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Environnement 2017

N°137 : Réchauffement climatique - Réalité naturelle ou artificielle et grande peur

12 décembre 2017

N°137 : Réchauffement climatique - Réalité naturelle ou artificielle et grande peur

 

Dans un article paru dans la revue internationale en ligne basée en Grèce Defend Democracy, la question du réchauffement climatique a été abordée à plusieurs reprises en soutenant la vision de la thèse du réchauffement climatique produit par les activités humaines. Cette revue avait néanmoins publié aussi une critique de l’unanimisme d’apparence porté par les gros médias transnationaux, les grosses agences de presse et la plupart des gouvernements, en particulier depuis la COP21, alors que les scientifiques sont en fait beaucoup plus divisés sur la question qu’il n’y paraît1, et donc qu’un véritable débat rationnel devrait être mené, à l’abri des grandes peurs et des habituelles campagnes d’intimidation qui sont devenues coutumières au sein du « village global » censé être gouverné par « le cercle de la raison » ...mais laissant en fait peu de place au débat scientifique et aux analyses rationnelles.

 

Il nous est apparu néanmoins que cet article contenait sur certains points des éléments qui devraient être affinés, nuancés ou modifiés. Raison pour laquelle nous avons cherché un auteur spécialiste de la question et capable d’apporter des informations et approches plus précises sur la question. Nous sommes en contact avec le géographe Pierre Lenormand qui apporte à la question son regard distancié, et qui nous a proposé de reprendre à cet effet un de ses articles publié dans la revue « Naturellement » il y a déjà deux ans et à partir duquel le Mouvement National de Lutte pour l'Environnement, Réseau Homme&Nature (MNLE) a voulu prolonger le questionnement par un texte qui apparaitra en fin de l’article. Il est en effet temps de relancer le débat pluraliste sur la question pour démêler le vrai du faux, les parts de responsabilités humaines, celles du système capitaliste dominant et les manipulations des grandes peurs à objectifs culpabilisant pour les masses et les pays ayant par principe droit au développement. Et pour envisager comment l’’être humain pourra faire face en définitive à tous ces défis, comme il a su jusqu’à présent le démontrer face à chaque catastrophe, d’origine naturelle ou humaine, et donc sans pratiquer ce néo-malthusianisme pessimiste actuel qui correspond si bien aux intérêts de ceux qui veulent que tout change pour que rien ne change. L’écologie n’échappe pas plus que les autres réalités humaines aux clivages entre intérêts sociaux contradictoires.

 

La Rédaction


 

Réchauffement climatique

Réalité naturelle ou artificielle et grande peur

Automne 2017

 

Changement climatique : y voir plus clair 2

Pierre Lenormand*

 

Nous sommes nombreux à partager le sentiment qu'en matière de climat, nous sommes soumis à un matraquage médiatique quotidien : records de températures ou d'émissions sans cesse battus, informations sensationnelles mais dénuées de sens, raccourcis éhontés, images truquées ou fabriquées 3. Fort peu ou pas démenties, outrances et contre-vérités viennent brouiller une 'communication' qui comporte aussi, bien entendu, des informations sérieuses, vérifiées, suffisamment préoccupantes pour qu'il n'y ait pas lieu d'en rajouter.

 

Tout se passe comme si en la matière s'imposait une sorte de pensée unique, avec ses effets pervers, engendrant la suspicion, quand ce n'est pas l'idée d'un complot planétaire. Plus grave peut-être encore, cet emballement médiatique concourt à répandre et renforcer l'idée d'une catastrophe imminente et sans précédent, dont 'l'homme' serait responsable, et coupable. Cet alarmisme répand la crainte, il nourrit en retour le déni de lobbies intéressés et les rodomontades des sceptiques médiatiques, et ne sert en rien la cause que l'on prétend défendre : ce catastrophisme, théorisé et promu aujourd'hui 4, développe au contraire le sentiment d'impuissance devant « l'irréversible », et s'accompagne de prescriptions culpabilisantes, que refusent à juste titre les peuples du Sud, et que devraient aussi refuser ceux du Nord.

 

On m'objectera qu'il ne coûte pas cher de jouer les esprits forts quand on est bien moins exposé que d'autres aux divers désastres d'origine climatique que l'on nous annonce. Et qu'il serait irresponsable, à tout le moins pour nos enfants et petits-enfants, de nier ou de tenir pour négligeable les prémisses d'un dérèglement climatique d'une ampleur inconnue depuis l'apparition de l'homo sapiens. Car c'est bien d'un véritable « emballement climatique » que le Groupement Intergouvernemental des Experts du Climat (GIEC) dresse la perspective dans son 5ème Rapport (2014). Parcourir la trentaine de pages du 'Résumé à l'Intention des Décideurs' 5 - complété par un document technique de plusieurs centaines, et d'un rapport général de plus de mille pages - tend à montrer l'extrême sérieux d'un travail collectif qui depuis 1988 a mobilisé des milliers de chercheurs de par le monde. On ne peut qu'être impressionné par la grande complexité des analyses, la quantité de graphes, de tableaux et de cartes mis à contribution, l'ensemble étant, il faut bien le dire, assez peu accessible au grand public, fut-il 'averti'. On ne peut manquer non plus de relever la prudence affichée, les corrections apportées d'un rapport à l'autre, la place faite aux incertitudes, la multiplication des hypothèses et des scénarios, concourant à montrer la rigueur et les précautions dont le panel d'experts s'est entouré, susceptibles donc d'emporter la conviction du lecteur.

 

Le diagnostic est radical : l'augmentation de la teneur de l'atmosphère en gaz à effets de serre (gaz carbonique, méthane et oxyde nitreux) est, à l'exclusion de tout autre facteur 6 la cause du réchauffement en cours. Les quatre scénarios retenus par le 5ème rapport du GIEC (2014) conduisent à la fin du siècle à une hausse des températures d'un peu moins de 2° à plus de 6°, suivant que les émissions de Gaz à effets de serre (GES) restent stables, doublent ou quadruplent 7. Sachant que les écarts des températures annuelles moyennes à l'optimum médiéval comme au petit âge glaciaire européens sont inférieures à un degré, on peut en effet penser qu'un réchauffement « moyen » de plusieurs degrés puisse conduire à un dérèglement inédit des climats, conduisant à des changements brutaux et des irréversibilités, aggravant les évolutions d’ores et déjà observées : fonte des glaciers et du permafrost, hausse du niveau des mers, multiplication des phénomènes extrêmes...

 

Mais il se trouve que depuis les années 1980, un nombre non négligeable, plutôt croissant, de spécialistes de diverses disciplines - dont des climatologues - contestent, sur le plan scientifique, les analyses et les prédictions du GIEC. Si plus personne aujourd'hui ne nie l'existence d'une hausse régulière des températures de surface (un degré celsius environ durant le dernier siècle) les causes du réchauffement observé et l'ampleur du réchauffement à venir font aussi l'objet « non pas d'une controverse, mais d'un imbroglio de désaccords hétérogènes » faisant l'objet de « débats très vifs », y compris au sein des « sciences du climat, mais peu publicisés (…) pour ne pas donner prise aux critiques extérieures. » 8. Ces controverses sont bien connues, et même présentées (brièvement) dans le « défi climatique » comme utiles, voire nécessaires à l'amélioration des modèles et simulations du GIEC. Je relève trois points d'achoppement principaux :

 

le premier porte sur les observations concernant l'évolution des climats actuels et passés : les écarts, voire les contradictions existant entre elles peuvent conduire à des interprétations différentes de la corrélation - reconnue par tous - entre teneurs en GES et températures.

 

le second, sur les causes du réchauffement, en découle : s'opposent depuis des années les tenants de la responsabilité des gaz à effets de serre, membres ou proches du GIEC et les tenants de la responsabilité des divers types de variations de l'irradiance solaire. Plus récemment, certains 'climatocritiques' - proches des précédents - insistent sur l'existence de phases de croissance et de décroissance des températures (suivent des cycles d'une soixantaine d'années), rendant notamment bien compte du palier des températures annuelles moyennes observées depuis 1998, le fameux « hiatus », désormais unanimement reconnu.

 

sur les modèles de prévision, très complexes, utilisés par le GIEC, mais reposant tous sur la notion de forçage radiatif, dont la valeur, voire le sens (suivant les rétro-actions positives ou négatives admises) sont la cible de la plupart des contradicteurs, qui opposent aux climats virtuels simulés par les climatologues les climats réellement existants...

A ces diverses objections, Jouzel et Debroise [2013] opposent dans le chapitre 5 une brève argumentation pour les réfuter, mais pas toujours très convaincante, le chapitre précédent ayant déjà conclu « à 95 % à la responsabilité de l'homme ». Faute des compétences requises, je n'irai pas au-delà de cette brève présentation des controverses qui méritent à mon sens, et sans préjuger du résultat, d'être examinées plus sérieusement. Le problème est que ce débat, déclaré « clos » (Bruno Latour), est refusé, ou rendu impossible par les a priori (scientifiques d'un côté, imposteurs de l'autre), les exclusions réciproques (« bien-pensance » contre « négationnisme »), les étiquetages sommaires (la liste est longue…), ainsi que la suffisance, voire la morgue, auxquelles la certitude de détenir la vérité peut conduire 9.

 

Peut-on complètement écarter l'idée d'un emballement scientifique, né de la prise en compte, au sein des phénomènes complexes et chaotiques qui sont au cœur des climats, d'une seule variable - la teneur en GES - conduisant par une sorte de « sur-déterminisme » à des prédictions d'une précision stupéfiante ? Et n'y a-t-il pas place pour une certaine synthèse des diverses pistes explicatives 10 ? C'est dans cet esprit que notre revue a organisé un débat public, sérieux, équilibré, argument contre argument, sur la dimension scientifique des débats concernant le changement climatique 11.

 

Les sombres perspectives du GIEC étant tracées au nom de la science, il est en effet légitime de demander aux scientifiques, dans leur diversité, de nous faire comprendre pourquoi. On me dira qu'une telle compréhension - tant la scientificité des méthodes et des calculs est grande - est hors de la portée de la plupart d'entre nous. Nous affirmons à l'inverse que notre rôle d'éducateur populaire est justement de faire partager autant que faire se peut par le plus grand nombre, les avancées, comme les interrogations, des chercheurs1 2. On me dira aussi que c'est prendre le risque inutile, en minimisant la responsabilité des émissions anthropiques, de nier les responsabilités humaines, et tomber derechef dans une impuissance contraire à notre objectif fondamental de défendre, contre toutes les agressions, « la nature et le travailleur ». Là-dessus, nous devons être tout à fait clairs : quelle que soit la qualité du débat proposé, il ne faut pas attendre qu'il en surgisse une conclusion, ou des solutions définitives, mais au moins y verrons-nous un peu plus clair : sortir des émotions préfabriquées, des explications sommaires, et s'approcher - un peu plus - d'une vérité scientifique qui n'a pas fini de s'écrire est de toute façon stimulant, et un encouragement à poursuivre notre mobilisation. Il est en effet hors de question que le MNLE renonce à agir, d'autant que nous n'avons pas le temps d'attendre. Jacques Theys [2015] met bien en évidence que le temps des climats, avec ses inerties, ses coups partis, ses effets différés et ses accélérations, sont infiniment plus longs que le temps des interventions humaines qui, même lentes à se mettre en place, relèvent du court terme tout en étant longues à porter leurs fruits. Il nous faut donc anticiper, en prenant au sérieux les risques et menaces possibles, avec le souci de les atténuer, autant que possible, en premier lieu par la prévention, et réfléchir, développer des adaptations auxquelles nous n'échapperons sans doute pas 13.

