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Economie 2015

Par Jacques Nikonoff

Jacques Nikonoff est professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8. Il est également porte-parole du Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP).

 

Du tripartisme vers un nouveau bipartisme

 

Marine Le Pen (FN) et Xavier Bertrand (LR)© Pascal Rossignol Source: Reuters
Marine Le Pen (FN) et Xavier Bertrand (LR)
 
Le nouveau bipartisme en France entre les «républicains» et le FN est vivement souhaité par le Parti socialiste. Mais en quoi serait-ce profitable ? Les explications de Jacques Nikonoff.
 
Dans ma précédente chronique j’ai rappelé comment François Hollande, en digne continuateur de François Mitterrand, avait poursuivi l’opération de promotion du Front national (FN).
 
Sa stratégie et celle du Parti socialiste (PS) est désormais en place, c’est celle de la tenaille, le FN en étant la clé de voute. La poursuite de la promotion de ce dernier doit permettre d’atteindre deux objectifs : d’une part «dépasser» le PS en créant un système de rassemblement de tout ce qui est à la gauche du PS, d’autre part acclimater le public à des convergences fréquentes entre la droite et la gauche pour, en 2017, passer à un nouveau bipartisme entre les «républicains» et le FN.
 
Il faut à François Hollande à tous prix éviter d’être «jospinisé»
 
La première mâchoire de la tenaille vise à rassembler la gauche pour permettre à François Hollande de figurer au 2e tour de la présidentielle de 2017. Il lui faut à tous prix éviter d’être «jospinisé» (Lionel Jospin, Premier ministre socialiste et candidat à la présidence de la République, avait été éliminé dès le 1er tour en 2002), laissant au 2e Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen face à face. De nombreuses déclarations de dirigeants socialistes précisent cette orientation. Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, veut «créer un grand parti de gauche réformateur dans notre pays», et se prononce «pour un élargissement de la majorité vers tous ceux qui veulent réformer» (L’Humanité, 15 décembre 2015). Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État aux relations avec le Parlement affirme : «il faut que le Parti socialiste puisse éventuellement se dépasser, ça veut dire qu’il faut rassembler plus largement, qu’il faut intégrer» (LCI, 9 décembre 2015). Pour Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, il faut préparer «le dépassement du PS» par un «nouveau mouvement» qui ne sera «pas un nouveau parti» mais une «fédération de partis, de mouvements associatifs» faisant largement participer les citoyens. Des débats seront organisés de fin décembre à fin janvier pour nourrir le texte fondateur de ce mouvement
 
 
Le journal L’Humanité (15 décembre 2015) a compris qu’il y avait «une assurance donnée aux écologistes, défaits par le scrutin régional, de se refaire une santé aux législatives, pour déminer toute candidature à gauche qui pourrait exclure l’actuel président du second tour. François Hollande, qualifié contre le FN ensuite, serait largement favori pour rempiler à l’Élysée». Ce raisonnement est juste, mais L’Humanité oublie de dire que les mêmes assurances sont en train d’être données aux dirigeants communistes en échange de leur appel à voter Hollande dès le 1er tour. La seule inconnue est le comportement de Monsieur Mélenchon, qui avait obtenu 11% à la présidentielle de 2012, et crédité encore aujourd’hui de 10% dans les sondages. Pour être candidat, il faudrait qu’il ait quelque chose à dire de très fort et de fondamentalement différent des positions de Monsieur Hollande, principalement sur l’Union européenne et l’euro, pour justifier sa présence qui risque de coûter l’élection de François Hollande. Mais la probabilité que Jean-Luc Mélenchon se convertisse à la démondialisation est quasi-nulle.
 
«Heureuse de leur cadeau, Madame Le Pen est tout à fait d’accord avec les socialistes »
 
La deuxième mâchoire de la tenaille vise à créer un nouveau bipartisme, enterrant définitivement l’ancien clivage gauche-droite vidé depuis longtemps de toute substance, entre d’un côté les «républicains» (nouveau bloc entre le PS et ses satellites, et LR/UDI/MoDem), et d’un autre côté le FN. Pour illustrer ce tournant stratégique en cours, les déclarations de dirigeants du PS se sont multipliées dès le lendemain du second tour des élections régionales. Julien Dray, ancien vice-président du Conseil régional, prône une «grande coalition» rassemblant «toute la gauche, tous les républicains, tous les démocrates» pour faire barrage au FN. Pierre Moscovici, Commissaire européen, ancien ministre socialiste de l’Économie et des Finances affirme que «Si la situation politique l’exigeait, une coalition large ne doit pas selon moi être exclue par principe en France. S’il devait advenir, ce que je ne souhaite pas, que Marine Le Pen soit au second tour, alors le président élu pourrait être amené à faire ce qui n’a pas été fait en 2002, ni même totalement en 2012 : rassembler tous ceux qui se seront prononcés pour lui. Tout cela se décidera en 2017. Mais des changements d’attitude entre formations politiques peuvent se produire dès maintenant : pourquoi s’interdire de reconnaître des valeurs communes ou de travailler ensemble sur des projets d’intérêt commun ? On ne peut pas éternellement reproduire les mêmes réflexes politiques, qui sont ceux d’un affrontement en partie artificiel.» (Les Échos, 16 décembre 2015). Pour Manuel Valls «il y a deux conceptions de la France, celle de la République, exigeante, qui veut protéger et rassembler la France. Et celle du Front national qui n’offre rien à ceux qui souffrent» (TF1, 8 décembre 2015).Bien évidemment, heureuse de ce cadeau, Madame Le Pen est tout à fait d’accord avec les socialistes. Pour elle, en effet, «un bipartisme va désormais organiser la vie politique», mais elle parle des «mondialistes contre les patriotes. Cette distinction sera le grand enjeu, le grand choix politique de la présidentielle» (Antenne 2, 13 décembre 2015).
La stratégie socialiste semble donner de premiers résultats, puisque Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre de Jacques Chirac et sénateur Les Républicains affirme : «Je pense que nous devons travailler avec le gouvernement, car le Front national est un adversaire commun et que nous l’avons battu ensemble dans les élections. Il faut le battre ensemble par l’action et donc il y a des actions communes que nous devons engager» (BFMTV, 14 décembre 2015). Il ajoute : «Si l’on veut éviter que le FN soit la clé de l’élection de 2017, il faut engager de manière prioritaire une action contre le chômage, première source du vote FN, l’opposition devrait soutenir le gouvernement sur un projet ambitieux. Pour cela Manuel Valls devrait associer l’opposition à l’élaboration des mesures destinées à faire reculer le chômage.» (Le Monde, 17 décembre 2015).
 
La mécanique est lancée…
 
Article suivant : Déjouer le piège du nouveau bipartisme.
 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Les raisons du chômage

 

Par  · 26 septembre 2015

Jacques SapirLa forte hausse des chiffres des « demandeurs d’emplois » au mois d’août 2015 laisse planer un doute sur les prévisions de croissance du gouvernement. Ceux-ci, d’abord établis à 1,2% ont été ramenés à 1%. Mais, même ces chiffres, qui restent très médiocres, risquent d’être démentis par les évolutions du 2ème semestre 2015.

 

En effet, la croissance du PIB moyenne du PIB par trimestre était de 0,47% de janvier 2010 au quatrième trimestre 2011. Puis, sous l’effet des soi-disant « réformes Fillon », cette croissance s’est arrêtée. Elle ne fut plus, en moyenne par trimestre, que de 0,15% du 4ème trimestre 2011 au 2ème trimestre 2013 quand on peut raisonnablement penser que l’influence des mesures prises par le dernier gouvernement du quinquennat de Nicolas Sarkozy s’est estompée. Mais, la politique économique impulsée par François Hollande, et mise en œuvre tant par Ayrault que par Valls, s’est avérée tout aussi calamiteuse. Sur les 8 trimestres qui séparent le 2ème trimestre de 2013 du 27me trimestre de 2015, la croissance moyenne par trimestre n’est que de 0,11%, soit moins de 1% sur le total des 2 années écoulées.

 

Graphique 1

Croissance trimestrielle (indice 100 au 1er T. 2010)

A - Agr1

Cette continuité entre la politique « Fillon-Sarkozy » et la politique « Ayrault/Valls-Hollande », explique la forte croissance du nombre des demandeurs d’emplois depuis l’été 2011. La croissance relativement élevée du 1er trimestre de cette année apparaît comme un phénomène de « rattrapage », qui a pu être encouragé par :

 

la chute du taux de change de l’Euro face au Dollar.

 

Les faibles prix de l’énergie.

Mais, les effets positifs de ces deux facteurs semblent avoir cessé dès le 2ème trimestre de 2015. Il convient ici de regarder les facteurs de croissance du PIB.

 

Tableau 1

Contribution à la croissance du PIB (en points de croissance du PIB)

2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Contribution de la consommation finale 1,8 0,5 0,7 1,3 0,5 0,3 0,6 0,7
Contribution de la FBCF 1,2 0,2 -2,1 0,5 0,5 0,1 -0,1 -0,3
Contribution du solde du commerce extérieur -0,8 -0,3 -0,3 -0,1 0,0 0,5 0,0 -0,5
Contribution de la variation des stocks 0,2 -0,2 -1,1 0,3 1,1 -0,6 0,2 0,2
Total 2,4 0,2 -2,9 2,0 2,1 0,2 0,7 0,2

Source : INSEE

 

On constate que si la contribution de la consommation finale fut, en 2013 et 2014, supérieure à ce qu’elle fut en 2011 et 2012, la contribution l’investissement (la FBCF) est restée plus faible et la contribution du solde du commerce extérieur aussi. En fait, seule la variation des stocks vient compenser ces effets récessifs. En fait la production industrielle, qui aurait dû être la plus favorablement influencée par la baisse de l’Euro et la baisse des prix des hydrocarbures, se contracte depuis le mois de mai. Cela peut se comprendre pour les raisons suivantes :

 

La baisse de l’Euro face au Dollar ne joue pas sur le commerce avec les partenaires de la zone Euro ou les pays dont la monnaie est indexée sur l’Euro. Ces pays rassemblent environ 60% du commerce extérieur (et même 65% pour ce qui est des exportations).

 

Au sein de la zone Euro, la France doit faire face à une concurrence accrue des pays réalisant une dévaluation interne comme l’Espagne, le Portugal, et dans une moindre mesure l’Italie.

 

Les sanctions prises par l’UE contre la Russie et les contre-sanctions prises en rétorsion par la Russie contre les pays de l’UE affectent sensiblement notre capacité à exporter sur l’un des marchés « hors-Zone Euro » les plus importants pour notre économie.

 

L’impact des prix des hydrocarbures est relativement faible en France en raison du poids restreint de ces hydrocarbures dans la balance énergétique.

De ce point de vue, l’étude publiée par ALTARES sur les défaillances et sauvegardes d’entreprises en France au 1er trimestre 2015 est assez inquiétante, et elle explique en partie le mouvement des chiffres des demandeurs d’emplois. Sur 1 an, les défaillances d’entreprises ont augmentée de 7,6%, dont 47% chez les micro-entrepreneurs mais surtout 26% dans les PME de 20 à 49 employés. C’est là que le bat blesse.

 

Tableau 2

Défaillance par taille de l’entreprise

Evolution du T1 de 2014 au T1 de 2015
0 salarié ou inconnu 22,10%
1 ou 2 salariés 47,00%
3 à 5 salariés 7,90%
6 à 9 salariés 11,40%
10 à 19 salariés 11,60%
20 à 49 salariés 26,40%
50 à 99 salariés -5,10%
100 à 199 salariés 16,70%
200 salariés et plus -7,70%
TOTAL FRANCE 7,60%

Source : Enquête ALTARES

 

De plus, et ce point est à souligner, le pourcentage de défaillance des entreprises monte avec l’ancienneté de celles ci. Il est relativement faible pour les entreprises de moins de 3 ans mais devient véritablement important pour les entreprises de plus de 10 ans. La dégradation de la situation financière pour de nombreuses PME est aussi à noter.

