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Politique internationale

Au nom des intérêts majeurs du peuple haïtien

 

Plaidoyer pour l’établissement des relations diplomatiques entre Haïti et la République populaire de Chine

 

par  Michaële Lafontant

pdf | 

 

Son Excellence M. Jovenel Moïse 
Président de la République d’Haïti,
Port-au-Prince Haïti.

 

Excellence,

 

J’en appelle aujourd’hui aux plus Hautes autorités d’Haïti, comme à la conscience citoyenne des Haïtiens et aux amis d’Haïti.

 

Cette lettre en fera jaser plus d’un... Mais je leur pardonne d’avance car il n’auront pas compris... Ils n’auront pas compris que l’heure n’est plus aux luttes fratricides mais plutôt au rassemblement citoyen pour sortir Haïti du bourbier dans lequel il patauge ! Beaucoup me condamneront peut-être parce que je ’’légitimerais un gouvernement de facto’’ avec lequel, de plus, je ’’n’aurais pas d’atomes crochus’’ !

 

Tirant profit de mon expérience politique en France, j’ai appris à ne plus être démesurément implacable et sévère envers nos responsables haïtiens qui, somme toute, sont encore loin d’atteindre le degré de corruption qui est monnaie courante dans les pays capitalistes de l’Occident. Ils sont les maîtres dont nous ne sommes qu’une pâle et maladroite copie ! Je ne suis pas arrivée à ce point de vue par complaisance envers les Haïtiens mais par rationalisme, par équité et rejet de toute forme de bovarysme. Nous les haïtiens de la diaspora faisons avec les bons et les mauvais côtés de nos pays d’accueil, ce qui ne nous empêche pas de mener avec les peuples de ces pays les luttes que nous jugeons utiles. En vertu de quoi s’autoriserait-on à me refuser le droit d’en appeler à l’actuel Gouvernement haïtien aux Parlementaires, aux Élus municipaux, sur une question qu’ils sont les seuls à pouvoir trancher en tant qu’autorités compétentes en la matière ?

 

La République populaire de Chine est dans les meilleures dispositions en faveur d’une coopération très importante avec Haïti, pourvu que les relations atteignent le niveau diplomatique. Pourquoi hésiter encore à prendre cette main vraiment fraternelle ?

 

Haïti a assez souffert ! Cataclysmes politico-économiques, catastrophes naturelles... Ses fils de tous les horizons et surtout ceux de nos campagnes rêvent d’un pays sortant fièrement des stéréotypes traditionnels pour s’engager sur la voie d’un développement durable, seule voie libératrice pour notre pays. Pour l’atteindre, il faut oser se lancer dans des partenariats d’un nouveau type qui privilégient la logique gagnant-gagnant plutôt que les visées prédatrices et destructives.

 

Aurions-nous oublié les lamentation des 350.000 victimes du séisme de 2010 ? Leurs cris de détresse devraient pourtant encore nous habiter ! C’est en leurs noms aussi, au nom des potentielles futures victimes de la prochaine hécatombe ’’annoncée’’, et surtout du peuple haïtien que je m’adresse aux autorités de mon pays, à la société civile haïtienne aussi.

 

L’heure est à l’audace, Excellence, M. le Président de la République !

 

L’histoire et les générations présentes et futures vous seront reconnaissantes d’avoir compris que nous ne pouvons plus tergiverser pour nous positionner dans le sens des intérêts majeurs du peuple haïtien.

 

Osez ,
Excellence, M. le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Messieurs et Mesdames les élus municipaux,
M.et Mesdames du Sénat de la République,


Honorables députés,Osez choisir l’électrification de tout le pays au tintamarre étourdissant, polluant et budgétivores des génératrices !Osez être visionnaires et voyez déjà nos villes, nos bourgs et faubourgs bénéficiant de l’électrification : le recul de maints atavismes, de l’obscurantisme, la fin des ’’black out’’ à répétition qui pénalisent les bas et moyens revenus, qui marginalisent les plus pauvres !

 

Ce nouveau partenariat sera gagnant-gagnant :


gagnant pour la Chine mais aussi
gagnant pour la jeunesse haïtienne qui ne demande qu’à s’épanouir,
gagnant pour nos hommes d’affaires de nos différentes communes,
gagnant pour nos masses paysannes et urbaines,
gagnant enfin pour la société toute entière par le retour à la paix sociale que seul peut garantir le travail.

 

Le chant des sirènes, ce sont les voix qui nous murmurent : plus besoin de visas pour visiter notre pays, venez, venez !!! Combien des nôtres s’appauvriront encore pour partir vers de faux paradis, alors qu’ils représentent la force et l’avenir de notre pays ? Combien continueront à traverser mers et frontières pour se faire humilier, lapider, martyriser ? Pour n’être que des proies de monstrueux prédateurs déguisés en sauveur du monde ?

 

Par fidélité à quelle solidarité mal fondée les représentants du peuple qui a fondé le pan-américanisme et le pan-africanisme hésiteraient-ils à choisir en fonction des intérêts nationaux ?

 

Comme on dit, une fois n’est pas coutume.

 

Mais une fois, cette fois-ci, fera la différence ! Par le choix de la coopération gagnant-gagnant avec la République populaire de Chine, alors que de nombreux défis -que les dirigeants chinois ne cachent pas- lui restent à relever dans un vaste territoire aux 56 ethnies et aux multiples langues et dialectes. C’est en 2021 que le plan quinquennal de la République populaire de Chine pourra faire définitivement sortir de la pauvreté une grande partie de sa population qui atteindra la moyenne aisance ! C’est bien d’une approche fraternelle qu’il s’agit, à l’instar de la solidarité cubaine qui ne donne pas ce qu’elle a en trop, mais prélève sur les disponibilités pourtant nécessaires à sa propre population, par souci et esprit de partage.

 

Le Pape François, lui-même, n’a pas hésité à affirmer : 
« La Chine a toujours été pour moi une référence de grandeur. Un grand pays, doté d’une sagesse exemplaire » [1].

 

C’est au nom de cette sagesse millénaire que la Chine peut jouer le rôle d’apôtre de la Paix dans le monde. Dixit encore le Pape :
« Le monde occidental, le monde oriental et la Chine ont tous la capacité de maintenir l’équilibre de la paix et la force de le faire. Nous devons en trouver le moyen, toujours par le dialogue » [2].

 

Haïti aurait tout intérêt à s’inspirer de l’exemple du Panama qui a osé faire le choix de reconnaître l’unicité du territoire chinois en rompant des relations diplomatiques vieilles de 160 ans avec Taïpei :


« Nous avons pris aujourd’hui une mesure historique qui bénéficiera à nos nations et aux générations présentes et futures, affirmait le Président Varela du Panama, soulignant l’importance du rôle de la Chine au niveau régional et mondial » [3].

 

« "Taïwan a été un grand ami du Panama et nous lui sommes très reconnaissants pour son amitié et sa coopération pour le développement de notre pays pendant que nous avions des relations diplomatiques", a déclaré le président Varela dans son allocution » [4].

 

Haïti -République populaire de Chine, un choix d’avenir ! [5]

 

La balle est toujours dans le camp de la partie haïtienne !


Notre pays à tellement besoin de sortir du marasme économique avec tous les corollaires paralysants que l’on connaît ! Ce serait vraiment dommage et désespérant pour Haïti de perdre l’opportunité offerte par la Chine.Patriotiquement,

 

Michaële Lafontant
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Membre 
du Bureau de Agir contre le colonialisme aujourd’hui (ACCA)
du Conseil National du Parti Communiste Français (PCF)
Membre du Mouvement de la Paix (France)

 

Malakoff, France, le 28 août 2017.

 

 

Images fortes : Ils brûlent deux hommes signalés comme chavistes lors d’une manifestation de l’opposition au Venezuela.

 

23 Août 2017
 

ATTENTION, IMAGES DIFFICILES

Source : RT Sepa Mas, 19-07-2017

 

La journée de violences de l’opposition s’est soldée par la mort de deux personnes brûlées et un blessé qui a failli être brûlé vif. Dans quelques villes du pays, à l’appel des dirigeants de l’opposition, des voies de communication ont été bloquées et la libre circulation entravée.

 

 
 

Andres Martinez Casares / Reuters

 

Un homme signalé comme chaviste a été assassiné puis brûlé dans l’État d’Anzoategui, à quelques 240 km de Caracas par un groupe d’opposants, selon les informations de médias locaux.

 

Le Ministère public vénézuélien a informé, par son compte twitter, qu’il avait missionné deux agents pour enquêter sur la mort d’Hector Anuel à Lecheria, ville prospère de l’Anzoategui, épicentre des manifestations de l’opposition.

 

Selon le quotidien « El Tiempo », la victime appartenait à un « collectif », organisation communautaire chaviste, qui a été fortement persécutée par les groupes les plus violents de l’opposition.

 

 

 

— El Tiempo (@Diario_ElTiempo) 18 de julio de 2017

 

(La résistance autoproclamée de Lecheria a tiré un obus qui a tué un membre supposé du collectif.)

 

Anuel aurait été assassiné avec un mortier par des groupes de choc inconnus et lorsque les fonctionnaires des corps de sécurité ont tenté d’emporter le cadavre, ils en ont été empêchés pour procéder à son incinération, selon « El Tiempo ».

 

Sur les réseaux sociaux a été publiée une vidéo où l’on voit la victime étendue au sol, encore fumante. Ses agresseurs continuent de lui lancer des bouteilles et des bâtons.

 

Avertissement : les images suivantes peuvent heurter la sensibilité.

 

— Érika Ortega Sanoja (@ErikaOSanoja) 18 de julio de 2017

 

(Dernière minute : le quotidien « El Tiempo » informe que les opposants ont brûlé vive une personne « chaviste » à Lecheria.)

 

Un autre homme brûlé à Caracas.

 

On a pris connaissance, ce mardi également, d’images montrant une personne immolée par le feu qui se trouvait aux abords de la station de métro de Caracas, à Altamira, zone où se concentrent les manifestations antigouvernementales.

 

Les caméras de sécurité du transport souterrain, qui indiquent la date d’aujourd’hui, ont filmé le moment où l’homme est incendié, en plein jour, une fois en dehors de la station.

 

— Zurda Konducta (@LaZurdaDeChavez) 18 de julio de 2017

 

(Regardez comme ils brûlent une personne en pleine station de métro ! Le terrorisme doit cesser.)

 

Une autre tentative d’immolation par le feu

 

Dans un clip circulant ce mardi sur les réseaux sociaux, on voit le moment où un groupe d’opposants cagoulés donne un coup de bouteille sur la tête du conducteur d’un camion, l’oblige à sortir du véhicule et le poursuit pour le brûler. Ceci s’est produit ce mardi à Chacao, municipalité de Caracas, épicentre des manifestations violentes de l’opposition vénézuélienne.

 

Les membres du groupe, dont les visages sont couverts, attaquent le chauffeur d’un camion de l’entreprise multinationale d’aliments Nestlé et ensuite détruisent le véhicule. Un des jeunes le poursuit avec ce qui paraît être un bidon d’essence et l’on entend les voix de personnes qui crient : « No, no » et un autre homme intervient pour qu’il ne soit pas brûlé.

 

Le conducteur, non identifié, roulait sur la voie fermée à l’appel des dirigeants de l’opposition de barrer les rues avec des poubelles et des encombrants afin d’empêcher la libre circulation dans plusieurs villes du pays.

 

(Vidéo. Ils brisent une bouteille sur la tête d’un chauffeur de Nestlé avant de le faire descendre du camion. Ainsi agissent les « libérateurs » de Chacao.)

 

Selon une autre vidéo diffusée sur les réseaux, le camion a ensuite été incendié en pleine rue.

 

 

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

Source : RT Sepa Mas, 19-07-2017

 

 

Les-crises.fr DT | 23 août 2017 à 6 h 00 min | Étiquettes : guerre médiatiqueVenezuela | Catégories : GéoPolitique |

URL : http://wp.me/p17qr1-Mut

 

 

Le Monde ressuscite les morts pour mentir sur le Venezuela

 

22 Août 2017

 

Fanny Louise Troubiand De Villars (1775- 1837) et le Libertador Simon Bolivar (1783-1830)

 

Depuis plusieurs années, le journal Le Monde compte sur les habituels pamphlets antichavistes de ses collaborateurs Marie Delcas et Paolo Paranagua. La première est correspondante du journal pour couvrir les évènements au Venezuela. Petit détail, elle est en poste à Bogota, soit à 1400 kilomètres de Caracas. Ca peut paraître assez étrange. On imagine assez mal un correspondant en Espagne relatant les derniers évènements tragiques de Catalogne depuis Paris. Pourtant la distance entre les deux villes européennes est plus courte que celle qui sépare les deux capitales latinos. Pour remédier à l´éloignement, la dite correspondance relève plus du commentaire élogieux des opinions de l´opposition à la Révolution bolivarienne. Mais ça, le lecteur du Monde n´en saura rien.

 

La deuxième personne est un éditorialiste. Il s´agit de Paolo Paranagua, alias le Comandante Saúl, responsable de plusieurs attentats dans les années 70 comme le rappelait encore Jean Luc Mélenchon (1). Viscéralement opposé aux gouvernements populaires d´Amérique Latine, Mr. Paranagua confond, depuis maintenant de nombreuses années, propagande politique et journalisme, et massacre régulièrement la notion d´information honnête et équilibrée. Mais ca, le lecteur du Monde ne le sait pas.

 

A ces deux militants politiques qui, sous couvert de leur carte de presse, relaient les tracts les plus odieux de l´extrême droite vénézuélienne, s´ajoute désormais un troisième larron.

 

Depuis maintenant deux semaines une envoyée spéciale du Monde, Fanny Du Villars rédige des écrits à charge contre la Révolution Bolivarienne dans le plus grand mépris de toute déontologie et en claire violation de la Charte de Munich (au moins en ce qui concerne les articles 1,3,6,8,9 relatifs aux devoirs des journalistes). Or Fanny du Villars n´existe au Monde que depuis deux semaines, et n´a jamais rien écris auparavant pour ce journal, ni pour aucun autre média.

 

Articles de propagande écris par « l´envoyée spéciale » du journal Le Monde, Fanny Du Villars

 

Fanny De Villars n´est pourtant pas une inconnue au Venezuela. Née en 1775 en France, c´est une lointaine cousine du Libertador Simon Bolivar, avec qui celui-ci aurait entretenu une relation amoureuse et a correspondu jusqu´à la fin de sa vie. Fanny De Villars est décédée le 21 décembre 1837, prés de Lyon. Ce que l´on sait moins c´est que, visiblement, elle serait revenue à la vie, et travaillerait désormais pour le groupe de communication de messieurs Pigasse, Bergé et Niel.

 

Certaines mauvaises langues qui ne croiront pas un seul instant à cette histoire de réincarnation pencheront plutôt pour dire qu´il s´agit là d´un pseudonyme. Or le titre « d´envoyée spéciale » confère une certaine légitimité aux faits rapportés par une personne qui est sur place, et qui est censée nous proposer une vision fidèle des évènements. Mais si cette personne n´existe pas,  on peut se demander s´il y a vraiment un envoyé spécial du journal Le Monde au Venezuela ? Et si oui, pourquoi alors utiliser un pseudonyme ? Il y a, à Caracas, des dizaines de journalistes étrangers travaillant pour des médias ou des agences internationales, et à notre connaissance, aucun ne se cache derrière le masque de l´anonymat. Ce qui  nous amène à nous demander qui est derrière ce pseudonyme et surtout d´où vient l´information que Le Monde offre à ses lecteurs.

 

En effet, « Fanny du Villars » est-elle une personne directement lié aux franges les plus radicales de l´opposition vénézuélienne et dont la crédibilité ne résisterait pas à l´examen de son curriculum politique ? Est-ce un membre de la « Resistencia », ces groupes connus pour avoir bruler vif des afro-vénézuéliens parce qu´ils ressemblaient à des chavistes ? Qui écrit ? Qui nous informe ? Un journaliste qui nous rapporte des faits ou un mercenaire de l´information, payé pour tergiverser et mentir sur la réalité du Venezuela ?

 

Les articles du spectre Fanny du Villars sont tellement caricaturaux qu´on peut aussi légitimement se demander s´il ne s´agit pas de travaux élaborés par un bureau de diplomatie publique, et qui échoue dans les pages d´un journal qui se prêterait au jeu de la propagande.  Un grand classique qui nous renvoie aux actions menées par Otto Reich et à la Office of Public Diplomacy for Latin America and the Caribbean  du gouvernement des Etats-Unis lors de la guerre contre le Nicaragua Sandiniste (2).

 

Il ne s´agit là, évidemment, que d´hypothèses mais une chose est sûre: les articles de « l´envoyée spéciale » Fanny du Villars ne sont pas l´œuvre d´un journaliste honnête dont le but est d´informer ses lecteurs.

 

Le journal Le Monde est une nouvelle fois pris la main dans le sac de la propagande de guerre. Derrière « Fanny du Villars », c´est notre droit à être informé qui est piétiné par le quotidien de révérence au pouvoir dominant.

 

(1) Jean Luc Mélenchon est le seul homme politique à avoir dénoncé le passé obscur et le parti pris idéologique de Paolo Paranagua, voir http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/10/21/retour-de-voyage-dans-la-vie-en-morose/. Le leader de la France insoumise dénonce aussi les attentats commis par Paolo Paranagua et son groupe dans les années 70. A l´heure où les attentats endeuillent plusieurs pays d´Europe, des dirigeants historiques de l´ancienne LCR ont condamné…..Jean Luc Mélenchon et se sont solidarisés avec l´éditorialiste du Monde. Voir: https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/191116/nous-nacceptons-pas-de-voir-notre-passe-commun-insulte-par-jean-luc-melench

 

(2) Voir sur le site du National Security Archive de l´Université George Washington:

http://nsarchive2.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB40/

Cet indicateur d’un prix nobel d’économie qui fait craindre un krach à Wall Street

 

24 Août 2017
Encore une annonce sur une nouvelle bulle financière comparable aux subprimes concernant la surévaluation des actions des monopoles financiarisés par rapport à leurs profits rééls. Par parenthèse, pour ceux qui se souviennent encore de Marx et de la loi de la valeur en  contradiction avec la loi du marché…
 
(note de danielle Bleitrach)

PUBLIÉ LE 23/08/2017 À 14H51  MIS À JOUR LE 23/08/2017 À 15H13
Cet indicateur d’un prix Nobel d’économie qui fait craindre un krach à Wall Street
Atomic Imagery / Getty Images

Les actions cotées à Wall Street ont rarement été aussi chères, d’après un indicateur de valorisation méconnu du grand public. Depuis un siècle, à chaque fois qu’il a atteint ou dépassé le niveau actuel, un krach est survenu.

 

Le rally des actions à Wall Street a-t-il du plomb dans l’aile ? Depuis le plancher majeur de 2009, l’indice phare S&P500 a connu une envolée quasi-ininterrompue et surtout phénoménale, avec une multiplication par… 3,7 des cours. Une évolution permise par la reprise économique intervenue sur la période et la politique monétaire ultra-accommodante de la Réserve fédérale, qui a comprimé les taux d’intérêt à long terme, entraînant des arbitrages en faveur des actions et au détriment des obligations.

 

Résultat, les sociétés cotées de l’indice S&P 500 se paient actuellement, en moyenne, “18,4 fois les bénéfices estimés pour 2017 et 16,5 fois ceux attendus pour 2018”, rapportait récemment Frédéric Guignard, gérant actions chez Aviva Investors France. Si ces niveaux indiquent que les actions américaines ne sont pas bradées, ils ne semblent pas excessifs… à première vue. Las, un PER (valeur boursière d’une entreprise, rapportée à ses bénéfices) de près de 18 est moins attractif quand le cycle économique devient très mature (les profits ont déjà largement eu le temps de se redresser) – comme c’est le cas actuellement outre-Atlantique – qu’en phase de redémarrage de la croissance (quand la dynamique de hausse des bénéfices ne fait que commencer).

 

Aux Etats-Unis, la reprise dure depuis 8 ans (de gauche à droite : ampleur et durée de la progression du S&P500 depuis le creux de 2009, durée d’expansion du PIB en mois et évolution des profits des entreprises en pourcentage du PIB), cliquez sur l’image pour agrandir

BNY Mellon (Sources Bloomberg et Newton, 2016)

A lire aussi – Pourquoi il faut miser sur le CAC40 et les actions de la zone euro plutôt que sur Wall Street

 

Pour corriger ce biais, le prix Nobel 2013 d’économie et professeur de l’Université de Yale Robert Shiller a élaboré une jauge de valorisation des actions jugée plus fiable. Le “PER de Schiller” (ou PER ajusté du cycle économique) vise à s’affranchir de l’impact du cycle économique en rapportant la capitalisation boursière des sociétés à la moyenne de leurs bénéfices des 10 dernières années (avec une prise en compte de l’inflation). Or, à Wall Street, il vient de se hisser à 30, bien au-delà de la moyenne de longue période (16,8), d’après multpl.com.

 

A lire aussi – Les actions européennes ont un bien plus fort potentiel que Wall Street

 

En 100 ans, ce niveau n’a été atteint ou dépassé qu’à deux reprises : lors du pic précédant le krach d’octobre 1929 (qui a marqué le début de la Grande Dépression des années 30) et lors de la bulle de la fin des années 90, quand le PER de Schiller a grimpé jusqu’à 44, record historique. Même lors du pic d’octobre 1987 (qui a précédé le lundi noir du 19 octobre, marqué par un plongeon de 23% du Dow Jones), le PER de Schiller se limitait à 18…

 

Evolution du PER de Schiller du S&P 500 depuis 1880, cliquez sur l’image pour agrandir


A lire aussi – 2 scénarios pour une revanche des actions européennes sur Wall Street, selon Russell Investments

 

En comparaison, la situation sur les marchés d’actions de la la zone euro est moins inquiétante. D’après les données du gestionnaire d’actifs allemand Star Capital, le PER de Schiller ressortait, fin juin, à 19,8 à la Bourse de Paris, 19,4 à Francfort, 14,6 à Milan et 13,5 à Madrid. Selon cet indicateur, le marché d’actions russe apparaît comme le moins cher de la planète, avec un ratio de… 4,9. Pour autant, un krach à Wall Stret ne serait pas sans conséquences sur les Bourses mondiales. Comme dit le dicton, “quand Wall Street éternue, Paris s’enrhume”…

 

En vidéo – Les Bourses européennes vont-elles continuer d’être à la traîne ?, par Olivier Passet, directeur des synthèses chez Xerfi

Retrouvez toutes les vidéos de Xerfi sur XerfiCanal TV. Le groupe Xerfi est le leader des études économiques sectorielles. Retrouvez toutes ces études sur le portail de Xerfi.com

 

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Chomsky : « les antifas font un énorme cadeau à la droite »

 

24 Août 2017
Je suis d’accord avec l’analyse de Chomsky. Il est clair que l’affaire et une bonne part de son exploitation relève de la campagne des démocrates pour les législatives ce qui est leur droit politique, mais elle laisse mal augurer et c’est ce que pointe Chomsky d’un changement de politique des démocrates depuis Clinton-Obama. On utilise le passé de l’Amérique pour mieux évacuer les problèmes du présent qui frappent les plus pauvres, qu’il s’agisse de ces blancs des zones rurales ou industrielles ou la majorité des noirs américains pour les diviser et pour assurer le maintien d’une politique au profit d’une élite de l’argent à laquelle a désormais accès une bourgeoisie noire et qui est partagée par les démocrates et les Américains. Chomsky qui en appelle aux syndicats et qui a plusieurs fois expliqué qu’il fallait recomposer les camps sur des bases de classe a parfaitement raison
 
(note de danielle Bleitrach)


par Jeussey de Sourcesûre 
mardi 22 août 2017
Noam Chomsky affirme que le mouvement antifasciste impliqué dans les affrontements de Charlottesville est « autodestructeur ». Il soutient que les principes de leur action sont faux et qu’il s’agit d’un « énorme cadeau fait à la droite ».

 

Le mot « antifa  est un raccourci utilisé pour désigner les organisations « antifascistes », il se réfère à une coalition non structurée et décentralisé de groupes militants de base qui s’opposent à l’extrême droite.

 

Le mouvement, qui a été fondé en Italie et en Allemagne dans les années 1920, a fait les gros titres à la suite d’un rassemblement de la « suprématie blanche » à Charlottesville, en Virginie, au début du mois. Des néo-nazis, des membres du Ku Klux Klan et des partisans de « alt-right » (littéralement : la droite alternative) se sont affrontés avec des antifascistes et une femme est morte après qu’une voiture ait foncé dans un groupe de manifestants antifascistes.

 

Comme pour en rajouter à cette violence, Trump a déclenché une certaine colère en renvoyant dos à dos les suprématistes blancs et les antifascistes, affirmant que les contre-manifestants étaient aussi violents que les groupes « d’extrême droite » et que le mouvement « alt-right » incluait des gens   « Très bien ».

 

Chomsky, qui est célèbre pour sa critique de la politique étrangère américaine, du néolibéralisme et des grands médias, vient d’émettre un avis critique sur les Antifas.

 

« En ce qui concerne les Antifas, il s’agit d’une minuscule frange de la gauche, tout comme leurs prédécesseurs », a déclaré le linguiste et philosophe au Washington Examiner : « Ils font là un énorme cadeau à la droite, y compris à commencer par la droite militante et exubérante. Leurs actions reposent souvent sur de faux principes – comme le refus du dialogue – et leur mouvement est généralement autodestructeur. Lorsque la confrontation se dérive sur le terrain de la violence, c’est le plus dur et le plus brutal qui gagne – et celui-là, nous le connaissons. Cela discrédite le militantisme constructif et fait perdre les avancées réalisées par des formations structurées et organisées ».

 

En disant cela, Chomsky se réfère à d’autres formes de lutte et de tactiques que l’action directe contre les « suprématistes blancs », telles que l’organisation syndicale, la solidarité avec les migrants, les programmes d’éducation publique.

 

Chomsky, qui a récemment quitté son poste de professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology pour devenir professeur lauréat à l’Université de l’Arizona, a suscité des critiques à propos de ce jugement porté sur lesAntifas.

 

Eleanor Penny, qui a beaucoup écrit sur le fascisme et l’extrême droite, a déclaré à The Independent : « Chomsky considère la lutte contre le fascisme comme un combat pour la pureté morale que l’on peut gagner en restant respectueux, polis et différents. Mais les fascistes n’ont aucune intention de gagner cette bataille. Ils ne se soucient pas de respecter la liberté d’expression ou le droit à un procès équitable ; ils ont ouvertement déclaré leur intention meurtrière envers les personnes de couleur (et d’autres « indésirables ») et ils continueront à le faire par tous les moyens. Pour cette raison, la résistance physique est un devoir, un acte de légitime défense, et non pas une représentation maladroite du déclin moral de gauche « . En outre, la bataille de Cable Street en 1936 et les affrontements similaires de Lewisham et Wood Green à Londres en 1977, ont montré que la résistance physique a protégé les populations locales de la violence raciste et empêché un rassemblement de fascistes d’aller plus loin. Cela s’inscrit dans une politique générale ».

 

Les avis critiques sur les médias sociaux soutiennent que Chomsky est moins « à gauche » (sic) en vieillissant et insinuent que sa notoriété et son discernement sont en régression, pour ne pas dire du domaine du passé. Asa Winstanley, un journaliste américain, a déclaré : « C’est triste : Chomsky imite Trump en condamnant  » les deux parties  » en affirmant qu’Antifa est « un cadeau majeur à la droite ».

 

Le mouvement antifasciste, qui prône l’opposition populaire autonome au fascisme plutôt que de faire appel à la police ou à l’État, n’est pas une organisation centralisée homogène. Ce mouvement a une histoire longue et variée qui remonte à la lutte contre les chemises noires de Mussolini dans les années 1920 et ensuite les chemises brunes d’Hitler dans les tavernes de Munich. Au Royaume-Uni, les antifascistes se sont mobilisés contre les chemises noires menées par Oswald Moseley, le chef de l’Union britannique des fascistes, dans Cable Street à East London dans les années 1930 et dans bien d’autres cas. De 1934 à 1936, en France, un Comité de vigilance a regroupé des intellectuels antifascistes.

