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PCF Vie et débats

Pour unir les communistes, réouvrir les questions stratégiques de notre histoire

 

par  pam
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Bousculé par l’échec électoral de 2017, le PCF doit se réinventer sous peine de disparaitre. Mais l’émiettement des points de vues internes illustré au dernier congrès, comme la dispersion des forces communistes issues du PCF depuis des décennies peuvent pousser au pessimisme, freiner l’effort de reconstruction, participant ainsi à cette recomposition tirant un trait sur le cadre politique issu du choc de 1917, recomposition symbolisée à gauche par la France insoumise.

 

Si la direction du PCF reconnait "un véritable échec électoral" qui "pose directement la question du rôle et de l’avenir de notre parti", qui notamment "reste confronté aux problèmes institutionnels du présidentialisme qu’il n’a pas su à ce jour résoudre", si elle annonce un débat stratégique, elle n’a pas fait appel à ceux qui ont produit au fil des congrès des idées alternatives au discours général de la mutation et de ses suites.

 

Les décisions stratégiques du PCF ces dernières décennies ont toujours produit des divisions, des départs qui ont produit l’émiettement actuel du courant communiste. Les oublier ne nous aidera certainement pas à reconstruire, car les questions stratégiques qui ont divisé les communistes dans leur histoire ne sont pas sans rapport avec celles auxquelles ils doivent répondre aujourd’hui. 


- Faut-il une "révolution" ou peut-on changer une société petit à petit ? 
- Comment nommer une autre société que le capitalisme ? socialisme ? communisme ? 
- Une voie pacifique est-elle possible ? Faut-il des "étapes" successives, comme le projet d’une "démocratie avancée" ? 
- Comment unir le peuple face à une bourgeoisie qui fait toujours tout pour le diviser ? Doit-on s’adresser aux "99%" des gens où y-a-t-il des classes sociales particulières pour les communistes ? 
- Le communisme est-il invalidé par l’effondrement soviétique où faut-il au contraire reconstruire une histoire communiste des pays socialistes ?

 

Les réponses des philosophes Lucien Sève et Georges Gastaud, des anciens députés Pierre Zarka et André Gerin, des économistes Paul Boccara ou Jean-Claude Delaunay, de la sociologue Danielle Bleitrach ou du syndicaliste Charles Hoareau représentent tous dans leur diversité des contributions à ces débats du PCF. Leur divergences ne sont pas nécessairement antagoniques, si on les considère dans l’histoire en cherchant à répondre, tenant compte de leurs apports, aux questions du communisme telles qu’elles se posent en 2017.

 

Le prochain congrès peut-il être celui qui élira une direction capable de reprendre enfin ces questions en tenant compte de la succession d’échecs et de divisions, capable de rechercher enfin l’unité des communistes sur un vrai débat stratégique de fonds qui assume et dépasse les clivages ?

 

Il faudrait pour cela mettre clairement ces questions stratégiques sur la table, et se dire que personne, aucune des directions actuelles ou passées, et aucun de ceux qui s’y sont opposés, n’ont une réponse toute faite à la hauteur du défi stratégique de la reconstruction d’un parti communiste rassembleur, organisé, utile, dans un grand pays capitaliste développé.

 

Je rêve d’un dirigeant communiste capable d’ouvrir une nouvelle ère du parti communiste, clôturant la longue période ouverte par la mutation, tirant enfin les leçons de l’échec de l’union de la gauche sous ses formes successives pour reprendre le fil de l’histoire communiste, reconstruire cet intellectuel collectif ancré dans les réalités sociales et inventer les réponses actuelles aux questions de la révolution dans un grand pays développé du capitalisme mondialisé.

 

Le résultat des élections présidentielles et législatives inquiète. Malgré le maintien de ses députés, le parti communiste sort affaibli de ses élections. La réussite de Jean-Luc Mélenchon au premier tour et de la France Insoumise n’empêche pas que la gauche est a son plus bas historique. que PCF et FI perdent aux législatives plus de la moitié des voix présidentielles, contrairement à 1981 où les communistes avaient retrouvés les voix Marchais aux législatives. La bourgeoisie a réussi une opération de recomposition qui certes ne résout rien au plan économique et social, mais confirme sa capacité politique à imposer sa domination.

 

Pourtant, la colère populaire est très large contre un système injuste, inefficace, incapable de répondre aux aspirations de ceux qui ne vivent que du travail ou de la solidarité. Pourtant, le capitalisme parait toujours plus violent, cynique, créant un monde dangereux pour l’humanité, pour la planète. On sait que le capitalisme produit lui-même ses propres fossoyeurs. Détachés ou ubérisés, externalisés ou délocalisés, précarisés ou intégrés, immigrés d’ici ou de loin, les travailleurs restent la richesse première des capitalistes, celle contre qui ils mènent une guerre permanente pour extraire la plus-value, provoquant résistances et colères, terreaux fertiles aux prises de conscience.

 

L’idée communiste ne peut ainsi que renaître, même de ses cendres, si elle peut transformer les colères en forces, en organisation, en solidarité, et pour finir, en perspective politique. Mais bien évidemment, l’émiettement de ceux qui en parlent est un frein...

 

Que le débat soit vif est naturel. Il ne peut être en dehors des contradictions, des histoires, des conflits qui ont marqués le mouvement communiste depuis des décennies. Pourtant, s’il y a des analyses justes, des idées pertinentes, ce ne sont pas seulement la justesse ou la pertinence des idées qui feront la reconstruction communiste. Il faut aussi des militants capables d’unir les forces nécessaires pour que l’alternative prenne une dimension de masse, condition de sa force, et il faut des dirigeants qui la représente... Brecht fait dire à Lénine dans un texte "idées, qui sers-tu ?". Une idée n’existe pas en dehors de ce que les hommes et les femmes en font, en dehors de son rôle dans les luttes idéologiques politiques et sociales. On ne peut construire sans cohérence des idées, mais il n’y a pas de cohérences des idées sans réelle construction militante, sans effort d’organisation, donc d’unité.

 

Les personnalités issues du PCF ne manquent pas, bien que dispersées, souvent opposées dans l’histoire mouvementée de la recherche d’une "voie Française et pacifique au socialisme", puis d’un "nouveau communisme", opposée aussi dans la conception du rassemblement nécessaire et du rôle du parti, entre union de la gauche, collectif anti-libéraux, Front de Gauche, puis France insoumise, longue histoire dont il faut tirer le bilan, car ce n’est pas en l’oubliant qu’on aidera la reconstruction, au contraire.

 

Il faut reconnaitre que personne n’a été à a hauteur du défi historique de la reconstruction communiste après la victoire du capitalisme mondialisé. Aucune analyse historique n’a permis une réponse capable d’unir et de reconstruire, ni bien sûr la direction qui a organisé de congrès en congrès des stratégies toutes mises en échec, ni ceux qui ont fait la "mutation" du PCF, ni ceux qui ont poussé et poussent encore à une refondation dépassant la forme parti, ni ceux qui l’ont quitté pour tenter de reconstruire autre chose, ou pour organiser les militants en attente de cette reconstruction, ni ceux qui ont pesé dans le PCF pour d’autres orientations, ni ceux qui ont continué à écrire sous leur nom en se mettant de coté...

 

Il y a bien sûr des responsabilités, mais on doit aussi reconnaitre que la période a été bousculée par la violence d’un capitalisme mondialisé qui a cru être arrivé à la fin de l’histoire, qu’il est normal d’avoir fait des erreur en tentant de "repenser" l’engagement communiste. Ce qui serait dangereux, c’est de ne pas voir, 30 ans après la chute du mur, les contradictions, les résistances qui ré-ouvrent l’hypothèse communiste, de ne pas voir que tout le socialisme du XXème siècle n’a pas disparu mais au contraire a laissé des traces profondes, bien sûr avec Cuba en Amérique Latine, mais aussi en Chine, et même en Russie. Ce qui serait suicidaire pour les communistes, c’est de penser que le "nouveau monde" invaliderait les questions stratégiques passées, celles de la nature de la transformation sociale, donc de la révolution et du projet de société, donc du socialisme.

 

Le programme de l’université d’été du PCF a semblé ouvrir le débat, avec de multiples intervenants, mais il a une zone d’ombre... notre propre histoire et ses contradictions. Aucun intervenant porteur d’un discours critique de l’histoire de la mutation du PCF et de ses choix stratégiques.


- « Faut-il une "révolution" ou peut-on changer une société petit à petit ? 
- Comment nommer une autre société que le capitalisme ? socialisme ? communisme ? 
- Une voie pacifique est-elle possible ? 
- Faut-il des "étapes" successives, comme le projet d’une "démocratie avancée" ? 
- Comment unir le peuple face à une bourgeoisie qui fait toujours tout pour le diviser ? 
- Doit-on s’adresser aux "99%" des gens où y-a-t-il des classes sociales particulières pour les communistes ? 
- Le communisme est-il invalidé par l’effondrement soviétique où faut-il au contraire reconstruire une histoire communiste des pays socialistes ? »

 

La mutation, puis la refondation/métamorphose/Front de gauche ont apporté parfois dans le flou des réponses en rupture avec l’histoire du PCF... priorisant la voie électorale, institutionnelle, une gestion "sociale" des biens communs qui se présente opposée au marché mais sans nationalisations, sans "révolution", une démocratie étendue avec les 99%, en supposant que la "force de la politique" permettra de répondre à la "politique de la force" [1]. Mais ceux qui ont cristallisé les oppositions à ces transformations du PCF sont ignorés.

 

Le dernier congrès, et les résultats de 2017 posent cette question avec acuité, plaçant la direction, qui reconnait elle-même un "véritable échec", devant la responsabilité historique d’ouvrir réellement le débat stratégique, c’est à dire de parler à tous, de chercher dans toutes les analyses historiques de communistes ce qui peut aider à comprendre, ce qui est utile à reconstruire. Elle s’enfermerait dans l’échec en réduisant ce débat dans la continuité des stratégies de ces dernières années, dans la recherche éperdue d’une nouvelle solution pour "la gauche". Le débat a besoin de faire le tour des divisions entre communistes nées de réactions différentes à une histoire mouvementée, fin de l’URSS, fin de l’union de la gauche, mondialisation, transformation du travail, du capitalisme et de ses institutions.

 

La mutation avec ses suites a été une tentative de réponse historique qui a échouée. On ne reconstruira pas un grand parti communiste sans réouvrir les grands décisions stratégiques qui ont transformé le PCF depuis le programme commun.

 

[1Citation connue de Gorbatchev reprise par Charles Fiterman quand il était encore au PCF

Bilan et stratégie, la direction s’enferme dans le refus du débat. Cela suffit !

 

par  lepcf.fr
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Le Conseil national était réuni ce jour, vendredi 25 août, pour débattre de la préparation du Congrès extraordinaire.
 
Notre parti sort d’une période électorale difficile, la stratégie mise en place ces 10 dernières années nous a conduit d’échec en échec et la visibilité nationale du PCF est en chute libre. Alors que la rentrée s’annonce chargée, vu ce que veut nous imposer le capital avec Macron en passant à une nouvelle étape dans l’exploitation et la mise en concurrence des salariés, la casse de la protection sociale, la destruction des services publics et l’accaparement des richesses nationales, la domination de l’union européenne sur la France.
 
Dans ce cadre, l’exécutif a proposé un questionnaire censé permettre aux communistes de participer à l’élaboration de l’ordre du jour du Congrès. 
 
Mais il s’agit surtout pour la direction de détourner les communistes des questions stratégiques et d’un bilan, et de corseter l’assemblée des animateurs de section prévue le 14 octobre.
 
Le questionnaire proposé mêlait indigence et évitement des questions stratégiques, ce qui nous a conduits à refuser de souscrire à une telle démarche. Il a finalement été rejeté en l’état par le Conseil National dont à peine la moitié était présente.
 
Une fois de plus la direction nationale n’est pas arrivée à convaincre sur sa copie et le CN est apparu divisé.
 
Mais la direction s’entête à produire un nouveau questionnaire et prend prétexte de cette réécriture pour repousser l’assemblée des animateurs de section.Donc, non seulement elle veut une fois de plus parler de tout pour ne parler de rien et éviter les questions essentielles pour l’avenir du PCF et de notre pays, mais en plus, en modifiant la date elle remet en cause une des rares décisions qui fait l’unanimité chez les communistes, qui voient en cela un possible moment de débat fraternel et de rassemblement.Aurait-elle peur que se reproduise ce qui s’était passé à l’Assemblée extraordinaire des animateurs de section en 2007 ? Cette assemblée avait en effet rejeté la perspective du changement de nom de notre parti et sa disparition au profit d’une nouvelle force de gauche.

Nous sommes d’autant plus alertés que le questionnaire proposé, comme les diverses déclarations du secrétaire national, vont toutes dans le sens de la poursuite de la "transformation" du PCF, transformation destinée en fait à justifier l’effacement de notre parti et le renoncement à notre identité communiste.
 
Le débat doit s’ouvrir vite et à partir du bilan depuis le 30ème congrès de Martigues qui reste la ligne directrice de la direction nationale. Il n y a pas d’issue ni d’unité des communistes possibles sans ce travail.
 
La fuite en avant devant chaque échec ne peut plus durer.
 
Nous appelons les communistes à ne pas se laisser paralyser. Ils doivent être les vrais maîtres de leur parti, des choix stratégiques et de leur destin militant et prendre sans attendre les initiatives permettant le débat nécessaire et urgent, en même temps que les initiatives adaptées à la situation politique et sociale, avec la première étape du 12 septembre.
 
Nous nous mettons à disposition de ce débat que nous avons déjà largement traité au travers de notre dernier texte de congrès et de nos 5 chantiers.
 
Nous donnons rendez vous à tous au stand de la revue "Unir les communistes" à la Fête de l’humanité. 
 
Caroline Andreani, Danielle Trannoy, Gilles Gourlot, Jean-Pierre Meyer, Jean-Jacques Karman, Paul Barbazange, Anne Manauthon, Marie-Christine Burricand, Michaele Lafontant, membres du Conseil National et Hervé Poly, secrétaire départemental du Pas-de-Calais
 
Michelle Bardot (67), Gilbert Rémond (69), Hervé Fuyet (92), Michel Dechamps (04), Robert Brun (26), Pierre-Alain Millet (69), Amandine Lampin (31), Danielle Bleitrach (13), Leila Moussavian-Huppe (67), Sandrine Minerva (34), Alain de Poilly (94), Olga Touitou (13)...
 

10 jours qui ébranlèrent le monde

 

Intervention au débat de la fête communiste de Vénissieux

 

 

 

par  pamillet

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Rappelons d’abord que la révolution d’octobre a eu lieu le 24 octobre dans le calendrier julien qui s’appliquait en Russie à l’époque mais que cela correspond dans notre calendrier au 7 novembre...

Le premier message d’octobre 17 est bien qu’il est possible de faire une révolution ouvrière ! Pour Lénine, l’importance de la révolution est là, je le cite

« C’est nous qui avons commencé cette œuvre. Quand, dans quel délai, les prolétaires de quelle nation la feront aboutir, il n’importe. Ce qui importe, c’est que la glace est rompue, la voie est ouverte, la route tracée. »

Oui, une révolution ouvrière est possible !

Cette révolution a structuré toute l’histoire du 20ième siècle créant l’état qui assurera la victoire contre le nazisme. La Russie qui était en miette en février 17 et était historiquement toujours en retard sur l’occident est devenu avec l’URSS une des deux superpuissances du siècle, malgré ses 20 millions de morts de la deuxième guerre mondiale. Après les 100 jours de la commune de Paris, c’est la plus formidable expérience d’une société dirigée par la classe ouvrière, par un parti communiste, à l’échelle d’un continent et presque d’un siècle, et sa défaite, son échec au final, est évidemment riche de leçons pour tous les peuples en lutte. C’est aussi la première expérience d’une union continentale de peuples, construisant une citoyenneté internationaliste, anticolonialiste et antiraciste, mêlant des peuples d’histoires de religions et de cultures extrêmement variée, et les donneurs de leçons de l’Union Européenne devrait constater qu’ils en sont incapables. C’est au contraire dans son effondrement que sont resurgis le racisme, les conflits religieux, les guerres, comme en Ukraine ou avec cette guerre cachée par nos médias entre communistes et islamistes à la chute de l’URSS dans le Tadjikistan.

Or en 2011, Léo Figuères, grande figure historique de la Résistance et du Parti communiste, devait écrire au directeur de l’humanité pour dénoncer « le scandale de faire silence sur la révolution d’octobre ». Si pour le 100ème anniversaire, ce silence a enfin cessé, il reste bien sûr à mener le débat à la fois sur ce qu’a été la révolution, sur la société qu’elle a construit, sur le rôle de l’URSS dans l’histoire, et sur les causes et les conséquences de sa chute, et le plus important, de comprendre ce qu’elle nous dit de la révolution et du socialisme, de l’internationalisme et de la nation. Car ceux qui faisaient silence hier et qui ne peuvent plus pour le centenaire ne pas évoquer la force historique de l’événement, font tout pour que les questions que nous posent aujourd’hui la révolution d’octobre ne soient pas ré-ouvertes. Or, certes, il faut commémorer, évoquer, et surtout connaître, faire connaître, la révolution d’octobre, mais notre problème n’est pas de commémorer mais d’apprendre ce qui nous est utile un siècle plus tard pour savoir si un parti communiste dans un pays développé du capitalisme mondialisé est utile et comment ! Nous n’avons que faire d’une révolution du passé si elle ne nous aide pas à penser la révolution de demain !

Je vous invite donc à lire le livre « 10 jours qui ébranlèrent le monde » du journaliste américain John Reed qui raconte les semaines décisives, des textes publiés sur le site lepcf.fr, dont une déclaration du KKE, une autre du PTB qui font toutes deux le lien entre la révolution d’octobre et la situation actuelle, mais aussi « le socialisme trahi » de Richard Keeran, première tentative d’explication de la chute de l’URSS, ou encore le livre qui sort prochainement de Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop et dont le titre résume la question ouverte pour les communistes sur la lecture de l’histoire soviétique « Staline, héros national ou tyran sanguinaire »...

Il y a beaucoup à lire et à dire. Permettez-moi d’attirer l’attention sur quelques idées retenues de mes lectures :

Premièrement, une révolution ne survient pas parce que des hommes l’ont décidé, mais parce que l’histoire a créé une situation révolutionnaire… Et en 1917 c’est bien sûr l’horreur de la première guerre mondiale qui provoque une vague internationale de révoltes, de mutineries au Front, mais aussi de grèves ouvrières en France, en Italie, de révoltes paysannes… J’ai découvert récemment, on apprend à tout age, la révolution de 1919 en Hongrie dirigée par le communiste Béla Kun, écrasée dans le sang… La fin de la première guerre mondiale n’est pas un armistice tranquille après un coup d’état des bolchéviques à Saint-Petersbourg, mais bien une Europe secouée par le refus de la guerre, la revendication du pain et de la paix qui menace les pouvoirs un peu partout et qui conduit les bourgeoisies à décider de l’armistice car elles ne peuvent plus diriger la guerre. Or si chacun voit bien aujourd’hui l’ampleur de la crise du capitalisme mondialisé, je ne vois pas en France de situation révolutionnaire. La réussite de l’opération Macron montre à quel point la bourgeoisie maîtrise ce pays et sait constituer une majorité sociale, ce qu’on voit bien dans les métropoles urbaines avec ces couches moyennes supérieures associées aux bourgeoisies mondialisées qui font la ville et ces institutions. De l’autre coté, je vois les difficultés des mobilisations sociales, et plutôt la résignation et le fatalisme que la révolte… Cela peut bouger vite, mais pour les communistes, il est tout autant décourageant de faire comme si la révolution était possible tout de suite que de faire comme si on pouvait se passer de révolution.

Deuxièmement, une révolution n’est pas une histoire tranquille mais le chaos événements qui mettent en mouvement des millions d’hommes et de femmes, dans les contradictions, les conflits, et que sa destinée naturelle est le plus souvent d’être écrasée comme en Hongrie, car ceux qui ont le pouvoir, l’armée, la police, les services secrets, les médias, ont une organisation bien plus forte que des millions de paysans, ouvriers et soldats révoltés mais divisés par les religions, l’histoire, les régionalismes, les contradictions sociales… Lisez 10 jours qui ébranlèrent le monde pour comprendre que la révolution d’octobre aurait pu à de multiples reprises être écrasée et, c’est la première leçon, que les bolchéviks ont réussi parce que les masses populaires ont imposé les soviets même sans bolcheviques ! Permettez-moi d’ajouter aussi une caractéristique qui nous intéresse, quand les masses sont debout, ce ne sont pas les médias qui font les révolutions, et je vous invite à écouter Gil Scott-Heron. Qui chante « the révolution will not be televised », et qui dit en gros « la révolution ne vous sera pas apporté par les médias ou les réseaux sociaux », « the revolution will be live »… C’est une leçon importante sur le lien entre les mobilisations sociales et l’organisation communiste. Cela conduit à deux pièges, le premier c’est de penser que de toute façon c’est l’histoire qui fait les situations révolutionnaires, donc que les communistes n’ont qu’à gérer au mieux en attendant la révolution, ou au contraire que l’urgence est de construire un parti capable de faire la révolution tout de suite… Je dirais avec un peu de dialectique, que le parti doit être utile dans toutes les réalités historiques, aussi bien quand l’enjeu est la résistance et la solidarité, que quand la situation devient révolutionnaire...

Troisièmement, la révolution ne se joue pas dans les institutions. Quand Lénine lance le mot d’ordre « tout le pouvoir aux soviets », les institutions de la révolution de Février sont enfermés dans des politicailleries sans fin qui masquent les efforts de la bourgeoisie pour reprendre la main. Et Lénine, plutôt que de chercher comment « peser dans les institutions » comme disent certains aujourd’hui ou « gagner les prochaines élections de l’assemblée constituante » cherche comment aider les révoltes populaires à accéder pour eux-mêmes au pouvoir. Tout le pouvoir aux soviets, c’était la réponse dans la Russie de 1917, cela ne veut pas dire qu’il nous faut laisser tomber toutes les institutions françaises et leurs élections en tentant d’inventer des soviets à la française, car à l’évidence, les situations sociales, politiques et économiques sont très différentes, mais par contre, qu’il faut à tout prix sortir de cet électoralisme qui a enfermé notre peuple dans l’inaction et l’incapacité à se penser comme capable de diriger par lui-même ! C’est le sens que nous avons donné dans le programme communiste du réseau Faire Vivre et Renforce le PCF, à nos 5 chantiers d’une politique de rupture avec par exemple la création de commissions de contrôle économiques par bassin d’emplois élues lors d’élections professionnelles générales et, point important, contrôlant les tribunaux de commerce.

Quatrièmement, après la révolution, il y a la question de la société à construire, et donc pour nous du bilan du socialisme réel. L’idée dominante est que l’URSS est un formidable échec dans une dictature sanglante… et le plus souvent pour dire que c’est non seulement Staline qui est le tyran, mais la révolution qui était un coup d’état sans avenir, et même que c’est l’idée même de révolution, y compris la révolution française qui est une impasse. Il faut répéter que ces idées sont des outils de guerre contre nous, contre les peuples et leurs revendications, contre tout idée de progrès social. La diabolisation de l’URSS est le moyen d’interdire de penser le changement de société. Or, l’URSS a été une très grande puissance, qui a innové en plein de domaines, et j’aime bien raconter cette anecdote qui montre que l’URSS n’était pas un pays arriéré et antidémocratique, productiviste et détruisant la nature. Il y a quelques années, des jardiniers lyonnais sont partis à la recherche de vieux légumes disparus à Lyon, et ils les ont trouvé à Saint-petersbourg dans l’institut Vavilov du nom d’un célèbre agronome soviétique qui considérait que la productivité agricole reposait sur la biodiversité, idée que certains écologistes croient découvrir aujourd’hui, et a donc construit la première banque de semences du monde. Elle existe encore aujourd’hui et est la plus grande banque vivante, c’est à dire qu’il ne s’agit pas de stocker des ADN, mais bien de faire pousser régulièrement les plantes pour regénérer les semences. Voilà une anecdote qui montre à quel point l’histoire soviétique est loin de l’horreur dont on nous parle le plus souvent avec ce constat « la biodiversité des légumes lyonnais a été sauvée par un agronome soviétique de Léningrad... » Et le plus important peut-être, c‘est que quand la restauration capitaliste de 1991 avait décidé de le fermer, cet institut Vavilov a été sauvé pendant 10 ans par ses chercheurs, techniciens et jardiniers qui l’ont fait vivre sans être payé. Ils étaient des soviétiques avec une conscience politique et sociale incroyable… une des réussites de l’URSS dont parle souvent Danièle Bleitrach et Marianne Dunlop dans leurs témoignages de voyages dans les ex pays de l’URSS.

Mais si l’URSS n’était pas un échec sanglant, on entend dire aussi que c’était un capitalisme d’état, avec une nouvelle bourgeoisie. Mais alors on se demande ce qui s’est passé en 1991 et pourquoi il fallait détruire l’URSS et restaurer le capitalisme avec Eltsine. Or je pense qu’il faut regarder les expériences socialistes en tirant deux leçons du 20ième siècle…

- D’abord qu’il s’agit toujours de construction nationale, historique, et que tout comme le capitalisme s’est développé sous des formes différentes, le socialisme se construit aussi sous des formes différentes, soviétiques, chinoises, yougoslaves, cubaines. Donc il y a dans l’expérience soviétique à l’évidence des caractéristiques russes, et c’est sans doute une des grandes erreurs du mouvement communiste internationale d’avoir traduit la solidarité nécessaire avec la révolution russe en considérant que c’était le modèle à suivre. C’est Fidel Castro qui a dit il y a quelques années, la plus grande erreur a été d’imposer la direction soviétique au mouvement commuinste et avec les intérêts d’état de l’URSS

 

- Ensuite que le socialisme est bien une société intermédiaire entre le capitalisme et le communisme et que ce n’est pas une société sans classes, sans contradictions, que le capitalisme, les capitalistes, les bourgeoisies, continuent à exister et à défendre leurs intérêts. De ce point de vue, il ne faut pas avoir une lecture littérale de la phrase de l’international » du passé faisons table rase », non, le passé pèse sur la révolution, et l’URSS a a de multiples reprises cherché des appuis dans l’histoire russe, y compris par exemple quand il fallait sortir d’anciens militaires de prison pour aider à organiser l’armée, ou quand Lénine cherche dans l’organisation capitaliste de l’industrie, ce qu’on appelle le taylorisme, comment augmenter la productivité pour produire ainsi les machines dont le socialisme a besoin et pour libérer du temps disponible pour que les ouvriers dirigent l’usine. Je vous conseille la lecture du livre de Robert Linhart « Lénine, les paysans, Taylor ».

C’est tout le débat sur la nature du « socialisme de marché » à la chinoise. Les chinois disent clairement que le capitalisme a une place essentielle dans le développement de leur société de moyenne aisance, et donc que les capitalistes ont une place dans l’état chinois. Il disent qu’il faut un siècle pour construire le socialisme, bien sûr parce qu’en chine comme en Russie d’ailleurs, la révolution s’est fait dans un pays très peu développé, avec des masses de paysans illettrés et soumis à des traditions ancestrales. Cela laisse ouvert la question de la révolution dans un pays capitaliste développé qui peut-être peut prendre moins d’un siècle, mais dont je suis convaincu qu’elle ne se fera pas non plus en un mandat électoral présidentiel ! C’est la question historique de la notion d’étapes. Avec le programme commun, le PCF avait proposé une étape dite de « démocratie avancée » avant le socialisme, et l’expérience nous a appris à être méfiant sur cette notion, et pourtant je ne crois pas un seul instant à l’idée inverse du « communisme déjà là » qu’il suffirait de faire grandir, certains en tirant la conclusion que la révolution est inutile

Les chinois ne nous disent pas combien il faut de temps après le socialisme pour construire le communisme ! Normal puisque ce n’est pas une question d’aujourd’hui pour eux, alors que les soviétiques avaient tendance à se raconter des histoires sur le communisme qui s’approchait alors même que le développement socialiste rencontrait ses limites, mais au-delà, il me semble peut-être que les chinois, qui ont choisis de construire leur développement dans la mondialisation, savent qu’on ne peut construire le communisme dans un seul pays, et qu’il faut donc faire d’abord la révolution dans toutes les puissances capitalistes pour que le socialisme devienne mondialement dominant et puisse engager la transition communiste. Voilà peut-être une approche dialectique de la contradiction née du constat de la révolution dans un seul pays quand tous les communistes de 1917 étaient persuadés que la révolution russe ne pourrait tenir sans la révolution allemande...

Cinquièmement, la révolution d’octobre nous apprend aussi beaucoup sur l’importance de l’organisation, du parti communiste. Car si octobre n’est pas un coup d’état, mais bien une révolution populaire, il a fallu que les bolcheviques aient des militants dans suffisamment de soviets pour savoir ce qui se passait et aussi pour faire grandir le slogan principal de la révolution « tout le pouvoir aux soviets ». Chacun comprend bien que dans le chaos qui bousculait la Russie, sans un parti organisé, avec une unité de direction, une capacité de mobilisation cohérente, rien n’aurait été possible. Cela nous interroge sur notre organisation, qui ne peut pas reposer sur le chacun pour soi ou le chacun fait ce qu’il veut, mais qui doit organiser le tous ensemble comme on dit, mais pas dans les mots, dans la capacité à agir.

Tout cela nous amène évidemment au prochain congrès du parti communiste. Nous n’attendons rien de sa direction qui continuera à chercher désespérément à se survivre dans des compromis « de gauche » impossibles avec ce qui reste du parti socialiste, avec la France insoumise ou les écologistes. Mais partout les communistes peuvent décider de reprendre leur parti en main, de le faire vivre en ouvrant en grand les questions stratégiques. Pour notre part, c’est ce que nous proposerons et les prochaines rencontres internationalistes de Vénissieux seront un moment fort pour le faire vivre. Pour les préparer, nous enverrons une délégation aux cérémonies organisées pour le centenaire de la révolution le 7 novembre prochain à Moscou, avec une rencontre avec des communistes russes, qui seront présents eux aux rencontres internationalistes de Vénissieux le 25 novembre avec une délégation du PC chinois et du PC de Cuba. Nous ouvrons très largement nos rencontres à tous les communistes au-delà de Vénissieux tant le plus bel anniversaire du 100eme anniversaire de 1917 que nous puissions organiser est de contribuer reconstruire un parti communiste utile au peuple pour créer les conditions d’une nouvelle révolution Française, une révolution socialiste.

Les conditions d’existence des partis communistes, d’Alvaro Cunhal et remarques annexes, mais non secondaire.

Pour le prochain numéro de la « Revue unir », nous avons évoqué un article mettant sur les tables les questions stratégiques qui devraient être discutées au prochain congrès pour l'instant, nous n'avons pas vraiment de proposition, cependant, il me semble que la 4ème partie du texte de Cunhal de 2001 que nous avons publié il y a deux ans est peut-être la meilleure contribution à mettre en avant... On pourrait ajouter une intro courte resituant ces questions dans le cadre de la préparation du congrès ?

Pam


Réflexions Bernard Trannoy

Un examen même superficiel des réflexions d’Alvaro Cunhal aboutit rapidement à la conclusion sans appel que le PCF n’a plus aucun rapport avec ce qu’est un parti communiste.

 

En fait les propositions de Pierre Laurent s’inscrive dans une volonté (consciente ou pas) de mener jusqu’au bout ce qu’on peut appeler une stratégie à l’italienne. Stratégie qui a conduit non seulement à la disparition du PCI, mais de la gauche dans son ensemble. Et là, c’est du bis repetita, rien de plus, rien de moins. En cela il joue le jeu qu’attend de lui le capital. Pas de « gauche » possible sans un puissant Parti communiste ; tout le reste n’est qu’enfumage.

 

Ajoutons que l’on reconnait la validité d’une stratégie, à sa capacité d’atteindre ne serait-ce que partiellement les objectifs qu’elle se fixe. Si l’objectif était notre mise à mort, alors là, bingo notre nomenklatura est incontestablement sur la voie de la réussite.

 

Cette stratégie se mesure aussi dans la capacité des femmes et des hommes qui s’en font les vecteurs d’en faire le bilan. Et là aussi le vide de la pensée. Pas de bilan, mais plutôt le campement dans un arcboutement refusant que les militants de base demandent des comptes (c’est vrai qu’il est affligeant de constater que certains ne demande rien). D’ailleurs caractéristique des dérives, il faut être spécialiste pour attirer l’attention de « là-haut ». Caractéristique de la démarche, la volonté de limité au haut les questions du rassemblement, (les funestes lundis » et autres conneries. Toute la démarche initiée par Pierre Laurent est fondamentalement élitiste, il a peur lui aussi des « sans dents ». Quand on invite le monde du travail, c’est au pied de la tribune d’un congrès en rang d’oignons qu’on l’aime.

 

Les stratégies suivies on conduit à transformer le PCF en vecteur pour le compte d’autrui, en paillasson, en porteur de valises, en Harkis. Ainsi Mitterrand nous a utilisé pour construire le PS sur les ruines de la SFIO. On croyait la leçon retenue ? Et bien NON, on recommence avec Mélenchon qui renouvelle l’opération pour reconstruire une nouvelle social-démocratie (qui ne fera pas mieux, sinon pire que la précédente) sur les ruines du PCF et du PS. Et là le capital peut dormir sur ses deux oreilles, c’est du moins ce qu’il sous-entend quand « il déclare que les chefs d’entreprises n’avaient pas à s’inquiété », toucher au capital ? Mais vous n’y pensez pas.

 

La volonté des dirigeants du PCF de repenser l’organisation, à ceci d’intéressant, pour eux, en ce qu’elle déplace la responsabilité des échecs d’une stratégie sur les épaules de ces pelés, ces galeux que sont les militants de base qui s’est bien connu ne comprennent de rien à rien. Exit la responsabilité des dirigeants pour leur choix stratégique. Nous sommes en pleine confusion, ce moment où est attribué à la forme ce qui relève en fait de questions fondamentales. Pierre Laurent « le PCF doit faire sa révolution ». Faire une révolution c’est aussi faire un tour sur soi-même, comme la Lune fait sa révolution autour de la terre. En fait ce que nous propose Pierre Laurent c’est qu’après avoir rompu avec la mélasse sociale-démocrate à Tours en 1920. Le tour étant fait, c’est le retour à la bouillie sociale-démocrate qui nous est proposée. En fait Pierre Laurent n’a rien compris au film « La gauche, la gauche » ce mot est devenu au fil du temps synonyme de trahison, de renoncement et d’accommodement avec le capital. Ce mot « gauche » tend à devenir dans les milieux populaires synonyme d’un gros mot, d’une insulte faite à l’intelligence.

 

Pierre Laurent le prince des mots creux, sans odeur, sans saveur. L’en commun, l’en commun, Oui c’est les communs sont ces lieus où réside les latrines. L’en commun, le commun, le partage des richesses autant de mots vide de sens, de contenu de classe. Un PCF comme celui-là ne présente aucun intérêt pour le monde du travail. 60% des ouvriers qui s’abstiennent cela devrait interpeller, mais alors là pas du tout. Il faut être bas de plafond pour ne pas le voir. Sur la barricade de l’affrontement capital\Travail visiblement Pierre Laurent, nous propose de franchir ladite barricade dans l’autre sens. Visiblement il n’a pas encore compris ou a oublié que « c’est celui qui possède qui bat la mesure ». Notre drame c’est que le PCF a été et est largement cannibalisé par les élus qui se sont emparé de l’organisation, et la seule préoccupation d’un élu est d’être réélu quitte à renoncer, à s’abandonner aux pratiques nauséabondes. Un élu dans ses conditions est par nature, par fonction un réformiste tenté par toutes les concessions.

 

Comment canaliser les débats ? Simple vous soumettez un questionnaire, qui a pour objectif PREMIER de faire en sorte que certaines questions qui fâche ne soient pas posées, et si on transformait le PCF en gigantesque atelier d’écriture pour faire émerger ce qui travail les communistes. Maurice Thorez appelait à ce « que les bouches s’ouvrent » là où le questionnaire canalise, barricade, enferme, limite le débat au seul espace restreint maitrisable par la nomenklatura. Et ceci dans des formes permettant toutes les manipulations. Exit les questions de la stratégie, de L’U.E, de l’€uro, et même comble de l’OTAN, alors parler de rouvrir le débat sur la question du socialisme. On nous invite en fait à un banquet réunissant Neuilly et Aubervilliers. !!!

 

Les dirigeants du PCF dans une démarche digne des bourgeois de Calais  participent de fait, des dispositifs d’intégration du monde du travail aux objectifs du capital.

 

La société française a glissé à droite, certes, mais le PCF avec, et là, cela pose question. Dans ces conditions P.L est au communisme ce qu’est le big mac est au cassoulet de Castelnaudary, le scénario à l’italienne poursuit son dérouler.

 

Un pas en avant, deux pas en arrière, Lénine 1904. Problème pour faire un pas en avant, il faut être devant. Comment être devant qu'en on est ailleurs ????

 

Bernard Trannoy Lanton le 20/09/2017


Les conditions d’existence des partis communistes

 

Le cadre des forces révolutionnaires qui existent dans le monde a changé durant les dernières décennies du XXe siècle. Le mouvement communiste international et les partis le composant ont subi de profondes modifications suite à la chute de l’URSS et des autres pays socialistes et de la victoire du capitalisme dans sa rivalité avec le socialisme.

 

Il y a des partis qui ont nié leur passé de lutte, leur nature de classe, leur objectif d’une société socialiste et leur théorie révolutionnaire. Dans plusieurs cas, ces partis ont intégré le système et ont fini par disparaître.

 

Cette nouvelle situation au sein du mouvement communiste international a ouvert des espaces dans la société dans laquelle d’autres partis révolutionnaires ont assumé la relève et, dans les conditions concrètes de leur pays, se sont identifiés aux partis communistes sur des aspects importants et parfois avec leurs objectifs et leur action.

 

Ainsi, lorsque nous parlons aujourd’hui du mouvement communiste international, nous ne pouvons pas, comme dans le passé, tracer une ligne entre les partis communistes et tous les autres partis révolutionnaires. Le mouvement communiste a maintenant une nouvelle composition et de nouvelles limites.

 

Ces développements ne signifient pas que les partis communistes, avec leur identité propre, ne sont pas nécessaires à la société. Au contraire. Avec les éléments fondamentaux qui les caractérisent, les partis communistes sont nécessaires, indispensables et irremplaçables. Mais de la même manière qu’il n’y a pas de "modèle" de société socialiste, il n’y a pas de "modèle" de parti communiste.

 

Avec des réponses concrètes différentes à la situation concrète, il est possible d’identifier six caractéristiques fondamentales d’un parti communiste, qu’il ait ce nom ou un autre :

 

1 – Un parti qui est complètement indépendant des intérêts, de l’idéologie, des pressions et des menaces du capital.

 

L’indépendance du parti est une composante de l’identité d’un parti communiste. Elle s’affirme dans sa propre action, ses propres objections, sa propre idéologie. Un écart avec ces caractéristiques essentielles n’est en aucune façon une démonstration d’indépendance, mais, au contraire, un renoncement à l’indépendance.

 

2 – Un parti de la classe ouvrière, des travailleurs en général, des exploités et des opprimés.

 

Selon la structure sociale de la société de chaque pays, la composition sociale des membres du parti et sa base de soutien peuvent être très diverses. En tous les cas, il est essentiel que le parti ne soit pas fermé sur lui-même, en confrontation interne, mais tourné vers l’extérieur, vers la société, ce qui signifie qu’il n’ait pas seulement, mais surtout, des liens étroits avec la classe ouvrière et les masses laborieuses. Négliger cette caractéristique ainsi que perdre son caractère de classe a conduit certains partis à un déclin vertigineux et, dans certains cas, à l’autodestruction et la disparition.

 

Le remplacement de la nature de classe du parti par la conception d’un "parti des citoyens" masque l’existence de citoyens exploiteurs et de citoyens exploités et conduit le parti vers une position neutre dans la lutte des classes – ce qui, dans la pratique, désarme le parti et les classes exploitées et le transforme en un instrument appendiculaire de la politique de la classe exploiteuse dominante.

 

3 – Un parti avec une démocratie interne et une direction centrale unique.

 

Une démocratie interne est particulièrement riche en vertus, à savoir : travail collectif, direction collective, congrès, assemblées, débats dans tout le parti sur les questions fondamentales d’orientation politique et d’action, décentralisation des responsabilités et élections de toutes les directions.

 

L’application de ces principes doit correspondre à la situation politique et historique à laquelle le parti est confronté. Dans des conditions d’illégalité et de répression, la démocratie est limitée par l’impératif de la défense. Dans une démocratie bourgeoise, la qualité visée peut et doit être largement et pleinement appliqué.

 

4 – Un parti qui est à la fois internationaliste et qui défend les intérêts de son pays.

 

Contrairement à ce qui était défendu autrefois dans le mouvement communiste, il n’y a aucune contradiction entre ces deux éléments dans l’orientation et l’action des partis communistes. Chaque parti est solidaire avec les partis, les travailleurs et les peuples des autres pays. Mais, avec conviction, il est un défenseur des intérêts et des droits de son propre peuple et de son pays. L’expression "parti internationaliste et patriotique" a une signification pleine et entière en cette fin de XXème siècle. On peut inclure comme valeur internationaliste, la lutte à l’intérieur de son pays et comme valeur de la lutte interne, les relations de solidarité avec les travailleurs et les peuples des autres pays.

 

5 – Un parti qui définit comme objectif la construction d’une société sans exploiteurs ni exploités, une société socialiste.

 

Cet objectif est également complètement moderne. Mais les expériences positives ou négatives de construction du socialisme dans un certain nombre de pays et les profonds changements dans la situation globale, demandent une analyse critique du passé et une redéfinition de la société socialiste, objectif des partis communistes.

 

6 – Un parti avec une théorie révolutionnaire, le marxisme-léninisme, qui permet non seulement d’expliquer le monde, mais aussi de montrer la voie de sa transformation.

 

Déniant toutes les campagnes anticommunistes diffamatoires, le marxisme-léninisme est une théorie vivante, antidogmatique, dialectique et créative qui est enrichie par la pratique et les réponses qu’elle est appelée à donner en face de nouvelles situations et phénomènes. Elle dynamise la pratique, s’enrichit et se développe de façon créative avec les leçons de la pratique. Nous devons à Lénine et à son travail "L’impérialisme, stade suprême du capitalisme", la définition du capitalisme à la fin du XIXème siècle. Ces développements théoriques ont une valeur extraordinaire. Il en va de même pour la recherche et la systématisation des connaissances théoriques. Dans une synthèse extraordinairement rigoureuse et claire, un texte séminal de Lénine décrit "les trois sources et les trois parties constitutives du marxisme". En philosophie, le matérialisme dialectique, et dans ses applications à la société, le matérialisme historique. En économie politique, l’analyse et l’explication du capitalisme et de l’exploitation, dont la pierre angulaire est la théorie de la plus-value. Dans la théorie du socialisme, la définition d’une nouvelle société avec la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

Tout au long du XXème siècle, avec les transformations sociales, de nouvelles et nombreuses réflexions théoriques ont eu lieu dans le mouvement communiste. Cependant, elles se sont présentées comme diverses et contradictoires, rendant difficile la distinction du fondement de ces développements théoriques et des positions révisionnistes par rapport aux principes fondamentaux. Cela amène à conclure au caractère impératif des débats, sans idées préétablies ou vérités absolues, et sans établir de conclusion définitive, mais obligeant à un approfondissement de la réflexion commune.

 

Nous souhaitons que le meeting international de la fondation Rodney Arismendi, en septembre de cette année, apporte une contribution positive à l’accomplissement de cet objectif.

 

Alvaro Cunhal

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Un livre (ou deux) qui dit l’importance de connaître le passé pour inventer l’avenir

 

23 Août 2017

Résultat de recherche d'images pour "Giulio Ceretti"

 

Grâce à Philippe Brunet qui l’a acheté pour moi sur le net et me l’a envoyé alors qu’il est encore en vacances, je peux relire « A l’ombre des deux T » de Giulio Ceretti. 40 ans avec Palmiro Togiatti et Maurice Thorez. (Julliard, 1973). C’est un militant communiste, comme nous avons eu la chance d’en connaître, nous ceux qui ont plus de vingt ans. Il combat le fascisme, puis approvisionne l’Espagne républicaine en armes et devient membre du comité central du PCF. Il est mis dans l’illégalité en 1939 comme les autres communistes, pendant que se prépare la défaite face à l’Allemagne nazie. Il passe par la Belgique, l’Allemagne, le Danemark, toujours clandestin pour se retrouver dans la Russie en guerre avec les autres dirigeants du Kominterm. Il est ministre du premier gouvernement italien, issu de la résistance, puis sénateur de Florence. Il aura été le secrétaire de Maurice Thorez dont il dresse un magnifique portrait et de Palmiro Togliatti. Un livre écrit avec humour et une verve qui vous tient en haleine. Son témoignage, sans culte de la personnalité, mais respectueux et juste (il écrit en 1973) m’a beaucoup servi pour le livre que j’ai maintenant terminé (Marianne révise les traductions  sur le sujet que nous offrons dans une dernière partie). ce livre s’intitule : « 1917-2017, Staline, un tyran sanguinaire ou un héros national ».

 

On écrit toujours un livre pour un lecteur imaginaire, hier j’ai réalisé quel était mon lecteur en priorité. ce sont tous ces communistes de la base au sommet que j’ai pu rencontrer dans ma vie. Ils ont tous eu le coeur brisé par la chute de l’Union soviétique, par ce qui a été dit de cette expérience socialiste. beaucoup n’ont pas pu croire ce qui se disait, ce n’était pas parce qu’ils étaient des brutes sanglantes, des « staliniens », tel qu’on les caricaturait, mais au contraire. L’expérience de leur propre vie, de la manière dont ils avaient tout donné, de leur désintéressement allait a contrario de ce qui se disait, ils sont restés ou non au parti. Mais il y a chez beaucoup un vieux fond d’incrédulité face à ce qu’on leur raconte ou pire encore du chagrin, de la colère. Les communistes sont des combattants disciplinés mais ils ont de la compassion et avant de sacrifier les autres, ils sont prêts à se sacrifier eux-mêmes. leur vie mais aussi tous les petits arrangements dont bien des gens s’accommodent. Ce sont eux qui m’ont toujours attachée à ce parti et pour eux que je veux passionnément depuis toujours que l’on aille jusqu’au bout de notre analyse sur nos propres bases, sur ce que nous voulons et pas sur les ragots émanant d’un adversaire qui continue à avoir peur du communisme parce qu’il sait bien que c’est la seule chose qui signifie la fin du capitalisme.

 

Il ne s’agit pas je le répète d’un apologie de Staline ou du stalinisme, ni même d’une réhabilitation, il s’agit de rouvrir la recherche historique, pas seulement comme c’est déjà entamé sur le plan scientifique, académique, mais politique, de présenter des pièces du dossier en vue de cette investigation. Avec au centre de notre analyse, la différence d’appréciation par nous occidentaux, français et ceux qui ont vécu cette histoire., en particulier les anciens peuples soviétiques et les Russes.

 

Toute ma vie à partir de ce moment n’a été qu’une longue quête pour notre honneur perdu à nous les communistes, j’ai fait le tour de la planète à la recherche d’explication, pour retrouver ceux qui continuaient à se battre, ceux qui comme les Cubains restaient debout… Et quand je lis un livre comme celui de Ceretti je sais que je ne suis pas seule, qu’ils sont là tous autour de moi, autour de nous pour exiger cette vérité.

 

Bien sûr ce livre, le mien, espère un public plus large, celui de Ceretti mériterait d’être réédité. Je voudrais tant que la jeunesse déboussolée, tous ceux qui errent sans perspective et avec le mépris de leurs anciens donc d’eux-mêmes y trouvent un autre regard. Sans ce nouveau regard, ni aujourd’hui, ni demain il n’y aura de perspective politique.

 

Préparation du congrès extraordinaire du PCF en 2018 : Clarifications et ruptures

 

Rompre avec une stratégie du passé dépassée

 

par  André Gerinpopularité : 100%

 

 

Préparation du congrès extraordinaire du PCF en 2018 : Clarifications et ruptures

 

Un big bang intellectuel, stratégique, démocratique Pour reconstruire le PCF du 21ème siècle

 

Suite à l’élection présidentielle et aux élections législatives, la direction du PCF a décidé l’organisation d’un congrès extraordinaire dès 2018. Ce congrès doit apporter des clarifications et des ruptures majeures pour élaborer une stratégie de transformation sociale et reconstruire le PCF du 21ème siècle.

 

Le PCF doit redevenir un parti politique de première division. Il doit porter l’étendard du communisme en France où le capitalisme s’est développé, s’est transformé, et a peut-être, historiquement, déjà fait son temps.

 

L’écroulement de l’URSS et des pays satellites en 1990, marqués par le goulag et les crimes, n’invalide pas la portée universelle du communisme, pas plus que la Saint- Barthélemy n’a mis en défaut les valeurs du christianisme.

 

Au niveau international, restons les yeux ouverts, arrêtons la fascination romantique pour les dictatures populaires, ça ne mène nulle part. Car, au nom de la lutte contre l’impérialisme, il faudrait justifier l’injustifiable : la répression, la torture, les prisonniers politiques. Il faut en finir avec les caricatures, la politique de l’autruche, sacralisant ce qui se passe dans certains pays, sans lâcher d’un pouce la solidarité mondiale des peuples exploités et des opprimés.

 

La reconstruction du PCF se jouera par sa crédibilité au niveau international. Il faut rompre définitivement avec des pratiques, des méthodes dévastatrices pour les valeurs et les idéaux du communisme, pour le bien commun des valeurs universelles.

 

Au vu de la situation chaotique au Venezuela, je constate que les vieux démons du stalinisme sont toujours à l’œuvre.

 

Face aux paradoxes et aux contradictions de plus en plus violents et brutaux qu’exprime notre société, un renouvellement intellectuel approfondi est impératif : retrouver une radicalité politique pour reconstruire un PCF avec et au service du peuple.

 

Depuis des années, les stratégies poursuivies sont en décalage voire en divorce avec les réalités. C’est la cause principale de notre déclin électoral. Le premier tabou à lever et à explorer c’est d’examiner notre responsabilité.

 

Posons-nous les bonnes questions. A quel niveau se situe la responsabilité du PCF et de ses dirigeants ? Comment en sommes-nous arrivés à une telle situation ?

 

J’évoquerai les éléments d’une étude citée dans le rapport de Pierre Laurent, qui, pour moi, résume l’essentiel : « Les enquêtes qualitatives sur l’électorat Front de Gauche montrent que si celui-ci crédite le PCF des conquêtes sociales du 20ème siècle et l’intègre dans le patrimoine historique et politique de la France, reconnaît l’action positive des collectivités gérées par les communistes, il ne le considère pas comme une force apte à comprendre et résoudre les problèmes du 21ème siècle ».

 

Inutile de nous trouver des alibis, des excuses, en incriminant le PS, le capital, ou les médias. Regardons la réalité en face, ouvrons un débat national, sans a priori, une confrontation idéologique, politique et même philosophique. Il est temps de dire stop, ça ne peut plus durer !

 

Reconstruisons le PCF du 21ème siècle, sinon, c’est la mort annoncée de notre parti !

 

Réapproprions-nous le terrain politique, n’esquivons aucun sujet.

 

Depuis quarante ans, le PCF s’est littéralement effacé de la carte électorale française, l’abstention a progressé inéluctablement et le FN a provoqué une véritable marée noire.

 

Prendre à bras le corps la question de l’abstention et du vote FN

 

Quand allons-nous enfin analyser la signification de l’abstention ? C’est une question de fond, un travail prioritaire à réaliser pour comprendre les motivations, les raisons de cette grève des urnes de millions d’hommes et de femmes pour lesquels le vote communiste n’est plus fédérateur.

 

La progression du vote Front National, dans les différents scrutins, doit également nous interpeler. Pourquoi d’anciens électeurs communistes se sont-ils retournés vers le vote d’extrême droite ? Qui sont les électeurs du FN ? Comment s’adresser à eux ? Comment les aborder, les écouter et analyser leur point de vue ? Ce travail est indispensable eu égard à la réalité géopolitique de l’explosion exponentielle de l’abstention et des votes extrêmes. On le voit en particulier dans différents partis européens, mais également dans l’élection de Trump aux Etats-Unis.

 

Ces questions, nous n’avons pas d’autre choix que de les prendre à bras le corps. Car aucun espace ne doit être consenti à l’extrême droite, sous peine d’être hors-jeu de la scène politique. Ce travail d’analyse va inévitablement nous bousculer mais, il sera salutaire pour remettre notre projet politique sur pieds.

 

N’éludons aucun sujet : ghettos sociaux et ethniques, ghettos pour riches, sécurité, drogue, mafias, islamisme sur fond de déracinement ouvrier, du monde rural, territorial et national… Abordons les violences urbaines qui gangrènent la vie de nos enfants et de nos quartiers. Je pense notamment à certains quartiers communautarisés où des adolescents sont de plus en plus enfermés et endoctrinés dans une culture anti France, sur fond d’antisémitisme et de racisme anti blanc.

 

Le PCF doit aller à la reconquête de ces questions de fond. Il doit être porteur de réponses nationales et internationalistes, pour en finir avec les ghettos et la misère sociale, culturelle, spirituelle et politique.

 

Osons remettre à l’ordre du jour les questions de l’autorité, du respect, des limites et de la civilité.

 

Défendons plus que jamais ce qu’il y a de meilleur dans notre République : les pouvoirs régaliens de l’Etat, la laïcité, l’identité de la France, la question de la Nation. Car, l’idée républicaine reste une idée neuve pour redéfinir un idéal libérateur. Conserver l’état nation comme cadre politique principal devient un combat vital. Une vraie menace existe avec la mondialisation et une Europe sans frontières.

 

Un capitalisme cynique et sans pitié

 

Aujourd’hui, la réalité du capitalisme doit être examinée avec soin de par son évolution et les bouleversements spectaculaires intervenus depuis 1968. C’est une transformation en profondeur qui nous a été infligée : modes de vie, mœurs, pratiques sociales, un capitalisme mondialisé avec les conséquences que l’on connaît.

 

Avec la montée en puissance d’un capitalisme financier prédateur, la situation géopolitique a été totalement modifiée, toutes les avancées historiques acquises depuis le 18ème siècle grâce au mouvement ouvrier et à la sphère intellectuelle ont été systématiquement remises en cause et avec elles, les valeurs humanistes d’émancipation, les droits de l’homme, leur portée en France et en Europe.

 

Confrontée à la tyrannie du profit maximum à court terme, à la dictature du moindre coût, avec le salaire comme variable d’ajustement, on peut aisément observer la rupture entre la logique du profit et l’intérêt général. C’est l’épreuve de force d’un capitalisme ivre de sa propre puissance.

 

Parallèlement, et ce depuis les années 1970, s’est développé un capitalisme de la séduction, libéral, libertaire. Un capitalisme du divertissement, du loisir, de la communication, du marketing et de la publicité. Un formatage des populations enfermées dans des grandes zones de chalandises et des paysages défigurés.

 

La société est devenue un immense hypermarché où tout s’achète et tout se vend, moyennant sa carte bleue ou son smartphone. Tout est marchandé, même la vie privée, c’est le consumérisme. L’économie s’est dévitalisée, l’industrie abandonnée à la sous- traitance, à la filiation et à la délocalisation. Après les 30 glorieuses, nous venons de vivre plusieurs décennies décadentes où la vie quotidienne serait uniquement matérialiste. C’est tout juste si on ne nous propose pas de nier notre façon d’être, notre art de vivre. Tout ce qui fait que la France est la France et que nous sommes fiers d’être Français.

