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Lutte des classes : Losurdo contre la pensée binaire
 
Eric Le Lann a lu « La lutte des classes, une histoire politique et philosophique », de Domenico Losurdo
 

L’histoire est-elle vraiment celle de la lutte des classes, comme le proclame le Manifeste du parti communiste ? Oui, répond le philosophe Domenico Losurdo, mais l’affirmer implique de se débarrasser d’une lecture binaire de ce concept [1], telle celle qui la réduit en une lutte rédemptrice entre opprimés et oppresseurs. Ce faisant, on le devine, Losurdo se confronte à quelques penseurs précurseurs des populistes politiques de notre temps. C’est l’une des actualités de l’ouvrage, mais loin d’être la seule.

 

« La lecture habituelle de la lutte des classes est réductrice », considère Losurdo, et si l’on s’en tient à cette lecture, l’histoire reste inintelligible. Son entreprise vise donc à resituer les évènements qui ont façonné les derniers siècles dans le champ de la lutte des classes, ce qui impose d’en avoir une vision élargie, une vision qui intègre notamment sous cette catégorie « les luttes gigantesques qui ont empêché le IIIème Reich et l’Empire du soleil levant de réduire à l’état d’esclavage des peuples entiers ». Relèvent de cette conception, à l’époque historique du Manifeste, outre les luttes entre classes exploiteuses qui ne sont pas oubliées, les luttes d’émancipations des peuples de conditions coloniales ou semi-coloniales, les luttes entre le capital et le travail, les luttes des femmes contre « l’esclavage domestique », selon les termes utilisés par ses auteurs. De manière générale, les moments où la fragmentation des luttes émancipatrices est évitée, où ces luttes de classes confluent sont « l’exception plus que la règle » [2]. L’histoire se fait dans un « entrelacs de multiples contradictions et de formes différentes de lutte des classes » [3].

 

Face à la tentation de la simplification, comme aux visions prenant en compte la complexité mais parfois sans qu’aucune ligne de force n’apparaisse plus, Losurdo donne avec succès, me semble-t-il, « une clé de lecture du processus historique » qui « s’efforce de tenir compte de la multiplicité des formes dans lesquelles se manifeste le conflit social ». « La lutte des classe ne se manifeste presque jamais à l’état pur, elle ne se borne jamais à impliquer les sujets en antagonisme direct » [4], démontre-t-il. Exemple éclatant, « le seul événement grandiose de l’histoire actuelle », pour reprendre les termes utilisés dans le premier livre du Capital, la Guerre de sécession [5]. Il signale la mise en parallèle par Marx, toujours dans le Capital, de la Guerre de sécession et de la lutte pour la réglementation horaire de travail en Angleterre : dans les deux cas la bourgeoisie réformatrice joue un rôle. Donc, « nous sommes en présence d’une lutte des classe émancipatrice qui ne se présente pas à l’état pur ». Il s’agit dans les deux cas cités de luttes menées à la fois « par le haut et par le bas ». Dans cette approche, les forces émancipatrices ne sont donc pas déterminées mécaniquement par l’antagonisme entre le capital et le travail. Plus, les conflits, les identifications sont multiples, et il arrive donc que des fractions de la classe ouvrière se placent du mauvais côté de la barrière. Pour paraphraser le titre d’un film italien des années 70, la place au paradis de la classe ouvrière n’est pas réservée d’avance.

 

Il découle de cette appréhension de la réalité tout d’abord que « la compréhension adéquate d’une situation historique concrète suppose le dépassement de la logique binaire habituelle ». Mais aussi l’invitation à une position politique qui prenne en compte l’aspect universel de l’émancipation. « Etre communiste signifie certes faire appel à la lutte des classes menées par les opprimés (au niveau international, national, et dans le cadre de la famille) mais aussi avoir développé cette capacité à regarder le tout », considère Losurdo, s’appuyant sur Engels : « le communisme est au-dessus de l’opposition entre prolétariat et bourgeoisie » [6]. On rejoint la problématique abordée par Gramsci avec d’autres mots : « le passage du moment économique ou égoistico-passionnel au moment éthico-politique ».

 

Pages d’histoire à l’appui, l’imbrication des différentes dimensions des luttes des classes est évoquée. Ainsi lors de la révolte des Taiping, « la guerre civile la plus sanguinaire de l’histoire mondiale, dont on estime le nombre de victimes entre 20 et 30 millions de morts » : « le fait est que ce conflit a une dimension nationale : les insurgés prennent les armes au nom de la justice sociale, mais aussi pour en finir avec une dynastie qui a capitulé face à l’agression des gouvernants et « narcotrafiquants britanniques » ».

 

Pour Losurdo, « non seulement les luttes de classes décisives de l’histoire contemporaine ont fini par revêtir l’aspect de luttes nationales, mais elles ont été menées, outre le plan militaire, sur le plan économique ». Dans cet esprit, il analyse précisément la Révolution haîtienne, où la bataille est perdue finalement sur le plan économique, puis la Chine contemporaine : « la Chine est le pays qui plus que tout autre met en question la division internationale du travail imposée par le colonialisme et l’impérialisme et qui promeut la fin de l’époque colombienne dont la portée historique est énorme et progressiste ».

 

La richesse du propos ne doit pas être réduite à ses implications politiques les plus directes. On lira ainsi avec passion le dialogue de Losurdo avec les interprétations d’Habermas de la lutte pour la reconnaissance chez Hegel. Ou la manière dont le travail de Marx et d’Engels doit être resitué dans le mouvement des idées au XIXème. Toqueville, Renan, Disraeli sont évoqués, tout comme la parution en 1883 en Autrice du livre de Gumplowitz opposant « la lutte des races à la théorie qui fait de la lutte des classes la clé de lecture de l’histoire » pour mettre en évidence le « danger du glissement naturaliste », « lorsque les civilisations plutôt que d’être comprises à partir de contexte et conflits historiquement déterminés sont considérées comme l’expression d’une âme éternelle ». Tout au contraire, « en rupture épistémologique radicale avec les idéologies naturalistes, la théorie marxienne de la lutte des classes place le conflit social sur le terrain de l’histoire ».

 

Pour les militants, ce livre invite à relever « le défi implicite que représente la lecture difficile de l’imbrication » des différents aspects du conflit social. Redonner ainsi ses lettres de noblesse à la lutte des classes, est une invitation à débarrasser la politique des dispositifs préconçus, à se tourner vers celles et ceux qui peuvent faire l’histoire, s’ils y reviennent.

 

Notes :

[1] « Le dépassement de la logique binaire, un processus pénible et inachevé » est le titre d’un chapitre.

[2] Voir le chapitre « Une théorie générale du conflit social »

[3] De manière encore plus précise, on peut lire dans le chapitre « Lutte des classes ou lutte entre oppresseurs et opprimés » : « tout individu, et même tout groupe, est placé dans un ensemble contradictoire de relations sociales dont chacune lui assigne un rôle à chaque fois différent (…) Ce qui décide de la position finale d’un individu (ou même d’un groupe) dans le camp des « opprimés » ou des « oppresseurs » c’est d’un côté la hiérarchisation de ces relations sociales en fonction de leur importance politique et sociale dans une situation particulière et déterminée, de l’autre le choix politique de l’individu singulier (ou du groupe) »

[4] Page 31

[5] Sur ce sujet, on peut lire : Karl Marx, Abraham Lincoln. Une révolution inachevée. Sécession, guerre civile, esclavage et émancipation aux Etats-Unis. Introduction de Robin Blackburn. Syllepse (Paris). Voir la critique de Daniel Cirera sur La faute à Diderot : http://www.lafauteadiderot.net/L-ho...

[6] Voir le chapitre imprégné d’une conception humaniste « Le prolétariat, l’intérêt de classe et son dépassement »

Après le tsunami ultra libéral vers quoi ne pas aller

 

Publié le 22 Mai 2017

Suite de la p@ge du 09 mai 

 

Bilan idéologique après une défaite 

Après le tsunami ultra libéral vers quoi ne pas aller

 

Pour mettre tout le monde à l'aise, pas question ici de jouer les arbitres entre les Horaces et les Curiaces du microcosme post électoral, laissons les protagonistes du duel ferrailler et regardons le paysage politique.

 

Comme Canaille le Rouge avait annoncé revenir au fur et mesure pour examiner le paysage après la bataille et mettre son grain de sel sur la façon de reconstruire, cette affirmation permet d'engager la réflexion.

 

oui mais Mélenchon, lui au moins, il a un programme " Qui n'aura pas entendu cet argument durant le débat de l'élection présidentielle ?

 

Plutôt que débattre de ce programme (qui est présenté comme tel et non comme un projet qui porterait une autre dynamique), plutôt que d'approuver ou contester point par point, commençons d'abord à regarder la démarche.

 

Pour s'affranchir de la " domination des marchés "  (en français l'exploitation capitaliste et le rapport social qui la structure) faut-il adhérer à un programme et déléguer à ceux qui le proposent le soin de le mettre en œuvre, venir au bout de 5 ans voir si le bâtiment est conforme aux plans et à un éventuel appartement témoin ou bien l'obligation d'une rupture forte ne demande-t-elle pas une autre démarche certes plus exigeante faisant du citoyen un acteur de la construction du projet , la démocratie exigeant alors de ne pas passer par des comités d'experts?

 

L'idée d'une constituante pas négative en soit et même indispensable devant la faillite institutionnelle vécue au quotidien, si elle n'est pas accompagné d'une conception démocratique et largement rassembleuse de celles et ceux qui vont y travailler, du cadre du projet et des façons de rendre compte du mandat impérativement donné aux Constituants ne peut aboutir qu'à une sorte prêt à porter d'une conception industrielle des institution où les paramètres seront ceux de l'idéologie dominante pour préserver le système.

 

Puisque souvent il est fait référence à l'Histoire, ce qui fait la force et la richesse de la constitutions de 1792 comme celle de 1946 ce n'est pas tant leur contenu pourtant d'une immense force à la hauteur des innovations qu'elles propulsent  mais le processus qui y a conduit et leur donne leur contenu révolutionnaire.

 

Pour celle de 92, tout part des cahiers de Doléance d'avant 89 qui outre la découverte du besoin de savoir lire et écrire, créateur de l'exigence de culture et d'éducation, va faire des assemblées qui les rédigent des creuset fabriquant ce qui deviendra le pacte républicain par la découverte de la Démocratie comme outil de subversion de l'autocratie. 

 

C'est sur ce socle et la mémoire de sa richesse que se construira la dimension autogestionnaire que l'on retrouve dans les journée de 48, dans la Commune qui invente le mandat impératif et révocable pour l'élu, dans le contenu du programme du CNR qui a chaque fois repose la question des institutions non en elles-mêmes mais comme outil commun de la démocratie pour faire fonctionner la République.

 

C'est cette démarche qui avait permis au PCF de s'opposer à la constitution monarchique arrivée avec De Gaulle, chargée de structurer l'impossibilité pour le peuple de s'emparer du pouvoir permettant de casser l'emprise du capital sur l'appareil d'Etat.

 

Au bilan de 55 années d'expérience, il se confirme que toute pratique qui ne propose pas de subvertir l'état bourgeois et les rapport sociaux qui le fonde n'est qu'un cautère sur une jambe de bois.

 

Dire alors que la démarche de JLM et ses partisans est aux antipodes des traditions républicaines et entretient des pratiques césarisées n'est pas injures ou polémique mais le besoin de caler les pratiques en cours au regard des besoins et de l'expérience.

 

Un contenu aussi positif serait-il, exigeant délégation de pouvoir pour un projet non élaboré en commun, sans mandat impératif, au mieux nous replongerait dans l'impasse de 1972 et la réponse stérile aux attentes que portait 68 au pire ouvrirait la porte à toutes les désespérance à l'image de ce que vivent les Grecs aujourd'hui.

 

Ce non portage par les intéressés eux même d'un projet dont il doivent être élaborateurs pour pouvoir décider de ses enrichissements et ajustements ne permet pas d'établir le rapport de force permettant de subvertir le vieux monde.

 

Se pose alors la question de la place de celles et ceux qui les premiers pensent l'urgence de construire l'issue et de leur rôle. Tous ont des idées, fruit de leur culture, leur expérience, leurs attentes et revendications.

 

Là se trouve un des moments piège de la dynamique à construire laquelle renvoie à la question qui revient en permanence : le rôle de ces " plus conscients "  et leur pratique. La doxa léniniste reprise par tous les partis communistes du 20e siècle use du terme d'avant garde. C'est cela qu'il faut d'urgence revisiter. Pour Canaille le Rouge, l'avant garde n'est pas le rassemblement des plus conscients autoproclamés mais la force de toutes celles et tous ceux qui agissent pour s'affranchir du rapport d'exploitation, les " plus conscients " n'ayant d'efficacité qu'immergés dans ce qui se constitue en avant garde.

 

L'efficacité de cette démarche demande intervention permanente de ceux qui les premiers pensent le besoin et l'urgence mais réside non pas dans sa capacité à échafauder des programmes à proposer mais à mettre en mouvement pour construire un projet et construire le rapport de forces pour le mettre en œuvre. Seul moyen de casser la pratique délégataire et de savoir le projet partagé parce que co-élaborer.

 

Quiconque a eu la chance à un moment de vivre un conflit social lourd, ses piquets de grève, ses AG et décisions collectives sait à la fois la difficulté mais aussi la fécondité de cette démarche.

 

C'est pour avoir coupé avec sa stratégie autogestionnaire qui permettait de sortir des démarches programmatiques que le P "c "F en faisant le choix des alliances d'appareil liées à des mandats déconnectés du peuple électeurs, sans en référer à celui-ci s'est fossilisé sur pied au point d'en être où il est aujourd'hui.

 

Outre son propre déclin, il a libéré un espace de contestation de l'ordre établi que d'autres, en premier lieu le populisme fascisme, se sont empressés de venir occuper ; la nature ayant horreur du vide.

 

Vide côté progressiste, la social-démocratie aiguillonnée de ses ex jeunes pousses trotskistes recyclées au fur et à mesure de ses besoins tente de reprendre la main et s'appuie sur les valeurs du jardin abandonné.

 

La démarche proposé par J-L Mélenchon très vite est apparue non pas comme un moyen de construire une alternative mais un outil de conquête du pouvoir. Le contenu échafaudé par ses propres experts aux compétences très souvent discutables, sans consulter le mouvement populaires et ses organisations associatives culturelles syndicales ou autres, rejoignant dans les actes les pratiques du PS et en cela marquant la filiation entretenue des pratiques social-démocrates sans que les auto-désignés insoumis ne remettent en cause, sauf de façon homéopathique n'attaquant pas le mal à se racine, leur soumission aux lois du marchés et donc pérennisant le système.

 

Pour reconstruire, il faut assainir le sol, le débarrasser de ses ruines et gravas, et reprendre depuis les fondations. Il ne s'agit pas de faire comme au cinéma avec des décors faits de façades rutilantes arrimées à des tubes ou des perches en bambou ; surtout si c'est le capital qui propose d'en assurer l'ancrage.

 

Nous sommes dans la logique de Brest ou du Havre et St Saint-Nazaire 1945 : Reconstruire en faisant du neuf avec les matériaux du 21e siècle. Mais en gardant les savoirs antérieurs et la volonté de faire que les habitants soit les architectes et constructeurs de la cité future. La violence des mots échangés dans le moment par ceux qui se disent de ce côté-ci de la barricade montre qu'ils n'ont rien compris qu'ils sont obstacles et doivent aussi dégager l'espace .

 

Ce n'est pas du passé qu'il faut faire table rase mais seulement des passéistes, leurs pratiques et de leurs tribuns.

 

Le chantier est vaste il est sous le risque de voir se pointer des Mansard , Perret ou le Corbusier providentiels alors qu'ils nous faut des milliers de Nieymeyer. D'où le besoin de rester vigilant.

 

Cette réflexion se traçant son propre chemin avec ou sans Canaille le Rouge, il sera possible de reprendre et d'actualiser la phrase de St Just " le bonheur est toujours une idée neuve ", en poursuivant : la visée communiste aussi qui est peut-être son chemin.

 

...à suivre...


Rédigé par Canaille Lerouge

LE BLOG de René BIDOUZE     

ReneBidouze                                                                      

L'unité d'un parcours militant de plus de trois quart de siècle

 

14 mai 2017

Le moment est venu...

 

Dans un article publié dans ce blog le 6 janvier, j’écrivais :

 

« …il faut savoir que les dispositions administratives, juridiques et budgétaires relatives aux effectifs des ministères, administrations et services sont des éléments permanents de la gestion des services publics et de l’action gouvernementale à toutes les époques de l’Histoire politique, économique et sociale et qu’en toute hypothèse leur examen s’imposera selon des procédures déterminées au gouvernement et au Parlement qui résulteront des élections présidentielle et législatives.

 

Le 6 avril, j’écrivais :

 

« … les nouvelles générations sont directement concernées par les actes et projets relatifs aux réalités de l’administration, des services publics, des statuts des fonctionnaires et agents publics, de leur système de carrière et de rémunération. Elles ont sous les yeux le spectacle d’une campagne présidentielle dont l’issue promet des lendemains difficiles.

 

Et j'ajoutais:

 

On peut comprendre qu’elles ne ressentent pas spontanément le besoin de connaîtrele droit de la fonction publique, lesconditions historiques de son élaboration, de ses évolutions, des confrontations et des luttes sociales qui l’ont façonné au long des décennies précédentes et n’aient pas de la même manière conscience que ces données conditionnent largement le présent et l’avenir et devraient être partie intégrante du combat politique et social.

 

Selon le propos de Luc Rouban, directeur de recherches au Cevipof (plusieurs fois cité dans ce blog) que « Le Monde » vient de recueillir, « Pour la première fois sous la Ve République, la présidentielle n’a pas défini l’équilibre politique à venir ». Dans ce contexte entièrement nouveau, le moment est venu de rappeler cette donnée qui devrait s’imposer aux responsables politiques, administratifs et syndicaux qui auront la charge des problèmes généraux de la fonction publique : s’il va de soi qu’une connaissance, voire une maîtrise de tous les aspects du droit de la fonction publique et de sa place dans la politique économique et sociale est indispensable, celle de son histoire, et corrélativement celle du syndicalisme des fonctionnaires sont des impératifs.

« Gâchis », « hégémonie », « mépris », le PCF voit rouge contre Mélenchon dans les Bouches-du-Rhône

 

21 Mai 2017


Jean-Luc Mélenchon en campagne à Marseille. / © Maxppp VALLAURI Nicolas

 

Rien ne va plus entre La France insoumise et le Parti communiste dans les Bouches-du-Rhône. Ce dernier avait retiré 4 candidats pour les législatives à Marseille, il dénonce ce samedi le mépris de Jean-Luc Mélenchon, qui lui présente des candidats dans toutes les circonscriptions de la ville.


Par AV avec AFP
Publié le 20/05/2017 à 11:41

 

La stratégie de Jean-Luc Mélenchon dans les Bouches-du-Rhône n’est pas du goût de ceux qui l’avaient soutenu dans sa campagne présidentielle. Le leader de La France Insoumise présente des candidats dans toutes les circonscriptions de Marseille alors que le PCF s’est retiré au profit de LFI dans quatre d’entre-elles.


Nous avons pris connaissance jeudi (…) de la décision de Jean-Luc Mélenchon de présenter des candidats de son nouveau parti politique dans toutes les circonscriptions de Marseille et dans la quasi-totalité des circonscriptions du département a déclaré Pierre Dharréville, le secrétaire du PCF 13, dans un communiqué envoyé dans la nuit de vendredi à samedi.

 

« Nous avons retiré notre candidat dans la quatrième circonscription de Marseille dès le lendemain de l’annonce de l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon », a-t-il rappelé, « nous avons également retiré nos candidats dans trois autres circonscriptions (la 3ème à Marseille, la 9ème à Aubagne et la 16ème à Arles, ndlr) pour ouvrir la voie au rassemblement et montrer les possibles ».

 

Bousculant le microcosme politique marseillais, Jean-Luc Mélenchon a annoncé le 10 mai sa candidature dans la 4e circonscription de Marseille, celle qui lui a été le plus favorable localement (39% au premier tour), dans une ville qui l’a plébiscité à la présidentielle, le plaçant en tête au premier tour (24,82%) devant Marine Le Pen (23,66%).


Le gâchis, c’est cela que nous n’acceptons pas. Je regrette profondément, qu’au lieu d’arriver ici avec la volonté de rassembler les forces disponibles, Jean-Luc Mélenchon donne l’impression de mépriser celles et ceux qui ne l’ont pas attendu pour mener bataille.


Dénonçant cette « démarche d’hégémonie, doublée de tentatives de débauchage et de pressions », le secrétaire départemental du PCF a affirmé qu’il « vaudrait mieux se situer en rassembleur, produire des gestes de reconnaissance et de respect qui sont la marque des grands ».

 

Les communistes ne sont pas les seuls, mais ils sont au premier rang de ceux qui reçoivent ce mépris à la figure.

 

 

Togliatti, Gramsci : un entretien avec Domenico Losurdo

 

A l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de Palmiro Togliatti, Domenico Losurdo revient sur son apport et ses liens avec Antonio Gramsci. Où il est aussi question d’Hegel, d’Adam Smith, de Lénine.....

 

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L’année 2014 est celle du cinquantenaire de la mort Palmiro Togliatti, qui fut un dirigeant prestigieux du Parti communiste italien. Dans notre pays, PalmiroTogliatti est plutôt tombé dans l’oubli, contrairement à son compagnon de lutte, Antonio Gramsci, et il faut espérer que cet anniversaire permette de revenir sur sa vie et son rôle. Pour l’heure, quand on mentionne son nom c’est parfois pour l’opposer à Gramsci. C’est ainsi ce que fait Martin Rueff dans un recueil de textes de Gramsci édité récemment par un éditeur de grande diffusion. Dans sa présentation, il s’en prend à un « mythe qui a la vie dure », celui qu’aurait créé Togliatti selon lequel Gramsci était « avant tout un homme de parti ». Il y a là quelque chose d’affligeant quand on pense aux efforts passionnés de Togliatti pour faire connaître l’œuvre de Gramsci, efforts sans lesquels elle serait peut-être tombé dans l’oubli. Domenico Losurdo faisait déjà état de ces tentatives d’opposer les deux hommes dans Gramsci, du libéralisme au communisme critique, en considérant qu’elles étaient sans fondement. Il utilisait dans ce livre le terme « groupe ordinoviste », du nom du journal L’Ordine nuovo durant le mouvement turinois des conseils d’usine, ce qui est déjà une façon de réfuter la vision d’un Gramsci comme penseur isolé, auteur d’analyses certes géniales mais inappliquées ou incomprises. Il revient dans cet entretien sur l’apport de ces deux personnalités qu’on ne peut séparer, Togliatti et Gramsci. 

 

Eric Le Lann


Commençons par le rapport de Gramsci et Togliatti au libéralisme. Tu cites à ce sujet Togliatti : « la fonction de libération » des libéraux « est passée à d’autres », écrit-il.

 

Domenico Losurdo. Je voudrais faire d’abord une considération générale, bien sûr Togliatti et Gramsci sont des personnalités différentes mais ils ont une caractéristique commune, je vais le dire en langage philosophique, c’est l’évaluation qu’ils font de l’universalité. Tous les deux sont d’accord sur la signification universelle de la Révolution d’Octobre, mais tous les deux pensent que l’universalité n’exclue pas les caractéristiques particulières de chaque nation, de chaque situation déterminée. Pour eux, il ne s’agit donc pas de reproduire une expérience mais de la traduire dans une culture nationale. Et ce n’est pas un hasard s’ils discutent avec les grandes personnalités de la culture italienne de leur temps telles que Croce et Gentile, et pas seulement avec celles de l’Internationale socialiste ou de l’Internationale communiste.

 

Tous deux ont appris de Lénine cette thèse d’Hegel : « l’universalité est telle dans la mesure où elle est capable d’embrasser le particulier concret » (le désir d’émancipation des classes subalternes, des peuples opprimés, des femmes), et de se traduire dans une culture nationale déterminée.

 

C’est dans ce cadre que se pose la question du libéralisme. Le marxisme est pour eux le résultat d’un long processus. Il y a longue tradition derrière Gramsci et Togliatti. Déjà Engels avait écrit que le prolétariat était l’héritier de la philosophie classique allemande. Chez Lénine il y a une affirmation plus forte encore : il évoque les trois sources et même les trois parties constitutives de la théorie de Marx, je souligne les mots, trois parties constitutives : la Révolution française, la philosophie classique allemande et l’économie politique classique.

 

Gramsci va plus loin. Il considère que le problème de l’héritage est un problème permanent. Le marxisme doit se développer, non dans l’isolement mais en discutant, en polémiquant avec les autres courants philosophiques et culturels. Gramsci a souligné plus fortement que personne ce thème de l’héritage mais ce thème de l’héritage, ce thème est commun à Gramsci et Togliatti. Dans la revue dirigée par Gramsci, Togliatti a aussi écrit beaucoup de choses sur la nécessité pour les communistes de reprendre l’héritage du libéralisme [1].

 

Tu insistes aussi sur la position commune de Gramsci et Togliatti face à l’héritage de la Révolution française. Tu évoques par exemple le fait que Gramsci publie dans L’Ordine nuovo un essai où l’historien Albert Mathiez compare jacobins et bolcheviks, ou le fait qu’il se démarque de Sorel.

 

Au début Gramsci n’a pas compris la fonction révolutionnaire du jacobinisme. Peut-être est-ce après la Révolution d’Octobre qu’il évolue. Pour Gramsci et Togliatti, la théorie de Marx n’est pas le « continent nouveau » dont parle Althusser, ni la révélation d’une prophétie religieuse, mais l’aboutissement d’un long processus historique où l’on ne peut négliger le rôle de la révolution bourgeoise, et notamment de la révolution bourgeoise française porteuse d’une radicalité, une révolution à laquelle ont participé des larges masses et qui a produit quelque chose qui va au-delà de la bourgeoisie.

 

Togliatti déclare, en 1925, « nous sommes arrivés (au marxisme) par la voie suivie par Marx, c’est-à-dire en partant de la philosophie idéaliste allemande (…) la voie royale par rapport à toute autre ». Tu rappelles qu’il avait entrepris dans sa jeunesse une traduction de la Phénoménologie de l’esprit d’Hegel. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet, et plus particulièrement quant au rapport des deux hommes à Hegel ?

 

Togliatti raisonne ainsi : il se pose la question « Quel est le parcours qui a conduit Marx à élaborer sa théorie ? » Il répond : Marx part d’Hegel et il en conclut c’est peut-être le meilleur parcours pour arriver au marxisme. Nous ne trouvons ni chez Gramsci ni chez Togliatti l’interprétation présentant Hegel comme un philosophe de la réaction. Je pense que ceux qui avancent cette interprétation n’ont rien compris à Hegel. Hegel est l’expression théorique de la Révolution française. Nous ne trouvons pas la réflexion la plus mûre sur la Révolution française chez les protagonistes de cette révolution mais dans la philosophie classique allemande et surtout chez Hegel.

 

Quels sont les points les plus importants de ce rapport de Togliatti et Gramsci à Hegel ?

 

D’abord l’histoire. Je cite la grande thèse d’Hegel dans la Philosophie du droit : la philosophie doit apprendre son temps dans le concept. Apprendre son temps, mais dans le concept, ce qui implique un effort de conceptualisation, de catégorisation.

 

Deuxième point, la catégorie d’Aufhebung (dépassement). Le dépassement, ce n’est pas la négation abstraite et totale, c’est hériter de quelque chose. Le dépassement de l’ordre bourgeois n’exclue pas l’héritage des meilleurs choses de la révolution bourgeoise

 

Troisième point, que je considère comme très important : chez Hegel, il n’y a jamais de logique binaire, de vision manichéenne, il y a toujours le conflit entre un droit et l’autre, tous les deux légitimes mais pas dans la même mesure. Et ce conflit, je l’appelle le conflit des libertés. Pour illustrer mon propos, je vais évoquer Adam Smith lorsqu’il réfléchit sur l’esclavage dans les colonies anglaises en Amérique à la veille de la révolte des colons contre le gouvernement de Londres. L’abolition de l’esclavage, dit Adam Smith, n’est pas possible sous un « gouvernement libre » mais plutôt sous un gouvernement despotique. Le « gouvernement libre » (les organismes représentatifs qui déjà existaient dans les colonies anglaises en Amérique) est alors monopolisé par les propriétaires d’esclaves et il n’abolira jamais l’esclavage. La liberté des esclaves noirs ne peut être réalisée qu’avec la répression des propriétaires d’esclaves. Pour Adam Smith, les amis de l’humanité doivent donc dans ce cas se prononcer pour le gouvernement despotique. Adam Smith ne dit pas ça parce qu’il est contre la liberté mais parce que dans cette situation la liberté des esclaves ne peut advenir sous le « gouvernement libre », sous le pouvoir d’organismes monopolisés par les propriétaires d’esclaves. La liberté des esclaves était plus importante que le self-government de la communauté blanche.

 

Ce conflit des libertés, on le retrouve dans toutes les grandes crises historiques. Hegel le voit dans la monarchie absolue. Celle-ci est despotique et critiquable en se sens mais elle a réprimé l’aristocratie féodale qui avait elle-même réduit la grande majorité de la nation dans l’esclavage. La monarchie absolue était d’un côté despotisme, de l’autre libération des serfs.

 

Hegel lit de cette façon la question sociale : « Un homme qui risque de mourir d’inanition a le droit absolu de voler le morceau de pain qui assure sa survie. » Pour Hegel, nous ne devons pas choisir alors entre le droit et la violation du droit, mais choisir entre la violation la plus grave du droit, qui est de condamner un homme à la mort, et une violation moins grave. Nous devons dépasser une situation dans laquelle le respect du droit peut comporter la mort par inanition. Il y a le droit de propriété, qu’Hegel ne remet pas en cause, et le droit à la vie. Pour Hegel, les deux droits dont on parle ici sont toux les deux légitimes, mais le second est bien plus important.

 

Voilà pourquoi, je crois qu’on ne peut négliger la grande leçon d’Hegel.

 

Venons-en à l’expérience du mouvement turinois des Conseils d’usine. Quelles leçons Gramsci et Togliatti, qui animaient durant ce mouvement le journal L’Ordine nuovo, tirent-ils de ce moment historique ?

 

Gramsci et Togliatti affirment la valeur universelle de la Révolution d’Octobre, mais pour eux on doit traduire cette universalité dans une situation nationale déterminée. Et pour eux, quelque chose en Italie peut ressembler aux soviets et ce sont les conseils d’usine. C’est une création spontanée des masses mais il faut faire l’effort de lui donner une formulation mûre sur les plans théorique et politique.

 

Pour Gramsci, les conseils d’usine ne doivent pas seulement organiser la grève pour de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires, mais être le noyau du nouvel ordre, de la nouvelle société, des nouveaux rapports de production. Gramsci est très polémique avec le mouvement anarchiste, incapable de faire tout ça. Pour comprendre la rupture radicale de Gramsci avec l’anarchisme, qui était présent même dans le mouvement révolutionnaire, on doit penser à la lecture que Gramsci fait de la Révolution d’Octobre, et plus précisément à la réponse qu’il apporte à la question « de quelle façon la Révolution d’Octobre a-t-elle triomphé ? ». Gramsci voit les bolcheviks comme une « aristocratie d’hommes d’Etat » (c’est une citation du journal L’Ordine nuovo) - et c’est peut-être là sa plus grande originalité – il voit en Lénine « le plus grand homme d’Etat » de son époque. Cela parce qu’après l’infâme guerre impérialiste la nation russe était menacée de disparition et de balkanisation. Dans cette situation, Lénine et les bolcheviks ont triomphé bien sûr parce qu’ils ont exprimé les sentiments de la classe ouvrière mais aussi parce qu’étaient porteurs d’une solution à la crise nationale, à la catastrophe nationale qui en avait été la conséquence.

 

Pour Gramsci, les conseils d’usine doivent démontrer qu’en exprimant les intérêts immédiats et stratégiques de la classe ouvrière, ils sont en mesure de donner une solution révolutionnaire, mais en même temps une solution pour la nation italienne tout entière, sortie dans une situation dramatique de la guerre. Il a une vision des conseils d’usine qui est loin du « trade-unionisme », pour reprendre cette catégorie de Lénine. Les conseils d’usine sont, toujours selon Gramsci, à la fois l’expression des intérêts du prolétariat et le noyau du futur Etat à construire.

 

Pour George Hoare et Nathan Sperber, auteurs d’une excellente Introduction à Antonio Gramsci, l’analyse du fascisme est un angle mort de la pensée de Gramsci. A l’opposé, Palmiro Togliatti semble un acteur majeur de la riposte du mouvement communiste au fascisme. Dans le livre, A l’ombre des deux T, Ceretti évoque la polémique de Togliatti avec Bordiga (qui fut secrétaire général du Parti communiste avant Gramsci) et plus précisément le discours de Togliatti lors d’une conférence clandestine du PCI à Florence prédisant "des années difficiles nécessaires au regroupement des forces prolétariennes afin de faire éclater les contradictions du fascisme et le renverser", contrairement à la position de Bordiga qui juge alors la révolution imminente. Il évoque aussi Stato operaio où Togliatti combat la thèse de Bordiga "fascisme = capitalisme". Y a-t-il divergence de ce point de vue ?

 

Nous ne pouvons pas comparer des personnalités dans des situations historiques différentes : Togliatti a eu plus de temps pour réfléchir au fascisme. Mais j’ajoute qu’il y a chez Gramsci une formulation que je ne partage pas : il parle parfois du fascisme comme d’une « révolution passive », où il y aurait des éléments de « plan ». L’application au fascisme de ce concept ne me semble pas convaincante. Mais il faut aussitôt relever que Gramsci a conduit la lutte contre Bordiga, qui portait une vision abstraite de l’universalité, une universalité incapable d’embrasser la particularité. Bordiga n’a jamais compris l’importance de la question nationale. Lorsque Gramsci est condamné par le tribunal fasciste, il est d’une grande lucidité : le fascisme, dit-il, conduira l’Italie à la ruine et la tâche des communistes sera de sauver la nation italienne [2].

 

Avec l’avènement d’Hitler, Gramsci écrit des choses importantes sur le nazisme. Il n’évoque pas seulement la brutalité de l’hitlérisme et la honte qu’il représente. Dès le début du IIIe Reich, en soulignant que le nazisme démontre la « fragilité de la civilisation moderne », Gramsci avait compris la catastrophe que représentait le nazisme pour la civilisation.

 

L’apport de Togliatti va au-delà de l’analyse : Togliatti est partie prenante de l’élaboration d’une réponse du mouvement communiste au fascisme. Ceretti raconte l’épisode de Thorez remarquant que Togliatti a utilisé l’expression "ami des travailleurs" dans un article sur un député socialiste italien et se demandant s’il fallait y voir le signe d’une évolution de l’Internationale communiste face à la menace d’Hitler, en clair d’une rupture avec la phraséologie renvoyant dos-à-dos socialiste et fascistes. "Ercoli (il s’agit du nom que Togliatti utilisait), écrit-il aussi, m’avait expliqué que le destin de l’Allemagne (...) conditionnait le cours de l’histoire". "Le désastre essuyé par la classe ouvrière allemande hantait les militants", poursuit-il. Ce désastre suivait celui essuyé par les forces progressistes italiennes...

 

Tu abordes là la question du social-fascisme. Bien sûr la théorie du social-fascisme a été une sottise et une catastrophe. On peut cependant relever que ce genre de choses était aussi agité par les sociaux-démocrates contre les communistes. C’est le cas de Kautsky pour qui le pouvoir soviétique était semblable ou pire que le fascisme. La sottise était des deux côtés. Togliatti comprenait que cette identification était une sottise, et déjà la lutte de Togliatti et Gramsci contre Bordiga était une lutte contre cette théorie : pour Bordiga, le fascisme était un changement de gouvernement comme les autres, alors que pour Gramsci et Togliatti c’était une chose qualitativement nouvelle et il n’y avait pas d’identification entre fascistes et socialistes. Ensuite, après l’assassinat de Matteotti, voire même avant, le Parti Communiste Italien appelle à l’unité d’action des communistes et des socialistes mais les socialistes sont plus réservés à ce sujet. Par la suite, Togliatti sera, avec Dimitrov, un des protagonistes du 7ème congrès de l’Internationale communiste. Mais lorsque, durant ce congrès, Dimitrov polémique avec le « nihilisme national », ce n’est pas une nouveauté pour lui, car il a déjà polémiqué au côté de Gramsci sur ce thème.

 

Le témoignage de Ceretti est aussi utile pour éclairer le rapport à l’Union soviétique. Il écrit : "un des rares jours où Togliatti était en veine de confidence, il m’avoua qu’il n’avait pas été facile de s’orienter dans cette lutte sans merci", qui a lieu au sein du parti bolchevik. Il signale aussi un épisode où Gramsci, alors à Moscou pour l’Internationale communiste, disparaît : il s’est en fait enfermé dans la pièce où l’on peut tout lire des débats internes au sein du parti bolchevik...

 

Il y a le fameux épisode de la lettre que Gramsci écrit en 1926 au Bureau Politique du PCUS. Il y a alors débat entre Gramsci et Togliatti. Togliatti serait pour une prise de position plus nette en faveur de la majorité, c’est-à-dire en faveur de Staline. Mais l’attitude de Gramsci va dans le même sens. Il espère que la contradiction ne va pas devenir « antagonique » mais il critique l’opposition trotskiste et parle avec ferveur de la NEP [3]. Elle est extaordinaire, la page que Gramsci consacre, en 1926, à l’analyse de l’URSS et du phénomène « jamais vu dans l’histoire » qui est implicite dans le pénible processus de construction d’une société socialiste ou postcapitaliste : une classe politiquement « dominante » en vient « dans son ensemble » à se trouver « dans des conditions de vie inférieures à des éléments et des couches déterminés de la classe dominée et assujettie ». Les masses populaires, qui continuent à supporter une vie de privations, sont désorientées par le spectacle du « nepman en fourrures et qui a à sa disposition tous les biens de la terre » ; et toutefois, cela ne doit pas constituer un motif de scandale en ce sens que le prolétariat, de même qu’il ne peut conquérir le pouvoir, ne peut pas non plus le maintenir, s’il n’est pas capable de sacrifier des intérêts particuliers et immédiats aux « intérêts généraux et permanents de la classe » [4]. Pour Gramsci, il n’y a pas d’identification entre situation politique et économique. La classe du prolétariat a conquis le pouvoir mais sur le plan économique elle n’a pas exproprié totalement la classe défaite, celle qui s’enrichit avec la NEP.

 

Il reproche à l’opposition de ne pas prendre en compte cette nouvelle situation historique. Il considère qu’il faut parfois faire des sacrifices économiques, mais garder le pouvoir.

 

En 1927, lorsqu’il visite la Russie, Walter Benjamin fait le même constat qu’il n’y a pas de correspondance entre richesse économique et pouvoir politique.

 

Venons-en aux Cahiers de prison écrits par Gramsci entre 1927 et 1937. Pour la petite histoire, Ceretti raconte dans son livre la colère de Togliatti lorsqu’il apprend que les malles où étaient gardés les manuscrits de Gramsci sont égarées lors du déménagement du Komintern, en 1941. Tout cela au moment où les Allemands sont aux portes de Moscou !

 

Il n’y a pas de doute sur le fait que Togliatti, et même l’Internationale communiste dans son ensemble avaient compris l’importance de l’élaboration de Gramsci. Togliatti a contribué non seulement à sauver les cahiers mais à leur publication. Sans son apport organisationnel, on ne peut comprendre la fortune immédiate de la publication des cahiers de prison. Togliatti était conscient de la grandeur de Gramsci, de son élaboration théorique.

 

Est-il exagéré de dire que les initiatives majeures prises par Togliatti à la Libération, je pense notamment à ce qu’on appelle le « tournant de Salerne » [5] trouvent leurs racines dans ces réflexions communes ?

 

Je veux tout d’abord évoquer une polémique qui s’est développée à propos du « tournant de Salerne ». Certains présentent cette intervention comme une initiative de Staline. Le discours de Togliatti à son arrivée à Naples est intéressant de ce point de vue. A l’époque, il y a encore la guerre, l’Italie n’est pas encore complètement libérée. Togliatti part de la révolution napolitaine de la fin du XVIIIe siècle ! Il n’est pas sur l’immédiateté politique, il reconstruit l’histoire de la révolution italienne, et pas seulement du mouvement révolutionnaire d’orientation socialiste ou communiste puisqu’il part de la révolution napolitaine de 1799 ! Cette réflexion sur la révolution italienne dans son ensemble est un grand thème de Gramsci, dont on sait qu’il a beaucoup réfléchi sur le Risorgimento [6] et ce n’est pas un hasard si Togliatti a publié un livre sur les réflexions de Gramsci à ce sujet. La définition de la résistance antifasciste comme « second Risorgimento », trace une ligne de continuité, avec bien sûr des discontinuités, entre le Risorgimento et la révolution antifasciste.

 

Qu’il s’agisse de Gramsci ou de Togliatti, la révolution sociale n’est jamais le nihilisme national, elle peut vaincre dans la mesure où elle fait appel à la plus grande partie de la nation.

 

Si l’opposition des deux personnages n’a pas de réalité historique ou politique, ne s’agit-il pas pour ses promoteurs de minorer le rôle du Parti communiste italien, comme intellectuel collectif pesant sur l’histoire ? L’oubli de Togliatti ne participe-t-il pas de cette vision ?

 

J’ai écris dans mon livre sur Gramsci que nous avons affaire à une attitude plus générale. Dans la gauche radicale, on dit qu’il faut retourner à Marx, et délaisser Lénine. Marx joué contre Lénine. Gramsci joué contre Togliatti. Pour Cuba, on choisit Che Guevara mais pas Fidel Castro. Pour l’Allemagne, on choisit Rosa Luxembourg mais pas Ernst Thälmann. J’ai appelé cette attitude “fuir l’histoire”. C’est une vision de la théorie détachée du mouvement réel, du mouvement communiste.

 

Chaque fois, on privilégie la personnalité qui, pour des raisons chaque fois différentes, n’a pas joué un rôle dans l’exercice du pouvoir d’Etat ou du pouvoir dans le parti. Comme Togliatti a été beaucoup plus longtemps que Gramsci secrétaire du PCI, qui a été arrêté, cette logique se met à l’œuvre.

 

Après la défaite de 1989 dans l’Europe de l’Est, la bourgeoisie essaie de diaboliser le mouvement communiste et Marx. Une tendance du mouvement communiste accepte cela et essaie de sauver quelque chose de Gramsci, de Che Guevara ou Rosa Luxembourg, en sacrifiant tout le reste.

 

Pour quelqu’un qui connaît mal l’Italie, il est difficile de saisir ce qui subsiste de cette expérience historique dans la réalité italienne. Je fais abstraction, bien sûr, de l’empreinte générale du mouvement communiste sur l’histoire de l’Europe et du monde. Peux-tu nous donner ton sentiment à ce sujet ?

 

Honnêtement, il subsiste très peu. Peut-être quelque chose au plan théorique mais au plan politique la situation italienne est catastrophique.

 

Pour conclure, quelle est selon toi l’actualité de la démarche de Togliatti et Gramsci dans la situation contemporaine ?

 

D’abord, je veux dire que je n’aime pas la façon dont cette question de l’actualité est posée le plus souvent. Ainsi dire que les thèses de Marx ont la même actualité qu’à l’époque où elles ont été formulées, ce serait dire que Marx n’a joué aucun rôle dans l’histoire, ce serait comme si Marx n’avait jamais contribué à modifier le monde qu’il a critiqué. L’actualité serait alors non pas un titre de mérite mais plutôt le contraire, la preuve d’un manque total d’efficacité sur le plan historique. Or, pour ne prendre que ces exemples, la condition ouvrière reste terrible mais personne ne nie aujourd’hui les droits politiques de la classe ouvrière pour lesquels Marx et Engels ont lutté ; Marx et Engels ont eu le mérite de souligner la question de l’émancipation de la femme, et la situation de la femme n’est plus aussi catastrophique qu’elle l’était en leur temps.

 

Pour en venir à Gramsci et Togliatti, il y a un fort élément d’actualité avec la lutte contre le néo-libéralisme et contre néo-colonialisme. Mais aujourd’hui le néo-colonialisme se présente sous une forme différente, les guerres contre la Libye, contre la Syrie, les campagnes contre la Chine ou Cuba se mènent au nom des droits de l’homme. Nous devons souligner qu’avant même de devenir communiste, Gramsci a toujours lié la question sociale dans les pays capitaliste à la question du réveil des peuples coloniaux. Nous ne sommes plus dans la situation que Lénine définissait comme « annexion politique » (la domination coloniale classique), en la distinguant de l’« annexion économique » avec une indépendance politique formelle (c’est le néo-colonialisme). Les pays qui ont conquis l’indépendance politique essaient de conquérir l’indépendance économique. Devant ce problème, il y a un grand retard du mouvement de la gauche et même du mouvement communiste, qui ne comprennent pas que la lutte de la Chine, de Cuba, de l’Amérique latine est la lutte pour passer de la phase politique de la lutte anticolonialiste à la phase économique. En ce sens Gramsci, Togliatti, mais aussi Lénine ou Mao, sont certainement d’une grande actualité, mais on ne peut pas négliger l’aspect tout à fait nouveau de la situation actuelle.