 

Ramer à contre-courant comme le fait Chomsky réclame beaucoup d’énergie pour cet homme de 88 ans.

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Sources : BBC news, Washington Examiner.

Trêve imminente au Donbass pour la rentrée des classes

 

23 Août 2017

Cet entretien téléphonique a été favorisé par une rencontre, tenue la veille, entre Kurt Volker, représentant spécial des États-Unis en Ukraine, et Vladislav Sourkov


La Rédaction

publié le 23 août 2017.

 

Le 22 août, au cours d’un échange téléphonique, les dirigeants des pays du format de Normandie (Allemagne, Russie, Ukraine et France) ont soutenu la décision du groupe de contact sur l’Ukraine (Ukraine, Russie et OSCE) de décréter une trêve dans le Donbass à l’occasion de la rentrée scolaire.

Conférence de presse d'Angela Merkel et Vladimir Poutine en mai 2015. Crédits : Kremlin.ru.
Angela Merkel et Vladimir Poutine, piliers du Format de Normandie. Crédits : Kremlin.ru.

Les parties ont formulé l’espoir que le cessez-le-feu, qui doit être officiellement annoncé par le groupe de contact mercredi 23 août, conduise à « une amélioration de la situation » dans la zone de conflit, informe le service de presse du Kremlin. Les dirigeants se sont en outre engagés à continuer à apporter leur aide personnelle dans l’exécution des accords de Minsk.

 

Le service de presse du gouvernement allemand a confirmé la tenue de négociations téléphoniques entre les dirigeants du format de Normandie. Le président ukrainien Petro Porochenko a écrit sur son compte Twitter avoir demandé, au cours de cette conversation téléphonique, la libération des prisonniers de guerre ukrainiens. Durant l’échange, le président a également parlé de sa visite à Stchastie, dans la région de Lougansk, de sa rencontre avec les représentants de la base de patrouille avancée de la Mission spéciale d’observation de l’OSCE et de la situation sur le terrain.

 

« Une conversation constructive »

 

Cet entretien téléphonique a été favorisé par une rencontre, tenue la veille, entre Kurt Volker, représentant spécial des États-Unis en Ukraine, et Vladislav Sourkov, conseiller du président Vladimir Poutine, indique une source de Kommersant au sein de l’administration présidentielle ukrainienne.

 

La trêve, approuvée par les dirigeants des quatre pays, redonne non seulement un espoir de paix aux habitants du Donbass, mais démontre aussi l’efficacité du travail de Kurt Volker, estime Vadim Karassev, directeur de l’Institut des stratégies globales.

 

« Son premier acte connu – la rencontre avec M. Sourkov – a été suivi d’une conversation constructive entre les chefs d’État. Le plus important, maintenant, c’est qu’aucun obstacle ne vienne bloquer cette initiative et que celle-ci conduise effectivement à la paix », commente le politologue.

 

L’opération antiterroriste ukrainienne au Donbass contre les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk a débuté en avril 2014. Le 21 juin 2017, le groupe de contact sur l’Ukraine a convenu d’une trêve dite « du pain » dans la région. Conformément à cet accord, un cessez-le-feu doit être observé le long de la ligne de contact du 24 juin au 31 août, soit au moment de la récolte.

 

Publié par El Diablo

ARRESTATION arbitraire de Salah HAMOURI à Jérusalem-est

Le jeune franco-palestinien, Salah Hamouri, arrêté hier (22/08/2017) chez lui à Jérusalem, vient de décrocher son diplôme d'avocat. (DR)

Le jeune franco-palestinien, Salah Hamouri, arrêté hier (22/08/2017) chez lui à Jérusalem, vient de décrocher son diplôme d'avocat. (DR)

L'arrestation de Salah Hamouri, alors qui venait d'obtenir son diplôme d'avocat, sucite l'indignation. L'Association France Palestine Solidarité appelle  à laisser des messages sur le site du consulat général de France à Jérusalem. 

 

Salah Hamouri a été arrêté ce mercredi au petit matin. Plusieurs véhicules de l’armée israélienne se sont positionnés devant son domicile de Jérusalem-est occupé, puis les soldats ont pénétré chez le jeune homme qui vient d’obtenir son diplôme d’avocat à l’université de Bir Zeit, en Cisjordanie. En début d’après-midi, les défenseurs de Salah Hamouri n’avaient toujours pas reçu d’explications ni de motifs à cette arrestation qui apparaît, dès lors, comme totalement arbitraire.

(...)

LIEN VERS LA SUITE DE L'ARTICLE CI-DESSOUS:

Arrestation arbitraire de Salah Hamouri à Jérusalem-est

Arrestation arbitraire de Salah Hamouri à Jérusalem-est

L'arrestation de Salah Hamouri, alors qui venait d'obtenir son diplôme d'avocat, sucite l'indignation. L'Association France Palestine Solidarité appelle à laisser des messages sur le site du ...

 

https://www.humanite.fr/arrestation-arbitraire-de-salah

Publié par El Diablo

Des nouvelles d’Ana Belén Montés, prisonnière politique aux USA

Timbre mail art d’Eric Bensidon

Timbre mail art d’Eric Bensidon

Chers amis,

Vous êtes nombreux à nous demander des nouvelles d’Ana Belén Montés.

Il est vrai qu’avec l’élection démoralisante de Trump aux Etats-Unis et aussi avec le temps qu’ont duré nos propres élections, nous sommes restés de nombreux mois silencieux sur cette douloureuse affaire.

 

Ana est hélas toujours en prison, et son cancer d’un sein ne lui facilite pas sa vie de recluse.

 

Le 21 septembre sera le 16ème anniversaire de son arrestation, aussi nous avons décidé d’écrire  aux « procédures spéciales » du conseil des droits de l’homme de l’ONU, avec une copie à la Croix Rouge internationale, et une autre à la Maison Blanche.

 

Voici donc la lettre que nous avons envoyée le 21 août 2017 (ci-dessous).

 

Jacqueline ROUSSIE

 

Conseil des Droits de l’Homme                                                                  

« Division des Procédures Spéciales »

C/O OHCHR-UNOG-14 Avenue de la Paix

1211 Genève 10

Suisse

Le 21 août 2017

 

Mesdames, Messieurs,

 

Dans la situation où le monde se trouve aujourd’hui, le combat pour la paix est un impératif qui s’impose pour contrecarrer les dérives multiples et répétées vers la guerre, laquelle sévit d’ores et déjà dans de nombreux endroits. Avec les armes dont disposent les pays, elle pourrait être mondiale, avec le risque d’anéantissement de l’humanité et peut-être même de la vie sur terre.

 

L’essence de l’ONU est d’éviter les guerres et d’aider à la résolution pacifique des conflits. Ce n’est pas tâche facile. De tous temps des pacifistes internationalistes ont œuvré pour éviter le pire. Ana Belén Montés en fait partie, et c’est à son sujet que nous vous écrivons aujourd’hui.

 

 Ana est simple, modeste et déterminée. C’est une grande dame, enfermée depuis maintenant 16 années dans de rudes conditions d’isolement à l’hôpital psychiatrique pour femmes de la prison de Carswell au Texas. Son arrestation remonte au 21 septembre 2001. Elle a été condamnée pour espionnage et si nous n’agissons pas, elle restera confinée dans cet univers hostile jusqu’en janvier 2023.  Elle assume pleinement ses actes dictés par sa conscience. Elle était  analyste de première catégorie à la DIA, spécialiste de Cuba, et avait accès à presque toute l’information sur l’Ile dont disposait la communauté du renseignement, en particulier sur les activités militaires cubaines. De par son rang, elle était membre du très secret « groupe de travail inter agences sur Cuba », qui rassemble les principaux analystes des plus hautes agences de renseignements des Etats-Unis, comme la CIA par exemple. Elle avait remis à Cuba, sans contre partie financière, l’information lui permettant de connaître les plans d’agression des Etats-Unis contre l’île.

 

Non seulement cette femme courageuse a évité à Cuba des attentats, mais elle a aussi empêché les Etats-Unis de se lancer dans une aventure sanglante contre ce pays. Alors que les Etats-Unis n’attendaient qu’un prétexte pour intervenir, contre toute attente, elle a rédigé un rapport remis au Pentagone en 1998 prouvant que Cuba n’était pas une menace pour les Etats-Unis.  Son geste s’inscrit parfaitement dans le cadre des raisons d’exister de l’ONU.

 

L’article 2 de la charte de l’ONU qui recommande de  «  Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde », va dans le sens de ce qu’a déclaré Ana dans son plaidoyer lors de son procès avant l’annonce de sa sentence:

 

 « Il existe un proverbe italien qui peut-être, décrit le mieux ce que je crois :

 

Le monde entier n’est qu’un seul pays. Dans ce pays mondial, le principe d’aimer son prochain comme soi même, est le guide essentiel pour des relations harmonieuses entre tous les pays.

 

Ce principe implique tolérance et compréhension pour la façon de se comporter envers les autres. Il implique que nous traitions les autres nations comme on aimerait être traité : avec respect et considération. C’est un principe que, malheureusement nous n’avons jamais appliqué à Cuba.

 

Votre honneur, je suis devant vous aujourd'hui pour une activité à laquelle je me suis livrée parce que j'ai obéi à ma conscience plutôt qu'à la loi. Je crois que la politique de notre gouvernement vis-à-vis de Cuba est cruelle et injuste, profondément agressive, et je me suis sentie moralement dans l'obligation d'aider l'île à se défendre contre nos efforts de lui imposer nos valeurs et notre système politique. Nous avons fait preuve d'intolérance et de mépris à l'égard de Cuba depuis plus de 40 ans. Nous n'avons jamais respecté le droit pour Cuba de choisir sa propre voie vers ses propres idéaux d'égalité et de justice. ( …).

 

Ma manière de réagir à notre politique Cubaine a peut-être été moralement condamnable. Peut-être que le droit pour Cuba d'exister libre de toute pression politique ou économique ne justifie pas les informations secrètes que j'ai transmises pour l'aider à se défendre. Je peux seulement dire que j'ai fait ce qui me paraissait être juste pour réparer une grave injustice. 

 

Mon plus grand désir est de voir des relations amicales s'établir entre les Etats-Unis et Cuba. J'espère que mon cas contribuera d'une certaine manière à encourager notre gouvernement à abandonner sa politique hostile envers Cuba et à collaborer avec la Havane dans un esprit de tolérance, de respect mutuel, de compréhension... »

 

Ana Belén Montés a aussi anticipé sur la politique des Etats-Unis envers Cuba, puisque ses paroles vont dans le sens de celles prononcées le 20 mars 2016 sur le sol cubain par le président Obama.

 

Cette femme souffre en plus d’un cancer du sein. Elle a subi début 2017 une mammectomie et a été traitée par radiothérapie. Une telle situation, déjà traumatisante pour n’importe quelle femme, est, dans son cas, vraiment inhumaine. Elle vit coupée du monde, de ses amis, de toute possibilité de soins alternatifs. La prison où elle est enfermée est une machine à la faire souffrir et à détruire sa personnalité.

 

Il nous semble que l’ONU se doit de soutenir Ana Belén Montes dans l’épreuve qu’elle traverse et d’exiger sa libération. En espérant que vous agirez dans ce sens, recevez l’expression de nos sentiments humanistes les plus sincères.

 

Jacqueline ROUSSIE Quartier Castet 64360 Monien France

Maurice LECOMTE 20 rue Capitale 13007 Marseille

*****

Pour information, voici la traduction de la lettre que nous avons reçue en février dernier de sa cousine Miriam:

 

Chers tous, je vous embrasse

 

Merci de continuer à être solidaires d’Ana. Comme il se doit nous avons éprouvé des sentiments très divers : Une grande joie pour le triomphe que représente pour le peuple de Porto Rico (et pour les autres camarades solidaires) le retour d’Oscar dans son pays et auprès des siens. Et d’un autre côté la tristesse de voir qu’Ana n’a pas été libérée.

 

Comme vous le savez, Ana se remet d‘une mammectomie et est actuellement traitée par radiothérapie. Ce traitement est déjà très angoissant pour n’importe quelle femme, alors à plus forte raison quand elle se trouve en prison, loin de ceux qui lui sont chers et de la possibilité d’explorer des traitements alternatifs. Cela a été très difficile et douloureux, vous pouvez l’imaginer. Ana a survécu à tant, a résisté à des conditions d’enfermement si hostiles…

 

Je n’ai pas reçu de lettres d’elle depuis son opération, car elle ne peut se servir de sa main droite. Néanmoins, elle a un contact téléphonique avec sa mère. Elle est toujours l’objet de mesures administratives d’extrême sécurité, raison pour laquelle je m’exprime avec précautions. 

 

A Porto Rico le Groupe de Travail continuera à appuyer Ana. Maintenant plus que jamais nous en avons besoin. Notre objectif principal est de faire connaître son cas dans ses justes perspectives : les principes pour lesquels elle a lutté, la situation historique qui a été à l’origine de son action, la maladie dont elle souffre.

 

Je comprends qu’une campagne éducative fera basculer l’opinion publique en sa faveur, c’est à mon sens, une chose indispensable pour plaider pour sa libération. Je comprends aussi que la façon dont Ana se sentira appuyée et aimée rendra moins dur son enfermement. Je pense qu’il est vital d’insister sur l’appui humanitaire que mérite son cas. Nous ne devons pas non plus oublier le virage historique provoqué par les déclarations faites il y a deux ans par Obama.

 

 Beaucoup de camarades qui travaillent dans le Groupe ont aussi travaillé pour la libération d’Oscar. Sa libération nous a inspiré en tant que peuple. Un peuple uni, combattif, et qui persévère dans ses objectifs, et finit par vaincre. J’ai confiance dans le fait que la lutte pour Ana va se diversifier et s’amplifier.

 

Nous fêterons son anniversaire le dimanche 26 février avec musique, poésie, et peintures, toutes inspirées d’Ana. Nous avons et continuerons à participer aux festivals populaires, aux rencontres religieuses et culturelles, aux manifestations artistiques, et à toutes les opportunités pour exposer son cas. Souhaitons que nous puissions parler directement avec elle !

Nous ne savons pas ce qui va se passer avec l’actuel gouvernement. Nous ne savons rien. Mais ne nous fermons à aucune éventualité. Pour cela il est important de continuer à faire connaître Ana. Je rêve que le jour de sa libération nous soyons nombreux à la connaître, pour pouvoir la recevoir et l’embrasser comme elle le mérite.

Merci de ne pas l’oublier, et comme dit Sean, Hasta la victoria, Siempre !

Avec affection et gratitude.

Miriam

 

 SOURCE : correspondance particulière

États-Unis : des proches du pape dénoncent la « géopolitique apocalyptique »

 

Un article de Marie-Lucile Kubacki publié dans La vie

 

La revue jésuite Civiltà Cattolica a récemment mis en cause la convergence entre fondamentalisme religieux et politique, notamment portée par des proches du président américain Donald Trump. Une prise de position qui suscite la controverse.

 

« Fondamentalisme évangélique et intégrisme catholique aux États-Unis : un oecuménisme surprenant », tel est le titre de l’article récemment publié dans la revue jésuite Civiltà Cattolica, une petite bombe journalistique qui fait du bruit pour deux raisons. La première est le contenu : une critique de la convergence entre fondamentalisme religieux et politique, sur fond de manipulations réciproques, phénomène qui a pris son envol après la fameuse formule de G.W. Bush sur le combat contre « l’axe du mal », après les attentats du 11 septembre

 

2001, et qui trouve sa manifestation actuelle dans la « géopolitique apocalyptique » du conseiller du président Trump, Steve Bannon. La deuxième, ce sont ses auteurs : le père jésuite Antonio Spadaro, directeur de la Civiltà Cattolica, proche de la pensée du pape François, et Marcelo Figueroa, pasteur presbytérien et rédacteur en chef de l’édition argentine du journal du Vatican, L’Osservatore Romano. Ajoutons à cela, que, comme tous les articles publiés dans la Civiltà Cattolica, celui-ci a donc été relu et approuvé par la Secrétairerie d’État du Vatican avant d’être diffusé, a fortiori car il évoque la conception qu’a François de la géopolitique du Saint-Siège. Fondamentalisme évangélique et géopolitique apocalyptique

 

Les auteurs partent d’un constat. Après les attentats du 11 septembre 2001, les discours de G.W. Bush sur le devoir des États-Unis de « libérer le monde du mal  » ont favorisé l’émergence d’un « langage manichéen » qui divise la réalité entre « le Bien absolu et le Mal absolu »« Aujourd’hui, poursuivent-ils, le président Trump a étendu le combat à une entité plus large du "mauvais" ou du "très mauvais". Dans sa politique, on retrouve des positions basées sur des principes fondamentalistes chrétiens évangéliques datant du début du XXe siècle qui ont été "progressivement radicalisés". » Si les principes d’origine prônaient le rejet des logiques mondaines dont la politique fait partie, l’idéologie actualisée entend désormais « exercer une forte influence morale et religieuse sur le processus démocratique et ses résultats ».

 

Ainsi, les groupes socio-religieux influencés par cette idéologie « considèrent les États-Unis comme une nation bénie par Dieu »« n’hésitent pas à fonder la croissance économique du pays sur une adhésion littérale à la Bible » et diabolisent leurs « ennemis ». Parmi les « ennemis » identifiés, on trouve pêlemêle esprits modernistes, mouvement pour les droits civils pour les noirs, mouvement hippie, communisme et mouvements féministes, auxquels sont venus s’ajouter récemment les migrants et les musulmans. En matière d’écologie, ces groupes prônent le « dominisme » : ils considèrent, en se fondant sur la Genèse, que l’humanité est en position de « domination » sur la Création et en concluent, que les catastrophes naturelles et le changement climatique sont des signes apocalyptiques.

 

Or, loin d’interpréter ces signes apocalyptiques comme un signal d’alarme et une invitation à la lutte environnementale, ils y voient le contraire  : « des signes qui confirment leur compréhension non-allégorique des images finales du livre de l’Apocalypse et leur espoir apocalyptique d’un “nouveau paradis et d’une nouvelle terre” ». Leur priorité est donc « combattre les menaces contre les valeurs américaines et se préparer à la justice imminente d’un Armageddon, un affrontement final entre le Bien et le Mal, Dieu et Satan, l’ultime bataille contre l’ennemi ». Ainsi, et c’est le danger pour Spadaro et Figueroa, « la communauté de croyants (foi) devient une communauté de combattants (guerre) ».

 

À l’appui, Spadaro et Figueroa citent l’influence des thèses du pasteur Rushdoony (1916-2001), sur le Conseil national de sécurité et sur Steve Bannon, stratège en chef à la Maison Blanche, « partisan d’une géopolitique apocalyptique ». Notons toutefois que ce dernier a été radié du Conseil en avril de cette année mais qu’il a conservé son poste de stratège en chef. « La doctrine de Rushdoony soutient la nécessité théocratique, analysent-ils : soumettre l’État à la Bible avec une logique qui n’est pas différente de celle qui inspire le fondamentalisme islamique. Au fond, le récit de la terreur qui façonne la vision du monde des jihadistes et celle des nouveaux croisés proviennent de puits qui ne sont pas si éloignés. Nous ne devons pas oublier que la théologie politique répandue par l’État islamique repose sur le même culte d’une apocalypse qui doit se faire le plus tôt possible. Donc, il n’est pas simplement accidentel que George W. Bush soit considéré comme un "grand croisé" par Oussama ben Laden. »

 

Perversion de la « liberté religieuse » et de l’oecuménisme

À ce manichéisme politique s’ajoute un autre phénomène : « une forme particulière de proclamation de la défense de la "liberté religieuse".  » Attention, notent les auteurs : si l’érosion de la liberté religieuse dans un contexte de sécularisation galopante doit être regardée de près, il ne faut pas que la défense de la liberté religieuse se transforme en « religion en totale liberté », entendu comme « un défi direct à la laïcité de l’État ». Or, remarquent-ils «  appelant aux valeurs de l’intégrisme, une étrange forme d’oecuménisme se développe entre les fondamentalistes évangéliques et les intégristes catholiques, unis par le même désir d’influence religieuse dans la sphère politique. »Cette rencontre se fait autour de préoccupations communes : avortement, mariage gay, éducation religieuse à l’école et tous les sujets qui relèvent généralement de la morale et des valeurs. « Ces nouveaux apôtres de l’oecuménisme, poursuivent Spadaro et Figueroa, condamnent l’oecuménisme traditionnel au profit d’un oecuménisme du conflit qui les réunit dans le rêve nostalgique d’un état théocratique. » La pointe la plus dangereuse de ce nouvel oecuménisme paradoxal, affirment-ils, culmine dans sa vision xénophobe et islamophobe qui souhaite « des murs » et des « déportations purifiantes ». Ils développent : «  L’intolérance est une marque céleste du purisme. Le réductionnisme est sa méthode exégétique. L’ultra-littéralisme sa clé herméneutique. »

 

Un oecuménisme de la haine à l’opposé de la « politique » du pape François. « Un aspect évident de la géopolitique du pape François, notent les auteurs, repose sur le fait de ne pas donner une place théologique au pouvoir de s’imposer ou de trouver un ennemi à combattre à l’intérieur ou à l’extérieur. Il faut fuir la tentation de projeter de la divinité sur le pouvoir politique qui s’en sert pour ses propres fins. » Le danger du projet fondamentaliste, expliquent-ils, est de vouloir établir un royaume divin ici et maintenant. Mais la divinité de ce royaume est « une projection de puissance », vision qui « génère l’idéologie de conquête ». Rien à voir avec le projet chrétien, eschatologique, qui va de pair avec une diplomatie où nul ne peut être couronné « homme de la Providence ».

 

C’est la clé de la diplomatie du Saint-Siège, expliquent-ils, qui entend «  établir des relations directes et fluides avec les superpuissances, sans entrer dans des réseaux d’alliances ou d’influences déjà constitués ». Ne pas dire qui a tort et qui a raison « car à la racine des conflits, il y a toujours combat pour le pouvoir ». Ce qui, dans un contexte marqué par le terrorisme islamique, se traduit à la fois par le refus de reconnaître une quelconque « légitimité théolocopolitique aux terroristes, en évitant la réduction de l’islam au terrorisme islamique », et de la refuser aussi à ceux qui postulent et veulent une « guerre sainte » ou des barrières de barbelés. « La seule couronne d’épines qui compte pour le chrétien, concluent les auteurs, est celle que le Christ a portée haut. »

 

Aux États-Unis, l’article fait grand débat dans la presse catholique et n’a pas manqué de générer des réactions contrastées. Dans les colonnes de Crux, le père Raymond J. de Souza, rédacteur en chef de Convivium, un site internet canadien spécialisé dans les rapports culture et foi, dénonce de manière virulente une vision partiale et caricaturale du catholicisme conservateur américain et du milieu évangélique. Interviewé par le magazine America, Antonio Spadaro explique, face aux critiques, avoir voulu alerter sur un risque qui n’est pas «  exclusif aux États-Unis », celui de l’instrumentalisation de valeurs religieuses à des fins politiques, une manipulation « très risquée qu’elle soit le fait de progressistes ou de conservateurs ».

 

MARIE-LUCILE KUBACKI AVEC LA CIVILTÀ CATTOLICA publié le 18/07/2017

 

http://www.lavie.fr/religion/cathol...

Grandes manoeuvres autour du Venezuela (Il Manifesto)

 

Les projecteurs politico-médiatiques, focalisés sur ce qui se passe à l’intérieur du Venezuela, laissent dans l’ombre ce qui se passe autour du Venezuela. Dans la géographie du Pentagone, celui-ci entre dans l’aire du U.S. Southern Command (Southcom), un des six “commandements combattants unifiés” entre lesquels les EU divisent le monde.

 

Le Southcom, qui couvre 31 pays et 16 territoires de l’Amérique latine et des Caraïbes, dispose de forces terrestres, navales et aériennes et du corps des marines, à quoi s’ajoutent des forces spéciales et trois forces opérationnelles spécifiques : la Joint Task Force Bravo, basée dans la base aérienne de Soto Cano au Honduras, qui organise des exercices multilatéraux et autres opérations ; la Joint Task Force Guantanamo, basée dans la base navale homonyme à Cuba, qui effectue des “opérations de détention et interrogatoire dans le cadre de la guerre au terrorisme” ; la Joint Interagency Task Force South, basée à Key West en Floride, avec la mission officielle de coordonner les “opérations anti-drogue” dans toute la région. L’activité croissante du Southcorn indique que ce qu’a déclaré le président Trump le 11 août -“ Nous avons de nombreuses options pour le Venezuela, y compris une possible action militaire ” – n’est pas une simple menace verbale.

 

Une force spéciale des marines, dotée d’hélicoptères de guerre, a été déployée en juin dernier au Honduras pour des opérations régionales avec une durée prévue de six mois. Dans le cadre toujours du Southcorn s’est déroulé en juin à Trinidad et Tobago l’exercice Tradewinds, avec la participation de forces de 20 pays des Amériques et des Caraïbes. En juillet s’est déroulé au Pérou l’exercice naval Unitas, avec la participation de 18 pays, et, au Paraguay, la compétition-exercice de forces spéciales de 20 pays. Du 25 juillet au 4 août, des centaines d’officiers de 20 pays ont pris part à la Panamax, exercice officiellement destiné à la “défense du canal de Panama”. Du 31 juillet au 12 août s’est déroulé à la Joint Base Lewis-McCord (Washington) le Mobility Guardian, “le plus grand exercice réaliste de mobilité aérienne” avec la participation de 3000 hommes et 25 partenaires internationaux, en particulier les forces aériennes colombiennes et brésiliennes qui se sont exercées dans des missions diurnes et nocturnes avec des forces étasuniennes, françaises et britanniques. Le “scénario réaliste” est celui d’une grande opération aérienne, pour transporter rapidement des forces et armements dans la zone d’intervention. En d’autres termes, la répétition de l’intervention militaire au Venezuela menacée par Trump.

 

La base principale serait la Colombie voisine, reliée à l’Otan en 2013 par un accord de partenariat. “Du personnel militaire colombien – documente l’Otan – a pris part à de nombreux cours à l’Académie de Oberammergau (Allemagne) et au NATO Defense College à Rome, en participant aussi à de nombreuses conférences militaires de haut niveau”.

 

Qu’un plan d’intervention militaire au Venezuela existe déjà est confirmé par l’amiral Kurt Tidd, commandant du Southcorn : dans une audition au sénat, le 6 avril 2017, il déclarait que “la crise humanitaire croissante au Venezuela pourrait rendre nécessaire une riposte régionale”. Pour réaliser la menace de l’”option militaire” de Trump, pourrait être adoptée, même dans un contexte différent, la même stratégie que celle mise en acte en Libye et Syrie : infiltration de forces spéciales et de mercenaires qui jettent de l’huile sur les foyers intérieurs de tension, en provoquant des affrontements armés ; accusation contre le gouvernement de massacrer son propre peuple et l’ “intervention humanitaire” qui en résulte par une coalition armée conduite par les EU.

 

Manlio Dinucci

Edition de mardi 22 août 2017 de il manifesto

»» https://ilmanifesto.it/grandi-manovre-attorno-al-venezuela/

URL de cet article 32219 

L’article a été écrit avant l’annonce. Il y a une mise à jour ci-dessous (NdT)

Ce soir, Trump va annoncer une nouvelle « avancée » de l’occupation de l’Afghanistan. Selon les fuites habituelles, les États-Unis « avanceront » exactement de la même manière que depuis 16 ans.

 

Plusieurs milliers de soldats des États-Unis et de divers pays de l’OTAN entraîneront l’armée afghane (en vain). Les forces spéciales, et les mercenaires de la CIA lanceront des raids sur une propriété familiale ou une autre sur la foi d’ouï-dire. Des bombes seront larguées sur tout ce qui sera considéré comme une cible.

 

Trump va annoncer qu’un millier de soldats va être ajouté au contingent actuel. Il y aura environ 15 000 soldats étrangers en Afghanistan. Environ trois paramilitaires seront en outre déployés pour chaque soldat.

 

Trump sait que cette « avancée » est un non-sens qui ne conduit nulle part, que le mieux serait que toutes les troupes étrangères en Afghanistan partent tout simplement :

Donald J. Trump @realDonaldTrump - 21 nov. 2013
Nous avons perdu énormément de sang et d’argent en Afghanistan. Leur gouvernement n’a aucune gratitude. Partons !