 

Comme le réclame depuis des années le MNLE, c'est d'abord pour nous, pays du Nord, l'objectif prioritaire de « sortir de l'âge des combustibles fossiles », afin de préserver l'atmosphère bien entendu, mais afin aussi de protéger des ressources dont des peuples peuvent aujourd'hui - et nos descendants pourront demain - avoir besoin. Nous gardant d'un 'réductionnisme climatique14 fâcheux, il nous faut en effet aussi combattre la dégradation des écosystèmes, l'érosion accélérée de la biodiversité, la surpêche, les pollutions et les pratiques prédatrices affectant les sols, l'eau, les forêts 15 et l'atmosphère, généralement oubliée de la liste des 'biens communs' qu'il conviendrait de protéger. Mais cette question des rapports avec la nature ne sera pas réglée sans que soient réglées celle des inégalités et des rapports de domination au sein des sociétés et entre elles. Ce qui pour notre mouvement signifie réfléchir et tracer des voies de sortie du capitalisme 16.

 

(28 septembre 2015)

 

*Pierre Lenormand, Géographe.


Suites :

Penser autrement la question climatique ? 1

 

C'est ce à quoi nous invite, dans son supplément consacré aux enjeux de la conférence de Paris, la revue Natures, sciences, sociétés (juin 2015). Parmi la quinzaine d'articles qui renouvellent l'approche du problème, je voudrais souligner l'apport, particulièrement précieux pour nous - MNLE/Réseau Homme&Nature - de celui que signent un géographe, un urbaniste et une géoclimatologue : « Redéfinir le problème climatique par l'écoute du local » 2. « Envisageant le changement climatique depuis les territoires et les stratégies locales d'atténuation et d'adaptation », ils relèvent la difficulté d'appropriation locale du problème climatique, du fait de « l'articulation insuffisante entre niveau global et niveau local-territorial d'expertise (…) et d'action ». S'appuyant sur leur expérience des « plans climats territoriaux » (PCET), et des « diagnostics Cit'énergie », ils écrivent : « Plutôt que de rechercher des responsabilités négatives, actuelles ou passées, et de poursuivre pour seul objectif un engagement ferme des Etats à réduire leurs émissions de GES, il conviendrait de raisonner davantage en termes d'opportunités offertes par les stratégies bas carbone ». Donc en partant non pas d'objectifs globaux progressivement déconcentrés par descente d'échelles, mais d'objectifs locaux, supposant - ce qu'on ne sait pas encore bien faire - de « débattre localement des implications et des réponses envisageables, acceptables, désirables ». Nous retrouvons là les fondamentaux de notre mouvement, à reprendre et développer pour mettre en œuvre dans les territoires notre exigence de produire et consommer autrement. Puis-je suggérer que ces chercheurs nous livrent, d'une manière ou d'une autre, leurs «éléments de propédeutique» ?

 

Pierre Lenormand (septembre 2015)


 

Y a-t-il encore place pour une controverse scientifique en matière de changement climatique?

 

Comme François Cosserat, Président du MNLE l'avait demandé, deux membres du Conseil d’administration du mouvement, Pierre Lenormand (géographe), Jean-Yves Guézenec (ingénieur) qui ont sur la question des avis différents et échangent depuis longtemps se sont rencontrés et ont abouti à un texte de compromis reprenant les principaux points à soumettre aux scientifiques qui accepteraient de participer au débat prévu sur ce thème (qui bien entendu n'en exclut pas d'autres) suite à la COP 21.

 

Des raisons d’être inquiets

 

Le réchauffement global est une réalité de l'ordre du degré celsius en un siècle, les températures observées ces dernières années le confirment. Plus personne ne nie ce réchauffement.

 

S'ajoutant aux GES « naturels » existant dans l'atmosphère (à l'origine de l'effet de serre qui élève fort utilement la température moyenne terrestre à 15° environ au lieu de -18°) des émissions de plus en plus considérables ont marqué les deux derniers siècles, et plus particulièrement encore le dernier demi-siècle : l'utilisation massive des combustibles fossiles (solides, liquides et gazeux) est à l'origine de l'augmentation de la teneur de l'atmosphère en CO2, passée de 240 à 400 parties par million (ppm) en un siècle, niveau très supérieur à ce qui a été atteint depuis des millions d’années : l'origine anthropique de cette hausse est difficilement contestable. En effet, notre civilisation a déjà rejeté, en un siècle et demi environ, sous forme de gaz à effet de serre, un partie du carbone que la nature a mis 500 millions d’années à concentrer et stocker sous forme de combustibles fossiles dans diverses couches géologiques. Ce chamboulement massif et brutal indique qu’il y a tout lieu d’être inquiet pour l’avenir de la planète et de l’humanité.

 

Il est donc très important d'essayer de préciser l'ampleur des changements climatiques à attendre durant l'actuel siècle - et les suivants - en fonction de diverses hypothèses, comme le font les quatre scénarios établis par le GIEC dans son cinquième rapport, qui fait parmi les climatologues l'objet d'un large consensus. Une minorité de scientifiques de diverses disciplines, dont des climatologues, contestent cependant les analyses et les principaux résultats du GIEC. Nous voudrions lister ci-dessous les divers points qui alimentent encore aujourd'hui, à tort ou à raison, les controverses de nature scientifique sur les changements climatiques en cours.

 

Questions climat(s)

 

Observations et mesures : des points discutés.

 

Banquise et calottes glaciaires arctiques et antarctiques  : réduction globale au Nord, réduction pour certains, croissance pour d'autres au Sud ? Quelles évolutions historiques ?

 

La fonte des glaciers d'altitude continentaux et du pergélisol est avérée, mais les mesures et les interprétations peuvent différer (rôle respectif des températures et des précipitations).

 

Hausse des niveaux des océans : les données d'observation sont très diverses et évolutives. Une publication récente renforce les inquiétudes

 

La hausse de la température moyenne globale aujourd'hui observée est-elle conforme au modèle en « crosse de hockey »de Mann, et/ou aux prédictions des premiers rapports du GIEC ? Ou est-elle à relier à des variations cycliques, il est vrai mal élucidées, de l'irradiance solaire ?

 

Analyses historiques à moyen et long terme : des corrélations aux causes.

 

Est-il légitime d'établir et de commenter l'évolution comparée sur trois siècles des températures relevées dans l'Angleterre centrale et des émissions de GES  ?

 

Les carottages antarctiques (glaciations et déglaciations quaternaires) montrent une corrélation claire entre teneurs en GES (CO2 et CH4) et températures. Pour autant la nature - voire le sens - de ces relations est discuté : faut-il retenir l'idée que si durant les millions d'années antérieures à la révolution industrielle l'augmentation des températures entraînait l'augmentation des teneurs en CO2 et CH4, c'est actuellement la relation inverse qui s'exprime ?

 

La capacité des divers gaz à effet de serre d'augmenter les températures de l'atmosphère est établie depuis un siècle : quelles en sont les limites intrinsèques (hypothèse de saturation, durée de vie), les freins ('corrections' cycliques) et les facteurs de renforcement (modification de l'albedo, fonte du pergélisol) ? Les climatologues reconnaissent aussi que la question de l'eau atmosphérique - la vapeur d'eau est le premier gaz à effet de serre - et des couvertures nuageuses, avec leurs effets contradictoires (effet parasol contre effet de serre) reste une question très ouverte.

 

On sait que de nombreux facteurs naturels (volcanisme, aérosols, courants océaniques de surface et profonds, effets 'el Niño' et 'la Niña') peuvent influer sur l'évolution des températures. Une des thèses centrales du GIEC est que ces facteurs peuvent jouer un rôle conjoncturel, mais négligeable dans la durée. Tout récemment, Hervé Le Treut estime que gaz à effet de serre et facteurs naturels auraient actuellement un rôle équivalent dans l'évolution observée. Ces deux points de vue sont-ils conciliables ?

 

Prévisions et prédictions, modèles et simulations : cette partie peu accessible au commun des mortels, et donc a priori la plus difficile à intégrer par le profane, n'appelle-t-elle pas quelques éclaircissements ?

 

Tout part en effet des incertitudes que reconnaissent les climatologues eux-mêmes. Katia et Guy Laval indiquent en conclusion de leur livre « Incertitudes sur le climat » (Belin 2013) que le GIEC peut tout aussi bien sur-estimer que sous-estimer le réchauffement à l'horizon 2100.

 

La notion de forçage radiatif est au cœur des modèles « prédictifs » et de l'estimation de la sensibilité climatique. Ses hypothèses de calcul sont fondamentales. Quel rôle jouent les rétroactions positives, sans lesquelles l'augmentation prévue des températures serait moindre ? Dans quelles mesures sont-elles justifiées ? Peut-on écarter - a priori - toute rétroaction négative ?

 

Comment la seule variable 'température' peut-elle déterminer les climats à venir ? Ceux-ci sont très directement dépendants de la circulation atmosphérique, elle-même étroitement dépendante des pressions atmosphériques. On n'ignore pas bien entendu les relations étroites entre la répartition zonale des températures terrestres, le système des hautes et basses pressions et le régime des vents, dans la basse atmosphère comme en altitude. Peut-on rendre compte et modéliser la  mécanique fort complexe de la circulation atmosphérique générale, avec sa dynamique propre, à partir de la seule évolution des températures ? On sait par ailleurs que plus les échelles sont grandes, et les régions étudiées petites, plus les prédictions sont incertaines.

 

A l'inverse, où en est-on de la grande boîte noire des échanges thermiques et gazeux entre les cinq sphères : atmosphère, hydrosphère, cryosphère, biosphère (milieux vivants, y compris les sols) et lithosphère, et de leurs bilans, très différents suivant les sources ?

Quelles conclusions peut-on tirer des réponses que l'on peut aujourd'hui donner à ces questions ?

Pierre Lenormand et Jean-Yves Guézenec (3 mai 2016)

 

Références bibliographiques :

 

AYKUT (Stefan) & GUILLEMOT (Hélène) 2013 : « Trois débats sur le climat », la Recherche, n° 478, août 2013, p. 74-77)

GERVAIS (François) : L'innocence du carbone, Albin Michel, 315 pages

JOUZEL (Jean) et DEBROISE (Anne) 2013 : Le défi climatique Objectif : 2°c !, Dunod, 256 p.

LE TREUT (Hervé) 2013 : « Changement climatique : que peut-on prévoir ? » In Toussaint et al. 2013, p. 84-88)

THEYS (Jacques) 2015 : « le climat, une question de temps », éditorial du supplément au n° 23 de la revue Nature, Sciences, Sociétés consacré à la COP 21,juin 2015.

TOUSSAINT (Jean François) et al 2013: L'homme peut-il s'adapter à lui-même ?,Editions Quae, 176 pages.

 

Notes :

2 Article paru dans la revue Naturellement n°120, 30 octobre 2015.

 

3 Trois exemples parmi beaucoup d'autres : montage photographique de l'ours blanc sur son glaçon, annonce apparemment sensationnelle qu' il a fait le 9 mars 2015 « plus chaud dans l'Antarctique qu'à Paris », prédiction reprise par un titre de 'l'Usine Nouvelle' du 9 juillet 2015 « montée de la mer : au minimum six mètres » à une échéance que la fin de l'article estime... à l'an 2500.