 

Avec Macron : la gouvernance contre la République

 

Le séisme qui a eu lieu avec l’élection d’Emmanuel Macron et son mouvement « La République en Marche », bouleverse 50 ans d’histoire d’une vie politique et institutionnelle au bout du rouleau et complètement sclérosée. C’est le retour aux sources de la Vème République, de la monarchie présidentielle prise en main par une nouvelle bourgeoisie qui se dit progressiste, moderniste, avant-gardiste et même révolutionnaire. Elle vient se placer en pleine harmonie avec ce capitalisme cynique, sans pitié et sans frontière.

 

On peut remercier François Mitterrand pour cette victoire historique, un coup d’État permanent qu’il a initié en 1983, conforté par le gouvernement Jospin et François Hollande qui a finalisé le sale boulot ! La bourgeoisie traditionnelle, républicaine est de fait mise hors concours, s’étant reniée du gaullisme historique et de son dernier représentant, Philippe Seguin. Avec Chirac, Juppé, Sarkozy, Fillon, c’est le retour de l’OTAN et de l’Europe contre les nations. Le PS d’Epinay est mort et le PCF a été inscrit aux abonnés absents en devenant un parti politique de seconde zone.

 

Nous assistons à la fin d’une période historique, c’est la fin d’un cycle d’un demi- siècle.

 

Une fracture politique majeure s’est consolidée avec les classes populaires trahies et sacrifiées. La France périphérique et rurale s’est réfugiée dans l’abstention et le vote FN. La France de 2017, est une France duale, à plusieurs vitesses.

 

Oui les lendemains vont être douloureux, avec en prime, du sang et des larmes. Car l’abstention et le vote FN expriment un profond malaise. Au risque de me répéter, j’affirme que notre société renferme des germes de guerre civile qui peuvent déboucher sur des mouvements insurrectionnels, sur fond de terrorisme islamique. Il est grand temps de sortir du déni du réel. S’inquiéter de l’islamisme et avoir une réflexion critique sur l’islam radical devient un impératif pour le PCF.

 

Ce congrès extraordinaire, s’il a lieu, doit être en rupture avec la stratégie poursuivie depuis 40 ans, reproduisant le programme commun inspiré d’une démarche politique datée, inadéquate avec l’époque contemporaine.

 

Il ne faut surtout pas tourner la page du 20ème siècle comme certains nous le proposent. Il faut au contraire examiner les différentes séquences, en particulier les années 70 qui ont marqué historiquement la gauche et le PCF jusqu’à ce jour :

 

En 1972, la signature du programme commun du gouvernement (PS, PCF, Radicaux).

 

En 1974, François Mitterrand devient, à notre initiative, le candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle.

 

En 1977, c’est l’échec des discussions PS/PCF sur l’actualisation du programme commun.

Bien évidemment, il faudrait examiner d’autres évènements au niveau national et international.

 

Pour la population, après les grèves et le mouvement étudiant de mai et juin 1968, des exigences nouvelles s’expriment, et surtout se fait de plus en plus pressante, au niveau politique, la volonté de battre la droite qui dirige le pays depuis 1958.

 

A notre insu nous avons privilégié finalement François Mitterrand et le parti socialiste. En signant le programme commun et surtout en faisant de François Mitterrand le candidat unique de la gauche en 1974, il est devenu de fait le représentant de toute la gauche.

 

En dénonçant l’échec des négociations pour actualiser le programme commun en 1977, nous sommes pris à contre-pieds et surtout le PCF apparait comme le diviseur pour des millions de Français.

 

Résultat en 1981, François Mitterrand est élu président de la République quand le PCF perd un quart de ses voix, le début de la dégringolade !

 

Deux ans plus tard en 1983, François Mitterrand tourne le dos aux engagements du programme commun et le PS œuvre pour adapter la politique de la France au système capitaliste dans le cadre européen.

 

Nous resterons enfermés malgré tout dans cette stratégie d’union de la gauche en panne de vision et de renouvellement sur l’évolution du monde.

 

La poursuite de cette stratégie erronée et le fonctionnement autocratique du parti ont créé un désamour massif chez les militants communistes, avec une dilapidation du capital militant. Avec une direction de plus en plus enfermée dans une logique institutionnelle et partisane, c’est l’arrêt du travail théorique et philosophique des adhérents communistes. J’en veux pour preuve l’arrêt de l’activité nationale du Comité Central dans les 43 plus grandes entreprises de France.

 

Le PCF perpétue sa stratégie du passé, enfermé de manière étroite, dans l’économisme. On l’a vu dès 1989 au moment où nous avons commencé à abandonner l’idée d’une rupture avec l’Europe du capital, de la technocratie de Bruxelles devenue l’auxiliaire des USA. Malgré la bataille contre Maastricht, après le référendum de 2005, nous avons créé le Parti de gauche européen (PGE), une politique ambiguë vis-à-vis de l’Europe capitaliste. Ce qui a permis, jusqu’à ce jour, à la direction du PCF, de verrouiller tout débat sur l’euro et la remise en cause des traités.

 

En 1989 aussi, un vent de contestation s’est construit, avec les refondateurs, récusant la forme structurelle du parti. Avec la chute de l’URSS, l’existence même du PCF est remise en question. Certains militants, les « orthodoxes » resteraient figés dans un communisme rétrograde. Pour d’autres, refonder le PCF, créer un communisme « nouvelle génération » serait indispensable. Mais le débat de fond sur une stratégie nouvelle n’a jamais vraiment eu lieu.

 

Le PCF s’est engoncé dans les institutions et la démocratie libérale, au détriment de la vie de l’organisation, de son implantation au sein des entreprises, des classes populaires, du monde du travail et intellectuel. Tout cela s’est fait au détriment du travail théorique et philosophique, oubliant le fil de la lutte des classes. Cette stratégie perdure, aggravée par une direction à tête multiple et sans envergure. On l’a observé pour les municipales de 2014 et les régionales de 2015, avec des réponses nationales à géométrie variable, niant délibérément la souveraineté des communistes, en mettant au pilori des militants de base qui expriment publiquement leur désaccord avec les orientations.

 

L’heure des clarifications a sonné !

 

Plusieurs clarifications sont indispensables. Le droit d’inventaire de notre rôle, depuis 1997, dans le gouvernement Jospin, n’a jamais été fait. Ces cinq années ont été mortifères pour notre parti, comme si le bilan de Colonel Fabien avait été déposé. On nous a fait avaler des couleuvres pour accompagner le social-libéralisme. Le trio Jospin Hollande Hue a fonctionné à plein régime. On invente la gauche plurielle en juillet 1997. L’originalité du groupe communiste à L’Assemblée Nationale constituait la clé de voute pour que la gauche soit majoritaire dans les votes décisifs.

 

Comme je l’ai observé le travail de Robert Hue était d’empêcher toute opposition du groupe pour laisser passer des textes essentiels alors que nous étions unanimes pour voter contre. Je citerai deux exemples qui m’ont frappé. Sur la Sécurité sociale et la directive européenne de l’électricité : une nouvelle réunion a lieu pour modifier notre position et passer d’un votre contre à l’abstention. Bien évidemment il était marqué défendu de voter contre le budget, malgré la grogne voire la colère des députés. La gauche plurielle est devenue la gauche plus rien !

 

La mutation-liquidation, initiée par l’équipe de Robert Hue, a été en fait un travail méthodique pour tenter de dépouiller le PCF de tout ce qui a fait ses points forts et sa crédibilité politique nationale au cours du 20ème siècle. Comme s’il fallait effacer les choix faits à Tours en 1920 lors de la création du PCF et que tout devait être changé ! Le droit d’inventaire s’impose.

 

Pourquoi faudrait-il refaire les fondations du parti ? C’est la question que je me pose. Tout confirme, au contraire, qu’il faut reconstruire le PCF sur ses bases originelles pour mener les combats révolutionnaires du 21ème siècle.

 

On ne peut pas suivre Pierre Laurent : « Pour une révolution politique de notre parti et de son projet … Car nous avons accumulé au cours des 15 dernières années, de nombreux ingrédients indispensables à cette réinvention… Jeter les bases de notre nouvelle organisation communiste… ».

 

En d’autres termes, il faudrait poursuivre les orientations engagées sous Robert Hue et Marie-George Buffet. En somme, l’actuelle direction nous suggère de nous autodétruire à petit feu !

 

C’est un programme dont on connait déjà le désastre ! Ce congrès extraordinaire a réellement besoin d’une sévère autocritique de nos dirigeants, responsables des choix faits depuis le congrès de Martigues. Un chemin qui nous a menés droit dans le mur !

 

Notre accompagnement actif envers le gouvernement Jospin puis, lors du Congrès de Martigues, notre posture vis à vis du PS, sont confirmés par les relations continues de Robert Hue avec le Président François Hollande. Le bouquet aujourd’hui c’est Robert Hue aux premières loges du meeting de Bercy, aux côtés du candidat Macron.

 

Nous trainons plusieurs boulets aux pieds et donnons toujours l’impression d’être accrochés à une stratégie du passé et dépassée. Nous sommes dans une impasse. L’union de la gauche est morte et enterrée.

 

Les nombreuses tentatives pour remettre en cause le nom du PCF et notre identité, ont mobilisé l’opposition des communistes. Nous nous effaçons, d’année en année, en gauchisant notre discours. On l’a vu de manière évidente avec les collectifs antilibéraux et la création du Front de Gauche. Mieux, dès 2011, et à nouveau en 2016, nous avons laissé le leadership à Jean-Luc Mélenchon, l’homme qui assume totalement son passé de mitterrandiste, le ministre de Jospin qui a cautionné de bout en bout la politique socio-libérale.

 

C’est une stratégie qui a coûté extrêmement cher au PCF, mettant à l’écart des milliers de militants et nous coupant, pour une part importante, du monde intellectuel.

 

Le PCF parti du passé ou une stratégie du passé ?

 

Nous devons nous rappeler que la gauche s’est constituée lors des 19ème et 20ème siècles autour de deux fondamentaux : les idées réformistes et les idées révolutionnaires avec sa part libertaire.

 

Confirmer les choix de Tours devient une question cardinale pour renforcer nos options anticapitalistes et créer les conditions pour que le peuple prenne lui-même ses affaires en main. Voilà le défi auquel nous sommes confrontés.

 

Les communistes ont appris, à leurs dépens, qu’ils n’avaient pas réponse à tout. Être avant-gardiste ne se décrète pas, d’autant qu’il n’y a pas ou plus de maître à penser ou de prêt-à-penser. Leur originalité, leur identité, les communistes devront la construire au cœur de la société, dans une démarche d’autogestion, de conquête des pouvoirs partout où l’on peut les conquérir, du quartier à l’entreprise.

 

Cette conquête des pouvoirs, cette démarche autogestionnaire, c’est aussi l’affaire des citoyens. C’est un appel à la coresponsabilité, à la coproduction, vecteur essentiel d’épanouissement personnel. La fracture politique est telle que l’élection au suffrage universel a atteint des limites. Et, tout le prêchi prêcha de la gestion participative n’y change rien. Il faut changer d’époque pour impliquer les citoyens petit à petit vers la codécision, à tous les niveaux de la société, les impliquant le plus possible, quels que soient les domaines et les sujets.

 

En continuant à se fondre dans les institutions politiques comme il le fait, le PCF n’a forcément plus de raison d’être, car tout concourt à renforcer la technocratie, à exclure les classes populaires. Le marketing et le management se sont substitués à la République, l’objectif étant de mettre fin à la vie des communes. En mettant fin à la vie démocratique, en faisant exploser le maillon de base de la République, petit à petit, on technocratise la politique. Le modèle lyonnais de métropolisation en est un exemple flagrant.

 

Nous devons nous engager à ressourcer le militantisme, nous réarmer pour combattre un système politique qui fonctionne au détriment de la France périphérique. Nous constatons que les ouvriers et les employés sont absents des représentations politiques. C’est une France à deux vitesses qui se développe. Les milieux populaires, loin des centres villes embourgeoisés, vivent principalement dans des cités d’habitat collectif, des zones pavillonnaires du péri-urbain ou des espaces ruraux éloignés. Une population méprisée par une partie du monde politique, intellectuel et médiatique, des classes populaires stigmatisées, étiquetées comme « racistes, autoritaristes, sexistes et culturellement fermées ».

 

Retrouver des références au monde ouvrier, à la lutte des classes, tel est l’impératif du PCF pour se reconstruire, reprendre la place que nous avons abandonnée. Il faut redevenir la force subversive et populaire dont le peuple a besoin, ne pas faire à sa place, construire des outils collectifs qui rassemblent largement et mettent en évidence tout ce qui contribue à la contestation du capitalisme.

 

On ne peut pas résumer, comme certains le voudraient, l’histoire du PCF sous l’angle du stalinisme, ce serait pour le moins réducteur. Le communisme a joué un rôle essentiel dans la France du 20ème siècle avec le PCF, un parti communiste force de mobilisations et de promotions du mouvement ouvrier et paysan.

 

Une nouvelle stratégie : l’union du peuple de France

 

L’union du peuple de France, selon moi, est la stratégie diamétralement opposée à l’union de la gauche, du moins, de ce qu’il en reste aujourd’hui. Une alliance nouvelle, avec les classes moyennes, confrontées, elles aussi, à la tyrannie du capitalisme financier. Nous ne devons pas viser « le peuple de gauche ». Nous devons, au contraire, retrouver le sens du peuple, avec comme seul objectif de porter les attentes du peuple tout entier.

 

Cette union est un enjeu fondamental pour bâtir une stratégie nouvelle, construire des rassemblements, favoriser des mouvements, créer des résistances, des mises en commun pour une vie digne, faite d’humanité, de respect, d’individus envieux de liberté, prêts à agir et à construire, en coresponsabilité et en coproduction. Cette nouvelle stratégie devra s’appuyer sur nos forces militantes, nos élus, tous les acteurs qui portent au quotidien, cette exigence du vivre ensemble, avec des citoyens responsables, acteurs et décideurs de leur propre vie.

 

Ouvriers, ingénieurs, cadres, techniciens, l’ensemble de la classe ouvrière doit retrouver sa place centrale, sortir des visions corporatistes, porter des communautés d’intérêts, en lien avec questions locales et globales. L’histoire de notre parti, ses luttes, ses combats, sont un point d’appui fondamental pour ouvrir ces nouvelles perspectives.

 

Dès aujourd’hui, nous devons travailler à des revendications sociales et politiques, en leur donnant une dimension de portée générale et universelle. C’est le cas de la massification du travail féminisée du secteur des employés, confrontée à des conditions de travail de plus en plus difficiles. Cette « mal-vie au travail » doit nous servir de levier pour porter haut et fort la question des salaires, pour aller à la conquête des pouvoirs et résister au mastodonte technocrate et aveugle du capitalisme, ce magma anonyme qui méprise la liberté individuelle et l’égalité femmes / hommes.

 

L’union du peuple de France concerne aussi les patrons des TPE, voire les dirigeants des PME-PMI, placés sous la dictature de la finance, de la technocratie, du harcèlement textuel et de l’asphyxie des normes.

 

Bien évidemment, notre regard doit vraiment changer vis-à-vis de l’artisanat et du petit commerce, complètement garrotés par les grands donneurs d’ordres.

 

Redonnons du sens à l’action collective au niveau économique et social, mais aussi culturel et politique, tout en conservant notre volonté d’une véritable rupture avec le système capitaliste. Redonnons du sens à l’intérêt général face à l’individualisme grandissant. Il n’est pas de transformation possible qui ne remette en cause le rapport de propriété, pour assurer l’égalité et la distribution des biens sociaux, et, pour la majorité des travailleurs, l’accès à la propriété des moyens de production.

 

L’autogestion avec de nouvelles nationalisations voire renationalisations, dans le secteur industriel et financier doit changer la donne. Les critères de gestion et la finalité de l’activité doivent être partagés en termes de codécision. Il faut combiner l’activité économique et la promotion des femmes et des hommes. Nous devons redonner ses lettres de noblesse au comité d’entreprise qui a été détourné de sa mission originelle depuis 1968. Car l’obligation d’intervenir sur les stratégies industrielles, financières, sociales et commerciales est fondamentale pour remettre en cause les critères de gestion capitaliste inscrits dans la concurrence libre et non faussée. Replacer vigoureusement les nationalisations au centre du combat politique pour, à nouveau, démontrer l’originalité du modèle social français inspiré du CNR, c’est bien notre meilleur argument politique décomplexé.

 

Il n’y a pas de mystère, ce qui a marché pour les 30 glorieuses, ce sont ces réformes nées d’un système économique et social où public et privé s’épaulaient mutuellement.

 

Il n’y a aucune raison de capituler comme cela a été fait massivement sous le gouvernement Jospin devant les dogmes de la nomenclature du capital. Car se priver des nationalisations c’est abandonner notre souveraineté nationale.

 

Comment créer les conditions de cette résistance au capitalisme ? Comment nourrir de nouvelles revendications émancipatrices, ouvrant à de nouveaux horizons ? Comment unir les communautés d’intérêts pour le droit à la ville, le droit au beau, le droit de vivre, d’étudier, de travailler en sécurité ?

 

Plusieurs pistes de travail peuvent, d’ores et déjà, être engagées :

 

Faire converger les préoccupations et les solidarités entre les habitants de toute une ville, voire d’une agglomération pour en finir avec les ghettos sociaux et ethniques. Une violence endémique se retrouve dans de multiples communes et territoires. La jeunesse, les enfants, les femmes sont les plus exposés et concernés par une vie chaotique. Des millions de personnes vivent ces mêmes réalités au quotidien. A nous, les communistes, d’imaginer, d’élaborer des propositions sociales et politiques de luttes et d’unions d’envergure pour le droit à la reconnaissance et à la dignité. A nous de faire converger ces exigences au niveau local, régional et national.

 

  • Construire des réponses sociales et politiques face aux émeutes urbaines, à l’exemple des « 500 frères » en Guyane, dénonçant les questions d’incivilité, de délinquance, de pourrissements insupportables. Grâce à leurs actions, ils ont porté des esquisses sociales et politiques d’exigences anticapitalistes.

    Construire des réponses sociales et politiques sur la question de l’islam, deuxième religion de France. Tendons la main aux Français de culte musulman, comme nous l’avons fait avec les chrétiens, pour un islam compatible avec la République et la laïcité. Construisons des convergences en favorisant la mobilisation, l’engagement, la prise de parole des intéressés eux-mêmes pour refuser l’islam politique, l’islamisme et faire acte de citoyenneté dans la ville, dans l’entreprise ou au bureau, pour mieux vivre dans la fraternité et le respect. Encourageons le développement d’un islam des Lumières, en luttant contre la propagation idéologique de « l’islam obscurantiste ». Des bonnes volontés existent.

    • Le Parti communiste, parti de l’autogestion 
    • Engager une véritable politique de rupture, analyser, sans concession, le rôle du parti, est indispensable pour élaborer une stratégie et reconstruire le PCF du 21ème siècle. C’est un véritable big bang intellectuel, stratégique et démocratique qui doit avoir lieu.

Le PCF a besoin de retrouver son autonomie comme parti politique au service du peuple de France. Il doit impérativement combiner lutte sociale, lutte économique, lutte culturelle et combat politique. Telle est notre raison d’être. Pas un PCF pour soi ou en soi.

Il est temps de porter un coup d’arrêt à sa dilution en portant, le plus loin possible, la dimension révolutionnaire au sein de la gauche, de cette passion française du communisme et remettre au centre notre travail intellectuel, philosophique et stratégique.

Le communisme doit pousser jusqu’au bout, les ruptures avec le capitalisme. Tout doit graviter autour des exigences du peuple, du monde du travail et de sa mise en mouvement, loin des logiques partisanes ou des logiques d’état-major ; nous en avons un bel exemple avec le Front de Gauche qui nous l’a fait payer cash.

Encourageons l’émergence d’une société au service de l’homme, acteur et décideur, en coresponsabilité, en coproduction. Mettons au cœur de nos actions la responsabilité individuelle pour des combats collectifs, fructueux et porteurs d’issues positives. Il y a besoin d’articuler dans cette démarche la transformation personnelle et la transformation sociale.

Face à la faillite du capitalisme, à une crise économique et sociale sans précédent, à l’explosion du chômage, aux questions d’insécurité, nous devons apporter des réponses concrètes, bâtir une stratégie autour de l’idée communiste.

Tous les principes qui régissent l’économique, bouleversent et brutalisent l’existence humaine, tant au niveau de la production qu’en matière de consommation. De ce pourrissement, nous devons faire émerger les valeurs et les idéaux du communisme. C’est à ce combat que nous devons nous consacrer.

 

Qu’est ce qui doit changer au PCF ?

 

De la souveraineté des adhérents à la liberté de chaque communiste, où en sommes-nous ?

 

Pour faire du PCF le parti de l’autogestion capable de construire cette union du peuple de France, il faudrait commencer par nous l’appliquer à nous-même. Car nous ne pouvons être un parti politique comme les autres, sous peine de ne plus faire partie du panorama politique.

 

Cela veut dire qu’il faut ouvrir sans limite, sans à priori, la possibilité d’explorer des points de vue politiques contradictoires, voire en opposition avec les choix de nos derniers congrès et de celui de ses dirigeants :

 

  • Clarifier la gestion politique du gouvernement Jospin

  • Le choix de la mutation-liquidation

  • La création du Front de Gauche

La candidature de Jean-Luc Mélenchon, en 2011 / 2016

 

Le moment est venu de rompre avec la stratégie d’union de la gauche mise en œuvre depuis 40 années et de couper le cordon ombilical avec le PS. Si cette stratégie n’était pas la bonne, il faut le dire, l’assumer et en changer, adopter un langage de vérité.

 

Rendons possible ce débat. Innovons avec la possibilité d’organiser des votes à chaque étape de la préparation du congrès extraordinaire en refusant de nous enfermer dans un débat à choix unique. Reprenons l’idée que la feuille de route soit fixée à partir d’une assemblée générale des délégués de sections, avec un vote qui deviendrait la décision commune à mettre en œuvre pour la suite.

 

Etre le parti de l’autogestion, c’est faire que l’adhérent devienne acteur et décideur. C’est peut-être cela la révolution du PCF.

 

Rassembler les communistes est un impératif. Pour cela il faut du courage pour clarifier la situation, accepter de rompre avec une stratégie du passé, pour reconstruire un PCF au service de la France populaire, en remettant au centre du débat public et national, notre point de vue politique sur la souveraineté populaire, en plaçant le peuple comme acteur de premier plan.

 

Etre porteur d’une alternative crédible au capitalisme et à la mondialisation.

 

  • Elaborer un projet politique, nourrir les idées et les valeurs, en portant le fer sur l’affrontement droite / gauche sur tout ce qui fonde les valeurs authentiques de la gauche et de l’existence du PCF.

  • Nous devons surprendre et regarder d’un œil neuf, en nous adressant au peuple tout entier, autour des principes et des valeurs qui nous rassemblent, car pour les communistes, l’intérêt général tourne autour de la Nation, de la République et la laïcité, en dépassant l’esprit partisan.

  • La République est au cœur de l’histoire de la gauche et du PCF. On se rappelle l’idée forte que nous avons portée du mariage du drapeau rouge et du drapeau tricolore. Les communistes doivent retrouver de l’authenticité, du parler vrai. Rechercher et accepter la controverse, le débat politique, philosophique et théorique, avec comme constante retrouver le sens du peuple, pour une reconquête électorale et un impératif moral.

L’avenir du PCF se joue ici et maintenant. Il faudra encore bien des épreuves pour dégager cette force communiste qui ne craint pas de s’en prendre à l’ordre social et ouvrir enfin de véritables perspectives d’un changement de société.

 

Un big bang intellectuel

 

S’ouvre devant nous un immense travail intellectuel à renouveler, enrichir, et actualiser pour penser aujourd’hui le combat communiste, retrouver de la crédibilité, nous obliger à des réflexions approfondies.

 

Nous ne partons pas de rien. Il y a une culture communiste qui imprègne les réalités françaises. Notre héritage est important.

 

Nous devons relancer et poursuivre audacieusement la vie du PCF dans les années 60/70, sur notre approche de la culture, pour une démocratie avancée, pour la reconnaissance du pluralisme et de l’alternance politique et nos idées fécondes du socialisme aux couleurs de la France, des amorces sur l’autogestion, avec un début tardif sur l’URSS et nous, et notre refus catégorique d’une conception où l’on accepterait l’idée du parti unique.

 

Beaucoup semblent s’arrêter aux années 80, enfermés dans cette stratégie d’échec de tête à tête avec le PS qui a conduit à notre marginalisation, à la perte de notre utilité, de notre légitimité.

 

Reprenons nos analyses et notre combat anticapitaliste pour combiner nos objectifs de transformation, le respect du pluralisme politique et de l’alternance, en considérant le pluralisme politique comme notre ADN de communistes. Le pluralisme politique, à gauche et à droite est une réalité sur fond de notre éthique républicaine, nous rechercherons la confrontation politique vigoureuse pour en finir avec les anathèmes, les caricatures, comme si être de droite ou supposé, était considéré comme être des ennemis de la République. Le PCF peut contribuer à redonner toute sa noblesse à la politique, pour le peuple et par le peuple, sans oublier que les femmes et les hommes vivent de passions.

 

Car les racines de l’être humain ne se résument pas rationnellement sous le sens étroit de l’intérêt. Retenons les leçons de l’histoire des grands sursauts collectifs. En chaque individu existent les instincts de domination, de révolte, de refus, ou d’engouement qui débordent et coexistent.

 

Notre analyse du populisme reste sommaire. Un travail s’impose pour des analyses sérieuses des réalités actuelles. On ne peut pas se contenter d’utiliser le mot populisme comme repoussoir. Examinons les contradictions exprimées par le peuple. Pour moi, c’est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais populisme.

 

La question du populisme comme question politique ne peut plus, ne doit pas être une question taboue. Il nous faut chercher à comprendre les raisons de la dissidence des peuples qui marque la politique européenne.

 

Retour à Marx et ce que nous devons inventer

 

Comment se hisser à la situation d’aujourd’hui ? Un retour à Marx est indispensable. La théorie « valeur / travail », la question de la durée du temps du travail, constituent toujours le nœud des conflits du capital travail. Quelle actualité !

 

Le développement du capitalisme, purement financier montre à quel point son principal obstacle c’est le capitalisme lui-même.

 

Si l’on refaisait aujourd’hui l’état des lieux, beaucoup plus précis et détaillé du capital, on y verrait à quel point sont pertinentes les thèses soutenues par Marx. Si l’effondrement du marxisme comme religion politique est difficilement discutable, tout prouve ces 20 dernières années, que Marx, quant à lui, a repris place dans les penseurs. La fin du marxisme dogmatique n’est pas la mort de Marx. Avec Marx, nous avons l’analyse du mode de production capitaliste et la critique de l’exploitation, de l’aliénation, de la domination.

 

Nous avons abandonné l’idée du grand soir, de l’utopie de la table rase, comme si dans les combats pour changer de société il fallait recommencer à zéro, avec l’illusion mortifère d’une humanité idéale. Nous devons élaborer une perspective émancipatrice en sortant de l’idéalisation de la classe ouvrière, sans oublier la lutte historique du mouvement ouvrier en considérant la vie sociale et politique du point de vue des plus défavorisés, avec un impératif universel de justice sociale.

 

A nous maintenant de reformuler les enseignements de la pensée de Marx et Engels, au-delà, revenir à Lénine et à Gramsci et beaucoup d’autres penseurs du 20ème siècle et début du 21ème (*), qui portent avec sagacité une radicalité qui remet en cause le système capitaliste dans une approche fondamentale, sans séparer les quatre dimensions : économique, technique, culturelle et politique. Telle est l’équation du renouveau de la pensée politique du PCF, la seule qui permette de redonner de la consistance à la construction d’une alternative de transformation sociale.

 

Nous avons besoin d’un PCF en contact direct avec le peuple, de retrouver un langage simple, des objectifs clairs, être compris et entendus des citoyens.

 

Engager une véritable rupture avec le système, c’est tout l’enjeu du big bang intellectuel pour reconstruire le PCF. Revenir au cœur de l’affrontement politique, défricher de nouvelles voies pour les luttes sociales à venir, poser la question du devenir collectif dans le respect de l’individualité, l’urgence d’élaborer un projet communiste.

 

Revisitons la culture communiste depuis Babeuf, Marx, et toute la richesse du PCF dans l’histoire de la France. Notre obligation à ouvrir des pistes nouvelles contribuera au renouveau de notre pensée communiste.

 

C’est notre raison d’être comme parti politique révolutionnaire. Le PCF au travail !

 

Avec beaucoup de fraternité !

 

Contribution d’André Gerin

Vénissieux, le 16 août 2017

 

(*) Voici une liste non exhaustive de livres et leurs auteurs qui m’ont marqué, et motivent mes réflexions :

 

Perry Anderson « Le nouveau vieux monde »

 

Paul Boccara « Le capital de Marx, son apport, son dépassement »

 

Michel Clouscard « Le capitalisme de la séduction »

 

Henri Jourdain « Comprendre pour accomplir »

 

Jean-Claude Michéa « Les mystères de la gauche »

 

Yvon Quiniou « Les chemins difficiles de l’émancipation »

 

Maximilien Rubel « Karl Marx, essai de biographie intellectuelle »

 

Lucien Seve « Marxisme et théorie de la personnalité »

 

André Tosel « Barbarie du capitalisme mondialisé ? »

 

Jean Vigreux et Serge Wolikow « Culture communisme au 20ème siècle »

 

Slavoj Zizek « La nouvelle lutte des classes »

 

  • Deux livres collectifs :
  • « Un manifeste pour une économie pluraliste »
    • « Radicalité : 20 penseurs vraiment critiques »

21 août 2017

Jean-François Autier, Bonjour,

Les peuples qui n'ont pas de mémoire sont condamnés à revivre leur histoire.

 

A quelques variations près, cette idée a été exprimée par 

 

Confucius, Karl Marx, Aldous Huxley, Edmund Burke, George Santayana, Churchill, Primo Levi et quelques autres.

 

Et pourtant, elle est plus que jamais d'actualité...

 

Compassion à deux vitesses : La Sierra Léone enterre ses 400 morts dans l'indifférence totale d'un monde extrêmement choqué par les 14 morts de Barcelone

 

http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-30806.html

 

Vidéo 8:05

C’est le gouvernement français qui prépare les attentats – 

 

Émission Russia Today traduite en francais publiée 16/09/2016

 

http://stopmensonges.com/cest-la-gouvernement-francais-qui-prepare-les-attentats-emission-russia-today-traduite-en-francais/

 

Bonne réflexion...

 

JF

Posté par Michel Peyret 

Publié par El Diablo

Quelle était l’analyse du PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS sur L'EUROPE dans les années 1947-1980 ? [DOCUMENT]

Quelle était l’analyse du PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS sur L'EUROPE dans les années 1947-1980 ? [DOCUMENT]
 
Quelle était l’analyse du PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS sur L'EUROPE dans les années 1947-1980 ? [DOCUMENT]

UN LIVRE QUI FAIT FOI

La meilleure façon de rendre compte avec objectivité de l'analyse que le Parti communiste français faisait de la « construction européenne » dans les années 1947-1980 est à coup sûr de rappeler ce qu'en disaient ses principaux responsables pendant toute cette période.

Pour cela, un livre intitulé « Europe, la France en jeu », simplifie considérablement le travail de recherche. Écrit par un collectif de responsables communistes à la fin 1978 et publié au début de 1979, ce livre a été préfacé par Maxime Gremetz, à l'époque membre du Bureau Politique et du Secrétariat du Parti communiste français. On ne peut donc pas trouver preuve plus convaincante de la position officielle du PCF sur la question européenne à la fin des années 1970.

POUR LIRE LE DOCUMENT EN CLIQUANT LE LIEN CI-DESSOUS [site de l’UPR] :  

Quelle était l'analyse du Parti Communiste Français (PCF) sur " l'Europe " de 1947 à 1980 ?

Quelle était l’analyse du PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS sur L'EUROPE dans les années 1947-1980 ? [DOCUMENT]

LE TEXTE EN PDF (LIEN CI-DESSOUS):

1973-2017 : l’effondrement idéologique de la « gauche » française

 

En 1973, le coup d’Etat du général Pinochet contre le gouvernement d’Unité populaire au Chili provoqua une vague d’indignation sans précédent dans les milieux progressistes du monde entier. La gauche européenne en fit le symbole du cynisme des classes dominantes qui appuyèrent ce “pronunciamiento”. Elle accusa Washington, complice du futur dictateur, d’avoir tué la démocratie en armant le bras meurtrier des militaires putschistes. En 2017, au contraire, les tentatives de déstabilisation du pouvoir légitime au Vénézuéla ne recueillent au mieux qu’un silence gêné, un sermon moralisateur, quand ce n’est pas une diatribe antichaviste de la part des milieux de gauche, qu’il s’agisse des responsables politiques, des intellectuels qui ont pignon sur rue ou des organes de presse à gros tirage.

 

Du PS à l’extrême-gauche (à l’exception du “Pôle de renaissance communiste en France”, qui a les idées claires), on louvoie, on ménage la chèvre et le chou, on reproche au président Maduro son “autoritarisme” tout en accusant l’opposition de se montrer intransigeante. Dans le meilleur des cas, on demande au pouvoir légal de faire des compromis, dans le pire on exige qu’il se démette. Manuel Valls, ancien premier ministre “socialiste”, dénonce la “dictature de Maduro”. Son homologue espagnol, Felipe Gonzalez, trouve scandaleux l’appel aux urnes, et il incrime “le montage frauduleux de la Constituante”. Mouvement dirigé par la députée de la “France Insoumise” Clémentine Autain, “Ensemble” condamne le “caudillisme” du pouvoir chaviste. Eric Coquerel, également député de la FI et porte-parole du Parti de gauche, renvoie dos-à-dos les fauteurs de violence qui seraient à la manœuvre “des deux côtés”, tout en avouant ingénument qu’il n’a “pas envie de critiquer Maduro”.

 

Entre 1973 et 2017, que s’est-il passé ? Il y a un demi-siècle, la gauche française et européenne était généralement solidaire - au moins en parole - des progressistes et révolutionnaires des pays du Sud. Sans méconnaître les erreurs commises et les difficultés imprévues, elle ne tirait pas une balle dans le dos à ses camarades latino-américains. Elle ne distribuait pas les responsabilités entre les putschistes et leurs victimes en rendant une sorte de jugement de Salomon. Elle prenait parti, quitte à se tromper, et ne pratiquait pas, comme la gauche actuelle, l’autocensure trouillarde et la concession à l’adversaire en guise de défense. Elle ne disait pas : tout cela, c’est très vilain, et tout le monde a sa part de culpabilité dans ces violences regrettables. La gauche française et européenne des années 70 était sans doute naïve, mais elle n’avait pas peur de son ombre, et elle ne bêtifiait pas à tout bout de champ lorsqu’il s’agissait d’analyser une situation concrète. C’est incroyable, mais même les socialistes, comme Salvador Allende, pensaient qu’ils étaient socialistes au point d’y laisser leur peau.

 

A voir l’ampleur du fossé qui nous sépare de cette époque, on est pris de vertige. La crise vénézuélienne fournit un exemple commode de cette régression parce qu’elle se prête à une comparaison avec le Chili de 1973. Mais si l’on élargit le spectre de l’analyse, on voit bien que le délabrement idéologique est général, qu’il traverse les frontières. Lors de la libération d’Alep par l’armée nationale syrienne, en décembre 2016, les mêmes “progressistes” qui font la fine bouche devant les difficultés du chavisme ont fait chorus avec les médias détenus par l’oligarchie pour accuser Moscou et Damas des pires atrocités. Et la plupart des “partis de gauche” français (PS, PCF, PG, NPA, Ensemble, EELV) ont appelé à manifester devant l’ambassade de Russie, à Paris, pour protester contre le “massacre” des civils “pris en otage” dans la capitale économique du pays.

 

Bien sûr, cette indignation morale à sens unique occultait la véritable signification d’une “prise d’otages” qui eut lieu, en effet, mais par les milices islamistes, et non par les forces syriennes. On put le constater dès que les premiers couloirs d’évacuation furent mis en place par les autorités légales : les civils fuirent en masse vers la zone gouvernementale, parfois sous les balles de leurs gentils protecteurs en “casque blanc” qui jouaient au brancardier côté cour et au djihadiste côté jardin. Pour la “gauche”, le million de Syriens d’Alep-Ouest bombardés par les extrémistes customisés en “rebelles modérés” d’Alep-Est ne comptaient pas, la souveraineté de la Syrie non plus. La libération d’Alep restera dans les annales comme un tournant de la guerre par procuration menée contre la Syrie. Le destin aura aussi voulu, malheureusement, qu’elle signale un saut qualitatif dans l’avachissement cérébral de la gauche française.

 

Syrie, Vénézuéla : ces deux exemples illustrent les ravages causés par l’indigence de l’analyse conjuguée à la couardise politique.

 

Tout se passe comme si les forces qui tenaient lieu de “forces vives” dans ce pays avaient été anesthésiées par on ne sait quel puissant sédatif. Parti des sphères de la “gauche de gouvernement”, le ralliement à la doxa diffusée par les médias dominants est général. Convertie au néo-libéralisme mondialisé, l’ancienne social-démocratie ne s’est pas contentée de tirer une balle dans le dos à ses ex-camarades des pays du Sud, elle s’est aussi tirée une balle dans le pied. Transformé en courant minoritaire - social-libéral - au sein d’une droite plus dévouée que jamais au capital, le PS s’est laissé cannibaliser par Macron, la savonnette à tout faire de l’oligarchie capitaliste euratlantique. Dans les années 70, même la droite française “libérale éclairée”, avec Giscard d’Estaing, était plus à gauche que le PS d’aujourd’hui, ce résidu vermoulu dont l’unique fonction est de distribuer les sinécures aux rescapés du hollandisme.

 

La page de Solférino une fois tournée, on pouvait alors espérer que la “gauche radicale” prendrait le relais en soldant les comptes des errements passés. Mais la “France insoumise”, malgré son succès électoral du 23 avril 2017, est un grand corps mou, sans colonne vertébrale. On y trouve des gens qui pensent que Maduro est un dictateur et d’autres qui pensent qu’il défend son peuple. Ceux qui dénoncent l’adhésion de la France à l’OTAN pleuraient à chaudes larmes sur le sort de ses mercenaires wahhabites à Alep. La main sur le cœur, on se proclame contre l’ingérence étrangère et l’arrogance néo-coloniale au Moyen-Orient, mais on veut “envoyer Assad devant la CPI”, ce tribunal d’exception réservé aux parias du nouvel ordre mondial. Le président syrien, nous dit-on, est un “criminel”, mais on compte quand même sur le sacrifice de ses soldats pour éliminer Daech et Al-Qaida. Ces contradictions seraient risibles, si elles ne témoignaient d’un délabrement plus profond, d’un véritable collapsus idéologique.

 

Elle a beau vouloir rompre avec la social-démocratie, cette gauche adhère à la vision occidentale du monde et à son droit-de-l’hommisme à géométrie variable. Sa vision des relations internationales est directement importée de la doxa pseudo-humaniste qui partage le monde en sympathiques démocraties (nos amis) et abominables dictatures (nos ennemis). Ethnocentrique, elle regarde de haut l’anti-impérialisme légué par les nationalismes révolutionnaires du Tiers Monde et le mouvement communiste international. Au lieu de se mettre à l’école d’Ho Chi-Minh, Lumumba, Mandela, Castro, Nasser, Che Guevara, Chavez et Morales, elle lit Marianne et regarde France 24. Elle croit qu’il y a des bons et des méchants, que les bons nous ressemblent et qu’il faut taper sur les méchants. Elle est indignée - ou gênée - lorsque le chef de la droite vénézuélienne, formé aux USA par les néo-conservateurs pour éliminer le chavisme, est mis sous les verrous pour avoir tenté un coup d’Etat. Mais elle est incapable d’expliquer les raisons de la crise économique et politique au Vénézuéla. Pour éviter les critiques, elle répugne à décrire comment la rupture des approvisionnements a été provoquée par une bourgeoisie importatrice qui trafique avec les dollars et organise la paralysie des réseaux de distribution en espérant saper la légitimité du président Maduro.

 

Indifférente aux mouvements de fond, cette gauche se contente de participer à l’agitation de surface. En proie à une sorte de divertissement pascalien qui la distrait de l’essentiel, elle ignore le poids des structures. A croire que pour elle, la politique n’est pas un champ de forces, mais un théâtre d’ombres. Elle prend parti pour les minorités opprimées à travers le monde en omettant de se demander pourquoi certaines sont visibles et d’autres non. Elle préfère les Kurdes syriens aux Syriens tout court parce qu’ils sont minoritaires, sans voir que cette préférence sert leur instrumentalisation par Washington qui en fait ses supplétifs et cautionne un démembrement de la Syrie conforme au projet néo-conservateur. Elle refuse de voir que le respect de la souveraineté des Etats n’est pas une question accessoire, qu’elle est la revendication majeure des peuples face aux prétentions hégémoniques d’un Occident vassalisé par Washington, et que l’idéologie des droits de l’homme et la défense des LGBT servent souvent de paravent à un interventionnisme occidental qui s’intéresse surtout aux hydrocarbures et aux richesses minières.

 

On pourra chercher longtemps, dans la production littéraire de cette gauche qui se veut radicale, des articles expliquant pourquoi à Cuba, malgré le blocus, le taux de mortalité infantile est inférieur à celui des USA, l’espérance de vie est celle d’un pays développé, l’alphabétisation est de 98% et il y a 48% de femmes à l’Assemblée du pouvoir populaire (merci à Salim Lamrani et à Flavien Ramonet, enfin, de l’avoir fait). On n’y lira jamais, non plus, pourquoi le Kérala, cet Etat de 33 millions d’habitants dirigé par les communistes et leurs alliés depuis les années 50, a l’indice de développement humain de loin le plus élevé de l’Union indienne, et pour quelle raison les femmes y jouent un rôle social et politique de premier plan. Car les expériences de développement autonome et de transformation sociale menées loin des projecteurs dans des contrées exotiques n’intéressent guère nos progressistes, fascinés par l’écume télévisuelle et les péripéties du barnum politicien.

 

Dopée à la moraline, intoxiquée par le formalisme petit-bourgeois, la gauche boboïsée signe des pétitions, elle intente des procès et lance des anathèmes contre des chefs d’Etat qui ont la fâcheuse manie de défendre la souveraineté de leur pays.

 

Ce manichéisme lui ôte la pénible tâche d’analyser chaque situation concrète et de regarder plus loin que le bout de son nez. Elle fait comme si le monde était un, homogène, traversé par les mêmes idées, comme si toutes les sociétés obéissaient aux mêmes principes anthropologiques, évoluaient selon les mêmes rythmes. Elle confond volontiers le droit des peuples à s’auto-déterminer et le devoir des Etats de se conformer aux réquisits d’un Occident qui s’érige en juge suprême. Elle fait penser à l’abolitionnisme européen du XIXème siècle, qui voulait supprimer l’esclavage chez les indigènes en y apportant les lumières de la civilisation au bout du fusil. La gauche devrait savoir que l’enfer de l’impérialisme aujourd’hui, comme du colonialisme hier, est toujours pavé de bonnes intentions. Lors de l’invasion occidentale de l’Afghanistan, en 2001, on n’a jamais lu autant d’articles, dans la presse progressiste, sur l’oppression des femmes afghanes et l’impératif moral de leur libération. Après quinze ans d’émancipation féminine au canon de 105, elles sont plus couvertes et illettrées que jamais.

 

Bruno GUIGUE

 

URL de cet article 32210 
Commentaire de B.T : Je partage TOTALEMENT le propos de Bruno face à nos bovidés de la "gauche radicale". Bovidés, qui de fait participent des dispositifs d'intégration du monde du travail aux objectifs du CAPITAL. Nos néo keynésien sont en retard d'une guerre. Au-delà des mots et des effets de manche ils sont bel et bien dans les fourgons de l'OTAN. Les USA n'ont pas d'alliés MAIS des vassaux, ils en participent.

Solidarité face au théofascisme

 

Publié le 18 Août 2017
Solidarité face au théofascisme
 
Qui les arme? 
 
Où les trouvent-ils ? Comment expliquer les moyens sans fond dont ils disposent ?
 
Les financiers financeurs de E.I.- Daesh and C° entre deux investissements dans le mercato ou des provocations contre la souveraineté des peuples et leurs états  vont-ils pouvoir longtemps poursuivre sans freins leur barbare logistique.
 
Ils ont encore frappé. comme à Nice ou Manchester, comme au Nigéria, au Burkina fasso, en Russie aux USA ou tout le Moyen orient.
 
Insupportable!Après Manchester Canaille le Rouge écrivait ceci : 
 
"Ils frappent ; pas si aveuglement que cela. Personne qui ne remarque que depuis le 11 septembre jusqu'à ce jour Manchester , à travers la planète les attentats fascistes visent toujours des rassemblements jeunes, festifs et populaires.Jamais la caste qui les pilote ne s'en prend à l'aristocratie financiaro-industrielle qui porte et impose les politiques impérialistes qui servent d'alibis aux criminels.Cet attentat arrive juste le lendemain de la visite du 1er responsable de la 1ere puissance impérialiste auprès du principal soutien à l'idéologie wahhabite socle de toutes les branches cette partie du théofascisme. Tous ces attentats renvois à des mouvement parés ou pas de façades religieuses tous liés à la mouvance fasciste ici théofasciste ou là, nazie.
 
Ils frappent et partout les premières réactions, et sans tarder en France, au nom de la sécurité, brider les Libertés.Notons la réaction immédiate du gouvernement français pour dire maintenir un état d'urgence inadapté à la lutte contre les poseurs de bombe mais d'une grande utilité pour museler tout mouvement populaire appelé à contester sa politique."
 
Pas besoin d'en changer une ligne tant le cadre est le même tant les causes sont toujours présente.Reste la question qui devient lancinante :
 
Va-t-on longtemps encore devoir remplacer le non d'une ville meurtrie par celui de la suivante sur la lite des victimes du théofascisme sans arrêter les assassins et les forcent qui les épaulent ?
 
Depuis le début de 2016, plus de 3000 morts que le théofascime cette variante du fascisme générique sème sur les chemins qui lui sont dégagés par de curieuses alliances  politico économique. Alliances, à combattre sans faiblesse sous toutes leurs formes, qui le font croître.
 
Les mêmes subsides qui transitent via les banques du capital mondialisé peuvent acheter des armes à Satory ou des footballeurs sur le marché aux bestiaux de la FIFA ou encore spéculer sur des palaces en direct ou via des fonds de pensions. 
 
Personne qui exigeant des mesures contre le terrorisme ne propose la confiscation des fortunes qui servent à son financement ou la fermeture les officines qui gravitent autour de ses actes. Personne qui ne dénonce la tolérance avec les régimes qui en Europe ont précédé Trump dans la réhabilitation du nazisme des pays Baltes à l'Ukraine, de Budapest à Varsovie.
 
Peu ou personne pour rappeler la perméabilité entre fascismes, théofascisme de Charlottesville et Barcelone ou Paris (idées et réseaux de circulation des armes, tolérances officielles etc.)
 
Cela ressemble un peu à cette drôle de guerre à l'identique de celle de 1939  : l'ennemi est ciblée mais surtout ne pas l'attaquer,. Continuer tel le patronat français en 40 à commercer avec lui, à faire les yeux doux à ceux qui le couvent voir profitent de sa terreur pour accumuler des fortunes.
 
Lui vendre des armes qui vont se répandre via les convois de Toyota flambant neuves à travers la planète.
 
Lui reconnaître des mérites (Fabius et la Syrie ou le putsh fasciste de Kiev), encourager ses émules (Erdogan à Ankara, Sissi en Egypte). Et ne rien dire officiellement de celui qui depuis la maison Blanche instrumentalise la monté globale du fascisme sur la planète.
 
Vouloir faire croire que l'un serait pire que l'autre renforce et l'un et l'autre.
 
Dans l'affrontement global mondialisé entre le capital et le travail, le capital déploie l'outil dont il a besoin pour maintenir son hégémonie, ce talon de Fer dont parlait Jack London.
 
Urgent que les peuples trouvent le chemin pour hausser le ton et s'attaquent à extirper le mal et toutes ses racines. c'est de lutte de classe qu'il s'agit.
 
Rédigé par Canaille Lerouge

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Du parler vrai que l'on entend que rarement

Sur le blog de José Fort:

 

Faudra-t-il encore longtemps pleurer les victimes du terrorisme? Ecrire les mêmes mots de dégoût, de colère, de tristesse? Prononcer les mêmes discours? Suivre les mêmes émissions spéciales rabâchant les mêmes infos provoquant le phénomène de mimétisme chez des déséquilibrés? Entendre des commentaires insipides? Organiser des cérémonies sans lendemain?

Combattre les intégristes assassins, les mettre hors d'état de nuire est une priorité. Mais est-ce seulement ainsi qu'il faut agir? Les seuls Etats-Unis ont dépensé 17 milliards de dollars en bombardements et actions militaires diverses dans la région au titre de combats entre les djihadistes. Combien les Européens? Pour quel résultat? Ces sommes colossales n'aurait-elles pas été mieux utilisées pour l'éducation, la santé et la sécurité des populations asséchant ainsi le terreau dont se nourrit le terrorisme ?

Le blog de José Fort

De l’invention de l’antisémitisme… pour raison d’Etat…

 

18 Août 2017

Résultat de recherche d'images pour "constantin le grand"

 

Il s’avère que j’ai fait des études classiques très studieuses, mon professeur de grec était un fanatique des pères de l’Eglise. Ma famille vivait une situation de drame et de séparation dans laquelle j’étais prise en otage et je ne supportais plus le lycée. Je révisais mon bac toute seule dans la merveilleuse bibliothèque de la place Carli à Marseille. Pour travailler le grec, je me suis passionnée donc pour les pères de l’Eglise, en particulier Saint Jean Chrysostome que je vais tenter de vous faire découvrir. Je me suis aussi jetée dans l’étude de Julien l’apostat et je traduisais pour m’exercer son Traité des barbes, dans lequel non seulement il raconte sa chère Lutèce (Paris), mais il tente de restaurer le paganisme. Il hait le christianisme devenu depuis Constantin religion officielle.

 

Quand quelques années après, je passe le certificat d’histoire ancienne, j’ai pour professeur le doyen Palanque qui nous fait un cours sur les conciles de Nicée à celui de Calcédoine, par lequel Constantin qui a embrassé le christianisme et en fait une religion d’Etat va fixer la foi. Je dois avoir été une des rares étudiantes à éprouver un tel engouement pour ce cours. Mais il me fait renouer avec ce moment où je me réfugiais dans cette bibliothèque, ses boiseries blondes et ses murs tapissés de livres reliés, le silence qui me reposait des drames que je vivais chez moi, la solitude qui m’apaisait. Je retrouvais le plaisir d’apprendre sur le mode d’une enquête policière, avec comme traces des meurtres ces invraisemblables débats sur le fait de savoir qui était le plus proche de la divinité du père, du fils ou du saint esprit. Non seulement je buvais les paroles du doyen Palanque, mais je lisais tout ce qu’il nous indiquait.

 

Je découvrai également que le thème de la crucifixion était emprunté aux apocalypses qui avait fleuri ça et là à la suite de la destruction du temple de Jérusalem par les romains. Les rebelles avaient été crucifiés, comme les chrétiens, qui à l’époque étaient confondus avec les Juifs sous Néron. La crucifixion était une châtiment d’esclave dans la crise de l’empire qui était aussi celle du mode de production esclavagiste et on sait à quel point le christianisme avait correspondu avec l’idée de l’égalité des esclaves. De là, je pouvais faire des hypothèses sur l’opération de communication de la mère de Constantin, Hélène, partie à Jérusalem pour y retrouver la croix sur laquelle Jésus avait été crucifié. Bien sûr elle l’a trouvée et débitée en petits morceaux distribués à toutes les églises et monastères au point que si on les rassemblait il y aurait de quoi faire quelques kilomètres de cette sainte relique. Cette invention de la crucifixion correspondait aux différents conciles qui avaient pour vocation de fixer le christianisme, religion d’Etat. La principale obédience à combattre était l’arianisme.

 

L’arianisme est un courant de pensée théologique des débuts du christianisme, dû à Arius, théologien alexandrin au début du IVe siècle, et dont le point central concerne les positions respectives des concepts de « Dieu le père » et « son fils Jésus ». La pensée de l’arianisme affirme que si Dieu est divin, son Fils, lui, est d’abord humain, mais un humain disposant d’une part de divinité. Le premier concile de Nicée, convoqué par Constantin en 325, rejeta l’arianisme. Celui-ci fut dès lors qualifié d’hérésie, mais les controverses sur la double nature, divine et humaine, du Christ (Dieu fait homme), se prolongèrent pendant plus d’un demi-siècle et donnèrent lieu non seulement à d’autres conciles mais à des répressions. L’arianisme posait une question politique, la plupart des peuples germaniques qui étaient des peuples fédérés marquaient ainsi leur autonomie(1). Les Wisigoths d’Hispanie restèrent ariens jusqu’à la fin du VIe siècle et les Lombards jusqu’au milieu du VIIIe siècle. Pour ces derniers notons qu’ils furent avec les juifs, les prêteurs d’argent de l’Europe.

 

Parce que l’arianisme avait beaucoup à voir avec le judaïsme, voici ce que vous pouvez lire dans Wikipédia sur Saint Jean Chrysostome (saint Jean Bouche d’or) (2):

 

« Ce sont les relations amicales entre les Juifs et les Chrétiens qui ont amené Chrysostome à proférer ses violentes attaques contre les Juifs. Les motifs religieux ne manquent pas, car de nombreux Chrétiens ont l’habitude de célébrer les fêtes de Roch Hachana, de Yom Kippour et de Souccot. « Quel pardon pouvons-nous espérer, si nous courons à leur synagogue, simplement par impulsion ou par habitude, et si nous appelons leurs docteurs et magiciens chez nous». Ailleurs Chrysostome écrit : « J’invoque le ciel et la terre comme témoins contre vous si vous vous rendez aux fêtes où retentit le Shophar, ou si vous participez aux jeûnes, ou observez le chabbat, ou si vous observez un rite juif important ou non, et je serai innocent de votre sang ». Chrysostome combat non seulement les inclinations pro-juives du point de vue religieux des habitants d’Antioche, mais aussi le fait que les Juifs étant considérés avec beaucoup de respect à cette époque, les Chrétiens préfèrent régler leurs problèmes juridiques devant les tribunaux juifs, car le serment juif leur semble plus impressionnant et plus contraignant que le leur. Chrysostome affirme que les jours de chabbat et de fêtes juives, les synagogues sont pleines de Chrétiens et principalement de femmes qui aiment la solennité de la liturgie juive, qui aiment entendre la sonnerie du Shophar le jour de Roch Hachana et qui applaudissent les fameux prêcheurs selon la coutume de l’époque.

 

Une théorie apologétique plus récente soutient qu’il essaye au contraire de persuader les Chrétiens judaïsants, qui ont conservé pendant des siècles des liens avec les Juifs et le judaïsme, de choisir entre le christianisme et le judaïsme.

 

Chrysostome tient les Juifs pour responsables de la crucifixion de Jésus, les accuse de déicide et leur reproche de continuer à se réjouir de la mort de Jésus. Chrysostome soutient tout au long de ses écrits que le judaïsme a été vaincu et remplacé par le christianisme. Il essaie de le prouver en montrant que la religion juive ne peut exister sans un temple, des sacrifices et un centre religieux à Jérusalem, et qu’aucune des institutions religieuses ultérieures à la destruction du Temple de Jérusalem, ne peut se mettre à la place des anciennes. Chrysostome raille les Patriarches, qui selon lui, n’étaient pas des prêtres, mais s’en donnaient l’apparence et jouaient seulement leur rôle comme des acteurs. Il ajoute: « L’Arche sainte, que les Juifs ont maintenant dans leurs synagogues, apparait en fait comme une vulgaire boite en bois que l’on peut acheter au marché ». Il compare la synagogue à un temple païen, l’accusant d’être à la source de tous les vices et de toutes les hérésies.