Mais ni l’armée, ni la CIA, ni le gouvernement afghan local ne laisseront les Etats-Unis partir. Au contraire, on attise les peurs : « Que se passera-t-il si l’Afghanistan devient un repaire de terroristes internationaux ? » Mais quasiment aucun acte terroriste international en « Occident » n’a été organisé en Afghanistan. Les coupables de tous les attentats récents étaient des gens du pays.

 

L’armée veut sauver les apparences. Les généraux ne veulent pas admettre qu’ils ont perdu une guerre de plus. La CIA veut conserver les forces militarisées et les drones dont elle justifie la possession par son engagement en Afghanistan. La production de drogue en Afghanistan, que les États-Unis n’ont jamais vraiment essayé d’arrêter, sert, à ce qu’on dit, à financer les opérations « au noir » de la CIA, tout comme pendant la guerre du Vietnam et divers conflits en Amérique du sud. Les membres du gouvernement afghan vivent tous de l’argent des États-Unis. La guerre en Afghanistan est un racket qui coûte d’innombrables vies afghanes et beaucoup d’argent aux contribuables américains.

 

Trump, qui est maintenant sous le contrôle des généraux de tendance néo-conservative, avait peu de chances de prendre une décision différente. Il avait demandé à son équipe de trouver d’autres solutions, mais aucune ne lui a été fournie :

Le président a dit à McMaster « de retourner à sa table à dessin », a déclaré un officiel. « Mais il revenait toujours avec la même chose. »

L’ancien conseiller stratégique de Trump, Steve Bannon, avait relayé une idée d’Eric Prince, un fournisseur douteux de mercenaires internationaux : confier l’Afghanistan à une entité privée à but lucratif comparable à la Compagnie britannique des Indes orientales. Cette compagnie, à l’aide de sa propre grande armée, a dépouillé l’Inde de tout ce qu’elle avait de précieux et est devenue presque un État dans l’état. Mais Prince et Bannon ont oublié de raconter la fin qu’elle a eue. Elle a capoté après qu’une grande mutinerie en Inde a vaincu ses forces armées et elle a dû être renflouée par le gouvernement. Une entité comme la Compagnie des Indes orientales en Afghanistan donnerait le même résultat que celui d’aujourd’hui.

 

Ensuite, il y a le conte de fées selon lequel l’Afghanistan est riche en minéraux. Mille milliard de dollars de fer, de cuivre, de métaux rares et d’autres choses intéressantes pourraient être extraits du sol. Mais en réalité, les coûts de l’extraction des minéraux en Afghanistan sont, pour diverses raisons, prohibitifs.

 

Le plan de Bannon / Prince était fou, mais il était au moins un peu différent des projets toujours identiques à eux-mêmes de l’armée :

Le secrétaire à la Défense [Mattis] a utilisé cet argument pendant les réunions : « Monsieur le Président, nous n’avons pas fait une guerre de 16 ans, nous avons plutôt fait une guerre d’un an, 16 fois ».

Cette rhétorique a déjà été utilisée il y a cinq ans pour parler de la guerre contre l’Afghanistan. (elle avait au départ été utilisée pour la guerre de 10 ans au Vietnam.) Mattis n’a pas expliqué pourquoi ni comment ce rythme répétitif d’un an pourrait un jour prendre fin.

 

La « nouvelle » partie du plan est de faire pression sur le Pakistan pour qu’il cesse de financer et d’approvisionner les groupes talibans. Ce n’est pas dans l’intérêt du Pakistan et ils ne le feront pas. L’administration Trump veut bloquer le versement annuel à l’armée pakistanaise. Les Etats-Unis ont déjà essayé et la réponse pakistanaise a été de fermer la route d’approvisionnement des États-Unis en Afghanistan. Une autre voie d’approvisionnement en Russie s’était mise en place, mais elle a maintenant été fermée du fait de l’attitude hostile des Américains envers ce pays. Les États-Unis ne peuvent pas soutenir un déploiement en Afghanistan sans une route mer-terre vers le pays.

 

L’armée afghane est, comme le gouvernement, totalement corrompue et pleine de gens qui ne veulent pas se battre. Davantage de « formation » n’y fera rien. Le gouvernement par procuration des États-Unis ne contrôle que quelques-unes des plus grandes villes. Il prétend contrôler de nombreuses régions, mais ses forces sont souvent repliées dans des complexes centraux pendant que les talibans dirigent les campagnes. Au total, les talibans et les seigneurs de guerre qui leur sont alliés détiennent plus de la moitié du pays et continuent de gagner le soutien des habitants. La soi-disant branche de l’EI en Afghanistan a été créée à l’origine par la Direction nationale de la sécurité afghane sous contrôle de la CIA avec des talibans pakistanais :

A Nangarhar, il y a un an, l’avant-garde du mouvement était un groupe de militants pakistanais qui y vivaient depuis des années comme « invités » du gouvernement afghan et des populations locales. Tout en évitant d’abord d’attaquer les forces afghanes, ils ont révélé leur nouvelle allégeance en attaquant les Talibans et en prenant leur territoire.

L’EI en Afghanistan, créée pour être une force anti-taliban, n’est qu’une autre forme de la guerre des seigneurs de la guerre afghans.

 

EN 16 ans, les États-Unis n’ont pas réussi à donner un objectif stratégique réaliste à leur occupation de l’Afghanistan. Ils n’en ont toujours pas. Sans but politique, les militaires sont envoyés dans des opérations tactiques qui ne changent rien sur le long terme. Toute tentative de négocier quelque paix que ce soit en Afghanistan nécessite de parler sérieusement avec les Taliban, le Pakistan, la Chine, la Russie et l’Iran. Personne à Washington n’est prêt à le faire.

 

La probable décision de Trump signifie que l’histoire de l’occupation américaine de l’Afghanistan se poursuivra au cours des prochaines années exactement de la même manière qu’au cours des 16 dernières années. La décision, une fois prise, est peu susceptible de changer avant la prochaine élection présidentielle. Les 16 guerres d’un an en Afghanistan deviendront 20 guerres d’un an, sans gain perceptible.

 

Le seul événement concevable qui pourrait changer la situation est un grand nombre de victimes militaires américaines. Cela pourrait conduire à un vague de sentiment anti-guerre qui pourrait obliger le Congrès à voter la fin de la guerre. Mais les talibans y ont-ils intérêt ?

 

Mise à jour (22 août 2017) :

Trump a annoncé exactement ce que nous avions prédit ci-dessus. L’armée lui a dicté son plan comme auparavant à Obama. Voici le discours de Trump. Il n’est pas différent de celui qu’Obama avait tenu en 2009 : objectifs non définis, nombres de troupes indéfinis, limites de temps indéfinies – bashing du Pakistan (qui rétorquera de même) et pas la moindre idée nouvelle. Tant que les États-Unis ne partiront pas, la guerre se poursuivra sans aucun espoir de fin :

TOLOnews @TOLOnews - 4:43 AM - 22 août 2017

En réponse à l’annonce du président américain # Trump, Talibans affirment qu’ils continueront à se battre "tant que les troupes américaines resteront en #Afghanistan ".

Moon of Alabama

»» http://www.moonofalabama.org/2017/08/four-more-one-year-wars-in-afghanistan.html
URL de cet article 32213 
Resumen (Latinoamericano tv)
 

Si vous tapez sur Internet : Luisa Ortega Díaz, ex-procureure générale du Venezuela, vous croulerez sous une avalanche d’articles à rendre fou le Decodex du Monde. Tous nous présentent une ancienne chaviste, passée dans l’opposition de Maduro, démise de ses fonctions, victime et preuve vivante que la dictature est en marche chez les Bolivariens.
Or, chargée depuis 4 ans de la lutte anti-corruption et inefficace à 100%, elle avait monté avec son époux, député, un réseau d’extorsion qui a sorti plus de six millions de dollars du pays vers des comptes aux Bahamas.


Détails documentés dans cet article et les deux autres qui suivent.
LGS

Le président de la République, Nicolás Maduro, a donné des détails sur le réseau de corruption découvert par la Police nationale anti-corruption dans la zone pétrolifère de l’Orénoque, des faits qui n’ont jamais fait l’objet d’une enquête de la part de l’ex-procureure générale Luisa Ortega Díaz pour capturer les responsables.


Au cours d’une interview (par le journaliste José Vicente Rangel), le chef de l’État a déclaré lors de la dernière réunion qu’il a tenue dans son bureau avec l’ex-procureure, l’avoir informée des cas de corruption découverts dans certaines entreprises liées à la zone pétrolifère de l’Orénoque.


"Qu’est-ce que le bureau de la procureure a fait ?" a demandé le président.


"Maintenant, nous le savons, il a averti les corrompus qui ont pu quitter le pays, chargés de millions de dollars avec lesquels ils ont ouvert des comptes à l’étranger. Nous disposons des preuves originales des banques dans les îles des Caraïbes qui sont des paradis fiscaux, où le propre époux de l’ex-procureure générale était en charge d’un réseau d’extorsion" a déclaré Maduro.


Il a déclaré avoir ressenti une "immense frustration" lorsqu’il a découvert le réseau de corruption autour de certains projets dans cette zone, et ordonné l’arrestation des personnes impliquées, mais la surprise a été qu’elles avaient déjà fui le pays.


"Et nous découvrons ensuite pourquoi elles ont fui le pays : la procureure générale, les personnes chargées de l’enquête et de l’établissement des mandats d’arrêt respectifs, étaient les mêmes qui extorquaient et protégeaient ces secteurs de la corruption" a déclaré le président.

 

De plus, il a soutenu qu’en quatre ans et quatre mois de présidence, il n’avait jamais pu compter sur le soutien de l’ex-procureure générale pour lutter contre la corruption.

 

(traduction Michel Taupin)
http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/08/21/maduro-denuncia-red-d...

»» http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/08/21/maduro-denuncia-red-d...

URL de cet article 32217 

Diosdado Cabello (photo), député à l’Assemblée Nationale Constituante et vice-président du PSUV a indiqué qu’il a remis des documents originaux qui prouvent l’existence d’un réseau d’extorsion qui fonctionnait au Bureau de la procureure Générale de la République avec la participation active de procureurs du Ministère Public et du député à l’Assemblée Nationale Germán Ferrer, mari de l’ex-procureure générale Luisa Ortega Díaz. Tarek William Saab, procureur général de la République a indiqué qu’il demandera au Président du TSJ d’arrêter Germán Ferrer chez lui et à l’Assemblée Nationale Constituante de lever son immunité.

Cabello a indiqué que « nous avons obtenu ces originaux que nous avons consignés aujourd’hui d’autres pays : plus de 6 millions de dollars sur des comptes ouverts par des procureurs du Ministère Public, par monsieur Germán Ferrer, par une dame que nous présumons être Gioconda González, qui a été l’assistante de la Procureure et directrice du bureau pendant de longues années. » Il a indiqué qu’elle apparaît sur les documents comme “Gioconda García” mais avait 2 passeports.

 

« Je suis sûr que rien de cela n’aurait pu arriver sans le consentement de celle qui dirigeait le Bureau du Procureur jusqu’à il y a quelques jours. » Il a signalé que les documents originaux ont été remis au Procureur Général Tarek William Saab et il a demandé qu’ils soient conservés dans un endroit très sûr. « Ce sont les originaux, il n’y a pas de documents identiques. Le client en a un, la banque a l’autre et j’en ai un que m’ont fait parvenir les personnes victimes d’extorsion, les organismes d’autres pays amis qui nous ont aidés dans cette enquête. »

 

« Beaucoup de gens ont été escroqués, soumis au chantage, ils leur demandaient des péages, en utilisant même le nom de la Révolution Bolivarienne. Quand les gens sentent que la personne qui dirigeait le Bureau du Procureur commence à être alliée du terrorisme et de la violence, ils commencent à faire des dénonciations. »

 

Cabello a indiqué qu’après les enquêtes qui ont été réalisées à PDBSA et dans les entreprises liées à l’exploitation de la bande Pétrolifère de l’Orénoque, on a découvert plusieurs délits mais du Bureau du Procureur, ils ont commencé à appeler les responsables de ces entreprises pour leur demander de l’argent pour abandonner l’enquête.

 

« Nous avons demandé l’arrestation des personnes mentionnées et la perquisition des personnes enregistrées là, » a indiqué Cabello. Ils demanderont aussi le gel des biens.

 

On a demandé d’enquêter sur :

 

Germán Darío Ferrer, député et mari de l’ex-procureure Ortega Díaz
José Rafael Parra Saluzzo, avocat
Gioconda González, ex-directrice générale du Bureau
Pedro Lupera, 5° Procureur du Bureau National 55 avec entière compétence
Luis Sánchez, Procureur auxiliaire du Bureau National 55, entre autres.

 

Cabello a montré un compte ouvert le 6 avril 2016 à la banque UBS aux Bahamas, par Germán Ferrer et Pedro Luper, pour un million de dollars. Il a montré que ce compte a un code d’investissements chiffré qui permet de prouver l’authenticité du document.

 

Il a nié qu’elle ait été dénoncée parce qu’elle s’est détournée de la révolution mais pour « quantité de chantages et d’extorsions avec ces ramifications » qui ont été découverts après que ses mensonges contre le pouvoir moral ont été dénoncés. « En vérité, cela n’a rien à voir avec sa position politique. Si j’avais eu ces preuves il y a 6 mois, j’aurais fait les mêmes dénonciations » a indiqué Cabello.

 

Il a dénoncé l’existence d’un grand réseau d’extorsions par des procureurs du Ministère Public contre des détenus et des personnes soumises à une enquête pour différents délits.

 

Le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, a donné une conférence de presse quelques minutes plus tard et a montré les originaux de l’ouverture des comptes à la banque UBS des Bahamas remis par Cabello. Sur ces documents apparaissent les signatures du député Germán Ferrer. Certains comptes sont des comptes individuels et d’autres sont des comptes joints avec un procureur du Ministère Public en activité.

 

« Nous avons désigné 2 procureurs pour enquêter : le 73° Procureur National spécialisé en blanchiment de capitaux et en délits financiers et économiques et le 11° Procureur National spécialisé dans les délits de corruption, les banques, les assurances et les marchés de capitaux. Ils ont été désignés et travaillent déjà sur ces faits regrettables. » Il a indiqué que les chefs d’accusation sont : corruption, extorsion de fonds, association de malfaiteurs et blanchiment de capitaux.

 

Ferrer sera assigné à résidence préventivement étant donné qu’il a été commis un délit en flagrance mais on demandera à Maikel Moreno, présidente du Tribunal Suprême de Justice d’émettre un mandat d’arrêt alors que débute le processus de levée de son immunité parlementaire.

 

On demandera aussi l’arrestation des procureurs impliqués dans le réseau d’extorsion de fonds, en particulier Pedro Lupera, Luis Sánchez et Gioconda García ou Gioconda González.

 

Il a aussi indique que « nous avons une banque de données de plusieurs entreprises qui, en travaillant sur la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque, sont présumées avoir été soumises à des extorsions de fonds par ce groupe de personnes, » c’est pourquoi on citera à comparaître les représentants de ces entreprises. On enquêtera aussi sur la création d’une compagnie anonyme à l’étranger pour blanchir le capital résultant des extorsions.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :
http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/08/16/venezuela-diosdado-ca...
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mardi 22 août 2017

K. Serebrennikov: l'art du détournement de fonds

Le metteur en scène russe K. Serebrennikov vient d'être interpelé à Saint Petersbourg par le Comité d'enquête fédéral. L'enquête, malgré les pressions médiatiques des milieux artistiques, intérieurs et étrangers,  a finalement débouché sur son implication personnelle dans le détrounement de fonds à grande échelle réalisé dans le cadre du théâtre moderne Gogol Center par le 7e Studio. Vues les réactions, il semblerait que ces milieux artistiques se sentent au-dessus des lois ... et de l'indépendance de la justice.
 
L'enquête sur les détournements de fonds publics concernant le Gogol Center pour les années 2011-2014 a commencé il y a plusieurs mois. En mai, nous nous demandions, à ce sujet, où se trouvait la frontière entre l'art expérimental, dont se réclame ce metteur en scène, et le très banal détournement de fonds (voir notre article sur ce sujet ici). Nous venons d'obtenir une réponse de bon sens.
 
Environ 200 millions de roubles semblent avoir été détournés, Sebrennikov est concerné par le détournement de 68 millions de roubles. Selon les services fiscaux, il n'y a pas de concordance entre les revenus et les dépenses. 16 millions de roubles ont été payés pour les décorations d'un spectacle ... en papier-maché, 20 millions pour des costumes quand les acteurs sont nus, etc.
 
Les personnes interrogées par le Comité d'enquête, dont l'ancienne comptable en chef du 7e Studio, ont déposé contre K. Serebrennikov et n'ont pas voulu prendre sur leurs épaules toute la responsabilité du schéma de détournement de fonds qu'ils ont dit organisé par le génie de l'art expérimental.
 
Pour autant, les milieux artistiques russes et étrangers défendent becs et ongles cette "répression" contre un génie trop indépendant qui évidemment dérange le Kremlin. Cela manque d'imagination, mais on fait avec ce que l'on a. En Russie, des acteurs et metteurs en scènes ont écrit une lettre en soutien à Serebrennikov (les autres figurants, moins médiatisés, ne semblaient pas autant les intéresser), qu'ils ont remise au Président russe. En d'autres termes, cela s'appelle faire pression sur l'enquête, c'est une atteinte à l'indépendance de la justice, qu'ils réclament pourtant à corps et à cris, il est vrai dans d'autres circonstances. A moins qu'ils ne considèrent que les artistes bénéficient a priori d'une immunité totale, qu'ils sont au-dessus des lois et des juges. Qu'il suffit d'un battement de cil du Président pour que l'enquête ne s'effondre d'elle-même, comme dans une société primitive. Mais le Président n'est pas un Grand Sorcier et la Russie n'est pas un pays primitif. 
 
En revanche, après la lettre, l'enquête a été transmise du Comité d'enquête de Moscou au Comité d'enquête fédéral, qui a eu moins peur d'atteindre les responsables, même s'ils sont médiatisés.
 
Sur la scène internationale aussi, la réaction ne s'est pas faite attendre, comme l'illustre cet article caricatural à souhait de la presse française:
Directeur artistique du Centre Gogol, célèbre théâtre contemporain de Moscou, et réalisateur de films présentés aux festivals de Cannes ou Venise, M. Serebrennikov, 47 ans, est soupçonné de "fraude à grande échelle", un délit passible de dix ans d'emprisonnement, a annoncé dans un communiqué le Comité d'enquête, service chargé des principales affaires et répondant directement au Kremlin.
Bref, Cannes et Venise contre le Kremlin, la culture contre la barbarie. Mais plus sérieusement, alors que la globalisation adore la création de structures indépendantes, raison pour laquelle le Comité d'enquête a d'ailleurs été créé sur pression des organisations internationales, il est maintenant décrit comme totalement et directement dépendant  du "Kremlin". C'est un peu comme dire que le FBI répond directement à la Maison Blanche, mais étrangement, ici, ça choque moins.
Des acteurs et des directeurs de théâtre français dont le directeur du festival d'Avignon Olivier Py avaient dénoncé dans une lettre publiée dans le quotidien Libération le "traitement inadéquat" réservé à "ce trublion génial de la scène théâtrale et du cinéma russe (qui) paye douloureusement sa liberté de création".
En effet, que serait l'art en Russie sans Serebrennikov... question de goût. Il est vrai que l'individu est très à la mode en Occident et correspond tout à fait à "un russe fréquentable". Après l'agression par la Géorgie de l'Ossétie du Sud en 2008 et l'intervention russe pour éviter un nettoyage ethnique, suivant les recommandations de McCain, il affirmait être prêt à se promener avec un tee-shirt disant "Je suis géorgien", il a soutenu les Pussy Riot, les droits des homosexuels, a déclaré que la Russie "était un pays profondément ancré dans l'esclavage", etc. 
 
Cela et le reste ne l'ayant nullement empêcher de faire carrière dans les grands théâtres russes, de récupérer le théâtre Gogol, de le démenteler en Gogol Center, de le diriger et de très bien le faire financer par le ministère de la culture ces dernières années, pour la répression politique, il faudra repasser. D'ailleurs, son interlocuteur au ministère de la culture est également sous le feu des enquêteurs, sans qu'il ne soit question de répression politique. En revanche, les détournements de fonds à grande échelle, ça ne passe pas. 
 
Mais ces individus post-modernes, ne s'embarrassent pas de scrupules. En même temps l'on critique la Russie, ce pays arriéré et corrompu, ce pays où le Président décide de tout, tout seul. Et l'on est financé par le ministère de la culture, on pratique la corruption, le détournement de fonds et l'on s'adresse au Président pour faire pression sur la justice lorsque l'un "des siens" est découvert.
 
Ce que j'aime le plus, ce sont les gens qui ont des convictions.
 

« Les Russes sont du côté du socialisme » débat télévisé sur la chaîne OTR

 

21 Août 2017

« Les Russes sont du côté du socialisme » débat télévisé sur la chaîne OTR

 

Les discussions sur les voies de développement de la Russie prennent un relief particulier dans cette année du 100e anniversaire de la Grande Révolution d’Octobre. De plus en plus de gens remettent en question les bienfaits de la restauration du capitalisme en 1991, et se prononcent en faveur des idées socialistes. Quelles sont les raisons de cela, et est-il possible de restaurer les principes de base du système soviétique, tel était le sujet de l’émission « Prav! Da? » de la Télévision publique russe. Le vice-président du Comité central FCRP, Dmitri Novikov, était invité au débat.

 

29/07/2017

 

https://kprf.ru/dep/gosduma/activities/167403.html

 

La discussion dans le studio a démarré à partir d’une question de l’animateur sur l’acceptation ou non des valeurs libérales par la population du pays, et l’opportunité de revenir à quelques pratiques de l’époque soviétique. Dmitry Novikov a suggéré de se tourner vers des études sociologiques. Selon lui, 28 % des jeunes estiment qu’ils sont proches des valeurs socialistes, et seulement 17 % se disent adeptes du libéralisme. « Au sein des autres générations le tableau est encore plus clair en faveur du choix socialiste », – a déclaré le vice-président du Comité central du Parti communiste.

 

En même temps, Dmitry Novikov a déclaré qu’il n’y avait rien d’étonnant à cela, et que les valeurs du socialisme n’ont jamais été dans notre pays en minorité. « Ce qui est arrivé au début des années 1990, le coup d’Etat élitiste, ne signifie pas que le peuple a volontairement accepté le capitalisme, – a-t-il dit. – Et plus le temps passe, plus les gens peuvent apprécier la vie alors et maintenant » .

Novikov a réfuté l’opinion selon laquelle le choix en faveur du libéralisme avait été démontré par les manifestations massives de 1990 à 1991. Le représentant du Parti communiste dit qu’elles se sont déroulées sous le slogan « Plus de socialisme! ». « C’est tout simplement parce que l’on a réussi à convaincre les gens qu’il y aurait plus de socialisme que le démantèlement rapide du système soviétique a été rendu possible », – a expliqué Novikov.

 

Le vice-président du Comité central du Parti communiste a rejeté également cette déclaration du politologue Leonid Polyakov, prétendant que « absolument tous les » citoyens soviétiques voulaient vivre comme en Europe et en Amérique. Dmitri Novikov a affirmé qu’au niveau de la base, les gens étaient prêts à soutenir pleinement le coup d’Etat et ont résisté à l’effondrement violent de l’URSS. 

 

Comme d’habitude, les partisans des opinions libérales ont eu activement recours aux affabulations sur les « horreurs de l’ère soviétique » – la famine, l’écrasement total de la dissidence, le système économique « inefficace », etc. Novikov a appelé à tenir compte des faits. « En 1990, l’Union soviétique – c’est 20 % de l’économie mondiale, – a-t-il dit. – Aujourd’hui, l’espace post-soviétique – c’est au mieux 3-4 %. Voilà la réalité ».

 

Cependant, Dmitry Novikov s’est dit persuadé de l’impossibilité de transférer mécaniquement les différents principes et pratiques soviétiques dans le sol moderne. « Toute personne qui travaille sur un ordinateur connaît le terme  « copier-coller » : Vous pouvez copier et coller un endroit à l’autre. Copier mécaniquement les meilleures choses du passé soviétique, et les insérer dans la réalité actuelle ne fonctionnera pas, parce que la situation est vraiment trop détériorée, et certains éléments ne donneront pas leur pleine mesure », – a dit le représentant du Parti communiste.

 

Pour revenir à la voie du développement, a poursuivi Dmitry Novikov, il faut relancer le système fondé sur une économie planifiée et les idées de justice sociale. Et cette voie est  aujourd’hui soutenue par la majorité de la population. « Nos démocrates ont coutume de se référer à l’opinion publique mais ils se comportent en fait comme des dictateurs absolus, et croient que seul leur point de vue est correct, – a-t-il déclaré. – « Levada-Center » n’est pas un organe du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie, mais selon lui 52 % de nos citoyens préfèrent l’économie planifiée, et exactement deux fois moins préfèrent une économie de marché ».

 

Comment donc s’est formée cette opinion chez des millions de personnes? Selon Novikov, les citoyens vivant tous les jours dans la réalité existante se rappellent comment c’était avant, et voient ce qui se passe maintenant. « Il nous faut une éducation de haute qualité pour tous afin d’être compétitifs. Il nous faut une science très développée. Cesser de s’en prendre à l’Académie des sciences de Russie, comme cela a été fait avec les réformes des dernières années mais au contraire soutenir la recherche – fondamentale et appliquée, – a dit le représentant du Parti communiste. Il nous faut, bien sûr, investir dans le capital humain. Ne pas détruire la santé, de ne pas fermer les écoles rurales, mais au contraire les soutenir ».

 

Sur une réplique de l’un des adversaires que les mêmes garanties existent en Occident, Dmitry Novikov dit qu’elles ne sont apparues qu’après que l’Union soviétique a donné l’exemple, et à cause de la nécessité de soutenir la concurrence. « Pour le fait qu’en France, en Angleterre, aux États-Unis, il y ait certaines garanties sociales, il faut dire merci au pays soviétique! » – a-t-il souligné. Quant à l’expérience libérale en Russie, Dmitry Novikov est convaincu que c’est un échec total.

 

Sergei Kozhemyakin.

Retour sur la condamnation de Lula

 

Par Frei Betto  |  21 août 2017
 

Théologien de la libération et écrivain brésilien 

 

 

L’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva a été condamné le 12 juillet dernier à 9 ans et 6 mois de prison par le juge Sergio Moro. A la différence des autres condamnés en première instance dans le cadre de l’opération Lava Jato, Moro n’a pas envoyé en prison préventive le plus exceptionnel des dirigeants politiques du Brésil. Il a expliqué que « la prudence recommande d’attendre le jugement » pour éviter « certains traumas ». C’est à dire, pour éviter une mobilisation populaire de soutien à Lula.

La défense présentera un recours en deuxième instance, auprès du Tribunal régional fédéral de la 4ème région, situé à Porto Alegre (RS). D’après le président du tribunal, le recours devrait être jugé en août de l’année prochaine (2018). Et si la condamnation de Lula est confirmée, il ira en prison et ne pourra se présenter à l’élection présidentielle d’octobre 2018. Elle entraînera également son inéligibilité pendant 7 ans.

Dans un communiqué publié le jour suivant la sentence, le fondateur du PT (Parti des travailleurs) a déclaré : « Si quelqu’un croit que c’est la fin de Lula, il se trompe lourdement. Le seul ayant le droit de me déclarer fini, c’est le peuple brésilien. » Puis de confirmer qu’il sera candidat à la présidence de la République en 2018 pour briguer un troisième mandat : « Si quelqu’un pense qu’avec cette sentence ils m’écartent du jeu, qu’il sache que je reste dedans ». Enfin, il a ajouté que seule l’histoire pourra le juger.

Le juge a affirmé détenir les éléments qui prouvent que Lula est bien le propriétaire légitime d’un appartement triplex situé dans la station balnéaire de Guarujá (au sud de Sao Paolo) dans lequel l’entreprise de construction OAS aurait investi 2,15 millions de reais en échange de faveurs obtenues dans le cadre de contrats passés avec Petrobras.