 

4 Prolongeant l'idée d'une 'heuristique de la peur » de Hans Jonas, Jean-Pierre Dupuy, Ingénieur et Professeur de philosophie sociale et politique à l'Ecole Polytechnique et à la Stanford University (Californie) a publié Pour un catastrophisme éclairé. Quand l'impossible est certain, Seuil, 2004.

 

5 Bien entendu, on reste ici entre gens sérieux, entre « experts » (ici scientifiques) et « décideurs » terme détestable mais désormais banal pour désigner les « politiques », ainsi gratifiés d'un pouvoir refusé de fait aux citoyens et aux peuples.

 

6 Le n° 115 de notre revue Naturellement a publié les schémas de synthèse du GIEC, où la part des facteurs naturels (volcanisme, variation de l'irradiance solaire et de l'albédo, aérosols) dans le réchauffement atmosphérique n'est pas nulle, mais tout à fait négligeable.

 

7 Le Treut, p. 87.

 

8 Aykut & Guillemot, 2013

 

9 Hervé Le Treut lui-même reprend une citation de Nietzsche suivant laquelle « ce n'est pas le doute, mais la certitude qui rend fou ». Il en appelle, «  loin des polémiques » à reconnaître et s'en tenir « au cœur des difficultés de la science ».

 

10 Irions-nous vers une approche plus équilibrée ? Les propos d’Hervé Le Treut dans le quotidien ‘les Echos’ du 14 septembre 2015 pourraient être une ouverture en ce sens : «… Aujourd'hui, les gaz à effet de serre émis par l'homme sont tels que leur impact sur le climat mondial est d'une force équivalente à celle de l'ensemble des facteurs naturels de variabilité climatique, qu'il s'agisse des mouvements des océans et de l'atmosphère ou des cycles solaires  (…) C'est ce qui rend la situation actuelle si délicate à analyser correctement ... ».

 

11 Les noms ne manquent pas : du côté des « gessistes » Bréon, Jouzel, Le Treut... Pour les « solaristes » des mathématiciens (Rittaud), des physiciens du globe (Allègre, Courtillot, Le Mouel) ou le systématicien de Larminat. Pour les « cyclistes », le Californien Scafetta est un peu loin, mais le physicien Gervais a déjà participé à plusieurs débats de ce type. Et n'oublions pas l'agnosticisme climatique, 'faute de preuve', du sociophysicien Galam.

 

12 Nous avons aussi des questions à leur poser : ainsi, s'agissant de la production agricole mondiale, doit-on croire, comme l'affirme le programme 'pour une agriculture intelligente par rapport au climat' (CSA, climate smart agriculture) que le réchauffement climatique a déjà réduit les rendements de 2% par décennie, ou doit-on, comme le montre la technique classique d'enrichissement en CO2 pratiqué par les serristes, suivre un certain nombre d'études américaines établissant que l'augmentation de la teneur en CO2 a permis un accroissement de la production agricole évalué à 30 milliards de dollars [Gervais 2013] depuis 1960 ? Et que dire alors de la stagnation contemporaine observée en Europe des rendements céréaliers, associable à l'impasse du modèle productiviste agricole ? Peut-on savoir lesquelles de ces propositions sont vraies ? Le sont-elles toutes ? Ou encore, comment s'engager 'intelligemment » dans le projet de séquestrer davantage de carbone dans les sols (objectif d’un gain de «4 pour mille » chaque année) pour réduire les émissions de l'agriculture et de l'élevage) sans rappeler que c'est aussi, et peut-être même avant tout, un gage d'augmentation de la fertilité, indispensable si l'on veut répondre aux besoins divers et croissants de l'humanité ?

 

13 Dans un ouvrage collectif [Toussaint et al. 2013], 28 scientifiques de nombreuses disciplines font le point sur les voies et moyens de l'adaptation, dans l'esprit de « protéger notre espèce contre ses propres agissements et de modérer sa soif du « toujours plus ». Bien que revendiquant la pluridisciplinarité, l'ouvrage ne donne la parole à aucun historien, ni géographe, ni sociologue, ni économiste du développement, ni juriste... Cette exclusion des sciences sociales est préoccupante, mais explique peut-être aussi pourquoi le mot 'capitalisme' est absent de ses 176 pages.

 

14 Le réductionnisme climatique est ainsi défini par Guillemot et Aykut [2013] : « le climat, seul facteur (très partiellement ) connaissable du futur grâce à la modélisation physique, en devient la variable de prédiction dominante, marginalisant ainsi les autres facteurs (naturels, politiques et sociaux) contribuant à façonner l'avenir. » Le beau texte de Jean-Claude Ameissen dans Le Monde du 1er septembre s'inscrit dans cette optique : « il ne faut pas seulement se focaliser sur le climat... ».

 

15 On se reportera à la déclaration de la Convergence globale des luttes pour la terre et l'eauadoptée à Tunis en mars 2015, dont la revue 'Aujourd'hui l'Afrique' (septembre 2015) a publié le texte intégral.

 

16 Voir, dans le même numéro de Naturellement, l'éditorial et/ou l'article de François Cosserat.

 

17 Le ‘questionnement partagé’ a été rédigé au sein du MNLE sur la question ‘Y a-t-il encore place pour une controverse scientifique en matière de changement climatique?’ constitue un projetqui a dû être différé suite à la disparition du président de l’association. Il n’en reste pas moinsvalable car les tenants du point de vue médiatiquement dominant sont très réticents à rencontrer des contradicteurs. Il faut donc rendre public ce questionnement pour imposer un débat sur le sujet, ce à quoi notre revue appelle donc.

 

18 Hervé Bredif, François Bertrand et Martine Tabeaud, 2015 : « Redéfinir le problème climatique par l'écoute du local » in Natures, sciences, sociétés, suppl. au n° 23 : « les enjeux de la conférence de Paris. Penser autrement la question climatique ».

 

La bagnole, le pétrole, les guerres, la pollution

21 novembre 2017

La bagnole, le pétrole, les guerres, la pollution

 

« Même l’OMS, nous dit Marcel Robert, ne peut que constater que l’insécurité routière « ne reçoit pas suffisamment d’attention à l’échelle nationale et internationale ». En outre, il ne s’agit ici que du nombre de morts lié aux accidents de la route, qui ne prend pas en compte la mortalité liée à la pollution automobile. Or, un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire environnementale (Afsse) de 2004 évalue pour la France le nombre de morts lié aux seuls rejets polluants des voitures à environ 5.000 par an, soit autant que le nombre total de morts sur les routes! Ce même rapport estime à 900.000 euros « le coût de chaque décès lié à la pollution atmosphérique », ce qui représente donc environ 4,5 milliards d’euros par an pour la France. Il apparaît donc, toujours selon l’Afsse, que « les conséquences néfastes engendrées par le trafic automobile sont supérieures aux montants payés via les péages et la fiscalité sur les carburants »... »

Reprenons la lecture de l'article de Marcel Robert...

Michel Peyret


carfree.f

La vie sans voiture(s)

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L’automobile détruit la planète

Publié le 2 février 2008 par Marcel Robert 

Automobile et destruction de la planète

 

Après avoir connu une période de « guerre froide » entre 1945 et 1990 basée sur le spectre de la destruction de la planète par l’atome, nous sommes désormais entrés dans une période de « guerre chaude » caractérisée par la menace de la destruction de la planète par l’automobile.

Cette guerre chaude se fonde sur un développement massif de l’usage de l’automobile à l’échelle planétaire, sur un réchauffement climatique mondial désormais avéré, sur des tensions de plus en plus fortes sur les cours des matières premières (dont le pétrole), sur un pillage massif et un épuisement attendu des ressources naturelles, sur des guerres de conquête et de contrôle des réserves pétrolières.

La massification planétaire de l’automobile

Le modèle occidental de l’automobile individuelle est en passe de se généraliser à l’échelle mondiale depuis les années 90. Alors que le taux de motorisation (nombre de voitures pour 1000 habitants) des pays occidentaux continue de progresser depuis 1990, il explose dans les pays en voie de développement, en particulier en Chine et en Inde. Le taux de motorisation chinois a ainsi été multiplié par trois entre 1990 et 2003 et celui de l’Inde également par trois entre 1985 et 2002. Certes, ces taux de motorisation restent particulièrement faibles par rapport à ceux des pays occidentaux (15 voitures/1000 habitants en Chine en 2003 contre près de 600 en France ou même 800 aux Etats-Unis), mais ils sont en très forte progression et portent sur les deux pays les plus peuplés de la planète.(1)

Ainsi, un simple triplement du taux de motorisation chinois entre 1990 et 2003 a fait augmenter le parc mondial de voitures particulières d’environ 15 millions d’unités (soit la moitié du parc automobile français). Un nouveau triplement de ce taux de motorisation entre 2005 et 2020 entrainerait une nouvelle augmentation du parc mondial d’environ 50 millions de voitures… Quand la Chine polluera…

Autre hypothèse, si le taux de motorisation chinois atteignait seulement la moitié du taux de motorisation français (soit environ 300 voitures/1000 habitants) d’ici 2050, le seul parc automobile chinois serait alors composé de près de 500 millions de voitures, soit l’équivalent du parc mondial actuel…

Egalement, une étude du Sénat sur les Pays de l’Est montre qu’entre 1990 et 1998, le nombre total de voitures dans 10 de ces pays est passé de 14,7 à 23,1 millions, soit une augmentation de 57%.(2) Le taux de motorisation moyen de ces 10 pays étant trois fois inférieur à celui de la France, on mesure les marges de progression de pays en pleine croissance dans un contexte d’intégration accélérée au « modèle de développement » ouest-européen…

Avec un parc automobile mondial d’environ 500 millions de voitures en 1999, les estimations les plus raisonnables tablent sur un doublement d’ici 2020, pour atteindre donc environ 1 milliard de voitures sur la planète.(3)

Selon Jean-Marie Revaz, président du Salon de l’Auto de Genève, « environ 600 millions de voitures individuelles circulent chaque jour sur terre en 2002 et 42 millions de nouvelles unités sont produites chaque année ».(4)

Enfin, si l’ensemble de l’humanité devait être équipée comme les Français, il faudrait faire circuler environ 3 milliards de voitures sur la planète, ce qui provoquerait à coup sûr une destruction rapide de la planète pour des raisons de pollution, de consommation d’espace et de pillage des matières premières ou même de sécurité.

Un réchauffement climatique mondial avéré

Evolution comparée de la concentration en CO2

dans l’atmosphère et de la température moyenne du globe

Source: http://www.ifen.fr/dee2003/effetserre/effetserre1.htm

Selon l’IPCC, un groupe de 3.000 experts rassemblés par l’ONU, la température moyenne mondiale a augmenté de 0,6 degré au 20ème siècle.

Depuis la fin du XIXème siècle, on observe également une montée du niveau des océans de 10 à 20 cm. La décennie 90 a été la plus chaude des 150 dernières années sur l’hémisphère nord et l’année 1998 la plus chaude depuis que l’on tient des relevés (1861), suivie de près par les années 2002, 2003 et 2004.