 

Tableau 3

Défaillance par âge des entreprises

Défaillances au 1T 2014 Défaillances au 1T 2015 Variation
moins de 3 ans 2 587 2 508 -3,10%
3 à 5 ans 5 238 5 598 6,90%
6 à 10 ans 4 239 4 518 6,60%
11 à 15 ans 1 719 1 928 12,20%
16 à 50 ans 2 598 3 026 16,50%

Source : Enquête ALTARES

 

La dimension régionale de cette situation est aussi un facteur important dans l’analyse. Les régions Centre et Champagne-Ardennes connaissent un dérapage significatif puisque l’accroissement des défaillances y atteint environ les 15 %. Mais, le pire se situe dans la région Poitou-Charentes où l’on franchit le cap des 21 % d’accroissement dans le nombre des défaillances. En Auvergne, en Lorraine et dans le Midi-Pyrénées la hausse des défaillances est voisine de 12 %. Par contre le Nord-Pas-De-Calais, l’Aquitaine et les Pays-de-la-Loire s’inscrivent sur des tendances proches de la moyenne nationale et qui sont comprises entre + 6 % et + 7 %. Font un peu mieux que la moyenne nationale (7,6 %) des régions comme la Bourgogne, le Limousin et la Picardie où ce nombre de défaillances n’augmente que de + 5 %.

 

Graphique 2

Carte des défaillances d’entreprises

A - Acarte

Ces indications montrent que l’on peut être légitimement inquiet pour les résultats du 2èmesemestre 2015. Ces résultats auront certainement une influence sur la situation politique. De ce point de vue, il faudra comparer la carte du vote (et en particulier les résultats du vote pour les listes FN) avec la carte ci-dessus.

 

Mais, de manière plus générale, ces indications confirment l’échec tragique de la politique économique menée par François Hollande, politique qui se situe, il convient de le préciser, avec celle menée par son prédecesseur.

Lordon, Piketty ou les deux ?

 

Posted on 11 mai 2015 | Leave a comment

C’est avec grand plaisir que j’ai regardé il y a 3 semaines le débat entre Lordon et Piketty chez Taddéi, l’une des dernières émissions (télé et radio confondues depuis l’arrêt de « Là-bas si j’y suis ») dans laquelle on peut encore entendre des intellectuels et économistes qui pensent en dehors du cadre et de la doxa. J’en ai extrait un court passage sur l’Europe et l’Allemagne, qui est selon moi le plus intéressant, et sur lequel je reviendrai.

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J’ai regardé ce débat avec plaisir parce que ce sont deux économistes que j’apprécie beaucoup, dont j’ai souvent parlé sur ce blog, et qu’il me semble que l’on ne pourra pas construire un contre modèle au système économique actuel sans s’appuyer sur des penseurs comme eux, et ce malgré leurs divergences. Le propos de l’émission était d’ailleurs d’insister plutôt sur ces divergences, en s’appuyant notamment sur le dernier article de Lordon (http://www.monde-diplomatique.fr/2015/04/LORDON/52847) critiquant le livre à succès de Piketty, « Le Capital au 21ème siècle». Pour cela, le débat avait été centré sur le thème du possible renversement/dépassement du capitalisme, plutôt que sur la façon de le réformer. Dans ces conditions, Lordon a endossé (sans doute sans url  trop rechigner) le costume de Marx et a effectivement apporté des critiques de fond sur le système capitaliste en lui-même, ses contradictions, insistant notamment sur la question majeure des rapports sociaux de domination entre capital et travail. C’est un sujet qui l’intéresse bien sûr, et qui marque une vraie différence avec Piketty qui assume clairement son côté réformateur non révolutionnaire. Mais en même temps, comme le dit justement Jean Gadrey sur son blog, la plupart des livres et réflexions de Lordon se concentrent eux-aussi sur la façon de réformer profondément les structures actuelles du capitalisme (mises en place depuis les années 80) pour le rendre plus vivable, moins inégalitaire et redonner des attributs de souveraineté aux peuples. Sans pour autant, en tout cas dans un premier temps, viser son renversement complet. Il fait ainsi des propositions très concrètes sur l’euro, la finance, le libre-échange, etc.. Dans son dernier livre sur l’euro, « La malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique », Lordon le rappelle d’ailleurs clairement en préambule : « On ne parlera pas dans ce livre de sortie du capitalisme. Ca n’est pas faute d’en avoir l’envie ! Il est très légitime de vouloir pousser le plus loin possible les remises en cause qui redeviennent possibles à la faveur d’une grande crise. Or à l’évidence l’envie est grande de dire que le capitalisme- non pas telle ou telle forme du capitalisme : le capitalisme tout court – ça ne peut pas continuer comme ça. Remettre en cause la finance, c’est bien le moins ! remettre en cause, un cran plus loin , la forme néolibérale du capitalisme, tout autant. Mains on ne voit pas pourquoi s’interdire par principe de pousser le raisonnement jusqu’à son terme : le mode de production capitaliste lui-même,malfaçonnon plus pour réinventer quelque chose dans le capitalisme, mais bien pour envisager d’en sortir ; Si impérieuse que soit cette perspective, il n’en sera pas question ici. Inutile donc d’objecter que discuter de l’euro, vouloir le refaire ou en sortir fait rester au milieu du gué et nous laisse dans la capitalisme, on le sait ! et on l’assume, même si….il est des trajectoires de sortie de l’euro qui assurément entraînent des bouleversements de structures, notamment financières et bancaires, si profond que, à défaut de faire sortir pour de bon du capitalisme, elles en font assez bien prendre le chemin. Ce qui est vrai en tout cas est que « sortir du capitalisme » est plus facile à clamer qu’à penser. » Les 45 premières minutes de discussion autour du livre de Piketty et du capitalisme étaient donc intéressantes sur le plan intellectuel, mais donnaient une impression de très grande divergence entre eux.

Or, je pense pourtant que beaucoup de points les rapprochent, notamment la critique du capitalisme financier, mondialisé, inégalitaire et de l’Europe libérale, austéritaire et technocratique. C’est déjà un bon point de départ me semble t-il, même si la critique est une chose et les propositions que l’on en tire en est une autre. Et c’est vrai qu’il y a des différences dans les mesures préconisées, mais beaucoup d’entre elles sont complémentaires, Lordon cherchant surtout à remettre en cause la financiarisation de l’économie, et Piketty s’intéressant principalement à la fiscalité, nationale comme internationale. Ils ont aussi le trait commun de ne presque jamais évoquer la crise environnementale mondiale, comme l’a bien rappelé là encore Gadrey, ce qui donne un peu l’impression quegadurll’un comme l’autre voudraient finalement recréer le capitalisme des Trente Glorieuses, avec sa fiscalité très élevée pour les très riches, sa finance sous contrôle et des taux de croissance jamais vus depuis. Malheureusement, c’est un peu plus compliqué que ça, et c’est bien entendu dommage qu’ils n’en aient pas pris la mesure. Mais d’autres le font heureusement (Giraud, Gadrey justement), et après tout, à chacun sa spécialité et son domaine de compétence, ce serait aux partis politiques qui s’appuieraient sur leurs idées de tenter de proposer une vision globale intégrant les dimensions économiques, sociales et environnementales.

Quoi qu’il en soit, c’est bien entendu sur l’Europe, l’euro, la poursuite ou l’arrêt de la construction européenne que se situe la vraie divergence entre eux, bien plus que sur un éventuel renversement du capitalisme. Et ce débat-là est pour le coup fondamental, et aurait mérité 1h30 de discussion au lieu de seulement 12 minutes en fin d’émission (voir extrait vidéo), polluées en plus par l’intervention du ravi de la crèche libérale, Guy Sorman, venu nous jouer l’air pourtant éculé de la mondialisation heureuse. Car oui, l’un des débats majeurs à gauche du PS concerne l’Europe et l’euro : les critiques sur l’état actuel de l’Union européenne sont presque unanimement partagées, ainsi que les critiques sur l’austérité et la monnaie unique qui ne fonctionne pas. Mais il y a encore deux voies de sortie concurrentes de ce constat d’échec qui s’affrontent : la rupture nette avec la construction avec notamment sortie de l’euro, ou le changement de l’intérieur avecurfhfhlconstruction d’une Europe démocratique/sociale/politique. C’est un clivage qui fracture depuis longtemps la gauche critique et l’empêche de parler d’une seule et même voix, ce qui laisse la place libre à l’affrontement idéologique entre PS-UMP d’un côté, et FN de l’autre. Au sein même des Economistes attérés, on trouve cette ligne de clivage, idem au sein des partis de gauche (Front de gauche, Nouvelle Donne) et même au sein du parti Syriza, qui est aujourd’hui confronté beaucoup plus concrètement à la question, mais se divise en interne entre aile gauche qui assume une sortie de l’euro et aile plus centriste qui tient à l’appartenance à la zone euro et recherche encore le compromis.

De mon côté, je l’ai déjà dit, je pense que cette ligne de fracture n’est plus aussi nette qu’il y a 10 ans. Le vote de 2005 et son contournement, puis la crise de 2008 et ses conséquences en Europe avec l’austérité, le TSCG, la Troïka, la violence sociale infligée aux pays du Sud, ont amené un certain nombre d’intellectuels et économistes à évoluer voire à revenir sur leur position pro-europe fédérale et euro. L’exemple le plus connu est celui de feu Bernard Maris, qui en 2014 expliquait s’être trompé  sur la monnaie unique qui devait nous mettre sur la voie d’une Europe fédérale, d’une Europe unie. Or l’union n’est jamais venue et au final, pour Maris, « soit on reste dans l’euro – et onchurlaccepte qu’il n’y ait plus aucune industrie en France – soit on sort de l’euro et on sauve ce qui peut être sauvé ». Et le cas Maris est loin d’être unique, Steve Ohana par exemple que j’avais interviewé (voir ici) reconnaissait aussi ne plus croire en la possibilité de construction d’une Europe fédérale, en tout cas à court et moyen terme : « Au final, je pense que ça ne se fera pas, la dynamique interne des opinions publiques est trop divergente pour espérer aller vers le fédéralisme. Il y a une radicalisation en Allemagne sur le thème de l’austérité et des transferts, et de plus en plus de désespérance et de révolte sociale en périphérie, avec une montée en puissance des partis eurosceptiques, souverainistes et anti-élites. Des forces politiques centrifuges se sont déchaînées et gonflent sous l’effet de leur propre logique. En fait, je pense que le TSCG a tué le fédéralisme dans l’œuf, c’est une logique individuelle qui l’a emporté avec des règles à respecter pour chacun, on a quitté la sphère de la coopération. » Des gens comme Jacques Généreux au Parti de Gauche ont également durci leur discours sur l’euro depuis plusieurs années et les idées évoluent dans ce sens au sein de ce parti. Récemment, une motion intitulée « Clarté et courage politique » a recueilli 45% des votes sur des positions de rupture très assumées : « …si le cadre de l’Union européenne nous place dans l’incapacité d’appliquer notre mandat populaire, il faudra alors sortir de l’Euro et de l’UE. Cette décision sera soumise à référendum car elle nécessite le plus large soutien populaire possible ». A Nouvelle Donne, reprenant des réflexions qui ont lieu en Grèce sur la double monnaie, des discussions ont lieu sur la création d’un euro-franc. D’ailleurs même Piketty d’une certaine façon semble prêt, sans vraiment l’assumer, à une vraie rupture avec la construction européenne : il dit dans l’émission qu’il n’est pas envisageable d’évoluer vers une Europe politique et sociale à 27 pays, ni même à 16, et qu’il faut donc envisager d’aller plus loin avec seulement quelques pays qui le souhaitent. C’est dit avec un ton tranquille et posé, mais enfin, il s’agirait malgré d’une vraie rupture avec la construction menée depuis 50 ans, les élargissements successifs, les Traités aujourd’hui en place, etc.. Une rupture qui n’a presque rien à envier avec les mesures envisagées par des Lordon ou des Sapir.