 

Février 2014

 

Notes :

[1] Signalons qu’en Italie le terme utilisé pour désigner le libéralisme politique (liberalismo) est distinct de celui utilisé pour le libéralisme économique (liberismo). Note de la rédaction

[2] « Je pense, Monsieur le Général, que toutes les dictatures de type militaire finissent tôt ou tard par être renversées par la guerre. Il me semble évident, dans ce cas, qu’il revient au prolétariat de remplacer la classe dirigeante, en prenant les rênes du Pays pour soulager le sort de la Nation (…) Vous conduirez l’Italie à la ruine, et à nous communistes reviendra de la sauver ». Cité par Domenico Losurdo, dans Gramsci, du libéralisme au communisme critique.

[3] Selon les initiales russes de la Nouvelle Politique Economique, menée à partir de 1922, liquidée à partir de 1927. Note de la rédaction.

[4] Référence italienne : La Costruzione del Partito Communista 1923-1926, Torino, Einaudi, 1971.

[5] Du nom de la ville, au sud de Naples, où Togliatti, en février 1944, avait appelé à l’union de tous les italiens, qu’ils soient républicains et monarchistes, pour participer aux côtés des Alliés à la guerre contre le nazisme. Note de la rédaction

[6] Période du XIXème siècle durant laquelle l’unité italienne se réalise. Note de la rédaction.

Publié par El Diablo

LÉGISLATIVES dans le RHÔNE : Rififi à chez les « insoumis » qui présentent finalement une liste face à Michèle PICARD, maire PCF de Vénissieux

L'affiche électorale de Michèle Picard, candidate PCF, avec son suppléant Kamal Ahamada

L'affiche électorale de Michèle Picard, candidate PCF, avec son suppléant Kamal Ahamada

France Insoumise : le national soumet le local

Par : Gilles Lulla – le 18 mai 2017

Une semaine après avoir décidé majoritairement de ne pas présenter de candidats dans la 14e circonscription pour ne pas entamer les chances de la gauche de l’emporter, les militants mélenchonistes de Vénissieux, Feyzin, Saint-Fons, Saint-Priest et Solaize étaient de nouveau réunis, le 17 mai en soirée, pour arrêter une décision qui se faisait attendre.

Ils n’en auront pas eu la possibilité. Le national a tranché. Il y aura bien un candidat insoumis : Benjamin Nivard. Il aura pour suppléante Léa Leverd. Leur candidature a été déposée ce matin à la préfecture du Rhône.

Entre ces deux réunions, la confusion a régné. Sur le site internet de la France insounise, Benjamin Nivard, qui s’était positionné de longue date, est passé du statut de titulaire à celui de suppléant, puis de nouveau à celui de titulaire, pour pallier le retrait de Monia Benaïssa, qui était devenue titulaire après avoir été pressentie pour être suppléante… avant de finalement jeter l’éponge !

Cette valse-hésitation traduit la forte opposition qui existe entre l’échelon local, où le souci de ramener la 14e circonscription à gauche l’emporte, et le national, désireux de faire fructifier dans un maximum de circonscriptions le bon score réalisé par Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle.

Les militants « anti-candidature » s’estiment floués. « La candidate communiste et maire de Vénissieux, Michèle Picard, était la mieux placée pour représenter la gauche, soulignent-ils. Nous ne voulons pas prendre le risque d’un second tour qui opposerait le FN à Yves Blein, l’ex PS converti au macronisme. Malgré tout, le bureau national de la France insoumise a décidé d’imposer un candidat. Nous ne reconnaissons pas sa légitimité. »

Gérard Médioni, qui était jusqu’à présent coordonnateur du mouvement sur la circonscription, a par ailleurs annoncé qu’il se désengageait. La direction de campagne est désormais assurée par Claude Delorme.

Mais c’est une drôle de campagne qui s’ouvre pour le binôme insoumis. Elle sera courte (un peu plus de trois semaines avant le 1er tour). Et les troupes seront clairsemées. Les militants ont été invités lors de la réunion du 17 mai à se positionner individuellement : certains ont choisi de soutenir Michèle Picard, d’autres de s’abstenir, d’autres enfin, fidèles à la direction nationale mais minoritaires, de soutenir les candidats désignés.

Au-delà des législatives, on peut s’interroger sur les traces que laissera une telle désunion dans un mouvement naissant. « On a essayé de régler le malaise au mieux pour essayer de faire vivre la France insoumise à l’avenir », assure Gérard Médioni.

SOURCE :

France Insoumise : le national soumet le local - Expressions

 

http://www.expressions-venissieux.fr/2017-05-18-france-insoumise-national-soume

 

Quelle priorité : cohabitation ? Ou une FI hégémonique ? Mélenchon veut imposer la cohabitation

 

, par  pam
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Cet interview du politologue Thomas Guénolé qu’un militant FI m’envoie est utile.

 

Derrière l’objectif affiché d’imposer une cohabitation, bien incertaine, l’objectif plus réaliste de JLM est bien de tenter d’affirmer la FI comme seul parti de gauche...

 

Car une cohabitation est bien irréaliste dans un contexte politique ou la droite n’a jamais été aussi élevée en France (plus haute qu’en 1969 !). Macron fera sa majorité à droite comme Collomb qui a une longue expérience lyonnaise que je connais bien. Il a fallu toute la détermination des communistes de Vénissieux victorieux en 2014 contre le PS pour bousculer tout ceux qui cherchaient leur place avec Collomb malgré sa majorité à droite, dont malheureusement d’autres élus communistes, mais aussi toute la gauche "alternative" lyonnaise des anciens communistes comme Maurice Charrier à Vaulx en Velin, aujourd’hui insoumis, mais allié de Collomb quand il était élu... Ce sera amusant de voir cette gauche alternative "de gauche" se contorsionner pour justifier de continuer à participer à l’exécutif de la métropole, exécutif qui préfigurait le macronisme... De fait, la "cohabitation" sera bien avec la droite...

 

Mais le texte éclaire la motivation principale de JLM, l’affirmation d’une seule grande force de gauche... FI

 

Je cite :

Certes, pour le PCF, signer la charte pose le risque d’une dissolution. Mais la question de la finalité et de l’utilité du PCF en tant que parti politique se pose. Si ce calcul est gagnant, il y aura une seule grande force de gauche « antisystème » : la France insoumise.

La question de l’utilité du PCF est effectivement posée, et comme ses dirigeants successifs font un par un la démonstration qu’il ne sert à rien, Hue passé annexe du PS avant de soutenir Macron, Buffet déja insoumise appelant le PCF à "se dépasser"... La réponse semble couler de source... le PCF est inutile et va disparaitre... Si les dirigeants communistes cherchent bien sûr à préserver des places, et donc sont en partie en concurrence avec la FI, en réalité, ils sont en accord avec cet objectif de "refonder la gauche", ils ne croient plus au PCF... Incroyable d’ailleurs que ce parti existe encore alors que tous ses dirigeants depuis 20 ans essaient de le dissoudre/métamorphoser/faire muter/dépasser.. le vocabulaire varie mais l’idée est toujours la même, s’en débarrasser...

 

La question se résume en une formule célèbre, "en finir enfin avec 1920 !" La FI est, dans la continuité d’un Mélenchon héritier du Mitterrand de 71/81, l’aboutissement de la remise en cause de 1920... revenir à une gauche "acommuniste".

 

Un élément très pragmatique de ce texte montre qu’on sait faire de la politique à l’ancienne à la FI.. Car en fait, tant pis pour la cohabitation, la priorité est bien de créer les meilleures conditions possibles à l’hégémonie du nouveau parti et donc à son financement... Question : La FI pourra-t-elle durer ?

Oui, pour des raisons simples de financement des partis politiques : les subventions publiques qui découlent des législatives vont permettre de stabiliser son existence

il vaut mieux faire gagner un député sortant PS-Macron et accumuler des voix pour son financement, surtout si l’inverse aurait fait prendre le risque d’avoir un député capable de maintenir l’hypothèse communiste...

 

- Ainsi la FI maintient un candidat rejeté par les collectifs locaux à Vénissieux, ville ou le PC depuis 30 ans s’oppose aux orientations nationales du PCF, et gagne contre le PS, malgré Gérard Collomb venu personnellement faire campagne aux municipales en 2014, et dans un rassemblement fraternel avec le PG... une candidature qui a montré qu’elle respecte ses engagements, refusant de rejoindre l’exécutif large de Collomb dans la métropole de Lyon .. bref, une candidature qui peut faire perdre un PS sortant macroniste et consolider une opposition de gauche authentique...

 

- mais la FI se retire pour une candidature nouvelle donne dans le calvados... il est vrai tout à fait compatible avec une gauche "acommuniste"... une gauche qui oscille entre les verts et un PS de gauche... la seule certitude qu’on a, c’est qu’elle ne sera jamais communiste...

 

Ce qui devrait conduire à un rappel historique : Qu’est-ce qu’une gauche "acommuniste" ? ... tout simplement une gauche socialiste... la boucle est bouclée... Mélenchon aurait terminé le travail de Mitterrand.

 

Je crains que cette stratégie ne se révèle mortifère pour ceux qui persistent à vouloir changer de société...

 

Tout ca n’empêche pas Nicolas, qu’la commune n’est pas morte ! (https://lepcf.fr/Quel-avenir-pour-le-parti-communiste)

 

pam


Thomas Guénolé : « Mélenchon veut imposer la cohabitation »

 

Thomas Guénolé Politologue, professeur à Sciences Po

 

Jean-Luc Mélenchon désarçonne une partie de la gauche par ses positionnements et sa stratégie. Pour Thomas Guénolé, le leader de la France insoumise est cohérent.

 

La campagne des législatives s’ouvre sur fond de divisions des candidatures à gauche, éloignant la probabilité d’une présence élargie au Parlement.

 

Pour Jean-Luc Mélenchon, qui convoite l’hégémonie de l’opposition à gauche, l’union des partis ne fait pas sa force. Thomas Guénolé analyse cette stratégie.

 

Nadia Sweeny : Jean-Luc Mélenchon analyse-t-il de manière « juste » la nature du vote qui l’a porté à 19,56 % au premier tour de la présidentielle ?

 

Thomas Guénolé : Il cite souvent le même chiffre : 80 % de son score du premier tour serait un vote d’adhésion. Cela correspond à la réunification quasi totale de l’électorat du « non » de gauche à la politique économique pro-mondialisation. Ce que j’appelle la « gauche antisystème », celle du « non » à la constitution européenne et qui représente un quart de l’électorat français : soit la somme du résultat de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon. La base électorale de la France insoumise est évaluée à 16 %, ce qui coïncide avec les 80 % de ses électeurs du premier tour dont il se réclame. D’autant que le taux d’adhésion à Jean-Luc Mélenchon est l’un des plus solides.

 

Nadia Sweeny : Comment aborde-t-il les législatives ?

 

Thomas Guénolé : Aux législatives, tous les électorats vont se démobiliser : on va passer d’une participation de 80 à 60 %, comme cela se fait habituellement. La clé du succès réside dans la « démobilisation différenciée » : celui qui va baisser le moins va gagner. Certes, le refus de Jean-Luc Mélenchon d’appeler à voter Macron au deuxième tour lui coûte quelques électeurs parmi ceux qui n’ont pas voté pour lui par adhésion, mais il s’adresse à son socle électoral – les 80 % restants – pour limiter la démobilisation.

 

Il aborde les législatives comme un véritable troisième tour de la présidentielle, en utilisant les mêmes codes que pendant sa campagne, à cela près qu’il endosse le costume de Premier ministre. Il est sur un modèle de campagne nationale. C’est cohérent avec l’objet du scrutin et la position de la France insoumise (FI), dont la quasi-totalité des candidats n’a pas de mandat électif en cours, activant moins le levier local que national.

 

Nadia Sweeny : Que cherche-t-il à faire ?

 

Thomas Guénolé : Imposer une cohabitation. D’après les enquêtes électorales les plus sérieuses, il n’est pas en mesure de le faire, mais il peut empêcher une majorité de se créer au Parlement. Cela dit, le simple fait de fixer comme objectif la cohabitation revient à positionner la France insoumise comme un parti de gouvernement et non plus un parti de simple contestation. C’est une rupture fondamentale avec le positionnement traditionnel de la gauche « antisystème », laquelle a intériorisé son statut d’éternelle minoritaire, à l’écart de la conquête du pouvoir.

 

Nadia Sweeny : Ne pas s’unir avec d’autres, n’est-ce pas une volonté de rester minoritaire ?

 

Thomas Guénolé : Il veut être en monopole sur ses 20 % et rompre avec la culture des luttes de chapelles pour mettre en place un bloc compact et unifié. Depuis quelques années, la gauche fonctionne avec un astre central, le Parti socialiste, qui penche à droite. Son aile gauche ne conteste pas réellement ce leadership alors qu’une série de satellites – EELV, le Parti radical de gauche, le PCF, etc. – opèrent une stratégie « parasitaire », basée sur la menace de candidatures dissidentes. Maintenant que le PS s’est écroulé, les satellites essayent, comme par réflexe, de reconstituer cette stratégie face à la nouvelle force en présence : la France insoumise. Or, l’obsession de Mélenchon, c’est de rester groupé : il ne cesse de le rappeler. Quand le PCF ou les Verts demandent des circonscriptions et après « chacun fait ce qu’il veut » : c’est une offre de balkanisation. C’eût été mieux qu’ils s’accordent, mais la France insoumise préfère accueillir tout le monde en son sein, sous condition de signer la charte. Mécaniquement, cette logique va faire place nette dans la gauche « antisystème ». Certes, pour le PCF, signer la charte pose le risque d’une dissolution. Mais la question de la finalité et de l’utilité du PCF en tant que parti politique se pose. Si ce calcul est gagnant, il y aura une seule grande force de gauche « antisystème » : la France insoumise.

 

Nadia Sweeny : Mais cette uniformisation n’est-elle pas porteuse de danger ?

 

Thomas Guénolé : La France insoumise porte une logique de discipline qui se rapproche de celle de la droite. La gauche a toujours eu, culturellement, un problème avec la discipline. Mais il ne faut pas confondre discipline, dans un paysage balkanisé, et uniformisation dictatoriale sur le modèle de l’extrême droite. De la même manière, il ne faut pas confondre leader charismatique, vécu comme le ciment de l’unité, et dictateur : je ne crois pas que le management de la France insoumise soit de type dictatorial, ne serait-ce que par la façon dont le programme s’est construit.

 

Nadia Sweeny : Que penser du choix de Jean-Luc Mélenchon de se présenter dans la 4e circonscription de Marseille, et contre un député PS sortant ?

 

Thomas Guénolé : C’est le choix de l’efficacité : celui qui maximise la possibilité d’entrée de Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale. C’est la même logique que celle appliquée aux lieutenants clés de la France insoumise : se présenter là où le score de FI est très élevé au premier tour. En termes de trajectoire politique, c’est une équipe qui mange du sable depuis dix ans, aujourd’hui, ils ont une opportunité d’entrée à l’Assemblée, ils la saisissent.

 

Nadia Sweeny : Sur des territoires dont les députés sortants pourraient renforcer une présence de la gauche au sein du Parlement, n’est-ce pas contre-productif ?

 

Thomas Guénolé : Une stratégie de court terme serait de choisir d’affaiblir tout de suite l’adversaire – la droite et l’extrême droite – avec le risque de ne pas être présent au Parlement. La stratégie de long terme, c’est d’entrer à l’Assemblée afin d’ancrer son mouvement et de pouvoir s’exprimer pendant cinq ans. D’autant que pour Mélenchon, le PS n’existe plus en tant que force politique dans le combat national. Il reste donc quatre blocs : macroniste, mélenchoniste, le peniste et celui de droite – pour le moment. Le reste n’existe plus.

 

Nadia Sweeny : Ce « bloc mélenchoniste » peut-il durer ?

 

Thomas Guénolé : Oui, pour des raisons simples de financement des partis politiques : les subventions publiques qui découlent des législatives vont permettre de stabiliser son existence qui, jusque-là, tenait d’un certain sens du système D. L’objectif des cinq prochaines années est d’avoir le plus d’élus possible pour asseoir son implantation sur le territoire.

 

Mais j’ai aussi l’impression que se développe une forme de contre-culture, fondée notamment sur leur média alternatif, qui fait des audiences aussi importantes que des chaînes « mainstream ». C’est certes un outil d’indépendance, mais cela peut être aussi une voie d’expression différente. S’ils réussissent à valoriser et diffuser ces contre-cultures de gauche « antisystème » qui existent déjà, ils peuvent garder un socle de soutien populaire très important tout en étant une voie d’expression d’un autre projet de société.

 

Thomas Guénolé Politologue, professeur à Sciences Po
par Nadia Sweeny


publié le 17 mai 2017

 

Voir en ligne : sur politis

 

Du côté de la France Insoumise

 

 

Les camarades qui s’étaient engagés sous la bannière de Mélenchon pour les élections présidentielles découvrent avec le SMS envoyé à la direction nationale du PCF une donnée qu’ils n’avaient pas prise en compte.

Le fond de l’affaire est pour moi simple. Mélenchon et la France Insoumise ne sont pas révolutionnaires, ils ne se sont jamais présentés comme tels. La démocratie impose que soit respectée l’idéologie de chacun.

Mélenchon pouvait se présenter devant les électeurs sous l’étiquette qui correspond à ce qu’il est. Ce qui posait problème c’est que le parti communiste disparaissait dans cette opération.

Il faut avouer que son ralliement à une candidature réformiste est l’aboutissement de toute une série de renoncements successifs qui ont jalonné l’histoire récente des communistes. Refondateurs, rénovateurs, mutation… ont ponctué les démissions successives et conduit à son déclin idéologique et organisationnel qui a pu être mesuré par sa dégringolade, en voix et en élus, dans les résultats électoraux

Dans cette séquence on a pu enregistrer les figures de Jean-Claude Gayssot, de Robert Hue et plus récemment de Marie-George Buffet ou de Pierre Laurent qui ont participé, à des degrés divers, à l’effacement du PCF, Ils ont été l’expression et en même temps les responsables de la disparition de la scène politique française du courant révolutionnaire.

Et ce alors même que la nécessité d’une rupture franche et décisive avec un système en fin de course appelle à son renforcement et à occuper la place qu’exige la décomposition de notre monde.

La position de la France Insoumise devant les élections législatives qui s’annoncent devrait éclairer ceux qui avaient fait le choix que l’on sait pour les présidentielles. Il s’agit ni plus ni moins pour eux que de reconstruire un parti socialiste, celui qui existait étant discrédité par la politique qui a été menée sous Hollande.

Outre que c’est l’affaire des socialistes et que cela n’intéresse qu’indirectement le courant révolutionnaire il faut prendre conscience de l’impasse où cela conduit. Nous avons l’expérience de la social-démocratie. Elle s’avère incapable de résoudre quoi que ce soit. Aussi il est de notre responsabilité de mettre en garde contre de nouvelles illusions.

Il y a certes à réaliser l’unité face à la droite et à son extrême mais elle ne peut se faire autrement que par un programme qui permette la satisfaction des revendications des travailleurs. Emploi, pouvoir d’achat, conditions de travail, protection sociale, démocratie, environnement, paix… sont des questions incontournables. Elles ne trouveront pas de réponse dans une nouvelle mouture de la social-démocratie mais dans la reconstruction du parti révolutionnaire qui pour l’heure fait défaut. Il faut en sortir, les législatives peuvent être l’occasion de notre redressement.

Jacques Cros

Situation aux sorties des urnes

 

J'ai trouvé dans la presses et sur des blogs amis quelques éléments d'appréciation de la situation issue des urnes qui elle-même est le résultat de la puissante lutte de classe masqué qui se livre dans la superstructure pour donner les moyens indispensables au capital de conserver  son hégémonie sur le monde tout en maintenant son taux de profit dans le contexte qu'il appelle mondialisation. 

 

Macron n'arrive pas par hasard dans le paysage politico médiatique de ces dernières années. Il n'est pas non plus le jeune héros que l'on nous présente, mu par un destin favorable et fulgurant arraché par la force de son savoir et de qualité d'exception. Son élection a la présidence à été soigneusement préparé. Elle annonce une nouvelle phase des luttes de classe qu'il va nous falloir comprendre pour ne pas en être les victimes médusées. Car il y a bien dans "ce nouveau cours" auto célébré  quelque chose de cette figure qui s'impose, avec ses formes de fascinations obligatoires et généralisées pour nous empêcher de réagir et de nous organiser contre lui .  

 

Je trouve particulièrement intéressant l'article que Danièle Bleitrach a publié sur  histoire et société  concernant le livre de Michael- Scott Christofferson " les intellectuels contre la gauche" publié par les éditions agone repris d'un numéro de la revue les cahiers d' histoires. Nous pouvons a sa lecture d'avantage comprendre la mise en forme d'une contre révolution qui s'est établie par cycle et dont les instrument ont été l'anti autoritarisme des mouvement libertaire, le vedettariat de quelques figures intellectuelles de circonstances et l'arrivée de la gauche miterrandienne au pouvoir. cette analyse conjuguée a celle que nous donne les Pinçon-charlot nous permet de comprendre l'imposture idéologique et l'origine de ses commanditaires " cette classe sociale puissante et organisée" qui sait défendre ses intérêts. suvent deux autres article l'un sur le monde et sa manière de macroniser l'information signé par henri maller et l'autre sur le présidentialisme, ses origines prises aux sources du bonapartisme.

Gilbert Rémond 


Monique Pinçon-Charlot : « Nous sommes face à une classe sociale puissante et mobilisée pour défendre ses intérêts »

 

Par Noé Roland le 12 mai 2017

 

Avec près de trente ans de travaux sur la grande bourgeoisie au compteur, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon sont des références en la matière. Mœurs, éducation, stratégies de préservation des privilèges… Les riches n’ont plus de secrets pour eux ! Après leur départ du CNRS en 2007, les sociologues passent des sciences humaines au militantisme. Ils présentent d’ailleurs cette année leur candidature aux législatives dans les Hauts-de-Seine. À l’occasion de la sortie de leur dernier livre « Les prédateurs au pouvoir » (éditions Textuel), Le Comptoir a contacté Monique Pinçon-Charlot qui a aimablement répondu à ses questions. Élections présidentielles 2017, guerre des classes et reconstitution de la gauche radicale sont au menu de cet entretien.

 

Le Comptoir : Dans votre dernier livre, Les prédateurs au pouvoir, vous attaquez la « pensée unique », expression peu claire car elle est utilisée par tout le monde d’Acrimed au FN. Comment définiriez-vous cette « pensée unique » ?

 

Monique Pinçon-Charlot : Aujourd’hui, selon la perception de l’oligarchie, les partis sont morts et il n’y a plus de gauche ni de droite. Quand on emploie l’expression « pensée unique », on vise bien le fait que la pensée néo-libérale est devenue une seconde nature. Elle est devenue le réel, quelque chose qu’on ne peut pas remettre en question. Le néolibéralisme peut être amélioré, amendé pour être encore plus violent, mais il ne peut pas être critiqué. On est bien dans un totalitarisme oligarchique et qui me fait toujours penser au roman 1984 d’Orwell, avec Big Brother à la tête d’un parti unique.

 

Lors de l’entre-deux-tours des présidentielles 2017, n’a t-on pas assisté à la démonstration de l’existence de cette pensée unique, avec l’injonction à voter Macron pour faire barrage au FN ? Sommes-nous dans ce que Emmanuel Todd appelait un « flash totalitaire » après les attentats de Charlie Hebdo ?

 

Je suis assez d’accord avec la formule. J’y adhère d’autant plus que le Front national est un parti qui, après sa création, a été renforcé et mis en scène par les socialistes : c’est le cas depuis 1983, au moment où la pensée unique a commencé à se constituer dans le sillage du renoncement du Parti socialiste, avec le tournant de la rigueur. À partir de ce moment-là, Mitterrand a fait des démarches personnelles auprès des grands médias pour que Jean-Marie Le Pen ait son rond de serviette sur les plateaux télévisés. Il y a ensuite eu l’introduction de la proportionnelle intégrale aux législatives de 1986, qui a permis l’entrée de 36 députés FN à l’Assemblée nationale. Ces manœuvres politiques n’ont cessé de se poursuivre, avec pour objectif une instrumentalisation du Front national pour permettre au néo-libéralisme de rebondir. En 2002 s’est constitué un front républicain pour le second tour des élections présidentielles, front qui s’est aujourd’hui transfiguré en la personne d’Emmanuel Macron. Macron est l’emblème de l’oligarchie : il n’y a plus ni droite ni gauche, ni privé ni public, ni rive droite, ni rive gauche. Dès sa qualification pour le second tour, il est parti fêter sa victoire à la Rotonde et a été très peu adroit. Gauche libérale et droite se sont unies, et l’extrême-droite leur est bien utile.

 

L’oligarchie dont vous parlez n’est-elle pas menacée par le retour en force dans les urnes d’une gauche plus radicale réunie autour de Jean-Luc Mélenchon ?

 

Ce qui s’est passé lors de ce premier tour est très important. J’ai été très contente de ce résultat auquel j’ai personnellement contribué, avec toutefois des bémols. Michel et moi nous avons fait de multiples rencontres qui nous poussent à penser que le rapport de force de la gauche radicale est actuellement énorme. Si Mélenchon avait joué le jeu de la dynamique du Front de gauche et accepté qu’on l’ouvre à d’autres forces, des associations ou des individus, au lieu de créer La France insoumise, faisant cavalier seul, nous aurions été présents au second tour. Je regrette beaucoup ce qui s’est passé et j’appréhende les législatives. Je dis ça en tant que citoyenne en colère et en tant que sociologue malheureuse. J’ai peur que la classe dominante ait un coup d’avance sur nous. Malgré ses contradictions, et alors qu’elle représente très peu de monde, elle la jouera collectif aux législatives, avec le traditionnel jeu pervers des fausses contradictions et des oppositions mises en scène. Le Front national sera son allié, car il risque maintenant de capter la critique sociale et de se l’approprier. En haut, on a donc le collectivisme et la solidarité de classe, très clairement. Quand Marine Le Pen, qui est présidente de groupe au Parlement européen, s’oppose à la création d’une commission d’enquête sur la fraude fiscale, elle démontre une solidarité de classe avec ses proches mouillés dans l’affaire des Panama Papers. Quand il s’agit de voter le secret des affaires, c’est l’ensemble des eurodéputés du FN qui mettent comme un seul homme un bulletin “pour” dans l’urne. Ce sont des indicateurs de cette solidarité oligarchique. Ce ne sont que deux exemples, mais il y en a beaucoup d’autres. Et en face ? On assiste à la guerre des petits chefs, et c’est catastrophique. Tous ensemble, nous aurions été au second tour. 

 

Vous dites que le rapport de force est favorable à la gauche radicale en France. Cela veut-il dire que les Français n’aiment pas les riches ?

 

Ce n’est pas une question d’aimer ou pas. La psychologisation du social n’entre pas en ligne de compte ici. C’est plutôt qu’on est dans une guerre, avec des prédateurs, très peu nombreux, mais très puissants. C’est la raison pour laquelle Michel et moi avons écrit notre dernier petit livre. On nous donne chaque jour en pâture des phénomènes de corruption, mais c’est encore bien trop gentil de parler de corruption. On masque derrière ce mot quelque chose qui relève de la prédation, du vol, d’une guerre contre les peuples, quelque chose qui fait système. Et face à cela, le peuple doit se défendre.

 

Vous dépeignez donc la grande bourgeoisie et les réseaux qui sont à son service comme des « prédateurs ». Cela veut-il dire que plus on est riche, plus on est misanthrope ? Les grands bourgeois se rêvent-ils encore comme la “race des meilleurs”, comme une aristocratie ?

 

Il existe dans notre pays une tradition qui remonte à la construction sociale de la noblesse. Ce qui est intéressant, c’est ce mythe du sang bleu. Les nobles l’étaient par le roi et leur peau devait être suffisamment blanche pour que leurs veines bleues soient visibles. Quelque part, on retrouve ici cette idée que l’excellence sociale doit passer par la race, par quelque chose qui a à voir avec une excellence corporelle, selon des critères précis. Après la Révolution, cette noblesse s’est transformée en bourgeoisie et en noblesse d’État. À son tour, cette bourgeoisie a constitué des dynasties familiales afin que les richesses et les privilèges demeurent toujours au sein des mêmes groupes de génération en génération. L’ordre de classes est ainsi reproduit.

 

Vous faites donc remonter la pensée d’extrême droite à l’Ancien Régime ?

 

Tout à fait. Dans notre petit livre Sociologie de la bourgeoisie, nous avions d’ailleurs consacré une page au Front national, dans laquelle nous relevions que de nombreux descendants de la noblesse d’Ancien Régime occupaient des postes de responsabilité du Front National.

 

Dans Les prédateurs au pouvoir, vous citez le pape François. Pensez-vous que le souverain pontife mérite le surnom de “pape décroissant” ?

 

Je ne sais pas si c’est une bonne façon de le nommer mais, à son arrivée, j’ai été saisie par sa façon de parler qui m’a semblé très en phase avec notre travail. J’ai été très surprise car je suis totalement athée. J’ai lu ses encycliques, et je trouve que c’est une personnalité tout à fait intéressante. En outre, son poste lui donne une place tellement importante au regard de l’humanité que je salue son travail et son courage.

 

« Peu nombreux mais très puissants, les prédateurs mènent une guerre contre les peuples. »

 

Vous mettez en garde contre les théories du complot. Que répondriez-vous à une personne qui vous reprocherait de vouloir construire une théorie du complot basée sur l’idée que les riches veulent détruire leurs semblables ?

 

Aujourd’hui, les oligarques que sont Macron, Fillon, Valls et les autres ont mis au point des mots-écrans qui empêchent de penser, comme “populisme”, “système” ou “théorie du complot”. On n’analyse plus la société en termes de rapports de classe, avec des actionnaires qui s’en mettent plein les poches et qui traitent les salariés et les chômeurs comme une variable d’ajustement. On va toujours vers le moins-disant social, on tape systématiquement sur les petits, qu’on considère comme des moins que rien qui ne méritent aucun égard. Si ça continue, bientôt, ça sera même zéro salaire ! Le peuple est clairement esclavagisé, déshumanisé à son insu. Bien entendu, on fait tout pour le lui cacher. Le Front national détient le discours ad hoc pour capter les voix des mécontents. Nous n’avons pas besoin de théorie du complot, puisque nos travaux sociologiques démontrent que nous sommes face à une classe puissante, mobilisée en tous lieux et à tout instant pour défendre ses intérêts. Cette classe sociale – au sens marxiste du terme – n’a même pas besoin de chef d’orchestre puisque chacun de ses membres défend les intérêts de sa classe.

 

 

 

Vous voulez dire que cela tient à l’éducation de la grande bourgeoisie ?

 

Exactement. Ce sont les rallyes pour les jeunes, les cercles pour les adultes, des instances informelles comme Bilderberg, des instances de coordination institutionnelle comme Davos… Nous sommes face à une classe sociale mobilisée qui ne complote pas mais qui défend ses intérêts. Il n’existe pas de trou noir ou de zone opaque. Tout ça est disponible sur Internet, dans les beaux quartiers. Il revient au peuple, aux intellectuels, aux journalistes et aux enseignants de faire le boulot ! En creusant, on se rend bien compte que tout cela est public, visible, mais tout le monde ne se lance pas dans cette “vigilance oligarchique”, comme on aime l’appeler. Au sein des classes populaires, on constate même une forme de timidité sociale extrême à s’en prendre aux puissants, une peur.

 

En 2016, vous avez donné une interview à L’Humanité dans laquelle vous racontiez qu’au moment de la sortie de votre livre Le président des riches, qui correspondait avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, vous avez été éjectés des réseaux grands-bourgeois qui vous avaient ouvert leurs portes. Que s’est-il passé à ce moment-là ?

 

Quand nous sommes partis à la retraite en 2007, nous n’avions plus de devoir de réserve puisque nous n’étions plus au CNRS. Nous avons alors ouvert notre travail d’investigation sociologique aux champs politiques et économiques. Avant, nous travaillions plutôt sur les mœurs et le patrimoine, avec des travaux sur les modes de vie, la chasse à courre, la transmission. Ce furent des sujets très importants à traiter, car c’est en passant par ce type de questionnement moins critique et clivant que nous avons pu comprendre petit à petit le fonctionnement de cette classe. Nous avons donc publié Le président des riches à la retraite, et ça a eu un effet impressionnant. Sous Sarkozy, nous étions dans la transversalité totale de l’oligarchie. On a vu comment s’écrivaient les lois, comment les choix économiques s’inscrivaient unilatéralement en direction des intérêts des plus riches. À partir de ce moment là, les portes des beaux quartiers se sont fermées et on a même eu un contrôle fiscal. Aujourd’hui, on travaille autrement, avec l’aide de salariés sous anonymat ou de lanceurs d’alerte.

 

Vous parlez des mœurs de la grande bourgeoisie. Ces derniers ne sont-ils pas en train d’être réhabilités par Emmanuel Macron, avec son projet de relancer les chasses présidentielles et de donner un rôle politique plus important à la première dame de France ?

 

Après Sarkozy, c’est un cran de plus qui va être franchi, assurément. Macron s’est présenté à une élection présidentielle sans jamais avoir été élu, quasiment en vertu du droit divin. Il gouvernera grâce aux ordonnances, au cynisme et aidé par la technocratie et la bureaucratie européennes. L’Union européenne s’est en effet construite à coup de normes, de directives, en ostracisant autant que faire se peut les référendums. Un président qui se dit ni de droite, ni de gauche et qui brouille les cartes entre privé et public, dans ce cadre là, ne peut qu’effectuer la synthèse des intérêts de l’oligarchie. Le fait qu’il soit arrivé en tête du premier tour et se montre maladroit et indécent sans s’excuser témoigne de son absence totale de culpabilité. Dans la tête de Macron, tout est parfaitement normal : arrivé au-dessus de tout, il a même le culot de déclarer que la suppression de l’ISF est une mesure de gauche !

 

« Le déficit est construit comme une arme pour asservir les peuples : il n’a pas pour vocation à être remboursé. »

 

C’est un fait incontestable : les riches n’aiment pas l’impôt. Par contre, ils adorent jouer les philanthropes, s’illustrer par des dons, se bâtir une légende dorée, comme Bernard Arnault le fait avec ses musées. Selon vous, ont-ils pour projet de remplacer les services publics dans leur mission culturelle ?

 

Ce n’est pas que les riches n’aiment pas l’impôt, ça va plus loin : ils le refusent. Ils refusent de contribuer aux solidarités nationales. En ne payant pas leurs impôts, ils provoquent un déficit de 80 milliards d’euros dans les caisses de Bercy. Si les riches payaient à la hauteur de leur fortune, il n’y aurait plus de déficit public. Il faut réaffirmer que le déficit n’est pas quelque chose de naturel qui aurait vocation à être remboursé par les peuples. Le déficit est construit comme une arme pour asservir les peuples : il n’a pas pour vocation à être remboursé.

 

Les riches ne sont pas solidaires, mais ils ont besoin, de temps en temps, de légitimer leur violence de classe avec des œuvres dites caritatives ou philanthropiques, du mécénat. Ce que de nombreux représentants du peuple ignorent, c’est qu’il s’agit encore une fois d’une arme supplémentaire qui permet de piocher dans les caisses de l’État, puisque le mécénat est défiscalisé à 66 %. La fondation Louis Vuitton, par exemple, a été payée en partie par l’argent du peuple français. Son propriétaire Bernard Arnault a de surcroît bénéficié de complicités de la mairie de Paris qui lui a permis d’installer sa fondation dans le bois de Boulogne, qui est un domaine public.

 

Les riches possèdent tout, on pourrait ainsi imaginer qu’ils sont heureux. Pour autant, ne peut-on pas les imaginer malheureux, à l’instar des personnages du roman Les visages pâles de Solange Bied-Charreton ? Les malheurs de la grande bourgeoisie, est-ce une piste d’étude que vous avez déjà arpentée ?

 

Les riches n’échappent pas aux drames et aux catastrophes humaines. Ils sont sujets aux accidents, aux maladies, ou encore au suicide. Cependant, notre approche de sociologues nous oblige à dire que la plupart des membres de ce groupe social sont parfaitement heureux. C’est très vite expliqué par le fait qu’ils naissent dans les beaux quartiers, jouissent d’une éducation spécifique, demeurent entre eux, avec le miroir de leurs semblables, sans jamais être confrontés à l’autre dissemblable, sauf éventuellement dans la situation du personnel domestique, qui renforce le sentiment de supériorité. Chaque individu de cette classe sociale vit dans un sentiment d’immunité psychologique : la culpabilité, la mauvaise conscience n’existent pas. En tant que classe, ils se sentent impunis : on l’a encore très bien vu avec François Fillon qui a maintenu sa candidature aux présidentielles malgré ses casseroles.

 

 

Leur vie est faite d’entre-soi, les riches rencontrent les conditions de la pratique pour épanouir leur habitus, leur condition de dominants. Ils ne connaissent pas la frustration, ni le travail de deuil. Disons que le système de dispositions qui leur est donné à la naissance les amène plutôt à s’épanouir, à pouvoir faire ce pour quoi ils ont été constitués. Sociologiquement parlant, ce sont des gens sans problèmes. D’ailleurs, jusqu’à notre livre Le président des riches, les retours sur notre travail de la part de la grande bourgeoisie étaient positifs. Ces personnes se rendaient compte que Pierre Bourdieu, qu’ils prenaient pour un affreux gauchiste, avait développé une théorie qui fonctionnait parfaitement sur leur classe. Ils ont apprécié nos premiers travaux en nous disant qu’ils correspondaient à la réalité. Ils ont reconnu que le système théorique de Pierre Bourdieu avait permis de théoriser leur sens pratique. Dans notre premier livre sorti en 1989, nous avions garanti l’anonymat à un certain nombre de personnes que nous avions côtoyé dans les beaux quartiers : nous avions remplacé leurs noms par des titres de noblesse de branches éteintes. Nous avons été appelé par un membre du Jockey Club qui nous a dit que notre livre était formidable mais nous a reproché de les avoir affublé, lui et ses amis, d’affreux patronymes. Ils validaient tout, jusqu’à la question de la ségrégation spatiale, mais ils voulaient voir apparaître dans le livre leurs patronymes familiaux, capital symbolique auquel ils tiennent !

 

Nos Desserts:

 

 

Pour les médias chez le Macron tout est bon, l’ode au libéralisme. Comment en sommes-nous arrivés là ?

16 Mai 2017

Comment la France politoco-médiatique en est-elle arrivée à cette exaltation du libéralisme?

 

Un orgasme généralisé paraît exploser sur les chaînes de télévision devant le Macron et comme chez le Macron tout est bon, nous avons son premier ministre qui bénéficie de cette folle exaltation médiatique. Il nous avait déjà produit une troupe de perdreaux de l’année qui ont fait leurs armes dans la COM, les starts up, les associations patronales et des collectivités locales, un déficit manifeste d’ouvriers et d’employés, un troupeau de moutons à lui seul chez Macron tout est bon, y compris le bonapartisme parlementaire. Étrange à quel point le « mouvement » par rapport au parti renforce la dépendance si besoin était, après l’épisode frondeurs, la parade clientélisme est là… voici le premier ministre. Proche de Juppé mais aussi cadre organisateur de l’UMP, maire du Havre. Le bon côté de l’affaire c’est la tête des militants Républicains de la Seine Maritime qui voient leur leader entre lard et cochon, mais chez le macron tout est bon. Mais le commun dénominateur de tous ces gens c’est le pantouflage et lui est un ancien directeur des Affaires publiques du groupe Areva, qui fournit l’industrie nucléaire française en relation avec la Françafrique (et énarque). Tu parles d’un nouveau, un homme dont on a l’impression qu’il est l’ultime rejeton des réseaux Foccart et des manœuvres pour passer du RPR gaulliste à l’UMP son contraire. L’attaque de la droite est déjà entamée et sous l’égide de l’UE et du patronat, il s’agit de démanteler sous prétexte de faire « jeune » ce qui reste du gaullisme. ce qu’on appelle le gaullisme c’est ce bref épisode où est applique le programme du CNR avec la présence des communistes, ce qu’on appelle l’Etat providence, la sécurité sociale et tout le reste… Ce qui reste de cet épisode c’est la volonté d’indépendance et celle qui va avec de planifier, de détenir les leviers de l’économie y compris par les nationalisations… le passage du RPR à l’UMP consacre sa fin et c’est cet homme qui en est la cheville ouvrière.

 

Le temps des Daniel Blake…

 

En attendant dans la liesse générale, on s’attaque aux retraités des couches moyennes, les vieux tous à l’asile des pauvres, les vieux c’est moche alors que le jeune est tellement à la mode qu’être vieux devient une insulte, un argument… dans le même temps où l’on supprime les remboursements ou les soins deviennent de plus en plus coûteux on augmente leurs impôts … Et on lève le poids des « charges sur les monopoles… Mais chez le Macron tout est bon, c’est l’ode au libéralisme la dénonciation de l’Etat totalitaire, de sa bureaucratie au coût prohibitif et l’exaltation de la bureaucratie du secteur privé, la fin de la fonction publique, la précarité et l’art de convaincre les ouvriers, les employés qu’ils ne sont bon à rien qu’à voter Le Pen ou s’abstenir faute d’un PCF. Mais chez le président Macron tout est bon, il ouvre les portes du pillage de l’Etat à une bande de petits notables locaux dont tout nous dit qu’ils viennent là pour leurs intérêts et de gros prédateurs issus du patronat plus ou moins directement.

 

Pendant ce temps-là des ouvriers désespérés à qui l’on répond que c’est la loi du marché et que rien ne doit l’entraver, qu’ils doivent « se former », menacent de faire sauter leur usine. Nous sommes déjà dans le film de Ken Loach : moi Daniel Blake…

 

 

Le pire c’est la situation de la gauche et du parti communiste

 

La situation est d’autant plus stupéfiante que cette « adhésion » quasiment contre nature s’est faite avec un quart des voix des Français et un nombre jamais connu d’abstentions de votes blancs et nuls, plus le vieux piège mitterrandien faire monter le FN dont les trois quart des français ne veulent pas pour assurer la victoire du dit quart.

 

Que dire sinon que ces gens s’entendent, mais que cette opération n’est pas un signe de santé mais bien le pourrissement de la démocratie telle que la conçoit la Ve République, l’UE et le capitalisme à son stade sénile… le seul problème je ne cesserai de le dire est l’état de la gauche, l’espèce d’exaltation parallèle d’un Jean-Luc Mélenchon et de ses « insoumis », son côté terminator des partis qui accompagne au nom de la modernité cet élan libéral, on a vu ça avec la Grèce, c’est à l’œuvre chez Podemos, ce n’est pas la première fois que le gauchisme précède le libéralisme… Je le dis sans la moindre haine pour Mélenchon ses insoumis, mais qui a vécu mai 68, son anticommunisme de gauche, sa dénonciation de l’Etat et sa volonté d’être sans entrave sait un peu ce que je veux dire. Oui Mélenchon, il ne le nie pas est l’héritier de Mitterrand et il faut mesurer le rôle joué par ce dernier. On ne peut pas reprocher à Mélenchon d’user de moyens modernes de communication, c’est un faux procès pour le comparer à Macron. Mais en revanche là où l’identification est réelle c’est dans l’idée d’un mouvement destructeur des partis qui de ce fait livre au moment électoral une masse de gens de bonne foi à un petit groupe qui se croit tout permis en matière de lutte des places. Les grandes erreurs de Mélenchon tiennent sans doute à cet entourage et au fait que ce type de leader est toujours prisonnier de l’air du temps. Ses grandes erreurs c’est d’avoir pris de haut les militants communistes, d’avoir prétendu trier entre eux, d’avoir lâché du lest en fin de campagne sur l’Europe et sur l’Amérique latine. Là la comparaison entre lui et Macron est en sa défaveur parce que Macron est solidement arrimé à une dimension de classe celle du capital et lui flotte dans les errances faute d’un arrimage dans la classe ouvrière et les couches populaires.

 

Retourner à l’histoire et ce qui a engendré la situation.

 


Ma cataracte opérable au début juillet, à notre retour de Russie, m’interdit de rester devant l’ordinateur, en revanche je peux lire. Je vous recommande un livre très intéressant Les intellectuels contre la gauche de Michaël Scott Chritofferson, paru chez Agone. Très édifiant non seulement sur le gauchisme qui introduit le libéralisme mais sur le rôle joué par les dirigeants communistes eux-mêmes.

