avoir des convergences avec ce que veut Poutine, prétendre conserver l’unité d’un immense pays tout en ne touchant pas à ce qui mine cette unité, les formidables inégalités engendrées par le capital.
 
(note de Danielle Bleitrach)

Allez, pour ne pas déprimer, on se concentrera sur quelques perspectives positives sur l’international….

Source : Elysee.fr, 22/06/2017

Dans son premier grand entretien depuis son entrée à l’Élysée, le président de la République dévoile sa vision pour l’Europe et expose ses grands principes de politique étrangère.

 

Par Isabelle Lasserre

 

Dans son premier grand entretien depuis son entrée à l’Elysée, accordé au Figaro et à sept autres journaux européens (Le Soir, Le Temps, The Guardian, Corriere della Sera, El Pais, Süddeutsche Zeitung, Gazeta Wyborcza), le président de la République dévoile sa vision de l’Europe, parle lutte contre le terrorisme islamiste et conflit syrien.

 

Interrogé sur ses propositions pour relancer concrètement l’Europe, à la veille d’un sommet à Bruxelles, Emmanuel Macron estime que «la clé pour repartir, c’est une Europe qui protège». Il plaide ainsi pour une vraie politique de défense et de sécurité commune. Et estime que les Européens doivent être plus efficaces face aux grandes migrations, en réformant notamment «profondément le système de protection de nos frontières, la politique migratoire et le droit d’asile». Il prône aussi «avec vigueur l’idée d’un budget de la zone euro, doté d’une gouvernance démocratique». Cette relance européenne passe par l’Alliance franco-allemande. Mais pour être crédible aux yeux de Berlin et du monde, la France doit accomplir «les réformes fondamentales qui sont indispensables».

 

Le président réaffirme que la lutte contre le terrorisme islamiste est sa priorité absolue. «Ce sont eux nos ennemis» dit-il en désignant ces groupes terroristes. Il veut ensuite oeuvrer à la stabilisation de la Syrie, mais Emmanuel Macron ne fait pas un préalable du départ de Bachar el-Assad. En revanche, il affirme avoir deux «lignes rouges»: les armes chimiques et l’accès humanitaire. «Je l’ai dit très clairement à Vladimir Poutine, je serai intraitable sur ces sujets. Et donc l’utilisation d’armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule.»

 

LE FIGARO. – La France est-elle de retour en Europe? Y incarne-t-elle une sorte de nouveau leadership ?

 

Emmanuel MACRON. – Le leadership ne se décrète pas, il se construit en entraînant d’autres pays, d’autres acteurs et il est constaté au vu des résultats qu’on obtient. Il serait présomptueux de dire dès à présent que la France exerce un nouveau leadership européen. La vraie question est celle de l’objectif de notre action. Et le point de départ, c’est la crise que traversent les démocraties occidentales. Elles se sont construites au XVIIIe siècle sur un équilibre inédit entre la défense des libertés individuelles, la démocratie politique et la mise en place des économies de marché. Un cycle vertueux a permis aux libertés individuelles d’être reconnues, au progrès social de se développer et aux classes moyennes d’avoir une perspective de progrès. Depuis la fin des Trente Glorieuses, le doute s’est installé. La France en a fait la cruelle expérience, elle qui avait sans doute le modèle social le plus élaboré. Quand nous regardons la planète, aujourd’hui, que voyons-nous? Une montée des démocraties illibérales et des extrêmes en Europe, la réémergence de régimes autoritaires qui mettent en cause la vitalité démocratique, et des États-Unis d’Amérique qui se retirent en partie du monde. Ce contexte est aggravé par une montée des incertitudes et des troubles. Les crises se multiplient au Moyen-Orient et dans le Golfe, les inégalités s’aggravent partout dans le monde.

 

D’où proviennent ces instabilités ?

 

Elles n’ont pas une cause unique. Elles sont issues pour partie des inégalités profondes engendrées par l’ordre mondial et du terrorisme islamiste. À ces déséquilibres s’ajoute celui du climat. Ceux qui pensent que la lutte contre le climat est une lubie de bobos se trompent profondément. La question première n’est donc pas de savoir s’il y a ou non un leadership français, de savoir si nous bombons le torse plus fort que les autres. Elle est d’abord de savoir comment défendre notre bien commun à tous, c’est-à-dire la liberté et la démocratie, la capacité des individus et de nos sociétés à être autonomes, à rester libres, à assurer la justice sociale et à préserver notre planète à travers le climat.

 

Sans ces biens communs, il n’y a pas d’avenir souhaitable ni durable. Notre défi est de savoir comment nous allons gagner cette bataille dont l’Europe, j’en suis convaincu, porte la responsabilité. Pourquoi?Parce que la démocratie est née sur ce continent. Les États-Unis d’Amérique aiment autant que nous la liberté. Mais ils n’ont pas notre goût pour la justice. L’Europe est le seul endroit au monde où les libertés individuelles, l’esprit de démocratie et la justice sociale se sont mariés à ce point. La question est donc la suivante : l’Europe va-t-elle réussir à défendre ses valeurs profondes, dont elle a irrigué le monde pendant des décennies, ou va-t-elle s’effacer devant la montée des démocraties illibérales et des régimes autoritaires ?

 

Comment concrètement relancer l’Europe? Comment convaincre les Allemands ?

 

Si nous n’avons pas conscience du défi qui est le nôtre, nous pouvons continuer à passer des nuits entières à nous interroger sur l’endroit où se trouvera la prochaine agence européenne ou la manière dont sera dépensé tel ou tel budget… Nous nous placerions alors hors de l’Histoire. Je n’ai pas fait ce choix. Angela Merkel non plus. La question est de savoir comment nous arriverons à restaurer une dynamique, une capacité à entraîner. Car il ne s’agit pas uniquement de plaquer des politiques sur des pays ou des peuples. Il faut être capable de les entraîner, de les faire rêver. La France n’aura aucune capacité motrice si elle ne porte pas un discours clair et un regard lucide sur le monde. Mais elle ne l’aura pas non plus si elle ne renforce pas son économie et sa société. C’est pourquoi j’ai demandé au gouvernement d’enclencher les réformes fondamentales qui sont indispensables pour la France. Notre crédibilité, notre efficacité, notre force sont en jeu.

 

Mais la force de quelques-uns ne peut pas se nourrir longtemps de la faiblesse des autres. L’Allemagne, qui s’est réformée il y a une quinzaine d’années, constate aujourd’hui que cette situation n’est pas viable.Monsouhait est donc que nous puissions construire une force commune. Ma méthode pour le couple franco-allemand est celle d’une alliance de confiance. Je souhaite que nous revenions à l’esprit de coopération qui existait jadis entre François Mitterrand et Helmut Kohl. On ne se rend pas à un Conseil européen sans avoir de position commune. Cela ne veut pas dire que nous sommes d’accord sur tout.Mais que nous ne voulons pas perdre de temps à demander aux autres d’arbitrer nos désaccords. Sinon l’Europe bégaie, et la clé pour repartir, c’est une Europe qui protège.

 

Pourquoi ce besoin de protection est-il si essentiel ?

 

Parce que, dans toutes nos sociétés, les classes moyennes se sont mises à douter. Elles ont l’impression que l’Europe se fait malgré elles. Cette Europe-là se tire elle-même vers le bas. Il faut créer une Europe qui protège en se dotant d’une vraie politique de défense et de sécurité commune. Il faut être plus efficace face aux grandes migrations en réformant profondément le système de protection de nos frontières, la politique migratoire et le droit d’asile. Le système actuel fait porter à quelques-uns toute la charge et ne pourra pas résister aux prochaines vagues migratoires. Je crois à une Europe qui se dote de moyens pour protéger ses frontières extérieures, assurer sa sécurité à travers la coopération policière et judiciaire dans sa lutte contre le terrorisme, déployer une organisation commune en matière de droit d’asile et d’immigration, une Europe qui protège contre les dérèglements de la mondialisation. C’est la première étape. Il ne peut pas y avoir d’approfondissement institutionnel tant que nous n’aurons pas restauré la cohérence de l’Europe.

 

Si nous voulons passer à l’étape suivante, il faut au sein de la zone euro avoir une intégration plus forte.C’est pour cela que je défends avec vigueur l’idée d’un budget de la zone euro, doté d’une gouvernance démocratique. C’est le seul moyen de recréer un mouvement de convergence entre nos économies et nos pays. Si on ne fait pas ça, on affaiblira la zone euro. Il faut pouvoir articuler le pilier de la responsabilité et celui de la solidarité. Mon sentiment est que l’Allemagne n’est pas bloquée là-dessus.

 

Vous pensez que les Allemands sont prêts eux aussi à changer ?

 

J’en suis persuadé. En matière de sécurité et de défense, la chancelière allemande a fait bouger les choses profondément. Elle est revenue sur des tabous profonds hérités de la Seconde Guerre mondiale.L’Allemagne va dépenser plus que la France en matière de défense dans les années à venir. Qui l’eût cru?Mais l’Allemagne est lucide sur les limites d’une action qui ne soit pas pleinement européenne, notamment en matière d’intervention militaire. Elle sait que notre destin est redevenu tragique. Elle a besoin de la France pour se protéger, pour protéger l’Europe et assurer notre sécurité commune. Je crois par ailleurs que les dynamiques que j’évoque traversent aussi la société allemande. Notre devoir en tant que dirigeants est d’en faire la pédagogie. Les égoïsmes nationaux sont des poisons lents qui entretiennent l’affaiblissement de nos démocraties et notre incapacité collective à relever le défi historique qui est le nôtre. Je sais que la chancelière en a conscience.

 

L’Europe apparaît aujourd’hui divisée, notamment entre l’Est et l’Ouest…

 

Je ne crois pas à ce conflit entre l’est et l’ouest de l’Europe. Il y a des tensions car nos imaginaires et notre histoire récente ne sont pas les mêmes. Je n’oublierai jamais cette phrase de Bronislaw Geremek, que j’avais rencontré il y a une vingtaine d’années au moment de l’élargissement européen: «L’Europe ne mesure pas tout ce qu’elle nous doit.» Pour sa génération, attachée à l’Europe des Lumières, l’Europe occidentale avait trahi en laissant le mur s’ériger et le continent se diviser. Quand j’entends aujourd’hui certains dirigeants européens, ils trahissent deux fois. Ils décident d’abandonner les principes, de tourner le dos à l’Europe, d’avoir une approche cynique de l’Union qui servirait à dépenser les crédits sans respecter les valeurs. L’Europe n’est pas un supermarché. L’Europe est un destin commun. Elle s’affaiblit quand elle accepte qu’on rejette ses principes. Les pays d’Europe qui ne respectent pas les règles doivent en tirer toutes les conséquences politiques. Et ce n’est pas uniquement un débat Est-Ouest. Je parlerai avec tout le monde et avec respect, mais je ne transigerai pas sur les principes de l’Europe, sur la solidarité et sur les valeurs démocratiques. Si l’Europe accepte cela, c’est qu’elle est faible et qu’elle a déjà disparu. Ce n’est pas mon choix.

 

Le dialogue, mais pas de sanctions ?

 

Le dialogue, mais il doit être suivi de décisions concrètes. Je souhaite que tout le monde ait à l’esprit la responsabilité historique qui est celle des Européens. Nous devons promouvoir une Europe qui aille vers un mieux-être économique et social. L’objectif d’une Europe qui protège doit aussi s’imposer dans le domaine économique et social. En raisonnant comme on le fait sur le travail détaché depuis des années, on prend l’Europe à l’envers. Il ne faut pas s’y tromper. Les grands défenseurs de cette Europe ultralibérale et déséquilibrée, au Royaume-Uni, se sont fracassés dessus. Sur quoi le Brexit s’est-il joué?Sur les travailleurs d’Europe de l’Est qui venaient occuper les emplois britanniques. Les défenseurs de l’Europe ont perdu car les classes moyennes britanniques ont dit stop! Le souffle chaud des extrêmes se nourrit de ces déséquilibres. On ne peut pas continuer à faire l’Europe dans des bureaux, à laisser les choses se déliter. Le travail détaché conduit à des situations ridicules. Vous pensez que je peux expliquer aux classes moyennes françaises que des entreprises ferment en France pour aller en Pologne car c’est moins cher et que chez nous les entreprises de BTP embauchent des Polonais car ils sont payés moins cher? Ce système ne marche pas droit.

 

Vous voulez relancer la défense européenne et la France doit montrer l’exemple. Mais Bercy a gelé 2,6 milliards d’euros dans le budget de la défense …

 

Il n’y a pas eu de gel de crédits depuis que je suis là. Il y a eu des mesures prises par l’ancien gouvernement, et la Cour des comptes aura à en rendre un audit précis début juillet. Je ne suis pas pour la politique du rabot. Dans le domaine de la défense, ma stratégie est très claire: des dépenses équivalentes à 2 % du PIB à l’horizon 2025. Et, de façon générale, je souhaite mener une politique responsable qui repose sur des objectifs pluriannuels. Le débat budgétaire doit changer de nature. Ce système où l’on passe des mois à discuter d’un projet de loi de finances qui est ensuite modifié trois ou quatre fois en cours d’année est un pays où il n’y a plus de véritable débat démocratique sur le budget. Je souhaite qu’on ait un débat budgétaire sérieux et transparent au Parlement. Quand on veut faire de vraies économies, il faut avoir une stratégie pluriannuelle. Les vraies économies pérennes se font en deux ou trois ans, pas en deux mois.

 

Quel modèle pour la future relation entre le Royaume-Uni et l’UE ? La porte est-elle ouverte à une marche arrière ?

 

La porte est ouverte jusqu’au moment où on la franchit. Ce n’est pas à moi de dire qu’elle est fermée. Mais à partir du moment où les choses s’engagent avec un calendrier et un objectif, il est très difficile de revenir en arrière, il ne faut pas se mentir. Je souhaite que la discussion qui vient de s’engager soit parfaitement coordonnée au niveau européen. Je ne veux pas de discussions bilatérales car il faut préserver l’intérêt de l’UE à court, moyen et long terme. La France compte en revanche poursuivre et renforcer sa forte relation en matière de défense et de sécurité avec le Royaume-Uni. Le traité de Lancaster House reste le cadre de cette coopération. Nous allons aussi davantage coopérer en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Nous avons déjà arrêté un plan d’action commun en matière de lutte contre la radicalisation sur Internet. Car nos destins sont liés: les filières terroristes ne connaissent pas les frontières de l’Europe. Enfin, en matière de migration, je souhaite que l’on fasse évoluer notre coopération. Il faut absolument éviter la création de nouveaux abcès de fixation que sont les camps de migrants. C’est le pragmatisme qui régira nos relations.

 

Faut-il remettre l’espace Schengen sur la table ?

 

Je suis attaché à l’espace Schengen, qui permet la libre circulation des personnes au sein de l’UE et qui est un des éléments constitutifs de notre citoyenneté européenne. Si nous voulons garantir cette libre circulation, il faut renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne. Je souhaite que nous donnions rapidement tous les moyens nécessaires à l’Agence européenne des gardes-frontières et des gardes-côtes pour gérer notamment les crises à ces frontières. Il y a ensuite la question des réfugiés. Les réfugiés sont des gens qui demandent l’asile dans notre pays. Nous parlons de femmes et d’hommes qui risquent leur vie dans leur pays, qui la risquent pour venir jusqu’à nous, qui fuient des pays en guerre. Nous leur devons hospitalité et humanité. Le problème est que, dans de nombreux pays, dont la France, l’instruction de la demande d’asile prend trop de temps entre le dépôt, l’enregistrement, l’instruction des dossiers, sans parler des délais induits par la complexité administrative et les recours devant différentes juridictions. Toutes ces procédures peuvent durer jusqu’à deux ans. Or, pendant cette période, on ne peut pas vivre de manière transitoire dans un pays. On s’installe, on tisse des liens familiaux… On voit donc que face à cette pression migratoire le système actuel n’est plus satisfaisant. J’ai donc demandé une réforme en profondeur du système d’asile en France, pour le déconcentrer et pour accélérer considérablement les délais d’instruction des demandes d’asile. L’objectif est que nous divisions ces délais moyens par deux, en passant à six mois toutes procédures comprises.

 

Il y a ensuite les migrants qui ne relèvent pas de l’asile, qui n’ont donc pas vocation à s’établir en France, dont il faut régler la situation conformément à notre droit avec humanité et dans le cadre d’une plus grande coopération internationale. Il faudra assurer l’effectivité de leur reconduite à la frontière et travailler étroitement avec les États d’où sont originaires ces personnes, avec les pays de transit, et lutter plus efficacement contre les filières mafieuses qui exploitent la détresse humaine. Sur toutes ces questions, je suis favorable à des réformes en profondeur qui permettent d’avoir une même philosophie européenne. Il faut notamment remédier à la situation ubuesque que l’on observe avec les «dublinés», ces personnes qui passent d’un pays à l’autre en espérant enfin obtenir l’asile.

 

Après le Brexit et l’élection de Trump, votre élection donne-t-elle un coup d’arrêt aux populismes en Europe ?

 

Je me méfie du terme « populisme » car il a plusieurs colorations. Beaucoup, à droite et à gauche, m’ont dit que j’étais populiste. Quand les partis sont fatigués, on s’étonne qu’on puisse parler au peuple! Si c’est ça être populiste, ce n’est pas un mal. Moi, je ne crois pas dans la démagogie, qui consiste à flatter un peuple pour lui dire ce qu’il attend, lui parler de ses peurs. Je n’ai pas l’arrogance de penser que mon élection marque un coup d’arrêt. Les Français ont toujours été comme ça: au moment où on ne les attend pas, il y a un sursaut. La France n’est pas un pays qu’on réforme, c’est un pays qui se transforme, un pays de révolution. Donc, aussi longtemps qu’il est possible de ne pas réformer, les Français ne le font pas. Là, ils ont vu qu’ils étaient au bord du précipice et ils ont réagi. Mon élection comme la majorité obtenue à l’Assemblée ne sont pas un coup d’arrêt: elles sont un début exigeant. Le début d’une renaissance française et je l’espère européenne. Une renaissance qui permettra de repenser les grands équilibres nationaux, européens, internationaux, de retrouver une ambition, une capacité à regarder les choses en face, à ne pas jouer sur les peurs mais à les transformer en énergie. Car les peurs sont là, et donc ce qui divise les sociétés demeure. Il n’y a pas de recette miracle, c’est un combat de chaque jour. J’ai parié sur l’intelligence des Françaises et des Français. Je ne les ai pas flattés, mais j’ai parlé à leur intelligence. Ce qui épuise les démocraties, ce sont les responsables politiques qui pensent que leurs concitoyens sont bêtes. En jouant avec démagogie de leurs peurs, de leurs contrariétés et en s’appuyant sur leurs réflexes.La crise de l’imaginaire occidental est un défi immense, et ce n’est pas une personne qui le changera. Mais j’ai la volonté de retrouver le fil de l’Histoire et l’énergie du peuple européen. Pour endiguer la montée des extrêmes et la démagogie. Car c’est ça le combat de civilisation.

 

Syrie: « Si vous ne faites pas respecter les lignes rouges, vous décidez d’être faible »

 

Comment gérer le risque que représente Donald Trump pour l’Europe ?

 

Donald Trump est d’abord celui qui a été élu par le peuple américain. La difficulté est qu’aujourd’hui il n’a pas encore élaboré le cadre conceptuel de sa politique internationale. Sa politique peut donc être imprévisible et c’est pour le monde une source d’inconfort.

 

Concernant la lutte contre le terrorisme, il porte la même volonté d’efficacité que la mienne. Je ne partage pas certains de ses choix, avant tout sur le climat. Mais j’espère qu’on pourra faire en sorte que les États-Unis réintègrent l’accord de Paris. C’est la main que je tends à Donald Trump. Je souhaite qu’il change d’avis. Car tout est lié. On ne peut pas vouloir lutter efficacement contre le terrorisme et ne pas s’engager pour le climat.

 

Si la ligne rouge de l’utilisation des armes chimiques est franchie en Syrie, la France est-elle prête à frapper seule ?

 

Oui. Quand vous fixez des lignes rouges, si vous ne savez pas les faire respecter, vous décidez d’être faible. Ce n’est pas mon choix. S’il est avéré que des armes chimiques sont utilisées sur le terrain et que nous savons en retracer la provenance, alors la France procédera à des frappes pour détruire les stocks d’armes chimiques identifiés.

 

La France peut-elle agir, même sans une coopération avec les autres pays de la coalition ?

 

Qu’est-ce qui a bloqué les choses en 2013 ? Les États-Unis ont fixé des lignes rouges mais ont fait le choix in fine de ne pas intervenir. Qu’est-ce qui a affaibli la France ? De définir politiquement une ligne rouge et de ne pas en tirer les conséquences. Et qu’est-ce qui a du coup libéré Vladimir Poutine sur d’autres théâtres d’opérations? Le fait d’avoir constaté qu’il avait face à lui des gens qui avaient des lignes rouges mais ne les faisaient pas respecter. Je respecte Vladimir Poutine. J’ai eu avec lui un échange constructif.Nous avons de vrais désaccords, sur l’Ukraine en particulier, mais il a vu aussi ma position. Je lui ai parlé longuement en tête à tête des sujets internationaux ainsi que de la défense des ONG et des libertés dans son pays. Ce que j’ai dit en conférence de presse, il ne l’a pas découvert. C’est ça, ma ligne. Dire les choses avec beaucoup de fermeté à tous mes partenaires mais leur dire d’abord en tête à tête.

 

Aujourd’hui, nous avons avec Vladimir Poutine le sujet ukrainien, que nous continuerons à suivre dans le cadre du processus de Minsk et du format « Normandie ». Nous aurons avant le G20 une réunion sous ce format avec l’Ukraine et l’Allemagne. Et il y a la Syrie. Sur ce sujet, ma conviction profonde est qu’il faut une feuille de route diplomatique et politique. On ne réglera pas la question uniquement avec un dispositif militaire. C’est l’erreur que nous avons collectivement commise. Le vrai aggiornamento que j’ai fait sur ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m’a présenté son successeur légitime!

 

Mes lignes sont claires. Un:la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis.C’est dans cette région qu’ont été fomentés des attentats terroristes et que se nourrit l’un des foyers du terrorisme islamiste. Nous avons besoin de la coopération de tous pour les éradiquer, en particulier de la Russie.

 

Deux:la stabilité de la Syrie, car je ne veux pas d’un État failli. Avec moi, ce sera la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fut le résultat de ces interventions? Des États faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie.

 

Trois:j’ai deux lignes rouges, les armes chimiques et l’accès humanitaire. Je l’ai dit très clairement à Vladimir Poutine, je serai intraitable sur ces sujets. Et donc l’utilisation d’armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule. La France sera d’ailleurs à cet égard parfaitement alignée avec les États-Unis.

 

Quatre:je veux une stabilité syrienne à moyen terme. Cela veut dire un respect des minorités. Il faut trouver les voies et moyens d’une initiative diplomatique qui fasse respecter ces quatre grands principes.

 

Alors que le groupe Etat islamique perd des territoires en Syrie et en Irak, un terrorisme dit «low cost» défie nos démocraties. Comment placer le curseur entre une législation d’exception et la nécessité de protéger les libertés ?

 

Parlons d’abord de l’état d’urgence en France. L’état d’urgence était destiné à répondre à un péril imminent résultant d’atteintes grave à l’ordre public. Or la menace est durable. Il faut donc s’organiser sur la durée. Je prolongerai l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre, le strict temps nécessaire pour permettre au Parlement d’adopter toutes les mesures indispensables à la protection des Français.

 

Un texte est présenté ce jeudi en conseil des ministres. Quel est son esprit? Il prendra en considération toute les formes de menaces et notamment les actes d’individus isolés que nous avons pu constater récemment. Nous prévoyons des procédures spécifiques pour lutter contre ce terrorisme islamiste. Ce n’est en rien un affaiblissement de l’état de droit, ni une importation de l’état d’urgence dans l’état de droit. Il faut construire les instruments pour lutter contre ce risque nouveau, sous le contrôle du juge, administratif ou judiciaire. Il faut des réponses inédites et propres à la lutte contre ce terrorisme islamiste. C’est ce dont notre société a besoin pour sortir de l’état d’urgence permanent.