 

Il la décrit comme un endroit pire qu’un bordel ou un débit de boisson; c’est un repaire de fripouilles, l’antre de bêtes sauvages, un temple de démons, le refuge de brigands et de débauchés, et la caverne des diables, une assemblée criminelle d’assassins du Christ. Palladius, un biographe contemporain de Chrysostome écrit aussi que, parmi les Juifs, la prêtrise pouvait être achetée ou vendue pour de l’argent. Finalement il déclare que lui-même, en accord avec les sentiments des saints, hait aussi bien la synagogue que les Juifs, écrivant que « les démons résident dans la synagogue » et « aussi dans l’âme des Juifs », et les décrivant comme « juste bons à être massacrés ».

 

Mais il ne se contente pas de railler les lieux et objets religieux sacrés pour les Juifs, il essaye de convaincre ses ouailles que le devoir de tous les Chrétiens est de haïr les juifs et déclare que c’est un péché de les traiter avec respect. En dépit de sa haine des juifs et du judaïsme, Chrysostome, comme l’ensemble de l’école d’Antioche, montre dans son exégèse une dépendance à l’égard de la Aggada (textes réglementaires non fixés par la Torah) qui prédominaient à l’époque parmi les Juifs de Palestine. Weiss a pu montrer quelques parallélismes avec les Aggadistes et que l’influence de la Aggada peut être notée dans les écrits de Chrysostome. »

 

Il faudrait également que je vous raconte la suite de mes découvertes studieuses. Parce que je n’ai pas choisi l’antiquité mais le Moyen-âge pour y poursuivre mes investigations. J’avais Georges Duby comme enseignant et il était difficile de résister à la fascination intellectuelle qu’il exerçait. J’ai fait sous sa direction mon premier mémoire de recherche sur l’iconographie des cloîtres provençais et l’évolution des mentalités du 11 e au 13 e siècle. J’ai retrouvé à cette occasion tout ce que j’avais pu acquérir sur les thèmes et leurs origines. Je vous ferai grâce de la relation du peuple déicide à la crucifixion. Il faudrait que je revienne sur les glissements entre l’arianisme de l’hispanie et l’apocalypse et les sculptures instrument de propagande du christianisme contre les musulmans mais aussi les juifs.

 

Je ne peux m’empêcher quand je suis confrontée à l’actualité politique de souvent la mettre en relation avec ce bagage jamais oublié et qui ne cesse d’être enrichi au gré des besoins politiciens….

 

Danielle Bleitrach

 

(1) comment parce que les germains ont choisi l’obédience d’Arius, un évêque égyptien, ce fou inculte d’Hitler va-t-il inventer une race les aryens (un peuple basané indien) encore un mystère du recyclage. Comme celui du complot des juifs hérité du Moyen-âge ?

 

(2) Marianne avec qui je viens de discuter me signale l’importance de Saint Jean Chrysostome (appelé en russe Zlatoust) en Russie et dans le culte orthodoxe… qui se veut effectivement le descendant direct de Constantin, le tsar étant le César, Moscou étant la troisième Rome après Byzance… je suis sûre que l’on pourrait découvrir que ce réac antisémite de Soljenitsyne a biberonné du Saint jean Chrysostome qui a un magnifique style… Comme d’ailleurs Léon Bloy chez nous… rien ne se perd, rien ne se crée… mais c’est lassant ce passage de témoins de millénaire en millénaire…

Publié par El Diablo

IL Y A 61 ANS, le 17 août 1956, L’ALLEMAGNE capitaliste INTERDISAIT le Parti communiste allemand (KPD).

IL Y A 61 ANS, le 17 août 1956, L’ALLEMAGNE capitaliste INTERDISAIT le Parti communiste allemand (KPD).

A peine 11 ans après la victoire sur le nazisme, le gouvernement de l’Allemagne capitaliste, la RFA, faisait interdire le Parti communiste allemand, le KPD, parti des 150.000 déportés et des 30.000 fusillés dirions-nous en France. C’était il y a 60 ans, le 17 août 1956.

L’impérialisme allemand, déjà remis en selle à l’ouest du pays, vassal de l’impérialisme américain et en passe de retrouver sa prépondérance sur ses partenaires d’Europe de l’ouest, affichait sa conception de la démocratie.

La plupart des cadres ayant officié sous le 3ème Reich, avait gardé ou repris leur poste. De nombreux nazis avaient été recyclés, y compris dans la vie politique et les partis bourgeois et dans l’armée en reconstitution.

A l’inverse, la répression anticommuniste s’accentue. Dans le contexte de guerre froide, elle atteint un sommet, avec l’élimination du KPD légal. Elle continuera les décennies suivantes avec, notamment, les interdictions professionnelles frappant les communistes, jusqu’aux années 80. En 1968, le Parti communiste allemand DKP a pu être créé, mais avec des statuts différents du KPD qui demeurera interdit.

Le combat pour la réhabilitation et l’indemnisation des communistes lésés, mené notamment par le DKP, montre aujourd’hui, combien, malgré la fin de la guerre froide, l’Allemagne capitaliste a moins que jamais tourné la page.

Nous republions l’article de Markus Bernhardt, publié à l'origine dans le quotidien progressiste allemand Junge Welt, le 10 août 2016Traduction MlN pour « Solidarité internationale PCF – Vive le PCF ».

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Paranoïa anticommuniste

Il y a 60 ans, le Parti communiste allemand KPD était interdit. Le coup le plus dur porté à la gauche après la libération du fascisme

Par Markus Bernhardt

Il y a 61 ans, le 17 août 1956, la Cour constitutionnelle fédérale, sur requête du gouvernement de l’époque, dirigé par le chancelier Konrad Adenauer, interdisait le Parti communiste d’Allemagne (KPD). Pour la deuxième fois, l’interdiction d’un parti était prononcée dans l’histoire de l’Allemagne fédérale, après celle du parti fasciste « Sozialistische Reichspartei » (SRP).

L’élimination perfide du KPD a durement frappé le parti et ses adhérents. Onze années seulement après la libération du fascisme hitlérien, les adhérents du parti communiste fondé en 1918 par Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et Wilhelm Pieck, qui sortait de douze ans d’interdiction sous le fascisme allemand, étaient à nouveau la cible d’une attaque d’Etat. Et cela bien que le KPD ait payé un si lourd et sanglant tribut au combat contre Hitler. De ces 300.000 adhérents d’avant 33, quelque 150.000 furent internés dans les soi-disant camps de concentration ou dans des bagnes. Environ 30.000 communistes furent assassinés. Le président du KPD, l’ancien ouvrier du port de Hambourg, Ernst Thälmann, fut exécuté, après onze années en cellule d’isolement, en août 1944, sur ordre express d’Hitler.

Malgré tout cela, le régime d’Adenauer, qui voulait voir dans le KPD un grand danger pour l’Etat qui a succédé au « Troisième Reich », décida de porter un coup fatal aux communistes. Le Parti fut dissout, ses élus du peuple furent déchus de leur mandat, des milliers d’adhérent furent traînés devant les tribunaux. Rien qu’entre les années 1950 et 1968, presque 200.000 procédures furent engagées contre des adhérents, réels ou présumés, du KPD. Elles aboutirent à 10.000 procès au total, qui se conclurent pour les personnes criminalisées par de la détention, la perte de leur emploi, la privation de leurs droits civiques et d’autres discriminations.

Les juges de Karlsruhe fondèrent la légalité de l’interdiction du KPD sur les buts poursuivis par le Parti qui auraient été « dirigés » contre « les principes de la démocratie libre ». A l’époque, pour la Cour constitutionnelle, cela tenait dans une formule, condensée de l’enseignement du marxisme-léninisme sur le développement de la société : « l’avènement d’un ordre social socialiste-communiste par la voie de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat ». Les juges qualifièrent le KPD en conséquence de « parti marxiste-léniniste de combat », qui aurait refusé, selon eux, les « principes et institutions » dont « l’application et l’existence » auraient été « la condition du fonctionnement d’un ordre démocrate libre ».

Comme véritable motif de l’interdiction du KPD, le DKP fait l’analyse au contraire aujourd’hui que le gouvernement Adenauer avait engagé secrètement, dès 1949, malgré tous les serments fait publiquement pour la paix, les préparatifs du réarmement. Ainsi, « la constitution d’une nouvelle Wehrmacht » aurait été confiée à « d’anciens généraux d’Hitler ». A l’encontre de ces projets existait un large sentiment profondément antimilitariste qui s’exprimait à travers les nombreuses consultations populaires, manifestations et initiatives de protestation organisées par le KPD et d’autres forces pour la paix. La déclaration éditée par le DKP à l’occasion du 60ème anniversaire de l’interdiction du KPD conclut : « du point de vue des gouvernants, il fallait criminaliser et abattre la résistance considérable au réarmement, recherché systématiquement, de l’Allemagne de l’Ouest et à sa transformation en « Etat en première ligne sur le front » ».

La répression et la campagne anticommunistes atteignirent un sommet avec l’interdiction du KPD mais elles ne s’arrêtèrent pas là. Déjà en 1951, le mouvement de jeunesse « La libre jeunesse allemande (FDJ) » avait été interdit en Allemagne de l’Ouest, ce que devait confirmer trois ans plus tard la Cour constitutionnelle. En 1972 suivit le soi-disant « décret sur les extrémistes » sur la base duquel, surtout dans les années 70 et 80, la soi-disant « loyauté à la constitution » était vérifiée chez les postulants à la fonction publique via des millions de demandes d’attestation à l’office de la « protection de la constitution ». 11.000 procédures furent engagées à la suite de ce décret ; près de 1200 demandeurs d’emploi public furent rejetés et près de 300 fonctionnaires furent limogés. Parmi les personnes concernées par ces mesures d’épuration politiques ne se trouvaient pas que des communistes, loin de là, mais aussi des syndicalistes et des militants du mouvement pacifiste. Il leur était même refusé de devenir conducteur de locomotive ou employé des postes.

Ces tâches qui salissent la soi-disant « culture politique démocratique » n’ont toujours pas fait l’objet d’un examen correct. Il est toujours passé sous silence que les victimes de la stratégie de répression anticommuniste, qui, dans les faits, persiste aujourd’hui, n’ont jamais été réhabilitées ou indemnisées pour l’injustice que l’Etat a commise à leur encontre.

Manifestations et initiatives en 2016

A l’occasion du 60ème anniversaire de l’interdiction du Parti communiste d’Allemagne (KPD), des initiatives sont organisées dans plusieurs villes.

60 ans après le jugement de la Cour constitutionnelle fédérale contre le KPD, le Parti communiste allemand (DKP) mobilise pour une manifestation à Karlsruhe, le 10 septembre (15h) sur la place Ludwig, au cœur de la deuxième ville de Bade-Wurtemberg.

Aux côtés du président du DKP, Patrik Köbele, la députée au Bundestag « die Linke », Karin Binder de Karlsruhe, ainsi que des représentants de partis communistes amis d’Europe participeront à la manifestation. A l’issue de la manifestation est également programmé un débat (au local « Walhalla », Augartenstrasse 27), dans le cadre duquel le président délégué du DKP, Hans-Peter Brenner, l’avocat munichois Hans E. Schmitt-Lermann évalueront, sur plan politique et juridique, la portée de l’interdiction du KPD. En conclusion, l’ancien président du DKP, Herbert Mies et l’ancien membre du présidium du DKP, Willi Gern participeront à une discussion en tribune.

SOURCE: 

 

Il y a 60 ans, le 17 août 1956, l'Allemagne capitaliste interdisait le Parti communiste allemande (KPD). - Solidarité Internationale PCF

Publié par El Diablo

[Histoire] L'auto-dissolution du PARTI COMMUNISTE ITALIEN

[Histoire] L'auto-dissolution du PARTI COMMUNISTE ITALIEN [Histoire] L'auto-dissolution du PARTI COMMUNISTE ITALIEN

Le Parti Communiste Italien, né en 1921, a été dissous par son 20è congrès en janvier 1991. Cette auto-dissolution est l’issue d’un long processus, dont tous les protagonistes n’avaient sans doute pas projeté ni le déroulement, ni la fin. Ainsi, le secrétaire général du PCI, Enrico Berlinguer, qui avait, au lendemain du coup d’Etat de Pinochet au Chili en 73, estimé qu’il n’était pas possible de diriger un pays avec un gouvernement minoritaire ou disposant d’une trop faible majorité, avait-il proposé en 74 pour l’Italie ce qu’il avait appelé un « compromis historique » entre les forces communiste, socialiste, et chrétienne. Cette proposition, loin de faire l’unanimité dans le PCI, avait cependant eu un grand écho dans le pays et, dans l’immédiat, le PCI avait obtenu le meilleur score électoral de son histoire passée et future aux élections de 1976, avec 34,4% des voix. La démocratie chrétienne, qui était également, sous l’impulsion d’Aldo Moro, à la recherche d’un nouveau dispositif politique du pays, s’était ralliée à l’idée de convergence démocratique. Et, peu à peu, le PCI s’était approché d’une participation gouvernementale, ce qui n’avait pas eu lieu depuis 1947. C’est alors qu’Aldo Moro était enlevé puis assassiné en 1978 par les « Brigades rouges ». Bientôt, le PCI, accusé simultanément d’être complice des terroristes et co-responsable de la politique gouvernementale, avait mis fin en 1979 à sa participation à la majorité et tentait une stratégie qui faisait plus de place au mouvement social, alors que le « compromis historique », du moins dans sa mise en œuvre politique sous forme de « solidarité nationale », donnait la prééminence aux rapports entre formations. La mort brutale de Berlinguer, en 1984, contribuait à fragiliser le PCI, son successeur Alessandro Natta n’ayant pas le poids charismatique de Berlinguer.

 

Offensive patronale

 

La fin des années 70 et le début des années 80 voient en Italie, dans le contexte d’une forte offensive conservatrice mondiale, le patronat marquer des points sur des questions importantes comme le démantèlement de l’échelle mobile des salaires (accepté par référendum en 1985), le développement de la flexibilité, la concentration des entreprises, en même temps que la valorisation idéologique de l’entreprise, Fiat devenant une sorte d’emblème national, symbole d’un consensus idéologique fondé sur le profit, symbole de stabilité et de sécurité dans un monde de précarité. La politique de la grande entreprise commence ainsi à structurer un consensus majoritaire sur l’impossibilité de réponses indolores à la crise et l’acceptation des mesures d’austérité ; les solutions de la classe dirigeante sont perçues comme salutaires ou inévitables. Cette offensive bénéficie d’un affaiblissement du syndicalisme de classe, résultant des règles de l’unité syndicale qui conduit la CGIL à accepter que ses initiatives soient conditionnées par les autres syndicats.

 

Questions pour un consensus

 

Lors du 17è congrès du PCI en 1986, marqué par une forte présence des cadres du parti, Natta prend des distances philosophiques avec le marxisme (le concept de lutte des classes « est un concept que nous utilisons tous de moins en moins », dit-il tout en montrant combien il reste opératoire). Le congrès rejette les amendements qui proposent comme perspective le dépassement ou la sortie du capitalisme ; le PCI se proclame « partie intégrante de la gauche européenne » et « refuse d’anticiper sur les évolutions historiques », déclarant cependant qu’il « n’est pas actuel de penser à une adhésion à l’Internationale socialiste ». Mais des délégués relèvent aussi l’affaiblissement des valeurs de solidarité et d’égalité dans la société italienne, les réactions racistes contre les gitans et les travailleurs immigrés, le recul des valeurs d’égalité entre les sexes. Le PCI ne se présente plus comme parti révolutionnaire porteur d’objectifs transformateurs, mais comme « parti réformateur moderne », comme l’annonce la banderole de la tribune.

 

Le secrétaire général de la CGIL, principale confédération syndicale,  déclare que s’il vivait en RFA, il serait au SPD. Le Comité central du PCI refuse un amendement de Luciana Castellina qui affirme que « le reaganisme exprime une réponse de longue durée à la crise de l’ordre capitaliste des années 70 ». Giorgio Napolitano, l’actuel Président de la République, alors responsable du secteur « politique étrangère » du PCI, confirme dans une interview du 8 mai 86 au magazine « Panorama » que « l’URSS est à la tête d‘un des 2 blocs politico-militaires », ce qui n’est guère discutable, mais ajoute : « et nous sommes avec l’autre ».

Enrico Berlinguer, secrétaire général du PCI de 1972 à 1984

Enrico Berlinguer, secrétaire général du PCI de 1972 à 1984

Affaiblissement du PCI et de l’identité communiste 

En 1987, ont lieu des élections législatives anticipées (pour la 5è fois depuis 1968). L’Italie traverse une crise politique mais le président de l’organisation du grand patronat italien (Confindustria) écrit dans « le Figaro » du 15 juillet 87 que « l’Italie est championne, au moins potentiellement, du capitalisme ». Le résultat des élections, avec 26,6% des voix pour le PCI, est, selon le mot de Natta, « une défaite ». A part les élections européennes de 84, toutes les élections depuis 1976 ont été marquées par le tassement de ses voix, surtout dans les secteurs ouvriers et populaires, dans les villes industrielles, dans les zones «« rouges » de Rome. L’insatisfaction des électeurs reporte leurs voix sur certaines formations « radicales » (Démocratie prolétarienne), sur les Verts, mais aussi sur les socialistes et les démocrates chrétiens. Un dirigeant du PCI, Lucio Magri, parle d’ « affaiblissement de l’identité communiste » et Alessandro Natta se demande si l’idée qu’il fallait rassembler ne l’a pas emporté sur le contenu du rassemblement. La majorité gouvernementale de centre droit, forte de 57% des suffrages, est renforcée, le Parti socialiste italien améliore ses résultats : avec 14,3% des suffrages, il retrouve son niveau des années 50. Le président de la Confindustria., toujours dans la même interview au « Figaro » du 15 juillet 87, annonce qu’« il importe que le nouveau gouvernement adopte des règles précises pour l’action économique, la libéralisation des capitaux, la modernisation de l’appareil administratif public… nous avons de bonnes chances d’aboutir ».

Les années 88-89 sont marquées par la volonté d’accentuer et accélérer la restructuration de l’économie et de la société italiennes. Les gouvernements « pentapartites » (socialistes, sociaux-démocrates, libéraux, républicains, démocrates chrétiens), font en sorte d’élargir les espaces politiques et économiques ouverts au capital privé, dans l’enseignement supérieur (au nom de l’autonomie des universités), la recherche, la culture. Le ministre du Trésor, Guido Carli, ancien président de la Banque d’Italie, ancien président de la Confindustria, déclare dans « la Repubblica » du 29 juillet 89, que, pour résorber le déficit de l’Etat, il faut commencer à « céder le patrimoine de l’Etat » : téléphone, banques, assurances, électricité.

Signes prémonitoires et préliminaires

Le PCI opère activement pour un rapprochement avec les partis sociaux-démocrates européens. Giorgio Napolitano, dans « l’Espresso » déclare en décembre 88 que, s’il n’est pas possible que le PCI « s’intègre actuellement dans le groupe socialiste à l’Assemblée européenne, car seuls en font partie des formations appartenant à l’Internationale socialiste ; les choses pourraient être examinées autrement si les conditions devenaient moins contraignantes ».

En 1989, Natta ayant démissionné de ses fonctions de secrétaire général du PCI pour raisons de santé, son successeur, Achille Occhetto, exalte lors du 18è congrès la valeur historique et future du nom de parti communiste « et alors, on ne comprend pas pourquoi nous devrions changer de nom ». Mais il annonce aussi que « si un parti, face à des transformations de vaste portée et face à des faits qui changent l’ensemble du panorama politique global, décidait, de façon autonome et non à cause de circonstances extérieures, de donner vie, avec d’autres, à une nouvelle formation politique, alors oui, il s’agirait d’une chose sérieuse, qui n’offenserait ni la raison ni l’honneur d’une organisation politique ».

Dès le lendemain de la chute du mur de Berlin (9-10 nov. 1989), il commence à parler, hors des instances du parti, d’une initiative importante, justifiée par des raisons italiennes et internationales, non pour changer le nom du parti, mais pour « donner vie à une nouvelle formation politique ». Il soumet cette proposition le 13 novembre 1989 au secrétariat du Comité central, le 14 à la Direction du parti, où elle suscite de fortes oppositions. Le 20 novembre, le Comité central adopte cette proposition qui doit être soumise à un congrès extraordinaire qui ouvrira une phase constituante, pour une organisation dont on ne définira le nom que plus tard et qui, en attendant, s’appelle « la cosa » (la chose) ; on annonce d’emblée qu’elle demandera son adhésion à l’Internationale socialiste, avec pour mission de jouer un rôle d’impulsion pour sortir la gauche européenne de sa crise. La phase constituante doit déboucher sur un congrès. Cette proposition s’adresse aux forces progressistes et de gauche, non  aux partis politiques, mais Occhetto parle des verts, des radicaux, de la gauche souterraine, des socialistes et des démocrates chrétiens de gauche. Effectivement, la préparation de ce congrès a donné lieu à des rencontres, clubs et même à un référendum parmi les lecteurs de l’hebdomadaire « l’Espresso ». Le 19è congrès (mars 1990) se trouve placé devant 3 motions, inamendables, ce que certains délégués ont contesté, et le congrès ne peut qu’enregistrer les votes des sections. Un peu moins de 30% des membres du parti ont participé aux débats préparatoires, ce qui est plus que d’ordinaire, mais peu compte tenu de enjeux de ce congrès. La motion Occhetto l’emporte avec environ 70% des mandats et le PCI s’engage dans la constitution de « la chose ».

Le congrès de l’auto-dissolution

Occhetto, considérant que l’effondrement des systèmes politiques de l’est européen ouvre une nouvelle période historique, estime qu’il faut se débarrasser d’idéologies dépassées, surmonter les divisions historiques du mouvement ouvrier et trouver une réponse à la crise d’identité du PCI, à ses échecs politiques, à ses défaites électorales, à son vieillissement, au relâchement de ses contacts avec le monde du travail. Le 20è congrès (Rimini, 31 janv.-3 fév. 1991) a vu la convergence des « colonels » (c’est ainsi qu’on appelait ses proches) d’Occhetto avec ceux qui se définissent comme relevant d’une « aire réformiste », « à la recherche d’objectifs de liberté et de justice qu’il est concrètement possible de poursuivre ». Ils refusent une stratégie de rupture avec le capitalisme. L’objectif est, pour eux, que le nouveau parti soit capable d’exprimer « une culture et une capacité de gouvernement », de tenir compte des contraintes budgétaires, d’avoir une vision « non étatiste des rapports entre public et privé dans l’économie ».

Parmi les opposants à cette orientation, Nichi Vendola se dit dérouté par le « vide d’analyse et de jugement sur une phase longue, une décennie intense, durant laquelle s’est consommée la défaite historique de la gauche mondiale ». Ces opposants jugent que « suppprimer l’identité des communistes est une erreur gravement dommageable pour toute la gauche […] L’erreur n’a pas été d’être trop communistes. Elle a été au contraire de ne pas avoir développé une critique rénovée des nouvelles formes d’exploitation et de domination ». Pour eux, le tournant engagé avec le  congrès précédent pèche pour 3 raisons :


a/ l’absence d’une analyse de classe, moderne, de la société
b/ un déplacement de l’axe culturel vers des positions subalternes par rapport  à des idéologies modérées
c/ une idée de la politique de sommet, qui privilégie le recours aux medias et les fonctions de leader.

D’autre part, ce 20è congrès congrès ayant lieu au moment de la guerre du Golfe, Giorgio Napolitano s’oppose à la demande de retrait des forces italiennes dans le Golfe, objectant que ce ne serait qu’un geste de propagande. Mais beaucoup estiment démentie l’analyse d’Occhetto qui ne voyait dans l’effondrement des systèmes politiques d’Europe de l’est que des possibilités de développement démocratique et la fin de la guerre froide et de la politique des blocs.

Ce congrès est intervenu dans un climat de démobilisation des adhérents : plus de 100 000 adhérents n’ont pas repris leur carte. Mais cette phase constituante a associé de nombreux interlocuteurs extérieurs qui, n’appartenant pas au PCI, décident d’adhérer à la nouvelle formation  (57 000 adhésions).

Le congrès adopte la motion Occhetto par 807 voix, 75 contre, 49 abstentions, 328 délégués étaient sortis de la salle pour manifester leur volonté de faire sécession. Occhetto est difficilement élu secrétaire général. Le Parti démocratique de la gauche était né. Plusieurs opposants continuèrent d’en faire partie, espérant pouvoir y rassembler de nombreux hésitants susceptibles d’être convaincus de la possibilité d’une force communiste dans ce parti.

On conçoit le désarroi des militants et des sympathisants du PCI devant cette disparition du PCI. Le 10 février 1991, quelques milliers de militants se rassemblent à Rome et fondent le Mouvement pour la refondation  communiste, qui deviendra par la suite le Parti de la Refondation communiste.

Les conséquences ne se font pas fait attendre : c’est un recul idéologique et politique global pour le monde du travail. En septembre 1992, la Confindustria fait presque explicitement savoir qu’elle ne se sent plus liée  aux forces qui ont jusqu’alors gouverné l’Italie et qui, effectivement, ont disparu des résultats électoraux (le Parti socialiste, la Démocratie chrétienne, le Parti libéral, le Parti social-démocrate). Achille Occhetto déclare que la gauche rénovée pourra donner « à la crise italienne une réponse que les vieilles classes dirigeantes ne sont plus en mesure d’élaborer ». La CGIL précise un élément de cette réponse, lors de son congrès fin  octobre 1992 :  il en sort un  syndicat défini comme « post-ouvrier », qui en a fini avec « le mythe du rôle central de la classe ouvrière ». Le syndicat doit défendre les travailleurs, les usagers, l’entreprises, les compatibilités. Si l’on ne tient pas compte des compatibilités entre ce qu’on demande  et ce qui est possible, « on aura l’air de Martiens », affirme le secrétaire général : le syndicat doit donc fixer ses propres limites, il ne sert à rien de refuser par principe les mises à la retraite anticipée, la flexibilité, le chômage économique. On voit se dessiner la possibilité d’un nouveau pacte social où les syndicats auraient pour rôle de contenir les éventuels excès des salariés et des entreprises. Au plan politique, l’arrivée de Berlusconi, à 2 reprises président du conseil, marque une régression démocratique importante.

Voilà donc comment un grand parti, nombreux, influent, fort d’une longue histoire de luttes (antifascisme, Résistance, « reconstruction » économique et politique après 20 ans de fascisme et 5 ans d’une guerre qui a comporté un changement d’alliance et qui a eu de fortes composantes d’une guerre civile) a disparu après une dizaine d’années de reculs politiques et de reculades idéologiques sur fond de régression sociale. Certains de ses membres ont pu espérer, soit qu’une « tendance communiste » pourrait peser sur l’activité du nouveau parti, soit que le patrimoine du PCI pourrait fructifier dans ce nouveau parti. Il n’en est rien, le nouveau parti est maintenant en train de se joindre à des formations social-démocrates, des formations de centre gauche, voire de centre droit, pour constituer un « parti démocratique » (ou « parti démocrate », à l’américaine : c’est le même mot en italien), avec comme objectif, non pas de changer la société, de briser la domination du capital, mais d’être une force d’alternance contre la droite berlusconienne. Ses actuels dirigeants font savoir leur exaspération quand reparaît le mot d’ordre d’Enrico Berlinguer : être à la fois parti de lutte et de gouvernement.

Si vous ne voulez pas que le parti communiste français connaisse le même  sort, avec les mêmes conséquences désastreuses pour la société et les travailleurs français, il y a urgence à réagir.

Pierre Laroche, PCF Paris 5

SOURCE:

L'Auto-dissolution du Parti Communiste Italien - Le blog des communistes du cinquième

15 août 2017
REMUE-MENINGES: Parfum social-démocrate

Deux organisations ont vu le jour ces dernières années. Elles se réclament toutes deux plus ou moins du marxisme et de la lutte de classe. En réalité, elles ont pour objet, l'une de prendre la place du parti communiste, il s'agit des insoumis de Mélenchon, l'autre de supplanter la CGT, il s'agit d'un Front Social, aux contours mal définis.
Et si on gratte un peu plus, on s'aperçoit que ces deux organisations ont un parfum social-démocrate évident qui se camoufle sous des slogans révolutionnaires.
Le fait d'appeler à manifester le 23 Septembre contre la casse du droit du travail, alors que la CGT a choisi depuis pas mal de temps déjà le 12 septembre est significatif de leur volonté de semer le doute et la confusion.
Et ce d'autant plus que le 23 septembre doit se dérouler une marche pour la Paix ! Il faut faire échec à ces manoeuvres de division qui font uniquement le jeu du gouvernement et du MEDEF.
Commentaire de B.T : Ce parfum va bien au-delà. Notre problème, les dirigeants du PCF est, ne sont-ils pas aussi très largement contaminés ?
 

Le monde est menacé de feu nucléaire : par qui ?

 

mercredi 16 août 2017 

 

Nous ne l’avons jamais caché : la forme autoritaire et monarchique prise par le socialisme en Corée du Nord n’est pas pour nous un modèle souhaitable. Pas plus que nous n’avons d’affinités avec les nationalismes autoritaires de Saddam Hussein en Irak, de Khadafi en Libye, où de El Assad en Syrie. Mais, Communistes de France fidèles à un idéal qu’à toujours révulsé l’impérialisme et les guerres de conquête, nous ne hurlons pas avec les loups et ne nous tromperons pas d’ennemi parce que la mode du siècle est à l’opportunisme infantile.

Soyons clairs : le choix de leur régime politique ou des dirigeants de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, relève exclusivement des citoyens irakiens, libyens et syriens, en aucun cas de M. Trump ou de M. Macron, pas plus que des habitants de la France ou des militaires des États Unis d’Amérique. Les guerres impérialistes successives, organisées par M. Bush contre l’Irak, par M. Sarkozy contre la Libye, par les puissances d’Occident et leurs alliés intégristes contre la Syrie, ont détruit chacun de ces états nationaux et transformé de ce fait le Nord de l’Afrique et le Moyen Orient en enfer, peuplé de millions de cadavres et de réfugiés affolés. Il faut appeler un chat un chat, et situer rationnellement les responsables : les auteurs exclusifs de ces crimes contre l’humanité sont les dirigeants des impérialismes États-unien, français, saoudien,israélien,etc, et les terroristes islamistes qu’ils prétendent combattre sont le produit de leurs actes, et souvent leurs complices.

Aujourdhui, " le feu et la fureur " de la guerre nucléaire d’extermination menace d’éclater à l’autre extrémité asiatique de la terre. La petite et pauvre Corée du Nord, est encerclée depuis des décennies par des armées puissantes, des dizaines de milliers de soldats, navires et avions porteurs de bombes atomiques, au service des dirigeants des USA, du Japon, de Séoul, grandes puissances militaires et industrielles, qui ne se cachent pas de vouloir détruire le régime " communiste " par la force. Une version contemporaine de David et Goliath, quand on n’oublie pas que les États Unis de M. Trump dépassent à eux seuls la moitié des dépenses militaires mondiales, notamment en forces nucléaires capables d’anéantir l’humanité, et qu’ils ont permis d’acquérir à leurs alliés les plus belliqueux, les dirigeants d’extrême droite israéliens, les chefs nationalistes de l’Inde et du Pakistan, etc. Le « David nord coréen » a l’impudence de croire qu’il aurait déjà été envahi s’il ne possédait pas lui aussi quelques armes atomiques de riposte éventuelle à une agression impérialiste. Les promesses de conquête et d’extermination proférées par M. Trump et ses adjoints ces temps derniers peuvent laisser penser qu’il a quelques raisons de le croire.

En tout cas, il faut désigner clairement qui sont dans cette affaire les criminels impérialistes qui menacent de faire basculer le monde dans l’apocalypse nucléaire : ils sont à Washington, autour de M. Trump, à Tokyo, autour de M. Abe qui a réhabilité les criminels fascistes condamnés en 1945, et malheureusement à Paris, où M. Macron s’est empressé de pourfendre la " menace nord coréenne".

Et qu’on ne compte pas sur nous pour nous laisser embrigader dans cette gigantesque manipulation belliciste, en rejoignant la naïveté opportuniste de certains : on ne peut que le regretter, dans le journal l’Humanité qui fut celui de Jaurès, quelques plumitifs irréfléchis renvoient dos à dos Trump et le President nord Coréen, les traitant tous deux de " Dingos ". Les Communistes de France, et les citoyens de notre pays et du reste du monde attachés à la paix, savent que ce n’est pas dans la confusion que l’on peut stopper les périls de guerre, et sauver l’indépendance nationale de la Corée menacée.

FRANCIS ARZALIER

En complément de ce texte très pertinent nous tenons juste à rappeler que la Corée, coupée en deux, après une occupation japonaise de 1910 à 1945, subit encore au sud depuis cette période, une occupation impérialiste de l’armée américaine sans laquelle il y a fort à parier que le peuple coréen qui aspire dans sa totalité à la réunification aurait trouvé les voies et moyens d’un développement pacifique...



A noter d’ores et déjà qu’un débat sur l’actualité du combat contre l’impérialisme aura lieu sur le stand de l’ANC/ Rouge Midi avec des représentants du PDP de Corée du Sud et de l’ambassade du Venezuela

Pourquoi fondamentalement remplacent-ils la cotisation sociale par la CSG ?

 
 
 

NON , le transfert du financement de la protection sociale de la cotisation sociale à la CSG ce n’est pas seulement le creusement des inégalités mais vise à la modification fondamentale du caractère révolutionnaire de ce financement conquis à la Libération avec des hommes comme Ambroise Croizat adossé à un mouvement de masse puissant et à une CGT forte de 5 millions d’adhérents.

 

Et c’est donc l’extension de ce système qu’il faut exiger en même temps comme à son origine que la gestion des centaines de milliards en jeu par les travailleurs eux mêmes.

 

 

Se reporter à cet égard aux interventions de Bernard Friot  et son interview à l’Humanité du 14 août 2013 :

 

http://www.frontsyndical-classe.org/article-retraites-b-friot-renouer-avec-et-prolonger-le-caractere-revolutionnaire-des-conquetes-de-la-lib-119554776.html

 

 

SOURCE : LA MARSEILLAISE

Plus de CSG pour la sécu, l’idée qui creuse les inégalités

 

 

A l’appel de la CGT les salariés des organismes sociaux seront mobilisés les 12 septembre contre les attaques portées à la Sécu...et les usagers? Photo Archives R.T.

 

La Sécurité sociale est déficitaire et le gouvernement Macron propose de remplacer le système de cotisation sociale pour son financement par un impôt.

 

La déconnecter ainsi du monde du travail et exonérer les entreprises de leur responsabilité conduira à un droit à la santé à deux vitesses, avec des soins pour les riches et d’autres les pour pauvres. Le point avec Jean-Marie Angeli, secrétaire CGT CPAM 13.

 

Jusqu’à la mobilisation à laquelle la CGT appelle le 12 septembre, « la Marseillaise  » se propose de porter un éclairage sur les multiples conséquences de la réforme du code du travail et plus généralement par les positions plus que libérales du nouveau président de la République sur tous les aspects de l’activité des services publics et privés. Dans le domaine de la santé comme de l’éducation Premier axe de cette série d’articles, les atteintes à la démocratie sociale, notamment dans les entreprises.

 

Avec la reforme du code du travail, côté Sécurité sociale, les problématiques se cumulent, et pour le pire. Il y a d’une part son financement qui est remis en question dans un monde du travail de plus en plus précarisé. Et d’autre part, parler d’austérité concernant des prestations sociales pose un véritable problème de fond.

 

La refonte qui ressemble à s’y méprendre à une casse du code du travail amène les travailleurs vers plus de difficultés, où les contrats à durée indéterminée se raréfient. Parmi les 24 millions de salariés en France, 7 millions sont précaires aujourd’hui. « Ce qui a un impact sur les cotisations et menace encore plus qu’il ne l’est déjà le système de protection social. Car avec des Smics, les cotisations sont plombées, explique Jean-Marie Angeli, d’autant plus que le choix du gouvernement va à l’exonération dite de charges des patrons ».

 

Aujourd’hui au pot commun de ce système de solidarité nationale, abondent pour 58% les cotisations salariales et à hauteur de 23% la cotisation sociale généralisée (CSG), le reste correspondant à diverses taxes. Au fur et à mesure des années, la part de la CSG a augmenté. Et c’est sur cette pente que le gouvernement Macron a mis le cap.

 

Or « supprimer les cotisations ne peut pas faire gagner du pouvoir d’achat puisqu’on se retrouvera à payer plus d’impôts sans avoir de salaires augmentés », recadre le syndicaliste qui note par ailleurs que le pays « n’a jamais autant redistribué de dividendes et on nous dit vous devez être compétitifs. La protection sociale est maintenant toujours affiliée à la notion de coût dans une gestion administrative et comptable. Mais ça ne peut pas être le fil directeur. Les patrons réclament la gestion des maladies professionnelles. Si tel était le cas, on pourrait encore attendre les indemnisations pour l’amiante. »

 

Bricoler des bouts de ficelles

 

On fonctionnait avec le système de solidarité nationale où chacun recevait selon ses besoins. On va vers un système universaliste où on a tous droit à sa part, sans pour autant que le trou de la sécu ne se renfloue. Pour les salariés des organismes sociaux, cette démarche se traduit par « faire plus. Quand on faisait 20 dossiers, on nous en demande aujourd’hui 50. On est sur un mode statistique. Il y a forcément des cas qui nous échappent à ce rythme. Et du coup la qualité se dilue dans la quantité.» Pour l’assuré, « moins il y a de rentrée d’argent, plus cela joue sur sa prise en charge ». Il faudra donc une bonne complémentaire. « On coupe le monde de la santé en deux en creusant les inégalités: ceux qui ont les moyens de se soigner, ceux qui ne les ont pas »

 

Non pas qu’il ne faut pas réformer le code du travail, mais « dans le sens d’un renforcement, avec plus de moyens pour l’inspection du travail, plus de représentativité dans les conseils d’administration…» propose au contraire la CGT. Encore faudrait-il pouvoir en débattre. Mais le dialogue n’est pas inscrit au menu de ce président-là.

 

Myriam Guillaume

 

 

Publié par El Diablo

Le 12 août 1946, il y a 71 ans, la SÉCURITÉ SOCIALE était créée !

Le 12 août 1946, Ambroise Croizat proclame la naissance de la Sécurité Sociale

Le 12 août 1946, Ambroise Croizat proclame la naissance de la Sécurité Sociale

Le 12 août 1946, il y a exactement 70 ans, (en moins de 6 mois dans un pays ruiné) la Sécurité Sociale était mise en place . tout allait changer dans le sens de la dignité pour des millions de francais...

Merci le Conseil National de la Résistance !

Bâtie sous la maitrise d'oeuvre Ambroise Croizat, elle visait « à en finir » comme le soulignait le ministre du travail « avec le rejet, l’exclusion, l’impossibilité d’accéder aux soins et surtout, disait-il en des termes très novateurs, en finir avec la souffrance et les angoisses du lendemain ».Un peu partout, elle s’organisa à l’aide de bénévoles des entreprises essentiellement des militants CGT hors leur temps de travail ou sur leurs congés. Deux tiers des français n’étaient alors couverts par aucune assurance sociale. La plupart, vivaient à l’heure de la charité ou de quelques petites mutuelles dont les caisses étaient épuisées à la moindre épidémie de grippe. La sécurité sociale donna à tous les salariés la possibilité d’accéder à l’hôpital, au médecin ou à la pharmacie sans débourser un centime dans la plupart des cas. «C’était une véritable révolution, raconte un ouvrier. Avant, on ne se soignait pas. On laissait la maladie nous affaiblir ou nous emporter ! ». « Je me souviens, surenchérit un paysan, qu’avant la fameuse « Sécu », l’intervention chirurgicale était une terreur. On n’y pensait même pas. Pour les familles, il fallait parfois vendre deux vaches, la moitié de son cheptel pour se faire opérer. »


Autre grande conquête toujours proclamée sous les auspices d’Ambroise Croizat le 12 août : la retraite. 82 % des français ne bénéficiaient d’aucune allocation vieillesse. « Il fallait alors travailler jusqu’à 70 ans ou plus, glisse un ancien, pour espérer une petite obole donnée par les municipalités. Alors, on se tuait au travail jusqu’au bout! Mon père d’ailleurs y est mort, à l’usine !» Tout change avec l’institution de ce qui fut appelée « celle qui vous doublait la vie ». On comprend le sens de cette appellation quand on se souvient que la vieillesse fut dès lors envisagée non plus comme une « antichambre de la mort » mais au contraire, dira encore Ambroise Croizat, « comme une nouvelle étape de la vie ».


Parmi les grandes conquêtes du CNR fut aussi proclamée par la loi Croizat, la généralisation des comités d’entreprises qui offrirent aux enfants d’ouvriers le droit à la lecture, aux vacances et aux bourses scolaires qui permirent à beaucoup d’envisager des carrières impensables pour des familles des cités. On vit naître également, peu de gens le savent, le CNRS, outil de recherche de premier plan qui, avec les nationalisations des banques, des mines et de l’énergie, ainsi que la mise en place de la fonction publique et de la médecine du travail furent les pierres angulaires de ce renouveau social aujourd’hui menacé.

Michel Etiévent

SOURCE:

https://www.facebook.com/michel.etievent

Au détour d'un polard

 

Publié le 13 Août 2017

Ce (petit) moment de réflexion politique

 

Au détour d'un polard
 

Tiré d'un polard assez jubilatoire de Laurent Binet " la septième fonction du langage ". Un bouquin tout terrain-toute saison-toute météo.

 

A lire pour le polard lui même et sa galerie de portraits à se taper le cul par terre (Lang, Sollers, BHL ; de Mitterrand à Althusser, un Giscard au scalpel !!!).

 

Et au milieu du bouquin , ces réflexions d'un des personnages à l'occasion d'une joute oratoire:

 

" Si la classe dominante a perdu le consentement, c'est à dire si elle n'est plus dirigeante mais uniquement dominante et seulement détentrice d'une force de coercition, cela signifie précisément que les grandes masses se sont détachées des idéologies traditionnelles, qu'elles ne croient plus à ce qu'elle croyait auparavant ".

 

Vous avez toujours en mémoire les débats d'experts autour du taux d'abstention aux élections et le nombre d'inscrits rapportés aux électeurs possibles ?

 

Et quelques lignes plus loin, le même personnage dans sa joute intellectuelle poursuit revenant à un auteur théoricien marxiste dont Canaille le Rouge aime à rappeler l'urgence de le lire :

 

" Et c'est justement pendant cet interrègne qu'on favorise l'éclosion de ce que Gramsci appelle Les phénomènes morbides les plus variés "

 

Notre conférencier de préciser par la plume de L. Binet :

 

" ...Le fascisme n'est plus la conséquence catastrophique d'un Etat en crise et d'une classe dominante qui a perdu le contrôle des masses.

 

Il est, non plus la sanction, mais le recours sournois de l'auxiliaire de la classe dirigeante pour contenir la poussée des forces progressiste... un fascisme d'officine douteuse et clandestines à la solde de patrons racistes qui veulent que tout change pour que rien ne change "

 

Avouez qu'il y a là déjà de quoi plus que réfléchir aujourd'hui dans notre pays. Mais notre orateur poursuit, dans une actualité liée à l'après 68 en Italie (" ce n'est plus Mussolini mais la loge P2 "), une généralisation pleine d'une surprenante actualité :

 

" Le fascisme ne représente plus la menace qui plane au dessus d'une crise qui s'éternise mais la condition même de la crise . La crise dans laquelle s'enlise l'Italie depuis des années ne se résoudra que quand le fascisme aura été extirpé de l’État ".

 

l'orateur concluant en italien " La lotta continua ".

 

Ce n'est qu'un polard mais parlant de Balzac,  Engels disait en avoir plus appris sur l’économie et l’histoire chez Balzac, qu’en lisant les économistes. 

 

Comme quoi pour paraphraser Jaurès, un livre, c'est comme l'internationalisme ; les mauvais ou le manque éloigne de l'essentiel un bon et mieux en nombre en rapproche.

 

Canaille le Rouge retourne à sa lecture pour savoir qui a tué Roland Barthes.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

« Pourquoi le PC a perdu les pauvres ? » par Franck Marsal

 

12 Août 2017

« Pourquoi le PC a perdu les pauvres ? » (par Franck Marsal)

 

J’aime bien les questions simples et directes. Celle-ci m’a été posée hier soir sur facebook par un ami Facebook (Ch. Valas) et, il m’a semblé qu’elle méritait une réponse.

 

Voici donc la question (en version complète) :

 

« On peut se demander pourquoi les pauvres votent et donnent le pouvoir aux riches. Alors qu’ils sont les plus nombreux et qu’ils peuvent aisément remporter toutes les élections et étant au pouvoir organiser la répartition des richesses. Pourquoi le PC a perdu les pauvres? »

 

Et ma réponse :

 

Pauvres ? Ou « prolétaires » ?

 

Définir les gens comme « Pauvres », c’est les définir par ce à quoi ils ont accès, non par ce qu’ils font, ni ce qu’ils sont. Dans notre société, les « pauvres » ne sont pas une minorité de marginaux. C’est de plus en plus la masse de ceux qui, comme disait Marx, n’ont pour vivre que la force de leur travail, les prolétaires. Ce sont plusieurs milliards de personnes à l’échelle mondiale de notre système de production. Ils sont les producteurs essentiels de toutes les richesses qui permettent aux « riches » d’être riches et à la société dans son ensemble de vivre et de se perpétuer.

 

Donc, ceux qui subissent la pauvreté ne sont pas réellement des « pauvres ». Ils sont au contraire très riches, riches de ce qu’ils savent faire, de ce qu’il produisent chaque jour, de ce qu’ils donnent à la société, qui sans eux, ne tient pas. Simplement, ils n’ont pas accès aux richesses qu’ils produisent. Non seulement ils n’y ont pas accès, mais, le plus souvent, ils n’ont pas conscience de la valeur indispensable de ce qu’ils produisent, entre autres parce qu’ils n’ont pas de vision d’ensemble du système de production, ni d’accès aux comptes de leur propre entreprise.

 

Qu’est-ce que la conscience politique « communiste » ?

 

Les travailleurs ne sont donc effectivement pas « spontanément » communistes. En fait, personne n’est « spontanément » communiste, et la classe ouvrière, même celle qui correspond à l’image d’Epinal, n’a jamais été communiste par « réflexe spontané ».

 

Car, pour être communistes, il ne suffit pas d’être « pauvre » ou plutôt prolétaire. Il faut aussi être conscient de sa place dans la société, et du fait que cette pauvreté est le résultat d’une exploitation, d’une spoliation. Et même si on a confusément cette conscience, il faut en acquérir une conscience politique, c’est à dire comprendre d’où cela vient et comment cela peut être changé. Qui plus est, il faut acquérir la conviction que le renversement complet de l’ordre existant est préférable, ou est la seule voie réaliste pour améliorer son sort de travailleur.

 

Or, ceci n’a aucun sens sur un plan individuel. Si vous êtes seul à être communiste, à faire grève ou à tenter de renverser le capitalisme, cela n’a aucune chance de marcher. Au contraire, vous avez toutes les chances d’avoir les pires ennuis. C’est pourquoi la conscience politique résulte (bien sûr) d’une analyse politique, économique et historique du capitalisme (dont Marx et Engels ont posé les bases claires, mais qui doit être reformulée à chaque nouvelle étape historique) et néanmoins ne peut être qu’un phénomène social, collectif, organisé, se développant essentiellement sur un temps historique et à travers des expériences collectives.

 

C’est pourquoi le développement d’une conscience politique communiste, y compris chez les ouvriers, n’a rien d’automatique ni de spontané.

 

L’expérience historique montre qu’il existe toujours spontanément une fraction des travailleurs qui adhèrent à l’idéologie dominante, aujourd’hui le libéralisme, et une autre qui cherche à négocier, souvent par l’entremise de l’état réputé démocratique, une simple amélioration de ses conditions de vie. Lorsque le capitalisme semble stable et prospère, ces deux tendances sont politiquement dominantes.

 

L’exemple historique du Parti Communiste Français :

 

Considérons rapidement l’histoire du PCF : Celui-ci est créé en 1920, lors du congrès de la SFIO, sous l’impulsion politique d’une part de la 1ère guerre mondiale, une expérience politique terrible vécue par les masses et d’autre part de la révolution russe, qui remet au devant de la scène les idées communistes, reformulées par Lénine (et d’autres) pour la période en cours.

 

Ce congrès est en réalité celui du Parti Socialiste, qui s’est divisé suite à ces deux événements. C’est parce que les délégués acquis aux idées communistes y sont majoritaires, que ce congrès décide de changer le nom et l’idéologie du parti, de créer le Parti Communiste. C’est ainsi que « L’Humanité », journal fondé par Jean Jaurès est devenu l’organe central (c’est un peu plus compliqué aujourd’hui) du PCF.

 

Pourtant, même si la tendance communiste est majoritaire au congrès de Tours en 1920, face à la tendance social démocrate, pendant environ 15 ans, le PC va rester très minoritaire, non seulement sur un plan électoral, mais également dans le mouvement syndical. Ce n’est qu’au plus fort de la crise mondiale, lors des grèves de 36 puis dans la résistance, que le PCF devient progressivement la force prédominante à gauche, sans pour autant être hégémonique d’ailleurs.

 

On peut constater la traduction de cet historique dans les scores électoraux du PCF lors des différentes élections législatives par exemple. En 1932, le PCF recueille moins de 800 000 voix, 8,3 % et seulement 10 sièges de députés. On pourrait alors conclure que l’expérience du PCF va rapidement s’achever sur un échec et que les « communistes » ont perdu les ouvriers, qui restent très largement acquis aux idées social-démocrates.

 

Il n’en sera rien. Au contraire. 13 années plus tard, le PCF recueille plus de 5 millions de voix, jusqu’à 28 % et obtiendra en novembre 1946 182 sièges de députés.

 

Résultats du PCF aux élections législatives (référence Wikipédia)


Le reflux et ses racines économiques et sociales

 

Après la seconde guerre mondiale, sur la base de la reconstruction, de la fin des empires coloniaux et d’une relative unification économique et technique du monde capitaliste sous la direction américaine, celui-ci connait une longue période d’expansion, de développement et de modernisation.

 

Lorsque celle-ci commence à porter ses fruits, logiquement, les idées communistes régressent, les idées conservatrices et social-démocrates reprennent le dessus, soutenues puissamment par les institutions capitalistes, les états, les medias et une parties des « intellectuels »… Cela n’est pas une spécificité française, mais une tendance mondiale.

 

Le PCF s’affaiblit alors ET en même temps subissant la pression idéologique ambiante évolue vers la droite de manière plus ou moins consciente, avec une apogée avec l’arrivée de Robert Hue comme secrétaire national. Cela se traduit sur les plans idéologiques (abandon de la « dictature de prolétariat », du « centralisme démocratique »), organisationnels (rupture du lien « organique » entre le journal ‘L’Humanité’ et le PCF, abandon des « écoles de formation »), syndicaux (rupture du lien entre PCF et CGT) et programmatiques (notamment l’abandon de la notion générale de « nationalisation » au profit de « pôles publics ») …

 

La gauche « radicale »

 

La dynamique change à partir de 2008, première crise générale mondiale du capitalisme comparable à celle de 1929. Il est important de comprendre que, même si la France entre dans un ralentissement économique à partir de 1973, l’économie mondiale continue de progresser à un rythme soutenu jusqu’en 2008, s’appuyant notamment sur les pays émergents.

 

Et c’est tout aussi logiquement – à mon avis – que lorsque la crise mondiale frappe à nouveau le capitalisme (en 2008 au niveau mondial, pas avant), les premières réactions politiques soient d’abord l’émergence de forces social-démocrates « radicales », comme Syriza en Grèce, la FI en France, Corbyn en Angleterre ou Sanders aux USA.

 

En dépit de leur discours « radical », ces forces au-delà de leur diversité idéologique, appellent à un capitalisme « amélioré », plus démocratique, plus redistributif, plus écologique et plus keynesien.

 

En effet, le développement d’une conscience communiste nécessite à la fois une reformulation des idées dans le cadre de la période actuelle, et une série d’expériences politiques qui permettent de clarifier les enjeux des différentes options.

 

Une phase de dissonance cognitive

 

Il faudra tout un cycle d’expérience politique avant que les idées communistes, correctement reformulées, ne reprennent le dessus. On mesure, avec l’exemple de la Grèce, à quel point, même avec des politiques de régression sociales très violentes, même avec l’échec avéré de l’expérience de la gauche radicale « Syriza », ces évolutions dans les mentalités sont longues et difficiles.

 

Nous sortons d’une période où l’anti-communisme dans toutes ses formes a été inculqué très en profondeur. Je pourrais en citer des dizaines d’exemples, depuis le travail théorique de Marx et Engels sur le capitalisme, très occulté ou déformé, notamment dans les parcours scolaires et universitaires jusque, bien sûr les expériences socialistes du 20 ème siècle.

 

Il est frappant de constater que, malgré l’échec patent du « nouvel ordre mondial » impulsé par les USA après l’effondrement de l’Union Soviétique, il reste difficile de parler sereinement et objectivement de ce que fut l’expérience soviétique. Pourtant, quel est le bilan de ces 25 ans sans URSS ?

 

Nous devions avoir la paix universelle. Tous les problèmes géopolitique de la guerre froide allaient être résolus. Non seulement, l’OTAN n’a pas été dissous, mais, depuis la chute de l’URSS, les USA et leur alliance militaire principale n’ont cessé d’augmenter leur budgets militaires et de semer la guerre et le chaos. Il y eu la 1ère guerre d’Irak, l’éclatement forcé de la Yougoslavie et trois guerres (Croatie, Bosnie, Kosovo) s’en suivirent. Puis l’invasion de l’Afghanistan et la seconde guerre d’Irak. Aujourd’hui, la guerre fait rage de Tombouctou a Kaboul (voire au-delà) et de Bangui à l’Ukraine.

 

Nous devions avoir la prospérité générale. Il faut se souvenir qu’un des principaux arguments utilisé pour discréditer les pays socialistes était la vétusté de leurs automobiles. Si vous choisissiez le socialisme, on vous promettait des « Trabants », vieilles voitures est-allemandes peu confortables, si vous choisissiez le capitalisme, vous pouviez avoir des Mercédès, des BMW ou des Audi.

 

Pourtant, le monde capitaliste a connu, environ quine ans après la chute de l’URSS sa pire crise économique depuis celle de 1929.

 

Presque partout sauf en Chine, la pauvreté et misère sont en progression constante. Quant à la Chine, rappelons qu’ à l’époque, il était dit qu’avec Deng Xiaoping, elle avait déjà fait le choix du capitalisme et que l’effondrement du Parti Communiste n’était qu’une question de temps – on voit là aussi que cette prédiction était fausse.

 

Les marchés libérés et les privatisations allaient nous libérer des Etats. Nous n’aurions quasiment plus d’impôts à payer puisque l’ensemble des services publics privatisés seraient devenus prospères et tellement plus efficaces.

 

Enfin, on nous promettait une démocratie universelle. En guise de quoi, l’ensemble des systèmes politiques sont revenus au stade des années 30, gangréné par les « affaires », la corruption, la montée des nationalismes, le contrôle de plus en plus visible des grands intérets financiers sur les médias et la diffusion des idées.

 

En filigrane de tout cela, on dressait le portrait du communisme. L’Union Soviétique menaçait la paix et voulait « nous envahir » pour imposer son modèle. Les services publics nationalisés étaient inefficaces. Les fonds de pension seraient le système de retraite moderne qui allait remplacer notre vieille sécurité sociale. Les partis communistes, qui comptaient pourtant des millions de militants, entrainant autour d’eux un vaste mouvement social n’étaient que des simulacres…

 

Ce discours est en train de craquer. Nous sommes sur le point de réviser tout ce qui nous a été dit depuis 50 ans sur le communisme et le capitalisme. C’est ce pourquoi précisément cette question m’a été posée. Si la restauration globale du capitalisme depuis la fin de l’URSS avait été le succès annoncé, personne ne prendrait même la peine de poser la question, de discuter du communisme, …

 

On ne se poserait d’ailleurs pas la question de savoir si les « pauvres votent PC », puisqu’il n’y aurait plus de pauvreté.