 

En effet ce livre s’interroge sur la manière dont la France est passée de bastion intellectuel et politique de la résistance à l’américanisme et au libéralisme au pays le plus réactionnaire dans ce domaine, l’épisode Macron ne serait que le stade ultime de cette dérive. Le livre montre comment alors que tous les chercheurs en particulier anglo-saxons avaient abandonné dans le monde le concept de totalitarisme qui créait une fausse identité entre nazisme et union soviétique, la quasi totalité des chercheurs insistant sur la non identité même sous Staline, pourquoi la France qui avait été longtemps le lieu de la Résistance à la propagande antisoviétique a-t-elle été la proie de ces idéologues antitotalitaires, en fait anticommunistes ? Tout commence avec Furet et la révision du jacobinisme… Mais la France résiste au libéralisme, car cela fait partie de son histoire, de Colbert à Bonaparte, en passant par Jules Ferry et les radicaux puis les communistes, elle est étatiste et ses intellectuels ont des liens étroits avec les grands commis de l’Etat… Mais Michaël Scott Chritofferson nous montre comment ici (comme aux Etats-Unis où ce sont souvent des gauchistes tendance libertaire, voir trotskistes anti-Etat qui passent à la Révolution conservatrice, et on sait désormais avec l’ouverture des archives déclassifiées de la CIA à quel point l’affaire a été suivie par la CIA, encouragée y compris sur le plan financier.

 

« l’antitotalitarisme français répond à des considérations de stricte politique intérieure (i.e. la crainte de voir le PCF accéder au pouvoir avec le PS). Mitterrand essaie, depuis 1972, de maintenir un équilibre entre le PCF et les tentatives de recentrement du mouvement socialiste. Parallèlement, le champ intellectuel a dû faire face à la quasi-disparition du gauchisme au début des années 1970. Le courant antitotalitaire (au sein duquel la revue Esprit et le Nouvel Observateur jouent un rôle moteur) critique l’Union de la Gauche et tentent de faire avancer les idées réchappées du naufrage gauchiste (autogestion et démocratie directe principalement). Globalement, l’antitotalitarisme s’impose en antienne destinée à cadrer la gauche et à surveiller (sinon à détruire) l’alliance entre communistes et socialistes. Le livre de Jean-François Revel, La tentation totalitaire, paru en 1976, constitue le modèle caricatural de cette stratégie : souhaitant voir triompher la social-démocratie, il invalide toutes les autres solutions politiques. Le stalinisme serait, selon lui, déjà présent dans l’argumentaire politique du PS en raison de sa subordination au PCF.« (1)

 

L’épisode mitterrandien et l’après… à étudier en profondeur..

 

L’affaire se déroule donc en différentes étapes, empêcher que grâce à l’union de la gauche avec le poids du PCF les communistes parviennent au pouvoir. On sait que l’accord était en train de se conclure avec la vieille SFIO, c’est alors qu’il y a eu l’opération d’Epinay, la prise en main du vieux parti par Mitterrand et ses alliés « gauchistes du CERES, l’union se poursuit mais avec le but affirmé de Mitterrand de réduire le PCF et la promesse faite aux Etats-Unis de cet unique but, le passage au libéralisme, les fausses nationalisations qui transforment les fleurons de l’industrie fançaise en monopoles financiers de plus en plus imbriqués avec l’Europe et les Etats-Unis, les destructurations industrielles. Ce n’est pas n’importe quelle gauche qui avec Mitterrand est venue au pouvoir c’est celle que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui dans sa double dimension atlantiste, européenne, anticommuniste d’abord sous couvert d’antitotalitarisme, d’un côté Macron et de l’autre malheureusement Mélenchon, pas tellement lui qui a des liens avec la gauche sud-américaine et qui témoigne d’un certain courage au plan international mais son entourage et l’opération France insoumise…

 

Le PCF va lutter avec Marchais comme il le peut, puis avec la chute de l’URSS c’est la débâcle, et les dirigeants successifs du PCF vont avoir à cœur d’accompagner le mouvement antitotalitaire y compris par le refus des nationalisations, le reniement de leur passé. Le livre s’arrête en 1981, mais il est possible de poursuivre la démonstration et je crois que le prochain congrès devrait s’y atteler. Parce que si on assiste à une résistance, déjà travaillée de l’intérieur par tous les « refondateurs » et autres reconstructeurs, le passage à Robert Hue va être celui d’une débâcle.. Pas une organisation de base, proche des exploités et des gens modestes ne sera maintenue tout cela sur le thème d’une « participation citoyenne » et d’une « mutation » plus proche des « gens »… la logique du ralliement aux insoumis et à Macron est déjà là… les intellectuels qui seront flattés, qui auront leur présence dans l’humanité, voir dans les récents lundi seront ceux de la social démocratie, tous plus antitotalitaires que faire ce peut… Au point que ce que propose Melenchon apparait effectivement comme une tentative d’émancipation par rapport à cet alignement politique mais aussi idéologique.

 

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Ce qui explique cette propagande à prétention philosophique et en fait à seul usage politique interne, c’est tout simplement le fait que le Parti communiste va non seulement laisser faire mais à partir favoriser cette opération réactionnaire… Et quand l’on considère les trois derniers on se demande effectivement comment le PCF aurait pu résister à ces assauts de l’intérieur comme de l’extérieur…

 

Nous voici en proie aux macronades : ou comment un pays dont toutes les traditions mènent au jacobinisme se retrouve-t-il avec à sa tête un espèce de produit terminal d’une évolution qui a débuté avec les nouveaux philosophes et la mise en coupe réglée du service public par l’alternative droite et gauche qui finit par ne plus en être une. Et une PCF complètement décérébré.

 

C’est pour cela que je propose une rééducation généralisée des militants à commencer par la lecture de ce livre passionnant traduit de l’anglais et publié chez Agone. Il ne s’agit pas seulement du parti communiste qui est aujourd’hui proche du coma mais bien du présent français tel que l’histoire sur le long terme autant qu’immédiate l’engendre face aux méfaits du libéralisme et la manière dont il engendre les maux qu’il prétend guérir.

 

Danielle Bleitrach

 

(1) Michael-Scott Christofferson, Les intellectuels contre la gauche. L’idéologie antitotalitaire en France (1968-1981) par Jérome Lamy, les Cahiers d’histoire
https://chrhc.revues.org/2328


Le Monde d’Arnaud Leparmentier macronise la démocratie

 

par Henri Maler, lundi 15 mai 2017

 

Dans un article précédent – « Avant le premier tour, Le Monde n’aurait pas roulé pour Macron ? La complainte du médiateur » –, nous avions mis en évidence les contorsions du médiateur du Monde mobilisé pour nier l’évidence : Le Monde, comme c’est parfaitement son droit, a soutenu la candidature d’Emmanuel Macron. Liberté d’opinion, oui ! Tromperie sur la marchandise, non !

 

Emmanuel Macron est désormais Président de la République ! Personne ne songe à le contester. Mais de là à faire assaut de légitimisme, il y a plus qu’un pas : un fossé. Légitimisme ? C’est-à-dire le soutien inconditionnel au pouvoir en place au nom de sa légitimité électorale. Le Monde est un quotidien légitimiste : c’est parfaitement son droit. Mais il ne fait aucun doute que le légitimisme ne fait pas bon ménage avec le journalisme. Comme on va le voir…

 

Emmanuel Macron a été élu avec une majorité des suffrages exprimés : personne ne songe à le contester. Peut-on pour autant célébrer cette victoire électorale comme un « triomphe » que même Emmanuel Macron et ses partisans ne revendiquent pas ? Le Monde, plus enthousiaste que les plus enthousiastes, l’affiche à la « Une » du quotidien daté du 8 mai 2017

 

Un titre de parti-pris ? Pourquoi pas ? En vérité, un slogan de propagande post-électorale présenté comme une information. Mais que nul ne s’avise à mettre en doute, ou même à discuter cette prétendue information.

 

Arnaud Leparmentier vitupère

 

Françoise Degois, une journaliste qui, comme elle dit elle-même, fut « Conseillère spéciale de Ségolène Royal dans une autre vie » ose (en s’appuyant sur un sondage d’opinion sans doute discutable comme ils le sont tous) mettre en question les ressorts, forcément multiples (et parfois contradictoires), dont dépend le sens politique du vote en faveur d’Emmanuel Macron :

 

Aussitôt, un cerbère du Monde, en l’occurrence son directeur éditorial, aboie :

 

En guise de réponse, le journaliste sourcilleux a corrigé l’erreur d’attribution, mais c’est pour mieux montrer ses crocs. On vous les montre à nouveau :

 

Un mensonge, doublé d’une insulte, confortée par une bêtise : cela fait beaucoup en si peu de signes. Un mensonge : personne ne dénie la victoire électorale. Une insulte : quiconque s’interroge sur son sens n’est pas un « pseudo démocrate ». Et une bêtise : il faut être obtus comme un directeur éditorial du Monde pour affirmer que le peuple n’existe qu’à travers sa représentation électorale, ou feindre d’ignorer qu’un même candidat peut agréger des votes motivés par des logiques foncièrement différentes, voire opposées. Et ce n’est pas fini…

 

Nouveau tweet, nouvel aboiement contre un twitteur qui ose, lui aussi, mettre en question, non le résultat final, mais le sens du vote :

 

 

Et en guise d’apothéose démocratique, un tweet plus tard :

 

Une rage de « pseudo-démocrate », à n’en pas douter, qui prétend effacer des tablettes de l’histoire électorale, un résultat qui n’a pas eu ses faveurs. Légitimiste, jusqu’au bout, puisque, comme n’importe quel journaliste le sait, ce résultat a été effacé par le Traité de Lisbonne. Malheur à qui oserait prétendre que les vingt et quelque millions d’électeurs ayant glissé un bulletin Macron dans l’urne n’étaient pas tous convaincus par son projet européen qui, il est vrai, entérine le Traité.

 

Qu’un nouveau « tweetos » – un peu excédé, visiblement – avance un nouvel argument, et les jappements, toujours plus furieux, reprennent de plus belle. Vous contestez le tweet précédent d’Arnaud Leparmentier ? « Vous êtes totalitaire » : un émule d’Hitler et de Staline en quelque sorte ?

 

Le point Godwin [1] atteint en trois tweets ! Voilà qui en dit long sur la capacité du directeur éditorial du Monde à échanger des arguments rationnels et à affronter la contradiction …

 

Qu’Arnaud Leparmentier, en journaliste ouvertement dépendant, se rêve en partenaire d’Emmanuel Macron et se comporte comme un « fan » enamouré est pour moins troublant ! Peut-être espère-t-il que son zèle lui vaudra une séance photo avec le nouveau locataire de l’Elysée, pour que le cliché vienne compléter celui qui figure sur son compte twitter et sur lequel il s’exhibe (voir en annexe) en compagnie d’Angela Merkel

 

Quant à savoir si son acharnement outrancier de polémiste atrabilaire est conforme au rôle d’un des directeurs éditoriaux du Monde, nous laisserons au directeur du Monde, Jérôme Fénoglio, le soin de l’évaluer. Nous lui laissons le dernier mot.

 

L’éditorialiste du Monde surenchérit

 

Moins de deux jours après son accès de rage prétendument démocratique, le twitteur Leparmentier a été relayé par un rédacteur d’éditorial. S’agit-il du même personnage ? Nous l’ignorons. Le style a changé, mais pas le fond. Habituellement un éditorial du Monde est plus solennel qu’un sermon dominical. Solennel et souvent perfide, comme celui que Le Monde a mis en ligne le 10 mai 2017.

 

Son titre est suggestif : « L’étrange procès en légitimité fait à Emmanuel Macron ».Sa présentation prononce la sentence :« Le nouveau président serait un président minoritaire, en dépit des 66 % de suffrages qui se sont portés sur son nom. C’est un fort mauvais procès. » Sur quoi repose cette affirmation ? Sur, nous dit-on, ce « simple constat : à peine élu, voilà Emmanuel Macron récusé par certains. ». Qui est « certains » ? Nul ne le sait, mais on va le découvrir. Que disent-ils ? On l’ignore et ce ne serait pas le rôle des journalistes du Monde – rappelons que cette prose émane de journalistes ! – de le dire ! Que récusent les « certains » ? Emmanuel Macron, son élection ou son programme ? Peu importe à l’éditorialiste mondain qui, légitimiste, défend son idole d’un crime (imaginaire) de lèse-majesté.

 

En quoi consisterait donc l’audace des « certains » ? En une intolérable atteinte à la démocratie macronisée. Pensez-donc : Macron « n’a pas encore pris ses fonctions et voilà sa légitimité mise en doute ».

 

« Légitimité » : le mot est fort, mais le mot est flou. Le Monde, dans cet édito, n’entend rien d’autre que la régularité et le résultat du scrutin. C’est indiscutable : Macron a bien obtenu la majorité des suffrages exprimés... et, à ce que l’on sache, personne ne le conteste. Mais Le Monde « sait » visiblement bien des choses, quitte à les inventer.

 

C’est d’abord le fait même que certains critiquent les projets politiques macroniens qui semble insupportable au Monde : « L’on ne sait rien de son gouvernement, pas même s’il aura une majorité à l’Assemblée et voilà, déjà, ses projets condamnés. » À tort ou à raison pourtant, ses projets et non son élection, ont « déjà » été condamnés par « certains ». Ont-ils raison ? Ont-ils tort ? Cela se discute après l’élection comme avant – même si pour l’éditorialiste du Monde, cela ne semble guère discutable. « Les faits sont sacrés, dit-on, les commentaires sont libres ». Mais que valent des commentaires quand, comme la suite le confirme, ils reposent sur une falsification ?

 

Vient alors la mention des « certains » qui ont osé  : « Notamment par les procureurs de La France insoumise et les sans-culottes autoproclamés qui n’ont pas attendu 24 heures pour descendre dans la rue et décréter la “ guerre sociale”. » Les procureurs du Monde macronisé, en professionnels de la détestation politique et du mépris social, ont choisi leurs cibles. C’est leur droit, mais cela ne leur donne pas tous les droits, à commencer par celui de désinformer : de tailler sur mesure – à la mesure de leur démesure – les arguments de ses adversaires qui, voyez-vous, se borneraient à affirmer que Macron « serait un président minoritaire, en dépit des 66 % de suffrages qui se sont portés sur son nom ».

 

Et la machine à calculer du Monde qui sert de cerveau à l’éditorialiste anonyme établit ce que toutes les machines à calculer ont déjà établi : qu’Emmanuel Macron « n’a recueilli le soutien que de 43,6 % des électeurs inscrits ». Et Le Monde d’affirmer que c’est pour cela et seulement pour cela que l’élection de Macron serait contestée [2].

 

La sentence, impitoyable, s’abat alors sur les « certains » : « […] l’on ne saurait, sans danger, contester le principe même de l’élection : le président de la République est celui des candidats qui a obtenu la majorité des suffrages exprimés. » Peu importe si les « certains » dont il est question ne contestent pas « le principe même de l’élection » : s’interroger sur le sens des résultats serait un déni de démocratie !

 

« L’outrance pourrait prêter à sourire si cette intolérance ne témoignait d’un fâcheux déni des règles de la démocratie »  : c’est Le Monde qui l’affirme, fort de sa propre outrance, qui l’autorise à omettre que parmi les règles de la démocratie figure le droit de manifester et de s’opposer aux projets du président élu. Fâcheux déni, par Le Monde, des règles de la démocratie… et du journalisme.

 

Or c’est bien ce droit d’opposition que Le Monde, dont l’imaginaire argumentatif défie la plus élémentaire déontologie, conteste ou propose de différer : « Il sera bien temps pour ses adversaires de combattre Emmanuel Macron sur le terrain parlementaire ou social. Qu’ils lui accordent, dans l’immédiat, non pas un état de grâce, ni même un délai de grâce, mais tout simplement le temps de s’installer, de constituer son équipe et d’engager son action. Ce serait la moindre des corrections démocratiques. »

 

Garant autoproclamé de la correction démocratique, Le Monde macronisé a infligé à ses lecteurs, non une leçon de journalisme, mais un cours de maintien.

 

Henri Maler (avec Blaise Magnin)


 

Portrait-robot : on a épluché les profils de la « France LinkedIn » promue par Macron aux législatives

19 Mai 2017


Par Étienne Girard et Hadrien Mathoux

Publié le 19/05/2017 à 08:20

 

https://www.marianne.net/politique/portrait-robot-epluche-les-profils-de-la-france-linkedin-promue-par-macron-aux

 

Avec Macron, le renouvellement social attendra : aux législatives, En Marche a surtout investi des cadres sup’ et des entrepreneurs. Des « winners » de la vie professionnelle pour remplacer les pros de la politique, en somme…


Exit les professionnels de la politique, bienvenue… aux cadors de la vie professionnelle. Après moult rebondissements, une crise de François Bayrou et quelques sérieux ratés, la République en Marche (REM) a finalement publié ce mercredi 17 mai sa liste définitive des candidats aux élections législatives. Le listing de 521 noms, épluché par Marianne, répond incontestablement à la promesse de changement martelée par le nouveau chef de l’Etat. Celui qui clamait que « la politique ne doit plus être un métier », en octobre dernier à Strasbourg, pourra constater, satisfait, que 57% de ses représentants aux prochaines élections n’ont jamais détenu de mandat électoral. Pour beaucoup, comme le pilote de ligne Julien Lemaitte dans le Nord, la rhumatologue Stéphanie Rist dans le Loiret ou l’ingénieure nucléaire Claire Pitollat dans les Bouches-du-Rhône, il s’agit même du premier engagement militant. La parité est aussi parfaitement respectée : 261 hommes et 260 femmes. Quant aux collaborateurs politiques, les fameux « apparatchiks » pourfendus par le chef de l’Etat, ils ne sont plus que onze. Une paille. Pour autant, il n’est pas évident que ce casting corresponde à un véritable renouvellement.

 

90% de CSP+ et de chefs d’entreprise

 

En effet, si les noms changent, l’endogamie sociale demeure. On dénombre bien un chômeur, en la personne de Jean-Pierre Morali, investi dans les Ardennes, trois infirmières, un assistant juridique, un fonctionnaire au service de l’état-civil, un gardien de la paix ou un sapeur-pompier parmi les représentants d’Emmanuel Macron dans les territoires, mais cela paraît bien peu face aux 67 cadres supérieurs cooptés par Richard Ferrand et les siens.

 

Parmi les 298 candidats sélectionnés par la REM qui appartiennent à la société civile, 75% représentent les couches intellectuelles supérieures, les fameux CSP+. Quand on ajoute les chefs d’entreprise, on atteint même 90% des investis de Macron, quand les deux catégories ne représentent respectivement que 9,5% et 3,5% des actifs français, selon l’Insee. C’est encore davantage que dans l’Assemblée nationale sortante, qui comptait 68,5% de cadres supérieurs et 6,2% d’entrepreneurs (selon leur profession d’origine).

 

Regarder trop longtemps les CV des impétrants laisse même la drôle d’impression d’avoir consulté le tableau d’honneur d’une jeune multinationale en pleine expansion. Dans la « dream team » macroniste, on retrouve pas moins de 67 cadres d’entreprise, comme Amélie de Montchalin, responsable de la prospective chez Axa, dans l’Essonne, ou Philippe Latombe, responsable du contentieux au Crédit Agricole Vendée. 43 d’entre eux sont entrepreneurs, tel David Simmonet, PDG du groupe chimique Axyntis, dans le Loiret ou Adrien Taquet, fondateur de l’agence publicitaire Jésus et Gabriel, dans les Hauts-de-Seine.

 

Par ailleurs, si on compte, sans surprise, un nombre respectable d’avocats, de médecins et de hauts-fonctionnaires, trois professions, symboles du monde ouvert porté par Emmanuel Macron, émergent : les lobbyistes (17), comme Guillaume Chiche, directeur des relations institutionnelles de Sogaris, le géant du BTP francilien, candidat dans les Deux-Sèvres, les consultants (16), comme Véronique Riotton, « coach de dirigeants », présente en Haute-Savoie, et les communicants (12), telle Marie-Agnès Staricky, chargée de communication pour la Fédération française des Assurances, candidate dans les Hautes-Pyrénées.

 

90% des REM inscrits sur LinkedIn

 

Dans cette France LinkedIn, du nom du réseau social professionnel prisé par plus de 90% (!) des candidats En Marche estampillés société civile, la maîtrise du vocabulaire anglo-saxon, ou plutôt du franglais standardisé du monde de l’entreprise, est de rigueur. Frédérique Lardet (Savoie) occupait jusqu’à très récemment le poste de vice présidente « food et beverage » dans le groupe Accor, quand Gaëlle Marseau, candidate dans le Val-de-Marne, officie en tant que « revenue manager » dans le groupe Ibis. Quant à Didier Baichère (Yvelines), ne l’appelez pas DRH : il est VP human resources chez Akka Technologies. Et puisqu’être un simple coach en entreprise est devenu un peu banal, certains vont encore plus loin dans la “disruption” : Jean-François Cesarini (Vaucluse) est ainsi “coach de dirigeants, managers et chefs de projet ». Un beau CV pour devenir député d’une République de winners.

 

> Avril 2017, page 27


Histoire

Aux origines du présidentialisme

 

Fondé sur l’élection directe du chef de l’État, le régime présidentiel français découle d’une révision constitutionnelle adoptée par référendum le 28 octobre 1962. De tradition bonapartiste, le général de Gaulle choisit de revenir à un mode de désignation qui, dès sa naissance en 1848, avait posé le problème du respect de la souveraineté populaire par le pouvoir exécutif.

 

par Sylvie Aprile 

Aux origines du présidentialisme

 

 

Reproduction de cartes à jouer républicaines de l’époque de la révolution de 1848

 

Musée de la ville de Paris, Musée Carnavalet, Paris / Archives Charmet / Bridgeman Images

 

Plusieurs candidats à l’élection française dénoncent la « monarchie présidentielle » et font campagne pour une profonde transformation des institutions, voire pour l’instauration d’une VIe République. Celui de La France insoumise, M. Jean-Luc Mélenchon, s’engage même, s’il est élu, à être « le dernier président de la Ve République ». En prônant la mise en place d’une Assemblée constituante, ce mouvement entend redonner du pouvoir au peuple en suivant les pas des révolutionnaires de la IIe République.

 

En février 1848, une révolution met fin à la monarchie de Juillet, usée par les scandales et par des pratiques de plus en plus autoritaires. Le gouvernement provisoire veut organiser au plus vite des élections afin de désigner une Assemblée constituante, chargée d’établir les nouvelles règles politiques. Aussitôt, des voix s’élèvent pour dénoncer un processus prématuré et dangereux. Selon le républicain François-Vincent Raspail ou le socialiste Louis Blanc, le peuple ne serait pas prêt : il faudrait l’éduquer avant de lui confier cette responsabilité, arguent-ils, et les mesures sociales doivent précéder les préoccupations politiques. Le 23 avril 1848, une Assemblée est néanmoins élue. Elle compte plus de huit cents membres, dont trois cents anciens représentants monarchistes, « républicains du lendemain ».

 

La Constitution est préparée en deux temps, au printemps et à l’automne. En mai et juin, le travail est délégué à un « comité de Constitution », composé de dix-huit parlementaires élus après une semaine d’âpres débats. Aux côtés du socialiste Victor Considérant, on retrouve les orléanistes (1) Odilon Barrot et Jules Dufaure, ou encore le conservateur Alexis de Tocqueville. Les postes de président et de rapporteur sont occupés par les républicains modérés Louis-Marie de Lahaye de Cormenin et Armand Marrast. Dès la fin de mai, un projet est envoyé devant les commissions de l’Assemblée, mais les débats ne commencent qu’après les « journées de juin », qui voient s’affronter autour de la fermeture des Ateliers nationaux deux visions de la république : celle d’un régime représentatif et celle d’une « vraie république », démocratique et sociale.

 

L’idée d’élaborer une nouvelle Constitution ne va pas de soi. Les socialistes et les républicains les plus radicaux souhaitent plutôt mettre en place la Constitution de 1793, ou reprendre des projets préparés dans les années 1830-1840. Le texte de 1793, jamais appliqué (dans l’attente de la paix), prévoit pour la première fois le suffrage universel (masculin) et une démocratie semi-directe, avec une concentration des pouvoirs au profit de l’Assemblée et la possibilité pour le peuple de proposer directement des candidats au conseil exécutif ou de se prononcer sur toutes les lois. Les députés, élus par les « assemblées primaires », sont simplement considérés comme des mandataires, pour une période limitée à un an. Quant aux projets établis sous la monarchie de Juillet, ils visent avant tout à poser des limites à l’exécutif, en trouvant les moyens de le contraindre à reconnaître la souveraineté du peuple et à accepter les réformes sociales nécessaires. La priorité alors accordée au social est telle que, en 1832, dans le programme de la Société des amis du peuple, François-Vincent Raspail ne consacre que quelques lignes à la question du pouvoir exécutif : celui-ci est d’une certaine façon « concédé », mais aussi révocable, non héréditaire et discontinu dans le temps.

 

L’examen article par article de la Constitution de 1848 se déroule du 4 septembre au 27 octobre. Deux sujets retiennent particulièrement l’attention : la reconnaissance du droit au travail et le monocaméralisme. Le droit au travail apparaît à la fois comme la réalisation de la promesse faite par la République aux ouvriers qui se sont battus contre la monarchie et comme le moyen de résoudre la question sociale. Le libéral Joseph Alcock ne craint pas de parler le 5 septembre d’une « loi de haine, de colère, d’envie et de vengeance ». Son collègue Prosper Duvergier de Hauranne évoque « une voie qui (...) conduit à la destruction de la société ». Proclamée le 25 février par le gouvernement provisoire, cette disposition est considérée par les républicains et les socialistes comme la spécificité de la nouvelle république, selon la formule d’Alexandre Ledru-Rollin : « On a dit : le droit au travail, c’est le socialisme. Je réponds : non, le droit au travail, c’est la République appliquée. »

 

L’idée d’une chambre unique reprend quant à elle la tradition des Constitutions de 1791 et 1793, en refusant l’existence d’une seconde chambre qui rappellerait la Chambre des pairs des monarchies censitaires ou le Conseil des Cinq Cents et le Conseil des Anciens, les deux assemblées législatives du Directoire. L’amendement préconisant deux chambres est rejeté par 530 voix contre 289. Le mandat des députés est fixé à trois ans.

 

Le projet du comité de Constitution place à côté de cette assemblée unique un président élu au suffrage universel direct. Pour justifier ce choix, le modèle américain est convoqué : il montrerait qu’un tel système fonctionne et évite les problèmes inhérents à la collégialité telle qu’elle fut incarnée par le Directoire. Il s’agit également d’équilibrer les pouvoirs. À l’unicité de l’Assemblée répond l’unicité de l’exécutif. Seuls deux membres du comité ont plaidé pour un système mixte, où l’Assemblée présélectionnerait cinq candidats.

 

Élu dans cinq départements, Louis-Napoléon Bonaparte triomphe lors des élections complémentaires du 17 septembre. Ce succès renforce les craintes des constituants qui, comme le député de gauche Félix Pyat, y voient une royauté déguisée. Jules Grévy, député républicain du Jura, prévient solennellement l’Assemblée par un amendement resté célèbre : « Je dis que le seul fait de l’élection populaire donnera au président une force excessive. Oubliez-vous que ce sont les élections de l’an X qui ont donné à Bonaparte la force de relever le trône et de s’y asseoir ? Voilà le pouvoir que vous élevez ! Et vous dites que vous voulez fonder une république démocratique ! Un semblable pouvoir conféré à un seul, quelque nom qu’on lui donne, roi ou président, est un pouvoir monarchique ; celui que vous élevez est plus considérable que celui que vous avez renversé. Il est vrai que ce pouvoir, au lieu d’être héréditaire, sera temporaire et électif ; mais il n’en sera que plus dangereux pour la liberté. »

 

Pour préserver la république de tels risques, les constituants ont mis en place des garde-fous : l’Assemblée dispose d’une force militaire dont elle fixe elle-même l’importance, et tout acte par lequel le président dissout l’Assemblée, suspend ses travaux ou fait obstacle à l’exercice de son mandat est un crime de haute trahison, qui entraîne sa déchéance. En outre, la Constitution interdit la rééligibilité immédiate du président sortant, ne l’admettant qu’au bout de quatre ans.

 

Jules Grévy souligne encore les limites de cette précaution : suffira-t-elle à contrer l’ambition d’un homme qui souhaiterait rester au pouvoir et ferait pendant son mandat des promesses au peuple qu’il monnaierait contre le renversement de la république ? Ses arguments ne sont pas retenus. Le danger représenté par la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte paraît encore peu plausible, même si certains l’identifient clairement. C’est le cas du député républicain modéré Antony Thouret, élu du Nord, qui propose d’étendre aux Bonaparte l’inéligibilité touchant déjà les membres des autres familles ayant régné sur la France. Mais son amendement est rejeté, et l’Assemblée décide, par 627 voix contre 130, l’élection du président de la République au suffrage universel.

 

À aucun moment il n’est fait mention des limites de ce suffrage « universel » qui exclut les femmes. Le 4 novembre, la Constitution est adoptée. « En présence de Dieu et au nom du Peuple français », proclame son préambule, tandis que l’article IV dispose que la République « a pour principe la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Elle a pour base la Famille, le Travail, la Propriété, l’Ordre public ». On est déjà loin de la république démocratique et sociale rêvée par les ouvriers au printemps 1848. Les « journées de juin » ont consacré l’écrasement des révolutionnaires par la troupe.

 

Le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte est élu par 5 434 226 voix. Son plus proche rival, Eugène Cavaignac, n’en recueille que 1 448 107, et le candidat socialiste François-Vincent Raspail seulement 37 000. Si le nouveau président incarne la continuité de la légende napoléonienne, il apparaît également comme un homme neuf, qui n’appartient à aucun parti. Auteur d’une brochure teintée de socialisme utopique (De l’extinction du paupérisme, 1844), ce candidat « attrape-tout » séduit une partie de l’électorat de gauche. Défenseur de l’ordre, de la famille, de la religion, de la propriété, il bénéficie du soutien de la droite monarchiste, du « comité de la rue de Poitiers ». Adolphe Thiers, l’un de ses éminents représentants, est persuadé qu’il sera aisé de le manipuler. « C’est un crétin que l’on mènera », aurait-il déclaré.

 

La question de l’échéance de 1852 devient cruciale en 1851, année préélectorale singulière : il n’y a pas de candidats déclarés, si ce n’est le président sortant, qui ne peut se représenter. Les autres prétendants sont hostiles à la république, comme le général monarchiste Nicolas Changarnier, ou discrédités, comme Cavaignac, l’homme de la répression de juin 1848, candidat malheureux en décembre 1848. Bien peu sont ceux qui attendent de ce scrutin un résultat positif. Déjà peu convaincus de la nécessité d’un exécutif unique, voire par le suffrage universel, certains républicains prônent toujours l’adoption d’autres formes de gouvernement, plus proches d’une démocratie directe. Victor Considérant déclare que « la solution, c’est le gouvernement du peuple par lui-même » ; Ledru-Rollin se prononce pour un retour à la Constitution de 1793 et la suppression de la fonction présidentielle.

 

L’élection de mai 1852 n’aura finalement pas lieu. Louis-Napoléon Bonaparte raye cette échéance par le coup d’État du 2 décembre 1851. La répression parisienne fait 400 morts ; 30 000 arrestations ont lieu en France ; l’état de siège est institué dans un tiers du pays. Louis-Napoléon décide cependant d’une élection présidentielle au suffrage universel, sous la forme d’un plébiscite organisé à peine quinze jours plus tard. Sept millions de Français disent « oui » à cet appel au peuple ; 640 737 courageux votent « non », surtout à Paris. Outre le climat de répression et de terreur, la fraude est patente. On compte tout de même un million et demi d’abstentionnistes. Bon nombre de républicains pensent comme George Sand que « sans tout cela » le peuple aurait voté de la même manière. La restauration de l’empire un an plus tard consacre le retour d’un monarque et achève de discréditer le principe de l’élection du président au suffrage universel pour... un siècle. Dans Napoléon le Petit, pamphlet écrit en exil, Victor Hugo se prend à imaginer que le deuxième dimanche de mai 1852 aurait pu être un dimanche calme « où le peuple serait venu voter, hier travailleur, aujourd’hui électeur, demain travailleur, toujours souverain ».

 

Sylvie Aprile

 

Professeure d’histoire contemporaine à l’université Lille-III. Auteure de La Révolution inachevée (1815-1870), Belin, Paris,

Publié par  Le Mantois et Partout ailleurs

L'écologiste Nicolas Hulot ministre d'Etat du vieux monde des affaires, celui qui détruit notre planète

Et même pas pour un plat de lentilles bio...

Un retournement de veste spectaculaire pour le militant écolo qui fut candidat à la primaire d'EELV lors de la présidentielle 2012. Mais il est vrai que sous le quinquennat Hollande, les écologistes n'ont pas été avares dans ce genre de manoeuvres politiciennes. Je ne vais pas vous en raconter ici les nombreuses et tristes péripéties.

En tous les cas, le ministre dEtat en charge de la transition écologique et solidaire dans un gouvernement de droite a reçu le soutien très appuyé du député écologiste Noël Mamère dans le journal Le Monde:"Comptons sur Nicolas Hulot et sa détermination pour qu'enfin la question écologique trouve la place qu'elle mérite dans nos politiques publiques. Nous sommes nombreux à placer beaucoup d'espoirs dans sa nomination. Et nous lui disons: bon courage , Nicolas. Nous t'aiderons s'il le faut".

Pour en revenir à Nicolas Hulot, au lendemain de cette présidentielle, il proclamait haut et fort qu'Emmanuel Macron n'avait pas la "fibre"écologique. Et le 10 mai, avec 8 ONG, dans une lettre ouverte à Toutanmakron élu le premier du nom, il revendiquait la formation d'un grand ministère de l'environnement pour améliorer tous les secteurs de la vie économique et sociale. D'aucuns, beaucoup, prenaient cette initiative pour de la résistance contre l'ex-banquier d'affaires devenu le commis principal du capital au niveau de la France.

Hier, la plupart des associations environnementales saluaient encore tout haut la nomination de Nicolas le jardinier vert.

Comme disait mon grand-père, certes un peu anar, le jour où la chasse aux cons sera ouverte, je n'aurai jamais assez de cartouches.

L'écologiste Nicolas Hulot ministre d'Etat du vieux monde des affaires, celui qui détruit notre planète

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La contradiction principale et la lutte de classe

 

, par  Xuan,

 

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La contradiction principale et la lutte de classe

 

Chers camarades, quelques réflexions et quelques critiques à partir des thèses de JC Delaunay sur la « contradiction principale » et sur la « stratégie du gauchisme ». 

J’en profite pour lui adresser mes fraternelles salutations. 

L’étude de Jean Claude a le mérite de partir des faits. Il a aussi le défaut de sa qualité, nous faire prendre de la hauteur par rapport à notre situation hexagonale.

 

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La crise de 2008 n’a pas mis fin au capitalisme

 

Lors de la crise de 2008, il est apparu que l’histoire n’était pas « finie » et que le capitalisme générait toujours des crises de plus en plus violentes. Mais nous avons tous plus ou moins interprété cela comme le signal d’une fin imminente. Des milliers d’ouvriers ont été jetés à la rue, des régions entières ont été dévastées. Cependant et bien que la crise ne soit pas résolue, le capitalisme n’a pas cédé la place au socialisme et poursuit son aventure. Il semble même que des « révolutions technologiques » puissent lui assurer encore une longue existence.

 

Même la Chine socialiste, qui devrait avoir quelque avance, n’envisage pas une fin prochaine de ce mode de production.

 

La référence à la Chine que Jean Claude connaît bien doit nous alerter sur un fait qui nous a peut-être échappé. La crise des pays développés n’a pas touché également ceux qui se développent. Et ce sont eux qui ont maintenu à flot les pays riches. Nous avons envisagé – et la quasi-totalité des économistes aussi – cette crise d’un point de vue unilatéral, occidental.

 

Nous vivons toujours une crise de surproduction, mais les pays émergents ont besoin eux de progresser rapidement, ils ont besoin des capitaux excédentaires ailleurs, et leur développement a probablement amorti un désastre mondial inédit.

 

Ces pays où ont été délocalisées les productions industrielles ont particulièrement souffert de la crise mondiale. Sans doute le terrorisme et les révolutions colorées ont-ils trouvé dans le désespoir des populations le terreau nécessaire à ces explosions de violence que les pays impérialistes ont eux-mêmes attisées et financées.

 

A propos de l’expression « capitalisme financier mondialisé »

 

Je fais ici une parenthèse sur le caractère mondialisé de la crise et sur le capitalisme financier mondialisé.

 

L’aspect mondial de la crise, du capitalisme, de la financiarisation, la mondialisation elle-même constituent un aspect. L’aspect national, spécifique à chaque type de pays constitue un autre aspect.

 

L’expression « finance mondialisée » employée à tour de bras, aussi bien par le FN que par les économistes atterrés, les insoumis, et par nous aussi, mériterait un examen critique. Qu’elle rappelle quelque part l’amer souvenir de la « finance cosmopolite et enjuivée » devrait nous alerter sur la paille dissimulée dans l’acier.

 

Elle devrait aussi nous rappeler aussi la thèse déjà centenaire du « super-impérialisme », que Lénine qualifiait dans ‘l’impérialisme stade suprême’ de « super niaiserie » : « Du point de vue purement économique, écrit Kautsky, il n’est pas impossible que le capitalisme traverse encore une nouvelle phase où la politique des cartels serait étendue à la politique extérieure, une phase d’ultra-impérialisme, c’est-à-dire de super-impérialisme, d’union et non de lutte des impérialismes du monde entier, une phase de la cessation des guerres en régime capitaliste, une phase d’exploitation en commun de l’univers par le capital financier uni à l’échelle internationale. »

 

”(Je précise que cette fusion des impérialismes en un seul ne peut être assimilée à la tentative de domination mondiale de Hitler, ni à l’hégémonisme US qui s’est imposée jusqu’à l’an dernier).

 

D’une part cette expression de capitalisme financier mondialisé correspond à une réalité. Comme Marx l’avait anticipé le capital financier domine le capital industriel et commercial comme jamais auparavant. Egalement les rapports de production capitalistes ont éliminé les rapports sociaux de production féodaux dans l’ensemble des économies. Ils existent aussi dans les pays socialistes comme une part des modes de production, et ils sont dominants dans la quasi-totalité des pays.

 

Mais d’autre part cette expression ne reflète qu’une partie de la réalité car cette « finance mondialisée » repose sur des contradictions insolubles : l’anarchie de la production capitaliste, le développement inégal, les rapports de domination impérialistes et la lutte des nations et des peuples contre l’impérialisme, les rivalités et les contradictions entre les impérialismes.

 

Il est donc faux de parler de « finance mondialisée » comme s’il s’agissait d’un monstre omnipotent et monolithique, Goldman Sach qui s’imposerait à nous de l’extérieur et notamment de l’étranger, tandis que l’impérialisme français n’en serait qu’une succursale, voire une pauvre victime, cherchant simplement à répandre les bienfaits de ses lumières républicaines parmi les populations abruties par l’obscurantisme.

 

C’est d’ailleurs ici que la vieille casserole fasciste de la finance cosmopolite et enjuivée retrouve une actualité : la finance mondialisée n’est pas française…elle s’impose à notre nation : exit BNP, Soc Gén et Axa, n’en parlons pas.

 

Nous devrions nous interroger sur l’arrière cour de ce concept finalement très chauvin, très réactionnaire, et de ses implications sur la représentation qui est faite des rapports internationaux impérialistes en Europe, y compris chez certains radicaux et insoumis. 

 

La « contradiction principale » et ses avatars


Je reviens au texte de Jean Claude sur la contradiction principale.

 

Il faudrait distinguer la contradiction principale dans le monde et la contradiction principale en France. On ne peut pas passer de l’une à l’autre indifféremment comme s’il s’agissait d’une seule et même chose.

 

Peut-on affirmer que la classe bourgeoise dans nos pays (et le mode de production capitaliste) joue un rôle identique à celle des pays émergents ? Cela signifierait que toutes ces classes bourgeoises soient impérialistes. Mais alors il n’y aurait plus d’anti impérialisme et l’impérialisme lui-même n’aurait plus de sens.

 

Prenons l’exemple symptomatique de la Syrie. On ne peut pas dire que la contradiction principale y oppose la classe bourgeoise et le prolétariat. La lutte entre la nation syrienne et le terrorisme cristallise l’opposition entre l’hégémonie des USA et de ses alliés d’une part, et les pays et les peuples du monde d’autre part. C’est bien cette contradiction, parvenue à un stade antagonique, qui est principale à l’échelle mondiale et qui a engendré tant de crimes, de massacres, de destructions irrémédiables, et de vagues d’émigration inégalées. La bataille d’Alep a marqué un tournant en 2016, et marqué la fin de l’hégémonisme US, quoiqu’il cherche encore à conserver son statut et que certaines puissances impérialistes conservent avec nostalgie leurs ambitions dans cette région. Mais n’anticipons pas sur le quinquennat de Macron.

 

Le terrorisme, la subversion, et la lutte contre eux sont des formes de l’impérialisme et de l’anti impérialisme. Les conflits sur les prix des marchandises, le développement économique, technologique et financier constituent aussi des formes nouvelles de la lutte contre l’impérialisme. Et beaucoup de progressistes qui en étaient restés à l’image du Che ou des vietcongs, ont interprété cette transformation comme une trahison, sans voir qu’un pays pauvre a besoin de se nourrir, de se vêtir, de se loger.

 

On voit ici que la contradiction principale à l’échelle mondiale et à celle de notre pays n’est pas une seule et même chose.

 

Au sujet de l’Europe, il faudrait considérer ses contradictions internes et externes. Celles qui l’opposent aux USA et aux pays pauvres, celles qui opposent les pays européens entre eux, et notamment le duo franco-allemand aux autres. Sinon on ne peut pas comprendre le problème du « plombier polonais » ou le prix des fraises espagnoles à 3 € de l’heure. On ne peut pas non plus réduire l’Europe à la « domination allemande » et ignorer comment les banques françaises ont viré Berlusconi par des mouvements de capitaux.

 

Mais dans tous les cas nous constatons que l’Europe est un nœud de contradictions. On ne les détaillera pas ici, retenons quand même que la France est un pays dominant et non opprimé dans ce cadre européen, comme le prétendent les souverainistes, Le Pen, Mélenchon, et occasionnellement des représentants de l’Etat, pour calmer la révolte des agriculteurs.

 

Prenons maintenant l’exemple de la Chine. En 1952 Mao Tsé toung écrivait dans une annotation « Après le renversement de la classe des propriétaires fonciers et de la bourgeoisie bureaucratique, la contradiction entre la classe ouvrière et la bourgeoisie nationale est devenue la contradiction principale en Chine ; il ne faut donc plus qualifier la bourgeoisie nationale de classe intermédiaire » [Œuvres choisies Tome V – la contradiction principale entre la classe ouvrière et la bourgeoisie est la contradiction principale en Chine – 6 juin 1952]. Il est certain que la révolution culturelle a largement exploité cette appréciation. Mais après la rectification de Teng Siao ping et le bilan fait par le PCC en 1981 (un très important bilan portant sur 28 ans de guerre populaire et sur 32 ans de socialisme), la contradiction principale a été définie comme celle opposant les nouveaux rapports sociaux de production (propriété publique dominante des moyens de production, propriété coopérative, propriété capitaliste et mixte) et le faible développement des forces productives.

 

Ce dernier point de vue reste dominant pour le PCC bien que le débat se poursuive toujours.

 

Peut-on dire qu’en France les rapports sociaux de production soient en avance par rapport aux forces productives, ou bien qu’à l’inverse ces rapports sociaux de production constituent un frein ?

 

Le capitalisme français est-il au bout du rouleau ?


Jean Claude écrit :

« Le capitalisme n’a donc pas terminé son existence avec la crise profonde et durable des années 1970. Il a trouvé, dans la mondialisation capitaliste et dans les pays en développement qui en avaient les moyens, la chance d’un nouveau rebond ».

Nous avons vu plus haut que la crise de 2008 n’y avait pas mis fin non plus puisque le marché des émergents a fourni un exutoire à cette crise de surproduction.

 

Les pays en développement sont des pays en retard. Il est indispensable pour ces pays de parcourir en quelques décennies le chemin parcouru par les pays avancés en eu ou deux siècles.

 

Peut-on parler exactement de nouveau rebond, ou bien de rééquilibrage du capitalisme ?

 

La mondialisation ne met pas fin à l’inégalité de développement. Cette inégalité est propre au développement anarchique du capitalisme, à l’histoire et aux conditions spécifiques à chaque pays. Elle s’ajoute à l’oppression impérialiste. Si le capitalisme a encore un avenir dans les pays émergents en est-il de même ici ? Ou bien le capitalisme en France est-il parvenu à un stade de pourriture qui n’est pas encore atteint dans ces pays là ?

 

D’autre part, si le capitalisme n’a pas fait son temps en France ceci implique-t-il que la contradiction principale ait changé dans notre pays ?

 

Certains matériaux mettent des centaines d’années avant de se décomposer, leurs contradictions internes, l’arrangement spécifique de leurs atomes en sont la cause principale. Si ces matériaux existent encore cent ans après on ne dira pas que leurs atomes se sont transformés et que leurs contradictions internes ne sont plus les mêmes. On ne pourra le dire que lorsque leur décomposition elle-même aura modifié leur arrangement atomique, qu’ils se seront transformés en gaz, en calories, etc.