Lula nie toujours la propriété de cet appartement. Il admet en revanche que son épouse Marisa, décédée en février de cette année, a eu l’intention d’acheter ce triplex. Mais l’achat ne s’est pas concrétisé parce que Lula a estimé que la localisation de l’appartement ne lui assurait pas un minimum de tranquillité privée, qu’il l’exposerait trop à la curiosité du public.

Pour sa part, la défense a insisté sur le fait que le promoteur immobilier n’a jamais été capable de montrer une écriture au nom de la famille Lula da Silva. Pour elle, l’accusation est donc infondée.

Dans le cas où le tribunal de deuxième instance confirmerait la sentence de Moro, Lula pourra recourir au Tribunal supérieur de justice, et en dernière instance, au Tribunal suprême fédéral.

La sentence prononcée contre le dirigeant du PT n’est pas basée sur des preuves mais sur les délations de deux hommes corrupteurs déjà arrêtés dans l’affaire du Lava Jato : Leo Pinheiro, patron d’OAS, condamné à 44 ans, dont 10 ans et 8 mois de prison ferme dans un procès concomitant à celui de Lula, et José Adelmário Pinheiro fils, ancien président de l’entreprise de construction. Le juge Moro a accordé à Leo Pinheiro le bénéfice de ne faire que deux ans et demi en prison ferme contre sa déclaration, et de demander une réduction de peine avant de payer les préjudices causés à Petrobas.

Selon les éléments contenus dans le dossier Lava Jato, OAS aurait versé 87 millions de réais au titre de commissions pour obtenir des avantages contractuels auprès de Petrobras. De ce montant, 16 millions auraient été destinés au PT et 3,7 (un peu plus de 1 million d’euros) auraient bénéficié directement à Lula, dont 2,4 auraient servi à l’achat et à l’aménagement de l’appartement triplex et 1,3 à des cadeaux reçus par l’ancien président pendant ses deux mandats. Moro n’a pas retenu cette dernière accusation contre Lula.

Alors pour quels crimes a-t-il été condamné ? Dans sa décision de 280 pages divisées en 962 points, le juge écrit : « pour la perception indue d’avantages accordés par OAS dans le cadre des contrats passés avec Petrobras » et « pour occulter ou dissimuler la propriété de l’appartement 164-A triplex et le bénéfice des aménagements réalisés ».

Selon le juge Moro, « le groupe OAS dirigé par l’accusé José Adelmário Pinheiro fils a alloué l’immeuble sans faire payer le prix correspondant, et a pris en charge le coût des aménagements parce que ce bien était destiné au président Luiz Inácio Lula da Silva. »

Pour décider la condamnation de Lula, qui a quitté le gouvernement début 2011 avec un taux de popularité de 87%, le juge a choisi le moment adéquat. Le même jour, le Congrès a approuvé la « réforme » du code du travail proposée par le président Michel Temer. Cette « réforme » supprime des droits conquis ces 70 dernières années par les travailleurs brésiliens, tels que l’arbitrage des conflits par le tribunal du travail. Une fois la loi promulguée, les conflits seront traités via une négociation directe entre les patrons et les employés…

Toujours le même jour, la Commission de constitution et justice (CCJ) de la Chambre des députés a rejeté le rapport du député Sergio Zveiter (Parti du mouvement démocratique brésilien) favorable à l’ouverture d’une enquête sur Michel Temer pour corruption passive, suite à l’accusation lancée par le procureur général de la République, Rodrigo Janot. Le nouveau rapporteur désigné, le député Paulo Abi-Ackel (Parti de la social-démocratie brésilienne), a présenté un texte dans lequel il demandait le classement sans suites de l’accusation de Janot. Approuvé par la Commission, ce texte a été voté par la Chambre des députés le 2 août en session plénière (texte mis à jour par l’éditeur).

Au moment où ces événements se déroulaient à la CCJ, l’ancien ministre Geddel Vieira Lima, homme de confiance de Michel Temer, détenu dans le procès Lava Jato, a obtenu sa sortie de prison et le droit de rester en détention à domicile. La condamnation de Lula a ainsi évincé les ennuis du gouvernement Temer.

Le fait d’éviter la prison à l’ancien président Lula signifie « la reconnaissance de la faiblesse des arguments de la sentence » et la « prudence » destinée à éviter « certains traumas » confirme le caractère politique de la condamnation. « Il s’agit d’une condamnation spéculative, qui ne tient pas compte des preuves d’innocence » a ainsi affirmé l’avocat de Lula, Cristiano Martins.

Le Brésil est plongé dans de profondes turbulences politiques. En moins d’un an, il a subi le coup d’Etat parlementaire qui a destitué Dilma Rousseff, l’accusation du procureur général de la République contre Michel Temer et la condamnation de l’ancien président Lula.

Il convient tout de même de signaler que le procès Lava Jato peut exister seulement grâce aux gouvernements de Lula et de Dilma. Mais la corruption a toujours été un facteur endémique de l’Etat brésilien, depuis la monarchie jusqu’à la République. Ce qui est nouveau, c’est le fait de punir maintenant les corrupteurs et les corrompus. Et ceci grâce aux gouvernements du PT qui ont renforcé les pouvoirs du ministère public et de la Police fédérale. Ce que l’on peut cependant regretter, c’est que le PT n’ait pas procédé aussi à une réforme du système politique, ce qui lui aurait éviter d’en être la victime aujourd’hui.

Le juge Moro lui même signale dans sa sentence : « Il faut reconnaître au gouvernement de l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva le mérite d’avoir renforcé les mécanismes de contrôle, d’avoir favorisé la prévention et la répression des crimes de corruption, notamment par les investissements effectués dans la Police fédérale lors de son premier mandat, en renforçant la Cour des comptes de l’Union et en préservant l’indépendance du ministère public par l’instauration du processus de choix du procureur général de la République parmi les noms de la liste proposée par les membres d’institution (point 793 de la sentence) ».

Lula doit encore faire face à quatre autres accusations dans des affaires judiciaires. D’autres dirigeants importants du PT ont déjà été condamnés dans le cadre de Lava Jato : José Dirceu à 23 ans (actuellement en détention à domicile) ; Antônio Palocci, condamné à 12 ans (en prison actuellement) ; João Vaccari Neto, à 15 ans (en prison également) et Delúbio Soares, à 5 ans (en liberté, en attendant le jugement en deuxième instance).

Pourquoi le peuple brésilien n’est-il pas aujourd’hui dans la rue pour défendre Lula et demander le départ de Michel Temer comme il l’a fait autrefois dans d’autres circonstances politiques ? Plusieurs facteurs expliquent cette situation, parmi lesquels : l’augmentation du chômage, qui touche actuellement 14 millions des travailleurs, la désillusion face à la politique, la violence et le vandalisme récurrents lors des récentes manifestations, qui augmentent la peur, et l’importance des réseaux sociaux en tant qu’outils de protestation et de dénonciation.

Il n’y a pas au Brésil aujourd’hui une force politique suffisamment représentative, capable de promouvoir des manifestations de rue importantes.

Traduction : Rosa Gutierrez

Ce texte a initialement été publié le 16 juillet 2017 sur le site https://www.brasil247.com/pt/colunistas/geral/306660/A-condena%C3%A7%C3%A3o-de-Lula.htm

La vérité sur Lula ou les 7 aberrations de la justice brésilienne

mardi 22 août 2017 


Lula condamné (il a fait appel) à neuf ans et demi pour des affaires de corruption, ça me parle, car Lula et le Parti des Travailleurs, c’est de la vraie politique. Alors, condamné, mais par qui, pour quoi, et comment ? Difficile de trouver de l’info, c’est-à-dire de lire le jugement.

A défaut de l’accès au document, voici un texte intéressant de Ricardo Amaral, publié sur le Blog des invités de Médiapart. Ricardo Amaral n’est pas un auteur neutre : il a été membre du cabinet de Lula. Cela rend son texte d’autant plus intéressant. Il décrit le contexte, analyse les principales articulations du jugement, et il cite plusieurs avis autorisés. C’est une lecture politique, ce qui pour moi n’a rien de péjoratif, à l’heure où notre esprit critique est menacé par l’invasion des « experts de la société civile », laissez-moi rire.

Sur le terrain, Lula et le Parti des Travailleurs poursuivent le travail, et préparent les présidentielles de 2018. Alors, affaire à suivre, et de près (Gilles Devers)

Les médias internationaux ont répandu l’information que l’ex-président Lula a été condamné à neuf ans et demi de réclusion pour des crimes de corruption et blanchiment d’argent, mais la plupart des reportages ne révèle pas que cette décision, prise par un juge singulièrement et manifestement partial, n’est pas basée sur des preuves, ni sur la loi brésilienne, ni sur la vérité des faits. C’est une condamnation politique et une aberration juridique, selon des juristes indépendants, qui devrait être annulée par les instances supérieures.

Cette sentence est la conséquence de la longue persécution contre Lula menée par le juge Sergio Moro et par un groupe de procureurs de la-dite opération Lava Jato. Depuis que le Parti des Travailleurs (le PT), a vaincu pour la quatrième fois consécutive les élections présidentielles, en 2014, Moro et ses promoteurs – avec la complicité du réseau Globo de Télévision, le plus grand réseau de média au Brésil – essayent d’associer Lula aux déviations de Petrobras investiguées par l’opération Lava Jato.

En mars 2016, la police a envahi la maison de l’ex-président et a confisqué des papiers, des agendas, des téléphones portables, des ordinateurs et même les tablets de ses petits-enfants. Ils ont conduit Lula, de force, à témoigner, sans raison légitime et légale. Ils ont violé les comptes bancaires et la comptabilité de Lula et de ses familiers, de son institut, de l’entreprise qui s’occupe de ses conférences et intercepté ses communications téléphoniques.

On n’a jamais trouvé d’illégalité commise par Lula, ni de comptes secrets ou d’entreprise off-shore ; et encore moins quelque chose qui puisse le lier aux détournements de Petrobras, ou qui prouve qu’il a reçu un pot-de-vin sous la forme d’un appartement comme prétend la thèse de l’accusation. Mais ils ont laissé illégalement diffuser par la presse des enregistrements de ses communications téléphoniques, des messages, des documents et des témoignages choisis de façon à condamner Lula par l’opinion publique au moyen de titres à sensation, comme dans une reprise des erreurs de l’opération italienne Mani Pulite (Mains propres), inspiration de l’opération Lava Jato au Brésil.

La présentation de la dénonciation contre Lula, en septembre 2016, c’était un spectacle médiatique très gênant pour le monde juridique. Sans avoir de preuves de corruption contre Lula, les promoteurs se sont servis de thèses de probabilité afin de l’accuser d’être le chef d’une organisation criminelle. Pour initier l’action pénale, le juge Moro a dû corriger plusieurs aspects de la fragile dénonciation, jouant le rôle d’un vrai accusateur, ce qui confirme son parti-pris.

Dans un dernier effort pour fabriquer une preuve dans le procès, le juge Moro a décidé d’écouter une deuxième fois l’industriel et coupable Léo Pinheiro, qui avait déjà déclaré l’innocence de Lula, à exemple des 72 autres témoins du procès. Condamné à 23 ans de prison dans une autre affaire, Pinheiro a changé sa version dans le but d’obtenir la réduction de sa peine. La parole isolée de ce coupable, qui a témoigné sans le souci de dire la vérité, est le seul fondement de la sentence contre Lula.

Le juge a ignoré les témoignages favorables à Lula et écarté la preuve d’innocence produite par la défense. Les documents démontrent que l’appartement a toujours été enregistré au nom de l’entreprise OAS Empreendimentos. Les droits économiques de ce bien immeuble ont même été placés par l’OASdans un fonds de financement d’une grande banque, la caisse Caixa Econômica Federal. Lula est resté seulement pendant deux heures dans l’appartement, pour évaluer s’il allait l’acheter avec ses propres ressources.

Le juge Moro, avec la complicité du Réseau Globo, qui censure toute critique à ses contradicteurs, veut convaincre que Lula aurait attendu jusqu’à 2014 pour recevoir un bien immeuble évalué à US$ 300 mil, comme une soi-disant avance pour des contrats millionnaires de 2008 et 2009, dans lesquels il n’a eu aucune participation. Ensuite, le juge prolonge la peine sous prétexte qu’il y a eu crime de blanchiment d’argent dans une affaire où il n’y a pas eu de transaction financière.

En 2016, les grossières violations de Lava Jato contre Lula ont été portés dans un communiqué individuel au Comité des Droits de l’Homme de l’O.N.U. Les procès contre Lula a toutes les caractéristiques d’un lawfare, c’est à dire la manipulation d’un procès judiciaire afin d’incriminer l’ennemi, en l’occurrence le leader politique le plus populaire de l’histoire brésilienne.

Quoiqu’indigné par l’injustice dont il a été victime, l’ex-président Lula affirme que Sergio Moro et l’opération Lava Jato étaient « condamnés à le condamner », parce qu’ils ont mené toute une campagne de mensonges dans les moyens de communications. « Après avoir menti tant de temps, à tout le pays, ils ne pouvaient pas revenir en arrière, même s’ils n’avaient trouvé aucun acte illégal de ma part, car la mascarade serait devenue évidente », affirme Lula.

L’objectif de la sentence est très évident : empêcher Lula de participer aux élections présidentielles. Cela ne peut se faire que si la sentence de Moro parvient à être confirmée par les instances supérieures, qui commencent déjà à recevoir des pressions pour le faire avant les élections. « Ils ont fait un coup d’état parlementaire pour écarter le PT du gouvernement, mais le coup ne sera pas définitif si j’ai la possibilité de redevenir président par le vote. Et ils ne peuvent pas l’admettre. »

Une sentence et 7 aberrations

Les aberrations de la sentence sont nombreuses, à commencer par le fait que le juge a adopté des thèses différentes de celles indiquées par l’accusation :

1 – Les promoteurs ont dit que la société OAS aurait fait le transfert de l’appartement de Lula en octobre 2009, en tant qu’avance pour une soi-disant faveur prêtée sur 3 contrats signés avec Petrobras. Le juge a dû reconnaître qu’il n’y a pas de preuves du transfert de l’appartement, ni de la participation de Lula aux détournements de Petrobras, mais il l’a quand même condamné par acte inexistant de corruption passive.

2 – Moro dit que l’appartement a été « attribué » à Lula, en lui passant la « propriété de fait », chose qui n’existe pas dans le Droit. Moro affirme que la preuve documentaire de la propriété de l’appartement « n’a pas d’importance » pour le procès pénal. Il se sert d’une expression abstraite pour affirmer sa conviction arbitraire.

3 – Face à la preuve de la défense, Moro a reconnu que la construction de l’immeuble a été financée par un fonds de la Caixa Econômica Federal, qu’il a appelé lors d’une « opération normale du marché immobilier » . De façon contradictoire, dans un autre point de la sentence, il affirme que les travaux ont été payés avec les ressources d’un pot-de-vin, et se sert de cette thèse pour condamner Lula.

4 – L’accusation n’a pas présenté les actes d’office de Lula, relativement aux contrats entre OAS et Petrobras pour expliquer sa thèse comme cela est exigé par la loi brésilienne. Elle n’est même pas parvenu à montrer des détournements dans les contrats. La défense de Lula a sollicité des expertises techniques afin d’éclaircir cet aspect, mais le juge a nié [la nécessité de] la production de cette preuve.

5 – En dépit de la loi, le juge Moro a décidé que l’existence des actes d’office ne serait pas importante pour caractériser la corruption de l’agent public : « pour cette configuration il suffit que les paiements soient effectués en raison du poste quoiqu’en échange d’actes d’office indéterminés, à être pratiqués dès que l’occasion se présente », a-t-il décidé.

6 – Dans des décisions précédentes, Moro avait acquitté deux coupables parce que le lien entre leurs biens déclarés illicites et les détournements de Petrobras n’avait pas été prouvé. Mais dans le cas de Lula, il a décidé que la loi n’importait pas, car du fait de sa condition de Président de la république, Lula serait le responsable de tous les détournements supposés, et non seulement de ceux de Petrobras.

7 – Le juge Sergio Moro a aussi condamné Lula pour un soi-disant blanchiment d’argent. Il a décidé que le fait de maintenir l’immatriculation de l’appartement au nom d’OAS avait été le moyen d’oculter la « propriété de fait » et le mouvement des valeurs entre les parties. C’est une sentence kafkaïenne : un crime inexistant de blanchiment d’argent expliquerait la condamnation de l’accusé d’actes de corruption qu’il n’a pas pratiqués.

Cette sentence est une honte pour la Justice brésilienne

La sentence illégale, non-juridique et arbitraire du juge Moro a provoqué la réaction de nombreux juristes et acteurs du droit au Brésil et à l’étranger. Les critiques adressées au juge sont censurées sur le Réseau Globo de communication et dans la plupart des médias. Nous présentons ici quelques unes de ces manifestations, qui ne visent pas exclusivement à soutenir l’innocence de Lula, mais aussi à défendre l’Etat de droit et le procès légal, menacés par l’arbitraire de l’opération Lava Jato.

« Jugement ou farce ? Là où finit le jugement de l’accusé, commence le jugement du jugement et du juge lui-même. (…) En fin de comptes, quand un juge rend au malin son âme de magistrat, il n’enregistre pas ce fait chez le notaire, simplement il rend sa toge, laissant voir la partialité, l’ambition, l’opportunisme et la recherche de la célébrité. Et ils savent bien ce qu’ils échangent. Ils n’ont pas besoin de papiers. Il suffit une mutuelle conviction. » Álvaro Augusto Ribeiro Costa, ex-avocat général de l’Union, sous-procureur de la République, retraité.

« Surréel : Lula a été condamné pour avoir reçu ce qu’il n’a pas reçu et pour avoir blanchi l’argent qui ne lui a pas été donné… C’est dire que son patrimoine n’a pas crû même d’un seul centime !!! Il n’a reçu aucun bénéfice patrimonial, et pour cela même il n’avait rien à « blanchir »… On peut affirmer, sans crainte d’erreur, que l’ex-président Lula n’a pas un procès pénal juste, et il a été condamné de façon absolument injuste. On l’avait d’abord déclaré criminel, maintenant, aprés coup, ils déclarent avoir trouvé ses crimes. Le tribunal de seconde instance doit absoudre le meilleur président de la République de toute l’histoire de ce pays, mais l’histoire n’absoudra pas ses accusateurs… » Afranio Silva Jardim, maître en Droit Processuel à l’Université de l’État de Rio de Janeiro.

« Cette décision est une absurdité. C’est un procès pénal d’exception, contenant des vices évidents, et qui caractérisent son objectif politique et non l’application de l’ordre juridique. Les droits fondamentaux et la démocratie sont en train d’être renversés. » Pedro Estevam Serrano, professeur de Droit Institutionnel à la Pontifícia Universidade Católica de São Paulo.

« Nous sommes devant une phase générale de crises dans nos démocraties, qui se manifeste des manières les plus diverses. Mais celle-ci est une crise singulière, qui devrait susciter la clameur, à commencer par les libéraux. On est aussi devant des formes plus qu’intolérables d’exibitionisme du protagonisme judiciaire, qui comptent sur le consensus public pour légitimer ses actions. Il y a une forme horrible de populisme, qui n’est pas le populisme politique, mais le populisme judiciaire. Et celui-ci (celui de Lava Jato) peut représenter un danger à la culture juridique, qui doit être attentive de manière alarmante afin de protéger sa propre juridiction et la crédibilité même du droit. » Luigi Ferrajoli, en conférence au Parlement italien.

« Il s’agit d’éliminer de toute dispute électorale, par la voie judiciaire, tout et n’importe quel leader ou dirigeant populaire capable de gagner une élection concurrant contre les candidats des corporations ou autre genre semblable de traitres de la nation engagés à nous endetter à une vitesse singulière, jamais vue auparavant. Pour autant, il suffit de quelques juges, dont les motivations sont passibles d’être manipulées par les services d’intelligence et les gérants des corporations, spécialement celles des médias ; motivations qui peuvent être, par exemple, la peur, le servilisme, des avantages, des promesses ou espoirs de promotions, comodités, aspirations politiques ou le simple désir de célébrité. » Eugenio Raúl Zaffaroni.

« Cette sentence était plus que prévisible, parce que celui qui s’est positionné à plusieurs reprises comme l’opposant de l’accusé, n’aurait pas pu décider différemment ; ce qui est triste, car on peut voir qu’on a envoyé en l’air la garantie constitutionnelle de l’impartialité de celui qui juge dans le système judiciaire brésilien. » Bruno Galindo, professeur de Droit Constitutionnel.

« Ce que l’on note dans cette décision, en plusieurs passages, c’est la prévalence d’une vision inadéquate à un juge équilibré et impartial, surtout sur le point où il fait des critiques à la défense, en affirmant qu’elle « a adopté des tactiques assez questionnables, comme celles, dit-il, d’intimidation… », ce qui montre le protagonisme du magistrat, au détriment de l’équidistance qui doit être respectée entre les parties dans les demandes de nature pénale ou de n’importe quel autre branche du droit. Personne n’est au-dessus de la loi, ni l’accusé, ni l’accusateur, et encore moins le magistrat. » Nélio Machado, avocat, membre de l’Institut Brésilien de Sciences Criminelles.

Le 16/08/2017

Transmis par Linsay


lundi 21 août 2017

Etats Unis: guerre mémorielle et globalisation de l'histoire

 

La crise politico-sociale aux Etats Unis autour des monuments confédérés n'en finit pas. Déboulonner les monuments la nuit, brûler les drapeaux au milieu de cris de joie, plus qu'un défouloir populaire, c'est le signe d'un virage idéologique radical, qui jusque-là avait épargné les Etats Unis. La guerre mémorielle qui touche notre voisin Outre-atlantique n'est que la conséquence logique de la radicalisation idéologique qui s'étend sur nos sociétés. Un monde global ne peut avoir qu'une histoire globale, elle doit donc être "nettoyée" en permanence, à l'image de Wikipedia, version McDo d'Universalis.
 
Monuments et mémoire collective
 
Les monuments jouent un rôle central dans la construction de la mémoire collective d'une Nation. Ils marquent les symboles autour desquels vont se jouer les processus d'identification, mettent en avant les "grands moments" de l'histoire nationale et les "grands hommes" qui l'ont faite. Il ne s'agit pas de poser objectivement ce qui s'est passé et qui l'a fait, il s'agit de construire un discours qui va fédérer un peuple, l'unifier, autour d'une vision du monde. Donc d'une idéologie.
 
C'est justement à la fin de l'URSS que l'on a vu la chute des statues devenir une méthode politique de marquage idéologique. Comme les bolchéviques avaient pratiqué les actes individuels de contrition publique, le libéralisme triomphant pratique l'acte de contrition collectif. La société doit collectivement rejeter son passé non libéral et le signifier au monde entier par la destruction de ses statues. Elle rejoint ainsi le clan du Bien et des Bons, les brutes et les truands restant hors caméra.
 
Le scénario est bien ficelé, il a parfaitement marché pour l'espace post-soviétique, où les statues sont tombées comme des mouches, il a été réemployé lors des guerres de "libération" menées par l'Occident, en Irak par exemple, où l'on se souviendra de la surmédiatisation de la destruction de la statue de Saddam Hussein, symbole de la victoire du Bien sur le Mal. Le pays s'est enfoncé dans le terrorisme, l'Etat est défaillant, mais peu importe. Cela a été repris pour les besoins de la cause en Ukraine après le coup d'Etat organisé par les Etats Unis et l'aide de pays européens, l'histoire publique est réécrite: destruction des statues, changement de nom de rues et de villages. 
 
L'histoire se réécrit en fonction de besoins conjoncturels, mais le processus répond à une vision stratégique: appuyer la victoire d'un clan idéologique sur une mémoire collective adaptée, ce qui implique le nettoyage des images et des discours.
 
Le démontage des Etats Unis
 
Ceci est finalement bien connu. Le plus surprenant est de voir ce processus à l'oeuvre aux Etats Unis, pays exporteur de guerre mémorielle, puisque considéré comme le coeur du processus de globalisation. Voyons cette scène, qui se passe à Durham, en Caroline du Sud, où des "pacifistes anti-fascistes" détruisent une statue de soldat confédéré. Elle nous rappelle la fureur et la bestialité à l'oeuvre en Ukraine ou en Irak.  
 
 
Etrangement, cette statue a été construite en 1924, à l'époque d'une tentative de politique de réconciliation nationale, notamment envers les amerindiens qui obtiennent enfin la nationalité américaine (Indian Citizenship Act), et d'une politique de contrôle de l'immigration, par le renforcement des quotats et le renforcement du contrôle de la frontière avec le Mexique. 
 
Les affrontements de Charlottesville ont servi de détonateur. La ville a décidé de démonter la statue du Général Lee, figure centrale de la guerre de Sécession. Une manifestation contre le démontage a donc été organisée, bien que non autorisée. Des confrontations avec les partisans du démontage furent inévitables. Jusque-là rien d'inhabituel. Jusqu'au moment où la victime sacrificielle est apparue ... sous les roues d'un conducteur "d'extrême droite", qui a jeté sa voiture dans la foule. Ce qui est intéressant est que personne ne connaissait les sympathies de ce conducteur pour l'extrême droit avant la tragédie et qu'il n'appartient à aucun mouvement d'extrême droite.
 
Mais le cocktail est prêt et la machine est lancée, alors que le démontage a lieu depuis des mois. Trump n'intervient pas assez vite au goût de la presse, puis pas assez bien. Finalement il doit lui aussi faire un acte de contrition et dire que le KKK n'est pas fréquentable, ce qui est une lapalissade. Mais lorsque la parodie de la bonne foi médiatique bafouée atteint le stade de la nausée, il a le malheur de rappeler que parmis les manifestants, de part et d'autres, il y a des responsables, des provocateurs, et qu'il n'y a pas que des KKK et des suprémacistes racistes qui s'opposent au démontage. 
 
 
La fureur médiatique se lance encore plus fort. Surout qu'il ose demander, avec un bon sens dont il n'est pas toujours partisan, jusqu'où va aller la folie du nettoyage historique.
La question se pose en effet. En Virginie, le Gouverneur demande de déboulonner les monuments de nuit pour éviter les confrontations, le maire de New York propose d'enlever la plaque commémorative de Pétain datant d'avant la Seconde Guerre Mondiale, un dapeau confédéré est brûlé à Boston qui s'enflamme aussi. L'histoire doit être simpliste, des hordes bestiales nourries par l'inculture sont lancées pour la démonter.
 
Finalement, dans toute cette tornade médiatico-sociale, il est reproché à Trump de ne pas jouer la carte de la guerre des communautés et de tenter de les réconciler pour éviter l'explosion. Assez surprenant quand même. Quelques conclusions s'imposent à ce stade des évènements.
 
1) Le communautarisme ne fonctionne pas. L'élection d'Obama a redonné des espoirs aux noirs d'obtenir une revanche. Ils ne l'ont pas eu, Obama était le candidat d'un système qui avait besoin de jouer cette carte, non pas de défendre les droits des noirs. Trump, qui a été élu à la surprise générale, a laissé croire par son discours conservateur que l'extrême droite pourrait elle aussi avoir sa revanche. Ces espoirs aussi ne furent pas satisfaits, il n'a pas soutenu le KKK ou les supémacistes, mais cherche un compromis pour cette société multi-culturelle, crispée sur ses différences. Autrement dit, les différentes communautés ne vivent pas ensemble, elles vivent les unes à côté des autres, chacune cherchant à dominer dans le contexte politique. En jouant la carte du diviser pour mieux régner, l'état profond risque de faire exploser le système qui reposait sur un mythe; celui de la cohabitation pacifiée et acceptée.
 
2) L'Etat profond, ou de Deep state, n'est pas les Etats Unis. L'on a tendance à considérer les Etats Unis comme le centre névralgique de la globalisation. Mais l'on confond l'état profond, celui qui dure quels que soient les changements électoraux, avec les Etats Unis dans leur ensemble. L'élection surprise de Trump a remis sur le devant de la scène ces Etats Unis méconnus et méprisés par la communauté internationale globalisée.
 