 

Il faut avoir milité dans ces années-là pour mesurer combien inconsciemment le rapport que nous avons collectivement avec le communisme a changé. Chaque jour ou presque apporte une nouvelle de l’échec du capitalisme. L’espoir dans un monde de paix et de prospérité s’est transformé en une sourde inquiétude.

 

Nous sommes dans la phase de la dissonance cognitive. Les informations que nous recevons ne sont plus compatibles avec les croyances que nous avons. Cela suscite une grande perplexité, des interrogations, mais à l’échelle historique, les grands événements n’ont pas encore eu lieu.

 

Nous n’avons pas encore assez d’éléments pour, à une large échelle, reconsidérer ces croyances. Pas encore. Simplement pas encore.

 

08 août 2017

Daniel Tanuro, l'engrenage destructif du capital

 

« Au-delà, indique Daniel Tanuro, des montagnes d’écrans plats, de smartphones, au-delà des bagnoles high tech et des voyages all inclusive, au-delà de ces hochets qu’on agite pour le distraire de son exploitation, le monde du travail perçoit bien, au fond, que son intérêt fondamental, son avenir et celui de ses enfants, n’est pas de faire tourner l’engrenage destructif du capital, mais au contraire de le briser. La pratique sociale peut seule transformer cette perception diffuse en conscience et en organisation. A l’action !... »

 

Reprenons la lecture des réflexions de Daniel Tanuro...

 

Michel Peyret


Capitalisme, emploi et nature : sortir de l’engrenage destructif

 

samedi 16 avril 2016, par TANURO Daniel

 

« Le monde possède le rêve d’une chose dont il lui suffirait de prendre conscience pour la posséder réellement » (Karl Marx, lettre à Arnold Ruge)1.

 

Il y a plusieurs définitions possibles du capitalisme. Du point de vue des exploité-e-s, le capitalisme est ce système dans lequel les ressources de la terre nourricière sont monopolisées par une minorité qui possède aussi les autres moyens de production. Du coup, pour vivre, la majorité n’a d’autre moyen que de vendre sa force de travail – pas d’autre moyen que de se vendre, en fait.

 

Elle est donc complètement dépendante des propriétaires, aliénée de la production de son existence, c’est-à-dire en fin de compte aliénée de son humanité. Les propriétaires achètent la force de travail – ou pas – pour un temps déterminé, en échange d’un salaire. En apparence, la transaction est juste… sauf que la valeur de la force de travail (le salaire) est inférieure à celle du travail réalisé. La différence forme le profit. L’efficacité de cette forme d’exploitation du travail est sans précédent historique. En particulier, elle est nettement supérieure à celles du servage et de l’esclavage, deux modes de production dans lesquels l’exploitation était tout à fait transparente et évidente.

 

Du point de vue de la richesse sociale, le capitalisme se définit comme une production généralisée de marchandises destinées à satisfaire toujours plus de besoins humains, sur une échelle qui s’élargit sans cesse. Que ces besoins soient réels ou pas, « qu’ils aient pour origine l’estomac ou la fantaisie », que celle-ci soit créée ou pas par le capital pour donner des débouchés au productivisme, cela ne change rien à l’affaire. Caractéristique du système, l’accumulation de biens de production et de consommation est phénoménale. Elle aussi est sans précédent historique. Son moteur est la concurrence pour le profit : sous peine de mort économique, chaque propriétaire de capital est obligé de chercher constamment à augmenter la productivité du travail exploité, donc à remplacer des travailleur-euse-s par des machines.

 

Depuis l’invention de la machine à vapeur par James Watt, cette dynamique de mécanisation et d’accumulation n’a fait que s’accentuer. Il ne saurait en être autrement, car tout progrès de la mécanisation réduit la part du travail humain, donc la quantité de valeur créée, donc le taux de profit. Contradiction majeure du capitalisme, la chute tendancielle de ce taux ne peut être compensée que par l’augmentation de la masse des profits, donc par la croissance de la production, d’une part, et l’accroissement du taux d’exploitation – du travail non payé – d’autre part. Le système se meut donc de lui-même vers la régression sociale et la destruction environnementale.

 

Le capitalisme, système hors-sol

 

Sa logique « croissanciste » permet aussi de définir le capitalisme du point de vue des relations avec la nature. Les sociétés antérieures dans l’histoire restaient basées directement sur la productivité naturelle. Dans ces sociétés, un éventuel franchissement des limites écologiques ne pouvait être que temporaire, et se payait cash. Repousser les limites n’était possible qu’en améliorant les savoirs et les techniques agricoles (par exemple, la découverte du fait que les légumineuses sont un « engrais vert », car elles fixent l’azote de l’air dans les sols). Avec le capitalisme, c’est différent. Grâce à l’industrie et à la technologie (la science appliquée à la production), il peut repousser les limites artificiellement, en remplaçant les ressources naturelles par des produits de la chimie.

 

Le capitalisme tend, pour ainsi dire, à se développer « hors-sol ». Un exemple évident est la rupture du cycle des nutriments due à l’urbanisation capitaliste, au 19e siècle : la baisse de fertilité qui en découla put être compensée grâce à l’invention des engrais de synthèse, et cela fonctionne encore aujourd’hui. Mais ces possibilités de développement hors-sol ne sont évidemment pas illimitées. Tôt ou tard, le système sera rattrapé par l’antagonisme entre sa boulimie de croissance et la finitude des ressources. Le choc sera rude, car les problèmes s’accumulent à force d’être repoussés et contournés. Une issue capitaliste au défi du réchauffement global est plus difficile à trouver qu’une parade à l’épuisement des sols. D’autant que la situation est gravissime : on a tellement tardé que, pour sauver le climat, il ne suffira plus de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il faudra en plus retirer du gaz carbonique de l’atmosphère. En déduire que le capitalisme s’effondre est un peu rapide. Par contre, la menace d’un capitalisme barbare est bien réelle.

 

Combiner les trois points de vue permet de saisir la difficulté majeure à laquelle sont confrontées les luttes écologiques. Il va de soi que ces luttes sont par définition sociales : les atteintes à l’environnement affectent le plus lourdement les exploité-e-s et les opprimé-e-s, qui en sont le moins responsables. La catastrophe climatique menace l’existence de centaines de millions de gens. Certains en sont conscients et passent à l’action, mais le niveau d’engagement varie fortement selon les groupes sociaux : les paysan-ne-s et les peuples indigènes sont aux premières lignes et les femmes sont particulièrement actives ; les salarié-e-s, d’une manière générale, restent en retrait.

 

Le monde du travail, enjeu stratégique

 

Cette attitude des salarié-e-s constitue un handicap énorme : alors que la classe ouvrière pourrait paralyser la machine capitaliste de destruction, et rendre ainsi un service immense à l’humanité et à la nature, elle semble au contraire paralysée par sa place au service de la machine !

 

L’explication est simple : l’existence des travailleur-euse-s dépend de leur salaire, leur salaire dépend de leur employabilité par le capital, et leur employabilité par le capital dépend de la croissance. Sans croissance, la mécanisation grossit le chômage, les rapports de forces se dégradent et la capacité syndicale de défendre les salaires ou la protection sociale se réduit. Aujourd’hui, nous nous trouvons précisément dans cette situation : les syndicats sont sur la défensive, déstabilisés par le chômage massif et par la mondialisation.

 

Les paysan-ne-s possèdent leurs moyens de production en tout ou en partie, les peuples indigènes produisent leur existence par une relation directe avec la nature : les travailleur-euse-s n’ont pas de possibilités équivalentes. Il est trop facile, et franchement déplacé, d’en déduire que les salarié-e-s seraient les serviteurs du productivisme. Ils consomment, bien sûr, et les plus avantagés d’entre eux consomment d’une manière écologiquement insoutenable. Mais est-ce leur faute ? La frénésie consumériste n’est-elle pas plutôt le produit de l’illusion monétaire qui fait que tout semble à la portée de chacun-e ? Ne fonctionne-t-elle pas comme une compensation misérable à la misère des relations humaines dans cette société mercantile ? Beaucoup de salarié-e-s sont conscients et inquiets des menaces écologiques qui planent au-dessus de leurs têtes et de celles de leurs enfants. Beaucoup aspirent à un changement qui leur permettrait de vivre bien, en prenant soin de l’environnement. Mais que faire, et comment faire ? Telle est la question.

 

Dans un monde de plus en plus urbanisé, si on veut gagner la bataille écologique, il est d’une importance stratégique d’aider le monde du travail à répondre à cette question. Il ne s’agit pas seulement que des travailleur-euse-s participent aux mobilisations écologiques. Pour que cette participation ait l’impact maximum, il faut qu’ils y soient présents collectivement, en tant que producteur-trice-s. Il faut aussi que les travailleur-euse-s se saisissent de la question écologique dans les usines, les bureaux et sur les autres lieux de travail, en tant que producteurs. Comme le font les paysans et les peuples indigènes. Ce n’est possible que dans le cadre d’une stratégie qui unifie les luttes environnementale et sociale au point d’en faire une seule et même lutte. Cela demande 1°) une compréhension correcte de la force destructive du capitalisme, 2°) la perspective d’une autre société, écosocialiste, et 3°) un programme de luttes et de revendications qui réponde à la fois aux besoins environnementaux et aux besoins sociaux, en donnant à chacun et chacune la possibilité de vivre dignement par une activité utile à la collectivité.

 

Un compromis avec le capitalisme vert ?

 

A quelques exceptions près, le mouvement syndical a compris la nécessité de se saisir de l’enjeu écologique. La Confédération syndicale internationale (CSI) déploie des efforts de conscientisation. Lors de son deuxième congrès (Vancouver, 2010), elle a adopté une résolution sur le changement climatique. Ce texte affirme que la lutte contre le réchauffement de la planète est un enjeu syndical, demande un accord international pour ne pas dépasser 2°C, endosse le principe des responsabilités communes mais différenciées du Nord et du Sud, insiste sur les droits des femmes et revendique une « transition juste » pour le monde du travail…

 

Cependant, la question clé de l’emploi est traitée de façon ambiguë. En effet, la CSI croit que le capitalisme vert amènera la croissance et des « emplois verts ». Elle se dit donc prête à collaborer à la transition, à condition que la facture pour le monde du travail soit limitée et qu’une reconversion soit offerte dans les secteurs condamnés. Du coup, la CSI considère comme « verts » des emplois qui ne le sont pas du tout : dans la capture-séquestration du carbone, dans la distribution de produits « labellisés » des forêts et de la pêche « soutenables » (alors que ces labels sont une arnaque), dans la gestion des mécanismes de compensation forestière des émissions (REDD+), dans la plantation d’arbres en monoculture et dans les énergies « bas carbone » (y compris le nucléaire ?).

 

Signe de cette ambiguïté : la résolution de Vancouver estime que la « transition juste » doit protéger la compétitivité des entreprises. C’est clair : la CSI croit possible de sauver le climat sans mettre en question la logique productiviste. Pire : elle ne voit pas d’autre moyen que la croissance pour combattre le chômage. Cela va si loin que la secrétaire générale de la CSI est membre de la « Commission globale sur l’économie et le climat », un organe influent présidé par Nicholas Stern.

 

Le rapport de cette commission (« Better Growth, Better Climate ») égrène des mesures néolibérales qui permettent de réaliser à peine un peu plus de 50 % des réductions d’émissions nécessaires pour ne pas dépasser 2°C. Stern est cohérent : pour éviter « des coûts trop importants », son rapport de 2006 plaidait pour une stabilisation du climat à 550ppmCO2eq – correspondant à un réchauffement supérieur à 3°C d’ici la fin du siècle. La CIS ne l’est pas.

 

En se mettant à la remorque du capitalisme vert, le mouvement syndical risque d’être le complice de crimes climatiques de grande ampleur, dont les pauvres seront victimes. C’est une autre voie qu’il faudrait prendre. On la perçoit dans les pratiques d’entreprises récupérées, en Argentine et ailleurs. Chez RimaFlow (Milan) ou Fralib (Marseille), les travailleurs en lutte pour l’emploi cherchent spontanément à produire pour les besoins sociaux dans le respect des contraintes écologiques. Certains éléments d’une alternative se trouvent dans les positions du réseau « Trade Unions for Energy Democracy » (TUED), qui plaide notamment pour que le secteur de l’énergie passe aux mains de la collectivité.

 

Face au capitalisme en crise et au problème climatique, il est illusoire d’espérer vaincre le chômage par un compromis avec la « croissance ». C’est au contraire dans la remise en cause radicale du productivisme – donc du capitalisme – que réside la seule stratégie cohérente pour concilier le social et l’écologique. Il s’agit de sortir du cadre, sur quatre axes en particulier : la collaboration avec les paysans contre l’agrobusiness et la grande distribution, l’expropriation du secteur financier (très enchevêtré au secteur énergétique), le développement du secteur public (transports en commun, isolation des bâtiments, soins aux écosystèmes…), et la réduction radicale du temps de travail (la demi-journée de travail), sans perte de salaire, avec embauche compensatoire et diminution des cadences.

 

Au-delà des montagnes d’écrans plats, de smartphones, au-delà des bagnoles high tech et des voyages all inclusive, au-delà de ces hochets qu’on agite pour le distraire de son exploitation, le monde du travail perçoit bien, au fond, que son intérêt fondamental, son avenir et celui de ses enfants, n’est pas de faire tourner l’engrenage destructif du capital, mais au contraire de le briser. La pratique sociale peut seule transformer cette perception diffuse en conscience et en organisation. A l’action !

 

Daniel Tanuro


P.-S.

http://cadtm.org/Capitalisme-emploi-et-nature

1996-2017  — Europe Solidaire Sans Frontières

Posté par Michel Peyret

08 août 2017

Stathis Kouvélakis, Lénine, Hegel et la dialectique

 

"Cette atmosphère apocalyptique, indique Stathis Kouvélakis, dont l’écho retentira avec force dans toute la culture de l’immédiat après-guerre (qui naît dans la guerre même : Dada, puis le surréalisme et les autres avant-gardes des années 1920 et 1930), imprègne l’ensemble des contemporains. On peut, aujourd’hui encore, s’en faire une idée à la lecture de la brochure de Junius de Rosa Luxembourg3, l’une des plus extraordinaires de toute la littérature socialiste, dont chacune des pages porte témoignage du caractère inouï de la barbarie en cours. La dimension de brutalisation de l’ensemble des rapports sociaux, pour terrifiante qu’elle soit et paraît encore, ne doit pourtant pas occulter les innovations de grande portée dont ce conflit fut porteur. Certes, le fait est bien connu, toute guerre est un véritable laboratoire pour la « modernisation » des rapports sociaux4, mais le caractère « total », et « totalitaire », de celle-ci confère à ce processus une ampleur sans précédent. Depuis la mise en place à large échelle de camps de concentration et de politiques de déportations de populations et de nettoyage de territoires (jusque là réservés à la colonisation : le conflit mondial permet justement d’importer dans les métropoles le type de violence qu’elles avaient jusque là expérimentées dans leur périphérie impériale)..."

 

Reprenons la lecture des réflexions de Stathis Kouvélakis...

 

Michel Peyret


Lénine, lecteur de Hegel

 

Lénine, lecteur de Hegel

 

Stathis Kouvélakis

Comment expliquer que face au désastre de 14-18, Lénine se soit retiré pour étudier la Logique de Hegel ? Cette question n’a cessé de travailler le marxisme après-guerre. Pour Stathis Kouvélakis, percer l’énigme des Cahiers philosophiques de Lénine, manuscrit fragmentaire et hétérogène, consiste à penser ce texte comme une rectification de la pensée du mouvement ouvrier européen. Véritable préalable à sa réflexion stratégique qui allait amener à Octobre 1917, le travail de Lénine marque un rejet du positivisme, du mécanisme et du matérialisme vulgaire de la IIeInternationale. Ce retour à Hegel implique une insistance renouvelée sur la dimension pratique de la connaissance, sur la dialectique des bonds et des renversements, ou encore sur l’activité en tant que processus social. Face à l’effondrement de la social-démocratie, à la nécessité d’une relève, le détour par la théorie s’avère parfois primordial pour recommencer.

 

Le désastre

 

Irruption du massacre de masse au cœur des pays impérialistes après un siècle de relative « paix » interne, le moment de la première guerre mondiale est simultanément celui de l’effondrement de son opposant historique, le mouvement ouvrier européen, essentiellement organisé dans la IIe Internationale. Lui convient en ce sens le nom de « désastre », prononcé par Alain Badiou pour penser l’épuisement de la vérité d’une forme de la politique émancipatrice attestée par un autre effondrement, plus récent, celui des régimes dits « communistes » d’Europe de l’Est1. Si l’on considère que ce second désastre frappe cette vérité politique même qui est née en réponse au premier, et qui s’est nommée « Octobre 17 », et tout autant : « Lénine », c’est alors la boucle du « court vingtième siècle » qui s’est refermée sur cette désastreuse répétition. Paradoxalement donc, le moment n’est peut-être pas si mal choisi pour reprendre les choses par le début, à l’instant où, dans la boue et le sang qui submerge l’Europe en cet été 1914, le siècle surgit.

 

Happées par le tourbillon du conflit, les sociétés européennes et extra-européennes2s’engagent dans la première expérience de la « guerre totale ». L’ensemble de la société, combattants et non-combattants, économie et politique, État et « société civile » (syndicats, églises, médias) participent intégralement à cette mobilisation générale absolument inouïe dans l’histoire mondiale. La dimension traumatique de l’événement est sans commune mesure avec tout affrontement armé antérieur. C’est le sentiment généralisé de la fin de toute une « civilisation » qui se dégage de la boucherie monstrueuse des tranchées, véritable industrie du massacre, hautement technologisée, qui se met en place dans le champ de bataille, et au-delà même de celui-ci (bombardements de civils, déplacements de populations, destructions ciblées de zones situées hors front). L’industrie du meurtre de masse s’enchevêtre elle-même étroitement aux dispositifs de contrôle de la vie sociale et des populations, directement ou indirectement exposées au combat. Cette atmosphère apocalyptique, dont l’écho retentira avec force dans toute la culture de l’immédiat après-guerre (qui naît dans la guerre même : Dada, puis le surréalisme et les autres avant-gardes des années 1920 et 1930), imprègne l’ensemble des contemporains. On peut, aujourd’hui encore, s’en faire une idée à la lecture de la brochure de Junius de Rosa Luxembourg3, l’une des plus extraordinaires de toute la littérature socialiste, dont chacune des pages porte témoignage du caractère inouï de la barbarie en cours.

 

La dimension de brutalisation de l’ensemble des rapports sociaux, pour terrifiante qu’elle soit et paraît encore, ne doit pourtant pas occulter les innovations de grande portée dont ce conflit fut porteur. Certes, le fait est bien connu, toute guerre est un véritable laboratoire pour la « modernisation » des rapports sociaux4, mais le caractère « total », et « totalitaire », de celle-ci confère à ce processus une ampleur sans précédent. Depuis la mise en place à large échelle de camps de concentration et de politiques de déportations de populations et de nettoyage de territoires (jusque là réservés à la colonisation : le conflit mondial permet justement d’importer dans les métropoles le type de violence qu’elles avaient jusque là expérimentées dans leur périphérie impériale), jusqu’aux formes de planification et de contrôle étatique de l’économie – incluant l’intégration des syndicats dans l’économie de guerre (qui prend des allures de rationalisation capitaliste intégrale, théorisée comme telle par un Rathenau) ; du recours à la main d’œuvre féminine dans l’industrie, (avec toutes les conséquences de ce fait, combiné à l’absence des hommes au front, au niveau de la structure familiale et de la domination masculine dans la vie sociale) jusqu’aux formes de conditionnement à grande échelle exercée sur les combattants et sur l’opinion publique à travers un impressionnant dispositif de contrôle de l’information et le développement de nouveaux moyens de diffusion (radio, cinéma), et sans oublier bien sûr les gouvernements de ladite « union sacrée », qui assurent l’intégration des partis ouvriers aux sommets de l’État et qui viennent s’articuler aux formes de planification/consensus au niveau de l’économie, pas un seul aspect de la vie collective et individuelle ne sort indemne de cette expérience proprement radicale.

 

Rien ne sera donc plus comme avant, en tout premier lieu pour le mouvement ouvrier. L’effondrement de la IIe Internationale, sa totale impuissance face à la déferlante du conflit impérialiste, ne fait en réalité que révéler des tendances profondes, et bien antérieures au conflit mondial, vers l’« intégration » des organisations de ce mouvement (et d’une large partie de leur base sociale) dans les compromis qui soutiennent l’ordre social et politique (plus particulièrement dans sa dimension impérialiste) des pays du centre. La « faillite », selon la formule de Lénine, est donc bien celle de l’ensemble de la pratique politique ouvrière et socialiste, désormais contrainte à des reconsidérations radicales : « la guerre mondiale a changé les conditions de notre lutte et nous a changés nous-mêmes radicalement » écrit Rosa, avant d’appeler à l’« autocritique impitoyable », « droit vital » et « devoir suprême » de la classe ouvrière5.

 

Lénine, s’il n’est pas le moins bien armé (mais cela, d’une certaine façon, il ne le sait pas encore), compte néanmoins parmi ceux que le désastre foudroie de la manière la plus immédiate. Son incrédulité face au vote unanime du crédits de guerre par la social-démocratie allemande, et plus généralement face à l’effondrement de l’Internationale et du centre orthodoxe « kautskyen », la lenteur et la rareté de ses premières interventions postérieures à août 1914, en disent long. Non pas tant sur un (supposé) manque de lucidité (même s’il est vrai que sa volonté antérieure d’« orthodoxie », à l’opposé de Rosa, a pesé dans l’illusion rétrospectivement révélée par le désastre) mais bien davantage sur le caractère véritablement sans précédent de ce qui est en train de se passer.

 

Ce contre-temps de l’intervention politique, l’évolution de sa position quant à l’attitude des socialistes révolutionnaires face à la guerre impérialiste le signale plus nettement encore. Au moment où éclate la guerre, et où l’« horreur » de la faillite de l’Internationale s’avère comme la plus pénible à (sup)porter, la plus pénible de toutes, le dirigeant bolchevik lance « à chaud » un mot d’ordre qui se situe encore dans la lignée de la « culture anti-guerre » de la défunte Internationale. C’est le mot d’ordre démocratique (et jacobin-kantien) de « transformation de tous les États européens en États-Unis républicains d’Europe », transformation qui implique le renversement des dynasties allemande, tsariste, austro-hongroise, etc6. Peu après (en 1915), cette position sera abandonnée du fait de son problématique contenu économique (susceptible d’être interprété comme un soutien à un possible impérialisme européen unifié), et du rejet catégorique de toute conception européocentrique de la révolution. Un rejet qui traduit sans doute à une appréciation très pessimiste de l’état du mouvement ouvrier européen : « les temps sont à jamais révolus où la cause de la démocratie et du socialisme étaient liés uniquement à l’Europe7 ». L’affirmation concomitante du « défaitisme révolutionnaire », ligne qui représente une innovation radicale pour la culture du mouvement ouvrier international, apparaît ainsi indissociable de la réflexion sur les conséquences dévastatrices de l’implosion politique d’août 1914. Plus précisément : des occupations insolites auxquelles Lénine se livre au cours des mois qui suivent les dits événements.

 

Solitude de Lénine

 

C’est en effet dans ce contexte d’apocalypse généralisée que, tout en parant au plus pressé (comme il est de règle, cela se traduira dans un premier temps par le recours aux vieilles recettes, la véritable innovation est, justement, encore à venir), Lénine se retire dans le calme d’une bibliothèque suisse pour se plonger dans la lecture de Hegel. Bien entendu ce moment est aussi, très concrètement, celui où l’isolement politique de Lénine, en fait l’isolement de la minorité du mouvement ouvrier qui se dresse contre la guerre impérialiste, est le plus grand. Cette prise de distance, cette solitude, que l’on constate souvent dans les moments de basculement non seulement parmi des penseurs purs mais parmi les hommes d’action, est un moment absolument nécessaire du processus événementiel lui-même : la césure de l’événement premier (la guerre) se redouble dans le vide dans la distance prise, vide à partir duquel surgira, peut-être, l’initiative, l’ouverture vers le nouveau. Ce n’est qu’à la lumière de ce novum que le processus pourra, rétroactivement, apparaître comme nécessaire, l’autocritique de la pensée se croisant avec l’autocritique des choses mêmes, qu’elle reconnaît comme siennes, sans que rien ne puisse réduire la part de contingence de cette rencontre, son entière absence de garantie préalable.

 

La fréquence de ces moments de solitude dans la vie de Lénine8, une vie faite de longs exils et de luttes à contre-courant presque permanentes, sont en ce sens des indicateurs de sa haute teneur événementielle. Voilà pourquoi, loin de s’effacer, ils resurgissent et s’installent au cœur même de la période la plus décisive, celle qui s’étend du début de la guerre mondiale à Octobre 1917. Qu’on en juge : presque un an de lectures dites « philosophiques », principalement consacrées à Hegel, consécutives à août 1914, une énorme documentation sur l’impérialisme (800 pages de notes et la célèbre brochure), un travail théorique acharné sur la question de l’État, qui culminera avec le l’épisode du Cahier bleu9 et la rédaction de L’État et la révolution, dans la retraite forcée de la Finlande toute proche, qui « s’inachève », comme dans le rêve de tout écrivain, sur la rencontre du discours et du réel, par la révolution d’Octobre elle-même. Tout se passe donc comme si, dans son obstination, Lénine parvenait à immobiliser, ou plutôt à capturer en le retournant d’une certaine façon sur lui-même, en faisant le vide autour de lui, un temps historique qui ne cesse, vertigineusement, de s’accélérer.

 

Les plus compétents des biographes de Lénine l’ont suffisamment souligné : « perhaps the most puzzling and inexplicable period of Lenin’s life, from the standpoint of those […] who would have us believe that he was preeminently an instinctive practical politician, are his activities during the turbulent months following the downfall of the autocracy in February 1917 […] instead of devoting his time to political wheeler-dealing to achieve immediate tactical advantage to his party in Russia, he concentrated his energies on an almost academic, exhaustive study of Marx and Engels on the question of the state with a view to outlining the long-term strategic objectives of the global socialist revolution10 ». Se trouve ainsi désignée l’autre facette de cette solitude : ni retraite contemplative, ni même halte provisoire pour reprendre des forces avant de repasser à l’action, mais distance, arrachement nécessaire à l’immédiateté pour repenser radicalement (à la racine) les conditions de l’action. Pour le dire autrement : si pour saisir, s’emparer de la conjoncture, pour y tracer la ligne de l’intervention, il faut rejouer, reconstituer les repères théoriques (le marxisme non comme dogme mais comme « guide pour l’action » selon l’adage préféré de Lénine), alors, face au désastre, il se saurait être question de moins que d’un retour au fondement même, d’une refondation théorique du marxisme.

 

Voilà qui explique sans doute non seulement l’intensité exceptionnelle de l’intervention théorique de Lénine au cours de la période ouverte par la première guerre mondiale, mais sa portée proprement re-fondatrice et, nous y reviendrons, autocritique : le retour systématique aux textes de Marx et d’Engels se combine d’emblée à un énorme effort de mise à jour théorique et d’analyse des conditions nouvelles posées par la guerre totale impérialiste. L’impressionnante accumulation de documentation empirique va de pair avec le réexamen du statut même du marxisme face à une orthodoxie qui a irrémédiablement volé en éclats. La rupture portée par la situation se prolonge en rupture théorique : la crise, le désastre même peuvent dès lors, dans leur imprévisibilité même, se poser comme re-commencement, devenir absolument constructifs. C’est dans tout cela aussi que Lénine se retrouve seul, une comparaison avec les meilleures têtes du mouvement révolutionnaire, Rosa, Trotski et Boukharine inclus, le confirme assez aisément. Nul hasard si aucune de ces figures, par ailleurs éminents penseurs et dirigeants du mouvement ouvrier international, ne s’est, pendant cette période cruciale, penchée sur Hegel et plus généralement sur les aspects dits « philosophiques » et théoriques du marxisme.

 

La percée

 

Lénine aborde donc la nouvelle période par une lecture de Hegel pour penser jusqu’à son terme la rupture avec la IIe Internationale dont la guerre a sonné la « faillite ». Les auteurs qui peupleront sa solitude, Hegel en premier lieu, feront donc l’objet d’une lecture de type particulier, indissociable des enjeux politiques de la philosophie.

 

Si, comme il l’avoue lui-même dans sa première réaction « à chaud » (un texte qui ne sera publié qu’à titre posthume), « le plus pénible pour un socialiste, ce ne sont pas les horreurs de la guerre — nous sommes toujours pour la guerre sainte de tous les opprimés pour la conquête de leurs patries — mais les horreurs et la trahison des chefs socialistes, les horreurs de la faillite de l’Internationale actuelle » (O, XXI, 14), c’est que cette « pénibilité » confessée sert de moteur à un processus de critique interne, d’autocritique, déjà en cours. Le choix, solitaire et, en apparence du moins, hautement improbable, de Hegel, et plus précisément de la Science de la logique, comme terrain privilégié, et même quasi-exclusif pour la période décisive d’août à décembre 191411, de cette rupture doit lui-même se comprendre comme une rencontre entre plusieurs séries de déterminations relativement hétérogènes auxquelles seul l’effet rétrospectif de la rencontre confère un aspect unitaire et convergent. Même si, concernant cet itinéraire, la tâche naguère évoquée par M. Löwy, dans un texte qui fît date, reste à faire (« il faudrait un jour reconstituer précisément l’itinéraire qui mena Lénine du traumatisme d’août 1914 à la Logiquede Hegel12 », nous avancerons quelques hypothèses (quatre plus précisément) pour tenter d’en reconstituer quelques aspects. Plus particulièrement ceux qui dérivent de la double intuition formulée par Löwy dans ce même texte : le recours à Hegel est-t-il « simple volonté de retourner au sources de la pensée marxiste ou intuition lucide que le talon d’Achille méthodologique du marxisme de la IIe Internationale était l’incompréhension de la dialectique13 ? ». Sans doute l’un et l’autre, en précisant aussitôt que la démarche de « retour aux sources » n’a en elle-même rien de « simple », qu’elle fournit même l’indice le plus sûr de la radicale portée du geste de Lénine.

 

1. Ce geste se comprend tout d’abord comme une réaction quasi-instinctive à la dévalorisation, ou plutôt au refoulement de Hegel et de la dialectique qui étaient le signe distinctif du marxisme de la IIe Internationale en général et de son représentant russe (et pas seulement : son prestige était considérable dans toute l’Internationale) en matière de philosophie en particulier, à savoir G. Plekhanov (à la nuance près dont il sera question ci-dessous). Rappelons simplement sur ce point, que, se fondant principalement sur les écrits du dernier Engels, eux-mêmes passablement simplifiés, la doctrine officielle de la IIe Internationale, de Mehring à Kautsky en passant par Plekhanov lui-même, consistait en une variante d’évolutionnisme scientiste et de déterminisme à prétention matérialiste, combiné à un quiétisme politique, que seuls (à l’exception de Labriola) les « révisionnistes » (de droite ou de gauche, de Bernstein à Sorel et Karl Liebknecht) de l’Internationale contestait, presque toujours à partir de positions néo-kantiennes. En réalité, cette matrice participait pleinement au climat intellectuel typique de l’époque, à ce xixe siècle positiviste, imbu de croyance au progrès, à la mission de la science et à celle de la civilisation européenne à l’apogée de son expansion coloniale. Il ne semble pas exagéré de dire que, dans sa variante russe, venant d’un pays à modernisation très « tardive » et toujours dominé par des forces obscurantistes d’ancien régime, ces traits se sont considérablement durcis. Plekhanov inscrit ouvertement Marx dans la lignée du matérialisme du baron D’Holbach et d’Helvetius14 et, dans la continuité d’une tradition feuerbachienne russe, plus particulièrement de Tchernichevski, il proclame Feuerbach — que Marx ne fait pour l’essentiel que prolonger —, grand vainqueur de l’idéalisme hégélien.

 

Certes, dira-t-on, mais cette dimension réactive a toujours été celle qui a déporté Lénine vers le terrain de la philosophie : voir Matérialisme et empiriocriticisme, contrecoup de la révolution manquée de 1905 dans le Kampfplatz de la philosophie15. Mais, justement, la comparaison entre les deux gestes est éloquente : d’un bout à l’autre de l’ouvrage de 1908 dans l’affrontement entre le « matérialisme » qu’il professe et l’empiriocriticisme qu’il attaque, Lénine ne cesse de mobiliser Plékhanov, l’autorité philosophique incontestée jusqu’alors (jusqu’à la « crise » ouverte par la défaite de 1905 précisément) de l’ensemble des sociaux-démocrates russes. Plekhanov, qui, quels que soient ses différents avec Kautsky, en était l’homologue structurel en Russie, la source non-questionnée de l’armature spéculative, métaphysique même, de cette orthodoxie qui a irrémédiablement volé en éclat depuis août 1914.

 

Six ans après, c’est vers la bête noire de tout ce « matérialisme » que Lénine se tourne : Hegel. Et, surtout, vers sa dialectique si encombrante, puisque c’est d’elle, donc du comble de l’idéalisme hégélien, dont Marx se réclame selon les modalités bien connues du « renversement » et de la « remise sur les pieds ». Dialectique à laquelle Plekhanov (qui est loin d’être une exception répétons-le ; il se trouve cependant qu’il est considéré comme le spécialiste es philosophie de la IIeInternationale), parmi ces milliers de pages d’histoire et de polémiques philosophiques ne consacre quasiment rien, comme le dirigeant bolchevik le constatera quelques mois après son propre travail sur la Logique16. Le peu qu’il écrivit montre du reste à quel point son univers intellectuel, celui de toute une époque ou presque en réalité, était devenu étranger à la tradition de l’idéalisme allemand. Dans son article « Pour le soixantième anniversaire de la mort de Hegel17 », le seul que la Neue Zeit ait publié à cette occasion (ce qui en dit long sur l’état de la discussion philosophique à l’intérieur de la social-démocratie allemande), Plekhanov traite, à la manière d’une compilation encyclopédique, les vues de Hegel sur l’histoire universelle, la philosophie du droit, la religion etc. Le « fondement géographique de l’histoire universelle18 » trouve quelque grâce à ses yeux — il y détecte sans doute un « germe de matérialisme » — tandis que la question de la dialectique est littéralement expédiée en moins d’une page19, laquelle sert à introduire les deux ou trois citations de Marx lui-même toujours évoquées à ce sujet. Ce qui fait l’objet du refoulement ce n’est donc pas exactement Hegel en tant que tel (d’une certaine façon Hegel a beaucoup moins été refoulé dans l’intelligentsia russe, Plekhanov compris, qu’ailleurs en Europe), mais la question de la dialectique dans Hegel, le « fond de l’affaire » comme dira Lénine, réglant ses comptes philosophiques avec Plekhanov, peu après sa lecture de la Logique20.

 

2. La seconde hypothèse sur le recours à Hegel dans cette conjoncture extrême renvoie à la conception proprement léninienne de l’intervention en philosophie. Il faut en effet voir également l’autre côté de cette image quasi-inversée entre l’intervention publique dans la mêlée philosophique ouverte la crise de 1908 et la quête privée, quasi-secrète même, dans les sentiers les plus ardus de la métaphysique impulsée par le désastre de 1914. S’il semble bien qu’un « abîme », pour reprendre le mot d’Henri Lefebvre, les sépare, et que les arguments « continuistes » qui ont marqué un certain « léninisme21 » ne résistent ni à la lecture des textes ni à une perception minimale des conjonctures, il n’en reste pas moins que Lénine a effectivement retenu quelque chose de sa précédente descente dans l’arène de la philosophie. A savoir que dans des conjonctures de « crise », dont la spécificité réside dans les formes prises par le redoublement de la crise dans le sujet révolutionnaire lui-même (« une terrible débâcle frappe l’organisation social-démocrate »), la bataille philosophique peut se placer au premier rang de la lutte car ses enjeux théoriques touchent directement au statut de la pratique politique.

 

Dans la conjoncture du « désastre » de l’été 1914, ce syllogisme pivote en quelque sorte sur lui-même : l’implosion de toute la politique social-démocrate change tout dans le domaine de la théorie. L’orthodoxie, dans la figure emblématique du doublet kautsko-plekhanovien, a elle aussi sombré dans le vote des crédits de guerre et le ralliement à l’union sacrée. Pour penser cette faillite, et détruire théoriquement la matrice de la IIe Internationale, il faut commencer par détruire la métaphysique de ce dont l’organisation ouvrière fut la technique22. Et le « maillon faible » de la métaphysique social-démocrate c’est Hegel. Pas n’importe quel Hegel, justement pas celui qui a pu intéresser, au passage, un Plekhanov : pas le Hegel des écrits les plus immédiatement, extérieurement, politiques, mais bien le cœur spéculatif du système, la méthode dialectique consignée dans la Science de la Logique.

 

Lénine comprend parfaitement, en d’autres termes, que le véritable enjeu du « système » de Hegel est à rechercher non dans les textes les plus directement politiques ou historiques, mais dans les plus « abstraits », les plus « métaphysiques », les plus « idéalistes ». Il rompt ainsi de manière irrévocable avec la manière de traiter les questions philosophiques héritée du vieil Engels et consacrée par toute la IIe Internationale, y compris par sa propre « conscience philosophique antérieure » : la division de la philosophie en deux camps opposés et fondamentalement extérieurs l’un à l’autre, le matérialisme et l’idéalisme, qui expriment terme à terme les intérêts des classes antagonistes. Toutefois, et nous verrons que cela ne va pas sans soulever quelques questions, disons-même que c’est précisément ici que se trouve le punctum dolens des Cahiers, si la distinction matérialisme/idéalisme est ressaisie dialectiquement, et par là, en une certain sens, relativisée, elle n’est pas pour autant rejetée, mais (nous y reviendrons) reformulée, réouverte, ou, plus exactement : radicalisée dans le sens d’un matérialisme nouveau. Pour le dire autrement : en quittant le rivage de l’orthodoxie, Lénine ne « change » pas de « camp » philosophique, il ne devient pas idéaliste, pas plus qu’il n’adhère à l’un des « révisionnismes » philosophiques disponibles, quitte à inventer sa propre variante. Ce qu’il a toujours le plus catégoriquement refusé, c’est précisément cela, une « troisième voie », médiane ou conciliatrice, « entre » le matérialisme et l’idéalisme, ou « au-delà » de leur opposition23. Une telle posture reviendrait du reste à conserver les termes même du dispositif théorique qu’il s’agit de récuser en tant que tel. Lénine tente « simplement », mais c’est là bien entendu toute la difficulté, de lire Hegel en matérialiste et d’ouvrir ainsi la voie à un recommencement, une véritable refondation, du marxisme lui-même.

 

3. Face au désastre, Lénine cherche ainsi à remonter au moment constitutif, au texte même de Marx. Fût-il de commande, le texte destiné à l’encyclopédie Granat (O, XXI, 39-87) joue à cet égard un rôle de révélateur : chevauchant le moment du désastre, il reste fidèle, pour l’essentiel de l’exposé, à l’orthodoxie engelso-kautskienne (notamment dans la reprise des définitions canoniques du « matérialisme »). Il s’en distingue pourtant tant par la place accordée aux questions « philosophiques », placées au début de l’exposé, chose inhabituelle en soi (tout particulièrement dans le cadre d’un écrit à caractère pédagogique), que par l’existence d’un sous-chapitre séparé intitulé « la dialectique ». Même si, là aussi, le texte reprend les formules-type de l’orthodoxie, tout particulièrement le primat de l’« évolution « et du « développement » dans la nature et la société, à l’appui duquel sont évoquées (dans le plus pur style plekhanovien) le « développement moderne de la chimie, de la biologie », et même de « la théorie électrique de matière », il se caractérise néanmoins par une volonté de se démarquer du « matérialisme « vulgaire » ». Formulation fort suspecte, faut-il le rappeler, aux yeux de l’orthodoxie de la IIe Internationale, pour laquelle tout matérialisme était bon à prendre. Lénine n’hésite pas de le qualifier « métaphysique dans le sens d’antidialectique », accusation à peu près inconcevable pour un Plekhanov, pour qui l’ancien matérialiste n’est tout au plus qu’« inconséquent », insuffisamment matérialiste ou fidèle au monisme de la « matière » et au déterminisme par le « milieu » socio-naturel, ou encore, à l’extrême limite, « unilatéral24 ».

 

Dans ce même texte, Lénine tient également à distinguer avec une insistance peu ordinaire l’« évolution » selon Marx de l’« idée courante d’évolution » en ce qu’elle est une évolution « par bonds, catastrophes, par révolutions » [le mot-clé ici est bien sûr « catastrophe »25] ; il insiste sur la « dialectique » comme « aspect révolutionnaire de la philosophie de Hegel », et évite de reprendre la distinction consacrée entre la méthode et le système. Sa référence aux « thèses sur Feuerbach », pour partielle et déformée qu’elle soit, rend de ce fait un autre son que les commentaires orthodoxes, tout particulièrement plekhanoviens. De manière significative, elle permet de clore le sous-chapitre consacré au « matérialisme philosophique » par une référence à la notion, rigoureusement écartée par l’évolutionnisme déterministe de l’orthodoxie26, d’« activité pratique révolutionnaire » .

 

Lénine devient donc conscient de la nécessité de remonter au nœud théorique Feuerbach-Hegel pour reprendre la question du marxisme par ses fondements, pour se débarrasser radicalement de l’orthodoxie et de sa vulgate, ce que Marx appellerait le « point de vue du matérialisme ancien » (thèse 10 sur Feuerbach). Il ne faut donc guère s’étonner de le voir demander en cours d’édition, et alors qu’il a commencé la lecture de la Science de la logique, la possibilité de modifier des parties de l’article, tout particulièrement celles qui concernent la dialectique.

 

4. Un autre élément intervient cependant dans la configuration de ce moment refondateur : dans la radicalité théorique que lui autorise sa solitude, Lénine se voit inévitablement confronté à la nécessité d’une reconstruction du rapport à la tradition révolutionnaire nationale, le fameux « héritage », selon le terme consacré au sein de l’intelligentsia oppositionnelle, des figures fondatrices de l’Aufklärungrusse et de la démocratie révolutionnaire. Un héritage dont il s’est toujours fièrement réclamé en même temps qu’il en refusait la confiscation par le courant populiste de son époque et affirmait la légitimité, et la nécessité, d’une reconsidération critique. Pour le dire autrement, c’est précisément la solitude du cabinet de lecture bernois qui permet à Lénine de dialoguer librement, par Hegel interposé d’une certaine façon, avec les grands ancêtres, et plus particulièrement avec la figure fondatrice de Herzen.

 

Ce renvoi d’un geste fondateur à un autre, réactivé par ce rapport reconstruit au présent, et pleinement assumé comme tel, doit s’entendre dans un double sens : Herzen est tout d’abord le maillon qui relie l’héritage révolutionnaire russe au grand courant des révolutions européennes de 1848. Nourri d’hégélianisme, plus exactement de jeune-hégélianisme27 (phénomène de « contre-temps » caractéristique d’un pays « tardif » : quand Hegel arrive à Russie, c’est à la fois précocement et tardivement, c’est déjà le Hegel du mouvement jeune-hégélien), marqué plus particulièrement par la lecture révolutionnaire impulsée par Bakounine et par Heine, qu’il rencontra lors de son exil parisien, Herzen est incontestablement le premier à poser les termes de ce que l’on désignera plus tard comme la « non-contemporanéité russe »28. Reformulant, non plus dans le contexte euphorique d’avant 1848 mais dans celui de la défaite et du désespoir ; la thématique « allemande » du renversement du « retard » — extrême — (de la Russie) en possible « avance » (sur les autres pays européens), il trace les contours d’une « voie russe » comme voie singulière d’accès à l’universel. Protégée, du fait même de son retard, des effets conjoints de l’écrasement de la révolution démocratique et du développement capitaliste, la Russie, aux formes sociales communautaires encore vivaces dans son immensité rurale et pourrait ainsi ouvrir la voie à une émancipation plus avancée encore que celle initiée par la Révolution française de 1789, entrevue concrètement en 1793-1794, et dont la défaite sanglante de 1848 a sonné le glas pour le reste du continent balayé par la vague réactionnaire. Dans la solitude de la défaite, dans le vide créé par la contre-révolution partout triomphante, Herzen découvre, selon ses propres termes, une voie nouvelle, une possibilité historique proprement inouïe : « mes découvertes me donnaient le vertige, un abîme s’ouvrait devant mes yeux, et je sentais le sol se dérober sous mes pieds29 ».

 

Cette possibilité d’ouverture historique radicale a d’emblée partie liée, nous l’avons vu, avec le rôle historique de Herzen dans la réception de Hegel, dès avant 1848, en Russie30. Dans les années 1840, contre la génération précédente de l’intelligentsiamoscovite, pétrie de Schelling, il défend la Logique hégélienne. Nourri de saint-simonisme avant même de se mettre à l’étude de la philosophie, lecteur de A. Cieszkowski, dont l’idée d’une « philosophie de l’action » l’enthousiasme, avant même d’avoir lu Hegel, il suit de près, à l’instar d’autres intellectuels russes (notamment Bielinski), l’évolution de la gauche hégélienne à travers les deux revues phares dirigées par A. Ruge (Les Hallische Jahrbücher, qui deviennent après leur expulsion de Saxe, les Deutsche Jahrbücher). Persuadé du rôle révolutionnaire de la philosophie, de sa capacité à intervenir activement dans l’actualité politique, Herzen mise dès 1842 sur le prolétariat comme acteur central de la révolution à venir (avant de s’en détourner sous l’effet massacres de juin 1848 et de la défaite généralisée). C’est lui qui forge notamment l’expression d’« algèbre de la révolution » pour désigner la dialectique hégélienne, formule que Plekhanov aimait répéter, et qu’il a sans doute transmis à Lénine, tout en la transformant souvent en « algèbre de l’évolution31 ».

 

Jeune-hégélien radical donc avant même que d’être hégélien, Herzen introduit dans le bastion du despotisme européen l’ensemble de la problématique jeune hégélienne, y compris Feuerbach. Les conséquences de ce geste sont proprement incalculables pour toutes les générations de l’intelligentsia radicale russe. Elles expliquent pourquoi, dans le climat de réaction généralisée qui succède aux échecs des révolutions de 1848, et dont le refoulement de Hegel sert de point de ralliement à l’échelle européenne (à commencer par l’Allemagne où il est traité en « chien crevé » selon le célèbre mot de la préface du Capital), l’esprit quarante-huitard survit précisément dans cette périphérie européenne, en pleine Russie tzariste32).

 

Après la débâcle, Herzen se tourne plus particulièrement vers l’étude des sciences33, et écrit Les lettres sur l’étude de la nature, qui baignent dans un climat de finalisme natutaliste, où la Naturphilosophie hégélienne se dispute la place à un panthéisme aux accents feuerbachiens et même ouvertement schellingiens. Mais l’enjeu est nettement politique : en fait, Herzen fournit un récit qui fonde la possibilité de l’action humaine et ses effets transformateurs dans le vaste récit des processus naturels saisis dans leur finalité interne et leur médiations réfléchissantes. Là aussi, il fait œuvre fondatrice, et on peut dire que le matérialisme russe, qui se situera dans la continuité de ces Lettres sur l’étude de la nature et accentuera l’aspect feuerbachien, en partage aussi l’ambiguïté constitutive. Tchernichevski (dont l’impact sur Lénine sera, on le sait, considérable) est en ce sens un cas emblématique, au même titre que Plekhanov, qui lui a consacré plusieurs études, dont un ouvrage soigneusement annoté par Lénine vers 1910-1911 (CP, 466-502). La référence à Herzen reconduit ainsi, de manière multiple, au nœud théorique Hegel/Feuerbach, médié par l’exceptionnelle tradition de réception russe des deux penseurs. Et c’est bien en ces termes, ceux du rapport du matérialisme à la révolution, que Lénine, tout en restant dans le cadre de l’orthodoxie, dresse le bilan de Herzen dans son article de 1912 dédié « à sa mémoire ». Nous retrouvons ici le Lénine d’avant le désastre, qui, tout en rappelant son « assimilation de la dialectique de Hegel », condensée par la formule « l’algèbre de la révolution », loue aussitôt après l’éditeur du Kolokol, dans la plus stricte orthodoxie plekhanovienne, d’« être allé plus loin que Hegel, suivant Feuerbach vers le matérialisme »34. Cela alors que, peu avant l’écriture de ce texte, les notes marginales que Lénine consacre à l’ouvrage de Plekhanov sur Tchernichevski révèlent qu’il était conscient du caractère foncièrement contemplatif de ce matérialisme, qu’il allait même jusqu’à en reconnaître les traces chez Plekhanov lui-même35. Reste le constat, persistant, que, dans toute discussion sur la voie révolutionnaire en Russie, Hegel et sa descendance intellectuelle sont d’entrée de jeu impliqués.

 

Ce chemin de Lénine vers Hegel nous ramène ainsi aux trois autres, selon ses modalités propres certes, mais aussi de nécessité interne. Indépendamment l’un de l’autre, mais largement issus d’un tronc théorique commun, Herzen et Marx ont à résoudre une même énigme politique, qui n’est autre que celle de la non-contemporanéité de leurs formations sociales respectives, du renversement de leur retard en avance, du l’initiative qui transformera les termes mêmes du trop tôt et du trop tard pour poser l’actualité propre du processus révolutionnaire dans une conjoncture déterminée. Mais cela, Lénine le redécouvre à son tour, ce n’est pas autre chose que la question de la dialectique.

 

Textures

 

Nous voilà donc arrivés au texte même des Cahiers sur la Logique. Avant d’aborder ce que Lénine trouve dans cette lecture de Hegel, il convient de s’attarder quelque peu sur ce que la plupart des commentateurs ne mentionnent qu’en passant, quand ils ne le réduisent pas à une simple limite du texte, ou un écart par rapport aux normes philologiques exigibles d’un commentaire philosophique. Il faudrait donc plutôt commencer par dire que les Cahiers de Lénine sur la Science de la Logique de Hegel n’existent pas ! Ils partagent en cela le statut d’autres textes mythiques de la tradition marxiste, et pas seulement36, à savoir d’être des manuscrits à usage privé, ou du moins non destinés à la publication dans l’état où nous les connaissons. Dans ces cas de figure, la forme même de leur publication constitue toujours un enjeu théorique à part entière, et même un enjeu directement politique, notamment pour les textes de la tradition marxistes, et plus particulièrement les Cahiers : faut-il les inclure, les diluer diront certains, dans une masse d’autres notes et de matériaux, de périodes très diverses, comme le feront les premières éditions soviétiques ? Les séparer pour mieux les mettre en valeur, comme dans la tentative pionnière de Lefebvre et Guterman37 ? Adopter une solution médiane comme le feront les éditions soviétiques à partir d’une certaine date (1955) et, dans leur sillage, celle impulsées par le mouvement communiste international ?

 

Il y a cependant bien davantage dans ces questions de forme : les Cahiers sur la Logique sont un texte très étrange, unique même dans la tradition marxiste. En tant qu’ensemble de notes et de montage d’extraits de l’ouvrage de Hegel, ils se présentent comme un incroyable collage, un texte constitutivement fragmenté, hétérogène car constitué de plusieurs niveaux qui s’enchevêtrent sans cesse et fonctionnent comme autant de textes, de sous-textes ou d’intertextes relativement autonomes. Ils renvoient eux-mêmes en permanence à d’autres, et notamment à un (sous-)texte absent, i. e. tout ce qui n’est pas recopié de la Science de la Logique. L’aspect radicalement éclaté et inachevé, ou plutôt inachevable du texte, son effet montage, au sens du cubisme synthétique ou du cinématographe vertovien, est encore accentué par le babélisme linguistique qui en est la marque distinctive : se trouvent en effet mélangés des extraits de Hegel généralement en allemand, mais parfois traduits en russe, avec les annotations se référant aux dits extraits, qui sont en russe mais aussi, et parmi les plus marquantes, en français, en allemand, parfois avec des bouts de phrase en anglais… Sans même parler de leur forme en tant que telle, les annotations marginales de Lénine recourant à toute sorte de schémas, d’abréviations, de tableaux, de graphismes, mêlant allègrement le résumé quasi-scolaire au commentaire le plus élaboré et le tout à un art consommé de l’aphorisme. On retrouve ici le Lénine qui n’hésite pas à recourir à l’ironie, voire à l’insulte.

 

L’hypothèse que je vais risquer ici, c’est que cette très improbable construction des Cahiers, cette texture matérielle de l’objet, ne peut pas être sans rapport avec le statut explicitement revendiqué par leur auteur, celui d’une tentative de lecture matérialiste d’un texte canonique de la philosophie classique allemande. Pour le dire autrement, c’est dans leur forme même, ou plutôt dans leur totale absence de forme préétablie, dans leur dimension intégralement expérimentale, que les Cahierssont l’expression de ce paradoxe qu’est le surgissement de quelque chose comme du « matérialisme » dans la philosophie (mais il faudrait sans doute dire : dans ses « trous », ses béances internes).

 

Avant de revenir à cette question du matérialisme, il convient d’esquisser une première présentation des lignes de forces autour desquelles s’organise ce matériau extrêmement disparate. Qu’est ce qui intéresse donc Lénine dans la Science de la logique, quels sont les points où son geste radical et solitaire de recommencement théorique vient croiser, voire percuter, le texte hégélien ? Il semble possible d’en distinguer au moins trois, tous placés sous le signe de la dialectique comme logique de la contradiction, qui leur permet de communiquer avec les notes consacrées au reste de la littérature philosophique dépouillée par Lénine autour de la même période38. Ils signalent autant les lignes de rupture aussi bien avec l’orthodoxie qu’avec sa propre conscience philosophique passée.

 

1. La dialectique non comme « méthode » extérieure à son objet, ou dissociable du « système » (selon les formulations du dernier Engels)39, mais comme la position même de l’immanence, l’auto-mouvement des choses saisi par la pensée traversée par ce même mouvement et se retournant sur elle-même. Toute chose étant à la fois elle même et son autre, son unité éclate, elle se scinde en se réfléchissant en elle-même et devient autre en s’arrachant à ce moment de la différence elle-même, en l’annulant d’une certaine façon par l’affirmation de son identité « absolue » dans le mouvement même de son automédiation.

 

2. Cet automouvement doit lui-même se comprendre non pas dans le sens trivial du « flux », du cours des choses, et toutes sortes de métaphores hydrauliques chère à l’orthodoxie, mais comme unité de contraires, contradictions internes aux choses mêmes et déploiement de cette contradiction dans la plus stricte immanence. Donc position des extrêmes et montée aux extrêmes, passage d’un extrême à l’autre dans le mouvement même qui les oppose, renversement brutal des situations. L’affirmation de puissance créatrice de la scission, du travail du négatif, élimine toute vision évolutionniste du « passage », tout particulièrement des « bonds » comme accélération de l’« évolution » et des « contraires » comme simples termes complémentaires à l’intérieur d’une totalité.

 

3. L’auto-mouvement est activité transformatrice et saisie de cette activité dans sa processualité, comme pratique révolutionnaire.