En tout cas, il me semble que les seules divergences qu’il reste aujourd’hui sont de l’ordre de la tactique et de la stratégie : faut-il porter dès à présent un discours clair de rupture avec la construction européenne et l’euro, qui laisse la possibilité de reconstruire plus tard quelque chose de commun avec un groupe de pays à définir, ou faut-il prôner l’instauration d’un rapport de force avec les institutions européennes et  l’Allemagne pour leur laisser une dernière chance d’accepter des changements de fond, tout en gardant sous le coude l’option de la rupture ? Et derrière ça, il reste à mon sens un élément central à trancher pour que tous ces économistes parlent d’une même voix et que les partis de gauche critique s’en saisissent (éventuellement en se regroupant eux-aussi) pour porter un discours clair et convaincant : la possibilité de faire changer l’Allemagne sur ses principes fondamentaux de politique économique (Banque centrale indépendante, rigueur budgétaire, monnaie forte, surveillance par les marchés, etc). Lordon, Todd, Sapir et d’autres répondent non par exemple, Piketty pense encore que oui, mais fournit assez peu d’arguments convaincants. Il s’en sort dans l’émission de Taddéi en reprochant à Lordon d’être trop pessimiste sur la possibilité de faire bouger l’Allemagne, mais c’est un peu léger. Mélenchon est encore sur cette ligne du rapport de force à instaurer lui aussi, comme il l’explique dans son dernier livre sur l’Allemagne justement, « Le Hareng de Bismark », critiqué avec justesse par Jacques Sapir sur son blog. En ce qui me concerne, psionpour toute une série de raisons que Lordon parmi d’autres a souvent rappelées, je ne pense vraiment pas qu’un rapport de force ferait bouger l’Allemagne sur ses principes et valeurs principales. Mais je pense en plus que, de toute façon, ce discours-là est inaudible aujourd’hui, car c’est celui du PS depuis des années, lors des campagnes électorales. C’est comme pour l’Europe sociale : des dizaines d’années de promesses de réorientation de l’Europe (cf vidéo), de dialogue musclé avec l’Allemagne, à chaque fois trahies quelques jours après l’élection. Les gens n’y croient tout simplement plus.

Le coeur du débat est là en tout cas, et il devrait se poursuivre par tous les moyens car de toute façon, qu’on le désire ou non, il faut sans doute se préparer à de grands bouleversements en Europe dans les prochains mois, la possibilité d’un accord entre la Grèce et ses créanciers s’éloignant chaque jour. Daniel Schneiderman se demandait quelques jours après cette émission de Taddéi, si Arrêt Sur Images devait continuer à organiser sur son site de tels débats, qui selon lui planent un peu trop haut et sont déconnectés de la réalité des français. Je lui répondrais oui, plus que jamais, mais il faut placer d’entrée de jeu le débat sur l’Europe, l’euro, l’Allemagne, la souveraineté populaire. Les 12 minutes sur le sujet entre Lordon et Piketty auraient mérité une émission entière de 1h30, et il faudrait le refaire dans différents lieux, dans des conférences, devant des publics variés. Avec l’objectif au final de dégager un programme commun de rupture, avec un discours et une stratégie plus clairs et convaincants, qui permettent de ne pas laisser le monopole de l’opposition à l’hégémonie centriste-européiste au FN. Car comme le rappelait Todd dans un débat avec Lordon en 2013, il est plus qu’urgent que tous les intellectuels de la gauche critique, malgré leurs divergences, parviennent à se parler et à construire une alternative ensemble :« Evidemment, les chercheurs qui ont résisté au conformisme de la pensée zéro sont de fortes têtes, de vrais individualistes. Cent penseurs originaux divisés n’auront jamais la force de frappe politique de 100 inspecteurs des finances récitant sans relâche des recettes apprises sans être comprises il y a trente ans.  L’urgence, pour la contestation, est donc une unification minimale, un débat entre dissidents qui aboutisse à un programme commun de sortie de l’impasse. Et puis les citoyens doivent savoir que Jacques Sapir, Jean-Luc Gréau, Paul Jorion, Pierre-Noël Giraud, Gaël Giraud, Christophe Ramaux, et Frédéric Lordon, pour n’en citer que quelques-uns, sont des types compétents et raisonnables, pas seulement des rebelles, et que réciproquement Moscovici, Sapin et tant d’autres énarques sont des incompétents déraisonnables. Avec Lordon, nous ne sommes pas particulièrement proches idéologiquement, mais nous donnons l’exemple. » Pas sûr cela dit que le dernier bouquin de Todd permette d’aller sur la voie de cette recherche de compromis entre intellectuels critiques du système, mais c’est un autre sujet…

Publié par Michel El Diablo

Les RETRAITES EN OR assurées à des PATRONS ruineux

Les RETRAITES EN OR assurées à des PATRONS ruineux

La dégradation des conditions de vie des retraités, contre laquelle huit organisations (1) ont manifesté le 17 mars 2015, épargne certains. Les pensions des grands patrons atteignent des montants faramineux, ponctionnés sur les fonds des entreprises. Les riches héritiers font mieux: l’heure de la « retraite » sonne sans qu’ils aient travaillé.

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Un pouvoir d’achat qui fout le camp, des soins toujours plus coûteux, un accompagnement indigent des personnes vieillissantes ... rien ne va plus pour les retraités! Les salariés toujours en activité ne sont pas mieux lotis. Au fil des réformes de la retraite de base et des exigences patronales qui dominent les négociations sur les retraites complémentaires obligatoires ARRCO et AGIRC , la possibilité de bénéficier d’une pension correcte à un âge décent s’éloigne toujours plus. Qu’on y soit ou que l’on coure après, la retraite devient synonyme de galère.

Pas tout à fait pour tout le monde, cependant. Quelques chanceux bénéficient d’une retraite « surcomplémentaire » par capitalisation, dite « à prestations définies». Du toutconfort: c’est l’entreprise qui paie les cotisations et, quoi qu’il arrive sur les marchés financiers, le montant de la future pension est assuré.

Dans le langage courant, on appelle ça une « retraite chapeau». À en croire les compagnies d’assurances, plus d’un million de salariés seraient couverts par de tels contrats.

Selon les statistiques du ministère des Affaires sociales, 205 000 personnes touchaient en 2012 une telle pension, soit environ 1,3 % des retraités. Peu de monde. Quant au « chapeau », il n’a pas la même largeur pour tous: 41 % de ces heureux élus touchaient moins de 500 euros par an, 43 % de 500 à 4 999 euros et 16 % plus de 5 000 euros.

36 MILLIARDS D’EUROS PRÉVUS

Et c’est là que commence l’infini! Entre les quelques centaines voire quelques milliers d’euros annuels, certes fort bons à prendre, d’excadres plus ou moins supérieurs et les rentes stratosphériques des dirigeants du CAC 40, on change de dimension. Selon le rapport demandé fin 2014 à l’Inspection générale des finances et à l’Inspection générale des affaires sociales par le ministre de l’Économie Emmanuel Macron – qui faisait mine alors de vouloir en finir avec ce système –, « seulement 50 personnes » jouiraient d’une rente annuelle de plus de 300 000 euros, dont quelques-unes de montants très supérieurs.

 

LES PDG DE DANONE ET DE L’ORÉAL PERCEVRONT 125 000 EUROS PAR MOIS POUR LEURS VIEUX JOURS, SOIT PLUS DE 96 FOIS LA RETRAITE MOYENNE D’UN SALARIÉ.

 

Périodiquement, un chiffre émeut l’opinion. Les 830 000 euros annuels promis à Gérard Mestrallet quand il quittera la direction de GDF Suez, ce qui, s’ajoutant à ses retraites de base et complémentaire obligatoires, lui assurera 77 000 euros par mois pour ses vieux jours, soit 59 fois la pension de retraite moyenne. Les 742 000 euros annuels d’Henri Proglio au titre de ses fonctions à la tête de Veolia touchés dès 2012 alors qu’il était encore à la tête d’EDF. Les quelque 500 000 euros annuels de Baudouin Prot, ex-numéro un de BNP Paribas, poussé dehors en septembre dernier après l’amende colossale due par la banque aux États-Unis pour violation d’embargo. Les 347 000 euros annuels empochés par l’ex-PDG de France Télécom (devenue Orange), Didier Lombard, pourtant mis en examen dans l’enquête sur les 35 suicides de salariés de l’entreprise entre 2008 et 2009. Ou encore les 330 000 euros annuels promis à Philippe Varin, révélés en 2013 au moment où il sabrait 11 000 emplois (dont la fermeture de l’usine d’Aulnay) chez PSA. Plombé de pertes soi-disant abyssales, aidé par l’État qui a fini par entrer au capital, le groupe avait provisionné 21 millions d’euros pour la retraite dorée du patron.

 

Du normal dans ce monde-là! Au total, les entreprises – grands groupes essentiellement – avaient provisionné, fin 2012, 36 milliards d’euros pour les retraites chapeaux de leurs dirigeants – y compris les miettes réservées aux cadres. Et la fête peut continuer. Loin de supprimer les retraites chapeaux, la loi Macron a juste posé quelques bornes.

 

Quant aux droits acquis des patrons en place , il n’est semblet-il pas prévu d’y toucher. Franck Riboud (Danone) ou Jean-Paul Agon (L’Oréal) sont déjà assurés de 125 000 euros mensuels pour leurs vieux jours, soit plus de 96 fois la retraite moyenne d’un salarié. 

 

RETRAITÉS DE NAISSANCE

Une simple reconnaissance des « talents » et des « compétences », vous diront les défenseurs du système, oubliant que bien des talents et bien des compétences n’ont pas droit aux mêmes égards. Mais bon, soyons beaux joueurs, certains patrons – certes très rarement issus de milieux populaires – ont travaillé et fait carrière. D’autres ont plus de chance encore. Ils sont, comme le remarque la sociologue Monique Pinçon- Charlot, des « retraités de naissance». Des héritiers grandis au soleil de fortunes familiales, accumulées de génération en génération, dont les fruits leur tombent dans le bec dès les premiers jours de leur vie.

Bien sûr ils s’occupent, siègent à des conseils d’administration, président l’entreprise familiale, mais gardent tout loisir de se consacrer à leurs passions. La chasse pour Benjamin de Rothschild, né en 1963 à Neuilly, 20 e fortune de France selon le magazine « Challenges » (fortune financière hors demeures, œuvres d’art ...) avec 2,9 milliards d’euros, président du Groupe Edmond de Rothschild depuis la mort de son père en 1997.

Les courses automobiles pour François Perrodo, né en 1977, 13 e fortune de France avec 5,1 milliards d’euros, président de la compagnie pétrolière Perenco depuis la mort en 2006 de son père, qui en était fondateur. Le piano et l’écriture pour Françoise Meyers, fille de Liliane Bettencourt, elle-même 10 e fortune mondiale et 1 re Française (avec 24 milliards d’euros de fortune financière) selon le classement 2015 du magazine « Forbes». En 1992, alors que Françoise avait 39 ans, sa mère lui a transmis l’essentiel de son patrimoine: participations dans L’Oréal, hôtel particulier à Neuilly ... Mais en nuepropriété seulement, Liliane en garde la jouissance et les profits. Malgré leurs relations houleuses, elle a toujours reçu de beaux cadeaux (un duplex notamment) et de quoi vivre.

Comme sa mère, Françoise se sera contentée de siéger au conseil d’administration de L’Oréal, mais son mari y a fait une belle carrière.

(1) L’UCR-CGT, UCR-FO, UNAR-CFTC, SFRN-FSU, UNIR-Solidaires, UNRPA- Ensemble et solidaires.

 

LE TOP 10 DES RETRAITES CHAPEAUX PROMISES AUX PATRONS DU CAC 40 (MONTANT BRUT ANNUEL DE LA PENSION LORS DU DÉPART EN RETRAITE)

DANONE. Franck Riboud, 1 583 424 euros.

L’ORÉAL. Jean-Paul Agon, 1 560 000 euros.

AXA. Henri de Castries, 1 056 000 euros.

CAPGEMINI. Paul Hermelin, 858 000 euros.

AIRBUS GROUP. Thomas Enders, 840 000 euros.

GDF SUEZ. Gérard Mestrallet, 831 640 euros.

CRÉDIT AGRICOLE. Jean-Paul Chifflet, 688 800 euros.

RENAULT. Carlos Ghosn, 687 375 euros.

LVMH. Bernard Arnault, 630 000 euros.

LAFARGE. Bruno Lafont, 620 207 euros.

(Source: Prixinvest/« Les Échos». À partir des doc. de référence 2013)

 

RETRAITES CHAPEAUX : ENCADRÉES ... MAIS PAS TROP !