Un clan idéologique, néoconservateur aux Etats Unis ou néolibéral en Europe, monopolise le discours politique et médiatique, constituant ainsi "l'opinion publique", en dehors de laquelle il n'est point de salue. S'ils viennent étrangement de la droite financiste, l'idéologie s'est emparée des mouvements de gauche de type révolutionnaire (trotskistes et néo-trotskistes) pour accoucher d'un monstre globaliste détruisant la répartition gauche/droite, comme l'illustre Macron en France. Ce que certains appelaient la fin de l'idéologie : puisqu'il n'y en a qu'une et qu'elle ne peut accepter la concurrence, nous ne sommes plus censés la voir. Il y aurait ainsi des pacifistes de gauche, qui ne peuvent qu'être pacifistes, sous la carte antifas, altermondialistes et autres foutaises pour esprits simplifiés, face à une droite identifiée à l'extrême droite dès qu'elle n'est pas mondialiste. Et pour être certains de ne pas se tromper, l'on sort même quelques croix gammées, symbole particulièrement bien instrumentalisé ces derniers temps, pour bien montrer où sont les méchants, ceux-là étant historiquement incontestables.
 
Dans cette furie, le dernier conseiller tant décrié de D. Trump, S. Bannon, déclare que la présidence de Trump, celle pour laquelle ils se sont battus et ont été élu, est terminée. C'est pourquoi il part, mais le combat va continuer, ailleurs.
 
La question qu'il reste à résoudre reste de savoir jusqu'où les néoconservateurs sont-ils prêts à détruire le navire s'il ne les conduit pas à bon port? Et jusqu'où les véritables anti-globalistes, qui ne constituent pas l'état profond et n'ont rien à voir avec ces mouvements altermondialistes téléguidés, sont prêts à aller pour empêcher que le navire ne continue à s'éloigner du port des états démocratiques souverains? D'une certaine manière, une bataille idéologique décisive se livre aux Etats Unis.
 

 

Août 2017

La chronique de Recherches internationales

 

Le retour gagnant des néoconservateurs américains

 

 

Pierre Guerlain Université Paris-Nanterre

 

 

Le cirque permanent qu'est la présidence Trump est un spectacle qui occupe et enrichit les médias dominants mais obscurcit les enjeux fondamentaux de cette présidence. Il est clair que Trump ne connaît pas grand chose aux phénomènes politiques et économiques, qu'il n'a pas l'envergure intellectuelle pour comprendre l'assurance santé ou les relations internationales et qu'il semble changer d'avis et de politique au gré des influences diverses qui s'exercent sur lui. Homme égocentrique, caractériel et impulsif, il accumule les gaffes, les contradictions et les renvois des responsables qu'il a nommés. Son tout nouveau chef de cabinet, John Kelly, a commencé par virer son directeur de la communication, Scaramucci, nommé dix jours plus tôt et qui avait lui obtenu la démission de deux proches.

 

 

Néanmoins, dans le chaos perpétuel on peut distinguer les zones dans lesquelles Trump peut donner libre cours à ses préférences réactionnaires, ses préjugés et son envie d'apparaître comme le chef incontesté et les autres, finalement plus nombreuses ou importantes, dans lesquelles il est ligoté par ce que les Américains appellent l'Etat de sécurité nationale ou le complexe militaro-industriel et médiatique ou encore l'Etat profond.

 

 

Lorsque Trump décide de faire l'annonce que les États-Unis vont se retirer de l'accord de Paris (COP 21) sur le réchauffement climatique, il est critiqué par les Démocrates dans leur ensemble et des villes ou Etats fédérés prennent des initiatives pour lutter contre ce réchauffement. Les Républicains au Congrès approuvent et le choix d'une politique catastrophique pour la planète permet un rapprochement entre Trump et les frères Koch, les milliardaires ennemis de toute réglementation environnementale.

 

 

Lorsque Trump bombarde le régime syrien, sans stratégie finale sur le plan diplomatique, la quasi-totalité de la classe politique l'applaudit et le trouve présidentiel. Ses déclarations incendiaires sur la Corée du Nord, un Etat au régime abominable mais que l'on pourrait engager par des ouvertures diplomatiques, rendent la possibilité d'une nouvelle guerre de Corée plus plausible. La classe politique applaudit.

 

 

Sur l'Iran, Trump est, depuis le début, car sur ce point il n'a pas varié entre la campagne et son exercice du pouvoir, aligné sur les néoconservateurs, Israël et Hillary Clinton. L'élite du pouvoir comme disait déjà C. Wright Mills dans les années 50 a une position commune sur l'Iran qui est désigné, contre toute évidence, comme le principal responsable du terrorisme au Moyen-Orient. Obama avait obtenu l'un de ses plus grands succès en parvenant, avec ses 5 partenaires qui incluaient la France, la Russie, l'Allemagne et la Chine, à un accord sur le nucléaire iranien. Trump a tout fait pour « déchirer » cet accord, terme qu'il avait lui-même utilisé durant la campagne.

 

 

Sur la Russie, il est clair que Trump ne peut plus rien décider lui-même. Les sanctions votées par le Congrès américain montrent que le président n'a aucune marge de manœuvre, il est devenu une potiche.

 

 

Trump disait vouloir améliorer les relations avec la Russie, comme Obama en son temps lorsqu'il avait parlé d'un redémarrage, mais il a aussi fait des déclarations outrancières d'admiration pour Poutine en homme fort, de demande d'intervention russe pour dévoiler les emails de sa rivale démocrate et il s'est souvent tiré une balle dans le pied dans l'affaire de l'enquête sur l'ingérence supposée de la Russie dans le processus électoral américain. Il ne peut donc pas améliorer les relations avec la Russie, une idée qui n'est pas choquante en elle- même puisqu'elle renvoie aux périodes dites de détente autrefois entre URSS et États-Unis. Au contraire, Trump doit accepter la stratégie de la tension et de l'escalade voulue par le complexe militaro-industriel et les médias dominants qui sont eux-mêmes la propriété de grands groupes industriels. Sa parole est totalement dévalorisée en ce qui concerne la Russie. Ce qu'il dit n'a aucun effet sur la politique américaine et donc aucun impact sur les dirigeants russes qui savent à quel point il est isolé et sans pouvoir réel. Il a rencontré le président russe Poutine lors du sommet du G20 à Hambourg en Allemagne (juillet 2017) et les médias dominants ont longuement disserté sur la longueur de leur entretien principal, sur le fait qu'il y avait eu un autre court entretien en continuant à insister sur la possible collusion entre Trump et Poutine. Lors de son voyage retour Trump a mis au point un discours pour son fils, soupçonné de collusion avec des agents russes dans l'avion officiel du président des États- Unis, Air Force One. Sa conversation, privée dans un lieu qui doit être protégé, s'est retrouvée dans les médias et a tout de suite constitué un élément à charge dans l'enquête sur une éventuelle collusion avec la Russie. Les services secrets espionnent le président dans son avion officiel et font fuiter l'information obtenue dans les journaux et pratiquement personne ne trouve qu'il y a un problème dans ce mode de fonctionnement.

 

 

Trump et Poutine avaient décidé de mettre sur pied une commission sur l'espionnage numérique, projet vite écarté par ceux qui ont le pouvoir aux États-Unis. Le discours tenu à Varsovie, sous les applaudissements des ultra-réactionnaires au pouvoir en Pologne, n'a pas suscité de nombreux commentaires et pourtant Trump y tenait des propos xénophobes, réactionnaires et anti-russes. Rien qui puisse gêner le complexe militaro-industriel qui, par ailleurs s'est réjoui des achats d'armes sophistiquées par Varsovie. Trump en représentant de commerce pour le secteur de la défense américain ne fait pas peur. Son public polonais qui l'a ovationné ne croit pas du tout à la collusion avec la Russie, il apprécie le discours réactionnaire et nationaliste du président américain qui ressemble à celui des dirigeants polonais.

 

 

L'hostilité envers un personnage aussi problématique que Trump est fort compréhensible mais elle ne se manifeste que dans certains cas ou pour certaines outrances. Il n'est pas très sain pour une démocratie que les services secrets, alliés aux médias qui recueillent leurs fuites, décident à la place des élus, même si ces élus sont très incompétents ou problématiques.

 

 

Les États-Unis sont donc dans une situation relativement inédite où la pétaudière de la Maison Blanche est connue de tous, où le président est en butte avec ses services secrets dont il dépend pourtant pour mettre au point les opérations militaires. Il est également en conflit avec presque tous les médias ; ses conseillers et le parti républicain ne le soutiennent que sur certains plans. Sa représentante à l'ONU, Nikky Haley, dit des choses fort différentes de ce qu'il affirme et défend la ligne anti-russe, très anti-iranienne et pro-israélienne des néoconservateurs. Son ministre des affaires étrangères dit aussi des choses diamétralement opposées aux siennes. Ainsi, sur la crise entre l'Arabie saoudite et ses alliés du Golfe, d'une part, et le Qatar, d'autre part, Trump, qui ne semblait pas savoir que les États-Unis avaient une gigantesque base militaire au Qatar, a pris le point de vue saoudien et mis de l'huile sur le feu tandis que Tillerson jouait l'apaisement.

 

 

Sur la Chine, les déclarations hostiles ont été suivies par des protestations d'amitié puis des mises en garde si la Chine ne réglait pas le problème de la Corée du Nord. On voit là une habitude d'un magnat de l'immobilier qui donne des ordres (« allez réglez moi ça ») sans faire quoi que ce soit lui-même. L'incompétence crasse de Trump en relations internationales ne semble être un problème qu'avec la Russie. Même avec la Chine, il y a un semblant de dialogue rationnel. Donc pas de sanctions lourdes ou de guerre froide avec ce pays qui pourtant est le vrai rival des États-Unis pour l'hégémonie mondiale et sur le plan économique.

 

 

La focalisation sur l'Iran et la Russie et le choix de vendre des armes à l'Arabie saoudite, dont on n'exige pas la démocratie ou le respect des droits humains, ou à la Pologne, qui elle aussi s'éloigne de l'Etat de droit, ne sont pas le résultat du chaos organisé par un Trump bouffon irascible.

 

 

Nous retrouvons là les grandes lignes de la politique étrangère de l'administration de George

 

 

W. Bush éminemment influencée par les néoconservateurs. Cette ligne aboutit à renforcer le pouvoir des durs, les mollahs, en Iran, elle attise la défiance du dictateur nord-coréen qui joue avec ses missiles pour assurer sa défense et elle rend Poutine plus populaire en Russie, tout en précipitant son pays dans les bras de la Chine.

 

 

On pourrait penser que tout cela est bien irrationnel et ne conduira pas à des victoires diplomatiques. Cependant le secteur de la défense adore la guerre permanente qui assure les profits des fabricants d'armes et les bouffonneries d'un Kim Jung Un légitiment les escalades verbales voire militaires. La détente était autrefois attaquée par les plus réactionnaires, elle est aujourd'hui interdite par les deux partis dominants et tous les secteurs de l'élite du pouvoir.

 

 

Le président brouillon et braillard a délégué la prise de décision à divers individus ou groupes et ne conçoit son rôle que dans une optique de relations publiques (pouvoir dire « c'est moi qui gagne »). Son administration est truffée de néoconservateurs recommandés par divers acteurs dont Mitt Romney. Ceux-ci avaient pourtant, en général, pris parti pour Hillary Clinton durant la campagne. Trump est entouré de ceux dont il s'était moqué durant la campagne car n'ayant pas de réseau à Washington et étant extérieur au milieu de la politique, il a dû nommer des gens qui lui ont été recommandés par les caciques du parti républicain qui pourtant lui sont hostiles.

 

 

L'hostilité des conservateurs traditionnels ne provient pas des multiples attaques contre les services sociaux ou les déclarations racistes, sexistes, xénophobes ou les diverses abjections de Trump mais de son côté imprévisible et de ses déclarations à l'emporte pièce sur l'Otan, qu'il jugeait obsolète, ou la Russie avec qui il disait voulait avoir de bonnes relations. Lorsque Trump semble s'éloigner des lignes du complexe militaro-médiatico-industriel, il inquiète mais lorsqu'il rentre dans le rang, on le loue. Evidemment même ses déclarations critiques de l'Otan ou de l'Arabie saoudite ou apparemment pro-Poutine n'étaient pensées, elles ne faisaient pas partie d'une idéologie ou d'une politique mûrement réfléchie mais, comme tout le reste, faisaient partie du numéro de bateleur aiguisé par des années de télé-réalité.

 

 

Ce qui est notable dans le grand retour des néoconservateurs est qu'aujourd'hui ceux-ci incluent un grand nombre de démocrates, les fameux interventionnistes libéraux qui avaient poussé Obama à intervenir en Libye en 2011. Obama avait en son temps été critiqué pour sa mollesse vis à vis de la Russie, notamment par Romney, et aussi pour son refus de l'escalade au Moyen Orient, en Syrie et contre l'Iran. Il avait su obtenir un accord sur le nucléaire iranien au grand dam des néoconservateurs et des Israéliens. Trump ne cesse de vouloir se distinguer d'Obama mais il subit les mêmes pressions que lui de la part des mêmes néoconservateurs aujourd'hui alliés des démocrates qui font de la Russie l'ennemi principal des États-Unis et de l'Arabie saoudite et d'Israël leurs principaux alliés.

 

Les néoconservateurs que l'on pensait discrédités après la catastrophe de l'intervention militaire en Irak en 2003 sont donc revenus sur la scène, pas sur le devant de la scène mais dans les coulisses. Aujourd'hui ils font alliance avec les Démocrates militaristes, ceux qui étaient regroupés derrière Hillary Clinton et tiennent l'appareil du parti. Cette alliance a ses relais dans les médias et bénéficie de l'incompétence et du narcissisme de Trump qui s'en remet à d'autres pour appliquer des politiques qu'il ne peut formuler lui-même et qui est englué dans l'affaire du Russiagate puissamment orchestrée par les services secrets et les médias dominants. Cette alliance a pris la forme d'une association appelée Alliance for Securing Democracy, un titre préoccupant lorsque l'on sait que les interventions militaires américaines sont toujours vendues au nom de la promotion de la démocratie.

 

 

Trump est donc bien cette figure abjecte décrite par les médias dominants mais il ne faut pas prendre l'arbre pour la forêt. Ceux qui affirment le détester en politique étrangère et le font passer pour un agent russe, sont essentiellement les néoconservateurs qui se vantaient au début des années 2000 en disant que « les vrais hommes vont à Téhéran ». La capitale iranienne est toujours dans leur viseur et les faucons démocrates prennent le risque de relancer une guerre froide avec la Russie qui pourrait déraper, tout comme avec la Corée du Nord.

 

 

Les sanctions américaines contre l'Iran, la Russie et la Corée du Nord vont toucher des entreprises européennes, surtout allemandes. Ces sanctions justifiées par des raisons pseudo- éthiques, respect du droit international et des droits humains, sont une façon de faire la guerre commerciale à l'Europe, de marginaliser et affaiblir la Russie en prenant le risque d'un conflit qui dégénère. Le Congrès américain ne modère donc pas le clown cruel Trump mais le coince dans un tunnel et l'encourage à prendre les pires décisions. L'opposition aux néoconservateurs militaristes était plus forte du temps de George W. Bush car le ralliement de ces néoconservateurs à Clinton leur a assuré une hégémonie gramscienne sur le débat public en politique étrangère. Seuls la gauche radicale, certains paléo-conservateurs ou les libertariens autour de Rand Paul dénoncent à la fois Trump et les néoconservateurs qui font mine de s'opposer à lui en le mettant au pas.

 

 

Au-delà donc du cirque médiatique quotidien que le bouffon qui se prend pour le roi anime, par Twitter et télé interposés, les forces qui composent l'Etat profond, celui du « parti de la guerre » sont donc alignées : services secrets, complexe militaro-industriel, médias dominants pris dans la nouvelle hégémonie néoconservatrice. Certes, ils ne sont pas d'accord sur la personnalité de Trump et certains aimeraient bien le voir destitué pour être remplacé par un néoconservateur guerrier mais plus lisse et prévisible, Mike Pence, mais pour le moment sur tout ce qui compte Trump est bien ligoté et espionné par ses services secrets. Il suffit de lui faire croire que c'est lui qui décide et qu'il gagne pour qu'il fasse le boulot, c'est à dire satisfaire les vrais détenteurs du pouvoir. Sur la Russie il se fait parfois tirer l'oreille mais, au bout du compte, il dit ou fait dire ce qu'il faut, vend les armes aux bons alliés, fait grimper la bourse et fait peur au monde entier qui craint la superpuissance américaine. Le président vaniteux et irascible est finalement très docile, les États-Unis s'enfoncent dans la militarisation à outrance et tant pis si cela éviscère la société américaine et favorise l'hégémonie chinoise à moyen terme. A court terme, (le seul qui compte pour la capitalisme qui détruit la planète), le chaos rapporte gros.

 

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent lemonde aujourd’hui, lesenjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

6,av. Mathurin Moreau; 75167 Paris Cedex 19 

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La guerre mondiale qui vient sera provoquée par les États-Unis

 

20 Août 2017 , Rédigé par Réveil Communiste

La guerre mondiale qui vient :

 

Le danger de guerre actuel provient exclusivement des États-Unis qui ont obtenu leur hégémonie mondiale en gagnant les trois précédentes (on peut considérer la guerre froide en comptant les conflits localisés qui l’ont accompagné (Viet Nam, Proche Orient) comme la troisième), et qui sont tentés de la conserver en s’engageant dans une quatrième.

 

Aucune autre puissance n’est en mesure de menacer la paix. Le terrorisme, notamment, n’est qu’un instrument au service des États-Unis, soit un allié direct comme en Syrie, soit un adversaire idéal qui ne présente aucun danger réel, et qui joue son rôle dans la mise en condition militaire des peuples occidentaux, et leur acceptation, au rebours de leurs valeurs individualistes, d’un État policier et d’une société de contrôle total.

 

Les États-Unis du capitalisme en déclin de l’année 2017 peuvent croire qu'ils ont objectivement intérêt à la guerre dans cette décennie. Leur équipement militaire hypertrophié et leur expérience du combat réel leur donnent la certitude trompeuse d'une victoire dans n’importe quel conflit armé classique, à condition qu’ils puissent construire le consentement de leur opinion à une telle démarche sanguinaire, mais cette avance est financée par la contribution du reste du monde à commencer par la Chine, qui comble les déficits abyssaux de l'économie américaine, et d’ici dix ou vingt ans elle aura disparu.

 

Depuis la crise de 2008, ils sont entrés dans une phase agressive, s’attaquant à des nations petites ou moyennes, le plus souvent en utilisant des collaborateurs locaux, des séparatistes, des réactionnaires religieux, des intermédiaires en apparence non étatiques et des auxiliaires étrangers, une « société civile » ad hoc cultivées dans leurs universités  et recrutée dans un certain nombre de pays stratégiques.

 

Mais ils ont aussi mené des guerres directes dont le but réel semble bien tout simplement de maintenir en état opérationnel leurs forces armées et de tester leurs armements. Ils sont déjà lancés dans une cyber guerre  ouverte avec le reste du monde.

 

Il faut bien comprendre que la déclaration officielle de guerre au terrorisme en septembre 2001 a une importance fondamentale dans l’histoire de l’Empire américain : il s’agit d’une revendication de souveraineté qui porte sur l’ensemble du territoire mondial, et qui met fin à la politique internationale telle qu’elle était pratiquée depuis les traités de Westphalie au moins (1648). Ils revendiquent le statut et rang de seul État souverain.

 

Mais les moyens indirects ont eu leur préférence depuis leur relatif échec en Irak et en Afghanistan.

 

Ils ont réussi à prendre le contrôle du gouvernement de plusieurs États en instrumentalisant une opposition stipendiée de longue date, et en pratiquant avec l’aide des grands groupes de médias une déstabilisation intérieure de grande échelle. Comme l'a symboliquement établi la destruction de l'ambassade à Belgrade en 1999, l’ennemi principal des États-Unis est bien entendu la Chine, dont le surgissement prochain au premier rang économique mondial épouvante l’oligarchie occidentale. Les actions erratiques de l’Occident piloté par les États-Unis ont paradoxalement renforcé ce rival, en consolidant son alliance avec la Russie, et l’effondrement annoncé de la présidence Trump n’a fait qu’accélérer ce mouvement.

 

Une guerre directe contre la Chine, sous la forme de pression externes et de blocus maritime et aérien de son territoire, dont le littoral est étroitement verrouillé par les bases américaines, est techniquement possible et même jouable, pour gagner, mais au prix de provoquer une très forte crise économique internationale dont les effets seraient imprévisibles. Les militaires ne font rien d’imprévisible. Mais ils ont une certaine tendance à la surestimation de leurs capacités, qui en l’occurrence sont incontestablement très fortes, et la tentation de chercher des solutions technologiques à des problèmes stratégiques, notamment pour neutraliser les armes nucléaires.

 

Cependant, les États-Unis eux-mêmes ne sont pas un sujet géopolitique pleinement souverain, et le pouvoir réel va se chercher dans un milieu international où leurs ressortissants sont les plus influents mais non exclusivement. Milieu composé des institutions financières et des banques, des cadres dirigeants des multinationales et des ONG qui recrutent leurs cadres dirigeants dans les mêmes écoles, des médias internationaux, etc. Dans ces milieux, la perspective d’une guerre qui ne soit plus une guerre asymétrique à zéro mort dans son camp crée un malaise.  Ils conservent parfois la culture historique suffisante pour comprendre que la guerre ouverte comme solution des contradictions du capitalisme n’est pas la meilleure option, parce qu'elle peut déboucher sur la révolution. Ils soutiendront toutes les guerres néocoloniales ou contre-révolutionnaires, mais chercheront à éviter un conflit majeur avec les puissances émergentes capitalistes. En cas de guerre mondiale ouverte et déclarée, l'expérience historique montre que la puissance qui en a pris l'initiative perd la mise.

 

Certains alliés secondaires (Grande Bretagne, France, Israël, Arabie saoudite) peuvent être tentés de jeter de l'huile sur le feu pour acquérir un rang de « senior partner » dans l’alliance occidentale.

 

Tout ce qui contribue à affaiblir la résistance à l'hégémonie des États-Unis rend la guerre plus probable, car elle crédibilise chez les pions qui nous gouvernent l'idée d'une guerre technologique victorieuse propre et rapide. L'effondrement de la Libye a rapproché le monde de la catastrophe. La résistance de la Syrie, mais aussi de la Corée, face aux ingérences impériales, éloigne la guerre.

 

L'anti-impérialisme et le mouvement international pour la paix sont donc redevenus les priorités existentielles pour l’avenir de l’humanité.

 

GQ , 13 août 2017

21 août 2017

George Monbiot, Buchanan et le capitalisme totalitaire

 

« Buchanan, indique George Monbiot, avait raison sur un point : il y a un conflit intrinsèque entre ce qu’il appelait « la liberté économique » et la liberté politique. La liberté complète pour les milliardaires signifie la pauvreté, l’insécurité, la pollution et la disparition des services publics pour le reste de la société. Etant donné que nous ne voterons jamais pour un tel programme, il ne peut être mis en place qu’en ayant recours à la tromperie et à un contrôle autoritaire. Le choix auquel nous sommes confrontés oppose un capitalisme sans restriction et la démocratie. Nous ne pouvons pas avoir les deux.Le programme de Buchanan est un mode d’emploi pour la mise en place d’un capitalisme totalitaire. Et ses disciples ont à peine commencé à le mettre en application... »

Reprenons la lecture de l'article de George Monbiot...

Michel Peyret


16/08/2017

Le tyran (dé)masqué : la mission d’un homme pour détruire la démocratie, par George Monbiot

 

Source : The Guardian, George Monbiot, 19-07-2017

 

‘ Buchanan a développé un programme caché pour supprimer la démocratie pour le compte des très riches. Il refaçonne la politique. Illustration: Sébastien Thibault’

La vision de James McGill Buchanan d’un capitalisme totalitaire a infecté les politiques publiques aux Etats-Unis. Aujourd’hui, elle est en train de s’exporter.

C’est le chapitre manquant : une clé pour comprendre la politique de la dernière moitié du vingtième siècle. Lire le nouveau livre de Nancy Mac Lean: “Democracy in chains : The Deep History of the Radical Right’s Stealth Plan for America”, c’est voir ce qui jusqu’alors était demeuré invisible.

Le travail du professeur d’histoire sur le sujet commença par accident. En 2013, elle tomba sur une maison coloniale abandonnée sur le campus de l’université George Mason en Virginie. Celle-ci était remplie d’archives non classées appartenant à un homme mort cette année là et dont le nom ne vous est probablement guère familier : James McGill Buchanan. Elle affirme que la première chose qu’elle récupéra fut un lot de lettres confidentielles concernant des millions de dollars transférés à l’université par le milliardaire Charles Koch.

Ses découvertes dans cette maison des horreurs révèlent comment Buchanan, avec l’aide de magnats des affaires et des instituts financés par ces derniers, développèrent un programme secret pour supprimer la démocratie au bénéfice des ultra-riches. Ce programme est en train de remodeler la sphère politique et pas seulement aux Etats-Unis.

Buchanan fut fortement influencé à la fois par le néolibéralisme de Friedrich Hayek et de Ludwig von Mises ainsi que par le défenseur du primat de la propriété John C. Calhoun, lequel défendit dans la première moitié du XIXème siècle l’idée selon laquelle la liberté consiste à avoir le droit absolu d’utiliser votre propriété (y compris vos esclaves) comme vous le souhaitez ; toute institution qui empiète sur ce droit est un agent d’oppression, exploitant les possédants pour le compte de la masse.

James Buchanan réalisa la synthèse de ces influences pour créer ce qu’il appela la théorie du choix public. Selon cette dernière, une société ne peut être considérée comme libre à moins que chaque citoyen n’ait la possibilité de mettre un veto sur les décisions prises par celle-ci.

Pour Buchanan, cela voulait dire concrètement que personne ne devait être imposé contre sa volonté. Or, selon lui, les riches étaient exploités par ceux qui utilisent leur vote pour leur extorquer de l’argent et qui l’utilisent pour financer, via l’impôt, la dépense publique et les systèmes de protection sociale. Autoriser les travailleurs à créer des syndicats et mettre en place des niveaux d’imposition progressifs sur le revenu était l’exemple d’une législation « discriminatoire ou différentielle » envers les détenteurs du capital.

Tout conflit entre “la liberté » (autoriser les riches à agir comme bon leur semble) et la démocratie devait être résolu en faveur de la liberté. Dans son livre, « The Limits of Liberty », Buchanan notait que « le despotisme pourrait être la seule forme d’organisation alternative à la structure politique telle que nous l’observons. »

Le despotisme au nom de la défense de la liberté.

Sa solution à ce problème était une “révolution constitutionnelle” : créer des contraintes irrévocables pour limiter le choix démocratique. Sponsorisé durant toute sa carrière par des fondations appartenant à des milliardaires et de grandes entreprises, il développa un cadre théorique pour présenter à quoi ressemblerait sa révolution constitutionnelle ainsi que la stratégie pour la mettre en œuvre.

Il expliqua comment les politiques de déségrégation dans les écoles du sud des Etats-Unis pourraient être mises en échec en créant un réseau d’écoles privées soutenues par les états. Il fut le premier à proposer de privatiser les universités et d’imposer aux étudiants de payer l’intégralité des frais de scolarité : son but initial était d’écraser le militantisme étudiant.

Il appela à privatiser la sécurité sociale et de nombreuses autres fonctions de l’Etat. Il chercha à rompre les liens entre le peuple et le gouvernement et à réduire à néant la confiance envers les institutions. Pour résumer, son objectif était de sauver le capitalisme de la démocratie.

En 1980, il put mettre son programme en action. Il fut invité au Chili où il aida la dictature de Pinochet à écrire une nouvelle constitution qui, grâce aux habiles mécanismes proposés par Buchanan, s’est avérée impossible à abroger complètement. Pendant que la torture et les massacres faisaient rage, il conseilla le gouvernement d’étendre les programmes de privatisation, d’austérité, de restriction monétaire, de dérégulation et de destruction des syndicats : un ensemble de mesures qui contribuèrent à un effondrement économique en 1982.