Les facteurs naturels (rayonnement solaire, volcans) ne peuvent à eux seuls expliquer le réchauffement de la planète. Dans son troisième rapport scientifique (2001), le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) confirme l’influence de l’homme sur le climat. La majeure partie du réchauffement observé ces cinquante dernières années provient de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre par les activités humaines, au premier rang desquelles se trouvent les transports.

En l’absence de réduction des émissions anthropiques de gaz à effet de serre, le GIEC estime que la température mondiale moyenne risque d’augmenter de 1,4 à 5,8°C entre 1990 et 2100. Certaines prévisions tablent même sur une augmentation de près de 10°C (AFP).

Selon les derniers résultats du centre de recherche de Météo France, le thermomètre pourrait afficher 4 à 7 degrés de plus en moyenne l’été en France sur la période 2070-2100, faisant apparaître la canicule de 2003 comme « un été froid » (AFP).

Selon le site Photeus, le transport est de loin le contributeur n°1 au réchauffement climatique, représentant 29% des émissions françaises de gaz à effet de serre en 2002.

160 millions de tonnes d’équivalent CO2, c’est en 2002 la contribution annuelle des transports français à une émission globale de gaz à effet de serre dans l’Hexagone estimée à 554 millions de tonnes (5).

Le réchauffement climatique avéré au XXIème siècle risque de provoquer une montée continue des eaux, ayant un impact fort sur les zones côtières mondiales, c’est-à-dire les parties les plus peuplées de la planète, engendrant des tensions sur l’occupation de l’espace. Egalement, des disparitions d’espèces végétales et animales sont déjà programmées. La ressource en eau potable risque de diminuer, provoquant de plus en plus de conflits pour son appropriation et son contrôle. La « guerre chaude » sera également une guerre de l’eau.

Les pays développés mettront en place des stratégies de protection, comme le développement massif de la climatisation (en particulier automobile), ce qui participera d’autant plus à l’accélération mondiale du phénomène de réchauffement climatique.

Le protocole de Kyoto ne changera rien. Son impact sera négligeable sur un strict plan scientifique. Avec la participation des Etats-Unis, le coup de chaud aurait été atténué de 0,06°C. (AFP) Or, ni les Etats-Unis, ni les pays du Sud en pleine croissance économique n’ont signé le protocole.

Une des conséquences du réchauffement climatique est la disparition progressive des glaciers, déjà engagée. Face à ce problème, des solutions dérisoires sont déjà mises en place, comme « l’emballement des glaciers avec des couvertures » afin de les protéger des rayons du soleil.(6) Cette « solution », coutant environ 60.000 euros pour « couvrir » 3.000 m² de glacier seulement, illustre à la fois la folie déraisonnable des hommes et le non-sens de nos sociétés « civilisées ». Il s’agit d’une réponse du marché (capitaliste) à un problème global d’ordre environnemental, ce qui montre une fois de plus, avec également le développement de la climatisation, que la « main invisible du marché » n’est rien d’autre qu’un impérialisme écologique basé sur le pillage et la destruction de la planète.

Le pillage des ressources naturelles ou « l’économie du suicide »

Selon les Amis de la Terre, le changement climatique généré par les émissions excessives de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a des effets désastreux comme le bouleversement du cycle des saisons, les inondations, les ouragans, la montée des eaux des océans, qui sont désormais perceptibles. La pollution de notre environnement, l’extraction intensive des ressources naturelles sont tous dus à un modèle de développement qui ne profitait pour l’instant qu’à une minorité au détriment de la grande majorité des êtres humains.

Or, sur la période récente, la croissance accélérée de certains Pays du Sud provoque un pillage encore plus intensif des ressources naturelles. Selon Françoise Lemoine, économiste au CEPII (Centre d’Etudes prospectives et d’informations internationales), la croissance explosive de la Chine commence à se traduire par des problèmes « d’approvisionnement en matières premières et notamment en énergie. La Chine n’est pas riche en matières premières et sa croissance n’est pas économe. Conséquence, le développement économique du pays se fait au détriment de l’environnement. Le pays est le deuxième producteur mondial de gaz à effet de serre derrière les Etats-Unis. Si elle continue sur ce rythme, les pressions sur les prix des matières premières vont encore s’intensifier ».(7)

Déjà, les cours des principales matières premières industrielles (aluminium, acier, cuivre, etc.) connaissent des tensions importantes sur le marché mondial, du fait de la croissance chinoise, mais aussi du reste des pays en voie de développement, en lien avec les nombreuses délocalisations industrielles des multinationales occidentales (en particulier dans le domaine de l’industrie automobile).

Malgré les débats des spécialistes sur la date exacte du Pic de Hubbert, la consommation de pétrole connaît une accélération sans précédent et les cours mondiaux du pétrole battent record sur record. L’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) ne semble plus contrôler la situation, ne disposant plus de marges de manoeuvre et produisant déjà « au maximum de ses capacités ».(8)

Pour satisfaire cette « faim de pétrole sans fin », les Etats-Unis entament l’exploration pétrolière dans une réserve naturelle de l’Alaska, pour dégager au total 1 million de barils/jour, soit 1/80ème de la consommation mondiale journalière de pétrole en 2003! (environ 80 millions de barils/jour).(9)

Afin de satisfaire la croissance explosive de la motorisation en Chine, la consommation chinoise de pétrole a augmenté en 2004 au rythme stupéfiant de 14%.(10)

Comme l’a déjà montré Richard Bergeron, l’automobile est la pierre angulaire des économies capitalistes avancées . En cela, elle est au cœur du système impérialiste occidental.

Cet impérialisme écologique, comme tout impérialisme, est fondé sur un « principe de destruction totale ». La pseudo-régulation de l’offre et de la demande ne semble pas en mesure d’apaiser cette faim de matières premières. La rareté progressive de l’offre face à une demande toujours croissante tendrait en effet à accroître « naturellement » les cours. Mais, les gains de productivité et les progrès technologiques permettent de piller toujours plus à moindre coût, et maintiennent ainsi la progression des cours dans des limites acceptables pour des économies déjà en surchauffe et prêtes à payer plus cher le coût global de l’énergie.

La guerre chaude ou les nouvelles guerres de conquêtes

Sur le plan militaire, cet impérialisme écologique ne se substitue pas à un impérialisme plus classique, issu de la plus pure tradition néo-colonialiste. Il devient le moteur des nouvelles guerres de conquêtes, basées sur la recherche du contrôle des réserves pétrolières. Les deux dernières guerres du Golfe sont l’illustration parfaite de cette nouvelle orientation pétro-stratégique. L’idéologie de la guerre froide a fait place à l’économie de la guerre chaude et l’automobile devient une véritable « Arme de Destruction Massive« .

« Dans ce contexte, avec ses 10% des réserves mondiales, l’Irak devenait la cible des ambitions américaines. Toutefois, l’Irak ne peut, avec ses seules ressources technologiques et financières, développer sa production à un niveau satisfaisant pour les intérêts américains. La privatisation de son pétrole et son exploitation par des compagnies américaines a donc été un des objectifs de guerre des Etats-Unis. Plus généralement, il s’agit de briser ou d’affaiblir l’OPEP, cette éternelle ennemie, et son système de quotas.

Cependant, les événements actuels en Irak nous montrent que les objectifs américains ont aussi peu de chance d’y être atteints qu’ils ont pu l’être au Venezuela. Compte tenu de l’évolution de la guerre en Irak, et même en supposant que les Etats-Unis parviennent à s’y maintenir pendant un certain temps, il est douteux qu’ils puissent maîtriser la production pétrolière du pays au point de modifier de manière significative l’offre mondiale. L’Irak ne sera pas la solution aux problèmes énergétiques américains ».(10)

Quelles seront donc les prochaines cibles de l’administration américaine dans l’objectif d’alimenter les réservoirs des voitures de l’automobiliste mondial? L’Iran est désormais officiellement sur la liste des « rogue states » (états voyous), ce qui ne paraît pas surprenant quand on sait qu’elle possède la cinquième plus grande réserve prouvée de pétrole brut dans le monde.(11)

Mais, la prochaine surprise pourrait venir de l’Arabie Saoudite, déjà accusée de financer le terrorisme international et disposant des plus importantes réserves d’hydrocarbures du monde. De plus, désormais sous la menace de destruction de ses installations pétrolières par Al Qaïda, elle pourrait faire l’objet d’une « intervention préventive » des USA destinée à assurer la stabilité de l’approvisionnement mondial de pétrole.(12)

L’administration américaine est en effet désormais moins le gendarme du monde que le pompiste de la planète…

Le terrorisme automobile permanent

Enfin, il semble nécessaire de rappeler les conséquences du terrorisme automobile à l’échelle planétaire. L’insécurité routière est en effet la cause d’une véritable boucherie, estimée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à environ 1,2 million de morts et de 20 à 50 millions de blessés chaque année.

Cela représente donc une moyenne de plus de 3.200 morts par jour, soit plus que le nombre total de morts lié aux attentats du 11 septembre 2001!

Selon le Département d’Etat américain, le nombre total de morts lié au terrorisme sur la planète a été de 3.547 en 2001, 725 en 2002, 625 en 2003 et 1.907 en 2004 , soit une moyenne de 1.700 morts par an sur la période 2001-2004.

Et pourtant, cela paraît suffisant aux pays occidentaux pour lancer une véritable « guerre au terrorisme », aux Etats-Unis pour se lancer dans l’invasion de l’Iraq et aux médias pour relayer cette situation extravagante qui consiste à déclarer la guerre à un pays pour 1.700 morts par an liés au terrorisme alors que dans le même temps, environ 3.200 personnes meurent chaque jour à cause de l’automobile.

Même l’OMS ne peut que constater que l’insécurité routière « ne reçoit pas suffisamment d’attention à l’échelle nationale et internationale ».

En outre, il ne s’agit ici que du nombre de morts lié aux accidents de la route, qui ne prend pas en compte la mortalité liée à la pollution automobile. Or, un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire environnementale (Afsse) de 2004 évalue pour la France le nombre de morts lié aux seuls rejets polluants des voitures à environ 5.000 par an, soit autant que le nombre total de morts sur les routes!

Ce même rapport estime à 900.000 euros « le coût de chaque décès lié à la pollution atmosphérique », ce qui représente donc environ 4,5 milliards d’euros par an pour la France. Il apparaît donc, toujours selon l’Afsse, que « les conséquences néfastes engendrées par le trafic automobile sont supérieures aux montants payés via les péages et la fiscalité sur les carburants ».

Il est bien évidemment très difficile d’avoir une estimation du nombre de morts lié à la pollution automobile à l’échelle planétaire. Un communiqué de l’OMS du 15 juin 1999 relate malgré tout les résultats d’une étude commandée par l’organisation mondiale, à l’échelle de 50 pays européens, étude selon laquelle « la pollution automobile tuerait plus de personnes que les accidents de voiture ».

Sachant que le parc automobile des pays du Sud est probablement plus polluant que le parc européen, il n’est donc pas interdit de doubler au moins le chiffre du nombre de morts lié aux accidents de la route à l’échelle planétaire afin d’avoir une idée de l’hécatombe liée à l’automobile.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, aucune guerre, aucun acte de terrorisme, aucune catastrophe écologique n’ont pu atteindre l’ampleur du désastre humain provoqué par la généralisation de l’automobile dans le monde.