Loin de supprimer les retraites chapeaux, la loi Macron (article 64 bis) se contente de poser quelques garde-fous: conditionnement du versement de la pension à la « performance » de la société pendant la carrière du bénéficiaire; approbation annuelle par le conseil d’administration; plafonnement à 3 % par an de l’accroissement des droits à pension; limitation de la vitesse d’acquisition de la pension à un taux de remplacement (1) de la rémunération annuelle de 3 % par année de présence dans l’entreprise. Mais comment évalue-t-on la « performance » ? De quelle « rémunération annuelle » s’agit-il ? Fixe ? Fixe et variable ? Sachant qu’un patron du CAC 40 gagne en moyenne 2,9 millions d’euros par an, il pourra toujours empocher 90 000 euros annuels de pension en 10 ans de carrière ... assortis d’un petit portefeuille d’actions gratuites – la fiscalité sur leurs plus-values vient fort à propos d’être allégée par la loi Macron ...

(1) Rapport entre le salaire et la pension de retraite.

SOURCE:

 

Sommes-nous à la veille d’une crise monétaire mondiale sans précédent ?

 
Par Michael Snyder

lundi 16 mars 2015, par Comité Valmy

 

Image Credits : kjgarbutt, Flickr

 

Sommes-nous à la veille d’une crise monétaire mondiale sans précédent ?

 

La dernière grande ruée sur le dollar américain, la mort de l’euro et 74 mille milliards de dollars en instruments dérivés en péril

 

Le mardi 10 février 2015, l’euro est tombé brièvement en-dessous $1,07 pour la première fois en près d’une douzaine d’années. Et le dollar américain continue de monter contre presque toutes les autres devise majeures. L’indice du dollar américain a augmenté de façon incroyable, 23% en seulement huit mois.


C’est le rythme d’augmentation le plus rapide depuis 1981. Vous pourriez être tenté de penser qu’un dollar plus fort est une bonne nouvelle, mais ce n’est pas le cas.

 

Un dollar américain fort fait souffrir les exportations américaines, nuisant ainsi à notre économie. En outre, la faiblesse du dollar américain a alimenté l’expansion considérable des marchés émergents autour de la planète au cours de la dernière décennie.

 

Lorsque le dollar devient beaucoup plus cher, il devient beaucoup plus difficile pour ces pays d’emprunter davantage et de rembourser les anciennes dettes. En d’autres termes, le boom des marchés émergents est en train de devenir un fiasco. Non seulement cela, mais il est important de garder à l’esprit que les institutions financières mondiales parient une énorme quantité d’argent sur les mouvements de devises.

 

Selon la Banque des règlements internationaux, 74 trillions de dollars en dérivés sont liés à la valeur du dollar américain, de l’euro et d’autres devises mondiales. Lorsque les taux de change commencent à valser sur les places financières, vous pouvez être assuré que quelqu’un là-bas est en train de perdre une énorme quantité d’argent. Si cette bulle de dérivés finit par imploser, il n’y aura pas assez d’argent dans le monde entier pour sauver tout le monde.

 

Vous rappelez-vous la dernière fois qu’une telle ruée sur le dollar américain s’est produite ?

 

Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessous, c’était à la mi-2008, et ce qui s’en est suivi a été la pire crise financière depuis la Grande dépression …

Un dollar américain qui augmente rapidement est extrêmement déflationniste pour l’économie mondiale dans son ensemble.

 

C’est un immense drapeau rouge, et pourtant presque personne n’en parle.

 

Pendant ce temps, l’euro continue sa descente aux enfers dans l’oubli …

 

Combien de fois l’ai-je dit ? L’euro se dirige vers le plus bas de tous les temps. Il va arriver à la parité avec le dollar américain, puis finalement il va descendre en dessous de la parité.

 

Cela va causer des maux de tête massifs dans le monde financier.

 

Les Européens tentent de guérir leurs problèmes économiques en créant d’énormes quantités d’argent neuf. C’est la version européenne de l’assouplissement quantitatif, mais cela a des effets secondaires très désagréables.

 

Les marchés commencent à réaliser que si la valeur du dollar américain continue d’augmenter, ce sera finalement très mauvais pour les marchés d’actions. En fait, la montée du dollar américain est citée comme la principale raison de la baisse de 332 points du Dow Jones mardi

Selon CNBC : La moyenne industrielle du Dow Jones a chuté de plus de 300 points en dessous de la moyenne mobile de l’indice sur 50 jours, effaçant les gains pour l’année. Le S&P 500 a également clôturé dans le rouge pour l’année et pulvérisé sa moyenne mobile à 50 jours, ce qui est un indicateur de la tendance du marché. Seul le Nasdaq s’est accroché à des gains de 2,61% sur l’année. « Il y a une préoccupation que l’énergie et la force du dollar soient en quelque sorte négatifs pour les actions », a déclaré Art Hogan, stratège de marché à Wunderlich Securities. Il a noté que la vitesse de la hausse du dollar était le plus grand indicateur du marché, en plus des préoccupations au sujet des données économiques et de la hausse des taux d’intérêt.

 

Et comme je l’ai mentionné ci-dessus, lorsque le dollar monte, les biens et services que nous exportons à d’autres nations deviennent plus chers pour elles, ce qui fait du mal à nos entreprises.

 

C’est si fondamental que même la Maison Blanche le comprend …

 

Malgré les assurances de la Fed disant qu’un renforcement du dollar est positif pour les emplois américains, la Maison Blanche a publié la déclaration suivante : « Le renforcement de l’USD est un vent contraire pour la croissance américaine. »

 

Mais, encore plus important, un dollar américain puissant rend plus difficile pour les marchés émergents du monde entier d’emprunter de nouveaux fonds et de rembourser les anciennes dettes. C’est particulièrement vrai pour les pays qui dépendent fortement des exportations de matières premières.

 

La situation devient particulièrement affreuse pour les économies de marché qui produisent des matières premières. Beaucoup de pays émergents comptent sur leurs ressources naturelles pour la croissance et n’ont pas encore développé les industries les plus avancées. Comme la valeur des produits de leur principale industrie baisse, les investisseurs étrangers suppriment les crédits disponibles, alors que leur monnaie est en baisse contre le dollar américain. Ils ne se trouvent pas seulement en difficulté pour payer leurs dettes – ils ne peuvent plus.

 

Il a été estimé que les marchés émergents ont emprunté plus de 3 trillions de dollars depuis la dernière crise financière.

 

Mais maintenant, le processus qui a créé le boom des marchés émergents commence à faire marche arrière.

 

L’économie mondiale est alimentée par des dollars bon marché. Donc, si le dollar américain continue d’augmenter, cela ne sera une bonne nouvelle pour personne.

 

Et bien sûr, la plus grande menace potentielle est la bulle de 74 trillions de dollars de produits dérivés de change qui pourrait finir par éclater à tout moment.

 

Les algorithmes informatiques sophistiqués que les institutions financières utilisent pour échanger des dérivés de change sont finalement basés sur des hypothèses humaines.

 

Lorsque les devises se déplacent très peu et que les eaux sont calmes sur les marchés financiers mondiaux, ces algorithmes ont tendance à travailler vraiment, vraiment bien.

 

Mais quand l’inattendu se produit, certaines des plus grandes sociétés financières dans le monde peuvent imploser du jour au lendemain.

 

Rappelez-vous ce qui est arrivé à Lehman Brothers en 2008. Des événements inattendus peuvent paralyser des géants financiers en quelques heures.

 

Aujourd’hui, il y a cinq banques américaines qui ont chacune plus de 40 trillions de dollars d’exposition totale aux produits dérivés de toutes sortes. Ces cinq banques sont JPMorgan Chase, Bank of America, Goldman Sachs, Citibank et Morgan Stanley.

 

En transformant Wall Street en un gigantesque casino, ces banques ont été en mesure de gagner d’énormes sommes d’argent.

 

Mais elles font constamment des exercices de haute voltige. Un de ces jours, leur addiction aux jeux téméraire va revenir les hanter, et l’ensemble du système financier mondial sera sévèrement touché.

 

Comme je l’ai dit tant de fois auparavant, les dérivés vont être au cœur de la prochaine grande crise financière mondiale.

 

Et grâce au mouvement sauvage des devises mondiales ces derniers mois, il y a maintenant plus de 74 trillions de dollars dans les dérivés de change à risque.

 

Toute personne qui ne veut pas voir la difficulté à l’horizon en ce moment est volontairement aveugle.

 

Michael Snyder 
– Le 11 mars 2015 – Source infowars

Traduit par jj

5 février 2015

L'Economie Sociale et Solidaire, panacée ou palliatif ?

 

L’Economie Sociale et Solidaire se nourrit de l’austérité qui elle-même génère le  chômage, la précarité et des exclusions,  la casse des acquis sociaux  mais n’offre pas les mêmes garanties en matière d’emplois, de pouvoir d’achat et de protection en matière de santé sauf pour ceux qui peuvent se permettre de payer plus, les autres galèrent jusqu’à tendre la main pour survivre…

 

Dans sa publication de décembre  le conseiller général de Sainte Geneviève de Bois  affirmait que  l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) serait un gisement d’emplois d’avenir, et pour cause, sans s’interroger sur les raisons de la stagnation du PIB qui ramené à l’habitant, dans un pays à forte croissance démographique,  est resté à un niveau inférieur à ce qu’il était à la fin du siècle dernier.

 

Dans le même  temps le décile supérieur s’en approprie une part toujours plus importante alors  que le nombre des chômeurs, des exclus ou en voie de l’être ne cesse d’augmenter. Sans vergogne l’apatride Manuel Valls va jusqu’à en faire un argument de vente de notre appareil productif aux entreprises étrangères.

 

Ainsi en termes de salaire, de temps de travail, de flexibilité les travailleurs de France seraient à l’en croire les plus compétitifs de l’Union Européenne. D’ailleurs il s’active pour qu’il en soit ainsi mais ça ne fait que faire croître le  chômage et des déficits. Les autres faisant de même il n’y a que des perdants.

 

Rappelons ensuite que l’ESS   est l’aboutissement d’un long processus, commencé il y a des milliers d’années par des solidarités inter individuelles   sans lesquelles l’Humanité, qui peine à s’extirper de la barbarie au point de s’y engluer comme dans des sables mouvants, n’aurait pu parvenir  au stade de développement actuel, qu’il convient cependant de relativiser.  Considéré par certains comme étant annonciateur  d’une aube nouvelle, il a toute les caractéristique d’une plongée aux enfers  pour les générations futures, qui  après avoir grappillé les faibles reliefs que leur octroie  la société de consommation  pourraient, faute de lucidité et de réactions rapides,  se retrouver dans les grottes originelles, environnées  de ruines après un séjour sous les ponts de Paris, ou d’ailleurs, pour avoir des  acquis sociaux, cautionné la disparition.

 

Beaucoup se croient encore préservés car, c’est bien connu, ça n’arrive qu’aux autres.

 

Certes il ne s’agit pas de nier le dévouement dont font preuves ces millions de bénévoles, l’équivalent de 950 000 emplois temps plein, qui tentent sur le terrain de soulager la misère et la souffrance : Le Secours Populaire, le Secours Catholique, la Samu social, les resto du cœur  les associations les plus médiatisées, mais il y en a d’autres, toutes répertoriée au sein de l’économie sociale et solidaire, qui s’épuisent face à l’explosion des besoins. D’ici à les représenter comme porteuses de solution d’avenir il y un pas impossible à franchir.

 

Tous  les arguments son bons. Les tenants de la « modernité passéiste », de droite comme de gauche

 

dénaturent  les bilans, les manipulent,  gonflent celui de l’ESS, en lui imputant des emplois qui ont peu,  ou rien à voir avec elle. En  bref donnent dans l’autosatisfaction au mépris d’une dure réalité dont ils portent la responsabilité mais sont incapables de proposer la moindre alternative.

 

 C’est la démarche relayée par les élus du Val D’orge, le conseiller général du canton de Sainte Geneviève des Bois, auquel Villiers sur orge vient d’être rattaché.

 

Notons tout d’abord que  les 2 300 000 emplois au niveau national dont monsieur Petitta fait état dans une de ses dernières publication ne sont l’équivalent que d’à peine  2 000 000  temps complets car dans ce secteur règne le temps partiel et la précarité. :

 

Soit  9, 46 %  des emplois en France ( 6 à 6,5 % selon le rapport Fremeaux) dont de nombreux territoires ont été désertés par les services publics mais seulement    6,0 % en Ile de France ou sont implantées nombre d’associations dont le champ d’action couvre l’hexagonel. Mais, comme on le verra plus loin  une analyse plus fine fait  encore baisser le ratio.