 

Pour que la contradiction principale de notre pays se transforme, il faut d’abord que le capitalisme fasse son temps, qu’elle soit niée par le socialisme. Mais nous savons que ce n’est pas encore le cas. Donc la contradiction principale n’a pas changé, elle oppose toujours les rapports sociaux de production (la propriété privée des moyens de production) et les forces productives, la bourgeoisie et la classe ouvrière.

 

Le déclin de l’impérialisme français


Si l’on compare la France avec les pays pauvres, l’inégalité est toujours criante. Cependant les choses se transforment lentement. Il y a bientôt une dizaine d’années, un camarade de travail turc me faisait observer que la France commençait à décliner.

 

Peut-on parler dans notre pays d’un « sentiment général de régression » ou bien d’une régression réelle ? Il suffit sans doute de rouler dans les campagnes et de compter les poteaux électriques cassés ou penchés pour en avoir une idée.

 

On peut aussi comptabiliser les commerces, les services publics qui ont disparu dans les villages, les usines en friche pour se faire une idée de la réalité de cette régression.

 

Pourquoi Trump a-t-il déclaré que les TGV américains roulaient au ralenti sur des voies mal entretenues, tandis qu’ils roulaient très vite en Chine ?

 

Egalement s’il existe des différences entre le développement de la Chine ou de l’Inde et celui d’autres pays émergents c’est que la cause profonde, principale de ces transformations est interne et non externe.

 

Très souvent les pays du Tiers Monde ont dû recourir au capitalisme parce que ce dernier n’avait pas épuisé toutes ses possibilités dans des pays agraires et en voie d’industrialisation.

« Une formation sociale ne meurt jamais avant que soient développées toutes les forces productives auxquelles elle peut donner libre cours ; de nouveaux rapports de production, supérieurs aux anciens, n’apparaissent jamais avant que leurs conditions matérielles d’existence n’aient mûri au sein de la vieille société. C’est pourquoi l’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre ; car, à mieux considérer les choses, il s’avérera toujours que le problème lui-même ne surgit que lorsque les conditions matérielles de sa solution existent déjà ou tout au moins sont en formation ». Contribution à la critique de l’économie politique (1859)

On voit ici que le développement et la mort du capitalisme sont liés aux conditions spécifiques de chaque pays.

 

Les innovations, les nouvelles technologies, l’automatisation, les nanotechnologies, l’impression 3D, la robotisation, les auto entrepreneurs, etc. laissent supposer que le capitalisme se renouvelle sans cesse et qu’on n’en voit pas la fin.

 

Au sens de la recherche du profit, l’automatisation des tâches concentre du travail mais du travail mort qui ne produit pas de plus value.

 

L’automatisation a entraîné l’embauche d’ouvriers qualifiés. Mais de fait le travail est simplifié par les automates et les modes opératoires généralisés. Par contre les suppressions de postes on multiplié la productivité à production égale.

 

L’auto entreprenariat paraît supplanter le travail salarié. De fait certains employeurs obligent leurs salariés à accepter ce statut. Mais la différence est statutaire, dans les faits il s’agit d’un salariat déguisé. Dans l’agriculture l’élevage intégré est aussi une forme de semi salariat. 

 

Par contre ce mode de production entre en forte concurrence avec l’artisanat. Demandez à votre généraliste s’il ne va pas devenir salarié lui-même… il va sans doute sauter au plafond. Mais de plus en plus les médecins libéraux se donnent des horaires, limitent le temps de consultation, refusent de traiter les urgences, qui viennent ainsi encombrer les hôpitaux : une partie de ce travail devient donc salarié.

 

C’est-à-dire que le capitalisme détruit des formes de production précapitalistes à travers de pseudos professions libérales, qui sont des antichambres du salariat.

 

Prenons encore le cas des travaux d’entretien dans les usines, de plus en plus externalisés ; il s’agissait d’emplois non productifs. Transférés dans des entreprises prestataires, ces emplois produisent une plus value pour le prestataire. Mais lui-même en reverse d’une certaine façon une partie au fabricant initial et à son propre banquier.

 

Très généralement on constate que toute activité humaine devient source de profit. C’est la principale innovation du capitalisme aujourd’hui.

 

Le salariat est devenu très largement dominant, et c’est une sorte de contribution à la révolution socialiste que le capitalisme détruit lui-même toutes les formes de rapports sociaux de production antérieures à lui.

 

Les pays émergents peuvent-ils sauver nos capitalistes ?


Jean Claude écrit : « Le capitalisme n’est pas moribond. Avec les pays en développement, il a encore de la ressource. »

 

Nous avons vu que le capitalisme doit être différencié. Son développement ici et ailleurs n’est pas identique, ni uniforme, il dépend de contradictions que nous devrions aussi étudier avec attention. La mondialisation n’impose absolument pas l’établissement du socialisme partout à la fois. Au contraire la révolution socialiste ne peut s’établir que là où les conditions requises sont réunies.

 

Le développement du capitalisme dans le tiers monde peut-il freiner sa chute en France ?

 

L’émergence ouvre de nouveaux marchés mais aussi de nouvelles productions. De ce point de vue on ne peut pas conclure que la crise du capitalisme ici sera systématiquement amortie par d’autres.

 

L’usine du monde fabrique maintenant les ordinateurs les plus rapides et développe son propre programme spatial. La froideur des pays occidentaux envers l’initiative « la ceinture et la route » montre que le développement de la Chine inquiète aussi les monopoles français.

 

L’impérialisme ne se satisfait pas du profit, il vise le profit maximum, le pillage. C’est cela qui permet au capitalisme de survivre dans un pays comme le notre. Pour cette raison, l’émergence, le développement indépendant des pays pauvres, constitue essentiellement une menace pour l’impérialisme occidental et non une bouée de sauvetage.

 

Peut-on dire enfin qu’il faut attendre que le capitalisme ait épuisé ses ressources et qu’il entrave absolument tout développement des forces productives pour que le socialisme soit possible ?

 

Non plus, aucune révolution n’a attendu l’extinction complète des sociétés antérieures, quitte à liquider ensuite plus ou moins laborieusement les résidus des anciennes sociétés. 

 

Le capitalisme lui-même n’a pas attendu que tous les rapports sociaux de production de la société précédente se soient éteints, avant de s’imposer. Il en a conservé bien longtemps des stigmates, et la société féodale a été restaurée deux fois avant que la société bourgeoise n’instaure définitivement sa république.

 

Venons- en au second aspect de la contradiction principale en France, la classe ouvrière, son parti, ses objectifs.


Même si le capitalisme français était à deux doigts de sa fin, il ne disparaîtrait pas tant que la future classe dominante ne sera pas en mesure de prendre le pouvoir. On pourrait même dire que le principal obstacle au renversement du capitalisme c’est notre propre faiblesse.

 

Faiblesse dans l’organisation des masses populaires, ouvrières, dans l’organisation de l’avant-garde de la classe ouvrière, dans ses objectifs, son idéologie, ses théories.

 

S’agissant de la maîtrise du capitalisme, Jean Claude dit ceci :

« 1) Le problème majeur actuel que l’on doit aider les salariés de ce pays à résoudre n’est pas tant celui de la sortie et de l’abolition du capitalisme, que celui de sa maîtrise, de son guidage, de son recul, tant au plan national qu’européen et mondial. Dans ce processus, un certain nombre de capitalistes ont leur place. Mais les prolétaires devront assurer un rôle, en tout cas moral, de guidage effectif. »

Comment les salariés pourraient-il exercer la moindre maîtrise tant que l’état reste l’instrument de domination de la classe capitaliste ? Le passage au socialisme n’est –il pas l’unique moyen de permettre précisément aux salariés de maîtriser les rapports sociaux de production ?

 

Comme l’indique le Manifeste :

« Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production dans les mains de l’Etat, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter aussi vite que possible la quantité des forces productives »

Il ne peut exister de « suprématie politique » tant que l’Etat bourgeois n’est pas brisé et remplacé par un état socialiste. Ensuite les réformes peuvent s’appliquer progressivement.

 

Dans notre pays la contradiction principale n’oppose pas socialisme et capitalisme. Il n’y a pas de socialisme. La contradiction principale oppose la bourgeoisie, la grande bourgeoisie monopoliste à la classe ouvrière, mais aussi à l’immense majorité du peuple.

 

Il existe d’autres contradictions mais elles sont secondaires et déterminées par la première. Par exemple entre donneurs d’ordre et sous-traitants, entre PME et monopoles, entre production capitalistes et précapitaliste, entre ville et campagne, entre grande distribution et petit commerce, entre agroalimentaire et production agricole, entre capital financier et capital industriel, entre artisans et auto entrepreneurs, entre salariés français et main d’œuvre étrangère (immigrée, détachée, délocalisée, etc.), entre hommes et femmes, etc.

 

Ce sont les forces de notre révolution qu’il nous faudrait répertorier à travers une analyse des classes, des intérêts réels en présence, pour définir une stratégie

 

Sur la concurrence entre les salaires


Devrait-on dire qu’en réduisant le nombre de femmes dans l’entreprise on pourrait empêcher la baisse des salaires masculins ? Ou bien qu’en n’embauchant plus aucun jeune les anciens seraient sûrs de voir leurs salaires augmenter ?

 

Il faudrait démontrer aussi que la concurrence entre les salaires introduit l’exploitation de salariés par d’autres salariés.

 

Bien évidemment les employés d’EDF peuvent garder leur bleu propre jusqu’au vendredi quand les intérimaires tirent les câbles dans les caniveaux avec leurs fringues perso, mais ils ne sont pas pour autant des exploiteurs. Ces derniers n’ont pas de bleu et ne vont pas crotter leurs chaussures vernies sur des chantiers, leurs visites se terminent chez Pic ou Trois Gros.

 

La mondialisation présente un caractère général, absolu, indépendant du mode de production, et un caractère particulier, spécifique à notre pays et aux rapports impérialistes. Pourquoi les entreprises US ont-elles délocalisé ? Et Whirpool en France pour prendre un exemple récent ? Pourquoi la Chine a-t-elle pu réorienter son économie vers la consommation intérieure et le développement technologique ?

 

La différence fondamentale tient d’abord aux rapports impérialistes dans le monde, à la recherche du profit maximum, et non à la mondialisation. La mondialisation n’est que le moyen de réaliser cette course aux profits plus rapidement en utilisant le développement inégal entre les pays et les rapports de domination, et particulièrement la concurrence des salaires entre les pays, mais qui existait déjà à l’échelle nationale du temps de Marx.

 

Comment combattre cette concurrence entre les salaires ? Elle s’effectue localement mais aussi à distance. Si on contrôlait l’immigration cela supprimerait-il ces inégalités et cette concurrence ? Ou bien la classe capitaliste développerait-elle de nouvelles inégalités sur le sol français lui-même ?

 

Prenons un exemple. Le Front national veut supprimer les prestations sociales aux immigrés. Ceci n’aboutirait pas à réduire la concurrence salariale, mais à créer deux catégories de salariés, donc à renforcer cette concurrence. Si on fermait les frontières, il en serait de même. Les inégalités se perpétueraient et se retrouveraient dans l’échange des marchandises dans tous les cas parce qu’aucun pays ne peut vivre en autarcie ou dans une bulle. Est-ce que les minerais d’Afrique ne représentent pas une forme de travail vivant, et de salaire ?

 

Notre objectif est diamétralement opposé : c’est lutter contre la concurrence salariale par l’égalité des salaires à travail égal, quelle que soit la nationalité d’origine, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes. Mais ce n’est pas tout.

 

La précarité et la différence de statuts entraîne de grandes divisions au sein des salariés. Nous devrions considérer les intérimaires, prestataires, sous traitants, etc. (qui sont souvent les plus exploités) du point de vue de l’unité des salariés et de la classe ouvrière. Rejeter les différences de statut et les organiser dans le même syndicat que chez le donneur d’ordre chaque fois que c’est possible, ou sur le même site. Même des détails comptent, comme un tarif identique à la cantine d’entreprise, et bien évidemment faire la chasse au délit de marchandage

 

Pour nous la concurrence salariale impose de développer les liens internationalistes avec notamment les prolétariats d’Europe centrale et du sud, afin de mener simultanément la lutte pour les salaires et l’emploi contre les monopoles franco-allemands. L’action syndicale est essentielle dans ce domaine, mais peut-être que la CES n’est pas le cadre idéal de cette solidarité. Si cette solidarité internationaliste paraît à certains irréaliste, que dire alors de la thèse « détruire la mondialisation » ?

 

« détruire la mondialisation »

 

La mondialisation n’est pas quelque chose de nouveau, elle s’est développée au cours des millénaires. Mais c’est effectivement avec le triomphe de l’hégémonie US qu’elle a pris la forme que nous lui connaissons. Naturellement avec la fin de l’hégémonie US et l’apparition d’un monde multipolaire, elle devra prendre une autre forme aussi.

 

L’opposition entre la nation française et la mondialisation n’existe pas ailleurs que dans le cadre réel de la France, c’est-à-dire capitaliste et impérialiste. Que signifie la « souveraineté monétaire de la France » ? Réellement il s’agit de la souveraineté de la BNP, Société Générale, Crédit Lyonnais, etc. Notre point de vue est matérialiste et nous ne parlons pas de la « souveraineté de la France » comme s’il s’agissait d’un pays imaginaire abstrait.

 

Dans une France socialiste nous ne pourrons plus parler de la même façon de la souveraineté monétaire parce qu’elle aura changé de nature. Nous visons la destruction des rapports impérialistes établis par notre pays, et non des rapports commerciaux et financiers en général.

 

Nous visons la destruction de la mondialisation capitaliste à travers la révolution dans notre pays, mais non du mouvement général de mondialisation, qui se poursuivra au-delà du capitalisme.

 

Sur l’Union Sacrée

 

Nous devrions nous interroger en tant que communistes internationalistes sur la position du « radical » Mélenchon à ce sujet, sur ce qu’il appelle indépendance nationale, sur ce qu’il entend par nation française, et lire ce qu’il écrit concernant les possessions coloniales françaises. La paternité du colonialiste Mitterrand ne s’y dément pas.

 

Ces notions revêtent une importance essentielle aujourd’hui. Il s’agit du caractère de classe de la théorie marxiste, du matérialisme-dialectique, de l’économie politique.

 

Pour les théoriciens bourgeois les contradictions de classe doivent être abolies au profit de l’Union Sacrée. C’est la solution préconisée par les capitalistes pour résoudre la contradiction entre course aux profits et émergence des pays pauvres, entre domination impérialiste et développement des économies nouvelles. La débauche de drapeaux tricolores lors des ces élections n’est pas innocent, débauche largement partagée par Mélenchon aussi.

 

Macron a pour objectif de résoudre la querelle stérile gauche-droite et appelle à l’union du peuple pour sauver la France, c’est-à-dire celle du Capital. Le Pen défend aussi l’Union sacrée. Nous ne devons pas nous laisser abuser, ce genre de recette miracle ne date pas d’hier. 

 

Le parti de la classe ouvrière

 

Notre situation est encore mauvaise, bien que nous ayons progressé dans notre unité de pensée. La classe ouvrière est divisée entre diverses tendances réformistes et parfois fascistes. Mais surtout elle n’a pas de parti et les communistes fidèles au marxisme-léninisme ne sont pas unis sur certains sujets importants.

 

Jean Claude fait une hypothèse originale pour le moins en disant que la direction du PCF est « gauchiste ». On peut dire beaucoup de choses sur cette direction mais il faut définir ce qu’on entend par gauchisme, et gauchiste par rapport à quoi.

 

Il s’agirait par exemple de « spontanéité, qu’exprimerait le « mouvement social » … l’impatience et le volontarisme ». Ce n’est pas une définition du gauchisme.

 

Le gauchisme prône la révolution immédiate. La direction du PCF ne vise aucune révolution.

 

Le gauchisme rejette tout compromis. La direction du PCF n’est même plus dans la compromission, mais dans l’abandon de tout principe : abandon des principes marxistes-léninistes, abandon de la dictature du prolétariat, abandon de la méthode matérialiste-dialectique, abandon du centralisme démocratique, abandon de la faucille et du marteau, abandon de la société socialiste et communiste…La critique du gauchisme extérieur au pcf n’a-t-elle pas servi à justifier l’ensemble de ces abandons à l’intérieur, constituant une révision de droite, réactionnaire, de tous les principes fondateurs du parti communiste ?

 

Limiter l’action du PCF aux échéances électorales, s’unir à n’importe qui, n’importe quand et à des fins essentiellement électoralistes, uniquement dans le but de pousser au gouvernement un chef « de gauche » ex cagoulard sur la foi de ses propres allégations, et en faisant croire aux militants et sympathisants que l’avenir du pays en serait transformé, soutenir les socialos envers et contre tous, jusqu’à ce qu’ils soient honnis par l’immense majorité du peuple, se mettre à la remorque du mouvement social au lieu de le relier à l’objectif du socialisme, au point que la CGT est contrainte de jouer le rôle d’avant-garde (au risque de s’isoler), que le premier social-démocrate venu un peu plus « radical » que les autres passe pour un violent révolutionnaire, s’interdire de présenter son propre candidat, implorer des groupuscules issus du PS et du trotskisme de s’unir entre eux, se retrouver contraint de soutenir un candidat sans troupes, puis bafoué par lui-même, jeté comme une rondelle de citron…comment appeler ça de l’impatience et du volontarisme ?

 

Ceci ne s’appelle pas du gauchisme mais de l’opportunisme de droite.

 

Mais je reconnais qu’à cet endroit et à ce point les mots manquent parfois.

 

Jean Claude souligne très justement le détachement des réalités.

 

Ce détachement est une conséquence de l’abandon du matérialisme-dialectique. Cette théorie dit que les communistes partent des besoins réels des masses et non de leurs propres désirs, des besoins matériels et spirituels des plus opprimés et des plus exploités, et non des caprices d’une intelligentsia « de gauche ». Une analyse des classes s’impose pour définir qui sont nos ennemis et qui sont nos amis. Je parle d’une analyse des classes en fonction de leur place dans les rapports sociaux de production, et non d’une analyse des étiquettes et des diplômes de « radical », de « gauche », de « communiste », d’ « atterré », de « frondeur » et j’en passe.

 

C’est quand même incroyable que Marine Le Pen dénonce la situation catastrophique des masses populaires, les régions industrielles dévastées, la misère grandissante, le talon de fer des grandes entreprises sur les TPE, le désespoir des paysans, et même - c’est un comble - la loi Travail, au point (mais évidemment par pur calcul électoral) que les médias en aient fait le porte-drapeau de la lutte de classe !

 

Si le FN est parvenu au second tour n’est-ce pas parce que son programme était en apparence bien plus radical envers ce qu’il appelle « l’oligarchie », les pseudos « socialistes » et les puissances financières « mondialisées » ?

 

Ceci veut dire que la colère est grande dans les masses populaires, et d’autant plus grand si on considère les abstentions et les votes nuls.

 

Comment s’exprimera cette colère maintenant qu’elle n’a plus l’exutoire du Front National ?

 

Un repli communautariste, le racisme, le nationalisme chauvin, les émeutes de quartier isolées, les suicides de licenciés, des manifestations ponctuelles, un renforcement du FN ou des « insoumis » ?

 

A propos des insoumis et de la victoire immédiate

 

A leur propos la qualification de « gauchistes » par Jean Claude ne me paraît pas vraiment appropriée. Si on compare leur programme avec la ligne développée par P. Laurent, effectivement ce sont d’irréductibles radicaux. Mais comme on dit « au royaume des aveugles les borgnes sont rois ».

 

Mais peu importe l’étiquette, c’est sur le fond de sa ligne politique que nous devrions nous accorder. Effectivement Mélenchon répète à chaque élection qu’on va « renverser la table ». Ce sont des mots. Les insoumis défendent un programme républicain bourgeois et chauvin où le révolutionnarisme n’est qu’apparent. Le gauchisme est pure façade.

 

Le fond de la ligne Mélenchon c’est Keynes : la relance par l’injection de capitaux dans la consommation. Mais dans le cadre actuel du capitalisme ce projet est forclos. Que fera Mélenchon qui soit différent de ce qu’ont fait ses amis de Syriza ?

 

La VIe république est un changement purement quantitatif pour la république bourgeoise. Mélenchon est contre le socialisme. Il est anti communiste. Il hors de question pour lui de remplacer la république bourgeoise par une démocratie populaire ou d’exercer la dictature du prolétariat sur le CAC 40.

 

Il n’y pas de victoire immédiate, évidemment. D’abord parce que la première urgence, celle qui détermine tout le reste, y compris la lutte contre le fascisme ou la fascisation de l’Etat, n’est pas de continuer à s’acoquiner avec les chefs sociaux-démocrates, mais de reconstituer le parti de la classe ouvrière.

 

Le parti de la classe ouvrière devrait s’inspirer de la « bolchévisation » menée du temps de Thorez, et qui avait donné au PCF son caractère de classe, en organisant les ouvriers les plus conscients, les plus exploités, les plus combatifs.

 

Jean Claude fait d’importantes remarques sur les premières mesures économiques que pourrait prendre une société socialiste. Il a raison de poser ces questions. Trop longtemps nous en sommes restés à la même vision keynésienne que Mélenchon et d’autres, où l’état distribuerait ses largesses, mais sans léser les capitalistes.

 

Sur le fond notre objectif devrait viser le renversement de l’Etat, la propriété des grands moyens de production, puis la transformation révolutionnaire de la société, le socialisme et le communisme, et non de changer son étiquette ou les rapports du président avec l’assemblée.

 

Mais d’abord il nous faut un parti fondé sur le marxisme-léninisme, conservant la mémoire du passé et s’appuyant sur les faits actuels.

 

Un débat se fera certainement à propos des multiples « mouvements », tendances et factions apparus à l’occasion des présidentielles ou après l’échec de tel ou tel candidat. Il semble que ce soit la mode de dissimuler les casseroles et les gamelles en escamotant les noms des partis, ou bien d’éviter les débats et le choix accepté par tous, en créant des petits groupes « unis » mais que tout oppose. Le mouvement de Mélenchon n’échappe pas à cette règle.

 

Contrairement aux vues de Badiou, l’organisation en parti est la seule qui permette simultanément l’exercice de la démocratie et l’action concertée, à condition évidemment d’appliquer le centralisme démocratique.

 

Dans l’immédiat, nous savons que le gouvernement va déclencher les hostilités.

 

L’unité devra certainement se réaliser entre la classe ouvrière et les classes populaires qui lui sont proches, mais – et c’est un enseignement de la lutte contre la loi travail - pour aller au bout de ses objectifs cette unité doit être dirigée par la classe ouvrière et son parti révolutionnaire, son parti communiste, et non par des théoriciens décroissants, souverainistes ou insoumis, pour qui les intérêts matériels des prolétaires constituent avant tout des arguments de campagne.

 

Partant de là l’unité avec les insoumis se présente simplement : Mélenchon soutient la lutte de classe ou bien il s’y oppose. Quand je dis qu’il peut s’y opposer, ce n’est pas une vue de l’esprit. Et c’est le critère de l’unité.

 

Jean Jullien

PCF, l’heure de vérité... réflexions et analyses

 

17/05/2017

 

Bonjour

 

Sans surprise , Macron a été élu président de la république. Le scénario était prêt depuis des mois. Il lui fallait Le Pen pour y parvenir. Aucune autre issue était attendre, comme jamais avant elle, cette élection a fonctionné comme un piège a con. Le Medef et ses supports idéologiques peuvent être satisfait tout a fonctionné comme prévu. La culpabilisation une fois n'est pas coutume a joué son rôle à plein, après le terrorisme qui s'est invité dans la campagne, le fascisme est venu faire peur dans les chaumières.

 

Depuis Charly celui qui ne met pas ses pas dans ceux que lui indique l'establishment est mis a l'index, tancé de milles façons, dénoncé en place publique. Les moralistes loin d'être des moralisateurs de la vie publique selon ses attendus  républicains  "liberté égalité fraternité " ont pu jouer sur les cordes sensibles de la lyre apollinienne sans retenues. La fêtes et ses agapes resteront des privilèges  olympiens. Le peuple en sera une fois de plus écarté pour longtemps!

 

Macron va pouvoir réformer selon la partition du sublime Gataz qui n'en peut plus mais. La recomposition suit cet évènement avec une précision tout aussi mécanique. Après avoir mis en pièce le PS qui avec son consentement s'est fracturé sur trois pôles ( Macron Mélenchon et Hamon) les marcheurs s'attaquent au républicain. De ce point de vu la nomination du premier ministre constitue une torpille avec explosion à retardement lancée contre la coque du navire amirale de la droite.

 

Si tout la classe politique s'en émeut tout cela n'a rien de surprenant pour les militants que nous sommes. Cette pseudo stratégie, s'inscrit elle aussi dans la recomposition qu'attend le capital pour mettre en ouvre la politique de "réforme" qu'il espère et prépare depuis des dizaines d'années. De fait, Macron,comme l'explique le communiqué de l'ocml. est l'homme de l'union européenne et des impérialismes qui l'inspire. Il sera le nouveau glaive utilisé pour que coïncide au mieux, richesse économique et pouvoir la structure politique et juridique actuelle ne réussissant plus à exprimer les intérêts des moyens de production capitalistes, il fallait le changement pour que celui ci puisse imposer les formes nouvelles dont ils ont  besoin.

 

Il est à noter que l'effet de choc de cette onde nouvelle s'étend à d'autres secteurs et que la gauche elle même doit reconsidérer ses bases comme ses références. Il est d'ailleurs à remarquer que le mode d'organisation et de structuration de la France insoumise suit a peu de chose près les mêmes processus de  mis en place que ceux régissant "la république en marche", avec une hyper concentration des pouvoirs et une centralité qui confine au pouvoir d'un homme sur tous, selon les règles imposées par la présidentialisation et le régime de l'homme providentiel qu'elle impose.

 

C'est ainsi que nous arrivons aux législatives et aux problématiques validations des candidatures. Il ne s'agit plus de faire gagner un courant de la société, mais un clan , une classe et ses alliés mais une marque et ses représentants. Pourtant plus que jamais la lutte des classes impose l'exposition des contradictions entre pauvres et riches, exploité et exploiteurs, possédant et dépossédés. Plus que jamais leur résolutions dépendront de nos luttes et de notre capacité à unir, rassembler organiser.

 

Nous aurons donc besoin de relais institutionnels, mais aussi avant tout, de retrouver une organisation de classe capable d'intégrer ces nécessités dans sa pratique et ses objectifs ainsi que l'exprime la déclaration du réseau faire vivre le PCF. Quels sont les positionnements des uns et des autres? La FI bloque autour d'elle tout le processus de mobilisation . Pour melenchon la chose est entendu les 7 millions de voix qui se sont porté sur son nom l'on été sur son programme et pour son organisation . Il n'a aucune  reconnaissance pour un rassemblement engageant d'autres forces politiques que la sienne, ni pour une stratégie de conquête d'une majorité dans le cadre d'un front. La dynamique produite autour de son nom doit rester autour de son rassemblement la FI et donc de sa châtre et de l'autorité de son noyau dur.

 

Cette attitude confirme ce que nous avons toujours connu de son fonctionnement. Il ne s'agit pas tant de défendre les intérêts des "gens"  que ceux de son organisation et de son financement. je vous donne plusieurs point de vu sur ce sujet dont celui de Pierre Laurent qu'il me semble légitime de faire connaître étant donné l'ostracisme dont il fait l'objet dans les médias. Suit une tribune d'Yvon Quiniou et un article de Gilles Questiau. j'ai trouvé aussi intéressant de vous faire connaître la vidéo posté sur facebook par "osons causer" qui nous parle de la manière dont le renouveau de l'offre politique utilise les tecniques de communication, et le rôle que ces dernières ont joué dans la campagne. Elles en disent les virtualités et les fragilités. Une organisation révolutionnaire ne peut se contenter de parlotes sur le net. Elle taille dans le vif des luttes de classes, se structure sur le concret des évènements avec de vrais gens qui rentrent en relation entre eux et produisent des actes militants.

 

Gilbert Remond


PCF, l’heure de vérité...

Déclaration du réseau Faire Vivre et Renforcer le PCF

, par  lepcf.fr,

pdf 

Dans quelques semaines, les législatives viendront compléter la situation politique recomposée issue de cette campagne présidentielle. Elles exigent de tirer de premiers enseignements urgents des résultats.

Le monde du travail, les services publics, les collectivités locales, auront besoin de députés points d’appui pour résister, se faire entendre, reconstruire.

Mais la direction du PCF s’entête dans l’impasse et la confusion paralysant les communistes.

Pendant des mois, les dirigeants du PCF ont désespérément cherché les conditions d’alliances toujours plus incertaines, multipliant les "lundis de la gauche", les rencontres d’appareils, de dirigeants, laissant les militants dans l’incertitude sur la stratégie, le contenu, et les conditions pratiques de l’action. Pendant ce temps, les 4 candidats arrivés en tête au premier tour menaient bataille sur leur ligne politique, sans se soucier du "rassemblement", mais en construisant partout le rapport de forces le plus favorable pour eux.

Les médias et le système politique les ont largement favorisés, mettant en scène les conditions de la reproduction politique souhaitée par les oligarchies qui dirigent, une recomposition politique qui change tout pour que rien ne change. Il fallait tuer Fillon pour maximiser l’effet repoussoir de Le Pen. Il fallait tuer Hamon pour maximiser l’effet sauveur de Macron, mais il fallait le maintenir pour ne pas risquer de pousser Mélenchon jusqu’au deuxième tour.

Il faudra après les législatives comprendre les ressorts d’un système dont on dit qu’il est en crise profonde, systémique, mais qui a la capacité de mobiliser de telles forces sociales, économiques, culturelles qu’il réussit à transformer une défaite assurée en victoire politique, symbolisée par le geste paternel de Hollande envers son successeur.

Il faudra regarder en face les scores très élevés du Front national dans des terres ouvrières qui ont longtemps fait la force du PCF, provoquant une fracture lourde de danger dans le peuple entre ceux qui ont massivement voté pour faire barrage au FN, notamment dans les quartiers populaires des métropoles, et ceux qui ont voté FN contre la mondialisation, notamment dans les régions désindustrialisées. Cette fracture politique est la traduction du renoncement du PCF à son rôle historique de parti de la classe ouvrière.

Le futur ex-FN tente de se positionner comme principale force d’opposition de concert avec la stratégie de Macron visant a créer une nouvelle bipolarisation à l’américaine garante de la poursuite du système.

Les communistes paient lourdement 20 ans de fuite en avant dans une "refondation" qui n’a jamais cru à l’utilité du parti communiste, qui l’a toujours mis sous la table, qui a toujours considéré comme secondaire de s’engager, de s’organiser comme un parti d’action, de terrain, dans les entreprises et les quartiers…

Jean-Luc Mélenchon propulsé par notre renoncement à la candidature en 2012 rassemble de nombreux électeurs de la gauche historique communiste et socialiste, qui est à son plus bas niveau historique. Conforté par le résultat du premier tour, il tente dans une démarche toute miterrandienne d’en finir avec le PCF, pour construire une nouvelle force politique de gauche sans ancrage au communisme.

Marie-Georges Buffet appelle le PCF à se dépasser tandis que Pierre Laurent laisse planer le doute sur le changement de nom de notre parti.

Mais le parti communiste ne doit ni se dépasser ni s’effacer. Il doit se reconstruire, se renforcer, s’organiser, se battre, et gagner les 11 et 18 juin, le plus de points d’appuis législatifs possibles pour réouvrir enfin son histoire.

Nous n’attendons aucune solution du rassemblement par en haut ou de la vieille tambouille électorale qui nous déconsidèrent. Nous ne sommes à vendre ni à la France insoumise, ni à la nouvelle force politique que promet Hamon.

La bataille des législatives peut nous permettre d’avancer dans la reconstruction du parti communiste. Dans quelques circonscriptions, nous pouvons faire élire des députés déterminés à résister et à porter les intérêts populaires point d’appui pour tous ceux qui luttent. C’est l’urgence, et notre direction nationale doit enfin s’y consacrer entièrement, au lieu de chercher de nouveaux expédients ;

Ensuite, il faudra une conférence nationale des animateurs de sections pour tout mettre sur la table : un bilan concret et partagé des 20 années de mutations, refondations, métamorphoses, de nos résultats électoraux, de nos bases militantes, de notre capacité à être utile dans les luttes sociales, politiques et idéologiques pour unir notre peuple autour du nécessaire changement de société.

 


https://blogs.mediapart.fr/yvon-quiniou/blog/110517/le-choix-de-rupture-de-melenchon-plus-quune-erreur-une-faute

Le choix de rupture de Mélenchon: plus qu'une erreur, une faute.

 

11 MAI 2017

PAR YVON QUINIOU

BLOG : LE BLOG DE YVON QUINIOU (/MÉDIAPART)

 

Mélenchon vient de rompre avec les communistes pour les législatives. C'est une erreur, car il sous-estime le rôle que les communistes ont joué et pourraient jouer dans son audience. Mais c'est aussi une faute: manque de reconnaissance à l'égard d'un allié et volonté d'occuper tout seul le terrain. Il sera isolé et risque de casser idéologiquement cette nouvelle gauche qui émerge.

 

Le choix de rupture de Mélenchon : plus qu’une erreur, une faute. 

 

Ainsi Mélenchon, grisé par son score à la Présidentielle, rompt son alliance avec les communistes. C’est d’abord une erreur : son succès, qui avait commencé avec sa campagne de 2012, est dû aussi, sinon largement, aux communistes. Ceux-ci ont été massivement les acteurs des rassemblements en sa faveur par la force de leur organisation et l’engagement de ses militants, ainsi que leur presse. J’avais pu dire à l’époque (2012) que Mélenchon était le porte-parole du Front de gauche, mais que son moteur était le PC, et c’est sur cette base que le score du Front de gauche avait pu être possible. Et s’il analyse avec précision et objectivité ses résultats récents, il s’apercevra que ce sont les lieux (villes, départements) où le PC reste encore fort, que l’audience de la France insoumise a été elle-même la plus forte. Or ce n’est pas du tout un hasard : c‘est l’effet non seulement d’une sociologie particulière, celle des victimes du libéralisme, mais aussi d’une influence politique auprès de ces dernières ! En se coupant des communistes – j’en fais le pari – il va perdre beaucoup de voix dans le camp de ceux qui ont voté pour lui avec enthousiasme, dont la mienne. Et son projet de recomposition de la gauche autour de lui va du coup à l’échec. Tant pis pour lui : c’est ce qui arrive à ceux qui, en politique, sont perturbés par leur réussite et, si je puis dire, « la jouent perso ». Mais pas tant pis surtout, hélas, pour les clases populaires, qui souffrent et ont besoin aussi bien d’un immense renouvellement de la gauche que de son union.

 

Justement, au-delà de cette erreur catastrophique il y a la faute morale, présente en filigrane dans ce qui précède. Elle est double. D’une part il oublie tout ce que le mouvement qu’il a fondé doit, dans la dernière période et comme je l’ai indiqué, aux communistes, ce qui est une forme d’ingratitude moralement injustifiable et incompréhensible. Je dis bien « moralement » puisque je crois savoir que, philosophiquement, il fait une place à la morale dans son engagement politique, comme on peut le constater dans les travaux de son conseiller intellectuel, J. Généreux – ce qui n’est pas fréquent. Où est donc passée sa morale ? Le cynisme politique, très fortement présent ailleurs, aurait-il repris le dessus ? D’autre part, et c’est là le plus grave, Mélenchon entend occuper toute la place à gauche, ignorant que la gauche de Hamon est tout à fait respectable et ambitionnant  avant tout  de détruire le PC, avec la force réelle qu’il continue à avoir.

 

Or cela est à la fois inadmissible moralement (à nouveau) et irresponsable par rapport à l’avenir de la gauche anti-libérale, dite « radicale ». On peut ne pas être entièrement d’accord avec le PC au nom ce qu’il a été à l’époque de l’URSS. Mais on oublie alors qu’il s‘est profondément renouvelé, sinon refondé, et qu’il doit continuer ce processus, tout en restant communiste, ce qu’il fait. Je justifierai ce point en faisant appel à un propos que j’ai lu récemment sous la plume d’un journaliste, pourtant pas spécialement marxiste, Jacques Julliard, et que je cite : « La « décommunisation » de l’extrême gauche a fait sauter le verrou doctrinal qui la rattachait à la gauche, au sens classique du terme » – j’ajoute « et qui empêchait sa dérive libérale ». Il s’agit très précisément du marxisme, pour employer un terme générique qui peut recouvrir une grande diversité de compréhensions de celui-ci. Car, ramené à l’essentiel qui fait l’accord, le marxisme est la seule doctrine qui nous révèle l’essence du capitalisme, en accuse l’injustice structurelle et nous en propose le dépassement  profond à terme, afin de lui substituer une tout autre organisation économique et sociale : une société visant l’intérêt de tous et l’épanouissement vital de chacun – ce que j’appelle l’émancipation, c’est-à-dire la fin des aliénations qui font de la majorité des individus des êtres mutilés, rabougris, in-humains, à savoir privés de leur pleine humanité, incapables de réaliser toutes leurs potentialités (voir mon livre Les chemins difficiles de l’émancipation  qui va paraître, pour plus de détails). Or cette perspective-là, contraire à la pensée dominante en politique, est un bien extrêmement précieux qui, au-delà de son aspect économique (la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme) vise à promouvoir, et je le dis sans la moindre emphase, une nouvelle civilisation fondée sur des droits humains universels, bien plus riches humainement et  bien plus concrets que ceux que la  Déclaration de 1789  a déjà promulgués.

 

Or, c’est ce « verrou doctrinal » (dont Généreux, à nouveau, ne parle guère) que Mélenchon risque de fragiliser en s’en prenant, avec un mépris rare, au PC et en voulant le liquider. Celui-ci est le support institutionnel (ou partidaire) d’un héritage idéologique fondamental dont on ne sait pas vraiment s’il le revendique, malgré ses propositions politiques avec lesquelles on peut être souvent d’accord. En voulant détruire ce support, on risque de faire disparaître cet héritage. Je sais bien que s’en réclamer, quitte à l’enrichir ou l’actualiser comme je tente de le faire, ne fait pas l’unanimité, voire suscite l’hostilité ou carrément la censure des médias. Et pourtant, il faut s’y consacrer, fût-ce dans une relative solitude  intellectuelle, car il est le seul à nous indiquer ce qu’il faut dénoncer et combattre ainsi que ce vers quoi il faut aller en politique. Comme le disait Platon : « Il ne suffit pas de vouloir le juste, il faut savoir le juste qu’il faut vouloir ». Or je ne vois pas ce qui, dans les doctrines politiques à la mode (Tocqueville, Hayek, Weil, Arendt, Aron, l’individualisme, etc.) et qui  constitue la culture qui va nous diriger désormais (Macron et une large partie des dits socialistes s’en inspirent), peut nous éclairer à ce propos, en dehors de la pensée de Marx ou de celles qui s’appuient sur elle. Sans ce fond doctrinal et sans ceux qui le défendent, c’est le conformisme le plus imbécile qui nous menace, l’abandon aussi de toute visée morale de justice, le culte de l’individu entrepreneurial et consommateur (pour ceux qui ont les moyens) et, du coup, l’expansion du malheur social pour ceux d’en bas – les « sans dents » comme disait l’autre d’un air hautain. Bref, il ne suffit pas de marcher comme un Macron triomphant risque de  s’y employer faute d’une résistance unie en face de lui : il faut marcher en avant et non en arrière. As-tu compris ce qui nous menace, J.-L. Mélenchon, si tu veux faire cavalier seul et te retrouver isolé?

 

Yvon Quiniou

15 Mai 2017


Publié par El Diablo

Le PCF, la France Insoumise, ANALYSES politiques COMPARÉES

Sur l'absence d'accord entre PCF et FI, les torts sont partagés.

 

Le PCF a fait des demandes trop exigeantes, ce qui semble montrer qu'il ne désirait pas un accord, principalement parce qu'il voudrait faire face à ses difficultés financières grâce aux votes comptabilisés aux législatives.

 

Il a également suscité la méfiance de ses partenaires par la mollesse (au mieux) de sa campagne. Un courant important, inspiré par la cellule éco et des notables locaux a même tenté à plusieurs reprises de la saboter : diffusion de messages hostiles (pour être gentil) sur les réseaux sociaux, tentatives de résurrection de l'Union de la Gauche, tentatives de ralliements à Montebourg, puis à Hamon, pression pour l'abandon de la candidature Mélenchon après le vote des primaires socialistes puis demande d'une alliance avec Hamon au prix des points essentiels du programme, rétention des signatures pour semer le doute à quelques semaines du vote, vote Hamon, "vote révolutionnaire" pour Poutou ou pour Macron.

 

La FI de son côté n'a pas l'air de comprendre que le PCF est toujours une force politique militante, qu'il comporte des débats intérieurs et une opinion interne et qu'on ne peut pas s'allier avec une telle force sans faire la moindre concession, qu'il s'agit d'un parti historique et que ses militants veulent le conserver, pour beaucoup d'entre eux c'est même le seul but. Il y a même quelques zones en France où le PCF conserve un ancrage populaire, et où un candidat PCF fera mieux, notamment contre le FN, qu'un nouveau venu de la FI. S'effacer devant le PCF dans trente circonscriptions, ce n'était pas la mer à boire, surtout quand on vise la victoire nationale.

 

Sur le fond, la ligne actuelle du PCF est beaucoup plus droitière que celle de la FI, mais celle-ci est essentiellement le reflet de l'opinion actuelle de son dirigeant principal et de quelques conseillers. Le volet institutionnel du programme de la FI, mis en avant en premier dans un discours basiste et ultra-démocratique, est le moins crédible. Si Mélenchon change d'avis sur quelque chose, la FI suivra au quart de tour. Le PCF, sans être un modèle idéal du genre, est en fait plus démocratique que la FI ; mais il faut l'avouer, beaucoup moins efficace.

 

Pour résumer, la FI offrait aux présidentielles deux avantages majeurs sur le PCF :

 

Mélenchon pouvait gagner, et donc abolir un certain nombre de lois du quinquennat Hollande, ce qui n'était pas à la portée du PCF, qu'il soit isolé ou dans une union de la gauche discréditée. Sur le plan programmatique il avait la volonté, crédible, de sortir de l'OTAN, et celle qui l'est moins mais qui est tout de même fortement affirmée, de tenir tête à l'UE, ce qui ne peut aboutir qu'à la quitter si on le fait vraiment. Le PCF a baissé pavillon sur ces deux questions cardinales.

 

Le reste du programme de la FI soit ne fait pas partie de mes choix (sortie du nucléaire, constitution parlementariste, végétarisme, etc.), soit n'est pas assez courageux pour aller chercher les voix des classes populaires là où elles sont (immigration et sécurité).

 

Le ralentissement de l'immigration est compris par les classes populaires comme essentiel pour l'intégration des immigrés déjà présent et pour la lutte contre le chômage, et elles ont sans doute raison. Si on veut retrouver leur confiance il faut sortir du consensus libéral sur cette question, partagé avec le MEDEF, qui prône la totale liberté de mouvements de main d'œuvre dans le monde.

 

Mais ces faiblesses existent aussi dans le programme du PCF ; elles indiquent simplement que les militants de gauche sont massivement recrutés aujourd'hui dans la petite bourgeoisie dont la vie quotidienne est peu impactée par l'insécurité ou qui idéalise l'immigration (qu'il ne s'agit pas non plus de diaboliser, mais d'analyser sobrement).

 

Il est exact que la FI a réussi à regagner du vote ouvrier, complètement perdu par le PCF à l'exception de quelques circonscriptions (Vénissieux, Martigues, Douai, le Havre, etc.), mais c'est sur une base ethnique : environ 25% des ouvriers sont issus d'une immigration récente (deux ou trois générations) et environ 25% aussi des ouvriers votent Mélenchon. Mais des départements ouvriers comme l'Aisne ou les Ardennes votent massivement Le Pen. Au vu des résultats du 23 avril, sans "barrage à" d'un côté ou de l'autre au second tour, il peut y avoir 150 députés de la France Insoumise ; et aussi 150 députés FN, ce qui en annulerait arithmétiquement l'effet. Et on ne peut pas d'un côté espérer sans le dire que l'électorat frontiste se reporte sur ses candidats par pur "dégagisme" et mobiliser à son profit un front républicain dans des duels avec le FN qui ne s'annoncent pas très bien.

 

Si le FN est un épouvantail et un leurre, qui ne représente aucun danger pour le train-train de la démocratie libérale, il n'en reste pas moins qu'affaiblir son influence sur la classe ouvrière est la priorité stratégique du moment, pour ceux qui veulent représenter légitimement cette classe. Et pour ça il faut arrêter de discourir comme les patrons (ou comme les enfants des patrons quand ils sont encore trotskystes).