 

Il faut ensuite renforcer la coordination de l’ensemble de nos services face à la menace terroriste. C’est dans ce cadre que j’ai souhaité la création de la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, avec la création en son sein d’un centre national de contre-terrorisme.

 

Cela suppose enfin d’avoir une politique internationale cohérente et de savoir parler avec toutes les parties. Mon principe diplomatique est celui-là. J’ai parlé cinq fois au président Erdogan depuis que je suis là. J’ai eu deux fois le président iranien Rohani. J’ai reçu Vladimir Poutine. La France n’a pas à choisir un camp contre l’autre. C’est sa force et son histoire diplomatique. Nous devons retrouver la cohérence et la force d’une politique internationale qui nous redonne du crédit. Il s’agit aussi d’avoir une politique sécuritaire intraitable sur le plan international en construisant les coalitions les plus efficaces contre le terrorisme. Enfin, il faut une politique civilisationnelle, qui consiste à éradiquer les fondements profonds de ce terrorisme.

 

Vous parlez d’un dialogue franc avec Vladimir Poutine. Mais il ne bouge sur rien. Il y a encore des combats dans le Donbass, la Crimée est toujours occupée, le format Normandie semble épuisé… Cherchez-vous une nouvelle méthode ?

 

Quand je parle de dialogue franc avec Vladimir Poutine, je ne dis pas qu’il est miraculeux. Qu’est-ce qui motive Vladimir Poutine? C’est de restaurer un imaginaire russe puissant pour tenir son pays. La Russie elle-même est victime du terrorisme. Il a lui-même à ses frontières des rebellions et des identités religieuses violentes qui menacent son pays. Tel est son fil directeur, y compris en Syrie. Je ne crois pas qu’il ait une amitié indéfectible à l’égard de Bachar el-Assad. Il a deux obsessions: combattre le terrorisme et éviter l’Etat failli. C’est pour cela que sur la Syrie des convergences apparaissent. Longtemps nous avons été bloqués sur la personne de Bachar el-Assad. Mais Bachar, ce n’est pas notre ennemi, c’est l’ennemi du peuple syrien. L’objectif de Vladimir Poutine, c’est de restaurer la Grande Russie, parce que c’est selon lui la condition de survie de son pays. Est-ce qu’il cherche notre affaiblissement ou notre disparition? Je ne le crois pas.

 

Vladimir Poutine a sa lecture du monde. Il pense que la Syrie est une question de voisinage fondamental pour lui. Que peut-on faire? Réussir à travailler ensemble sur la Syrie pour lutter contre le terrorisme et déboucher sur une vraie sortie de crise. Je pense que c’est faisable. Je continuerai à être un interlocuteur très exigeant en matière de libertés individuelles et de droits fondamentaux. Enfin, il y a la question ukrainienne pour laquelle je vais attendre la première réunion «Normandie» pour vous répondre précisément. Ce qui est sûr, c’est que nous avons un devoir: la protection de l’Europe et de ses alliés dans la région. Là-dessus nous ne devons rien céder.

 

Le sport concourt à la diplomatie. Vous avez décidé d’aller vous-même défendre la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024 devant le CIO. Pour vous, cette candidature va bien au-delà de la candidature d’une ville ?

 

C’est l’engagement de tout un pays que je veux manifester en me rendant les 11 et 12 juillet à Lausanne puis à Lima en septembre. Pourquoi? Parce que c’est un événement sportif, mais bien plus que cela: il correspond notamment à la politique que nous voulons mener sur le handicap ; ce sont des jeux olympiques et paralympiques! C’est un élément de fierté nationale et de mobilisation, un événement économique considérable. C’est également un geste qui montre que, dans notre bataille de long terme face au terrorisme, on n’arrête pas les grands événements. Et puis c’est une candidature européenne et francophone. Ce n’est pas simplement celle de Paris, ni de la France. Cela partie de ces éléments d’engagement, de fierté, de projection dont un pays a besoin. Cela n’a rien d’anecdotique à mes yeux.C’est un élément fort qui démontre qu’on n’embrasse pas un monde fait uniquement de violence, mais un monde de valeurs partagées, de réconciliation, de joie, de compétition pacifiée.

 

Comment gérer les relations avec la Turquie qui ne partage pas nos valeurs ?

 

La Turquie heurte en ce moment certaines de nos valeurs. Mais elle partage certains de nos intérêts.Noussommes d’abord liés à la Turquie par le conflit syrien. La Turquie est un élément clé de notre politique régionale puisque c’est à la fois un voisin de la Syrie, un pays qui accueille un grand nombre de réfugiés et qui coopère dans la lutte contre le terrorisme. J’ai un dialogue exigeant et lucide avec le président Erdogan. Nous avons besoin de ce dialogue avec la Turquie. Je souhaite qu’en matière de migrations, ce dialogue soit européen et coordonné. Quand l’Europe a conclu un accord, elle l’a fait tard et de manière subie, même si celui-ci a donné des résultats. Il ne faut pas reproduire cette erreur. Pour le reste, compte tenu des positions actuelles de la Turquie, il est évident qu’aller plus loin vers une intégration européenne n’est pas une évolution envisageable. Mais cela n’empêche pas une relation forte et constante.

 

Source : Elysee.fr, 22/06/2017

===================================================

Du coup, Grosse surchauffe chez nos néoconservateurs – non due à la canicule…

 

 

Pour les gens s’intéressant sérieusement à la géopolitique :

 

Quelques réflexions sur la « France insoumise »

 

, par  Vincent Presumey
pdf 
 
La « France insoumise » a été inventée début 2016 lorsque J.L. Mélenchon annonça sa candidature à l’élection présidentielle de 2017.
 

Dans l’immédiat, tactiquement, il s’agissait pour lui de se dégager de toute négociation, notamment avec le PCF, de toute référence au Front de Gauche, et d’exclure sa participation à toute primaire – quand bien même ces différents processus, discussion entre organisations et/ou primaires, auraient fort bien pu aboutir à le légitimer comme candidat. Le capital politique issu de sa campagne de 2012, où ses 11% avaient fortement contribué à la défaite de Sarkozy au second tour, capital qui s’était constitué par l’unité matérialisée dans le Front de Gauche, devait être approprié au compte d’un projet politique différent.

 

 

Car dés son lancement la « France insoumise » reposait sur une idéologie et sur une équipe bien précises.
 

Le vrai noyau idéologique.

 

L’idéologie était empruntée à Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, c’est le « populisme de gauche » ou « populisme » tout court – pendant que de nombreux supporters de J.L. Mélenchon sortent encore les crocs dès qu’ils entendent prononcer le mot « populisme » à son sujet, celui-ci s’en réclame. Même si, dans le cas de M. Laclau et de Mme Mouffe, cette idéologie s’appuie sur une relative abondance de production sociologico-politique, sa synthèse mélenchonienne distillée sur le blog de J.L. Mélenchon est assez simple.

 

Premièrement, qu’on ne parle plus (ou alors juste par une habitude qui va s’effacer peu à peu) de lutte de classe, de classes sociales, de salariat et de travailleurs : le clivage fondamental oppose « le peuple » (également appelé « les 99% ») à « l’oligarchie », appelée aussi « la caste ».

 

Deuxièmement, « le peuple » est une nation - la nation française – et son identification comme peuple repose sur une thématique et une symbolique nationales, qui doivent se substituer aux thèmes et symboles issus du mouvement ouvrier. C’est ainsi que pendant que de faux naïfs dissertent contre « les gauchistes » qui n’ont pas compris que « le drapeau tricolore » et « le drapeau rouge » ne s’opposent pas, J.L. Mélenchon, lui, donne des consignes pour que dans ses rassemblements le drapeau rouge soit éliminé progressivement au profit du tricolore.

 

Troisièmement, « le peuple » doit se « construire » par un mouvement qui associe les individus-citoyens, mouvement dont le contenu premier n’est pas social, mais symbolique et national, reposant sur deux facteurs clefs de mobilisation et de dynamisme.

Le premier facteur est l’identification à une figure : E. Laclau avait vu celle-ci, en Argentine, dans le général Péron, dont il était un partisan ; P. Iglesias dans Podemos en Espagne a voulu être la dite figure, avec plus ou moins de succès car Podemos est issu du mouvement social de 2011-2012 qui est monté d’en bas et a comporté, avec sa branche Anticapitalistas d’influence trotskyste, majoritaire en Andalousie, des courants politiques ayant imposé leur reconnaissance comme tels contre l’égotisme et la médiatisation du chef.

 

Mais dans le cas des « insoumis » leur soumission au chef charismatique était acquise dès le départ puisque la construction de cette organisation fut voulue et pensée comme totalement verticale, à partir du chef justement, figure oratoire incontestable ayant un capital politique comme représentant du peuple de gauche mécontent de la gauche, constitué par sa campagne de 2012. Sauf qu’en 2012, celui-ci gérait les tendances à l’adulation en les contenant, conscient de la contradiction qu’il y avait à dénoncer le bonapartisme tout en étant candidat à la présidence. Cette fois-ci, le culte de la personnalité ne va pas être contenu mais au contraire il va être déchaîné. A l’usage de qui s’inquiète un peu il sera expliqué que pour l’instant il s’agit de combattre le présidentialisme avec les moyens du présidentialisme. A la masse des futurs adhérents et partisans - ne les appelons pas « militants », terme qu’ils refusent souvent d’ailleurs en dehors des anciens militants qui n’ont pas encore compris dans quelle galère ils sont tombés – des éléments de langage seront, dans l’année qui suivra, distillés, qu’ils répéteront avec une touchante unanimité : « Jean-Luc » n’est pas notre chef, il n’y a pas de chef chez nous qui ne sommes que des individus associés pour agir quand bon leur semble, il n’est que l’incarnation vivante du « programme » que nous avons collectivement produit – et à ce titre toute atteinte à l’incarnation vivante sera ressentie par eux comme un blasphème !

 

Le second facteur est l’identification d’un ennemi. Le « peuple » doit être construit par son chef dans une mobilisation où il se dote de symboles, les uns nationaux et hérités, les autres identifiant le mouvement comme tel (ce sera le « Phi », on y reviendra), par la conviction d’être le regroupement des victimes de l’ennemi, s’engageant contre celui-ci. Les sentiments sociaux, le mécontentement social, la conscience plus ou moins claire, plus ou moins obscure, de l’exploitation et de l’oppression, sont bien entendu présents ici comme fondements, mais comprenons bien qu’à la différence du projet d’organisation du mouvement ouvrier, tel que l’entendait par exemple Rosa Luxembourg, il ne s’agit pas de donner son expression démocratique consciente à ce mouvement réel, mais de se nourrir des sentiments de frustration qu’il comporte pour « construire un peuple » dont les mobiles mobilisateurs résident dans l’identification au Chef – pardon, au programme incarné ! -, dans l’agitation des symboles (le drapeau, le « Phi », et les éléments et tics de langage sur lesquels je reviendrai), et surtout dans la désignation de l’Ennemi.

 

Chez Rosa Luxembourg et dans la tradition du mouvement ouvrier révolutionnaire, le mouvement inconscient et spontané de résistance à l’exploitation et à l’oppression doit être rendu conscient, à la fois par la lutte collective dont le résultat principal est « l’union grandissante des travailleurs » (Marx), par l’organisation structurée en commun, syndicats, partis, conseils, qui tous reposent sur le pluralisme des secteurs, foyers d’organisation, courants et sensibilités, et par la théorie politique appuyée sur une culture historique et sur la culture en général, y compris « bourgeoise ».

 

Un inquiétant soubassement.

 

La thématique de la construction d’une identité politique par désignation de l’ennemi, chez C. Mouffe, est quant à elle explicitement empruntée au principal penseur juridico-politique du national-socialisme, Carl Schmitt, chez qui l’ennemi, plus ou moins euphémisé selon les périodes où il écrivait, était le Juif (chez le nazi de base le Juif était l’ennemi par essence, chez Schmitt il est l’ennemi choisi comme tel pour donner sa dynamique au « mouvement » lequel prend en fait la place du politique). L’ennemi pour le populisme « de gauche » (ce terme, « de gauche », doit disparaître à terme, mais il signifie que le dit populisme s’enracine dans le mécontentement social, comme il a été dit), est donc « l’oligarchie » ou « la caste ». L’oligarchie, terme qui chez les Grecs désignait la minorité privilégiée non légitime (l’aristocratie, les meilleurs, était légitime), a vu son emploi vulgarisé par l’extrême-droite maurassienne, qui la complétait de l’adjectif « cosmopolite » avec un sous-entendu antisémite avéré. Les adjectifs qui lui sont ajoutés dans l’emploi « insoumis » du terme sont le plus souvent oligarchie « financière » ou « médiatique », mais l’idée selon laquelle elle est a-nationale, « mondialiste » ou apatride, est tout à fait présente. Bien entendu, cette idée s’autorise d’une réalité : l’argent n’a pas d’odeur et le capital est ubiquiste. Mais « l’oligarchie » n’est pas le capital, elle n’est que la finance, plus les médias et les hommes politiques : la figure haïe est typiquement un homme riche, médiatique, et ayant un pouvoir politique réel ou supposé - financier, homme de parti, journaliste.

 

Ses incarnations individuelles, qui sont autant de fétiches, sont ancrées depuis longtemps dans la mythologie de la gauche antilibérale comme de la fachosphère : « BHL », « DSK », « Soros », et parfois, dans des milieux plus ciblés, « Finkielkraut », voire aussi « Cohn-Bendit », ou même « Plenel », sont des figures de fixation de la Haine dont, comme par inadvertance, un autre point commun est leur prétendue origine, ce que la réactualisation récente, en raison de la trajectoire de banquier de l’actuel président français, de la figure de « Rothschild », est venu rappeler à qui veut bien voir quels sont certains des processus inconscients ou semi-conscients à l’œuvre …

 

Il ne s’agit pas ici de donner une expression consciente à la résistance spontanée de tous les jours par la lutte organisée, mais de recouvrir les sentiments de mécontentement et de frustration nourris par l’exploitation et par l’oppression d’une couche, enthousiasmante et obscurcissante à la fois, d’images et de fétiches dont les principaux sont ceux du chef charismatique, le Programme incarné, et de l’Ennemi, l’oligarchie financière, médiatique, politique et apatride.

 

L’identification au Chef incarnation du Programme et la cristallisation de la Haine sur les figures de l’oligarchie, financière, médiatique et politique, ne visent pas à organiser le prolétariat contre le capital, mais à dresser toutes les classes, capital « productif » ou « national » et petit et moyen patronat compris, contre la seule oligarchie supposée mondialiste.

 

A la conscience du mouvement réel est substituée la mystique de l’enthousiasme, à l’organisation politique collective et structurée est substitué le mouvement des individus atomisés agissant par impulsion et identification, et à l’auto-assimilation de l’héritage culturel et historique est substituée une « éducation populaire » déclinée en « fichiers thématiques » en vue de dresser des prosélytes du Programme incarné.

 

Un projet d’implosion à l’italienne qui recoupe celui de Macron.

 

Comme J.L. Mélenchon l’a expliqué sur son blog, les mouvements doivent remplacer les partis. A l’épuisement des partis bureaucratiques doit répondre la naissance de mouvements dynamiques. Pas question d’aller vers des partis démocratiques, il faut mettre fin aux partis tout court.

 

Trois espaces politiques s’offrent en France pour ce faire : celui de la « règle ethnique », expression dévoyée du sentiment national, qu’est le Front National ; celui de la « règle d’or », masse instrumentalisée par les hommes du banquier Rothschild, soit les marcheurs de Macron ; et l’expression de la nation revivifiée par son Programme (dont il est, très modestement, l’incarnation, n’est-ce pas, « mes amis », n’est-ce pas, « les gens »  ! ) et cimentée par l’union contre l’Ennemi oligarchique (ou, de plus en plus accessoirement, l’ennemi ethniciste qu’est le FN) : la France insoumise.

 

On voit ici comment la synthèse idéologique tirée des livres de Laclau et Mouffe a abouti à un projet de recomposition politique ternaire de la V° République française, projet qui a toujours été en parfaite cohérence avec la perspective d’une présidence Macron, et qui suppose la liquidation des courants politiques issus du mouvement ouvrier et le partage de la base électorale et sociale du PS entre, grosso modo, trois quarts à Macron, un quart sous le signe du « Phi ».

 

On voit aussi, au passage, comment ce projet d’implosion à l’italienne a au fond rejoint ce qu’ont provoqué le président Hollande et son premier ministre Valls (même si, pour ce dernier, son enfant lui a échappé) : il s’agit de liquider tous « les partis » au profit du macronisme au centre (et au pouvoir ! ) flanqué du FN sur sa droite et de la FI sur sa gauche.

 

La manière dont tactique politicienne et idéologie populiste anti-politique s’accordent est ici remarquable.

 

On comprend mieux la cohérence de Mme Mouffe qui, simultanément, a pu côtoyer en évidence l’orateur J.L. Mélenchon lors du rassemblement clef de ses partisans durant la campagne présidentielle, place de la République à Paris, et appeler de ses vœux dans la presse de son pays, la Belgique, à la dé-diabolisation du Vlaams Belang (l’extrême-droite raciste flamande d’origine néonazie) pour qu’il puisse participer au pouvoir.

 

Une évolution régressive.

 

Ce corpus idéologique était en place dès le départ même si beaucoup ne s’en rendaient pas compte.

 

Dans l’évolution personnelle de J.L. Mélenchon, qui à partir de 2013 se met à théoriser, notamment lors de voyages en Espagne pour regarder les débuts de Podemos, l’union des classes contre l’oligarchie, c’est là une étape importante qui lui permet sans doute de résoudre un certain nombre de contradictions. Remarquons que c’est au même moment qu’il a exprimé un grand ressentiment contre les grèves en Bretagne de l’automne 2013, ces « nigauds » et ces « esclaves » de prolétaires qui avaient défié l’État en manifestant avec des petits paysans et commerçants (et qui seront ensuite – ensuite - récupérés sous l’égide des « Bonnets rouges »).

 

Entré dans l’action politique dans le cadre de l’OCI et de l’UNEF-Unité syndicale des années 1970, ayant ensuite œuvré sous la direction, l’inspiration et la férule d’un Mitterrand adulé, et disant avoir enfin découvert lors du Front de Gauche l’hérédité communiste, J.L. Mélenchon avait représenté une synthèse, pour le meilleur, pour le pire ou pour les deux, des héritages de trois figures tutélaires : celle de François Mitterrand est la plus évidente, celle de Georges Marchais venait à l’esprit de bien des militants communistes revigorés par ses meetings, et celle de Pierre Lambert en tant qu’homme d’appareil se voulant indépendant des appareils (sans y parvenir, mais c’est une autre histoire), moins connue, était bien là elle aussi. Cet héritage faisait une sorte de synthèse, brouillonne et bouillonnante, des strates du mouvement ouvrier français. Le liant de tout cela, dans l’idéologie personnelle de J.L. Mélenchon qui n’est pas un homme d’appareil mais qui est mû par les idées, et par l’idée qu’il se fait de sa personne dans la marche des idées, était une sorte de spiritualisme maçonnique.

 

Ce composé instable a trouvé un développement possible dans le populisme charismatique se voulant national, d’autant que ceci mettait au premier plan des éléments présents de longue date dans la pensée et la pratique de J.L. Mélenchon, à savoir l’allégeance à la « grandeur de la France », sa bombe atomique, ses bases en Afrique et ses Rafales compris : ce développement est à l’évidence celui qui pouvait au mieux combler d’aise son représentant, mais il est en même temps celui qui marque la rupture avec le mouvement ouvrier, le passage de la synthèse instable de ses héritages bureaucratiques au désir éradicateur de ses héritages démocratiques.

 

Voilà donc notre Mélenchon incarnation du Programme des « gens », chef à la poigne de fer d’un mini-appareil gérant une grande masse de manœuvre (celle des « gens » atomisés et enamourés), l’homme d’appareil indépendant des appareils ne tolérant aucun « frondeur » chez lui, en charge de la mise à mort et de l’enterrement sans pompe de tout ce qui procède politiquement du mouvement ouvrier pour mettre à la place le mouvement des « gens » isolés, unis par le Chef, son Programme et son Phi, hurlant à la mort de l’Ennemi.

 

Au fait, l’Ennemi, dans la dynamique engagée, n’a plus été seulement l’oligarchie. Dans le feu de la campagne présidentielle elle-même, il est devenu « le PS ». Non pas le PS réel, parti issu du mouvement ouvrier, intégré à la V° République, asséché par la pratique du pouvoir de F. Hollande, mais un PS fantasmé, démonisé. La figure de la Haine s’est particulièrement cristallisée, dans la psychologie de « l’insoumis », alors presque caricature parfaite de l’atome populiste de base, sur ce qui était « à la gauche du PS » : le « frondeur », « Filoche », « Hamon », étaient des objets de complot inventés pour que l’insoumis ne puisse pas faire advenir « les jours heureux », ceux où régnera, dans les siècles des siècles, « JLM » (comme « je l’aime » …).

 

Entre les deux tours de la présidentielle, les « insoumis » ont connu des jours difficiles car, pour la première fois, le Programme incarné ne leur a pas donné la ligne et leur a intimé l’ordre de choisir. Fonctionnant selon les mécanismes qu’ils avaient assimilés pendant la campagne, ils ont alors commencé à se diaboliser les uns les autres : traîtres qui voulaient voter Macron, collabos qui voulaient s’abstenir, sans oublier les plus sulfureux, peu dénoncés par les autres – les adeptes, relativement nombreux parmi les « insoumis » de réseaux sociaux, du vote « révolutionnaire » pour Marine Le Pen.

 

Mais ce moment fut bref : la cohésion autour de la figure du Chef et contre l’Ennemi s’est refaite pour les législatives. Mais cette fois-ci l’Ennemi, c’est très souvent « le PCF » à son tour fétichisé, et plus généralement toute la gauche, y compris les syndicalistes, perçus comme les obstacles empêchant le triomphe électoral des adeptes du Phi, triomphe qui, sans les complots ourdis par l’oligarchie et ses pseudopodes que sont « le PS » et maintenant « le PCF » et en général « les partis », aurait dû advenir.

 

Cette effroyable régression intellectuelle, morale et politique a naturellement des causes profondes qui dépassent largement J.L. Mélenchon, que je tenterai de comprendre à la fin de cet article. Mais revenons à cette étape, de façon à éclairer ce qui vient d’être résumé, sur les moments du développement des « insoumis » en tant qu’organisation.

 

Le premier cercle.

 

Au départ, disions-nous, l’idéologie est en place, le chef est là, tout procède d’en haut, et une équipe réduite opère autour et sous l’égide du chef. Cette équipe est la même qui manageait le PG, qu’il s’agit maintenant d’intégrer à la FI et, en fait, de mettre entre parenthèses et de liquider.

 

Le principal à avoir une existence oratoire en dehors du chef, et bien entendu à des lieux en dessous de la sphère dans laquelle plane celui-ci, mais qui peut en être le médiateur vers les simples « gens », est Alexis Corbière.

 

Il faut noter le rôle spécifique joué par Georges Kuzmanovic, officier de réserve de l’armée française, passant pour spécialiste géopolitique : la reprise des orientations de Poutine du point de vue de la « grandeur de la France », le verrouillage d’une orientation de haine contre les Ukrainiens - ces « nazis » - et contre les insurgés syriens – ces « islamistes »- dont la solidarité active de la FI avec les principales forces capitalistes et répressives qui au moment présent, massacrent et torturent des prolétaires à proximité de l’Europe, lui doivent beaucoup.