Ainsi, alors que la guerre froide était basée sur l’atome, la guerre chaude ayant débuté à la fin du XXème siècle est largement basée sur l’automobile et sur son usage massif à l’échelle planétaire. L’automobile individuelle caractérise le mode de vie occidental, en progression rapide sur le reste de planète, fondé sur le pillage accéléré des ressources naturelles et en particulier des hydrocarbures. Or, ce qui était déjà difficilement soutenable à l’échelle de l’Occident devient tout simplement impossible à l’échelle de la planète. Les premières pétro-guerres et l’exploration du pétrole au sein même de sanctuaires écologiques, la pollution croissante et le réchauffement climatique avéré, les tensions actuelles sur les cours des matières premières et le pillage accéléré des réserves mondiales sont autant de signes avant-coureurs d’une destruction programmée de la planète par la « civilisation de l’automobile ».

Source: Pour en finir avec la société de l’automobile

Marcel Robert, CarFree Editions, septembre 2005

(1) ALLAIRE J., La motorisation du transport de personnes en Chine, entre croissance économique et soutenabilité, Cahier de Recherche LEPII n°34, janvier 2004.
(2) OUDIN J., POLITIQUE DES TRANSPORTS : L’EUROPE EN RETARD, RAPPORT D’INFORMATION 300 (2000-2001) – DELEGATION DU SENAT POUR L’UNION EUROPEENNE http://www.senat.fr/
(3) DUPUY G., La dépendance automobile, Economica, Paris, 1999.
(4) Conférence Voiture et Cité du 24 avril 2002, http://www.e-mobile.ch/
(5) http://www.ifen.fr/
(6) http://permanent.nouvelobs.com/sciences/20050322.OBS1894.html
(7) http://www.lexpansion.fr/art/15.0.129678.0.html
(8) http://www.liberation.fr/page.php?Article=283202
(9) http://radio-canada.ca/International/014-petrole-alaska.shtml
(10) http://www.lariposte.com/22/enjeu_petrole.htm
(11) http://www.strategicsinternational.com/f5sabahi.htm
(12) http://www.digitalcongo.net/fullstory.php?id=50661

Article publié sur:

http://www.communique-de-presse.com/content/view/833/2/
http://switzerland.indymedia.org/fr/2005/03/31272.shtml
http://www.cmaq.net/fr/node.php?id=20423
http://marseille.indymedia.org/news/2005/03/2389.php
http://anarchie.joueb.com/news/automobile-et-destruction-de-la-planete

Traduit en portugais par:
http://pimentanegra.blogspot.com/2005/03/o-automvel-e-destruio-planetria.html

Posté par Michel Peyret 

Bassin de Lacq, une surmortalité inquiétante

20 novembre 2017

Bassin de Lacq, une surmortalité inquiétante

 

« Mais en matière sanitaire, indique le texte, le silence a longtemps été la loi. Après quatorze ans de secret, les riverains du bassin découvrent abasourdis en mars 2016, par la presse, qu’une étude épidémiologique a été réalisée en 2002 par l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED) de l’Université de Bordeaux. Bien que prudentes, les conclusions n’en sont pas moins inquiétantes : plus on s’approche de la zone industrielle, plus la mortalité est importante. Ainsi entre 1968 et 1998, dans la zone la plus proche, les individus de moins de 65 ans présentaient une surmortalité de 14% par rapport aux habitants situés sur la zone la plus éloignée incluse dans l’étude. Soit 136 décès supplémentaires, dont 38 liés à des cancers. L’étude souligne que plus le temps passe, plus le nombre de morts suspectes augmente... »

Reprenons la lecture de l'article dans sa totalité...

Michel Peyret


20 Novembre 2017

Publié par Patrick Granet

POLLUTIONS Fumées suspectes, odeurs irritantes et surmortalité inquiétante autour du bassin pétrochimique de Lacq

 

POLLUTIONS Fumées suspectes, odeurs irritantes et surmortalité inquiétante autour du bassin pétrochimique de Lacq

La zone industrielle de Lacq, près de Pau dans les Pyrénées-Atlantiques, est le deuxième pôle chimique de l’Hexagone, où les réserves de gaz ont longtemps fait le bonheur de Total. Pendant des années, les nombreux rejets polluants issus de ces activités industrielles ont été mis au second plan, si ce n’est passés sous silence. Aujourd’hui, devant la multiplication des troubles sanitaires et les indices épidémiologiques inquiétants, les habitants du secteur tentent de briser l’omerta.

Cet article est le premier des trois volets d’une enquête consacrée à l’impact sur la santé publique des activités industrielles de la zone de Lacq, dans les Pyrénées Atlantiques. Photos : © James Keogh pour Basta !

La main se fracasse violemment contre la table : « Et mes gamins ? » L’assemblée sursaute. « Mes gamins sont malades ! », aboie Xavier Hache, mâchoires serrées, arc-bouté vers une assistance médusée. Le trentenaire poursuit : « Deux ans que vous nous dites que vous ne savez rien ! » Son regard fusille l’autre bout de la salle municipale, où se tient assis une rangée de messieurs, des élus et des industriels. Tandis que certains plongent le nez dans leurs dossiers, d’autres réclament, dans un soupir indigné, « un peu de retenue ». Parmi les autres participants, des riverains silencieux, et quelques discrets hochements de tête approbateurs. Mais aussi, des sourcils froncés : ce n’est certainement pas ainsi qu’on a l’habitude de se faire entendre à Lacq.

Le mystère des suffocations

Cette réunion d’information entre patrons d’usines, élus et riverains du site industriel de Lacq (Pyrénées-Atlantiques) s’est déroulée le 11 juillet 2017. Tout a pourtant été prévu pour empêcher un quelconque dérapage. La rencontre, dans la jolie salle municipale de ce village béarnais situé à 30 km de Pau, se tenait à huis clos. Pour « éviter toute polémique », la presse n’avait pas été conviée. Les quelques journalistes locaux qui ont tenté d’y assister ont été sommés de quitter les lieux. Un climat « de modération » souhaité par les industriels, « de manière à ce que l’on travaille tous ensemble », explique d’emblée Jacques Cassiau-Haurie, président de la Communauté de Communes Lacq-Orthez. A l’ordre du jour, un seul et unique sujet pour la trentaine de participants : l’air respiré autour des usines de ce bassin industriel historique.

Xavier Hache habite la commune de Lacq depuis l’âge de six mois et travaille dans la maintenance industrielle. Il vit avec sa femme, Angélique, et leurs deux filles de 10 ans et 4 ans. Depuis 2014, ils se plaignent d’odeurs nouvellement apparues et qui déclenchent des problèmes d’ordre physiologiques (démangeaisons, problèmes respiratoires, toux...). Photos : © James Keogh pour Basta !

La réunion démarrée, les exposés s’enchaînent : comptes-rendus des dernières mesures d’air, diagrammes des rejets atmosphériques, analyse du sens du vent, des molécules en suspension, présentation de plans d’action, énumération des symptômes des riverains, hypothèses météorologiques... On s’interpelle avec exaspération, on s’invective, on appelle au calme. Après deux heures que tout le monde espérait « constructives », la conclusion penaude des industriels tombe : « On ne sait pas ce qu’il se passe », lâche finalement Hervé Brouder, le président de l’association locale des industriels « Induslacq », par ailleurs directeur de l’usine chimique Arkema, implantée sur la zone. En ce début de soirée d’été, le mystère des suffocations de riverains va donc demeurer, aussi épais que les fumées industrielles qui enveloppent certaines nuits les quartiers résidentiels alentour.

Bienvenue au « Texas béarnais »

En contrebas de la mairie de Lacq, après avoir dépassé l’église proprette, le square taillé au cordeau et une école coquette, se trouve un quartier pavillonnaire avec une vue plongeante sur les cheminées du bassin industriel. Ses habitants ont dû changer leurs habitudes. Depuis deux ans, les ventilations et climatiseurs ont été éteints. On hésite à ouvrir les fenêtres, même par grande chaleur. Dès que possible, le week-end et pendant les vacances, on quitte le village aller respirer l’air des Pyrénées ou de l’océan.

« Et là, vous sentez ? » Xavier Hache s’est immobilisé dans son jardin, entre la balançoire des enfants et le potager, tout absorbé à renifler les effluves qui remontent la colline. Une odeur légère mais écœurante qui, quand on parvient à l’identifier, évoque tantôt le plastique brûlé, tantôt les effluves d’égout. Le fumet saisit la gorge, pique le nez. « Ça imprègne les maisons, les rideaux. » Arrivé à Lacq à l’âge de six mois, Xavier Hache a grandi dans les relents de mercaptan, une substance chimique qui sert de marqueur olfactif, et qui rend détectable l’odeur du gaz de ville. Jusqu’à l’adolescence, chez ses parents qui vivent encore un peu plus bas, il avait l’habitude de garder à portée de main un masque à cartouche, en cas de fuite d’un puits d’extraction ou d’une conduite de gaz.

Car, sous les champs de maïs, le sous-sol de Lacq renferme alors ce qui va en faire pendant six décennies le « Texas béarnais » : un important gisement de gaz. Chargé en soufre, donc très odorant, il sera une manne exploitée par la Société nationale des pétroles d’Aquitaine (SNPA), devenue Elf, puis Total, des années 60 jusqu’au quasi épuisement du gisement, en 2010. Une manne aussi pour tous les villages et habitants du secteur. Les puits de Lacq ont ainsi fourni jusqu’à un tiers des besoins en gaz de la France, en pleine période des Trente glorieuses, accompagnant évolutions technologiques et raccordement de nombreuses zones urbaines à cette source d’énergie.

Vivre au milieu des fumées

Le bassin industriel, qui constitue le deuxième pôle chimique français, regroupe aujourd’hui une vingtaine d’usines classées Seveso, c’est à dire présentant un risque industriel nécessitant de sévères mesures de prévention. Ses habitants, tels Xavier Hache, ont donc appris, depuis 60 ans, à vivre dans les fumées. « Ça sent le travail », se consolait-on quand les effluves d’œufs pourris étaient un peu trop écœurants. Qui aurait osé se plaindre de ces fumées qui, à l’époque, font vivre jusqu’à 8 000 salariés ? Et qu’importe si l’air, chargé de dioxyde de soufre corrosif, provoquait plusieurs fois par an la chute des feuilles, et que les vélos rouillaient sur place.

Pour Xavier Hache, fils d’un ouvrier employé une trentaine d’années sur le bassin, les odeurs ne sont « pas un problème », bien que « de nouvelles [soient] apparues » avec des entreprises implantées plus récemment. Ce qui l’indispose, ce sont plutôt les « effets physiologiques »« C’est ma fille de trois ans et demi qui ressent en premier les maux de tête », raconte-t-il avant de détailler par le menu les symptômes ensuite partagés par le reste de la famille, soit sa fille Manon de neuf ans et sa femme Angélique : le nez et yeux irrités, les quintes de toux jusqu’aux vomissements, ou encore les diarrhées. Les médecins, pneumologues et allergologues, constatent pourtant qu’aucun d’entre-eux ne présente de pathologie expliquant ces symptômes.

L’air devient suspect, un climat d’inquiétude se propage

Chez les voisins, les témoignages sont étrangement concordants. A des degrés divers, ils ressentent les mêmes effets et en subissent d’autres : réveillés certaines nuits par les odeurs et les maux de têtes, ils évoquent des vomissements, des démangeaisons, des plaques blanches sur la peau exposée à l’air. Depuis deux ans, l’inquiétude monte, et on relate de nouveaux éléments : les plants de tomates qui roussissent la nuit, les lunettes de vue qui graissent anormalement et qu’il faut nettoyer souvent, le chien qui se met à tousser… L’air devient suspect, un climat d’inquiétude se propage chez les habitants, mais aussi dans les villages bordant le site industriel. Après des mois de silence et d’hésitations, la fronde s’organise un soir de novembre 2015, menée par Gilles Cassou.