 

Cela dit, Mélenchon n'a pas obtenu son résultat exceptionnel en Seine-Saint Denis (34%, à comparer justement aux 34% de Marine le Pen dans le Pas de Calais), comme voulait le faire Hamon, en flattant les tendances communautaristes, il a au contraire rallié ces votes autour d'un discours démocratique franco-patriotique qui est plus à même, à l'avenir, de surmonter la barrière ethnique et de réunifier le prolétariat en France qui le discours différentialiste en vogue dans la "gauche de gauche".

 

Fondamentalement, c'est pour le moment un vote patriotique et républicain interclassiste qui regroupe tout le monde sauf les riches, et qui comme tel provoque la fureur dans les milieux trotskystes. Significativement, Mélenchon, qui avait fait l'erreur, à mon humble avis, de terminer sa campagne dans l'Est parisien, a fait le même résultat, 19%, dans le département le plus "ouitiste" en 2005 (Paris) et dans le plus "noniste" (Pas de Calais). Et on se souvient que ce vote avait été un marqueur de classe très net.

 

La FI a fait la moitié du chemin dans la reconquête du vote de la classe ouvrière, perdu par le PCF à partir de 1981. Pourra-t-elle aller plus loin ? Cela dépend essentiellement de la nouvelle génération de militants qu'elle a su ramener à la politique, et de la bataille des idées qui s'y développe.

 

Gilles Questiaux

Le 14 mai 2017

 

Post-scriptum : Par exemple, au lieu d'esquiver la question, les militants de la FI peuvent affirmer sans craindre l'opprobre médiatique que "Le Venezuela n'est pas une dictature" ! A certain moments Mélenchon donne l'impression d'avoir nos idées (une analyse de classe anti-impérialiste), mais d'en redouter (peut être avec raison) le coût politique. Cultiver l'ambiguïté fait partie du savoir-faire politique : on ne la quitte qu'à son détriment.

 

SOURCE :

Le PCF, la France Insoumise, analyses politiques comparées - Réveil Communiste

http://www.reveilcommuniste.fr/2017/05/le-pcf-la-france-insoumise-analyses-p


 
 

Aux adhérent-es du Parti communiste français




Chers camarades, 

 

Dans un communiqué publié mardi 9 mai au soir et dans l'émission de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV ce mercredi 9 mai, Jean-Luc Mélenchon et son directeur de campagne, Manuel Bompard, ont pris la responsabilité d'annoncer la rupture de toute discussion avec notre parti pour les élections législatives. Je sais que cette situation vous inquiète tous. Je le comprends. 

 

Je veux vous le dire clairement : cette rupture, ni moi, ni la direction du PCF, ne l'avons décidée, encore moins souhaitée, et nous ne nous y résolvons pas. Toute autre affirmation est simplement mensongère.

 

Tous les actes que nous avons produits, que j'ai personnellement produits depuis des mois pour notre engagement dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon et pour un accord national entre nos formations pour les élections législatives attestent du contraire. J'invite chacun à relire l'intégralité de mes prises de position et celles de la direction du Parti et les trois appels lancés depuis le premier tour de l'élection présidentielle. 

 

Tout est dit, tout est clair et basé sur un principe simple : union et rassemblement dans le respect de tous. Je réfute donc les allégations entendues ces dernières heures. Je le dis avec fermeté et colère, même si je n'ai nullement l'intention de verser dans la polémique stérile à laquelle certains nous appellent. Des élections législatives cruciales nous attendent. Le peuple peut, à nouveau, reprendre la main. Etre utile à cela est la seule chose qui m'importe, qui doit nous mobiliser. 

 

Je tiens tout de même à apporter à chacun d'entre vous les éléments d'information et d'appréciation nécessaires.

 

1) D'abord, et c'est l'essentiel, sur le sens de nos efforts pour les élections législatives

 

Après l'élection présidentielle, cette nouvelle bataille est décisive. Elle va à nouveau redistribuer les cartes et peut donner une nouvelle chance aux électeurs, aux sept millions et demi qui ont voté Jean-Luc Mélenchon, de reprendre du pouvoir sur l'avenir.

 

Nous sommes dans une situation inédite, instable et mouvante. Les électeurs n'ont pas dit leur dernier mot. Ces élections vont décider deux choses : qui aura la majorité ? Aujourd'hui, la réponse n'est acquise pour personne.  Et quelles formations seront demain présentes dans le nouveau paysage politique ? 

 

Notre objectif est donc clair : disputer la majorité parlementaire à Emmanuel Macron, aux forces du libéralisme et de l’extrême-droite et permettre à toutes les forces engagées dans la bataille, dont le Parti communiste français, d'être représentées pour être utiles demain aux forces populaires. Forts des sept millions et demi de voix recueillies par Jean-Luc Mélenchon le 23 avril, et rassemblés, nous pouvons (FI, le PCF, Ensemble !, etc) empêcher le Président de la République d’avoir les mains libres pour casser le Code du Travail. 

 

Nous pouvons battre  ses candidats et ceux de la droite dans de très nombreuses circonscriptions, barrer la route à l’entrée massive de députés Front national au Parlement, après avoir barré la route de l’Elysée à Marine Le Pen. La meilleure chance de victoire que nous pouvons nous donner, c’est l’union maximale de ces forces, en les unissant tout en respectant leurs différences. 

 

C’est cette méthode que nous ne cessons de proposer pour les élections législatives, en rassemblant tous nos candidats sous une bannière commune respectueuse de tous, membres ou non de la France insoumise. Nous allons entrer en campagne en tendant nationalement et localement la main à de telles ententes. Nous agirons dans les heures qui viennent à nouveau en ce sens. 

 

Pourquoi cette proposition de bon sens est-elle  à ce jour refusée par les dirigeants de la France insoumise, même quand elle est localement acceptée ?

 

Je crains malheureusement que les dirigeants de la France insoumise misent sur un choix dangereux et périlleux pour la défense des intérêts populaires. Préférer l'intérêt d'une recomposition politique partisane autour de la seule France insoumise à la possibilité d’une ample victoire les 11 et 18 juin prochains. Mais je tiens à réaffirmer que rien, pour notre part,  ne doit nous détourner du cap choisi. L’union des forces capables de reconstruire une gauche nouvelle, profondément réinventée comme nous avons commencé à le faire avec le Front de gauche puis dans cette année 2017, n’est pas un choix de circonstance électorale,  c’est un choix de fond et durable.

 

Et je demande aux candidats que nous avons investis d’entrer en campagne en portant cette ambition de rassemblement auprès de tous les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, auprès de tous les électeurs aujourd'hui à la recherche d'une voie nouvelle pour l'avenir, auprès de toutes les forces socialistes et écologistes  qui refuseront de cautionner la politique de Macron.

 

Notre ligne de conduite reste la même. Nous avons voté Jean-Luc Mélenchon pour ouvrir la voie à un nouvel espoir. Après avoir battu Marine Le Pen, et conscients des combats qui nous attendent face à Emmanuel Macron, nous voulons aujourd’hui concrétiser cet espoir et cette force dans les élections législatives en rassemblant le maximum de voix et de forces à gauche et en faisant élire le maximum de députés communistes et d'autres forces qui  porteront les combats à venir.  

 

Nos candidates et candidats, issus dans toute la France du monde du travail, doivent travailler à faire entrer cette force populaire à l’Assemblée nationale. 

 

C’est sur ces bases que je lancerai demain à 19 h, au gymnase Japy à Paris, la campagne nationale de nos candidats pour les élections législatives. J'invite toutes celles et ceux qui le peuvent à y participer ou à en relayer la parole.

 

Dans cette bataille, nous défendons la liberté d'initiative du Parti communiste. Nous avons raison pour maintenant et pour l'avenir. Pour notre part, nous n'opposons pas ce choix à celui que d'autres font dans la France insoumise. Mais nous ne voulons pas de tutelle. Et la position claire que nous avons adoptée entre les deux tours   est un bel exemple de l'utilité qu'il y a à maintenir la parole singulière du PCF. 

 

Union et respect sont nos deux boussoles. 

 

2) Sur les négociations de ces dernières heures

 

Je veux là aussi donner quelques précisions. Car des camarades nous posent légitimement la question : avons-nous tout fait pour éviter l'échec actuel des discussions ?

 

Oui, nous avons tout tenté.  Et nous allons continuer. 

 

Hier après-midi, mardi 9 mai, j'ai lancé un nouvel appel public, le troisième en deux semaines,  car nous sentions grandir le risque d'une annonce de rupture unilatérale. J 'ai redit notre volonté d'aboutir sans délai à un accord large et national permettant d’aller ensemble à la bataille avec une candidature commune dans le maximum de circonscriptions. Le risque grandissait puisque nos interlocuteurs  écartaient depuis déjà dix jours toute possibilité d’un accord national qui n’aurait pas lieu sous la tutelle unique de la France insoumise, poussant  ainsi à la multiplicité des candidatures issues des diverses forces ayant soutenu Jean-Luc Mélenchon et à la division des électeurs réunis par son bulletin de vote le 23 avril. 

 

Depuis, nous en étions réduits à des discussions sur des listes qui diminuaient comme peau de chagrin, concernant une poignée de circonscriptions, 26 exactement sur 577 lors de la dernière discussion de lundi. Nous les poursuivions tout de même, avec la volonté d’aboutir à un  accord pourtant insuffisant mais dont nous espérions qu’il envoie un signal unitaire positif. 

 

Dans la dernière liste discutée, 13 retraits réciproques étaient envisagés pour chaque force, autant dire que nous étions loin de toute ambition majoritaire. Dans ces listes figuraient les 7 députés communistes sortants, comme si cela relevait d'un exploit que de soutenir des députés irréprochables dans leur combat tout au long du quinquennat, et seulement 6 circonscriptions dans lesquelles nous sommes au combat pour la reconquête. 

 

Mais la France insoumise a continué de nous demander de nous retirer à Ivry et à Créteil sans contrepartie, ainsi qu'à Montreuil, à Grigny, tandis qu'elle refusait d'envisager tout retrait réciproque à Paris, où 4 circonscriptions sont pourtant jouables ; que jamais le Gard, la Dordogne ou les Bouches du Rhône n'ont été envisagés à un seul moment, pour ne prendre que trois exemples de très bons résultats départementaux de Jean-Luc Mélenchon. Où était la volonté de gagner ensemble ?

 

Malgré cela, et après avoir accepté d'intégrer dans les circonscriptions compensables par un retrait de notre part les 7 députés sortants, nous sommes allés jusqu'à accepter des retraits non compensés à Toulouse, à Montpellier, à Grenoble, à Marseille... Nous avons dit notre accord pour trouver des circonscriptions d'atterrissage gagnables et acceptables par nos deux formations pour les porte-paroles de France insoumise, puisque cela semblait être la priorité numéro un de la France insoumise, en démontrant que l'élargissement du périmètre des discussions permettrait de trouver aisément une solution. J'ajoute que jamais dans la discussion la moindre information ne nous a été donnée sur le choix de Jean-Luc Mélenchon, alors que s'il s'agissait de Marseille, cela aurait pu ouvrir la voie à une discussion fructueuse sur l'ensemble de la ville et du département. J'arrête là, mais je pourrais donner d'autres exemples que les responsables de notre secteur Elections, qui siégeaient à mes côtés dans ces discussions,  pourraient aisément détailler.

 

Je tiens seulement à redire avec ces éléments que notre disponibilité à un accord même étriqué était total et qu'elle le reste. Evidemment, si je porte ces éléments à votre connaissance, ce n'est aucunement à l'usage d'une bataille publique mais afin que  tous ceux qui nous demandent des éclaircissements puissent en  disposer en toute transparence. 

 

En conclusion,

 

Je veux le redire à chacune et chacun. Ne perdons pas de vue l'essentiel : l'intérêt de notre peuple et l'enjeu législatif face à Macron, la droite et le FN. 

 

Travaillons inlassablement pour aujourd'hui et pour l'avenir, au rassemblement. Nous avons dans toute la France de belles et beaux candidats représentatifs du monde salarié, impliqués dans la vie du quotidien des Français, pétris de principes éthiques qui font tant défaut dans la politique. Le score qu'ils réaliseront, les députés que leur travail permettra d'élire, le groupe qu'ils permettront de constituer seront des points d'appui indispensables pour les batailles qui s'annoncent. 

 

Ainsi, et nous en ferons un enjeu majeur de l'élection, nous pouvons priver le Président de la République de la possibilité de recourir aux ordonnances. Car il n'en a pas seul le pouvoir. Une loi d'habilitation de ces ordonnances doit être votée par le Parlement. 

 

Alors, chers camarades, je vous appelle au combat et à la confiance, dans cette période aussi rude que pleine de promesses. 

 

Courage à vous toutes et vous tous. 


Pierre Laurent
Secrétaire national du Parti communiste français


 

[LES POLITIQUES SUR YOUTUBE] Une excellente vidéo de l'ami Le Stagirite qui offre un éclairage original sur la communication politique et les stratégies politiques sur le web, sur les populismes, sur ce qui s'est joué pendant cette campagne présidentielle sur le net. Vraiment à voir ! Installez-vous confortablement, et bon visionnage ! :) Nous on vous dit bon weekend ! 


Pour s'abonner à sa chaîne : https://www.youtube.com/user/LeStagirite

https://www.youtube.com/watch?v=0-c3YB6-0qc

Macron, nouveau visage de l’impérialisme français ! Plus que jamais, prenons nos affaires en main !

 

Emmanuel Macron a été élu (20 millions de voix), sans surprise face à Marine Le Pen (11 millions de voix). Le taux d’abstention à 25% est un record depuis 1969 (12 millions d’inscrits), de même que les votes blancs et nuls (4 millions de votants), sans même parler des non-inscrits et de nos camarades immigrés qui n’avaient pas le droit de vote. Beaucoup de gens ne se sont pas résignés à voter Macron pour faire « barrage au FN ». Ce n’est pas faute d’injonctions quotidiennes des médias et des politiciens bourgeois, ceux-là mêmes qui propagent à longueur d’année les idées réactionnaires. 


Cette contestation est politique et même les médias bourgeois sont contraints de le reconnaître ! Elle est loin d’être « irresponsable » comme on nous l’a rabâché, au contraire, elle exprime la conscience embryonnaire, notamment des prolétaires et dans les quartiers populaires, de l’impasse que représente la démocratie bourgeoise pour notre avenir. Avec tous ceux et celles qui sont venues discuter et agir avec nous dans notre campagne pour le boycott, nous avons pu le mesurer.

 

Macron au pouvoir, tout va continuer pire comme avant : exploitation, répression, racisme, militarisme... Car chaque gouvernement, qu’il soit de gauche, de droite ou du milieu, fait toujours pire que le précédent. Le capitalisme c’est la guerre économique. La guerre économique c’est l’exploitation au travail, la pénibilité, la précarité, le chômage, la concurrence entre travailleurs...


Nous sommes déjà dans la rue, ce lundi 8 mai, preuve que des illusions de « renouvellement » n’ont pas fait long feu. Macron c’est vraiment le président de l’opportunisme, un pur « produit » du capitalisme, une étiquette à multiples appartenances, pour mieux se faire élire, aux présidentielles comme aux législatives à venir. C’est un bourgeois, le représentant parfait validé par tous, de Gattaz à Robert Hue en passant par les médias, de cette classe exploiteuse qui gère ce système, et qui va assurer le recyclage tranquille et la continuité des plus vieux requins de la politique bourgeoise du PS comme des LR.

 

Le Pen battue, c’est un soulagement pour beaucoup. Personne ne savait ce que son élection aurait pu déclencher, au-delà des mesures promises encore plus réactionnaires, islamophobes et rétrogrades. La crainte aussi, que les fascistes, comme après l’élection de Trump se sentent invincibles et que les agressions racistes, sexistes, homophobes se multiplient. Elles sont déjà répétées à l’égard des migrant.e.s, ou de militants dans le Nord ou le Sud-Est où le FN a déjà une assise locale. Mais élue ou pas, le combat continue, dans les quartiers, au travail, contre tous les racismes.

 

Avec les élections législatives qui arrivent, c’est reparti pour un tour : débats entre politiciens bourgeois, déferlantes de drapeaux bleu-blanc-rouge, rivalités et concurrence y compris chez les Insoumis. Nous le disions dès le début de notre campagne : l’enjeu des élections pour la bourgeoisie, c’est de confisquer notre force collective, nous laisser croire que notre seul choix se résume à voter puis subir notre sort. On ne peut pas changer le système en réformant ses institutions de l’intérieur. Nous refusons de nous ranger derrière une bannière « patriotique » impérialiste quelle quel soit.

 

Alors aujourd’hui, refusons que tout continue comme avant, refusons à nouveau de nous laisser engluer dans le système parlementaire, prenons nos affaires en main et organisons-nous !


 

OCML Voie Prolétarienne, 9 mai 2017

Emmanuel Todd: «le FN ne veut pas le pouvoir»

 

Présidentielle - Le polémiste Emmanuel Todd renvoie dos à dos Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Il a vu dans le débat présidentiel «une comédie» illustrant la volonté du parti de Marine Le Pen de ne pas gouverner…

 

Emmanuel Todd: «Si l'on additionne les voix de Macron, Hamon et Fillon au premier tour, nous nous rendons compte – ô surprise – que les candidats pro-européens ont remporté la majorité. L’européisme est une forme de conservatisme.»

 

Par Xavier Alonso Paris 05.05.2017 «Voter Front national, c’est approuver la xénophobie. Voter Macron, c’est accepter la soumission. Moi, je ne peux pas choisir». Emmanuel Todd ira à la pêche ou se promener dimanche prochain, mais en aucun cas il ira voter. C’est ce qu’il nous dit, avec humour, mais sans plaisanter. L’intellectuel et polémiste Emmanuel Todd (65 ans) est un anti-européen forcené. Et une critique féroce de la vie politique française. Le débat d’entre-deux-tours ne l’a pas réconcilié avec la présidentielle. Interview.

 

Q - Le débat Marine Le Pen contre Emmanuel Macron vous a-t-il fait changer d’avis: toujours abstentionniste?

 

Emmanuel Todd - : Non. Le débat ne m’a pas fait changer de position. Ce que j’ai vu était une comédie. Mais j’ai acquis la conviction que le FN ne voulait pas le pouvoir!

 

Q - Qu’est-ce qui vous fait dire cela?

 

ET – J’ai eu le sentiment étrange qu’un scénariste unique avait rédigé deux partitions: le fasciste hystérique et le bon élève discipliné. J’ai vu l’affrontement de la France d’en bas contre la France d’en haut comme dans une mise en scène. J’ai vu un système: vulgarité contre conformisme. Marine Le Pen a permis à Emmanuel Macron de ne pas parler de son absence de solution à la paralysie de la France. Elle n’a rien dit. Il n’a rien dit. Et en tant que Français, j’ai eu honte de ce que le débat soit devenu ça dans cette grande Nation. J’ai pensé que cette médiocrité allait faire regretter à beaucoup Jean-Luc Mélenchon.

 

Q - Mais approuvez-vous le choix de Jean-Luc Mélenchon de ne pas donner une indication d'un vote clair pour le second tour?

 

ET - On entend les commentateurs dire, c’est affreux, cette entorse à la loyauté républicaine, il se suicide. Au contre, je considère que le refus de Jean-Luc Mélenchon de prendre position automatiquement pour Emmanuel Macron est l'acte fondateur de quelque chose de nouveau. Il montre un vrai tempérament d’homme d’Etat. Enfin dans ce pays, une gauche alternative a le courage de se libérer du dogme européen. Car si rien ne change, les élections continueront d'être une sorte de fiction. Il serait plus honnête d'élire un vice-chancelier pour la France.

 

A long terme, Emmanuel Macron est un marchepied pour Marine Le Pen

 

Q - Vous ne craignez pas d’aider Marine Le Pen?

 

ET - Le Front national n'a pas enregistré au 1er tour la progression que beaucoup prédisaient. C’est le résultat du succès de Jean-Luc Mélenchon. Cela fait des décennies que j’analyse les flux électoraux et je n’avais jamais vu un exploit de ce genre. Il gagne huit points par rapport à la dernière élection présidentielle. Il est également le seul candidat qui a des voix parmi les travailleurs «transclasse»: diplômés, jeunes, vieux, classe moyenne.

 

Q - Battre le FN n’est donc plus une priorité?

 

ET - Utiliser le bulletin de vote Macron pour barrer la route à Marine Le Pen signifie aussi frustrer cet élan extraordinaire qui est, à ce jour, la seule véritable opposition au Front national. A long terme, Emmanuel Macron est un marchepied pour Marine Le Pen. Personnellement, je considère le lepénisme et le macronisme comme les deux faces d'une même médaille. On ne peut pas choisir le racisme de Marine Le Pen. Mais Emmanuel Macron, c’est la soumission aux banques, à l’Allemagne, à tout ce qui nous a conduits à la crise d'aujourd'hui. C'est pourquoi je m’abstiens toujours, et même avec joie, en attendant la naissance d'un monde meilleur. Mais ce ne sera pas pour cette fois, parce que je suis convaincu maintenant que Macron va gagner.

 

Q - Comment en êtes-vous si certain?

 

ET - La présidentielle se décide par le vote des électeurs âgés. Qui ont peur de quitter l'Europe. Et si l'on additionne les voix de Macron, Hamon et Fillon au premier tour, nous nous rendons compte – ô surprise – que les candidats pro-européens ont remporté la majorité. L’européisme est une forme de conservatisme. Le résultat de ce grand cirque électoral, c’est que le vote de Maastricht est reconduit au premier tour de la présidentielle. Le programme d’Emmanuel Macron est européiste… On est dans un pays qui fait semblant d’exister. Le rêve français, c’est de sortir de l’histoire. (TDG)

 

Créé: 04.05.2017, 18h25


J'ajouterais une analyse trouvée sur RT qui ne manque ni d'intérêts, ni de pertinence
Bernard Trannoy

Par John Laughland
John Laughland est directeur des Etudes à l'Institut de la Démocratie et de la Coopération (Paris), philosophe et historien. De nationalité britannique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques et géopolitiques traduits en sept langues.

EMMANUEL MACRON, PRODUIT D'UNE « ÉLECTION COLORÉE »

17 mai 2017

Emmanuel Macron, produit d'une «élection colorée»

L'élection du nouveau président français est la première «révolution colorée» à survenir en Occident, considère l'historien John Laughland.

C'était en lisant le brillant ouvrage récent de Lucien Cerise que la réflexion suivante m'est venue à l'esprit : la victoire d'Emmanuel Macron est la première «révolution colorée» déployée en Occident. Ayant eu ensuite le plaisir de faire la connaissance de Lucien Cerise, j'ai été content d'apprendre qu'il parle, lui aussi, d'une «élection colorée» dans le cas du nouveau président de la République.

Le terme «révolution colorée» désigne les opérations de changement de régime qui ont été effectuées dans les ex-pays communistes à partir de l'an 2000. Le résultat de toutes ces révolutions a été de ramener les pays en question dans le giron occidental. Des interventions gigantesques de la part de gouvernements occidentaux, en particulier par les Américains, mais aussi de la part d'ONG payées par eux et par les Européens, ont été pratiquées pour garantir le résultat attendu.

Les «révolution colorées» de référence sont le renversement du président yougoslave Slobodan Milosevic le 5 octobre 2000 ; la «révolution des roses» en Géorgie en 2003 qui a amené le jeune Mikhaïl Saakachvili au pouvoir en renversant l'ancien ministre soviétique des affaires étrangères, Edouard Chevardnadze ; et la révolution «orange» en Ukraine en 2004. Nombreuses sont les autres révolutions calquées sur celles-ci, financées par les mêmes pays, et qui ont suivi le même modèle.

Une «révolution colorée» est caractérisée par les éléments suivants : des mouvements dits de masse (manifestations, affiches, slogans, logos), surtout menés par des jeunes et dirigés contre le président sortant décrié comme un dictateur et un réactionnaire. Ayant personnalisé à outrance le conflit politique pour diaboliser le sortant, la révolution colorée adopte systématiquement le langage – ou plutôt la propagande – du changement et du renouveau.

Tous ces hommes étaient en réalité des tables rases sur lesquelles l'électorat pouvait projeter tous ses espoirs

Pour mener à bien cette propagande, le candidat qui est porté au pouvoir doit être jeune ou inconnu ou les deux à la fois. Ainsi, Slobodan Milosevic, qui avait été d'abord président de la Serbie et ensuite président de la Yougoslavie fédérale, a été remplacé par un professeur inconnu, Vojislav Kostunica, qui pouvait incarner tous les espoirs car il n'en avait déçu aucun, n'ayant exercé aucune fonction politique auparavant. Avec le renversement de Milosevic, la Yougoslavie a immédiatement abandonné sa politique d'opposition au camp occidental et le nouveau président Kostunica fut accueilli, quelques jours après son élection, à un sommet européen en véritable vainqueur de la pensée unique.

Il en fut de même en Géorgie, ou Mikheïl Saakashvili n'avait que 36 ans au moment où des manifestations et autres troubles ont renversé le président Chevardnadze. En Ukraine, le bénéficiaire de la révolution orange, Victor Iouchtchenko, qui avait 50 ans en 2004, avait été, il est vrai, Premier ministre pendant deux ans. Mais il s'était effacé devant le président Koutchma pendant son mandat et il était surtout connu pour avoir été gouverneur de la Banque centrale, c'est-à-dire un inconnu.

Tous ces hommes étaient en réalité des tables rases sur lesquelles l'électorat pouvait projeter tous ses espoirs. Plus jeunes ou plus neufs ils étaient, mieux il remplissaient cette fonction d'écran vide. Mais leur virginité politique n'était qu'une opération de séduction pour vendre toujours le même produit : intégration dans les structures euro-atlantiques, répétition morne et ad nauseam des mêmes slogans politiquement corrects sur la diversité, progrès et ouverture.

La réalité est que ces soi-disant acteurs, comme les centaines de candidats issus de la société civile qui ont été nommés par le parti de Macron ne sont que les idiots utiles d'un scénario parfaitement chorégraphié

Il faut insister sur la jeunesse et/ou le manque de notoriété car c'est le point clé de la popularité d'Emmanuel Macron. Le nouveau président de la République n'incarne, en définitive, que sa nouveauté – tout comme son modèle, Valéry Giscard d'Estaing, lui aussi un jeune ancien ministre des Finances, l'avait fait en 1974. Plus de 40 ans plus tard et c'est toujours le même baratin : modernité, jeunesse, développement, Europe.

L'attraction de Macron, dont le manifeste personnel s'intitulait d'ailleursRévolution, réside uniquement dans le fait qu'il n'est pas son prédécesseur, tout comme les exemple précités en Europe de l'Est. Macron, ce n'est pas l'art pour l'art mais le changement pour le changement.

Deuxième élément clé de la révolution colorée : l'accent qui est mis sur la «société civile», c'est-à-dire sur des groupes non intégrés dans les structures de l'Etat ou de la vie politique formelle. Le rôle joué par des organisations non gouvernementales financées ouvertement ou de façon occulte par le gouvernement américain (par le biais du National Endowment for Democracy), ou par les fondations dites de la «société ouverte» de Georges Soros, a été amplement documenté. L'idéologie de la société civile est essentielle car elle veut nous faire croire à un mouvement spontané de citoyens qui a pour vocation d'en finir avec les structures de l'Etat, décriées comme ringardes et rigides. C'est toute la propagande de la dissolution de l'Etat prônée par le marxo-libéralisme. Or, la réalité est que ces soi-disant acteurs, comme les centaines de candidats issus de la société civile qui ont été nommés par le parti de Macron, La République en marche, ne sont en réalité que les idiots utiles d'un scénario parfaitement chorégraphié et écrit à l'avance : plus d'Europe, plus d'occidentalisme, plus de bénéfices pour les banques et plus de dislocation des structures traditionnelles comme la famille et la nation.

La technique de Macron, autrement dit, c'est de ne pas faire peur aux gens

Troisième élément : la technicité du pouvoir et de son acquisition. Curzio Malaparte avait formulé l'expression «la technique d'un coup d'Etat» et les révolutions colorées se sont inspirées de son exemple. D'autres auteurs, tels que Edward Bernays (Propagande, 1928) ou Gustave le Bon (La Psychologie des foules, 1895), ont également essayé de découvrir le secret de la manipulation des masses. De nos jours, le grand gourou est le politologue américain, Gene Sharp qui, ayant véhiculé une théorie de la résistance non-violente, revendique aujourd'hui aussi la paternité de révolutions violentes comme le printemps arabe ou l'Euromaidan.

C'est ici où la comparaison avec Macron est la plus frappante. Le secret de son succès réside dans le fait que les premiers militants d'En Marche! ont en réalité collecté, dans leurs rencontres avec des gens dans la rue, une base de données permettant à un logiciel de reconnaître les phrases clés que l'électorat veut entendre. Il ne s'agit pas, dans le discours d'Emmanuel Macron, de proposer des solutions concrètes mais, au contraire, de prononcer des phrases qui rassurent. Le changement sans les risques du changement, c'est le beurre et l'argent du beurre : il n'est pas étonnant que l'électorat vote pour cela.

La technique de Macron, autrement dit, c'est de ne pas faire peur aux gens. C'est tout le contraire de Marine le Pen, qui indépendamment du lourd héritage de son père, fait peur aux gens car elle leur explique que tout va mal et qu'il faut renverser l'échiquier. Macron, lui, a compris que l'électorat français était anxieux et qu'un tel discours suscitait un refus instinctif sur le plan émotionnel. Il a compris ce qu'ont compris ses prédécesseurs François Hollande, Jacques Chirac et François Mitterrand (mais non, pas le frénétique Nicolas Sarkozy), à savoir que l'électorat français voulait être endormi. Endormi, dirais-je, pas pour être euthanasié, mais endormi tout de même, au moins au moment du scrutin. Voilà la clé, aussi triste que banale, de la victoire de cet homme sans qualités, qui, tel le Bel-Ami de Maupassant, est venu de nulle part à la conquête du monde. Il n'est, en définitive, qu'une outre neuve pour un vin si ancien qu'il tournera, comme cela a été le cas pour tous ces prédécesseurs en France comme en Europe de l'Est, très vite au vinaigre.

 

Macron, la tortue sur le mât et la dictature du Cac 40 contre 1917…

 

17 Mai 2017

 

Un ami texan ou du moins né au Texas vient avec une amie, sa compagne, passer quelques jours chez moi. Il est aussi peu doué pour le français que moi pour l’anglais, nous le lisons, mais nous avons la même manie, nous cherchons à retrouver les mots écrits dans la parole de notre interlocuteur, ce que je ne fais pas en espagnol où l’appropriation est directe.

 

Bref, nous avons une discussion politique, ou tout doit être précisé, chaque mot fait problème, ce qui est épuisant mais force l’esprit à ne pas aller trop vite. Il ne comprend rien au système politique français et il me semble en l’écoutant que notre difficulté à nous entendre sur ce point tient à l’attachement américain à l’équilibre des pouvoirs alors que nous, Français, nous avons tendance à amplifier le pouvoir donné au président.

 

Serions-nous monarchistes ? Cette constitution dont on dit que De Gaulle l’avait formatée pour le comte de Paris et ces transformations successives (élection du président au suffrage universel, puis quinquennat à la place du septennat) aurait amplifié la tendance. C’est une remarque faite fréquemment, mais ce n’est pas si simple, on peut tout autant lire dans la tradition monarchique que dans la Révolution qui nous en a débarrassée la source de ce pouvoir qui peut friser l’absolutisme.

 

Le caractère fondateur de la nation de notre Révolution suivi de l’épisode napoléonien a-t-il accentué notre propension à la dictature au sens romain du terme? C’est à dire un état d’exception où l’exécutif s’arroge les pouvoirs pour briser le cercle vicieux de la répétition d’un arbitraire dont le peuple ne veut plus, un passage en force mais parfaitement légal et d’essence populaire, le droit à l’insurrection et un comité de salut public chargé de l’exercer, voire un individu qui est le symbole de l’ensemble avec son parti.

 

D’un côté il y a la permanence, le rôle délégué à l’Etat est très ancien et existe dès l’institution monarchique en France comme en Angleterre, c’est le double corps du roi, corps mortel et corps immortel institutionnel (le roi est mort vive le roi), avec en France un rôle économique (le corlbertisme), mais la révolution française et son prolongement direct l’empire napoléonien (1) a créé une sorte de dictature capable de transformer ce que certains sociologues décrivent comme une société bloquée au point d’avoir besoin d’une révolution pour la transformer (2) tout en conservant la permanence de l’identité, celle du royaume, puis celle de la nation.

 

Cela va avec la dimension de classe et comme le disait Marx dans le manifeste, le mouvement d’opposition qui transforme le monde. De ce point de vue, il est clair que Macron s’arroge une dynamique de classe, celle du capital international autant que français et prétend imposer à ce qu’il considère comme « une société bloquée » sa contre-révolution présentée comme la modernité, mais il le fait sur un monde monarchique ce qui est logique.

 

Si un peuple est capable de comprendre la notion de dictature du prolétariat c’est bien le peuple français. D’où l’acharnement spécifique en France sur l’antitotalitarisme et l’identification idéologique entre Staline et Hitler que nous avons vue hier (3).

 

J’apprends par Marianne que le parti communiste de la fédération de Russie qui a désigné une commission scientifique pour étudier la révolution de 1917 et aussi les raisons de la contrerévolution de 1991 a déjà produit un rapport qu’elle va traduire. Elle est très contente parce que cette commission scientifique voit le nœud du problème dans le rapport Khrouchtchev, et la déstalinisation « ratée » et l’abandon de la dictature du prolétariat, l’identification de ce concept à une tyrannie sanglante. Comment aujourd’hui comme chez nous certains historiens tentent de dire qu’on aurait pu l’économiser, il n’y aurait pas eu révolution sanglante mais simple poursuite des réformes tsaristes. On retrouve chez nous les thèses antitotalitaristes appliquées par un Furet à la Révolution française. Marianne est ravie parce que c’est la problématique que nous tenons de développer depuis pas mal d’années et voici qu’un corps de scientifiques russes est décidé à avancer sur ce problème et à le faire en s’ouvrant à d’autres recherches internationales.

 

Mais pour revenir à mon ami américain qui déteste Trump et est très critique sur le rôle des Etats-Unis dans le monde, leur impérialisme, il me dit : « Trump n’est que la pointe visible de l’iceberg. Le problème est ce qui a permis le vote en faveur de Trump, même si Clinton ne valait guère mieux ». Et il m’explique qu’il y a un proverbe texan qu’on appliquait à Bush. C’est l’histoire d’une tortue que l’on retrouve au sommet d’un mât. Une tortue ne peut pas grimper jusqu’à ce point, il y a bien fallu que quelqu’un la dépose là!

 

Alors je me dis que Macron est cette tortue, même s’il a l’air un peu moins stupide que Bush ou Trump et si les médias sont en train de le transformer en génie du siècle, la question est qui l’a déposé au sommet de l’Etat, dans cette sorte de dictature assumée du CAC40. Et si son investiture a été saluée par les mêmes médias comme si la France avait enfin un corps du roi digne d’un marketing sur la transformation annoncée et dont dans le fond personne ne veut.

 

(1) On pense bien sûr à ce vieux réactionnaire de Metternich disant « Napoléon c’est Robespierre plus la grande armée »


(2) C’est Michel Crozier qui a théorisé cette notion de société bloquée, c’est-à-dire un sociologue libéral.


(3) https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/05/16/michael-scott-christofferson-les-intellectuels-contre-la-gauche-lideologie-antitotalitaire-en-france-1968-1981-par-jerome-lamy/

La machine à perdre est enclenchée

 

17 Mai 2017

On ne fait pas de la politique faut-il le rappeler avec la vindicte d’un ego blessé, mais en pensant à ce que l’on veut défendre et aux rapports de forces favorables et défavorables pour le mettre en oeuvre. Quels que soient les griefs que Mélenchon a pu accumuler à tort ou à raison, il ne doit pas penser comme ça et ce SMS relayé par ses lieutenants est un constat de profonde carence. Enfin un autre conseil à donner est de ne pas envoyer de preuves écrites de ce que l’on va accomplir en matière de rupture quand on cherche à en faire porter le poids à l’allié devenu adversaire.

 

Mais le véritable problème est cette folie, cet assaut de médiocrités, on se croirait dans un divorce où tous les coups sont permis sans songer aux conséquences et qui va payer l’addition et à quel prix. C’est globalement écoeurant et désespérant parce que la machine à perdre est enclenchée et cette machine à perdre va donner à Macron la majorité dont il a besoin pour réformer le code du travail par ordonnances, voir aggraver sa politique pour s’allier avec la droite rester la seule force d’opposition conséquente…

 

Tout reste à reconstruire.

 

Est-il possible d’espérer avoir des hommes politiques qui ont prétendu à notre direction et représentation penser comme Robespierre: « nos raisons d’exister valent mieux que notre existence. »

 

 

Cliquez sur l’image pour pouvoir lire cet article du canard enchaîné.

L’évasion fiscale n’est pas un dysfonctionnement du capitalisme libéral, elle en est le cœur, Éric Bocquet

 

17 Mai 2017

http://projet.pcf.fr/98200

 

 

« …moins de 1% des gens, détenteurs de gros capitaux financiers ou productifs, peuvent plus ou moins décider du sort des autres, de leur emploi et de leurs revenus. Des décennies de luttes sociales ont permis de limiter l’arbitraire et de construire des cadres devant s’imposer à tous. Mais de façon permanente, les mêmes détenteurs des plus gros capitaux cherchent à s’affranchir de ces règles collectives relatives à la progressivité de l’impôt, à la protection sociale à but universel, au droit du travail, aux normes environnementales, etc. ». Jean Gadrey Une citation que l’on trouve dans cet autre livre indispensable

 

(note de danielle Bleitrach)


Éric et Alain Bocquet, parlementaires communistes, sont les auteurs du livre Sans domicile fisc, paru en 2016 aux éditions du Cherche-midi. L’ouvrage est un outil précieux dans la bataille contre l’évasion fiscale.

 

Quelles sont les raisons qui ont motivé l’écriture, avec ton frère Alain, de l’ouvrage Sans domicile fisc, alors que vous aviez déjà chacun participé à plusieurs travaux parlementaires sur cette question ?


Nous voulions porter à la connaissance du plus large public possible les constats et les nombreuses informations sur l’évasion et la fraude fiscales, qui ont été collectées dans le cadre des commissions d’enquête de l’Assemblée nationale et du Sénat, auxquelles nous avions eu chacun l’occasion de participer. J’ai été rapporteur de deux commissions d’enquête du Sénat en 2012 et 2013 réunissant une vingtaine de sénateurs de tous bords, l’une sur l’évasion fiscale internationale et l’autre sur le rôle des banques et des autres institutions financières dans ce détournement. Alain a par la suite dirigé durant six mois une mission d’information de l’Assemblée nationale avec Nicolas Dupont-Aignan. Nos travaux ont largement convergé dans leurs conclusions, tandis que peu après éclataient plusieurs scandales – LuxLeaks, l’affaire Cahuzac, les Panama Papers, etc. – qui ont donné une forte visibilité médiatique à ce phénomène sans en donner toutes les clés. Les rapports parlementaires sont des mines de données et de réflexions intéressantes mais ils restent peu accessibles pour le grand public malgré leur mise à disposition sur Internet. Nous nous sommes donc efforcés de présenter ces phénomènes apparemment complexes de la manière la plus claire possible, avec l’aide d’un journaliste, Pierre Gaumeton, pour en rendre l’écriture vivante et accessible sans rien sacrifier au fond afin que le livre puisse être lu par le plus grand nombre de nos concitoyens, car c’est un sujet crucial qui nous concerne tous.

 

Pouvez-vous revenir sur la démarche que vous avez suivie pour enquêter et, en particulier, détailler les principaux obstacles que vous avez rencontrés ?


Nous sommes d’abord partis du matériau considérable que nous avions accumulé dans le cadre des commissions d’enquête parlementaires auxquelles nous avions pris part. Puis nous avons complété ces informations en allant rencontrer trente-huit témoins de différents horizons qui, de par leur expérience, pouvaient nous apporter leur éclairage sur les rouages de l’évasion fiscale. Cela va d’Eva Joly, ancienne juge et députée européenne écologiste, au commissaire européen de droite, Michel Barnier, en passant par l’ancien procureur, Éric de Montgolfier, des responsables d’organisations non gouvernementales (ONG), l’économiste Jean Gadrey ou les journalistes Antoine Peillon, Christian Chavagneux et Xavier Harel, également auteurs d’ouvrages éclairants sur le sujet. Enfin, nous avons complété l’ensemble par un entretien croisé avec Pierre Gaumeton pour essayer de résumer les principaux enjeux soulevés tout au long du livre. S’agissant des obstacles, je ne peux pas dire que nous ayons fait face à de réelles oppositions ouvertes, du fait notamment du sésame que constitue une mission parlementaire, mais nous avons tout de même pu sentir que le système était verrouillé à pas mal d’endroits.

 

Quels sont les principaux constats que vous avez souhaité porter à la connaissance du plus grand nombre ?


Je dirais qu’ils sont de trois ordres. Les chiffres d’abord : l’évasion fiscale représente un manque à gagner de 60 à 80 milliards d’euros par an pour le fisc français et ce montant s’élève à 1 000 milliards d’euros pour l’ensemble des vingt-huit pays de l’Union européenne. Cela montre bien que tous les pays sont touchés, et pas seulement la France. N’en déplaise à ceux qui ne cessent d’affirmer que notre système d’imposition serait étouffant… Ajoutons à cela qu’environ 8 % de la richesse mondiale serait située dans des places financières offshore, échappant ainsi à tout contrôle et toute emprise des systèmes fiscaux nationaux.


Le deuxième constat réside dans la grande intelligence qui est déployée dans l’ingénierie mise en œuvre pour organiser cette évasion à une échelle pratiquement industrielle. De nombreux professionnels se sont spécialisés dans l’organisation de ce qu’ils appellent pudiquement « l’optimisation fiscale » : banquiers, avocats fiscalistes, consultants, etc. Il faut bien comprendre que l’évasion fiscale est au cœur même du capitalisme libéral et n’est en rien un dysfonctionnement de celui-ci, comme l’affirment certains.


Enfin, le troisième grand constat, c’est la très grande connivence, pour ne pas dire plus, qui règne entre les responsables politiques au plus haut niveau et les acteurs du secteur financier qui organisent cette grande évasion. Cette forte proximité peut contribuer à expliquer la très grande passivité aux sommets de l’État pour lutter contre ce phénomène malgré les discours volontaristes. N’oublions pas que nos rapports parlementaires ont été adoptés à l’unanimité par les assemblées concernées.

 

Comme tu l’as rappelé, l’évasion fiscale représente un manque à gagner de 60 à 80 milliards d’euros pour l’État français, soit plus du double des recettes annuelles de l’impôt sur les sociétés. Comment les ONG et les chercheurs sur lesquels vous vous appuyez parviennent-ils à évaluer ces montants qui échappent par définition aux « radars » officiels ?


Ces chiffres sont tirés des travaux d’économistes, comme Gabriel Zucman [contacté par La Revue du projet, celui-ci a malheureusement dû décliner à regret notre proposition à contribuer à ce dossier en raison d’un agenda trop chargé] qui a mené une recherche très rigoureuse à l’échelle mondiale, ou d’ONG comme le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire) qui a mis au point sur ce sujet une expertise très sérieuse depuis une quinzaine d’années, portant surtout sur les pays développés. Il faut enfin ajouter les journalistes d’investigation et les lanceurs d’alerte qui permettent la divulgation d’informations cruciales ordinairement cachées. Néanmoins, tous ces acteurs appuient leurs estimations sur les données fournies par les institutions internationales telles que la Banque des règlements internationaux, le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale. Ils effectuent cependant un véritable travail de titans pour traiter ces dernières qui ne parlent pas d’elles-mêmes.

 

Au-delà des constats, vous formulez de très nombreuses propositions dans votre ouvrage – près de cent cinquante ! – pour tenter d’enrayer ce fléau. Lesquelles vous paraissent les plus cruciales et aussi les plus urgentes à mettre en œuvre ?


Il faut d’abord faire sauter le « verrou de Bercy », cette disposition réglementaire spécifique à la France qui fait que seul le ministère du Budget peut ester en justice contre un contribuable soupçonné de fraude fiscale. Il faut ensuite mettre en œuvre à l’échelle internationale le chantier de l’harmonisation fiscale. Nous assistons aujourd’hui, et jusqu’au cœur même de l’Union européenne, à un dumping sociofiscal qui consiste pour chacun des pays à baisser toujours plus les montants collectés auprès des firmes multinationales et des particuliers les plus fortunés afin d’attirer leurs capitaux sur leur territoire. Il faut à tout prix enrayer cette logique délétère et mettre en place une harmonisation vers le haut pour préserver nos modèles sociaux et les services publics. Nous proposons donc de mettre en place une Conférence des parties (COP) de la fiscalité et la finance mondiale sur le modèle de ce qu’on a réalisé sur le climat, car il s’agit là aussi d’un phénomène qui dépasse les frontières nationales. Enfin, nous proposons aussi de renforcer la transparence des informations concernant les pratiques des banques et des firmes transnationales en étendant la règle du reporting pays par pays instaurée pour les premières afin de savoir précisément quels sont le chiffre d’affaires, les bénéfices et le nombre de salariés que chacune réalise et emploie dans chacun des territoires où elle est implantée.