 

Mais le plus intéressant dans cette équipe réduite, noyau non élu, sélectionné par cooptation implicite sur la base des rapports, vécus comme amicaux, avec le chef, est Sophia Chikirou. Son principal engagement politique antérieur était la « Gauche moderne » de J.M. Bockel, une organisation sarkozyste. Ce qui est naturellement son droit, mais indique une faculté d’adaptation propre aux milieux de la com’ - ceux-là même que l’insoumis de base est invité à conspuer dans les figures de l’oligarchie, mais à imiter pour les dépasser dans la pratique non-politique du « mouvement » des « gens ». Coach et conseillère en com’ du chef, S. Chikirou serait à l’origine de quelques éléments clefs : le quinoa – mais oui, le quinoa est un élément clef : il humanise le chef, en signalant qu’il dispose, en vraie incarnation qu’il est, d’un tube digestif ; il signale sa sensibilité aux goûts et aux couleurs tout en envoyant un signal écologiste de parfum latino aux effluves de pachamama, graine féminine et matricielle nichée dans le tube digestif du surmoi paternel incarné – ; et le Phi, la lettre grecque qui n’a pas été choisie pour son symbolisme philosophique, mais comme symbole de l’Harmonie, l’harmonie entre les classes lorsqu’adviendront les « jours heureux » et que l’oligarchie et ses différentes figures et pseudopodes auront été éradiqués. Le symbolisme tricolore ne pouvait suffire, car il n’est pas propre aux « insoumis » : il fallait un grigri symbolique original, et Phi c’est comme FI, France insoumise, ce qui relie le Phi à la France et donc au tricolore. L’expression la plus pure de cette rhétorique voulue et pensée comme une publicité, est l’affiche sur fond violet – rappelant vaguement le rouge mais le supplantant - avec un grand Phi, et trois mots : « France insoumise » et « Mélenchon ». Table rase est faite, et sur cette table rase, le symbole vide, l’affirmation du « mouvement » pur des « gens » sans attaches partidaires, rassemblés par le nom du chef.

 

Le développement du mouvement : la parenthèse des manifs.

 

Lancé début 2016, ce mouvement va agréger progressivement quelques 100.000 individus inscrits sur Internet, sur la seule base initiale de l’appel à la candidature Mélenchon aux présidentielles de 2017, sans qu’il leur soit demandé de cotiser ni de s’organiser, mais éventuellement de constituer des « groupes d’appui », les premiers d’entre eux procédant du PG.

 

C’est alors que survient le mouvement contre la loi El Khomri. On doit bien noter que celui-ci n’était absolument pas prévu dans le schéma de la « France insoumise » dont le regard était d’emblée fixé sur la seule ligne bleu horizon de l’élection présidentielle. L’ouverture de la crise du régime de la V° République par une grève totale de quelques jours n’était pas dans les tuyaux pour lui. En même temps, nombre de syndicalistes mobilisés étaient favorables à J.L. Mélenchon sur la base des souvenirs de la campagne de 2012. Les grands cortèges syndicaux du printemps et du début de l’été 2016 furent donc l’occasion de coller massivement sur leurs parcours l’autocollant « JLM 2017 », seule perspective pour le mouvement social, excluant qu’il débouche par lui-même. Remarquons au passage l’évolution vers le logo et le style de la pub : le militant de 2012 soutenait la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle ; l’insoumis de 2016-2017 appuiera « JLM2017 » : ce n’est pas exactement la même chose.

 

Le développement du mouvement : les réseaux sociaux.

 

A l’automne 2016, il n’y a pas encore de phénomène massif de regroupement d’« insoumis ». De fait le terrain sur lequel les membres du mouvement, surtout les plus jeunes, se rôdent, est Facebook, dont le rôle n’est nullement accessoire et pourrait au contraire fournir un passionnant terrain d’étude.

 

C’est là qu’en meute, les « insoumis » s’épaulent et s’émulent entre eux à celui qui chantera le plus fort « JLM2017 », prennent conscience les uns des autres, se sentent une force, se dotent des représentations de l’ennemi. Le mécanisme Mouffe-Laclau - identification à une figure, unification par opposition à l’ennemi – fonctionne là de manière chimiquement pure, quasi expérimentale. Sauf que l’ennemi n’est pas l’oligarchie en général, mais ceux que les insoumis côtoient sur les réseaux sociaux en raison d’une opposition commune, justement, à ladite oligarchie : les réseaux de followers ne les mettent pas en contact avec des banquiers, mais plutôt avec celui qui, comme eux, combat la finance et la politique des gouvernements de Hollande, mais qui ne les rejoint pas. Voilà donc l’Adversaire, car son attitude ne saurait être expliquée par ses idées, son parcours et des prises de position, mais pas une sournoise complicité avec l’Ennemi « socialiste » et oligarchique.

 

Gérard Filoche a offert une magnifique cible de ce type : à la fois fidèle au PS, peu sympathique à « JLM » et réciproquement, de toutes les manifs contre la loi El Khomri et principal déconstructeur de la politique antisociale des gouvernements Hollande, réagissant parfois de manière sanguine, il fut la victime d’un véritable rituel initiatique, rituel assumant la fonction du bizutage et du dépucelage pour le jeune « insoumis » : l’injure faite à Filoche sur Facebook, très rapidement non politique mais personnelle et corporelle, a joué pour des centaines d’ « insoumis » le rôle de l’initiation l’incorporant au groupe des pairs, à la meute.

 

Dans la même période se systématisent les éléments de langage que l’« insoumis » reproduit inlassablement en croyant parler par lui-même. « Tambouille » et « carabistouille » des partis, « on est pas des poissons rouges », « gauche castor » (celle qui fait barrage : ce thème sera, à vrai dire, un peu plus tardif), et celui qui pense autrement, justement ne pense pas, mais fait du « JLM bashing », il est mû par cette maladie que serait le fait de ne pas aimer « JLM », et d’ailleurs, comme on a pu le voir ça et là dans certains messages, la « marque du fascisme », c’est quand les ennemis font exprès d’écrire « Mélanchon » au lieu de « Mélenchon » (gare aux fautes de frappe ! ).

 

Bien entendu, tous ne se comportent pas de manière aussi stupide : on trouve des « insoumis » pour ne pas tomber dans ces tics et éléments de langage, pour avoir une distance critique envers eux, et on les trouve, à vrai dire, à peu près exclusivement parmi celles et ceux qui ont un passé, politique, intellectuel, organisationnel. Mais ils cautionnent ou contemplent avec un attendrissement un peu inquiet ces développements, qui sont majoritaires et représentent le cœur, la doxa, le background, de la mentalité « insoumise ».

 

Il faut aussi préciser que cette mentalité, que se vit comme « jeune », n’est pas forcément le fait de jeunes réels. Ces derniers - les adolescents ou jeunes étudiants et lycéens - ne constituent nullement le gros des troupes, qui ont la trentaine ou la quarantaine, mais qui se vivent comme « jeunes » par rapport aux militants des « vieux partis » qu’elles côtoient ou rencontrent pour la première fois et ressentent comme des obstacles, sauf, et encore, lorsque ceux-ci, débris des expériences des dernières décennies, anciens communistes, socialistes ou militants d’extrême-gauche, forment leurs propres « groupes d’appui », qui sont alors des groupes de retraités. Le « jeune insoumis » se vit comme « jeune » dans la mesure où il se pense « vierge de tout engagement politique ou syndical », et l’on verra des septuagénaires dénoncer ces « vieux » qui ont toujours été dans « les partis », leurs « tambouilles et leurs carabistouilles ».

 

Alors que la grande séance d’échauffement sur Facebook avait largement commencé, survint un test d’orthodoxie : l’écrasement d’Alep Est, en décembre 2016, par l’aviation russe et, au sol, par l’armée de Bachar el Assad et les milices du Hezbollah, a suscité une horreur et une interrogation massives dans les couches sociales et électorales de la gauche en France. L’interrogation portait sur l’absence de mobilisation en défense des Syriens, et ne pouvait que s’adresser particulièrement à la première figure considérée comme à gauche du PS, J.L. Mélenchon, notoirement partisan de l’action russe en Syrie et amalgamant les résistants d’Alep aux « assassins de Charlie Hebdo ». Analyser, comprendre ces événements, et ces prises de positions contre le peuple syrien, demandait un gros effort que les « insoumis » décidèrent, spontanément, de ne pas faire, puisqu’il était douloureux d’admettre que sur ce sujet (et, du coup, sur pas mal d’autres …) leur idole se situait dans le camp qui aurait été, des années auparavant, celui des Pinochet et des tortionnaires.

 

Ceci devait être nié et inversé : les éléments de langage diffusés et répétés en boucle s’intensifièrent donc, chantant que, décidément, ceux qui n’aiment pas « JLM » ne reculent devant aucune « bassesse » et osent le traiter de complice d’un dictateur alors que cet homme de paix qui veut la paix entre les hommes dit pourtant à qui veut l’entendre qu’un bombardement, c’est très dur, très vilain et très triste : comment, alors, peut-on avoir la « bassesse » - mot-clef- de critiquer « JLM » ? Cela ne peut s’expliquer que par la présence du Mal radical et intrinsèque niché dans les entrailles de celui qui ose critiquer. Les « insoumis » passèrent leur test d’orthodoxie : ils mûrissaient pour d’autres épreuves …

 

L’épreuve des primaires du PS.

 

Lesquelles n’allaient pas tarder. La candidature aux présidentielles de J.L. Mélenchon avait été pensée dans un cadre conforme aux institutions, où les autres candidats les plus probables se seraient appelés Hollande et Sarkozy. On sait qu’il n’en fut rien, bien que J.L. Mélenchon ait insisté à plusieurs reprises sur le fait que le président de la République devait se présenter. L’imprévu survint, de ce point de vue, surtout lorsque la primaire du PS vit une défaite du gouvernement et de la direction du PS avec l’investiture de Benoît Hamon, environ 1,2 million de personnes ayant voté pour lui le 29 janvier 2017, dont pas mal d’électeurs de J.L. Mélenchon et certains « insoumis ». Ce dernier avait alors, s’il s’était placé dans une perspective « classique » visant à accéder au pouvoir en s’appuyant sur le mouvement social, une excellente marge de manœuvre. En prenant l’initiative de l’unité, il pouvait imposer celle-ci, en être le bénéficiaire, c’est-à-dire le candidat, et être élu.

 

Tout au contraire, il fit le choix d’exiger du candidat du PS investi contre les sommets du PS qu’il se rallie à son « programme » : c’est alors que, dans les éléments de langage « insoumis », « unité » (mot déjà détesté par les plus exaltés d’entre eux qui, sur les réseaux sociaux, l’écrivent « unitay » et l’assimilent à la trahison) fut amalgamé à « ralliement au programme de la France insoumise ». Benoît Hamon n’avait qu’à se rallier au « programme » dont la fétichisation s’intensifia – un programme rédigé par quelques uns, moyennant une convention automnale avec quelques « insoumis » tirés au sort et des contributions sur le net. Dans la réalité, l’importance du « programme » de la FI est inversement proportionnelle à l’invocation fétichiste et rituelle de celui-ci. De fait, l’argument du « programme » servit alors à convaincre l’insoumis de base de la mauvaise volonté de B. Hamon, alors qu’il ne s’agissait que d’un paravent : J.L. Mélenchon disposait du rapport de force qui lui aurait permis d’imposer l’unité à son avantage, mais ceci aurait fait de lui, non plus le candidat de la « France insoumise » sur les bases populistes et inter-classistes de celle-ci, mais le candidat de l’unité pour rompre avec la politique de Hollande, abroger la loi El Khomri, et barrer la route à Macron, Fillon et Le Pen. Il aurait alors été élu. Mais il n’en voulait pas.

 

L’épreuve de l’espoir.

 

Cela, bien que son capital électoral vienne précisément de ce que la grande majorité de ses électeurs, qui ne sont pas des « insoumis », sans compter d’ailleurs pas mal d’« insoumis » qui n’ont pas fait la distinction, le considèrent comme le candidat de l’unité de la « vraie gauche ». Tactiquement, son attitude envers la candidature Hamon visait à étendre le champ politique de la FI par la destruction du PS, dont l’essentiel de la base électorale devait revenir à Macron : une sorte de partage Mélenchon/Macron. Mais lorsqu’il s’avéra que le dynamitage de la candidature Hamon par le gouvernement et par la tête du PS fonctionnait très bien, Mélenchon apparut comme le « vote utile » de gauche. Les couches sociales qui s’étaient mobilisées contre la loi El Khomri se portèrent sur sa candidature. Il est important de saisir l’autonomie relative de ce processus, essentiellement indépendant de son discours « France insoumise » et de l’orientation de celle-ci, contrairement à ce qu’ils se sont imaginés.

 

Pendant une semaine ou deux, l’éventualité d’une présence de J.L. Mélenchon au second tour apparut comme une possibilité réelle. Malgré la division à gauche, le cadre initial de la « France insoumise », qui était celui d’une sorte de ligue se partageant les dépouilles du PS avec « En Marche », semblait pouvoir être dépassé par le mouvement propre de l’électorat, cherchant à surmonter la division en se centralisant sur le seul candidat ayant des chances de « passer ». J.L. Mélenchon envisagea alors sérieusement ce qui n’avait pas été, jusque là, l’objectif - devenir président de la V°République. Le fameux « programme de la France insoumise » était alors susceptible de toutes les modifications dans les discours du chef. Dans sa dernière intervention télévisée, à la veille du premier tour, il annonçait qu’il utiliserait à plein toutes les institutions de la V° République, par un gouvernement resserré et des ministres-commissaires. La « constituante » imaginée par les adhérents comme devant rapidement ouvrir la voie à un autre régime plus démocratique, devait en fait être octroyée par le président, en partie tirée au sort, et cantonnée à l’écriture d’une constitution déjà pré-rédigée ou presque : tout le contraire d’une constituante souveraine, démocratique. J.L. Mélenchon se préparait au rôle de Bonaparte.

 

D’où la déception véritable du soir du 23 avril. Le résultat était en fait logique, les 19,5% étaient en eux-mêmes un score considérable indiquant que la victoire, par une politique unitaire s’appuyant sur le mouvement ouvrier et la gauche revivifiée, rompant avec les années Hollande, aurait de la sorte été acquise, assurée. Par la politique inverse, voulant rompre non pas tant avec les années Hollande – comme le pensent les adhérents - qu’avec le mouvement ouvrier et la « gauche » en général, elle fut interdite.

 

Ce soir là, un J.L. Mélenchon souriant, assumant un score remarquable, appelant à déferler dans la rue le 1° mai, à battre Marine Le Pen le 7 mai et Macron aux législatives, aurait encore eu tous les moyens politiques, par le capital de confiance dont il disposait encore, de donner une perspective allant de l’avant aux forces qui s’étaient mobilisées pour lui, et au delà. Comme on le sait ce fut tout le contraire : le J.L. Mélenchon télévisuel de ce soir là fut digne de Léonide Brejnev un 1° mai sur la Place rouge dans ses dernière années.

 

Complotisme et confusionnisme.

 

Pour les « insoumis », le schéma explicatif des événements, après la fétichisation du « programme », se verrouillait ainsi : Hamon a été une fabrication du grand manipulateur Hollande pour que Macron soit devant Mélenchon (l’autonomie du mouvement qui a battu Valls aux primaires du PS n’existe pas, ou n’a été qu’une manipulation). La théorie du complot à la place des rapports de forces sociaux et politiques s’impose comme explication passe-partout. D’ailleurs, beaucoup croient au trucage électoral le 23 avril, croyance que J.L. Mélenchon lui-même a délibérément stimulée. Calquant ce qui s’était passé lors du second tour Chirac/Le Pen 15 ans plus tôt, la théorie du complot sert aussi à décrire le second tour, où Marine Le Pen n’est appréhendée que comme une fabrication du « système » pour faire élire Macron.

 

En l’absence de toute perspective politique visant à aboutir à la défaite de celui-ci aux législatives, le choix du second tour, comme je l’ai évoqué plus haut, donna lieu à des déchirements entre « insoumis », d’autant que la frange de ceux-ci qui penche pour le vote Le Pen, exclu de leur « consultation », n’est pas négligeable. Les sondages d’entre les deux tours donnaient de 17 à 20% d’électeurs Mélenchon du 1° tour penchant pour Le Pen au second. Selon les sondages de sortie des urnes le 7 mai, ils ne furent heureusement que 7%. Ce décalage s’explique probablement par le fait que la base électorale, les 19,5% du 23 avril, relève très majoritairement de la « gauche » et du mouvement ouvrier classiques, plus des jeunes inscrits sur les listes électorales depuis 2012, et n’a comporté que fort peu d’électeurs FN qu’aurait attiré la rhétorique nationale de la « France insoumise ». Par contre, si l’on « monte » dans celle-ci, on trouve de plus en plus d’éléments nourris par ces thèmes, se voulant « anti-système » et s’abreuvant au complotisme sur le net. Donc, peu d’électeurs FN auraient été véritablement captés par la ligne « France insoumise » au premier tour, mais par contre la confusion politique aurait été nourrie par elle dans ses propres rangs.

 

La « consultation » des « insoumis » entre les deux tours permit, en outre, de mesurer la dimension effectivement prise par le mouvement. Sur pas loin de 500.000 adhérents revendiqués, c’est-à-dire ayant simplement cliqué leur soutien à J.L. Mélenchon sur internet, 243.128 ont voté (dont 65% pour le vote blanc ou le non-vote). La réalité « militante » effective correspondant à ceci consiste dans quelques dizaines de milliers de participants actifs, qui vont ensuite se mobiliser pour les législatives.

 

Structuré par une vision de plus en plus complotiste – si nous n’avons pas été au second tour c’est en raison de la machination « Hamon », nous sommes des victimes, les « médias » nous en veulent à mort, etc. - la vision du monde « insoumise » repose en outre sur l’appropriation totale, sous la forme la plus naïve qui soit, de la dynamique de la campagne Mélenchon en général : à la limite, « l’insoumis » pense que c’est lui qui a fait 19,5 % des voix et qu’il y a 7 millions d’ « insoumis » dans le pays, lesquels vont forcément, de manière d’ailleurs amplifiée, se porter sur lui aux législatives.

 

Les législatives, ou le mythe contre la réalité.

 

Dans le vrai monde, l’affirmation unilatérale et l’exigence de ralliement inconditionnel au « programme » (toujours le programme présidentiel bien qu’on en soit aux législatives) de la FI ont une fonction réelle prépondérante et une seule : faire battre les candidatures issues du PS ou du PCF qui s’opposent réellement à Macron et à la casse du code du travail. C’est mathématique : plus le score de la FI sera haut, plus Macron aura une majorité. Croire que le vote FI représente, et même qu’il serait le seul à représenter, l’opposition à Macron, à la loi Travail, à la casse du code du travail, et l’aspiration démocratique à une autre république, peut se comprendre, mais constitue dans cette situation une inversion idéologique chimiquement pure : le vote FI n’aboutira pas forcément à un groupe parlementaire FI, mais sans aucun doute à un maximum d’élu macronistes.

 

Dans le projet politique réel de J.L. Mélenchon, l’éradication des partis issus du mouvement ouvrier reste l’alpha et l’oméga et cette éradication s’opère de facto en complémentarité avec Macron. La synthèse des héritages bureaucratiques du mouvement ouvrier (Mitterrand, Marchais, Lambert !) se retrouve au fond encore ici, car le rôle de protection du régime, en l’occurrence de garde-flanc de la tentative de rénovation de la V° République par Macron, qui fut longtemps principalement celui des vieux partis bureaucratiques, est à présent largement passé, de manière instable, à la FI.

 

De manière instable, car la cristallisation d’une organisation agissant sur le terrain ne s’est véritablement opérée qu’avec les législatives et que le gouffre est tel entre l’espoir et le désir, et le rôle réel joué par celle-ci, que les lendemains qui déchantent ont souvent d’ores et déjà commencé. Tentons maintenant de faire le point sur la nature de cette organisation et donc sur son devenir possible.

 

Caractéristiques générales du mouvement.

 

Nous pouvons la caractériser à partir de trois points.

 

Sa forme est verticale. Le comique est donc dans la proclamation répétée de « l’horizontalité ». Cette horizontalité est réelle entre adhérents : elle signifie le moins de structures possibles. Pas de mandats, pas de statuts, pas de courants – pas de démocratie organisée. Cette « horizontalité » est donc la garantie de la parfaite et radicale verticalité de l’organisation : un chef suprême charismatique, un petit aréopage de portes-paroles, une piétaille « horizontale » où personne, certes, n’a d’obligations – car aucun n’a de pouvoir ni donc de droit sur l’organisation.

 

De son orientation, nous avons déjà dit pas mal de choses. La substance de celle-ci est le populisme tel que défini au début de cet article. Le Programme est un fétiche, qu’il faut brandir mais qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu. Notons un dernier trait, fort important : la vision du monde, les conceptions géopolitiques de la FI n’ont rien de nouveau, et procèdent totalement de la division du monde en camps géostratégiques héritée de la guerre froide, réactualisée par les guerres du golfe, et jouant à plein son rôle réactionnaire avec l’Ukraine et la Syrie. Ce point est important car il nous montre la continuité entre héritage stalinien et idéologie populiste. Cette idéologie ne naît pas comme une rénovation, mais elle naît de l’absence ou de l’insuffisance de rénovation des idées et des concepts dans les mouvements émancipateurs -et ceux qui depuis des années combattent pour ce faire ont donc leur part de responsabilité dans la dimension régressive actuelle du phénomène.

 

Troisième point, la composition sociale du mouvement ou plus exactement la manière dont celui-ci se perçoit, mérite le terme de « petit-bourgeois ». Non pas directement, car la position sociale réelle de la majorité des adhérents est bien entendu le salariat, et souvent le précariat, dont le précariat intellectuel, à l’instar par exemple, en grande partie, de Nuit debout. Ces couches pourraient donc parfaitement rejoindre et dynamiser la lutte collective et l’organisation du salariat, mais l’idéologie ici s’y oppose : nous ne sommes pas des « travailleurs », nous sommes des individus-citoyens atomisés agissant au coup par coup. S’imaginant parfois libertaire, nous avons là une approche de l’action politique littéralement libertarienne : choix d’achat de logo et d’action, sans responsabilité collective, sont ainsi théorisés.

 

Pourquoi ?

 

Comment a-t-on pu en arriver là ? Il faut mesurer la durée, de longues années, des déceptions et tâtonnements sans résultats. La « gauche au pouvoir » a mené des politiques de droite. De grands mouvements sociaux et certaines percées politiques ont tenté de dégager des issues, mais n’y sont pas arrivés car ils étaient en dernière instance toujours dominés par l’héritage du XX° siècle, les appareils bureaucratiques des vieilles organisations.Les mouvements sociaux furent 1995, 2003, 2006, 2010.Les percées politiques : les 11% des candidats « trotskystes » aux présidentielles de 2002, noyées dans l’union nationale « contre Le Pen » dans les jours qui suivirent ; le Non de gauche au Traité constitutionnel européen et à Chirac en 2005, qui fut victorieux mais sans suite, notamment en raison de la « synthèse » voulue par MM. Fabius et Mélenchon (alors alliés) au PS ; et la campagne Mélenchon de 2012 avec le Front de Gauche.

 

Aujourd’hui il y a une relative déconnexion entre FI et grands mouvement sociaux, alors qu’après l’échec du mouvement de défense des retraites de 2010, la campagne Mélenchon de 2012 avait pris un caractère social, de quasi manifestations, que nous n’avons pas en 2017 (où les effectifs, de la place de la République à la Canebière, sont à peu près les mêmes, mais dont le caractère est différent). Le bruit de fond de grèves dans des centaines d’entreprises et de services est indépendant des processus politiques directs, et le mouvement contre la loi El Khomri, malgré le fait certain que des milliers de syndicalistes CGT, FO, FSU et Solidaires ont ou avaient a priori une position très favorable à la candidature Mélenchon, a été dans sa première lancée (mars 2016) la recherche d’un nouveau type d’affrontement, distinct des précédents mouvements.