Gille Cassou est président de l’Association des riverains des sites industriels du bassin de Lacq (ARSIL). Il souffre de problèmes respiratoires et de crises pulmonaires. Photos : © James Keogh pour Basta !

Fils du précédent maire de Lacq, employé d’une entreprise de la zone industrielle, Gilles Cassou fréquente régulièrement depuis un an les urgences des hôpitaux voisins, pris de spasmes respiratoires qu’aucun spécialiste ne parvenait à élucider. Un an d’arrêts de travail et de nuits passées dans sa voiture garée hors du village, pour fuir les fumées qui pénétraient dans sa maison. Alors il y a deux ans, il lance un appel sur les réseaux sociaux. Et est le premier surpris par l’ampleur de la colère des riverains : 150 personnes massées dans la salle des fêtes de l’un des villages, pour certaines venues de l’autre bout du bassin. Il espère alors que le mouvement fera réagir les élus. D’autant plus que d’autres signes indiquent que la question des nuisances devient urgente : ici ou là, dans certains villages, des riverains, incommodés ont décidé de quitter la zone, de déménager ailleurs. Certaines maisons, dans le bas de Lacq, ont déjà perdu 30 à 40% de leur valeur.

Surmortalité à proximité du bassin industriel

Si les regards se tournent avec suspicion vers les cheminées du complexe de Lacq, personne ne semble en mesure de conclure fermement sur la dangerosité ou non de leurs fumées. Les industriels, qui affirment respecter les normes de rejets, comme les études de risques sanitaires menées depuis 2007, bottent en touche : s’ils affirment que les 140 substances (recensées) qui sont rejetées par les usines du complexe ne le sont pas à des doses nocives, il reste qu’à minima « on ne peut pas connaître l’effet réel du cocktail » issu du mélange de toutes ces molécules, comme l’admet un industriel lors de la réunion du 11 juillet.

« Les industriels ne savent pas ce qu’ils font… et ils se disent professionnels ? », s’exaspère Xavier Hache. Chose inédite dans le secteur, l’industrie jusqu’ici pourvoyeuse d’emplois est désormais montrée du doigt. Il faut dire qu’entre temps, le vent a tourné sur le Bassin. Depuis 2013, parce que les poches de gaz se sont taries, Total s’est retiré du site en laissant derrière elle quelques filiales qui n’emploient plus qu’une centaine de personnes, et en laissant la place à un patchwork d’entreprises chimiques nouvellement installées. Dans un climat de fin de règne, le voile se lève enfin sur les conséquences sanitaires de soixante ans d’exploitation gazière.

Mais en matière sanitaire, le silence a longtemps été la loi. Après quatorze ans de secret, les riverains du bassin découvrent abasourdis en mars 2016, par la presse, qu’une étude épidémiologique a été réalisée en 2002 par l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED) de l’Université de Bordeaux. Bien que prudentes, les conclusions n’en sont pas moins inquiétantes : plus on s’approche de la zone industrielle, plus la mortalité est importante. Ainsi entre 1968 et 1998, dans la zone la plus proche, les individus de moins de 65 ans présentaient une surmortalité de 14% par rapport aux habitants situés sur la zone la plus éloignée incluse dans l’étude. Soit 136 décès supplémentaires, dont 38 liés à des cancers. L’étude souligne que plus le temps passe, plus le nombre de morts suspectes augmente.

De l’agence régionale de santé au gouvernement : la faillite des autorités

C’est la Cour des comptes, enquêtant sur la reconversion du site industriel de Lacq, qui apprend à une association environnementale locale, Sepanso 64, l’existence de ce document. Les bras de Michel Rodes, secrétaire de l’association auditionné par la Cour des comptes, en sont tombés : « Nous réclamions une étude épidémiologique depuis des années ! » Les autorités affirmaient qu’une telle enquête n’avait aucun intérêt. « Le lancement d’une étude [ferait] courir, dès lors, le risque de briser la paix sociale, la population étant amenée à penser que les investigations en cours sont motivées par la suspicion de problèmes », expliquait à la Haute autorité de la santé publique Michel Noussitou, un responsable local des services déconcentrés de l’État.

Cathy Soubles et Michel Rodes de l’association Sepanso, qui fédère des associations de protection de la nature de la région Aquitaine. Photos : © James Keogh pour Basta !

Craignant que la situation ne s’enlise, en mars 2016, l’association Sepanso 64 finit par faire fuiter dans la presse l’étude tenue secrète. Car si l’Agence Régionale de Santé (ARS) affirme avoir communiqué dès 2002 les résultats à « l’ensemble des maires de la zone étudiée », l’information n’est jamais parvenue au public. Les maires sont-ils coupables de rétention d’information ? Les rares édiles qui ont accepté de répondre à nos questions n’ont pas le souvenir d’avoir reçu cette étude, vérification faite dans leurs archives municipales. L’un d’entre-eux, Patrice Laurent, maire de Mourenx, se montre plus catégorique : il affirme n’avoir jamais eu connaissance de l’étude, avant de la découvrir dans les journaux.

L’enquête n’éclaire pas la cause de ces morts, ses auteurs émettent une hypothèse : la surmortalité observée pourrait être due à une exposition professionnelle, et pas nécessairement à une exposition « environnementale ». Encore fallait-il poursuivre l’étude pour en avoir le cœur net. Ce qui n’a pas été le cas. La Cour des comptes réclame pourtant, dans un référé daté du 26 janvier 2015, une étude épidémiologique complémentaire. Interpellés par le référé, ni Ségolène Royal, ni Marisol Touraine, ni Emmanuel Macron, alors respectivement ministre de l’Environnement, de la Santé et de l’Économie, ne donnent leur feu vert. La poursuite de l’étude serait trop chère, trop compliquée, pas assez pertinente.

Une question de communication ?

Marisol Touraine comme l’ARS arguent également que l’étude de risque sanitaire de zone, menée depuis 2008, permet déjà d’« identifier les enjeux environnementaux », alors qu’elle n’a permis que de recenser les émissions polluantes sur le site. Quant à savoir si la surmortalité autour du Bassin de Lacq progresse depuis 1998, aucune étude commandée par les autorités sanitaires ne permettra de lever cette inquiétude… Jusqu’à ce que l’opinion publique ne s’en mêle.

L’inaction de l’ARS devient alors embarrassante, surtout lorsque le Conseil de la Caisse primaire d’assurance maladie de Pau demande lui aussi la poursuite de l’étude épidémiologique, après un appel lancé par des élus. Le 1er juillet 2016, l’ARS annonce finalement que l’étude sera poursuivie, assurant que la réflexion était en cours depuis octobre 2015, date d’une saisine de la Direction générale de la santé (DGS) sur le sujet.

« Je ne sais pas s’il y a eu un manque de transparence ou bien de communication, se contente d’observer sobrement aujourd’hui Stéphanie Vandentorren, épidémiologiste responsable de la Cellule interrégionale d’épidémiologie (CIRE) Nouvelle Aquitaine, en charge des nouvelles études sur Lacq commandée par l’ARS. Maintenant, nous travaillons différemment. Nous sommes davantage dans une démarche de démocratie sanitaire, et nous communiquons en même temps que nous faisons les études. »

Des études qui se font attendre

Aujourd’hui, les études et leurs protocoles sont discutés en Comité de suivi de site, une instance mise en place en octobre 2016 par le préfet et qui réunit industriels, élus, associations et riverains. Au programme de l’ARS, non pas une mais deux études épidémiologiques précédées par une étude de contexte qui consistera à « comprendre les attentes des parties prenantes », une quarantaine d’industriels, de riverains mais aussi de médecins interrogés. L’une des études épidémiologiques sera la prolongation de l’étude réalisée en 2002. La seconde sera une « étude exploratoire de morbidité », qui tentera de déterminer si une analyse des maladies contractées par les riverains est possible aujourd’hui.

Angélique et Xavier Hache, et leurs deux petites filles, dans leur jardin de Lacq. A l’arrière-plan, derrière la cime des arbres, les cuves et cheminées pétrochimiques de la plateforme industrielle. Photos : © James Keogh pour Basta !

Pour connaître la mortalité autour du bassin de Lacq, les riverains devront encore s’armer de patience. Les premiers résultats des deux études épidémiologiques sont attendus pour le courant de l’année 2018. Cinq à huit personnes travaillent sur chacune d’elles. Si l’ARS ne prend pas de retard sur le calendrier annoncé, les riverains auront attendu trois ans depuis la saisine de la Direction générale de la santé pour connaître l’évolution de la surmortalité autour du Bassin de Lacq.

Des morts prématurées supplémentaires entre 1999 et 2012

Pourtant, les données et le protocole nécessaires à la réalisation de la prolongation de l’étude de 2002 sont à portée de main. Preuve en est, Bastamag a pu prolonger l’étude de l’ISPED, à partir de données relatives à la mortalité dans les communes de la zone étudiées, sur une période courant entre 1999 et 2012. Les données ont été collectées auprès du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales des décès de l’Inserm (CEPIDC).

Reprenons les résultats de la première étude réalisée en 2002. Celle-ci révèle une surmortalité importante parmi les personnes de moins 65 ans qui vivent à côté du site industriel. Entre 1976 et 1998, on meurt davantage et plus jeune si on réside à côté de Lacq que si on habite à 20 km. (décès hors cause accidentelle entre 1968 et 1998). En poursuivant cette étude, nous pouvons affirmer que, malgré une tendance à la baisse (voir le graphique ci-dessous), la surmortalité se confirme après 1999 : 16 % de 1999 à 2006, 13 % de 2007 à 2012. En clair, entre 1968 à 2012, 185 personnes ne seraient pas mortes prématurément si elles avaient habité au delà du ce rayon de 20 km.

Posté par Michel Peyret 

Eoliennes : du vent, toujours du vent et surtout beaucoup de vent...

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Eoliennes : du vent, toujours du vent et surtout beaucoup de vent...

CAPTURE D'ECRAN ENTRE PORT-LA-NOUVELLE ET SIGEAN DANS L'AUDE

CAPTURE D'ECRAN ENTRE PORT-LA-NOUVELLE ET SIGEAN DANS L'AUDE

J'en conviens, l'éolien, énergie propre, peut réduire considérablement la production de l'électricité fournie par les centrales émettant du CO2. Mais de passage dans mes Corbières natales, entre Port-la-Nouvelle et Sigean, j'ai pu également mesurer les dégâts sur la nature occasionnés par la mise en place de 15 éoliennes en garrigue et le peu d'électricité fournie. Et côté emploi, pour une future industrie qui se veut pérenne, l'annonce dans une agence d'intérim, pour rechercher un technicien réparateur de pales, à Sigean même, prouve le contraire:

"Nous recherchons pour l’un de nos clients, un(e) technicien(ne) de maintenance en éolien (H/F), REPARATEUR DE PALES.

Le (la) technicien(ne) doit impérativement être du département car départ le lundi de la base de maintenance à Sigean, pour récupérer le véhicule, puis déplacement à la semaine soit sur la région soit sur toute la France.