 

Ce troisième point est le plus délicat : il touche directement aux questions de la lecture matérialiste à laquelle Lénine entend soumettre le texte hégélien. Pour dire les choses très schématiquement, Lénine cherche à prendre appui sur le « côté actif/subjectif » du concept hégélien, qu’il lie directement à l’appréciation portée sur le « côté actif/subjectif » de l’idéalisme en général dans les thèses sur Feuerbach40. Mais il refuse catégoriquement, au nom du matérialisme, l’abolition de l’objectivité dans l’auto-mouvement des catégories, la toute-puissance d’une pensée capable, dans son déploiement intérieur, de s’ériger en surplomb jusqu’à digérer le réel lui-même. Pour briser toute tentation ontologique dans le mode d’exposition des catégories, Lénine réintroduit dans cette tentative nouvelle, une pièce issue du dispositif antérieur d’intervention philosophique, la théorie du « reflet » de Matérialisme et empiriocriticisme. Et même une pièce centrale, parée de tous les gages de l’orthodoxie engelsienne et plékhanovienne qui fournit pourtant la cible des Cahiers philosophiques. Cette non-contemporanéité des problématiques au cœur même la lecture de la Logique a historiquement concentré toutes les difficultés de l’interprétation du geste léninien, alternativement rejeté au titre de méprise persistante quant au sens des catégories hégéliennes, ou, au contraire, loué en tant que continuité fondamentale avec le « matérialisme » du Lénine de 1908.

 

C’est sur ce point qu’il nous faut introduire l’hypothèse qui ordonnera les repérages qui suivent. Incontestablement, les Cahiers que tient Lénine lisant la Logique sont le « journal de bord » d’une expérience qui se présente tout à fois comme une découverte de et une résistance à Hegel. Il n’est point illogique, dans cet ordre d’idées, de voir dans la présence de la catégorie de « reflet », posée d’entrée de jeu comme la pierre de touche de la « lecture matérialiste que Lénine se propose de mener, un élément de « matérialisme primaire », de résidu de l’orthodoxie plekhanovienne que Lénine s’efforce par ailleurs de dépasser, bref l’indice même de la limite de la lecture léninienne de Hegel, ou, en d’autres termes, de sa rupture avec l’orthodoxie de la IIe Internationale.

 

Les termes de la question sont formulés de façon claire dans ces remarques de Slavoj Zizek : “the problem with Lenin’s “theory of reflection” lies in its implicit idealism : its compulsive insistence on the independent existence of material reality outside consciousness is to be read as a symptomatic displacement, destined to conceal the fact that consciousness itself is implicitly posed as external to the reality it “reflects” […] Only a consciousness observing the reality from the outside would see the whole of reality “the way it really is” […], just as a mirror can reflect an object perfectly only if it is external to it […] The point is not that there is an independent reality out there, outside myself ; the point is that I myself am “out here”, part of that reality41”. Pour le dire dans la langue de la Logique hégélienne, ce que Lénine ne voit pas, selon cet argument, c’est que cette extériorité première de l’être et de la conscience est dépassée/abolie par l’activité subjective que connote précisément le concept. Et le « reflet », ou plutôt la « réflexion » (Reflexion) se comprend dès lors non comme une copie de la réalité extérieure mais comme le moment de la médiation, du négatif : du mouvement qui, dans la multiplicité de ses moments, exhibe la présupposition réciproque de l’extériorité et de l’intériorité, et l’immanence de la première à la seconde, dès lors réellement posée comme intérieure, médiation interne essentielle : non pas autre chose que l’être, mais l’être lui-même révélé, mis en abîme, dans le mouvement réfléchissant de sa profondeur propre.

 

On sait pourtant que ce qui a intéressé de manière déterminante Lénine dans la Science de la Logique, c’est justement l’économie de la « Logique subjective » (la « théorie du concept »), en tant que saisie de la rationalité de la pratique, du travail et de l’activité de connaissance comme modalités de la transformation du réel. Le point décisif sur lequel nous faut insister c’est que c’est précisément en résistant à Hegel que Lénine transforme ses propres catégories et se transforme lui-même. Par là même se laisse saisir la fonction véritable de cet extraordinaire « collage » que sont les Cahiers : conduire une expérience de pensée en introduisant, sur le mode d’une scandaleuse parataxis, du « matérialisme vulgaire » au cœur même de la Summa Theologica de l’idéalisme, à la manière d’un Adorno réaffirmant, tout particulièrement dans ses écrits esthétiques, par des références de classe très directes et des rappels très « orthodoxes » de la primauté de l’objet, l’omniprésence de la totalité sociale (répressive et même cauchemardesque) dans la texture même des éléments qui cherchent à la briser42. S’il en est ainsi, alors la persistance d’éléments de « matérialisme vulgaire » dans les Cahiers doit être elle-même comprise comme la trace de la violence sans précédent portée par l’irruption de la guerre impérialiste au sein même du dispositif le plus « abstrait » de l’entreprise philosophique moderne, la science pure, ou science du penser pur, dont la Logiquede Hegel s’est voulue l’accomplissement.

 

Ainsi, la notion de « reflet », il faut d’emblée le souligner, sera non pas abandonnée, mais, nous le verrons par la suite, elle-même « dialectisée », dans un dispositif à double détente : faire ressortir le contenu de vérité de la logique de Hegel pour reconstruire le rapport Hegel-Marx, massivement refoulé par l’orthodoxie, et restituer du même coup la portée proprement révolutionnaire du marxisme lui-même, son cœur dialectique. Dans ce processus, le « reflet » deviendra tout autre chose que l’affirmation initiale (contenue dans les premières pages des Cahiers sur la Logique) de l’extériorité de la matière à la conscience, ou de l’irréductibilité de la nature à l’esprit. Pour anticiper quelque peu sur la suite, le résultat auquel Lénine parviendra est que la véritable « inversion matérialiste » de Hegel ne réside pas, comme le pensait le dernier Engels et le répétaient à satiété les Plekhanov et autres gardiens du temple de la IIe Internationale, dans l’affirmation du primat de l’être sur la pensée mais dans la compréhension de l’activité subjective consignée dans la « Logique du concept » comme « reflet », idéaliste, donc inversé, de la praxis révolutionnaire, qui transforme le réel en y révélant le résultat de l’intervention du sujet. Et c’est justement ce en quoi Hegel est infiniment plus près du matérialisme que les « matérialistes » de l’orthodoxie (ou de ses versions antérieures, pré-marxiennes, du matérialisme), parce qu’il est plus près du matérialisme nouveau, celui de Marx, qui affirme non le primat de la « matière » mais de l’activité de transformation matérielle comme praxis révolutionnaire. La promesse d’une « lecture matérialiste de Hegel » sera ainsi tenue, mais d’une manière fort éloignée de celle initialement envisagée par son auteur.

 

Repérages

 

Dans ses notes sur le premier livre de la Logique, la « Doctrine de l’Être », Lénine fixe son protocole de lecture dans un encadré qui commence par cette exclamation : « sottises sur l’absolu » et se poursuit comme suit : « d’une manière générale, je m’efforce de lire Hegel en matérialiste : Hegel, c’est le matérialisme mis sur la tête (d’après Engels) — c’est-à-dire, j’élimine en grande partie le bon Dieu, l’Absolu, l’Idée pure, etc. » (CP, 102). A la fin de sa lecture de l’ouvrage, et surtout : après avoir consacré des dizaines de pages de notes à ce qu’il s’était précisément engagé à « éliminer » (à savoir la troisième section, « L’Idée », de la « Logique subjective », dont la majeure partie à son troisième et dernier chapitre : « L’Idée absolue » qui occupe pourtant moins du tiers de cette section), Lénine se livre à ces célèbres remarques conclusives : « il est remarquable que tout le chapitre sur l’“Idée absolue” ne dit presque pas un mot de Dieu […] et en outre — ceci NB — ce chapitre ne contient presque aucun idéalisme spécifique, mais il a comme sujet essentiel la méthode dialectique. Le total et le résumé, le dernier mot et l’essence de la Logiquede Hegel, c’est la méthodedialectique — ceci est tout à fait remarquable. Et encore ceci : dans cette œuvre de Hegel, la plus idéaliste, il y a le moins d’idéalisme, le plusde matérialisme. « C’est contradictoire », mais c’est un fait ! » (CP, 222) C’est dans ce véritable renversement de perspective que l’on mesure le chemin parcouru par Lénine43. La transformation qui s’opère de la catégorie de « reflet » nous servira de panneau indicateur, signalant les résultats atteints lors de chacune des étapes franchies.

 

Peu après l’énoncé du protocole de la « lecture matérialiste de Hegel » mentionné auparavant, le reflet reçoit sa première définition : coextensif à la « dialectique » elle-même, il existe en tant qu’il reflète « le processus matériel dans tous ses aspects et dans son unité », devenant ainsi « le juste reflet du développement éternel du monde » (CP, 109). Il y a donc, d’une part, le monde matériel et son « développement éternel », de l’autre le « reflet » dudit monde, et de son développement, dans la « souplesse multiforme et universelle » des catégories proprement dialectiques — souplesse « qui va jusqu’à l’unité des contraires » ajoute Lénine. En conclusion de ses notes sur la première section de la « Doctrine de l’essence », Lénine, ébranlé par les développements consacrés à la catégorie de « réflexion », tente une dernière fois de trouver dans cette modalité de recours au « reflet » la confirmation du « renversement matérialiste de Hegel44 ». Cette confirmation est étroitement liée à la conception de la dialectique comme « tableaude l’univers ». Et c’est la métaphore d’inspiration héraclitéenne du fleuve et de ses gouttes, et des concepts comme autant d’« inventaires » des « aspects particuliers du mouvement » et de leurs composantes, qui lui servira d’illustration (CP, 139). Cette métaphore se situe dans le droit fil du « développement éternel du monde », pour reprendre la formulation déjà citée, i. e. d’un flux ou d’un mouvement fondamentalement extérieurs à l’observateur, qui ne fait que les contempler à partir du rivage. C’est d’un tel mouvement dont il était question dans la définition initiale du « reflet », celle d’un monde assimilé à un « grand tout » duquel l’histoire et la pratique humaines paraissent étrangement absents.

 

Jusque-là, nous sommes dans la stricte continuité avec le dernier Engels, tout particulièrement du Ludwig Feuerbach, canonisés par l’orthodoxie de la IIeInternationale : distinction entre le « système » (idéaliste et conservateur) et la « méthode », i. e. la dialectique, critique et révolutionnaire, celle-ci étant comprise comme science des « lois générales et universelles du mouvement » et du développement tant de la nature que de l’action humaine. Ces lois ne sont à leur tour que le reflet du mouvement réel et objectifs dans la tête du penseur, et non l’inverse comme le pensait Hegel, pour qui l’Idée absolue s’aliène et par là se dégrade en nature. Ainsi « remise sur ses pieds », la dialectique des concepts est le reflet conscient du mouvement dialectique du monde réel et objectif45.

 

Pour Lénine, les choses commencent toutefois à se compliquer assez rapidement, et très sérieusement, dès la « Doctrine de l’essence ». Certes, ses notes, assez brèves, sur la « Doctrine de l’être » s’étaient terminées sur les exclamations bien connues sur les « sauts46 » et leur nécessité, donc sur une prise de distance par rapport au gradualisme que l’orthodoxie associait immanquablement à sa conception de la grande totalité organiquement liée d’un l’univers en perpétuel mouvement. Ses remarques sur les préfaces de l’ouvrage lui avaient également fait sentir la difficulté de la dissociation entre « système » et « méthode » dans la mesure où la Logique, selon Hegel, exige des formes qui « soient des gehaltvolle Formen, des formes au contenu réel, vivant, des formes inséparablement unies au contenu » (CP, 90). Mais ce n’est qu’avec la lecture de la doctrine de l’essence que Lénine commence à prendre la mesure du caractère insatisfaisant, à vrai dire naïf et bricolé, de ses dualismes « matérialistes » et à pénétrer dans le plan d’immanence déployé par les catégories de la logique hégélienne.

 

En tant que « réflexion dans elle-même », l’essence s’identifie au mouvement réfléchissant interne à l’être lui-même. L’apparence extérieure n’est que le reflet de l’essence en-soi, non pas autre chose que l’être, mais l’être qui se pose dans l’extériorité et comme extériorité pour reconnaître que ce mouvement de position de soi procède de lui-même, de son intériorité. Ce « retour sur soi » ne veut pas dire que l’extériorité est simple projection, ou reduplication de l’intériorité, mais bien un déjà-là, un présupposé inscrit dans l’intériorité même et qui permet à la totalité d’engager le mouvement de sa propre détermination. Revenant à la métaphore du fleuve, Lénine comprend que si l’on peut distinguer l’« écume » et les « courants profonds », « l’écume aussi est expression de l’essence » (CP, 124). Pour le dire autrement, l’apparence essentielle, le « reflet », n’est pas plus l’illusion qu’il faudrait réduire (en la ramenant au véritable être matériel dont elle ne serait que le décalque) que l’image projetée d’un mouvement externe. Elle est le premier moment d’un procès d’auto-détermination conduisant au déploiement du réel en tant qu’effectivité (Wirklichkeit). D’où les problèmes de terminologie que Lénine se pose quant à la traduction du terme de « réflexion47 ». D’où aussi son enthousiasme, consécutif à la lecture des pages consacrées aux trois formes du mouvement réfléchissant — formes qu’il trouve par ailleurs « développées très obscurément » (CP, 129) —, lorsqu’il découvre le véritable plan d’immanence déployé par le « mouvement » hégélien. Non pas le flux, l’écoulement de l’univers observé d’une position externe, mais l’automouvement (Selbstbewegung) : « le mouvement et l’“automouvement” (ceci NB ! mouvement autonome (indépendant), spontané, intérieurement nécessaire) », voilà le « fondement » de l’« hégélianisme », « abstrait et abstrus » que Marx et Engels ont précisément découvert, compris, décortiqué, épuré et ainsi sauvé (CP, 133-134).

 

S’il en est ainsi, c’est alors le concept de « loi » qui doit être dégagé de la « simplification » et de la « fétichisation »48 : il fait l’objet des remarques de la section suivante de la « Doctrine de l’essence », consacrées au « phénomène ». Lénine comprend tout à fait la portée anti-relativiste et anti-subjectiviste de l’analyse hégélienne de l’Erscheinung, du phénomène en tant que reprise de l’être selon sa consistance essentielle, unité de l’apparence et de l’essence (là où le subjectivisme néo-kantien s’acharne à les dissocier). Première expression de l’essence comme fondement, c’est en effet au niveau du phénomène que se situe le concept de loi. Pour Hegel, la loi est « la réflexion du phénomène dans son identité avec soi-même », co-présente de manière immédiate au phénomène en tant que son « image calme ». Lénine approuve : « c’est une définition remarquablement matérialiste et remarquablement juste (par le mot ruhige [calme]). La loi prend ce qui est calme — et par là, la loi, toute loi, est étroite, incomplète, approchée » (CP, 143).

 

Bien sûr, on peut voir là une simple reprise de la théorie du « reflet », copie approximative, mais toujours plus « fidèle », « proche » de la réalité « objective » « matérielle49 ». Mais cette perception du caractère fondamentalement limité des lois extérieures représente un déplacement considérable par rapport à la thèse cardinale de l’orthodoxie, martelée dans Matérialisme et empiriocriticisme, qui posait, d’un côté, « les lois nécessaires de la nature » comme « l’élément primordial », et, de l’autre, la « volonté et connaissance humaine » comme « l’élément secondaire », « ces dernières devant nécessairement et inéluctablement s’adapter aux premières » (ME, 185 ; je souligne). De cette ontologie, Lénine déduisait l’exigence pour la « conscience sociale et la conscience des classes adaptées de tous les pays capitalistes » de « s’adapter » à la « logique objective de l’évolution économique », logique qui se reflète dans les « lois du développement historique50 ». En réalité, dans la reprise de la conception hégélienne des lois dans les annotations des Cahiers, il y a déjà, aux antipodes du relativisme, une première saisie de la préinscription de la subjectivité, de l’activité de connaissance, au cœur même de l’objectivité, dans le mouvement intérieur de l’essence : « la loi est un rapport. Ceci NB pour les machistes et autres agnostiques et pour les kantiens, etc. Un rapport des essences ou entre essences […] Le commencement de tout peut être considéré comme passif et extérieur. Mais ce qui est intéressant ici, ce n’est pas cela, mais autre chose : le critère de la dialectique qui a échappé par mégarde à Hegel : « tout développement naturel, scientifique et spirituel » : voilà où est le grain de vérité de profonde dans la gangue mystique de l’hégélianisme ? » (CP, 145-146).

 

Ce n’est que par la suite, dans ses notes consacrées à la « Logique subjective », que Lénine comprendra que ce critère n’a pas « échappé par mégarde » à Hegel, mais qu’il représente ce « côté actif » de l’« activité humaine sensible », « développé de façon unilatérale par l’idéalisme » et non par le matérialisme, dont il était question dans la première thèse de Marx sur Feuerbach. Il reformulera alors le processus de connaissance non comme rapprochement vers le concret, mais, à l’inverse, comme procès d’abstraction croissante (incluant parmi ses résultats les lois naturelles en tant qu’« abstraction scientifique »), procès qui ouvre lui-même à la pratique et, saisi dans son ensemble, à la connaissance de la vérité51. Il n’hésitera pas dès lors à identifier « le sens véritable, la signification et le rôle de la Logique dans Hegel » à la révélation de la puissance de la pensée en tant qu’abstraction, dans la distancedonc qui la sépare de l’objet. Distance qui n’est à proprement parler distance du rien, dépourvue d’épaisseur propre et que désigne désormais le « reflet », assimilé au travail de pensée (la « formation de concepts abstraits et les opérations faites avec eux ») en tant processus révélant l’objectivité de la connaissance subjective à même l’auto-déploiement du monde52.).

 

Aphorismes

 

C’est ce constat qui amène Lénine à formuler trois des plus fameux « aphorismes » (c’est le terme qu’il emploie) figurant dans les Cahiers : le premier assimile Plekhanov, et à travers lui, implicitement, la métaphysique de la IIe Internationale tout entière, au « matérialisme vulgaire » car sa critique de Kant et de l’« agnosticisme » demeure une critique extrinsèque, en deçà du travail d’(auto)rectification des catégories atteint par Hegel dans sa critique de Kant. Le second désigne, cette fois explicitement, « les marxistes […] du début du XXesiècle » pour avoir critiqué les « kantiens et les humiens plutôt à la Feuerbach (et à la Büchner) qu’à la Hegel » (CP, 169). C’est sans doute ici qu’il faut situer le franchissement du seuil décisif dans le cheminement de Lénine. Plekhanov, autorité philosophique incontestée de toute la social-démocratie russe et inventeur du « matérialisme dialectique », métaphysique officielle de la IIe Internationale, est irrévocablement destitué. Et la racine de son « matérialisme vulgaire » est pointée : elle réside dans son incompréhension de la dialectique qui le ramène en deçà du niveau atteint par Hegel dans sa critique immanente de Kant, devenue le modèle de référence nouveau d’intervention en philosophie53. En remplaçant Hegel par Feuerbach (geste qui avait la pleine approbation du Lénine d’avant 191454.), Plekhanov avait en fait régressé au niveau du « matérialisme vulgaire ». Son « monisme », qu’il avait érigé en fondement d’une philosophie matérialiste achevée, se situait donc en deçà du matérialisme de Marx.

 

Lénine fait de ce constat le pivot d’un véritable règlement de compte avec sa propre « conscience philosophique d’autrefois », en en généralisant la portée à l’ensemble des marxistes de la IIe Internationale. Y compris, assurément, lui-même, puisqu’il renvoie explicitement, à deux reprises, à la bataille philosophique de la décennie précédente (contre le « kantisme et le machisme contemporain », la critique menée par « les marxistes » au « début du XXe siècle » des « kantiens et [des] humiens), bataille dont, avec Matérialisme et empiriocriticisme, il fut l’un des principaux protagonistes. Dans un important manuscrit légèrement postérieur à ces notes de lectures de la Science de la logique, Lénine ira même jusqu’à prendre des distances avec le dernier Engels, à qui il reproche, tout comme à Plekhanov, d’aplatir la dialectique à une « somme d’exemples », et cela à des buts « de vulgarisation » (CP, 343).

 

Le troisième « aphorisme » de Lénine lui permettra d’ouvrir une piste inédite, entièrement inconcevable dans l’horizon intellectuel de l’« orthodoxie », celle de l’étude de la Logique de Hegel comme clé indispensable pour la compréhension du Capital (et « en particulier son chapitre I »), ce qui le conduit à la célèbre conclusion : « Donc pas un marxiste n’a compris Marx un demi-siècle après lui55 ! ! ». La question du rapport Hegel/Marx quitte ainsi le terrain du formalisme et des généralités sur la « méthode dialectique » et la « gnoséologie » pour se situer au cœur des découvertes fondamentales consignées dans la théorie du mode de production capitaliste. Lénine est, le fait a déjà été souligné56, non seulement le premier marxiste du XXe siècle à ouvrir le chantier des lectures du Capital, et plus particulièrement de son mode d’exposition, à la lumière de la Logique hégélienne. Lénine donnera lui-même quelques indications en ce sens, parsemées tout au long des Cahiers, et reprises par la suite de manière plus ramassée dans un écrit de 1915 consacré au « plan de la dialectique (logique) de Hegel » (CP, 302-305). Il y identifie l’objet de la fameuse première section, la marchandise, au moment de l’Être, et le couple valeur/prix à celui de l’essence et du phénomène (CP, 304-305). Intuitions fragmentaires, à peine esquissées, abondamment discutées cependant par la tradition marxiste, et certainement discutables, qui ne sauraient cependant faire oublier l’essentiel : que, par ces collages de citations et de notes prises dans une bibliothèque bernoise, c’est quelque chose du xxe siècle tout entier qui commence.

 

Praxis

 

Revenons à la mutation de la catégorie de « reflet » : Lénine est à présent en mesure de la définir comme un processus, saisi dans l’immanence du réel en mouvement : « la connaissance est le reflet de la nature par l’homme. Mais ce reflet n’est pas simple, pas immédiat, pas total ; c’est un processus fait d’une série d’abstractions, de la mise en forme, de la formation de concepts, de lois etc. — et ces concepts, lois, etc. (la pensée, la science = « l’idée logique ») embrassent relativement, approximativement les lois universelles de la nature en mouvement et développement perpétuels57 ». L’idée de connaissance comme processus actif se déployant historiquement commence à émerger, mais ce n’est qu’en abordant, au cours de la section suivante (« l’objectivité ») l’analyse hégélienne du travail en tant qu’activité orientée vers un but, une finalité (zweckmässig) que Lénine parvient à réélaborer une notion plus satisfaisante de pratique, qui lui permettra de revenir sur le processus-reflet. Dans son analyse du procès de travail en tant que syllogisme, Hegel insiste sur l’éminence de la médiation, de l’instrument, de l’outil de travail en tant que moyen de dépasser le caractère externe et limité de la fin subjective par la manifestation de son contenu rationnel. Dans cet aspect d’une certaine façon immédiatement et familièrement « matérialiste » de l’analyse (« la charrue est plus honorable que ne le sont les jouissances qui se préparent par elle et qui sont des fins » écrit Hegel) Lénine voit des « germes de matérialisme historique », et va même jusqu’à poser « le matérialisme historique comme une des applications et un des développements des géniales idées-semences qui existent chez Hegel58 ».

 

Cet aspect des choses est assez connu, mais l’essentiel n’est d’une certaine façon pas là. La conclusion que Lénine va tirer de cette analyse de la rationalité de l’activité téléologique (orientée vers une fin) est double. D’une part, il saisit la portée de l’analyse hégélienne de l’activité humaine en tant que médiation vers la « vérité », l’identité absolue du concept et de l’objet, une vérité objective qui inclut et reconnaît en elle-même le travail de la subjectivité. C’est donc par là, (et non simplement par la réhabilitation de l’outil, qui n’est après tout qu’une première forme de médiatisation de la rationalité de la fin subjective) que Hegel est « sur le bord » du matérialisme historique défini, dans la lignée de la deuxième thèse sur Feuerbach, comme primat de la pratique : « c’est par sa pratique que l’homme prouve la justesse objective de ses idées, de ses concepts, de ses connaissances, de sa science59 » : la « justesse » est immanente aux pratiques, qui produisent leurs critères propres de validité.

Du même coup, le « renversement matérialiste » de Hegel change de sens : ce n’est plus le rapport de la nature et de l’esprit, de la pensée et de l’Etre, ou de la matière et de l’Idée qui sont en jeu mais le rapport, l’« identité » entre la logique et l’activité pratique. C’est là qu’il convient de chercher le « contenu très profond, purement matérialiste » des énoncés hégéliens. Le « renversement matérialiste » consiste alors à affirmer le primat de la pratique, qui produit jusqu’aux axiomes de la logique elle-même (par la répétition « des milliards de fois » des différentes figures logiques dans l’activité humaine). Lénine formulera cette idée de manière plus précise dans ses abondantes notes sur la dernière section (« L’Idée ») de l’ouvrage : « Pour Hegel, l’action, la pratique est un “syllogisme” logique, une figure logique. Et c’est vrai ! Bien entendu, pas en ce sens que la figure logique a pour être-autre la pratique humaine (= idéalisme absolu) mais vice versa : la pratique humaine, en se répétant des milliards de fois, se fixe dans la conscience humaine en figures logiques. » (CP, 205) Se trouve ainsi récusée toute prétention onto-logique de la Logique, non pas de manière « vulgaire », extérieure, mais en partant de son identité à la pratique et en la retournant sur elle-même, en la saisissant à partir de la processualité de la praxis, dont elle représente un moment d’extériorisation, de devenir-autre, d’« aliénation » même lorsqu’elle se laisse emporter par la tentation onto-théologique.

 

Les conditions sont dès lors remplies pour un ultime retour à la notion de « reflet » : le processus de connaissance qu’elle désigne se comprend désormais comme activité de transformation matérielle du monde dont les catégories logiques « fixent » la matrice conceptuelle : « le concept humain ne saisit “définitivement” cette vérité objective de la connaissance, ne la perçoit et ne l’assimile que lorsque le concept devient “être-pour-soi” au sens de la pratique. C.-à.-d. que la pratique de l’homme et de l’humanité est la vérification, le critère de l’objectivité de la connaissance ». « Est-ce bien cela la pensée de Hegel ? » se demande aussitôt Lénine, sentant l’importance de la chose, avant de finir cette note par un significatif « il faut y revenir » (CP, 201). La réponse viendra quelques lignes plus loin, dans le commentaire consacré au passage du chapitre II (« L’idée du connaître ») au chapitre suivant (« L’idée absolue »). Ces formulations représentent sans doute l’expression la plus aboutie de la rupture avec l’orthodoxie : « sans aucun doute, pour Hegel, la pratique se situe, comme chaînon, dans l’analyse du processus de connaissance, et précisément comme passage à la vérité objective (“absolue” selon Hegel). Marx rejoint donc directement Hegel en introduisant le critère de la pratique dans la théorie de la connaissance : cf. les thèses sur Feuerbach. » Et, donnant le coup de grâce à la conception « vulgaire » du reflet comme adaptation graduelle de la conscience à une impassible réalité objective, il ajoute aussitôt en marge : « la conscience humaine ne reflète pas seulement le monde objectif, mais aussi le créé » (CP, 201).

 

« Pas seulement », « mais aussi » : en effet, si la connaissance est bien pratique, Lénine n’oublie pas le rappel de ces mêmes thèses sur Feuerbach quant à son caractère de transformation matérielle : si, « en opposition au matérialisme », « le côté actif fut développé de façon unilatérale par l’idéalisme », celui-ci « ne connaît naturellement pas l’activité effective [wirklich], sensible [sinnlich], comme telle60 ». La reprise de la catégorie de « reflet » dans les Cahiers fonctionne ici comme un rappel de la Sinnlichkeit (« sensibilité »), catégorie typiquement feuerbachienne que Marx recycle dans ses thèses, pour la transformer en sensibilité qui rompt avec la contemplation (marque aussi bien de Feuerbach que de tout le matérialisme antérieur). Est ainsi désigné le caractère matériel de l’activité transformatrice « effective » (wirklich) aux prises avec un monde extérieur qui lui résiste. « Traduisant » de manière matérialiste une phrase hégélienne, Lénine écrit en ce sens que « “l’activité du but n’est pas dirigée contre elle-même… mais par l’intermédiaire de l’abolition de certains (aspects, traits, phénomènes) déterminés du monde extérieur [là où Hegel parle de l’abolition des « déterminations du monde extérieur » tout court] elle cherche à se donner la réalité sous forme de réalité effective extérieure !”… » (CP, 203). Formulation bricolée certes, révisée quelques pages après (voir le passage ci-dessous, où Lénine reconnaît que l’activité de l’homme enlève jusqu’aux « traits d’extériorité » du monde), mais qui renseigne sur les services attendus de cet exercice de maintien.

 

La connaissance est donc un moment (et un moment seulement) de la pratique, elle est transformation du monde selon les modalités qui lui sont propres. La métaphore du reflet en tant que « tableau objectif du monde » revient, renversée dans la dimension de la praxis : « l’activité de l’homme qui s’est fait un tableau objectif du monde change la réalité extérieure, abolit sa détermination (= change tel ou tel de ses aspects, de ses qualités) et ainsi lui enlève les traits d’apparence, d’extériorité et de nullité, la rend existante en soi et pour soi (= objectivement vraie) » (CP, 207). Il n’y a plus de « tableau » à proprement parler, celui-ci se dissout, en quelque sorte, sous nos yeux, il s’abolit dans l’activité matérielle de sa fabrication. Ou plutôt, comme l’annonçait déjà, de façon pratique, la révolution picturale de Manet61, c’est le tableau lui-même qui devient moyen de connaissance et d’intervention sur les apparences et les significations du monde, et en ce sens, processus de transformation, de mise à l’épreuve, de ce même monde par la matérialité propre des techniques mises en œuvre par le peintre.

 

Le véritable renversement matérialiste

 

Lénine est maintenant prêt à aborder le chapitre ultime sur la « l’Idée absolue », car celle-ci, il le note d’emblée, n’est rien d’autre que « l’unité de l’idée théorique (connaissance) et de la pratique — ceci NB — et cette unité précisément dans la théorie de la connaissance » (CP, 208). L’unité de la théorie et de la pratique dans la théorie elle-même, voilà le point de vue de la « méthode absolue ». « Il reste maintenant, ajoute-t-il, à considérer non plus le contenu mais “l’universalité de sa forme — c’est-à-dire la méthode » (Ibid.) : l’universalité est donc à rechercher du côté de la forme et non du contenu. Ce que Lénine entrevoit ici, malgré les limites de sa compréhension de certains points essentiels de Hegel62, c’est le caractère autoréférentiel de l’Absolu, le fait que contrairement à ce que pensait Engels dans le Ludwig Feuerbach63, l’Idée absolue n’est pas « un contenu dogmatique » (identifié au « système de Hegel » comme fin ultime de la connaissance), persistant dans son impassibilité, mais le processus lui-même porté à son point d’autoréférence, celui où il se rencontre lui-même parmi ces propres moments. C’est le moment fulgurant du renversement de perspective, celui où on comprend que « dans » la théorie elle-même, il y a toujours déjà l’unité de la théorie et de la pratique (thèse que Gramsci développera de manière extraordinaire), que la question de l’unité de la « forme » et du « contenu » est elle-même une question de forme, de forme « absolue » en dehors de laquelle aucun contenu ne subsiste.

 

Saisir la dialectique en tant que « méthode absolue », ce n’est donc pas rendre une somme de catégories « souples », fluides, dans une constante tentative d’embrasser un processus qui les déborde, c’est « localiser la force motrice de leur mouvement dans l’immanence de leur propre contradiction64 ». Voilà pourquoi, en fin de compte, le chapitre sur l’« Idée absolue », selon la remarque finale de Lénine, « ne dit presque pas un mot de Dieu », « ne contient presque aucun idéalisme spécifique ». Nul besoin en effet d’« Idée absolue », au sens de Vérité ou de Sens ultime au-delà du monde, car ce monde est déjà en lui-même, réduit au mouvement de son automédiation, la vérité que l’on cherchait au-delà de lui. Ce chapitre délivre donc restrospectivement le sens de la Science de la logique tout entière : « dans cette œuvre de Hegel, la plus idéaliste, il y a le moins d’idéalisme, le plus de matérialisme ». Le paradoxe du « passage de l’idéalisme au matérialisme » ne consiste pas à « enlever » de l’idéalisme mais, au contraire, à « en rajouter ». Si « Marx rejoint Hegel », pour reprendre la formulation de Lénine, c’est en absolutisant l’idéalisme absolu lui-même.

 

Pour le dire autrement, le renversement matérialiste se comprend comme l’événement dont l’idéalisme se révèle être le porteur : non pas le passage (graduel ou brusque) à un camp adverse, défini en extériorité, comme on se déplacerait d’une armée à une autre, mais le résultat d’une transformation interne déclenchée par l’irruption de l’antagonisme au sein même du « champ de bataille » philosophique et jusque dans la matérialité de la forme écrite : voir le contrecoup de l’insurrection des tisserands silésiens de l’été 1844 pour le Marx des manuscrits parisiens, de la guerre mondiale pour le Lénine des Cahiers ou de la montée du fascisme pour le Gramsci des Quaderni del carcere. Nul hasard si, dans chacun de ces cas de figure, nous nous retrouvons face à des écrits qui nient la notion même d’« œuvre », fragmentaires et incomplets à l’extrême, l’extrême des situations dont ils portent, ou même sont, la trace, et dans lesquelles ils sont appelés à s’éteindre, par les effets qu’ils auront contribué à produire.

 

Méthode absolue, la dialectique n’est donc pas autre chose que l’ensemble de ses résultats. C’est en bonne logique dialectique que Lénine n’écrira plus de livre, ni même à proprement parler de texte philosophique un tant soit peu comparable à Matérialisme et empiriocriticisme. Autant dire que cette position nouvelle que Lénine conquiert en lisant Hegel n’est pas à chercher ailleurs que dans l’intervention politique et théorique de Lénine dans les années qui ont suivi la première guerre mondiale. Pour ne pas répéter des démonstrations que d’autres ont déjà brillamment menées65, je me limiterai à ce qui me paraît en être le noyau irréductible. Il réside dans les deux thèses qui scellent la séquence des années 1914-1917 :


— la thèse de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, dans sa double dimension de lutte de libération nationale dans les colonies et les peuples opprimés et de révolutions anticapitalistes au sein des métropoles. Véritable renversement dialectique, cette thèse suppose la compréhension de la guerre comme un processus antagoniste, et non comme une conflit interétatique classique, dans lequel il s’agit de « retourner » l’irruption des masses dans la « guerre totale » en insurrection armée, de renverser en d’autres termes la puissance des masses canalisée dans l’industrie du massacre en la tournant vers l’ennemi interne, puissance coloniale ou bourgeoisie dominante.


— la thèse de la transformation de la révolution « démocratique-bourgeoise » en révolution prolétarienne formulée dans les « Lettres de loin » » et les « Thèses d’Avril », qui débouchent sur l’initiative d’Octobre 17. Là encore, il s’agit de se placer dans l’immanence des contradictions du processus révolutionnaire, dans une situation déterminée, aux antipodes aussi de la vision « étapiste » de l’orthodoxie social-démocrate (que Lénine partageait avant la guerre) que des visions abstraites (ou abstraitement justes) sur l’incapacité de la bourgeoisie russe à résoudre les tâches d’une révolution démocratique. Le renversement de la révolution démocratique en révolution prolétarienne, n’est en rien développement organique, ou radicalisation linéaire, passage de l’horizon du « programme minimum vers celui du « programme maximum » mais décision vitale face à « l’imminence de la catastrophe ». C’est dans le retournement des revendications immédiates, démocratiques, non-directement socialistes, des masses (la paix, la terre, le contrôle ouvrier et populaire) contre le cadre « démocratique bourgeois », que se résout concrètement la situation du double pouvoir : par une initiative des masses sous direction prolétarienne visant la conquête du pouvoir politique, i. e. le bris de l’appareil d’État existant et son remplacement par un État contradictoire, porteur de la tendance à son propre dépérissement. Comme Slavoj Zizek l’a souligné avec force, le passage du moment de « Février » à celui d’« Octobre » n’est en rien passage d’une « étape » à une « autre », symptôme de « maximalisme » ou de saut volontariste par dessus l’« immaturité » des conditions, mais remise en cause radicale de la notion même d’« étape », renversement des coordonnées fondamentales qui définissent les critères mêmes de « maturité » d’une situation.

 

Dans l’événement qui porte le nom de Lénine, les Cahiers eux-mêmes, manuscrits privés publiés cinq ans après sa mort, sont cette « médiation évanouissante66 » qui s’éteint dans la trajectoire qui mènera Lénine, selon la judicieuse formulation de M. Löwy, « de la Grande Logique à la gare de Petrograd », du désastre de l’été 1914 à son renversement dans la « grande initiative » d’Octobre, au seuil de la première révolution victorieuse du siècle commençant.

 

 

  1. Cf. Alain Badiou, D’un désastre obscur. La Tour d’Aigues : Éd. de l’Aube, 1991. 

  2. Dimension fondamentale de ce conflit, à ne jamais oublier quand il est question de Lénine et d’Octobre : la réalité « impériale » des forces en présence, la mobilisation des populations colonisées dans le conflit ; le caractère de première révolution d’émancipation anticoloniale de la révolution d’Octobre en découle directement.

  3. R. Luxembourg, La crise de la social-démocratie. Paris : Spartacus, 1993.

  4. Elle fait plus particulièrement l’objet d’abondantes démonstrations d’Engels, notamment des chapitres de l’Anti-Dühring regroupés et remaniés dans la brochure Le rôle de la violence dans l’histoire (Paris : Éd. Sociales, 1971), mais aussi de quantités d’autres textes, dont on trouvera une sélection en langue française dans K. Marx & F. Engels, Écrits militaires. Paris : Cahiers de l’Herne, 1970. []

  5. R. Luxembourg, op. cit., p. 32. []

  6. Cf. des textes comme « Les tâches de la social-démocratie révolutionnaire » et « La guerre et la social-démocratie russe », Œuvres. Paris : Éd. Sociales ; Moscou : Éd. du Progrès, 1962 []

  7. Pourtant, lorsque quatre ans plus tard l’offensive révolutionnaire atteint son point culminant en Europe, Lénine constate que « le mouvement en faveur des Soviets s’étend toujours plus loin, non seulement dans les pays de l’Europe Orientale mais aussi dans ceux de l’Europe occidentale » et affirme « la conviction absolue que la révolution avance plus rapidement dans les États de l’Europe occidentale et qu’elle nous apportera de grandes victoires » (O, XVIII, 497 et 501). []

  8. Cf. cette opposition emblématique entre Lénine et Martov déjà du temps de l’Iskra selon le témoignage de Trotski : « C’était lui [Lénine] le directeur politique de l’Iskra ; mais Martov en était la principale ressource comme rédacteur. Il écrivait facilement et interminablement, de même qu’il parlait. Quant à Lénine, il passait de longues heures à la bibliothèque du British Museum, où il travaillait sur la théorie ». L. Trotski, Lénine, Paris : PUF, 1970, p. 31. []

  9. V. I. Lénine, Le cahier bleu (le marxisme quant à l’État), éd. établie par G. Labica, tr. fr. B. Lafite. Bruxelles : Éd. Complexe, 1977. []

  10. N. Harding cité dans Kevin Anderson, Lenin, Hegel and Western Marxism. Chicago : University of Illinois Press, 1995, p. 150-151. []

  11. Cf. les estimations quantitatives du tableau récapitulatif couvrant la période 1914-1917 dans K. Anderson, op. cit., p. 109. []

  12. Michaël Löwy, « De la Grande Logique de Hegel à la gare finlandaise de Petrograd ». In Dialectique et révolution, Paris : Anthropos, 1973, p. 137. []

  13. Ibid. []

  14. D’Holbach-Helvetius-Marx, tels sont les trois parties de ses Essais sur l’histoire du matérialisme.[]

  15. C’est ce que les analyses sur 1905 en tant que « répétition générale » comportent d’illusion prospective ou rétrospective selon les cas, en l’occurrence l’un et l’autre. []

  16. Cf. cette note de 1915, en marge des Leçons d’histoire de la philosophie de Hegel : « Plekhanov a bien écrit sur la philosophie (la dialectique) sans doute 1 000 pages (Beltov + contre Bogdanov + contre les kantiens + Questions fondamentales, etc., etc.). Là-dessus, sur la grande Logique, à propos d’elle, de ses idées (c.-à.-d. proprement la dialectique comme science philosophique) nil [rien] !! ». Lénine, Cahiers philosophiques. Paris : Éd. Sociales ; Moscou : Éd. du Progrès, 1973, p. 260 (noté CP, suivi de la p.). []

  17. In G. Plekhanov, Œuvres philosophiques. Moscou : Éd. du Progrès, t. 1, p. 419-448. []

  18. Ibid., p. 433 sqq. Cf. également G. Plekhanov, Les questions fondamentales du marxisme. Moscou : Éd. du Progrès, date, p. 43-45. []

  19. G. Plekhanov, Œuvres philosophiques, t. 1, p. 442. []

  20. « C’est la dialectique qui est la théorie de la connaissance (de Hegel et) du marxisme : voilà à quel « aspect » de l’affaire (ce n’est pas un « aspect », mais le fond de l’affaire) Plekhanov, pour ne rien dire d’autres marxistes, n’a pas prêté attention. » (CP, 346). []

  21. Arguments formulés principalement par Althusser et ses disciples, mais pas exclusivement. Cf. par exemple Ludovico Geymonat, « Premiers éléments d’une théorie matérialiste-dialectique de la connaissance », Recherches internationales à la lumière du marxisme, 1976, n° 86 (« Travaux philosophiques marxistes en Europe capitaliste »), p. 98-124, ou Guy Planty-Bonjour, Hegel et la pensée philosophique en Russie, 1830-1917. La Hague : M. Nijhoff, 1974. Sans oublier bien sûr, à un tout autre niveau, la vulgate du diamat. []

  22. Je reprends ici les fortes formulations de l’ouvrage de Costanzo Preve, Il convitato di pietra : saggio sul marxismo et sur nihilismo. Milano : Vangelista, 1991. []

  23. C’est le désaccord sur point qui grève la lecture, fort riche et systématique pourtant, des Cahiers par le disciple de Raya Dunayevskaya, Kevin Anderson, op. cit. Légitime en soi (comme refus d’un argument d’autorité), cette approche revient pourtant à reproduire un contre-sens sur le statut de la lecture de Lénine (qui n’est pas un discours philosophique sur Hegel) et à lui reprocher sans cesse d’être trop « matérialiste » et « sélectif » dans sa lecture de la Logique, mais aussi trop orienté vers l’« action », et pas assez « humaniste », bref d’être tout simplement Lénine et pas Raya Dunayevskaya. []

  24. Cf. respectivement Les questions fondamentales du marxisme, p. 28 (Feuerbach n’est pas matérialiste en histoire) ou Essais sur l’histoire du matérialisme, p. 165-166. []

  25. Plekhanov est par exemple assez prolixe sur l’existence de « bonds » dans le cours de l’« évolution » (cf. Les questions fondamentales du marxisme, p. 33 sq. et 52 sq.), qu’il illustre indifféremment par des exemples pris dans la réalité naturelle ou sociale, en commençant de préférence par la première (ibid., p. 34). Le « bond » s’inscrit ainsi dans « l’évolution », qu’il fait qu’accélérer, la « révolution sociale » n’étant qu’une variété de la catégorie universelle de « bond » (p. 52). La notion de « catastrophe » est bien entendu absente d’un tel raisonnement. Elle resurgira fort logiquement à l’approche du point culminant du processus révolutionnaire de 1917, tout particulièrement dans le texte intitulé « La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer » (O, **, **). []

  26. Il est à peine exagéré de dire que toute le matérialisme professé par Plekhanov, à grand renfort d’illustrations et d’exemples issus de toutes sortes de travaux scientifiques, de la géologie, de la physique et de la chimie jusqu’à l’histoire des civilisations les plus anciennes ou des « sauvages » (cet étalage d’érudition aussi pédant que profondément amateur illustre parfaitement le type de culture à prétention scientifique fort prisée des savants de la fin du XIXe siècle) est basée sur une seule idée, celle d’une détermination par le milieu naturel et socio-historique des actions des hommes et de l’ensemble des processus naturel de la nature. Pour spécifier quelque peu les mécanismes de « l’évolution sociale », Plekhanov construit un schéma de déterminations en cascade (du milieu géophysique aux étapes de développement des forces productives et de là à l’énigmatique psychisme humain) conforme à l’idée qu’il se fait du « monisme ». Confrontée à la classique question du statut des idéalités, Plekhanov n’hésite pas à annexer à son schéma la notion a priori fort peu « matérialiste », et, surtout, encore moins compatible avec le « monisme », de « psychologie de l’homme social » et de « psychisme humain », en veillant simplement à ce que l’ordre des déterminations reste inchangé : c’est la fameuse « théorie des facteurs ». Il est à peine croyable aux yeux d’un lecteur contemporain que cette étrange vision, mixture dilettante d’un siècle à la fois scientiste et spiritualiste, qui flirte avec toute sortes d’éléments spiritualistes et mystiques (le darwinisme social : « la lutte pour la vie » considérée comme principe valide pour les sociétés, l’« animisme de la matière » et la fascination pour l’éléctromagnétisme, la vision historique de Taine, considérée comme très proche de Marx, une vision naïvement folklorisante, frisant le racisme, des sociétés « sauvages » ou des « civilisations anciennes », etc.) ait pu faire autorité en matière de « philosophie marxiste » pendant des décennies au sein du mouvement ouvrier. Inutile de préciser que ce type de « matérialisme », par sa totale incapacité de saisir la véritable portée de la pratique sociale et du travail des sciences, démontre le contraire de ce qu’il prétend, savoir qu’il n’est qu’une métaphysique bricolée, où la « matière » et le « milieu » tiennent la place de « Dieu » ou de l’« esprit ». 

  27. Cf. Alexandre Koyré, « Alexandre Ivanovitch Herzen ». In Études sur l’histoire de la pensée philosophique en Russie. Paris : Vrin, 1959, notamment p. 189 sq. Cf. également Franco Venturi, Roots of Revolution. A History of the Populist and Socialist Movements in 19th Century Russia, London : Phoenix Press, tout particulièrement le chap 1. « Herzen » (p. 1-35) et le chap. 4 « Tchernychevsky » (p. 129-186) ainsi que Claudio S. Ingerflom,Le citoyen impossible : les racines russes du léninisme. Paris : Payot, 1988, passim. []

  28. L’expression apparaît au cours dans les lettres de Marx à Vera Zassoulitch. Ernst Bloch lui donnera une portée considérable : cf. Héritage de ce temps [1923]. Paris : Payot, 1978. []

  29. Cité dans C. S. Ingerflom, op. cit., p. 21. Cf. Machiavel « Avant-propos » aux Discours sur la première décade de Tite-Live : « je me suis déterminé à ouvrir une route nouvelle, où j’aurai bien de peine à marcher sans doute ». In Œuvres, Paris : Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », date, p. 377. []

  30. f. A. Koyré, « Hegel en Russie ». In Études… et G. Planty-Bonjour, Hegel et la pensée philosophique en Russie. Comme le résume, Franco Venturi, op. cit., p. 16 : “Russian socialism in the 1840s had had a thorough grounding in the philosophy of Hegel, and this gave it a very special character”. []

  31. Comparer, à titre d’exemple, Les questions fondamentales… : p. 35 (« l’algèbre de la révolution ») et p. 52 (« l’algèbre de l’évolution »). []

  32. omme le souligne Franco Venturi : “during the czarist empire, the spirit of 1848 had survived, while it had disappeared or been transformed in European countries” (Ibid. []

  33. Posture qu’il partage avec d’autres « quarante-huitards », Moses Hess notamment, mais aussi, en un sens, Engels. []

  34. « À la mémoire de Herzen » (O, XVIII, 26). []

  35. Plekhanov écrit en effet : « De même que son maître [Feuerbach], Tchernychevski concentre son attention presque exclusivement sur l’activité “théorique” de l’humanité, ce qui fait que le développement intellectuel devient à ses yeux la cause la plus profonde du mouvement historique ». Lénine souligne la première partie de cette phrase, et note en marge : « Tel est également le défaut du livre de Plekhanov sur Tchernichevski » (CP, 482). Les « germes » de la rupture avec Plekhanov précèdent donc les Cahiers, mais ils ne sont pas « pensés » en tant que tels. []

  36. Cf. deux textes marxiens publiés à titre posthume et devenus parmi les plus célèbres du corpus, les « Thèses sur Feuerbach » et les manuscrits parisiens dits « de 1844 ». Cela vaut aussi pour les Pensées de Pascal ou la Volonté de Puissance de Nietzsche, ou encore, plus près de nous, le Passagenwerk de Benjamin. []

  37. Cf. Henri Lefebvre & Norbert Guterman, Lénine : Cahiers sur la dialectique de Hegel [1935]. Paris : Gallimard, 1967. []

  38. Outre une littérature secondaire consacrée à Hegel, il s’agit essentiellement des parties consacrées aux Grecs des Leçons d’histoire de la philosophie de Hegel, de la Métaphysique d’Aristote, de l’ouvrage de Lassalle sur Héraclite, celui de Feuerbach sur Leibniz, ainsi que quelques ouvrages consacrées à l’histoire et la philosophie des sciences. []

  39. Cf. F. Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande. Paris : Ed. Sociales, 1979, p. 15-17. []

  40. Cf. plus particulièrement la première thèse : « Le défaut principal, jusqu’ici, de tous les matérialismes (y compris celui de Feuerbach) est que l’objet [der Gegenstand], la réalité effective [die Wirklichkeit], la sensibilité [die Sinnlichkeit] n’est saisi que sous la forme de l’objet [Objekt] ou de l’intuition ; mais non pas comme activité humaine sensible [als sinnlich Menschlich Tätigkeit], comme pratique [Praxis], non pas de façon subjective [nicht subjektiv]. C’est pourquoi le côté actif [die tätige Seite] fut développé de façon abstraite, en opposition au matérialisme, par l’idéalisme — qui naturellement ne connaît pas l’activité effective, sensible, comme telle [die wirkliche, sinnliche, Tätigkeit als solche] », trad. de Georges Labica, Karl Marx : Les Thèses sur Feuerbach. Paris : PUF, 1987, p. 19-20. []

  41. Slavoj Zizek, Revolution at the Gates. London : Verso, 2002, p. 179-180. []

  42. Cf. la démonstration essentielle de Fredric Jameson dansLate Marxism : Adorno on the Persistence of Dialectics, London : Verso, 1992. []

  43. C’est précisément cette transformation de Lénine par la lecture de la Science de la logique qui est niée dans l’interprétation de Dominique Lecourt dans Une crise et son enjeu : essai sur la position de Lénine en philosophie (Paris : Maspero, 1973). Lancé dans un exercice périlleux de défense/illustration des thèses d’Althusser visant à disqualifier les références de Lénine à Hegel (en érigeant Matérialisme et empiriocriticisme en modèle définitif d’intervention marxiste en philosophie), Lecourt se livre à une extraordinaire contorsion rhétorique : si Lénine reprend l’Absolu hégélien contre Kant (point dans lequel tient, selon lui, « quasi-exclusivement » le contenu des Cahiers de 1914), c’est en « conservant la fonction polémique de l’Absolu » tout en « éliminant le contenu proprement hégélien de la notion » (p. 66). Ce miracle conceptuel s’opère par l’entremise de « la dernière opération léniniste vis-à-vis de Hegel : il élimine le sujet absolu, il refuse de tenir l’Absolu pour un sujet » (ibid). Ce qui n’empêche nullement qu’en bonne orthodoxie althussérienne, Hegel est crédité de l’élaboration du concept de « procès sans sujet ». Comprenne qui pourra ! []

  44. « L’idée de liaison universelle multilatérale vivante de tout avec toute et du reflet de cette liaison — materialistisch auf den Kopf gestelleter Hegel — dans les concepts de l’homme, qui, eux-aussi, doivent être affutés, émondés, souples, mobiles, relatifs, mutuellement liés, uns dans leurs oppositions afin d’embrasser l’univers » (CP, 138). []

  45. Cf. Engels, Ludwig Feuerbach…, p. 81-85. []

  46. « Les sauts ! », « Ruptures de la gradualité », « Les sauts ! », « Les sauts » (CP, 119). Cf. Daniel Bensaïd, « titre ». In S. Budgen, S. Koukélakis & S. Zizek (éd.), Lenin Reloaded []

  47. « « Die Reflexion est le paraître de l’essence en soi-même » (Traduction ? Réfléxivité ? Détermination réflective ? Réflexion ne va pas) » (CP, 128). Il est clair toutefois que Lénine ne confond pas « reflet » et « réflexion, contrairement à ce qu’affirme Roger Garaudy (Lénine, Paris : PUF, 1968). []

  48. « L’« émondage » et le « démontage » des mots et des concepts auxquels se livre ici Hegel est une lutte contre l’abstraction du concept de loi, contre sa simplification, sa fétichisation. NB pour la physique moderne ». []

  49. Engels dans le Ludwig Feuerbach, et, dans sa suite, Plekhanov et le Lénine de Matérialisme et empiriocriticisme avait fait cette conception du reflet par approximations successives et progressives le pierre de touche de la « théorie matérialiste de la connaissance ». []

  50. « L’essentiel, c’est qu’on a découvert les lois et déterminé dans les grandes lignes le développement historique et la logique objective de ces modifications – objective […] en ce sens que l’existence sociale est indépendante de la conscience sociale […] La tâche la plus noble de l’humanité est d’embrasser cette logique objective de l’évolution économique (évolution de l’existence sociale) dans ses traits généraux et essentiels, afin d’y adapter aussi clairement et nettement que possible, avec esprit critique, sa conscience sociale et la conscience des classes avancées de tous les pays capitalistes ». Lénine,Matérialisme et empiriocriticisme. Paris : Éd. Sociales ; Moscou : Éd. du Progrès, 1973, p. 328-329 (noté, ME suivi de la p.). C’est la raison pour laquelle il est absolument impossible, comme le tente D. Lecourt (Une crise et son enjeu, p. 44-47) de tirer des variations de Matérialisme et empiriocriticisme sur le thème du caractère approximatif et graduel du « reflet » une théorie de l’« activité du reflet » ou du reflet comme « processus », catégories absolument introuvables dans cet ouvrage. Bien plus honnête, Henri Lefebvre dans Pour connaître la pensée de Lénine (Paris : Bordas, 1957, p. 156), qui tente également de « sauver » quelques éléments de Matérialisme et empiriocriticisme, et parle aussi de « reflet actif », précise que « ce n’est ici qu’une interprétation de la pensée léniniste… ». []

  51. « La pensée, en s’élevant du concret à l’abstrait, ne s’éloigne, si elle est correcte […] de la vérité mais s’approche d’elle. L’abstraction de la matière, celle de la loi naturelle, l’abstraction de la valeur, etc., en un mot toutes les abstractions scientifiques […] reflètent la nature plus profondément, plus fidèlement, plus complètement. De l’intuition vivante à la pensée abstraite, et d’elle à la pratique – tel est le chemin dialectique de la connaissance de la vérité, de la connaissance de la réalité objective. » (CP, 160-161) S. Zizek (Revolution…, p. 315) pense que dans ce passage Lénine rompt momentanément avec sa théorie idéaliste du « reflet », avant d’y replonger aussitôt, en revenant à la métaphore de l’approximation asymptotique. Il nous semble, au contraire, que la persistance même de résistances et de rechutes témoigne de la poursuite du travail de dialectisation, dont la transformation de la catégorie de « reflet » sert d’indicateur. Même réintroduite, la métaphore de la connaissance par approximation ne désigne plus l’adaptation à un donné « objectif ». Cette question sera tranchée, nous semble-t-il, peu après la rédaction de ces notes sur la Logique, dans le manuscrit « Sur la question de la dialectique » (CP, 343-347), où Lénine identifiera la trajectoire décrite par la connaissance humaine non pas à une droite asymptotique d’un « monde matériel », mais à une « spirale », une courbe s’enroulant « indéfiniment » dans une « série de cercles » (CP, 347). []