 

Le phénomène « insoumis », c’est-à-dire le fait que le projet populiste de Mélenchon rompant avec le mouvement ouvrier ait pris jusqu’à un certain point, s’explique par les régressions et les confusions induites par ces échecs successifs, la politique ayant horreur du vide. Il n’y a pas sérieusement lieu de le comparer par exemple à Bernie Sanders, qui, par un apparent paradoxe, est quant à lui plus proche du socialisme historique américain d’Eugène Debs et Fenner Brockway, tout en ayant représenté dans le parti démocrate le début d’explosion du système politique américain, ni à Jeremy Corbyn qui se situe totalement dans le ventre du vrai mouvement ouvrier et du réformisme de gauche, ni même à Syriza, coalition procédant principalement des strates successives du communisme grec. Les comparaisons les plus pertinentes sont Podemos et le Mouvement Cinque Stelle en Italie, tous les deux également pourvus de chefs charismatiques, Pablo Iglesias et Beppe Grillo.

 

J.L. Mélenchon s’est inspiré de Podemos où l’on retrouve la mode Laclau-Mouffe mais Podemos procède d’un mouvement social et de mobilisations collectives, nationales, régionales et municipales, ce qui s’oppose complètement au schéma de la « France insoumise » et fait, comme on l’a dit, de P. Iglesias un chef charismatique moins puissant (à son grand dam). Le M5S en Italie a parmi ses adhérents un fond idéologique beaucoup moins « à gauche », certes, mais justement parce que la liquidation de la gauche politique a déjà largement eu lieu en Italie. Le M5S ne cherche pas à la réaliser, mais à se jucher sur les décombres. La FI en France a été construite pour détruire le mouvement ouvrier politique, ce qui reste à faire, et qui ne doit pas être confondu avec l’effondrement électoral du PS car le mouvement ouvrier politique c’est un tissu toujours vivant, en large complémentarité d’ailleurs avec les syndicats – et des éléments d’antisyndicalisme, prolongeant l’agressivité contre tout ce qui est « vieux » et fait partie du « système », sont perceptibles dans les rangs « insoumis ».

 

Si toute cette agressivité cultivée en interne et sur les réseaux sociaux passait dans la vraie vie, avec comme objectif la destruction des « partis » et de leur « tambouille », en raison par exemple d’une sectarisation accrue par des déceptions dans un contexte social de plus en plus tendu, la FI pourrait devenir un foyer possible pour de graves dérives - c’est terrible de dire cela, n’est-ce pas, et cela ne concerne pas forcément la plupart des « insoumis », sans doute, mais c’est une conséquence logique de la place d’un tel mouvement dans les rapports sociaux et politiques au moment présent, une dérive possible, certes non inévitable, dont les racines procèdent de ce que pensent, disent et font les dirigeants de cette organisation.

 

Il doit être clair que l’héritage organisationnel constitué principalement par le PS et le PCF, en somme, n’est pas à défendre et à préserver en tant que tel et que d’ailleurs il se détruit très bien tout seul. Mais la FI n’est pas la solution à sa crise, elle est le stade suprême de celle-ci. Sa capacité de nuisance va profiter à Macron, mais va échouer contre le mur des réalités sociales. Il est essentiel que, de cet échec dont on peut se risquer à dire, avant même le premier tour des législatives, qu’il a commencé, les leçons soient tirées. Que tous ceux qui ont voulu « les jours heureux » comprennent que le débat démocratique et la lutte sociale sont les seules méthodes pour y parvenir. Que nous reconstituions, au plus vite, des cadres politiques de confrontation et de débat. Leur reconstitution ne se fera pas en se laissant intimider par ce « mouvement », mais en polémiquant ouvertement contre lui. Que la FI ne soit pas le dernier épisode, « la mort et le néant » comme dit son chef en croyant viser ailleurs. Mais l’avant-dernier, avant la démocratie.

 

VP, les 6-7/06/17.

 

Voir en ligne : repris de son blog mediapart


 


Ythier LE Sapiant>>>
Visiblement ça ne gène pas M. "Présumé-homme-de-goôoche" de relayer la propagande des fascistes de Kiev. Félicitations !


Chers camarades, allez rendre visite au journal FB de ce "Présumey-homme de goôoche" ... vous y trouverez en bonne place le relai des insanités de :


1°) "ukrinform" (https://www.facebook.com/UATVEN/videos/1590988100934147/), 


2°) "Présence ukrainienne" (https://www.facebook.com/PRESENCE.UKRAINIENNE/


agences de propagande des fascistes au pouvoir à Kiev.


3°) et récemment cette reprise de l'antienne cher au "camarde Fabius" :


(https://blogs.mediapart.fr/.../legratignure-faite-bachar)

 

Mais revenons à l'histoire récente ... celle du 1er tour de la présidentielle en France. 


Il apparaît clairement qu'il a manqué un peu plus de 600 000 voix au candidat Mélenchon pour évincer Marine Le Pen du second tour.


Sans éluder les responsabilités propres de la FI, 


il est nécessaire pour nous autres communistes, de garder à l'esprit 


1°) qu'en dehors de l'évidence de la responsabilité de la candidature de division de la gauche présentée par les $olfériniens avec Hamon, 


2°) diverses tendances trotskistes se sont fortement compromises dans cette stratégie du "Mélenchon-bashing", 


3°) y compris la tendance "interne" au PcF, identifiée sous le label "La Riposte" et tolérée voire manipulée dans certain cas par notre direction opportuniste dite "cocomutée".


Sachons rester "calés" sur nos fondamentaux : 


"L'analyse concrète d'une situation concrète" est meilleure conseillère qu'une réaction émotionnelle. 


On fait de la politique avec sa tête, pas avec ses tripes.

 

N.B.: Il m'étonne de te voir - toi Bernard, vieux routier de 68, qui en a connu d'autres en matière de manipulations des gauchistes - tomber aujourd'hui dans le panneau de ce genre d'émule de Cohn-Bendit. 


Presumey est un petit trolluquet au service de l'impérialisme US.

 

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Le coup d'Etat de Macroléon Bonaparte

Pour le débat à l'encontre de celles et ceux qui ne songent pas à s'invectiver entre gens pour le progrès et la justice sociale. Mais pour construire ensemble des lendemains qui chantent.

L’abstention massive est bien une signe politique, notamment de ceux que la crise n'épargne jamais

57 % d'abstentionnistes, auxquels s'ajoutent 10% de suffrages blancs ou nuls, plus des millions d'autres mal-inscrits parce qu'ils ne croient plus aux partis politiques, ces chiffres explosent dans les couches populaires. 70 % des moins de 35 ans dans les cités ne rentrent plus dans un bureau de vote. Les ouvriers et les employés ont également boudé les urnes quand ils représentent 53% des Français. Cela est un signe majeur, surtout de la part de la jeunesse et des catégories ouvrières ou employées. Et parmi le Pcf ou France insoumise, combien de députés issus de ces catégories populaires?

De l'autre côté, la verrue d'extrême droite est bien présente dans le paysage politique: elle quadruple son nombre de députés.

Faut-il persévérer  abandonner carrément le terrain social, c'est à dire la lutte des classes dans la cité, les entreprises et à l'école, pour s'enfermer dans l'unique gestion de la crise? Comme si le capitalisme était un esprit égaré qu'il faudrait humaniser pour que cela aille mieux demain?

Le coup d’État  de Macroléon Bonaparte

Les forces de l'argent, après les quinquennats de Sarkozy et de Hollande, ont trouvé en Emmanuel Macron leur meilleur allié pour conforter leurs profits. Pour jeter du granit sur ces grains de sable qu'étaient devenus pour eux la droite et le PS. Quitte à nouer, le jour qu'ils le désireront, une alliance avec l'extrême droite pour gendarmer la France toujours selon les dogmes du capitalisme.  Dans les années 1930, ce qui n'était pas encore le CAC 40 a joué ainsi les boutefeux.

Le ventre de l'extrême droite est toujours fécond

Et pas que parmi les nostalgiques de  l'Algérie française qui faisaient passer leurs idées nauséabondes à coups d'attentats barbares.

Dans la circonscription de Narbonne dans l'Aude, département et ville dont je suis originaire, le député socialiste a été viré dès le 1er tour des législatives, comme d'ailleurs ses deux autres potes audois. Et ce sont 3 macronistes qui sont élus députés.

Dans cette circonscription, le taux de chômage est de 18% (9% en France métropolitaine). Le manque d'emploi et la précarité y sont endémiques et bien avant que je l'ai quittée en 1972 pour bosser en région parisienne.

Participation 2e tour législatives : 39,22 %

Macroniste:61.52 % 8 139 votes ELU
 
Fn38.48 % 5 091 votes

Votes blancs8,85 % 1 350 votes

Votes nuls4,45 % 679 votes

1er tour Participation : 45,29 %

Macroniste:28.52 %
 
Fn:16.94 %
 
PS16.48 %

Droite:14.96 %2

France insoumise11.56 %

Pcf2.78 %

Ecolo:2.73 %

Blancs2,03 %

Nuls :0,79 %

A Narbonne, comme presque partout ailleurs en France, quelle organisation politique de progrès répond à l'attente du peuple?

Et surtout, ne pas compter  sur un positionnement des députés socialistes, ou ce qu'il en reste, pour faire se soulever l'espoir.

Par contre, faire tomber la haine entre appareils locaux ou nationaux du Pcf et de la France insoumise et s'engager vers un programme anticapitaliste, est-ce irréalisable?

Retrouver le lien avec le peuple, pas que dans des discours tribuniciens, mais aussi dans les actes en soutenant les luttes activées par le mouvement syndical progressiste: pour cela multiplier les débats dans la cité, les entreprises ou à l'école. Surtout pas en palabrant entre soi dans un bunker fermé à double tour.

Le Pcf ne recueille que 3,17% des suffrages, soit 615 287 voix. Ses dirigeants se félicitent d'obtenir 11 députés au lieu de 7 précédemment et un groupe à l'Assemblée nationale. Mais cette désastreuse sanction politique de la part de l'électorat n'est -elle pas une nouvelle étape dans sa marginalisation? Et mettre en débat au sein du parti, qui sort extrêmement divisé de cette période électorale, la question de l'appelation communiste, est-elle la raison majeure de ses échecs électoraux depuis des lustres?

Les amis de Pierre Laurent ont cru lorgné vers les députés socialistes dits frondeurs pour former une alternative de combat à la crise. Les dits députés ont été tous balayés ou presque, leurs chefs de file en premier. Comment ne pas s'être aperçu que l'étiquette socialiste était synonyme de trahison et de soumission au capital dès mai 2012?

EELV a disparu complètement de l'Assemblée nationale. Mais ce mouvement ne possédait un groupe depuis juin 2012 que par la grâce du PS. Lorsque celui-ci a sombré corps et bien, ceux qui étaient au fond de la cale, ont coulé en premier.

Reste France insoumise, un succès certain passant de 0 à 17 députés sinon plus. Mais a-t-on besoin d'un maître dans un parti, qui sait tout et n'écoute rien, pour se diriger vraiment vers des jours heureux?

Le Pcf et France insoumise vont avoir une place à l'Assemblée nationale, sous les ors d'un ancien palais de l'Ancien régime. Mais en attendant, chacun regardant son nombril et pas ailleurs, les intérêts supérieurs des milieux populaires demeurent sur le bord du chemin, sinon dans les bas-fossés. Et dans la politique réactionnaire mise en branle par Emmanuel Macroléon Bonaparte après son coup d'Etat, les travailleurs, les précaires, les jeunes vont être corvéables à merci, les licenciements la règle dans chaque entreprise, tandis que la pression fiscale épargnera le capital.

Les communistes de Pierre Laurent et les gens de Jean-Luc Mélenchon entrent bien sous les dorures du palais Bourbon. Mais pour quels résultats?

Le coup d'Etat de Macroléon Bonaparte
Le coup d'Etat de Macroléon Bonaparte

Publié par El Diablo

Le deuxième tour des législatives : un VOTE plein d’enseignements …[par Jacques Cotta]

 Le deuxième tour des législatives : un VOTE plein d’enseignements …[par Jacques Cotta]

... dont l’importance dépasse le simple enjeu électoral.

Le vote que les français ont émis au deuxième tour des législatives vient confirmer les scrutins précédents. C’est un vote de classe qui s’est exprimé tout autant dans l’abstention, dans la nature des élus macron, dans la débâcle des partis traditionnels de la 5ème république, ou encore dans le résultat de la « France Insoumise », et qui devrait marquer la période qui s’ouvre dans laquelle le président de la république et son gouvernement comptent aller à pas accélérés dans l’application d’un programme de régression généralisée.

Quelques données chiffrées

L’abstention d’abord qui explose tous les pronostics.

Alors qu’au premier tour 51,3% du corps électoral avait boudé les urnes, le record est pulvérisé au deuxième tour avec plus de 56%. L’explication de la lassitude ne tient pas. Ce n’est en effet pas le fait d’avoir voté à deux fois à la présidentielle, et deux fois aux législatives, qui aurait eu raison de l’énergie citoyenne des français. L’abstention est dans sa majorité un choix volontaire et tient d’abord et avant tout au rejet d’un scrutin que la plupart ont jugé inutile après le bourrage de crâne et la propagande effrénée selon laquelle rien ne pouvait plus se mettre en travers de la politique de Macron. C’est la façon la plus économique que les électeurs ont majoritairement trouvé pour dire non à un président et une majorité qui passent pour avoir kidnappé un scrutin à l’aide d’une oligarchie médiatico-politique dont l’engagement a été sans retenue. En devenant de très loin le premier parti de France, les abstentionnistes ont ôté toute légitimité à une majorité dont ils savent qu’ils ne peuvent en attendre rien de bon. Cette abstention majoritaire n’a d’autre signification que le rejet d’un système anti-démocratique et revêt pour l’avenir des capacités explosives, pour peu que la voie soit dégagée à une expression unie et déterminée.

Le vote de classe, outre le contenu de l’abstention, s’exprime aussi et surtout par la composition sociologique de cette abstention. (Etude de l’institut IPSOS).

Environ 66% des ouvriers, 61% des employés ont boudé le scrutin. Plus de 65% des jeunes, les 25-34 ans, dont certains avaient vu un enjeu réel à la présidentielle en votant massivement pour Jean Luc Mélenchon, ont également déserté l’isoloir. L’abstention est également d’autant plus forte que les revenus sont faibles. Les quartiers populaires sont particulièrement concernés. A moins de 1250 euros mensuels, l’abstention dépasse les 59%. Au-delà de 3000 euros elle est ramenée à 42%. Le caractère pourri des institutions a joué comme un repoussoir. C’est en effet un hold-up électoral que les couches les plus exploitées et les plus défavorisées n’ont pas voulu cautionné. Un hold-up apparu clairement dans l’obtention de plus de 60% des sièges par celui qui sur son nom n’a totalisé qu’un peu plus de 16% des électeurs inscrits quelques semaines précédemment.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

La Sociale - Le deuxième tour des législatives : un vote plein d'enseignements ...

La Sociale - Le deuxième tour des législatives : un vote plein d'enseignements ...

Jacques Cotta *2017: Libre discussion * Mardi 20/06/2017 *0 commentaires * Lu 2 fois * Le vote que les français ont émis au deuxième tour des législatives vient confirmer les scrutins précéde...

 

http://la-sociale.viabloga.com/news/le-deuxieme-tou

Crise politique et crise de nerfs

 

Jacques SapirPar  · publication  · mis à jour 

Ce qui devait être un « simple remaniement technique », se transforme en cauchemar (ou presque) pour Emmanuel Macron et son Premier-ministre, Edouard Philippe. La démission de 4 ministres, plus ou moins compromis dans différentes affaires, depuis le lundi 19 juin, soit Mme Goulard et Mme de Sarnez et MM. Ferrand et Bayrou, secoue le cocotier. Elle fait tâche. On notera que 2 de ces 4 ministres, Mme Goulard et M. Bayrou, occupaient des portefeuilles régaliens : la défense et la justice. Cela fait effectivement beaucoup.

 

Surtout que l’on peut penser que l’on n’en restera pas là. Le nom de Mme Pénicaud, la Ministre du Travail, est désormais cité de manière récurrente en liaison avec le financement du voyage d’Emmanuel Macron en Californie en 2016.

 

Bref, trois jours après l’élection de l’Assemblée Nationale qui donne une majorité absolue au Président, le voici confronté aux vieux démons de la politique française, avec une crise politique, en bonne et due forme, couplée avec une crise de nerfs de la part d’une partie des commentateurs politiques.

 

Bien entendu, on dira que ceci n’est qu’une péripétie. Cela reste néanmoins à prouver. On dira aussi que cela permet à Emmanuel Macron de se dégager à moindre fais de l’emprise du MODEM (dont trois sur quatre des ministres démissionnaires faisaient partie), et que cela pourrait permettre à la famille politique d’origine du Premier-ministre, M. Philippe, de revenir aux affaires. Que Monsieur Philippe et Monsieur Darmanin, ex-UMP et Républicains ne voient pas d’un mauvais œil la déconfiture actuel du MODEM ne fait aucun doute. Sauf que, justement, toute la communication d’Emmanuel Macron reposait sur la notion d’équilibre entre les différentes forces politiques. Cet équilibre est aujourd’hui mis à mal. Si le gouvernement d’Emmanuel Macron se réduit à une alliance entre certains des plus modérés des ex-membres des Républicains et certains socialistes en rupture de ban et de parti, le renouvellement politique tant promis, et en un sens tant attendu, tournera court.

 

On peut assurément penser qu’il en faudrait plus pour distraire notre nouveau Président de ses grands projets. Il n’a nullement besoin du MODEM pour avoir une majorité à l’Assemblée Nationale. De plus, le groupe des Républicains vient de se diviser et une vingtaine de députés, par l’odeur du brouet ministériel alléchés, se préparent à rejoindre la majorité présidentielle. Sauf que, dans ce cas, cela marquera de plus en plus à droite Emmanuel Macron. Or, une parie de son succès reposait justement sur l’ambiguïté qu’il avait su faire régner sur ce point. S’il est renvoyé aux classiques équilibres de la vieille politique, il ne faudra guère longtemps pour que l’on soulève, aussi, la question de la légitimité même de l’Assemblée. Rappelons que cette dernière ne fut élue que par 38,5% des inscrits, un triste record dans les annales de la République.

 

Les tractations en cours vont donc viser à reconstruire la façade de l’édifice macronien. Nul ne doute qu’il y aura nombre de journalistes pour applaudir et féliciter le Président et le Premier-ministre. En ces jours de fête de la musique, il est cependant un instrument que l’on commence à entendre beaucoup : c’est le pipeau.

 

Emmanuel Macron se voyait bien en joueur de flûte de Hamelin. Au son entraînant de son instrument, il conduisait les français, hypnotisés, sur la route du néo-libéralisme et du fédéralisme européen. Mais, si sa flûte magique, qui a réussi à enchanter une large partie des médias tant en France qu’à l’étranger, devait se révéler n’être que le traditionnel pipeau dont on apprend à jouer dans tous les cabinets ministériels depuis de nombreuses générations, il se prépare à de grosses désillusions.

 

Car, c’est la confrontation au réel qui peut s’avérer la plus destructrice pour le projet macronien. Confrontation aux questions économiques et sociales, comme on le pressent avec la question de la réforme du code du travail. Signalons ici que l’INSEE, dans sa note de conjoncture du mois de juin, détruit largement l’idée macronienne que les rigidités du code du travail seraient à l’origine du chômage. Mais aussi confrontation au réel sur la question de la moralisation de la vie politique ou du terrorisme islamiste. Enfin, Emmanuel Macron n’échappera pas à une confrontation avec le réel en ce qui concerne les relations franco-allemandes. Et cette confrontation pourrait bien faire éclater toutes les illusions qui, encore aujourd’hui, entourent son projet.

 

La crise politique actuel, car quand 4 ministres démissionnent en 48 heures dont le Ministre de la Défense et celui de la Justice, c’est bien d’une crise politique qu’il s’agit, pourrait être le début de l’éclatement de la « bulle » Macron. Le fait que cette crise politique survienne un mois à peine après la formation du gouvernement est significatif. Quels que soient les artifices dont le Président de la République usera pour chercher à redorer son blason, il vient d’entrer dans cette spirale qui voit les dirigeants de notre pays, parce qu’ils sont incapables ou se refusent à apporter des solutions réelles aux problèmes des Français, perdre – plus ou moins rapidement – de leur popularité. Mais, pour un homme élu par défaut et appuyé par l’Assemblée Nationale la plus mal élue de la Vème République, et certainement la moins apte à faire face aux défis auxquels le pays est confrontés, cette perte de popularité pourrait prendre véritablement un tour tragique.

 

Publié par El Diablo

LA FRANCE broyée dans L’ENGRENAGE UE-OTAN [Une analyse d’Antoine Carthago]

LA FRANCE broyée dans L’ENGRENAGE UE-OTAN [Une analyse d’Antoine Carthago]

La récente adhésion – le 5 juin 2017 – du Monténégro à l’OTAN est l’occasion, pour Antoine Carthago de faire le point sur les conséquences de l’appartenance de la France à l’UE et à l’OTAN. Sous ce pseudonyme écrit un expert de géopolitique, notamment du Moyen-Orient, adhérent fidèle de l’UPR, qui souhaite garder l’anonymat pour des raisons professionnelles.

LA FRANCE BROYÉE DANS L’ENGRENAGE UE-OTAN

Le Premier ministre du Monténégro, Dusko Markovic, a assisté en tant qu’observateur au sommet de l’OTAN qui s’est tenu le 25 mai dernier à Bruxelles. Son pays est devenu officiellement le 29e membre de l’Alliance atlantique le 5 juinRenforçant sa présence dans les Balkans, l’OTAN est désormais présente sur toute la façade de la mer Adriatique.

L’information était passée relativement inaperçue dans les médias français : le 11 avril dernier, le président Donald Trump avait « signé l’instrument de ratification du protocole d’adhésion du Monténégro à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord » (OTAN), comme l’indiquait la Maison-Blanche dans uncommuniqué succinct.

Vu de Moscou, il s’agissait d’une énième provocation de la part de Washington qui soutient activement l’extension de l’OTAN dans sa zone d’influence. Le ministère russe des Affaires étrangères avait d’ailleurs protesté contre cette décision qui « porte atteinte à la stabilité des Balkans et de l’Europe en général » , et Moscou avait bloqué les importations de vin du Monténégro.

Ce même 11 avril, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson entamait une visite très attendue à Moscou, dans un moment de forte tension entre les deux anciens rivaux de la Guerre froide. Difficile de croire à une coïncidence. Cela ressemblait plutôt à un coup calculé que semble affectionner le président Trump. Accompagner les négociations internationales de provocations ou de démonstrations de force est conçu comme permettant à Washington d’asseoir une position dominante et de maintenir une pression sur ses « partenaires ».

Ce jeu dangereux et difficilement prévisible a pour toile de fond l’élargissement continu de l’Alliance atlantique, menace majeure pour Moscou, qui contribue à la déstabilisation de l’Europe orientale et des Balkans.

Par son appartenance à l’OTAN, la France se retrouve étroitement associée à cette politique agressive, régulièrement accompagnée de violations du droit international. En cas d’aggravation majeure des tensions, la France risque ainsi de subir les conséquences d’une mécanique d’expansion dont elle n’a aucune maîtrise.

Le présent article retrace l’extension de l’OTAN, source de tensions avec la Russie, et l’alignement progressif de la France sur cette politique, au nom de la « construction européenne ».

I – L’EXTENSION DE L’OTAN À L’EST DE L’EUROPE, PRINCIPALE SOURCE DE TENSIONS AVEC LA RUSSIE.

Le traité de l’Atlantique nord, signé le 4 avril 1949 à Washington, fit naître l’OTAN dans un contexte de début de Guerre froide, marqué par l’opposition entre les doctrines Roosevelt et Jdanov (1947) et la crise de Berlin (1948-49).