Rien de tout cela ne troubla l’Académie Suédoise qui, par le biais de Assar Lindbeck de l’université de Stockholm, un supporteur de Buchanan, lui attribua le prix d’économie en mémoire d’Alfred Nobel. C’est une des décisions qui, parmi d’autres, contribuèrent à discréditer ce prix. Mais son pouvoir commença vraiment à se faire sentir lorsque Koch, actuellement la septième fortune des Etats-Unis, décida que Buchanan possédait la clé qui lui permettrait d’enclencher la transformation qu’il souhaitait. Koch considérait même des idéologues comme Milton Friedman ou Alan Greenspan comme des « vendus » car ils cherchaient à améliorer l’efficacité du gouvernement plutôt que de lé détruire purement et simplement. Buchanan poussa cette logique jusqu’au bout.

MacLean affirme que Charles Koch injecta des millions de dollars dans le travail de Buchanan à l’université George Mason dont les départements d’économie et de droit ressemblent davantage à des think-tanks financés par des entreprises qu’à des institutions universitaires. Il utilisa l’économiste pour recruter les « cadres » destinés à mettre en place son programme (Murray Rothbard de l’institut Cato fondé par Koch, a exhorté le milliardaire à étudier les techniques de Lénine et à les appliquer à la cause libertarienne). A eux deux, ils commencèrent à développer un programme destiné à changer les règles.

Les papiers découverts par MacLean montrent que Buchanan considérait la dissimulation comme étant cruciale. Il avertit ses collaborateurs que « le secret de la conspiration est en tout temps essentiel ». Au lieu de révéler le but final, ils allaient avancer pas à pas, par paliers. Par exemple, au lieu de chercher à détruire le système de sécurité sociale, ils affirmeraient vouloir le sauver arguant que sans des « réformes » radicales, ce dernier était condamné (le même argument est utilisé par ceux qui attaquent le NHS [le système de santé britannique]. Petit à petit, ils construiraient une « contre-intelligentsia », alliée à « vaste réseau de pouvoir politique » destiné à devenir la nouvelle élite.

Par le réseau de think-tanks que Koch et les autres milliardaires ont financé, par leur transformation du parti républicain et les centaines de millions qu’ils ont injecté dans les élections législatives et judiciaires américaines, par la colonisation massive de l’administration de Trump par les membres de ce réseau et par les campagnes redoutablement efficaces contre un ensemble de sujets allant de la santé publique au changement climatique, il serait juste de dire que la vision de Buchanan est arrivée à maturité aux Etats-Unis.

Mais pas seulement là-bas. Lire ce livre fut comme enlever la couche de buée recouvrant la fenêtre d’où j’observe la vie politique britannique. La grande liquidation des réglementations mise en évidence par le désastre de la tour Greenfel, la destruction de l’architecture de l’Etat par l’austérité, les règles budgétaires, le démantèlement des services publics, les frais de scolarité et le contrôle des écoles : toutes ces mesures suivent le programme de Buchanan à la lettre. Je me demande combien de personnes ont conscience que le projet des écoles libres de David Cameron s’appuie sur un projet conçu pour lutter contre la déségrégation du sud des Etats-Unis.

Buchanan avait raison sur un point : il y a un conflit intrinsèque entre ce qu’il appelait « la liberté économique » et la liberté politique. La liberté complète pour les milliardaires signifie la pauvreté, l’insécurité, la pollution et la disparition des services publics pour le reste de la société. Etant donné que nous ne voterons jamais pour un tel programme, il ne peut être mis en place qu’en ayant recours à la tromperie et à un contrôle autoritaire. Le choix auquel nous sommes confrontés oppose un capitalisme sans restriction et la démocratie. Nous ne pouvons pas avoir les deux.

Le programme de Buchanan est un mode d’emploi pour la mise en place d’un capitalisme totalitaire. Et ses disciples ont à peine commencé à le mettre en application. Grâce aux découvertes de MacLean, nous pouvons au moins prendre conscience de son existence. L’une des premières règles en politique est : connais ton ennemi. On s’en approche.

Traduction par Camille M.

Source : The Guardian, George Monbiot, 19-07-2017

Posté par Michel Peyret

Quelques lectures de Fidel, par Pedro de la Hoz

 

20 Août 2017
Ce qui caractérise non seulement Fidel, mais la plupart des dirigeants communistes c’est leur amour de la culture, leur passion pour la lecture. Ce sont véritablement des « intellectuels » d’un type nouveau, il y a bien sûr la presse, mais aussi les livres, le cinéma. Mon travail sur Staline m’a fait découvrir à quel point celui-ci et son entourage étaient des boulimiques de lecture et pas seulement politique. Les dirigeants communistes de cette époque sont convaincus de créer une nouvelle civilisation et ils cherchaient dans la littérature à mieux connaître les êtres humains. On note également leur intérêt pour les biographies, pour le passé de leur propre aire culturelle autant que celles d’autres civilisations.
 
(note et traduction de Danielle Bleitrach)

Fidel était un lecteur avide et a stimulé l'habitude de la littérature sur le peuple cubain. L'image est de 1957 dans la Sierra Maestra. Source. Fidel soldat des idées.

 

Lire a été l’une des grandes passions de Fidel Castro. Une habitude acquise depuis sa scolarité, l’imprimé faisait partie intégrante de ses habitudes quotidiennes, mêmes dans les circonstances les plus difficiles ou au milieu des tâches ardues et colossales. On sait que l’une de ses routines en tant qu’ homme d’État consistait à dévorer tous les jours, souvent dès la première heure et après de longues séances de travail de nuit, des dizaines d’informations contenues dans les dépêches de presse et périodiques.

 

Sa collaboratrice depuis la fin des années 90 à la fin de son existence, l’écrivain et journaliste Katiuska Blanco en 2007 a apporté ce commentaire sur l’importance de la lecture dans la formation intellectuelle du leader révolutionnaire:

« Il a toujours dit qu’il avait été fasciné d’abord par les grands héros de l’antiquité, par les grands mythes de l’histoire du monde: Hannibal, Alexandre, César, Napoléon…  auquel il ajouta un intérêt pour les héros de notre région comme Simón Bolívar, José Artigas, San Martin, Sucre, Benito Juárez, et ce sentiment d’admiration passé pour les hommes de notre histoire: Carlos Manuel de Cespedes, Maximo Gomez, Antonio Maceo et José Martí. Il a certainement été  influencé par les écrits de Gomez, Maceo, les chroniques de Argenter et admirait l’œuvre de Marti. En prison, il a eu le temps de lire et l’a fait infatigablement. Parmi ses livres préférés est toujours mentionné le roman Jean-Christophe de Romain Rolland, et les biographies de Stefan Zweig, Balzac… Je pense qu’il peut avoir reçu une certaine influence de Balzac dans les méthodes et le rythme de travail, les horaires, la dynamique de son travail, et surtout l’obsession du paragraphe parfait, la ligne parfaite, le mot exact.

Gabriel García Márquez, un ami très proche, a révélé dans la préface qu’il a faite en 1988 pour le livre du journaliste italien Gianni Miná sur Fidel, que « dans leurs voitures, des Oldsmobile préhistoriques et successives Zil soviétiques, jusqu’à des Mercedes aujourd’hui, il avait toujours une lumière pour lire la nuit: souvent il a commencé un livre le matin et le lendemain matin il le commentait ».

 

Dans le même texte, García Márquez fait remarquer un fait intéressant: la maîtrise de l’anglais par Fidel. Il dit qu’il lit, mais ne le parle pas. Le romancier savait que le chef avait donné plusieurs interviews à des journalistes américains, au moins pendant la première moitié de la Révolution au pouvoir, qu’il répondait à toutes les questions couramment. Un programme de télévision cubain a récupéré dans les derniers mois l’un de ces morceaux mémorables: un dialogue soutenu avec Lisa Howard, ABC, en Février 1964.

 

Une photo de 1959 est également révélatrice. Il est un  jeune commandant plongé dans la lecture de Mount Vernon: L’histoire d’un sanctuaire (1953), un livre qui relate les efforts d’une association de femmes pour sauver et réhabiliter un séjour qui appartenait à George Washington, en Virginie.

 

Son auteur, Johnson Gerald White (1890-1980), était un écrivain libéral qui aux États-Unis durant la guerre froide a osé écrire en 1950 un article intitulé Pourquoi les communistes sont précieux, contre le McCarthyisme et a contrario de l’air ambiant. Il se considérait comme un  défenseur des valeurs patriotiques du peuple américain, sans glisser sur la pente du chauvinisme.

 

La sympathie de Fidel pour Ernest Hemingway est bien connue et les témoignages abondent sur leurs relations cordiales entre 1959 et 1960, avant que le nord américain ne quitte l’île vers son pays où il a terminé sa vie. Comme pour dissiper tous les doutes sur les liens  de l’homme d’État avec l’écrivain, en juin dernier,  Valerie Hemingway, fille du narrateur et qui vivait avec lui pendant cette période, a dit à La Havane: il n’a jamais caché son admiration pour Fidel Castro.

« Ce fut son ami et était heureux de l’être et il espérait que la révolution serait bénéfique pour les Cubains. (…) Le fait de devoir quitter Cuba en 1960, suite à la détérioration des relations entre les deux pays et la pression des autorités américaines, l’a attristé jusqu’à la dépression. Nous nous sommes quittés définitivement à Madrid, où je suis allée à Dublin et Hemingway à son domicile à Ketchum, aux États-Unis « .

.

Avant de le connaître personnellement, Fidel avait mis dans ses lectures préférées le roman Pour qui sonne le glas. Il a été souvent cité la confession qu’il a faite en 1975 aux nord-américains Jones Kirby et Frank Mankiewicz: « J’ai lu  Pour qui sonne le glas quand j’étais étudiant. Hemingway a décrit la différencie entre un groupe de guérilla en lutte et une armée conventionnelle. Ce roman a été l’une des œuvres qui m’a aidé à élaborer des stratégies pour lutter contre l’armée de Batista  »

 

Il n’a pas été insisté sur Fidel, le lecteur de fiction, mu par le simple plaisir d’assister à une aventure de l’imagination. Un autre grand ami, le commandant maintenant défunt sandiniste Tomás Borge et poète dans l’interview intitulé un grain de maïs (1992), a recueilli cette confession:

« Je suis à court de livres, puis je dois aller trouver. La nuit dernière, je lisais un roman de fiction appelé  Le Parfum, de Patrick Süskind. c’est un sujet inhabituel très agréable, très intéressant. (…) J’ai des livres, certains sont plus lourds, d’autres sont moins lourds. Je lis un autre intitulé « La  mort est une entreprise solitaire, de Bradbury, également une fiction. Tout dépend du travail que vous avez, des activités dans lesquelles vous êtes impliqué « .

Il est alors possible de repérer un homme, surchargé par les responsabilités et traqué par le passage implacable d’un temps humain qu’il sait insuffisant pour faire face à de nombreuses réalités à transformer et les nombreux défis à relever, tout en déchiffrant, les curieux et savoureux secrets de l’âme du parfumeur Jean Baptiste Grenouille, qui vole les beaux fluides corporels des victimes pour la préparation des essences troublantes ou se demander comment est arrivé dans le roman de Bradbury, le corps d’un vieil homme enfermé dans une cage aux lions qui apparaît la nuit à un endroit sur la côte californienne.

Publié par El Diablo

CUBA :170 médecins étasuniens sont diplômés à La Havane

CUBA :170 médecins étasuniens sont diplômés à La Havane

La Havane, 3 août 2017, (RHC).- Zenia Diaz Catala, responsable du programme de l'ELAM, l’École Latino-américaine de Médecine, a rappelé, dans des déclarations à l'agence cubaine de nouvelles, ACN, que 170 médecins étasuniens ont reçu leur diplôme à cette faculté internationale de médecine créée en 1999, sur une initiative du leader historique de la Révolution cubaine, Fidel Castro.

 

Elle a tenu à préciser que cette institution a formé gratuitement plus de 28 mille 500 médecins de 103 pays.

 

Le Dr nord-américain, David Floyd, diplômé de la plus récente promotion de l’École Latino-américaine de Médecine a pour sa part demandé à transmettre les remerciements de tous ses compatriotes au peuple cubain, aux professeurs et à tous ceux qui assurent le succès de ce programme conçu à son début à l'intention de l'Amérique Latine et élargi par la suite au monde entier.

 

Le Dr Floyd a qualifié ce programme cubain de noble exemple pour l'intégration des peuples pour un monde plus humain.

 

«Pour moi, cela a été une expérience merveilleuse. Je suis impressionné par le lien qu'établit le programme d'enseignement entre l'étude et le travail, très différent de la formation aux États-Unis et dans d'autres pays » a-t-il relevé.

 

«A Cuba, tu es formé en contact avec le patient. C'est le point principal : la solidarité. Chez nous, personne n'aide les autres. Ici, les professeurs t'appuient dans ta formation avec une conduite excellente» a-t-il ajouté.

 

Son père s'est dit éternellement reconnaissant envers le gouvernement cubain et fier de savoir que son fils a été formé à Cuba sous une conception humaniste de la médecine.

 

4 mille 690 jeunes de 112 pays font actuellement leurs études dans les 21 facultés de médecine de tout le pays. 83 d'entre eux sont des États-Unis.

 

Edité par Francisco Rodríguez Aranega

 

SOURCE:

Radio Havane Cuba | 170 médecins étasuniens sont diplômés à La Havane

Publié par El Diablo

CANADA : Un touriste français paie 1110 dollars pour deux points de suture

 

CANADA : Un touriste français paie 1110 dollars pour deux points de suture

Un touriste français paie 1110 dollars pour deux points de suture

 

Les frais administratifs pour l’ouverture de son dossier lui ont couté plus de 1000 dollars

 

Un touriste français s’insurge d’avoir dû payer des frais d’administration de 1050 dollars pour une visite à l’urgence, alors que l’acte médical n’a coûté que 60 dollars.

 

Samedi le 5 août 2017, Frank Touri, a eu le front coupé par l’hélice d’un bateau et le sang coulait à flots, il a vomi, puis il a perdu connaissance.

 

Son ami l’a alors rapidement conduit à l’hôpital Suroît, à Valleyfield, en Montérégie, où on lui a dit que les frais seraient de 1500 dollars et qu’on le rembourserait si ça coûtait moins.

 

Même s’il était assuré, il a trouvé les frais excessifs. Il s’est alors rendu à l’hôpital Barrie Memorial, à Ormstown, toujours en Montérégie.

 

(…)

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Un touriste français paie 1110$ pour deux points de suture

Un touriste français paie 1110$ pour deux points de suture

Un touriste français s'insurge d'avoir dû payer des frais d'administration de 1050 $ pour une visite à l'urgence, alors que l'acte médical n'a coûté que 60 $. Samedi le 5 août, Frank Touri, ...

 

http://www.journaldemontreal.com/2017/08/12/un-t

Russie: croissance et menaces d’une nouvelle guerre froide

 

Jacques SapirPar  · 

L’espoir d’une amélioration des relations entre la Russie et les États-Unis s’est aujourd’hui évaporé à la suite du vote du Congrès américain sur de nouvelles sanctions et des mesures de rétorsion prises par le gouvernement russe. Le congrès américain a donc voté très majoritairement en faveur de nouvelles sanctions contre la Russie (419 voix contre 435) et la Russie a ordonné aux États-Unis de réduire drastiquement son personnel diplomatique de 455 diplomates d’ici le 1er septembre. Le taux de change du rouble est revenu au niveau de 60 roubles pour 1$, mais jusqu’à présent, cela n’a pas perturbé la reprise économique de la Russie. Le taux de change du rouble était resté indifférent à la contraction du prix du pétrole en mai et avait même bénéficié de la faiblesse des autres monnaies et ce jusqu’à ce que la nouvelle vague de tension géopolitique ait émergé.

 

Cependant, le marché russe n’a pas réagi jusqu’à présent à la reprise des prix du pétrole, qui ont récemment dépassé les 50 $ par baril. Le taux de change du rouble va donc rester sous pression. Après plus de six mois de la présidence de Donald Trump, il est clair que les sanctions existantes resteront plus longues que prévu, alors que les chances de nouvelles sanctions vont augmenter. La possibilité du rétablissement d’un dialogue entre la Russie et les États-Unis diminue rapidement. Le nombre des causes de frictions semble même se développer et le Venezuela est maintenant inclus dans un nombre croissant de points de confrontation allant de la Syrie à l’Ukraine.

 

L’économie russe en voie d’amélioration

 

L’économie de la Russie a montré de forts signes d’amélioration au cours du premier semestre 2017. Dans une certaine mesure, bien entendu, cela est dû à la stabilisation des prix du pétrole autour de 50 USD par baril. Mais les prix du pétrole pour importants qu’ils aient été, n’ont pas été le seul facteur qui de la croissance économique de la Russie. Le commerce de détail a augmenté de 1,2% par rapport à l’année précédente en juin, soit légèrement mieux que ce qui était attendu par consensus des économistes (1,1%) et a continué de croître en juillet (1,3% en glissement). Les salaires réels ont, quant à eux, continué à s’améliorer, ce qui est lié à la chute très rapide de l’inflation qui est tombé en quelques mois de 12% à 4% -4,5% par an. La croissance de la production industrielle a été imitée par la croissance de la construction, ce qui pourrait annoncer la fin de la crise dans ce secteur. Quant au chômage, il s’est réduit à 5,1% de la population active à la fin du premier semestre.

 


Source: Données de ROSSTAT

 

La forte croissance de l’investissement de 2,4% en glissement au premier trimestre de 2017 se poursuivra probablement pour la seconde. Il faut cependant savoir que les trois plus grandes activités d’investissement observables sont l’extraction (qui représente 31% de l’investissement), la fabrication (18%) et le transport (17%). Ce dernier secteur a connu une croissance impressionnante de 21,7% en glissement au 1er trimestre 2017. Par contre, le secteur de l’extraction a enregistré une augmentation plus modeste de 1,5% en glissement, tandis que l’investissement lié à la fabrication a plongé de 6,7% en glissement. Trois régions ont produit l’ensemble de la croissance de l’investissement: la ville de Moscou, la Crimée et l’Extrême-Orient. Dans les trois régions, il existe de grands projets, qui sont généralement soutenus par l’État, et qui se sont concentrés sur la construction d’infrastructures de transport. Ceci correspond bien à la croissance rapide affichée par le transport dans la désagrégation sectorielle de l’investissement. Ainsi, l’un des principaux moteurs de la croissance de l’investissement en Crimée est la construction du pont de Kerch, qui reliera la péninsule de Crimée au reste du territoire de la Russie. L’achèvement de ce pont est prévu pour la fin de 2018 à un coût de 228 milliards de roubles, dont 113 milliards ont été dépensés à la fin de 2016. De même, l’augmentation de l’investissement en Extrême-Orient est principalement liée à la construction de pipelines allant vers la Chine. Le projet « Power of Siberia » devrait être finalisé d’ici 2019. D’ailleurs, près de la moitié, soit 1 300 km, du réseau prévu de 3 000 km a été construit à la date de juin 2017. Le coût de ce projet est de l’ordre de 1,5-2,0 trillions de roubles soit, au taux de change de 70 roubles pour 1 euro de 21 à 28 milliards d’euros. À la différence des projets du pont de Kerch et « Power of Siberia », mis en place pour 2019, le programme de rénovation de la ville de Moscou vient quant à lui de commencer. Selon Sergey Sobyanin, le maire de Moscou, le programme s’étendra sur près de 15 ans avant d’être achevé. Ce programme affectera 1-1,6 millions de personnes (soit 10 à 15% de la population de Moscou) pour un coût total de l’ordre de 3 trillions de roubles (soit 43 milliards d’euros). On s’attend à ce que 35 à 45 millions de mètres carrés puissent être construits pendant cette période (près de 3,5 millions de mètres carrés par an), ce qui entraînera une augmentation substantielle de la construction actuelle de la propriété résidentielle à Moscou, qui se situe à 3-4 millions de mètres carrés par an. On pourrait s’attendre à une croissance de la construction résidentielle à Moscou à partir de 2018, après l’élection présidentielle

 


La croissance économique plus forte que prévu a malheureusement coïncidé avec un compte courant plus faible que prévu au 1er semestre 2017. La croissance des importations a atteint 27% en glissement au premier semestre 2017, dont 26% (en glissement) au 1er trimestre et 29% au 2ème trimestre. Ceci indique une reprise durable des importations pour 2017. Cela était à prévoir du fait de l’accroissement de la consommation et de l’augmentation de l’investissement. En outre, les paiements actuels des entreprises russes à l’étranger au 2ème trimestre 2017 sont nettement supérieurs aux attentes. Ces paiements ont été la raison principale pour pousser le compte courant vers un déficit de 0,3 milliard de dollars au 2ème trimestre.

 

Vers la création d’une alliance anti-américaine?

 

Dans ce contexte, il convient de noter l’activité grandissante de la diplomatie russe. Cela pourrait être attribué à l’amélioration des relations économiques, mais cela pourrait également être attribué à la tendance à la détérioration des relations diplomatiques et militaires avec Washington. Au sommet de cette activité, on a naturellement la crise du Moyen-Orient et des progrès évidents réalisés par les forces gouvernementales syriennes soutenues par l’aviation russe les dernières semaines. Mais, cette activité prend désormais d’autres dimensions. Moscou a décidé de donner un signal spectaculaire de soutien au gouvernement vénézuélien. Le plus grand producteur pétrolier russe, Rosneft, a déclaré il y a quelques jours qu’il avait versé environ 6 milliards de dollars en prépaiements à la société pétrolière d’État vénézuélienne PDVSA. Cela est venu au bon moment. Les paris des différents acteurs tant financiers que politiques sur un défaut de paiement du Venezuela s’étaient généralisés en raison de la tourmente politique dans ce pays, tourmente qui se complique de plus avec une chute des prix brut et une baisse de la production.

 

Le prépaiement effectué par Rosneft à PDVSA pourrait résoudre la crise de la dette que le gouvernement vénézuélien affronte actuellement. Rosneft s’attend à ce que le remboursement final soit effectué dans les livraisons de pétrole et de produits pétroliers.

 

Ce point est très important car il implique qu’une plus grande part de la production vénézuélienne pourrait être détournée vers la Russie et ne pas aller vers les raffineries américaines, qui constituent aujourd’hui le principal débouché de la production vénézuélienne. Ce soutien n’est pas pour surprendre. Tout d’abord, les relations avec les États-Unis allant de pire à pire, on s’attend à ce que Moscou augmente son engagement envers le Venezuela, ne serait-ce seulement que pour embarrasser le gouvernement américain et pour créer ce qu’on appelle un instrument négociation ou un « bargaining chip ». Mais, et cela est probablement plus important, il faut considérer le fait que ce soutien vient de Rosneft. Cette société occupe une place particulière dans la diplomatie pétrolière de la Russie, mais elle a aussi sa propre diplomatie.

 

Cela montre bien les liens solides que certaines personnes en Russie, et notamment M. Sechin, ont créé en Amérique latine et plus particulièrement avec les dirigeants Chavistes. Ce n’est pas seulement de l’idéologie, même si cette dernière compte. La Russie, et précisément Rosneft, trouve également ses intérêts dans cette politique. La société PDVSA, qui est – il faut le rappeler – une société d’État du Venezuela a réduit les ventes de pétrole brut à son unité de raffinage des États-Unis, la Citgo Petroleum, tout en augmentant l’offre pour Rosneft en Russie, et ce suite à un plan signé en mai pour rattraper les livraisons en retard, selon des documents de PDVSA et des sources de l’entreprise et de sa Joint-Venture. Actuellement, Rosneft détient une participation de 49,9% dans la société pétrolière américaine Citgo détenue par la PDVSA du Venezuela. La participation a été offerte en garantie lorsque PDVSA a obtenu un autre prêt de 1,5 milliard de dollars de la société russe l’année dernière.

 

Le ministre vénézuélien du Pétrole, Nelson Martinez, lors du forum de Saint-Pétersbourg en juin dernier, a déclaré que Rosneft recevrait environ 70 000 barils par jour pour le versement d’un prêt de 1,5 milliard de dollars versé à PDVSA en 2016. En fait, Rosneft a investi beaucoup d’argent dans l’État vénézuélien et dans PDVSA. Maintenant, Rosneft s’engage à continuer de travailler dans le secteur énergétique du pays, et ce malgré l’aggravation de la crise politique et économique et les sanctions.

 

Un peu plus tôt ce mois-ci, le PDG de Rosneft, Igor Sechin, a déclaré que la compagnie augmenterait la coopération avec le Venezuela face à de nouvelles sanctions américaines et a donné à cela une bonne raison: « Les réserves d’hydrocarbures du pays sont les plus importantes au monde. Dans cette perspective, toute société d’énergie doit chercher à y travailler » [1]. Il est vrai que les réserves du Venezuela sont encore plus grandes que celles de l’Arabie saoudite. Mais, très clairement, ce n’est pas la seule raison, ni même la première. Le soutien accordé au Venezuela est évidemment politique. Ce pourrait être une sorte de « tit for tat » (« œil pour œil ») pour le soutien américain à l’Ukraine. Mais, plus probablement aussi, il faut y voir la matérialisation du renforcement d’un front anti-américain, front regroupant bien sûr la Chine et l’Iran mais incluant désormais de nouveaux alliés russes, dont les plus récents sont de nouveaux pays comme l’Indonésie (qui a récemment décidé d’acheter des avions de combat russes[2]) et les Philippines où des navires de guerre russe ont fait une visite d’amitié en janvier dernier[3] et dont le Président s’est rendu en mai 2017 pour demander une aide face à la menace de DAESH à Mindanao[4].

 

Notes

 

[1] https://www.rt.com/business/399066-rosneft-invest-venezuela-political-crisis/

[2] https://fr.sputniknews.com/defense/201708041032522346-su35-indonesie-russie/

[3] https://fr.sputniknews.com/international/201701061029475793-philippines-duterte-russie/

[4] https://fr.sputniknews.com/international/201705241031508950-philippines-russie-aide/

 

18 août 2017

Michel Makinsky, Moyen-Orient, Trump ou l’allumeur d’incendies

« Dès le début de la crise, le gouvernement iranien a adopté une double posture : il a invité le Qatar et ses protagonistes à résoudre leur désaccord par la voie diplomatique et les a mis en garde contre les dangers d’une escalade . Les media se sont enflammés sur le sujet, les opinions étant partagées entre ceux, notamment réformateurs, qui poussent à prendre parti pour le Qatar, y voyant une opportunité pour l’économie iranienne et ceux qui invitent à faire preuve de retenue , de neutralité dans une « guerre de sheikhs » . Tous condamnent l’Arabie saoudite. Surtout, Téhéran a dénoncé la responsabilité américaine dans le déclenchement de cette crise en mettant en cause l’attitude de Trump lors de sa visite à Riyad où il avait par ailleurs fustigé l’Iran comme sponsor du terrorisme . N’oublions pas que les relations irano-qataries sont loin d’être harmonieuses. L’exploitation du champ gazier conjoint de South Pars est un sujet de frictions car l’Iran reproche au Qatar de tirer des quantités de gaz bien supérieures aux siennes (en avril 2017, le Qatar a mis fin à un moratoire), Téhéran n’ayant pas beaucoup de moyens de moderniser son extraction mais ayant décidé de combler son retard. L’augmentation de la part iranienne de production gazière est un enjeu prioritaire , d’où une nervosité perceptible sur ce sujet..."

Reprenons la lecture de l'analyse de la crise...

Michel Peyret


L’Iran entre deux orages : attentats à Téhéran et crise du Qatar (3/3) 


Article publié le 17/08/2017

Par Michel Makinsky

Michel Makinsky

Dernières actualités

Directeur Général d’AGEROMYS INTERNATIONAL, collaborateur scientifique à l’université de Liège.
Dernière publication : « L’Economie réelle de l’Iran, au-delà des chiffres », ouvrage collectif, Paris, L’Harmattan, 2014.