En un mot, il faut démocratiser ce sujet qui concerne l’ensemble des citoyens et que ces derniers puissent faire pression sur leurs dirigeants pour qu’ils passent vraiment à l’action.

 

Quelles réactions avez-vous rencontrées après la parution de votre ouvrage, notamment parmi vos confrères de l’Assemblée nationale et du Sénat ?


Nous avons eu très peu de réactions officielles du côté des institutions : pas un mot sur la question au sein de la commission des finances de l’Assemblée par exemple, pas un seul reportage de la Chaîne parlementaire (LCP Assemblée nationale et Public Sénat). En revanche, nous avons multiplié les rencontres-débats depuis la sortie du livre en septembre dernier et rencontré un écho très favorable du public partout où nous sommes passés. Nous avons senti que le sujet interpellait nos concitoyens qui manifestent un véritable engouement pour en savoir plus et pour faire en sorte que les choses changent en la matière.

 

*Éric Bocquet est sénateur (PCF) du Nord.


Propos recueillis par Igor Martinache.
La Revue du projet, n° 65, mars 2017

Il n’y a pas que la politique dans la vie, il n’y a pas de vie sans politique
Le silence d’un blog
 

 

« Chroniques Latines », c’est le titre du blog de Jean Ortiz dans l’Humanité, qui précise : « Les chroniques Latines de Jean Ortiz portent un regard loin des clichés sur les luttes de libération du continent sud-américains... Toujours un oeil vif sur l’Espagne et les enjeux sous-jacents du quotidien... ».

 

Ajoutons qu’avec Jean Ortiz, c’est toujours « l’humain d’abord » et c’est pourquoi, « à cause d’un diable de scanner qui a marqué un avant et un après », alors que sa grande carcasse lui envoie de sombres signaux dont ses amis avaient consigne de ne pas parler, il livre aujourd’hui une chronique singulière où le « moi » s’avance pour mieux se masquer derrière le « nous ». Et, au passage, derrière le Che que Jean Ortiz connaît mieux que personne.

Le Grand Soir

Mes amis s’inquiètent...

 

J’écris de moins en moins sur mon blog « humanite.fr ». Ce blog communiste était devenu un espace iconoclaste de colères, de passions, de propos et d’analyses décalés, voire d’intimités, de complicités militantes, de provocations jamais gratuites, de fidélité à une histoire, à des valeurs, celles de ma naissance et de mes classes militantes au pays de Jaurès (« qu’il » a, sans scrupules, tenté de « macroniser »), au pays des prolétaires du textile, de la sidérurgie, de la mine... La CGT, le PCF, l’Amérique « latine », mon père Enrique, la lutte des classes, l’école publique laïque, « l’ascenseur social », ont fait le reste. J’écris de moins en moins sur mon blog, soyons sincère, tout simplement à cause d’un diable de scanner qui a marqué un avant et un après. Sidérant. Un nom de code qui te glace.

 

L’ennemi s’est infiltré en toi.


Il voudrait te voiler le soleil, celui qui allume le courage, celui qui refuse de n’éclairer que lui. Il prétend t’encrasser la tronche, te filer le blues de la défaite. Il te confronte au flux incessant d’insomnies hantées de présents et de souvenirs difficiles. Mais il est des insomniaques qui guettent angoissés l’aurore afin de reprendre la marche, chaque jour plus claudicante. En vain ? Le sens du monde n’est-il pas dans cette marche, fût-elle incertaine ? La marche partagée, au rythme de chacun.

 

« L’ennemi interne » appelle un combat essentiel, contre toi-même. Il voudrait te laisser seulement la liberté, surveillée, de tourner autour de ton nombril devenu par trop nombrilique, alors qu’il reste tant de combats ensemble à mener, tant de barricades à dresser, tant d’horizons à conquérir.

Cet ennemi devient un autre toi, un double obstiné qui résiste à tout acharnement propulsif. N’est-ce pas précisément cet acharnement qui compte ? Qui vaut une vie ? Des combats peuvent être perdus : jamais l’éthique de la résistance quotidienne, l’esthétique de l’engagement total. Ces combats, qui peuvent te transcender, obligent parfois à un repli pudique. Alors, il faut essayer de lever le poing, encore plus haut, en sourdine.

Nous terminons en ce moment un livre sur Che Guevara, « guérillero héroïque » et grand malade. Il s’entraînait tous les jours à gravir le Popocatepetl, il n’y arrivait pas, mais recommençait le lendemain. L’ennemi te trahit lorsque tu grimpes, comme lorsque tu te lèves au cri (fatigué) de « No pasará ! ». Tu le reprends ce « No pasarán ! » des « rouges ». Mais au final, il passe, il passe, et rabougrit ton blog, l’oblige à devenir une sorte de blog médicalement autocentré.


Les « jours meilleurs » se muent désormais en chemin très pentu, très incertain, en jardin étroit. Si étroit qu’il doit, pour l’être, rester « privé » et accéder à l’universel. On naît d’ici et d’ailleurs. Lutter sur tous les fronts devient de plus en plus difficile... Alors tu t’accroches à la solitude nombreuse, nostalgique sans trop, à la roseraie, refuge ouvert, métissé. Les rosiers du père et des militants ouvriers du village comme perpétuelle boussole.

 

Au final, la bataille ne vaudra sans doute que de l’avoir menée. Mais elle vaudra. On ne s’efface vraiment que d’abdication, de reniement. Nulle souffrance n’use définitivement l’espoir, l’épopée, l’enthousiasme, si tu te relèves pour essayer d’inscrire tes pas dans la marche des humains, celle qui ré-enchante le monde. Mais l’écrire est une chose, et le vivre une autre. Etre révolutionnaire, c’est contribuer à faire de l’Humanité le moteur d’une vie. D’accord Elie, Roger. Mais la barre est haute. D’où le silence.

Tiens, il commence à faire soleil.

 

Jean ORTIZ
Lundi, 15 Mai, 2017

Photo Capitan Antonio Nunez/AFP

URL de cet article 31888 

Pour les médias chez le Macron tout est bon, l’ode au libéralisme.

Comment en sommes-nous arrivés là ?…

 

16 Mai 2017

 

Comment la France politoco-médiatique en est-elle arrivée à cette exaltation du libéralisme?

 

Un orgasme généralisé paraît exploser sur les chaînes de télévision devant le Macron et comme chez le Macron tout est bon, nous avons son premier ministre qui bénéficie de cette folle exaltation médiatique. Il nous avait déjà produit une troupe de perdreaux de l’année qui ont fait leurs armes dans la COM, les starts up, les associations patronales et des collectivités locales, un déficit manifeste d’ouvriers et d’employés, un troupeau de moutons à lui seul chez Macron tout est bon, y compris le bonapartisme parlementaire. Étrange à quel point le « mouvement » par rapport au parti renforce la dépendance si besoin était, après l’épisode frondeurs, la parade clientélisme est là… voici le premier ministre. Proche de Juppé mais aussi cadre organisateur de l’UMP, maire du Havre.

 

Le bon côté de l’affaire c’est la tête des militants Républicains de la Seine Maritime qui voient leur leader entre lard et cochon, mais chez le macron tout est bon. Mais le commun dénominateur de tous ces gens c’est le pantouflage et lui est un ancien directeur des Affaires publiques du groupe Areva, qui fournit l’industrie nucléaire française en relation avec la Françafrique (et énarque). Tu parles d’un nouveau, un homme dont on a l’impression qu’il est l’ultime rejeton des réseaux Foccart et des manœuvres pour passer du RPR gaulliste à l’UMP son contraire. L’attaque de la droite est déjà entamée et sous l’égide de l’UE et du patronat, il s’agit de démanteler sous prétexte de faire « jeune » ce qui reste du gaullisme. ce qu’on appelle le gaullisme c’est ce bref épisode où est applique le programme du CNR avec la présence des communistes, ce qu’on appelle l’Etat providence, la sécurité sociale et tout le reste… Ce qui reste de cet épisode c’est la volonté d’indépendance et celle qui va avec de planifier, de détenir les leviers de l’économie y compris par les nationalisations… le passage du RPR à l’UMP consacre sa fin et c’est cet homme qui en est la cheville ouvrière.

 

Le temps des Daniel Blake…

 

En attendant dans la liesse générale, on s’attaque aux retraités des couches moyennes, les vieux tous à l’asile des pauvres, les vieux c’est moche alors que le jeune est tellement à la mode qu’être vieux devient une insulte, un argument… dans le même temps où l’on supprime les remboursements ou les soins deviennent de plus en plus coûteux on augmente leurs impôts … Et on lève le poids des « charges sur les monopoles… Mais chez le Macron tout est bon, c’est l’ode au libéralisme la dénonciation de l’Etat totalitaire, de sa bureaucratie au coût prohibitif et l’exaltation de la bureaucratie du secteur privé, la fin de la fonction publique, la précarité et l’art de convaincre les ouvriers, les employés qu’ils ne sont bon à rien qu’à voter Le Pen ou s’abstenir faute d’un PCF. Mais chez le président Macron tout est bon, il ouvre les portes du pillage de l’Etat à une bande de petits notables locaux dont tout nous dit qu’ils viennent là pour leurs intérêts et de gros prédateurs issus du patronat plus ou moins directement.

 

Pendant ce temps-là des ouvriers désespérés à qui l’on répond que c’est la loi du marché et que rien ne doit l’entraver, qu’ils doivent « se former », menacent de faire sauter leur usine. Nous sommes déjà dans le film de Ken Loach : moi

 

 

Daniel Blake…

 

 

Le pire c’est la situation de la gauche et du parti communiste

 

La situation est d’autant plus stupéfiante que cette « adhésion » quasiment contre nature s’est faite avec un quart des voix des Français et un nombre jamais connu d’abstentions de votes blancs et nuls, plus le vieux piège mitterrandien faire monter le FN dont les trois quart des français ne veulent pas pour assurer la victoire du dit quart.

 

Que dire sinon que ces gens s’entendent, mais que cette opération n’est pas un signe de santé mais bien le pourrissement de la démocratie telle que la conçoit la Ve République, l’UE et le capitalisme à son stade sénile… le seul problème je ne cesserai de le dire est l’état de la gauche, l’espèce d’exaltation parallèle d’un Jean-Luc Mélenchon et de ses « insoumis », son côté terminator des partis qui accompagne au nom de la modernité cet élan libéral, on a vu ça avec la Grèce, c’est à l’œuvre chez Podemos, ce n’est pas la première fois que le gauchisme précède le libéralisme… Je le dis sans la moindre haine pour Mélenchon ses insoumis, mais qui a vécu mai 68, son anticommunisme de gauche, sa dénonciation de l’Etat et sa volonté d’être sans entrave sait un peu ce que je veux dire. Oui Mélenchon, il ne le nie pas est l’héritier de Mitterrand et il faut mesurer le rôle joué par ce dernier. On ne peut pas reprocher à Mélenchon d’user de moyens modernes de communication, c’est un faux procès pour le comparer à Macron. Mais en revanche là où l’identification est réelle c’est dans l’idée d’un mouvement destructeur des partis qui de ce fait livre au moment électoral une masse de gens de bonne foi à un petit groupe qui se croit tout permis en matière de lutte des places. Les grandes erreurs de Mélenchon tiennent sans doute à cet entourage et au fait que ce type de leader est toujours prisonnier de l’air du temps. Ses grandes erreurs c’est d’avoir pris de haut les militants communistes, d’avoir prétendu trier entre eux, d’avoir lâché du lest en fin de campagne sur l’Europe et sur l’Amérique latine. Là la comparaison entre lui et Macron est en sa défaveur parce que Macron est solidement arrimé à une dimension de classe celle du capital et lui flotte dans les errances faute d’un arrimage dans la classe ouvrière et les couches populaires.

 

Retourner à l’histoire et ce qui a engendré la situation.


 

Ma cataracte opérable au début juillet, à notre retour de Russie, m’interdit de rester devant l’ordinateur, en revanche je peux lire. Je vous recommande un livre très intéressant Les intellectuels contre la gauche de Michaël Scott Chritofferson, paru chez Agone. Très édifiant non seulement sur le gauchisme qui introduit le libéralisme mais sur le rôle joué par les dirigeants communistes eux-mêmes.

 

En effet ce livre s’interroge sur la manière dont la France est passée de bastion intellectuel et politique de la résistance à l’américanisme et au libéralisme au pays le plus réactionnaire dans ce domaine, l’épisode Macron ne serait que le stade ultime de cette dérive. Le livre montre comment alors que tous les chercheurs en particulier anglo-saxons avaient abandonné dans le monde le concept de totalitarisme qui créait une fausse identité entre nazisme et union soviétique, la quasi totalité des chercheurs insistant sur la non identité même sous Staline, pourquoi la France qui avait été longtemps le lieu de la Résistance à la propagande antisoviétique a-t-elle été la proie de ces idéologues antitotalitaires, en fait anticommunistes ? Tout commence avec Furet et la révision du jacobinisme… Mais la France résiste au libéralisme, car cela fait partie de son histoire, de Colbert à Bonaparte, en passant par Jules Ferry et les radicaux puis les communistes, elle est étatiste et ses intellectuels ont des liens étroits avec les grands commis de l’Etat… Mais Michaël Scott Chritofferson nous montre comment ici (comme aux Etats-Unis où ce sont souvent des gauchistes tendance libertaire, voir trotskistes anti-Etat qui passent à la Révolution conservatrice, et on sait désormais avec l’ouverture des archives déclassifiées de la CIA à quel point l’affaire a été suivie par la CIA, encouragée y compris sur le plan financier.

 

« l’antitotalitarisme français répond à des considérations de stricte politique intérieure (i.e. la crainte de voir le PCF accéder au pouvoir avec le PS). Mitterrand essaie, depuis 1972, de maintenir un équilibre entre le PCF et les tentatives de recentrement du mouvement socialiste. Parallèlement, le champ intellectuel a dû faire face à la quasi-disparition du gauchisme au début des années 1970. Le courant antitotalitaire (au sein duquel la revue Esprit et le Nouvel Observateur jouent un rôle moteur) critique l’Union de la Gauche et tentent de faire avancer les idées réchappées du naufrage gauchiste (autogestion et démocratie directe principalement). Globalement, l’antitotalitarisme s’impose en antienne destinée à cadrer la gauche et à surveiller (sinon à détruire) l’alliance entre communistes et socialistes. Le livre de Jean-François Revel, La tentation totalitaire, paru en 1976, constitue le modèle caricatural de cette stratégie : souhaitant voir triompher la social-démocratie, il invalide toutes les autres solutions politiques. Le stalinisme serait, selon lui, déjà présent dans l’argumentaire politique du PS en raison de sa subordination au PCF.» (1)

 

L’épisode mitterrandien et l’après… à étudier en profondeur..

 

L’affaire se déroule donc en différentes étapes, empêcher que grâce à l’union de la gauche avec le poids du PCF les communistes parviennent au pouvoir. On sait que l’accord était en train de se conclure avec la vieille SFIO, c’est alors qu’il y a eu l’opération d’Epinay, la prise en main du vieux parti par Mitterrand et ses alliés « gauchistes du CERES, l’union se poursuit mais avec le but affirmé de Mitterrand de réduire le PCF et la promesse faite aux Etats-Unis de cet unique but, le passage au libéralisme, les fausses nationalisations qui transforment les fleurons de l’industrie fançaise en monopoles financiers de plus en plus imbriqués avec l’Europe et les Etats-Unis, les destructurations industrielles. Ce n’est pas n’importe quelle gauche qui avec Mitterrand est venue au pouvoir c’est celle que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui dans sa double dimension atlantiste, européenne, anticommuniste d’abord sous couvert d’antitotalitarisme, d’un côté Macron et de l’autre malheureusement Mélenchon, pas tellement lui qui a des liens avec la gauche sud-américaine et qui témoigne d’un certain courage au plan international mais son entourage et l’opération France insoumise…

 

Le PCF va lutter avec Marchais comme il le peut, puis avec la chute de l’URSS c’est la débâcle, et les dirigeants successifs du PCF vont avoir à cœur d’accompagner le mouvement antitotalitaire y compris par le refus des nationalisations, le reniement de leur passé. Le livre s’arrête en 1981, mais il est possible de poursuivre la démonstration et je crois que le prochain congrès devrait s’y atteler. Parce que si on assiste à une résistance, déjà travaillée de l’intérieur par tous les « refondateurs » et autres reconstructeurs, le passage à Robert Hue va être celui d’une débâcle.. Pas une organisation de base, proche des exploités et des gens modestes ne sera maintenue tout cela sur le thème d’une « participation citoyenne » et d’une « mutation » plus proche des « gens »… la logique du ralliement aux insoumis et à Macron est déjà là… les intellectuels qui seront flattés, qui auront leur présence dans l’humanité, voir dans les récents lundi seront ceux de la social démocratie, tous plus antitotalitaires que faire ce peut… Au point que ce que propose Melenchon apparait effectivement comme une tentative d’émancipation par rapport à cet alignement politique mais aussi idéologique.

 

.

Ce qui explique cette propagande à prétention philosophique et en fait à seul usage politique interne, c’est tout simplement le fait que le Parti communiste va non seulement laisser faire mais en partit favoriser cette opération réactionnaire… Et quand l’on considère les trois derniers on se demande effectivement comment le PCF aurait pu résister à ces assauts de l’intérieur comme de l’extérieur…

 

Nous voici en proie aux macronades : ou comment un pays dont toutes les traditions mènent au jacobinisme se retrouve-t-il avec à sa tête un espèce de produit terminal d’une évolution qui a débuté avec les nouveaux philosophes et la mise en coupe réglée du service public par l’alternative droite et gauche qui finit par ne plus en être une. Et un PCF complètement décérébré.

 

C’est pour cela que je propose une rééducation généralisée des militants à commencer par la lecture de ce livre passionnant traduit de l’anglais et publié chez Agone. Il ne s’agit pas seulement du parti communiste qui est aujourd’hui proche du coma mais bien du présent français tel que l’histoire sur le long terme autant qu’immédiate l’engendre face aux méfaits du libéralisme et la manière dont il engendre les maux qu’il prétend guérir.

 

Danielle Bleitrach


(1) Michael-Scott Christofferson, Les intellectuels contre la gauche. L’idéologie antitotalitaire en France (1968-1981) par Jérome Lamy, les Cahiers d’histoire
https://chrhc.revues.org/2328

Pendant que se prépare le 3ème tour

 

Publié le 16 Mai 2017
Modeste tentative d'aide
pour redevenir lucide
 
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Macron rempart contre le fascisme ? Ceux qui ont pensé qu'il était un rempart auraient dû relire ou découvrir quelques auteurs qui en matière de fascisme avaient de l'expertise et surtout ne pas s'abriter derrière leur aura sans les avoir lus .
 
Gramsci ; tout le monde en parle, combien l'ont lu ? Mais aussi Dimitrov, on lui doit en 1938 cette claire définition :
 
"Le fascisme, ce n'est pas un pouvoir au-dessus des classes, ni le pouvoir de la petite bourgeoisie ou des éléments déclassées du prolétariat sur le capital financier. Le fascisme, c'est le pouvoir du capital financier lui-même. C'est l'organisation de la répression terroriste contre la classe ouvrière et la partie révolutionnaire de la paysannerie et des intellectuels.

Le fascisme en politique extérieure, c'est le chauvinisme sous sa forme la plus grossière, cultivant une haine bestiale contre les autres peuples".
 
A méditer : Macron est-il ou pas le VRP du capital financier ?
 
Choisir entre le capital financier qui arme et use du fascisme ou le bras armé du capital financier, c'est toujours choisir le fascisme ET le capital financier.
 
Pour ceux qui dans ce débat ont un jour caressé l'idée d'une société socialiste d'un projet communiste faut-il rappeler que tous les ludions qui font la une depuis quelques semaines sont au service d'un "machin" qu'ils ont décidé d'oublier ou d'habiller de défroques présentables et qui s'appelle le ca-pi-tal, lequel ne vit et se développe que par l'exploitation de ceux à qui il vient d'extorquer pour cela un terrible consentement au nom de la peur du pire.
 
La citation de Pierre Dac publiée ici le 15 mai au soir derière sa provocante loufoquerie n'était pas faite que pour meubler entre deux plateaux TV :         
 
«C'est par peur de la trouille que le monde est dans la crainte du pire», 
 
Pour se maintenir, le capital a besoin d'une société qui vive dans la crainte du pire.
 
A l'aune de ce qui précède, et pour reprendre le titre d'un ouvrage de W. Rochet dans les années 70, "Qu'est-ce qu'un révolutionnaire dans la France de notre temps" ?.
 
Prétendre intervenir dans l'affrontement politique pour autre chose que cela sert la soupe à ceux qu'il faut combattre; et il y a un paquet de cuistot pour préparer le potage.
 
Rédigé par Canaille Lerouge

14 mai 2017, pensée du jour liée à ce qu'est ce jour

 

Publié le 14 Mai 2017

Pour prendre date

14 mai 2017, pensée du jour liée à ce qu'est ce jour

Laisser promouvoir jusqu'à élire le représentant de la cause pour traiter le problème, le faire en repoussant un pire permettant ainsi de dédouaner la cause, n'est pas une preuve de lucidité collective.

 

Cela dit on mesure ainsi le travail à accomplir pour de vraies solutions... et l'urgence de les mettre en oeuvre.

 

On ne pourra pas toujours frôler le précipice ; autant changer de route.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Mais quelle est donc la contradiction principale ? (III)

 

 

Version revue et complétée le 6 Mai 2017....

 

, par  Jean-Claude Delaunay

pdf 

 

La première contribution transmise par Jean-Claude Delaunay nous a été proposée le 13 avril. Nous avions prévu après échange de la publier en deux parties compte tenu de sa longueur, avec un article (Quel avenir pour le parti communiste ?) pour ouvrir un débat indispensable au défi auquel les communistes sont confrontés. Nos échanges ont conduit Jean-Claude a proposer cette version révisée entre les deux tours des présidentielles, version en trois parties que nous republions donc sous cette forme.

 

Mais quelle est donc la contradiction principale

 

Troisième partie : Contradiction économique principale, rapports des forces politiques, nature du Front national, positions de la gauche radicale relativement à la nation et à la mondialisation

 

Les sondages actuellement réalisés donnent une certaine image du rapport politique des forces en France [1].
 
Avec un taux d’abstention grossièrement estimé à 30%, le nombre des personnes se déclarant immédiatement favorables à la destruction du capitalisme représenterait environ 2% des intentions de vote. Les partisans de l’Union européenne et de la Mondialisation capitaliste seraient, en revanche, majoritaires. Je vais appeler ce sous-ensemble le GROUPE 1. Il représente 52 % si l’on totalise les intentions de vote exprimées en faveur de Fillon, Hamon et Macron [2].
 
Quant au nombre de ceux que l’on peut considérer comme étant à la fois des opposants à la mondialisation capitaliste, à l’Union européenne ainsi que des partisans de l’intérêt national (le GROUPE 2), il atteindrait environ 44 %. (Asselineau, Dupont-Aignant, Le Pen, Mélanchon).
 
En bref, la contradiction principale tendrait aujourd’hui, parmi les individus décidés à voter, à fonctionner en faveur du grand capital financier, de l’Europe capitaliste et de la mondialisation capitaliste plus qu’en faveur des intérêts nationaux.
 
Une autre remarque s’impose. L’ensemble de ceux qui s’opposent à la mondialisation capitaliste (le GROUPE 2) est fracturé. Il comprend d’un côté une personnalité qui est supposée incarner les valeurs de la gauche (Mélanchon). Il comprend de l’autre côté, des personnalités et des partis qui incarnent les valeurs de la droite, voire, disent certains, de l’extrême-droite.
 
Il est clair, même avec toutes les précautions nécessaires, que la situation n’est pas favorable aux salariés, au sens où le souhaitent notamment les communistes. Comment interpréter ces chiffres de manière plus fine ? Quelle action stratégique est envisageable, dans ce contexte ?
 
Je vais développer mon argumentation en 3 points.
 
Dans le premier, je vais indiquer brièvement ce qui fait, selon moi, l’unité du GROUPE 1 et qu’elle sera la stratégie du GROUPE1 pour gagner ces élections. Plus exactement, je crois que les composantes de ce groupe sont plus « unies » que les composantes du GROUPE 2, et que, cherchant à tirer avantage de leur plus forte cohésion, elles chercheront à puiser dans le GROUPE 2 les forces dont elles auront besoin pour triompher. Je rappelle que les membres du GROUPE 1 sont définis selon moi par leur adhésion à la mondialisation capitaliste alors que les membres du GROUPE 2 sont plutôt rattachés à la défense des intérêts nationaux.
 
Dans ce deuxième groupe, puisque la rupture s’opère à son niveau avec les autres composantes du Groupe 2, je vais me demander quelle est la nature de Front national ? S’agit-il d’un parti fasciste ? S’agit-il d’un parti d’un autre type et, si oui, lequel ? Ce parti entendra-t-il les appels que lui lanceront les membres du Groupe 1 ? Ou la guerre sera-t-elle déclarée ?
 
Dans le troisième, je m’interrogerai plus brièvement sur les raisons pour lesquelles l’autre fraction du Groupe 2 a tant de mal à développer sa propre approche de la nation et sera sans doute sensible aux appels que lanceront les membres du GROUPE 1.
 
1) Premier point. Je dirai d’abord quelques mots des partis du GROUPE 1, de leur rapport à la mondialisation capitaliste, et dans ce cadre, des partis de l’alternance : Les Républicains et le Parti Socialiste.
 
Je crois que l’interprétation de ce groupe, de sa fonction historique, de son devenir immédiat, est sans mystère. On perçoit bien aujourd’hui comment les problèmes vont se poser à défaut de connaître quels seront les résultats obtenus.
 
Comme chacun le sait, ces partis ont occupé tour à tour la scène politique depuis les années 1980 et ont été d’accord pour entrer dans la grande mondialisation comme dans la petite mondialisation. C’est à juste titre que le Front national les a globalement appelés : l’UMPS. Leurs relations ont l’apparence de l’inimitié. C’est pourquoi ils peuvent jouer à l’alternance. Mais ils sont amis sur l’essentiel, c’est-à-dire le capitalisme financier mondialisé.
 
La droite parlementaire, qui fut d’abord gaulliste, se sépara du gaullisme au cours des années 1970 puis se familiarisa avec la Mondialisation capitaliste et l’Union européenne, aidée en cela par le Parti socialiste.
 
Tout cela est bien connu. Le Parti socialiste, en tant que loyal serviteur du capitalisme depuis Léon Blum, ne dérogea pas, lorsqu’il accéda au pouvoir et qu’il y porta le Programme commun de gouvernement, à sa tradition de collaboration de classes. Il apprit progressivement, mais encore assez rapidement, à marcher avec et dans les chaussons de ce système capitaliste renouvelé au fur et à mesure de sa globalisation. Il est dès lors devenu incapable de satisfaire la moindre revendication ouvrière au plan national. Sa stratégie de pompage des voix communistes, pour aller au pouvoir tout en satisfaisant quelques revendications de portée immédiate, perdit de son efficacité au fur et à mesure que le capitalisme devenait à la fois financier et mondialisé. En effet, la mondialisation capitaliste a mis fin à toute action de relance de la consommation intérieure par l’intermédiaire du budget. Les classes populaires, comprenant qu’elles concluaient avec le PS un marché de dupe, se sont retirées de la vie politique [3].
 
La droite parlementaire et le Parti socialiste ont alors perdu tout contact, autre qu’électoral, avec la Nation. Ainsi que l’aurait peut-être dit Hébert le gauchiste de la Révolution française, ces partis, foutre, de patrie n’en n’ont point. Ils portent l’un et l’autre, avec leurs particularités, cela va de soi, mais néanmoins ensemble, la responsabilité de la crise actuelle, qui est à la fois crise de la mondialisation capitaliste, crise de l’Europe capitaliste liée à la mondialisation, et finalement, crise de la France et de chaque nation (ou de chaque Etat) en particulier.
 
Il est dès lors très possible qu’ils soient éliminés du premier tour de l’élection présidentielle. Mais comme on peut le comprendre aisément, ils disposent d’un cheval de réserve, le cheval Macron. Ce dernier est au Sourire ce que Jean Lecanuet était à la Brosse à dents. Au plan politique, c’est apparemment une pure création. Fonctionnant comme un Monsieur Ouine de la politique, il séduit, oui, oui (pardon, non, non).
 
Comme je l’ai indiqué supra, mon hypothèse est que la mondialisation capitaliste produit un salariat et une bureaucratie spécifiques qui divisent suffisamment l’ensemble salarial pour que ce candidat réserviste puisse bénéficier du soutien de celles et de ceux des salariés que la mondialisation capitaliste abreuve et nourrit. Il pourrait donc se présenter, de façon immédiate, comme « un candidat de secours et de sécurité » pour les deux partis classiques de l’alternance, dans l’hypothèse où Marine Le Pen, ou tout autre candidat hostile à la mondialisation capitaliste, risquerait d’accéder à la présidence. Cela dit, pour gagner, il lui faut plus de voix que celles correspondant à ses supports sociologiques naturels.
 
 
Comme je l’ai noté en introduction de ce point, alors que le sous-ensemble (GROUPE 1) constitué de la droite parlementaire, de la social-démocratie, ainsi que de la roue de secours macronienne, est, malgré ses différences, doté d’une certaine unité sur le fond, le sous-ensemble adverse (GROUPE 2), composé du Front national, des autres candidats souverainistes, du mouvements social de « la France insoumise », des candidats trotskistes et autres, est formé de morceaux actuellement inconciliables. Le Front national est, en effet, tenu pour incompatible avec à peu près tous les autres.
 
Je crois que le sentiment de rejet du Front national est diffus, assez général, et suffisamment fort pour que, dans l’hypothèse d’un duel Macron/Le Pen au second tour, les partisans de la mondialisation capitaliste (GROUPE 1), envisagent donc de solliciter une partie des partisans du GROUPE 2 de voter en faveur de leur candidat mondialiste, Macron. C’est ce que disent les sondages et cela ne semble pas stupide. Cela devrait être effectué, évidemment, «  au nom des valeurs supérieures de la République ». C’est leur stratégie, à peu près clairement énoncée. Le rejet du Front national recule petit à petit. Mais le sentiment de sourde hostilité à l’égard de cette formation ne serait aujourd’hui pas assez en recul pour que sa victoire soit assurée. Les partisans du Groupe 1 vont donc chercher à puiser dans le Groupe 2, en raison de la division idéologique qui le traverse, les compléments de voix dont il a besoin pour triompher.
 
Personnellement, je n’arrive pas à considérer que la victoire de Macron, ainsi que de toutes les bestioles que cache ce galet, puisse être considérée comme une victoire de la République. Si telle était l’issue de cette présidentielle, j’envisage que la France entrerait au contraire dans une période de difficultés croissantes et ne soignerait aucune de ses plaies. Les travailleurs n’y trouveraient certainement pas leur compte. Il faut donc réexaminer « le cas Le Pen ». Pourquoi ce parti provoque-t-il un si grand rejet ? Est-ce un parti fasciste, fût-ce « à la française » ? Je ressens pour ma part le besoin de voir « les choses » de plus près [4].
 
2 Deuxième point. Le « Front national » est-il un parti de type fasciste ? Si ce n’est pas un parti de type fasciste, quelle est la nature de ce parti ? Que signifie sa défense de l’intérêt national ?
 
a) Le Front national, parti de type fasciste ?
 
Un spectre hante aujourd’hui la vie politique française, le spectre du lepénisme. Il existe de nombreuses analyses (ce sont bien souvent des jugements plus que des analyses) du phénomène Front national. J’en évoque quelques-unes, sans donner de références.
 
L’une d’elles consiste à dire que le Front national n’existe qu’en raison de la nullité des dirigeants communistes. Si ces derniers étaient des dirigeants dignes de ce nom, le Front n’atteindrait pas l’audience qu’il a atteinte. Ce parti serait surtout le plein qui remplit le vide du Parti communiste. Il n’aurait pas de consistance intrinsèque.
 
Une autre analyse consiste à dire que le Front national ne serait rien sans la bourgeoisie dirigeante. Il n’y aurait, entre ces deux entités qu’une opposition de façade. Ce parti ne devrait accéder au pouvoir que si cette dernière le permettait, le moment venu. Ce serait, en quelque sorte, le bras armé de la grande bourgeoisie. Cette dernière le cacherait sous son manteau.
 
De façon complémentaire existe l’idée que le Front national n’a pas l’intention de mettre en œuvre ce qu’il préconise. S’il accédait au pouvoir, il y aurait beaucoup de bruit sur la nécessité de ne servir que des côtes de porc dans les cantines scolaires, et quelques gadgets de ce genre. Mais ce serait à peu près tout.
 
On trouve, par exemple, l’argument selon lequel la preuve de l’inconsistance et du peu de volonté du Front national de lutter contre l’Union européenne tiendrait au caractère inapplicable des mesures par lui préconisées sur ce sujet. Pour être bien certain de ne rien faire en ce domaine, le Front national s’engagerait à faire l’impossible. Et ainsi de suite. Mais s’il n’envisage pas de mettre en œuvre ce qu’il préconise, cela signifie qu’il aurait d’autres intentions, celles-ci pouvant être dangereuses.
 
De manière générale et dispersée, cette organisation est désignée comme étant souverainiste, nationaliste, isolationniste, raciste, islamophobe. Les plus extrêmes de ses détracteurs la définissent comme une organisation fasciste, ou fascisante.
 
Ce qui est étrange est que, si l’on souhaite définir ce parti autrement que de manière journalistique, on a le sentiment d’avoir d’abord à le défendre avant même d’en commencer l’analyse. Toutefois, au moment où on le défend (en regardant de près son programme, par exemple), on est confronté à tout un ensemble de pratiques « musclées », de la part des nazillons qui se planquent sous son drapeau. Je prends donc beaucoup de risque en disant qu’à mon avis, le Front national n’est pas, aujourd’hui, un parti fasciste ou de type fasciste.
 
Le Front national en a sans doute eu l’inspiration et son Fondateur a contribué à cette image. Il est encore chargé, dans ses troupes et son encadrement, au moins à la base, d’un lourd anticommunisme, prêt à la violence. Mais dans le moment présent, on peut noter plusieurs caractéristiques le différenciant des partis fascistes. A ma connaissance :
 
1) C’est un parti déclaré, fonctionnant au même titre que les autres partis et respectant autant que les autres partis les règles républicaines.
 
2) Ce parti ne s’entoure pas d’une voyoucratie et de gangsters visant à terroriser les populations réticentes à son égard. Des groupuscules de ce type chercheraient bien à s’y infiltrer, mais ils en ont été exclus.
 
3) Ce parti recueille la haine de la grande bourgeoisie mondialiste et de ses alliés sociaux-démocrates. Ordinairement, les partis nazis et fascistes ont fonctionné comme des alliés en dernière instance de la grande bourgeoisie industrielle et de l’aristocratie terrienne.
 
On peut également noter que :
 
4) le Front national ne témoigne pas (à ma connaissance) d’hostilité de principe ouverte à l’égard du syndicalisme, malgré des comportements observés, notamment dans les municipalités, à l’encontre des bourses du travail et des associations de travailleurs.
 
5) C’est un parti qui a pris ses distances avec son fondateur, Jean Marie Le Pen, dont l’inspiration était différente de celle de ses dirigeants actuels (complaisance avec la mémoire du régime de Vichy, de Pétain, de Xavier Vallat, de l’avocat Tixier-Vignancourt, propos ouvertement racistes et/ou xénophobes, provocations manquant de dignité (et fortement stupides) de la part de JMLP, etc.).
 
Ma conclusion, sur ce point, est que le Front national, malgré des comportements graves, témoignant que les traces de son origine sont encore fortes, n’est pas un parti fasciste ou d’extrême-droite. Mon raisonnement se fonde sur l’importance primordiale des facteurs économiques. Si la rupture entre les intérêts des couches sociales représentées par le Front national, et celles de la mondialisation, se précise et s’affirme, le Front national devra continuer à faire son ménage interne. Les nazillons n’ont de rôle dans ce parti que si celui-ci fonctionne principalement comme supplétif de la grande bourgeoisie d’affaires. Or cette grande bourgeoisie d’affaires ne peut plus tolérer les petits capitalistes, pas plus que la gestion socialiste de l’économie ne peut tolérer « les petites revendications ». Telle est, en tout cas, de manière que je souhaite claire, l’hypothèse sur laquelle je m’appuie. Je sais que c’est discutable.
 
Cela l’est d’autant plus que, dans le moment présent, les nazillons existent encore. Certains ont été mis au pas, ou exclus. Mais d’autres survivent au sein de cette organisation. L’anticommunisme musclé y fait encore recette.
 
C’est sur la base de ces faits observables qu’un ensemble de personnalités politiques, intellectuellement dépourvues du moindre scrupule et de la moindre honnêteté publique, interviennent pour aspirer les voix du GROUPE 2 et les recycler à l’avantage de la grande bourgeoisie d’affaires. Elles souhaitent ainsi brouiller les pistes et masquer leurs défaillances à l’aide de nobles intentions, celle en particulier de « lutter contre le fascisme ». Elles ont donc besoin de caractériser le Front national comme elles le font.
 
Toutefois, et indépendamment des faits observables que l’on doit réprouver et combattre dans ce parti, on note que son audience augmente. Si le Front national était un parti fasciste, alors, la France serait devenue en grande partie fasciste ? Les électeurs du Front national seraient des fascistes réels et potentiels ? Quels éléments intellectuels retiennent leur attention ? Je pense que nous devons être plus exacts dans notre analyse de ce parti. J’espère, ne minimiser ni l’anticommunisme virulent de certains de ses membres, ni l’hostilité profonde qu’ils entretiennent à l’égard de la CGT.
 
En même temps, les récents hurlements « au loup » de Manuel Valls, de Gérard Colomb, ou de Bertrand Delanoë, sont du théâtre. Or les accusations de fascisme prononcées contre ce parti ne peuvent produire qu’un effet contraire au but recherché si elles ne sont pas fondées ou si elles sont mal fondées. Le Front national a acquis et d’une certaine manière conquis une réelle hégémonie dans les milieux ruraux et populaires. Sur quelles bases ? Sur celles du mensonge permanent ? Sur les bases du « cassage de gueule des communistes » ?
 
Certains communistes ont développé l’argument selon lequel les cris proférés à l’encontre du FN étaient injustifiés parce que, disent-ils, « le Front national est simplement un épouvantail ». J’imagine qu’il est ainsi fait allusion aux socialistes.
 
Mais peut-on suivre cette argumentation ? Certes, les socialistes sont des menteurs et des moins que rien. Toutefois, lorsque le Front national développe l’idéologie qui est la sienne, est-ce seulement pour la raison que le Parti communiste serait absent de la scène politique ? Que les socialistes auraient besoin d’un épouvantail pour perdurer ? Ce parti n’aurait-il pas ses propres raisons d’exister ? Son propre mouvement interne ?
 
Je crains que la facilité consistant à caractériser ce parti comme parti fasciste ou d’extrême droite ait eu un triple effet et qu’il ait conduit simultanément 
 
1) à ne pas bien comprendre la nature intime de ce parti,
 
2) à négliger, pour la raison que ce parti serait un parti fasciste, certains des points sur lesquels il attire l’attention (en particulier, le rôle et l’importance du combat national),
 
3) à fournir « une bonne excuse » aux manquements théoriques, sur la question de la nation aujourd’hui, de la part des organisations ayant une ambition révolutionnaire. Ces manquements théoriques doivent être à leur tour expliqués. Certains communistes s’y emploient, en particulier le PRCF, la Polex. Mais je crois que leur préoccupation est quasiment inaudible.
 
Au total, à mon avis, quand on aborde l’analyse du Front national sous un angle du vue communiste, on aborde plusieurs questions : 1) Quelle est la nature exacte du FN et pourquoi s’est-il emparé de « la question nationale » ? 2) Pourquoi, inversement, le mouvement révolutionnaire est-il, dans sa masse, imperméable à cette question ?
 
b) Puisque le Front national n’est pas (selon moi) un parti de type fasciste, qu’est-ce donc que le Front national ? 
 
Voici d’abord ma réponse que je vais ensuite argumenter.
 
Ma réponse. Le Front national est un parti idéologiquement situé « à droite ». C’est, dans la droite française, un parti qui matérialise et incarne certains aspects, certaines valeurs particulières. La plus importante de ces valeurs, au plan économico-politique, est aujourd’hui la défense de la nation contre les agressions de la mondialisation capitaliste.
 
L’argumentation. René Rémond a produit sur l’histoire de la droite française depuis 1815 une analyse que l’on peut considérer non seulement comme ayant été brillante en son temps mais comme toujours actuelle. Chacun le sait, cet historien distinguait trois branches dans la droite française :
 
1) Une branche légitimiste, dont le Général de Gaulle fut, selon lui, l’héritier contemporain. Je crois que son propos était juste. On peut dire que « la droite légitimiste » s’est évaporée au fur et à mesure que s’imposait la mondialisation capitaliste. Elle est peut-être incarnée aujourd’hui par les candidats Asselineau et Dupont-Aignant.
 
2) Une branche orléaniste qui, avec ses grandes entreprises, ses affairistes et ses parvenus, s’est au contraire moulée dans le processus de la mondialisation. Valéry Giscard d’Estaing en est un représentant typique, comme l’illustre sa contribution éminente au projet constitutionnel européen de 2005 et son goût raffiné pour les diamants africains. Mais le Président Sarkozy s’est révélé n’être pas moins typiquement orléaniste et raffiné que Giscard d’Estaing.
 
3) Une branche bonapartiste, ayant retenu des Bonaparte, et notamment du 3ème, le souci de « la lutte contre le paupérisme », le recours au suffrage universel, l’utilisation de l’Etat dans l’économie. Le Front national actuel paraît être l’héritier à peu près typique de cette branche de la droite.
 
Cela étant dit, on doit noter un certain nombre d’évolutions remarquables par rapport à l’époque qu’étudiait cet historien. La plus importante de toutes est que son histoire de la droite française fut écrite alors que le cadre national classique était encore valide. Le général de Gaulle fut à la fois le dernier des légitimistes et le dernier des défenseurs de l’intérêt national dans le cadre de cette lignée. Aujourd’hui, la vie politique française prend place dans le contexte plus large de la mondialisation capitaliste. Il en résulte au moins 3 évolutions.
 
1) L’évolution la plus évidente, par rapport à l’étude d’histoire longue de René Rémond, semble être que l’orléanisme français ait réussi à s’adjoindre la social-démocratie. Les raisons me paraissent claires. Je me suis efforcé, par exemple, de comprendre de manière précise, « les pensées » de Pascal Lamy. Ce personnage est très révélateur de la liaison intime existant entre les élites des milieux d’affaires et celles de la bureaucratie mondiale.
 
2) La deuxième évolution notable est la disparition quasiment complète du légitimisme en même temps que croissait et prospérait la branche orléaniste. Cette évolution est également simple à comprendre. Les légitimistes étaient issus de la propriété foncière et les orléanistes investissaient dans l’industrie, la banque, le commerce. Aujourd’hui, le capital terrien ne vaut plus grand-chose et le légitimisme ne survit plus que comme idéologie. La fraction de la grande bourgeoisie industrielle qui se rallia d’abord à De Gaulle, parce qu’elle était plus colbertiste que d’autres segments de la grande bourgeoisie française ou européenne, s’est ensuite convertie à l’orléanisme et à l’expansion mondiale, car c’était son intérêt le plus évident.
 
3) La troisième évolution est celle correspondant aux transformations affectant la branche bonapartiste de la droite française. Cette branche tend aujourd’hui (selon moi) à se séparer de la branche orléaniste, en raison de la rupture introduite par la mondialisation entre l’économie nationale et l’économie mondialisée.
 
c) Qui est représenté par le Front national ?

Je ne suis pas en mesure de faire une sociologie fine des supports du front national. Il me paraît assez clair qu’il est l’expression de la fraction radicalisée du petit capital, qui serait le symétrique de la fraction radicalisée du salariat moyen. L’habileté de ses dirigeants serait d’avoir réussi à rallier une partie des prolétaires à la cause de ces petits capitalistes, ou éléments de la petite bourgeoisie, au sens classique du terme (artisans, petits propriétaires d’entreprises, agriculteurs). On peut dire, en effet, que dans l’un et l’autre cas, ce sont des travailleurs. Ils sont unis, dans le travail, par l’idéologie d’une lutte commune contre le grand capital mondialisé. C’est l’une des raisons expliquant, selon moi, que ce parti ait besoin de se « dédiaboliser », comme on dit un peu sottement. Il ne peut entrevoir une alliance, voire une adhésion, des éléments des couches populaires, en tolérant en son sein les braillards à croix gammée de papa.
 