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

LA FRANCE BROYÉE DANS L'ENGRENAGE UE-OTAN ===== Une analyse d'Antoine Carthago

LA FRANCE BROYÉE DANS L'ENGRENAGE UE-OTAN ===== Une analyse d'Antoine Carthago

La récente adhésion - le 5 juin 2017 - du Monténégro à l'OTAN est l'occasion, pour Antoine Carthago de faire le point sur les conséquences de l'appartenance de la France à l'UE et à l'OTAN....

 

https://www.upr.fr/actualite/france/france-broyee-lengren

 

 

 

 

 

 

 

 


Bernard :
Ce n'est pas parce ce que c'est l'UPR qui tiens ces propos que ceux-çi sont forcément faux.
C'est le PCF qui devrait tenir ce langage. Mais pour cela il faudrait qu'il cesse de participer des dispositifs d'intégration du monde du travail aux objectifs du Capital (au travers du PGE dans lequel le PG lui tiens compagnie)

 

Le vote, la crise, et le futur

 

Jacques SapirPar  · 

La décantation des résultats du 2ème tour des élections législatives fait apparaître un peu plus l’ampleur du refus de voter qui s’y est manifesté. Si l’on additionne les abstentions et les votes blancs et nuls, votes qui ont connu une très forte progression entre le 1er et le 2ème tour (on est passé de 500 000 à 2 millions), on dépasse les 61,5%, dont 57,36% d’abstentions et 4,20% de blancs et nuls. Cela signifie que seuls 38,5% des électeurs inscrits (soit 18,31 millions sur 47,58 millions) ont voté lors de ce second tour.

 

Cette ampleur du refus de vote, quelle que soit la forme qu’elle ait prise, conduit à se poser des questions sur le sens même de cette élection.

 

Pays légal, pays réel ?

 

Si l’on n’avait abusé de la maurassienne opposition entre « pays légal, pays réel », on serait en droit de l’utiliser pour décrire la situation actuelle. Assurément, la situation n’est pas semblable à celle dans laquelle Charles Maurras avait émis cette dichotomie. Celle-ci renvoyait d’ailleurs à des choses différentes et ne pouvait se réduire à un simple chiffre des non-votants. Pourtant, aujourd’hui, nous avons un « pays légal », dans lequel La République en marche aura la majorité absolue à l’Assemblée Nationale à la suite d’élections dont nul ne conteste la légalité, mais cette majorité absolue de députés ne saurait faire oublier la majorité, cette fois-ci écrasante en comparaison, des français qui n’ont pas voté, ou qui se sont refusé à exprimer un choix quand ils ont voté. C’est ce décalage qui justifie, en dépit des réticences historiques et politiques que soulève son emploi, que l’on reprenne cette dichotomie du « pays légal » opposé au « pays réel ». L’Assemblée Nationale, pour légale qu’elle soit aura d’emblée un immense problème de légitimité.

 

L’une des conséquences de cette situation est qu’il n’y a nulle vague derrière le Président et son parti. Le système électoral français amplifie, on le sait et on l’a suffisamment répété, les résultats d’une élection. Mais, en 1981, lors de la fameuse « vague rose », l’abstention ne représentait que 24,9% (au 2ème tour). De même, lorsque survint, en 1993, la « vague bleue », on ne comptait que 32,40% d’abstentions. Nous sommes bien aujourd’hui dans une situation très différente. Et, c’est cette situation sur laquelle il convient de réfléchir, au-delà des échecs des uns et des succès des autres.

 

Crise de légitimité et fractures politiques

 

Car, même si – par miracle – l’élection avait eu lieu selon les règles de la proportionnelle, règle qui, rappelons le, auraient donné 84 députés à la France Insoumise (elle n’en a que 19) et 80 au Front National (il n’en a que 8), la représentativité, et donc la légitimité, de cette assemblée n’en serait pas moins fragile. Bien sûr, on peut toujours argumenter que dans le cas d’un scrutin à la proportionnelle, l’abstention eut été moins forte. Cela est possible, mais reste néanmoins à prouver. Il convient donc ici de distinguer le problème de la représentation des forces politiques au sein de l’Assemblée Nationale, problème qui frappe à l’évidence les deux forces d’opposition véritable, et qui pourrait être réduit par une loi électorale un peu différente, du problème de la légitimité générale de cette assemblée, tel qu’il découle de l’ampleur de la véritable « grève du vote » dont nous avons été les témoins de la part des Français.

 

Cette « grève du vote », qui a impliqué 61,5% des inscrits témoigne de ce que la crise politique que connaît la France, crise larvée depuis 2012 et le reniement européiste de François Hollande, puis crise ouverte depuis 2013, n’est pas terminée. Les thuriféraires d’Emmanuel Macron et les propagandistes et communicants à la solde de La République en Marche peuvent toujours claironner que s’ouvre avec cette élection une nouvelle période. Nous savons tous qu’il n’en est rien. La société française reste durablement fracturée par le chômage, par l’ampleur des inégalités, par le poids des intérêts du grand capital et des banques sur le milieu politique et médiatique, mais aussi par la crise de l’école républicaine, celle du modèle d’intégration à la française et par le risque terroriste. Cette fracturation, le 1er tour de l’élection présidentielle en a donné une image fiable. Il a montré que face au camp du capital, un camp qui aujourd’hui se confond avec celui des intérêts européistes, les différentes forces souverainistes faisaient jeu égal, voir avaient la majorité.

 

De quoi l’avenir sera-t-il fait ?

 

Le risque est grand de voir le « pays légal » s’imaginer qu’il a tous les droits, et mettre en place des réformes et des mesures qui vont aggraver cette fracturation de la société française. En fait, ce risque peut prendre deux formes distinctes. La première se rapproche de l’anomie, avec une société qui se déferait progressivement sous coups de plus en plus violents portés contre elle, quitte à ce que des fragments de cette dite société se réfugient dans la violence pour faire valoir leurs droits. Nous entrerions alors dans un univers à la Hobbes, une « guerre de tous contre tous », et cela pour le plus grand profit, et la plus grande joie il convient de l’ajouter, du 1% qui nous gouverne. La seconde, et elle serait infiniment préférable, verrait alors les Français, rassemblés, mettre en commun leurs forces contre les institutions occupées par une minorité illégitime, pour faire aboutir leurs revendications. C’est ce à quoi appelait, dès dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon.

 

Le basculement vers l’une ou l’autre de ces formes a une importance considérable. Il détermine de fait l’avenir qui sera le notre. Il convient donc que les forces d’opposition, dans leur ensemble, comprennent qu’il n’y a de solution à la crise politique que nous connaissons que dans des luttes collectives à la faveur desquelles émergera à nouveau la notion de bien commun. Car, et ce point doit être compris par tous, le « bien commun » n’existe pas en surplomb aux différentes luttes sociales. Il se construit en leur sein. C’est pourquoi, la participation aux luttes collectives est aussi importante pour définir le futur qui sera nôtre.

 

Alors, et alors seulement, une solution alternative pourra être trouvée à ce que des collègues ont justement appelé le « bloc bourgeois » ou plus précisément le « bloc libéral ». Ces forces, sans renoncer à ce qui fait leur identité politique, doivent comprendre que des formes d’unité sont nécessaires si elles veulent, un jour, voir triompher leurs idées.

 

Articuler « le » politique et « la » politique

 

Cela implique une véritable réflexion sur les champs respectifs « du » politique et de « la » politique. Le politique, on le sait, est défini par l’opposition ami/ennemi. C’est l’espace des conflits antagoniques. Mais, avoir plus d’un ennemi à la fois, c’est aussi prendre le risque de se faire battre, surtout quand ces ennemis sont eux aussi conscients du problème. La politique, c’est l’espace des conflits non-antagoniques, des oppositions et des divergences qui peuvent légitimement émerger entre forces politiques, qui doivent à un moment être résolues, mais dont la résolution peut passer au second plan par rapport aux affrontements antagoniques cités plus haut. Chantal Mouffe a appelé cet espace celui des affrontements agoniques, dans une distinction que beaucoup de ceux qui se réfèrent à sa pensée, mais qui visiblement ne l’ont pas lue, feraient mieux de méditer.

 

Ainsi, qu’il y ait des divergences importantes, et mêmes radicales, entre les souverainistes ne doit pas empêcher ces mêmes souverainistes de se retrouver face à un ennemi commun. On conçoit que nombre de questions peuvent opposer des militants qui ont rejoint le Front National ces dernières années et des militants solidement enracinés dans la gauche historique que l’on retrouve au sein de la France Insoumise. Il y a des divergences de point de vue, et des divergences d’identité politique. Ces divergences perdureront dans le combat qui s’annonce. Mais, les uns et les autres doivent comprendre que ces divergences ne pourront s’exprimer que si la souveraineté du peuple, c’est à dire la souveraineté de la France, est rétablie. Cela n’implique nullement que ce qui les oppose soit vain, ou même simplement mineur. On peut le voir sur le terrain économique, sur la question fiscale par exemple. Ces oppositions doivent être respectées, et elles sont légitimes, dans la mesure où elles représentent des positions sociales différentes.

 

Mais, ces oppositions ne doivent pas masquer celle, par contre irréductible, qui oppose les souverainistes et leurs ennemis. C’est ce qu’avait compris Eric Dillies, candidat malheureux du Front National, dans la circonscription du Nord où vient d’être élu Adrien Quatennens, le candidat de la France Insoumise. Eric Dillies avait déclaré dans le journal local, la Voix du Nord : « Je vais voter pour lui, et j’appelle mes électeurs à suivre mon exemple, (…). J’ai rencontré Adrien Quatennens, c’est quelqu’un de bien. Face à une majorité pléthorique, il défendra le peuple, il s’opposera, il ne sera pas un béni-ouioui »[1]. Il fut écouté par ses électeurs, et cela a pu contribuer au succès de Quatennens. C’est un exemple de mise en œuvre de cette distinction entre « le » politique et « la » politique que les souverainistes devront impérativement maîtriser dans le futur s’ils veulent espérer pouvoir gagner.

 

[1] http://www.lavoixdunord.fr/177015/article/2017-06-12/le-front-national-appelle-voter-pour-l-insoumis-adrien-quatennens#

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Canicule réactionnaire sur l'Assemblée nationale: essayez de vous couvrir, ça va faire plus chaud que chaud

Canicule réactionnaire sur l'Assemblée nationale: essayez de vous couvrir, ça va faire plus chaud que chaud

Avec 350 députés macronistes, 136 députés de droite, des députés étiquetés de gôche -genre Manuel Valls soutenu par l'ex-premier ministre Cazeneuve- qui vont les rejoindre et des députés dits divers, la lessiveuse au service des forces de l'argent est en marche.

Ils ou elles, élus par le peuple souverain comme ils disent, malgré le taux historique d'abstentions, ne vont pas se gêner pour voter la loi sur les ordonnances donnant le pouvoir législatif au palais de l'Elysée et faisant d'exux une chambre d'enregistrement de la volonté du président de notre mauvaise république.

Comment ça marche ce machin chose antidémocratique prévu par la Constitution monarchique de la 5e République?

Canicule réactionnaire sur l'Assemblée nationale: essayez de vous couvrir, ça va faire plus chaud que chaud

Exemple concret: Emmanuel Macron et son premier ministre de droite font voter par leurs potes l'autorisation de prendre des ordonnances sur le Code du travail. Ceci obtenu, la lessiveuse est mise en place par le conseil des ministres et c'est le président de notre mauvaise république qui appuie sur le bouton: le lessivage du Code du travail est applicable immédiatement.

Bon, il faut cependant que le projet de ratification de l'ordonnance soit déposé devant le Parlement avant la date fixée par la loi d'autorisation. Pour faire bien dans la chose démocratique. Mais alors Roger, ladite concertation entre partenaires dits sociaux qui s'est ouverte sur les droits sociaux? Vous êtes à la Cfdt ou quoi?

Si l'on en revient à l'ancien pouvoir socialiste, dirigé par la rue Solférino à Paris et François Hollande à l'Elysée, celui-ci n'a pas fait usage de la Constitution pour des ordonnances de progrès et de justice sociale depuis mai 2012. Malgré Benoît Hamon et autres frondeurs(sic) au conseil des ministres dès le début.

D'où l'abstention massive du peuple de France pour la présidentielle et les législatives en 2017, la déconfiture socialiste et écologiste (29 députés pour le PS et 0 pour les Verts), une Assemblée nationale des plus réactionnaires, des députés d'extrême droite passant de 2 à 8, etc, etc.CQFD.

18 juin 2017

Jacques Nikonoff, Macron sera très minoritaire dans la société

"Par ailleurs, nous dit Jacques Nikonoff, les 24,4 millions de citoyens qui se sont abstenus (51,29%, record historique), n'ont jamais souhaité soutenir Macron. Celui-ci, probablement ultra-majoritaire à l’Assemblée nationale, sera très minoritaire dans la société. Cette assemblée manquera de légitimité. Les forces politiques mal représentées au Parlement du fait d’une loi électorale injuste devront s’appuyer sur les mobilisations sociales pour empêcher la politique ultralibérale qui se prépare. Car monsieur Macron est un agent du système de la mondialisation néolibérale, soutenu activement par les milieux dirigeants américains, la chancelière Merkel et l’Union européenne..."

Reprenons l'interview de Jacques Nikonoff...

Michel Peyret


Nikonoff sur Macron dans Russia Today


Le 14 juin 2017

Jacques Nikonoff a répondu à une interview dans Russia Today le 12 juin 2017.

 

https://francais.rt.com/opinions/39648-ils-nous-preparent-tres-grave-crise-politique

 

RT France : Voyez-vous le score du parti d’Emmanuel Macron aux élections législatives comme un succès ?

Jacques Nikonoff (J. N.) : En termes de nombre de sièges de députés obtenu,si la tendance du premier tour de l’élection se confirme au second, la majorité absolue serait un indéniable succès. Mais en termes de voix, les candidats soutenus par Monsieur Macron ont fait beaucoup moins que ce dernier. Alors que monsieur Macron avait obtenu 8,6 millions de voix au premier tour de la présidentielle et 20,7 millions au second, ses candidats n’ont obtenu que 6,4 millions de voix.

 

Par ailleurs, les 24,4 millions de citoyens qui se sont abstenus (51,29%, record historique), n'ont jamais souhaité soutenir Macron. Celui-ci, probablement ultra-majoritaire à l’Assemblée nationale, sera très minoritaire dans la société. Cette assemblée manquera de légitimité. Les forces politiques mal représentées au Parlement du fait d’une loi électorale injuste devront s’appuyer sur lesmobilisations sociales pour empêcher la politique ultralibérale qui se prépare. Car monsieur Macron est un agent du système de la mondialisation néolibérale, soutenu activement par les milieux dirigeants américains, la chancelière Merkel et l’Union européenne.

 

RT France : Pensez-vous que ces législatives signent la fin des Républicains et du PS ?

J. N. : On ne sait pas comment les choses vont tourner pour ces deux partis. Qu’ils survivent ou qu’ils disparaissent n’a finalement que peu d’importance, car sur le fond ils partagent les mêmes conceptions socio-économiques, institutionnelles et de politique étrangère. Ils sont néolibéraux (politique qui favorise le capital au détriment du travail), européistes et atlantistes. C’est exactement la ligne stratégique de monsieur Macron. En fait, les résidus qui demeurent des Républicains et du Parti socialiste ne comprennent pour l’essentiel que les membres de différentes factions de l’oligarchie qui n’ont pas été recyclés dans la grande lessiveuse qu’est le mouvement En Marche !

 

RT France : La nouvelle majorité absolue, composée de personnalités de gauche et de droite, saura-t-elle être cohérente pour gouverner ?

 

J. N. : Cette nouvelle majorité est composée de trois catégories de personnes. Il y a d’abord les traîtres, des gens qui ont quitté leur ancien parti (Les Républicains et le Parti socialiste) pour celui de monsieur Macron car la gamelle était plus attrayante. Il y a ensuite des membres des classes moyennes supérieures qui sont entrés en politique pour s’amuser, sans avoir la moindre conscience des responsabilités qui seront les leurs s’ils sont élus. Il y a enfin unecohorte de lobbyistes entrés chez monsieur Macron pour défendre dans l’État des intérêts privés qu’ils représentent, ceux de très grandes entreprises. Le sens de l’intérêt général, du dévouement au bien public est totalement absent de l’esprit et de la culture de ces individus. Ils nous préparent une très grave crise politique.

 
Posté par Michel Peyret 

Publié par El Diablo

Natacha POLONY évincée, la CHASSE aux SORCIÈRES est lancée : En marche vers la mise au pas des médias [par Jean-Paul Brighelli]

Natacha POLONY (source photo: site de Jean-Marc Morandini )

Natacha POLONY (source photo: site de Jean-Marc Morandini )

Après l’arrêt de « Polonium », sur Paris Première, je n’ai pas misé cher sur la peau de Polony à Europe 1. L’éviction de Thomas Sotto, dont elle s’était payé le luxe de dire du bien alors même qu’on lui avait collé au dos l’écriteau des bannis, était le prélude. La voici elle-même éjectée de la revue de presse qu’elle faisait trop bien, avec trop d’humour et trop d’audience pour que le nouveau maître de la tranche horaire, Patrick Cohen, n’en prenne pas ombrage avant même toute cohabitation.

Cela faisait une semaine qu’elle en parlait. Elle avait demandé que l’on restât discret, en attendant l’ultime round de négociations. Mais Arnaud Lagardère, que l’on sait si compétent dans la gestion de l’empire de papa, a joué au chef.

Que lui fait-on payer ? Peut-être pas ce qu’elle disait sur Europe, qui était de toute façon tributaire de l’actualité — sauf à penser que le pouvoir politique, qui l’amuse ou qui ne l’amuse pas, ou le pouvoir médiatique, dont elle égratignait parfois les belles plumes si rarement prétentieuses, ont décidé de se tenir par la main et de nettoyer tout ce qui ne « marche » pas à à l’uniçon, comme le « mur du çon » cher au Canard.

Que voulez-vous, la bêtise n’est pas son fort…

Résumons. Pujadas — pourquoi Pujadas, sinon parce que Delphine Ernotte, qui se sentait sur siège éjectable, voulait faire un sacrifice au nouveau pouvoir en espérant dévier la foudre jupitérienne — a été viré de France 2 alors que son Journal progressait nettement, et avait rattrapé celui de TF1. Polony, qui n’aura plus les divans de Paris Première pour y distiller un peu d’intelligence dans un monde de brutes. Moi-même, remercié par le Point.fr pour incompatibilité politique — alors même qu’ils affichaient depuis trois ans, sous mon nom, ma proximité avec NDA. Il y en aura d’autres. La démocratie est en marche. Mais si l’on tente d’éliminer tous les souverainistes de France, de NDA à Mélenchon, cela va faire du monde. Quant à prétendre qu’aimer la langue et la culture françaises c’est entrer dans le point Godwin…

Le plus drôle, c’est que l’on fait surtout payer à Polony les gentillesses qu’elle écrit hebdomadairement dans le Figaro. Billard indirect. Que voulez-vous, la bêtise n’est pas son fort, et par les temps qui courent, c’est un défaut capital : la preuve, on va chercher Patrick Cohen, l’homme qui sur France Inter tenait absolument à…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli (lien ci-dessous):

Natacha Polony - Bonnet d'âne

 

Natacha Polony - Bonnet d'âne

Après l'arrêt de Polonium, sur Paris Première, je n'ai pas misé cher sur la peau de Polony à Europe 1. L'éviction de Thomas Sotto, dont elle s'était payé le luxe de dire du bien alors même...

 

http://blog.causeur.fr/bonnetdane/natacha-polony-2-001703.html

Publié par El Diablo

Pourquoi la TOMATE raconte-t-elle le CAPITALISME d’aujourd’hui ?

 Pourquoi la TOMATE raconte-t-elle le CAPITALISME d’aujourd’hui ?

L'Empire de l'or rouge

de Jean-Baptiste Malet

Éditions Fayard

Que mange-t-on quand on ouvre une boîte de concentré, verse du ketchup dans son assiette ou entame une pizza ? Des tomates d’industrie. Transformées en usine, conditionnées en barils de concentré, elles circulent d’un continent à l’autre. Toute l’humanité en consomme, pourtant personne n’en a vu.


Où, comment et par qui ces tomates sont-elles cultivées et récoltées ?


Durant deux ans, des confins de la Chine à l’Italie, de la Californie au Ghana, Jean-Baptiste Malet a mené une enquête inédite et originale. Il a rencontré traders, cueilleurs, entrepreneurs, paysans, généticiens, fabricants de machine, et même un « général » chinois.


Des ghettos où la main-d’œuvre des récoltes est engagée parmi les migrants aux conserveries qui coupent du concentré incomestible avec des additifs suspects, il a remonté une filière opaque et très lucrative, qui attise les convoitises : les mafias s’intéressent aussi à la sauce tomate.


L’Empire de l’or rouge nous raconte le capitalisme mondialisé. Il est le roman d’une marchandise universelle.

Deuxième tour…

 

Jacques SapirPar  · 

Il semble bien que l’abstention ait atteint un record historique pour le 2ème tour des élections législatives. Avec entre 56% et 57%, l’abstention franchit un seuil historique. Ce niveau met en doute la représentativité de l’Assemblée, alors même que se dessine une large majorité pour La République en Marche, et ce sans compter le MODEM. Il fragilise le pouvoir d’Emmanuel Macron, alors que ce dernier, avec son Premier ministre, entend mettre en œuvre des réformes extrêmement brutales. Ce taux d’abstention montre que la crise politique latente en France depuis le milieu du mandat de François Hollande n’est pas terminée. Même si elle ne peut s’exprimer dans un vote, elle va continuer à corroder la société et elle s’exprimera à la moindre des occasions.

 

Une gigantesque abstention

 

Il s’agit donc d’un niveau inouï de l’abstention. Ce niveau l’est à deux titres. Tout d’abord par le chiffre atteint, près de 8 points de plus que lors du 2ème tour des élections législatives de juin 2012. Il l’est aussi parce que les électeurs n’ont pas voulu inverser le mouvement du 1er tour, ou l’abstention avait déjà été très importante, atteignant 51,3%. Quand en 1981, en 1988, voire en 1997, le taux d’abstention avait été élevé (pour l’époque) au 1er tour, les électeurs avaient corrigé lors du 2ème tour.

 

On constate que l’abstention monte régulièrement depuis 2002, c’est à dire depuis qu’est entrée en vigueur la modification constitutionnelle ramenant le mandat du Président de la République à 5 ans, et faisant de lui, en réalité, le chef de la majorité parlementaire. Mais, dans cette tendance, ce 2ème tour du 18 juin 2017 marque une véritable rupture, par le saut quantitatif, tant en général que par rapport aux résultats du 1er tour.

 

Graphique 1

 

On dira que la démocratie est malade en France, ce qui est une évidence. Le transfert de compétences de plus en plus nombreuses vers l’Union européennes et sa bureaucratie, mouvement que le Président nouvellement élu veut d’ailleurs amplifier, participe de cette crise de la démocratie représentative en France. Il faut être aveugle, ou pétri d’idéologie, pour se refuser à le voir. La perte de la souveraineté de l’Etat se traduit par un processus d’étrangement entre le peuple et les institutions. Il faudra donc traiter cette crise ou être confronté à ses conséquences les plus déplaisantes.

 

Mais, cette abstention en dit long, aussi, sur le mécontentement des Français confrontés à une offre politique qui leur semble largement insatisfaisante. La constitution d’un « bloc » unissant le centre-gauche et le centre-droit pouvait apparaître comme un coup de maître. Mais, cette manipulation a son revers ; faute d’alternance crédible, les électeurs boudent les élections. D’une certaine manière, cette abstention extraordinaire a valeur de mise en garde tant pour le gouvernement que pour le Président. Elle correspond à une forme de grève de la part des électeurs. Si le parti du Président, La République en Marche, ne tenait pas compte du fait que cette abstention est aussi un vote de défiance à son encontre, il se tromperait lourdement.