Lire les parties 1 et 2 : 
L’Iran entre deux orages : attentats à Téhéran et crise du Qatar (1/3)
L’Iran entre deux orages : attentats à Téhéran et crise du Qatar (2/3)

Donald Trump et la crise du Qatar ou comment allumer un incendie que d’autres doivent éteindre

Lors de sa visite à Riyad les 20 et 21 mai pour un véritable resserrement des relations bilatérales américano-saoudiennes, le président Trump a soutenu, sur globalement tous les sujets, les options saoudiennes. Il a notamment vivement critiqué l’Iran qu’il convient d’isoler. Il a ensuite fustigé le Qatar, soutien du terrorisme. Le 6 juin, Trump, se félicite des retombées de sa visite dans un tweet : « C’est si bien de voir que la visite en Arabie saoudite auprès du Roi et de 50 pays est déjà fructueuse. Ils ont dit qu’ils adopteraient une ligne dure sur le financement… de l’extrémisme et toute référence visait le Qatar ». Le locataire de la Maison Blanche avait oublié que la plus grande base militaire américaine au Moyen-Orient (Al Udeid), centre névralgique des opérations contre Daech, est au Qatar. Il a ce faisant donné un soutien, peut-être involontaire, aux Saoudiens. Signe de la confusion dans le système décisionnaire américain (Trump, Tillerson et le secrétaire à la Défense James Mattis tiennent des propos contradictoires sur un Qatar sponsor du terrorisme et fidèle allié) (1), plusieurs responsables se sont empressés de louer la contribution du Qatar (2) et rappeler qu’il n’est pas question de remettre en cause la base américaine du Qatar (3). Un contrat de $12mds pour la fourniture d’avions F15 américains a été signé dans ce même temps. Un contingent qatari est également engagé dans les opérations militaires contre le Yémen. L’appareil d’Etat américain est fragmenté. Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson, pilier de la posture du président Trump, a appelé les parties prenantes, en particulier saoudiennes, à la retenue (4). Heather Nauert, porte-parole du département d’Etat, reconnaît le 20 juin que l’Amérique s’interroge (sur les mobiles qui ont guidé l’Arabie saoudite et les Emirats dans l’offensive lancée contre le Qatar). Elle avoue la « perplexité » (We are mystified) de l’administration, deux semaines après le début de l’embargo, devant le fait que ses initiateurs n’aient pas communiqué au Qatar ni publié les détails des griefs qui lui sont formulés. Elle ajoute : « Au point où nous en sommes, nous sommes face à une question simple : les actions concernaient-elles véritablement leurs préoccupations quant au prétendu soutien du Qatar au terrorisme ou portaient-elles sur leurs griefs qui couvent depuis longtemps ? » (5). C’est plus qu’une question, c’est un aveu révélateur de l’amateurisme de l’exécutif américain. Ms Nauert n’a pu que répéter que Rex Tillerson et son administration encouragent « toutes les parties à diminuer les tensions et entamer un dialogue constructif ». Comme le note Hussein Ibish, analyste avisé, Washington ne nie pas que le Qatar a des choses à se reprocher, notamment en matière de financement de mouvements terroristes, mais il craint les risques de dérapages d’une crise entre ses alliés moyen-orientaux. Tillerson indique que bien que le Qatar ait déjà fait des progrès en la matière, il faut faire plus et plus vite (6). Ceci est plus mesuré que les propos abrupts de Trump mais n’effacera pas la perception de la rudesse présidentielle.

Devant ce qu’elle perçoit (tardivement) comme un dangereux engrenage où elle s’est fait piéger par les Saoudiens, l’administration américaine multiplie les contacts, consultations, conseils et admonestations avec les protagonistes de cette partie qu’elle ne maîtrise pas, l’incendie une fois allumé. Tillerson adjure le 21 juin les Saoudiens et leurs amis de fournir au Qatar une liste de demandes « raisonnables et pratiquables ». Il ajoute qu’il soutient la médiation que le Koweit a décidé de lancer dès le 6 juin avec l’accord du Qatar (7). Pour cet acteur respecté, coutumier des médiations, l’enjeu est de taille (8). Au-delà de la réussite de la démarche de rapprocher des points de vue très opposés, il s’agit de se poser en pôle d’influence ayant suffisamment de poids face à une Arabie dont l’appétit autoritaire augmente. En cas d’échec, le royaume traitera l’émir comme petit vassal dans un Conseil de Coopération du Golfe à sa dévotion. On comprend dès lors l’extrême prudence omanaise (9) qui préserve sa place de discret go-between que Washington finit par percevoir (10). Cette crainte s’avère justifiée. La médiation koweitie est visiblement dans l’impasse, le « club des quatre procureurs » n’envisageant à court terme aucune concession. La publication « opportune » (organisée par qui ?) des accords de 2013/2014 est l’occasion de « remettre les pendules à l’heure », autrement dit de rappeler que les vagues six « principes » n’effacent pas les dits accords.

Une éclaircie ?

Tillerson a-t-il le poids et l’autorité nécessaires (affaibli à Washington par Trump qui le désavoue sur le renouvellement des waivers nucléaires de l’Iran) pour imposer un compromis qui acterait les « efforts » (11) du Qatar ? Multipliant les consultations et échanges, il s’emploie à persuader le bloc saoudien de trouver une « porte de sortie honorable ». On peut penser que le Qatar, qui ne peut indéfiniment laisser prospérer cette crise, consentira un certain nombre de concessions. De fait, le secrétaire d’Etat enregistre un premier succès. Nous avons en effet signalé plus haut le Memorandum of Understanding signé le 11 juillet entre le Qatar et l’Amérique (« fruit de plusieurs semaines de discussions entre experts ») prévoyant de conduire pendant les prochains mois et années une série de mesures conjointes pour interrompre et tarir les sources de financement du terrorisme et lutter contre ce fléau au niveau global. Le ministre qatari des Affaires étrangères a déclaré que l’accord n’était pas lié à la crise qui affecte le Qatar et le bloc des quatre. Mais il est évident que Tillerson espère manifestement que cet accord dégèle l’impasse, bien que le contenu de celui-ci ne coïncide pas vraiment avec la liste de mesures exigées par ce bloc, ni avec les accords de 2013/2014. De fait, tout en se félicitant de cet heureux développement, l’Arabie saoudite, les Emirats, Bahrein, l’Egypte, ont publié un communiqué conjoint félicitant l’Amérique de ses initiatives pour éradiquer le terrorisme mais qu’ils surveilleraient attentivement le comportement du Qatar (12). Ils ajoutent que « cette étape est insuffisante », car « on ne peut faire confiance aux autorités qataries » (13). L’embargo sera maintenu tant que le Qatar n’aura pas cessé sa politique « d’ingérence ,d’incitation au terrorisme…. de discours encourageant la haine » (14). On retrouve là quelques extraits du catalogue des exigences du quatuor.

Moins d’une semaine après la signature de ce MOU avec l’Amérique, l’émir Tamim signe un décret amendant sa législation anti-terroriste, en y apportant une définition du terrorisme, des actes terroristes et fixant un régime de gel des financements terroristes et établissant une réglementation de ce financement (15). C’est une première étape significative que les « procureurs » saoudiens ne peuvent traiter par le mépris. Mais il est prématuré de prévoir si elle permettra une sortie de crise. En tout cas, elle en améliore les conditions. Cette première éclaircie dans un ciel tourmenté est indiscutablement à mettre au crédit de Tillerson, certes, avec l’appui d’autres ‘bonnes volontés’, mais qui vient à point nommé redorer son blason diplomatique.

Le 21 juillet, il déclare que les « Etats-Unis sont satisfaits » des efforts consentis par le Qatar qu’il dit prêt à « s’asseoir avec ses quatre protagonistes » sachant que pour Doha, « la souveraineté et la dignité de tous les cinq pays doit être respectée dans ces discussions » (16). Il ajoute qu’il espère que « les quatre pays considéreront comme signe de bonne foi la levée de ce blocus terrestre ». En clair, il demande un « geste ». Anwar Gargash, ministre des Affaires étrangères des Emirats Arabes Unis, a salué la parution du décret qatari amendant sa législation anti-terroriste (17). Ce premier pas sera-t-il suffisant pour que le « geste » suggéré par Tillerson soit fait par le « groupe des quatre » du bloc saoudien ?

Mais d’un autre côté, la médiation koweitie va-t-elle pouvoir se poursuivre ? La marge de manœuvre diminue, pour les raisons que nous venons d’indiquer. Un symptôme supplémentaire l’illustre. Le 20 juillet, le Koweït (qui n’a plus d’ambassadeur à Téhéran depuis 2016) ordonne la fermeture des missions culturelles et militaires de l’ambassade d’Iran et la réduction de 19 à 4 du personnel diplomatique. Le motif avancé serait l’implication de la République islamique dans l’affaire du démantèlement de la « cellule Abdali » en 2015. Les autorités koweities ont en plus gelé l’activité des commissions bilatérales qui traitent les dossiers intéressant les deux pays (18). Téhéran a convoqué le chargé d’affaires koweiti et protesté contre ces mesures. Une annonce plus étrange de source azérie (19), fait état de l’injonction koweitie délivrée le 20 juillet à l’ambassadeur iranien (?) de quitter le territoire sous 48 jours. Ceci confirme non seulement une dégradation des relations entre l’Iran et le Koweit, mais aussi le poids des pressions de Riyad et ses alliés pour mettre au pas le Koweit désormais en peine pour se poser en médiateur dans le dossier qatari. Toutefois, le 24 juillet, le ministère inranien des Affaires étrangères indique que finalement les relations diplomatiques irano-qataries sont maintenues au niveau des ambassadeurs. Au-delà, ces épisodes nous font toucher du doigt une rude réalité : l’affaiblissement de l’influence de Washington, ou , plutôt de sa capacité à imposer à ses interlocuteurs des lignes de conduite (20). La visite triomphale de Trump à Riyad, les mirifiques contrats signés (y compris avec le Qatar), ne doivent pas faire illusion. Les « alliés stratégiques » entendent jouer leur propre partition. Ceci ne veut pas dire que l’Amérique ne dispose plus de moyen de pression sur sa « clientèle » moyen-orientale, tant s’en faut : l’exemple le plus emblématique en est la base installée au Qatar, et le niveau gigantesque de la coopération militaire entre Washington et les monarchies. Le « reset » de la relation américano saoudienne est trop visible pour être ignoré. Nous voulons plutôt signifier que les Etats-Unis n’ont guère les moyens de dicter leur conduite à ces encombrants alliés quand intérêts et visions divergent.

Un sous-produit bien involontaire de cette incapacité a été de pousser Téhéran et Ankara à un rapprochement tactique.

La Russie est également embarrassée. Fidèle soutien des Iraniens, elle souhaite aussi accroître sa position au Moyen-Orient, et a depuis longtemps renforcé ses relations avec l’Arabie saoudite, notamment sur les hydrocarbures et sur la question des cours du baril. Ce dossier comporte aussi une dimension gazière : le Qatar, comme l’Iran et comme la Russie, est un acteur majeur d’un groupe de producteurs qui est en train de s’organiser. Ce pôle gazier joue un rôle et la donne énergétique pèse probablement. La Russie, embarrassée, essaie de persuader l’Arabie saoudite de chercher une issue négociée à cette situation tendue. Elle entretient avec Riyad un dialogue continu en dépit de profondes divergences de vues sur des sujets très importants, notamment sur la Syrie : les conversations se poursuivent difficilement, et si le trio Russie, Iran,Turquie est au centre de ces discussions, la Russie voudrait amener les Saoudiens et les Américains à être partie prenante, ou à ne pas créer d’obstacles supplémentaires. Le rôle éventuel de la Russie dans le déclenchement de la crise qatarie (nous avons évoqué la présence de sites russes dans l’épisode du piratage de sites qataris et des enquêteurs américains auraient estimé que des hackers russes seraient impliqués) laisse perplexe, les rumeurs précitées ne permettant pas de conclure dans un sens ou un autre. Elles ont été vigoureusement démenties par les autorités russes. Mark Katz, bon expert des politiques russes, conclut justement : « Au final, Moscou veut faire des affaires avec toutes les parties en conflit dans ce différend » (21). Maxim A. Suchlov estime que Moscou a été pris par surprise et n’avait pas vu émerger ce cocktail explosif. Rapidement V. Poutine a multiplié les concertations avec l’ensemble des responsables de la région pour encourager une solution diplomatique. Les démarches russes se poursuivent. La Russie avait tablé sur un développement de ses relations avec le Qatar, et le trouble qui naît du fait de cette crise complique ses calculs. Celle-ci poursuit en même temps la discussion d’importants projets pétroliers avec les Saoudiens, qu’elle entend ne pas mettre en péril. Aussi V. Poutine, tout en promouvant la recherche de compromis, ne veut pas se placer en « go-between » ni passer pour être dans le « camp » qatari (22).

L’Iran, ciblé comme le Qatar, pourrait en tirer avantage

Dès le début de la crise, le gouvernement iranien a adopté une double posture : il a invité le Qatar et ses protagonistes à résoudre leur désaccord par la voie diplomatique et les a mis en garde contre les dangers d’une escalade (23). Les media se sont enflammés sur le sujet, les opinions étant partagées entre ceux, notamment réformateurs, qui poussent à prendre parti pour le Qatar, y voyant une opportunité pour l’économie iranienne et ceux qui invitent à faire preuve de retenue (24), de neutralité dans une « guerre de sheikhs » (25). Tous condamnent l’Arabie saoudite. Surtout, Téhéran a dénoncé la responsabilité américaine dans le déclenchement de cette crise en mettant en cause l’attitude de Trump lors de sa visite à Riyad où il avait par ailleurs fustigé l’Iran comme sponsor du terrorisme (26). N’oublions pas que les relations irano-qataries sont loin d’être harmonieuses. L’exploitation du champ gazier conjoint de South Pars est un sujet de frictions car l’Iran reproche au Qatar de tirer des quantités de gaz bien supérieures aux siennes (en avril 2017, le Qatar a mis fin à un moratoire), Téhéran n’ayant pas beaucoup de moyens de moderniser son extraction mais ayant décidé de combler son retard. L’augmentation de la part iranienne de production gazière est un enjeu prioritaire (27), d’où une nervosité perceptible sur ce sujet. Dès le lancement du blocus saoudien, Javad Zarif a tweeté que « les voisins sont permanents ; la géographie ne peut être changée, la coercition n’est pas une solution » et que « le dialogue est impératif » (28). Téhéran a très vite compris qu’une opportunité se présentait à lui. En prenant parti pour son voisin, et surtout en ouvrant immédiatement son espace aérien (29) aux avions qataris qui ont pu trouver une route ainsi que ses ports maritimes (30), l’Iran a tenté un pari qui pourrait s’avérer payant. Initialement dénoncée par Trump et le bloc saoudien comme une menace régionale soutenant le terrorisme, donc promis à l’isolement, la République islamique voit se présenter un rapprochement avec un acteur majeur du gaz, qui partage avec elle cet enjeu stratégique. Une occasion rêvée pour elle, et sans doute une erreur (stratégique) majeure du bloc précité et de son myope allié transatlantique. Au passage, Téhéran peut aussi profiter d’une convergence avec Ankara (31) ,bienvenue au moment où les deux capitales ont encore des divergences sérieuses sur la Syrie.

Très rapidement, une très forte tendance a pris le dessus : ceux qui considèrent que s’ouvre à la République islamique un accès inespéré au marché qatari, une occasion à saisir indispensable à l’économie iranienne. Les besoins urgents du Qatar en denrées alimentaires dont l’embargo le prive, ont été la première priorité. Les premiers envois d’urgence ont été suivis d’un flot considérable, désormais régulier (32), de denrées livrées tant par mer (33) que par voie aérienne. Même si c’est coûteux, le Qatar est à l’abri d’une pénurie alimentaire que l’interruption des livraisons de provenances habituelles pouvait créer. Non moins vite, des responsables économiques iraniens ont déclaré leur intérêt pour les perspectives d’exportations vers le Qatar : le ministère de l’Industrie, des Mines et du Commerce a préparé l’envoi d’une délégation au Qatar pour étudier les marchés potentiels (34), le secteur agroalimentaire se mobilisant en priorité pour expédier de la nourriture (35). Allant plus loin, sera aussi étudié le renforcement de la présence des entreprises iraniennes. De son côté, le secteur du transport maritime a travaillé sur des tarifs compétitifs adaptés à la demande qatarie.

Téhéran essaie tout autant de capitaliser des gains stratégiques avec son voisin en adoptant une posture qui est à la fois un appui affirmé et le maintien d’une ouverture en direction de l’Arabie saoudite conviée à quitter le registre de la menace pour celui de la détente. Si le premier axe semble réaliste et prometteur, le second paraît hors d’atteinte tant que la rigidité du royaume persiste, encouragée par Trump. On perçoit également la tentation pour Téhéran de se poser aussi comme « contributeur » à la sécurité régionale. L’idée de constituer un mécanisme de sécurité régionale (36) est une idée très ancienne de la diplomatie iranienne, qui a souvent vanté auprès de ses voisins incrédules l’intérêt pour les pays de la région de s’organiser de façon autonome ( = sans les USA). Régulèrement avancée, cette suggestion est toujours repoussée par lesdits voisins qui non seulement ne veulent pas se débarrasser du « parapluie américain », (aujourd’hui moins que jamais) mais en outre demandent à Téhéran de faire preuve de crédibilité en la matière. En l’occurrence, le refus iranien de déférer à un arbitrage ou une juridiction internationale le contentieux des Ilots d’Abu Musa, de la Petite et de la Grande Tomb occupés par l’Iran et revendiqués par les Emirats arabes unis, pèse sur ce paysage.

A dire vrai, le bloc saoudien a commis une erreur de calcul : en sommant Doha de couper ses relations et sa coopération avec l’Iran, il s’exposait nécessairement à un refus (37) ; bien plus, il a suscité l’inverse : un rapprochement. Naturellement, il ne faut pas en exagérer la portée mais pour l’heure les deux partenaires y trouvent avantage. Rohani a réaffirmé le 25 juin à l’Emir Tamim (38) l’engagement de l’Iran à ses côtés et surtout la volonté de renforcer les liens et la coopération entre les deux pays. Il a d’ailleurs insisté sur le développement des relations économiques bilatérales par le secteur privé. Au bout du compte, un certain consensus semble émerger parmi les analystes : par rapport au but escompté, le blocus intenté par Riyad et ses alliés est partiellement contournable, ce dont Téhéran essaie de tirer des bénéfices (39). Au plan régional, ils sont visibles, mais bridés par la pression américaine sur les banques internationales qui n’osent pas opérer avec l’Iran, bloquant ainsi le financement des investissements. Pèsent aussi sur ce paysage les incertitudes que Trump fait planer quant au sort réservé à l’application de l’Accord Nucléaire (JCPOA).

Un sous-produit de la crise : le rapprochement Téhéran-Ankara

Assurément imprévu par le bloc saoudien, ce développement a été très largement favorisé par la rigidité des injonctions adressées au Qatar et à la Turquie. De même que Doha doit couper ses liens avec Téhéran, le Qatar doit renvoyer les troupes turques (en très petit nombre) et la Turquie fermer sa base militaire. Sans surprise, ces prétentions furent repoussées avec hauteur. L’opération d’isolement du Qatar a engendré un double effet : conforter la relation de Doha et d’Ankara, et provoquer un rapprochement, certes circonstanciel, entre Turcs et Iraniens dont le stock de convergences n’était pas si garni.

Comme beaucoup, la Turquie a été prise par surprise par la décision d’isoler le Qatar le 5 juin. Une situation embarrassante car elle cultive des relations très cordiales avec le Qatar tout en souhaitant développer des liens stratégiques avec l’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe. La base turque installée au Qatar depuis 2015 est un enjeu qui n’est pas symbolique. Aussi, quand l’Arabie saoudite demanda à ses alliés de mettre en œuvre les mesures d’isolement du Qatar, Erdogan, très gêné, adjura dans un communiqué les membres du Conseil de Coopération du Golfe à « résoudre leurs problèmes par la négociation, le dialogue et la communication » (40). Un message peu susceptible d’être entendu, au moins au début de la crise.

Aussi, avec autant de célérité que l’Iran, la Turquie agit pour aider son voisin à subvenir à ses besoins immédiats en nourriture (41). De même, Ankara a multiplié les démarches diplomatiques auprès des pays du Golfe lors d’une tournée (42) pour favoriser une sortie de crise. Le 13 juin, Erdogan, tout en ne critiquant pas Riyad, a qualifié le blocus d’« inhumain et non-islamique ». Peu à peu, Erdogan comprend que cette évolution devient dangereuse pour la sécurité turque. La Turquie, amie des Frères musulmans qu’elle ne dédaignerait pas d’abriter, réalise que si le bloc saoudien veut soumettre le Qatar par la force, ou un changement de régime, la Turquie se trouve rapidement exposée (43). Ceci change la donne et contraint Erdogan, tout en ne s’opposant pas frontalement au royaume, à prendre des dispositions pour sa survie, celle-ci passant par une solidarité militaire avec le Qatar. Le 7 juin, le Parlement adopte d’urgence deux accords (signés depuis longtemps) prévoyant le déploiement de troupes au Qatar et des prestations d’entraînement par la gendarmerie turque (44). Ceci doit être considéré comme un tournant. Ironiquement, l’accord de défense passé avec le Qatar était initialement destiné à protéger ce dernier…. contre l’Iran (45).

La Turquie entend montrer son engagement militaire aux côtés du Qatar. Le 19 juin, des exercices militaires conjoints se sont déroulés (46). Le 22 juin, l’armée turque révèle que 113 militaires turcs sont déployés au Qatar (effectif symbolique) et que des personnels seront déployés avec des véhicules blindés. Ce faisant, elle entend peut-être honorer aussi une dette à l’égard d’Erdogan. Selon certaines sources, des unités qataries auraient été déployées après la tentative de coup d’état pour protéger Erdogan pendant quatre jours (47). Symétriquement, Erdogan doit se souvenir de ce que Téhéran, dès le début de l’insurrection, avait assuré le chef de l’Etat turc de sa solidarité.

L’engagement turc aux côtés du Qatar affecte la posture stratégique de la Turquie dans son ensemble, tout comme celle de l’Iran. Le président turc a en effet été contraint de choisir entre les bonnes relations avec le Qatar et son objectif de se rapprocher des monarchies sunnites. Il espérait conserver une attitude pragmatique ménageant les uns et les autres (48). Comme le notent divers observateurs, il a tenté en vain une « diplomatie téléphonique futile largement médiatisée » (49),mais au bout du compte, « Ankara a décidé d’interprêter les mesures contre le Qatar comme si elles avaient été prises contre la Turquie ». Pour Erdogan, (c’est la perception turque ou, du moins celle désignée par lui), la Turquie est la ‘suivante sur la liste’. Un scénario improbable mais qui reflète l’état d’esprit de ce dernier. Les mêmes sources considèrent que le soutien sans faille apporté par le président égyptien à la ‘punition’ du Qatar, au nom de la lutte contre les Frères musulmans (chéris des Turcs), a contribué à l’alignement d’Ankara sur le Qatar. In fine, le tournant ainsi adopté ne laisse pas d’autre choix à la Turquie que de se rapprocher (au moins sur la problématique qatarie, car des divergences subsistent sur d’autres dossiers comme la Syrie (50)) de Téhéran. La chose n’allait pas de soi. Du coup, la coopération économique entre la Turquie et l’Iran devrait connaître un dynamisme plus soutenu, alors qu’elle souffrait de déséquilibres accentués par la fraîcheur des relations politiques bilatérales. Les deux pays ont décidé de progresser dans la laborieuse négociation d’un accord de libre-échange (PTA) qui doit encore franchir de sérieux obstacles (l’Iran demande à la Turquie l’élimination des quotas placés sur les marchandises iraniennes, la modification d’une liste de 140 produits iraniens, la suppression de taxes douanières supplémentaires sur les biens hors du périmètre du PTA) (51). Le secteur de l’énergie pourrait aussi donner lieu à une plus ample coopération (52) au-delà des fournitures de gaz iranien. La perspective de cette amélioration ne doit pas faire perdre de vue que le choix en faveur de Doha peut causer du dommage au commerce turc avec les partisans du bloc saoudien (53). Il reste que le rapprochement turco-iranien-qatari, bien qu’encore récent, porte en lui les germes de conséquences stratégiques qui n’ont pas échappé aux analystes israéliens attentifs à cette évolution. Ils se demandent si cette convergence ne pourrait pas porter atteinte à la posture stratégique de l’état hébreu (54). Une bonne question pour l’instant sans réponse.

In fine, la crise déclenchée par le bloc saoudien, supposée défendre les membres du « club », le Conseil de Coopération du Golfe, non seulement pourrait (elle est loin d’être achevée) ne pas produire les résultats escomptés par lui (mais restons prudents, tout peut arriver), mais porte en elle les germes de fragilisation, de fissuration du Conseil (55) en tant qu’organisation collective. Le CCG ne progresse pas dans le traitement de ses propres ambigüités et limites, et les initiatives mal calculées de Trump contribuent à cette vulnérabilité.

En guise de conclusion

La République islamique fait face à un cumul de défis que le nouveau gouvernement iranien qui prendra ses fonctions lorsque le président Rohani entamera son second mandat devra relever dans un contexte particulièrement lourd. Au premier chef, l’attitude de Donald Trump, qui brandit maintes menaces, entretient l’incertitude. En second lieu, le problème brûlant du gel persistant des flux financiers avec les banques internationales terrorisées par les pressions américaines pénalise lourdement les investissements de partenaires étrangers pourtant indispensables au redécollage de l’économie. Nous avons vu que les attentats terroristes perpétrés à Téhéran pouvaient permettre aux ultras et à l’appareil sécuritaire de peser sur les orientations réformatrices du chef de l’Etat. En revanche, le blocus saoudien sur le Qatar offre à celui-ci des marges de manœuvre régionales inédites. La France, dont le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian, suit ce dossier, pourrait contribuer, par ses relations régionales, à une concertation utile.