A ces éléments et supports, de nature économique et sociologique, s’adjoindrait cette autre partie de la population qui est porteuse d’une idéologie nationale. Les hommes vivant en société sont déterminés par les rapports de propriété et de production qui les structurent. Mais les idées, l’idéologie, sont aussi, me semble-t-il, l’une des composantes matérielles de leur vie. La nation est une idéologie toujours vivante. Maurice Allais, par exemple, prix Nobel d’économie dont les travaux sur la mondialisation, publiés sur la fin de sa vie, donnèrent une réelle impulsion théorique au Front national, est une illustration de mon propos. Cet homme d’origine modeste, dont le père mourut lors de la première guerre mondiale et qui s’éleva dans la société à la force de son intelligence, fut un pur produit de la méritocratie républicaine. L’idéologie du Front national est une idéologie de l’effort personnel, du mérite fondé sur le travail personnel, ainsi que de la volonté nationale de la scolarisation.
 
En d’autres termes, le Front national ne serait pas, toujours selon moi et dans les conditions mondiales présentes, un appareil à recycler la colère populaire pour la dévoyer et la transformer en soutien des intérêts liés du parti Les Républicains et/ou du Parti Socialiste. La raison de cette transformation tient à ce qu’existeraient aujourd’hui de nouveaux rapports sociaux introduits par le capitalisme financier mondialisé et que, contrairement à ce qui pouvait se passer au 19ème siècle entre le mouvement bonapartiste et la bourgeoisie française d’affaires, de réelles et profondes divergences économiques apparaissent et se développent entre les intérêts nationaux et les intérêts de la mondialisation capitaliste.
 
Cette branche bonapartiste de la droite que serait le Front national, tout en conservant de la tradition bonapartiste les valeurs de la consultation référendaire et de l’intervention économique de l’Etat, reprendrait à son compte les valeurs (terriennes, régaliennes, légitimistes en quelque sorte) de « l’intérêt national ». Il est très significatif que ce parti ait fortement gagné en audience parmi les paysans et qu’il soit entendu par une partie des couches prolétariennes.
 
Cela dit, c’est un parti de droite, pour au moins trois raisons :
 
1) Un certain nombre de ses dirigeantes et dirigeants expriment des positions sociétales ou politiques conservatrices, voire très conservatrices.
 
2) Ce parti est l’héritier du Front national de JMLP. Son implantation sociologique initiale n’a pas été totalement modifiée par le renouvellement apporté par la dirigeante actuelle de ce parti. Il est donc l’héritier partiel de son anticommunisme et des formes musclées de son hostilité. 3) Ce parti a tendance à surestimer, dans le développement de la crise actuelle et par rapport à la contradiction « Travail/Capital », le rôle joué par la contradiction « Travail/Travail » (sous la forme de « Travail Etranger/Travail National »). Cette surestimation a pour effet contraire la sous-estimation de la contradiction « Capital/Travail », c’est-à-dire du rôle du grand Capital dans le déroulement de la crise.
 
Par la suite, je crois que l’on peut noter, de la part des membres de cette organisation et peut-être de sa direction, la tendance à développer la contradiction Travail/Travail comme contradiction culturelle, comme opposition entre diverses cultures, comme contradiction Culture française/Cultures étrangères. Ces contradictions ne sont pas absurdes, mais leur prise en compte est loin de fournir les solutions nécessaires.
 
Sur ce terrain de l’idéologie, le vieil anticommunisme est aisément recyclé, cela va de soi, surtout dans ce milieu de petite entreprise et d’artisanat. Les communistes, les syndicalistes, ce sont, dans ce contexte, « des emmerdeurs », des gens « qui empêchent de travailler ».
 
Au total, ma conclusion est que le Front national n’est pas un parti fasciste, que ce n’est pas non plus un parti d’extrême-droite au sens où ce serait un supplétif de la grande bourgeoisie mondialisée. Je crois, en revanche que c’est un parti de droite, relevant de ce qui, en France, correspond à la tradition bonapartiste. Il en reprend l’héritage et le met au service du petit capital radicalisé.
 
Mais cet héritage est renouvelé par la prise en compte, de sa part, de la tradition légitimiste (la question nationale). En raison de son insertion dans le système des contradictions engendrées par la mondialisation capitaliste, ce parti bonapartiste serait devenu un héritier collatéral de la droite légitimiste et de la préoccupation terrienne et régalienne de cette dernière, à savoir l’intérêt national.
 
En tendance, il serait de plus en plus éloigné de la droite orléaniste, au plan non seulement de ses chefs mais de son électorat. En même temps, il conserverait des comportements anciens d’anticommunisme et d’hostilité syndicale latente. Il serait, d’une certaine manière, « à la croisée des chemins ».
 
En sorte que « la question » soulevée à son propos est celle de savoir jusqu’à quel point cet éloignement, cette distance, est susceptible, dans ce parti, de se traduire en opposition frontale avec les forces de la bourgeoisie orléaniste et mondialiste. Est-ce que la contradiction, de nature économique, est susceptible de se transformer en contradiction politique ?
 
Les grandes entreprises multinationales et transnationales, dont la droite orléaniste est la représentante politique, en accord avec la social-démocratie, ont accès au pouvoir mondial. Mais elles risquent d’avoir de moins en moins accès au pouvoir national. Or ce dernier lui est indispensable pour fonctionner au niveau mondial, et dans ce cadre (mondial), elle entreprend des actions qui contredisent les intérêts du petit capital. Le Front national, héritier du bonapartisme et du légitimisme, cherche à ravir à l’orléanisme sa place au plan national. Irait-il jusqu’à mettre en cause les projets mondiaux de la droite orléaniste ? La contradiction Capital/Capital peut-elle aller jusqu’à la rupture entre ces deux branches de la droite ?
 
Finalement, je dirai, pour boucler la boucle et quitte à me répéter, qu’il existe des raisons de penser que la rupture entre ces diverses droites est loin d’être assurée mais qu’existe néanmoins une divergence profonde et croissante entre les intérêts économiques et moraux (idéologiques) matérialisés par le bonaparto-légitimisme, d’une part, et par l’orléanisme, d’autre part. Il deviendrait, dès lors, de plus en plus difficile, pour la droite orléaniste, de recourir à la droite bonapartiste pour lui sauver la mise.
 
Au total, le modeste observateur que je suis de cette situation générale note que l’énoncé de la contradiction la plus importante du moment, telle qu’elle est formulée par les dirigeants du Front national (la contradiction entre la Nation et la Mondialisation, entre Patriotes et Mondialistes) est un énoncé globalement « juste ». Mais dans le même temps, je note que cet énoncé provient d’un parti de droite, non détaché de son milieu originel, que cet énoncé est à son tour retravaillé comme contradiction Travail/Travail puis comme contradiction Travail national/Travail étranger, puis comme contradiction Culture nationale/Culture étrangère, la « culture étrangère » pouvant inclure l’idéologie communiste, puisque, comme chacun le sait, les communistes sont le parti de l’étranger. Enfin, je suis en droit de me demander si la rupture est durablement possible entre les fractions du petit capital national et celle du grand capital mondialisé.
 
Que faire dans ce contexte ? Je ne vais pas poursuivre ma propre réflexion. Je pense que je prends à rebours un certain nombre de communistes pour au moins deux raisons. La première est que, pour ces camarades, la contradiction principale est celle existant entre le capitalisme et le socialisme. La seconde raison est que, pour eux, le Front national est « un parti facho, point-barre », ou « l’expression de la haine, etc. ». Il faut donc prendre le temps de clarifier « les choses ».
 
Je pense, pour ma part, que les deux catégories d’analyses que je viens de rappeler sont insuffisantes. Personnellement, je me situe dans le contexte de celles et de ceux pour lesquels la contradiction principale actuelle est celle existant entre la Nation et la Mondialisation capitaliste. Au plan idéologique, les analyses émises à propos de « la droite nationale » empêchent de faire face au véritable enjeu politique existant dans toute démocratie de type occidental, à savoir les électeurs et adhérents potentiels des formations politiques existantes. La démocratie de type occidental suppose l’exercice d’une hégémonie de type intellectuel et politique. Le Front national est en voie de conquérir cette hégémonie.
 
Je crois que nous avons trop longtemps cédé à la facilité que procuraient les propos des socialistes ou de la grande bourgeoisie sur le Front national. .
 
Je crois que les orléanistes ont la trouille que le Front national accède au pouvoir.
 
Je crois enfin que nous négligeons un autre aspect important de la réalité. La droite bonaparto-légitimiste n’est pas représentée seulement par le Front national. Les autres candidats de cette famille politique, Dupont-Aignant par exemple, font environ le 1/6 des intentions de vote exprimées en faveur du Front national. Sont-ils aussi des partis fascistes ? Lorsque qu’en 2005 , le projet de constitution européenne a été rejeté par 55% des votants, les communistes français ont eu le sentiment d’une victoire. Mais ont-ils alors réfléchi au fait que cette victoire avait été acquise par l’alliance comptable de voix de « gauche » et de « droite », et notamment celles d’électeurs favorables au Front national ?
 
Je ne pense donc pas que le vote de type Macron soit la seule issue, pour aujourd’hui et pour demain. Aujourd’hui, des alliances politiques avec la droite nationale ne sont pas concevables, car cette droite « n’est pas nette ». Mais elle a ses propres raisons de penser à l’intérêt national de la même façon que des communistes ont leur propre raison de penser à cet intérêt. S’il est vrai que la contradiction principale est aujourd’hui, pour nous, en France, celle opposant la Nation française et la mondialisation capitaliste sous toutes ses formes, je crois que nous devons faire marcher nos méninges au-delà des anathèmes furieux mais inopérants contre le Front national, et trouver les moyens de mener la lutte sociale et politique, à la fois pour la défense de la nation française et pour la défense de celles et de ceux que la mondialisation capitaliste a plongé dans la crise ou risque de le faire. En particulier, nous devons nous demander : « Qu’est-ce que l’intérêt national ? ».
 
Cela ne nous conduit absolument pas à reprendre l’idéologie du Front national, mais nous oblige à sortir de notre surdité. Mais pourquoi cette orientation fait-elle défaut ?
 
Troisième point : Les impasses politiques de la gauche révolutionnaire sur le problème de la nation et de la mondialisation capitaliste.
 
Le contenu de mon troisième point est insuffisant, j’en suis convaincu. C’est un travail à entreprendre, ou à reprendre s’il a déjà été effectué. Mais je le crois nécessaire. Cela dit, je vais m’efforcer d’indiquer quelques points du raisonnement. Je vais m’efforcer de noter ces points (j’en ai repéré 12). Il en existe certainement d’autres. Je ne suis pas en mesure d’en produire la synthèse.
 
1) Les aspects les plus clairs sont les comportements. Les dirigeants communistes semblent ne plus avoir comme autre préoccupation majeure que celle d’être réélus. Ils (elles) ne dirigent plus le Parti communiste. Ils (elles) « managent » leur réélection. Celle-ci nécessitant des voix socialistes ou centristes, ces personnes sont de plus en plus ouvertement à la remorque des socialistes, des centristes, et de leur idéologie mondialiste.
 
2) L’échec du Programme commun de gouvernement pèse sur les épaules des communistes. Cet échec fut celui du « socialisme aux couleurs de la France ». Or la mondialisation capitaliste a pris le mouvement communiste en défaut. Nous n’avons pas digéré cet échec.
 
3) Les communistes n’ont plus eu confiance dans les masses populaires rassemblées au plan national pour lutter contre la mondialisation capitaliste. Après avoir mené la lutte en 2005 contre le projet de constitution européenne (lutte qui, comme je l’ai souligné ci-dessus, fut gagnée avec la participation forte de la droite nationale et du Front nationale en particulier), il semble que les efforts politiques des communistes aient été réorientés vers la transformation intérieure de l’Union européenne. Il ne s’agissait plus de lutter contre la mondialisation mais de la réformer de l’intérieur.
 
4) Le syndicalisme a suivi, lui aussi, cette réorientation (idée qu’il convient de lutter pour l’Europe sociale).
 
5) Il faut bien reconnaître que tant la Nation que la Mondialisation sont des concepts recouvrant des réalités et des intentions parfois opposées ou non-compatibles. La Nation peut recouvrer le désir de petits capitalistes d’être protégés de la Mondialisation. Mais il en est de même des ouvriers. Or patronat et ouvriers ont par ailleurs des intérêts opposés au plan interne. Est-il possible de concilier ces « inconciliables » ?
 
6) Une fraction des salariés radicalisés dispose d’un capital intellectuel et culturel conduisant ces personnes à rechercher une place au sein du Capital ou à ses côtés plutôt que de lutter contre le Capital (certaines fractions des ecologistes, par exemple).
 
7) Cette même fraction, qui dispose d’un capital culturel et d’un certain revenu, est familière des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Pour elle, la nation n’est pas, ou plus, une réalité sensible. Ses membres ont l’habitude des voyages par avion sur longue distance. Leurs « réunions de cellule », si je puis dire, se font à Porto-Allegre ou à Bombay. Celles des prolos se font « chez eux ou chez le copain d’à côté ».
 
8) Je rappelle les convictions de celles et de ceux pour lesquels la contradiction principale actuelle est celle entre socialisme et capitalisme et non entre nation et mondialisation. Les partisans de la première de ces deux formulations ne vont évidemment pas promouvoir l’idée qu’il faut défendre la nation contre la mondialisation capitaliste. Cette dernière serait aujourd’hui l’antichambre du socialisme et du communisme. Ces communises peuvent parler de la nation. Mais pour eux, ce n’est qu’un background, un terrain neutre. Ils oublient, à mon avis, que les hommes sont à la fois des animaux politiques et des animaux territoriaux.
 
9) Les succès idéologiques du Front national parmi les couches populaires ont un effet cumulatif. Les catégories de salariés radicalisés sont de plus en plus réticentes à entreprendre un combat politique au nom de la nation, sous le prétexte que « les ouvriers sont à droite ». Sur qui s’appuyer puisque les appuis traditionnels de la nation se dérobent et rejoignent « le camp d’en face » ? Mais prendre les choses de cette manière revient à entrer dans un processus sans fin de démission et d’abandons.
 
10) Le rapport entre nation et mondialisation n’est pas le même partout dans le monde. La France, par exemple, en tant que nation, apparaît comme une victime de la mondialisation capitaliste. En revanche, la Chine semble se construire et se consolider en tant que nation économique tout en participant activement à la mondialisation capitaliste. Comment mener une action cohérente dans un univers apparemment diversifié et incohérent ?
 
11) Les communistes, la population française en général, est plutôt généreuse. L’absence de politique clairement définie, par exemple dans le domaine de l’immigration, conduit à faire prévaloir la générosité. Mais celle-ci, parfois, aggrave les conflits plus qu’elle ne les atténue.
 
12) Je dirai que la perte à peu près complète de culture marxiste contribue à cette déliquescence politique. Elle n’en est pas la cause, mais elle y contribue. Je crois que le raisonnement en termes de classes sociales et sur des fondements économiques est indispensable pour comprendre la dynamique de la société, à condition d’être pondéré par une approche politique de ces phénomènes. Le savoir-faire théorique des communistes semble s’être évaporé. Je ne m’exclus absolument pas de ce processus général de perte et de réduction des savoir-faire.
 
Je déduis de ces remarques que, pour des raisons de théorie et de points de vue théoriques, de sociologie, de rapport au progrès technique, de différences dans les moyens culturels et matériels, de différences de maturité des économies, de complexité contradictoire au plan social du fait national lui-même, de sentiments moraux, etc., les dirigeants et leaders de ce la gauche radicale ont une certaine difficulté à élaborer une stratégie claire relativement au fait national dans son rapport à la mondialisation. La contradiction principale n’est pas clairement perçue par la plupart de ces personnes comme étant celle opposant la nation et la mondialisation capitaliste.
 
Mes conclusions de cette troisième partie sont les suivantes :
 
1) Certains communistes estiment que nous sommes dans le corridor du socialisme. Ce que j’ai défendu dans ce texte repose au contraire sur l’idée que nous sommes dans le corridor de la destruction de la nation française. Faire un acte révolutionnaire, à mon humble avis, supposerait donc de mettre en œuvre le sursaut nécessaire de défense de la nation française. Ce serait le moyen révolutionnaire par lequel s’opèrerait aujourd’hui la lutte contre le grand capital mondialisé, dans ses instances et ses niveaux, français, mondial, européen.
 
2) Le problème politique le plus important face à cette situation est que le Front national et quelques autres formations, formulent clairement cette contradiction, tout en la faisant rapidement disparaître et s’évanouir dans des contradictions dérivées, qui certes sont, pour la plupart d’entre elles, des contradictions vraies, mais néanmoins de second ordre.
 
3) La gauche radicale n’a pas encore trouvé les moyens intellectuels et politiques de formuler clairement cette contradiction de façon à en retirer au Front national la conduite hégémonique. Cette gauche radicale ne semble pas savoir comment définir et appréhender « l’intérêt national ».
 
4) La stratégie alors adoptée consiste ensuite à rejoindre le camp de ceux qui crient au fascisme à l’encontre du Front national. C’est ainsi qu’ils se dédouanent de leur impuissance politique, théorique et pratique. En réalité, ils laissent le champ libre aux partisans de la mondialisation capitaliste et les appuient (par exemple Chirac hier, Macron aujourd’hui).
 
5) Défendre la nation est une exigence du moment. Cela suppose de prendre notamment un certain nombre de précautions démographiques, de recouvrer les composantes de l’indépendance nationale. La « gauche française » est devenue plus libérale dans le domaine de la circulation de la main-d’œuvre que les plus libéraux des libéraux. Cela dit, tout en prenant sérieusement en compte cet aspect de la réalité économique et sociale, sans négliger d’ailleurs ses incidences culturelles (j’entends bien que l’on se méfie de la franchouillardise mais je n’éprouve vraiment aucune sympathie pour la gauchouillardise), je crois indispensable d’insister encore sur le fait que cette contradiction est dérivée.
 
6) Il faut se convaincre, ne serait-ce que pour des raisons d’efficacité, de ce que la contradiction principale est, aujourd’hui, entre le Capital financier mondialisé et le Travail (le Travail contenant des travailleurs étrangers légalement admis sur le territoire français) et non entre les Travailleurs étrangers et les Travailleurs français. Mais cela suppose peut-être de s’adresser à celles et à ceux que l’idéologie du Front national impressionne autrement qu’en les traitant de fascistes. Cela suppose de leur indiquer des solutions vraies, mais dans le cadre d’une analyse concrète de la situation française et mondiale.
 
7) Défendre la nation ne suppose pas de mettre fin au capitalisme. A mon avis, les communistes doivent se convaincre de ce qu’il y a, et qu’il y aura encore en France, pour un temps sans doute long, des capitalistes. Mais, par exemple, rétablir les services publics qui font tant défaut à la population française, cela revient à réduire la sphère du grand capital et non celle des petits ou moyens capitalistes. Ces catégories sociales doivent trouver leur place dans une France révolutionnaire, ayant pour objectif global, de sauver la société française, la nation française.
 
8) Il est évident, à mes yeux, que la défense de la nation française, dans les conditions mondiales actuelles, n’est plus de même nature que celle qui pouvait être conçue avant la deuxième guerre mondiale, pour la raison que les pays en voie de développement se développent ou veulent le faire. Il nous faudra choisir nos alliances avec ces pays et travailler, au plan mondial, à l’isolement de l’impérialisme américain. Il y a lieu de construire un nouvel internationalisme, en sachant que l’internationalisme est un processus contradictoire, lourdement chargé de contradictions non seulement politiques mais économiques. L’internationalisme contemporain est ce maillage avec les nouveaux Etats en développement. C’est de lui que sortira un monde nouveau.
 
9) Bien entendu, la tâche politique prioritaire, au-delà des élections en cours, sera celle de la construction d’une organisation qui soit porteuse des exigences et des analyses (pour autant qu’elles soient tenues pour justes) que je viens de présenter. La tentative engagée par Mélanchon peut-elle déboucher sur cette construction ? Il est clair que cet homme est animé par une conviction politique résolue. Mais peut-on concevoir qu’un « mouvement social » puisse tenir lieu d’organisation politique ?En écrivant ces quelques lignes, je sais que je suis en décalage avec nombre d’opinions respectables. J’ai développé mes idées en les faisant reposer sur l’argumentation et non sur l’invective et dans l’intérêt commun, comme chacun peut le faire.
 
Jean-Claude Delaunay
 
13 Avril 2017
 
Post-Scriptum. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle sont aujourd’hui connus. Le texte ci-dessus a été repris pour la clarification du propos mais non pour en changer les hypothèses et les conclusions. Je crois avoir laborieusement mis en lumière 3 « contradictions principales » possibles.
 
La première est celle qui existerait entre le danger du fascisme et les valeurs de la République. C’est la contradiction des gogos, des zombis élyséens, des secrétaires généraux de parti en mal de réélection et de toute une population de gens peu scrupuleux. Je passe.
 
La deuxième est celle qui existerait entre le capitalisme et le socialisme. Celles et ceux qui pensent ainsi sont certainement un peu déçus par ces élections, mais pas trop. Ils, elles, savent que la tâche est rude, qu’il faudra continuer de travailler politiquement avec et aux côtés des travailleurs, dans les entreprises et dans les quartiers, pour faire progresser la conscience de cette exigence.
 
La troisième contradiction principale est celle qui existerait entre Nation et Mondialisation capitaliste. Cette contradiction me semble la contradiction réelle, mais elle est éminemment complexe à traiter. Elle est, elle-même, très contradictoire.
 
Evidemment, il ne peut pas y avoir simultanément 3 contradictions principales, pas plus que de 4ème tiers dans un verre de Pernod. Il faut choisir.
 
Ce qui paraît intéressant à souligner est que la prise en compte de cette 3ème contradiction comme contradiction principale (Nation/Mondialisation) ouvre à celles et ceux qui partagent la conviction de son existence, sans que cela réduise en rien l’exigence du travail révolutionnaire, des perspectives d’action de court moyen/terme, en même temps que de vérification de la bonne foi de chacun.
 
Comme je l’ai dit en introduction, et bien que cela soit sans rapport direct avec mon analyse, je ne voterai pas pour Marine Le Pen, car je ne suis pas accoutumé à voter pour un parti de droite, dont l’idéologie et les pratiques tendent à se stabiliser mais qui ne le sont pas encore et dont certains de ses membres demeurent des maniaques de l’anticommunisme virulent et de la croix gammée.
 
Cela dit, je ne voterai certainement pas pour Macron, le candidat de la bourgeoisie d’affaires, du centrisme et des socialistes réunis.
 
Je dirai même que puisque le fascisme a pour caractéristique de réaliser, dans la confusion et dans la violence (physique et/ou idéologique), l’alliance politique de certaines fractions du salariat ainsi que des classes moyennes, et de la grande bourgeoisie d’affaires, en l’occurrence mondialiste, on peut comprendre qu’aujourd’hui, derrière les « oui, oui » et les « non, non » mélangés, derrière les façades souriantes, derrière le vide politique d’un programme attrape-tout mais laissant néanmoins entrevoir une volonté de fer pour que triomphe la mondialisation capitaliste, se cache une violence potentielle considérable. Le risque du fascisme, c’est lui et sa bande.

 

[1] Je rappelle que la ligne générale de ce texte a été conçue et rédigée avant le premier tour de l’élection présidentielle.

 

[2] Je me suis appuyé sur les chiffres suivants (%) : Le Pen 24, Macron 24, Fillon 18, Mélanchon 15, Hamon 10 Dupont-Aignan 4, Asselineau 1, Poutou 1, Arthaud 1, Autres 2. Ces résultats (arrondis à la louche) sont évidemment fragiles, temporaires. Ils donnent juste une certaine idée.

 

[3] On peut dire que, sous la IVe République et pendant les premières décennies de la Ve République, c’est la contradiction Capital/Travail qui, dans l’idéologie du PCF, a explicitement fonctionné, dans sa forme primitive et traditionnelle, dans la mesure où le combat de classes se déroulait dans un cadre national relativement stable. Avec la crise du système capitaliste des années 1970, est apparu le besoin de remplacer cette approche par celle de la contradiction entre Nation et Mondialisation, forme renouvelée, développée, de la contradiction entre Capital et Travail. Ce besoin théorique n’a cependant pas été satisfait.

 

[4] Je suis désolé de ne pas croire un seul instant que Mélenchon puisse apparaître au second tour de ces élections. Je pense qu’il puise aujourd’hui dans la ressource constitué par l’électorat supposé de Hamon. Mais il me paraît prisonnier de son modèle, qui est un modèle de type « mouvement social ». Or ce modèle a des limites, que je ne développe pas ici. De toute façon, la preuve de la vérité ou de l’erreur de mon propos apparaîtra rapidement.

 

 

Mais quelle est donc la contradiction principale ? (II)

 

 

Version revue et complétée le 6 Mai 2017.... 

 

par  Jean-Claude Delaunay,

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La première contribution transmise par Jean-Claude Delaunay nous a été proposée le 13 avril. Nous avions prévu après échange de la publier en deux parties compte tenu de sa longueur, avec un article (Quel avenir pour le parti communiste ?) pour ouvrir un débat indispensable au défi auquel les communistes sont confrontés. Nos échanges ont conduit Jean-Claude a proposer cette version révisée entre les deux tours des présidentielles, version en trois parties que nous republions donc sous cette forme.

 
 

Deuxième partie : La contradiction principale sous-jacente à la crise européenne et mondiale actuelle du capital est déterminée par la structure sociale du capitalisme financier mondialisé

 

S’interroger sur la contradiction principale de la situation que l’on observe vise à mieux cerner les forces sociales et politiques sur lesquelles le mouvement révolutionnaire peut et doit prendre appui ainsi que les forces sociales et les organisations politiques à combattre.
 
Avec la théorie de Marx, il est clair que la contradiction principale caractéristique de la crise sévissant actuellement en France est celle entre le Capital et le Travail. Ce résultat est bien connu.
 
Je crois, cependant, qu’on ne peut pas en rester à ce niveau d’analyse, et que, en raison même du processus actuel dela mondialisation capitaliste, totalement nouveau par rapport à ce qu’analysait Marx, on doit se demander s’il n’y a pas lieu d’enrichir cette conceptualisation de base. Je vais décomposer ma réponse en 3 points.
 
1) Premier point. Dire que la contradiction principale dans le capitalisme est celle du Capital et du Travail est un énoncé banal. Il s’agit d’une contradiction de premier ordre, ne pouvant être dépassée que par « la négation » de l’un des sujets de la contradiction. Comme disent les marxistes, elle est antagonique.
 
Pourquoi cette contradiction est-elle « basique » selon eux ? Pour Marx, l’économie est le fondement de toutes les activités sociales, qui ont nom : production, circulation et partage de la production, recommencement de la production. L’interprétation de ce processus, de sa dynamique, en serait donnée par la connaissance des rapports de propriété privée s’exerçant, directement ou indirectement, sur les moyens de production, de commercialisation, de financement, et sur la production. Or la contradiction en question porte sur l’ensemble du produit et sur le partage, qui s’en déduit, entre les profits et le reste. C’est donc la contradiction principale. Les classes sociales qui sont motrices de cette contradiction sont les classes sociales fondamentales.
 
La contradiction Capital/Travail, c’est à peu près ça. Sans m’expliquer davantage, je rappelle que cette contradiction est, c’est ma conviction, constitutive de la vie quotidienne de tous les salariés, publics et privés, et qu’un certain nombre de petits patrons, qui sont aussi des travailleurs, en subissent eux aussi, et parfois durement, les effets.
 
Raisonner à partir de cette contradiction, disent encore les marxistes, revient à s’en référer à l’essentiel. Car il existe d’autres contradictions, certainement tout aussi brutales, mais seulement dérivées de la contradiction principale. Ainsi en est-il, par exemple, de la contradiction pouvant exister, dans la crise, entre les travailleurs, sur le marché du travail, ou même entre les possédants, les entrepreneurs, sur le marché des produits et pour le partage du profit. La crise les oppose entre eux, les uns et les autres, sans ménagement.
 
Toutefois, la contradiction entre travailleurs ne porte que sur les salaires, lesquels ne sont qu’une fraction du produit total. La contradiction entre les capitalistes ne porte, elle aussi, que sur une fraction du produit total, le profit global. Ce sont des contradictions de second ordre. Elles ne portent que sur une partie du produit et ne font intervenir que l’une des composantes de la société, alors que la contradiction Capital/Travail porte sur tout le produit et met en mouvement l’ensemble des acteurs sociaux. Elle est antagonique car elle est sans fin. L’accumulation du capital est un processus qui n’a pas de limite en lui-même. Il n’a de limite que dans les crises qu’il provoque.
 
2) Deuxième point. Je crois que tel est le schéma de raisonnement inconsciemment mis en œuvre aujourd’hui, en France, par une partie de l’opinion publique, à l’égard des travailleurs étrangers, plus généralement de l’immigration, et de la perception de leurs rapports avec les travailleurs et la population française. La crise économique serait marquée par deux sortes de contradictions : une contradiction Capital/Travail et deux contradictions Capital/Capital et Travail/Travail. La contradiction Travail/Travail serait, comme la contradiction Capital/Capital, de nature secondaire.
 
De plus, si on laisse de côté la contradiction Capital/Capital (celle entre les entreprises), cette partie de l’opinion publique estime qu’il serait toujours possible de trouver, voire d’inventer des contradictions économiques et raciales entre les travailleurs pour dédouaner le Capital de ses propres responsabilités, tout en entraînant une partie de la population pauvre et modeste dans des voies sans issues. Tenir pour important la contradiction entre Travail des résidents en France et Travail des étrangers signifierait que l’on prendrait le secondaire pour l’essentiel, tout en risquant de se fourvoyer dans des impasses idéologiquement dangereuses.
 
Les spectres du fascisme et du nazisme sont présents derrière ces interprétations, favorables à l’immigration. La vraie contradiction principale serait la contradiction classique, celle opposant le Capital et le Travail. Les trotskistes du NPA, par exemple, qui sont des ayatollahs du marxisme, préconisent l’ouverture complète des frontières aux travailleurs du monde entier, sans doute pour la raison que, indépendamment de leur tendance naturelle à l’irresponsabilité politique la plus totale, cette contradiction ne serait, selon eux, que secondaire.
 
3) Troisième point. Ce que je crois, cependant, est que cet énoncé, bien que fondamental, est une abstraction. Pour l’instant, je ne fais même pas allusion au fait qu’il relève de l’économisme le plus complet. Les habitants d’un pays ne vivent pas seulement dans « des rapports de production » ! C’est avoir une approche étroite du marxisme que de réduire la vie à son fondement économique exclusif.
 
Cela dit, en s’en tenant à ce seul niveau (celui de l’économie), prendre seulement en compte la contradiction « Capital/Travail », c’est comme parler du capitalisme en général. Or il n’y a pas de capitalisme en général. Il existe, il a existé, par exemple, un capitalisme commercial, un capitalisme industriel, un capitalisme financier, et ainsi de suite, et dans chacune de ces déterminations, de nouvelles déterminations aident à préciser les premières.
 
Si l’on veut cerner la contradiction principale dans une société donnée, il faut préciser de quel capitalisme on cherche à décrire la structure fondamentale. Selon moi, l’abstraction que je critique a le défaut majeur de ne pas tenir compte de la situation concrète. Les marxistes ne peuvent prétendre être scientifiques (ce sont d’ailleurs eux qui le disent et nul n’est forcé de les croire) que s’ils tiennent compte des faits, et non s’ils répètent ce que disait ou écrivait Marx.
 
Il me semble, précisément, que 7 catégories de faits au moins doivent être intégrées à l’analyse marxiste du capitalisme contemporain pour répondre à la question que j’ai soulevée en tête du présent article. La société contemporaine n’est pas structurée par « le capitalisme » (ce qui est une généralité). Elle est aujourd’hui structurée par « la mondialisation capitaliste financière ».
 
Certains disent que le « le capitalisme » a toujours été mondial. Pour cette raison, ils se croient autorisés à ne pas tenir compte des différences profondes existant entre les diverses étapes de l’histoire. Comme le capitalisme aurait toujours été mondial, du coup, le capitalisme contemporain serait comme les autres, et basta.
 
Cette démarche n’est pas scientifique. Il faut observer les faits. A supposer que le capitalisme ait toujours eu une vocation mondiale, les rapports qui l’ont structuré ont varié d’une époque à l’autre de mondialisation. Cela veut dire que la mondialisation capitaliste contemporaine n’est pas « un petit quelque chose » dont il faudrait saupoudrer le concept de capitalisme pour savoir comment fonctionnent les économies aujourd’hui.
 
La mondialisation capitaliste est la forme moderne, vivante, du capitalisme contemporain. La contradiction principale que je cherche à cerner n’est pas celle du capitalisme en général. C’est celle du « capitalisme financier mondialisé ».
 
Si l’on raisonne de cette manière, il se dégage de cette perception des rapports sociaux actuels une analyse de la contradiction principale entre Capital et Travail que je crois plus exacte que celle découlant du modèle marxiste abstrait évoqué ci-dessus. Les 7 catégories de faits que je retiens sont les suivantes :
 
a) Dans le contexte de la mondialisation capitaliste, le rapport entre Capital et Travail est, médiatisé par les Etats, les Nations, les Grandes organisations internationales, les grandes firmes multinationales, les populations. Le rapport Capital/Travail n’est pas un rapport direct, c’est un rapport médiatisé. Par conséquent, les éléments de la médiatisation sont des acteurs concrets, certains très puissants, d’autres de rang inférieur, du processus considéré.
 
b) La mondialisation capitaliste contemporaine induit que le Capital fonctionne de plus en plus comme capital fictif. Pour Marx, dans Das Kapital, le capital fictif (de même que la monnaie) étaient l’aboutissement de sa réflexion théorique. Aujourd’hui, le capital fictif est le point de départ permanent et régulier du fonctionnement du capitalisme mondialisé. Le rapport général entre capital et travail prend donc aujourd’hui la forme concrète spécifique du rapport entre Capital fictif et Travail. Ce rapport n’est pas le même que celui existant entre Capital et Travail au sein du capitalisme industriel de la machine-outil.
 
c) La mondialisation capitaliste engendre d’importantes migrations de populations. Celles-ci se déplacent pour des raisons économiques de survie, que ce soit par suite de l’appauvrissement extrême de leur économie ou de destructions guerrières impérialistes. Cela fut déjà vrai au 19ème siècle : les migrations irlandaises, polonaises, allemandes, etc. Mais aujourd’hui, il semblerait que ce processus touche l’ensemble des populations du monde, à une époque où la population en général a fortement augmenté.
 
d) Les entreprises multinationales jouent le rôle le plus actif dans la mondialisation du Capital et du Travail. Elles en sont les agents moteurs. Elles poussent à la formation d’un tissu mondial de places financières. Elles définissent de nouvelles lois de fonctionnement du marché capitaliste mondial et de nouvelles règles de formation de la valeur des marchandises. Elles impulsent de nouvelles technologies, de nouvelles règles de management des entreprises. Elles tendent à se subordonner, autant qu’elles le peuvent, toutes les populations du monde, toutes les ressources du monde.
 
Elles interviennent également et prioritairement sur le Travail à l’échelle mondiale. Elles le façonnent et le répartissent selon leur besoins. Dans ce processus, par exemple, le Travail est scindé en plusieurs segments. L’un est lié aux territoires nationaux et à leur Etat (les administrations, les activités du marché intérieur), l’autre est lié aux territoires du monde prospectés par ces multinationales. On observe, par ailleurs, que ces entreprises refusent de payer l’impôt national pour des motifs de compétitivité mondiale. Pour les mêmes raisons, elles soutiennent toute politique de réduction drastique des services publics nationaux, ainsi que des acquis sociaux des travailleurs. De manière générale, leur action mondiale, qui a une origine privée, est évidemment engagée sans aucune précaution et sans souci des conséquences. L’intérêt collectif n’est pas leur problème.
 
e) Pour agir mondialement, les entreprises multinationales ont créé progressivement et de manière expérimentale un tissu complexe d’organisations internationales. Elles continuent à le faire. Elles contribuent à l’élaboration d’accords divers entre les Etats, entre les zones économiques. Le socialisme de type social-démocrate puise dans ces organisations une partie de ses ressources humaines dirigeantes.
 
f) Compte tenu, via la mondialisation capitaliste, de la généralisation du mode capitaliste de production à toute la planète (c’est-à-dire à 80% de populations supplémentaires par rapport au monde de 1970), la contradiction Capital/Travail s’est doublée de la contradiction Capital/Nature. Certes, cette contradiction est apparue avant 1970. La recherche désespérée du développement économique s’est accompagnée, dans certains pays, de vastes destructions naturelles. Dans les pays développés eux-mêmes, la nature a été mise à contribution de manière irréfléchie et dangereuse. Mais avec la mondialisation capitaliste, ce processus a encore pris de l’ampleur. On observe aujourd’hui la tendance spontanée du capitalisme à transformer certains Etats en vastes poubelles, à déverser sur d’autres pays les productions les plus polluantes. Certains gouvernements prennent, dans ce cadre, des décisions planétairement irresponsables, comme celles actuellement en cours aux Etats-Unis. Pour prendre place dans la compétition économique mondiale, ces pays sont prêts à réduire les frais sociaux de production de tous les faux-frais liés à la protection de la nature.
 
g) Enfin, on ne peut manquer d’observer que la mondialisation capitaliste contemporaine, bien qu’économique dans ses motivations, agit comme un phénomène social total. Ce ne sont pas seulement les aspects matériels de la vie des sociétés qui sont bouleversés et mis en rapport.
 
 
Ce sont aussi leurs dimensions idéelles, intimement liées à leurs dimensions matérielles. Les religions, qui sont au principe de la formation des sociétés, sont aux premières loges de cette confrontation souvent brutale [1].
 
Le fait remarquable est, toutefois, que la mondialisation capitaliste oblige, de manière quasiment quotidienne, à entreprendre ce genre de recherche, à y réfléchir, à en tirer des conclusions pratiques.
 
Dans ce contexte, d’autres contradictions mériteraient certainement d’être mentionnées ou examinées. L‘agriculture, par exemple, est une activité fortement mondialisée quoique dotée de particularités. Comment la mondialisation capitaliste s’empare-t-elle de ces particularités ?
 
Ou encore : Le capital industriel est certainement, de tous les capitaux réels, le plus susceptible d’être mondialisé. Mais peut-on, par exemple, développer dans un pays une recherche scientifique nationale conséquente si le tissu industriel de ce pays est complètement éparpillé et mondialisé ?
 
Pour résumer ce que j’estime être les traits principaux de l’incidence de la mondialisation capitaliste sur les Etats et les nations des années 1950-1970 (les 7 aspects précédents), je dirai que le système capitaliste relève d’une dialectique nouvelle, faite de rapports sociaux de production, de consommation et d’idéologie, modifiés non pas dans leur essence ultime mais dans la profondeur de leur forme. Les Etats, les Nations, les populations continuent d’exister avec l’apparence que revêtaient ces entités avant la crise structurelle des années 1970. Mais elles ont changé de configuration. Elles se meuvent dans des rapports politiques et culturels inédits. Elles sont traversées ou portées par des techniques qui les bouleversent complètement. Elles sont soumises à des rapports économiques et politiques qui les soumettent à des tensions considérables et les font exploser. Le problème que l’humanité doit aujourd’hui résoudre est celui de la maîtrise de de cette dialectique nouvelle. Par quels rapports politiques nouveaux en orienter le cours ?
 
Je vais maintenant essayer de conclure globalement cette deuxième partie.
 
Dans le langage courant du marxisme, la contradiction principale caractéristique de la France actuelle est perçue comme étant une contradiction entre le Capital et le Travail. Mais cet énoncé ne fait que répéter les propos de Marx ou d’Engels. On doit le préciser, et donc le reformuler, de 3 manières au moins.
 
1) Cette contradiction fonctionne concrètement comme contradiction entre « les forces de la nation et les forces de la mondialisation ». La contradiction entre Capital et Travail prend la forme de la contradiction entre la Nation et la Mondialisation.
 
2) Compte tenu du contexte dans lequel se déploie cette contradiction et des caractéristiques de la mondialisation capitaliste en cours, la contradiction entre Nation et Mondialisation ne peut pas être identifiée à une contradiction entre Capitalisme et Socialisme, quand bien même aurait-elle une dimension mondiale.
 
3) Les dimensions « nationale » et « mondiale » de la contradiction actuelle sont cependant chargées de phénomènes et d’interprétations contradictoires. Autant le Capital et le Travail sont des concepts théoriquement purs et bien délimités, autant la Nation et la Mondialisation sont des concepts dont les contenus sont fonction des acteurs sociaux qui s’en font les porte-paroles. Il existe des conceptions très opposées de la Nation comme de la Mondialisation.
 
Je crois pouvoir, dans la conclusion de cette deuxième partie, expliciter les points 1 et 2 que je viens de formuler. Je reporte à une troisième partie l’examen du point 3
 
Explicitation du point 1 : Comment peut-on affirmer que la nation est l’un des pôles concrets de la contradiction entre Capital et Travail et que l’autre pôle en est le monde capitaliste ?
 
a) Je prends l’exemple de la France, pour simplifier. Un premier élément de réponse consiste à noter que, dans un pays comme la France, le territoire national est le cadre dans lequel a notamment lieu la consommation de celles et de ceux qui vivent sur ce rocher et ne peuvent le quitter. Cette consommation est en partie satisfaite par des productions nationales. Ce qui compte, pour les entreprises effectuant cette production, est la Demande Intérieure.
 
D’un autre côté, existe la consommation permettant l’écoulement de la production des grandes et très grandes entreprises. L’espace national n’est pour elles qu’un segment de l’espace mondial. Pour ces grandes et très grandes entreprises, ce qui compte est la Demande mondiale.La mondialisation capitaliste met la Nation sous tension dans la mesure où les exigences de la Demande mondiale dominent celles de la Demande intérieure, qui lui est entièrement subordonnée.
 
b) Les contraintes propres à la demande mondiale (formation d’un prix unique mondial, qui soit le plus bas possible pour un niveau de qualité adéquat) se répercutent donc, via les capitaux multinationaux investis sur le territoire national, comme contraintes sur les travailleurs, et les petits entrepreneurs liés au marché intérieur. Le temps de travail, les conditions de travail, les rémunérations, qu’elles soient directes ou indirectes, sont concernées. Inutile de faire un dessin.
 
c) L’organisation juridique et institutionnelle de ces contraintes est d’abord effectuée au plan national. Celle-ci est doublée, en France, par un système de contraintes organisées au niveau de l’Union européenne. Les travailleurs et les producteurs nationaux subissent donc 3 niveaux convergents de contraintes, économiques et institutionnelles : la contrainte mondiale, la contrainte de l’Union européenne, la contrainte française stricto sensu.
 
d) La circulation des capitaux, les achats, les ventes, les dépeçages d’entreprises pour la revente, et autres particularités du capitalisme financier mondialisé sont un dernier point que je vais évoquer. Il en ressort que les travailleurs sont l’objet d’un marchandage particulier. D’un côté, les salariés vendent leur force de travail sur le marché du travail national. Mais d’un autre côté, ils sont globalement achetés par des capitalistes issus du monde entier et qui achètent ici et là des entreprises, pour les raisons concrètes les plus diverses, et bien sûr, pour le motif du profit maximum, sans considération des intérêts collectifs et nationaux des pays concernés.
 
En bref, les 4 éléments que je viens d’évoquer illustrent ma conclusion selon laquelle la contradiction entre Nation et Mondialisation capitaliste est la forme de la contradiction entre Capital et Travail. Cela ne veut pas dire que la contradiction entre Capital et Travail a disparu. Cela veut dire qu’elle fonctionne dans une enveloppe particulière. La contradiction Capital/Travail a été transformée.
 
Explicitation du point 2. Je crois que certains communistes pour lesquels la contradiction principale actuelle est celle entre Capital et Travail, estiment que celle-ci prend aujourd’hui la forme de la contradiction entre Capitalisme et Socialisme.
 
Ils font reposer leur conviction sur 2 hypothèses, que je ne partage pas. Il faut approfondir la discussion, cela va de soi. Mais voici mes raisons.
 
La première est l’idée selon laquelle le capitalisme aurait complètement fait son temps. Qu’on le regrette ou qu’on s’en réjouisse, le moins que l’on puisse dire est que les évolutions ne se réalisent pas en 5 minutes et que les révolutions mettent du temps avant de murir. Le capitalisme a encore de l’avenir devant lui. J’ai déjà abordé ce point. Je pense que le développement des pays sous-développés va donner au système capitaliste de nouvelles possibilités, même si se forment, ici et là, des ilots de socialisme.
 
La deuxième idée est celle selon laquelle les salariés sont unis par le même intérêt contre le capital, lui-même uni. Je pense que le capital, en se mondialisant, engendre au moins deux catégories de salariés et deux catégories de capitalistes, dont les intérêts tendent à diverger fortement. Certains salariés sont tirés par la mondialisation capitaliste et bénéficient de l’oxygène que les grandes entreprises transnationales tirent de ce processus. D’autres au contraire, sans doute la majorité et les moins qualifiés, sont écrasés par ce processus. Des capitalistes de moindre taille, voire de petite taille le sont également.
 