  52. « La formation de concepts (abstraits) et les opérations faites avec eux, impliquent déjà la représentation, la conviction, la conscience de lois de liaison objective de l’univers […] Hegel est donc bien plus profond que Kant et les autres, quand il suit le reflet dans le mouvement des concepts du mouvement du monde objectif. De même que la forme simple de la valeur, l’acte isolé de l’échange d’une marchandise donnée contre une autre contient déjà en soi sous une forme non-déployée toutes les contradictions principales du capitalisme, de même la plus simple généralisation, le plus simple formation de concepts […] signifie la prise de connaissance par l’home de la liaison objective de plus en plus profonde de l’univers. C’est ici qu’il faut chercher le sens véritable, la signification et le rôle de la Logique de Hegel. » (CP, 168-169 []

  53. Althusser a ainsi tout à fait raison de souligner la reprise de la critique de Kant par Hegel comme un point décisif dans la lecture léninienne de la Science de la logique. Mais il accomplit l’exploit d’« oublier » à la fois la nouveauté de cette position et les raisons invoquées par Lénine pour la soutenir. Il rabat ainsi cette approbation de Hegel à l’affirmation d’une « thèse matérialiste qui est conjointement une thèse d’existence (matérielle) et d’objectivité (scientifique), et qui se révèle être « la position même de Matérialisme et empiriocriticisme ». Ainsi Lénine critique Kant « du point de vue de la science » alors que Hegel le fait « du point de vue de l’Idée absolue, c’est-à-dire provisoirement, du bon Dieu » (Lénine et la philosophie suivi de Marx et Lénine devant Hegel. Paris : Maspero, 1982, p. 84-85). []

  54. Matérialisme et Empiriocriticisme ne cesse de se référer à l’autorité de Feuerbach, dont les « vues », créditées d’un « matérialisme conséquent » (ME, 149), sont citées, à longueur de page, et de première main, pour contrer les positions des adversaires « kantiens », « agnostiques » etc. Lénine parle même de « toute l’école de Feuerbach, de Marx et d’Engels » (ME, 202), cite systématiquement la triade dans cet ordre, et établit la plus stricte continuité entre leur matérialisme. La thèse fondamentale martelée dans l’ouvrage est qu’il s’agit précisément du « « même matérialisme » (ME, 340 ; c’est Lénine qui souligne), que Marx et Engels n’ont fait qu’« appliquer aux sciences sociales » (ibid), ou « à l’histoire » (ME, 242) les questions de « gnoséologie » étant déjà réglées par les matérialistes qui les ont précédé (Français du XVIIIe siècle, mais surtout Feuerbach). Marx et Engels ont ainsi « parachevé » la « philosophie matérialiste » (ME, 333), « achevé jusqu’au faîte l’édifice de la philosophie matérialiste » (ME, 242) bâti par leurs prédécesseurs matérialistes, toujours « partis » de Feuerbach (ME, 333). Rien de bien original dans tout cela : il s’agit d’une reprise littérale de thèmes développés ad abundantam par Plekhanov (notamment dans Les questions fondamentales du marxisme), selon lequel « Feuerbach a élaboré la base philosophique de ce qu’on est en droit d’appeler la conception du monde d’après Marx et Engels » (p. 11). Dans le même ordre d’idée, la « gnoséologie » de Marx est « la gnoséologie même de Feuerbach, mais approfondie grâce au correctif génial que Marx y a apporté », ses « thèses » sur Feuerbach « loin rejeter les énoncés fondamentaux de la philosophie de Feuerbach se bornent à amender et, surtout, à en exiger une application plus conséquente » (p. 27). Quant à Hegel, et au rapport (vite expédié) de Marx avec celui-ci, i. e. la critique de sa philosophie du droit, l’auteur du Capital n’a pu l’entreprendre « que dans la mesure où la critique de la philosophie spéculative de Hegel avait déjà été menée à bien par Feuerbach (p. 18). Et la « remise sur ses pieds » de la dialectique ne « pouvait [qu’]être seulement le fait d’un homme croyant en la justesse de l’énoncé fondamental de la philosophie de Feuerbach : ce n’est pas la pensée qui conditionne l’être, mais l’être qui conditionne la pensée » (p. 18). Mais n’est-ce pas déjà faire trop d’honneur à un « idéalisme philosophique » dont « l’ethnologie contemporaine » nous apprend qu’il « provient historiquement des peuples primitifs » (p. 23) ? On le voit, Léon Brunschvig n’était pas seul à penser que les syllogismes de la logique hégélienne correspondait à l’âge mental d’un écolier du primaire… Par ailleurs, Plekhanov insiste fortement sur la continuité qui relie le matérialisme de Marx, Engels et Feuerbach à celui des Lumières françaises, de La Mettrie, Diderot, D’Holbach, ou Helvétius, et même au-delà, de Hobbes ou d’un Spinoza « débarrassé de ses oripeaux théologiques ». Cf. ME, 16-17 et 20-21, ainsi que G. Plekhanov, Essais sur l’histoire du matérialisme (Paris : Éd. Sociales, 1957), significativement composés de trois parties, respectivement consacrées à D’Holbach, Helvétius et Marx. []

  55. CP, 170. Lénine souligne qu’« on ne peut pas comprendre totalement le Capital », « sans avoir beaucoup étudié et sans avoir compris toute la Logique de Hegel » (ibid.). Ce simple point suffit à infirmer la thèse d’Althusser selon laquelle, pour Lénine, le recours à Hegel se limiterait à la section I, au cours de laquelle Marx « pastiche » Hegel (Lénine utilise ce terme dans les Cahiers en référence au fameux »kokettieren« de la préface de 1873 de Marx pour Le Capital), section qu’il s’agit de lire « en matérialiste ». Donc là encore rien de nouveau par rapport aux positions de 1909. « Au fond, poursuit Althusser, Lénine n’avait pas besoin de lire Hegel pour le comprendre puisqu’il l’avait déjà compris, ayant lu de près et compris Marx » (Lénine et la philosophie, p. 79). Si l’on suit ce raisonnement, les mois passés à lire et annoter Hegel en plein conflit mondial ne peuvent que relever d’un passe-temps aussi gratuit que pervers. De plus, d’une manière fort peu althussérienne, Lénine semble paré de la vertu quasi-mystique de « lire et de comprendre Marx » d’un seul coup, sans que la moindre discontinuité (on n’ose dire « coupure ») puisse jamais porter atteinte à cette révélation définitive. []

  56. C’est notamment l’une des thèses principales de Kevin Anderson, op. cit., qui fait de ce retour à Hegel, ou à la dialectique, le signe distinctif de ce qu’il s’obstine à nommer, à la suite de son homonyme Perry Anderson, « marxisme occidental », par quoi il entend tous les marxismes hétérodoxes européens. Or, s’il y bien une conclusion à tirer de ce surgissement dialectique dans le marxisme dont témoignent les Cahiers de Lénine, c’est que ces distinctions entre « marxisme occidental », supposé philosophique et plutôt hégélianisant, et « marxisme non-occidental » (« oriental » peut-être ?) sont elles-mêmes peu opérantes. Le fond de l’affaire est, bien sûr, que pour Lénine, Gramsci ou Lukács, en replaçant la dialectique au cœur du marxisme, il ne s’agissait nullement de faire preuve d’« hétérodoxie », ou d’« hégélianisme », mais bien de combattre les positions révisionnistes et de réhabiliter le marxisme en tant que théorie révolutionnaire. []

  57. CP, 171-172. Lénine réalise, ou commence ainsi à réaliser quelque chose qui est effectivement « n’est pas reflet dans un miroir » (H. Lefebvre, Pour connaître…, p. 174). D. Lecourt, dans des formulations qui firent naguère quelque bruit, a parlé de « reflet sans miroir » en tant que « procès historique d’acquisition des connaissances » (Une crise et son enjeu, p. 47). Il est toutefois, nous l’avons vu, pour le moins étrange de voir Lecourt s’obstiner à faire remonter cette définition en termes de processus à Matérialisme et empiriocriticisme, sans donner une quelconque indication à l’appui de cette affirmation. Et pour cause, car il aurait bien du mal à trouver la moindre référence à la catégorie de procès dans l’ouvrage en question ! []

  58. CP, 180. On trouvera dans le dernier Lukács, celui de l’Ontologie de l’être social, l’écho amplifié de ces brèves annotations — d’ores et déjà esquissées dans Le jeune Hegel : sur les rapports de la dialectique et de l’économie [1948], ch. 3, sect. 6 : « Le travail et le problème de la téléologie » (Paris : Gallimard, 1981, t. 2, p. 77-111). []

  59. CP, 181. Cf. la deuxième thèse de Marx sur Feuerbach : « La question de savoir s’il faut accorder à la pensée humaine une vérité objective [gegenständliche Wahrheit] n’est pas une question de théorie mais une question pratique [praktisch]. C’est dans la pratique [in der Praxis] que l’homme doit prouver la vérité, i. e. la réalité effective [Wirklichkeit] et la puissance [Macht] de sa pensée », trad. G. Labica, op. cit., p. 20. []

  60. Trad. G. Labica, op. cit. []

  61. Je m’inspire ici des formulations de T. J. Clark,The Painting of Modern Life. Paris in the Art of Manet and His Followers. London : Thames & Hudson, 1990, p. XXI : “Painting is […] a means of investigation ; it is a way of discovering what the values and excitements of the world amount to, by finding in practice what it takes to make a painting of them […] Does the “realization” extend and intensify […] the meanings and appearances, or disperse and qualify them ? Does it even sow them becoming (in practice, in miniature, as they are flattened and detailed and juxtaposed) something else ? Is there anything out there (or in here) that can pass the test of representation ? If I draw it, will it survive ?”. []

  62. Tout particulièrement la quadruplicité du processus dialectique, i.e. le fait que la négation doit être comptée « deux fois », rapportée à elle-même en tant que négation « absolue », différence pure qui s’évanouit dans le résultat : « La distinction [entre “négation simple” et “négation absolue”] est obscure pour moi, l’absolue n’équivaut-elle pas une plus concrète ? » (CP, 217). []

  63. F. Engels, Ludwig Feuerbach…, op. cit., p. 17. []

  64. Slavoj Zizek, Le plus sublime des hystériques. Hegel passe, Paris : Point hors-ligne, 1988, p. 17. []

  65. Sur la question de la guerre et de la révolution, on consultera l’étude de Georges Haupt, « Guerre et révolution chez Lénine ». In L’historien et le mouvement social. Paris : Maspéro, 1980, p. 237-266 ainsi que celle d’Étienne Balibar, « Le moment philosophique déterminé par la guerre dans la politique : Lénine, 1914-1916 ». In Les philosophes et la guerre de 14, textes réunis et présentés par Philippe Soulez. Saint-Denis : Presses universitaires de Vincennes, 1988, p. 105-120. Sur la question de la transformation de la révolution démocratique en révolution bourgeoise, on se reportera aux études déjà citées de Michael Löwy et de Daniel Bensaïd et à Slavoj Zizek, Revolution at the Gates, « Afterword ». Pour une vue d’ensemble cf. la deuxième partie de l’ouvrage de K. Anderson, « Lenin on the Dialectics of Revolution 1914-1923 », op. cit., p. 123-170. 



Cf. Fredric Jameson, “Max Weber as Storyteller”. 

Stathis Kouvélakis

 

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20 octobre 2016 Stathis Kouvélakis   

Posté par Michel Peyret

07 août 2017

Marx, c'est l'existence sociale qui détermine la conscience

"Aussi, nous disent les auteurs, c’est bien la manière de concevoir le rapport entre concret et pensée qui différencie fondamentalement la méthode marxienne de la « méthode » hégélienne. De sorte que la critique de Marx à l’égard de Hegel est sur ce point explicite et passe par la distinction à laquelle il procède entre « concret réel » et « concret pensé ». Ce dernier est pour Marx le concret tel que le conçoit Hegel. Il est le concret d’emblée rationnel de la Logique hégélienne, « produit du concept qui s’engendre lui-même » ainsi qu’il le stigmatise (Marx, 2003a, p. 471). Cependant, pour Marx, ce concret n’est pas le concret réel, mais il est au contraire un produit de la pensée pure. En d’autres termes, il n’est nullement premier, il n’est pas le réel, mais il est un produit de la pensée qui s’applique au réel. Au contraire, selon Marx, c’est le réel qui est premier et ce sont les concepts qui sont déterminés par lui. C’est la vie matérielle qui assure la genèse de la pensée et la production des concepts. Ce n’est donc pas la pensée qui assure la genèse du réel : cette conception participe d’un idéalisme que Marx rejette d’emblée. Aussi écrit-il, dans l’avant propos à la Critique de l’économie politique : "Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. (Marx, 2003d, p. 488)..."

Reprenons la lecture de la présentation d'une critique de Hegel par Marx...

Michel Peyret


La critique philosophique en action : Marx critique de Hegel dans l’Introduction générale à la critique de l’économie politique(1857)

 

Marc LENORMAND et Anthony MANICKI

p. 51-71

RÉSUMÉ

Dans l’Introduction générale à la critique de l’économie politique, Marx formule sa critique de l’incapacité de l’économie politique classique à rendre compte des phénomènes économiques dans des termes empruntés à la Logique de Hegel. Cependant, ce mouvement positif de réappropriation de la conceptualité hégélienne s’accompagne d’une critique radicale de la méthode de Hegel, défaillante selon Marx en ce qu’elle méconnaît les situations historiques dans leur singularité propre. Contre les apories de l’idéalisme, Marx met en évidence la nécessaire articulation de la théorie et de la pratique, et donc le caractère fondamentalement critique de l’activité philosophique..."

TEXTE INTÉGRAL

1Nous étudions ici les modalités rhétoriques et conceptuelles à partir desquelles un auteur en critique un autre afin de forger sa propre conceptualité. Que les philosophes dialoguent à travers le temps est ce qui constitue la possibilité de l’histoire de la philosophie. En effet, si les concepts philosophiques ont une histoire,c’est dans la mesure où ils ne trouvent pas leur point d’aboutissement dans l’œuvre achevée d’un auteur, mais où ils font l’objet d’emprunts et de réappropriations constantes de la part d’auteurs qui, indirectement, se questionnent et se répondent. Quand un auteur en critique un autre, cela ne signifie pas qu’il en rejette la conceptualité, mais qu’il s’approprie, en le modifiant, le sens de cette dernière. Il soumet ces concepts à un examen qui en permet la reformulation. C’est à partir de cette idée générale que l’on peut interroger le rapport qui unit Marx à Hegel et, à travers ce premier rapport, le rapport qui unit Marx à l’économie politique classique.

2- Marx projette, dès 1845, une grande œuvre économique dont l’objectif fondamental est de rompre avec l’économie politique classique1, incapable, selon lui, de rendre compte de la réalité des phénomènes économiques dans la mesure où elle ne s’attache qu’à leur apparence sans en déterminer les liens d’articulation internes2. L’Introduction générale à la critique de l’économie politique, publiée en 1857, trace les grandes lignes de cette œuvre à venir3. La contribution fondamentale de Marx à l’étude de l’économie politique est de mettre en évidence une méthode d’investigation, doublée d’une méthode d’exposition (Marx, 1993, p. 17), qui rende compte de la connexion interne des phénomènes. C’est dans cette mesure que Marx est d’emblée attentif au concept de critique parce que, si celui-ci exprime, d’une part, l’examen polémique d’un objet, il exprime, d’autre part, la reconstruction positive de ce dont il est la critique. De sorte que cette critique est tout d’abord conceptuelle, car elle détermine les concepts fondamentaux susceptibles de rendre compte de l’articulation de ces phénomènes. C’est dans ce double souci de méthode et de conceptualisation que Marx rencontre la philosophie hégélienne. En effet, Hegel est omniprésent dans l’Introduction en ce qu’il fournit à Marx non seulement des concepts, mais aussi une méthode ou plutôt une « contre-méthode », car c’est en la critiquant que Marx détermine sa propre méthode. De sorte que ce qui apparaît problématique dans son rapport à Hegel au sein de ce texte, c’est la façon dont il se sert des catégories logiques mises en place par ce dernier. En d’autres termes, si les concepts hégéliens sont bien présents, ils ne sont pas entendus au sens proprement hégélien. C’est donc cette entreprise de transformation même du sens des concepts qu’il nous faut envisager ici.

3- Si l’on sait que Marx voulait découvrir le « noyau rationnel » de la dialectique de Hegel (Marx, 1993, p. 18), il semble pourtant qu’affirmer un devenir matérialiste de celle-ci dans la pensée marxienne soit inexact dans la mesure même où Marx ne procède à aucune reformulation explicite de la méthode dialectique : son but n’est pas de produire une nouvelle Logique4. Au contraire dénonce-t-il comme idéaliste toute logique a priori (Marx, 2003c, p. 308). Ainsi, l’enjeu de l’appropriation de Hegel par Marx n’est pas tant à comprendre comme un devenir matérialiste de la dialectique que comme un devenir critique de celle-ci ; aussi sa transformation radicale implique-t-elle que la méthode marxienne ne soit pas tant conçue comme dialectique matérialiste que comme critique entendue comme forme véritablement effective de la philosophie.

4- Ainsi, en quoi l’appropriation, et plus précisément la reformulation, de la conceptualisation hégélienne dans l’Introduction aboutit-elle à la formulation positive d’une méthode critique conçue comme forme de la philosophie permettant d’éviter les apories de l’idéalisme, de sorte que l’appropriation critique marxienne de Hegel soit à penser en termes de changement de repère conceptuel, passant d’une dimension exclusivement spéculative à une dimension matérialiste et historique ?

5- Si, donc, l’appropriation par Marx de la Logique hégélienne implique une utilisation originale des concepts de celle-ci, c’est dans la mesure même où l’objectif assigné à la philosophie par Marx n’est plus le même que celui que lui assignait Hegel. De sorte que la critique de Hegel par Marx est conditionnée, d’une part, par la forme fondamentalement critique que celui-ci donne à la philosophie, assurant par là l’articulation, absente chez Hegel, entre théorie et pratique, et, d’autre part, par le changement de repère conceptuel qui la caractérise dès lors. Ainsi, dans l’Introduction, la critique est à la fois reprise et reformulation des concepts hégéliens et assignation explicite d’une fonction révolutionnaire à la philosophie.

6- Le concept de critique dit une exigence double. S’il caractérise, d’une part, l’examen polémique de l’objet auquel il s’applique, cet aspect de la critique n’en est cependant que le versant négatif. Car, d’autre part, la critique est ce mouvement positif de détermination du champ d’effectivité couvert par son objet. Dans tous les cas, il semble que toujours une critique se fasse en vertu d’une norme prédéfinie qui en constitue le critère d’évaluation. Aussi, ce que Marx nomme « critique de l’économie politique » semble recouvrir ces deux acceptions : mise en évidence des limites spéculatives des concepts classiques de l’économie politique, d’un côté ; critique polémique des méthodes d’investigation et d’exposition prévalentes dans ce domaine, de l’autre. De même, la critique à laquelle il soumet la philosophie hégélienne participe de ce double mouvement de contestation et de reformulation. Car si Marx se donne pour but, dans ce texte, de préciser la catégorie fondamentale de l’économie politique, à savoir celle de production (Marx, 2003a, p. 453), son objectif principal consiste cependant à mettre en évidence une méthode qui permette de saisir les phénomènes économiques non pas pour eux-mêmes, mais dans leur articulation au sein d’un mode de production spécifique. C’est ce souci de méthode qui conduit Marx à Hegel dans la mesure où il trouve dans la dialectique de celui-ci (Stanguennec, 2005, p. 91) un moyen d’appréhender dans leur dynamisme les catégories économiques.

 

7- L’emprunt de concepts proprement hégéliens est donc patent dans l’Introduction. Marx emprunte en effet à la Logique de Hegel des concepts qui structurent sa propre pensée, à tel point qu’il s’exprime parfois dans la langue même de celui-ci :

La personne s’objective dans la production, le produit se subjectivise dans la personne ; dans la distribution, c’est la société qui assume la médiation entre la production et la consommation au moyen de déterminations générales imposées comme des règles ; dans l’échange, la médiation s’opère à travers l’individu dans sa détermination fortuite. (Marx, 2003a, p. 454 et 1993, p. 17)

8- Ainsi Marx explique-t-il l’articulation entre production, échange, distribution et consommation par les termes directement issus de la Logique de Hegel que sont « objectiv[ation] », « subjectiv[ation] », « médiation », « détermination ». Cette Logiquelui permet de mettre en évidence l’articulation qui existe entre ces différents termes. Il s’agit en effet d’articulation, et non de juxtaposition, dans la mesure où un mode de production particulier détermine la configuration de l’échange, de la distribution et de la consommation qui en découlent, constituant ainsi ce que l’on peut appeler une « topique sociale » dont l’élément structurant est la production :

Le résultat auquel nous parvenons n’est pas que la production, la distribution, l’échange, la consommation sont identiques, mais qu’ils sont les éléments d’un tout, des diversités au sein d’une unité. […] Par conséquent, telle production détermine telle consommation, telle distribution, tel échange déterminés : c’est elle qui détermine les rapports réciproques de tous ces différents facteurs. […] Il y a action réciproque entre les différents facteurs : c’est le cas de tout ensemble organique. (Marx, 2003a, p. 458-459)

9- Le complexe formé par ces quatre facteurs (production, distribution, échange, consommation) forme donc un « tout organique », de sorte qu’aucun des moments n’y est proprement autonome. C’est la définition même de l’unité organique que donne Hegel :

L’organique est un objet […] qui a chez soi le procès dans la simplicité du concept. […] Chez l’être organique, toutes les déterminités par lesquelles il est ouvert pour d’autres choses sont liées sous l’unité organique simple ; aucune ne surgit comme déterminité essentielle, qui aurait une relation libre à autre chose ; et l’organique se conserve donc dans sa relation même. (Hegel, 1991, p. 492)

10- La conception hégélienne du tout organique comme articulation interne des moments constitutifs de ce tout permet à Marx de mettre en évidence la nécessaire prise en compte de cette articulation au sein du complexe précédemment évoqué. Ce sont en effet des concepts issus de la Logique de Hegel que Marx utilise pour définir ce tout organique. Ainsi les termes « moments », « diversité au sein d’une unité », etc., qui caractérisent le déploiement processuel d’une totalité organique chez Hegel, servent-ils d’armature conceptuelle à la conception marxienne de l’articulation des quatre moments fondamentaux qui structurent la sphère économique.

11- Cette conception hégélienne de l’articulation interne des différents termes qui constituent une unité organique permet à Marx de ne pas sombrer dans le travers fondamental de l’économie politique classique qui autonomise ces différentes sphères de l’économie que sont la production, l’échange, la distribution et la consommation, s’empêchant ainsi d’en saisir le mouvement. De sorte que, fixes, ces déterminations obéissent à des lois naturelles immuables (Renault, 2000, p. 18-22). Marx condamne d’emblée cette conception dans la mesure où, participant ainsi de ce qu’il conçoit comme idéologie (Balibar, 2001, p. 42-43), elle légitime un mode de production particulier en le fondant dans sa pseudo-nécessité :

Il importe bien plutôt [aux économistes classiques] de présenter la production, à la différence de la distribution, comme soumise aux lois éternelles de la nature, indépendantes de l’histoire : bonne occasion pour insinuer que dans la société, prise in abstracto, les institutions bourgeoises sont des lois stables et immuables. (Marx, 2003a, p. 451)

12- Contre cela, Marx met au point dans le Capital le concept de « loi tendancielle » (Marx, 1993, p. 342) qui dit le caractère changeant de la configuration des sphères économiques en fonction du mode de production particulier qui les caractérise. Ainsi il ne s’agit pas uniquement de concepts que Marx reprend à Hegel, mais aussi de déterminations logiques, comme celle ici étudiée de déploiement processuel d’un tout organique en ses différents moments.

13- Cependant, Marx ne souscrit pas d’emblée à la Logique hégélienne. Dans ce même mouvement d’appropriation des concepts, il procède en effet à une reformulation – c’est-à-dire à une réappropriation critique – de cette Logique. Chez Hegel, c’est le concept lui-même qui apparaît comme un tout organique qui se développe dialectiquement à partir de lui-même :

C’est dans cette nature propre à ce qui est, et qui est d’être dans son être son propre concept, que réside tout simplement la nécessité logique ; elle seule est le raisonnable et le rythme du tout organique ; elle est tout autant savoir du contenu, que le contenu est concept et essence – ou encore : elle seule est le spéculatif. La figure concrète, en se mouvant elle-même, fait d’elle une déterminité simple, et par là s’élève à la forme logique et est dans son essentialité ; son existence concrète n’est que ce mouvement et est immédiatement existence logique. (Hegel, 1991, p. 65)

14- Ainsi le concept se développe-t-il dialectiquement et logiquement en ce qu’il est un tout organique qui déploie ses différents moments constitutifs, lesquels n’ont d’effectivité que relativement au tout. C’est sur ce point que Marx se détache de la Logique hégélienne. En effet, s’il n’y a d’effectif que le rationnel chez Hegel (Hegel, 2003, p. 104 et 1994, p. 168-170), Marx conteste cette autosuffisance du concept. Selon lui, celui-ci n’est pas en soi apte à rendre compte du réel. En d’autres termes, si le modèle du tout organique permet de rendre compte de l’articulation des différents moments qui constituent la sphère économique, ce modèle est néanmoins complété en retour par la détermination d’un mode de production particulier. Le modèle du tout organique est donc pour Marx une grille de lecture d’une topique sociale donnée. Il réclame des déterminations spécifiques, en l’occurrence historiques. Aussi n’a-t-il pas le même statut que chez Hegel dans la mesure où celui-ci ne conçoit nullement le tout organique comme une grille de lecture formelle, mais plutôt comme l’archétype du concept se déployant (Hegel, 2003, p. 105). De sorte que chez Hegel, ce n’est pas le modèle du tout organique qui est premier mais c’est le schème dialectique, à l’œuvre dès lors qu’il y a du rationnel, qui structure le réel. Autrement dit, le modèle du tout organique n’est pour Hegel qu’une métaphore redevable en son effectivité d’un schème dialectique plus fondamental. Ce pourquoi par ailleurs il peut comparer l’État à un organisme sans sombrer dans un schéma organiciste, dans la mesure où la comparaison ne se fait que tant qu’État et organisme vivant sont tous deux structurés ontologiquement par ce schème dialectique.

15- Au contraire, Marx ne conçoit le modèle organique que comme grille de lecture entendue comme détermination formelle. De sorte qu’il existe autant de touts organiques particuliers qu’il existe de modes de production. Ainsi étudie-t-il dans le Capital le tout organique qui correspond au mode de production capitaliste.

16- En d’autres termes, le modèle du tout organique n’est pertinent chez Marx que lorsque les catégories formelles abstraites du réel sont dûment complétées par des déterminations spécifiques propres à un mode de production particulier, historiquement déterminé. Si la reprise de concepts hégéliens par Marx est patente dans ce texte, elle est donc moins une application de la Logique de Hegel à la sphère économique qu’une appropriation critique. Le point de divergence fondamental se situe dans la manière de rendre compte d’une réalité conçue comme tout organique. Si celui-ci se suffit à lui-même chez Hegel au sein d’une onto-logique – parce que les déterminations ontologiques fondamentales sont conçues comme des déterminations logiques –, Marx marque quant à lui la nécessité de prendre en compte son conditionnement historique.

17- Cependant, si cette exigence marxienne peut ressembler de prime abord à un formalisme, il semble que le problème ne se situe pas à ce niveau. Ce qui en effet importe avant tout à Marx, c’est de rendre compte de la nécessité d’historiciser les outils d’analyse, en l’occurrence les concepts hégéliens qu’il réélabore. Aussi, en quoi la pertinence de la critique de ces concepts par Marx semble-t-elle conditionnée par la reformulation marxienne de la méthode d’investigation du réel qui n’a plus à être logique comme chez Hegel mais historique, permettant en cela d’assigner une nouvelle tâche à la philosophie qui, du statut de « temps appréhendé en pensées » (Hegel, 2003, p. 106), passe à celui de critique de son temps ?

18- Si la critique de Hegel par Marx semble se nouer autour de la conception de la méthode d’investigation du réel, c’est dans la mesure même où c’est, selon Marx, cette défaillance de méthode qui rend l’économie politique classique incapable de rendre compte des phénomènes économiques dans leur connexion interne. Aussi est-il conduit à Hegel dans ce souci de méthode parce qu’il trouve dans la dialectique de celui-ci un outil épistémologique hautement heuristique. Cependant, Marx est tout aussi rapidement conduit à se dégager de celui-ci car il refuse l’assimilation à laquelle Hegel procède, entre logique et ontologie. En effet, si la dialectique rend compte du réel, ce n’est pas parce qu’elle est une méthode qui informe ce réel – la Logique de Hegel n’est pas un transcendantalisme – mais c’est parce que le réel lui-même se déploie dialectiquement. Au sens hégélien, le concept est double. Il est, d’une part, l’outil théorique qui ressaisit spéculativement la diversité sensible et, d’autre part, ce qui est à l’œuvre au sein même du réel, ce qui, dès lors qu’il se déploie, produit des effets. C’est en ce sens qu’il faut entendre ce quasi-aphorisme de la préface aux Principes de la philosophie du droit : « Ce qui est rationnel est effectif ; et ce qui est effectif est rationnel. »5 Le déploiement ontologique du réel est donc tout autant un déploiement logique. C’est ce pourquoi on ne peut parler de méthode chez Hegel. Le réel n’est pas à rationaliser par l’application d’une méthode, il est d’emblée rationnel. De sorte que la philosophie n’est pas une « méthode » d’investigation du réel. Elle est ce qui rend compte du devenir rationnel du réel :

 

La philosophie […] n’examine pas de déterminations inessentielles ; elle examine la détermination dans la mesure où elle est détermination essentielle. Son élément et contenu, ce n’est pas l’abstrait ou l’ineffectif, mais l’effectif, ce qui se pose soi-même et vit en soi-même, l’existence dans son concept. C’est le procès qui se produit ses propres moments et les parcourt de bout en bout, et ce mouvement tout entier constitue le positif et la vérité de ce positif. […] Il pourrait sembler nécessaire de donner préalablement le plus grand nombre d’indications sur la méthode de ce mouvement ou de la science. Mais le concept de cette méthode se trouve déjà dans ce qui a été dit, et son exposition proprement dite relève de la Logique, ou plus exactement, est la Logique elle-même. La méthode en effet n’est rien d’autre que la construction de l’ensemble érigé dans son essentialité pure. (Hegel, 1991, p. 57)

19- Ainsi la dialectique hégélienne est à concevoir dans une dimension onto-logique. Elle n’est donc pas proprement une méthode d’investigation. Dans la mesure où la logique est une ontologie, il ne peut y avoir de méthode chez Hegel. Et s’il ne peut y avoir de méthode, la philosophie ne peut être critique, puisqu’elle se borne à rendre compte de la rationalité du réel sans se donner les moyens de modifier celui-ci.

20- C’est cette réduction de la logique à l’ontologie que Marx conteste dans l’Introduction. S’il reprend la définition hégélienne du concret comme « synthèse de nombreuses déterminations, donc unité de la diversité » (Marx, 2003a, p. 470), il se dégage cependant de Hegel par sa conception du rapport entre concret et pensée. Si l’ontologie est une logique, cela signifie pour Hegel que c’est la pensée qui assure elle-même la genèse de son objet :

Le concevoir d’un objet ne consiste en fait en rien d’autre que dans le fait que le Je se le rend propre, le pénètre et l’amène à sa forme propre, c’est-à-dire à l’universalité qui est immédiatement déterminité, ou à la déterminité qui est immédiatement universalité. […] Par le concevoir, l’être en-et-pour-soi que l’objet a dans l’intuitionner et dans le représenter se trouve transformé en un être-posé ; le Je le pénètre en pensant. Or, tel qu’il est dans le penser, c’est ainsi seulement qu’il est en-et-pour-soi […]. (Hegel, 1981, p. 46)

21- L’objet étant rationnel pour lui-même, la pensée n’a pour tâche que de porter à la conscience le travail propre de la raison en la chose, en assurant ainsi la genèse conceptuelle, c’est-à-dire la genèse effective. C’est ce rapport d’immanence entre pensée et concret que Marx conteste, dans la mesure où ce rapport implique que la philosophie ne soit qu’un compte-rendu de la rationalité du réel. En vertu de ce statut, elle ne se ménage donc aucun moyen de modifier son objet6. Marx construit quant à lui sa méthode d’investigation du réel en prenant acte de la non-rationalité de ce réel. Les critères spécifiques à une situation historique particulière empêchent en effet de rabattre l’ontologique sur le logique. Entre la méthode de l’économie politique classique, qui s’attache d’abord au concret pour en produire ensuite des déterminations abstraites, et la Logique hégélienne, incapable selon Marx de rendre compte des spécificités historiques, Marx choisit une troisième voie et conçoit sa méthode selon un double mouvement d’analyse et de reconstruction. Analyse du concret et détermination des catégories essentielles qui en rendent compte, d’une part. Reconstruction du concret à partir de ces catégories, d’autre part. Ainsi écrit-il :

Hegel est tombé dans l’illusion de concevoir le réel comme le résultat de la pensée qui se résorbe en soi, s’approfondit en soi, se meut par soi-même, tandis que la méthode de s’élever de l’abstrait au concret n’est pour la pensée que la manière de s’approprier le concret, de le reproduire en tant que concret pensé. Mais ce n’est nullement là le processus de la genèse du concret lui-même. (Marx, 2003a, p. 471)

22- Aussi, c’est bien la manière de concevoir le rapport entre concret et pensée qui différencie fondamentalement la méthode marxienne de la « méthode » hégélienne. De sorte que la critique de Marx à l’égard de Hegel est sur ce point explicite et passe par la distinction à laquelle il procède entre « concret réel » et « concret pensé ». Ce dernier est pour Marx le concret tel que le conçoit Hegel. Il est le concret d’emblée rationnel de la Logique hégélienne, « produit du concept qui s’engendre lui-même » ainsi qu’il le stigmatise (Marx, 2003a, p. 471). Cependant, pour Marx, ce concret n’est pas le concret réel, mais il est au contraire un produit de la pensée pure. En d’autres termes, il n’est nullement premier, il n’est pas le réel, mais il est un produit de la pensée qui s’applique au réel. Au contraire, selon Marx, c’est le réel qui est premier et ce sont les concepts qui sont déterminés par lui. C’est la vie matérielle qui assure la genèse de la pensée et la production des concepts. Ce n’est donc pas la pensée qui assure la genèse du réel : cette conception participe d’un idéalisme que Marx rejette d’emblée. Aussi écrit-il, dans l’avant propos à la Critique de l’économie politique :

Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. (Marx, 2003d, p. 488)

23- C’est donc la vie sociale et matérielle qui fonde et qui configure la conscience de l’homme, de sorte que les concepts produits sont déterminés par cette base matérielle. Ainsi ces concepts ne s’expliquent-ils pas par eux-mêmes, ils ne sont rien en soi et la méthode d’investigation du réel doit prendre acte de ce postulat pour ne pas sombrer dans l’idéalisme.

24- La méthode déterminée par Marx se différencie de la Logique hégélienne en ce qu’elle n’accorde qu’une place seconde au concept. De sorte que, contrairement à cette Logiquequi, puisque le concret est d’emblée rationnel, ne fait qu’assumer en un unique mouvement le déploiement dialectique du concept, la méthode marxienne se conçoit en deux moments. Il s’agit, d’une part, d’abstraire du concret des catégories essentielles valables inconditionnellement et, d’autre part, de reconstruire le concret à partir de ces catégories. Celles-ci peuvent alors fonctionner comme des critères d’analyse et de jugement par rapport aux irrationalités potentielles des objets historiques. Par là sont prises en compte non seulement les constances déterminées conceptuellement (par exemple, l’articulation interne à la sphère économique entre production, distribution, échange et consommation), mais aussi les spécificités historiques (par exemple, la configuration particulière que prend ce tout organique au sein du mode de production capitaliste) :

Les catégories les plus abstraites elles-mêmes, malgré leur validité – justement en raison de leur abstraction – pour toutes les époques, n’en sont pas moins, dans cette détermination abstraite même, tout autant le produit de conditions historiques et n’ont de pleine validité que pour elles et dans leur limite. (Marx, 2003a, p. 476)

25- Par conséquent, si pour Marx le concret doit être premier, c’est dans la mesure où cette primauté seule permet de prendre en compte les déterminations du réel spécifiques à une situation historique particulière. C’est ce que la philosophie hégélienne ne permet pas de penser, car elle méconnaît ces spécificités qui caractérisent en propre une situation donnée. Elle les méconnaît parce que, seulement attentive aux déterminations du concept, elle ne les peut intégrer au processus (exclusivement) rationnel dont elle rend compte. On voit par là que la critique de Hegel par Marx concernant la méthode s’inscrit dans une critique plus fondamentale de la philosophie hégélienne de l’histoire, à la diachronie de laquelle Marx oppose une philosophie de l’histoire insistant également sur sa synchronie, se donnant ainsi les moyens de penser les particularités essentielles d’une situation historique donnée.

26- La philosophie hégélienne de l’histoire se caractérise comme la mise en évidence de la réalisation progressive de l’Esprit au sein des différentes configurations historiques particulières, de sorte que celles-ci ne sont pas tant étudiées pour elles-mêmes qu’eu égard au degré de réalisation de l’Esprit qu’elles représentent :

L’homme fait son apparition comme être naturel se manifestant comme volonté naturelle : c’est ce que nous avons appelé le côté subjectif ; besoins, désirs, passions, intérêts particuliers, opinions et représentations subjectives. Cette masse immense de désirs, d’intérêts et d’activités constitue les instruments et les moyens dont se sert l’Esprit du monde pour parvenir à sa fin, l’élever à la conscience et la réaliser. Car son seul but est de se trouver, de venir à soi, de se contempler dans la réalité. C’est leur bien propre que peuples et individus cherchent et obtiennent dans leur agissante vitalité, mais en même temps ils sont les moyens et les instruments d’une chose plus élevée, plus vaste qu’ils ignorent et accomplissent inconsciemment. (Hegel, 1965, p. 110)

27- En réduisant l’histoire à la mise en évidence d’un devenir rationnel du monde par la réalisation progressive de l’Esprit, Hegel s’empêche de penser les situations historiques dans leur singularité propre : elles ne sont que des moments d’un processus plus fondamental. C’est bien cela que Marx reproche ici implicitement à Hegel : ne pouvant penser l’historicité des concepts, il ne peut saisir la configuration particulière d’une situation historique donnée. Au contraire, la méthode marxienne d’investigation du réel, fondée sur la critique de cet idéalisme, doit permettre de rendre compte des spécificités propres à une configuration sociale historiquement déterminée et, à partir de là, d’avoir une portée critique sur elle. Annonçant le plan de sa Critique de l’économie politique à la fin de la troisième partie de l’Introduction, il peut donc mettre en évidence des concepts fondamentaux d’investigation du réel, d’une part – « les déterminations qui, dans leur généralité abstraite, s’appliquent plus ou moins à tous les types de société […] » –, et rendre compte d’une configuration sociale particulière, à savoir celle déterminée par le mode de production capitaliste, d’autre part – « les catégories qui constituent la structure interne de la société bourgeoise et sur lesquelles reposent les classes fondamentales » (Marx, 2003a, p. 480).

28- Si la critique marxienne de Hegel porte avant tout sur un problème de méthode, c’est donc dans la mesure où celle-ci doit, selon Marx, permettre de rendre compte du réel en sa spécificité, c’est-à-dire aussi bien en sa rationalité qu’en son irrationalité. La méthode que Marx met en place à partir de la réappropriation des catégories hégéliennes à laquelle il procède doit donc permettre avant tout de se ménager un accès critique au(x) (irrationalités du) réel, alors que Hegel les résolvait par leur rationalité immanente. En effet, si la philosophie hégélienne ressaisit spéculativement le déploiement rationnel du concept, elle ne prend en compte les contradictions inhérentes à ce réel que pour en montrer le dépassement par une figure rationnellement plus aboutie du concept (Hegel, 1991, p. 90). Autrement dit, les contradictions effectivement à l’œuvre au sein du réel ne sont qu’à être supprimées. Il s’agit du mouvement d’Aufhebung caractéristique de la dialectique hégélienne et qui dit à la fois la conservation et la suppression de ce dont il est un moment. Par conséquent, si la philosophie hégélienne ressaisit le déploiement rationnel du concept, elle ne voit en ses contradictions que des moments du déploiement, de sorte qu’elles sont résolues dès lors même qu’elles sont posées. Par exemple, les contradictions internes à la société civile sont résolues dès lors qu’est assuré le passage conceptuel vers l’État :

La fin de la corporation [dernier moment conceptuel de la société civile], en tant que fin bornée et finie, a sa vérité […] dans la fin universelle en soi et pour soi et dans l’effectivité absolue de celle-ci ; la sphère de la société civile passe, par conséquent, à l’État. (Hegel, 2003, p. 332)

29- La résolution des contradictions à l’œuvre au sein du réel se fait donc par le passage à un niveau conceptuel supérieur. La prise en compte de ces contradictions n’a donc de valeur que spéculative, eu égard au déploiement global du concept.

30- Par conséquent c’est un double détachement du réel qui caractérise la philosophie hégélienne selon Marx. D’une part, elle est d’emblée abstraite en ce qu’elle confond le logique et l’ontologique. D’autre part, elle n’est que spéculative en ce qu’elle méconnaît nécessairement les spécificités du réel.

31- Ce que Marx stigmatise donc dans la philosophie hégélienne, archétypale selon lui de l’idéalisme, c’est son abstraction. De sorte qu’elle n’a aucune « prise » sur le réel : ni à la base – elle est d’emblée conceptuelle – ni à son sommet – « secrétaire de l’esprit », le philosophe n’a aucun pouvoir critique : il se borne à ressaisir spéculativement le réel. Ainsi la critique marxienne de Hegel dans l’Introduction est-elle redevable d’une méditation plus fondamentale sur l’articulation entre théorie et pratique. Si Marx procède à une critique de l’idéalisme hégélien c’est d’une part parce qu’il fait du concret une détermination exclusivement conceptuelle, laissant ainsi de côté ses spécificités historiques et, d’autre part, parce qu’il ne fait selon lui que légitimer un état de fait en mettant en évidence sa pseudo-rationalité. De sorte que, anhistorique, la philosophie hégélienne est en même temps a-critique7.

32- La divergence avec Hegel tient donc à la différence de tâche que l’un et l’autre assignent à la philosophie. Si, exclusivement spéculative selon Hegel, elle est « son temps appréhendé en pensées » (Hegel, 2003, p. 106), elle a au contraire pour Marx une vocation fondamentalement critique8 :

Ne serait-ce qu’en tant qu’adversaire résolu du mode traditionnel de la conscience politique allemande, la critique de la philosophie spéculative du droit débouche non sur elle-même mais sur des problèmes dont la solution n’est possible que par un seul moyen : la praxis. […] De toute évidence, l’arme de la critique ne peut pas remplacer la critique des armes : la force matérielle doit être renversée par une force matérielle, mais la théorie, elle aussi, se change en force matérielle dès qu’elle saisit les masses. (Marx, 2003b, p. 99)

33- S’il apparaît nécessaire de signaler cette divergence entre Marx et Hegel eu égard au rôle attribué par chacun à la philosophie, ce n’est pas tant par souci d’exhaustivité dans la détermination du rapport qui lie l’un à l’autre que pour soulever une question cruciale quant à la nature même de ce rapport. En effet, bien qu’empruntant des catégories logiques à la philosophie hégélienne, Marx se montre critique vis-à-vis de celle-ci : en témoigne sa dénonciation de la « mystification » (Marx, 1993, p. 17-18) que, selon lui, Hegel fait subir à la dialectique, posant ainsi le problème de la pertinence même de sa critique. Dès lors qu’elle n’est pas un pur et simple rejet de l’hégélianisme mais bien plutôt une appropriation, la critique marxienne de Hegel dans l’Introduction tombe elle aussi sous le coup d’une analyse critique visant à déterminer sa pertinence conceptuelle. Cependant, nous voyons en contre-partie en quoi parler de pertinence de cette critique est problématique dans la mesure même où, fondamentalement critique en sa méthode et en ses prétentions, et non plus seulement spéculative, la philosophie marxienne procède à la transformation du référentiel conceptuel en le faisant passer d’un domaine exclusivement spéculatif à un domaine matérialiste et historique. De sorte que la question même de la pertinence de la critique de Hegel dans ce texte semble conditionnée par la mise en évidence d’un changement, non du cadre conceptuel – Marx reprend des concepts hégéliens – mais du repère même d’effectivité et de validité des concepts. Aussi, en quoi est-ce ce changement qui permet à Marx de procéder non pas à une reformulation de la dialectique de Hegel mais à la mise en évidence de la nécessaire forme critique de la philosophie, dès lors qu’elle projette de passer outre les apories de l’idéalisme ?

34- Ce que Marx met d’emblée en évidence par sa critique de la philosophie hégélienne, c’est l’absence en elle d’une historicisation des concepts et a fortiori de la méthode. C’est cette absence qui empêche Hegel de fonder une philosophie véritablement réaliste, c’est-à-dire, selon Marx, qui se détermine par rapport à un concret réel, constitué par les conditions matérielles caractéristiques d’une situation historique et d’un mode de production particuliers. En effet, la dialectique telle que la conçoit Hegel n’est pas à penser au sein d’une dimension historique, mais au contraire au sein d’une dimension exclusivement spéculative. Elle est elle-même ce processus rationnel et effectif de déploiement du concept, de sorte que Hegel peut la qualifier de « moteur interne du concept » :

 

Le principe moteur du concept, en tant qu’il ne dissout pas seulement les particularisations de l’universel, mais les produit aussi, je le nomme dialectique […]. La dialectique supérieure du concept ne consiste pas à produire et concevoir la détermination simplement comme borne et contraire, elle consiste au contraire à produire et concevoir à partir d’elle le contenu et le résultat positifs, ce par quoi seulement elle est développement et progression immanente. Cette dialectique n’est donc pas l’ouvrage externe d’une pensée subjective, elle est au contraire l’âme propre du contenu, âme qui fait éclore de manière organique ses branches et ses fruits. Ce développement de l’idée comme activité propre de sa raison, la pensée, en tant que pensée subjective, l’observe seulement sans y ajouter pour sa part un seul ingrédient. Examiner quelque chose rationnellement ne veut pas dire ajouter de l’extérieur une raison à même l’ob-jet et le façonner par là, l’objet est au contraire rationnel pour lui-même ; c’est ici l’esprit dans sa liberté, le sommet le plus élevé de la raison consciente de soi, qui se donne une effectivité et se produit en tant que monde existant ; la science a seulement pour tâche de porter à la conscience ce travail propre de la raison de la Chose. (Hegel, 2003, p. 141)

35- En d’autres termes, les concepts qui retracent le déploiement dialectique de l’effectif rationnel sont des essentialités pures anhistoriques. C’est ce que dénonce Marx comme idéalisme : l’absence d’historicisation des concepts, c’est-à-dire l’absence de référents historiques et, en cela, réels. Ainsi écrit-il dans les Grundrisse à propos de ses propres écrits :

Il sera nécessaire de corriger la manière idéaliste de l’exposé, qui fait croire à tort qu’il s’agit de déterminations conceptuelles et de la dialectique de ces concepts. (Marx, 1968, p. 122)

36- Le caractère idéaliste d’une philosophie naît donc de sa détermination anhistorique. Par conséquent, pour Marx, c’est ce souci d’historicisation des concepts qui fournit au contraire à une méthode sa garantie de scientificité. Un concept n’est ainsi véritablement effectif que lorsque la méthode qui le détermine prend acte de la situation historique – en l’occurrence, d’un mode de production déterminé – dans laquelle ce concept émerge. Est-ce à dire que c’est cette historicisation qui lui permet de trouver « le noyau rationnel » de la dialectique hégélienne ? Autrement dit, celle-ci se trouve-t-elle « remise sur ses pieds » dès lors qu’elle est historicisée ? C’est en effet cette conclusion qui semble venir à nous sitôt que l’on a mis en évidence que la critique marxienne de Hegel dans ce texte tient à la dénonciation de la forme anhistorique de sa philosophie. Non pas « non historique », car Hegel développe bien une philosophie de l’histoire, mais « anhistorique » en ce qu’elle ne rend pas compte d’un processus réel mais d’un processus idéel.

37- Cependant, il semble inexact de voir en la critique de Hegel par Marx dans l’Introductionune reformulation de la dialectique ni même une ébauche de reformulation9. Marx a certes projeté de redéfinir celle-ci :

La mystification que la dialectique subit entre les mains de Hegel n’empêche aucunement qu’il ait été le premier à en exposer les formes générales de mouvement de façon globale et consciente. Chez lui elle est sur la tête. Il faut la retourner pour découvrir le noyau rationnel sous l’enveloppe mystique. (Marx, 1993, p. 17-18)

38- Néanmoins, il est significatif que nulle part Marx ne procède à une redétermination systématique de la dialectique hégélienne, pas même dans l’Introduction qui se veut pourtant en partie méthodologique. Il semble donc que l’entreprise de Marx dans ce texte ne soit pas tant la reformulation de la dialectique hégélienne historicisée que la mise en évidence d’une méthode et d’un mode d’énoncé autres qui aient à rendre compte de l’historicisation déterminante des concepts, d’une part, et de la nécessaire vocation critique de la philosophie, d’autre part. L’appropriation de la dialectique hégélienne par Marx ne consiste donc ni dans l’application de celle-ci à la sphère économique ni même dans une simple reformulation. En effet, comme il l’affirme dans la Critique de la philosophie du droit de Hegel, le but de la critique telle qu’il l’entend ne consiste pas seulement en la mise en évidence d’une méthode d’investigation du réel, mais aussi en l’idée d’une articulation nécessaire entre théorie et pratique. De sorte que, contrairement à la dialectique hégélienne, la critique marxienne est double : elle est à la fois instrument de connaissance d’un objet et moyen d’intervention sur cet objet :

En lutte contre [l’] état de choses, la critique n’est pas une passion de la tête, elle est la tête de la passion. Elle n’est pas un scalpel anatomique, mais une arme. Son objet est son ennemi, qu’elle veut non pas réfuter mais anéantir. […] En soi la critique n’a pas besoin de s’expliquer avec cet objet, car elle sait à quoi s’en tenir. Elle ne se donne plus comme une fin en soi, mais seulement comme un moyen. Son pathétique c’est essentiellement l’indignation ; sa tâche c’est essentiellement la dénonciation. (Marx, 2003b, p. 92)

39- Cette phrase nous montre la volonté explicite de Marx de faire de la méthode critique un moyen de lutte et plus seulement un moyen de connaissance. Si cela n’est pas explicite dans l’Introduction, il nous faut cependant en tenir compte dans la mesure où, d’une part, le texte de 1844 se donne comme une « critique du droit hégélien » et, en lui, de tout idéalisme, et d’autre part, le texte de 1857 participe de la formulation de cette méthode critique.

40- Il semble donc qu’il faille voir dans la critique marxienne de Hegel dans l’Introductionmoins une reformulation de la dialectique que la mise en évidence d’une nouvelle méthode : la critique. Celle-ci est en effet pour Marx la véritable garantie de la scientificité de sa méthode en ce qu’elle est matérialiste et historique. De plus, elle permet une intervention directe à l’égard de l’objet auquel elle s’applique. Par conséquent, la philosophie prend avec Marx une dimension fondamentalement critique non seulement en sa méthode d’analyse, toute philosophie étant en ce sens « critique » – elle procède à un examen attentif de son objet –, mais aussi et surtout en ses prétentions. De sorte que cette nouvelle forme donnée au mode d’énoncé philosophique est pour Marx la condition sine qua non de l’articulation entre théorie et pratique. C’est bien ce qui est à l’œuvre dans l’Introduction, et plus particulièrement dans la critique de Hegel qui lui est sous-jacente. En effet, plus qu’une reformulation des concepts, la méthode marxienne est une critique de l’idéalisme hégélien qui a trait à une critique plus fondamentale de l’idéologie. Ce concept désigne chez Marx la structure qui investit la conscience historique en légitimant un état de fait, c’est-à-dire en postulant une pseudo-nécessité de cet état de fait. De sorte que tout produit de l’idéologie rend illusoire tout projet de contestation active – on ne peut contester ce qui est nécessaire. Archétypale de l’idéalisme en ce qu’elle est avant tout spéculative, « mystique », la philosophie hégélienne participe de cette idéologie.

41- La critique que Marx adresse à Hegel dans l’Introduction est donc à comprendre, d’une part, par rapport à ce changement de forme du discours philosophique, qui passe d’une dialectique spéculative à une critique et, d’autre part, dans ce souci plus fondamental d’une critique de l’idéologie. Par conséquent, s’interroger sur la pertinence de cette critique, c’est prendre acte de cette double dimension. En effet, ce problème de la pertinence de la critique de Hegel par Marx dans ce texte est double en ce qu’il a trait, d’un côté, au projet critique de Marx et, de l’autre, à la logique hégélienne elle-même. En d’autres termes, parler de pertinence de la critique dans la perspective marxienne est d’emblée problématique dans la mesure où cette critique ne consiste pas seulement en un examen polémique de l’hégélianisme, mais aussi et avant tout en une appropriation critique de ses catégories logiques. De sorte que, du point de vue de Marx, sa critique de Hegel n’a pas à être pertinente car il s’agit pour lui de transformer littéralement le champ conceptuel dans lequel prennent originairement sens les concepts hégéliens. C’est parce que c’est le repère conceptuel lui-même qui est modifié par Marx, et pas seulement le sens des concepts, que la question de la pertinence de la critique s’avère ambiguë. C’est dans la mesure même où il change le référentiel des concepts, passant d’une onto-logique à une critique matérialiste et historique, que cette question est problématique. De sorte que la notion de pertinence semble ne plus faire sens ici car les concepts ne sont pas à entendre au sein du même repère conceptuel.

42- Prenons l’exemple, développé par Marx, du passage chez Hegel de la propriété à la famille. Critiquant explicitement Hegel, Marx écrit :

Hegel, par exemple, commence correctement la « philosophie du droit » par la propriété, qui est le rapport juridique le plus simple du sujet. Or, il n’y a pas de propriété avant la famille ou avant les rapports de domination et de servitude, qui sont des rapports beaucoup plus concrets. […] Il est inexact qu’historiquement la propriété évolue vers la famille. Elle suppose bien plutôt toujours cette « catégorie juridique plus concrète ». (Marx, 2003a, p. 472)

43- Ainsi Marx met-il l’accent sur la dimension historique que selon lui Hegel méconnaît. Ce n’est pas la famille qui présuppose la propriété, mais la propriété qui suppose la famille. Celle-ci est en effet première en ce qu’elle détermine des conditions matérielles particulières préalables à la propriété. Dans cet exemple, il faut qu’il y ait d’abord une famille pour qu’il y ait ensuite propriété. Cependant, ce « d’abord » se situe pour Marx dans une dimension historique alors qu’il se situe pour Hegel dans une dimension exclusivement conceptuelle. En effet, il ne met pas en évidence un déploiement chronologique du réel au sein d’un référentiel historique, mais il rend compte d’un déploiement conceptuel au sein d’un référentiel spéculatif :

Au sens plus spéculatif, le mode d’être-là d’un concept et sa déterminité sont une seule et même chose. Mais il est à remarquer que les moments dont le résultat est une forme ultérieurement déterminée précèdent celui-ci en tant que déterminations conceptuelles dans le développement scientifique de l’idée, mais ne le précèdent pas en tant que configurations dans le développement temporel. Ainsi l’idée, telle qu’elle est déterminée comme famille, a pour présupposition les déterminations conceptuelles dont elle sera exposée dans ce qui suit comme le résultat. (Hegel, 2003, p. 141)

44- Contrairement à ce qu’indique Marx, ce qui importe à Hegel est donc un déploiement conceptuel et non historique. Conceptuellement, la propriété précède la famille dans la mesure où elle est une détermination plus « simple ». Elle ne participe que du « Droit abstrait », sphère moins déterminée que la sphère de l’ « Éthicité » où se déploie le concept de famille. Peu importe donc à Hegel de savoir si la famille précède la propriété dans une dimension historique : la dimension au sein de laquelle ses concepts sont effectifs est une dimension exclusivement spéculative.