Expérience en mécanique exigée.

Formation Habilitation électrique HOBO à jour.

Avoir des notions en Anglais, Matériaux composites, éolien… seraient un plus.

Bonne compréhension technique, bonne condition physique, flexible, mobile, esprit d’équipe..

Mission de 3 à 6 mois

Zone d’intervention: Local sur région et France entière.

POSTE A POURVOIR AU PLUS VITE"

En effet, nous vivons dans une société capitaliste et même dans la 5e du monde. Et dans cette mauvaise société, militer pour de l'énergie propre sans s'attaquer au capitalisme, c'est être dans le camp des réformistes, lesquels depuis 1914 ont montré partout ses limites pour un monde juste, démocratique et solidaire.

Sur l'environnement: Autrefois la garrigue n'était trouée que par des sentiers ouverts par la main du vigneron ou du berger, ou par la faune sauvage. C'était également l'espace de la flore sauvage particulière sous ce climat méditerranéen: iris nains, narcisses et autres tulipes. Désormais, pour élever les éoliennes et parfaire leur maintenance, on a déboisé, des chemins ont été tracés, empruntés depuis par les engins motorisés de ceux qui n'ont rien à foutre de l'environnement naturel du pays. Quand ils n'en déracinent pas la flore sauvage, désertifiant plus encore la nature.

Sur la fourniture d'électricité: L'Aude et particulièrement les Corbières sont l'une des régions françaises la plus ventée. Et il aurait été anormal de ne pas y implanter des éoliennes, tout en respectant l'environnement et les gens. Ce qui n'est pas le cas.

Et selon la brochure magnifiant cette ferme éolienne "située sur les hauteurs de Port La Nouvelle - Sigean, au milieu de la garrigue odorante, (...), dont le sommet des pales est à plus de 60 mètres au dessus du sol", l'éolien fournit en tout et pour tout " l’équivalent de la consommation de 10 000 habitants- qui est livrée au réseau national". Ce qui implique aussi de se chauffer qu'à l'électricité, énergie ô combien chère d'autant plus dans des habitations mal isolées, dans une France où le pouvoir d'achat est en décrépitude pour entreprendre la rénovation nécessaire.

De plus, aucune électricité envers 10 000 habitants du cru, mais la revente directe de l'énergie fournie par ces éoliennes par une société privée à Engie qui, il y a très très longtemps, était nationalisé.

La brochure oublie aussi de signaler que l'éolien fonctionne au gré du vent. On le stoppe dès les grandes bourrasques pour éviter la détérioration des pales. Et lorsque c'est le calme plat, même chez moi, on retourne à la bonne vieille chandelle ou à la lampe à pétrole de nos grands-parents? T'es bêta ou quoi Roger, m'objectent les défenseurs de l'éolien qui ont dû faire de longues études sur le sujet. Et le stockage de l'électricité dans notre siècle ultramoderne? Oui, mais à part les batteries à plomb et 7 tonnes de batteries plomb-acide par habitant, bonjour l'écologie! Quant à produire par l'éolien de l'hydrogène par électrolyse, puis à la stocker dans des piles à combustibles, le rendement n'est que de 45%.

Or, la consommation électrique en France pour les entreprises et une population de plus de 66 millions d'habitants est de 415 325 000 000 000 Wh selon RTE. Et le vent, avec toute la bonne volonté des dieux, ne soufflent pas partout en France, quand chacun, entreprise ou particulier, a besoin d'une électricité constante.

Inégalité des vents sur le territoire

 

Que l'on se comprenne bien. Je ne souhaite pas revenir à autrefois, même si certains affirment qu'ils y vivaient mieux. A Narbonne, dans l'ancien hôtel particulier où je suis né en 1950, le propriétaire l'avait découpé en plusieurs appartements pour les prolétaires, sans cabinet de toilette, ni chauffage, ni eau chaude au robinet. Et que la pierre de l'évier pour se laver. Et lorsque la tramontane s'époumonait, l'électricité en était rompue.

Non, je ne souhaite pas revenir à autrefois, dans ces conditions déplorables. Pour autant, ne faut-il pas engager le débat démocratique autour des énergies propres et de la production d'électricité qu'il faut à la France pour sa souveraineté nationale. Surtout, ne faut-il pas envisager la renationalisation de l'énergie avec du personnel pérenne et qualifié pour l'entretenir et la transporter.

Jusqu'à preuve du contraire, ça ne gêne guère et surtout pas Nicolas Hulot, que le marché actuel de l'éolien, comme celui de l'énergie en général, soit accaparé par les forces de l'argent. Si je me trompe, écrivez-moi, je rectifierai.

Pourquoi tu ne sauveras pas la planète en mangeant du tofu (ce que je pense de l'écologie)

Publié par El Diablo

Pourquoi tu ne sauveras pas la planète en mangeant du tofu (ce que je pense de l'écologie)

 

Le 2 août, c’était le “Jour du Dépassement”. La planète, elle va mal, tout le monde le sait. C’est bientôt la fin du monde, on va tous mourir engloutis sous les eaux ou de chaud parce qu’on consomme trop de ressources et que des fois on a trop laissé la lumière allumée dans le salon.

VRAIMENT ?


Est-ce que l'apocalypse qui vient est vraiment ta faute (et la mienne) ? Est-ce qu’on peut vraiment l’empêcher en recyclant nos plastiques, ou bien y’a autre chose ?

Chimie verte : le CO2, une nouvelle matière première ?

24 juillet 2017

Chimie verte : le CO2, une nouvelle matière première ?

 

"Le dioxyde de carbone (CO2) est aujourd'hui considéré comme un déchet, nous dit l'article. Son recyclage, en l'utilisant en tant que matière première, est un défi majeur pour la recherche scientifique et un enjeu politique de premier plan. Marc Robert et Julien Bonin ont mis au point un procédé capable de le convertir en méthane, principal composant du gaz naturel qui est la troisième source d'énergie la plus utilisée au monde après le pétrole et le charbon.Au cours de ce processus, la molécule de CO2 perd progressivement ses atomes d'oxygène qui sont remplacés par des atomes d'hydrogène, stockant au passage de l'énergie sous forme de liaisons chimiques. Cette transformation, dite « réaction de réduction », permet d'obtenir une variété de composés allant du monoxyde de carbone et de l'acide formique (des matières premières clés pour l'industrie chimique) au méthanol (un carburant liquide), jusqu'au méthane, forme la plus réduite ayant concentré le plus d'énergie..."

 

Revenons à la lecture des articles...

 

Michel Peyret


Et si le CO2 devenait une source d'énergie ?

 

CNRS

Publié le 18/07/2017

Modifié le 19/07/2017

Publié le 18/07/2017 - Modifié le 19/07/2017

 

Une équipe de chercheurs vient de développer un procédé capable de transformer le dioxyde de carbone (CO2) en méthane (CH4) à l'aide de lumière solaire et d'un catalyseur moléculaire à base de fer. Ces résultats ouvrent une nouvelle voie vers la production de « carburant solaire » et le recyclage du CO2.

 

Le dioxyde de carbone (CO2) est aujourd'hui considéré comme un déchet. Son recyclage, en l'utilisant en tant que matière première, est un défi majeur pour la recherche scientifique et un enjeu politique de premier plan. Marc Robert et Julien Bonin ont mis au point un procédé capable de le convertir en méthane, principal composant du gaz naturel qui est la troisième source d'énergie la plus utilisée au monde après le pétrole et le charbon.

 

Au cours de ce processus, la molécule de CO2 perd progressivement ses atomes d'oxygène qui sont remplacés par des atomes d'hydrogène, stockant au passage de l'énergie sous forme de liaisons chimiques. Cette transformation, dite « réaction de réduction », permet d'obtenir une variété de composés allant du monoxyde de carbone et de l'acide formique (des matières premières clés pour l'industrie chimique) au méthanol (un carburant liquide), jusqu'au méthane, forme la plus réduite ayant concentré le plus d'énergie. 

 

Un nouveau pas vers une transition énergétique

 

Si la plupart des processus connus utilisent des catalyseurs basés sur des métaux rares et précieux, les deux chercheurs ont développé un catalyseur à base de fer, un métal abondant, accessible et peu coûteux sur Terre. Aucun autre catalyseur moléculaire n'avait permis à ce jour de réaliser la réduction complète du CO2 en CH4. Ce processus catalytique fonctionne à pression et température ambiantes, en utilisant la lumière solaire comme seule source d'énergie, et ouvre la voie à une utilisation circulaire du CO2.

 

En démontrant que la combinaison de la lumière solaire et d'un catalyseur à base de fer est capable de transformer le CO2 en une molécule à fort contenu énergétique, le Laboratoire d'électrochimie moléculaire (université Paris-Diderot, CNRS) montre qu'il est possible de stocker l'énergie solaire renouvelable en une forme de carburant compatible avec les infrastructures industrielles et les réseaux d'énergie existants. Ces travaux ont été publiés dans la revue Nature le 17 juillet 2017.


Pour en savoir plus

Produire de l'énergie du CO2 à partir de bactéries

 

Article de Nathalie Mayer publié le 24 février 2017

 

Pour limiter les effets sur le climat du dioxyde de carbone (CO2), on peut travailler à réduire son émission dans l'atmosphère. On peut également chercher un usage à ce gaz à effet de serre réputé indésirable. Et pourquoi ne pas en tirer de l'énergie ? C'est l'idée de scientifiques britanniques qui veulent faire travailler des bactéries.

 

Les records de concentration en dioxyde de carbone (CO2) dans notre atmosphère ne cessent de tomber, à tel point que le point de non-retour semble atteint. Mais les scientifiques ne sont pas du genre à baisser les bras. En attendant que de vraies mesures de limitation des émissions de CO2soient adoptées et respectées, ils réfléchissent à des solutions alternatives. Comme cette équipe de l'université du Kent (Royaume-Uni) qui cherche à comprendre comment convertir efficacement le CO2 en méthane utilisable pour produire de l’énergie.

 

Des organismes dits à métabolisme méthanogène pourraient s'en charger. Des bactéries produisent en effet du méthane (CH4) à partir de CO2. Ces organismes seraient même responsables du tiers du méthane rejeté dans notre atmosphère. Mais leur culture — et, de fait, l'industrialisation du procédé — reste compliquée.

 

Les organismes méthanogènes sont des organismes anaérobies stricts qui meurent en présence de dioxygène. On les trouve, entre autres, dans des milieux extrêmes tels que des déserts, dans des glaces ou, comme ici, dans des geysers. © tpsdave, Pixabay, DP

Les organismes méthanogènes sont des organismes anaérobies stricts qui meurent en présence de dioxygène. On les trouve, entre autres, dans des milieux extrêmes tels que des déserts, dans des glaces ou, comme ici, dans des geysers. © tpsdave, Pixabay, DP

 

Mieux comprendre la biosynthèse du méthane

 

Ce qui permet à ces bactéries de produire aussi efficacement du méthane à partir de CO2, c'est le cofacteur F430, qui catalyse la réaction. Les chercheurs de l'université du Kent se sont donc naturellement demandé comment les bactéries en question parviennent à synthétiser ce cofacteur. Une question fondamentale dont les implications pourraient être grandes.

 

Ils sont finalement parvenus à identifier les protéines qui elles-mêmes catalysent la synthèse du cofacteur F430. De quoi espérer concevoir des bactéries tout aussi efficaces dans la conversion de CO2 en méthane, mais bien plus « dociles » et intégrables dans un processus industriel.