Notes :

(1) Qatar Signs $12 Billion Deal for U.S. F-15 Jets Amid Gulf Crisis, Bloomberg, 14 juin 2017 ; Giorgio Cafiero and Theodore Karazik, America and Qatar’s Latest Defence Deal, LobeLog, 15 juin 2017.
(2) Us military lauds Qatar,s ays flights unaffected, Gulf Times, 5 juin 2017.
(3) Trump, Qatar, and Shifting sands in the Gulf, The Washington Institute for Near East Policy, 1er juin 2017. Trump a été obligé de réaffirmer le 12 juillet que Washington n’abandonnera pas sa base et entend entretenir de bonnes relations avec le Qatar : US will maintain good relations with Qatar, Gulf Times, 15 juillet 2017.
(4) Laura Rozen, US urges dialogue to ease Qatar crisis, Al Monitor, 6 juin 2017. 
(5) Heather Nauert, U.S. Department of State Diplomacy in Action, Department Press Briefing, June 20, 2017.
(6) Hussein Ibish,Washington’s Competing Priorities in the Qatar Crisis, Arab Gulf States Institute in 
Washington (AGSIW), 22 juin 2017.
(7) Qatar backs Kuweit mediation efforts over rift with Arab states, Trend News, 12 juin 2017.
(8) Giorgio Cafiero,Stakes high for Kuwait as mediator in Qatar crisis, Al-Monitor, 27 juin 2017. 
(9) Giorgio Cafiero and Theodore Karazik, Kuwait, Oman and the Qatar Crisis, Middle East Institute, 22 juin 2017.
(10) Trump administration looks to Oman for help navigating Middle East, Al-Monitor, 23 juillet 2017.
(11) Laura Rozen, Tillerson calls on Saudi bloc to lift blockade on Qatar, Al-Monitor, 21 juillet 2017.
(12) U.S., Qatar sign an agreement on combating terrorism financing, Reuters, 11 juillet 2017.
(13) Saudi and allies : Anti-Qatar sanctions to stay in place, PressTV, 12 juillet 2017.
(14) Qatar’s anti terror deal with US leaves neighbours cold,Financial Times, 12 juillet 2017.
(15) Qatari emir amends laws to bolster against terrorism agency, Reuters, 20 juillet 2017. Une mesure saluée par les Emirats arabes unis : UAE Welcomes Qatari Decision to Amend Anti-Terrorim Laws, The New York Times, 21 juillet 2017. 
(16) Tillerson urges Arab states to lift Qatar ‘land blockade’, Reuters, 21 juillet 2017. Le ministre britannique des Affaires étrangères , Boris Johnson, a joint sa voix à cet appel : U.K. joins U.S. in Calling for an end to Boycott of Qatar, Bloomberg, 23 juillet 2017.
(17) UAE welcomes Qatari decision to amend anti-terrorist legislations, Reuters, 21 juillet 2017.
(18) Kuwait shuts Iran cultural mission, Tehran summons chargé d’affaires, Tehran Times, 20 juillet 2017.
(19) Kuwait orders Iranian envoy to leave within 48 days, Trend News, 20 juillet 2017. L’Agence Reuters confirme, d’après une source iranienne (agence Isna) que l’ambassadeur Iranien, Alireza Enayati doit quitter le pays sous 45 jours (délai modifié) : Kuwait orders Iran envoy to leave within 45 days : Iran’s ISNA news, Reuters, 20 juillet 2017.
(20) Thomas Seibert, Qatar crisis reflects waning US influence, Agence Global, 17 juillet 2017.
(21) Mark N. Katz, Russia and the Qatar crisis, LobeLog, 8 juin 2017.
(22) Maxim A.Suchkov, Russia’s reading on what is at stake in Qatar crisis, Al-Monitor, 8 juin 2017.
(23) Iran urges explicit dialogue between Qatar, Persian Gulf States, PressTV, 5 juin 2017.
(24) Une prudence perceptible chez les vétérans du corps diplomatique qui déconseillent aux autorités de prendre parti dans la querelle : The Qatar Crisis : How do Iranian view the story ? Iranian Diplomacy, 7 juin 2017.
(25) Iranians debate whether to take advantage of Qatar crisis”, Al- Monitor, 6 juin 2017.
(26) Iran blames Trump for the worst rift in the Arab world in years, Reuters, 5 juin 2017.
(27) The Qatar-Iran Gas Field Behind the Diplomatic War in the Middle East, Haaretz et Reuters, 7 juin2017.
(28) Ladane Nasseri, Saudi-led rupture With Qatar Pushes Nation Into Iran’s Embrace, Bloomberg, 6 juin 2017.
(29) Qatar Airways Circumvent Airspace Restrictions via Iran, Iran Financial Tribune, 6 juin 2017 ; Iran’s airspace open to Qatari flights, Tehran Times, 7 juin 2017.
(30) Iranian ports open to Qatari-flagged ships, Tehran Times, 7 juin 2017.
(31) Iran ‘s Zarif makes surprise visit to Turkey amid Arab rift, Tehran Times, 7 juin 2017.
(32) Iran Supplies Continue to Help Ease Qatar Blockade, Iran Financial Tribune, 17 juin 2017 ; Iran sends 1000 tons of food to Qatar daily, Tehran Times, 23 juin 2017.
(33) Iran Plans Direct Shipping Route to Qatar, Iran Financial Tribune, 8 juillet 2017. 
(34) Iran Sending Delegation for Qatar Market Survey, Iran Financial Tribune, 8 juin 2017.
(35) Selon le président de la confédération des exportateurs iraniens, Mohammad Lahuti, le Qatar importe $ 4 à 5 milliards de nourriture par an, Mehr News, 6 juin 2017.
(36) Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, a proposé récemment un mécanisme de consultation et de résolution des conflits à l’image de celui d’Helsinki. Une telle idée est inacceptable pour les Saoudiens, comme le souligne Georges Malbrunot : Crise du Golfe : l’Iran en embuscade, Le Figaro, 16 juin 2017.
(37) Doha Says Tehran Ties Not Negociable, Iran Financial Tribune, 21 juin 20217.
(38) Rouhani vows stronger ties with embattled Qatar, Tehran Times, 26 juin 2017.
(39) Shahir Shahidsaless, Saudi-led Blockade of Qatar Could Boost Iran, The Atlantic Council, 10 juillet 2017.
(40) Turkey can’t afford to take sides in Qatar crisis, Al-Monitor, 6 juin 2017.
(41) Turkey sent 15 planes of food to Qatar in last 5 days, Trend News, 12 juin 2017.
(42) Turkish minister lands in Qatar aiming to help ease Gulf rift, Reuters, 14 juin 2017. Saudi Arabia working on list of Qatar’ grievances’ as Turkey FM arrives in Jeddah, middleeasteye.net news, 16 juin 2017.
(43) Erdogan tries to juggle Iran, Saudi Arabia amid Qatar crisis, Al-Monitor, 13 juin 2017.
(44) Turkish parliament okays troop deployment in Qatar amid Saudi threats, Tehran Times, 8 juin 2017. Diplomacy, Turkey’s parliament ratifies Qatar military deals, Hurriyet daily news, 7 juin 2017.
(45) If push comes to come, will Turkey defend Qatar against Iran ?, Al-Monitor, 16 mai 2017.
(46) Turkish troops hold exercises in Qatar in show of support, Reuters, 19 juin 2017.
(47) Turkish military will protect Qatari regime if necessary, Al-Monitor, 12 juin 2017.
(48) La tournée d’Erdogan au Qatar,e n Arabie saoudite, au Koweit, les 23/24 juillet, est une tentative de ‘sauver la face” d’une position équilibrée sans espoir de résultat concret, Trend News, 18 juillet 2017.
(49) After rushing to Qatar’s aid, Turkey may have to rethink its Mideast ties, Al-Monitor, 8 juin 2017.
(50)Russia, Turkey, Iran fail to agree on Syria de-escalation zones, Reuters, 5 juillet 2017.
(51) Iran agrees to Revise PTA With Turkey, Iran Financial Tribune, 18 juillet 2017.
(52) Iran wants Turkish companies for energy projects, Hurriyet Daily news, 23 juillet 2017. 
(53) Turkey’s economic dilemma : Win Qatar or lose the Gulf ?, Al-Monitor, 18 juillet 2017.
(54) Turkey’s power–play in Qatar leads to warmer relations with Iran, The Jerusalem Post, 1er juillet 2017.
(55) Kristian Coates Ulrichsen, Implications of the Qatar Crisis for Regional Security in the Gulf, Expertbrief, Alsharq Forum, June2017.

Posté par Michel Peyret

Imposer à L’Amérique un retour vers la blancheur par Toni Morrisson

 

19 Août 2017

Les choix faits par les hommes blancs, prêts à abandonner leur humanité par peur des hommes et des femmes noirs, suggèrent l’horreur réelle du statut perdu.

 

Photo de Stan Grossfeld / The Boston Globe via Getty
C’est un projet sérieux. Tous les immigrants aux États-Unis savent (et savaient) que s’ils veulent devenir des Amérindiens bien réels et authentiques, ils doivent réduire leur fidélité à leur pays natal et la considérer comme secondaire, subordonnée, pour mieux souligner leur blancheur. Contrairement à toute nation en Europe, les États-Unis font de la blancheur LA force fédératrice. Ici, pour beaucoup de gens, la définition de «l’américanité» est la couleur.

En vertu de l’esclavage, la nécessité de classer à partir des couleurs était évidente, mais dans l’ Amérique d’aujourd’hui, avec la législation post-droits civils, la conviction des Blancs concernant  leur supériorité naturelle est en train d’être perdue. Rapidement,  en train de se perdre. Il y a des «personnes de couleur» partout, ce qui menace d’effacer cette définition basique de l’Amérique. Et alors? Un autre président noir? Un Sénat à prédominance noire? Trois juges noirs de la Cour suprême? La menace est effrayante.

Afin d’arrêter la possibilité de ce changement intenable et de restaurer la blancheur dans son statut antérieur comme marqueur de l’identité nationale, un certain nombre d’Américains blancs sont en train de s’immoler eux-mêmes . Ils ont commencé à faire des choses qu’ils ne souhaitent pas vraiment faire, Et, à cause de cela, ils sont en train d’ abandonner leur sens de la dignité humaine et ils sont prêts à endosser un rôle de lâche. Alors qu’ ils ne peuvent que haïr leurs comportements, et  qu’ils savent très bien ce qu’ils valent, ils sont prêts à tuer les petits enfants qui fréquentent l’église du dimanche et les groupes  joyeux qui invitent un garçon blanc à prier. Embarrassés eux mêmes devant le caractère évident  de leur lâcheté , ils sont disposés à mettre le feu aux églises, et à commencer à tirer dans le tas  de leurs paroissiens  en prière. Et, malgré leur honte face à de telles démonstrations de faiblesse, ils sont prêts à tirer sur des enfants noirs dans la rue.

Pour maintenir la conviction de la supériorité blanche, ces Américains blancs se déguisent sous des chapeaux en forme de cône et derrière des drapeaux américains et ils refusent une confrontation face à face, exerçant leurs armes sur les non armés, les innocents, les terrorisés, sur des individus  qui fuient, exposant leur dos  aux balles. Sûrement, le fait de tirer  dans le dos sur un homme en fuite  a du mal à  étayer la présomption de la supériorité  blanche? La triste situation des hommes blancs croisés, étouffant le meilleur d’eux-mêmes, en train d’abattre l’innocent à un arrêt de la circulation,écrasant les visages des femmes noires dans la boue, menottant les enfants noirs. Seuls des gens apeurés pourraient agir ainsi. Est-ce juste?

Ces sacrifices, exigés des hommes blancs supposés en train de résister, prêts à abandonner leur humanité par peur des hommes et des femmes noirs, dit la véritable horreur du statut perdu.

Il se peut que nous ayons quelques difficultés à éprouver de la pitié par rapport à ceux qui sont prêts à de tels sacrifices bizarres pour affirmer le pouvoir blanc et la suprématie de la race blanche.. L’autocritique  de sa personne n’est pas facile pour les Blancs (en particulier pour les hommes blancs), mais pour conserver la conviction de leur supériorité envers les autres, en particulier par rapport aux Noirs, ils sont disposés à risquer le mépris et à être vilipendés par les personnes mature, sophistiquées et fortes. Si cela ne témoignait pas  d’un caractère ignorant et pitoyable, on pouvait pleurer sur cet effondrement de la dignité au service d’une cause maléfique.

Le confort d’être «naturellement meilleur que», de ne pas avoir à lutter ou à exiger un traitement citoyen, est difficile à abandonner. La confiance que vous ne serez pas surveillé dans un grand magasin, que vous êtes le client privilégié dans les restaurants haut de gamme – ces inflexions sociales, appartenant à la blancheur, sont avidement appréciées.

Les atteintes aux privilèges blancs sont tellement effrayantes que beaucoup d’Américains ont afflué vers une plate-forme politique qui soutient et traduit la violence comme recours. Ces gens ne sont pas tellement en colère que terrifiés, avec le genre de terreur qui fait trembler les genoux.

Le jour du scrutin, combien d’électeurs blancs, à la fois pauvres et conscients, ont choisi la honte et la peur semé par Donald Trump. Le candidat dont la société a été poursuivie par le ministère de la Justice pour ne pas louer des appartements aux Noirs. Le candidat qui a demandé si Barack Obama était né aux États-Unis et qui semblait tolérer les violences contre un manifestant de la Vie noire dans un rassemblement de campagne. Le candidat qui a gardé les travailleurs noirs au plus bas dans  ses casinos. Le candidat qui est aimé par David Duke et approuvé par Ku Klux Klan.

William Faulkner l’a compris mieux que presque tout autre écrivain américain. Dans «Absalom, Absalom», l’inceste est moins tabou pour une famille méridionale de classe supérieure que de reconnaître la seule goutte de sang noir qui salirait la lignée familiale. Plutôt que de perdre sa « blancheur » (encore une fois), la famille choisit le meurtre.

Cet article apparaît dans le cadre d’une caractéristique plus grande,  » Aftermath: Sixteen Writers on Trump’s America « , dans le numéro du 21 novembre 2016.
 
Cet article apparaît dans d’autres versions du numéro du 21 novembre 2016, avec le titre «Mourning for Whiteness».
  • Toni Morrison a écrit douze romans. Elle a reçu le Prix Nobel de littérature de 1993.

Le président de la Banque mondiale félicite la Chine pour son combat contre la pauvreté

 

19 Août 2017

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La voie choisie par la Chine demeure encore une inconnue et pour l’éclairer il faut remonter aux débats qui ont lieu autour de la NEP, bien qu’ici l’enjeu ne soit déjà plus l’existence des koulaks et l’accumulation primitive sur l’agriculture. pour développer un état socialiste, mais le développement d’abord par la manufacture et de la une transformation totale de la structure productive du pays vers plus de valeur ajoutée. Pour cela, la Chine a besoin de la paix. Cette phase, à l’inverse de l’accumulation primitive du capital décrit par Marx ou de la phase néolibérale que nous connaissons, ne se ferait pas au profit de la classe bourgeoise, mais de l’Etat socialiste dont le plan permet une répartition de développement des plus pauvres.Ce qui apparaît est ce qu’on trouve déjà dans la NEP est une lutte constante entre gauche et droite, suspendus à l’existence  d’ un niveau international dominé par le marché au profit du capital. Il faut  considérer les résultats et ceux présentés ici sont fondamentaux pour juger de l’orientation réelle de la Chine et du rôle qu’elle joue par la masse de sa population.

 

(note de Danielle Bleitrach)


© Chine Nouvelle (Xinhua) – Huang Jian, le 18/08/2017 13:29
Le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim a félicité jeudi la Chine pour ses mesures de lutte contre la pauvreté, qui ont permis de sortir des « centaines de millions » de personnes de la misère.

Beijing « s’est adapté aux nouvelles réalités » de notre temps pour mettre en oeuvre des politiques efficaces, a déclaré M. Kim, qui est arrivé jeudi à Buenos Aires pour une visite de deux jours afin de rencontrer le président argentin Mauricio Macri, avec qui il discutera du développement et des réformes économiques du pays.

« Depuis 1990, près de 1,1 milliard de personnes à travers le monde sont sorties de la pauvreté. Des centaines de millions d’entre elles vivent en Chine, un pays qui s’est adapté aux nouvelles réalités du marché et a promu la croissance », a déclaré M. Kim lors d’une conférence de presse conjointe tenue à l’issue de sa réunion avec M. Macri au palais présidentiel argentin.

Ces 30 dernières années, la Chine a mis en oeuvre des réformes et ouvert son économie, ce qui a permis de sortir 700 millions de personnes de la pauvreté. Ce chiffre représente plus de 70% de la baisse de la pauvreté dans le monde, selon un rapport annuel sur la lutte de la Chine contre la pauvreté publié en 2016 par l’Académie chinoise des sciences sociales et le Conseil des affaires d’Etat.

La Chine comptait 10,2% de pauvres en 2012. En 2016, ce chiffre est passé à 4,5%. Depuis 2013, 55,64 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté, selon le rapport.

Les autorités chinoises visent à éliminer la pauvreté dans les zones rurales d’ici à 2020.

Au cours de leur rencontre, MM. Kim et Macri ont discuté de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) qui se tiendra à Buenos Aires en décembre ainsi que de la présidence du G20 en 2018, qui sera assumée par l’Argentine à compter du 1er décembre.

« L’Argentine avance vers une direction prometteuse. Elle a entrepris des réformes difficiles pour stabiliser l’économie, ouvert l’Argentine au monde et amélioré la transparence, entre autres », a déclaré M. Kim.

« Ces réformes vont jeter les fondements qui permettront d’accroître durablement les investissements et la création d’emplois », a-t-il ajouté, estimant que l’Argentine « enregistrera une croissance de 2,7% cette année, ce qui constituera un progrès remarquable, en particulier en comparaison avec la contraction de l’année dernière ».

Mais jusqu’à quand ce genre de choses abusera-t-il ?

 

 
18 Août 2017
 

Je suis en train de travailler sur deux livres à la fois, l’un est terminé, il porte sur l’URSS, et plus précisément ce sur quoi on tente de limiter ce qu’a été ce pays à savoir la période de paroxysme que l’on désigne sous le nom de stalinisme. On limite l’URSS à la caricature de cette période, mais en fait pour ceux qui ont vécu en URSS, ils n’en ont eu que les échos assourdis, un peu comme pour nous la première guerre mondiale. Comment peut-on analyser la différence d’interprétation qui existe entre nous et les peuples soviétiques sur l’URSS et même sur cette période caractérisée par la guerre civile, la construction accélérée et la deuxième guerre mondiale ?

 

J’ai mis également en chantier avec Monika un livre sur la Pologne. Il est centré sur le rôle joué par l’antisémitisme dans la chute de la Pologne Populaire. Comment peut-on ainsi prétendre recycler tous les stéréotypes hérités des conciles de Constantin qui fait du christianisme une religion d’Etat. Pour cela il le dégage non seulement de l’arianisme mais également du judaïsme et il charge un des pères de l’Eglise (saint jean Chrysostome) de cette propagande. Ces thèmes sanglants d’un peuple déicide et qui sont des sortes de vampires, éternels comploteurs jusqu’aux meurtres rituels seront réinterprétés par le nazisme qui accuse les judéobolcheviques de vouloir dominer le monde….

 

Quand je vois des choses comme ça et désormais ils sont passés de l’Europe au monde arabe et refleurissent partout, tout cela me donne non seulement la nausée mais je vois s’éloigner la capacité des peuples et de la classe ouvrière à désigner ses véritables ennemis… parce que, comme le disait Politzer pendant que le prolétariat attaque le capitalisme juif, il fiche une paix royale au capitalisme tout court.

 

Cela fait partie de l’arsenal de l’extrême-droite au même titre que l’arabe qui en veut à votre sécurité sociale, ce qui évite de poser la question de qui en veut réellement à ladite sécurité sociale à savoir les sociétés d’assurance et leur personnel politique que nous élisons. C’est peut-être une vérité première mais de temps en temps il serait bon de retourner à ces vérités premières.

 

Je prends une journée de repos, je vais aller voir le film de Grémillon, Lumière d’été.

 

Danielle Bleitrach

 

18 août 2017

Venezuela, Le chavisme et l'héritage d'Hugo Chavez

 

« Pour renforcer son assise politique et sociale, nous dit l'article, et répondre à cette colère, le chavisme a dû recourir à une démagogie soi-disant « anti-impérialiste », bien rodée, en prenant notamment quelques mesures nationalistes comme la nationalisation (avec rachat) de certaines entreprises étrangères ou vénézuéliennes (dans le secteur des hydrocarbures ou de la métallurgie, dans le cas de Sidor par exemple) mais aussi en faisant quelques concessions aux masses. Le chômage, la pauvreté et l’analphabétisme ont ainsi reculé partiellement au Venezuela, mais c’est surtout l’effet de la redistribution de la rente pétrolière par l’Etat bolivarien. Ce n’est pas pour autant que les travailleurs au Venezuela sont aujourd’hui moins exploités et opprimés. De ce point de vue, Chávez est l’expression relativement timorée, au XXI siècle, de ce qu’ont pu représenter, à d’autres époques, des expériences nationalistes bourgeoises ou de « bonapartisme sui generis » en Amérique latine... »

 

Reprenons la lecture de l'article de présentation...

 

Michel Peyret


14 Août 2017

Publié par Patrick Granet

Qui était Hugo Chávez ?

 

Qui était Hugo Chávez ?

 

Alors que la crise perdure au Venezuela et que la droite et l’impérialisme poursuivent sur la voie du putschisme et de l’ingérence, la question du chavisme et de l’héritage d’Hugo Chávez Frías refait surface. Qu’est-ce qu’a réellement été le bolivarisme, sous la présidence Chávez, entre 1999 et 2013 ? Pouvait-on réellement parler de « socialisme bolivarien » à l’époque ? Maduro a-t-il trahi l’héritage du « Comandante » ? Pour répondre à ces questions et alors que certains continuent à vouloir parer Maduro des vertus du socialisme, nous republions l’article nécrologique écrit, en mars 2013, quelques jours après le décès de Chávez et qui garde, aujourd’hui, toute son actualité.

 

Dès l’annonce officielle de la mort du président Hugo Chávez ce sont des centaines de milliers de Vénézuéliennes et de Vénézuéliens qui sont descendus dans les rues des principales villes du pays pour dire à la fois leur douleur, leur tristesse et leur inquiétude. Au même moment, c’était la fête dans les quartiers chics de Caracas, là où l’on peut trouver les principaux soutiens de l’opposition la plus réactionnaire et pro-impérialiste, là où l’on a soutenu toutes les menées déstabilisatrices contre le gouvernement bolivarien, ã commencer par le coup d’Etat d’avril 2002.

 

Pour les masses vénézuéliennes qui sont descendues dans la rue et ont commencé aujourd’hui ã défiler devant son cercueil, Chávez incarnait ce gouvernement qui leur avait permis de réduire, du moins en partie, la pauvreté. Dans un pays riche en hydrocarbures sur lequel s’était nourri les pires dictateurs au service des « Majors » [les multinationales pétrolières], et qui avait par la suite alimenté le régime corrompu COPEI-AN, le chavisme a profité des cours élevés du brut afin de redistribuer, au bénéfice des classes populaire, une partie de cette rente pétrolière. L’amélioration relative des conditions de vie et de travail (logement, emploi, éducation, santé, etc.) pour des millions de Vénézuéliens sous le chavisme sont sans doute les plus grandes avancées que des millions d’exploités du pays ont obtenues depuis les années 1970. Et ça, c’était déjà énorme pour eux. C’est ce que symbolise Chavez pour des millions de personnes. C’est ce qu’ils pleurent aujourd’hui.

 

Et pourtant, le « socialisme du XXI siècle » ou « socialisme bolivarien », promis par Chávez en 2005, n’a de socialiste que le nom. Le chavisme a su garantir, tout au long de ces années, les principaux ressorts du système capitaliste vénézuélien, la propriété privée des moyens de production, y compris des multinationales, tout en offrant, à travers l’ensemble des rouages de « l’Etat bolivarien », ses syndicats et le PSUV [le parti lié au gouvernement], une soupape de sécurité et un instrument de canalisation du mouvement ouvrier et populaire.

 

Hugo Chávez a en effet représenté

 

Hugo Chávez a en effet représenté l’une des clefs d’un processus politique de conciliation de classe et de reconstruction de l’Etat bourgeois vénézuélien et d’un de ses piliers fondamentaux, les forces armées. Son rôle a été de contenir la révolte et le profond mécontentement des masses exploitées et opprimées et de dévier la lutte des classes populaires afin de construire un nouveau paradigme de gouvernabilité : avec une fraction de l’armée, dont Chávez était issu, et surtout avec la « bolibourgeoisie », la « bourgeoisie bolivarienne », « nationale », favorable à un changement du régime de « Punto Fijo » [système d’alternance « électorale » entre COPEI et AD ayant fonctionné entre 1958 et la fin des années 1980], tout en préservant le régime bourgeois. Le chavisme est, en ce sens, l’expression institutionnalisée de la colère qui avait éclaté lors de la grande révolte du « Caracazo », noyée dans le sang en 1989, mais aussi l’instrument de sa contention, de façon à garantir le capitalisme vénézuélien contre toute explosion incontrôlée des masses ouvrières, paysannes et populaires, et contre tout processus d’auto-organisation pouvant aboutir à une remise en cause du caractère semi-colonial et corrompu d’un système économique, politique et social alimenté par la rente pétrolière.

 

Pour renforcer son assise politique et sociale et répondre à cette colère, le chavisme a dû recourir à une démagogie soi-disant « anti-impérialiste », bien rôdée, en prenant notamment quelques mesures nationalistes comme la nationalisation (avec rachat) de certaines entreprises étrangères ou vénézuéliennes (dans le secteur des hydrocarbures ou de la métallurgie, dans le cas de Sidor par exemple) mais aussi en faisant quelques concessions aux masses. Le chômage, la pauvreté et l’analphabétisme ont ainsi reculé partiellement au Venezuela, mais c’est surtout l’effet de la redistribution de la rente pétrolière par l’Etat bolivarien. Ce n’est pas pour autant que les travailleurs au Venezuela sont aujourd’hui moins exploités et opprimés. De ce point de vue, Chávez est l’expression relativement timorée, au XXI siècle, de ce qu’ont pu représenter, à d’autres époques, des expériences nationalistes bourgeoises ou de « bonapartisme sui generis » en Amérique latine. Si on compare le régime bolivarien à ces autres expériences, par ailleurs, Chávez s’est davantage appuyé sur les pauvres et les forces armées que sur le mouvement ouvrier organisé, comme avaient pu le faire un Cárdenas au Mexique ou un Perón en Argentine dans les années 1930 et 1940.

 

Il n’en reste pas moins que, tapie dans l’ombre ou alors se manifestant ouvertement comme lors des dernières élections, la bourgeoisie réactionnaire et ses tuteurs impérialistes sont prêts à reprendre tout ce qui a été concédé aux classes populaires depuis 1999. Dans ce cadre, le chavisme, à travers ses courroies de transmission politiques et syndicales, n’est aucunement une garantie contre ce retour en arrière. D’où l’inquiétude palpable chez les masses dans les manifestations de mardi soir, à la suite de l’annonce du décès de Chávez.

 

A l’encontre de ceux qui, sur sa gauche, ont pu vouloir poursuivre les mobilisations contre l’ordre bourgeois et l’impérialisme, contre les multinationales et la grande propriété foncière, le régime n’a jamais fait cesser la répression. C’est sous Chávez que des dirigeants syndicaux et de mouvements sociaux ont été assassinés par les « sicarios » à la solde des multinationales, et ces crimes sont toujours restés impunis. Le dernier en date a eu lieu moins de quarante-huit heures avant la disparition de Chávez. Dimanche 3 mars le représentant du peuple originaire Yukpa, Sabino Romero, a été assassiné par des hommes de main à la solde de latifundistes.

Sur le versant extérieur, Chávez a pu s’opposer à la politique militaire agressive de l’impérialisme nord-américain, notamment en matière d’interventions militaires directes, comme en Irak en 2003, en Haïti en 2004 ou au cours à l’occasion des différentes offensives sionistes contre les Palestiniens ou le Liban. Cependant, « l’intégration latino-américaine » promise par Chávez n’a jamais été un instrument pour mener une lutte conséquente contre l’impérialisme étasunien et les impérialistes européens et leurs multinationales. Et surtout, alors que nous rentrons dans la troisième année des « printemps arabes », Chávez a été l’un des principaux soutiens des pires dictatures de la région, comme en témoigne sa solidarité sans faille avec Kadhafi ou Al-Assad.

 

Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, à première vue, aujourd’hui, l’impérialisme manifeste aussi son inquiétude. Les analystes les plus lucides savent, en effet, que Chávez disparu, aucun de ses « dauphins » plus ou moins désignés et qui se déchirent déjà pour prendre le contrôle des principaux leviers de pouvoir ne serait à même d’être aussi efficace, en termes de consensus et de canalisation de la colère sociale, que ne l’a été Chávez.

 

La douleur manifestée par la grande majorité des travailleurs, de la jeunesse et des masses du Venezuela est aussi le reflet de la grande souffrance que le peuple vénézuélien endure depuis des décennies et que le chavisme a certes fait reculer sans jamais remettre en cause les bases mêmes de ce système. C’est ce dont témoigne le fait que la répartition de la richesse au niveau national entre capital et travail n’a pas été foncièrement modifiée ou qu’aucun développement économique et industriel sérieux n’a vu le jour depuis la fin des années 1990, Chávez maintenant le caractère fondamentalement rentier de l’économie vénézuélienne qui l’a caractérisé depuis les premières décennies du XX siècle. L’expérience chaviste montre à nouveau combien la bourgeoisie nationale et toutes ses variantes ou expressions est incapable de rompre avec les mécanismes-mêmes qui génèrent cette souffrance : la domination impérialiste et, par conséquent, le caractère semi-colonial de l’Etat capitaliste vénézuélien.

 

En tant qu’internationalistes, le meilleur hommage que nous pouvons rendre aux masses vénézuéliennes, dans ce moment de deuil, c’est de défendre le drapeau du socialisme, la nécessité d’une révolution ouvrière, la seule qui puisse permettre d’en finir avec les problèmes structurels auxquels ont ã faire face les masses vénézuéliennes. C’est en ce sens que le Courant Communiste Révolutionnaire appuie le combat des marxistes révolutionnaires vénézuéliens qui œuvrent à la construction d’une alternative de classe et socialiste au chavisme et au PSUV.

 

Publié à l’origine sur ccr4.org le 06/03/2013

Posté par Michel Peyret

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