45- Est-ce à dire que la critique que Marx lui adresse n’est pas pertinente ? En un sens, c’est effectivement le cas : la critique n’est pas pertinente dans la mesure même où Marx ne saisit pas en sa vérité ce que Hegel énonce. Cependant, s’en tenir à une « critique de la critique marxienne » en en montrant la non-pertinence relative semble n’être que peu éclairant pour la mise en évidence du rapport qui lie Marx à Hegel. Au contraire, il semble qu’il faille plutôt insister sur le changement du référentiel conceptuel auquel Marx procède. En effet, c’est ce changement qui consiste à déplacer le repère conceptuel d’une dimension spéculative, où prend place la philosophie hégélienne, à une dimension historique qui permet à Marx de légitimer le passage plus fondamental qu’il fait opérer à la forme même de l’investigation philosophique, de l’énoncé spéculatif à la forme critique. Le renversement du repère conceptuel dans cette dimension historique permet en effet de concevoir une investigation du réel non plus en termes de philosophie mais en termes de critique, se ménageant ainsi un accès réel, et non plus idéel, à l’objet d’étude. Nous voyons par là en quoi la question de la pertinence de la critique de Hegel par Marx dans l’Introductionest en elle-même ambiguë. Certes, du point de vue de l’histoire des idées, cette critique n’est pas pertinente. Mais il apparaît inexact d’affirmer d’emblée qu’elle est fausse en ce qu’elle « omet » la confusion hégélienne entre logique et ontologique. Elle ne l’« omet », pas mais elle la « critique » dans le sens même où Marx définit la critique, à savoir par un double mouvement de réappropriation des concepts et de reformulation de leur sens et de leur portée par modification de leur cadre de référence. Par conséquent, Marx ne mésinterprète pas tant Hegel dans ce texte qu’il ne le reformule dans les termes de sa propre méthode critique et au sein de son propre repère conceptuel.

46- Soulever le problème de la critique de Hegel par Marx dans l’Introduction, c’est donc poser une question de méthode. En effet, s’il est évident que les concepts logiques hégéliens structurent ce texte à vocation méthodologique, c’est leur utilisation par Marx qui pose problème.

47- C’est pourquoi il nous faut replacer cette critique ponctuelle de Hegel au sein d’une critique plus fondamentale de l’idéalisme qui consiste pour Marx à montrer que les apories de celui-ci sont dues à une méthode incorrecte d’investigation du réel qui, partant du primat de l’idée, ne peut penser une historicisation des concepts. En d’autres termes, pensant par essentialités pures, Hegel ne pense nullement le réel. Ne pensant pas le réel, il ne peut prétendre à sa modification, puisque les contradictions du réel se résoudront d’elles-mêmes.

48- La critique que Marx lui adresse consiste donc à promouvoir une historicisation de la méthode afin de ne pas sombrer dans un idéalisme abstrait. Cependant, critiquant Hegel, Marx ne procède nullement à une reformulation de la dialectique de celui-ci. Au contraire, il détermine une méthode d’investigation du réel qui doit permettre d’articuler connaissance de l’objet et action directe sur cet objet. De sorte que la critique qu’il adresse à Hegel consiste avant tout à substituer au repère conceptuel spéculatif de celui-ci un repère conceptuel historique permettant le déploiement de ce mode d’énoncé philosophique qu’est la critique.

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NOTES

1 L’économie politique classique s’incarne dans les œuvres de David Ricardo (Les principes de l’économie politique) et d’Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations). Elle correspond à l’autonomisation progressive de l’économie. Son souci principal est de fonder la scientificité de celle-ci, notamment sur le modèle de la mécanique newtonienne. L’économie est alors conçue comme la science qui met au jour des lois, par exemple celle de la production des richesses pour Smith. Si Marx loue l’exigence de scientificité qui préside à la naissance de l’économie politique, il critique en revanche la conception de la loi qu’elle véhicule. Penser les lois économiques sur le modèle des lois de la nature, c’est omettre qu’elles dépendent d’un mode de production particulier historiquement déterminé.

2 Déjà en effet, les textes regroupés sous l’expression Manuscrits de 1844 sont les brouillons d’une œuvre qui devait s’intitulée Zur Kritik der politischen Öekonomie. Radicalement réélaborés, ils deviennent en 1859 la Contribution à la critique de l’économie politique. Ce processus culmine en 1867 avec la publication du livre premier du Capital, ouvrage sous-titré Critique de l’économie politique. Pour une présentation plus complète de la critique de l’économie politique chez Marx, voir Salama et Hai Hac (1992) ainsi que Vincent (2000, p. 61-62).

3 L’Introduction générale à la critique de l’économie politique (dorénavant abrégée en Introduction) est écrite par Marx en 1857. Elle fixe le plan de sa grande œuvre économique projetée en 1845 sous le titre Critique de la politique et de l’économie. Par manque de temps, Marx ne conduira jamais ce projet à terme. Par contre, durant l’année 1857, il écrit ce que l’on connaît depuis 1939 sous le titre Grundrisse der Kritik der politischen Öekonomie. L’Introduction est un texte d’une quarantaine de pages environ. Il apparaît central dans la mesure où il fixe le projet, longtemps mûri par Marx, d’une critique de l’économie politique. Il se compose de quatre chapitres : I. La production, II. Rapport général entre la production, la distribution, l’échange et la consommation, III. La méthode de l’économie politique, IV. Moyens (forces) de production et rapports de production – rapports de production et rapports de commerce, etc.

4 La notion de « logique » telle que l’entend Hegel tient sa spécificité de ce qu’elle n’est pas une logique formelle à partir de laquelle seraient appréhendés les phénomènes naturels ou sociaux. Les déterminations logiques sont en effet chez lui à l’œuvre au sein même du réel. Celui-ci est pour une part contingent, pour une part rationnel. Ce qui en lui est rationnel est ce qu’Hegel ressaisit comme « logique ». Le terme « logique » déterminé par la suite comme Logique renvoie donc à la fois à cette spécificité et à l’œuvre hégélienne qui en rend compte, à savoir la Science de la logique, premier tome de l’Encyclopédie des sciences philosophiques. Hegel y écrit ainsi : « Suivant le contenu, les déterminations de la pensée sont considérées dans la Logique en et pour elles-mêmes. Elles sont, de cette manière, les pensées pures concrètes, c’est-à-dire des concepts, avec la valeur et la signification du fondement étant en et pour soi de tout » (Hegel, 1994, p. 190).

5 Voir Hegel (2003, p. 104). Cette assimilation entre « rationnel » et « effectif » à laquelle procède Hegel signifie que ce qui, au sein du réel, est rationnel est en même temps ce qui produit des effets et qui, en vertu de ce statut, est ressaisi par la philosophie. L’assimilation ne se fait donc pas entre « réel » et « rationnel », comme on le croit parfois et comme certaines traductions le laissent entendre (Voir Vieillard-Baron, 1999). En effet, comme le souligne Hegel lui-même (Hegel, 1994, p. 169), rendant ainsi ces traductions caduques, l’ensemble du réel n’est pas rationnel. Il y a du contingent dans la réalité. Le travail philosophique est précisément de percevoir, sous cette contingence, ce qui du réel est rationnel.

6 C’est en vertu de cette idée que Marx peut écrire dans les Thèses sur Feuerbach : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c’est de le transformer » (Marx, 2003e, p. 235).

7 Voir Horkeimer (1937, p. 35) : « La raison n’a plus à être purement critique en face d’elle-même ; chez Hegel, elle est devenue affirmative, avant même que la réalité soit reconnue et approuvée comme rationnelle. »

8 Nous nous inspirons ici de thèses développées par Renault (1995).

9 À cet égard, Althusser écrit notamment : « On n’obtient pas une science en renversant une idéologie. On obtient une science à la condition d’abandonner le domaine où l’idéologie croit avoir affaire au réel, c’est-à-dire en abandonnant sa problématiqueidéologique (la présupposition organique de ses concepts fondamentaux, et avec ce système, la plupart de ces concepts eux-mêmes) pour aller fonder « dans un autre élément », dans le champ d’une nouvelle problématique, scientifique, l’activité de la nouvelle théorie » (Althusser, 1996, p. 196).

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Marc LENORMAND et Anthony MANICKI, « La critique philosophique en action : Marx critique de Hegel dans l’Introduction générale à la critique de l’économie politique(1857) », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 13 | 2007, mis en ligne le 22 janvier 2009, consulté le 03 août 2017.

URL : http://traces.revues.org/309 ; DOI : 10.4000/traces.309

AUTEURS

Marc LENORMAND

Doctorant en civilisation anglophone, École normale supérieure Lettres et sciences humaines

Posté par Michel Peyret 

L’Humanité dans les traces de Walter Benjamin : Clemens-Carl Härle : « L’acte révolutionnaire cherche à donner suite à ce qui a échoué dans le passé »

 

06 Août 2017
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR JÉRÔME SKALSKI
VENDREDI, 19 JUIN, 2015
 
L’HUMANITÉ
Photo : Divergence-images
 

Professeur à l’université de Sienne, coéditeur du « Baudelaire » de Walter Benjamin publié aux éditions La Fabrique, Clemens-Carl Härle nous éclaire sur ce qui se présente comme le centre secret de l’œuvre du philosophe et critique marxiste allemand mort en exil en septembre 1940, à Portbou.

 

Pourquoi avoir choisi, avec Barbara Chitussi et Giorgio Agamben, de présenter le Baudelaire de Walter Benjamin sous la forme d’une œuvre en procès de remaniement constant ?

 

Clemens-Carl Härle Benjamin a travaillé sur son Baudelaire jusqu’en août 1939. Un des enjeux majeurs de notre travail a été de montrer son projet d’écriture tel qu’il s’est poursuivi à partir de l’automne 1937 jusqu’au mois d’octobre 1938. On a présenté dans ce recueil l’ensemble des textes qui ont survécu à ce projet d’écriture. Le livre aurait dû avoir trois sections. C’est à l’intérieur de ce cadre qu’on peut situer le texte accompli. Benjamin a décidé pendant l’été 1938, quand il était l’invité de Bertolt Brecht au Danemark, d’écrire d’abord la deuxième section portant sur le Paris du Second Empire chez Baudelaire. C’est ce texte qui a été envoyé en octobre 1938 à la rédaction de la revue de l’Institut de recherche sociale. L’Institut avait commandé le livre mais, à la suite d’une proposition de Theodor Adorno, il a tout d’abord été refusé. C’était une espèce de censure assez brutale. Elle est bien documentée avec une longue lettre d’Adorno et la réponse de Benjamin. L’effet le plus immédiat de ce rejet, c’est que Benjamin n’a pas continué à écrire le troisième chapitre comme il l’avait prévu. Benjamin a eu une manière de travailler assez curieuse.

 

Elle s’explique surtout si on fait le lien avec le grand projet qu’il poursuivait depuis 1928 et surtout à partir de son exil à Paris, à partir de la fin de 1933. Ce projet, c’est celui du Livre des passages c’est-à-dire le projet d’écrire ce qu’on pourrait appeler une histoire originaire, une préhistoire du présent. Cette préhistoire – aujourd’hui on dirait une archéologie pour reprendre le terme de Foucault – était centrée sur Paris entre la révolution de Juillet de 1830 et la Commune de Paris de 1871. Dans cette perspective, il a créé un fichier énorme de notes en tous genres. Sur les passages évidemment, sur Haussmann, sur Fourier, sur Grandville, sur les traces, sur les foules, sur Baudelaire… Le terme de passages, dans ce contexte, est absolument essentiel. Qu’est-ce qu’un passage ? C’est quelque chose entre l’extérieur – la rue, boulevard… – et l’intérieur. C’est un espace hybride, ambigu. Un des enjeux de ce travail, c’était une interrogation, une recherche sur le genre de subjectivité qui se produit dans cette zone, entre l’intérieur – la conscience, si vous voulez, les quatre murs – et l’extérieur, les foules. La grande découverte des métropoles au XIXe siècle, c’était celle des multitudes. Les multitudes de gens, les passants mais aussi la multitude des marchandises. Cela a provoqué un fractionnement de la perception, c’est-à-dire le fait, pour le sujet, d’être jeté pour ainsi dire dans une espèce de terrain vague où on ne connaît pas vraiment les autres corps, les autres gens avec lesquels on a des rencontres fortuites, aléatoires. En même temps, c’était une polarisation entre la curiosité, la fascination, l’ivresse, pour citer les mots de Baudelaire, l’angoisse et la solitude : l’exil le plus absolu parmi les foules.

 

Comment s’est initié l’intérêt de Benjamin pour Baudelaire ?

 

Clemens-Carl Härle Le contact de Benjamin avec Baudelaire a commencé au début des années 1920, quand il a décidé de traduire les « Tableaux parisiens » des Fleurs du mal. Le projet d’une étude approfondie sur le XIXe siècle n’existait pas encore pour lui. Il naîtra au moment où Benjamin fera la découverte de Proust, quand il commencera à traduire quelques volumes d’À la recherche du temps perdu. Il était souvent à Paris. Une des impressions principales pour lui à cette époque, c’était les promenades dans la grande ville. La France à ce moment-là a commencé à fonctionner pour Benjamin comme une espèce de ligne de fuite, avec la découverte des surréalistes. Le projet a pris une forme plus élaborée pendant l’exil à partir de février 1933, exil qui l’a tout d’abord conduit, pour des raisons purement économiques, aux Baléares. Revenu à Paris en octobre 1933, il a commencé sérieusement à travailler à la Bibliothèque nationale pour traverser toute la sédimentation des traces et des documents de tout ordre qu’il pouvait trouver. C’est entre 1934 et 1935 qu’il a écrit un premier exposé pour donner une esquisse de ce qui allait être ce grand projet des Passages, ce projet de philosophie de l’histoire dans un sens très précis du terme : une étude verticale, en profondeur, d’un fragment, d’une constellation historique et non pas une étude longitudinale, temporelle, selon la succession chronologique des événements. Évidemment, le projet des Passages naît d’un double fait. D’un côté la Première Guerre mondiale, qui est une césure énorme. De l’autre la victoire des nazis et la défaite de la gauche, des communistes, en 1933. Le terme de préhistoire s’explique aussi à partir de ces constats. Pour Benjamin, il fallait lancer une enquête qui serait capable de rendre compte, d’une façon tout à fait nouvelle, révolutionnaire, de la double déflagration du XXe siècle mais pour comprendre cela, c’était son hypothèse de travail, il fallait étudier le centre du XIXe siècle. Par rapport à Baudelaire se pose pour Benjamin une question essentielle. Comment la poésie peut-elle rendre compte du changement total des conditions de l’expérience qui sont celles de la grande ville ? En Allemagne, la question ne se posait pas. Parce qu’il n’y avait pas de grandes villes. Berlin a connu son explosion démographique après la guerre. Les deux grandes villes, à l’époque et en Europe, c’étaient Londres et Paris.

 

Comment caractériser la méthode de Benjamin ?

 

Clemens-Carl Härle Il faut repartir de la dispersion totale des fragments, des traces, des bribes de notes ainsi qu’on les trouve dans l’archive des Passages. Les Passages, le résultat du travail de Benjamin à la Bibliothèque nationale entre 1933 et 1935, se présentent comme une archive classée sous une trentaine de rubriques. C’est une dispersion chaotique avec, de temps en temps, des commentaires, des observations, des tentatives d’élaboration conceptuelles. Benjamin s’est demandé comment produire un texte continu à partir de l’ensemble de ces notes. S’est posée pour lui la question du collage ou du montage. Il s’est intéressé à la question du montage dans un premier temps avec le compte rendu du roman d’Alfred Döblin, Berlin Alexanderplatz, qui a été, dans la littérature allemande, la première grande œuvre, où des textes non littéraires sont incorporés dans la continuité narrative du roman avec un décalage de cinq ans environ avec Manhattan Transfert de Dos Passos. Deuxième point important, Benjamin s’est beaucoup intéressé à la question du montage dans le cas du cinéma. On en trouve des traces dans son ouvrage sur la reproductibilité de l’œuvre d’art où il dit, par exemple, que, par rapport au cinéma, la sculpture est la forme artistique la plus archaïque si on la comprend comme une œuvre construite à partir d’un bloc matériel unique, unitaire, continu, solide. Probablement, il ne connaissait pas le travail de la sculpture cubiste chez Picasso et Braque. D’un côté, il y avait un vrai intérêt conceptuel de Benjamin pour ces questions-là dans le cadre du cinéma et des arts plastiques. D’un autre côté, beaucoup de malentendus sont nés dans les années 1950, lancés notamment par Adorno, faisant de l’œuvre des Passages une espèce de collage de citations. Si on prend le texte du Baudelaire comme modèle en miniature de ce qu’il voulait faire avec les Passages, on se rend compte que la question est plus compliquée que cela. Pourquoi est-elle plus compliquée ? D’abord parce que Benjamin devait se mesurer à l’écart qui existe entre un texte littéraire, poétique, les poésies de Baudelaire d’un côté, et des tas de textes sur la situation politique, morale et quotidienne, autrement dit des documents historiques au sens étroit du terme. De l’autre côté, il devait se mesurer avec la distance entre les citations : soit les citations de Baudelaire, soit des citations d’autres auteurs, soit des citations de documents et son propre commentaire. Par rapport à cette double hétérogénéité, il devait trouver un modèle d’écriture capable de mettre dans une suite, dans une succession, dans un espace de coexistence, ces documents et ces fragments tout à fait hétérogènes. Tel était l’enjeu de l’écriture du texte sur Baudelaire. Un travail de critique littéraire et le projet de traversée de presque la totalité d’une époque. Il s’agit pour lui de retraverser les couches de sédimentations qui cachent le passé et qui rendent l’accès à l’expérience de l’enfance et de l’adolescence difficile, sinon inaccessible. C’est un travail de fouille. Le motif de fouille par les traces, les ruines, c’est présent chez Freud. Foucault n’a pas beaucoup insisté là-dessus. Pour Benjamin, l’archéologie, c’est la tentative de rendre présent ce qui s’est soustrait à l’actualité immédiate.

 

Quel est le rapport du Baudelaire de Benjamin et de ses Thèses sur le concept d’histoire ?

 

Clemens-Carl Härle Il y a d’abord une question temporelle. En septembre 1939, Benjamin a été obligé de se rendre au camp de Nevers, comme tous les immigrants allemands en France. Il est revenu du camp de Nevers en novembre. Il a su à ce moment que le deuxième texte sur Baudelaire avait été accepté avec enthousiasme par Max Horkheimer mais il a interrompu son travail sur le Baudelaire et a commencé à exposer ses Thèses. Deuxièmement, les Thèses peuvent être lues comme le traité extrêmement aphoristique de l’épistémologie du travail de Benjamin sur Baudelaire. C’est un des aspects fondamental des Thèses que de pousser une dimension du marxisme : la lutte des classes dans les organisations du mouvement ouvrier, contre le conformisme stalinien et autre. Il s’agit pour Benjamin de penser l’histoire comme interruption. L’idée de Benjamin, c’est que l’acte révolutionnaire, c’est une interruption du continuum historique. Comment cela se produit-il ? Benjamin part de l’idée qu’il peut y avoir une correspondance entre le présent et un moment, une période, une constellation du passé. Cela veut dire que, pour lui, le passé est accessible d’une manière indirecte dans le présent, mais qu’il faut, pour ainsi dire, actualiser ou réactualiser en lui son contenu secret. Et c’est cette réactualisation du passé, des traces, de ce qui est enfoui, de ce qui échappe au regard quotidien, qui met le sujet qui accomplit cet acte de connaissance dans la situation d’interrompre la continuité historique. Il y a deux moments : d’un côté, saisir le passé dans la manière où il est inaccessible, autrement dit mesurer l’inaccessibilité du passé en faveur d’une accessibilité présente. Cela se fait dans un moment de danger. Ici, le rapport de l’expérience individuelle et de l’expérience collective est assez étroit. Ensuite, il faut saisir l’image fuyante du passé pour se mettre en état de trouver la force de l’acte critique, pour couper l’histoire du monde en deux. Ceci présuppose, pour Benjamin, de mettre à l’écart l’idée d’un progrès continu de l’histoire. Sa critique du progrès est aussi une critique d’un certain marxisme du développement des forces productives qui automatiquement impliquerait un changement des formes sociales. Il y a un autre élément important. C’est la haine de classe. La haine de classe est, pour Benjamin, une condition absolument essentielle pour rendre possible un acte politique révolutionnaire. Un tel acte a deux aspects. Il y a un côté affectif et un côté noétique si vous voulez, un acte de pensée.

 

Le problème c’est, en fin de compte, de faire le lien entre les deux dans une situation de danger. Là, c’est une référence peut-être indirecte mais c’est un héritage du judaïsme et du messianisme. Les voix mortes du passé nous convoquent pour les racheter par l’acte révolutionnaire. L’acte révolutionnaire, ce n’est pas un acte qui cherche à réaliser une utopie, une image du futur mais c’est un acte qui cherche à donner suite à ce qui a échoué dans le passé. L’injonction pour l’acte politique vient du passé et pas du désir de sauver le futur.

Traces et passages. Philosophe et critique rattaché à l’Institut de recherche sociale, dirigé dans les années 1920 et 1930 par Max Horkheimer et Theodor Adorno, Walter Benjamin est une des figures majeures du marxisme allemand de l’exil qui s’organisera après-guerre dans le cadre de l’École de Francfort. Carl-Clemens Härle, professeur à l’université de Sienne, est spécialiste de la littérature allemande du XXe siècle, de l’École de Francfort et de la philosophie française contemporaine. Un entretien réalisé dans le cadre de l’édition 2014 de Citéphilo.www.citephilo.org/

Déclaration du Comité central du KKE sur le 100e anniversaire de la grande Révolution socialiste d’Octobre

 

02 Aout 2017

Le Comité central du KKE célèbre le 100e anniversaire de la grande Révolution socialiste d’Octobre. Il célèbre l’événement phare d’importance mondiale du 20e siècle qui a prouvé que le capitalisme n’est pas invincible, que nous pouvons construire une société supérieure sans exploitation de l’homme par l’homme.

 

La Révolution d’Octobre a mis en évidence la puissance de la lutte de classe révolutionnaire, la puissance des exploités et des opprimés quand ils effectuent une fuite en avant et tournent la roue de l’histoire vers l’avant, vers la libération sociale. Dans le temps historique, elle était la continuation des révoltes des esclaves, des paysans du Moyen Age, des révolutions bourgeoises, mais en même temps elle était leur point culminant, elle les a dépassé, puisque pour la première fois l’objectif de la révolution était l’abolition de la société exploitante de classe. Quarante-six ans après l’« assaut des cieux » de l’héroïque Commune de Paris, la classe ouvrière russe, par la Révolution d’Octobre, est venu à réaliser la vision de millions de masses ouvrières-populaires pour une vie meilleure.

 

La Révolution d’Octobre a prouvé la justesse de la pensée léniniste que la victoire du socialisme est possible dans un pays ou un groupe de pays en raison du développement inégal du capitalisme.

 

L’Octobre 1917 a été un événement d’importance globale et durable. Il a confirmé la capacité de la classe ouvrière (en tant que force sociale qui peut et doit mener la lutte révolutionnaire pour une société sans exploitation, insécurité, pauvreté, chômage et guerres) de remplir sa mission historique. Il a également confirmé que la réalisation de la mission historique de la classe ouvrière n’est pas déterminée par le pourcentage de cette dernière dans la population active, mais par le fait qu’elle est porteuse des nouveaux rapports de production socialistes.

 

Dans le même temps, l’Octobre a souligné le rôle irremplaçable de l’avant-garde révolutionnaire politique, du Parti communiste, en tant que dirigeant non seulement de la révolution socialiste, mais de toute la lutte pour le façonnement, le renforcement, la victoire finale de la nouvelle société communiste.

 

La flamme d’Octobre a conduit à et a accéléré la création d’un certain nombre de Partis communistes, des partis ouvriers révolutionnaires de nouveau type, contrairement aux partis sociaux-démocrates de cette époque, qui avaient trahi la classe ouvrière et la politique révolutionnaire en choisissant la voie de l’intégration du mouvement ouvrier sous la bannière de la bourgeoisie et le soutien à l’offensive militaire impérialiste contre le jeune État ouvrier en Russie.

 

La Révolution d’Octobre victorieuse était la continuation de tous les soulèvements ouvriers antérieurs et a ouvert la voie pour le passage historique de l’humanité « du royaume de la nécessité au royaume de la liberté ». En résumant son importance historique, Lénine a écrit:

 

« C’est nous qui avons commencé cette œuvre. Quand, dans quel délai, les prolétaires de quelle nation la feront aboutir, il n’importe peu. Ce qui importe, c’est que la glace est rompue, la voie est ouverte, la route tracée. »

 

Les leçons d’Octobre sont particulièrement importantes aujourd’hui que la roue de l’histoire semble reculer, aujourd’hui que le mouvement communiste international se trouve dans des conditions de crise et de récession, aujourd’hui que les longs effets de la contre-révolution (début des années 90) renforcent la notion fausse de nombreux travailleurs qu’il n’y a pas d’issue alternative au capitalisme.

 

Le développement historique lui-même contribue à révéler la propagande bourgeoise que le caractère de la tentative socialiste – communiste était utopique. Aucun système socio-économique dans l’histoire de l’humanité ne fut pas établi une fois pour toutes, suivant un chemin linéaire consistant en victoires des forces de classe qui étaient chaque fois les vecteurs du progrès social. Après le grand soulèvement des esclaves, Spartacus fut crucifié, mais l’esclavage a été surmonté historiquement. Après la révolution bourgeoise française de 1789, Robespierre fut décapité, mais la féodalité n’avait plus d’avenir.

 

La bourgeoisie cache délibérément qu’il a fallu quatre siècles pour consolider son  pouvoir. Il a fallu quelques siècles, des premières émergences de la bourgeoisie au 14e siècle dans les villes commerciales de l’Italie du Nord jusqu’aux révolutions bourgeoises des 18e et 19e siècles, jusqu’à ce que les relations capitalistes soient suffisamment développées, pour qu’elle soit en mesure d’imposer elle-même l’abolition complète des rapports de production féodaux. Les défaites politiques subies par la bourgeoisie ne contredisent pas le fait qu’il était historiquement nécessaire que les relations dépassées de production entre le féodal et le serf soient remplacées par des relations bourgeoises entre le capitaliste et l’ouvrier.

 

Les représentants politiques de la bourgeoisie prétendent en vain que le capitalisme est irremplaçable, éternel, et que la lutte révolutionnaire de classe n’est plus le levier du développement historique.

 

L’existence et le succès de la société socialiste pendant des décennies, lancée par la Révolution d’Octobre, a démontré qu’une société sans maîtres, sans capitalistes qui possèdent les moyens de production, est possible. Cette conclusion n’est pas annulée par le fait que dans cette période particulière elle n’a pas pu vaincre définitivement la propriété capitaliste et le profit capitaliste.

 

Le Socialisme est toujours nécessaire, réaliste et d’actualité

 

La nécessité et l’actualité du socialisme, la possibilité d’éliminer la propriété privée des moyens de production concentrés résultent du développement capitaliste qui conduit à la production concentrée. La propriété capitaliste implique le freinage du caractère social de la production. La propriété capitaliste annule la possibilité que tous les travailleurs vivent dans des meilleures conditions, socialement organisées, répondant aux besoins croissants de l’homme: travail pour tous sans le cauchemar du chômage, travailler moins d’heures en jouissant de meilleures conditions de vie, l’enseignement étant exclusivement public et gratuit de haut niveau, avec des services de Santé et de bien-être correspondants.

 

Ces possibilités sont générées par le travail de la classe ouvrière dans le capitalisme, et sont élargies par le développement de la science et de la technologie. Cependant, dans une société où ce qui sera produit et son mode de fabrication sont déterminés en fonction du profit individuel, capitaliste, les besoins de la classe ouvrière et des couches populaires sont écrasées.

 

L’essence du problème réside dans le fait que c’est d’autres qui produisent et d’autres qui décident des objectifs et de l’organisation de la production. Les crises économiques cycliques sont dans l’ADN du capitalisme et deviennent de plus en plus profondes et synchronisées, avec pour conséquence la forte augmentation du chômage, l’expansion de nouveau du travail sous-payé et non assuré, la vie avec des droits écrasés, avec des guerres impérialistes pour le partage des marchés et des territoires.

 

La détérioration des conditions de travail et de vie, en dépit de l’augmentation de la productivité du travail, affecte tout le monde capitaliste, et même les États capitalistes les plus développés. Les États capitalistes eux-mêmes, leurs centres de recherche, admettent que le revenu du travail se réduit, alors que les richesses des capitalistes augmentent.

 

Comme dans les précédentes périodes de bouleversements sociaux, le facteur décisif de l’érosion du pouvoir de l’ancien système d’exploitation est toujours ses conflits internes, l’intensification de ses contradictions. Ceux-ci permettent à la lutte de classe de développer, d’intensifier et d’obtenir un caractère subversif. Aujourd’hui, à l’ère du capitalisme monopoliste, la contradiction fondamentale du système est exacerbée, c’est-à-dire alors que le travail et la production sont socialisés à une échelle sans précédent, c’est les actionnaires des groupes monopolistes qui profitent de la plupart de leurs résultats. Ce sont des grands actionnaires, des parasites de la vie économique qui, sans être nécessaires pour l’organisation et la gestion de la production, exploitent et saignent à blanc la classe ouvrière; des actionnaires qui souvent ne savent même pas où se trouvent ni ce que produisent les groupes dont ils sont actionnaires et qui réalisent les profits qu’ils récoltent.

 

Parallèlement à  la domination des groupes monopolistes, la tendance à la stagnation relative est renforcée, à savoir la stagnation par rapport au potentiel et la dynamique créés par le niveau actuel de développement des forces productives, par rapport à ce qui pourrait être produit quantitativement et qualitativement si la société se débarrassait du profit en tant que motif de la production. Des éléments du parasitisme et de la stagnation relative sont: la soi-disant obsolescence programmée des biens (l’utilisation des connaissances scientifiques pour limiter la durée de vie des produits), les restrictions à la diffusion de la technologie par les soi-disant brevets appartenant aux groupes d’affaires, la dépréciation pour une période du développement des secteurs qui ne réalisent pas des profits suffisants (par exemple, renforcement contre les tremblements de terre), la destruction de l’environnement par son exploitation irrationnelle motivée par le profit capitaliste maximal, les dépenses massives en matière de recherche scientifique pour la production d’armes et de  moyens de répression, etc.

 

Aujourd’hui, le rapport de force négative au détriment de la classe ouvrière reproduit l’impression (sous la domination de l’idéologie bourgeoise) que le pouvoir et l’agressivité du capital sont invincibles. Mais il ne peut pas cacher la pourriture du capitalisme et la possibilité objective d’abolir la propriété privée des moyens de production, de les socialiser par le pouvoir ouvrier et les utiliser dans le cadre de la planification centrale et à des fins sociales.

 

Toute l’histoire de la Révolution d’Octobre et ce qui a précédé démontrent que le rapport de force négative n’est pas éternelle et inchangée.

 

L’émergence des conditions favorables pour le renversement révolutionnaire

 

Le fait que les conditions de la construction de la société socialiste – communiste sont formées, n’entraîne pas sa réalisation automatique. Une raison importante est que, contrairement aux lois de la nature, le développement social exige l’activité des hommes, dans ce cas, la lutte de classe pour l’abolition de l’ancienne et la construction de la nouvelle société.

 

Le déclenchement de la révolution socialiste (comme toute révolution sociale de l’histoire humaine) nécessite l’émergence d’une condition où la capacité de la classe dirigeante d’intégrer, de supprimer, d’assurer le peuple, affaiblit.

 

Lénine a formulé le concept de la situation révolutionnaire et a identifié les principales caractéristiques objectives et subjectives qui  s’accumulent dans  la société à la veille de la révolution:

 

– Ceux « d’en haut» (la classe dirigeante des capitalistes) ne peut gouverner et diriger comme avant.

 

– Ceux « d’en bas » (la classe ouvrière et les couches populaires) ne veulent pas vivre comme avant.

 

– Il y a une intensification inhabituelle de l’activité des masses.

 

Ainsi, la misère et le mécontentement de ceux « d’en bas » intensifient leur activité politique, alors que parmi ceux « d’en haut » dominent l’embarras, la faiblesse, les contradictions, l’indécision.

 

L’apparition d’une telle situation favorable pour le renversement révolutionnaire de la société capitaliste est objective et découle de l’exacerbation abrupte de ses contradictions.

 

Mais, comme l’a souligné Lénine de façon ciblée, chaque situation révolutionnaire ne se transforme pas en révolution. Ni la réaction de ceux d’en bas, ni la crise de ceux d’en haut n’entraînera pas le renversement, sans le soulèvement révolutionnaire planifiée de la classe ouvrière, sous la direction de son avant-garde consciente.

 

En d’autres termes, pour la manifestation de la révolution ouvrière, la présence de l’avant-garde politique révolutionnaire, du Parti communiste, est nécessaire, qui est équipé de l’élaboration théorique et de la capacité de prédiction des développements, fondées sur la vision marxiste – léniniste du monde, et capable de diriger le soulèvement révolutionnaire de la classe ouvrière.

 

Bien sûr, il n’est pas possible de prédire tous les facteurs qui peuvent conduire à une situation révolutionnaire. L’expérience historique a mis en évidence comme des facteurs importants l’apparition de la crise capitaliste profonde synchronisée, combinée avec le déclenchement de la guerre impérialiste.

 

La première révolution ouvrière victorieuse en Russie a été le résultat de la capacité de la classe ouvrière, sous la direction de son parti, d’assumer ce rôle dans de telles conditions. Lénine a prédit avec succès la possibilité de la situation révolutionnaire en Russie, la possibilité que Russie apparaisse comme le maillon faible de la chaîne impérialiste dans des conditions de la Première Guerre mondiale impérialiste.

 

La marche des Bolcheviques vers la victoire d’Octobre 1917

 

En Russie tsariste avant la Première Guerre mondiale, tandis que le capitalisme se développait rapidement, il y avait des éléments solides de l’ancien État totalitaire, dirigé par le tsar, qui avaient survécu, alors qu’une énorme masse de paysannes – petits agriculteurs coexistaient à la campagne, torturés par des vestiges importants des relations féodales.

 

La révolution de 1905 – 1907 a conduit à la formation de la Douma d’État, à savoir une forme d’institution représentative légal avec des droits très limités, ce qui ne signifiait en aucun cas la transition vers un système parlementaire bourgeois typique. L’institution de la Douma exprimait un compromis entre les sections de la bourgeoisie et le régime tsariste. À la campagne, en dépit du fait que le servage en Russie avait été officiellement aboli en 1861, une grande partie des agriculteurs souffraient de l’oppression des grands propriétaires terriens, qui les forçaient à faire des corvées ou à leur livrer la moitié de leur récolte.

 

Dans la période de la révolution de 1905, les Soviets sont nés comme des noyaux d’organisation de l’action révolutionnaire de la classe ouvrière dans les conditions de la lutte aiguée caractérisant les grèves et les conflits de classe. Ils constituaient une nouvelle forme d’organisation de la classe ouvrière avec des représentants élus et ils ont servi de germes et de formes du pouvoir ouvrier future.

 

La création de grandes usines dans les centres névralgiques des grandes villes russes comme Moscou et Saint-Pétersbourg (plus tard Leningrad), a conduit à une croissance importante du travail salarié, rendant la classe ouvrière la principale force sociale dans le pays, en dépit du fait qu’elle ne formerait pas la majorité à la population et au territoire de l’empire tsariste.

 

Dans ces conditions complexes, les bolcheviks ont formé une ligne stratégique visant, à travers le développement de la lutte de classe, à assurer deux questions importantes: a) L’indépendance politique de la classe ouvrière dans la révolution bourgeoise imminente, pour que le prolétariat ne s’accroche pas à la bourgeoisie. b) La direction de l’ensemble du mouvement populaire par la classe ouvrière (à savoir l’alliance sociale du prolétariat avec la petite-moyenne paysannerie), pour que la révolution ait du caractère radical par rapport à l’époque historique, pour que la transition vers la révolution socialiste soit facilitée. Ainsi, dans la lutte pour l’action commune de la paysannerie avec la classe ouvrière, la stratégie bolchevique était basée sur la ligne: avec toute la paysannerie contre le Moyen Age. Puis, avec la paysannerie pauvre, avec les semi-prolétariens contre le capitalisme, ensemble contre les riches du village.

 

D’une part, cette stratégie se fondait sur l’estimation que le développement du capitalisme en Russie était objectivement en contraste avec la superstructure politique retardée du tsarisme et le maintien des résidus de servage dans la campagne, et d’autre part, sur l’idée d’un processus révolutionnaire au niveau européen. En même temps, la bourgeoisie de 1905 n’était plus la bourgeoisie progressiste de l’époque des révolutions bourgeoises du 18e et 19e siècle. Par ailleurs, le capitalisme était passé au niveau mondial à l’ère réactionnaire de l’impérialisme. Il craignait plutôt que cherchait une révolution politique, puisque sa classe adversaire, la classe ouvrière, constituait une force politique indépendante.

 

Ainsi, Lénine considérait que le renversement révolutionnaire devrait établir un gouvernement révolutionnaire provisoire, la « dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie », qui mettaient en œuvre le contenu du programme «minimum » des bolcheviks (assemblée constituante, droit de vote universel, réforme agraire, etc.). Ce pouvoir effacerait radicalement les résidus du tsarisme, alors qu’il donnerait lieu à la révolution prolétarienne en Europe occidentale capitaliste développé, qui constituerait un soutien pour la révolution prolétarienne en Russie. À l’époque, les bolcheviks associaient la révolution démocratique bourgeoise à la révolution socialiste, ils soulignaient la défense des intérêts particuliers de la classe ouvrière et la nécessité d’exercer une pression constante sur le gouvernement révolutionnaire pour l’expansion des acquis de la révolution.

 

La « dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie », comme disait Lénine, pourrait avoir la volonté unitaire quant à l’écrasement de l’autocratie,  mais non par rapport au socialisme. Lénine prévoyait qu’au fil de l’évolution de la révolution, la lutte au sein de l’alliance elle-même des ouvriers et des agriculteurs et de leur pouvoir s’exacerberait, et conduirait finalement à la séparation complète de la classe ouvrière des paysans moyens et riches, avec pour but la victoire du prolétariat sur les petits bourgeois et bien sûr le passage à la « dictature du prolétariat ».

 

Cette ligne des bolcheviks entrait en conflit avec les opportunistes de droite de cette époque, les mencheviks, mais aussi avec Trotski qui sous-estimait le rôle et l’importance de la paysannerie. Lénine estimait que la position de Trotski conduisait à la « négation du rôle de la paysannerie » et portait un coup à la révolution.

 

L’entrée de la Russie dans la Première Guerre mondiale a exacerbé les contradictions sociales. Les défaites répétées de l’armée russe au front, les pertes des territoires (par exemple de la Pologne, des États baltes) ont provoqué un mécontentement considérable, non seulement parmi les ouvriers et les paysans qui souffraient des ravages de la guerre, mais aussi parmi la bourgeoisie de la Russie. Le fait que les cycles du tsarisme avaient commencé à s’orienter vers l’Allemagne et la possibilité de conclure une paix séparée, a déclenché la réaction de la bourgeoisie, une réaction assistée par l’Angleterre et la France et qui a conduit à l’organisation des plans pour renverser le tsar. Dans le même temps, en 1916, divers soulèvements ethniques ont éclaté dans le Caucase et en Asie centrale contre l’empire tsariste.

 

Les plans de la bourgeoisie pour renverser le tsar ont été liés à des grandes mobilisations et grèves populaires qui ont eu lieu en février 1917 à la suite des pénuries d’aliments, du chômage massive et de l’exacerbation forte des problèmes sociaux. La création d’une situation révolutionnaire, l’action politique massive des ouvriers et des paysans qui étaient organisés dans les Soviets, la désintégration des lignes de l’armée, ont finalement conduit au renversement révolutionnaire du tsar.

 

La situation révolutionnaire est née sur le terrain d’un processus complexe qui comprenait une série de facteurs importants: l’intensification des antagonismes inter-impérialistes, les souffrances que la guerre impérialiste avait accumulées les trois dernières années sur le dos des couches populaires, la rupture de l’alliance du tsarisme avec la bourgeoisie -ce qui ne permettait à ceux « d’en haut » de gouverner comme avant- le travail politique et organisationnel des bolcheviks avant et pendant la guerre dans les lignes de la classe ouvrière et des soldats.

 

L’aiguisement brutal des contradictions entre la bourgeoisie et le tsarisme dans des conditions de crise et de la guerre impérialiste, l’inéluctabilité de laquelle avait été indiqué par les bolcheviks, avait pour résultat que la bourgeoisie avait la haute main sur la révolution de février.

 

Le Gouvernement provisoire démocratique a été formé de représentants des partis libéraux bourgeois de Russie et était devenu un organe du pouvoir bourgeois. Pourtant, en même temps, la lutte politique massive des ouvriers et des paysans a permis de mettre en lumière l’organisation des masses armées qui ont participé au renversement du tsar à travers les Soviets (conseils des représentants).

 

À cette époque, les Soviets ont été dominés par les mencheviks (courant opportuniste) et les SR («socialistes-révolutionnaires petits bourgeois»), qui avaient mis de l’avant  la tâche de soutenir le gouvernement provisoire. Par conséquent, une situation a émergé que Lénine appelait « double pouvoir » pour décrire un moment de transition du processus révolutionnaire, où la bourgeoisie avait en effet pris le pouvoir, mais elle n’a pas été si puissante pour briser l’organisation armée des masses populaires (par exemple, les Soviets avaient leurs propres gardes).

 

Lénine,  en constatant  le compromis entre le Gouvernement provisoire démocratique et les Soviets, estimait qu’une politique spécifique devrait être déployée afin de convaincre les travailleurs, à partir de leur expérience, de la nécessité:

 

a) de ne pas soutenir le Gouvernement provisoire démocratique, qui était le gouvernement de la bourgeoisie.

 

b) de réaliser que la guerre qui continuait était impérialiste, prédatrice et injuste.

 

c) de quitter les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires, pour changer le  rapport de force dans les Soviets en faveur des bolcheviks.

 

d) que les Soviets prennent le pouvoir, en tant que condition pour résoudre toutes les demandes pressantes des couches populaires (paix, pain, terre).

 

Dans les fameux « Thèses d’avril » et ses autres écrits de cette époque, Lénine a donné une évaluation très claire du caractère de la révolution de février. Il estimait que le pouvoir a changé de mains, qu’il avait passé dans les mains de la bourgeoisie. Il a rappelé que la question principale dans la stratégie jusque-là des bolcheviks, la question de l’alliance sociale des travailleurs et des paysans, avait déjà eu lieu sous la forme des Soviets, indépendamment du fait que la majorité du prolétariat dans ceux-ci faisait confiance aux et était affecté par les représentants des couches petites-bourgeoises qui s’accrochaient à la bourgeoisie.

 

À l’égard de la position de « vieux bolcheviks » (Kamenev, Zinoviev, etc.) que la révolution démocratique-bourgeoise n’était pas encore achevée et qu’un certain nombre d’objectifs n’a pas été réalisé (par exemple assemblé constituante, réforme agraire), Lénine a répondu que la question principale dans chaque révolution était la question du pouvoir. En ce sens, la révolution démocratique-bourgeoise était finie.

 

La stratégie bolchevique alors devrait changer. À partir de février, la question centrale à résoudre était l’élévation de la conscience prolétarienne, la conquête de son avant-garde dans le cadre de l’alliance sociale. Cela exigeait la lutte au sein des organes révolutionnaires eux-mêmes (Soviets), le regroupement avec les semi-prolétariens et la paysannerie pauvre afin de préparer le terrain à la révolution socialiste.

 

Lorsqu’en juillet le Gouvernement provisoire démocratique a procédé à des mesures répressives sévères contre les bolcheviks et le mouvement ouvrier, les bolcheviks ont retiré le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets ». À cette période cruciale et surtout après le déclenchement du coup d’État militaire par le général Kornilov, Lénine a prédit que la situation objective entraînerait soit la victoire complète de la dictature militaire bourgeoise soit la victoire du soulèvement armée des ouvriers. Il a intensifié la lutte contre les illusions d’une transition pacifique parlementaire au socialisme et a déclaré que le but du soulèvement armé ne pouvait être que le passage du pouvoir dans les mains du prolétariat, avec le soutien de la paysannerie pauvre, pour la réalisation des objectifs programmatiques du Parti.

 

En septembre 1917, les bolcheviks étant majoritaires dans les Soviets de Petersburg et de Moscou, ont relancé le slogan « Tout le pouvoir aux Soviets » avec un contenu nouveau; pas comme avant, en tant que slogan qui révélerait le compromis, la réconciliation des mencheviks avec le gouvernement bourgeois et faciliterait le changement du rapport de force, mais comme un slogan pour le renversement du Gouvernement provisoire démocratique, comme un slogan de soulèvement révolutionnaire. Les bolcheviks ont agi dans ce sens, sans attendre les élections à l’Assemblée constituante ou le Congrès des Soviets.

 

La détermination de Lénine et de ceux de la direction des bolcheviks ayant soutenu ses positions, a finalement conduit à la révolution socialiste victorieuse le 25 octobre (7 Novembre, selon le nouveau calendrier) 1917.

 

L’expérience de la Révolution d’Octobre a révélé que c’était le pouvoir ouvrier soviétique, la dictature du prolétariat, qui a abordé les questions brûlantes des travailleurs (terre, pain, paix), en non le pouvoir bourgeois ou un pouvoir «intermédiaire», qui en réalité ne peut pas exister. Le pouvoir soviétique a ouvert la voie à l’abolition des rapports capitalistes de production.

 

Αfin d’atteindre la révolution victorieuse, le Parti bolchevique, avec la contribution décisive de Lénine, a fait des efforts théoriques et politiques continus pour développer son concept stratégique, approfondir et anticiper les changements rapides survenus dans le rapport de force des classes rivales, ainsi que dans l’influence politique au sein de la classe ouvrière elle-même. Les changements dans la ligne de la politique révolutionnaire de 1905 à Octobre 1917 reflètent la maturation de ses élaborations stratégiques.

 

Ce ne fut pas une tâche facile. À partir de la séparation des mencheviks en 1903 au 2e Congrès du Parti ouvrier social-démocrate russe (SDEKR) et la formation d’un parti séparé en 1912, les bolcheviks ont été forgés dans des conditions de lutte, de séparation idéologique, politique et organisationnel des forces de l’opportunisme.

 

La route vers la victoire était le résultat d’une élaboration théorique et politique continue, intense. L’étude des caractéristiques du capitalisme monopoliste (par l’œuvre « Impérialisme, stade suprême du capitalisme »), de l’attitude envers l’État bourgeois et du caractère du pouvoir ouvrier, à savoir la dictature du prolétariat («État et la Révolution »), l’approfondissement général dans la pensée matérialiste dialectique et l’analyse des développements (par l’œuvre «Matérialisme et Empiriocriticisme »), ainsi que l’analyse économique de la Russie tsariste (par l’œuvre « Le développement du capitalisme en Russie ») préalablement effectuée, avaient apporté  une contribution décisive à l’élaboration de la stratégie de la révolution socialiste.

 

Ces élaborations ont mis en lumière les possibilités de socialisation des moyens centralisés de production à l’époque du capitalisme monopoliste, ainsi que les possibilités créées par le développement économique et politique inégal et l’aiguisement des contradictions inter-impérialistes pour briser la chaîne impérialiste à son maillon faible et commencer l’effort de la construction du socialisme dans un seul pays ou un groupe de pays.

 

Lénine, en développant la stratégie des bolcheviks, a entré en conflit dans la pratique avec les positions de Plekhanov, Kautsky, Martov et même des cadres des bolcheviks qui pensaient qu’il était nécessaire que la Russie passe du stade de la soi-disant « maturation du capitalisme ».

 

Ces positions étaient répandues et puissantes en Russie prérévolutionnaire. Elles se fondaient sur le grand poids de la production agricole dans l’économie russe, le manque de sa mécanisation, le retard dans l’électrification, les survivances précapitalistes dans une grande partie de l’empire tsariste. Lénine a mis en exergue le développement des relations capitalistes, la création des groupes monopolistes dans les grandes villes et la possibilité que les rapports de production socialistes donnent une grande impulsion au développement des forces productives.

 

La maturation de la stratégie bolchevique n’était pas bien sûr une œuvre en un acte. Le Parti des bolcheviks a gagné la capacité de tirer des conclusions de l’initiative révolutionnaire que les masses développaient dans des moments d’aiguisement de la lutte de classe, et d’utiliser les institutions qu’ils avaient créées (Soviets) en faveur du soulèvement révolutionnaire.

 

À chaque étape du développement de la lutte de classe, il a montré une capacité caractéristique de soutenir la stratégie par la politique appropriée, des alliances, des slogans, des manœuvres et la confrontation ciblée  avec les mencheviks et les autres forces opportunistes. Il a utilisé de la meilleure façon l’expérience militante acquise par ses membres dans les luttes de classe dures pendant toute la période 1905 – 1917. Il a travaillé de façon constante et résolument pour le changement du rapport de force dans le mouvement syndical; il a été en mesure de changer le rapport de force dans les plus grands syndicats à Saint-Pétersbourg et à Moscou au cours de la période de la Première guerre mondiale, et surtout d’augmenter progressivement son influence sur les institutions des ouvriers et des soldats révoltés (Soviets). La préparation théorique et la capacité pratique militante ont permis au Parti des bolcheviks de forger des liens révolutionnaires avec les forces ouvrières – populaires et de ne pas succomber aux difficultés pratiques rencontrées dans son action, comme la violence étatique et paraétatique.

 

Pendant la période difficile de 1905 à 1917, les bolcheviks ont fait face dans la pratique non seulement à la violence de l’État tsariste, mais aussi à l’action contre-révolutionnaire des couches petites-bourgeoises et des masses populaires arriérées. Les Cent-Noirs dans la révolution de 1905 en sont un exemple caractéristique. Lénine soulignait que les actions pour les affronter servaient de terrain de formation des groupes militants ouvriers. L’effort déployé par les bolcheviks pour la maturation de la conscience de classe des ouvriers dans ces années-là était titanesque. Il suffit de penser que pendant l’une des plus grandes manifestations à Petrograd en 1905, la foule tenait des icônes de saintes et du tsar lui-même et chantait des hymnes avant essuyer une attaque armée de la Garde tsariste.

 

Surtout dans la période critique de février à octobre 1917, ils ont confronté des politiciens bourgeois très compétents, comme Kerenski, qui disposaient des grandes capacités quant à la tromperie des masses. Les bolcheviks ont réussi parce qu’ils ont travaillé patiemment, avec audace, avec un plan de préparation politique, organisationnelle et militaire pour le soulèvement révolutionnaire.

 

Le résultat victorieux de la Révolution d’Octobre a confirmé la stratégie de la révolution socialiste ainsi qu’une série de principes liés au renversement révolutionnaire du capitalisme: le rôle dirigeant du Parti communiste révolutionnaire, son fonctionnement basé sur le principe du centralisme démocratique, ayant comme éléments fondamentaux la collectivité et l’assurance de l’action uniforme; la nécessité de regrouper la classe ouvrière contre le pouvoir du capital, la nécessité d’attirer des parties d’agriculteurs et d’autres classes moyennes dans la révolution et de neutraliser des autres; le caractère historiquement obsolète et réactionnaire de la bourgeoisie, la nécessité de ne pas participer ou soutenir un gouvernement dans le cadre du capitalisme, la non existence de types de pouvoir transitoires entre le capitalisme et le socialisme, la nécessité d’écraser l’État bourgeois.

 

L’étude de la stratégie des bolcheviks dans la Révolution d’Octobre et de l’évolution pour sa formulation (1905-1917) conduit à des conclusions significatives. Elle donne une expérience précieuse en ce qui concerne le rapprochement des communistes avec des travailleurs et des couches populaires ayant une conscience de classe immature. Les bolcheviks ont réussi à combiner avec succès l’étude des développements intérieurs et internationaux, le travail théorique et l’étude de l’expérience de la lutte de classe dure en Russie. Cette combinaison est maintenant plus nécessaire que jamais pour que les communistes puissent travailler efficacement dans des conditions complexes et difficiles, où le rapport de force est négatif.

 

Sur la stratégie du mouvement communiste international au 20e siècle

 

Le Parti bolchevique et la Révolution d’Octobre étaient la continuité historique de l’action de l’aile marxiste révolutionnaire dans le cadre de la Première et la Deuxième Internationale. Ils ont contribué au déclenchement des soulèvements ouvriers dans les années suivants, comme à Berlin, à Budapest, à Turin, qui ont été vaincus. Plus généralement, la Révolution d’Octobre a accéléré le développement du mouvement communiste international et a conduit à la création du Troisième Internationale communiste (1919 – 1943), mis en place à l’égard de la puissance globale du capital. La nécessité d’une distinction claire et de l’intensification de la lutte avec les partis sociaux-démocrates qui avaient trahi la classe ouvrière dans la Première Guerre mondiale, a conduit à la formulation des 21 conditions pour l’adhésion d’un parti à la Troisième Internationale, dans son 2e Congrès en 1920, des conditions concernant la sauvegarde du caractère révolutionnaire.

 

Toutefois, l’expérience positive de la Révolution d’Octobre n’a pas était assimilée et n’a pas dominé tout au long de l’Internationale communiste. Au contraire, à travers un processus contradictoire, a prévalu de manière significative le concept stratégique qui, en général, fixait l’objectif d’un pouvoir ou d’un gouvernement de type intermédiaire, entre le pouvoir bourgeois et le pouvoir ouvrier, en tant que transition vers le pouvoir socialiste. Souvent, ce choix a été justifié par l’élaboration stratégique initiale des bolcheviks et même appliqué dans des économies capitalistes et des États bourgeois formés, dans des pays qui historiquement n’avaient pas eu des conditions similaires avec la Russie en 1905.

 

Les causes de ce processus nécessitent certainement une étude plus profonde, plus approfondie, que nous, en tant que Parti, continuons. Cependant, on peut déjà souligner certains facteurs et difficultés qui ont contribué à la prédominance  des élaborations stratégiques problématiques.

 

Quelques années après la victoire d’Octobre, la vague de soulèvement révolutionnaire du mouvement ouvrier a régressé, surtout après la défaite de la révolution en Allemagne en 1918 et en Hongrie en 1919, tandis que la création des conditions de situation révolutionnaire à l’époque n’étaient pas exploitées par certains Partis communistes. Puis, après 1920, les puissants pays capitalistes ont surmonté temporairement la crise économique et ont été stabilisés. La majorité des travailleurs syndiqués est restée piégée dans les partis sociaux-démocrates. Au sein de certains d’entre eux la lutte aiguisée continuait en même temps, comme en Italie et en Allemagne.

 

Dans le même temps, le conflit a été exacerbé au sein du PCR (bolchévique) entre les forces qui déclaraient que la construction du socialisme était impossible sans la victoire de la révolution socialiste dans l’Ouest capitaliste développé (Trotski, etc.), et les forces, dirigées par Staline, qui affirmaient que le pouvoir soviétique devrait placer au premier plan la construction socialiste.

 

À côté du déclin de la vague révolutionnaire, combinée à la lutte de classe très forte dans l’Union soviétique, et des obstacles qu’il a fallu surmonter  dans très peu de temps, il y avait la menace croissante d’une nouvelle attaque impérialiste militaire contre l’URSS dans les années 1930. Le débat sur les mesures à prendre pour l’affronter a exacerbé des contradictions et des lacunes théoriques dans l’élaboration d’une stratégie révolutionnaire appropriée.