 

Chimie verte : le CO2, une nouvelle matière première ?  Considérations environnementales (et économiques) obligent, l’industrie de la chimie envisage de plus en plus sérieusement de remplacer le pétrole qu’elle emploie en abondance par d’autres matières premières, plus durables. Stéphane Sarrade, directeur de recherche en chimie et génie des procédés, nous explique en vidéo que le CO2 pourrait être celles-ci. 

Posté par Michel Peyret 

Les accords de Paris ou de la relativité démocratique

lundi 5 juin 2017

Les accords de Paris ou de la relativité démocratique

La sortie de Trump des accords de Paris a provoqué une vague de réactions internationales particulièrement importante. Il parait que la vidéo de Macron fut un succès, mais cela n'a que peu de conséquences: les Etats Unis sont sortis de ce qui est un cheval de combat d'une idéologie qui a besoin d'être universelle pour exister. Plus que les problèmes de pollution et de réchauffement climatique, c'est une question de pouvoir. 
 
Trump sort des Accords de Paris, qui, soit dit en passant, n'obligent pas les Etats à des changements immédiats, mais à fixer des objectifs d'ici à 2020. Donc, la sortie de Trump est plus symbolique et elle a été ressentie comme telle: comme une trahison par les américains "du monde libre", qui se retrouve d'un coup quelque peu ... isolé. Disons, abandonné. L'on ne reviendra pas sur l'adresse de Macron, coup de comm qui a pour but de mettre en place un visage correspondant à ce "nouveau monde", celui de Merkel étant par trop vieillissant. Mais cela n'a pas eu plus d'effet sur la politique américaine, ce qui pourtant aurait du être le but.


C'est pourquoi, malgré les jeux de caméras, il a fallu sortir l'artillerie lourde, pour que ce petit monde  si libre reprenne des couleurs ... et de l'ardeur. 
 
Ainsi, le multi milliardaire Bloomberg, est lancé sur le devant de la scène. Qu'un tel individu, qui maîtrise l'information financière, soit envoyé spécial de l'ONU pour le climat est déjà amusant. Mais son discours à Paris fut un véritable régal. En substance: chers amis, ne vous inquiétez pas, Trump est parti, mais le capital reste, le monde libre n'est pas abandonné car le pouvoir est ailleurs: la présidence américaine n'est qu'un instrument parmi d'autre. Nous nous sommes toujours là. 
 
 
Le monde libre respire et la presse l'exprime dans toute sa pluralité:
De toute manière, le mouvement de contournement des institutions américaines est en cours, le gouverneur de Californie en prend la tête, regroupant différents gouverneurs et villes américaines pour rester dans le "monde libre non réchauffé" malgré Trump et malgré les Etats Unis. 
 
Ou de la relativité du pouvoir institutionnel et démocratique des Etats. Votez mes amis, si cela ne nous convient pas, nous gouvernerons de toute manière. Finalement, un monde post-démocratique n'est qu'un monde non démocratique. 
 

« L'écologie de la libération » par Pascal Acot est paru aux éditions « Le Temps des cerises »

4 mai 2017

« L'écologie de la libération » par Pascal Acot est paru aux éditions « Le Temps des cerises »

 

Pascal Acot

 

L’écologie de la libération

 

Les dégradations de l’environnement sont des crimes contre l’humanité.

 

"L'écologie de la libération" par Pascal Acot est paru aux éditions " Le Temps des cerises"

Pascal Acot

L’écologie de la libération

 

Les dégradations de l’environnement sont des crimes contre l’humanité.

 

L’écologie de la libération est une critique radicale de la pensée dominante en matière de défense de l’environnement. Il s’agit d’un essai qui exprime la nécessité de comprendre pourquoi cette pensée a atteint la médiocrité à laquelle le public est désormais habitué et pourquoi elle nous conduit jour après jour plus près du désastre. Comme ces questions sont déjà anciennes, le début de l’ouvrage est consacré à une brève histoire de l’écologie scientifique et des problèmes éthiques soulevés par les rapports des êtres humains à leur environnement. Un chapitre est ensuite consacré au débat sur la question cruciale des limites à l’exploitation des ressources naturelles.


Les altérations des équilibres écologiques ont fait réagir des « spécialistes » médiatisés : politiciens, journalistes, animateurs de télévision, écrivains, vedettes de cinéma… Il apparaît hélas  ! que les solutions préconisées sont porteuses d’illusions ruineuses. C’est le cas de l’idée rassurante de régulations écologiques « naturelles ». C’est le cas surtout de « l’écologie des petits gestes  pour la planète » qui séduit tant les gens de bonne volonté, découragés par la stérilité de l’écologisme politicien. La signification profonde de cette illusion selon laquelle nous serions tous coupables fait l’objet d’un chapitre dans lequel il apparaît que sa fonction objective est de masquer la responsabilité majeure des grandes industries. Le « changement climatique » a suscité des critiques étrangement violentes à l’égard des « climatosceptiques ». Le point est donc fait sur la question climatique, sur les origines de la climatologie et sur les débats actuels que suscite cette discipline. Une approche sérieuse de la climatologie politique conduit toutefois à identifier les obstacles qui s’opposent à la popularisation d’analyses dignes de ce nom. Ainsi, le fait que le « capitalisme vert » – censé relancer les économies en crise – est une invention de la banque Goldman Sachs, mérite qu’on y réfléchisse.


Plus généralement, cet essai montre non seulement que le libéralisme en économie est un poison mortel pour notre planète, mais il invite aussi à jeter un regard nuancé sur les myriades de conférences internationales qui se sont tenues dans le monde entier depuis la fin des années 1960 : quelle fut leur utilité réelle ?


Enfin la question plus philosophique d’un rapport entre le souci écologique de l’environnement et la libération humaine est posée dans la perspective nécessaire d’un monde qui pourrait enfin devenir à terme, durable.

 

à propos de l'auteur

Author

L'auteur est chargé de recherche honoraire au CNRS à l’Institut d’histoire et philosophie des sciences et des techniques (CNRS, Université de Paris 1, ENS).

 

Bibliographie sur l’écologie et les sciences environnementales :

 

L’Écologie, Paris, PUF, 1977 (textes choisis et commentés), 157 p.

 

Histoire de l’écologie, Paris, PUF, La maîtrise du milieu (ouvr. coll.), préface de Patrick Blandin, Paris, Librairie

 

Philosophique Vrin – Institut Interdisciplinaire d'études épistémologiques, 1994, 151 p.

 

Histoire de l’écologie, Paris, PUF, coll. Que sais-je ? 1994, 128 p.

 

The European Origins of Scientifc Ecology (1800-1901), 2 vols., cd-rom, introduction de P. Blandin, Amsterdam, 1998, Gordon & Breach, 932 p. The concept of biosphere, Detroit, USA, Farmington Hills, 2000.

 

L’éthique environnementale (avec A. Fagot-Largeault, Collège de France), Chilly-Mazarin, Éditions SenS, 2000.

 

Histoire du climat, Paris, Perrin, 2003, 309 p. Seconde édition revue et augmentée, 2003, édition de poche, 2004.

 

Catastrophes climatiques, désastres sociaux, Paris, PUF, avril 2006, 205 p.

 

Climat, un débat dévoyé ? Paris, Armand Colin, septembre 2010, 158 p. 

 

Certains de ses ouvrages ont été traduits en chinois, italien,  tchèque, espagnol, portugais, espagnol, allemand et grec.

Réchauffement climatique ? Non ÈRE GLACIAIRE !

Publié par  El Diablo

Réchauffement climatique ? Non ÈRE GLACIAIRE !

Réchauffement climatique ? Non ÈRE GLACIAIRE !

Article repris sur le blog Science et Politique 

La température actuelle me rappelle plusieurs articles scientifiques que j’ai lu récemment selon lesquels non seulement le réchauffement climatique est peu probable, mais il est de plus en plus probable que nous nous dirigeons vers une nouvelle ère glaciaire.

C’est donner bien trop de crédit et de pouvoir à l’humain de croire qu’il peut à lui seul changer le climat de la planète en quelques décennies. Depuis des millions d’années, il y a des cycles d’ère glaciaires durant environ 100000 ans, suivis de périodes plus chaudes durant environ 10000 ans. La dernière ère glaciaire s’est terminée il y a environ 10500 ans, donc on est à la fin du cycle et une nouvelle ère glaciaire est due d’arriver bientôt.

Certains cycles solaires et de l’orbite de la terre autour du soleil pourraient être responsables de ces changements climatiques

En plus, le léger réchauffement qui s’est produit dans les dernières décennies à changé les courants marins. Le Gulf Stream est nécessaire pour réchauffer l’Europe, particulièrement le nord de l’Europe qui serait encore plus froid que le nord du Québec sans ce courant d’eau chaude océanique. Les courants marins permettent d’égaliser la température de la planète, sans eux, les pays plus au nord ou au sud seraient sous plusieurs kilomètres de glace, comme lors de la dernière ère glaciaire.

Et selon certains, ça peut se produire rapidement, en moins de 20 ans! Ça serait déjà catastrophique de perdre des centaines de milliers de kilomètres de terrain, le changement de température rendrait des terres fertiles incapable de produire de la nourriture. Mouvement de population, conflit, guerre et famine. Ça serait 100 fois pire qu’un réchauffement climatique.

Les documents utilisés par les extrémistes écolos sont souvent truffées d’erreurs, d’exagérations et souvent de faits inventés. Le fameux film de Al Gore « Une Vérité Qui Dérange » était plein d’exagérations, et Al Gore a avoué qu’il avait gonflé certaines statistiques, pour la cause! Pourtant des gens utilisent encore des statistiques tirées de ce film, et les considèrent comme des « faits ».

Les documents suivants sont produits pour la plupart par des scientifiques, et basés sur des faits vérifiables:

Liens:
http://www.dailygalaxy.com/my_weblog/2009/03/coming-of-age-i.html#more

http://news.nationalgeographic.com/news/2005/11/1130_051130_ice_age.html

http://www.backwoodshome.com/articles2/silveira86lw.html

http://english.pravda.ru/science/earth/106922-earth_ice_age-0

http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-1085359/Global-warning-We-actually-heading-new-Ice-Age-claim-scientists.html

http://www.newmediaexplorer.org/sepp/2004/02/07/global_warming_or_ice_age_coming.htm

http://www.dailygalaxy.com/my_weblog/2009/01/is-there-unstop.html

SOURCE :

 

Réchauffement climatique? Non ERE GLACIAIRE!

 

https://crioux.wordpress.com/2009/01/14/rechauffement-climatique-non-ere-glaci

ÉNERGIE « RENOUVELABLE » : A propos des ÉOLIENNES…Que penser de ce reportage ?

Publié par  El Diablo

ÉNERGIE « RENOUVELABLE » : A propos des ÉOLIENNES…Que penser de ce reportage ?

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« Il est temps que les Français, les politiques, les écologistes, un tant soit peu honnêtes, fassent cesser cette gabegie dont les conséquences seront à très court terme irréparables. »


Reportage et enquête d’Armel Joubert des Ouches(*)pour Réinformation TV : http://reinformation.tv/energie-eolie...


(*) Armel Joubert des Ouches est un journaliste indépendant, biographe, réalisateur de documentaires et compositeur.

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