 

Il ne précise pas au sein les  600.000 emplois qui seraient à pourvoir à horizon 2020 quelle  est la fraction  qui sera consacrée aux  besoins non satisfaits, ceux  à venir du fait du vieillissement de la population, quels sera le nombre de remplaçants destinés à compenser les départs à la retraite  d’un effectif vieillissant, ceux consécutifs à la poursuite de l’érosion de notre système de protection sociale. C’est la bouteille à encre mais c’est encore électoralement porteur.

 

Selon les chiffres avancés par le rapport rapport Fremeaux remis en 2013 à Bernard Hamon le PIB de l’ESS tournerait autour de 6,5 % et non pas 10%. La raison est la conséquence de la faiblesse des rémunérations en particulier dans le secteur associatif, de la précarité et du temps partiel.

 

A ce stade il convient de préciser que le PIB, tel que calculé est la somme des valeurs ajoutées, quelle que soit la nature des activités, de celles qui sont productrices de bien de consommation, les véritables richesses  (Agriculture,  production industrielle et manufacturière), comme de celles qui les utilisent, c'est-à-dire les consomment : Une pandémie peut faire croître le PIB par contre elle vide les caisses de la sécurité sociale.

 

En outre l’ESS, telle que répertoriée, est un fourre tout qui regroupe des activités qui n’ont rien ou peu à voir ni avec le social ni avec  la solidarité stricto sensu.

 

Résumons :

1 Agriculture, sylviculture et pêche

2 Industrie + construction

3 Industrie + construction dont industries alimentaires, boissons, tabac

4 Commerce, transports, hébergement et restauration

5 Activités financières et d'assurance

6 Information et communication, activités immobilières, soutien aux entreprises

7 Administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale

8 Autres services dont arts, spectacles et activités récréatives

Réparties en Ile de France comme suit mais le raisonnement vaut également au plan national:

 

 

Coopératives¹

Mutuelles ²

Associations

Fondation ³

Effectifs salariés

en ETP

288 926

116 888

1 514 375

61 769

 

1   Sur 1700 coopératives seulement 170 sont de production, les seules qui créent réellement des richesses, les autres les utilisent. 1220 sont de crédits, ce serait sans doute trop exiger des banques qui spéculent à grande échelle

 

2  440 mutuelles sont régies par le code de la mutualité 370 par le code des Assurances. Pour les premières il s’agit de solidarité  pour les autres de faire du fric. Elles se développent  au rythme de l’érosion des recettes de la sécurité sociale, mais ne couvrent que ceux qui peuvent encore payer les autres se soignent moins…

 

3  Sur la création et le financement des fondations voir ici

 

Pour plus de précisions Il convient également de se reporter sur :

Dossier INSEE : Regards sur l'économie sociale et solidaire en Ile de France (2010

 

Ou encore les tableaux de l'insee pour 2012

 

Statistiques 2012 Ile de France

L’économie sociale et solidaire en Ile de France en 2012 (Insee)

Nature

1 Agriculture, sylviculture et pêche

2 Industrie + construction

3 Industrie + construction dont industries alimentaires, boissons, tabac

4 Commerce, transports, hébergement et restauration

5 Activités financières et d'assurance

6 Information et communication, activités immobilières, soutien aux entreprises

7Administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale

8 Autres services dont arts, spectacles et activités récréatives

Coop : Coopérative – Mut : Mutuelle ­­- Assoc : Association - Fond : Fondation

Effectif salarié de l'économie sociale, en équivalent temps plein, par famille de l'économie sociale et par secteurs d'activités Ile de France 2012

Secteur

Coop

Mut

Assoc

Fond

Total

économie

sociale

Hors

 économie

sociale

Total

1

c

0

c

0

200

5049

5249

2+3

2781

c

257

c

3038

687534

690545

3

 

0

 

0

 

40199

40242

4

4 605

c

3999

c

9246

1170841

1180087

5

19 692

17058

c

c

39413

609080

612611

6

2 664

152

11373

3934

18123

271148

310561

7

327

4329

162181

16071

183108

1222876

1240999

               
               
               

8

c

0

70810

c

72588

70509

173063

8bis

c

 

21973

c

22267

134369

206967

               

Total

30273

21904

251405

22107

325689

5121375

5447064

               

c : données confidentielles

Champ : postes de travail dans l'année (hors intérimaires)

Source : Insee, Clap

Répartition des l’emplois de l’économie Sociale et solidaire par rapport au total des emplois

en Ile de France

 

1+ 2+ 3 Agriculture, sylviculture et pêche,  Industrie + construction

< 0, 06    %

3 Industrie + construction dont industries alimentaires, boissons, tabac

 

4  Commerce, transports, hébergement et restauration

0, 17    %

5 Activités financières et d'assurance

0,723  %

6 Information et communication, activités immobilières, soutien aux entreprises

0, 332  %

7 Administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale

3, 35  %

8 Autres services dont arts, spectacles et activités récréatives

1, 33   %

Total

5, 965  %

 

Très loin des chiffres annoncés, d'autant qu'en poussant un peu l'analyse  la part de l'économie apparaît négligeable. A suivre...

 

Jack Freychet

Procès par contumace

Publié le 14 Janvier 2015

Faites entrer

monsieur Boris Vian

témoin de moralité

Procès par contumace

 

A regarder mais surtout à écouter... jusqu'au bout du dernier couplet.

 

Hommage ? Oui, mais pas n'importe comment :

 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Bernard Maris a terminé sa carrière universitaire à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8, dont la directrice fut longtemps Mireille Azzoug.

Elle lui rend ici hommage.

Bernard Gensane

Né à Toulouse le 23 septembre 1946, Bernard Maris, professeur des universités, économiste, essayiste et chroniqueur au journal Charlie Hebdo, nous a quittés ce mercredi 7 janvier 2015. Il a été froidement exécuté, avec neuf autres membres de l’équipe de ce journal et deux policiers, par des tueurs barbares qui s’en sont pris à la liberté de la presse, à la liberté de penser, aux valeurs fondamentales de la démocratie, de la République et de l’humanité.

 

Notre peine est immense, notre indignation et notre colère aussi.

 

Bernard Maris était non seulement l’un de nos collègues, c’était, pour beaucoup d’entre nous, un ami, un économiste brillant, un enseignant de talent. Un chercheur aussi, doublé d’un essayiste à la plume élégante, féru de poésie et de littérature – il fut aussi auteur de romans. Un humaniste érudit qui s’intéressait aussi bien à l’histoire, à la sociologie et à la psychologie qu’à la psychanalyse ou la rhétorique, disciplines dont il nourrissait son approche de l’économie.

 

Il se trouva parfaitement dans son élément lorsqu’il fut nommé, en 1999 (jusqu’à son départ à la retraite en 2012), professeur à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8, celui-ci ayant mis la pluridisciplinarité au centre de ses enseignements et de ses recherches. Il y dirigea pour un temps le doctorat d’études européennes et le Centre d’études des mutations en Europe.

 

Bernard Maris séduisait son auditoire par l’originalité et la hardiesse de sa pensée, rétive à toute orthodoxie, par la clarté pédagogique de son exposé, qui ne sacrifiait en rien la finesse et la sophistication de l’analyse. Il enseignait avec brio le fonctionnement des marchés financiers, les rouages de l’économie financière et boursière, l’économie du développement durable, l’économie européenne. Il savait mettre au jour la rhétorique de l’économie et sa fonction de légitimation du discours dominant.

 

À Charlie Hebdo, c’était Oncle Bernard, avec ses chroniques à l’humour décapant et son art de la dérision. Humaniste, libre penseur, anticonformiste, antimonétariste, ennemi de la financiarisation de l’économie, du productivisme, il s’en prenait aux poncifs du néolibéralisme débités dans les discours prétendument « experts » des économistes gourous, qu’il tenait en piètre estime.

 

Rebelle aux orthodoxies, il voulait redonner à l’économie ses lettres de noblesse, celles du politique. Il admirait Keynes, qu’il convoquait souvent dans ses analyses. Ce qui le séduisait chez celui qu’il appelait l’économiste citoyen, c’était d’avoir su remettre l’économie à sa place, qui est d’être un outil au service de l’humanité. Dans l’ouvrage qu’il lui a consacré, Keynes ou l’économiste citoyen, Bernard Maris écrit : « Keynes est un pur économiste. C’est-à-dire qu’il ne peut envisager la réflexion économique sans l’art, la politique, le bien-être. [...] On ne peut comprendre l’économiste Keynes, entrer dans une pensée diverse, riche, contradictoire, mais indiscutablement la plus grande pensée économique du siècle, en dissociant un seul instant les mots « économie » et « civilisation ». Voilà pourquoi l’économie de Keynes est d’une brûlante actualité, bien au-delà des « politiques de relance », des « baisses du taux d’intérêt », des recettes pour cuisines de ministères ou des ponts aux ânes pour étudiant en macroéconomie. Quel économiste aujourd’hui pense à la Cité ? Aucun. » (Ou presque aucun, car quelques-uns sauvent quand même l’honneur).

 

Directeur adjoint de la rédaction de Charlie Hebdo, collaborateur à Marianne, aux Échos, au Nouvel Observateur, au Monde, chroniqueur à France Inter, très souvent invité sur les plateaux de télévision, il développait partout ses analyses décapantes et lucides avec un humour facétieux et une bonhomie tranquille et joviale. Jacques Sapir a pu dire de lui, dans l’hommage qu’il lui rend, « qu’il reste un modèle d’économiste citoyen ».

 

Ce droit à la critique, ce devoir d’irrespect sans lesquels il n’y a pas de liberté, lui ont valu la mort, comme à ses confrères de la rédaction de Charlie Hebdo, à une époque où il n’est plus tolérable de mourir pour des idées.

 

Mais les idées qu’il a semées ne sont pas mortes pour autant : il nous les lègue en héritage. Et pour que celui-ci perdure, il nous suffit de lire ou relire ses nombreux ouvrages, ses articles, ses chroniques dans Charlie Hebdo ou d’écouter les enregistrements de ses interventions sur la Toile.

 

Nous sommes tous Charlie et nous le resterons !

 

Mireille Azzoug
Directrice honoraire de l’Institut d’études européennes Maître de conférences hors classe retraitée

URL de cet article 27754 
Thomas Piketty refuse d’être honoré par le gouvernement
 

L'économiste dont le livre Le Capital au XXIe siècle est un succès planétaire, a indiqué qu'il refusait sa promotion au rang de chevalier de la Légion d'honneur.

"Je viens d’apprendre que j’étais proposé pour la Légion d’honneur. Je refuse cette nomination car je ne pense pas que ce soit le rôle d’un gouvernement de décider qui est honorable", a déclaré M. Piketty à l’AFP, ajoutant : "Ils feraient bien de se consacrer à la relance de la croissance en France et en Europe."

L’économiste figure dans la "promotion du 1er janvier" de la Légion d’honneur, publiée au Journal Officiel, nommé au rang de chevalier, aux côtés d’un autre économiste, le Prix Nobel Jean Tirole, qui est lui fait officier.

Le refus de M. Piketty intervient alors que son ouvrage, qui entend démontrer la tendance spontanée à une toujours plus grande concentration de la richesse entre quelques mains, s’est vendu à 1,5 million d’exemplaires.

Traduit en plusieurs langues, l’ouvrage est en particulier un phénomène d’édition aux Etats-Unis, où M. Piketty a été reçu par des conseillers du président Barack Obama.
L’accueil réservé au livre a été plus tiède en France, notamment de la part du gouvernement, malgré de très fortes ventes.

Un temps proche du Parti socialiste, l’économiste critique régulièrement la politique menée par le président François Hollande. Il regrette, entre autres, que ce dernier ait enterré sa promesse de campagne d’une profonde réforme fiscale, dans le sens d’une plus grande progressivité de l’impôt, un projet ardemment défendu par Piketty, dont il avait d’ailleurs débattu avec François Hollande, durant la campagne de 2012.