 

Les causes d’une grève des citoyens

 

L’offre politique, ou plus exactement les partis qui concourraient dans cette élection, ne correspondaient pas à ce que les Français espéraient, c’est une évidence.

 

Si l’on a été confronté à un mouvement contre la classe politique traditionnelle, la manipulation qui a cherché à faire passer La République en Marche pour une nouvelle force n’a pu très longtemps camoufler le fait que ce « nouveau » parti est un assemblage hétéroclite de vieux briscards de la politique française et de « petits nouveaux » sans expérience, soigneusement drivés par des « coachs » dont le passé politique est long comme le bras…Cette prise de conscience s’est aussi traduite par un effondrement de la participation, tout comme elle s’est traduite par le (relatif) repli de LREM entre le 1er et le 2ème tour.

 

Il aurait pu, aussi, se traduire par une mobilisation en faveur des partis de l’opposition au Président. Mais, sur ce point, il est clair que ces partis n’ont pas réussi à attirer à eux les électeurs. On peut le comprendre avec les « Républicains » dont on ne sait encore aujourd’hui s’ils sont viande ou poisson, dans la majorité présidentielle ou dans l’opposition. D’ailleurs, on peut penser que certains des députés LR vont soutenir le gouvernement, ou a tout le moins approuver ses lois les plus discutables, par exemple dans le domaine social. Mais, ce même phénomène frappe aussi deux partis dont on pouvait penser qu’ils incarnaient une opposition au système politique.

 

Pour la France Insoumise, et ce en dépit d’un résultat honorable puisque ce mouvement est crédité de 19 députés, l’écart entre son programme et les militants qui le portent dans les circonscriptions a certainement joué, problème inévitable pour un mouvement extrêmement jeune. Ce mouvement, qui avait fait plus de 19% des voix au 1er tour de la présidentielle pouvait en effet escompter mieux. Conscient de ce problème, Jean-Luc Mélenchon s’est rabattu sur une dénonciation violente des réformes promises par Emmanuel Macron. Mais, ce retour à une politique de dénonciation ne convainc pas, et ne peut convaincre, les électeurs qui sentent bien, même si c’est confusément, que les problèmes sont d’une autre ampleur. Il était, et il est toujours, juste de dénoncer une loi travail en pire à venir avec les ordonnances promises par Emmanuel Macron, mais cela ne pouvait suffire. Il y a eu un problème de crédibilité, que ce soit sur les propositions institutionnelles ou sur la politique intérieure, la politique d’intégration, le rapport à l’islamisme radical et la lutte contre le terrorisme.

 

Pour le Front National, le bilan est à peu près le même. Certes, il augment son nombre de députés. Certes, il réalise une percée dans le bassin minier du nord de la France, percée qui vient équilibrer ses succès dans le sud de la France. Mais, il voit son nombre de voix se contracter fortement du 1er tour de l’élection présidentielle, ou Marine le Pen était en 2ème position avec plus de 21% des voix, et le 1er tour des législatives. Il paye assurément ses errements lors de l’entre-deux tour de la campagne présidentielle, et le débat désastreux, ou sa dirigeante, Marine le Pen, n’a pas su se hisser à la hauteur que ses électeurs attendaient d’elles. Cependant, le mal est plus profond. Le Front National paye son manque de professionnalisme ce qui conduit à un manque évident de crédibilité évident pour gouverner le pays. C’est cela qui explique le retrait vers l’abstention de nombre de ses électeurs de la présidentielle, et non des problèmes de « ligne » politique. Ce manque de professionnalisme, explique aussi pourquoi ce parti n’est pas capable d’articuler une versant positif aux dénonciations de son discours, en dépit d’efforts répétés mais hélas trop tardifs et trop dispersés. Or, pour pouvoir avancer, il faut être capable d’articuler un projet de manière cohérente. C’est ce qu’attendent les électeurs.

 

Crise politique et crise de légitimité

 

On dira, aussi, que les parti-pris des médias, qui ont porté à bout de bras la campagne d’Emmanuel Macron tout en se déchaînant contre ses adversaires, ont joué leur rôle dans cette abstention. C’est très probable, mais insuffisant comme explication. Que l’on se rappelle l’attitude de ces mêmes médias lors du référendum de 2005. Pourtant, ils avaient été incapables d’influer sur le vote des français.

 

On dira encore que les haines recuites entre la France Insoumise et le Front National, haines qui peuvent se comprendre et s’expliquer par le passé du FN mais qui aujourd’hui sont bien difficiles à justifier, ont eu leur part. C’est à nouveau probable, mais tout aussi insuffisant comme explication.

 

La vérité est que Emmanuel Macron et son mouvement étaient prêts, avaient une stratégie de conquête du pouvoir, quand leurs adversaires souverainistes ne l’étaient pas, se sont divisés, et n’ont pas été capables de formuler une véritable stratégie. En particulier, la distinction entre « le » politique et « la » politique n’a pas du tout été maîtrisée. C’est ce qui explique qu’une idée puisse être majoritaire, mais que les forces qui la portent peuvent aussi être défaites en rase campagne.

 

Mais, cet échec n’est que provisoire, et la victoire d’Emmanuel Macron et de son parti se révèle extrêmement fragile. La crise de légitimité qui découle de l’ampleur de l’abstention pourrait éclater rapidement si ce gouvernement se décidait à passer aux actes avec la brutalité qu’il prévoit.

 

La crise politique qui ronge la France n’est pas achevée. Nous n’en voyons pas la fin, ni même le début de la fin. Ce qui vient de se clore avec l’élection de l’Assemblée Nationale n’est en réalité que la fin du début.

Le camp souverainiste et le « bloc bourgeois »

 

Par  · publication  · mis à jour 

Alors que le cycle électoral est en train de se clore, avec le second tour des élections législatives, et que la victoire du parti du Président, La République en Marche ne fait guère de doutes, les nuages s’accumulent sur la société française.

 

Ces nuages sont, en partie, ceux que créent les attitudes anti-pluralistes qui se multiplient dans le secteur des médias ou une véritable reprise en mains, on peut même commencer à parler de « chasse au sorcières » contre les adversaires du Président est en train de se dérouler. Mais, ces nuages sont aussi, et peut-être principalement, ceux qui annoncent un véritable « bond en arrière » dans les relations sociales pour les salariés. Il est aujourd’hui clair que la victoire d’Emmanuel Macron a été celle d’un « bloc bourgeois »[1], qui a bénéficié de la division, mais aussi des insuffisances de ces adversaires. Le triomphe sans partage vers lequel il s’achemine laisse présager des orages sur la société française. Car, faute d’expression au Parlement, l’opposition ne pourra s’exprimer que dans la rue.

 

Une reprise en main

 

Commençons par la reprise en main des médias. Elle est aujourd’hui évidente, et elle a commencé en réalité l’an dernier avec l’éviction d’Aude Lancelin de la direction de L’Obs, ex « Nouvel Observateur ». Elle s’est continuée avec la fermeture du service des études macroéconomiques pour La Tribune, une fermeture qui a abouti au départ de Romaric Godin, un journaliste qui s’était distingué par son intelligence et son ouverture d’esprit en particulier dans le suivi de la crise grecque. Désormais, c’est la chasse ouverte à tous ceux qui expriment des idées « souverainistes », que ce soit Natacha Polony, qui a vu son émission de télévision Polonium s’arrêter et qui a été congédiée d’Europe 1, mais aussi de Fréderic Taddéi, de mon collègue Delamarche (BFM) et de Jean-Paul Brighelli dont Le Point a décidé de se séparer. Notons que ceci se déroule dans une atmosphère marquée par des tensions entre le nouveau Président et les sociétés de journalistes[2].

 

Imaginons qu’une telle succession de licenciements ou de fermetures d’émissions surviennent dans un pays comme la Russie, on entendrait déjà les « belles âmes » démocratiques crier à la dictature, dénoncer la montée d’une tyrannie. Mais, ceci se passe ci, en France, et maintenant. Et les mêmes « belles âmes », sont aujourd’hui bien silencieuses. Est-ce parce que le couperet est tombé sur les « souverainistes » ou supposés tels ?

 

De fait, le pluralisme des médias, déjà bien marginal, ne sera plus qu’un souvenir, ou alors se réfugiera sur internet, un lieu qu’il est facile pour les « grands » médias de dénoncer comme la matrice de tous les complotismes. Cette mise au pas, bien réelle, de voix dissidentes n’est pas un hasard. Elle survient alors que se prépare un véritable bond en arrière dans les relations sociales et salariales.

 

Un coup d’Etat réactionnaire

 

Le nouveau Président et le gouvernement qu’il a nommé ne font pas mystère de leur volonté de « réformer » les relations sociales. Pour cela, ils entendent user de la procédure des ordonnances, une procédure qui leur garantit que l’Assemblée ne pourra intervenir sur le texte des réformes. Il est donc clair que cette question dominera la vie politique pendant une partie de l’été. Pourquoi cette volonté de réformer à tout prix le code du travail? Emmanuel Macron prétend qu’il est un obstacle à l’emploi, comme si les questions administratives décidaient de tout. Les projets que notre Président et notre Premier-ministre veulent mettre en application vont cependant bien plus loin qu’un simple ajustement au problème du chômage, et vont aboutir à une inversion des normes dans le domaine du droit du travail. J’ai consacré l’une des « Chroniques » que je réalise sur Radio-Sputnik , qui est devenu aujourd’hui l’un des rares espaces de liberté restant dans les médias français, à cette question[3]. Les trois invités de cette émission, Philippe Arondel, David Cayla et Raphael Dalmasso, ont été très clairs sur les conséquences désastreuses que pourraient avoir ces réformes. Raphael Dalmasso a rappelé que «… la réforme actuelle cherche effectivement à modifier cet équilibre certainement dans le sens de l’employeur ». Pour Philippe Arondel on peut parler d’une « féodalisation contractuelle. Chaque entreprise va devenir une petite féodalité qui va créer sa propre norme et nous allons avoir une espèce de dumping social en France entre les entreprises ». Enfin, David Cayla estime que l’objectif du gouvernement est de « de localiser le cœur des négociations dans l’entreprise, c’est-à-dire justement à l’endroit où les employeurs sont en position de force ».

 

Par ailleurs, dans une autre « Chronique » où je recevais deux économistes, Philippe Béchade et Dany Lang[4], les conséquences macroéconomiques du projet Macron ont été analysées. Certaines des réformes que le Président veut mettre en œuvre auront des conséquences économiques importantes, et particulièrement néfastes, sur la demande des ménages, notamment la hausse de la CSG et l’augmentation de la durée légale du travail.

 

On comprend alors, devant cette offensive réactionnaire, que le gouvernement et le Président cherchent à bâillonner les voix dissidentes avec l’aide des oligarques de la presse.

 

Unité du « bloc bourgeois », division du camp « souverainiste »

 

Il faut donc comprendre pourquoi et comment ce « bloc bourgeois », qui unit une partie de la droite traditionnelle mais aussi une bonne partie de la gauche « libérale », et pour s’en convaincre il n’y a qu’à regarder le recyclage d’une partie des cadres du P « S » et des Républicains dans le parti du Président, a pu triompher.

 

Il est évident qu’il a profité de la division qui règne dans le camp « souverainiste ». C’est ce que constate Jean Marie Pottier dans Slate[5]. Mais, à mon sens, il fait une erreur quand aux causes de cette division. Cette division découle de la confusion que certains font entre « le » politique, autrement dit l’espace d’affrontement majeur, et « la » politique, un lieu d’oppositions, de débats et de confrontations légitimes entre les différents courants du souverainisme. Tant que ces courants ne comprendront pas la différence fondamentale qui existe entre « le » politique et « la » politique, ils se condamnent à des échecs répétés.

 

Pourtant, il faut avoir l’honnêteté de dire cela n’explique pas tout, loin de là. La division qui règne dans le camp « souverainiste » traduit aussi les imprécisions, voire les erreurs, dans la définition de certains objectifs. De cela nait un manque de crédibilité qui aujourd’hui mine tant les postions de la France Insoumise que du Front National. Face à des adversaires dont nul ne conteste le professionnalisme, même si ce dernier n’a pour but que de faire triompher une politique profondément réactionnaire, ce manque de crédibilité engendre un découragement chez les électeurs qui avaient pu se porter lors du 1er tour de l’élection présidentielle sur l’un des candidats souverainistes.

 

Et c’est bien cela qui fait une partie de la force du projet d’Emmanuel Macron et de La République en Marche. Les élections législatives, qui vont donner à LREM une importante majorité ne témoignent nullement d’une « vague » en sa faveur, mais traduit à l’évidence un mouvement de retrait d’une partie des électeurs portant l’espoir de ce projet souverainiste, retrait justifié par la division et le manque de crédibilité des acteurs de ce dernier camp.

 

Le Président et le gouvernement espèrent faire régner un silence de mort où l’on n’entendrait que le chant de leurs louanges. C’est pourquoi il est important de se dresser contre ces méthodes et se rassembler autour de la défense des journalistes attaqués. Mais, sur le fond, il faut aussi mettre en débat la question de la division et celle de la crédibilité des forces souverainistes.

 

[1] Pour reprendre l’expression de Bruno Amable et Stefano Palombarini, L’Illusion du bloc bourgeois ». Alliances sociales et avenir du modèle français Paris,Raisons d’Agir Editions, 177 pages, 2017

 

[2] http://www.lepoint.fr/politique/les-journalistes-inquiets-pour-l-independance-de-la-presse-sous-l-ere-macron-13-06-2017-2135040_20.php

 

[3] https://fr.sputniknews.com/radio_sapir/201706161031867392-france-macron-travail-code/

 

[4] https://fr.sputniknews.com/radio_sapir/201706161031866306-france-macron-reformes/

 

[5] https://www.slate.fr/story/147042/macron-triomphe-provisoire-bloc-bourgeois


 

Note de Bernard :
Je pense qu'il est abusif de classer JLM dans le camp des souverainistes. Il est totalement U.E et euro compatible prêt à appliquer les injonctions de la troïka. Il participe, de fait, avec Pierre Laurent des dispositifs d'intégration du monde du travail aux objectifs du capital. Ce que les dites classes populaires par leur abstention ont tout à fait comprises

 

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

56,8% d'abstentions: urnes vides pour le nouveau pouvoir de droite

Or malgré cette abstention massive, en progression sur le 1ertour des législatives, selon la Constitution de notre mauvaise république que ni droite ni gôche n'ont désiré défaire, 1/6 des électeurs font qu'Emmanuel Macron obtient la majorité absolue et 350 députés. A l'aise pour s'assoir sur la démocratie et gouverner par ordonnances.

Les socialistes et leurs alliés obtiennent 33 sièges. Mais lors du prochain vote sur la politique générale du gouvernement, présentée par le premier ministre de droite, chacun reconnaitra les siens. Ainsi, le nombre de députés du vieux parti de la rue Solférino à Paris va diminuer encore comme peau de chagrin: certains élus socialistes étant présentés sous l'étiquette majorité présidentielle. En dépit de ses tractations politiciennes avec le PS, les écologistes n'ont plus de représentants à l'Assemblée nationale. Mais il est vrai que l'un de leur chéri, Nicolas Hulot, est ministre de l'Ecologie et que EELV n'est pas franchement contre le grand capital.

Côté PCF et France insoumise, un sursaut de mobilisation a permis de sauver les meubles pour ce 2e tour: le pompon pour France insoumise. Ce mouvement politique fait son entrée dans l'arène politique avec 17 députés. Il pourra former un groupe sans l'apport des communistes. Ce sursaut de mobilisation a aussi profité au PCF et apparentés: 10 députés contre 7 précédemment. 2 sièges conquis en Seine-maritime. Mais est-ce un hasard si dans ce département le combat contre les lois Macron et El Khomri, amené par la CGT localement, n'a pas été rien?

Mais en additionnant PCF et France insoumise, les meilleurs discours contre la politique réactionnaire au pouvoir seront-ils suffisants pour mobiliser les abstentionnistes vers une France de progrès et de justice sociale.

On aurait grand tort que PCF et France insoumise se glorifient de leur nombre de députés obtenus. La verrue que reste l'extrême droite passe de 2 à 8 députés dont Marine Le Pen et Louis Alliot, dirigeants du Fn.  Le ventre de la bête immonde est toujours fécond en France.

Le peuple de France, celui des entreprises et de l'école, celui des villes et des champs, est encore loin des lendemains qui chantent. A moins pour certains de ne plus regarder son nombril et de lutter efficacement contre le vieux monde. Mais est-ce la volonté de certains de s'engager vraiment dans la lutte des classes, celles des exploités contre le capital?

56,8% d'abstentions: urnes vides pour le nouveau pouvoir de droite

 

Un parlement violet, si ce n’est ultra-violet. Une participation en chute libre, constituant même un record absolu dans ce type de scrutin. Un Parti socialiste laminé, une droite classique en déroute et éclatée. Une France insoumise finalement ragaillardie puisque, à défaut de siéger à l’Elysée comme elle en avait fugacement caressé l’espoir, elle disposera d’un groupe au Palais-Bourbon. Et un Front national qui déjoue les pronostics de ses détracteurs en faisant élire, seul contre tous, une petite dizaine de ses représentants [Huit, en fin de comptes. Note du GS.].

Mais au-delà de ce tableau largement commenté, le second tour des législatives confirme, voire amplifie, ce que les scrutins précédents ont marqué : un fossé social de plus en plus profond.

 

Plus encore que d’habitude, ce sont bien les classes populaires qui ont fait massivement la grève de l’isoloir


C’est caricaturalement visible dans l’abstention : plus encore que d’habitude, ce sont bien les classes populaires qui ont fait massivement la grève de l’isoloir. Ces mêmes catégories qui avaient, pour une large part, placé Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, et permis à Jean-Luc Mélenchon de créer la surprise au premier tour de celle-ci (même si ce dernier a également rallié beaucoup de bobos des centre-villes, séduits par un discours écologique post-moderne, par ailleurs mortifère au regard de toute espérance de transformation sociale).

Idéologiquement : une France ouverte… à l’ultralibéralisme et à la mondialisation ; contre une France « arc-boutée »… sur sa protection sociale et sa souveraineté.

 

Les candidats macronistes étaient à 70% issus des classes supérieures et dirigeantes


Ce clivage de classe se reflète dans la sociologie des nouveaux élus. Les candidats macronistes étaient à 70% issus des classes supérieures et dirigeantes. Du coup, En Marche ! est bel et bien en passe de « renouveler » la classe politique. Mais la question est : dans quel sens ? Certes, le Palais-Bourbon ne brillait pas par l’abondance d’ouvriers, de techniciens, de caissières de supermarché ou de chômeurs.

Mais les nouveaux marcheurs se recrutent essentiellement parmi les « entrepreneurs », les patrons de start-up, les conseils en management ou les directeurs de ressources humaines. Ce que le langage bruxellois nomme avec tendresse « la société civile ». Lors de la soirée électorale, il s’est du reste trouvé des invités pour saluer l’entrée en force d’« hommes et de femmes qui connaissent l’entreprise » (privée, de préférence). Autant de nobles représentants du peuple qui, n’en doutons pas, défendront bec et ongles un siècle de conquêtes ouvrières…

 

Cette loi El Khomry puissance dix répond terme pour terme aux recommandations de Bruxelles


Car l’ordre du jour macronien est connu. Outre la loi dite « de confiance dans la vie démocratique » (un intitulé proprement orwellien…), c’est la loi d’habilitation permettant au futur gouvernement de démonter par ordonnances le code du travail qui tient le haut de l’affiche. Cette loi El Khomry puissance dix répond terme pour terme aux recommandations de Bruxelles. Emmanuel Macron n’a en outre pas caché que ces « réformes » au pas de charge répondaient aux souhaits de Berlin (Angela Merkel n’a pas attendu une heure après la fermeture des bureaux de vote pour envoyer un message de félicitations aux Marcheurs…) et positionnait ainsi la France en bon élève européen.

Non que le nouveau maître de l’Elysée soit un docile adjudant-chef exécutant fidèlement les ordres de l’UE. Il aspire en réalité à être, avec la chancelière, un des décideurs au sein d’un directoire européen. Car l’Union européenne n’est pas une abstraction, mais l’outil indispensable pour tenter d’imposer aux peuples ce que ces derniers auraient eu la force de refuser au niveau national.

A Bruxelles et dans les cénacles politico-médiatiques inspirés, il est désormais de bon ton, après la victoire d’Emmanuel Macron, de fêter le déclin du « populisme ». Entendre par là : les résistances aux projets économiques, sociaux et sociétaux de l’oligarchie.

Les plus lucides, cependant, attendent un peu avant de déboucher le Champagne. Car, après le code du travail, c’est le transfert de la protection sociale vers la CSG qui se profile, ainsi que 60 milliards de coupes dans les dépenses publiques – également un impératif européen.

Il n’est pas certain que le nouveau chef de l’Etat ait devant lui une Marche tranquille.

RUPTURES

»» https://ruptures-presse.fr/actu/legislatives-resultats-macron-bruxelles/
URL de cet article 32016 

Sortez le pop-corn !

 

07/06/2017

 

Quel enchaînement mes amis ! Quelle déferlante ! Quelle diarrhée d’ampleur cosmique ! Depuis le soft-coup d’Etat qui a permis à l’oligarchie apatride de placer son «Loup de Wall Street» à l’Elysée, ça n’arrête pas. Le Système nous ballotte du cocasse au tragique, puis du pathétique à la bouffonnerie la plus crasse avec le même allant quasi primesautier. Les sommets de l’OTAN et du G7 qui partent en sucette; Trump qui se fait la malle de l’Accord de Paris; Londres qui est attaquée par des barbus comme toujours connus de la police et/ou liés aux barbouzes; et enfin des bédouins soutenant le terrorisme qui accusent d’autres bédouins soutenant le terrorisme... de soutenir le terrorisme. Du caviar. Un beau bordel en fait, de plus en plus bordélique d’ailleurs, comme seul peut en produire un Système en pleine décomposition. Un Système conçu comme une gigantesque bombe à fragmentation qui n'en finit pas d'exploser sous nos yeux ébahis. Sortez le pop-corn !

 

La rencontre de l’avidité et du désespoir


Bon, on ne s’étendra pas outre mesure sur la nomination de Macron à la présidence française par voies de merdias et d'argent. Sauf pour dire que c'est la rencontre d'une avidité et d'un désespoir. L'avidité d'une oligarchie globaliste qui a senti possible l'heure du festin hexagonal ultime, et le désespoir d'une société épuisée mais désormais passionnément amoureuse de sa servitude, et accessoirement affolée à l’idée de ne plus pouvoir goinfrer les miettes tombées de la table.


A l’heure où nous écrivons ces lignes, les sondeurs nous prédisent même un triomphe du macronisme aux législatives, ce qui prouverait que la France à genoux est bel et bien en marche.

 

Cinquante ans d'abrutissement télévisuel et de déconstruction sociale à coups de progressisme sociétal ont donc grippé tous les ressorts. Les globalistes hallucinés toucheraient au but: organiser un monde dans lequel une petite caste de Surmorts incultes pourra enfin contrôler des hordes de sots chassant le pokémon au milieu des ruines photoshopées d’un monde exsangue. La vraie fin de l’Histoire. C’est Fukuyama qui va être content.

 

Un google-goulag pas facile à gouverner


Sauf que bon, Attali a beau sonner sans répit l’hallali de «l’ancien monde»; il a beau en appeler à un Gouvernement mondial pour gérer le troupeau bientôt définitivement confiné dans son google-goulag: ça ne va quand même pas tout à fait de soi. Y’a des résistances, des divergences de formes qui plombent le fond, bref, y’a le bordel habituel. 


Les Sommets de l’Otan et du G7 par exemple, qui un peu comme les Oscars ou les Césars célèbrent et réchauffent d’années en années la même soupe idéologique : ratés tous les deux !


La belle amitié transatlantique en a même pris un sacré coup. Le Kaiser allemand, manager de la succursale européenne pour le compte de l’Empire jusque-là, en a pour ainsi dire fait un malaise, affirmant entre deux hoquets à la fête de la bière que «l'époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasiment révolue» (1).