 

L’effort complexe de la politique extérieure de l’URSS de retarder en tant que possible l’attaque impérialiste et d’exploiter les contradictions entre les centres impérialistes dans ce sens, est associé à des changements importants dans la ligne de l’Internationale communiste, qui ont joué un rôle négatif dans le cours du mouvement communiste international les décennies à venir. Les changements concernaient le traitement du courant fasciste, l’attitude envers la social-démocratie et la démocratie bourgeoise elle-même. On a l’émergence de la distinction politique des alliances impérialistes de cette période en agressives, comprenant les fascistes, et en défensives, comprenant les forces démocratiques-bourgeoises.

 

Plus précisément, l’estimation sur l’existence d’une aile droite et d’une aile gauche au sein des partis sociaux-démocrates dans les années 30 était erronée, sur laquelle se fondait l’alliance avec eux. Ce fait sous-estimait leur mutation complète en partis bourgeois. Cette fausse distinction a été maintenue après la Seconde Guerre mondiale.

 

Ces changements objectivement enfermaient la lutte du mouvement ouvrier sous la bannière de la démocratie bourgeoise. De même, la distinction des centres impérialistes en pacifiques et en belliqueux masquait le vrai coupable de la guerre impérialiste et de la montée du fascisme, le capitalisme monopoliste. À savoir, la tâche impérative stratégique des Partis communistes de combiner le rassemblement des forces pour la lutte pour la libération nationale et la lutte antifasciste avec la lutte pour le renversement du pouvoir bourgeois, en utilisant les conditions de la situation révolutionnaire formées dans plusieurs pays, n’a pas été mise à la lumière.

 

En général, dans les élaborations stratégiques de l’Internationale communiste, le caractère de l’époque a été sous-estimé et l’identification du caractère de la révolution sur la base de la position d’un pays capitaliste dans le système impérialiste international a dominé. À savoir, le plus bas niveau de développement des forces productives d’un pays par rapport au plus haut niveau atteint par les principales forces du système impérialiste international, et le rapport de force négative à l’égard du mouvement ouvrier révolutionnaire, ont été adoptés à tort en tant que critère pour identifier le caractère de la révolution.

 

Cette approche méthodologique erronée sous-estimait la capacité de rapports de production socialistes à donner une grande impulsion et à libérer le développement des forces productives dans un pays capitaliste. Par exemple, le retard existant dans l’électrification que l’URSS avait hérité, a été dépassé très rapidement, l’analphabétisme également. Le pouvoir ouvrier a organisé des services sociaux qui à l’époque étaient sans précédent.

 

Le développement inégal des économies capitalistes et les relations inégales entre pays ne peuvent pas être supprimés dans le cadre du capitalisme. En fin de compte, le caractère de la révolution dans chaque pays capitaliste est objectivement déterminé par la contradiction fondamentale qu’elle doit résoudre, indépendamment du changement relatif de la position de chaque pays dans le système international impérialiste. Le caractère socialiste et les tâches de la révolution résultent de l’aiguisement de la contradiction fondamentale entre le capital et le travail dans tous les pays capitalistes à l’époque du capitalisme monopoliste.

 

Dans une série d’élaborations des Partis communistes, l’approche de l’objectif du pouvoir ouvrier se faisait en fonction du rapport de force et non de la détermination objective de l’époque historique où nous vivons, qui dépend du mouvement de la classe qui est chaque fois à la tête du développement social, à savoir de l’action vers la libération sociale.

 

Lénine, dans son ouvrage «Sous un faux drapeau», résume l’ère du capitalisme monopoliste de la manière suivante: « L’époque qui vient de commencer place la classe bourgeoise dans la même situation dans laquelle se trouvaient les seigneurs féodaux dans la première période (ici Lénine se réfère à la période de montée révolutionnaire de la classe bourgeoise, par la révolution bourgeoise française de 1789). C’est l’ère de l’impérialisme et des chocs impérialistes, ainsi que des chocs résultant de l’impérialisme ».

 

Le caractère de l’époque a une dimension mondiale, indépendamment des variations d’un pays à l’autre en ce qui concerne la mesure et le mode de mûrissement des conditions matérielles pour la transition vers le socialisme. L’indicateur principal de mûrissement du capitalisme est la concentration et l’expansion du travail salarié, de la classe ouvrière qui subit l’exploitation capitaliste.

 

La construction du socialisme en USSR

 

La Révolution d’Octobre a mis en lumière une organisation supérieure de la société, qui était radicalement différente de tous les systèmes qui l’ont précédé historiquement et qui avaient en commun l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

En URSS, personne ne pouvait avoir une autre personne « à son service. » La suppression de la location de main-d’œuvre étrangère est le résultat social le plus important de la Révolution d’Octobre, la matrice de toutes les conquêtes individuelles pour la vie des travailleurs. Par la planification centrale, en tant que relation sociale de production pour l’utilisation des moyens socialisés, des acquis sociaux importants ont été réalisés pour plusieurs décennies.

 

En URSS, le droit au travail était assuré pour la première fois dans la pratique, éliminant le chômage comme un phénomène social. Les bases de l’élimination des diverses discriminations économiques, politiques – idéologiques et sociales contre les femmes ont été jetées, en particulier dans des régions avec des retards énormes dans ce domaine. Les sciences, l’éducation gratuite à tous les niveaux et la Santé gratuite et de qualité pour tout le peuple ont été rapidement développées, l’accessibilité universelle et la possibilité de contribuer à la culture et au sport ont été garanties.

 

En outre, pour la première fois dans l’Histoire, des institutions ont été créées assurant la véritable participation des travailleurs dans la gestion des aspects de leur société, faisant sortir aux masses de la marge de la vie politique et sociale. Pour la première fois, le droit du travailleur et du jeune à élire et à être élu, un droit sur papier dans le capitalisme, est devenu essentielle. Ces gains ont constitué un point de référence et ont contribué, avec d’autres facteurs, à l’obtention des acquis par le mouvement ouvrier et populaire dans les États capitalistes. La pratique a démontré que plus les relations de production communistes approfondissent plus les relations sociales elles-mêmes sont également révolutionnées, les relations de l’individu avec la société. Il a été prouvé que les rapports de production socialistes peuvent garantir les droits sociaux collectifs.

 

L’importance des acquis ci-dessus se multiplie si on considère les circonstances dans lesquelles ils ont été atteints. La distance entre la Russie prérévolutionnaire et les puissants États capitalistes, comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France, était très grande, étant donné que ces États excellaient de manière significative au développement des forces productives et au niveau de productivité du travail.

 

Les puissants États capitalistes ont fondé leur développement sur l’exploitation de leur propre peuple et d’autres peuples (terrorisme par les employeurs, système colonial, violence contre les populations autochtones, exploitation du travail des enfants). Au contraire, le jeune pouvoir soviétique a tenté de créer les fondements économiques du socialisme par ses propres forces dans des conditions d’aiguisement de la lutte de classe, c’est-à-dire dans les conditions de réaction militante de la bourgeoisie à l’intérieur du pays et de son implication avec les efforts actifs depuis l’étranger pour renverser le pouvoir ouvrier. Les acquis en URSS ont été obtenus dans des conditions de sape active de la production, de menace permanente d’une intervention armée extérieure, d’assassinassions des bolcheviques et d’autres travailleurs et agriculteurs d’avant garde.

 

Des périodes caractéristiques sont les suivants: l’invasion de 14 États – avec la participation de la Grèce sous la direction du premier ministre El. Venizelos – en Ukraine en 1919 pour la répression de la révolution; les atrocités contre-révolutionnaires par lesquelles la bourgeoisie à l’intérieur de la Russie soviétique a répondu à ladite « offensive du socialisme contre les forces du capitalisme » pendant le premier plan quinquennal, la période 1929-1934 (qui comprenait l’industrialisation et la collectivisation – coopérativisation de la production agricole); puis, la période avant et pendant la Seconde guerre mondiale impérialiste, où l’attitude des États capitalistes – conjointement  avec les objectifs spécifiques de chacun- servait l’objectif commun de renverser l’URSS.

 

Les conséquences des deux guerres mondiales ont mis des obstacles supplémentaires à la construction socialiste, étant donné qu’aucun autre pays n’a pas subi des catastrophes de cette ampleur, alors que l’adversaire principal de l’URSS dans la concurrence mondiale entre le socialisme et le capitalisme, les États-Unis, n’ont connu la guerre sur leur territoire.

 

En abordant ces acquis, nous devons garder à l’esprit que la société soviétique n’était pas une société communiste mature, entièrement formée et « fleurie » dans tous ses aspects, mais une société communiste à un stade précoce du développement, une société en formation communiste.

 

La naissance et le développement de la société communiste ne peut que porter dans une large mesure les marques  de son passé capitaliste, mais aussi les conséquences de la domination capitaliste dans le monde entier. Ces conséquences – qui pouvaient être trouvées dans tous les domaines de la vie sociale de l’URSS – étaient des survivances de la vieille société au sein de la nouvelle, des survivances qui n’avaient pas été encore traitées radicalement, la transformation complète de toutes les relations sociales en communistes n’avait pas encore eu lieu.

 

La critique bourgeoise et petite bourgeoise de l’Histoire de l’URSS dissimule délibérément qu’il s’agit de l’histoire du stade immature de la société communiste. Elle souligne les faiblesses et les erreurs du point de vue d’une société communiste idéale, pour calomnier et empêcher l’action ouvrière révolutionnaire. En même temps, la propagande bourgeoise diversifiée invente des crimes, comme elle baptise le droit du pouvoir ouvrier à se défendre contre la sape extérieure, tout en falsifiant l’histoire, en assimilant le communisme au fascisme.

 

Mais la propagande bourgeoise ne peut pas masquer la supériorité  de la planification scientifique centrale pour le développement des forces productives, sur les bases solides assurés par le pouvoir ouvrier et la propriété sociale des moyens de production, des usines, des sources d’énergie domestiques, des ressources minérales, de la terre, des infrastructures. L’histoire de l’URSS montre ce que les travailleurs peuvent réaliser lorsqu’ils deviennent maîtres des moyens de production et de la richesse sociale, lorsqu’ils prennent le pouvoir politique. Ce dernier fait des producteurs de richesse les véritables maîtres, et pas la démocratie parlementaire bourgeoise hypocrite qui est une arme de la domination capitaliste visant à l’asservissement de la classe ouvrière.

 

Les résultats de la planification scientifique centrale du pouvoir ouvrier, comme l’élimination du chômage, la spécialisation rapide et efficace des forces de travail, sa distribution ciblée  dans l’ensemble de l’économie, les réussites  dans l’exploration spatiale, la conversion de l’industrie pacifique en guerrière à la veille de la Seconde guerre mondiale, sont sans précédent, si nous tenons également compte du retard précapitaliste de plusieurs régions et de l’inégalité profonde du développement capitaliste qui existait à l’intérieur de la Russie tsariste. La distance parcourue par le pouvoir ouvrier au niveau national et international quant au développement des forces productives était vraiment énorme.

 

Comment et pourquoi nous en sommes arrivés à la contre-révolution et au renversement de la construction socialiste

 

La construction socialiste en URSS n’a pas suivi un cours linéaire, stable et ascendante. Pour évaluer de façon critique l’expérience positive et négative du premier effort de construction socialiste dans l’histoire, il est nécessaire de distinguer brièvement ses principales étapes historiques.

 

Après l’intervention extérieure désastreuse  pour la base productive du pays, la guerre civile de classe (1917 – 1922) et la nouvelle politique économique (1922 – 1929) – adoptée en tant qu’un retraite temporaire dans les circonstances particulières – la formulation du premier plan quinquennal en 1929 signifiait le début de l’attaque des forces du socialisme. À partir de ce moment jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la lutte pour le développement des rapports de production communistes, l’abolition du travail salarié et la domination du secteur socialisé de la production sur la base de la planification centrale, a été menée avec succès en général. Cette lutte a été livrée avec succès, en dépit du fait que les conditions de l’encerclement impérialiste et de la menace de guerre – conjointement  avec l’héritage du grand retard- imposaient l’accélération du processus de construction de nouvelles relations.

 

À cette époque, les nouvelles institutions de participation ouvrière ont été développées, ayant initialement comme noyau le lieu de travail, une relation politique qui ensuite était compromis en cédant à des difficultés objectives existantes et à des pressions subjectives. Sous la pression également de la préparation pour la contribution active de tout le peuple face à la guerre à venir, la Constitution soviétique de 1936 a généralisé  le droit de vote au suffrage universel secret en fonction du lieu de résidence. Les assemblées des représentants dans chaque unité de production, en tant que noyaux d’organisation du pouvoir ouvrier, s’étaient dégradées. Dans la pratique, la difficulté de révoquer les représentants des organes supérieurs de l’État a été augmentée.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction et ensuite le développement des relations communistes imposaient de nouvelles exigences et des défis requérant l’ajustement de la stratégie révolutionnaire. Les premières années après la guerre, la direction anti-marché a dominé au sein du PCUS, qui – en dépit des faiblesses et des lacunes théoriques – est restée ferme dans l’objectif du développement des relations communistes, de l’élimination planifiée des inégalités, du caractère commercial des produits agricoles (en conjonction avec l’objectif de transformer les kolkhozes – coopératives en propriété sociale).

 

Malgré le succès du premier plan économique de l’après-guerre, la production agricole connaissait  un retard. Il y avait quelques problèmes aussi dans les résultats de la planification centrale, y compris dans les proportions entre les secteurs de production.

 

La vie a montré qu’il n’y avait pas de dynamique théorique collectivement conquise permettant d’ajuster la stratégie communiste aux défis posés par le nouveau niveau de développement de la production sociale. Les problèmes rencontrés ne sont pas correctement interprétés et leur traitement n’était pas axé sur le renforcement et l’expansion des relations communistes.

 

Ils ont été interprétés comme des faiblesses inévitables qui sont dans la nature de la planification centrale et non comme le résultat des contradictions des survivances de l’ancien, le résultat d’erreurs dans le plan qui n’était pas élaboré de manière scientifique. Ainsi, au lieu de rechercher la solution vers l’avant, au moyen de l’expansion et du renforcement des rapports communistes de production et de distribution, elle a été recherchée vers l’arrière, dans l’utilisation des outils et des rapports de production du capitalisme. La solution a été recherchée dans l’expansion du marché, dans le «socialisme de marché».

 

Le 20e Congrès du PCUS (1956) était le point tournant, parce que pendant celui-ci, au moyen de ladite « culte de la personnalité », une série de positions opportunistes ont été adoptées par rapport à des questions de la stratégie du mouvement communiste, des relations internationales et partiellement de l’économie. De manière plus générale, la direction centrale de la planification a été affaiblie. Plutôt que de concevoir la transformation des kolkhozes en sovkhozes, et notamment de commencer le passage de toute la production des coopératives et des kolkhozes au contrôle de l’État, en 1958, les tracteurs et autres machines sont passés à la propriété des kolkhozes, une position qui avait été rejetée auparavant.

 

Quelques années plus tard, en commençant par la soi-disant « réforme Kossyguine» (1965), la catégorie bourgeoise du « profit commercial  » de chaque unité de production individuelle a été adoptée, alors que les rémunérations des directeurs et des employés ont été liées à celui-ci. L’estimation de la productivité des unités de production socialistes en termes de volume de production a été remplacée par l’évaluation de la valeur de leur produit. Le processus d’accumulation de chaque unité socialiste a été découplé de la planification centrale socialiste entraînant l’affaiblissement du caractère social des moyens de production et de stocks de produits. De plus, jusqu’en 1975, toutes les fermes d’État, les sovkhozes, étaient passés au régime d’auto-préservation complète. Toutes ces mesures ont conduit à la création des conditions de l’usurpation et de la propriété individuelles, des relations qui ont été interdites par la loi.

 

Les différences de revenus du travail entre les travailleurs et les cadres dans chaque entreprise ont été augmentées, ainsi qu’entre les travailleurs d’entreprises différentes. L’intérêt individuel a été renforcé au détriment de l’intérêt social. Un coup a été porté à la conscience communiste, à l’attitude de la défense et de la promotion de la propriété sociale.

 

Le soi-disant « capital de l’ombre » est apparu comme résultat non seulement de l’enrichissement provenant du profit commercial, mais aussi du marché « noir », des actes d’usurpation criminelle du produit social. Il cherchait son opération légale en tant que capital dans la production, à savoir la privatisation des moyens de production et la location de travail étranger, la restauration du capitalisme. Les détenteurs de celui-ci étaient les moteurs sociaux de la contre-révolution.

 

Vers la même époque, la conception marxiste-léniniste de l’État ouvrier a été révisée. Le 22e Congrès du PCUS (1961) a décrit l’État de l’URSS comme «État de tout le peuple » et le PCUS comme « parti de tout le peuple ». Ces positions ont donné lieu à l’atténuation rapide et puis à la mutation des caractéristiques révolutionnaires et de la composition sociale du parti. La conversion de la dégénérescence opportuniste du PCUS en force contrerévolutionnaire ouverte a eu lieu en 1987, avec l’adoption de la loi consacrée à la protection  au niveau institutionnel des relations capitalistes sous prétexte de la diversité des relations de propriété, la fameuse politique de «perestroïka» et de « glasnost ». Cet événement marque le début officiel de la période de contre-révolution.

Tandis que la direction du PCUS adoptait des choix affaiblissant le caractère social de la propriété et renforçant le strict  intérêt individuel et de groupe, des sentiments d’aliénation de la propriété sociale ont été créés et la conscience de classe des travailleurs était érodée. La pratique ne correspondait pas de plus en plus aux déclarations, ce qui entraînait l’indifférence, l’individualisme. Ce cours explique la passivité d’une grande partie du peuple dans la période des bouleversements contre-révolutionnaires et montre en même temps la dégénérescence atteinte par le noyau dirigeant du PCUS.

 

L’élaboration d’une stratégie révolutionnaire contemporaine par le KKE

 

Après les bouleversements dans l’URSS et d’autres pays socialistes, ainsi que la manifestation de la crise au sein du KKE en juillet 1991 qui a conduit à l’élimination du groupe opportuniste qui agissait dans ses rangs, le Parti communiste a commencé le processus de sa reconstruction révolutionnaire.

 

Dans des conditions difficiles, à cause des conséquences de la contre-révolution sur le mouvement communiste international, le KKE a cherché au cours de ces années d’étudier les tendances actuelles, de tirer des conclusions de l’expérience historique de la lutte de classe en Grèce et au niveau international et aussi d’approfondir et d’élargir ses liens militants avec la classe ouvrière et les couches populaires. Les principales conclusions de tout ce cours, après un premier effort d’étude dans les années ‘90, se sont cristallisées dans les estimations pour le socialisme en URSS (18e Congrès, 2009) et dans le Programme adopté par le 19e Congrès en 2013. Bien sûr, cet effort continue. De manière plus générale, le KKE cherche que la lutte économique et politique quotidienne ne se détache pas de la principale tâche politique révolutionnaire du renversement du pouvoir du capital.

 

Les facteurs qui conduiront à une situation révolutionnaire ne peuvent pas être prédits. Toutefois, l’aggravation de la crise économique, l’aiguisement des contradictions entre les centres impérialistes conduisant même à des conflits militaires, peuvent créer de telles conditions en Grèce. En cas d’engagement militaire impérialiste de la Grèce, que ce soit à une guerre défensive ou une guerre agressive, la classe ouvrière, le mouvement populaire, ne doivent pas se ranger sous la bannière étrangère. Le Parti dirigera l’organisation indépendante de la lutte des travailleurs pour mener à la défaite totale de la bourgeoisie qui entraîne  la guerre ou la « paix » avec le pistolet sur la tempe.

 

Le fait que le KKE a élaboré une stratégie révolutionnaire contemporaine augmente sa capacité d’organiser des foyers de résistance et de contre-attaque qui se trouvent en première ligne, dans tous les secteurs de l’économie, tout grand lieu de travail, dans toutes les régions du pays.

 

Le renforcement du KKE à tous les niveaux, dont s’est occupé le récent 20e Congrès du Parti, constitue une condition préalable à la promotion de sa politique révolutionnaire.

 

De nombreux travailleurs bien intentionnés se demandent si la construction du socialisme peut commencer dans un seul pays avec les capacités de la Grèce d’aujourd’hui. Le KKE répond:

 

– Les besoins du peuple peuvent être satisfaits, sur la base de la capacité de production et de la richesse produite dans notre pays.

 

– La production nationale peut décoller si elle se débarrasse des chaînes de la propriété capitaliste et de l’exploitation de la classe ouvrière.

 

– Seul le pouvoir ouvrier peut utiliser au profit du peuple les contradictions entre les alliances impérialistes, qui sont actuellement exacerbées.

 

– Il ne faut pas penser au rapport de force dans la région de manière statique, car il changera de manière significative dans des conditions révolutionnaires, non seulement dans notre pays mais aussi dans la région élargie.

 

En même temps, le KKE lutte pour la reconstruction du mouvement communiste international, selon les principes de l’internationalisme prolétarien, de la solidarité internationaliste entre les peuples contre le capitalisme et la guerre impérialiste, exprimé par le mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Quelques progrès sont déjà accomplis dans l’effort pour établir un pôle distinct fondé sur les principes du marxisme – léninisme, au moyen de la « Revue Internationale communiste » et l’Initiative communiste européenne.

 

Un élément constitutif de la stratégie contemporaine du KKE est sa conception programmatique du socialisme. La construction socialiste commence par la conquête révolutionnaire du pouvoir par la classe ouvrière. L’État ouvrier, la dictature du prolétariat, est un organe de la classe ouvrière dans la lutte de classe qui continue dans le socialisme sous d’autres formes et par d’autres moyens. Il est utilisé pour le développement planifié des nouvelles relations sociales, ce qui implique la suppression des efforts contre-révolutionnaires, ainsi que le développement de la conscience communiste de la classe ouvrière. L’État ouvrier, comme mécanisme de domination politique, est nécessaire jusqu’à ce que toutes les relations sociales se transforment en communistes, jusqu’à la formation de la conscience communiste dans la grande majorité des travailleurs, et jusqu’à la victoire de la révolution, au moins dans les pays capitalistes les plus puissants.

 

L’élément nouveau sur le plan qualitatif du pouvoir ouvrier est la conversion du lieu de travail (unité de production, service communautaire, unité administrative, initialement coopérative agricole) en noyau de son organisation.

 

C’est sur l’assemblée des travailleurs de chaque unité de production que se fonde la démocratie ouvrière directe et indirecte, la capacité de contrôler et de révoquer des représentants élus, à savoir le droit essentiel de vote par rapport au droit de vote, qui actuellement est une formalité, de la démocratie bourgeoise, de la dictature du capital.

 

La tâche principale de ce pouvoir est la formation du nouveau mode de production, dont la prévalence nécessite essentiellement l’abolition complète des relations capitalistes, de la relation entre le capital et le travail salarié. Le Programme du KKE note que: les moyens de production concentrés sont socialisés, mais initialement il reste des formes de propriété individuelle et collective, qui constituent la base de l’existence des relations commerciales-financières. Des formes de coopératives de production sont façonnées, où le niveau des forces productives ne permet pas encore la socialisation des moyens de production. Les formes de propriété collective constituent une forme de propriété transitoire, entre l’individuelle et la sociale, et non une forme immature des relations communistes.

 

Sur la base de la propriété sociale des moyens de production concentrés, la planification centrale de l’économie se développe comme relation communiste liant tous les producteurs. La production coopérative agricole s’inscrit, dans une certaine mesure, dans la planification centrale. Parallèlement à l’expansion et l’approfondissement des rapports de production communistes, la classe ouvrière acquiert progressivement la capacité de connaitre de façon intégrée les différentes parties du processus de production.

 

En même temps qu’une partie du produit est distribuée en fonction des besoins (éducation, santé, chauffage, etc.), la production socialiste distribue l’autre partie de ses produits en fonction de l’offre de travail de chacun au travail social total, sans diviser le travail en complexe ou simple, en manuel ou intellectuel.

 

Le Parti communiste est le noyau dirigeant du pouvoir ouvrier révolutionnaire, puisqu’il est la seule force qui agit consciemment selon les lois du mouvement de la société socialiste – communiste.

 

La Révolution d’Octobre montre la voie

 

Aujourd’hui, les théories caractérisant la contre-révolution comme un processus de renouvellement du socialisme, qui ouvrirait la voie à l’amitié et la paix entre les peuples, ont fait faillite. En même temps, toutes les théories et les politiques de l’humanisation du système capitaliste ont tombé en décrépitude. De plus, les contradictions entre les États capitalistes, entre les groupes monopolistes de portée internationale, créent de plus en plus de foyers de conflits armées, avec un risque réel de généralisation. Le carcinome social de la propriété capitaliste des moyens de production « montre ses dents ensanglantées ».

 

Tous ceux qui ont célébré les renversements contre-révolutionnaires des années 1989 – 1991 sont irrémédiablement exposés, ont contribué à l’érosion du mouvement ouvrier, au fatalisme et au compromis qui sont dominants. Le KKE, au contraire, est fier que le moment critique, le jour où le drapeau rouge du Kremlin a été abaissé, il ait le pouvoir d’adresser aux communistes, via «Rizospastis», l’appel: «Camarades, haut le drapeau».

 

Le KKE mène une lutte difficile à partir d’aujourd’hui pour la conquête de ces caractéristiques qui lui permettront d’agir comme une avant-garde révolutionnaire «tout terrain». La lutte dans les conditions actuelles pour l’abolition définitive de la société de classe – d’exploitation et la construction de la société socialiste – communiste est un hommage tangible à la Révolution d’Octobre et ses objectifs.

 

En dépit de la domination de la contre-révolution, les paroles de Maïakovski continuent de montrer le chemin:

 

« Vive la révolution, joyeuse et rapide ! C’est l’unique grande guerre de toutes celles que l’histoire a connues ».

 

Le Comité Central du KKE

 

23/05/2017

30 juillet 2017

Eric Le Lann, Losurdo et la lutte des classes

"Son entreprise, nous dit Eric Le Lann, vise donc à resituer les évènements qui ont façonné les derniers siècles dans le champ de la lutte des classes, ce qui impose d’en avoir une vision élargie, une vision qui intègre notamment sous cette catégorie « les luttes gigantesques qui ont empêché le IIIème Reich et l’Empire du soleil levant de réduire à l’état d’esclavage des peuples entiers ». Relèvent de cette conception, à l’époque historique du Manifeste, outre les luttes entre classes exploiteuses qui ne sont pas oubliées, les luttes d’émancipations des peuples de conditions coloniales ou semi-coloniales, les luttes entre le capital et le travail, les luttes des femmes contre « l’esclavage domestique », selon les termes utilisés par ses auteurs. De manière générale, les moments où ces luttes de classes confluent sont « l’exception plus que la règle » . L’histoire se fait dans un« entrelacs de multiples contradictions et de formes différentes de lutte des classes »..."

Reprenons la lecture des constats de Eric Le Lann dans les réflexions de Losurdo.

Michel Peyret


Lutte des classes : Losurdo contre la pensée binaire

 

Eric Le Lann a lu « La lutte des classes, une histoire politique et philosophique », de Domenico Losurdo

L’histoire est-elle vraiment celle de la lutte des classes, comme le proclame le Manifeste du parti communiste ? Oui, répond le philosophe Domenico Losurdo, mais l’affirmer implique de se débarrasser d’une lecture binaire de ce concept [1], telle celle qui la réduit en une lutte rédemptrice entre opprimés et oppresseurs. Ce faisant, on le devine, Losurdo se confronte à quelques penseurs précurseurs des populistes politiques de notre temps [2]. C’est l’une des actualités de l’ouvrage, mais loin d’être la seule.

« La lecture habituelle de la lutte des classes est réductrice », considère Losurdo, et si l’on s’en tient à cette lecture, l’histoire reste inintelligible. Le concept ne passe pas l’épreuve des faits. Son entreprise vise donc à resituer les évènements qui ont façonné les derniers siècles dans le champ de la lutte des classes, ce qui impose d’en avoir une vision élargie, une vision qui intègre notamment sous cette catégorie « les luttes gigantesques qui ont empêché le IIIème Reich et l’Empire du soleil levant de réduire à l’état d’esclavage des peuples entiers ».

Relèvent de cette conception, à l’époque historique du Manifeste, outre les luttes entre classes exploiteuses qui ne sont pas oubliées, les luttes d’émancipations des peuples de conditions coloniales ou semi-coloniales, les luttes entre le capital et le travail, les luttes des femmes contre « l’esclavage domestique », selon les termes utilisés par ses auteurs. De manière générale, les moments où ces luttes de classes confluent sont « l’exception plus que la règle » [3]. L’histoire se fait dans un « entrelacs de multiples contradictions et de formes différentes de lutte des classes » [4].

Face à la tentation de la simplification, comme aux visions prenant en compte la complexité mais parfois sans qu’aucune ligne de force n’apparaisse plus, Losurdo donne avec succès, me semble-t-il, « une clé de lecture du processus historique » qui « s’efforce de tenir compte de la multiplicité des formes dans lesquelles se manifeste le conflit social »« La lutte des classe ne se manifeste presque jamais à l’état pur, elle ne se borne jamais à impliquer les sujets en antagonisme direct » [5], démontre-t-il. Exemple éclatant, « le seul événement grandiose de l’histoire actuelle », selon les termes utilisés dans le premier livre du Capital, la Guerre de sécession [6].

Il signale la mise en parallèle par Marx, toujours dans le Capital, de la Guerre de sécession et de la lutte pour la réglementation horaire de travail en Angleterre : dans les deux cas la bourgeoisie réformatrice joue un rôle. Donc,« nous sommes en présence d’une lutte des classe émancipatrice qui ne se présente pas à l’état pur ». Il s’agit dans les deux cas cités de luttes menées à la fois « par le haut et par le bas ». Dans cette approche, les forces émancipatrices ne sont donc pas déterminées mécaniquement par l’antagonisme entre le capital et le travail. Plus, les conflits, les identifications sont multiples, et il arrive donc que des fractions de la classe ouvrière se placent du mauvais côté de la barrière. Pour paraphraser le titre d’un film italien des années 70, la place au paradis de la classe ouvrière n’est pas réservée d’avance.

Il découle de cette appréhension de la réalité tout d’abord que « la compréhension adéquate d’une situation historique concrète suppose le dépassement de la logique binaire habituelle ». Mais aussi l’invitation à une position politique qui prenne en compte l’aspect universel de l’émancipation.« Etre communiste signifie certes faire appel à la lutte des classes menées par les opprimés (au niveau international, national, et dans le cadre de la famille) mais aussi avoir développé cette capacité à regarder le tout », considère Losurdo, s’appuyant sur Engels : « le communisme est au-dessus de l’opposition entre prolétariat et bourgeoisie » [7].

Pages d’histoire à l’appui, l’imbrication des différentes dimensions des luttes des classes est évoquée. Ainsi lors de la révolte des Taiping, « la guerre civile la plus sanguinaire de l’histoire mondiale, dont on estime le nombre de victimes entre 20 et 30 millions de morts » : « le fait est que ce conflit a une dimension nationale : les insurgés prennent les armes au nom de la justice sociale, mais aussi pour en finir avec une dynastie qui a capitulé face à l’agression des gouvernants et « narcotrafiquants britanniques » ».

Pour Losurdo, « non seulement les luttes de classes décisives de l’histoire contemporaine ont fini par revêtir l’aspect de luttes nationales, mais elles ont été menées, outre le plan militaire, sur le plan économique ». Dans cet esprit, il analyse précisément la Révolution haîtienne, où la bataille est perdue finalement sur ce terrain, puis la Chine contemporaine : « la Chine est le pays qui plus que tout autre met en question la division internationale du travail imposée par le colonialisme et l’impérialisme et qui promeut la fin de l’époque colombienne dont la portée historique est énorme et progressiste ».

La richesse du propos ne doit pas être réduite à ses interpellations politiques les plus directes. On lira ainsi avec passion le dialogue de Losurdo avec les interprétations d’Habermas de la lutte pour la reconnaissance chez Hegel. Ou la manière dont le travail de Marx et d’Engels est resitué dans le mouvement des idées au XIXème.

Toqueville, Renan, Disraeli sont évoqués, tout comme la parution en 1883 en Autriche du livre de Gumplowitz opposant « la lutte des races à la théorie qui fait de la lutte des classes la clé de lecture de l’histoire », pour mettre en évidence le « danger du glissement naturaliste »« lorsque les civilisations plutôt que d’être comprises à partir de contexte et conflits historiquement déterminés sont considérées comme l’expression d’une âme éternelle ». Tout au contraire, « en rupture épistémologique radicale avec les idéologies naturalistes, la théorie marxienne de la lutte des classes place le conflit social sur le terrain de l’histoire ».

Pour les militants, ce livre invite à relever « le défi implicite que représente la lecture difficile de l’imbrication » des différents aspects du conflit social. Redonner ainsi ses lettres de noblesse à la lutte des classes, est une invitation à débarrasser la politique des dispositifs préconçus, à se tourner vers celles et ceux qui peuvent faire l’histoire, s’ils y reviennent.

Notes :

[1« Le dépassement de la logique binaire, un processus pénible et inachevé »est le titre d’un chapitre.

[2] Lire à ce sujet sur le site l’article de Daniel Cirera, où celui-ci évoque "la proposition de construire le conflit politique dans une opposition entre eux et nous surplombant le conflit de classe pose un double questionnement."

[3] Voir le chapitre « Une théorie générale du conflit social »

[4] De manière encore plus précise, on peut lire dans le chapitre « Lutte des classes ou lutte entre oppresseurs et opprimés » : « tout individu, et même tout groupe, est placé dans un ensemble contradictoire de relations sociales dont chacune lui assigne un rôle à chaque fois différent (…) Ce qui décide de la position finale d’un individu (ou même d’un groupe) dans le camp des « opprimés » ou des « oppresseurs » c’est d’un côté la hiérarchisation de ces relations sociales en fonction de leur importance politique et sociale dans une situation particulière et déterminée, de l’autre le choix politique de l’individu singulier (ou du groupe) »

[5] Page 31

[6] Sur ce sujet, on peut lire : Karl Marx, Abraham Lincoln. Une révolution inachevée. Sécession, guerre civile, esclavage et émancipation aux Etats-Unis.Introduction de Robin Blackburn. Syllepse (Paris). Voir la critique de Daniel Cirera sur La faute à Diderot : http://www.lafauteadiderot.net/L-ho...

Posté par Michel Peyret

Hubert Wulfranc (maire de Saint-Etienne-du-Rouvray) : « Il faut faire confiance aux gens »

 

28 Juillet 2017
 
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Céline Bruet
 

|Hier j’écoutais un interview de Chassaigne, je lisais un texte d’Ortiz, tous disaient à quel point le mot communiste était beau, voici une interviex humaniste mais lucide, l’idéal mais aussi les pieds bien tanqués dans le sol qui dit et répète ce que le communisme représente sur le sol français. Pas question de changer de nom…

 

(note de danielle Bleitrach)


Publié 25/07/2017 21:17

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Un an après l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, l’ancien maire aujourd’hui député, Hubert Wulfranc, se sent « plus fort » (photo Stéphanie Péron)


« Soyons ensemble, les derniers à pleurer. »


C’est par cette phrase que des millions de Français ont découvert Hubert Wulfranc, il y a tout juste un an. Un petit bonhomme en t-shirt noir, avec une moustache d’Astérix et des yeux turquoise tremblants de larmes.


Ancien maire de Saint-Étienne-du-Rouvray, le militant communiste incarnait ce jour-là ce que l’humanité avait de plus vrai, après un acte qui la reniait totalement.

 

Élu député le 18 juin dernier, il revient sur cette année, qui, de la douleur, a fait naître espoir et dignité.

 

Comment vous sentez-vous, un an après ?

 

Hubert Wulfranc : « Plus fort. L’épreuve a été considérable mais la capacité de rebond des Stéphanais, l’est encore plus. Quand ça vous tombe dessus, en même temps que cette hébétude qui vous envahit, vous vous dites que, malgré tout, il est possible de continuer à vivre ensemble. Mais vous avez beau le penser, vous avez beau le clamer, ce n’est pas pour autant que la population, elle, suit. Et elle a suivi. Et elle a tenu. »

 

À quoi le voyez-vous ?

 

« Déjà, il n’y a pas eu de heurts. C’était une vraie crainte, dans mes tripes, au cours des 48 heures qui ont suivi. Ensuite, je le remarque au quotidien dans les gestes, dans les paroles, que les Stéphanais échangent entre eux. Enfin, je l’ai vu dans les urnes ! »

 

Justement, avez-vous conscience que cette émotion que vous avez dégagée le jour même, immortalisée par cette photo avec François Hollande, vous a conféré une popularité et une aura, qui ont pu être décisives dans votre victoire aux législatives sur la troisième circonscription ?

 

« On ne peut pas négliger que, dans la tête des électeurs, cette séquence a pu les interroger sur leur choix. Mais je pense que ce qui s’est passé dans les urnes est indépendant de ça. Les électeurs ont leurs convictions : on ne se vend pas pour une émotion ! Les gens se sont peut-être dits : il a fait ce qu’il fallait. Point. Mais ils ne tombent pas dans le culte de la personnalité pour autant. À Saint-Étienne-du-Rouvray, on ne dresse pas des statues ! »

 

Est-ce que ce drame a changé votre façon de considérer l’action publique ?

 

« Non… Très vite, je suis retombé dans le quotidien, les gens sont venus en mairie pour leurs affaires courantes. On n’a pas laissé tomber les luttes : le Contournement Est, les baisses des dotations aux communes… On se pose plus de questions, mais on continue. Ce que ça a changé, c’est que les services de l’État sont plus attentifs. Avant, on était reconnu comme une commune sérieuse, maintenant, en plus, on nous fait comprendre, schématiquement : ‘‘on sait par quoi vous êtes passés, si jamais vous avez besoin de quelque chose, il ne faut pas hésiter’’… Ce n’est pas pour autant que les millions tombent ! »

 

« Ce n’est pas seul au pied de sa télé qu’on résiste, mais dehors, ensemble »

 

Les commémorations arrivent et semblent, médiatiquement, faire moins de bruit que celles de Nice, du Bataclan, de Charlie… Comme si on s’habituait à l’horreur…

 

« J’ai eu cette discussion, un mois après, lors d’une réunion au siège du parti. Pierre Laurent [secrétaire national du Parti communiste NDLR] me faisait remarquer qu’après [les attentats de] Charlie, la population était instantanément descendue dans la rue, et pour le Bataclan, rien. La normalisation rampante est une insulte à la volonté d’être debout. Quand il arrive un truc comme ça, il faut réagir sans coup férir, parce que sinon, on tombe dans la torpeur. C’est pour ça que je tenais à faire ce rassemblement au stade Youri-Gagarine dans la foulée [le 28 juillet NDLR], et 4 500 personnes sont venues ! Ce n’est pas seul au pied de sa télé qu’on résiste, mais dehors, tous ensemble. »

 

Depuis l’attentat, vous avez beaucoup échangé avec Mgr Lebrun alors que l’on vous sait peu porté sur la religion…

 

« Oui, nous avons pu mesurer que des champs de dialogue, de réflexion, d’action s’étaient ouverts. J’ai découvert des sources, des références, des attaches culturelles en commun. Cela m’a peut-être, au fond, rendu un peu moins sectaire ! Mais ce n’est pas parce que des champs de convergence, sur une base humaniste, se sont révélés avec des partenaires religieux, que je vais baisser la garde sur la question de la laïcité. Cela reste pour moi un principe fondamental. »

 

Maintenant que vous êtes député, comment allez-vous porter, au niveau national, ce qui s’est passé dans votre commune pour que cela ne se reproduise jamais ?

 

« Il va y avoir, à la rentrée, un débat à l’Assemblée nationale sur le terrorisme. Ce serait une grave erreur, voire une faute, de ne pas mettre au cœur de ce débat deux enjeux pour moi importants. D’une part, la santé mentale. Je l’ai dit à François Hollande l’an dernier, notre population est malade dans sa tête. Il y a une part des habitants qui manifeste des troubles psychologiques et qui ne trouve pas de réponse. Et même des enfants, je l’ai vu cette année ! Après l’attentat, on a dû prendre une enveloppe sur le budget de la Politique de la Ville pour payer un cabinet libéral pour recevoir les enfants en consultation, car il n’y avait pas de place au CMP (Centre médico-psychologique) ! Ce n’est pas normal que des enfants attendent neuf mois pour avoir un rendez-vous en pédopsy, il est impensable de ne pas leur offrir le soutien social et sanitaire dont ils ont besoin. Le deuxième axe majeur – et ça peut paraître un peu tarte à la crème – c’est l’éducation. Il faut mettre le paquet sur les connaissances des civilisations, c’est fondamental. Car ce qui ne se débat pas à l’école, se débat dans les quartiers, et dans de mauvaises conditions. »

 

Le projet de loi antiterroriste vise surtout à faire rentrer l’état d’urgence dans le droit commun. Qu’en pensez-vous ?

 

« Je n’en vois pas la plus value. Nous étions en état d’urgence avant [l’attentat], nous l’avons été après… Le territoire a été géré sereinement, intelligemment, par les citoyens eux-mêmes. Il faut faire confiance aux gens et en leur capacité de faire les bons choix. »


Êtes-vous fier des Stéphanais aujourd’hui ?


« C’est difficile d’utiliser ce mot pour moi, dans ce contexte… Je dirais plutôt que j’ai le plus profond respect pour la population stéphanaise et pour sa dignité. »

 

PROPOS RECUEILLIS PAR CÉLINE BRUET

24 juillet 2017

Habib Abba-Sidick, les droits à polluer, un marché de 1000 milliards de dollars

 

"Les "crédits carbone" ou "droits à polluer", nous dit Habib Abba-Sidick, représentent un marché de 1000 milliards de dollars. L’ex-président Barack Obama avait l’intention de promulguer une loi fédérale dénommée "Clean Power" soutenue par le (RGGI) Regional Greenhouse Gases Initiative (appliquant les quotas carbone) et Goldman Sachs, similaire aux lois Cap and Trade en vigueur ailleurs. Celle-ci n’a pas été adoptée par le congrès, ainsi que par la cour suprême des USA se prononçant en sa défaveur. Goldman Sachs possédant 10 % de la CCX a toujours été favorable à une législation permettant de réguler la production de carbone. Le "Clean Power" prévoyait une réduction de 32 % des émissions de carbone en 2030 aux USA et autant de profits initiés par cette législation en apparence écologique..."

 

Reprenons la lecture de la démonstration de Habib Abba-Sidick...

 

Michel Peyret


La spéculation écologique par Habib Abba-Sidick

 

Par Colère et Espoir60 le 18 juil. 2017, 08:03

 

Le désordre climatique que l’on nous mitonne lors de chaque récréation médiatique où tout événement météorologique devient la preuve de la détérioration de la "croûte terrestre" ou de "la couche d’Ozone" avec en point d’orgue, lorsque la science est impuissante à expliquer la teneur du phénomène, est requis le soupçon en espérant qu’un jour les météorologues émettront les certitudes salvatrices permettant à la doxa néo-libérale de se perpétuer en prétendant avoir sauvegardé la planète.

 

On omet trop souvent de rappeler que c’est à l’initiative du G7, par le truchement de Margaret Thatcher en 1988, que ce rassemblement formel consacrant les puissances majeures, a décidé le financement du GIEC (Groupe Intergouvernemental d'experts sur l'Évolution du Climat) lequel nous assène imperturbablement que le ciel va nous tomber dessus si nous n’acceptons pas de nous restreindre.

 

Produire mieux en évacuant les agents pollutoires et nocifs est une évidence, prétendre que la détérioration de l’atmosphère serait dû à l’activité humaine, sans que l’on sache de manière exhaustive si ces processus ne relèvent pas davantage de l’épiphénomène plutôt que de l’extraordinaire, ne parvient pas à effacer l’impression que les affirmations péremptoires du GIEC peuvent être aussi hallucinatoires.

 

Hugo Chavez ne déclarait-il pas à ce propos que l’on ne devait pas transformer le climat mais plutôt le système, car au détour des certitudes scientifiques, il va de soi que son omniprésence se vérifie dans le sillage de la sarabande écologique dédié à notre bien-être que le libéralisme s’affaire à nous proposer.

 

Mais là, nous avons une interrogation à dissiper en concomitance avec la liturgie sur le pessimisme climatique, il existe une place financière du carbone, le principal élément mis en exergue par les scientifiques du GIEC, lequel est aussi une valeur que la spéculation a admise et dont elle profite avec voracité.

 

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En 1997, le protocole de Kyoto est paraphé par les nations s’engageant à réduire la production de substances dénaturant l’atmosphère et participant à " l’effet de serre ". Il est institué un fond géré par la Banque mondiale permettant aux nations d’acquérir des " droits à polluer ". Les nations industrialisées étant pourvues d’industries participant à la pollution de l’atmosphère auront la possibilité de se doter de " droits à polluer " supplémentaires auprès des nations en voie d’industrialisation disposant de " droits à polluer " qu’elles n’utiliseront pas et avec le produit de cette cession elles pourront débuter leur industrialisation en prenant soin de l’environnement.

 

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Parallèlement en 2003, s’établit une place financière du carbone à Chicago, la Holding CCX (Chicago Climate Exchange). Elle a été créée par David Blood (ex Goldman Sachs) et ses statuts juridiques ont été rédigés par Barack Obama employé par une fondation la Joyce Foundation dont le président est David Sandor lequel débutera les études relatives aux conclusions du protocole de Kyoto et deviendra le principal actionnaire de la CCX à hauteur de 15 % en compagnie d importants fonds d’investissement ; BlackRock, Intercontinental Exchange (Fonds d’investissement d’Atlanta), Invesco (Fonds d’investissement d’Atlanta), DWP Bank (établissement financier allemand) et Generation Investment Management. La CCX essaimera à Londres, Sydney, Tianjin et Montréal.

 

En 2004 est fondée un fonds d’Investissement (Hedge Funds écologique) GIM (Generation Investment Management) rassemblant Al Gore (ex vice-président des USA), Peter Harris, Mark Ferguson et Peter Knight (ex-Goldman Sachs) et Henry Paulson à l’époque DG de Goldman Sachs, puis artisan du Krach de 2008 et de l’effondrement de Lehmann Brother). GIM détient 10% de CCX.

 

Les "crédits carbone" ou "droits à polluer" représentent un marché de 1000 milliards de dollars. L’ex-président Barack Obama avait l’intention de promulguer une loi fédérale dénommée "Clean Power" soutenue par le (RGGI) Regional Greenhouse Gases Initiative (appliquant les quotas carbone) et Goldman Sachs, similaire aux lois Cap and Trade en vigueur ailleurs. Celle-ci n’a pas été adoptée par le congrès, ainsi que par la cour suprême des USA se prononçant en sa défaveur. Goldman Sachs possédant 10 % de la CCX a toujours été favorable à une législation permettant de réguler la production de carbone. Le "Clean Power" prévoyait une réduction de 32 % des émissions de carbone en 2030 aux USA et autant de profits initiés par cette législation en apparence écologique.

 

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Barack Obama, Al Gore, Goldman Sachs et leurs acolytes des fonds d’investissement tels que Blackrock n’ont pas d’autres objectifs que la création d’une spéculation financière à partir du carbone devenu un motif d’agiotage.

 

Sur le continent européen, l’alter ego de CCX baptisé ECX (European Climate Exchange) est déjà à l’œuvre. D’après ECX " Les contrats ECX-CFI sont constitués d’une série de contrats à terme permettant aux utilisateurs de fixer le prix d’instruments livrés à une date donnée dans le futur. ". C’est exactement la définition de l’action de spéculer.

 

L’Hexagone toujours à la pointe de la dérégulation dissimulée, a créée en 2005 Powernext Carbon, surprenant, car avec sa filière nucléaire il ne représente que 7 % des quotas d’émissions de CO2 européens.

 

Le 24 juin 2005, les activités de Powernext Carbon débutèrent en présence de : ACCORD ENERGY LIMITED (entreprise écossaise de spéculation sur les hydrocarbures et le méthane), CARBON CAPITAL MARKETS (entreprise britannique de spéculation sur le carbone), ENDESA TRADINGSAU (entreprise espagnole de production d’électricité) ELECTRABEL SA/NV, GASELYS (entreprise créée par GDF et la Société Générale), GREENSTREAM NETWORK LTD (entreprise finlandaise de services dans le domaine de l’énergie), SOCIETE GENERALE SA, SNET (entreprise hexagonale gérant les unités thermiques de CDF, elle est l’actuelle propriété d’E-ON entreprise allemande),TOTAL GAS AND POWER LIMITED.

 

Electrabel filiale à 100 % d’ENGIE procéda à la fixation de la valeur de l’indice Carbone déterminée par le flux d’acquisition et de cession des "droits à polluer". La Caisse de dépôts autre larron s’occupant de sécuriser les transactions et de légitimer Powernext Carbon par sa participation financière et son statut d’entreprise financière publique.

 

Alors quel est le véritable objectif de ce montage financier aussi bien outre-atlantique que sur le continent européen ? Ne s’assimile-t-il pas davantage à une escroquerie en bande organisée au prétexte de "réchauffement climatique" et autres dislocations supposées de la planète ? Cette opération n’est dédiée qu’à la création d’un espace de spéculation, où divers opérateurs américains et européens espèrent maîtriser le domaine de l’énergie produite par les unités thermiques utilisant le charbon et le transformer en valeur d’agiotage.

 

Le protocole de Kyoto a introduit la possibilité d’acquérir des "droits à polluer". Il a distingué les nations industrialisées de celles non-industrialisées. Les premières, dont l’activité nécessitant plus de "droits à polluer" que les secondes, ont généré artificiellement l’offre et la sollicitation. Sur le continent européen, les "droits à polluer" ont été distribués en abondance, gratis pro deo, aux industriels et aux producteurs d’énergie, de manière à ce qu’ils réduisent leurs émissions polluantes.

 

Certains ont pensé à l’instar des USA, qu’ils serait profitable d’apposer une valeur monétaire sur ces "droits à polluer" et les différends gouvernants hexagonaux ont offert leur entremise en générant European Climate Exchange (ECX), puis Powernext Carbon, versant européen de la Holding américaine (CCX), avant de présenter la facture au consommateur en la grevant par l’intermédiaire de la Contribution au Service Public de l'Électricité (CSPE), destinée au financement des énergies renouvelables.

 

Dorénavant, les énergies de substitution sont devenues, à l’instar de la commission européenne et des écologistes, l’éden de la spéculation carbone engendré par un néo-libéralisme prédateur et dont la COP21 a été le promoteur, ce qu’à priori le président Donald Trump ne semble pas admettre en renonçant à l’accord de Paris. Trop spéculatif peut-être ?

 

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Posté par Michel Peyret

Pour un parti communiste au service des classes populaires (publié dans « Communistes 62 »)

 

PUBLIÉ LE 
 

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Militant, adjoint à la culture de la ville d'Avion et membre de la direction départementale du PCF (62)

 

 

« Je n’admets pas, que l’on puisse avec des phrases et des mots vides de sens, parler d’optimisme ». Cette phrase n’est pas celle d’un grand philosophe allemand toujours prompt à analyser les concepts, mais de l’enfant du pays, ce grand dirigeant communiste, chez qui la fonction publique puise sa paternité, Maurice Thorez. Alors que depuis des années, certains s’évertuent à faire douter les communistes de la puissance de leur projet, de la grande et parfois héroïque histoire qui fût la nôtre, du talent et de la redoutable intelligence des hommes et des femmes qui l’ont façonnée et continuent ici ou là à la façonner, Thorez démontre sans même le savoir, une fois encore, la justesse de l’analyse qui fût toujours la sienne, elle qui sonne comme une terrifiante mais exacte prémonition. Car cette phrase, n’est-elle pas le parfait résumé de ce qu’est Macron et le macronisme ? Le discours creux, manipulateur, simulant les traits de la modernité, de l’espoir ressuscité, alors que le projet politique qui se dérobe derrière les mots est en fait vieux comme le monde, vieux comme les premiers essais sur la main invisible, vieux comme les premières offensives violentes et radicales de la dame de fer et du cow-boy de Washington dès le début des années 1980.

 

Ce néolibéralisme destructeur qui va plonger l’Amérique latine dans la dictature, la corruption, l’exploitation radicale. Ce même néolibéralisme qui va totalement maltraiter la classe ouvrière britannique et en premier lieu les mineurs. Ce dernier qui va déséquilibrer des États entiers aux États-Unis en laissant mourir l’industrie manufacturière. Ce néolibéralisme, ciment de la construction européenne depuis l’acte unique pour ne pas dire depuis sa création, qui plonge dans une guerre concurrentielle totalement larvée les nations européennes du nord et du sud les unes contre les autres. Tout cela prend, soyons au moins d’accord sur ce constat, les accents du chaos. C’est une des illustrations de la fameuse stratégie de choc conceptualisée par Naomi Klein.

Tu te demandes finalement camarade où veut en venir ce texte et où se situe le lien avec le titre. Pourquoi présenter le lancement de la grande souscription fédérale de la sorte. Sans doute parce qu’il serait bon de nous rappeler pourquoi notre société, pourquoi les millions de travailleurs français, la plupart réfugiés dans le mutisme, dans l’abstention ou perdus dans le vote FN, ont besoin du PCF. Combien nous souffrons aujourd’hui de l’absence de communisme, de l’absence d’un grand parti populaire enraciné à la fois dans le quartier et dans l’entreprise.

 

Quelques uns chez les communistes, assez timidement quoi qu’avec détermination, finissent par penser et dire que l’avenir ne réside pas dans les partis, vieilles carcasses d’un vieux monde. L’avenir, ça serait le mouvement. Un mouvement volontairement ambigu, sans structures de direction, sans règles collectivement établies. Il faudrait simplement suivre le chef comme des apôtres suivent leur dieu. Cela ne peut raisonnablement pas être le chemin de l’émancipation.

 

Faire vivre le parti, se donner les moyens d’avoir des outils pour parler aux masses, d’avoir des sections et des cellules au plus proche de la réalité, d’avoir des élus combatifs et dévoués, c’est faire œuvre de résistance face à ces évolutions du monde. C’est se donner les moyens de ne pas faire mourir le vieux rêve du commun, voilà qui fera plaisir à Pierre Laurent. Tout est à nous, rien est à eux crions-nous en manif. Tous, à la base, nous ne lâchons pas ces mots avec légèreté, sans les peser.

 

La dernière séquence électorale, tu le sais, a été difficile pour nous. Les divisions idiotes, l’hyper-abstention, les mécanismes monarchiques du régime présidentiel, notre disparition des écrans radars suite à notre ralliement à Mélenchon sans conditions, tout cela a rendu la tâche de nos valeureux candidats aux élections législatives extrêmement compliquée. Il se sont tous battus, ont fait de leur mieux mais les résultats sont historiquement bas. Le parti fait un peu plus de 2 % à échelle nationale. C’est, disons-le, l’aveu d’un échec, celui d’une stratégie d’effacement. Que dire de ce poste de député dans le lensois, perdu à une poignée de voix dans des circonstances qu’il n’est pas besoin de rappeler. Avec un vrai éclairage public, les choses auraient peut-être pu en être autrement.

 

Il est donc crucial que chaque communiste participe selon ses moyens à créer les conditions de la solidarité financière avec nos candidats non-remboursés qui, pour certains d’entre-eux, ont contracté un prêt personnel pour financer la campagne. Nous l’avons toujours fait et nul doute qu’une fois encore chacun saura prendre ses responsabilités et démontrer son attachement viscéral au parti, à son parti.

 

L’élection de quatre députés d’extrême-droite dans le bassin minier est un signal terriblement fort qui traduit la grande dangerosité de la période. Aussi la résistance à cette situation ne peut pas se résumer à la politique de la terre brûlée ou du coup d’éclat médiatique. « Quand on n’est pas les plus forts, on doit être les plus sages » écrivait le grand Zola dans Germinal.

 

C’est le pari que nous devons faire. Forts de notre histoire, de notre expérience dans la lutte, de notre puissant réseau militant, donnons-nous donc les moyens d’incarner plus que jamais la sagesse révolutionnaire dont le peuple, préférons-y les prolétaires, a un impératif besoin.

 

G.S

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