Dans la nouvelle promotion de ce titre d’honneur de la République publiée ce matin même, le nom de Piketty figure aux cotés de ceux de la volontaire de MSF, 29 ans, a été décorée "à titre exceptionnel", Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014, promu officier tout comme Jean Tirole, prix Nobel d’économie 2014, Artur Avila, lauréat de la médaille Fields 2014, fait chevalier mais aussi de ceux de l’homme d’affaires Pierre Bergé, président du conseil de surveillance du Monde, le journaliste Robert Namias, Jack Lang, actuel président de l’Institut du Monde Arabe, Bernard Murat, directeur du théâtre Edouard VII et l’actrice Mimie Mathy, Henri Proglio, qui va prendre la présidence du groupe d’électronique de défense Thales, Frédéric Saint-Geours, l’ex-président de l’UIMM, Jean-Paul Claverie, directeur du mécénat de LVMH....

 

On s’étonne qu’aucun administrateur du Grand Soir n’ait été proposé (N. de M.D.)

»» http://www.humanite.fr/thomas-piketty-refuse-detre-honore-par-le-gouve...
URL de cet article 27700 

2015: Une année charnière pour des crises économiques et financières et des guerres ?

Mondialisation.ca, 31 décembre 2014
 

crise économique

« Le patriote dangereux : “Celui qui verse dans le chauvinisme et fait montre d’un enthousiasme aveugle pour les actions militaires. Il se fait l’apôtre du militarisme et des idéaux de guerre et de gloire. Le chauvinisme est une forme orgueilleuse et belliqueuse de patriotisme, . . laquelle cible de nombreux ennemis avec qui on ne peut traiter que par la force militaire et qui confond honneur national et victoires militaires. » – James A. Donovan (1916-1970), avocat américain et commandant de la Réserve de la Marine des États-Unis

« Là où existe une concentration du pouvoir entre quelques mains, trop souvent ce sont des hommes avec une mentalité de gangsters qui prennent le contrôle. » - Lord Acton (1834-1902) (John E. Dalberg), historien catholique anglais, homme politique et écrivain

« Si vous souhaiter la guerre, adoptez une doctrine. Les doctrines sont les plus effroyables tyrans auxquels les hommes peuvent être assujettis. » – William Graham Sumner (1840-1910), universitaire américain

« La grande règle de conduite pour nous en ce qui concerne notre politique étrangère est d’accroître nos relations commerciales, mais d’avoir avec les pays étrangers le moins de rapports politiques que possible. … Notre véritable politique [étrangère] consiste à éviter les alliances permanentes avec quelque partie que ce soit du monde extérieur. » – George Washington (1732-1799), premier président des Etats-Unis, (1789-1797), Discours d’adieu, 1796

De nos jours, des néoconservateurs (‘‘Neocons’) militaristes exercent un contrôle quasi complet sur le gouvernement américain derrière la façade de quiconque est le président en poste. En effet, on les retrouve derrière les politiques du Département d’État, du Pentagone, du Trésor américain et de la banque centrale américaine. Ils sont ainsi en mesure d’influencer et de dicter la politique étrangère, la politique militaire, les politiques économiques et financières et la politique monétaire des États-Unis.

Ce n’était guère le cas avant l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Ronald Reagan (1981-1989) alors que celui-ci adopta une « politique étrangère dite musclée » d’inspiration neocon, laquelle reposait sur l’interventionnisme militaire américain à l’étranger, la guerre perpétuelle, les renversements arbitraires de gouvernements étrangers, et une gouvernance mondiale impérialeexercée par les États Unis sur tout enjeu impliquant des intérêts américains et ceux de leurs alliés les plus proches.

Même s’ils s’en sont moins bien tirés sous l’administration de George H. Bush (1989-1993), alors qu’on les considérait comme les “cinglés au sous-sol”, les neocons américains sont remontés à la surface au sein du gouvernement américain de l’administration de Bill Clinton (1993-2001) en se faisant les architectes de la guerre du Kosovo menée par les USA et du démantèlement irresponsable de la loi Glass-Steagall qui mena à la crise financière mondiale de 2008.

Le coup de maître des néocons américains, cependant, fut de persuader le gouvernement de George W. Bush et de Dick Cheney de lancer l’invasion américaine (illégale) de l’Irak, en 2003, une guerre toujours d’actualité aujourd’hui et qui est même en pleine expansion, douze années plus tard. Ce sont eux également qui ont pondu la fameuse « Doctrine Bush » de la suprématie américaine unique, laquelle mettait de l’avant l’idée des guerres préventives (illégales) et celle du renversement par le gouvernement américain de gouvernements étrangers récalcitrants.

Les faucons néo-conservateurs américains ont longtemps véhiculé cette idéologie, surtout quand Paul Wolfowitz occupa le poste de secrétaire adjoint de la défense pour les politiques dans le gouvernement de George H. Bush (1989-1993), (même si ce dernier répudia publiquement leur doctrine), et aussi au moyen de divers rapports rédigés par un institut neocon surnommé « le Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC) » fondé par William Kristol et Robert Kagan.

En effet, après la chute de l’empire soviétique en 1991 et l’ère de paix qui s’ouvrait alors au monde, les néo-conservateurs se sont vite employés à combattre l’idée que les contribuables américains puissent profiter d’un certain « dividende de la paix ». À leurs yeux, il fallait plutôt que les États-Unis saisissent l’occasion créée par la chute de l’Empire soviétique pour consolider leur statut de seule superpuissance militaire mondiale. En conséquence, il ne fallait donc pas réduire les dépenses militaires américaines, mais bien plutôt les accroître. Leur but était ni plus ni moins de construire unnouvel Empire américain pour le 21ème siècle, sur le modèle de l’Empire britannique au 19 ème siècle.

En effet, suite aux événements du 9/11 et l’arrivée de George W. Bush à la Maison Blanche en 2001, Paul Wolfowitz, cette fois-ci en tant que sous secrétaire en titre à la Défense de Donald Rumsfeld, était en meilleure position qu’auparavant pour mousser l’idée d’augmenter les dépenses militaires américaines et pour formuler une nouvelle politique étrangère agressive pour les États-Unis.

Le fait le plus troublant, peut-être, était le fait que le PNAC avait publié un document en 2000, intitulé « Reconstruire les défenses de l’Amérique », (et dont Paul Wolfowitz fut signataire), lequel contenait une phrase énigmatique que seul un “nouveau Pearl Harbor” permettrait de faire accepter par le peuple américain les transformations dans la politique militaire américaine que le groupe néo-conservateur souhaitait. Et, comme par hasard, en septembre 2001, le “nouveau Pearl Harbor” se produisit sous la forme des attaques du 9/11.

Il en résulta, primo, la guerre en Afghanistan, pays où les terroristes du 9/11 (originaires de l’Arabie Saoudite et de quelques autres pays) s’étaient entrainés, et secundo, la guerre contre l’Irak, un pays nullement relié, même d’une manière éloignée, aux attentats du 9/11.

En ce début de 2015, les Néocons occupent des postes clés au sein de l’administration de Barack Obama et il ne faut  pas se surprendre que la politique étrangère des États-Unis ne soit guère différente de celle poursuivie par le gouvernement de George W. Bush. Ils s’emploient constamment à proposer des provocations, des affrontements, des conflits et des guerres. En fait, l’année 2015 pourrait bien être l’année où plusieurs des feux qu’ils ont allumés pourraient se transformer en conflagrations.

En voici quelques uns :

1-  Le risque d’une autre crise financière et économique majeure

Le président américain Barack Obama signa, le 21 Juillet 2010, une version déjà édulcorée de la loi Dodd-Frank de réforme de Wall Street et de protection des consommateurs afin d’enrayer la corruption financière qui conduisit à la crise financière de 2008. La nouvelle loi avait pour but de rétablir une partie des dispositions de la Loi “Glass-Steagall“ de 1933, laquelle fut en grande partie abolie par le gouvernement de Bill Clinton en 1999.  Le tout afin d’éviter que les méga banques et les grandes sociétés d’assurance se servent des dépôts assurés par l’État pour se monter une pyramide de paris risqués sur le marché des produits dérivés (swaps de défaut de crédit, swaps de matières premières, titres adossés à des dettes et d’autres produits dérivés risqués du même acabit.

Mais fait surprenant! Seulement quatre ans plus tard, le 16 décembre 2014, des lobbyistes et des avocats travaillant à plein temps pour les méga banques persuadèrent le Président Obama de signer un énorme projet de loi omnibus de plus d’un milliard de dollars, déguisé en un budget. Or, on y trouvait une disposition spéciale qui visait à supprimer la règle connue sous le vocable de “swaps push-out“, destinée à obliger les méga banques qui bénéficient d’une assurance publique pour leurs dépôts à créer des filiales séparées pour spéculer sur certains types de produits dérivés.

En d’autres termes, les méga banques américaines sont maintenant en mesure de spéculer avec les dépôts assurés par le gouvernement. Quand un tel château de cartes financier s’effondrera de nouveau est impossible à prédire, mais on peut raisonnablement être certain que cela arrivera, surtout si un choc politique ou économique grave allait frapper l’économie.

Je qualifierait ce jeu législatif de “casse-cou financier“ et j’appellerais l’abdication d’Obama face aux méga banques de geste de “lâcheté politique“. Car, ne nous méprenons point, on sait tous qui paiera pour les pots cassés quand cela se produira. Ce seront les gens ordinaires et certainement pas les méga banques, lesquelles ont réussi, après la crise financière de 2008, à transformer en argent sonnant la montagne de leurs titres insolvables, adossés à des créances, avec l’aide complaisante de la Fed.

L’économie américaine et celle de nombreux autres pays sont encore sous le choc de la crise financière de 2008, laquelle fut provoquée par des politiciens et des banquiers corrompus, avec leurs règlements laxistes ou inexistants et leurs programmes de spéculation excessive. De telles économies sont vulnérables et sensibles à des chocs financiers imprévus, essentiellement parce les ratios dette-revenu sont encore élevés dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis où le ratio d’endettement a atteint un sommet de 177 pour cent juste avant la récession économique de 2008-09 et où il se situe encore aujourd’hui à hauteur de 152 pourcent. (Historiquement, le ratio des dettes sur les revenus est demeuré bien en deçà de 90 pourcent.) Une hausse soudaine des taux d’intérêt pourrait donc avoir des conséquences néfastes pour plusieurs économies.

D’une part, il y a l’Union européenne (UE), la plus grande économie mondiale, laquelle est au bord du gouffre d’une récession économique. Cela est dû à plusieurs facteurs, à commencer par les effets pervers des divers programmes d’austérité des pouvoirs publics, à ceux découlant d’un euro surévalué (pour plusieurs pays de la zone euro) et à ceux qui découlent du conflits avec la Russie au sujet de l’élargissement de l’OTAN pour englober l’Ukraine. On s’accorde pour dire que l’Europe vit présentement une décennie perdue avec ses taux de chômage élevés, son faible taux de croissance économique et la détérioration généralisée des conditions sociales dans plusieurs pays européens. Et, on ne voit pas encore la lumière au bout du tunnel.

L’économie chinoise, la troisième plus grande économie du monde, fonctionne également au ralenti. La Chine possède une capacité excédentaire de fabrication compte tenu de la faible demande mondiale, tandis que ses exportations sont pénalisées par l’appréciation de 25 pour cent du renminbi depuis 2004. En outre, son secteur financier est également vulnérable dû au fait que son niveau d’endettement est maintenant à hauteur de 176 pour cent de son produit intérieur brut (PIB). L’économie chinoise doit également composer depuis quelques années avec les changements structurels que le gouvernement chinois souhaite mettre de l’avant afin de réduire la trop grande dépendance du pays sur les marchés étrangers. Le gouvernement vise ainsi à passer d’un modèle économique axé sur l’exportation à un modèle reposant davantage sur la demande intérieure.

 Du côté américain, l’économie est encore fragile et semble incapable de générer suffisamment de nouveaux emplois, malgré une certaine embellie ces derniers mois, alors même que le taux de participation au marché du travail a diminué, passant de 66,5 pour cent avant la récession économique de 2008-09 à seulement 62,7 pourcent présentement. Le fait que de nombreux Américains occupent des emplois à temps partiel tout en souhaitant avoir un emploi à temps plein, et que les salaires réels de ceux qui travaillent ou bien stagnent ou sont en baisse, sont autant d’indicateurs de cette précarité.