On en est même venu pratiquement aux invectives entre la grosse Bertha et The Donald sur Twitter (2).
Diantre !

 

Le vertige de la liberté


C’est que Trump s’en est donné à cœur joie pour frustrer ses caniches en les envoyant valser à la fois sur la question du climat et de la sécurité. Débrouillez-vous sans nous guys ! Exit par exemple l’automaticité du fameux article 5 de l’OTAN qui veut qu’un pays attaqué soit défendu par les autres, c’est-à-dire par l’Amérique. En gros Trump a gentiment expliqué aux Européens que s’ils voulaient être protégés, ils devraient d’abord passer à la caisse !Pour des Européens habituer à sentir l’agréable tension de la laisse sur leur cou docile, inutile de dire que c’est un fameux choc. Le vertige de la liberté en somme, dont on ne saurait vraiment pas quoi faire.


On se rappelle alors la fameuse lettre écrite par le Président de l’UE, Donald Tusk, où il disait en février dernier que «les USA sont quasiment autant une menace pour l’UE que la Russie, la Chine et Daesh». (3)
Une prémonition ?
Ambiance.

 

Management de la terreur


Et puis voilà que survient la série d’attentats de Londres. Entre stratégie de tension (4) et «management de la terreur» (5) comme on voudra ;  entre attentats «spontanés» et opérations effectivement commanditées de l’étranger, on ne sait plus quoi en dire, si ce n’est rappeler que ce sanglant bordel est la conséquence directe de 25 ans de boucheries perpétrées par le Bloc atlantiste au Moyen-Orient. Tout cela pour du pétrole, du gaz, des pipelines et rien, absolument rien d’autre, et surtout pas les vertueuses sottises invoquées devant l’ONU. 


Daesh est ainsi né de la destruction de l’Irak, a grandi grâce à celle de la Libye, et la dévastation entretenue par ce même Bloc atlantiste aujourd’hui en Syrie ne fait que nourrir la spirale infernale. On notera à toutes fins utiles que la matrice idéologique de tous les extrémismes musulmans n'est autre que le wahhabisme rétrograde de l’Arabie Saoudite, principal allié du Bloc atlantiste dans la région bien évidemment.

 

En résumé, lorsqu’ils ne relèvent pas du «management de la terreur» à des fins politiques, les attentats ne sont que le résultat de la politique étrangère criminelle du Bloc atlantiste (6). Dans les deux cas, nos gouvernements sont donc pleinement responsables, coupables et comptables de chaque victime de ces atrocités.


Les attentats islamistes en Europe ont déjà tué 321 personnes depuis 2015 et fait des centaines de blessés (7).


Rendez-vous donc au prochain massacre, à l’issue duquel on s’affirmera fièrement «plus forts qu’avant» et désireux de «continuer comme avant».

Dont acte.

 

Humour bédouin


Enfin, le dernier buzz-Système en date est le soi-disant «séisme» provoqué par la mise au ban du Qatar par l’Arabie Séoudite et une poignée de partenaires plus ou moins enthousiastes.


La chose est survenue au lendemain d’une visite très enjouée de Trump à Riyad, où avec la finesse d’analyse qu’on lui connaît le POTUS a appelé les pays de la région à «isoler» l’Iran accusée de soutenir le terrorisme (8) (alors même qu’il n’y a aucun exemple de groupe terroriste chiite). D’où peut-être cette fumeuse idée saoudienne de s’en prendre à Doha, dont les bonnes relations avec Téhéran agacent volontiers le Royaume. Il faut dire que le Qatar et l’Iran partagent un fabuleux gisement gazier, ce qui favorise logiquement l’apaisement.


D’autres analystes affirment que c’est les ambitions démesurées du petit Qatar qui ont fini par irriter Riyad. Il est vrai que l’immense richesse de Doha lui a un peu fait enfler la tête. Sa chaîne TV Al-Jazeera est ainsi devenue la CNN arabe en quelque sorte, et on retrouve la patte du Qatar dans tous les coups fourrés survenus dans la région depuis dix ans. Mais pas plus que celle de l’Arabie Saoudite. 


Pour Thierry Meyssan en revanche, qui semble toujours particulièrement bien informé sur ce dossier, l'affaire confirme une fracture anglo-saxonne sur la manière de maintenir le Moyen-Orient sous tutelle (9). Qui sait ?

 

Nous ne retiendrons quant à nous de cette affaire que l'aspect cocasse de la chose, qui sied si bien au Système qui la porte, et qui voit donc un sponsor du terrorisme accusant un autre sponsor du terrorisme... de sponsoriser le terrorisme. Chacun des deux sponsors en litige étant sponsorisé à son tour par le vertueux Bloc atlantiste.


Ambiance. 

 

Conclusions


On le voit, notre joyeux Système patauge dans un désordre sans cesse renouvelé, où l’absurde le dispute à l’horrible, où la guerre et la violence qu'il produit en permanence sont devenus la trame de fond imposée de notre temps.


Dans ce gigantesque et sanglant désordre, les crises s'additionnent, grandissent les unes à côté des autres, sans qu'aucune ne soit jamais résolue, avec au milieu un capitalisme terminal qui cherche à prospérer comme la gangrène sur un champ de bataille. 


Et cette fois, c'est le Bloc atlantiste lui-même qui se lézarde, contaminé par sa propre folie. 


Au fil des décennies, le Système atlantiste s'est ainsi révélé n'être qu'une gigantesque bombe à fragmentation.


Une bombe qui explose aujourd'hui sous nos yeux.


Sortez le pop-corn! 


Publié par entrefilets.com le 7 juin 2017

 

Angela Merkel tire l'amère leçon du G7

 

Le ton monte d'un cran entre Angela Merkel et Donald Trump

 

L’Amérique de Trump est une menace pour l’UE selon Donald Tusk

 

Stratégie de tension

 

Le management de la terreur : Un business compliqué

 

6 Toutes ces dévastations ont aussi provoqué ce que l’on appelle aujourd’hui la «crise migratoire», un déplacement massif de populations en réalité voulu par l’oligarchie apatride du Système qui y voit d’abord un main d’œuvre à bas coût corvéable à merci, et ensuite le moyen de tuer définitivement toute idée d’appartenance nationale par un brassage forcé de population. Pour éviter qu’un tel déplacement de population soit compromis par l’hostilité des peuples européens, on lance alors systématiquement l’opération Charlie après chaque attentat, avec la ritournelle «padamalgame», «vous n’aurez pas notre haine», «on sera plus fort qu’avant» , «vous ne nous vaincrez pas», les médias flattant les bons sentiments nécessaires au «on continuera comme avant».

 

Liste des attentats terroristes dans l'Union européenne

 

A Riyad, Trump appelle à «isoler» l’Iran

 

Affrontement au Bilderberg 2017

Classe nuisible Par Frédéric Lordon

 

17 Juin 2017

http://lesillon04.hautetfort.com/archive/2017/06/17/classe-nuisible-5955008.html

 

Situation

paru dans lundimatin#108, le 13 juin 2017

 

Logiquement, tout avance de concert. Au moment où Macron est élu, nous découvrons que La Poste enrichit sa gamme de services d’une offre « Veiller sur mes parents » à partir de 19.90€ par mois (plusieurs formules : 1, 2, 4, 6 passages par semaine). Le missionné, qu’on n’appellera sans doute plus « l’agent » (tellement impersonnel-bureaucratique – old), mais dont on verra si la Poste va jusqu’à l’appeler l’« ami de la famille », passe en voisin, boit le café, fait un petit sms pour tenir au courant les descendants, bref – dixit le prospectus lui-même – « maintient le lien social ». Résumons : Pour maintenir le lien social tout court, c’est 19.90€. Et pour un lien social béton (6 visites par semaines), c’est 139.90€. Tout de même. Mais enfin il y va du vivre ensemble.

 

En 1999, des lignards d’EDF en vacances et même en retraite avaient spontanément repris du service pour rétablir le courant après la tempête. Ils l’avaient fait parce qu’ils estimaient que, dans cette circonstance exceptionnelle, il se jouait quelque chose entre eux, le service public dont ils étaient ou avaient été les agents, et la société dans son ensemble, quelque chose qui n’était pas de l’ordre d’un lien contractuel-marchand et procédait de mobiles autres que pécuniaires. Maintenant que nous en sommes à l’étape de la forfaitisation du lien social, nous percevons combien cette réaction qui fut la leur a été une tragique erreur. Puisqu’il est décidé que tout, absolument tout, est monnayable, la prochaine fois que les lignes sont à terre, on espère bien que toute demande de reprise de service obtiendra pour réponse, au mieux la renégociation en position de force du tarif des prestations extraordinaires, et plutôt d’aller se carrer les pylônes.

 

Le contresens anthropologique du lien social tarifé semble ne pas apercevoir que, précisément, la transaction contractuelle-marchande n’est au principe d’aucun lien, entendons autre que le lien temporaire stipulé dans ses clauses, dont l’échéance est fixée par le paiement qui, dit très justement l’expression, permet de s’acquitter – c’est-à-dire de quitter. Après quoi les co-contractants redeviennent parfaitement étrangers l’un à l’autre. C’est pourtant ce modèle « relationnel » que la société néolibérale, La Poste en tête, se propose de généraliser à tous les rapports humains, désastre civilisationnel dont le désastre électoral de ce printemps n’est que l’épiphénomène. Mais aussi l’accélérateur. Avec peut-être toutes les vertus des accélérations à contresens : déchirer les voiles résiduels, clarifier la situation, rapprocher des points critiques. Si l’on peut placer un espoir raisonnable dans la présidence Macron, c’est celui que tout va devenir très, très, voyant. C’est-à-dire odieux comme jamais.

 

Car il ne faut pas s’y tromper, la France n’est nullement macronisée. Les effets de levier composés du vote utile font à l’aise un président avec une base d’adhésion réelle de 10% des inscrits. Quant aux législatives, le réflexe légitimiste se joint à la pulvérisation des candidatures d’opposition pour assurer de rafler la mise. Par l’effet de cette combinaison fatale, le 19e arrondissement de Paris, par exemple, qui a donné Mélenchon en tête au premier tour avec plus de 30% est ainsi bien parti pour se donner un député macronien – on aurait tort d’en tirer des conclusions définitives. Mais en réalité, au point où nous en sommes, tout ça n’a plus aucune importance. La vérité, c’est que « la France de Macron » n’est qu’une petite chose racornie, quoique persuadée de porter beau : c’est la classe nuisible.

Grandville litho.jpg

La classe nuisible est l’une des composantes de la classe éduquée, dont la croissance en longue période est sans doute l’un des phénomènes sociaux les plus puissamment structurants. Pas loin de 30% de la population disposent d’un niveau d’étude Bac+2 ou davantage. Beaucoup en tirent la conclusion que, affranchis des autorités, aptes à « penser par eux-mêmes », leur avis compte, et mérite d’être entendu. Ils sont la fortune des réseaux sociaux et des rubriques « commentaires » de la presse en ligne. La chance de l’Europe et de la mondialisation également. Car la classe éduquée n’est pas avare en demi-habiles qui sont les plus susceptibles de se laisser transporter par les abstractions vides de « l’ouverture » (à désirer), du « repli » (à fuir), de « l’Europe de la paix », de « la dette qu’on ne peut pas laisser à nos enfants » ou du monde-mondialisé-dans-lequel-il-va-bien-falloir-peser-face-à-la-Russie-et-aux-Etats-Unis. La classe demi-habile, c’est Madame de Guermantes à la portée d’un L3 : « la Chine m’inquiète ».

 

La propension à la griserie par les idées générales, qui donnent à leur auteur le sentiment de s’être élevé à hauteur du monde, c’est-à-dire à hauteur de gouvernant, a pour effet, ou pour corrélat, un solide égoïsme. Car la demi-habileté ne va pas plus loin que les abstractions creuses, et ignore tout des conséquences réelles de ses ostentations abstraites. En réalité, elle ne veut pas les connaître. Que le gros de la société en soit dévasté, ça lui est indifférent. Les inégalités ou la précarité ne lui arrachent dans le meilleur des cas que des bonnes paroles de chaisière, en tout cas aucune réaction politique. L’essentiel réside dans les bénéfices de la hauteur de vue, et par suite d’ailleurs la possibilité de faire la leçon universaliste aux récalcitrants. En son fond elle est un moralisme – comme souvent bercé de satisfactions matérielles. Sans surprise, elle résiste à la barbarie en continuant de boire des bières en terrasse – ou, plus crânement encore, en brassant elle-même sa propre bière.

 

Demi-habile et parfaitement égoïste, donc : c’est la classe nuisible, le cœur battant du macronisme. Elle est le fer de lance de la « vie Macron » – ou du vivre ensemble La Poste. Partagée entre les déjà parvenus et ceux qui continuent de nourrir le fantasme, parfois contre l’évidence, qu’ils parviendront, elle est la classe du capital humain : enfin un capital qui puisse être le leur, et leur permettre d’en être  ! Ceux-là sont habités par le jeu, ils y adhèrent de toute leur âme, en ont épousé avec délice la langue dégénérée, faite signe d’appartenance, bref : ils en vivent la vie. Ils sont tellement homogènes en pensée que c’est presque une classe-parti, le parti du « moderne », du « réalisme », de la « French Tech », du « projet personnel » – et l’on dresserait très facilement la liste des lieux communs d’époque qui organisent leur contact avec le monde. Ils parlent comme un journal télévisé. Leurs bouches sont pleines de mots qui ne sont pas les leurs, mais qui les ont imbibés si longtemps qu’ils ont fini par devenir les leurs – et c’est encore pire.

 

Cependant, l’égoïsme forcené joint à l’intensité des investissements existentiels a pour propriété paradoxale de faire de la classe de « l’ouverture » une classe séparée et claquemurée, sociologiquement minoritaire en dépit des expressions politiques majoritaires que lui donnent les institutions électorales – qui disent là comme jamais la confiance qu’elles méritent. La seule chose qui soit réellement majoritaire, c’est son pouvoir social – mais comme on sait, à ce moment, il convient de parler non plus de majorité mais d’hégémonie. Sans surprise, la sous-sous-classe journalistique en est le joyau, et le porte-voix naturel. L’élection de Macron a été pour elle l’occasion d’un flash orgasmique sans précédent, ses grandes eaux. Au moment où nous parlons d’ailleurs, on n’a toujours pas fini d’écoper. En tout cas la classe nuisible est capable de faire du bruit comme quinze. Elle sait ne faire entendre qu’elle et réduire tout le reste – ouvriers, employés, des masses elles bien réelles – à l’inexistence. Au prix, évidemment, de la sourde accumulation de quelques « malentendus », voués un de ces quatre à faire résurgence un peu bruyamment.

 

Il pourrait y avoir là de quoi désespérer absolument si le « progrès intellectuel » de la population ne fabriquait plus que des possédés, et se faisait le parfait verrou de l’ordre social capitaliste. Mais la classe nuisible n’est qu’une fraction de la classe éduquée. C’est qu’en principe, on peut aussi se servir de capacités intellectuelles étendues pour autre chose. Bien sûr on ne pense pas dans le vide, mais déterminé par toutes sortes d’intérêts, y compris matériels, à penser. De ce point de vue les effets du néolibéralisme sont des plus ambivalents. S’il fabrique de l’assujetti heureux et de l’entrepreneur de lui-même, il produit également, et à tour de bras, du diplômé débouté de l’emploi, de l’intellectuel précaire, du startuper revenu de son esclavage. La plateforme OnVautMieuxQueCa, qui a beaucoup plus fait que les directions confédérales dans le lancement du mouvement du printemps 2016 – qui a même fait contre elles… –, cette plateforme, véritable anthologie en ligne de la violence patronale, dit assez où en est, expérience à l’appui, une large partie de la jeunesse diplômée dans son rapport au salariat. Et, sous une détermination exactement inverse, dans ses propensions à penser. On peut donc ne pas tomber dans l’exaltation « générationnelle » sans manquer non plus de voir qu’il se passe quelque chose dans ces tranches d’âge. Si d’ailleurs, plutôt que de revoir pour la dixième fois The social network et de se rêver en Zuckerberg français, toute une fraction de cette génération commence à se dire « ingouvernable », c’est sans doute parce qu’elle a un peu réfléchi à propos de ce que veut dire être gouverné, suffisamment même pour apercevoir qu’il n’y a va pas seulement de l’Etat mais de l’ensemble des manières de façonner les conduites, auxquelles les institutions formelles et informelles du capitalisme prennent toute leur part.

 

Sur ce versant-là de la classe éduquée, donc, ça ne macronise pas trop fort – sans compter d’ailleurs tous ceux à qui l’expérience prolongée a donné l’envie de changer de bord : les cadres écœurés de ce qu’on leur fait faire, les dégoûtés de la vie managériale, les maltraités, les mis au rebut, à qui la nécessité fait venir la vertu, mais pour de bon, qui ont décidé que « rebondir » était une affaire pour baballe exclusivement, ne veulent plus se battre pour revenir dans le jeu, et prennent maintenant la tangente. Or ce contingent de têtes raides ne cesse de croître, car voilà le paradoxe du macronisme : en même temps qu’il cristallise la classe nuisible, son effet de radicalisation, qui donne à l’époque une clarté inédite, ouvre d’intéressantes perspectives démographiques à la fraction rétive de la classe éduquée.

 

Cependant le privilège social de visibilité de la classe éduquée, toutes fractions confondues, n’ôte pas qu’on ne fait pas les grands nombres, spécialement dans la rue, sans la classe ouvrière mobilisée. En l’occurrence affranchie des directions confédérales, ou du moins décidée à ne plus les attendre. Mais ayant par suite à venir à bout seule de l’atomisation et de la peur. Pas le choix : il faut qu’elle s’organise – se ré-organise… Et puis s’organiser avec elle. Caisses de solidarité, points de rencontre : dans les cortèges, dans de nouveaux groupements où l’on pense l’action en commun, tout est bon. En tout cas, comme dans la jeunesse, il se passe quelque chose dans la classe ouvrière : de nombreux syndicalistes très combatifs, durcis au chaud de plans sociaux spécialement violents, virtuellement en rupture de centrale, font maintenant primer leurs solidarités de lutte sur leurs appartenances de boutique, laissent leurs étiquettes au vestiaire et ébauchent un front uni. Si quelque jonction de la jeunesse décidée à rompre le ban ne se fait pas avec eux, rien ne se fera. Mais la détestation de l’entreprise, promise par le macronisme à de gigantesques progrès, offre d’excellentes raisons d’espérer que ça se fera.

 

Il n’est pas certain que le macronisme triomphant réalise bien la victoire à la Pyrrhus qui lui est échue. C’est que jusqu’ici, l’indifférenciation patentée des partis de gouvernement censément de bords opposés parvenait encore vaille que vaille à s’abriter avec succès derrière l’illusion nominale des étiquettes de « l’alternance ». Évidemment, l’alternance n’alternait rien du tout, mais il restait suffisamment d’éditorialistes abrutis pour certifier que la « gauche » succédait à la « droite, ou l’inverse, et suffisamment de monde, à des degrés variés de cécité volontaire, pour y croire. Le problème du macronisme, c’est précisément… qu’il a réussi : sa disqualification des termes de l’alternance prive le système de son dernier degré de liberté, assurément factice mais encore doté de quelque efficacité résiduelle. Quand il aura bien mis en œuvre son programme, poussé tous les feux, par conséquent rendu folle de rage une fraction encore plus grande de la population, où trouvera-t-il son faux alternandum et vrai semblable, l’entité faussement opposée et parfaitement jumelle qui, dans le régime antérieur, avait pour double fonction de soulager momentanément la colère par un simulacre de changement tout en assurant la continuité, quoique sous une étiquette différente ?

 

Résumons-nous : bataille terminale au lieu du noyau dur – le rapport salarial, via le code du travail –, intégration ouverte de l’Etat et du capital, presse « en plateau », extase de la classe nuisible et radicalisation antagoniste des défecteurs, colère grondante des classes populaires promises à l’équarrissage, fin des possibilités théâtrales de l’alternance, disparition définitive de toute possibilité de régulation interne, de toute force de rappel institutionnalisée, de tout mécanisme de correction de trajectoire : à l’évidence il est en train de se former une situation. À quelque degré, ce gouvernement-du-barrage-contre-le-pire doit en avoir conscience puisqu’il approfondit le mouvement, déjà bien engagé, de proto-fascisation du régime : avec les ordonnances du code du travail, la normalisation de l’état d’urgence en droit ordinaire a été logiquement sa première préoccupation. Ultime moyen de contrôle de la situation, lui semble-t-il, mais qui contribue plutôt à l’enrichissement de la situation. Et confirme que la question de la police va se porter en tête d’agenda, comme il est d’usage dans tous les régimes où l’état d’illégitimité n’est plus remédiable et où ne reste que la force armée, la seule chose opposable à la seule opposition consistante : la rue. Car il est bien clair qu’il n’y a plus que la rue. Si « crise » désigne le moment résolutoire où les trajectoires bifurquent, nous y sommes. Quand tout est verrouillé et que la pression n’en finit pas de monter, il doit se passer quelque chose. Ce dont les forces instituées sont incapables, seul l’événement peut l’accomplir.

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Emmanuel Macron chez son ami le roi du Maroc

Macron apporte ainsi son soutien au roi du Maroc, quand le pays est secoué par l'une des crises sociales les plus importantes depuis l'accession au trône de Mohammed VI.

Depuis le 26 mai 2017, une vague de répression et d'arrestations massives enflamme le Maroc. Ce mouvement populaire est né à la suite du décès de Mouhcine Fikri, mort atrocement broyé dans une benne le 28 octobre 2016, alors qu'il tentait de sauver sa marchandise confisquée et jetée arbitrairement par la police dans un camion-poubelle. Le monarque  a répondu par le refus de tout dialogue avec les représentants de ce mouvement. Il a poursuivi et arrêté ses leaders pour "atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat”

Les progressistes ne peuvent que s'indigner face aux atteintes aux libertés fondamentales et au manque de respect des conventions internationales. Mais pour le président de notre mauvaise république, aux ordres du capital, rien de tel qu'un voyage d'Etat, parce que business is business.

Il est vrai aussi que nombre de hors-sol français de la finance et de la politique politicienne ont des résidences secondaires dans ce pays. Et que l'ancien pouvoir socialiste ne fut pas en reste pour accueillir Mohammed VI à l'Elysée et de lui rendre un petit coucou chez lui à Rabat.

Emmanuel Macron chez son ami le roi du Maroc

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Pourquoi les formations politiques à la gauche du PS n'ont rassemblé que si peu de suffrages?

Pourquoi les formations politiques à la gauche du PS n'ont rassemblé que si peu de suffrages?

Après un plein quinquennat du pouvoir socialiste qui, dès le début trahissait ses promesses, ne faut-il pas s'interroger? Un fait: 63% des jeunes de 18 à 24 ans, la génération la plus accablée par le chômage et la précarité, se sont abstenus.

Et plus de la moitié des citoyens inscrits ne se sont pas déplacés dans l'isoloir. En y ajoutant 3 millions de non-inscrits et 6,5 millions de mal-inscrits, près des 2/3 des Français n'ont pas exercé leur droit de vote, dont une majorité de la jeunesse et des catégories populaires.

Quelle faillite de Jean-Luc Mélenchon à l'extrême-gauche qui n'ont pas su empêcher que l'ultra-réactionnaire Emmanuel Macron, fils prodigue de François Hollande, fasse main basse sur le pouvoir, pour donner au capital priorité sur l'individu.

Oui, quel bilan désastreux après tout un quinquennat fait de compromissions avec les forces de l'argent dont le ministre Macron fut l'un des plus actifs dans le genre.

Alors, malgré leurs divisions politiciennes, le Pc de Pierre Laurent et France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon appellent à voter pour un candidat commun dans plus de 80 circonscriptions. Sur 577 sièges de députés à pourvoir. Pour sauver les meubles.