Au total, le raisonnement que je tiens me conduit à percevoir autrement que certains marxistes le dépassement de la contradiction Capital/ Travail. Pour ceux qui pensent que la forme actuelle de la contradiction Capital/Travail est la lutte entre le Capitalisme et le socialisme, l’objectif à atteindre est celui de la Souveraineté du prolétariat.
 
Dans la mesure où la forme actuelle de la contradiction entre Capital et Travail est celle entre la Nation et la Mondialisation capitaliste, et que la nation est aujourd’hui un lieu de convergence d’intérêts hier tenus pour incompatibles, l’objectif de court moyen terme que l’on peut considérer comme rationnel est celui de la Souveraineté nationale, ou encore de la Souveraineté du peuple.
 
Que signifie, pour la France (pour les catégories sociales concernées), le fait de recouvrer sa (leur) souveraineté ? Pour la France, recouvrer la souveraineté de son économie suppose qu’elle recouvre sa souveraineté monétaire et de financement. Si les Français se donnent majoritairement ce but, la France doit donc sortir de l’euro ainsi que des filets d’emprisonnement tissés, depuis plusieurs années déjà par le Capital fictif mondial, pour contraindre les travailleurs à subir toutes les pressions des grandes entreprises, pour orienter l’épargne nationale à son gré, pour restreindre la dépense publique.
 
C’est à peine si j’évoque la souveraineté militaire de la France tant, dans le cadre d’une politique ouvertement pacifique, elle devrait être une évidente obligation. Il se trouve, hélas, que des individus se disant les héritiers de Jaurès, et même des « socialistes », mais plus pour très longtemps, je crois, apprécient de se soumettre, à travers l’OTAN, aux pulsions guerrières incontrôlées du grand capital américain et des russophobes maladifs de l’Europe centrale.
 
Enfin, il me semble tout à fait clair que la France doive recouvrer sa souveraineté démographique.
 
Il revient d’abord à la nation de favoriser les naissances, si les nationaux le souhaitent. Contrairement à d’autres populations (allemande, par exemple), les Français aiment plutôt les enfants. Il faut encourager ce sentiment, car, chaque couple peut l’observer, élever un enfant coûte cher. Mais que serait une nation qui n’aurait pas d’enfant ?
 
Il revient ensuite à cette même nation de mettre en place une politique d’immigration, de regroupement familial, de degré de tolérance aux manquements à la loi, qui soit adaptée aux contraintes économiques et sociales.
 
Une telle politique n’a rien à voir avec la xénophobie et le racisme. On doit rappeler que Georges Marchais, en son temps, avait pris l’initiative d’attirer l’attention des Français sur les dangers d’une politique d’immigration non contrôlée, satisfaisant seulement les besoins des entreprises en main-d’œuvre mobile, flexible et pas chère.
 
Mais indépendamment de cette référence, je dirai que la souveraineté démographique est, dans une nation, une exigence légitime, à la fois pour aujourd’hui et pour demain. L’insertion dans la population française de populations nouvelles doit être réalisée de manière raisonnée, sans perturber le milieu d’arrivée de manière excessive. C’est particulièrement vrai à l’époque du capitalisme mondialisé.
 
Ce sont des propos de bon sens, qui visent à préserver les intérêts matériels et moraux « des Français de fraîche date » comme « des Français plus anciens ». La mondialisation capitaliste rompt les équilibres démographiques, en attaquant tous les lieux de production du monde. Elle engendre alors des mouvements massifs de population de nature économique, allant des pays pauvres vers les pays riches, et elle contribue au déplacement de ces populations vers des lieux de plus en plus éloignés de leurs cultures originelles.
 
Autrement dit, l’insertion de populations nouvelles, en France par exemple, tend non seulement à soulever des problèmes de production (rivalités sur le marché du travail) et de redistribution du revenu (accès aux allocations publiques). Elle soulève également des problèmes de consommation, en particulier de consommation de l’espace public.
 
Voici les 5 conclusions que j’estime pouvoir énoncer de manière résumée au terme de ce deuxième point :
 
1) Dans le cadre de la mondialisation capitaliste, la contradiction principale entre Capital et Travail est, dans le moment présent, transformée en contradiction entre Nation et Mondialisation. Cela ne signifie pas (à mes yeux, en tout cas) que la contradiction principale inhérente au capitalisme soit, pour l’éternité, figée de cette manière. Mais dans le moment présent, ce serait le cas. Il est clair que ce choix théorique a des conséquences. La perception que l’on a du monde et de l’action politique est différente si l’on pense que la contradiction principale actuelle est celle existant entre Capitalisme et Socialisme ou entre Nation et Mondialisation.
 
2) Les forces de la Nation ne recouvrent pas exactement l’ensemble des salariés, pas plus qu’elles ne recouvrent exactement l’ensemble des capitalistes.
 
3) Le contrôle de l’immigration est une partie intégrante de la défense actuelle des intérêts des salariés. Ce sont eux qui la subissent, en plus de toutes les autres formes d’exploitation qu’ils subissent de la part des capitalistes. Les mots d’ordre de lutte auprès des travailleurs résidents en Francesont totalement inaudibles s’ils ne sont pas accompagnés de préconisations explicites et d’actions réelles, relatives à l’immigration.
 
4) La priorité de l’action politique à mener est de viser les acteurs de la mondialisation, beaucoup plus que les pauvres ères qui en sont les victimes. Cela dit, même si les contradictions liées à l’immigration sont des contradictions dérivées, on ne saurait les sous-estimer. Elles doivent être abordées et traitées de manière explicite.
 
5) S’il est vrai que la contradiction principale actuelle est celle opposant les forces de la Nation aux forces de la Mondialisation capitaliste, alors il faut se donner le but, selon des modalités adaptées, de détruire cette Mondialisation, que ce soit dans sa forme mondiale achevée ou dans sa modalité européenne. Mais détruire aujourd’hui la mondialisation capitaliste, ce n’est pas, dans l’immédiat en tout cas, détruire le capitalisme.Comment l’analyse qui vient d’être présentée permet-elle d’interpréter le rapport des forces que révèlent les sondages actuels ? Comment conduit-elle à se situer par rapport aux partis politiques et personnalités figurant dans la présente élection présidentielle ? Au centre de cette interrogation se trouve évidemment celle concernant la nature du Front national et le rapport qui s’en déduit, car la contradiction entre Nation et Mondialisation est une contradiction dont l’interprétation est complexe et qui l’est d’autant plus, dans le contexte français, qu’elle est surtout portée par un parti tenu pour fasciste, le Front national.
 

[1Je fais état, ici, d’une distinction sémantique, que je trouve commode et de bon sens, entre les civilisations et les cultures. Les civilisations exprimeraient, selon moi, notre commune humanité. De ce point de vue, elles seraient toutes équivalentes. Les cultures exprimeraient au contraire, les diversités et différences découlant de l’histoire des sociétés, et notamment de la dynamique de leurs rapports sociaux. Je respecte, pour ma part, toutes les civilisations. Il me semble, en revanche, que les cultures ne se valent pas, car les degrés de maturité des sociétés ne sont pas les mêmes et sont parfois très éloignés les uns des autres.

Mais quelle est donc la contradiction principale ? (I)

 

Version revue et complétée le 6 Mai 2017....

 

par  Jean-Claude Delaunay

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La première contribution transmise par Jean-Claude Delaunay nous a été proposée le 13 avril. Nous avions prévu après échange de la publier en deux parties compte tenu de sa longueur, avec un article (Quel avenir pour le parti communiste ?) pour ouvrir un débat indispensable au défi auquel les communistes sont confrontés. Nos échanges ont conduit Jean-Claude a proposer cette version révisée entre les deux tours des présidentielles, version en trois parties que nous republions donc sous cette forme.

 

Mais quelle est donc la contradiction principale


- première partie : 

L’état actuel du monde et l’économie française dans cet ensemble


- deuxième partie : 

La contradiction principale sous-jacente à la crise européenne et mondiale actuelle du capital est déterminée par la structure sociale du capitalisme financier mondialisé 


- troisième partie 

Contradiction économique principale, rapports des forces politiques, nature du Front national, positions de la gauche radicale relativement à la nation et à la mondialisation

 

Mais quelle est donc la contradiction principale ?

 

Le texte qui suit a été rédigé avant le premier tour de l’élection présidentielle. Je ne prétends pas apporter de lumières particulière sur la situation française du moment. Je crois cependant que l’analyse économique de référence marxiste à laquelle je suis conduit peut présenter un intérêt pour les lectrices et les lecteurs de ce site. J’ai donc le souci de le leur soumettre.

 

Dans ce texte, j’essaie de tirer au clair les raisons pour lesquelles la situation politique en France serait articulée aujourd’hui, dans les discours, autour de « 3 contradictions principales ». Il y en aurait 2 de trop. Quel est mon choix ?

 

Comme on le verra, cela m’a conduit à émettre quelques hypothèses concernant la nature du Front national.

 

Pour terminer cette introduction par une opinion de vote, qui ne se confond pas avec mon analyse, je dirai que je ne voterai ni Le Pen, ni Macron. Je ne voterai pas pour Marine Le Pen parce que son parti relève d’une idéologie que je m’efforce de comprendre sans vociférations mais qui m’est étrangère et dont je perçois les faiblesses et les déviances, tout en ayant une idée de plus en plus précise de son succès. Je ne voterai pas davantage pour Macron car cet individu est au centre de l’une des pires saloperies que la bourgeoisie d’affaires et leurs alliés socialistes et centristes en France aient concocté depuis longtemps.

 

Première partie : L’état actuel du monde et l’économie française dans cet ensemble.

 

Ce premier point vise à rappeler des analyses qui sont aujourd’hui à peu près claires concernant l’état actuel du monde. Je vais reprendre quatre idées.

 

1) La première est que notre époque est l’héritière d’une crise globale des structures capitalistes, apparue au cours des années 1970. Le capitalisme monopoliste d’Etat, qui fut la forme typique de fonctionnement du capital des pays développés après la deuxième guerre mondiale, montra alors ses limites. Ces phénomènes ont été abondamment étudiés. Le programme commun de gouvernement de la gauche fut un essai pour faire face à ces limites. Il a échoué pour des raisons qui sont encore en discussion.Cet écheca marqué et marque encore les esprits et les comportements.

 

2) La deuxième idée est que les grandes entreprises capitalistes et leurs Etats ont alors mis en œuvre « une autre solution », celle de la mondialisation capitaliste. Cette dernière a reposé sur la libéralisation, complète en théorie mais diversifiée dans la pratique, des flux de marchandises, des flux humains, des marchés du travail, des investissements, des secteurs publics, de la vente et de l’achat des entreprises, des inventions, de la finance, de la monnaie, du capital-argent, des taux d’intérêt, et de tout ce qu’il était possible de sortir de l’influence étatique et démocratique.

 

Avant 1980, les sociétés conduisaient tant bien que mal leur destinée. Elles entretenaient entre elles des relations internationales. Elles fonctionnaient sur la base de législations compensatrices des déséquilibres capitalistes. Après 1980, leurs destinées sont passées sous la conduite des marchés financiers, c’est-à-dire du grand capital financier, qui est devenu à peu près totalement incontrôlé. Pendant 20 ans, ce système a produit des effets certes négatifs pour les travailleurs dans les pays développés mais positifs pour le grand capital, qui s’est déployé dans le monde. Le système socialiste de type soviétique s’est effondré au cours des années 1990. Les dirigeants du monde capitaliste ont cru qu’ils avaient trouvé « LA SOLUTION ». La crise économique de 2007-2008, qui n’est pas résorbée, est venue sonner le rappel de ces illusions.

 

3) La troisième idée a trait aux conséquences de la mondialisation capitaliste sur le développement économique des pays dits du SUD. Il s’est produit une coïncidence heureuse entre, d’une part, la quête, par le grand capital des pays développés, de nouvelles sources d’exploitation et de nouveaux marchéset le besoin de développement des pays du Tiers-monde, d’autre part. Le capitalisme n’a donc pas terminé son existence avec la crise profonde et durable des années 1970. Il a trouvé, dans la mondialisation capitaliste et dans les pays en développement qui en avaient les moyens, la chance d’un nouveau rebond.

 

Certes, cela n’a pas mis fin aux crises qui le traversent en permanence. Celles-ci, au contraire, ont été amplifiées suite à la destruction des filets de sécurité qui fonctionnaient antérieurement au plan national, alors même qu’il n’existe pas d’Etat mondial susceptible d’en compenser certains effets.

 

En outre, le déploiement mondial du capital s’est traduit par l’accroissement des inégalités entre les différents pays du monde. Certains d’entre eux, comme la Chine ou l’Inde,sont entrés dans l’ère de l’industrialisation et de la vie moderne. Les investissements étrangers ont aidé à ce décollage. D’autres, au contraire, ne recevant même plus les miettes publiques que leurs distribuaient autrefois les Etats les plus riches sont entrés dans un état de misère encore plus grande. D’autres, ont été détruits par les pays développés, voulant en contrôler sans faille les ressources naturelles.

 

Enfin, la mondialisation du capital a engendré des formes visibles de surexploitation du travail dans tous les pays, sous-développés comme développés. Dans les pays sous-développés, les travailleurs acceptent ces formes pour que la raison que, n’ayant absolument rien, ils ont le sentiment de sortir de leur misère. Dans les pays développés, où les travailleurs ont réussi, par leurs luttes et leur épargne, à gagner un petit quelque chose, le sentiment général justifié est celui de la régression.

 

Le système capitaliste et ses rapports sociaux ont donc profondément évolué au cours des 50 dernières années. Les pays du monde entier ont été et sont bouleversés par cette évolution, qui s’accompagne de fortes migrations de population. Il s’agit, bien souvent, pour elles, de survivre en fuyant la misère.

 

Et pourtant, le système capitaliste en tant que tel n’a pas fini d’accomplir sa mission historique, qui est de contribuer à la production « des choses matérielles », à l’industrialisation du monde. Les pays de Tiers-monde (80% de la population) avaient essayé « les solutions socialistes » pour se développer. Mais ils ont pris conscience de ce que le moyen le plus rapide de le faire était de recourir au capitalisme, fût-ce sous contrôle. Ce dernier n’est donc pas mort.

 

4) La quatrième idée a trait aux organisations régionales, formées après 1945 ou au cours de cette période. L’une d’elle, l’Union européenne, nous concerne de très près, évidemment. Le premier traité important relatif à cette union fut signé en 1957, avant, par conséquent, que ne s’affirme le processus de mondialisation capitaliste. Mais ce dernier s’en est emparé et les forces sociales qui le dirigent ont réussi à lui donner la forme qu’elles souhaitaient lui donner :

 

a) être un chaînon intermédiaire de rationalisation des rapports entre les pays développés européens, généralement de petite taille, et le marché capitaliste mondial,

 

b) harmoniser et intensifier les règles de l’exploitation capitaliste sur le territoire européen lui-même, ou à ses frontières. Le mécanisme de la monnaie unique placé sous la direction du grand capital allemand, est la forme résumée de ces exigences.

 

Cela dit, ce chaînon intermédiaire, que l’on peut appeler « La Petite Mondialisation », n’a pas fait mieux que la chaîne tout entière, « La Grande Mondialisation ». L’Union européenne est un échec tout comme la Mondialisation capitaliste proprement dite.

 

Au terme de cette présentation, je tire, pour ma part, la conclusion suivante pour ce qui concerne la contradiction principale propre à la société française :

 

Le problème majeur actuel que l’on doit aider les salariés de ce pays à résoudre n’est pas tant celui de la sortie et de l’abolition du capitalisme, que celui de sa maîtrise, de son guidage, de son recul, tant au plan national qu’européen et mondial. Cela veut dire que dans ce processus, un certain nombre de capitalistes ont leur place, quand bien même les prolétaires devraient tenir un rôle éminent dans ce guidage effectif.

 

Mais comment peut-on prétendre que la contradiction principale actuelle n’est pas celle qui oppose et unit le capitalisme au socialisme ? La globalisation n’a-t-elle pas étendu les rapports capitalistes à toute la planète au point que désormais, la lutte se déroulerait entre le système mondial capitaliste et les travailleurs du monde entier ?

Publié par  El Diablo

Ils votent MACRON et se prennent pour des RÉSISTANTS [par Gilles Questiaux]

Paul von Hindenburg

Paul von Hindenburg

En réponse à des délires moralisateurs qui sévissent sur le net :

Il est historiquement totalement faux que « les communistes n'ont pas voulu choisir entre Hitler et les sociaux-démocrates » parce qu'on ne leur a pas proposé un tel choix. Le SPD (Parti social-démocrate allemand), qui avait utilisé les proto-nazis des corps-francs pour massacrer les communistes en 1919, a voté contre Hitler pour Hindenburg, vieille ganache ultra droitière comme moindre mal, qui a été élu, et qui a appelé Hitler au pouvoir quelques semaines plus tard, où il a interdit le KPD (parti communiste allemand), puis les autres partis d'opposition. Hitler n'a donc pas non plus été "démocratiquement élu", répéter cela c'est ignorance pure. Il a été choisi par l'élite qui l'a placé au pouvoir pour qu'il puisse faire son coup d'État.

S'imaginer qu'on est une espèce de résistant parce qu'on a voté Macron est trop bête et ridicule pour mériter un commentaire.

Par ailleurs, si Marine Le Pen était un danger pour la pseudo-démocratie de marché qui fait les délices de la go-goche, son parti aurait été interdit depuis longtemps. C'est un épouvantail pour petits-bourgeois, et un leurre pour prolos. La comparaison avec le parti nazi en 1933 témoigne d'une ignorance crasse teintée de mauvaise foi absolue : le parti nazi était appuyé par les mêmes forces économiques et médiatiques qui nous ont imposé Macron, et par l'armée, par les structures de l'État, et il faisait régner la terreur dans la rue.

Les gens qui s'enflent d'indignation contre l'abstention et le vote blanc auraient mieux fait d'essayer de convaincre les gens de ne pas voter Le Pen que de vouloir forcer les gens à voter Macron. Et s'ils avaient aussi peur de Marine Le Pen qu'ils disent, pourquoi n'ont-ils pas voté Mélenchon au premier tour?

Mais ils ont eu finalement ce qu'ils désiraient vraiment : un nouveau bail pour le capitalisme.

Quant à ceux qui pensent que le vote Macron, malgré tout, a préservé les libertés publiques, ils se trompent : le niveau de répression de la loi Khomri, qu'il avait directement inspirée, devrait rester dans les mémoires moins d'un an après. Le résultat le meilleur de ce point de vue aurait été qu'il gagne avec un ou deux millions de voix d'avance, et non dix ! maintenant, lui, et surtout la clique de technocrates libéraux qui l'entoure vont se croire tout permis. Un tel résultat impliquait de prendre le risque (très modéré) d'une victoire de Marine Le Pen, sachant qu'elle n'avait en main aucun des instruments qui ont permis aux fascistes et aux nazis d'instaurer la dictature en 1922 et en 1933.

Il est d'ailleurs curieux de voir tant de défenseurs de la démocratie du bulletin de vote ne pas s'inquiéter d'une situation où l'un des deux candidats parait exclu a priori de la victoire (et l'a d'ailleurs intériorisé). Ce n'est pas la peine de s'égosiller contre la menace de la dictature si elle existe déjà.

Ils ne comprennent pas qu'il ne fallait pas voter pour Marine Le Pen, non parce qu'elle serait une émanation du démon, mais pour les mêmes raisons qu'il ne fallait pas voter pour Macron : c'est une ennemie des travailleurs, ni plus, ni moins.

Gilles Questiaux

Le 8 mai 2017

SOURCE :

Ils votent Macron et se prennent pour des résistants - Réveil Communiste

http://www.reveilcommuniste.fr/2017/05/ils-votent-macron-et-se-prennent-pour-

Publié par  Le Mantois et Partout ailleurs

Sondage et réalités de la société française

Dire que le résultat de l'élection présidentielle montre une France en faveur du progrès, de la justice sociale et de la paix dans le monde, serait prendre des vessies pour des lanternes. A moins de considérer le vote Macron du 1er tour dans le camp progressiste, ce qu'il n'est évidemment pas. De ce fait, les droites au 1er tour avec Fillon et Macron enregistrent 43% des suffrages exprimés, leurs extrêmes 26% des mêmes suffrages.

Mais il y a le réservoir des non-inscrits, les abstentionnistes et les votes blancs ou nuls qui ne sont pas pris en compte par la loi de notre mauvaise république. Et pour le deuxième tour, Ipsos révèle cela après une enquête et les chiffres fournis par le ministère de l'Intérieur:

Sondage et réalités de la société française

C'est à dire que l'enfant prodigue du monde des affaires, élu à l'Elysée, représente 7% sur son projet politique, 4% sur son image, 14% parce qu'il faut une jeunet, plus 19% qui se sont exprimés sur sa personne contre l'extrême droite. On est bien loin des 66,1% relayés par les médias de la pensée unique.

Pour autant, l'extrême droite n'a pas été balayée du paysage politique. Elle double presque ses suffrages sur ceux obtenus par JM Le Pen en 2002.

Quel est le profil des abstentionnistes et des votes blancs et nuls selonIpsos?

De nombreux électeurs ne se sont pas déplacés et l’on a battu le record d’abstention depuis 1969 pour un second tour de la présidentielle. C’est aussi la première fois depuis 1969 que la participation a baissé entre le premier et le second tour, et ce malgré la qualification d’une candidate frontiste. En 2002, la mobilisation avait progressé de huit points entre le premier et le second tour. Avec la diffusion du vote frontiste à l’ensemble des strates d’électeurs, les 25,7% d’abstention sont une autre preuve de la « dédiabolisation » sinon du FN, en tout cas du vote Marine Le Pen. Ce dimanche, 41% de l’électorat 1er tour de Jean-Luc Mélenchon a préféré s’abstenir (24%) ou voté blanc et nul (17%). Outre les 40% de non-exprimés dans l’électorat de Nicolas Dupont-Aignan, 32% de l’électorat de François Fillon et 27% de l’électorat de Benoit Hamon n’ont pas non plus tranché. Classiquement, l’abstention a été sensiblement plus forte chez les jeunes (le tiers des moins de 35 ans ne s’est pas déplacé), 30% d’abstention chez les employés/ouvriers, les chômeurs (35%) et au sein des foyers les moins aisés (34%).

Lettre ouverte à ceux qui disent vouloir nous défendre

 

jeudi 11 mai 2017 
par  Charles Hoareau 
 

Je suis, comme tant de gens en France, quelqu’un qui se bat comme il peut contre ce capitalisme ravageur qui provoque chômage, racisme et guerres, qui fabrique du désespoir à la tonne et des quartiers ghettos. Un parmi tant d’autres qui voit que Macron n’est pas encore en fonctions que déjà les premières attaques s’annoncent à commencer par une aggravation par ordonnances de la loi travail et le maintien de l’état d’urgence. 


Le capital est rassuré. 


Son candidat est aux manettes et le nouvel habillage de ses défenseurs, ce que certains appellent la recomposition politique, et qui est en fait un retour au pouvoir de l’alliance PS droite qui a été la règle durant presque tout le 20e siècle à l’exception de quelques périodes très courtes (36, CNR, 81-83...) peut lui permettre d’espérer d’avoir les mains libres pour revenir sur toutes les conquêtes du monde du travail qui entravent ses bénéfices.


Comme me l’a écrit quelqu’un hier « il va falloir ressortir le matos » (qu’on n’avait guère rangé !) et amplifier encore tant qu’on le peut le combat sans attendre. On va continuer de le faire syndicalement, politiquement, associativement. 


On le sait. On continuera à se battre.


On sait aussi que si on a des élus, des relais politiques, cela peut nous aider et que ce sera plus dur sans cela. Alors depuis un moment et encore plus depuis mardi soir où a été officiellement annoncé le blocage entre FI et PCF je suis…je ne peux pas dire les mots. Je ne peux même pas dire désespéré car c’est un luxe que l’on ne peut pas se permettre quand on est dans le camp de celles et ceux qui sont le dos au mur dans le combat contre le capitalisme.

 

Mais enfin ! Où est votre boussole 


Bien sûr que les organisations c’est important mais à condition qu’elles soient au service du monde du travail, de tous les laissés pour compte, des exclus !!! Ça ne peut pas passer avant !


En plus dans une période de régression sociale qui dure depuis des décennies 


Les organisations et les individus qui ont soutenu la candidature Mélenchon ont le devoir historique de s’entendre avant la date limite de dépôt des candidatures sinon il nous restera quoi ? L’acceptation en pleurant de tout ce qui n’est déjà plus acceptable ? La plongée dans la barbarie où veut nous entrainer ce système ? La lutte armée 


C’est quoi qui est recherché avec ce blocage ? La disparition ? Une ou l’autre force croit-elle pouvoir tirer son épingle du jeu et avoir des élus à l’issue d’un combat fratricide 


Sur la base des présidentielles, les projections actuelles évaluent à près de 500 circonscriptions celles où il y aura des triangulaires ou des quadrangulaires. Même s’il faut être prudents et qu’aucune élection ne ressemble à une autre, il est incontestable qu’il y a un coup à jouer et que Macron et son alliance gauche/droite peuvent être mis en difficulté. Vous vous rendez compte ce que cela voudrait dire comme possibilités de point d’appui pour nos luttes sans lesquelles il n’y aura pas de retour vers le progrès social 


C’est la peur de gagner qui vous paralyse ?


Si le blocage actuel se maintient tout ce que vous allez gagner les uns et les autres c’est la déception à commencer par vos propres militants, conforter les sectarismes, rendre plus crédible la possibilité d’une majorité parlementaire pour Macron (alors que justement 61% des français n’en veulent pas), voire une pluie de votes blancs et nuls encore plus grande que le 7 mai et dont vous serez ce coup-ci les destinataires…

 

Je ne sais pas si mon courrier, qui vient après tant d’autres, vous fera entendre raison mais je sais qu’en cas d’accord nous serons nombreux à nous engager alors que dans le cas contraire vous nous contraindrez pour une large part à rester spectateurs…du moins de cet acte là parce que pour le reste on est déjà à l’action.


 

Commentaire


Cher Charles


Cela n’arrive pas souvent mais là, je suis en désaccord profond avec toi.

 

je ne vois absolument pas ce qu’un un accord électoral FI-PCF , dans la situation actuelle de« décomposition-recomposition » donnerait un quelconque point d’appui pour nos LUTTES à venir..

 

Le systéme antidémocratique , le rapport de forces actuel, l’absence TOTALE , malgré nos efforts (je pense à l’ANC ) de faire revivre desrepères marxistes dans la Guerre de classes qui fait rage et va s’amplifier,

 

... tout cela combiné me fait dire que le BOYCOTT est , selon moi qui prend le risque de me tromper la seule façon de ne pas crédibiliser le fait qu’on pourrait avoir, à l’ASSEMBLEE de possibles « défenseurs » !!

 

Non, pour moi, un parti qui a enterré la visée COMMUNISTE, qui s’est mis« hors -jeu » par sa « social démocratisation » , et un« mouvement » qui participe objectivment à une opération visant à faire croire qu’on peut faire vaciller le Capitalisme avec cette bouillie « écolosocialiste » faite de recettes à la PODEMOS, ou SYRISA,

 

......qu’ils soient unis ou pas, ils n’enverront à l’ASSEMBLEE aucun point d’appui pour nos LUTTES

 

Dire cela ne consiste ps pour moi à nier que dans le vote MELENCHON, il ya de la colère disponible pour LUTTER..Qui est tout aussi présente chez les votes « nuls », blancs" , les boycotteurs de mon genre, y compris logée hélas dans les votes-dégueuloirs FN...

 

De là à crédibiliser un possible lien VOTES-LUTTES parce qu’au lieu de 10 parlementaires estampillés FDG, il en restera 5 ou -6 se réclamant du PCF de M.LAURENT qui par ailleurs les aura sauvés par un accord avec Mélenchon..et le PS, vraiment, je n’en suis pas !

 

Dit en toute cordialité communiste


A.C

Question du jour

 

Publié le 11 Mai 2017

On ne peut pas rire de tout.

Question du jour

 

Pourquoi en matière d'itinérances électives reprocher à Beppelenchon ce qui il y a trente ans faisait rire quand c'était Bernard Tapie ? 

 

Certains diront qu'à l'époque déjà il y avait des mauvais coucheurs qui ne riaient pas.

 

Il y a trente ans Canaille le Rouge déjà ne riait pas.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Clarification

 

Publié le 12 Mai 2017

Cri du cœur ? 

Profession de foi ?

 

Clarification

 

Alors que la colère gronde, qu'il a exigé d'obtenir vos suffrages pour y répondre, à l'occasion de la première d'un grand bal des cocus magnifiques, les masques tombent.

 

« Je ne veux pas affaiblir le PS, je veux le remplacer »,

 

Jean-Luc Mélenchon, jeudi 11 mai, Marseille.

 

Remplacer une social-démocratie faillie au main d'une tendance "canal historique" du complexe trotsko-réformiste par une autre social-démocratie aux mains d'une autre tendance du complexe trotsko-réformiste ayant fait scission pour assurer la relève. Nous y voilà.

 

Malgré les nombreuses et diverses sollicitations, Canaille le Rouge ne regrette pas son refus de se compromettre à co-porter ce projet. 

 

Une sortie de Beppelenchon qui permet à Canaille le Rouge de rappeler pourquoi ses désaccords de fond avec la dérive construite et entretenues vers les enfers via les Styx électoraux par une direction du P"c"F ne l'a conduit à rejoindre ses légions . 

 

Plus attachée à ses mandats qu'à garder à l'esprit sont but fondateur  : abattre le capitalisme, les abandons de la place du colonel Fabien, ses tergiversations entre le canal historique et la nouvelle vague des futurs bobos roses n'ont pas incité La Canaille à s'embarquer sur le radeau des insoumis.

 

D'autant que de jour en jour,  les côtes élyséennes ayant disparu de l'horizon, un cannibalisme féroce commence à s'y manifester.

 

Les insoumis, les moins soumis à Beppelenchon qui ne sont passés par dessus le bord servent de provende à ceux du cercle les moins extérieurs en attendant qu'à leur tour ils passent à la casserole ou soient jeter aux requins.

 

Méthode stalinienne bien référencée : " ils s'apurent en s'épurant ".

 

Les vieux réflexes de la vieille maison social démocrate ravalée avec les slogans issus du G.O.F. pour échapper à la nature de classe des explications à apporter servent d'écrin. A l'exemple de ces "gens" substitués aux "camarades" de lutte du camp progressiste et quelques autres ambiguïtés de même facture. 

 

Certainement que sa volonté de se passer de tous types de partenaires et d'éviter tout débat avec les représentants historiques du mouvement associatif social et syndical pour son projet à accepter sans débat est-il dans les gènes transmis par celui qui remplaça la vieille SFIO d'alors par ce PS aujourd'hui à son tour perclus de rhumatisme solferinoculaire.

 

Melenchon un héritier de Mitterrand ? 

 

C'est en cela que sa déclaration n'est pas une surprise, mais qu'une banale confirmation. Merci mais on a déjà donné.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Hokusai : dans la tempête, le courage des humbles égales la majesté de la montagne…

 

12 Mai 2017

 

Dans la tempête le courage des simples égale la majesté de la montagne. Splendide Hokusai

 

Je suis rarement d’accord ces derniers temps – et même un peu avant – avec Pierre Laurent et la manière dont il a géré le Congrès, les élections, mais je dois dire que pour une fois je n’ai rien à reprocher à sa gestion de la relation avec la France insoumise ou plutôt ses leaders nationaux…

 

Comme il l’a dit – quel que soit l’état vers lequel les dirigeants du PCF nous ont menés – il était impossible d’accepter la mise en tutelle qu’impliquait l’alignement sur la charte de ce mouvement. Plus encore qu’un principe, il s’agit je l’espère d’un choix fondamental, stratégique, face au projet de Mélenchon, tel qu’il l’a exprimé: se mettre à la place du PS.

 

Nous ne pouvons pas accepter de cautionner une illusoire destruction-reconstruction dont les sociaux-démocrates ont le secret pour mieux renaître de leurs cendres en nous détruisant ou en nous transformant en parti croupion, nous avons à peine survécu à près de quarante ans de ce régime et la vie politique française en ressort en l’état où elle est aujourd’hui. Personnellement sans faire le moindre procès d’intention à Mélenchon c’est ce que j’ai toujours subodoré et qui m’a conduite à refuser de le laisser gérer le destin des communistes. Je pense que notre pays a besoin d’un Parti communiste et je le dis sans aucune agressivité face aux autres partis et sensibilités de gauche. Il faudra bien apprendre à coexister, à nous rassembler.

 

J’ajouterai que malgré les apparences un besoin urgent d’un parti de classe se fait sentir comme facteur de ce rassemblement. Les partis français semblent en pleine déroute et les petits derniers derrière leurs leaders, qu’il s’agisse de la FI ou de la France en marche (ils fonctionnent avec de nombreuses similitudes) semblent avoir oublié que chacun fait moins du quart des votes et encore en tenant compte des forces qu’ils prétendent mépriser. Le spectacle n’est pas de celui qui provoque l’enthousiasme en particulier face aux politiques que le président élu veut nous imposer. Cela veut dire que la décomposition de surface risque de se heurter au socle fondamental des opinions, ils ne veulent pas de cette politique.

 

Donc j’approuve pour une fois la position de Pierre Laurent qui n’a pas voulu accepter la mise en tutelle, je ne regrette que le caractère tardif de la position. Mais passons, il y a un autre point, celui-là est tactique mais il a le mérite d’être en concordance avec l’option précédente, à savoir préserver les chances d’un maximum de députés communistes et j’ajouterai de la FI et même d’une partie du PS, à savoir laisser les instances locales gérer des accords qui partent du terrain. Au point où nous en sommes c’est le simple bon sens.

 

Cette belle estampe d’Hokusai et son sujet dit ce qui me semble être ce sur quoi les communistes doivent tabler et tant qu’ils auront conscience de cette force là, ils pourront se battre.

 

Donc pour revenir à la position de Pierre Laurent, je la considère comme la seule possible dans l’état où une gestion erratique et au jour le jour nous a conduits, mais je crois qu’il faut absolument que l’on n’en reste pas là et que l’on se donne enfin les moyens de penser une stratégie et celle-ci devra partir d’une véritable analyse du mouvement du monde et de la situation de notre pays et de ses couches populaires pour construire enfin un parti communiste vraiment utile, cette utilité doit être la base de notre reconstruction face au spectacle dérisoire des appétits individuels et des ambitions déchaînées.le parti ne retrouvera sa place que si il est capable d’être comme celui qui a imposé la sécurité sociale, le statut du mineur, et tant d’autres conquêtes, y compris le droit de vote des femmes…

 

Danielle Bleitrach

PCF, l’heure de vérité...

Déclaration du réseau Faire Vivre et Renforcer le PCF

 

par  lepcf.fr,

pdf 

 

Dans quelques semaines, les législatives viendront compléter la situation politique recomposée issue de cette campagne présidentielle. Elles exigent de tirer de premiers enseignements urgents des résultats.

 

Le monde du travail, les services publics, les collectivités locales, auront besoin de députés points d’appui pour résister, se faire entendre, reconstruire.

 

Mais la direction du PCF s’entête dans l’impasse et la confusion paralysant les communistes.

 

Pendant des mois, les dirigeants du PCF ont désespérément cherché les conditions d’alliances toujours plus incertaines, multipliant les "lundis de la gauche", les rencontres d’appareils, de dirigeants, laissant les militants dans l’incertitude sur la stratégie, le contenu, et les conditions pratiques de l’action. Pendant ce temps, les 4 candidats arrivés en tête au premier tour menaient bataille sur leur ligne politique, sans se soucier du "rassemblement", mais en construisant partout le rapport de forces le plus favorable pour eux.

 

Les médias et le système politique les ont largement favorisés, mettant en scène les conditions de la reproduction politique souhaitée par les oligarchies qui dirigent, une recomposition politique qui change tout pour que rien ne change. Il fallait tuer Fillon pour maximiser l’effet repoussoir de Le Pen. Il fallait tuer Hamon pour maximiser l’effet sauveur de Macron, mais il fallait le maintenir pour ne pas risquer de pousser Mélenchon jusqu’au deuxième tour.

 

Il faudra après les législatives comprendre les ressorts d’un système dont on dit qu’il est en crise profonde, systémique, mais qui a la capacité de mobiliser de telles forces sociales, économiques, culturelles qu’il réussit à transformer une défaite assurée en victoire politique, symbolisée par le geste paternel de Hollande envers son successeur.

 

Il faudra regarder en face les scores très élevés du Front national dans des terres ouvrières qui ont longtemps fait la force du PCF, provoquant une fracture lourde de danger dans le peuple entre ceux qui ont massivement voté pour faire barrage au FN, notamment dans les quartiers populaires des métropoles, et ceux qui ont voté FN contre la mondialisation, notamment dans les régions désindustrialisées. Cette fracture politique est la traduction du renoncement du PCF à son rôle historique de parti de la classe ouvrière.

 

Le futur ex-FN tente de se positionner comme principale force d’opposition de concert avec la stratégie de Macron visant a créer une nouvelle bipolarisation à l’américaine garante de la poursuite du système.

 

Les communistes paient lourdement 20 ans de fuite en avant dans une "refondation" qui n’a jamais cru à l’utilité du parti communiste, qui l’a toujours mis sous la table, qui a toujours considéré comme secondaire de s’engager, de s’organiser comme un parti d’action, de terrain, dans les entreprises et les quartiers…

 

Jean-Luc Mélenchon propulsé par notre renoncement à la candidature en 2012 rassemble de nombreux électeurs de la gauche historique communiste et socialiste, qui est à son plus bas niveau historique. Conforté par le résultat du premier tour, il tente dans une démarche toute miterrandienne d’en finir avec le PCF, pour construire une nouvelle force politique de gauche sans ancrage au communisme.

 

Marie-Georges Buffet appelle le PCF à se dépasser tandis que Pierre Laurent laisse planer le doute sur le changement de nom de notre parti.

 

Mais le parti communiste ne doit ni se dépasser ni s’effacer. Il doit se reconstruire, se renforcer, s’organiser, se battre, et gagner les 11 et 18 juin, le plus de points d’appuis législatifs possibles pour réouvrir enfin son histoire.

 

Nous n’attendons aucune solution du rassemblement par en haut ou de la vieille tambouille électorale qui nous déconsidèrent. Nous ne sommes à vendre ni à la France insoumise, ni à la nouvelle force politique que promet Hamon.

 

La bataille des législatives peut nous permettre d’avancer dans la reconstruction du parti communiste. Dans quelques circonscriptions, nous pouvons faire élire des députés déterminés à résister et à porter les intérêts populaires point d’appui pour tous ceux qui luttent. C’est l’urgence, et notre direction nationale doit enfin s’y consacrer entièrement, au lieu de chercher de nouveaux expédients ;

 

Ensuite, il faudra une conférence nationale des animateurs de sections pour tout mettre sur la table : un bilan concret et partagé des 20 années de mutations, refondations, métamorphoses, de nos résultats électoraux, de nos bases militantes, de notre capacité à être utile dans les luttes sociales, politiques et idéologiques pour unir notre peuple autour du nécessaire changement de société.

 

Faisons le point pour tenter de trouver une issue

 

Publié le 9 Mai 2017

Sans date ni périodicité, 

première approche pour une réflexion,

pour ne pas se résigner,

pour travailler à une réelle alternative

 

Faisons le point pour tenter de trouver une issue.

 

Bien. Maintenant que nous avons un peu fait le tour du propriétaire pour l'état des lieux après la tornade, que le recours à la colère, l'humour, la dérision aient aidé à surmonter l'amertume, ne croyez-vous pas qu'il serait temps de revenir à des choses plus sérieuses et surtout beaucoup plus importantes même si moins drôles ?

 

La question n'est pas de préparer des législatives qui, compte tenu de la finesse diabolique des institutions dont les commis du capital ont bardé son système de défenses institutionnelles, permettront aux mieux de sauver la face et entretenir les illusions, au pire, et c'est en route, à enregistrer une victoire de durée conséquente mais non définitive de la réaction capitaliste qui aura mis 60 ans à éliminer l’espoir de 1917, et 80 à éradiquer les balises fortes installées ici en 1936.

 

La question qui taraude ceux qui gardent une fibre révolutionnaire, des repères communistes est d'abord de savoir comment nous en sommes arrivés là. " Là " étant cette défaite idéologique majeure qui fait que la solidarité et l'action rassemblée pour progresser ensemble a été submergé par les flots de l'idéologie individualiste que le nouveau locataire de l’Élysée veut substituer aux repères et normes des droits collectifs pour permettre au capital de non seulement se maintenir, mais faire encore plus supporter sa crise structurelle à ceux qui le nourrissent et souffrent voir crèvent de ce parasitisme.

 

Soyons clair. Canaille le rouge ne prétend pas arriver et dire voilà comment et pourquoi cela s'est passé ainsi. Non. Mais simplement proposer à ceux qui ne se sont pas résignés à la dérive devenue dérapage puis glissade avant d'être dégringolade de réfléchir aux causes de l’échec, les lieux où cela s'est construit et la part qui ont prise toutes les organisations qui l'ont accompagnée, l'ont laissé faire, ont refusé de la combattre voire ont baissé la garde.

 

D'abord donc prendre date sur le constat ; c'est le but de ce premier travail pour appeler ceux qui partageraient cette volonté de ne pas rester seul à ruminer. Ensuite parce qu'il ne faut pas cacher les choses, Canaille le Rouge n'est pas un voyageur sans bagage et son parcours de communiste orphelin d'un parti révolutionnaire depuis 20 ans et son souci de participer à ce que le monde du travail " ne perde pas pied dans le combat quotidien " l'a fait continuer d'agir dans des conditions évoluant dans le temps et avec l'âge pour le combat revendicatif comme avec ses camarades de Rouges Vifs île de France. Avec eux, il a engagé le pari de reprendre l'idée de la primauté du travail avec les salariés des entreprises, là où se crée la valeur et s'organise les conditions capitalistes de son accumulation.

 

Canaille le Rouge pense même que si au lieu de les stigmatiser depuis les antichambres et autres cabinets de tout genres, l'énergie que certains désespérés d'aujourd'hui ont dépensé à les combattre lui et ses camarades l'avaient utilisée à reconstruire une organisation se mettant à disposition du monde du travail et de la création pour construire une alternative, nous n'en serions peut être pas là. 

 

Choisir de défendre contre toute réalité l'action et le bilan des abandons et reniements de 97 à 2002 (chacun peut voir aujourd'hui où en sont leurs promoteurs), blacklister et laisser blacklister ceux qui dénonçaient la dérive puis, preuves en mains, la trahison a été ferment de l'effondrement et ils sont en cela marqués d'une responsabilité qui demandera qu'ils s'en expliquent et reconnaissent leur responsabilité avant de pouvoir être crédible dans la reconstruction.

 

Le ton est dur. Oui. Mais pas plus violents que celui dont ils ont usé pour rester à la table des gestionnaires de la crise en mentant sur l'impossible issue de leur voie pour les travailleurs. Pas plus violent que la férocité de ce que leur renoncement a permis contre le monde du travail alors qu'ils s'en présentaient comme le représentant.


Pour changer la société, il faut ne pas s'inscrire dans ses schémas de fonctionnement. Vouloir revendiquer être un parti comme les autres conduit à terme a être parmi les rouages et des autres instances de ce qui doit être subverti et donc s'interdire sous peine d'automutilation de changer l'ordre des choses. C'est ainsi que naissent le réformisme et l'accompagnement du système dont la gestion de sa crise structurelle.

 

Disons-le clairement le monde du travail abandonné par ceux qui disait parler en son nom, entraîné par ceux-là même qui prétendaient les représenter à leur déléguer la représentation et les inciter à ne plus agir, orphelin de ceux qui parlaient comme eux et agissaient avec eux s'est pour les plus lucides traduit par le départ, et pour les plus vulnérables se sont doucement tournés vers d'autres usant des mots attendus pour les tirer vers d'autres espaces qui répondaient aux attentes du capital et organisaient divisions et conflit sur des bases racistes et chauvines servant au nom des valeurs républicaines encore partagées de rabatteurs vers le piège des gérants du système et de sa crise.

 

Oui, la défaite est tragique, le paysage est désolé. Pour reconstruire, surtout ne rien prendre des charpentes vermoulues ni des pierre ayant subi le gel et le feu. Il faut des matériaux neufs.

 

Pour ce qui concerne La Canaille, il va persister à rechercher la réflexion collective pour aider à la construction d'une alternative en proposant de renouer de façon rénovée avec ce qui a fait la grande force du PCF d'alors : la primauté au mouvement populaire, la contestation du capital sur les lieux où celui-ci s’accapare les richesses, les entreprises, bureaux, services en proposant la construction par les intéressés eux-mêmes d'un réel socialisme démocratique autogestionnaire.

 

Sur la page de garde des écrits et publication de Canaille le Rouge il est écrit "avec un bon rapport de force, l'utopie est à portée de la main" accompagné d'un " Utopiste debout! ".

 

Dans ce contexte et en t'appelant camarade, toi qui as réussi à venir au terme de ce texte, à le partager si tu le juges digne d'intérêt, pour sa part, Canaille Rouge persiste et signe.

Rédigé par Canaille Lerouge

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