Comme le gouvernement américain n’a aucune politique fiscale ou industrielle digne de ce nom, il incombe à la banque centrale, la Fed, de suppléer avec la politique monétaire la plus agressive de son histoire. En effet, la Fed a quadruplé ses prêts aux grandes banques, depuis 2008, à raison de $ 4,5 trillions, et elle a poursuivi une politique risquée de taux d’intérêt artificiellement bas, certains frôlant le zéro.

Avec une telle politique, la Fed a provoqué l’émergence d’une gigantesque bulle des actifs financiers. Le dénouement de cette prodigalité monétaire ne sera pas une tâche facile. Qui plus est, le gouvernement américain sera plongé dans une impasse politique au cours des deux prochaines années, alors que le Congrès américain sera sous contrôle républicain, en opposition à un président démocrate. Cela ne facilitera guère la tâche du gouvernement s’il lui fallait faire face à une nouvelle crise financière.

Un autre signe inquiétant est l’effondrement de la vitesse de circulation de la monnaie aux États-Unis, un phénomène ressemblant à celui connu à la fin des années ‘20, juste avant le début de la Grande Dépression. La vélocité de la monnaie est aujourd’hui à son niveau le plus bas des vingt dernières années. Le fait que le secteur gouvernemental et le secteur financier aux États-Unis soient tous deux affaiblis est de nature à soulever des inquiétudes pour les prochaines années.

2-  Danger réel d’un affrontement thermonucléaire avec le regain de la vieille guerre froide avec la Russie

Jouer au casse-cou en matière financière est une chose; jouer avec le feu avec la guerre nucléaire en est une autre. Malheureusement, le gouvernement américain semble se complaire dans ces deux paris risqués en mettant de l’avant des politiques néoconservatrices.

En effet, depuis quelques années, le gouvernement américain s’est lancé dans une guerre d’agression géopolitique contre la Russie, d’abord en adoptant une politique d’encerclementgéopolitique et militaire de ce pays avec l’intention avouée d’élargir l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie en y intégrant l’Ukraine, et ensuite, en menant une guerre économique ouverte contre la Russie afin de saper son économie et, à terme, afin de provoquer un changement de régime dans ce pays. C’est un jeu dangereux.

Certains parmi les Neocons les plus lunatiques souhaitent ouvertement une 3ème guerre mondiale, mettant en cause cette fois-ci la Russie, un pays contre lequel ils semblent nourrir une animosité toute personnelle. Ce sont-là quelques-uns des conseillers auxquels le président américain Barack Obama prête oreille.

Le pétrole comme arme politique

La baisse de 50 pourcent des prix du pétrole en 2014 a de fortes chances de faire partie d’un plan de guerre économique élargi menée par les USA pour déstabiliser l’économie russe en provoquant une crise sur le marché international du pétrole, sachant fort bien que 50 pourcent des recettes de l’État russe provient de ses ventes d’exportation de pétrole et de gaz. Les décideurs politiques à Washington D.C. ont comme objectif premier de briser la dépendance qu’ont les européens envers la grande société russe Gazprom, et ainsi affaiblir l’économie russe et renforcer leur influence sur l’Europe, en lui substituant des fournisseurs de pays clients des USA, tels l’Arabie saoudite et le Qatar.

Une telle baisse artificielle du prix du pétrole semble être un complément aux décisions déjà connues, soit d’imposer à la Russie des sanctions unilatérales sévères, tant économiques et financières, dont la source est le Bureau du Trésor américain pour la lutte anti-terrorisme et le renseignement financier, (une agence créée en 2004 suite à un lobbying intense de la part l’AIPAC) et d’autres tentatives mises de l’avant par le gouvernement américain pour réduire la dépendance de l’Europe envers le pétrole et le gaz russes.

En septembre dernier, l’Arabie saoudite, un pays jouissant d’une capacité excédentaire de production de pétrole à faible coût (et donc en mesure de manipuler le prix international du pétrole), a soudainement et dramatiquement décidé de vendre son pétrole brut à des prix fortement réduits et de maintenir sa production à de hauts niveaux, en dépit d’une baisse de la demande mondiale de pétrole.

Cela rappelle, à l’inverse, ce que firent l’Arabie saoudite et les pays de l’OPEP à l’automne 1973 quand ils quadruplèrent d’un coup le prix du pétrole et provoquèrent une récession économique mondiale.

Il n’y a pas si longtemps, soit en 1986, l’Arabie saoudite se lança dans une opération semblable en inondant le marché international de pétrole bon marché, ce qui fit dégringoler le prix du baril de pétrole à moins de dix dollars. Cela se fit avec l’accord du gouvernement américain de Ronald Reagan. L’objectif était alors de saper les économies de l’Union soviétique et de son allié l’Irak, même si d’autres économies productrices de pétrole, telle l’économie canadienne, subirent les contre coups de la manœuvre.

Cette fois-ci, il semble y avoir un échange de bons procédés entre les États-Unis et l’Arabie saoudite. En effet, l’objectif principal d’un point de vue américain est d’affaiblir les secteurs énergétiques des économies russe et iranienne, et de nuire aux finances du gouvernement russe du président Vladimir Poutine, tout en s’assurant la collaboration de l’Arabie saoudite dans la lutte contre le groupe État islamiste (EI) en Irak et en Syrie.

Du point de vue de l’Arabie saoudite, une guerre des prix du brut lui permet d’atteindre des objectifs régionaux et internationaux de trois façons.

Tout d’abord, il est bien connu que le gouvernement saoudien veut continuer à dominer la production de pétrole et de gaz dans toute la région du Moyen-Orient, mais doit faire face à l’Iran et à la Syrie dans sa volonté d’investir le riche marché européen. En deuxième lieu, le gouvernement saoudien aimerait également faire pression sur la Russie pour que ce dernier mette fin à son appui au gouvernement al-Assad en Syrie. Troisièmement, l’Arabie saoudite souhaite également regagner ses parts de marché perdues aux mains de producteurs de pétrole plus coûteux, soit ceux qui produisent du pétrole de schiste ou du pétrole à partir de sables bitumineux. En faisant chuter les prix du pétrole, l’Arabie saoudite espère ainsi réduire ou même acculer à la faillite ces productions alternatives de pétrole, en les rendant moins rentables.

Une telle démarche n’est toutefois pas sans conséquences, car elle va nuire gravement à la production de pétrole de schiste dans le Dakota du Nord aux États-Unis, tandis que des états producteurs de pétrole comme le Texas pourraient entrer en récession, même si l’économie globale des États-Unis devrait bénéficier d’un pétrole moins cher. La production de pétrole à partir des sables bitumineux en Alberta, au Canada, sera également frappée de plein fouet et cela se traduira par une baisse du dollar canadien, et possiblement par une récession économique au Canada. Les industries pétrolières à partir de schiste et de sables bitumineux seront les principales victimes innocentes de la politique géopolitique globale poursuivie par le gouvernement américain et ses alliés du Moyen-Orient.

En effet, considérant que le royaume de l’Arabie Saoudite est un proche allié des États-Unis, il est fort improbable que la décision d’inonder le marché international du pétrole et de précipiter une chute rapide des prix ait été prise sans un accord tacite, ou même formel, de la part du gouvernement américain. En réalité, on pense que lorsque le Secrétaire d’État américain John Kerry a rencontré le roi Abdallah en septembre dernier, un marché aurait été conclu à cet effet.

L’Ukraine en tant que pion géopolitique

Venons-en maintenant à la déstabilisation du pays voisin de la Russie, soit l’Ukraine. La Secrétaire d’État-adjointe au Département d’État américain, Victoria Nuland, a confirmé que le gouvernement américain a joué un rôle très actif dans le renversement du gouvernement ukrainien légitimement élu, en février dernier, avec l’objectif avoué d’installer dans ce pays un gouvernement fantoche sous tutelle américaine. Ce type de politique fait une parodie de l’idéal démocratique et démontre jusqu’à quel point le gouvernement américain poursuit une politique agressive d’intervention dans les affaires intérieures d’autres pays.

Mme Victoria Nuland, nommée Secrétaire d’État-adjointe pour l’Europe et l’Eurasie par le président Barack Obama et une néoconservatrice consommée, a confirmé publiquement que le gouvernement américain a “investi” 5 milliards de dollars dans le but de déstabiliser l’Ukraine et créer un conflit entre ce dernier pays et la Russie. Il est difficile de ne pas conclure que la crise ukrainienne est une crise « made in Washington ». Sa célèbre et insultante remarque à propos de l’Europe ["f *** l'UE"] est une autre indication assez évidente que le gouvernement américain voulait provoquer une crise avec la Russie, non pas pour aider les Européens, mais bien plutôt pour servir ses propres objectifs impériaux, quels que soient les coûts qui en résulteraient pour le peuple russe et pour les Européens.

Encore plus troublant, peut-être, est l’irresponsabilité avec laquelle la Chambre des représentants américaine a adopté la résolution 758, le 4 décembre 2014, un geste qui équivaut à toutes fins pratiques à une déclaration de guerre contre la Russie, le tout fondé sur de fausses prémisses, sur des faits déformés et sur de fausses accusations. Avec ce genre de leadership irresponsable, le monde est actuellement en de très mauvaises mains.

En vérité, si des missiles soviétiques plantés à Cuba, à 150 kilomètres des côtes américaines, étaient inacceptables pour le gouvernement des États-Unis en 1962, des missiles américains en Ukraine, aux portes de la Russie, sont tout aussi bien inacceptables pour le gouvernement russe en 2015. Ce qui est bon pour l’un est bon pour l’autre. Pour quiconque connait l’histoire, cela ne devrait pas être trop difficile à comprendre.

Conclusion

Si les affaires mondiales allaient prendre une tournure pour le pire en 2015, le monde devrait savoir qui en sont les principaux responsables. Certains croient que les événements qui se produisent sur la scène internationale sont l’effet du hasard et qu’ils ne résultent d’aucune planification. Ils ont tort. Deux fois tord. De mauvaises politiques gouvernementales, des méfaits, des opérations sous faux pavillon ou de simples mauvais calculs sont souvent au cœur de plusieurs crises géopolitiques, qu’elles soient financières, économiques ou militaires. Il arrive parfois que les « cinglés au sous-sol » soient en charge.

Il devient de plus en plus clair, même pour les non informés et les mal informés parmi nous, que la nouvelle confrontation de guerre froide est-ouest avec la Russie est venue de Washington D.C. et que la Russie n’en a pas été l’instigatrice (comme la propagande officielle veut le faire croire), mais que le gouvernement russe a plutôt réagi à toute une série de provocations menées par les USA.

Pourquoi cette kyrielle d’interventions déstabilisantes à travers le monde de la part de certains éléments du gouvernement américain ? À qui une telle instabilité profite-t-elle ? C’est une bonne question à laquelle les Américains ordinaires devraient répondre.

Autres questions : Au plan intérieur, est-ce que l’économie américaine devrait continuer à être dirigée par des banquiers ? Au plan international, est-ce que le gouvernement américain devrait poursuivre sa politique qui consiste à provoquer délibérément le gouvernement russe en le poussant dans ses derniers retranchements et à multiplier les mesures pour saper l’économie russe ? —Ce sont là des actes de guerre. Est-ce que les Américains ordinaires sont en accord avec de telles politiques ? Qui profitera le plus et qui va perdre le plus si cela allait mener à une guerre nucléaire ? Puisque les Européens serviront de chair à canon dans un tel conflit, c’est aussi une question à laquelle les Européens devraient aussi répondre.

De nos jours, ce dont le monde a désespérément besoin, c’est d’une gouvernance mondiale régie par la loi, et non pas la férule d’un empire chauvin et belliqueux qui ne voit qu’à ses propres intérêts.

Plus fondamentalement peut-être, devrions-nous rejeter la fausse idéologie de confrontation permanente entre les nations. C’est une grave et dangereuse erreur, laquelle ne peut mener le monde qu’au désastre.

Rodrigue Tremblay

Rodrigue Tremblay est professeur émérite d’économie à l’Université de Montréal et on peut le contacter à l’adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Il est l’auteur du livre du livre « Le nouvel empire américain » et du livre « Le Code pour une éthique globale ».