Un bilan bien désastreux dont nul ne devrait faire l'impasse. Mais les formations politiques en question en auront-elles l'audace?

Ce qui se passe du côté d'Evry, fief de l'ex-premier ministre Manuel Valls, me laisse augurer le contraire. Manuel Valls se représente comme député sans candidat macroniste en face et en se réclamant de la majorité présidentielle. Pour ce 2e tour, un candidat de France Insoumise l'affronte. La position des élus communistes et républicains du conseil municipal d'Evry: " A titre strictement personnel les 3 élus communistes et républicains d'Evry ont décidé d'apporter leur soutien à la candidature de Manuel Valls au deuxième tour. "Opposés à la politique libérale du précédent et actuel gouvernement nous pensons néanmoins que Dimanche voter pour Manuel Valls c'est la garantie d'avoir un député sérieux et efficace pour les habitants de notre circonscription.

 Nous ne partageons pas le programme libéral proposé par E Macron. Mais en tant que Maire, en tant que député Manuel Valls a toujours montré son sérieux et sa compétence qu'il a mis au service des habitants de notre ville et de notre circonscription. Il a toujours été très respectueux du travail des élus communistes dans notre ville et n'a jamais porté la moindre insulte aux communistes, à leurs élus, à notre secrétaire national... "

Et l'article de Canaille le rouge à ce sujet, en lien:

Les ressorts d’une apparence

 

Jacques SapirPar  · publication  · mis à jour 

Les résultats du 1er tour des élections législatives posent à nouveau le problème du mode de scrutin. Doit-on conserver le système « traditionnel » en France (dit scrutin uninominal d’arrondissement à deux tours) ou doit-on passer à la proportionnelle. Mais, cette question qui est engendrée par le décalage entre le faible pourcentage des voix qui se sont portées vers les candidats issus ou soutenus par le parti du Président (LREM et MODEM) pourrait bien être l’arbre qui cache la forêt. Si le « triomphe » promis à Emmanuel Macron relève bien de l’apparence, il convient néanmoins de s’interroger que les ressorts de cette apparence.

 

Le facteur institutionnel

 

Avec plus de 51% d’abstentions, ce 1er tour des élections législatives marque un véritable tournant pour les institutions de la Vème République, ou plus précisément pour ce qu’il en reste. Car, en décidant de ramener la mandature du Président de 7 à 5 ans, Jacques Chirac a porté un coup, sans doute fatal, à la Vème République. Dans les faits, ce changement a institué le Président comme « chef de la majorité », ce qui n’était pas l’intention des concepteurs de notre Constitution. Il en découle le rabaissement du Premier-ministre, réduit à un rôle d’exécutant. Pourtant, si on lie le texte, on s’apercevra qu’il est dit que le Premier-ministre « dirige l’action du Gouvernement » et que ce gouvernement « détermine et conduit la politique de la nation ».

 

Tableau 1

Articles 20 et 21 de la Constitution
Article 20 :

Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation.

Il dispose de l’administration et de la force armée.

Il est responsable devant le Parlement dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 49 et 50.

Article 21 :

Le Premier ministre dirige l’action du Gouvernement. Il est responsable de la défense nationale. Il assure l’exécution des lois. Sous réserve des dispositions de l’article 13, il exerce le pouvoir réglementaire et nomme aux emplois civils et militaires.

 

Il peut déléguer certains de ses pouvoirs aux ministres.

 

Il supplée, le cas échéant, le Président de la République dans la présidence des conseils et comités prévus à l’article 15.

 

Il peut, à titre exceptionnel, le suppléer pour la présidence d’un conseil des ministres en vertu d’une délégation expresse et pour un ordre du jour déterminé.

 

Source : Constitution, titre III, 

 

http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/la-constitution/la-constitution-du-4-octobre-1958/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur.5074.html#titre3

 

Il est clair que nous avons eu, dans l’importance de l’abstention, l’écho de cette modification constitutionnelle introduite par Jacques Chirac. Nombre de Français ont considéré que la séquence politique s’était jouée lors de l’élection présidentielle, et se sont désintéressés des élections législatives. C’est certainement l’une des causes, mais non la seule, de l’importance de l’abstention.

 

La proportionnelle est-elle une solution ?

 

Le problème de la représentation des députés de LREM et du MODEM n’est pas tant leur nombre. Un système électoral doit concilier deux objectifs, une représentation plus ou moins juste du pays et des opinions qui s’y affrontent ET la constitution d’une majorité. De ce point de vue, que le Parlement ne soit pas à l’image exacte des opinions n’est pas en soi un problème.

 

De nombreux systèmes de règles de scrutins proportionnels admettent une « prime majoritaire » pour le parti arrivé en tête. Rappelons que la proportionnelle intégrale, appliquée par exemple en Israël jusqu’aux années 1990, n’était pas exempte de problèmes.

 

Le fait est aujourd’hui que la majorité qui a soutenu le Président fait le score le plus faible depuis 1981. Pourtant, elle peut espérer avoir entre 410 et 450 députés, sur 577.

 

Comparaison des résultats

Président Majorité Total en voix
François Mitterrand (1981) PS + divers gauche + PCF 53%
François Mitterrand (1988) PS + divers gauche 37%
Jacques Chirac (2002) RPR-UDF + divers droite 43%
Nicolas Sarkozy (2007) UMP + divers droite 46%
François Hollande (2012) PS + divers gauche + EELV 40%
Emmanuel Macron (2017) LREM + MODEM 32,6%

 

Le problème qui se pose n’est donc pas l’ampleur de cette majorité mais d’une part qu’elle corresponde à un record historiquement bas des voix exprimées (à peine plus de 32%), ceci étant aggravé par le phénomène de l’abstention massive que l’on a connu. Cette « majorité » ne représente que 16% des électeurs.

 

Vague de macronisme ou crise des autres partis ?

 

La surreprésentation au Parlement, s’accompagne d’une sous représentation massive des autres partis, une sous représentation particulièrement évidente pour le Front National, qui pourrait avoir moins de 5 députés, et pour la France Insoumise (avec moins de 20 députés). La situation des Républicains n’est meilleure qu’en apparence, car ce parti est déchiré par des contradictions de plus en plus importantes.

 

De fait, la combinaison de la « prime à la majorité » et du report des voix pourrait aboutir à une sous-représentation massive de ces deux partis. Ici, il est intéressant de comparer ces projections avec ce qui se passerait si des doses plus ou moins importantes de proportionnelle étaient injectées dans le système Français[1].

 

Représentation du Parlement en cas de proportionnelle

 

De fait, ce résultat est aussi le produit du comportement des partis d’opposition. Si la France Insoumise a lancé le slogan « pas un député pour le Front National », cela semble moins vrai dans les rangs de ce dernier. Ainsi, Eric Dillies, le candidat malheureux du FN s’est désisté pour…la France Insoumise[2]. Ce désistement ne vaut pas ralliement, mais, si l’on reprend les mots du candidat frontiste : « Je vais voter pour lui, et j’appelle mes électeurs à suivre mon exemple, (…). J’ai rencontré Adrien Quatennens, c’est quelqu’un de bien. Face à une majorité pléthorique, il défendra le peuple, il s’opposera, il ne sera pas un béni-ouioui ».

 

Ce qui pose alors un problème de cohérence : peut-on dire, et à juste raison, que l’élection d’une immense majorité de députés LREM aboutirait à donner un pouvoir extraordinaire au Président pour mettre en œuvre la casse du Code du Travail et se refuser à faire élire ses opposants dont on peut penser qu’ils combattront, et ce quelle qu’en soit la raison, cette réforme ? Si l’on adopte cette attitude, cela revient à dire que l’on préfère Macron, et sa politique, au Front National. C’est une attitude qui peut se défendre, mais qui doit être alors clairement assumée, et qui surtout fait l’impasse justement sur la question du Code du Travail…Car, quelle sera la crédibilité des militants de la France Insoumise quand, après le 18 juin, ils voudront s’opposer aux ordonnances du docteur Macron ?

 

Une crise de crédibilité

 

Ce qui renvoie, en réalité, à la question de savoir pourquoi l’abstention a-t-elle été bien plus forte chez les électeurs du Front National et de la France Insoumise que chez les électeurs de LREM ?

 

Pour le Front National, on peut penser que nombre de ses électeurs ont été désorientés par les tergiversations de Marine le Pen à la fin de la première semaine de campagne du second tour, et écoeurés par sa prestation au débat télévisé. C’est ce qui explique que la dynamique qui semblait la porter immédiatement après le 1er tour de l’élection présidentielle, dynamique la mettant à plus de 40% des anticipations de voix, se soit brutalement inversée. Le Front National a subi alors une perte massive de crédibilité, perte qui continue de se faire sentir aujourd’hui.

 

Pour la France Insoumise, l’incapacité d’avoir une position unifiée, comme cela avait été le cas lors de l’élection de 1969 quand Jacques Duclos avait déclaré qu’il ne choisirait pas entre « blanc bonnet et bonnet blanc » a elle aussi largement contribué à désorienter les électeurs. Cette désorientation se paye par une crise de crédibilité, mais aussi de légitimité, de la posture de Jean-Luc Mélenchon.

 

Chercher à expliquer la totalité de cette abstention différentielle par les mécanismes institutionnels, même si ces derniers existent à l’évidence et ont joué un rôle non négligeable, c’est passer à côté du véritable problème de crédibilité qui se pose tant pour le Front National que pour la France Insoumise. Ni l’un ni l’autre de ces partis ne pourront faire l’économie d’un examen approfondi de leurs lignes politiques et des causes profondes de cette perte de crédibilité qui, aujourd’hui, est le principal, voire le SEUL facteur, de l’apparent triomphe d’Emmanuel Macron.

 

Cette double crise de crédibilité est aujourd’hui ce qui permet à un système exsangue de survivre et de prospérer.

 

[1] http://www.lefigaro.fr/elections/legislatives/2017/06/13/38001-20170613ARTFIG00193-à-quoi-ressemblerait-l-assemblee-avec-la-dose-de-proportionnelle-promise-par-l-executif.php

 

[2] http://www.lavoixdunord.fr/177015/article/2017-06-12/le-front-national-appelle-voter-pour-l-insoumis-adrien-quatennens#

Un livre érudit, avec de délicieuses pointes d’humour, qui poursuit une réflexion de Simone Weill de 1943 selon laquelle une américanisation de l’Europe ferait perdre son passé à l’humanité, et une interrogation de Paul Valéry, de 1939 : « Je me demande si l’Europe ne finira pas par une démence ou un ramollissement ».

 

On aurait pu attendre des guillemets à « américains » dans le sous-titre car, Debray le sait mieux que personne, les Chiliens ou les Cubains sont aussi des Américains. On se fiche que la partie soit prise pour le tout comme dans Make America great again.

 

Mais ne boudons pas notre plaisir devant cette brillante démonstration selon laquelle si une « culture construit des lieux », une civilisation « construit des routes » avec un gros bâton (celui de la big stick policy), une flotte, des armées, aujourd’hui des drones.

 

Depuis qu’il a raflé le Texas, l’empire américain n’a gagné en surface que quelques centaines de milliers de kilomètres carrés. Alaska y compris. Mais les 2 000 implantations militaires sur les cinq continents ne seraient rien sans les 35 000 McDo. Et vice versa.

 

Au milieu des années soixante, j’habitais Montdidier, petite sous-préfecture balzacienne de la Somme. Á l’époque, une ville de 5 000 habitants comptait encore bon nombre de magasins de toutes sortes. Le magasin d’habits, qui ne désemplissait jamais, avait pour enseigne "Aux surplus américains" Nous étions heureux de nous fournir pour pas cher dans une échoppe qui proclamait sans vergogne qu’elle nous vendait des rebuts, les franchisés profitant de notre naïveté pour nous refiler du trop-plein. La civilisation zunienne avait gagné chez Balzac : on ne savait pas d’où venaient ces frusques, dans quelles conditions elles avaient été stockées, ce qu’elles avaient coûté aux producteurs. Ces vêtements n’étaient même pas toujours ricains. C’était notre deuxième peau. Au XVIe siècle, le paysan d’Amboise, voisin de Léonard de Vinci, ne parlait pas un mot d’italien. Aujourd’hui, il écoute Beyoncé dans son tracteur climatisé.

 

Quand, demande Debray, l’Europe a-t-elle cessé de « faire civilisation » ? En 1919, au Congrès de Versailles. Les États-Unis n’ont pas alors pleinement conscience qu’ils vont devenir la première puissance mondiale. Mais le président exige que le traité soit également rédigé en anglais. Jusqu’alors, observe Debray, il y avait à l’ouest une civilisation européenne avec sa variante américaine. Dans les cinquante années suivantes, on aurait une civilisation américaine avec des variables d’ajustement européennes. Dans tous les domaines. Je n’entre pas dans les détails, mais même dans la natation, les catégories d’âge de nageurs qui dataient d’un siècle (poussins, minimes, cadets etc.) se sont alignées cette année sur les catégories zuniennes.

 

Plus graves que nos bassins chlorés, la République française, l’État français, les pouvoirs publics ont plié le cou devant les méthodes uniennes. En 2008, sous Sarkozy, nos ministères furent inspectés, mieux : évalués, par une entreprise privée zunienne. Comme si le corps des inspecteurs des Finances n’existait plus. L’État français fut dès lors appréhendé dans son fonctionnement à l’aune des méthodes du privé d’outre-Atlantique. Les hôpitaux (les universités, les commissariats de police etc.) furent mis en concurrence, les partis politiques devinrent des familles et cessèrent d’élaborer des programmes en se contentant de projets, on nous obligea à aimer le modèle des primaries et les candidats à la présidentielle nous proposèrent des offres.

 

Á Sciences-Po, « réformée » par un chairman of the board plus ricain que ricain qui mourut dans des circonstances hollywoodiennes jamais élucidées, 60% des cours sont dispensés en anglais. Et, précise Debray, le cours sur les politiques culturelles en France est dénommé « Cultural Policy and Management ».

 

Á bas les anciennes catégories marxisantes (bourgeoisie, classe, capitalisme) ! Ne dites plus « prolétaires » mais « milieux défavorisées » (d’ailleurs les prolétaires ne savent plus qu’ils sont prolétaires, c’est du moins ce que pensent les bobos) ; de votre langage, « bannissez » (sic) « clochards », « SDF » étant beaucoup plus indolore. Ne dites plus « santé gratuite pour tous » mais care, « avion présidentiel » mais « Sarko One ». Et, surtout, représentez-vous Bri-Bri d’amour en termes de First Lady. Envoyez vos enfants, en bons Ricains, délirer chez les voisins avec des masques d’Halloween alors que cette fête appartient au paganisme celte. Martelez comme il convient que l’équipe de France de foot est black-blanc-beur. Forcément, puisque la quête de l’égalité a été remplacée par le mirage de la diversité et que le sociétal a étouffé le social.

 

La thèse fondamentale de cet essai est que l’Amérique c’est de l’espace tandis que l’Europe c’est du temps. Aux États-Unis, on part sur la Route 66 en bon Easy Rider. On conquiert un territoire – au besoin avec un colt – alors qu’en Europe on labourait un terroir (on guerroyait un peu aussi, quand même). Mais tout a changé. Il n’y a plus chez nous que des « espaces » (salle d’attente, dégustation de vin, voies piétonnières, open spaces un peu partout, surtout quand ils sont agrémentés par des open bars). Je ne te demande pas qui tu es mais où tu es grâce à ma géolocalisation à un mètre cinquante près. Dans les espaces, explique Régis Debray, pas de peuple, mais une « population », c’est-à-dire une projection préfectorale ou municipale. Un peuple, c’est autre chose : une langue, des habitus, un passé, une gastronomie, du et des liens.

 

Á des populations hors-temps, on peut faire gober tout ce qu’on veut. Par exemple, que les États-Unis sont la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne alors que les Français de 1945 pensaient que c’était l’Union Soviétique. D’ailleurs si Poutine assista au 70ème anniversaire du Débarquement en Normandie, le Young Leader Hollande ne lui rendit pas la pareille à Moscou. On peut même faire croire à tous les publics, à toutes les populations de la Terre, que Rambo a gagné la guerre.

 

Lors du vote du Traité de Maastricht, on nous a seriné que nos enfants voyageraient, séjourneraient dans le continent et apprendraient quantités de langue européennes. Le russe et l’allemand sont cinq fois moins enseignés qu’il y a cinquante ans. Arte n’a aucune émission de débats entre intellectuels franco-allemands mais consacre dix minutes à un malaise de Mrs Clinton. Les fonctionnaires de Bruxelles communiquent dans la langue d’un pays qui ne fait plus partie de l’Union européenne. Des anciens pays de l’Europe de l’Est se sont dépêchés d’admettre sur leur sol des centres secrets de torture de la CIA. Il faut désormais endurer un président pour qui « Belgium » est une ville et qui pense avoir envoyé 59 missiles vers l’Irak alors que c’était vers la Syrie. Ça tombe où ça peut, où ça doit. L’important, c’est que ça « frappe » (plus de bombardements, des frappes), que ça terrorise, quel que soit le degré d’improvisation.

 

Debray nous rappelle qu’en affaires l’empire est féroce, voyou. BNP a accepté de payer une amende bidon, une rançon de 8,9 milliards de dollars (vous me direz : elle les avait) sans que nos gouvernants s’émeuvent, sans que notre médiacratie s’étonne. Quant à imaginer une réciprocité… Debray cite Pierre Lellouche, homme politique bien à droite, pas vraiment hostile à l’aigle impérial : « Un obscur accord fiscal franco-américain transformera notre ministère des Finances en supplétif de l’International revenue Service. Cet accord ne fait que traduire dans le droit français une loi américaine obligeant nos institutions financières à déclarer au fisc américain tous les comptes détenus par des citoyens ou entités américains en France dès lors que leur solde est supérieur à 50 000 dollars. Mais sans réciprocité : ce que le fisc français donnera à l’IRS, le Trésor américain ne le fera pas dans l’autre sens parce que la loi américaine ne le permet pas. »

 

Une des dernières réflexions de l’auteur porte sur la notion de laïcité que nous, tous seuls avec nos petites mains, avons réussi à américaniser. Je vous laisse découvrir comment.

 

Les moins jeunes d’entre nous s’en souviennent. Le Défi américain, publié en octobre 1967, fut l’un des plus énormes succès de librairie en France. Certes, il bénéficia du battage hebdomadaire de L’Express, beaucoup plus prescripteur qu’aujourd’hui. Son éditeur avait prévu un tirage de 15 000 exemplaires. Il s’en vendit 2 millions en France et 10 millions dans le monde.

 

Bernard Gensane

Paris : Gallimard, 2017.

URL de cet article 32001 

Pour Mounir Mahjoubi, le groupe LREM à l’Assemblée jouera aussi le rôle de l’opposition

 

Publié  le 16 juin 2017

La situation devient si ubuesque, celle d’un président , élu avec 13,7% du corps électoral qui par suite de l’abstention massive risque de se retrouver avec une assemblée à 80% voir 90% de s majorité, avec une bonne part de gens qui lui doivent tout, mais aussi une bande de chevaux de retourissus de la droite, de la gauche et du centre qui s’y entendent pour se faire la peau quand leurs intérêts personnels sont en jeu. C’est si énorme qu’on a envie de pousser la situation jusqu’au bout de sa logique décrite ici par Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique:comme  le comble de la démocratie…Si l’on mesure bien que dans le même temps le dit Macron est en train sans attendre de reformater les médias pour supprimer les rares têtes qui dépassaient encore, qu’il est en train de tenter de mettre u pas les syndicats, on mesure le caractère cocasse mais aussi sinistre de la situation.

 

(note de Danielle Bleitrch)

Pour Mounir Mahjoubi, le groupe LREM à l'Assemblée jouera aussi le rôle de l'opposition
Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique et candidat dans la 16ème circonscription de Paris © BERTRAND GUAY / AFP
Image Le Lab

Loïc Le Clerc pour Le Lab

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Invité ce lundi matin des 4 Vérités sur France 2, le secrétaire d’Etat au Numérique et candidat dans la 16ème circonscription de Paris, Mounir Mahjoubi, a exposé sa vision des rapports de force de la prochaine Assemblée nationale.

 

La République en marche (LREM) aura vraisemblablement la majorité absolue, dimanche 18 juin, lors du second tour des élections législatives. Elle est même donnée au-delà des 400 députés. Une armée de macronistes qui doivent tout à leur président. D’où cette question : va-t-on avoir une Assemblée de godillots ? Mounir Mahjoudi y répond de la sorte :

Je n’ai absolument pas peur d’une Assemblée godillote. Vous allez avoir des gens qui vont débattre, qui ne seront pas toujours d’accord. On va enfin remettre de la vie et du débat à l’Assemblée.

Législatives : comment l’abstention sert Macron

 

14 Juin 2017

 

Cecile Cornudet Le 11/06 à 21:0
 
 
Emmanuel Macron gagne haut la main sa première manche législative, en ayant réussi à mobiliser ses troupes tout en déstabilisant celles de ses adversaires.c’est-à-dire qu’il a gagné quelques batailles tactiques, mais il lui reste à gagner la guerre, c’est-à-dire imposer une politique dont personne ne veut.Cela risque d’être plus difficile y compris à cause de l’ampleur d’une « victoire », sauf si selon leur habitude les véritables opposants à cette politique lui font le cadeau de leurs divisions, parce que dans l’art de démobiliser son camp il y a quelques ténors.
 
(note de Danielle Bleitrach)

Les stratégies politiques peuvent-elles trop bien réussir ? Dans les périodes de grands coups de balai, ce n’est pas impossible. Dans la primaire LR, Sarkozy avait fini par faire élire Fillon à force de cibler Juppé et son allié Bayrou. Dans ces élections législatives , Emmanuel Macron court le risque d’obtenir une majorité pléthorique, donc un peu compliquée à tenir, et surtout de la devoir à une participation trop faible pour ne pas soulever de questions. Ses candidats LREM ont obtenu au soir du 1er tour 32,6 % des voix, l’abstention a atteint un record absolu de 50,4 %. Doit-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ?

Avant de pouvoir en juger, une chose est sûre : le président de la République l’a recherché. Depuis son élection, il a systématiquement suivi les deux préceptes non écrits d’une campagne électorale gagnante : mobiliser son camp et – plus compliqué – démobiliser le camp adverse. Fonction présidentielle rehaussée, ministres piochés dans la société civile …, il a traduit ses promesses en actes pour entretenir l’élan de la présidentielle. Il a aussi multiplié les gestes de séduction et/ou de déstabilisation à l’adresse des électeurs des partis traditionnels pour les inciter à rester chez eux. Il a nommé un Premier ministre de droite. Il a envoyé ses meilleurs candidats contre les têtes d’affiche PS. Il a ouvert les dossiers consensuels et entretenu le flou sur les autres. Sur quoi s’opposer, dès lors ?
 

Les Français rêvaient de consensus après une présidentielle harassante, il a su s’en saisir en organisant une campagne sans points d’accroche ni débats. Ajoutons à cela les tentatives d’indifférenciation des candidats LR et PS souhaitant profiter de la lumière présidentielle, et le tour était joué. Soif de consensus, confusion et lassitude se sont mariées pour ne pousser au vote que les électeurs les plus motivés. L’abstention a concouru à rendre LREM plus fort et à affaiblir non pas une, mais quatre oppositions divisées (LR, PS, FN, FI). La stratégie d’Emmanuel Macron a payé. Les projections en sièges laissent augurer une majorité d’une ampleur historique. Mais, pour la suite, que porte, plus profondément, cette abstention inédite ? Du fatalisme, un manque d’enthousiasme pour le nouveau président, l’impression des Français les moins favorisés de ne pas faire partie de l’aventure ? C’est bien connu, on peut gagner une bataille sans avoir encore forcément gagné la guerre.

 

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/elections/legislatives-2017/030378190872-legislatives-comment-labstention-sert-macron-2093406.php#1dGH2z9KrjMRoKCD.99