Prière de visiter son blogue à l’adresse suivante :http://www.thenewamericanempire.com/blog.htm.

Site Internet de l’auteur : http://www.thenewamericanempire.com/

Pour plus d’informations concernant le dernier livre du professeur Tremblay intitulé : “Le Code pour une éthique globale”,

voir : http://www.lecodepouruneethiqueglobale.com/

Prière de faire suivre l’article :http://www.lecodepouruneethiqueglobale.com/pb/wp_5b545ea3/wp_5b545ea3.html – 2015

Jacques SapirSchistes, schistes, rage!

1 janvier 2015

Par 

http://russeurope.hypotheses.org/3215

 

L’exploitation du pétrole (et du gaz) de schiste a ouverte des possibilités considérables quant à la taille des réserves disponibles. Cette exploitation a permis aux Etats-Unis d’atteindre l’objectif d’indépendance énergétique, quoi qu’à un coût énorme, et non encore complètement évalué, dans le domaine de l’environnement. Ceci s’est traduit le 30 décembre par une libéralisation de la législation américaine concernant l’exportation des produits pétroliers. L’essor de l’huile et du gaz de schiste explique une bonne part (sans doute plus de 50%) de la croissance américaine depuis 2011 car l’exploitation des réserves a donné un véritable coup de fouet à l’industrie. Le coût environnemental a d’ailleurs poussé de nombreux états à introduire des réglementations de plus en plus contraignantes[1].

 

L'exploitation des schistes a eu aussi des conséquences géopolitiques importantes. On prétend très souvent qu'elle pourrait redonner la main aux Etats-Unis face aux pays de l'OPEP mais aussi face à la Russie. Cette question est d'onc d'une particulière importance car elle se situe au croisement de l'écologie, de l'économie, de la finance et de la géopolitique. La dimension financière de cette exploitation est certainement celle qui est la plus ignorée. Pourtant, et comme dans le cas de TOUTES les industries émergentes, l'industrie des hydrocarbures de schistes a eu recours à la finance mais aussi à engendré un "bulle" spéculative importante autour d'elle. Ceci est le résultat d'une très faible capitalisation initiale (situation normale pour une industrie émergente) mais aussi de la financiarisation qui aujourd'hui règne en maître sur l'économie américaine. Cette "bulle" résulte donc du basculement d'une "pseudo-validation" des valeurs engagées vers une "pré-validation" selon le schéma décrit dans le livre de Cédric Durand, Le Capital Fictif.

Les forages ne semblent rentables, pour les derniers, qu’au dessus de $80 le baril. Les forages plus anciens ont eu initialement un seuil de rentabilité plus faible (vers $50-$60) mais l’épuisement de ces forages contraint les compagnies à utiliser des techniques qui sont désormais plus coûteuses. Il convient donc d’examiner attentivement la logique économique de l’huile de Schiste.

 

Une base saine et une dérive spéculative.

 

L’exploitation de l’huile de schiste repose sur le percement d’un puits, d’abord vertical puis horizontal, et l’injection de composés chimiques destinés à fracturer la roche et à en dégager l’huile avec des composés pauvres en hydrogènes. Il faut, de plus, un apport externe en chaleur[2]. Ces composés sont en général mélangé à de l’eau, et l’un des premiers problèmes de cette industrie a été sa consommation d’eau et la pollution des nappes phréatiques environnantes[3]. Le rendement du forage baisse fortement dès la première année. On peut considérer que nombre de forages, compte tenu des coûts d’exploitation, cessent d’être rentables dès la quatrième année. Signalons que le seuil de rentabilité, qui était initialement prévu autour de $30 par baril[4], se trouve actuellement plutôt vers $60/$70 par baril, et ceci uniquement pour les coûts directs.

L’intérêt cependant est que la production initiale est forte et les coûts d’investissements relativement réduits. Une petite société peut donc acquérir une concession (permis de 5 à 10 ans) et mettre rapidement cette concession en exploitation. Avec des prix du pétrole élevé, le rendement initial est important. Il permet soit de rembourser les emprunts sollicités au départ soit de revendre la concession à une autre compagnie, qui est moins experte que la première. Dans le cas de chute importante de production dès la fin de la première année, ceci équivaut à une arnaque pure et simple. La première compagnie fait un large bénéfice et la seconde doit alors se débrouiller avec des rendements qui s’effondrent rapidement. En fait, ceci donne à l’industrie de l’huile de schiste une dimension de « schéma Ponzi », terme utilisé en finance pour décrire les pyramides financières où l’on rémunère les premiers déposants avec l’argent des déposants suivants. En effet, les investissements sont fait largement à crédit, parfois jusqu’à 100% des sommes. Il faut que la première société puisse revendre la concession très vite si elle ne veut pas être pénalisée par les taux d’intérêts. D’où la nécessité de produire le plus vite possible des quantités importantes d’huile, mais au détriment des rendements futurs, afin de vendre une concession en apparence très rentable. Ceci explique aussi la montée rapide du volume d’huile produit, ce qui a contribué à déséquilibrer le marché.

 

La financiarisation de la production d’huile de schiste.

 

On a fait allusion aux emprunts. En réalité, c’est l’ensemble du cycle d’exploitation qui est largement financiarisé. Tout d’abord, la concession et le capital initial sont couverts par un emprunt, la compagnie engageant en réalité très peu de capitaux. Cela se comprend aisément si l'on considère les risques initiaux élevés dans cette activité. Ces emprunts sont souscrits auprès des petites banques locales américaines. Mais, ces dernières titrisent rapidement ces emprunts, qui se retrouvent dans l’ensemble du secteur bancaire américain. Les taux d’intérêts viennent alors s’ajouter aux frais de forage et d’exploitation. Il semble bien, même si l’on manque d’études systématiques, que cela met le seuil de rentabilité au-delà de $80 (certains auteurs avancent même des sommes de l’ordre de $100) le baril.

 

Les compagnies ont aussi souscrit des assurances (on appelle cela techniquement des « couvertures de risques ») en cas de baisse des cours. Ici encore, on ne sait pas dans quelle proportion. Mais, ces contrats d’assurance ont rarement plus de 6 mois à un an de durée de vie. Ils ne semblent pas avoir été conclu après septembre 2014 car semble bien que les prix ayant commencé à brutalement baisser à cette époque le tarif de ces couvertures est devenu exorbitant. La plupart des compagnies qui se sont assurées ne le sont donc que jusqu’au mois de juin 2015. Ces contrats d’assurances ont été aussi titrisés sur le modèle des CDS (Credit-Default Swap) qui ont joué un rôle important dans la crise des subprimes. La titrisation tant des emprunts que des assurances a été un facteur important de développement dans la finance américaine. Mais, cette titrisation a aussi aboutit à répandre le risque dès que l’industrie de l’huile de schiste ne sera plus rentable, ce qui est le cas aujourd’hui.

 

Avec la très forte baisse du prix du baril, il est clair que l’industrie perd de l’argent. On peut en dire de même de l’industrie parente des sables bitumineux du Canada (Alberta). Dès que les assurances cesseront de couvrir les pertes (pour les sociétés qui se sont assurées) la fermeture d’un grand nombre de sociétés va devenir inévitable. La chute de la vente des concessions et la baisse rapide des nouvelles mises en production est un signe très net que l’ensemble de l’industrie de l’huile de schiste est d’ores et déjà entrée dans une crise. Ceci va alors poser un double problème aux autorités américaines (et canadiennes) :

 

1- Un problème industriel tout d’abord, car un grand nombre des petites sociétés exploitant des concessions vont faire faillite dans les mois qui viennent. Ceci va entrainer l’arrêt de la production, et le volume de pétrole produit aux Etats-Unis va chuter de manière spectaculaire au second semestre 2015. De plus, les mises au chômage massives des employés vont se répercuter dans le secteur des services. Les Etats-Unis vont donc affronter une « crise industrielle », certes localisée mais de grande ampleur à partir de l’été 2015.

2- Un problème financier, ensuite, car ces faillites vont transformer en « mauvais dettes » une très grande partie des emprunts « titrisés » dans les banques américaines. Ceci peut être l’équivalent d’une nouvelle « crise des subprimes » dès l’été ou le début de l'automne 2015 .

 

La géopolitique de la crise de l’industrie de « l’huile non conventionnelle ».

 

Les conséquences de ceci seront très probablement non seulement économique (et financière) mais aussi géopolitiques. Il est clair que le gouvernement américain s’est appuyé sur l’industrie de l’huile de schiste dans l’espoir de réduire sa dépendance aux importations de pétrole. Il est clair qu’il a, au début, instrumentalisé la baisse des prix du pétrole afin d’affaiblir la position de la Russie, mais aussi celle du Venezuela. Mais, si les prix restent bas au-delà de l’été 2015, il sera à son tour frappé très durement par une double crise, tant industrielle que financière. Le « bébé » huile de schiste, sur lequel pesaient tant d’espoirs, va se transformer en un gros bébé merdeux.

 

Il serait dès lors logique que les prix remontent d’ici mars 2015. Mais, les marchés ne se pilotent pas comme des avions de combat. S’il est clair que les prix vont remonter au second semestre de cette année, nul ne peut dire si cela sera suffisant pour empêcher la crise ni à quel niveau. En fait, la meilleure stratégie pour la Russie serait de retarder cette remontée. Si le mouvement des prix aboutit à l’éclatement de la double crise indiquée nous aurions :

(1) Une chute brutale de la production qui pourrait pousser les prix à la hausse jusqu’à $90 voire $100 le baril (alors que s’ils remontent dès la fin du 1er trimestre 2015 les prix se stabiliseront vers $75 le baril).

(2) Un affaiblissement de la position américaine, du fait de la crise industrielle et financière, qui sera sensible dès l’automne 2015..

(3) Cette affaiblissement des Etats-Unis se traduira par une baisse relative du dollar et une montée corrélative de l’Euro ce qui – combiné avec la hausse des prix du pétrole - va compromettre le peu de croissance espérée en Europe (et en particulier en France)

La question est donc de savoir si la Russie et les pays de l’OPEP peuvent attendre l’automne 2015. Pour la Russie, cela semble certain. Mais, c’est beaucoup moins sur pour les pays de l’OPEP. Par ailleurs, les grandes compagnies américaines peuvent avoir elles aussi un intérêt à la crise, qui leur permettrait de racheter à vil prix des centaines de concessions. Les espoirs suscités par l’huile de schiste risquent donc de se transformer dans les six prochains mois en cauchemar, et en particulier pour les autorités américaines.

A-CarteFRMod


[1] "Chapter 4. Effects of Oil Shale Technologies". Proposed Oil Shale and Tar Sands Resource Management PlanAmendments to Address Land Use Allocations in Colorado, Utah, and Wyoming and Final Programmatic Environmental Impact Statement (http://ostseis.anl.gov/documents/fpeis/vol1/OSTS_FPEIS_Vol1_Ch4.pdf )

Bureau of Land Management. Septembre 2008. pp. 4-3.

[2] Burnham, Alan K.; McConaghy, James R. (2006-10-16). "Comparison of the acceptability of various oil shale processes" (https://e-reports-ext.llnl.gov/pdf/341283.pdf ). 26th Oil shale symposium. Lawrence Livermore National Laboratory (Golden, Colorado): 2; 17. UCRL-CONF-226717. Smith, M.W.; Shadle, L.J.; Hill, D. (2007). "Oil Shale Development from the Perspective of NETL's Unconventional Oil Resource Repository" (http://www.osti.gov/scitech/biblio/915351 ). United States Department of Energy. DOE/NETL-IR-2007-022

[3] World Energy Outlook 2010. Paris: OECD. pp. 165–169. Tuvikene, Arvo; Huuskonen, Sirpa; Koponen, Kari; Ritola, Ossi; Mauer, Ülle; Lindström-Seppä, Pirjo (1999). "Oil

Shale Processing as a Source of Aquatic Pollution: Monitoring of the Biologic Effects in Caged and Feral Freshwater Fish"

(https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1566439 ). Environmental Health Perspectives (National Institute of Environmental Health Sciences) 107 (9): 745–752.

[4] "Fact Sheet: U.S. Oil Shale Economics"

(http://web.archive.org/web/20120108161835/http://www.evi.ee/lib/Security.pdf ). DOE. Office of Petroleum Reserves.


Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s'est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

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